On ne s’en cache pas : chez Babelio, on aime la littérature qui agace. Qui dérange. Les livres qui tâchent les doigts et qui brûlent les yeux.
Il y a trente ans, le 13 janvier 1978 disparaissait un grand Monsieur, qui n’avait pas peur de tremper sa plume dans le vitriol, le dernier des géants (à n’en pas douter, il aurait condamné ces louanges éculées, lui que le cliché hérissait tant.)
Les pionniers du site s’en souviennent peut-être, c’est sous son patronage que nous avons lancé Babelio, il y a un an. Pour le saluer, nous aimerions reprendre les mots de Nimier au sujet de Bernanos dans Le Grand d’Espagne :
“On me demandait un jour de citer ses disciples. A quoi bon? Nous lui serons fidèles, voilà tout. Il a compté sur nous, passionnément il attendait notre génération. Nous ferons toutes les bêtises du monde, mais il y a bien des choses que nous ne ferons pas, parce qu’elles seraient sans son aveu. Maintenant qu’il n’est plus là, suivant un de ces vieux mots dont il aimait la plénitude, nous voudrions le servir. […] Nous choisissons ce capitaine.”
30 ans déjà que nous avons dit adieu à Maurice Carême. Chapeau, l’artiste.
Pour que son cri jamais ne s’éteigne, un de ses derniers brûlots :
Mon petit lapin
Mon petit lapin
N’a plus de chagrin
Depuis le matin,
Il fait de grands sauts
au fond du jardin.
Mon petit lapin
N’a plus de chagrin
Il parle aux oiseaux
Et il rit tout haut
Dans l’ache et le thym
Mon petit lapin
N’a plus de chagrin
Le voisin d’en face
A vendu ses chiens,
Ses trois chiens de chasse.



6 comments
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14, janvier 2008 à 1:29
Pierre
Un bulletin à l’acide peut-être, mais il était temps de jeter un pavé dans la marre en rendant un dernier hommage à celui qui avait fait de l’audace une raison de vivre.
La grande faucheuse l’a emporté, mais Maurice garde sa place dans la mémoire de ceux qui ont su dire : “Non!”
16, janvier 2008 à 12:20
andras
Terrible satire contre les tueurs de petits lapins. A l’époque, il fallait oser, tout de même !
Merci pour ce sourire, Pierre et Guillaume et bonne année 2008 aux oursons de Babelio !
16, janvier 2008 à 11:47
Guilhem
Rhaaa, le cauchemar de mes années de primaire !! (avec Emile Verhaeren et Henri Bosco)
17, janvier 2008 à 2:58
Guillaume
Guilhem,
j’ai moi aussi toujours souhaité noyer Pascalet dans sa foutue rivière.
En revanche, je ne peux pas te laisser mettre Verhaeren dans le même sac.
“Les villes tentaculaires”, c’est quand même d’une toute autre qualité.
20, janvier 2008 à 2:37
Guillaume
@ Andras,
Très bonne année à l’Agora, et joyeux anniversaire (merci Facebook…
27, mars 2008 à 8:35
Où l’on dévoile le vrai scandale du Salon du Livre « Le blog de Babelio
[...] pas un mot, pas un, sur l’évènement littéraire de l’année. Un silence assourdissant. 30 ans sans Maurice Carême, et personne pour en [...]