Où Babelio rencontre Isabelle Varange, directrice du label Milady de Bragelonne

Dans le cadre de notre série d’entretiens avec des éditeurs, nous avons posé quelques questions à Isabelle Varange, directrice du label Milady.

C’est au sein de Bragelonne, la maison d’édition de référence des littératures de l’imaginaire, que la collection Milady s’est développée en proposant des séries phares de la maison mère au format poche mais également des inédits. Notre mois consacré aux littératures de l’imaginaire était l’occasion rêvée de lui poser quelques questions sur la bit-lit, les romans fantastique et l’incroyable succès de sa maison d’édition.

Comment Milady a-t-elle pu construire sa propre image et sa propre ligne éditoriale au sein de Bragelonne ?

ImprimerMilady est un label de Bragelonne dont les premiers livres ont été publiés en juin 2008, il y a un peu plus de 5 ans. Cette collection était conçue pour étendre l’offre de genres (fantasy, science-fiction, horreur, bit lit). L’idée était donc de reprendre en poche des séries déjà publiées par Bragelonne et de sortir également des inédits. Aujourd’hui, Milady Imaginaire (au sens large) c’est entre 7 et 10 poches par mois dans tous les genres mais aussi des licences, dont Milady Gaming (Assassin’s Creed, Halo, Mass Effect, Battlefield…), et Doctor Who, Dungeons & Dragons, Buffy… 

"Milady est toujours l’éditeur poche de Bragelonne, mais s’est aussi imposée comme une collection à part entière."

"Lune bleue" de Laura K. HamiltonPour Buffy, cela coule presque de source car cette série, tout comme les romans de Laurell K. Hamilton, est à l’origine de la bit-lit. En France, il y a eu une explosion de la bit lit en 2009. Nous publions un grand nombre de séries dans ce genre qui représente, à l’heure actuelle, 46% des ventes de Milady (610 titres, 35 auteurs et 38 séries). Avec la bit lit, Milady est allée davantage au-devant des lectrices. Et c’est à ce lectorat que nous nous sommes de nouveau adressés à partir de 2012 avec Milady Romance, Milady Romantica et Milady Romans. Milady est toujours l’éditeur poche de Bragelonne, mais s’est aussi imposée comme une collection à part entière. Et ce développement va se poursuivre !

Milady a très fortement accompagné l’essor de la bit lit en France, jusqu’à en définir le terme. Voyez-vous aujourd’hui le genre évoluer ?

Le genre à certainement évolué et les attentes des lecteurs, ou devrais-je dire des lectrices, aussi. Mais d’une manière très progressive. Je dirais que les auteures semblent davantage s’orienter vers des univers plus fouillés, à la croisée des chemins entre dystopie, science-fiction, fantasy et fantastique. Je pense à la série Les Cavaliers de l’Apocalypse de Larissa Ione (octobre 2013) ou celle de Richelle Mead, L’Ere des miracles (à paraître en février) et à une série à venir d’Anne Bishop. Ces séries paraîtront en grand format chez Bragelonne, car, si Milady a popularisé le genre en France, c’est Bragelonne qui a permis son essor en 2007. Les couvertures n’ont quant à elles jamais cessé d’accompagner cette évolution dans les deux formats.

A propos de ces couvertures, pouvez-vous nous dire comment celles-ci sont élaborées au sein de Bragelonne et de Milady ?

David Oghia, un des associés et fondateurs de Bragelonne, a été le premier Directeur artistique et a créé les maquettes pour Bragelonne et Milady. Il a ainsi supervisé l’élaboration des couvertures pendant de nombreuses années. C’est désormais Fabrice Borio, Chef de studio, qui est aux commandes du service PAO ( NDLR : Publication assistée par ordinateur). Il a longtemps travaillé avec David. Le service PAO fait toutes nos couvertures et, par mois, entre les inédits, les reprises, les relookages et les intégrales ça représente entre vingt et trente couvertures ! C’est beaucoup de dialogue entre le service éditorial et le service PAO depuis les premiers briefs, les premières propositions, jusqu’à la couverture définitive. Pour la fantasy et la science-fiction l’illustration prime toujours et donc le travail avec les artistes, mais on a vu arriver le traitement photo avec des genres comme la bit-lit ou la romance et de plus en plus avec les romans féminins. Anne-Claire Payet fait presque toutes les couvertures de la bit-lit. Elle réalise un travail remarquable sur les photos justement. Quant à Fabrice il travaille davantage sur le traitement des illustrations, la finalisation de l’ensemble et la gestion du service. Noëmie Chevalier apporte quant à elle son ineffable touche graphique. Et bien sûr tout ce travail est ensuite merveilleusement mis en valeur par le service fabrication dirigé par Julie Alinquant assistée d’Audrey Carbon et Aurélie Pelerin. La PAO et le service fabrication travaillent d’ailleurs en étroite collaboration, notamment pour la création d’ouvrages atypiques (comme par exemple Le Necronomicon) ou de collections de prestige (comme la collection steampunk !).

"La fantasy c’est le cœur du catalogue Bragelonne."

Quelle place accordez-vous à la science-fiction et à la fantasy ? Les autres genres littéraires de votre catalogue ne souffrent-ils pas, paradoxalement, du succès de la bit lit et de votre assimilation à ce genre littéraire ?

"L'oeil du monde" Robert JordanBragelonne publie certes un roman de bit lit par mois, mais la part belle revient toujours à la fantasy avec en moyenne trois voire quatre romans par mois en 2014. La fantasy c’est le cœur du catalogue Bragelonne : David GemmellTerry Goodkind, Raymond FeistTrudi CanavanFiona McIntoshJoe AbercrombiePeter BrettScott LynchRobert HowardBrent WeeksPatrick RothfussRobert Jordan… autant de noms qui ont fait et qui font évoluer l’histoire du genre. Et la fantasy est évidemment très présente au catalogue de Milady avec de nombreuses reprises et de nombreux inédits ! La science-fiction et l’horreur ne sont pas non plus en reste. Black Out de Connie Willis et sa suite ont connu un très beau succès et ont également dépassé les frontières du genre. Nous publions de superbes séries de space opera comme celles de Peter F. HamiltonKevin J. Anderson ou Paul-Jean Hérault. Et nous avons entrepris de rééditer des classiques de la SF devenus introuvables en librairie. Je ne citerai que Les Chants de la Terre lointaine d’Arthur C. Clarke, un pur chef-d’œuvre, dont je suis fan absolue. Ah et, last but not least, nous allons sortir chez Bragelonne le recueil de l’intégrale des nouvelles d’Arthur C. Clarke en décembre 2013. Plus de 1000 pages ! Incontournable ! Quant à l’horreur, les romans d’Adam Nevill sont là pour prouver que ce genre a encore de beaux jours devant lui (et ce malgré le titre du livre dont je vais vous parler) : Dernier jours que nous publierons en 2014, vient de remporter le British Fantasy Award et, si vous n’avez pas lu Appartement 16, apprêtez-vous en l’ouvrant à vous souvenir de ce qu’est la peur. Et nous avons entrepris avec l’horreur le même travail qu’avec la SF : rééditer des classiques du genre comme par exemple les romans de Graham Masterton.

"Nous publions un grand nombre d’auteurs français que ce soit en fantasy, en science-fiction ou en bit-lit et ça va continuer !" 

Quelle est la place des auteurs français au sein de votre catalogue ? Ces derniers arrivent-ils à s’imposer hors de nos frontières ?

"Ce qui nous lie" de Samantha BaillyNous publions un grand nombre d’auteurs français que ce soit en fantasy, en science-fiction ou en bit-lit et ça va continuer ! En fantasy : Henri Loevenbruck a eu beaucoup de succès en France et à l’international avec ses séries La Moïra et Gallica. Et il n’est pas le seul. Les romans de Pierre Pevel (Les Lames du Cardinal, Haut-Royaume) ont été publiés en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ! Et, dernièrement, le premier roman d’Antoine Rouaud, La Voie de la colère a connu un lancement mondial à l’occasion de la World Fantasy Convention de Brighton. Comme eux, de nombreux auteurs nous ont fait l’honneur de choisir de figurer à notre catalogue : Magali SéguraAlexandre Malagoli, Ange, Samantha BaillyEmmanuelle Nuncq… et d’autres nous rejoindront en 2014 que ce soit chez Bragelonne, Castelmore ou Milady. Marika Gallman a ouvert la voie de la bit-lit francophone chez Milady avec sa série Maeve Regan et deux autres auteures viendront grossir les rangs en 2014. Quant à la littérature féminine, Samantha Bailly avec Ce qui nous lie (Milady Romans) et Eléonore Fernaye avec Scandaleuse Elisabeth (Pemberley) sont les premières auteures françaises du catalogue, mais d’autres suivront aussi en 2014.

Vous nous parliez de votre collection Milady Romance lancée en mai 2012, consacrée à la littérature romantique. Quelle est la touche apportée par Milady ?

"Noblesse Oblige" de Sally MackenzieNous avons été très bien accueillis et nous sommes très contents. Cela n’avait rien d’évident car d’autres collections sont déjà bien installées depuis longtemps et elles proposent de très belles choses. Nous avons essayé de présenter d’autres voies pour la romance, pas forcément révolutionnaires, mais qui changent tout de même dans le ton ou l’approche. J’adore les comédies romantiques et je ne suis pas la seule ! Elles sont très populaires au cinéma. Je voulais qu’on retrouve cet esprit "comrom" dans nos collections, en romance contemporaine bien sûr (Central Park) mais aussi en romance historique (Pemberley, en hommage à Jane Austen). Je voulais des choses légères, drôles, sexy et émouvantes. Je pense par exemple à la série Noblesse Oblige de Sally MacKenzie ou aux romans de Victoria Dahl ! Nous publions quatre romances historiques par mois dont l’une se déroule toujours dans l’univers des romans de Jane Austen, deux romances contemporaines et un titre de romance érotique en grand format (collection Romantica, lancée en 2013) avec les séries de Vina JacksonSadie MatthewsMaya Banks, Portia da Costa. Et, toujours en grand format, nous publions chaque mois un roman féminin comme : Avant toi de Jojo Moyes, Ce qui nous lie de Samantha BaillyParce que c’était nous un premier roman de Mhairi McFarlane, Loin de tout de J.A. Redmerski, premier titre de New Adult. Nous retrouverons ces auteurs et bien d’autres en 2014 ! Une grande diversité donc, une vraie passion, un plaisir renouvelé, et aussi un développement en grand format vers d’autres rayons que la romance, mais toujours féminin et grand public !

"Nous essayons de sortir le plus de titres possibles au format numérique à des prix très raisonnables."

Bragelonne a fêté en janvier ses 300 000 téléchargements d’ebook. Quelle a été la clef de ce succès ?

Beaucoup de travail ! Claire Deslandes, Directrice éditoriale, est en charge de tout le numérique chez Bragelonne. Hélène Jambut, Responsable d’édition qui travaille aussi sur Milady Imaginaire, l’assiste à l’éditorial. Nous essayons de sortir le plus de titres possibles au format numérique à des prix très raisonnables. Ce travail ne pourrait pas se faire sans le diffuseur numérique e-Dantes qui nous permet par ailleurs de proposer de nombreuses opérations promotionnelles.

Pourquoi vos titres ne sont-ils pas tous publiés au format numérique ?

Nous n’obtenons pas toujours ces droits, mais nous y travaillons !

De quels succès de votre maison d’édition êtes-vous la plus fière ?

Je suis très fière de Bragelonne en général (Bragelonne/Milady/Castelmore). Je suis fière que Bragelonne ait fêté ses 13 ans en avril dernier, que Milady ait fêté ses 5 ans en juin. Je suis fière de faire partie de cette équipe.

"Les auteures de romance ont aussi le don de communiquer leur passion pour le genre et je garde un souvenir ému de ma première convention de romance."

Quelle est la rencontre la plus marquante que vous avez été amenée à faire en tant qu’éditrice ?

Il y en a eu beaucoup mais je dirais une des dernières : Ken Scholes, l’auteur de la série Les Psaumes d’Isaak. C’est une personne extraordinaire qui s’est fait des amis dans tout Paris et dans tout Epinal lors de son dernier passage en France ! Il est absolument adorable, très drôle, attachant et émouvant. Il joue très bien de la guitare aussi. Je n’ai que de bons souvenirs, à vrai dire. Je passe un excellent moment chaque fois que je rencontre un de nos auteurs. J’ai toutefois un faible pour les auteures de bit-lit car elles aiment toutes partager leurs lectures et c’est un vrai plaisir d’en parler avec elles. Les auteures de romance ont aussi le don de communiquer leur passion pour le genre et je garde un souvenir ému de ma première convention de romance (R.W.A.). Dans le monde de l’édition, ma rencontre la plus marquante a été celle avec Stéphane Marsan et Alain Névant associés et fondateurs de Bragelonne. Quand j’ai appris à l’époque qu’ils allaient fonder ensemble une maison d’édition, j’ai su qu’elle serait différente. Cette rencontre a changé ma vie car c’est eux qui m’ont proposé en 2007 de venir travailler à la création de Milady. J’ai beaucoup de chance !

Quel est l’auteur que vous auriez aimé publier ?

Je vais faire une réponse de fangirl : les premiers noms qui me viennent à l’esprit sont  TJ.R.R. Tolkien et Jasper Fforde, puis George MartinRobin Hobb et, allez, continuons de rêver, Terry Pratchett et Stephen King !

"Les auteurs sont souvent très talentueux et c’est une lecture addictive qui vous fait retrouver les premiers émois de lecteur."

Quelles sont vos lectures du moment (en dehors de vos auteurs) ?

Comme je lis beaucoup de romans pour le travail, je lis chez moi un certain nombre d’essais comme dernièrement le rapport de la CIA sur l’état du monde en 2030 qui est assez paniquant ! J’ai également tenté Solving the mystery of the Universe de Stephen Hawking. J’adore l’anticipation, la prospective et les sciences en général même si ça fait frémir la plupart du temps c’est aussi très enthousiasmant. Pendant mes vacances j’ai lu Eating Animals de Jonathan Safran Foer et un essai sur l’intelligence animale. Je lis aussi énormément de fanfictions. Les auteurs sont souvent très talentueux et c’est une lecture addictive qui vous fait retrouver les premiers émois de lecteur. C’est la raison pour laquelle j’étais très, très heureuse d’acquérir les droits du roman de Rainbow Rowell que nous publierons en 2014 chez Milady Romans : Fangirl. Dans ce troisième roman, Rainbow Rowell rend justement hommage à la fanfic.

Quels sont les ouvrages que vous recommanderiez à nos lecteurs (en dehors de ceux publiés par Milady) ?

Nos étoiles contraires, de John Green. Je me suis esclaffée en le lisant et j’ai aussi un peu pleuré (ou le contraire ?). C’est un roman vraiment magnifique et John Green est un dieu (« Don’t forget to be awesome ! ». Je recommande aussi Je m’appelle Budo de Matthew Dicks, le narrateur est l’ami imaginaire d’un petit garçon, Max. C’est assez génial !

Merci à Isabelle Varange pour ses réponses.

Les entretiens de Babelio avec les éditeurs : voir celui de Philippe Robinet, éditeur de Kero, de Louis Chevaillier, éditeur de Folio, de David Vincent et Nicolas Étienne des Editions de l’Arbre Vengeur, de Diane de Selliers de la maison d’édition éponyme et Juliette Joste des éditions Belfond. 

2 réflexions sur “Où Babelio rencontre Isabelle Varange, directrice du label Milady de Bragelonne

  1. Ping : Où Babelio rencontre l’un des dix-huit fondateurs des éditions Delpierre | Le blog de Babelio

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