Les secrets d’un pique-nique Babelio réussi

La huitième édition du pique nique Babelio

Pour réussir un pique-nique, mélangez : un grand nombre de lecteurs enthousiastes ; un lieu accessible et agréable ; un zeste de soleil ; une poignée de livres à faire gagner ; une grande loterie ;  une pincée de quiz ; une bonne rasade de jus frais et surtout un maximum de bonne humeur ! Voilà la recette que nous préparons tous les ans au Parc de Bercy pour le pique nique annuel de Babelio à Paris.

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L’idée est venue un jour de donner un visage à tous les lecteurs et les lectrices présents sur le site. C’était il y a huit ans (vous pouvez retrouver le compte-rendu ici de cette première édition) et si la recette s’est affinée avec le temps et que les doses ont été revues singulièrement à la hausse, le résultat nous plait toujours autant puisque ce rendez-vous annuel permet à tous les lecteurs mais également à toute l’équipe de discuter de livres, du site, de nous, de vous.

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Un rendez-vous international ?

Alors que nous avions décidé l’année dernière d’exporter ce rendez-vous dans quelques villes de France, c’est dans 15 villes différentes que nous avons importé notre désormais célèbre recette : Les lecteurs de Lille, Lyon, Marseille, Montpellier et Nantes, les lecteurs de Montréal, Bruxelles, Toulouse, Bordeaux, Casablanca, Rennes, Tunis, Genève et Strasbourg étaient en effet invités à se regrouper à la même heure dans un jardin de ces villes respectives. Sur place ce sont des volontaires qui se sont occupés d’organiser et d’accueillir les lecteurs. Un grand merci à eux qui nous ont été d’une précieuse aide pour l’organisation de ces rendez-vous locaux et qu’on espère retrouver l’année prochaine : Sphinxou, belcantoeu, aliochka007, onieshka, Liligalipette, Cacha, Chouchane, Rachel, Fadette100, Kittiwake, Neenneeson, Sylvie & RosedeSable.

Voici quelques photos des pique-niques qui ont eu lieu dans ces différentes villes.

 

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Les Quiz

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Nous proposons depuis l’année dernière une nouvelle formule de nos quiz. C’est, depuis 2017, des matchs par équipes de 2,3 ou 4 personnes que nous vous proposons sur des thèmes particuliers : BD, polar, Harry Potter (!), littérature générale, jeunesse, classique et même théâtre.  

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Un grand bravo à tous les participants. Même si tout le monde n’a pas pu gagner et remporter les lots mis en jeu, l’ambiance était tout de même excellente et le niveau très élevé. Une lectrice a fait remarquer que c’étaient surtout les femmes qui avaient les bonnes réponses et ce n’est pas totalement faux alors messieurs, il faudra sérieusement penser à réviser pour l’année prochaine !

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La Loterie de livres

Qui dit pique-nique Babelio, dit loterie de livres. C’est un ingrédient in-dis-pen-sable de nos rendez-vous annuels. Chacun est venu en effet avec un livre de poche emballé dans un paquet cadeau et l’a glissé dans un grand bac (deux en l’occurrence à Paris).
A l’issue du pique nique, les lecteurs ont pu piocher dans ces bacs et découvrir un livre. Il y avait semble-t-il de tout : des livres anciens comme des nouveautés dont certains dédicacés par leurs auteurs en vue de ce pique-nique !

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Si vous n’avez pas pu retrouver la personne qui vous a offert le livre et que cette dernière a laissé son pseudo, n’hésitez pas à la contacter sur Babelio pour lui donner votre avis sur le livre !

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Les livres de la rentrée littéraire

En avant première, les lecteurs parisiens ont pu découvrir quelques livres à paraître pour la rentrée littéraire de septembre. On espère que ces livres vous plairont. Si vous en faites la critique, n’oubliez pas de remercier les éditeurs qui nous ont gentiment fait parvenir ces exemplaires.

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Merci une nouvelle fois à tous les participants et organisateurs locaux. On revient l’année prochaine avec la même recette (et peut-être de nouveaux ingrédients ?)

Quelques photos en vrac :

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Le jeu de l’été : la playlist des écrivains

Et si vous partiez en vacances non pas avec le tube de l’été mais avec une liste de chansons liées à la littérature ? C’est ce que nous vous proposons à travers notre jeu de l’été aussi bien dédié à la musique qu’à la littérature !

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Voici une liste de 25 chansons de divers genres musicaux. Votre but : identifier un écrivain ou un livre associé à la chanson. Il peut s’agir d’un écrivain auteur de la chanson, de l’adaptation d’une oeuvre en musique ou d’une simple (mais évidente) référence.
Pour le premier titre, donné en exemple, il faudrait indiquer le livre En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut.

Il vous faut donner en commentaire le numéro de la chanson et le livre ou l’auteur associé :

1. En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut
2. Nom de l’écrivain qui a écrit la chanson en question
3. Roman dont il est question dans la chanson
etc… (Rappel : Il peut s’agir d’un écrivain auteur de la chanson, de l’adaptation d’une oeuvre en musique ou d’une simple (mais évidente) référence littéraire.)

Les commentaires sont cachés et ne seront dévoilés que le lundi 30 juillet. Nous vous proposerons une nouvelle session de 25 autres chansons en août.

Nous tirerons au sort deux participants de chaque session (deux pour la session de juillet et deux pour la session d’août) pour recevoir des livres de la rentrée littéraire !

N’hésitez pas à participer même si vous n’avez pas tous les résultats d’un coup 🙂

La playlist

1.  Nina Simone : Mr. Bojangles

2. Françoise Hardy : Etonnez moi, Benoit

3. Ed Sheeran : I See Fire

4. The Kinks : Animal Farm

5. U2 : The Ground Beneath Her Feet

6. Dominique A: Chanson De La Ville Silencieuse 

7. Jean-Louis Aubert : Lorsqu’il Faudra

8.Stéphane Eicher : Déjeuner En Paix

9. Sheila : Mélancolie

10. The Cure : Killing An Arab

11. Juliette Gréco : Rue Des Blancs Manteaux

12. Tori Amos : Tear In Your Hand

13. Blue Oyster Cult : Black Blade

14. Robert : L’Appel De La Succube

15. The Ramones : It’s Not My Place

16. Marc Lavoine : Myriam

17. Johnny Hallyday : Quelques Cris

18. Chance The Rapper : Same Drugs

19. Alain Bashung : Osez Joséphine

20. Lana Del Rey : Off To The Races

21. Kate Bush : Wuthering Heights

22. The Doors : End Of The Night

23. Nirvana : Scentless Apprentice

24. Radiohead : Banana Co.

25. Juliette : Les Garçons De Mon Quartier

Catherine Grangeard et Daphnée Leportois : Maigrir à tout prix

Mercredi 27 juin, la psychologue Catherine Grangeard et la journaliste Daphnée Leportois sont venues présenter leur œuvre rédigée à quatre mains publiée aux Editions Eyrolles à une trentaine de lecteurs Babelio.

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La femme qui voit de l’autre côté du miroir, c’est l’histoire de Lucie, jeune femme de 25 ans mal dans sa peau déclarée obèse par les médecins, et dont l’IMC la situe juste au-dessus de la barre de l’obésité modérée. Pour se sentir mieux, elle décide d’aller voir une psychologue et de recourir à la chirurgie bariatrique qui consiste à restreindre l’absorption des aliments en posant un anneau gastrique modulable sur l’estomac.

La chirurgie bariatrique

La chirurgie bariatrique, comme l’explique Catherine Grangeard pendant la rencontre, a été réalisée sur 500 000 personnes  depuis une dizaine d’années en France. D’après la psychologue, c’est une opération qui peut s’avérer risquée. Dans le roman, le personnage de la psychologue est, avec Lucie, un personnage principal qui a été élaboré progressivement après de longs échanges entre les deux auteures. Daphnée Leportois ajoute qu’elles n’ont pas fait le choix d’écrire un essai composé de données scientifiques, mais plutôt de rédiger une fiction dans laquelle chacun et chacune peut s’identifier assez facilement. « L’idée était de se mettre dans le corps et l’esprit de Lucie pour tenter de comprendre et expliquer ces lourdes interventions qui vont transformer le corps de femmes. Le choix d’écrire une fiction plutôt qu’un essai était une évidence car les essais ne vont pas être lus par un grand public tandis que le passage à la fiction permet de développer un synopsis très détaillé en élargissant les champs de liberté de rédaction ».  

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Une écriture qui s’est réalisée à quatre mains

Pour Catherine Grangeard, Lucie est née avec vingt années de pratique. En effet, elle a pu s’inspirer de toutes les discussions qu’elle a eues avec ses patients durant les séances de psychanalyse qu’elle donnait et en a construit un personnage psychologiquement riche. « Il faut écouter, réceptionner les paroles de personnes qui souhaitent modifier leur corps. On n’opère pas un estomac mais un individu qui n’est pas à l’aise avec son corps, avec la société et avec lui-même », explique l’auteure. L’écriture à deux s’est réalisée plutôt facilement grâce au parcours de chacune. Daphnée Leportois étant journaliste, elle a eu des facilités à mettre à l’écrit ce que disait oralement Catherine Grangeard d’après son expérience professionnelle. « J’ai débuté mon travail journalistique dans l’espace participatif du Plus de L’Obs où étaient recueillis de nombreux témoignages et où j’ai appris à beaucoup écouter les gens se confier et à réécrire ce que j’entendais. L’un des témoignages qui m’avait le plus marquée, c’est une femme qui racontait son accouchement d’un enfant mort-né. J’ai ensuite rencontré Catherine lors d’une interview que j’ai réalisée pour l’Express Style à propos d’un article concernant la ‘hors-normalité’. ». Ensuite, Daphnée Leportois a travaillé sur plusieurs articles sur les tabous, la vie, en faisant en sorte de vulgariser des sujets sérieux. D’ailleurs, l’un des sujets intangibles dans le roman La femme qui voit de l’autre côté du miroir, c’est de parler des règles féminines. En effet, comme l’explique Leportois, il est rare de voir une femme qui a ses menstruations à la télévision, par exemple, et cela la dérange particulièrement d’où le fait qu’elle a voulu creuser ce sujet dans son roman.

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La naissance d’un sujet souvent considéré comme un tabou

Catherine Grangeard et Daphnée Leportois ont choisi l’obésité comme thème pour leur livre car elles souhaitaient proposer une histoire dans le but de transmettre. « Je suis une psychologue de banlieue un peu comme un médecin de campagne. En l’an 2000, je ne connaissais rien à l’obésité mais je travaillais en alcoologie. C’est cette question de l’addiction qui m’a poussée à développer mon intérêt pour les excès de poids ». Coïncidence, c’est aussi en 2000 que le nombre d’adultes en surcharge pondérale a dépassé celui des personnes dont le poids est insuffisant. Avant ce premier roman, Grangeard a écrit un essai publié chez Albin Michel en 2012 intitulé Comprendre l’obésité : une question de personne, un problème de société. « Ce qu’il est essentiel de pointer, c’est que les gens sont différents avec des vies différentes mais ils auront toujours des points communs. Moi qui aime la nouveauté, j’ai étudié la question et dix-huit ans après, le roman La femme qui voit de l’autre côté du miroir est né. Le pari que nous avons voulu faire avec Daphnée, c’est de raconter dans un roman que ce n’est pas parce qu’une personne est grosse qu’elle est forcément mal dans sa peau ».

Un titre qui n’est pas passé inaperçu

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Lorsqu’on lit  le titre « de l’autre côté du miroir », on pense forcément à Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, et c’est d’ailleurs un lecteur qui en fait la réflexion. Les auteures répondent qu’il y a deux connotations liées au titre. La première, c’est la façon dont Lucie se voit dans le miroir lorsqu’elle se regarde et la seconde, c’est l’image qu’elle voit qui lui est renvoyée par la société et par son entourage. Sauf que contrairement à Alice, Lucie n’est pas dans un monde merveilleux et elle prend personnellement tout ce qui lui arrive en général à cause de son poids, comme par exemple quelqu’un qui va la regarder un peu trop longtemps, alors que ces gestes quotidiens ne lui sont pas particulièrement destinés.    

Lucie et son obésité modérée : comment évoluer dans un monde de diktats ?

L’héroïne est considérée comme obèse modérée, c’est-à-dire qu’elle est entre le surpoids et l’obésité sévère donc à la limite de ce qui est accepté pour qu’elle puisse prétendre à la chirurgie bariatrique. « Elle a 25 ans, alors que la majorité des obèses le sont à 40 ans et on ne voulait pas faire un roman trop caricatural. Elle est une jeune professeure dans le premier quart de sa vie et nous avons voulu montrer comment elle parvient à faire face à son problème de surpoids devant ses élèves et à gérer son autorité. De plus, il était intéressant de l’inscrire dans un cadre qui rappelle d’où commencent les problèmes de société. En effet, ses élèves sont des collégiens et ce sont les pires années pour des jeunes qui sont dans l’âge de la puberté. Des filles commencent leur régime à 11 ans ! »

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Concernant son entourage proche, Lucie rencontre des difficultés à se faire accepter telle qu’elle est, et cela surtout auprès de ses parents qui ne comprennent pas son mal-être et comment leur fille peut être obèse. En effet, sa mère pense que les régimes sont la solution au problème de l’obésité et son père est persuadé que le sport est le remède suffisant à la maladie. Quant à son frère, il a pu faire tout ce qu’il désirait durant son enfance car il était un garçon, même s’il s’avère qu’il sort finalement du cadre parental conformiste… Ce choix de la part des auteures est de montrer que chaque individu a besoin d’être celui qu’il est et d’être « bien dans ses pompes » et non à côté de celles-ci.

Le thème de l’obésité sera à nouveau abordé dans un second tome que les auteures ont décidé de rédiger. Vous retrouverez donc Lucie et sa lutte pour se sentir bien dans son corps prochainement !

Bonne pioche avec Carole-Anne Eschenazi

Avez-vous déjà rêvé de rebattre les cartes que vous avez en mains ? Lorsque vous hésitez, aimeriez-vous parfois piocher une nouvelle carte ? C’est le sujet du dernier roman de Carole-Anne Eschenazi, Et si tu redistribuais les cartes de ta vie ?, publié aux éditions Eyrolles, qui met en scène Tara, une femme de quarante ans qui voit sa vie s’anéantir en un jour. Pour se construire, elle va s’isoler sur une île bretonne, s’aider d’un jeu de cartes divinatoire et relever sept défis.

Un tarot de Marseille en Bretagne

Du titre du roman jusqu’au quotidien de Tara, les jeux de cartes divinatoires tiennent une place privilégiée dans le livre de Carole-Anne Eschenazi. C’est à l’adolescence que l’auteure a découvert le tarot de Marseille, mais c’est seulement il y a 10 ans qu’elle s’y est véritablement intéressée : “Il a fallu attendre 2008, et qu’un ami m’offre un jeu en cadeau pour que je m’y intéresse réellement. Je me suis d’ailleurs prise d’un intérêt quasi scientifique pour sa composition ! Par contre, je ne considère pas les cartes comme un instrument pour prédire l’avenir, mais comme un outil de développement personnel et de connaissance de soi. Elles nous permettent de découvrir et de mieux appréhender ce que l’on ressent à un instant précis.” Aujourd’hui, en plus de ses activités d’écriture, Carole-Anne Eschenazi se consacre d’ailleurs également à la conception de jeux de cartes divinatoires.

Si ces jeux ont une importance capitale dans le récit, Carole-Anne Eschenazi raconte que la première chose qui lui tenait à cœur, lorsqu’elle a eu l’idée d’écrire ce roman, c’était de raconter l’histoire d’une femme de 40 ans qui voit sa vie s’effondrer : “Je voulais qu’elle voie le sol s’écrouler sous ses pieds et qu’elle ait tout à reconstruire. Ensuite, l’idée d’un jeu à la jumanji me restait en tête, mais j’ai voulu le mêler à l’idée du tarot de Marseille. Enfin, j’avais envie que l’intrigue se passe sur une île battue par les vents, avec un climat hostile, et comme mon conjoint est breton, j’ai tout de suite pensé à inventer une île en Bretagne.”

L’idée d’une île en Bretagne est d’ailleurs venue facilement à Carole-Anne Eschenari : “l’île est une belle métaphore de l’individualité et du retour en soi-même. Ça représente bien ce travail intérieur que doit faire Tara, et puis il me fallait pas que le décor soit paradisiaque. Au contraire, j’avais besoin d’un paysage un peu abrupt, où la météo est incertaine : c’était parfait pour déstabiliser Tara, qui aime contrôler son environnement.”

Sur l’île d’Arvana, l’héroïne va ainsi utiliser le jeu de tarot pour apprendre à se connaître et se reconstruire. Sept étapes vont ainsi la pousser, l’une après l’autre, à retrouver le bonheur : “le chiffre sept me semblait être positif et pédagogique, et puis je ne voulais pas prendre le risque de me répéter en incluant trop d’étapes. Tara chemine ainsi de l’étape la plus difficile à la plus facile. Au début, la démarche est douloureuse, il s’agit presque de maïeutique, mais à la fin, l’objectif est surtout d’avancer dans ses projets et de comprendre ses besoins.”

À la frontière du roman et du développement personnel

Pour aborder le sujet de la reconstruction et de l’épanouissement, Carole-Anne Eschenazi est alors partie d’un constat : “j’ai remarqué que l’une des choses les plus partagées au monde était le fait de mal se connaître”, explique l’auteure, “mais c’est compréhensible : c’est un travail ingrat de se confronter à ses démons : ça implique de descendre en soi, d’analyser le bon et le moins bon.” Elle s’est alors appuyée sur son expérience et sa formation de coach pour illustrer le parcours de Tara : “J’ai utilisé les techniques comme la programmation neuro-linguistique ou l’ennéagramme pour aider Tara à traverser des épreuves classiques : faire son deuil, exprimer la colère, pleurer…”

L’auteure s’est d’ailleurs confiée sur une épreuve qu’elle a elle-même traversé pendant l’écriture de son roman, l’angoisse de tout écrivain : perdre un chapitre en faisant une mauvaise manipulation, alors qu’il était écrit aux trois quarts. Après un moment de panique, elle s’est toutefois remise à l’écriture. “Le cerveau est une machine formidable”, explique-t-elle : “je n’ai pas voulu aller me coucher avant d’avoir restitué l’intégralité de mon chapitre. Alors de 8h du soir à 4h du matin, j’ai travaillé sans relâche et j’ai fait appel à ma mémoire pour le réécrire entièrement. Je crois d’ailleurs que ça a imbibé la scène dans laquelle Tara pleure elle-même !”

En revanche, Carole-Anne Eschenazi met ses lecteurs en garde contre l’aspect “conte de fées” de son roman : “l’évolution de Tara est très rapide, mais c’est le format du roman qui exige cela. Dans la vie, elle aurait mis cinq ans à évoluer comme cela, pas six mois. Il faut prendre Et si tu redistribuais les cartes de ta vie ? comme un roman : j’y ai mis l’intensité narrative que cela exige, quitte à ce que cela manque un peu de réalisme.”

De même, l’auteure a tenu à préciser aux lecteurs qui se reconnaîtraient dans Tara que son roman n’est pas à prendre comme une solution miracle : “Quand on traverse un épisode douloureux, on peut prendre son inspiration de livres et de films, et faire des exercices qui sont proposés dans les fictions : ça marche si on est un peu déprimé, ça peut être bénéfique. En revanche, je ne pense pas que la lecture soit une solution pour sortir de la dépression : il faut privilégier l’accompagnement.”

Du processus de création à la sensation de démiurge

Pour construire ses intrigues, Carole-Anne Eschenazi a expliqué qu’elle utilisait des méthodes propres au cinéma : “C’est ma formation littéraire et cinématographique qui m’a appris à raconter des histoires. Je commence en écrivant un synopsis de deux pages, assez détaillé. Puis j’écris un premier séquencier, que je retravaille ensuite une seconde fois : c’est à ce moment-là que je commence à inclure des dialogues. Une fois que j’ai mes personnages et la trame de l’intrigue en tête, je passe alors à l’écriture et je suis mon séquencier. Je vois ensuite comment les personnages évoluent, et je m’adapte à ces changements au fur et à mesure.”

“C’est d’ailleurs un bonheur de créer des personnages et de les voir évoluer dans les situations que j’ai également créées”, raconte l’auteure qui se consacre à l’écriture depuis 2011, “le fait de raconter des histoires inspirantes est au coeur de ma démarche, et c’est un exercice que j’adore. Cela me procure une sensation de démiurge, et un certain plaisir schizophrénique lorsque je me glisse dans la peau de personnages borderline.”

Carole-Anne Eschenazi s’est alors livrée sur les personnages de son roman, en commençant par Tara, “un insecte attiré par la lumière” : “Elle a batti son existence sur la richesse, la beauté et la célébrité. Elle a erré dans des illusions et s’y est perdue. À tel point que, même si elle est toujours entourée par mille personnes, elle vit une immense solitude affective et psychologique.” Tara fait ainsi partie de ces personnages qui ont donné du fil à retordre à l’auteure, et qui l’ont surprise : “Au début, elle avait beaucoup de superbe, de panache et de force, mais cela cachait plein de choses. Elle a plein de couches, il a parfois fallu que j’aille la ceinturer pour bien la comprendre”.

Au contraire, Adam, un libraire qui vit sur l’île d’Arvana et qui rencontre Tara par hasard, est un personnage qui était beaucoup plus limpide pour l’auteure : “J’ai tout de suite su qui il était, d’où il venait, comment il s’habillait, se comportait… C’est un homme qui a batti sa vie sur ce qu’il savait être primordial pour lui.” Carole-Anne Eschenazi admet d’ailleurs se reconnaître davantage dans Adam que dans Tara : “comme lui, les livres sont l’une de mes grandes passions. C’est presque un besoin organique pour moi d’en lire, j’en remplis ma maison !”

Et on ne doute pas d’ailleurs que de nombreux babélionautes se retrouveront dans cette passion ! Pour conclure cette rencontre, Carole-Anne Eschenazi s’est elle aussi prêtée au jeu des 5 mots et a choisi “amour, île, fiction, solitude et identité” pour parler de Et si tu redistribuais les cartes de ta vie ?

Au plus profond de soi avec Xavier Péron

Quelques jours avant le début de la Coupe du monde 2018, le 5 juin précisément, Babelio recevait pour une rencontre avec ses lecteurs Xavier Péron, venu parler de son dernier livre Tu ne peux pas presser la déesse en lui donnant un coup de coude ! (éditions Eyrolles). Derrière ce long titre énigmatique se cache en fait l’histoire d’un jeune footballeur, Skender Murati, transféré au PSG pour une somme astronomique. Oui mais voilà, le sport, l’argent, les conquêtes féminines finissent par lui laisser un goût amer, et le voilà bientôt en quête de quelque chose d’autre – car la vie ne peut décidément pas se limiter à ça. C’est alors qu’il rencontre un jeune Maasaï, qui va le guider sur le chemin de la spiritualité et d’une compréhension plus large de l’existence et de ses enjeux.

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Comme une envie d’ailleurs

Cette histoire est née de l’envie de l’auteur, anthropologue et spécialiste des Massaï, de partager les enseignements qu’il a lui-même reçus de première main. Fasciné depuis son plus jeune âge par cette culture, il aura suivi une initiation auprès de ce peuple durant 30 ans en tout. « Je suis issu d’une famille de voyageurs bretons, et je ne me reconnaissais pas dans mon éducation brestoise bourgeoise. A l’âge de 6 ans, j’ai fait une expérience de mort imminente après une noyade. Heureusement, une de mes sœurs a réussi à me sauver. Suite à ce traumatisme, j’ai commencé à faire des rêves étranges, durant lesquels je voyais deux aigles noirs voler ensemble, avant qu’ils se transforment en un homme noir drapé de rouge et en un petit garçon… J’ai en fait été attiré par cette culture malgré moi au début. »

Bien vite, l’attirance devient obsession : « Je lisais tout ce que je trouvais sur les Massaï, j’étais fasciné par la liberté, la noblesse et la beauté de ces hommes. Je savais que quelque chose m’attendait là-bas, et la première fois que je me suis rendu au Kénya, invité par ma sœur pour un safari, ça a été un choc : il fallait que j’aille vivre avec eux ! Après le bac j’ai donc commencé des études d’anthropologie, puis des études de langue à Cambridge. Et j’ai fini par aller vivre 3 ans avec eux, chez eux, où j’ai été accueilli à bras ouverts. Et je m’y suis découvert. »

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Racine de 9

Si Skender Murati, l’alter ego sportif de Xavier Péron, porte le numéro 9 sur le terrain, ça n’est pas un hasard du tout. « Le 9 est un chiffre sacré chez les Maasaï, car leur spiritualité peut se résumer en neuf principes transposables dans la vie de tous les jours. Parmi les plus importants, on trouve l’idée d’avoir l’œil clair (car le regard est le miroir de l’âme) et la démarche alerte (je connais mon chemin et n’empiète pas sur le tien). Aussi, ils considèrent qu’il n’y a pas de différence entre le « dire » et le « faire » ; il faut donc considérer la parole comme un acte. Egalement, l’idée que nous vivons tous dans un champ énergétique. Et enfin, l’idée qu’il ne faut pas aimer les autres plus que soi-même. »

L’auteur a d’ailleurs écrit plusieurs essais sur ces principes de vie, dont Les Neuf Leçons du guerrier Maasaï et Les Quatre Cercles Maasaï du bonheur. Mais nouveauté aussi pour l’auteur, cette fois c’est bien à travers un roman qu’il a voulu transmettre : « Je voulais parler à un public plus large, à travers une histoire très contemporaine. L’idée était dès le départ de m’adresser au cerveau droit, émotionnel, du lecteur, et pas au cerveau gauche. D’où le prisme de la fiction, avec pourquoi pas une part d’identification à ce héros en quête de sens. Pour moi c’était la meilleure manière de parler à des esprits occidentaux peut-être éloignés de ce type de traditions. »

Les lecteurs présents ce soir-là ont d’ailleurs pu apprécier les qualités d’orateur (voire de conteur) de Xavier Péron, en tant qu’ex-maître de conférence à la Sorbonne et à l’île de la Réunion, toujours très porté sur la transmission et le partage de connaissances et de sagesses. Et sa disponibilité lors de la traditionnelle séance de dédicaces.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la Coupe du monde 2018 bat son plein, ce qui présage peut-être d’un succès pour ce livre résolument d’actualité. C’est en tout cas ce qu’a prédit un voyant à l’auteur. Pour conclure, citons un proverbe (maasaï évidemment), qui dit : « La sagesse n’a pas les cheveux blancs. » En somme, le bonheur n’attend pas les années !

Aspirine : cure de jouvence pour Joann Sfar

Mercredi 6 juin, Joann Sfar est venu dans les locaux de Babelio à la rencontre de ses lecteurs pour présenter sa nouvelle bande dessinée Aspirine, publiée aux éditions Rue de Sèvres.

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Joann Sfar est auteur et scénariste de nombreuses bandes dessinées, dont les séries Professeur Bell, Petit Vampire, Pacsin et Le chat du rabbin, publiées respectivement chez  Delcourt, L’Association et Dargaud. Il est aussi le réalisateur du film Gainsbourg, vie héroïque (2010), Le chat du rabbin (2011 en film d’animation et 2018 en film), Petit Vampire (2018), etc., mais aussi écrivain de romans et de nouvelles.

L’artiste est né à Nice et dit avoir commencé à se sentir comme un vrai parisien après avoir représenté un Paris contemporain à travers sa bande dessinée Le chat du rabbin. Il a suivi des cours à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris qui se situe en face du Quai Malaquais sur lequel il était facile de trouver de l’inspiration pour dessiner. « J’ai commencé à dessiner Paris comme quelqu’un qui y habite, et c’est à ce moment-là que je m’y suis senti chez moi ».  

Résumé de Aspirine :

Aspirine, étudiante en philosophie à la Sorbonne a la rage, elle ne supporte plus de revivre sans cesse les mêmes épisodes de sa vie pourrie. Et ça fait 300 ans que ça dure car Aspirine est vampire, coincée dans son état d’adolescente de 17 ans. Elle partage un appartement avec sa sœur Josacine, heureuse et sublime jeune femme de 23 ans, qui elle au moins, a eu l’avantage de devenir vampire au bon âge. En perpétuelle crise d’adolescence, elle passe ses nerfs sur son prof, sa sœur et tous les hommes «relous » qui croisent sa route. Assoiffée de sang, elle n’hésite pas à les dévorer (au sens propre) ou les dépecer. C’est même devenu un rituel avec les amants que sa jolie grande sœur collectionne. Malgré tout, elle attise la curiosité d’Yidgor ado attardé, un étudiant de type « no-life » : vaguement gothique, légèrement bigleux et mal peigné… avec comme kiff dans la vie, le fantastique et la légende de Cthulhu…

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Les personnages d’Aspirine et de sa sœur Josacine

Le personnage d’Aspirine n’est pas nouveau et a déjà été croisé dans d’autres œuvres de Joann Sfar. « J’ai commencé à écrire sur Aspirine lorsque j’avais vingt ans. Elle représentait le pur cliché gothique et je m’amusais à la dessiner en train de se mettre des coups de couteau avec sa sœur ». Et comme c’est parfois le cas avec les personnages abandonnés en cours de route par certains auteurs, Aspirine commençait à lui manquer.  « J’avais inventé ce cliché de l’adolescente qui avait le même âge depuis 300 ans et je voulais la faire revenir aujourd’hui dans un quotidien plus compliqué. Je n’ai jamais vu une jeunesse qui aime aussi peu son époque. C’est une génération qui s’adapte mais dont tous les débats qu’on lui fait tomber sur les chaussures la dégoûtent. J’essaie de faire l’album le plus léger et drôle possible et que mon héroïne parvienne à gérer cette colère permanente contre sa société. » Aspirine est une bonne représentation de l’adolescente épuisée et combattante du XXIe siècle.

Joann Sfar a évoqué la difficulté de se mettre dans la tête d’une adolescente, et surtout d’aborder la question des règles féminines. « Ma fille me dit toujours que je ne comprends rien ; imaginez un vampire qui a ses règles depuis 300 ans ! Moi-même n’étant pas une femme, il m’est difficile de décrire ce phénomène naturel ».

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Concernant Josacine, la sœur d’Aspirine qui apparaît aussi dans d’autres histoires antérieures de l’auteur, elle n’a pas été choisie comme héroïne de la bande dessinée car « elle  a ‘trop peu de problèmes’ pour en faire le protagoniste central d’une histoire. Elle est coincée à un âge où tout va bien, donc il est ardu de créer une situation intéressante autour de son personnage ». Pour créer ces deux sœurs, Joann Sfar dit s’être inspiré des films de Jean Rollin dans lesquels les thèmes du vampirisme et de l’érotisme étaient prédominants et où l’on pouvait voir de jeunes femmes tuer des messieurs.  

Egalité homme-femme : un débat compliqué pour les auteurs

Dans Aspirine, Joann Sfar a souhaité faire apparaître de nouveaux personnages, comme celui de Yidgor , qu’il a créé en s’inspirant du personnage de fiction Albator de Leiji Matsumoto, et ceux des amants de Josacine, la sœur d’Aspirine, car il éprouve de l’attachement et un grand intérêt aux polémiques d’aujourd’hui sur l’égalité des sexes, même s’il s’interroge sur la liberté des auteurs à pouvoir écrire sur les sujets de leur choix. « Nous vivons en ce moment un combat important pour l’égalité homme-femme, pour lequel je participe activement. En revanche, ce même combat est un peu une chasse à la sauvagerie de l’imaginaire car un auteur doit contrôler tout ce qu’il écrit. Il est dommage que nous ne puissions plus rédiger ce qui nous passe par la tête, de manière fictive, sans que cela ait un impact direct sur les problèmes de la société et que des gens soient touchés personnellement ».    

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Procédé d’écriture

L’auteur retire généralement de ses récits les dix premières pages pour rentrer dans le vif du sujet, aller directement au cœur des choses. Même si c’est peut-être une erreur car elles représentent l’instantanéité et les idées irréfléchies de son créateur, ce qui rend souvent le début d’un récit plus brut et spontané. De plus, Joann Sfar dit devoir se focaliser sur seulement un seul interlocuteur lorsqu’il écrit et dessine, et c’est son éditrice, Charlotte. Joann Sfar indique ne pas avoir de réelle méthode d’écriture mais essaie de se mettre le plus possible dans la peau de ses personnages. « Lorsque j’écris une BD, j’improvise page après page. Pour un roman, j’écris deux fois plus de pages que celles qui vont être retenues pour le résultat final. Il y a une bizarrerie dans la bande dessinée qui consiste à écrire 46 pages. Ce que j’aime dans cette nouvelle collection de chez Rue de Sèvres dans laquelle Aspirine est publiée, c’est qu’il n’y a pas de limite de pages, c’est open-bar ! »

Procédé de création artistique

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L’artiste, qui dessine huit à dix heures par jour, propose ses dessins sans couleurs à sa coloriste fétiche Brigitte Findakly, qui parvient à raconter ce que l’auteur veut transmettre dans sa bande dessinée en jouant avec les couleurs. « J’ai compris depuis longtemps que l’intérêt dans une bande dessinée est le mouvement dans le dessin et pas seulement le dessin en lui-même. La révolte que j’essaie d’exprimer à travers les personnages de mes bandes dessinées ressort grâce au mouvement animé que les couleurs vont leur attribuer ». Joann Sfar, qui réalise ses œuvres généralement en utilisant de l’encre et une plume, a été obligé pendant une période de changer de procédé car son chat jouait sans cesse avec ses outils de travail. Il a depuis un endroit fermé où il peut dessiner tranquillement.      

Une fascination pour les vampires

L’écrivain est fasciné par les monstres depuis toujours, et le fait que certains, comme par exemple les vampires ou les zombies, puissent revenir à la vie le subjugue. Cette fascination s’explique par le fait que l’auteur a perdu sa mère à un âge très jeune et il a voulu se sentir entouré en créant des monstres imaginaires qui étaient ses amis et complices. « Avoir de tels personnages imaginaires autour de soi peut remplir une vie très avantageusement, et de ce fait, on peut se sentir moins seul. Normalement, le monstre est celui que l’on montre du doigt et sur qui l’on veut s’acharner, la norme sociale l’exigeant. Or l’artiste britannique Clive Barker a bercé mon enfance en donnant la parole à ces monstres et en les rendant ainsi attachants et plus réels ».

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L’auteur souhaite dorénavant écrire « fin » lorsqu’il termine d’écrire et de dessiner une bande dessinée car il ne veut plus promettre à ses lecteurs qu’il y aura une suite. « Je ne souhaite plus me retrouver dans la situation d’être forcé à faire quelque chose que je ne veux pas faire ».

Les lecteurs qui ont aimé la bande dessinée Aspirine peuvent s’attendre à retrouver leur héroïne vampire dans un second tome, sur lequel Joann Sfar est déjà en train de travailler. Petit aperçu : le personnage d’Yidgor sera coiffé d’une façon très différente… ».

 

Prix Milady 2018 : les lectrices à l’honneur

Comme vous le savez certainement, les femmes lisent nettement plus que les hommes – 7 lecteurs de romans sur 10 sont des lectrices, selon une étude récente du Centre national du livre. Problème : elles restent aujourd’hui sous-représentées dans les jurys de prix littéraires, notamment les plus prestigieux. C’est d’ailleurs ce constat qui a poussé les prix Femina et Elle à réunir des jurys exclusivement féminins pour désigner leurs lauréats.

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Du côté des éditeurs, Milady organise depuis 2014 son prix des Lectrices, donnant la possibilité à des non-professionnelles de prendre la parole et donner leur voix au roman qu’elles ont préféré, parmi une sélection de 10 titres parus chez l’éditeur, écrits par des femmes et déjà plébiscités. En 2017, Phaedra Patrick recevait des mains de son éditrice française Isabelle Varange, le fameux trophée pour son livre Les Fabuleuses Tribulations d’Arthur Pepper, l’histoire d’un veuf qui va sortir de sa vie bien rangée pour enquêter sur sa femme décédée, et la redécouvrir. 

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Ce mardi 12 juin, une partie de l’équipe de Babelio était donc rue d’Hauteville, Paris 10e, pour découvrir dans les bureaux de Milady le nom de la lauréate 2018, et donner la primeur de l’information aux abonnés Instagram. Si vous suivez le compte Babelio sur ce réseau social, vous savez donc déjà que c’est Cecelia Ahern qui est repartie cette année avec le trophée transparent, pour Les Jours meilleurs ! L’histoire de Kitty – journaliste people en pleine détresse professionnelle, qui va se confronter au mystère d’une liste de 100 noms donnée avant sa mort par Constance, son mentor – a visiblement plu aux nombreuses votantes (plus de 5 000 !), et devancé sur le podium La Petite Librairie des cœurs brisés d’Annie Darling (2e) et Pourvu que la nuit s’achève de Nadia Hashimi (3e).

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, le nom de l’auteur ne vous est peut-être pas pour autant inconnu. Cecelia Ahern a également écrit en 2004 un best-seller international, adapté au cinéma : P.S. : I Love You. Et contrairement à ses personnages – souvent antipathiques au début de l’histoire, et que l’on apprend à aimer au fil des pages – l’auteur se montre très disponible, drôle et sympathique avec les lecteurs et blogueurs présents, posant pour de nombreuses photos et dédicaçant ses livres.

L’occasion aussi pour ses fans de discuter avec elle longuement autour d’un cocktail au nom des titres primés les années précédentes (plutôt « Jamais deux sans toi » ou « La Perle et la Coquille » ?), ou d’un verre de champagne. Avant de goûter l’an prochain au cocktail « Les Jours meilleurs », donc.

 

Découvrez le livre Les Jours meilleurs :

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« À force de traquer le scoop et de dévoiler la vie privée des gens dans les colonnes de la presse à scandale, Kitty est dans l’impasse. Sa carrière de journaliste piétine, et ses frasques lui valent une réputation désastreuse. Tout s’effondre quand elle apprend que Constance, la femme qui lui a tout appris, vit ses derniers instants. Elle se rend à son chevet et lui demande quelle histoire elle a toujours rêvé d’écrire. Mais la réponse arrive trop tard, sous la forme d’une liste de cent noms, sans aucune explication. Bien décidée à percer le mystère, Kitty tente de comprendre ce qui relie entre eux ces inconnus. En allant à leur rencontre, elle va découvrir des aspects pour le moins inattendus de la vie de Constance et peut-être même trouver un sens à la sienne. »

Détour par les États-Unis avec Valentin Musso

Valentin Musso avait jusqu’ici habitué ses lecteurs à des décors français : la Bretagne, les Pyrénées, la Marne… pourtant, depuis un peu plus d’un an, ce sont les Etats-Unis que l’auteur a choisi comme cadre pour ses deux derniers thrillers psychologiques : La Femme à droite sur la photo, disponible en format poche aux éditions Points, et Dernier été pour Lisa, publié aux éditions du Seuil. C’est à l’occasion d’une rencontre dans les locaux de Babelio qu’il en a profité pour échanger avec trente lecteurs à propos de ces deux détours américains.

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Parenthèse américaine

Avant d’écrire La Femme à droite sur la photo, Valentin Musso n’avait en réalité jamais ressenti le besoin de situer ses intrigues ailleurs qu’en France : Maxime Chattam et Claire Favan, par exemple, situent leurs intrigues aux Etats-Unis. Ils font cela très bien et je n’avais pas envie de les singer.” C’est le sujet de ce roman, le cinéma hollywoodien des années 1940 et 1950 qui, en s’imposant à l’auteur, lui a également dicté son cadre : “J’aime beaucoup le cinéma hollywoodien de ces années-là, avec Marilyn Monroe et Jean Seberg, et je voulais lui rendre hommage dans un roman. Logiquement, ça ne pouvait pas se passer ailleurs qu’aux Etats-Unis.”

Passionné par le milieu du cinéma hollywoodien, Valentin Musso voulait également montrer ce que le glamour cachait de glauque : “La fin des années 1950 aux Etats-Unis était très marquée par le maccarthysme, avec la chasse aux homosexuels et aux communistes. Le milieu hollywoodien a beaucoup subi cela, car c’était un milieu politiquement très à gauche. On a découvert, dès années plus tard lorsque les dossiers ont été rendus publics, que Ray Bradbury et Frank Sinatra étaient sur écoute. Leurs dossiers étaient complètement creux.”

“Les endroits clinquants de L.A. -ils ne manquent pas- m’ont toujours déprimé, on dirait qu’ils ont été inventés que pour dissimuler aux yeux des gens les rêves brisés et les échecs dont se repaît cette ville.” David Badina, le narrateur de La Femme à droite sur la photo.

À l’image de La Femme à droite sur la photo, l’auteur avait également besoin d’utiliser le système judiciaire américain pour écrire Dernier été pour Lisa. C’est pour cela qu’il a choisi la côte du lac Michigan, dans le Wisconsin, comme décor pour son dernier roman.

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L’envers du décor

Après avoir montré la féerie et le sordide d’Hollywood, Valentin Musso a souhaité prendre le contre-pied de ce milieu et parler de la campagne américaine. Après la côte Ouest, direction les bords du lac Michigan, dans l’état du Wisconsin : Dernier été pour Lisa a été écrit en réaction à La Femme à droite sur la photo. J’ai vu qu’il y avait un décalage entre les grandes villes et la campagne. Lorsque les gens reviennent dans leur ville natale après avoir fait des études ou commencé leur carrière dans une métropole, il y a un décalage : ils ne comprennent plus les gens du coin.”

« La bourgade du Wisconsin m’apparaît comme une personnalité à part entière, avec ses ragots, ses secrets, la peur du qu’en dira-t-on, sa mise à l’index de ceux qui n’entrent pas dans la norme. Chacun doit rester dans sa « caste », on ne se mélange pas, ou alors… advienne que pourra ! J’ai envie de dire que l’histoire n’aurait pas pu exister ailleurs que dans un endroit semblable à celui-ci. » critique de Domeva

Ce que Domeva fait remarquer dans sa critique correspond justement à l’intention de l’auteur, qui a souhaité aborder les thèmes d’exclusion et de fragilité dans Dernier été pour Lisa : “Même si ces thèmes ont déjà été abordés dans des romans précédents, j’avais envie de les traiter de manière différente, en parlant de cet adolescent qui veut s’élever socialement par exemple, mais qui n’y parvient pas. J’avais besoin de situer cette histoire dans une Amérique profonde pour l’écrire, car elle n’était pas transposable dans la campagne française.”

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Une déclaration d’amour au polar et au cinéma

Ce ne sont pourtant pas des problématiques sociales qui sont au cœur de ces deux romans, Valentin Musso s’est plutôt nourri de ses passions et découvertes adolescentes pour écrire ces deux livres : “Ce qui m’intéresse en réalité, c’est moins l’Amérique réelle que celle imaginaire, fantasmée. Dans La Femme à droite sur la photo, j’ai voulu rendre hommage au cinéma, alors que Dernier été pour Lisa est un hommage à la littérature que j’ai découvert quand j’étais adolescent.”

C’est en effet à cet âge que l’auteur a découvert les classiques du polar : “Ma mère m’a fait découvrir Arthur Conan Doyle et ses Sherlock Holmes, et c’est grâce à mon père que j’ai découvert Georges Simenon. C’est aussi à ce moment-là que j’ai lu Agatha Christie, Gaston Leroux, Stephen King… et que j’ai découvert le cinéma américain grâce au Cinéma de minuit : j’ai regardé des films d’Orson Welles, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick La Femme à droite sur la photo, c’est une déclaration d’amour au polar et à ce cinéma !”

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Détourner les codes du polar

Si Valentin Musso a souhaité rendre hommage aux polars qui ont rythmé son adolescence, il n’hésite pas à se détourner de leurs schémas parfois classiques pour s’inscrire dans des genres plus contemporains. Il avoue d’ailleurs préférer le registre du thriller psychologique : “Je préfère quand il n’y a pas de sang, c’est la violence psychologique qui m’intéresse. Comme dans Sans faille, l’un de mes précédents romans dans lequel j’ai voulu parler de la violence de classe, c’est d’une histoire d’amitié dont je suis parti pour Dernier été pour Lisa, puis ça a dérivé vers une histoire policière.”

L’auteur n’a ainsi jamais réutilisé de personnage pour en faire une figure récurrente : “j’ai besoin d’une nouvelle aventure à chaque fois, c’est ce qui me motive.” À la figure classique du détective tel que Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, Valentin Musso préfère des personnages plus anonymes, que l’on pourrait croiser tous les jours : “C’est vrai que je connais mal le monde de la police, mais je préfère surtout m’inspirer du cinéma des années 1940, dans lequel le personnage du flic était un personnage secondaire. Dans mes romans, l’enquêteur est souvent incarné par un détective privé ou un journaliste, rarement par une institution. J’aime le fait que mes personnages principaux, comme ceux d’Alfred Hitchcock, soient des antihéros. Il y a d’ailleurs une citation d’André Gide, “il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant”, qui représente exactement l’idée que je me fais de mes personnages.” Une lectrice a d’ailleurs fait remarqué que le personnage de Lisa n’était pas attachante : “La mort ne rend pas les gens meilleurs, c’est pour cela que j’ai voulu faire de Lisa un personnage qui ne soit pas parfait et dont on découvre les secrets petit à petit.”

Enfin, le passé est également l’un des thèmes de prédilection de Valentin Musso : “Que ce soit dans les films, les livres et même dans les émissions du type “Faites entrer l’accusé”, j’aime beaucoup les affaires classées sans suite, qui datent de plusieurs années. J’aime cette coexistence du passé et du présent, le fait de revenir en arrière, de creuser dans des souvenirs et de se dire que le passé ne nous a pas tout dit.” Pour écrire sur ces affaires passées, l’auteur adapte ainsi son écriture pour résoudre l’intrigue tout en restant crédible : “C’est intéressant de jouer sur la multiplication des points de vue, d’insérer des passages en flash-back. Dans Dernier été pour Lisa, c’était une évidence d’inclure des scènes de passé, alors que cela n’était pas nécessaire dans La Femme à droite sur la photo. La vérité ne peut pas venir des preuves matérielles ou scientifiques, il faut la faire surgir d’autre part.”

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La famille : au coeur du roman policier

Au-delà de ses références littéraires et cinématographiques, Valentin Musso s’est également confié sur les événements dont il s’inspire pour écrire ses romans : “Il ne suffit pas de grand chose pour avoir l’idée d’une intrigue policière : un fait divers, des secrets de famille, un article de journal… C’est par exemple après avoir lu un article sur les Lebensborn (programme du IIIe Reich qui avait pour objectif de créer une race aryenne parfaitement pure et dominante) dans L’Express que j’ai eu l’idée d’écrire Les Cendres froides. L’auteur n’hésite pas non plus à puiser dans des faits personnels ou familiaux : “Il y a très souvent des éléments autobiographiques dans le polar et le roman noir”, dit-il avant de préciser : “Je me souviens des histoires que me racontait mon grand-père, qui est mort à 104 ans. Il habitait près de Nice et a grandi près des terrains d’aviation. Je m’en suis servi pour écrire Le Murmure de l’ogre.”

La famille est d’ailleurs un terreau particulièrement fertile, selon Valentin Musso, pour bâtir une intrigue policière : “aux sources mêmes de l’intrigue policière, je pense qu’il y a une histoire de famille”, explique l’auteur, “la première histoire policière en date, c’est bien celle d’Œdipe qui, souhaitant découvrir d’où vient la malédiction qui s’abat sur Thèbes, découvre qu’il en est à l’origine. La famille est un terrain de jeu privilégié, et fournit une matière narrative incroyable à un polar.”

L’époque de l’adolescence, mise en scène dans Dernier été pour Lisa, n’a pas non plus été choisie au hasard. Valentin Musso le voit comme l’âge de toutes les possibilités, riche en attentes et en tensions : “J’aime cet âge car c’est celui où tout est encore possible. On a du potentiel et des qualités, et parfois la réussite ou l’échec ne tiennent à pas grand chose, il n’y a pas d’explication au succès de l’un ou à la malchance d’un autre. La question qui hante les adolescents, tout l’enjeu, c’est de savoir si les promesses seront tenues.”

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De nouveaux défis d’écriture

Pour Valentin Musso, il ne suffit pourtant pas d’avoir une bonne idée pour se mettre à l’écriture : il faut également qu’elle arrive au bon moment . “Pour La Femme à droite sur la photo, j’avais pris des notes lorsque je passais des vacances en Bretagne, mais j’ai retardé l’écriture de ce livre car ce n’était pas le bon moment”.

Une fois que l’auteur a l’intrigue en tête, il ne tarde pas à se mettre à écrire : “Faire un plan, c’est une idée à double tranchant. Ca peut guider l’auteur, mais ça peut aussi le brider. Je préfère partir avec une idée grossière de l’histoire, et avancer petit à petit. J’ai besoin de me mettre à l’écriture rapidement, de me laisser porter pour trouver le point de vue adapté à chaque histoire. Le choix de la tonalité narrative est très important pour moi.” Il lui est d’ailleurs déjà arrivé de réécrire un manuscrit, commencé à la première personne, et de changer de point de vue pour lui donner plus de crédibilité : “En relisant ce que j’avais écrit, je trouvais que ça ne marchait pas, alors j’ai décidé de tout réécrire à la troisième personne. Le narrateur que j’avais choisi au départ faisait de la rétention d’information, et ça ne me semblait pas cohérent. Cette expérience m’a appris qu’il faut toujours se relire, et voir si on croit soi-même à ce que l’on a écrit.”

L’écriture de Dernier été pour Lisa a d’ailleurs donné son lot de défis à l’auteur. L’alternance entre présent et retours dans le passé, pour commencer : “J’écris mes livres dans l’ordre de lecture. Pour écrire mon dernier roman, j’ai donc alterné entre l’écriture de chapitres du présent et ceux dans le passé. Les choses se sont faites naturellement, je sentais qu’il fallait insérer une scène du passé au fur et à mesure de l’écriture, pour équilibrer le récit.” Le personnage de Lisa a également été difficile à représenter. Si Valentin Musso a l’habitude de prendre des notes sur ses personnages avant d’écrire, le cas de Lisa a été une exception : “j’avais juste son prénom quand j’ai commencé à écrire, car je m’identifiais davantage à Nick, le narrateur de l’histoire : on a le même âge, on est tous les deux écrivains… À tel point que quand j’écrivais les dialogues entre le narrateur et Lisa, j’attendais moi aussi les répliques de Lisa !”

Enfin, le dernier défi qui s’est imposé à l’auteur lors de l’écriture de ce roman a été de se mettre dans la peau d’une adolescente : “j’étais plus prudent lorsque j’écrivais le journal intime de Lisa, car j’avais peur de faire des erreurs. Je faisais donc lire des passages à ma femme pour savoir si j’étais sur la bonne voie.”

Après Hollywood et le Wisconsin, Valentin Musso quittera les Etats-Unis pour son prochain roman. Le lieu n’aura d’ailleurs pas d’importance puisque l’intrigue pourra se dérouler n’importe où. Soyez donc prêts à découvrir un nouveau décor !

Jeunesse éternelle, ou quand Frédéric Rébéna adapte Françoise Sagan en BD

En 1954, Françoise Sagan crée le scandale avec son premier roman Bonjour Tristesse, alors qu’elle n’a que 18 ans. Tandis que François Mauriac la décrit comme un « charmant petit monstre », formule restée célèbre, certains critiques fustigent les actions et comportements des personnages, notamment Cécile, qui « consomme » un garçon avant de rompre, à l’image de l’attitude de son père, Raymond, avec les femmes qu’il fréquente. Or dans les années 1950, représenter une telle relation allait à l’encontre du schéma classique, invitant les amants à se fiancer, à se marier et avoir des enfants en cas de rapport charnel.

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Mai 2018. Bonjour Tristesse est enfin adapté en bande dessinée, comme une évidence. Frédéric Rébéna est au stylo et au crayon, et Rue de Sèvres édite la BD. A cette occasion, 30 Babelionautes ont pu rencontrer l’auteur-dessinateur le vendredi 25 mai, ainsi que le fils de Françoise Sagan, Denis Westhoff, exécuteur testamentaire de son œuvre.

L’amour impossible

L’un des thèmes majeurs du roman, et donc de cette adaptation, c’est la difficulté des personnages à sortir de leur isolement, de leur solitude, et de s’ouvrir aux sentiments, notamment à l’amour. « C’est un roman sur l’impossibilité de l’amour, explique Frédéric Rébéna. Le père a une attitude très consumériste avec les femmes, et orientée sur le sexe. La fille est dans des contorsions d’adolescente, et a pour seul exemple ce père et ses nombreuses et brèves conquêtes. Finalement, elle adopte vite son attitude… » Et, plus loin encore dans la tristesse, « le seul personnage amoureux, c’est Anne, l’amie de la femme décédée, et une relation un temps heureuse qui va déboucher sur le drame, et lui donner un statut de victime. »

Sagan : hier, aujourd’hui, demain

Dès le début de la rencontre, les lecteurs n’ont pas hésité à poser des questions pour avoir un éclairage sur certains aspects, autant du roman que de la bande dessinée. Et notamment pour savoir si le livre, initialement paru chez Julliard, rencontre toujours un public aujourd’hui – à défaut de choquer la morale contemporaine. « Oui, ça se vend de manière encore très régulière, et à toutes les classes d’âges, précise Denis Westhoff. Le livre est d’ailleurs étudié dans les écoles en Chine, au Japon… j’ai même eu une demande venant d’Iran récemment. »

Frédéric Rébéna a, de son côté, choisi de garder une esthétique faisant largement référence aux années 1950, « pour garder la filiation avec le livre », mais de vieillir un peu les personnages : « En 2018, à 50 ans on est encore jeune. Ca me paraissait utile pour ancrer le récit dans le temps présent. » Et pour bâtir graphiquement la fameuse villa, il avoue avoir « compulsé beaucoup de livres. J’ai recensé des lieux, étudié l’architecture de l’époque, et malgré les jalons visuels codifiés années 1950, je voulais garder quelque chose d’universel et d’intemporel. Vous n’y trouverez pas de date (sauf une mention discrète à la toute fin), j’aimais bien cette idée de temporalité flottante. »

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Un dessinateur en quête de personnages

En plus de ses talents de dessinateur, Frédéric Rébéna a cette fois dû s’adonner à l’écriture. « Je n’imaginais pas travailler avec quelqu’un d’autre là-dessus, je voulais faire cette adaptation seul, puisque c’était possible. Avant même de dessiner, j’ai passé beaucoup de temps à écrire, ce qui était très nouveau pour moi. C’est une phase exigeante, un plaisir et une douleur, qui m’a pris deux tiers du temps de réalisation de cette bande dessinée. »

Et visiblement, voilà une œuvre qui lui tenait très à cœur, d’où le soin apporté à ce travail : « C’est un livre que j’associais à mes parents, coincé entre les mémoires de De Gaulle et de Pompidou. Un petit livre isolé dans cette bibliothèque, entre deux figures autoritaires, un livre forcément magnétique pour moi. A 15 ans, je n’ai pas bien compris ce qui m’était raconté. Ma deuxième lecture a été complètement différente. A 50 ans j’ai une lecture plus analytique, plus intelligente sans doute. Je l’ai relu dans de nombreuses éditions, des plus simples aux plus luxueuses, et celle que je préfère est une édition pour lycéens que j’ai bien malmenée à force de l’utiliser. »

D’ailleurs, à force de le lire, l’auteur-dessinateur semble avoir développé une affection particulière pour Cécile : « C’est un livre sur la solitude d’une ado qui rentre dans l’âge adulte. Quitter l’âge d’enfant est une douleur pour elle. Dans la BD elle ressemble énormément à Jean Seberg, qui avait été choisie pour l’adaptation hollywoodienne d’Otto Preminger en 1958. C’est pour moi la meilleure incarnation. » Quand une lectrice très observatrice lui fait remarquer que ses personnages ne sourient jamais, il répond : « On me fait le reproche dans la vie aussi, et je n’arrive pas à traduire le sourire en dessin. Je suis moi-même triste, mélancolique, associé à quelque chose de pas drôle. Mais c’est surtout un problème plus global de représentation. »

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Habiter Sagan

Quand on lui demande comment il a abordé ce travail, Frédéric Rébéna a une métaphore toute personnelle : « On m’a confié les clés d’une maison, je l’ai investie en locataire, j’ai respecté le lieu, le bail, en m’autorisant quand même quelques aménagements. Au début je suis entré dans des transes d’inquiétude, en me disant que c’était impossible de l’adapter. Une fois à l’aise entre ces meubles, c’était très agréable. » Ce à quoi Denis Westhoff réagit par un « pas de dégradation » rassurant.

Ce qui implique parfois des « choix assez autoritaires, nécessaires pour la dynamique du récit » selon le dessinateur, comme de garder ce qui est représentable par le dessin, et donc d’enlever une séquence. Une modification assez importante aussi du côté de la chronologie du récit, qui voit l’issue tragique du roman représentée dans les premières planches de la bande dessinée : « Ce choix a été dicté par des obligations de dramatisation, et pour se repérer dans le récit. Techniquement, c’était la meilleure des introductions pour évoluer en tant que lecteur dans cette histoire. »

Par contre du côté du texte, « garder celui-ci mot pour mot était pour moi une question de respect ». Ce que ne contredit pas le fils de Françoise Sagan, qui a d’ailleurs lancé un prix littéraire en 2010 portant le nom de sa mère, et récompensant des auteurs passés généralement sous les radars de la critique.

Et les Babelionautes enthousiastes et ravis, de repartir avec une dédicace chacun, patiemment exécutées par l’auteur de la bande dessinée. Alors finalement, bonsoir gaieté !

Découvrez plus en profondeur l’adaptation de Bonjour Trsitesse en bande dessinée, à travers cette vidéo « Les 5 mots de Frédéric Rébéna » :

Dans la peau d’un enfant avec Julien Aranda

Faut-il faire des sacrifices pour réaliser ses rêves d’enfants ? C’est la question que se pose Julien Aranda dans son dernier roman, Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare, publié aux éditions Eyrolles. Il était d’ailleurs présent dans les locaux de Babelio le 31 mai dernier, pour échanger avec 30 lecteurs à propos de ce dernier ouvrage.

Quand un souvenir d’enfance donne naissance à une fiction

C’est l’aspect autobiographique du Jour où maman m’a présenté Shakespeare qui a été abordé en premier par les lecteurs, mais Julien Aranda a rapidement mis de côté cette idée, insistant sur le fait que son troisième roman est d’abord une fiction : “certains aspects sont autobiographiques, mais je me suis surtout nourri de mon imagination pour écrire cette histoire”. L’auteur a ainsi expliqué aux lecteurs comment il avait puisé dans ses souvenirs d’enfance et dans son imaginaire pour inventer une histoire et des personnages : “Après avoir écrit mes deux premiers romans, j’avais la sensation d’être arrivée au bout d’un cycle. Je ne savais pas comment repartir, alors j’ai repensé aux livres qui m’avaient marqué pendant mon enfance : La Gloire de mon père et Le Château de ma mère de Marcel Pagnol, et La Vie devant soi de Romain Gary. Le point commun qui réunit ces trois livres, c’est le point de vue enfantin du narrateur. Je me suis dit que c’était une aventure que j’avais envie de tenter, alors pour me lancer, je suis parti de mon premier souvenir : la mort de mon chien, un caniche noir qui s’appelait Roméo. J’ai ensuite utilisé mon imagination et mon expérience personnelle pour inventer une histoire autour de ce souvenir : j’ai fait beaucoup de théâtre, alors je me suis servi de cette expérience pour rebondir sur ce vieux souvenir, et je me suis dit que si ce chien s’appelait Roméo, c’est parce que ma mère était fan de William Shakespeare, et c’est comme ça qu’est né le personnage de cette mère farfelue.”

Comme un poisson dans l’eau

Dans un quotidien contraignant et bien rempli, la lecture est souvent un moyen de s’échapper de la réalité. Pour Julien Aranda, il en est de même pour l’écriture, qui est pour lui un moyen d’évasion : “Quand on a un enfant en bas âge, de multiples activités et un travail prenant, c’est parfois difficile de faire une pause. L’écriture m’a permis de souffler et de prendre du recul par rapport à la réalité. J’ai toujours eu de l’affection pour le théâtre, j’ai voulu être comédien, et ce n’est d’ailleurs pas un projet que j’ai complètement abandonné : pendant l’écriture, j’ai eu l’impression de faire partie de cette troupe de théâtre.”

En plus de se vêtir d’un costume de comédien, Julien Aranda s’est également mis dans la peau d’un enfant, de ses cinq à ses vingt ans. Loin d’avoir été une expérience difficile, c’est au contraire un exercice qui a plu à l’auteur ; ce dernier en a profité pour se confier sur les raisons qui l’ont poussé à choisir un narrateur qui soit un enfant : “L’adolescence est, pour moi, beaucoup plus proche du monde des adultes que du monde de l’enfance, car on comprend beaucoup de choses. Je garde un souvenir magique de mes années de primaire : tout allait bien, je me sentais comme dans un cocon. Au contraire, l’arrivée au collège a sonné pour moi comme la fin de l’enfance et de l’insouciance. J’ai senti qu’il y avait une cassure entre le monde de l’enfance et celui de l’adolescence. Écrire du point de vue d’un enfant m’a permis de renouer avec l’enfant qui est en moi.”

Une lectrice en a d’ailleurs profité pour souligner la justesse du langage de l’enfant au centre du Jour où maman m’a présenté Shakespeare, et du ton utilisé par l’auteur. Pour trouver sa propre voix, Julien Aranda s’est avant tout inspiré des auteurs classiques cités précédemment, mais il admet qu’il s’est aussi inspiré de quelques auteurs contemporains tels que Michel Houellebecq et Sylvain Tesson. “On m’a également parlé d’En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut comme référence à Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare.”, poursuit l’auteur. “C’est vrai que j’y ai trouvé des ressemblances en le lisant, même si la mère d’En attendant Bojangles est plus farfelue et plus fantasque et, qu’à l’opposé de mon roman, elle ne poursuit aucun but.”

La tête dans les étoiles, les pieds sur terre

Parmi ses références, Julien Aranda a également cité Un Taxi mauve de Michel Déon : “en le lisant, j’ai eu envie d’écrire un roman dans lequel il y aurait des jeux de mots, j’aime d’ailleurs beaucoup Stéphane de Groodt. Dispersés aux quatre coins du roman, ces calembours tels que “l’huissier d’injustice”, “les réseaux asociaux” ou “les forces du désordre” ont ainsi interpellé les lecteurs par leur fantaisie. “L’humour est pour moi la capacité suprême de l’homme à ne pas se prendre au sérieux”, précise alors Julien Aranda, “c’est un moyen d’aborder des thèmes difficiles de manière plus légère. Face à une situation compliquée, l’humour est, comme la poésie, une échappatoire à la réalité. L’humour et la poésie sont pour moi comme un kaléidoscope : ce sont deux manières de voir le monde.”

Pour compléter cette touche d’humour, Julien Aranda a souhaité y ajouter une dimension poétique, “je voulais écrire un roman musical, qui sonne bien et que l’on puisse écouter”, et construire une ambiance onirique : “j’ai conscience de ne pas avoir été rigoureux ni réaliste dans tous les aspects de ce roman, mais j’ai choisi de privilégier cette atmosphère poétique au réalisme. On écrit pour le lecteur que l’on est et, en tant que lecteur, tant que l’histoire est belle et qu’elle me fait rêver, ça me suffit. Je ne voulais pas étouffer le récit, car la littérature est pour moi une bulle d’oxygène.” Et c’est justement à mi-chemin entre la figure poétique et la figure paternelle que se trouve Georges Brassens, le chanteur préféré du héros.

Mais l’auteur ne s’est pas contenté de s’affranchir des contraintes imposées par le réalisme, puisqu’il avait pour objectif d’écrire un roman qui serait “complètement paradoxal”, à l’image de ses personnages construits à l’opposé les uns des autres, tels que la mère et Tata Myriam. “Je comprends que la mère ait pu être agaçante, car elle heurte des valeurs fondamentales. Quel est le prix à payer pour la réussite ? Comment être un artiste responsable lorsque l’on a des enfants ? Ce sont des questions que l’on peut se poser au travers du personnage de la mère. Il faut parfois faire des sacrifices pour réaliser ses rêves d’enfant.”

“Je n’aime pas écrire, j’aime avoir écrit.” Paul Morand

Avant de quitter Julien Aranda, les lecteurs ont toutefois souhaité lui dérober quelques conseils et techniques d’écriture, “Je comprends complètement votre question”, confesse l’auteur, “j’ai moi-même passé des années à me renseigner sur les méthodes d’écriture des écrivains avant d’oser me lancer !”

L’auteur du Jour où maman m’a présenté Shakespeare s’est alors confié sur l’expérience d’écriture, qui relève pour lui “d’un alignement des planètes et de l’instinct : Je ne fais pas de plan, ni de fiche de personnage. Fiodor Dostoïevski, John Steinbeck et Romain Gary écrivaient d’ailleurs sans plan ! Si j’en concevait un, ça me donnerait l’impression que tout est déjà fait, et ça me découragerait. Ce que j’aime dans la littérature, c’est lorsque le narrateur se retrouve face à ses personnages et que le champ des possibles s’ouvre. J’aime le fait de ne pas savoir où je vais.”

Julien Aranda admet toutefois se reconnaître dans la citation de Paul Morand, “je n’aime pas écrire, j’aime avoir écrit” : “je trouve cela très difficile d’écrire. C’est pour cela que je m’aide d’un fichier excel et que je me fixe des objectifs quotidiens et mensuels. Je me force à mettre en place un processus d’écriture très rigoureux et, après tout, tous les arts sont soumis à la rigueur, l’écriture autant que la musique.”

Le devoir de se renouveler

Malgré les mystères non résolus qui subsistent dans Le jour où maman m’a présenté Shakespeare, tels que l’identité du père ou le prénom du petit garçon, Julien Aranda assure qu’il n’écrira pas de suite à ce troisième roman : “J’en ai eu l’idée mais j’ai finalement décidé de ne pas le faire. Je ne suis pas un lecteur de séries, et je trouve cela trop facile. J’ai envie de me renouveler, et je pense qu’on en a même le devoir. J’ai un million d’idées pour mes prochains romans, je n’ai plus qu’à me poser et à les coucher sur papier.”

Pour en dévoiler davantage à propos du Jour où maman a rencontré Shakespeare, Julien Aranda s’est livré à l’exercice des 5 mots et vous en dit un peu plus en vidéo :