Nous lisions récemment chez cluster 21 un excellent extrait de La Vie électrique paru en 1892, où Albert Robida annonce à grand fracas la mort de l’imprimerie, « menacée de mort […] par les divers progrès de l’électricité ». Qu’un romancier aquafortiste envisage ainsi avec 107 ans d’avance la disparition du livre papier (et la naissance de l’ebook), rien que de très banal au siècle des Jules Verne et des Gustave Eiffel, où l’imagination était stimulée, rappelons-le, par les progrès endémiques de la métallurgie et par l’apparition féérique de la lumière électrique.

Figurons nous un instant : Chicago, exposition universelle de 1893, vous êtes à l’intérieur de l’Electricity Building. Bell y fait la démonstration de son téléphone et des spectateurs circonspects examinent au monocle le Téléautographe de Gray, un appareil qui permet la transmission à distance de l’écriture manuscrite. On comprend alors plus aisément les inspirations futuristes des lithographies de l’époque.

Mais que Walter Benjamin annonce dans un court essai de 1931 la naissance de Babelio, voilà qui légitime bien plus rigoureusement la fonction du philosophe : cet « homme de demain ou d’après demain ». Pour vous en convaincre, cette petite introduction de Je déballe ma bibliothèque (éditions Rivages poche), entre les lignes de laquelle il faudra lire avec attention :

« Je déballe ma bibliothèque. Voilà. Elle n’est donc pas encore dressée sur les étagères, le léger ennui du classement ne l’a pas encore développée. Je ne peux non plus marcher le long de ses rangées pour les passer en revue, accompagné d’auditeurs amis […]. Me voici réduit à vous prier de vous transporter avec moi dans le désordre des caisses éventrées, dans une atmosphère saturée de poudre de bois, sur un sol jonché de papiers déchirés, au milieu de volumes exhumés depuis peu à la lumière du jour après deux années d’obscurité »

Convaincant n’est-ce pas ?

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