Sur le métier de la traduction littéraire : Entretien avec Amaya García

La traduction occupe dans le monde des livres, une place à la fois importante et particulière, grâce à laquelle il nous est possible d’accéder aux oeuvres écrites dans des langues étrangères. La langue étant tout à la fois une représentation des sens et de l’intellect d’un groupe d’humains déterminé, lire une oeuvre traduite n’est rien d’autre qu’entrer dans cet univers. Au delà des mots. Quels sont les enjeux d’une traduction littéraire ? Découvrons-le dans cet échange avec Amaya García, traductrice espagnole qui se consacre tout particulièrement à la traduction littéraire du français à l’espagnol.

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Comment êtes-vous devenue traductrice et quelle fut votre première expérience du métier ?

Avant tout il y a un fait essentiel dont découle tout le reste qui est que je suis fille de traductrice. Et plus particulièrement, fille de co-traductrice. J’ai par conséquent passé la première moitié de ma vie à observer comment ma mère et sa collaboratrice traduisaient des livres. Elle travaillaient à la maison et je passais des heures à les écouter relire à voix haute, débattre de la pertinence de tel ou tel mot, interpréter la signification d’un passage… J’étais fascinée. Je crois que c’est ce qui a peu à peu modelé mon esprit sans que je m’en rende compte, et m’a appris à penser et lire comme une traductrice. De fait, je suis convaincue que si ma mère avait traduit seule, si elle avait réalisé tout ce processus silencieusement au lieu d’être en “représentation” pour moi et sa collègue, alors je ne serais pas devenue traductrice. Le fait conjugué d’avoir commencé toute petite à apprendre une deuxième langue et d’adorer la lecture dans les deux langues ont créé le terreau parfait pour cette lente évolution, arrivée à terme quand j’ai fait de la traduction mon métier. C’est arrivé quand j’ai obtenu mon diplôme de l’université et que j’étais à la croisée des chemins professionnels.

Traduire implique inventer ?

Je crois que le traducteur invente dans le même mesure qu’un acteur. L’acteur transforme un personnage d’encre et de papier en personnage en chaire et en os. En partant du langage écrit, il “invente” le langage oral (intonations, inflexions, registre vocal…) et le langage corporel, gestuel et expressif du personnage. Le traducteur, à partir de l’analyse de l’oeuvre d’un écrivain “invente” cet écrivain qui s’exprimerait dans une autre langue. Et à partir de là, il “recrée” tout le reste dans sa propre langue. Je crois que le terme “recréer” rend mieux compte que “inventer” le travail du traducteur. Les jeux de mots ou les blagues en sont un bon exemple : quand il est impossible de les traduire littéralement, il est vrai qu’il faut ajouter une dose de créativité, d’ingéniosité et d’inventivité pour trouver un équivalent dans ta propre langue, mais en réalité tu ne “l’inventes” pas, tu recrées avec les éléments dont tu disposes.

Que pensez-vous de l’expression italienne “traduttore, traditore”, relative au travail difficile du traducteur ?

Cela m’a toujours semblé être une définition très injuste. Tout d’abord car quand un artiste, écrivain, dramaturge, musicien, peintre etc. soumet son oeuvre au jugement du public, il court le risque que ce dernier en donne des interprétations auxquelles il ne prétendait pas. Le traducteur est avant tout un lecteur et en tant que tel il fait sa propre lecture du texte qu’il traduit, même s’il tente de minimiser cette part de subjectivité il ne peut la supprimer complètement. Et si cela constitue une “trahison” de l’auteur et de son oeuvre, il ne trahit pas plus que tout autre lecteur.

D’autre part, je crois qu’aucun traducteur honnête ne “trahit” le texte de manière délibéré. Il y a trahison quand la traduction manipule le texte original pour le censurer (en omettant ou altérant des parties) ou quand le traducteur y met son ego et veut laisser son empreinte personnelle (dans le style par exemple), qui est la dernière chose que devrait faire un bon traducteur. Mais je crois que ces vices ne s’appliquent pas à la majorité des traducteurs, bien au contraire. C’est la raison pour laquelle la fameuse généralisation “traduttore, traditore” me semble si injuste.

Vous avez travaillé à la traduction du Livre des Baltimore de Joël Dicker qui a déclaré au salon du livre de Madrid où vous vous êtes rencontrés : “Je dépends totalement de la traduction. Si elle n’est pas bonne, le tout est un désastre”. Comment savez-vous si vous avez réussi à faire une bonne traduction ?

Une bonne traduction est une traduction fidèle, pour le meilleur et pour le pire. Par exemple, si le texte est mal écrit dans la langue de départ, il doit l’être également dans la langue d’arrivée. Si durant la traduction, on “l’améliore”, le résultat sera un texte bien écrit, mais pas une bonne traduction (et bien sûr les originaux mal écrits sont paradoxalement bien plus difficiles à traduire). Mais une bonne traduction est aussi celle qui fait que “notre” lecteur ressente la même chose que le lecteur de l’oeuvre originale. En outre, une bonne traduction doit être fidèle, être consciente des limites du traduisible, et ne pas les outrepasser (en ayant recours à une “note du traducteur” si nécessaire).

Comment est-ce que je sais si j’ai atteint mon but ? Et bien, en en étant consciente durant le processus de traduction et de relecture des brouillons. Et par la suite en laissant “reposer” la traduction pour m’en distancier. Si après cela tu relis le texte et ressens ce que tu as ressenti à la lecture de l’original, c’est que c’est une bonne traduction. En ce sens, il est très utile de travailler en équipe, comme le faisait ma mère avec sa collègue et comme nous le faisons désormais toutes les deux. Et bien entendu, il y a aussi cet autre membre indispensable à l’équipe, le correcteur, dont le rôle fondamental à mes yeux (outre le besoin d’enlever des erreurs et des “arêtes”, qui est très important mais c’est aussi le cas avec les textes originaux), est d’être le premier lecteur de la traduction qui n’ait pas le “filtre” de l’original (au moins dans un premier temps) et peut nous dire comment sonne le texte, ce qu’il ressent…et si c’est la même chose que l’on a ressenti à la lecture de l’original, c’est que la traduction est bonne.

2Joël Dicker a justement dit, dans le même entretien qui a donné lieu à l’article dont est extraite cette citation, que grâce aux traductions (en l’occurrence en anglais et en allemand qui sont les langues qu’il maîtrise) il avait pu lire ses romans comme un lecteur lambda, comme s’il les découvrait et les appréciait pour la première fois. Et qu’il avait ressenti ce qu’il voulait que ressentent les lecteurs en français, ce dont on peut conclure que les traductions étaient bonnes. Je veux croire qu’avec notre traduction de ses romans en espagnol il ressentirait la même chose.

Avez-vous une relation “amour -haine” avec les mots ?

Plus que de haine, je parlerais d’impotence, quand je vois qu’un écrivain fait un jeu de mot en français, non pas à cause de l’ingéniosité mais parce que dans sa langue qui est pleine d’homonymes, cela sort tout seul, tout naturellement, et de mon côté je passe une après-midi entière de travail à trouver une solution (sans parler du fait que je ne cesse d’y penser des heures durant, en dehors de ma journée de travail).

Même si c’est justement, entre autres, cette caractéristique du français qui explique mon amour de cette langue. Et sans même parler de jeux de mots, il y a d’autres mots en français qui sont vraiment horribles à traduire, car ce sont des mots passe partout (par exemple doux, douce, douceur) qui ont un sens différent dans chaque contexte mais manquent d’un équivalent en espagnol. De telle façon qu’il est nécessaire d’interpréter (au risque de “trahir”) l’acception la plus adéquate et trouver le terme en espagnol avec lequel exprimer cela. Et alors je ne “déteste” plus l’écrivain pour avoir fait l’ingénieux, mais tout au contraire pour avoir eu la paresse de mettre “doux” au lieu de nuancer un peu et trouver un mot moins ambivalent.

Quels mythes y a-t-il autour du traducteur littéraire ?

Premier mythe : le traducteur “trahit”.

Jusqu’à il y a moins de vingt ans, les ressources de documentation dont disposaient les traducteurs en général et les traducteurs littéraires en particulier, du moins en Espagne, étaient très limités comparés avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui grâce à internet et le passage au numérique. Traduire, en particulier des textes d’autres époques (sans parler d’autres cultures), d’auteurs décédés, exigeait parfois une de trouver des termes et des concepts très difficiles à traduire, même en ayant une bonne culture générale et en ayant beaucoup lu. Chaque traducteur faisait ce qu’il pouvait avec les moyens à sa disposition, et si même ainsi il ne trouvait pas de traduction satisfaisante, il ne lui restait plus qu’à inventer, omettre, donner une solution ambiguë…

Deuxième mythe : le traducteur solitaire.

Je suppose que le fait que beaucoup d’écrivains travaillent seuls contribue à créer la croyance que leurs traducteurs travaillent de la même manière. Mais traduire un livre ce n’est pas la même chose que l’écrire et, de fait, pour moi, la meilleur façon de traduire c’est en équipe, et si possible avec un co-traducteur très proche et toujours avec un bon correcteur. Et même s’il est vrai que jusqu’à assez récemment, nous les traducteurs étions un peu plus isolés, avec les nouveaux moyens de communication ce n’est plus le cas et nous communiquons abondamment et en permanence entre nous, comme les autres métiers. Et de fait aussi avec d’autres métiers pour tout sujet : pour des doutes linguistiques, mais aussi des doutes sur du contenu ou des thèmes juridiques, de travail, administratifs… Et avant cela il y avait les associations, davantage centrées sur les revendications professionnelles ou juridiques (comme le statut du traducteur littéraire dans le code de la propriété intellectuelle espagnol), mais aussi qui organisaient et continuent à organiser des rencontres physiques destinées aussi bien aux professionnels avec de l’expérience qu’aux débutants. De nos jours, le traducteur qui travaille de manière isolée et en solitaire est celui qui le souhaite.

Troisième mythe : les traductions alimentaires sont moins bien et indignes alors que les traductions par vocation sont meilleures et plus nobles.

Un traducteur littéraire professionnel travaille contre un salaire, pour gagner sa vie, comme tout autre professionnel. Cela ne signifie pas qu’il ait moins de vocation, cela ne ternit pas du tout la qualité ou la dignité de son travail. Celui qui traduit “par pure vocation et amour de la littérature” (c’est à dire gratis et amore) n’est pas par définition un moins bon ou un meilleur traducteur que les professionnels. Mais ce qui est sûr c’est que par définition ce n’est pas un traducteur professionnel. Et de fait, si l’on se réfère à la qualité, celui qui traduit pour l’amour de l’art se limite généralement à ce qui lui plaît (auteurs, genres, styles, époques…), alors que celui qui traduit pour l’argent doit se confronter à des oeuvres qu’il n’aurait jamais choisies de son propre chef. Et cette diversité donne une expérience, une flexibilité et des connaissances qu’il n’aurait pu acquérir sans sortir de sa zone de confort et qui en font au bout du compte un meilleur traducteur.

Quatrième mythe : le traducteur “expérimentateur”.

Certains collègues s’attachent à diffuser la croyance (certes séduisante pour les profanes), qui voudrait que pour traduire correctement un écrivain, il faudrait expérimenter la même chose que lui, voir avec ses yeux les couleurs qu’il décrit, sentir les mêmes odeurs, marcher dans les mêmes rues… Je suis désolé mais cela n’est pas vrai, et si j’ai offensé quelqu’un, qu’il m’envoie ses parrains. L’art d’être un bon écrivain réside en ce que les lecteurs ressentent tout cela sans sortir du texte. Et l’art d’être un bon traducteur réside en ce qu’il s’en tient au texte de l’auteur, sans reconstruire son processus créatif : donc se documenter sur l’écrivain oui, mais pas revivre ce qu’il a vécu. D’après cette théorie il serait matériellement impossible de traduire presque toute la littérature, non pas de pays lointains, mais d’autres époques. Sans parler de la littérature fantastique.

Cinquième mythe : la traduction littéraire est moins sérieuse et par conséquent moins professionnelle que d’autres spécialités.

Ce mythe m’attriste beaucoup car il est, de façon inexplicable, enraciné parmi de nombreux traducteurs et crée des querelles de clocher. En effet il y a des traducteurs très professionnels spécialisés dans d’autres domaines qui acceptent occasionnellement une traduction littéraire en dessous du tarif habituel (et même en dessous du tarif habituel de la traduction littéraire qui est d’ordinaire déjà plus bas) car “ils sont gratifiés par la distraction qu’offre la traduction littéraire”, sans même se rendre compte qu’ils manquent profondément de solidarité, outre qu’ils contribuent à perpétuer cette différence injuste et injustifiée entre la traduction littéraire et ses autres spécialités.

Les titres sont aussi importants que l’histoire que narrent les livres, comment travaillez-vous à leur traduction ?

Le titre est en effet très important, mais c’est un élément de l’oeuvre parmi d’autres. Parfois très simple, parfois complexe et imposant un travail de traduction important. Mais de mon expérience personnelle, le problème principal n’est pas posé par les titres eux-mêmes mais par les maisons d’édition. Pour commencer, le titre devrait être le dernier élément à traduire, surtout quand il recouvre des références que l’on ne peut comprendre totalement sans avoir lu le livre, ou lorsqu’il fait allusion à des parties du livre. Mais certaines maisons d’édition souhaitent connaître le titre en espagnol avec des mois d’avance pour pouvoir l’inclure dans les catalogues de nouveautés et commencer à préparer la promotion. Ils le veulent non pas avant qu’on ait eu le temps de traduire le livre, mais avant qu’on ait eu le temps de lire en français, d’où l’utilité d’outils tels que Babelio comme je l’explique par la suite. Mais ce qui me dérange le plus c’est lorsque les critères marketing priment sur les critères philologiques pour choisir le titre.

Quelle fut l’oeuvre dont la traduction a été le défi le plus difficile pour vous ?

Sans aucun doute les ouvrages de littérature du XIXème siècle que j’ai traduits toute seule. J’ai traduit divers auteurs du XIXème siècle avec ma mère, qui est une spécialiste de cette période, et le fait de compter sur son soutien et son expérience n’a pas rendu la tâche plus aisée mais garantissait que le résultat soit le meilleur possible. Et même si j’ai beaucoup appris à ses côtés, les deux livres de Jules Verne que j’ai traduits toute seule – l’un d’entre eux n’a pas été publié et je suis encore en cours de relecture de l’autre – m’ont causé beaucoup de difficultés. Traduire des livres d’une autre époque est compliqué car on ne peut aspirer à les traduire comme si l’on était un traducteur contemporain de l’auteur sans risquer de publier un pastiche illisible, mais on ne peut pas non plus le moderniser à l’excès, au risque de le transformer en une adaptation plus qu’en une traduction. On doit prendre un soin particulier à ne pas utiliser de termes ou même de concepts anachroniques, enquêter sur l’acception qu’avait chaque mot ou chaque tournure de phrase à l’époque, qui peut différer légèrement de son sens actuel, chercher un équivalent en espagnol avec les mêmes critères, se documenter sur les objets et les habitudes du quotidien qui nous apparaissent aujourd’hui étranger. Et pas seulement dans des dictionnaires et encyclopédies mais aussi chez des auteurs espagnols contemporains, plonger dans nos lectures passées ou les élargir pour “s’imprégner” et s’acclimater. Bref, c’est un processus qui s’avère pour moi très lent et solitaire, bien que passionnant.

Quels auteurs souhaiteriez-vous amener du français à l’espagnol parmi ceux qui n’ont pas encore été traduits ?

Cette question est la plus difficile. Je n’ai pas souhaité céder à la tentation de chercher [ceux qui n’ont pas été traduits] sur internet car je pense que ce serait tricher. Il est donc possible que je me trompe, mais je pressens que non. Il y a un auteur français que j’adore et chaque fois que je le lis je pense “Comment est-il possible qu’il soit si peu connu en Espagne ? Il faudrait le traduire”. Il s’agit de Marcel Pagnol, qui en France est un classique du XXème siècle qui se lit à l’école primaire et dont, à ma connaissance, on n’a traduit en Espagne qu’un film adapté d’un de ses romans : Jean de Florette. Et même si j’adorerais traduire ses romans, je ne me vois clairement pas capable de traduire sa trilogie Marius, Fanny et César, qui est l’exemple parfait de l’impossibilité de traduire sans “trahir” les régionalismes. Tous les personnages parlent (et ils parlent beaucoup car c’est du théâtre) un marseillais fermé qui, en toute logique n’a d’équivalent dans une aucune autre langue. Cette dimension se perdrait complètement et avec elle se perdrait la moitié de l’oeuvre.

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Et de l’espagnol au français ?

Une auteure espagnole est une de mes références et je n’arrête pas de la citer à chaque fois que je parle de ma relation avec la littérature : Elena Fortún. Je suis quasiment certaine qu’elle n’a jamais été traduite en français (et potentiellement en toute autre langue). Et je crois qu’au delà de sa qualité littéraire et ludique (les vagabondages de Celia enfant sont très drôles, de même que ceux de ses frères et de ses cousines, avec l’ineffable Matonkiki, surnommée ainsi en référence au refrain de La petite tonkinoise chantée par Joséphine Baker) il y a une peinture des moeurs et une valeur historique qui transcendent le genre de la littérature jeunesse. Je pense qu’elle mérite d’être connue et reconnue en dehors de l’Espagne, et pourquoi pas parmi les petits-enfants et arrière-petits-enfants des Espagnols qui émigrèrent en France en fuyant la Guerre Civile et le franquisme, de même que Celia qui émigra en Amérique. Peut être que ces descendants de migrants qui restèrent en France et qui probablement ne parlent même plus espagnol, apprécieraient de lire ce que lisaient leurs grands-parents ou arrière-grands-parents lorsqu’ils étaient petits, et d’imaginer à traver ces histoires à quoi ressemblaient leurs vies en Espagne juste avant de devoir fuir.

Vous avez dit avoir recours à Babelio en français et en espagnol en tant que professionnelle et en tant que lectrice. Qu’avez-vous trouvé dans le site ?

En effet, dernièrement j’ai traduit et co-traduit de nombreux auteurs contemporains francophones (pas seulement français car Joël Dicker est suisse et parce que j’ai aussi traduit une auteure canadienne, Joanna Gruda) que je ne connaissais pas et que je n’avais pas eu le temps de lire (il y a tant de livres à lire…). Pour me documenter, avant de commencer à travailler j’ai inévitablement recours à internet. Il y a quelques années, je me suis rendu compte que de nombreuses critiques intéressantes, interviews, citations… me ramenaient à un seul site internet : Babelio.com (qui est en outre un nom très attrayant pour un traducteur). Désormais je vais directement sur Babelio et je cherche d’autres sites pour obtenir des faits très concrets. Mais au delà des entretiens ou des liens vers les critiques de presse spécialisée ou des citations de livres ajoutées par les membres du site, Babelio propose quelque chose d’unique, qui sont les critiques de “lecteurs ordinaires”. Il s’agit habituellement de critiques étonnamment bien écrites, structurées, argumentées avec une sincérité absolue, et qui me donnent souvent des indications sur des points commun avec d’autres livres du même auteur que je n’ai pas lus et des références que je ne dois pas ignorer. En outre, même si je me considère assez francisée, je ne peux m’empêcher de “sentir” les livres depuis ma condition d’Espagnole. Et grâce aux lecteurs qui écrivent sur Babelio, je sais comment et pourquoi ils les ressentent depuis leur condition de Français. Et je peux tenter de recréer le texte de telle manière que le lecteur espagnol le ressente également ainsi, dans la mesure du possible.

Babelio en espagnol est encore tout nouveau et n’est pas autant “alimenté” que la version française mais je crois qu’il prend le bon chemin. Pour l’instant je le consulte pour voir si les lecteurs mentionnent une de mes traductions, en bien ou en mal, et pour savoir comment ils perçoivent mon travail pour pouvoir agir en conséquence. Et je recherche aussi des recommandations pour mes lectures personnelles qui puissent, comme je l’ai dit, me sortir de ma zone de confort aussi comme lectrice. Car je considère que pour être bien formé un traducteur littéraire doit lire de tout.

Merci Amaya pour vos réponses !

Retrouvez ici l’entretien original (en espagnol).

Entretien réalisé par Lucía Moscoso Rivera et trahit par Pierre Fremaux

Retrouver sa voie avec Gayle Forman

De passage à Paris à l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Ce que nous avons perdu, aux éditions Hachette Romans, Gayle Forman en a profité pour rencontrer 30 lecteurs Babelio et échanger avec eux à propos de ses trois nouveaux personnages, Freya, Harun et Nathaniel. L’interprétariat était assuré par Fabienne Gondrand.

ce que nous avons perdu

Freya est une « chanteuse née ». En tout cas, c’est ce que son père lui a dit. Maintenant que sa voix l’a lâchée, que lui reste-t-il ? Harun erre. Sans James. Qui lui a dit de « dégager de sa vie, connard ». Pas moyen de l’oublier. Mais comment se faire pardonner ? Nathaniel débarque seul à New York. Sans son père. Finie, leur « fraternité à deux ». Un pont, un pas en arrière, une chute : trois destins se percutent. Ensemble, ils vont apprendre à surmonter ce qu’ils ont perdu.

Un enthousiasme pour la littérature jeunesse

Même si elle s’adressait aux adultes dans l’un de ses derniers romans, Leave me (pas encore traduit en français), Gayle Forman retourne vers son genre de prédilection dans Ce que nous avons perdu, puisque c’est à la jeunesse et aux jeunes adultes que s’adresse l’auteur dans ce roman. “J’écris pour les jeunes, mais je n’écris pas des histoires de jeunes” précise toutefois l’auteur : “J’aborde des questions qui m’interpellent en tant qu’adulte, et qui peuvent être lues par des lecteurs de 10 à 80 ans. Si je raconte ces histoires à travers des personnages adolescents, c’est parce que j’ai le sentiment qu’ils ont le droit de ressentir ces émotions profondément, alors que les adultes n’en ont plus autant le droit – ils ne sont plus en crise !”
Pourtant, l’auteur insiste sur le fait qu’elle ne croit pas que les sentiments diminuent avec l’âge : ce qui change, avec le temps, ce n’est pas leur intensité, mais la façon de les exprimer. “Dans la littérature pour adulte, on met un mouchoir sur les sentiments pour les cacher, alors que les jeunes s’autorisent à ressentir cela avec intensité. Du point de vue de l’écrivain, c’est exaltant et addictif.”

Malgré cet enthousiasme pour la littérature jeune adulte, Gayle Forman a toutefois admis que se remettre à l’écriture n’a pas été un jeu d’enfant : “Je n’avais pas écrit de roman jeune adulte depuis quatre ou cinq ans”, s’est-elle confiée, “je commençais plusieurs projets puis je les laissais systématiquement tomber car je n’étais pas satisfaite”.

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Un roman sur l’empathie

C’est alors que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en 2016 lui a fait l’effet d’un électrochoc : “je crois que de nombreux artistes ont eu du mal à se situer par rapport à cet événement. Je me suis moi-même demandée si je n’avais pas épuisé tous mes projets en écriture, mais écrire est ce que je sais faire de mieux, et je suis maintenant trop âgée pour travailler comme serveuse !”

Partagée entre la colère et l’espoir après les élections, Gayle Forman a commencé par exprimer sa rage à travers plusieurs romans dystopiques qui n’ont jamais vu le jour, avant de choisir de mettre cette énergie à profit pour écrire une histoire plus positive : “quand on est auteur pour la jeunesse, on s’adresse à des jeunes qui sont encore en formation, on a donc un rôle, et c’est d’autant plus vrai que le roman est, selon moi, un outil de fabrication d’empathie. Des études ont montré que les lecteurs ont plus d’empathie que les autres car ils se glissent dans la peau de quelqu’un d’autre le temps d’une lecture ; à l’image de Freya, Harun et Nathaniel, les trois personnages de mon roman, qui se nourrissent chacun des deux autres pour avancer. Ce que nous avons perdu est un roman sur l’empathie.”

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Au départ : un sentiment de perte

Alors que je n’arrivais pas à écrire après les élections, il y avait une phrase que je n’arrêtais pas de me répéter : “j’ai perdu mon chemin”, ou “I have lost my way” en anglais, qui est le titre original du livre. Cette phrase me hantait, jusqu’à ce que quelqu’un me la murmure aussi à l’oreille : cette personne, c’était Freya.”

L’idée de Ce que nous avons perdu vient donc du titre en lui-même, et du personnage de Freya qui s’est d’abord imposé à l’auteur : “Freya est une chanteuse qui a perdu sa voix, elle reflète donc l’image de ce que j’étais à ce moment, et de l’épreuve que je traversais vis-à-vis de l’écriture”. En partant de cette phrase, “I have lost my way”, Gayle Forman a donc déroulé l’histoire de ses trois personnages principaux, Freya, Nathaniel et Harun. Dans la version originale du roman, cette phrase est l’élément qui unit les trois adolescents car elle ouvre le chapitre d’introduction de chaque personnage.

“Si Freya, Nathaniel et Harun ont chacun retrouvé leur voie en investissant la perte de repère des deux autres, j’ai moi aussi retrouvé le chemin vers l’écriture en investissant celle de mes trois personnages”, avoue Gayle Forman.

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Des personnages qui se sont imposés d’eux-mêmes

Au cours de la rencontre, Gayle Forman s’est longuement exprimée à propos des trois personnages principaux de son roman, et notamment au sujet de la façon dont ils se sont imposés à elle : “un lien émotionnel me lie à mes personnages et nous rapproche”.

“Freya est le premier personnage qui m’est venu à l’esprit” explique ainsi l’auteur, “mais c’est aussi celle qui m’a demandé le plus de temps pour comprendre la complexité de sa situation avec sa sœur”. Si la situation de Freya est similaire à celle dans laquelle se trouvait l’auteur au moment de l’écriture de son roman, le personnage féminin de Ce que nous avons perdu a été très inspiré par les filles de l’auteur : “Freya et sa sœur ont une relation similaire à celle de mes deux filles : elles sont, l’une pour l’autre, la personne la plus importante au monde, mais pourtant elles n’arrivent pas à cultiver une relation qui ne soit pas conflictuelle, elles sont donc en rivalité permanente.”

Harun, quant à lui, est le personnage que l’auteur a “compris le plus rapidement”. Originaire du Pakistan, homosexuel et de confession musulmane, ce personnage a des traits en communs avec des personnes de l’entourage de l’auteur. “Je connais beaucoup d’immigrés de première génération qui doivent négocier entre deux mondes : ce serait pour eux impensable d’écouter leurs parents tout en leur annonçant leur homosexualité. La famille d’Harun est fonctionnelle, mais elle est aussi traditionnelle. Il ne peut pas envisager la possibilité qu’ils le soutiennent, alors il se tourne vers sa sœur en attendant”. Pourtant, l’auteur admet s’être laissée surprendre par le dénouement de son histoire : “la fin que j’avais imaginée pour lui n’est pas celle qui s’est finalement imposée à moi pendant l’écriture”.

Enfin, Nathaniel est le personnage dont l’auteur s’est emparée en dernier, “j’ai dû écrire de nombreuses versions de son histoire pour le cerner et comprendre ses besoins” explique-t-elle. Comme l’ont fait remarquer les lecteurs, c’est également le personnage autour duquel plane le plus de mystère : “c’est dû à la fois au poids de sa propre honte et à la structure du roman”, déclare l’auteur, “je voulais que la révélation de son secret constitue un climax, le moment fort du récit, alors j’ai fait attention pour ne pas trop en dévoiler avant. Je voulais que les lecteurs fassent l’expérience de la fable de la grenouille dans la marmite : si on plonge une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’en échapperait immédiatement, alors que si on la plonge dans l’eau froide et que l’on porte petit à petit l’eau à ébullition, la grenouille s’habituerait à la température et finirait ébouillantée. Il en va de même pour l’histoire de Nathaniel : on ne se rend pas tout de suite compte de ce qu’il se passe avec son père, et on est déjà au point d’ébullition de l’eau lorsqu’on prend conscience de la situation.”

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Un point de non retour

Si les trois personnages principaux se sont rapidement imposés à l’auteur, il lui a été plus difficile d’assembler leurs histoires, “si je mets en scène plus de trois personnages, mon cerveau explose”, plaisante l’auteur.

Pour construire son roman, l’auteur a ainsi choisi de faire notamment appel à un narrateur omniscient et de raconter l’histoire au présent, “j’avais commencé par alterner des chapitres au présent et d’autres au passé, mais c’était trop difficile émotionnellement. J’avais besoin de respirer et de me ménager des moments de calme, en rupture avec l’histoire de mes personnages, comme me le permet l’écriture au présent. Je me rends compte, a posteriori, que cette structure a de l’importance et était nécessaire pour moi.”

En choisissant cette structure, l’auteur a ainsi pu équilibrer son récit entre ses trois personnages pour raconter ce que chacun pense et traverse : “cette voie narrative leur permet de s’écarter de leur propre douleur et fardeau, et donc de guérir.”
Reliés par ce fil invisible, ces trois personnages ont ainsi en commun le fait d’être chacun à un moment de bascule : “mes livres se situent souvent à un moment où la vie peut changer en une journée. Il s’agit parfois de bascules très littérales, comme dans Si je reste : le décès d’un proche ou l’arrivée d’un enfant. Mais parfois ces bascules sont plus souterraines, ce sont des points d’inflexion à compter desquels une trajectoire change : c’est le cas des personnages dans Ce que nous avons perdu.”

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La solitude et l’isolement des adolescents

À travers ce roman, Gayle Forman souhaitait également aborder le sujet de l’isolement et de la solitude chez les adolescents. “C’est un cercle vicieux : de l’incertitude naît l’isolement, et c’est ce qu’il y a de plus terrible. On gagnerait à être plus en lien avec les autres, mais on se recroqueville sur nous-mêmes ; nos problèmes deviennent alors envahissants et prennent toute la place.”

Les thèmes de la solitude et de l’isolement sont ainsi mis en évidence via les réseaux sociaux. “Les adolescents ont tendance à faire l’expérience des réseaux sociaux de manière publique : cela masque leur isolement et les empêche de trouver le vocabulaire adapté pour exprimer leur isolement”, commente l’auteur. “Je crois que les relations virtuelles sont possibles, mais pas dans la partie commentaire.”

On remarque ainsi l’importance des réseaux sociaux via le personnage de Freya. “J’ai moi-même une fille adolescente qui y passe du temps, et je me suis rendue compte de leur pouvoir performateur et de la façon dont ils travestissent la réalité. On peut suivre de nombreuses personnalités sur les réseaux sociaux, par exemple, et avoir l’impression que leur vie est merveilleuse. Pourtant, quand on gratte sous le vernis, on se rend compte que leur vie est différente de l’image qu’elles renvoient. Kendall Jenner, par exemple, est pétrie d’anxiété !”

La ville de New York joue alors un rôle primordial dans la vie de ces trois personnages car, en leur permettant de se rencontrer, elle leur permet de briser leur solitude : “la ville perd et rattrape les gens”, indique l’auteur, elle unit les habitants en dépit de leurs différences : “ce n’est pas juste un décor pour moi, c’est un lieu magique où des choses extraordinaires peuvent arriver. On peut y croiser une femme en burqa qui accompagne sa fille à l’école, et un couple gay qui y emmène son fils, et se rendre compte que les deux enfants ont le même sac à dos”.

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Quitter ses personnages au bon moment

Si la solitude de ces trois adolescents est brisée, les lecteurs doivent pourtant se résoudre à quitter ces personnages une fois la dernière page tournée. Alors que certains d’entre eux l’interrogent déjà sur une suite éventuelle, Gayle Forman explique que la fin de Ce que nous avons perdu a été difficile à écrire : “j’ai dû réécrire les dernières pages plusieurs fois, car je savais que la fin était mauvaise. Après relecture, j’ai totalement réécrit la fin, et j’ai su, au fond de moi, que c’était la bonne conclusion”.

L’auteur en a alors profité pour expliquer ne jamais écrire plus de 50 000 mots : “on peut m’accuser de précipiter les choses, mais je préfère que le lecteur reste sur sa faim”.

Quant à savoir si l’auteur écrira une suite à ce roman, le sujet ne semble pas être d’actualité : “si j’ai bien fait mon travail, vous ne savez pas ce que deviennent les personnages de Ce que nous avons perdu, mais vous savez qu’ils vont bien.” Si l’auteur est pour le moment en paix avec Freya, Harun et Nathaniel, ce n’était pas le cas avec les personnages de Si je reste, a-t-elle avoué : “après Si je reste, les personnages du roman me visitaient sans arrêt, ils ne se taisaient pas. C’est pour cela que j’ai eu besoin d’écrire une suite, Là où j’irai”.

Avant de se livrer à la traditionnelle séance de dédicace, c’est sur une touche musicale que s’est achevé la rencontre avec les lecteurs. Alors que l’auteur se confiait sur la place importante que tient la musique dans sa vie et dans l’écriture, “j’ai parfois le sentiment d’écrire des comédies musicales plutôt que des romans” a-t-elle même ajouté, les lecteurs ont eu l’occasion d’écouter la chanson Little White Dress, qui est “très importante pour l’histoire de personnages” et dont l’auteur a écrit les paroles. “Je voulais donner vie à cette chanson, mais je ne sais pas composer : c’est pour cela que j’ai demandé à mon amie musicienne Libba Bray de mettre ces paroles en musique. À l’origine, elle devait également l’interpréter, mais lorsque ma fille m’a parlé de son amie Sasha, qui a 13 ans et une voix magnifique, j’ai décidé de confier l’interprétation de la chanson. Ce n’est qu’après l’enregistrement que j’ai réalisé tout ce que Sasha partageait avec Freya : un père jazzman noir disparu, et une mère juive. Elle incarne à merveille cette chanson”.

Pour parler de son roman, l’auteur s’est également prêtée au jeu des cinq mots : ce sont ainsi les mots musique, trajectoire, génération, solitude et amitié qui le représentent le mieux.

 

Découvrez Ce que nous avons perdu de Gayle Forman aux éditions Hachette Romans.

A la rencontre des membres de Babelio (28)

Avec plus de 660 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Ce mois-ci, nous avons contacté une Babelionaute amatrice de new romance pour découvrir plus en profondeur ses lectures et ce genre. Par ici pour une traversée sous le signe de l’amour, de l’érotisme et du couple.

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Rencontre avec FiftyShadesDarker, inscrite depuis le 12 novembre 2015.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Babelio est un site, un réseau social livresque que j’ai découvert quelque temps après avoir ouvert mon blog livresque fin 2014 et début 2015. En effet, j’en ai beaucoup entendu parler sur les réseaux sociaux et sur les autres plateformes livresques où j’étais déjà inscrite. J’en ai parlé avec quelques personnes, qui ne m’en ont dit que du bien.

Après de nombreuses recommandations, je me suis donc inscrite et rapidement, j’ai apprécié ce site, notamment pour les citations que l’on peut ajouter et retrouver facilement pour toutes nos anciennes lectures. J’ai trouvé cela juste génial et je m’en sers encore pour les cours aujourd’hui.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Actuellement, il y a plus de huit cents romans qui sont de genres très différents. Mais il y a majoritairement de la new romance, de la romance ou encore de l’érotisme. Ce sont des genres que j’apprécie énormément notamment lorsque je veux des lectures sans prise de tête pendant les cours ou les révisions. Mais il y aussi beaucoup de bit-lit et de dark romance, deux genres que j’ai découverts récemment.

A côté de cela, j’ai aussi de la jeunesse, de la fantasy, du fantastique ou encore de la dystopie et des classiques. Ce sont des genres que je lis moins, mais que j’aime redécouvrir quand j’ai du temps devant moi.

Vous lisez beaucoup de new romance. Comment est né cet intérêt, et quels sont les livres incontournables dans ce genre selon vous ?

Depuis quelques années, la new romance est vraiment un genre que je lis super souvent. J’ai découvert ce genre avec la saga After d’Anna Todd lors de sa sortie en 2014. Et en ouvrant le blog cette année-là, j’en ai découvert de plus en plus et du coup, j’en ai énormément lu vu que j’avais eu de gros coups de cœur. Et je continue à en lire car je trouve ce genre très addictif par rapport à la romance plus classique.

Au niveau conseil, j’en aurais plein ! Mais je retiendrais les différents romans de Colleen Hoover, notamment Maybe Someday, Ugly Love et Confess. Ensuite, même si je ne pense pas l’apprécier pareil aujourd’hui, je dirais la saga After d’Anna Todd. Et enfin, je choisirais en dernier une saga dont j’ai longtemps entendu parler et que je suis en train de lire : la saga des Jeux de Jennifer L. Armentrout. Actuellement, j’en suis au troisième tome et j’ai vraiment eu deux coups de cœur pour les deux premiers tomes.

Quelle est la particularité de la new romance, par rapport à des romances plus classiques, ou même à la littérature érotique ?

C’est une question très compliquée, surtout que les avis divergent sur la question ! Pour moi, une romance est simplement un roman qui raconte une histoire d’amour entre les deux personnages principaux. Et la new romance est plus une histoire qui raconte le passage à l’âge adulte avec tout ce que cela entraîne : la découverte de la sexualité, les choix qui s’imposent ou encore les sacrifices, sur fond d’histoire d’amour. A l’heure actuelle, j’aime bien lire les deux genres. Mais quand j’étais plus jeune, je préférais la new romance, car j’arrivais mieux à m’identifier. Aujourd’hui, j’ai grandi et j’adore ces deux genres que j’alterne volontiers dans mes choix de lecture.

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Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Encore une question pas facile. Mais je choisirais ici le roman qui m’a permis de découvrir la lecture, mais surtout qui m’a donné envie de lire d’autres choses. Et ce roman, c’est Fascination de Stephenie Meyer, le premier tome de la saga Twilight, que j’ai découvert alors que j’étais en quatrième au collège. Ce n’était pas vraiment de la romance pure, mais il y en avait dedans et je dois dire que cela m’a donné envie d’en découvrir d’autres, d’abord avec des romans pour ados, puis, quand j’ai grandi, avec des romans plus adultes. Cela reste un des romans qui a marqué ma vie de lectrice, car sans lui, je n’aurais sans doute pas découvert tous les romans que j’ai lus après.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

les-heritiers-tome-1-la-princesse-de-papier-1023709-264-432Alors j’en choisis deux dans deux genres différents que j’ai découvert grâce aux Masses Critiques organisées par Babelio. Tout d’abord, il y a eu Les Héritiers, tome 1 : La Princesse de papier d’Erin Watt, qui a été un coup de cœur et qui m’a permis de découvrir une saga hors du commun que j’ai adoré suivre de tome en tome. Et c’est une new romance en plus ! Autant dire que ce genre me poursuit !

 

 

CVT_Interfeel_6118Mais il y a aussi Interfeel d’Antonin Atger, qui est un roman jeunesse plein de réflexions autour notamment de la place des réseaux sociaux dans notre vie actuellement. C’est une lecture que je recommande souvent à mon entourage et qui plaît énormément. Je suis ravie que Babelio me l’ait proposée.

 

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Alors là, je pense directement à Cinquante nuances plus sombres de E.L. James que j’ai lu au moins une centaine de fois depuis que je l’ai découvert. C’est mon préféré de la saga Cinquante nuances, mais surtout, c’est un roman que je trouve intéressant et il participe à mon appréciation de la romance érotique aujourd’hui. Mais, je dois dire que, dernièrement, il a laissé sa place à Darker de la même auteure, et qui reprend la même histoire que l’autre mais du point de vue de Christian Grey. Ce dernier, je l’ai même en audio livre sur mon portable, même si je n’ai pas encore fini mon écoute !

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Au départ, je dirais la saga des Jeux de Jennifer L. Armentrout. J’en entendais parler, mais je ne m’étais jamais lancée dedans, vu que j’étais en train de lire la saga Lux de la même auteure. Mais je l’ai commencée à l’été 2018 et elle est toujours en cours dans mes lectures. Et je ne peux que la recommander tellement elle est géniale ! Deux tomes de lus, deux coups de cœur.

Aujourd’hui, je dirais donc que j’ai honte de ne pas avoir lu Je te hais… passionnément de Sara Wolf. J’en entends beaucoup parler sur la blogosphère, mais je ne me suis pas encore lancée… Honte à moi ! J’espère y remédier en 2019.

Pam Godwin

Pam Godwin

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Je lis souvent des romans que l’on voit partout sur les réseaux sociaux, sur les blogs ou sur les réseaux livresques. Mais il y en a un qui avait marqué mon été 2018 et que je n’ai vu quasiment nulle part. Il s’agit de Notes noires de Pam Godwin, qui est une romance érotique que je ne recommanderais pas aux plus jeunes, mais plutôt à un public averti. Cette lecture m’a vraiment bouleversée autant par son histoire que ses personnages attachants. J’ai énormément aimé découvrir la relation entre les deux personnages principaux, mais j’ai encore plus apprécié les thématiques reprises par cette histoire, qui tourne autour des études et de la musique. Bref, Notes noires est un coup de cœur que je recommande !

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier à 100 % ! En fait, j’ai du mal à lire sur liseuse – je n’en ai pas – et sur tablette. Je préfère donc les romans papier et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’adore le principe d’avoir dans ma bibliothèque toutes mes lectures réunies. La mienne comporte actuellement plus de 800 bouquins. Ensuite, c’est toujours un plaisir d’aller en libraire pour acheter ces romans et je le fais au moins une fois par semaine, car cela me fait beaucoup de bien. Enfin, j’adore lire des livres papier, les sentir et pouvoir les ouvrir facilement. Bref, je suis pour le papier et cela pour bien longtemps.

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Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Question difficile, car je lis vraiment partout : dans les transports en commun, dans les amphis, dans les couloirs, dans mon salon, au bord de la piscine, dans ma chambre… Mais j’ai clairement une préférence pour mon lit quand il fait froid, notamment en hiver et j’aime plutôt être à l’extérieur et à l’ombre l’été, ou au bord de la piscine quand je suis en vacances. Mais après, c’est vrai que je peux lire n’importe où. Qu’il y ait du bruit ou non, quand je suis plongée dans ma lecture plus rien ne me perturbe.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Je relève souvent des citations dans mes lectures, que je mets d’ailleurs sur Babelio, car j’adore cela : j’en fais des articles…

Mais ici, je citerai une citation de Royal Saga, tome 2 : Captive-moi de Geneva Lee : « L’amour ne triomphe pas de toutes les difficultés, mais de moi, si. » J’avais beaucoup aimé cette citation, qui se trouve d’ailleurs sur mon blog. Je ne saurais dire pourquoi, mais voilà c’est celle-là et je trouve qu’elle représente bien ma vision de l’amour et j’aime retrouver cet esprit dans mes romances encore à l’heure actuelle, alors que cela fait des mois que j’ai lu cela.

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Au moment où j’écris cette interview, je sais que je vais lire The Covenant, tome 3 : Eveil de Jennifer L. Armentrout. Et je l’ai choisi, car c’est celui qui me tentait le plus : j’avais hâte de le découvrir après avoir lu les deux premiers tomes à leur sortie il y a quelques mois.

En fait, je choisis toujours mes lectures par rapport aux romans qui me tentent le plus dans ma PAL. Parfois, cela n’est pas facile, alors je fais un peu au pif. Et encore heureusement, ma PAL n’est pas énorme, sinon je ne sais pas comment je ferais.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

C’est une question très complexe ! Je recherche, dans les critiques que je lis, à savoir si je vais apprécier un roman quand je ne l’ai pas lu. Ainsi, cela me permet de choisir certains de mes futurs achats quand plusieurs critiques semblent dire la même chose et que l’histoire semble me plaire.

Et quand j’ai déjà lu un roman, j’aime bien savoir ce qu’une personne en a pensé en positif ou en négatif pour pouvoir en parler avec lui/elle. Cela permet d’avoir une base pour débattre du roman et pour comprendre les avis de tout le monde.

Mais je trouve qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise critique, chacun recherche des choses différentes et donc chacun doit les écrire comme il le souhaite.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je dois dire que je n’en ai pas vraiment… Mais à chaque fois que je vais lire des articles ou bien des avis sur ce site, ma wish-list augmente et je ne suis jamais déçue de ces lectures. Du coup, je le recommande vraiment à tous ceux qui veulent faire des découvertes originales quel que soit votre genre de lecture !

Et comme je l’ai dit au-dessus, ce sont les lectures que je découvre pendant les Masses Critiques qui sont souvent d’excellentes lectures et qui me permettent de découvrir de nouveaux genres, de nouvelles maisons d’édition, de nouveaux auteurs. Et pour cela, je ne remercierai jamais assez Babelio et son équipe de faire vivre cela à leurs lecteurs.

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Pouvez-vous nous parler un peu de votre blog ?

Comme je l’ai dit un peu plus haut, j’ai créé mon blog Fifty Shades Darker en 2014 sur Skyrock pour passer sur Blogger en 2015 ; Depuis, j’écris régulièrement des chroniques sur toutes mes lectures, surtout sur des romances pendant l’année scolaire et sur de nombreux genres différents l’été. En plus, j’écris des articles divers autour de la lecture, mais pas que, il y en a sur ma vie, mes études, le sport… Bref, j’essaye de varier !

Ce blog, c’est mon bébé. Je l’ai créé pour ceux qui me lisent, mais surtout pour moi, pour me détendre. Car oui, je prends du plaisir à le mettre à jour et à écrire dessus. Et ce même si mon but au départ était de partager avec un maximum de personnes, de faire des rencontres, de me détendre notamment.

Ce qu’il faut savoir c’est que mon blog est juste mon petit univers et qu’il me représente.

Merci à FiftyShadesDarker pour ses réponses !

Entrez dans la danse avec Juliette Allais

Une héroïne qui se balade sur un toit à la manière de Fantômette, un personnage libre, original et légèrement insolent : la couverture du nouveau roman de Juliette Allais, Plusieurs manières de danser, est déjà la promesse d’un réenchantement. C’est à l’occasion de la publication de son roman aux éditions Eyrolles que l’auteur est venue, le mardi 9 octobre dernier, échanger avec 30 Babelionautes.

Lilly Bootz, jeune trentenaire impulsive, irréfléchie et rebelle, rencontre Katarina Wolf à l’aéroport de Londres, alors qu’elle vient de perdre son travail et son petit ami. Les deux femmes sympathisent. Katarina est justement à la recherche d’une assistante et propose à Lilly de la suivre à Paris, où le couple Wolf lance l’école du réenchantement. Lilly accepte, car elle n’a rien à perdre. Elle s’installe chez l’énigmatique famille Wolf, et découvre auprès d’eux une façon inédite de vivre et de penser. Peu à peu convaincue par les bénéfices du réenchantement, Lilly se prête à des séances de thérapies originales où se croisent des planètes bavardes, des chevaux racés, et des inconnus masqués.

À chaque roman son aventure

Pour danser avec la vie, Juliette Allais a choisi l’écriture : “J’écris depuis que je suis une enfant. Quand mon éditrice m’a proposé d’écrire mon premier livre, c’est venu tout seul sans que j’ai eu besoin de réfléchir. C’est à chaque fois une nouvelle aventure et un vrai plaisir : en écrivant un roman, j’ai la liberté d’inventer des personnages et de me faire plaisir en écrivant une histoire qui me plait.”

Avec ce deuxième roman, Juliette Allais a voulu imaginer une histoire plus intense que celle de son premier roman : “Je me suis plus amusée en écrivant ce roman qu’en écrivant Marche où la vie t’ensoleille. Le premier était plutôt une comédie, mais dans le deuxième, je voulais développer des idées plus incisives et plus profondes, je voulais développer davantage l’univers que j’avais créé.”

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Des personnages sublimes contre ceux du quotidien

Figures emblématiques du réenchantement et personnages déjà présents dans le précédent roman de l’auteur, Marche où la vie t’ensoleille, Katarina et Walter Wolf ont autant marqué les lecteurs que l’héroïne Lilly Bootz ou l’auteur elle-même : “Ils représentent pour moi le couple idéal : ils sont fantasques, ils aiment l’invisible et le merveilleux. J’ai créé ces personnages de toutes pièces, mais depuis le premier roman, ils incarnent quelque chose d’important pour moi, que j’avais envie de partager avec mes lecteurs. Ce sont des personnages que j’aurais aimé rencontrer ! Je n’avais pas envie de parler des gens que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours, alors je me suis fait plaisir en inventant des gens que j’aimerais connaître. Ils ont une vision très positive de la vie, et gardent espoir que la vie progresse toujours vers la lumière.” mais Juliette Allais admet volontiers qu’elle a idéalisé ces personnages : “J’ai besoin qu’ils soient comme ça, qu’ils aient ce côté excessif. Pourtant, ils ont plein de défauts et je n’ai pas l’intention de les faire mariner dans cette ambiance paradisiaque, je profiterais très certainement d’un prochain roman pour expliquer d’où ils viennent et ce qu’ils ont traversé pour en arriver là.”

Lilly Bootz apparaît quant à elle aux antipodes de ce couple idyllique : “C’est un personnage qui tranche avec les Wolf. J’ai voulu la créer telle que nous sommes lorsque personne ne nous voit : nous ne sommes pas niais mais, au contraire, nous sommes plus francs et sans filtre. Elle cherche une relation avec un monde qui n’existe pas. Lilly puise en moi : elle rêve d’un monde idéal, elle ne peut pas s’adapter à celui qui l’entoure, elle est en colère et a un mauvais caractère : son quotidien manque de sens, de magie, d’invisible : c’est pour cela que les Wolf vont rentrer dans sa vie. ”

Le réenchantement, c’est croire en la beauté, créer du merveilleux, ne jamais cesser de célébrer tout ce qui nous est donné.”

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L’astrologie : un outil de développement personnel

Pour écrire l’histoire de Lilly, Juliette Allais s’est inspirée de sa propre dynamique intérieure et de son expérience : “En tant que psychothérapeute, mon rôle auprès de mes patients est de les mettre dans la voie de l’accomplissement. Je ne crois pas aux happy therapy, au contraire, je pense qu’il faut prendre en compte l’ombre et la colère pour aider les gens. Il faut passer par un long chemin initiatique.”

L’astrologie est justement l’une des techniques utilisées par l’auteur, et c’est celle qu’elle a choisi de mettre en scène dans Plusieurs manières de danser : “Je m’y intéresse depuis l’enfance, et je voulais montrer dans ce livre que c’est un outil moderne, vivant, intelligent et pertinent. L’astrologie nous permet de rencontrer les différentes personnalités qui nous composent et qui essayent toutes de se disputer la première place : en comprenant que plusieurs voix sont à l’oeuvre à l’intérieur de nous, on comprend ainsi pourquoi on est en conflit avec nous-mêmes.” L’auteur propose ainsi à ses personnages d’interpréter les rôles et personnalités des planètes à la manière d’une mise en scène théâtrale : en revêtant de nouveaux costumes, les personnages peuvent ainsi explorer de manière créative les sous personnalités qui les composent.

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À travers le personnage de Lilly, Juliette Allais exprime finalement son souhait de guider ses personnages et ses lecteurs vers l’accomplissement : “mon but, c’est de faire progresser les gens, de les aider à vivre dans la lumière. Il y a plein de façons de danser avec l’invisible et avec la vie !”

Avant de se prêter au jeu des dédicaces, l’auteur en a également profité pour exprimer, en vidéo, quelques idées principales de son roman : trajectoire, astrologie et réenchantement.

Comment faire rire ses lecteurs, la méthode Aloysius Chabossot

« Comment écrire un roman », se nomme sans modestie le blog d’Aloysius Chabossot. Mais tout lecteur s’y aventurant remarquera rapidement, en parcourant ses pages, qu’elles ont une visée humoristique sous un ton visiblement sarcastique. Deux adjectifs décrivant bien l’œuvre de l’auteur qui, justement, la présente avec humilité. Publié pour la première fois chez Eyrolles, avec Fallait pas l’inviter, celui-ci n’en est par ailleurs pas à ses débuts puisqu’il a déjà fait paraître une dizaine de livres en autoédition après avoir exercé nombre de métiers tous plus différents les uns que les autres (chauffeur-livreur, éducateur, informaticien, banquier…). Parmi ses titres, vous trouverez : Cinquante nuisances de glauque (parodie du bien célèbre Cinquante nuances de Grey, écrite sur la base des deux premiers chapitres du livre original !), Bienvenue sur Terre : Guide pratique à l’usage des bébés ou encore Bric à brac de bric et de broc de l’écrivain branque, compilation de dix années de blog.

Nous avons reçu l’écrivain chez Babelio le 5 octobre dernier. Retour sur un homme de lettres qui n’a pas la plume dans sa poche…

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Dans l’atelier de l’écrivain

Écrire un début

Avec 15 livres publiés en 10 ans de carrière seulement, force est de constater qu’Aloysius Chabossot est un auteur prolifique. Il nous a confié pendant la soirée écrire depuis toujours. « J’ai commencé à écrire vers 15-16 ans, des choses peu abouties » raconte-t-il, dressant le portrait d’un jeune Aloysius griffonnant déjà des pages entières de mots. Pourtant, ce n’est qu’à 25 ans qu’il a mis pour la première fois le point final à un roman. « C’était atroce », avoue-t-il. Mais lorsque Pierre, de Babelio, lui demande quelle importance ce moment a pour un écrivain, il reconnaît qu’aller au bout d’un premier texte est une étape importante. Il nuance tout de même son propos pour préciser : « Avant, quand on écrivait un roman, c’était vraiment un engagement. » En effet, plus jeune, il écrivait sur une machine à écrire, un outil compliqué pour avoir un texte propre et corrigé. « Aujourd’hui, avec un ordinateur, c’est plus facile », conclue-t-il. Mais était-ce déjà un texte humoristique ? Et Aloysius Chabossot de répéter : « Oui, mais catastrophique. »

Écrire souvent puis réécrire

Par ailleurs, il est l’auteur d’un blog alimenté régulièrement de billets d’humeur sur l’écriture, l’édition, les auteurs ou ses propres ouvrages. « C’est un peu comme un sport » explique-t-il. « Il faut écrire le plus souvent possible sinon on s’empâte, on s’engraisse. »  Mais comme un coureur de triathlon ne ferait pas trois sports à la fois, mais les uns à la suite des autres, Aloysius Chabossot reconnaît ne pas savoir écrire plusieurs livres à la fois. « J’ai plusieurs [romans] en repos. Mais j’ai du mal à passer de l’un à l’autre ! »

Car s’il est un auteur prolifique, il n’en reste pas moins exigeant sur ses œuvres. D’une part, il a pour habitude de faire relire tous ses textes à quelques personnes de son entourage qui, selon lui « ont un bon regard » et lui permettent d’avoir un regard extérieur sur ses œuvres avant publication. Par ailleurs, se revendiquant fan de l’OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle, groupe international de mathématiciens et de littéraires qui créent à partir de contraintes et dont Perec est le plus célèbre contributeur), il affirme  que « pour écrire, on est obligés d’avoir des contraintes ! Sinon, on n’écrit pas ».

Écrire et construire

Si, finalement, on devait placer Aloysius Chabossot dans une case, ce serait celle de « l’auteur organisé ». Au contraire de nombreux écrivains qui racontent pouvoir écrire un livre sans savoir où ils vont ou en prenant les chapitres dans le désordre, Aloysius Chabossot semble beaucoup plus structuré que ça. « Je ne me laisse pas surprendre », explique-t-il sérieusement. « Surtout dans les comédies où ça doit être assez réglé, ajoute-t-il. Les rebondissements et péripéties sont prévus à l’avance. Des choses peuvent venir à l’esprit en écrivant mais à la base il doit y avoir une structure. » Mais écrire un roman à l’instinct, lui qui aime les contraintes, n’est-ce pas une expérience tentante ? Croyez-le bien : après 15 romans, évidemment qu’il a déjà essayé ! « J’ai déjà commencé à écrire un roman en improvisant. Arrivé au 2e chapitre, j’étais bloqué. »

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L’humour chez Aloysius Chabossot

L’humour toujours

« C’est ce qui me vient naturellement », explique-t-il, en ayant presque l’air de s’excuser, avant de raconter comment il a fait ses débuts d’écrivain. « J’ai eu la chance d’avoir un article dans Le Monde en 2007. Puis j’ai été contacté par un éditeur chez Milan. Pour qui j’ai écrit mon premier livre, un essai sur le travail d’écrivain : Comment devenir un brillant écrivain, Alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose. » Dans ce guide à moitié sérieux, l’auteur déroule les étapes d’écriture d’un roman, car un roman requiert travail et méthode, en les intercalant de quelques conseils à l’humour décalé. « Je me suis souvent fait traiter d’escroc après ce texte » raconte Chabossot. Comme l’écrivit Le Monde en 2007, ces lecteurs, « un peu trop terre à terre sans doute, semblent être passés totalement à côté du troisième degré en vigueur sur ces pages ». « Parfois, l’humour tombe à plat » commente tout simplement notre humoriste d’auteur quand Pierre lui demande si, faire de l’humour, c’est risqué.

L’humour Chabossot : les romcoms en référence

Couv Fallait pas l'inviter JPEGComme référence évidente à son roman Fallait pas l’inviter !, Aloysius Chabossot cite « les romcoms » (le petit nom anglophone des comédies romantiques). Il annonce pourtant en avoir lu très peu et ne pas avoir lu Bridget Jones jusqu’au bout ! « Mais oui, avoue-t-il, c’est un peu une référence. » Par conséquent, il utilise certains codes du genre pour son propre roman. Ses personnages principaux, par exemple, sont trentenaires. « Les romcoms tournent souvent autour des 30-35 ans : j’ai répondu aux canons du genre ! »

Le protagoniste principal de son roman Fallait pas l’inviter ! : Agathe, « jeune trentenaire au caractère bien trempé, célibataire (apparemment) assumée »*, qui en a marre des allusions de ses parents sur ledit célibat. Alors cette fois, oui, elle le clame : elle viendra accompagnée au mariage de son frère Julien ! Et la voilà qui invente Bertrand, jeune publicitaire en vogue. Agathe a été décrite par de nombreux lecteurs comme « attachiante », un néologisme souvent utilisé pour décrire ce genre de personnages. « Oui, c’est une bonne description, approuve justement Aloysius Chabossot. Le côté chiant déclenche le comique mais si elle n’est que chiante, cela devient mécanique et on ne s’y attache pas. »

Le public de lecteurs présent ce soir-là semble en outre bluffé par la capacité qu’a l’auteur à se glisser dans la peau de son personnage – féminin, de surcroît ! « Auriez-vous été une femme dans une autre vie ? » finit par demande une Babelionaute. « Je crois qu’on a tous une part féminine ou masculine. Après je la laisse peut-être plus s’exprimer quand j’écris » admet Aloysius Chabossot. « J’aime me mettre dans la peau d’un personnage féminin parce qu’il a plus de potentiel à être comique, continue-t-il en déclenchant les rires dans l’assemblée. Pas ridicule ! Je parle de technique : la même situation avec un homme ne soulève pas les mêmes problématiques. Un homme, déjà, n’a pas le même genre de pression sociale (« quand est-ce que tu te maries ?) ! »

*résumé du roman, Eyrolles

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L’humour demande du rythme !

Les lecteurs de Babelio ont souvent relevé un style « fluide », une lecture « rapide » et des rebondissements « en série » ; comme voyagelivresque qui conclue : « De rebondissements en situations cocasses et piquantes, ce livre se lit d’une traite ». Pendant la rencontre, une autre lectrice décrit le livre ainsi : « C’est une comédie déjantée, les scènes vont très vite. » Aloysius Chabossot semble sur un terrain connu : « Il faut être assez rapide, avoir un rythme assez soutenu [dans une comédie]. On ne peut pas partir dans des chemins de traverse. » Ce qui tombe bien, car il confie être de nature synthétique. Finalement, le plus gros de son travail, concernant le rythme, survient après l’écriture, puisqu’une fois le premier jet sur le papier, il doit « revenir, étoffer, épaissir ». Aussi les premières pages sont-elles très difficiles à écrire. « C’est capital pour une comédie. Il faut commencer en fanfare pour happer le lecteur. »

Même chose pour les dialogues, très importants dans son œuvre. « Je suis très inspiré par le cinéma (Les Bronzés, Jacques Audiard…). Les dialogues, c’est là où je me sens le plus à l’aise. Mais c’est difficile. Il faut que ça rebondisse ! » Et une lectrice intervient justement pour lui confier : « En lisant votre roman, je m’imaginais lire un scénario ! Une adaptation de votre livre rendrait très bien. »

L’humour, il faut que ça grince !

Étant donné le pétrin dans lequel Agathe, le personnage du roman, se met avec son fiancé imaginaire, difficile d’éviter toutes sortes de situations cocasses que nous vous laissons le soin d’imaginer (ou de découvrir en lisant le livre !). Et Pierre de demander à son auteur s’il n’a pas lui-même été gêné à l’écriture de certaines scènes. « C’est le but de la comédie, répond-il. Que ça grince, que ça saigne un petit peu. Sinon ce n’est pas drôle. Alors non je ne me suis pas particulièrement senti gêné pour mes personnages. »

Mais c’est aussi l’occasion pour lui d’aborder des thèmes comme la famille. « Qui dit mariage, dit famille. C’est une réserve d’idées pour la comédie ! » reconnaît notre auteur. « Car sous l’abord de la facétie, de la satire du mariage, écrit une lectrice sur Babelio, ce roman cache une grande part de réalisme notamment sur l’organisation d’un mariage, sur les dictats du célibat, sur les préjugés de la société conformiste, sur les faux semblants de l’amour et la fidélité… » Pourtant, « ce n’est pas l’objectif premier du roman », répond à cela Aloysius Chabossot. « Mais forcément, il y a un fond social qui doit être vrai et parler au lecteur. Oui, en sous-texte, il y a tout ça ; s’il n’y a pas d’arrière plan social, on s’ennuie ! »

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Et la suite ?

fallait pas craquerLa suite de Fallait pas l’inviter !… existe déjà ! Elle a été publiée en autoédition il y a deux ans et s’intitule Fallait pas craquer ! « La fin ouverte [du premier tome] laissait présager des choses heureuses. Mais on m’a souvent demandé une suite et je me suis laissé convaincre de l’écrire » explique-t-il. Dans le public, on lui demande si, après la pression sociale du mariage, il va aborder la pression sociale des enfants. « La suite n’est pas sur ce sujet » répond l’intéressé. « Peut-être un enfant dans le 3e tome ? ajoute-t-il, facétieux. Et après, le divorce dans le 4e ? »

En attendant, ce n’est pas cette suite que vous verrez bientôt paraître chez Eyrolles, mais une autre de ses publications à compte d’auteur : La Renaissance de la nounou barbue ! « Ce roman est dans une veine comique mais aussi une veine mélodramatique… » Curieux ? Vous pouvez en lire un extrait sur le site de l’auteur, en attendant que le roman soit publié dans un an.

C’est l’occasion d’une dernière question pour Pierre, de Babelio, qui se demande s’il y a justement eu beaucoup de changements entre la version autoéditée de son roman et la nouvelle publication chez Eyrolles. La réponse ? Non ! Même la couverture, qui en a fait rire beaucoup, est reprise d’une idée d’Aloysius Chabossot. Comme quoi, son roman n’attendait plus qu’une chose : finir entre vos mains…

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Et si, pour conclure, on vous livrait un petit secret d’auteur ? Aloysius Chabossot est un pseudonyme ! « Aloysius est un vrai prénom. Mais Chabossot est le nom d’un monsieur qui habitait près de chez ma grand-mère, qui me faisait très peur. Le nom est drôle mais effrayant. » Sur son blog, l’auteur s’est d’ailleurs toujours présenté comme un prétendu professeur de lettres à la retraite, ce qui, avec le visuel accolé, le rendait à la fois comique et effrayant… Mais si cette rencontre nous a prouvé une chose, c’est que l’écrivain en question n’a rien d’effrayant, mais tient bien du comique !

Pour en savoir un peu plus sur Fallait pas l’inviter !, découvrez l’entretien vidéo d’Aloysius Chabossot chez Babelio :

Roberto Saviano et la mafia : du menu fretin aux gros poissons

Si la question « Quel livre a changé votre vie ? » lui était posée, on imagine aisément Roberto Saviano répondre : « Gomorra. » A l’instar d’un auteur comme Salman Rushdie, cible en 1989 d’une fatwa déclenchée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini suite à la publication des Versets sataniques, l’auteur italien connaît le poids des mots et la violence que la libération de la parole peut déclencher. Paru en 2006, son essai sur la Camorra a défrayé la chronique en Italie en raison de l’exactitude des faits qui y sont relatés. Il poursuivra son travail courageux d’investigation dans Extra pure : voyage dans l’économie de la cocaïne (2013).

C’est donc inévitablement paré de cette aura – et toujours escorté d’un (discret) service de protection policière – que Roberto Saviano rencontrait 30 lecteurs de la communauté Babelio et des libraires, ce lundi 8 octobre, soit trois jours après le viol et l’assassinat de la journaliste Viktoria Marinova suite à la diffusion d’un reportage sur des fraudes aux fonds européens en Bulgarie. Une information d’ailleurs relayée par Roberto Saviano lors de cette matinée, rappelant que le climat ne s’est pas adouci pour les journalistes et écrivains de sa trempe ces dernières années.

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Le réel, le fictionnel et la vérité

Accompagné de son éditeur chez Gallimard, Matteo Cavanna, l’auteur de Gomorra était certes venu présenter un nouveau livre, mais dans un registre inhabituel. Cette fois, Roberto Saviano s’éloigne de l’enquête journalistique et signe son premier roman paru chez Gallimard en français sous le titre Piranhas. Le roman de Roberto Saviano s’inscrit au cœur du débat qui agite le milieu littéraire et qui consiste à distinguer ce qui relève de la fiction ou du réel dans la création littéraire. Pur roman d’invention, « narrative non fiction », enquête journalistique ? Roberto Saviano surprend en précisant : « Mes deux précédents livres sont des romans… mais qui sont de la non-fiction. » A contrario, il insiste sur l’aspect fictionnel de Piranhas et tient à le distinguer de ses précédents ouvrages : « Pour moi ce livre est le contraire de Gomorra, ici je pars de la réalité pour en tirer de l’émotion, développer la relation entre le lecteur et les personnages. Je voulais entrer dans la tête de ces gamins qui fondent leur gang, leur paranza. Dépasser le factuel de mes autres livres pour faire un pacte propre au roman avec le lecteur : si tu me fais confiance, je te fais découvrir ce monde. Je te montre comment ça marche de l’intérieur, comment ils pensent et agissent. »

Si l’on en croit les critiques sur Babelio et ailleurs, voilà un contrat rempli : nombre de lecteurs, dont celui qui écrit ces lignes, ont été captivés par le cauchemar représenté par ces jeunes de 10 à 19 ans prêts à tout pour fonder leur propre « famille » et se tailler une (large) part du gâteau, le plus vite possible. «Évidemment je suis parti de sources tout à fait véridiques, d’écoutes téléphoniques pour écrire les dialogues, et d’entretiens avec les survivants de cette histoire. » Car cette histoire, celle d’une bande de gamins du quartier Forcella de Naples, est tout à fait réelle : en 2016, quelques dizaines d’entre eux tentent de prendre le contrôle du quartier à coups d’assassinats, d’extorsions et de trafics de drogues. Or « les membres de ces baby-gangs (comme on les appelle en Italie) n’ont plus le temps de connaître un parcours criminel classique, balisé, ils veulent avoir la fortune et le pouvoir le plus rapidement possible, puisque ce sont aujourd’hui les indicateurs de réussite les plus valorisés dans nos sociétés ».

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La mafia : l’autre nom de l’ultralibéralisme

En effet, on constate que ces enfants sont le pur produit de leur époque. Loin des demi-clichés habituels sur la mafia, « presque aucun d’entre eux n’est fils de mafieux ; aucun ne souffre de la faim ; ils sont tous les enfants d’une petite bourgeoisie qui s’écroule ». Ils sont fascinés dès leur plus jeune âge par la mort et la violence, par ce que l’argent peut offrir immédiatement. « Ils veulent tout et tout de suite » à l’image de leur chef de gang, Nicolas Fiorillo (dit « Maharaja »), qui a su faire sien les préceptes d’un autre Nicolas, Nicolas Machiavel. Pour lui, il n’y a que deux camps : « les baiseurs et les baisés ». On est « baiseur ou baisé dès la naissance », et c’est plus une question de caractère que de classe sociale. Moins familièrement, pour lui comme pour les autres, « la seule chose à choisir, c’est si tu vas faire ou subir l’injustice. Le reste, c’est de l’hypocrisie. »

Comme dans Gomorra, Roberto Saviano dénonce dans Piranhas l’influence du capitalisme dans les comportements humains, l’argent et le pouvoir devenant des carburants. On est frappé par les parallèles entre les multinationales les plus viciées, et les baby-gangs : « Peu importe l’autorité, pour eux il n’y a que la concurrence contre laquelle on doit lutter. Le sacrifice est une nécessité. Je veux que le lecteur comprenne ce qu’il y a de ces gamins en eux. Ça ne concerne pas que la mafia, mais plutôt le fait de vivre à notre époque. »

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Appétit pour la destruction

Pas étonnant après ça de lire sous la plume de Roberto Saviano le meurtre d’un parrain par un enfant de 10 ans, de voir le baby-gang faire une descente à scooter dans le centre ville de Naples pour tirer des rafales sur les vitrines en plein jour, ou encore de découvrir l’humiliation qu’un membre du gang va subir pour avoir commis une faute. La façon qu’ont ces enfants de tuer sans frémir avant de rentrer chez papa-maman vous glace les sangs. « Ces gamins tuent puis vont dormir chez leurs parents. La mort est plus une nécessité qu’un risque pour eux, ça ressemble assez à du suicide. D’ailleurs dans le livre il y a un passage où certains s’extasient devant des photos de jeunes djihadistes partis mourir au combat. Pour moi le lien est évident. On ne comprendra jamais les djihadistes si on ne comprend pas ces bandits qui aiment Daesh parce qu’il tue tout le monde et fait peur à tout le monde. »

À cet égard, Naples apparaît comme un terroir propice à une certaine morbidité, vu la vitesse à laquelle les enfants sont confrontés à des cadavres. On trouve cette phrase dans Piranhas : « À Naples, on ne grandit pas : on naît dans la réalité et on la découvre peu à peu. » Et l’auteur d’expliciter : « Je suis né à Naples en 1979, mon premier mort je l’ai vu à 12 ans, un type tué dans une voiture à la kalachnikov. Avec mes amis, on se sentait grands de voir ça, et après on cherchait à voir plus souvent des victimes de mort violente. On essayait de comprendre quelle arme avait servi, par exemple. Au passage, souvent le cinéma donne une image fausse ; dans la réalité, la mort est très rapide, il n’y a pas de mise en scène dans la réalité. Ces enfants vivent ces dynamiques de mort comme moi, mais en y ajoutant un désir de mort. La culture italienne est une culture de guerre. Je me souviens de ces mots du juge Falcone pour dire qu’il n’avait pas peur, quelques semaines avant d’être assassiné par la mafia : « Moi je suis sicilien, et ma vie vaut moins qu’un bouton de ma veste. »

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Violence dans la culture = culture de la violence ?

Lorsqu’un lecteur lui demande si justement ses livres et ses adaptations, notamment Gomorra lu et vu en série jusque dans les cités françaises, ne participent pas de cette culture de la violence, l’écrivain napolitain répond : « Ma seule préoccupation, c’est l’authenticité. Je ne veux pas vous faire aimer ces personnages, mais cherche au contraire à démonter l’effet de fascination à travers l’horreur de certaines situations, auxquels les membres du gang sont eux-mêmes confrontés du fait de leurs actes. Ça n’est pas parce qu’on lit un livre sur la mafia que l’on devient mafieux. Je suis d’accord pour dire qu’il y a une fascination pour la violence largement partagée par la jeunesse, qu’elle soit riche ou pauvre. Mais là où les plus bourgeois continuent à vivre leur vie normalement, les plus défavorisés vivent effectivement dans une réalité proche de ce qu’ils voient à la télé. Donc cette culture de la violence fonctionne là où la société ne fait pas son travail ! »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le premier roman de Roberto Saviano n’aura pas laissé indifférents les lecteurs présents, et que ces « Piranhas » aux dents aiguisées ont marqué les esprits.  On n’en attendait pas moins d’un auteur qui ne cesse de se mettre en danger pour défendre ses idées et continuer à résister aux attaques permanentes de ceux qui préféreraient qu’il se taise. Après une séance de dédicace rapide (car imprévue), l’auteur nous aura laissés avec autant de réponses que de questions, et au moins aussi troublés qu’après avoir tourné la dernière page de son premier roman.

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Découvrez Piranhas de Roberto Saviano, paru aux éditions Gallimard (collection Du monde entier).

Couvertures, quatrièmes de couvertures, bandeaux : qu’en pensent les lecteurs ?

Vous entrez dans votre librairie préférée, où s’étendent des milliers, voire des dizaines de milliers de références. Pourtant, quand vous en ressortez, même si nul doute que vous auriez aimé acheter tout le magasin, vous n’avez que quelques livres dans votre sac. Comment avez-vous fait, devant ces kilos de bandeaux, ces alléchantes 4e de couvertures et ces myriades de couleurs, pour en choisir si peu ? Et surtout : pourquoi ce choix ? C’est la question que Babelio s’est posée.

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Présentés par Guillaume Teisseire, cofondateur de Babelio et Octavia Killian, responsable commercial et partenariats, les résultats ont été commentés et enrichis par deux éditrices et une graphiste présentes ce soir-là pour partager leur expérience :

  • Claire Do Serrô directrice littéraire de Nil éditions et Manon Bucciarelli, graphiste en charge de la refonte d’identité de Nil éditions début 2018,
  • Laure Leroy, directrice éditoriale des éditions Zulma, dont la charte graphique, l’étude l’a prouvé, est particulièrement reconnue par les lecteurs.
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De gauche à droite : Manon Bucciarelli, Claire Do Serrô, Laure Leroy

L’étude a été menée sur Internet auprès de notre communauté de lecteurs et sur les réseaux sociaux du 21 août au 6 septembre 2018. 6 284 personnes ont répondu à l’enquête. Le répondant type ? Une femme (81%), âgée de 25 à 34 ans (25%), grande lectrice (94% des répondants lisent au moins un livre par mois, contre 16% de la population française). Il faut donc garder en tête qu’il s’agit d’une enquête portant principalement sur les grands lecteurs. Prenons pour exemple largement représentatif la réponse qu’ils apportent à la question suivante : « Dans le cas d’un livre adapté au cinéma, appréciez-vous que la couverture change pour se mettre aux couleurs de l’affiche du film ? » 81% disent ne pas apprécier cette pratique. Mais ce recouverturage n’a en fait pas les grands lecteurs pour cible. Il cherche plutôt à toucher les spectateurs du film ou le grand public ignorant l’existence du livre d’origine.

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Des lecteurs encore très attachés au format papier

65,7% estiment acheter principalement leurs livres en format papier et 47,8% disent aller principalement en librairie. On a donc un lectorat qui, bien qu’il soit très connecté, n’a pas converti tous ses achats et pratiques vers le numérique, fait remarquer Octavia Killian au cours de la soirée.

Nos invitées aborderont d’ailleurs peu le sujet du numérique au cours de la rencontre et leurs réflexions montrent bien que la charte graphique de chacune de leurs deux maisons, Nil et Zulma, a été pensée pour le papier. Ainsi, Manon Bucciarelli, graphiste pour Nil éditions, raconte qu’ils ont fait le choix d’un bandeau blanc car « on a bien voulu faire croire à un post-it laissé par un libraire ».

Guillaume Teisseire leur demande également si, en concevant leurs couvertures, elles prennent en considération les sites Internet et le numérique. « Notre chance, énonce Manon Bucciarelli, c’est d’imprimer en pantone : on travaille donc nos couvertures en RVB* et on garde la force des couleurs ». Et Laure Leroy d’ajouter : « on a beau imprimer en pantone nous aussi, il y a des effets parfois très différents entre le livre papier et numérique. (…) Certains effets rendent très bien sur le papier mais sur écran, c’est parfois plus criard ou plus vif. (…) C’est lié à la complexité, finalement, de l’impression de nos livres. » Elle reconnaît donc que Zulma pense d’abord le livre comme un objet papier avant de le voir comme un potentiel produit numérique.

*système de codage des couleurs propre à l’informatique, par opposition au CMJN, utilisé habituellement pour l’impression de livres

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Un achat d’impulsion non systématique

Les répondants à l’enquête sont sujets à l’achat d’impulsion, notamment chez les plus jeunes. De manière générale, note Octavia Killian, un lecteur sur deux ne sait pas ce qu’il va acheter. Elle ajoute également que concernant l’achat en ligne, les lecteurs sont moins sensibles à l’achat d’impulsion (69,4% savent ce qu’ils vont acheter contre 47,9% des acheteurs en librairie), sans doute parce que « la librairie est un lieu qui se prête plus à la découverte et au conseil ». De fait, les lecteurs, pour qui l’achat sur Internet n’est pas une priorité, semblent curieux et enclins à se laisser séduire au gré de leurs flâneries en magasin.

C’est une donnée qui a particulièrement frappé les intervenantes présentes ce soir-là. « C’est vrai qu’on fait notre petite cuisine interne, on réfléchit en termes de maison, d’histoire, mais on oublie que les lecteurs achètent parfois sur impulsion », avoue Manon Bucciarelli. « En fait, à court terme, peu importe la charte graphique. Ce qu’on veut c’est interpeller sur ce titre, sur cet auteur ; qu’il soit relié aux autres titres de la maison nous importe à nous, peut-être aux lecteurs fidèles, mais ça importe peu aux libraires et aux lecteurs sur le moment », ajoute-t-elle avant de conclure : « il faut savoir prendre du recul sur la charte, en changer, en sortir, la transcender… »

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Considérer chaque livre comme un monde à part entière

En parlant de charte graphique, on observe que la plupart des lecteurs préfèrent une couverture adaptée à chaque livre (plus de 70% des lecteurs). C’est d’autant plus vrai quand le lectorat rajeunit (93% de réponses favorables chez les 12-17 ans !). On peut aussi remarquer, même si les avis sont très partagés, que 45% des répondants apprécient qu’un éditeur sorte le livre de sa charte habituelle pour l’habiller aux couleurs de son univers grâce à une jaquette. « Chaque livre doit se réfléchir, refléter au mieux son intérieur », confirme Claire Do Serrô, « chaque livre a son univers ».

Pourtant, si chaque livre publié au sein d’une maison d’édition est unique et que sa couverture doit refléter ses particularités, une maison d’édition reste définie par une ligne éditoriale et une identité qui lui sont propres. Claire Do Serrô, en devenant directrice éditoriale du Nil, a amorcé des changements : un seul format pour tous leurs romans, ce qui n’était pas le cas avant, une nouvelle mise en page pour tous leurs titres, et le choix de poursuivre leur éclectisme en termes de parutions. Elle a bien mis en évidence les interrogations qu’elle a dû affronter avec son équipe. « La première question qu’on s’est posée, raconte d’ailleurs Manon Bucciarelli, c’est « est-ce qu’on veut une charte graphique caractérisée avec beaucoup de contraintes et très identifiable ou une grande liberté ? » ». Non. Mais la question qui a suivi était : « qu’est-ce qui va réunir tous ces textes ? ».

En fait, Nil et Zulma, derrière une volonté de donner à chaque livre des couleurs qui lui sont propres, revendiquent quand même le souhait d’une charte graphique cohérente. Aussi, chacune a cherché, à sa manière, à trouver le juste milieu entre la couverture personnalisée et la charte graphique.

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Couvertures de quatre parutions récentes de Nil éditions

Du côté de Nil, deux astuces graphiques leur ont permis de parvenir à leur fin. Une marie-louise blanche « qui fait signe chez le lecteur classique », d’abord, est systématiquement présente. Mais « on avait envie de sortir de ce cadre et jouer avec, la base de la charte, c’est qu’on va s’amuser avec le cadre [et le hors-cadre] », explique Manon Bucciarelli, témoignant là de leur volonté de casser les codes de cette charte. Leur seconde astuce, c’est d’imprimer en bichromie, avec deux pantones. Leurs couvertures ont donc un « style contrasté, avec des images assez fortes ». « C’est un type d’illustration assez identifié. On pourrait imaginer s’en éloigner, mais pour l’instant, c’est ça qui guide les lecteurs, ce style fort, vectorisé, aux contrastes forts ».

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Quelques couvertures des éditions Zulma

Quant à Zulma, Laure Leroy a contacté le graphiste David Pearson en 2006 pour lui demander de réaliser les couvertures de ses ouvrages. Elle lui a demandé trois choses :

  1. une couverture qui puisse se déployer : « je voulais que le texte soit dans un écrin et que les textes promotionnels et commerciaux ne viennent pas directement. Je voulais un bel objet » ;
  2. que les seuls textes figurant sur la couverture soient le titre et le nom de l’auteur, pas forcément celui de l’éditeur ;
  3. que « tous les livres soient reconnaissables, identifiés les uns avec les autres, mais que chaque livre soit totalement différent, porteur d’un univers ».

Et Laure Leroy de conclure : « en somme, je voulais que chaque livre puisse être sa propre autopromotion ».

Un pari semble-t-il légitime pour ces deux maisons, car à la question « Êtes-vous attaché(e) à certaines couvertures de maisons d’édition ou de collections ? », les lecteurs sont 52% à répondre « Oui ». De plus, dans les maisons les plus citées par les lecteurs à cette question, Zulma arrive en 4ème position avec 362 mentions, juste derrière les éditions 10/18 (364 mentions).

Mais cela reste un pari risqué. On note par exemple que, sur les couvertures, 41% des lecteurs affirment avoir déjà été déçus par une couverture. Ils parlent de « discordances », de « décalages »,  ou d’« inadéquations ».

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Manon Bucciarelli

La codification par genre dépréciée par les lecteurs ?

Pour autant, si les lecteurs apprécient les couvertures uniques, ils sont nombreux à remarquer des tendances fortes dans le monde de l’édition, c’est-à-dire une codification en fonction du genre des livres. En effet, à la question « De manière générale, pensez-vous que certaines couvertures se prêtent plus à un genre littéraire qu’à un autre ? », ils sont 58% à répondre « oui ». Quant à savoir si cela leur plaît ou non, les avis sont mitigés. Ils reconnaissent le côté pratique de la chose (« Elles facilitent l’identification rapide du type de littérature ») mais pointent du doigt les éditeurs comme les responsables de cette codification (« Les codes couleur sont inscrits dans nos esprits de lecteurs, formatés par les maisons d’édition »).

Manon Bucciarelli, de Nil éditions, considère d’ailleurs cette codification avec une certaine indifférence et souhaite faire confiance au lecteur : « Il faut parfois s’affranchir de ce que le lecteur attend. Le lecteur va s’intéresser au contenu au-delà du contenant. »

Guillaume Teisseire est allé dans ce sens-là, rappelant que, dans l’enquête, un lecteur sur deux pense qu’une couverture colorée ne correspond pas forcément, comme c’est le cas dans l’imaginaire commun, à un livre dit « grand public ». Résultat encourageant pour Nil et Zulma, qui ont fait le choix, justement, de couvertures vivantes et colorées ? Sans doute, car 60% des lecteurs affirment aussi préférer une couverture colorée.

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Et les maisons d’édition dans tout ça ?

L’étude comprenait un test qui proposait aux lecteurs de reconnaître les chartes d’un certain nombre de maisons d’édition. Trois maisons seulement sont reconnues par plus de 50% des lecteurs (Gallimard, Albin Michel et Actes sud). Mais il arrive qu’ils se trompent (par exemple pour Flammarion) ou soient approximatifs sur le nom de la maison d’édition (par exemple Gallmeister).

Pourtant, un lecteur sur deux estime être attaché aux couvertures de certaines maisons et collections, souvent car cela rend les maisons reconnaissables, crée un effet de collection ou car c’est, pour certaines maisons, gage de qualité : « C’est un peu une marque de fabrique ! Et une sorte de garantie de qualité du livre. »

Serait-ce donc l’aspect visuel d’un livre qui permet au lecteur de s’y retrouver en librairie ? Même si le test a montré que donner le nom d’une maison n’est pas aisé pour tout le monde, ce sont les chartes graphiques qui permettent au lecteur de se repérer. Ils ne connaissent pas forcément le nom d’une maison, mais cela ne les empêche pas de s’y attacher. Comme l’a justement dit Guillaume Teisseire : « ils se rattachent alors à d’autres auteurs ; par exemple « c’est l’éditeur d’Edouard Louis » pour les éditions du Seuil ».

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Les 4èmes de couverture : un terrain glissant

Éminent sujet de questionnement pour l’éditeur, la quatrième de couverture reste un passage obligé pour les lecteurs : 94% d’entre eux affirment les lire et 87% jusqu’au bout.

Néanmoins, c’est aussi un élément du contenant du livre qu’il semble difficile de réussir. Parmi ceux qui ne les lisent pas, ils affirment savoir déjà de quoi le livre parle ou en vouloir seulement un aperçu, trouver le texte trop long ou avoir peur d’être spoilés. Quant à ceux qui les lisent systématiquement… Trois quarts d’entre eux ont déjà été déçus ; souvent à cause d’un spoil, mais parfois à cause de grands décalages entre ce qu’on a promis au lecteur et ce que le livre est réellement : importance mise sur les éléments secondaires, différence de styles, mauvaise classification dans un genre…

Ce sont des problématiques dont les éditeurs ont néanmoins conscience. Claire Do Serrô, par exemple, confie : « la taille de la quatrième de couverture a posé question, elle est relativement courte parce qu’on s’est forcés. »

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Informations et arguments de vente : comment faire le bon choix ?

Résumé, extrait, prix littéraires, citations, titre, auteur(s)… Les informations que l’éditeur a à sa disposition pour promouvoir le livre sont en fait nombreuses. Lesquelles ont le plus d’impact sur les lecteurs ?

On a vu  plus haut que Zulma cherchait à épurer ses ouvrages de tout texte commercial pour lui offrir un écrin graphique qui se suffise à lui-même. « Si le lecteur veut en savoir plus il doit chercher », explique Laure Leroy. Le résumé des romans Zulma étant dans les rabats, quand le lecteur le trouve enfin, « il a pris le livre en mains, il est soulagé, il peut lire la 1ère page ». « Mais certains lecteurs reposent directement le livre ! » a-t-elle avoué. Peu étonnant quand on constate qu’en quatrième de couverture c’est le résumé que les lecteurs s’attendent à retrouver : 95% jugent cet élément assez ou très important. Pour le reste, les avis sont beaucoup plus partagés (extrait du livre, biographie de l’auteur, critiques presse), voire réticents (photo ou citation de l’auteur, commentaire de l’éditeur…).

« Mais qu’est-ce qu’on montre en couverture ? Et qu’est-ce qu’on révèle en 4e de couverture ? » interroge Manon Bucciarelli, qui a mené chez Nil cette réflexion. Et à la question – ouverte – « Dans une couverture, qu’est ce qui vous pousse à retourner le livre pour lire la quatrième de couverture ? », ce sont les mots « auteur » et « titre » qui ressortent le plus.

« Chez Zulma, a répondu Laure Leroy, je publie beaucoup de littérature traduite avec des auteurs peu connus et aux noms parfois imprononçables. (…) Est-ce que ça sert que je les mette en énorme sur mes couvertures ? » Et Manon Bucciarelli a répondu, enthousiaste : « Finalement, c’est une chance, on n’a pas à s’imposer le nom ou le titre en énorme, sa photo sur le bandeau… On a la chance de pouvoir intriguer le lecteur sans cette arme de marketing massive… ! »

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Laure Leroy

« Un objet, qui est un produit aussi, n’est pas obligé d’être ouvertement commercial, revendique Laure Leroy. Sa beauté peut être liée à l’attention qu’on a portée pour l’imaginer, pour l’écrire, pour le traduire, pour le publier, pour le relire. » Il est évident que le simple fait de ne pas mettre de texte en quatrième de couverture est un choix pour toucher des lecteurs curieux et sensibles à la vision qu’elle a de la littérature. « C’est mon esthétique. Je ne cherche pas à plaire au plus grand nombre, explique effectivement Laure Leroy. Je cherche les lecteurs qui aiment ce que j’aime aussi. Même si tout ça est commercial, cela repose avant tout sur une passion du texte. » Et Claire Do Serrô de conclure : « être éditeur, c’est faire un choix et le porter. On ne peut pas plaire à tout le monde. »

Les bandeaux : un outil marketing en perte de vitesse ?

Reste la question du bandeau. Bien que la moitié des lecteurs estime être attirée par eux, ils ont beaucoup été critiqués, en tout cas remis en question, lors de la soirée. « Il faut éviter le côté autopromotion », reconnaît Claire Do Serrô, rejointe par Laure Leroy : « c’est vrai qu’il faut absolument échapper à l’éditeur qui commente son propre livre, on perd toute crédibilité. » Et d’ailleurs, 34% des lecteurs trouvent les bandeaux racoleurs. Seule la mention d’un prix littéraire (souhaitée à 67%) rend le bandeau utile et important pour une majorité de lecteurs.

Zulma et Nil semblent pourtant tentés de se réapproprier le bandeau. Nil l’utilise, comme on l’a mentionné plus tôt, pour « usurper », s’amuse Manon Bucciarelli, les coups de cœur des libraires. Zulma, eux, essayent de sortir de la fonction racoleuse de celui-ci. « L’air de rien, explique Laure Leroy, le rouge devient une couleur neutre. (…) Sur  Mais leurs yeux dardaient sur Dieu de Zora Neale Hurston, on a mis un bandeau doré. Cela désacralise la citation de Toni Morrison au sujet du livre. Sur un bandeau rouge, cela aurait institutionnalisé la citation et ajouté de la lourdeur. Le bandeau doré donne un peu de légèreté tout en faisant passer le message. » Ce choix est-il réellement pertinent, quand on constate que 21% seulement des lecteurs trouvent qu’il est important de mettre une citation d’un autre auteur sur un bandeau ? Peut-être, oui. En effet, à la question « Appréciez-vous les citations d’auteurs sur les livres ? », un tiers des lecteurs ont choisi de répondre « Oui, toutes les citations même celles d’auteurs que je ne connais pas. Je trouve que ça donne de la crédibilité au livre. »

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(c) Babelio

 

« C’est plein de contradictions et plein d’enseignements » a répondu Laure Leroy quand Guillaume Teisseire leur a demandé ce qu’elles pensaient de l’enquête. Force est de constater que les lecteurs ne sont pas toujours d’accord sur l’intérêt de certains éléments qui constituent l’objet-livre… et que la vision qu’ils en ont est parfois bien différente de celle qu’en ont les éditeurs.

On pourra en outre en retenir une idée, qui a largement mis nos interlocutrices d’accord au cours de la soirée, c’est que chaque titre qu’elles publient est « un univers à part entière ». Les expressions « livre-monde » ou « livre-univers » ont été plusieurs fois reprises. Et, de fait, quand on demande aux lecteurs ce qui les pousse à l’achat, le « thème » du livre ressort très largement car 97% des lecteurs le jugent important.

« Le défi : il faut qu’on reconnaisse la maison [à travers sa charte graphique] mais aussi que chaque livre s’adresse à son lectorat », conclue Claire Do Serrô.

A la rencontre des membres de Babelio (27)

Avec plus de 650 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. En ce Mois de l’imaginaire, nous avons le plaisir de vous faire rencontrer un lecteur passionné de science-fiction, fantasy, fantastique, et toutes leurs déclinaisons.

fnitter

Rencontre avec fnitter, inscrit depuis le 31 janvier 2012.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

Je cherchais des livres à lire sur un grand site marchand et j’étais fasciné par les critiques écrites par finitysend, un modèle d’érudition en SF. Je m’étais dit à l’époque : Et pourquoi pas, donner envie moi aussi, à d’autres lecteurs ? Et me voilà embarqué dans la critique à tout va. Mais le côté mercantile et surtout la tendance de certains à descendre des critiques, juste pour monter en réaction dans le classement, ou peut-être même pour le plaisir, m’agaçait prodigieusement. C’est en cherchant sur Internet un site qui n’avait pas ces inconvénients que je suis tombé sur Babelio. J’ai tout de suite été séduit. Facile d’utilisation, convivial et si quelqu’un n’aimait pas mes critiques, il pouvait le dire, mais il fallait argumenter. Je n’en suis plus jamais reparti. (Et j’y ai même amené finitysend.)

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Essentiellement de la science-fiction de tous les genres et sous-genres possibles et imaginables du plus bourrin au plus poétique. Je n’ai lu que cela pendant des années. Et doucettement, je me suis rendu compte que la fantasy pouvait m’apporter aussi ce que je recherchais tant dans la SF et des ouvrages de cet autre genre sont venus grossir les rangs. Je suis un fan inconditionnel et presque absolu de la littérature de l’imaginaire. Presque, parce qu’on peut depuis quelques années maintenant, retrouver  dans ma bibliothèque de l’aventure maritime ou historique. Je vous passe toutes les BD d’enfance que je relis encore et toujours.

Vous lisez beaucoup de littératures de l’imaginaire et participez activement au Groupe dédié sur Babelio. Comment est né cet intérêt, et qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

fondationPar hasard. J’avais 13 ans. Je ne lisais pas (ou plus), en dehors des romans scolaires imposés bien rébarbatifs – j’ai développé depuis une sorte d’allergie à la littérature blanche. Un catalogue France Loisirs plus tard (imposé par mes parents ? Étais-je volontaire ?) je découvrais Fondation d’Isaac Asimov. Une révélation. Je n’ai plus jamais quitté la SF.

La réponse à la seconde question tient en un seul mot : Évasion…

Mais argumentons un peu : Quel « genre » permet de lire un jour, un roman d’espionnage, une autre un roman de guerre, un polar, un roman d’amour, un essai philosophique (ou presque) tout en conservant une part de merveilleux et surtout cette capacité à surprendre ? À rêver ? À frissonner ? À s’évader ? Mais aussi à s’instruire ? La SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique, pour les intimes). Pour moi, la littérature de l’imaginaire reste la meilleure littérature de loisirs et n’est pas (ou plus ? ) un refuge pour ado un peu geek.

Je critique pour les convaincus, mes billets sur Babelio permettent de les orienter vers un titre précis. Mais ma plus grande joie, c’est de convertir (bon allez, disons « décider », « amadouer ») un « allergique » au genre. Et quand un Babelionaute me dit que grâce à ma critique, il s’est laissé tenter par un livre de SFFF et qu’il a adoré, ça me transporte et me convainc de continuer. (Bon ça flatte aussi sauvagement mon ego et c’est toujours bon à prendre.)

Quels sont les livres de l’imaginaire qui vous semblent incontournables, et pourquoi ceux-ci ?

Il y en a tellement. (Et j’ai fait des listes d’ailleurs sur ce thème.)

Raison pour laquelle je vais me contenter de deux :

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En SF : Dune de Frank Herbert (et s’il doit y avoir une couverture d’illustration, je veux celle de l’édition Pocket de 1987).  Je devais donc avoir 16 ans si je calcule bien. Et si j’ai adoré mes premiers livres de SF, Dune est probablement la première et l’une de mes plus grandes claques littéraires. Un livre-univers, un space opera (et un planet opera), un roman d’aventure, de guerre, d’amour, politique, religieux. Ce livre mérite tous les superlatifs  laudatifs que je pourrais lui trouver. La quintessence de la SF. (Tiens, il faudra que j’en réécrive la critique sur Babelio un de ces quatre.)

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Et s’il y a UN titre qui peut concurrencer Dune en matière de giroflée à cinq pétales, on va faire dans l’éclectisme et choisir de la fantasy, française de surcroît (puisqu’il faut bien l’avouer j’ai une petite prédilection pour la littéraire américaine et anglo-saxonne), c’est La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Une œuvre qu’on adore ou qu’on déteste, (il n’y a souvent pas de juste milieu) et qui m’a laissé sur le carreau. Une œuvre forte, poignante, prenante, on ne ressort pas indemne de cette histoire. Mais au contraire de Dune que j’ai lu de multiples fois, je n’ai jamais osé relire celle-ci.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Ça peut paraître bête après tout ce que je viens d’écrire mais ma première grande découverte littéraire c’est : Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Un classique parmi les classiques. On est d’accord. Mais mais mais… Ne serait-ce pas de la littérature de l’imaginaire ?

On peut le qualifier de livre pour enfant ou de littérature jeunesse, de conte philosophique, de livre fantastique (mais pas de SF, certes). On peut le lire avec plusieurs niveaux de compréhension mais avec une constante, le rêve, l’évasion et le merveilleux. Lu enfant, lu adolescent, lu adulte. C’est l’un des livres qui m’a le plus marqué, ne serait-ce que parce que c’est l’un des plus anciens dont je me souviens. (Je vous passe les Oui-oui et le Club des cinq.) Raison pour laquelle peut-être, je ne l’ai jamais critiqué ou cherché à argumenter dessus.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Franchement ? Aucune espèce d’idée. Aussi vais-je vous faire découvrir mon dernier coup de cœur associé à Babelio puisque c’est un livre que j’ai pu obtenir grâce à l’opération Masse Critique (et que je n’aurais probablement jamais acheté d’initiative) : Le Peuple de la brume de José Eduardo Agualusa. Un magnifique voyage au pays des rêves, à mille lieux des récits post-apocalyptiques pleins de fatalisme, de violence, de haine et de triste réalité (que j’affectionne par ailleurs), un voyage initiatique résolument optimiste et léger qu’on lit la tête dans les nuages et des étoiles plein les yeux.

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David Weber © DR

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Et là, après l’envolée lyrique de la question précédente, on redescend sur Terre, mais on se ré-envole dans l’espace. Mission basilic de David Weber. Même, en fait,  probablement  les 11 premiers tomes de la série qui doit compter plus d’une vingtaine de titres (en comptant les spin off). LE livre qui m’a fait prendre conscience que la science-fiction militaire, dont je suis si friand, était un genre à part entière et qui m’a fait découvrir, grâce aux recherches avec ces mots-clés, l’univers bien plus trash de Warhammer 40.000 et Fantômes de Gaunt de Dan Abnett.

Pour les néophytes, la SF militaire c’est la science-fiction qui met en scène, la plupart du temps, des militaires, avec comme corollaire le plus fréquent : la guerre. Les titres les plus emblématiques de cette sous-catégorie : Étoiles, garde à vous de Heinlein, La Stratégie Ender de Card, La Guerre éternelle de Haldeman.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Aucun. Si j’ai envie de livre un livre, je le lis et sinon, je n’ai aucune espèce de remord à laisser de côté un livre qui ne m’intéresse pas. Honte d’avoir lu certains livres ? Oui très probablement (et même sûrement), mais je ne donnerai aucun titre. Mais le contraire ? Non. Je dois avoir 1 500 titres dans ma PAL (dont la plupart restent à acquérir d’ailleurs). J’ai de quoi satisfaire ma soif de lire pour plusieurs vies, vu que cette PAL ne cesse de grossir.

Bon, pour essayer de répondre à la question, tout en collant à l’actualité , je dirais : La Servante écarlate de Margaret Atwood, plusieurs fois en tête de PAL, mais que je repousse à chaque fois pour un titre plus léger.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Tiens, changeons totalement de registre (et après tout, j’ai dit tout en haut que je m’ouvrais au roman d’aventure historique). Seulement 41 petits lecteurs sur Babelio : L’Aigle de Sharpe de Bernard Cornwell.  Un époustouflant roman d’aventure guerrière sur fond historique durant les guerres napoléoniennes en Espagne. Un régal totalement addictif.

Tablette, liseuse ou papier ?

Tablette, non. Je n’en ai même pas. Longtemps papier (avant l’invention des liseuses), longtemps réfractaire à la liseuse, avec les mêmes arguments que tout le monde (l’odeur du papier, la page qu’on tourne, l’objet sacré, etc.). Et puis j’ai découvert… la liseuse. C’est quand même vachement pratique ce truc. Ça s’emmène partout, ça tient dans la poche. Et quand on est à l’extérieur, qu’on a presque fini son bon gros pavé et qu’on doit en attaquer un autre ? Deux kilos de paperasses dans le bahut ou un peu d’électronique ? Et au final, au risque de m’aliéner les puristes adeptes de la secte du papier, dans un bouquin, c’est l’histoire qui compte.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Là où je me trouve. J’emmène toujours un livre avec moi. Mais l’endroit où je lis le plus souvent reste quand même mon canapé. MA place sur la canapé. Celle avec le trou pile poil à la taille de mes fesses. Normal ce sont elles qui l’ont fait, ce trou. Un peu de musique et le tour est joué.

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George R.R. Martin © DR

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Et bien je vous avoue que non, rien de spirituel ou de marquant qui ne me vienne spontanément à l’esprit. Donc pour tricher un peu je suis allé sur les citations que j’avais postées sur Babelio et je suis tombé sur une citation plutôt très à propos :

« L’esprit a autant besoin de livres qu’une épée de pierre à aiguiser pour conserver son tranchant. » (George R.R. Martin, Le Trône de fer).

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

J’ai toujours une bonne dizaine de titres en réserve, plus ou moins classés, qui varient souvent en raison de mes derniers achats coup de cœur. Mais sauf à vouloir absolument lire le dernier David Weber sorti, L’Ombre de la victoire (très décevant d’ailleurs), c’est plutôt : « Chérie, donne-moi un chiffre entre 1 et 5. »

Bon, pour ce mois-ci, j’ai un impératif (très agréable d’ailleurs) : Le Trésor des Américains de Fabien Clauw, une histoire d’aventure maritime à la fin du XVIIIe, côté français (pour une fois), mon dernier livre gagné, grâce encore à la Masse Critique.

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Fabien Clauw © DR

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Même s’il m’arrive d’en lire et de les apprécier, je n’aime pas les critiques trop longues. Souvent trop descriptives. (Je fais exception de quelques Babelionautes qui se reconnaîtront sûrement s’ils lisent cette interview.) 30 lignes c’est un maximum, mais j’avoue qu’il m’est arrivé de dépasser. Je n’aime pas non plus les « critiques » qui tiennent en 20 mots (en est-ce d’ailleurs?). Un résumé n’est pas nécessaire non plus. Une phrase d’accroche, un petit aperçu du pitch du livre, un ou deux, j’ai aimé parce que, ou j’ai détesté parce que. Une ch’tite conclusion et le tour est joué. Comment ça, c’est ce que je fais ?

Blague à part : une bonne critique c’est celle qui donne envie de lire le livre ou qui explique pourquoi on n’a pas aimé, sans forcément donner d’avis péremptoire (bien que cela me soit déjà arrivé). Point.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

On écrit des billets ici, pour orienter un lecteur potentiel, mais aussi, on ne va pas jouer les faux-culs, pour être lu et reconnu. (Sinon on se désinscrirait tous des insignes Babelio.) Et quand il m’arrive IRL de discuter SFFF, je demande toujours à la personne si elle connaît et/ou si elle est inscrite sur Babelio. Et là Paf ! Fnitter, c’est moi. C’est toujours gratifiant de se voir reconnu en dehors des amis « réseaux sociaux ».

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Du 31 octobre au 5 novembre se tiendra à Nantes l’édition 2018 des Utopiales : y êtes-vous déjà allé ? Est-ce que vous êtes attaché à certains festivals/salons littéraires, liés à l’imaginaire ou non ?

Non, parce que c’est très très loin à la nage. Mais sinon j’avoue n’avoir jamais fréquenté un festival ou salon littéraire. Plus jeune je trouvais mon inspiration dans une grande librairie de livres d’occasion que tout Parisien lecteur de ma génération a connu ou dans Le Science-fictionnaire de Stanislas Barets. Maintenant, mon inspiration, c’est tout bêtement Internet. Babelio bien sûr, mais aussi nooSFere.

Merci à fnitter pour ses réponses !

A la recherche de la vérité avec Sarah Cohen-Scali

Le 24 septembre dernier, Sarah Cohen-Scali était dans les locaux de Babelio, face à une trentaine de lecteurs enthousiastes et curieux, impatients de découvrir les mots de l’écrivain sur son dernier roman, Orphelins 88.

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Sarah Cohen-Scali est une auteur de romans jeunesse, de romans noirs, de nouvelles fantastiques. Max, publié chez Gallimard en 2012 et récompensé de 14 prix littéraires, fut son premier roman historique. Le 20 septembre 2018, son deuxième, intitulé Orphelins 88, paraissait en librairie.

Lorsque l’on évoque la Libération de 1945, tout le monde a en tête des images d’archives de liesse populaire. Ce que raconte Sarah Cohen-Scali dans Orphelins 88, c’est l’envers du décor, beaucoup moins rose que l’idée qu’on en a : au sortir de la Guerre, la barbarie n’avait pas éteint ses derniers feux. Des milliers d’enfants se retrouvaient sans famille, sans identité. Des millions de personnes allaient connaître pour encore des années la violence, la peur, et la misère. Les orphelins remplissaient les camps de déplacés. Héros du roman et rescapé du programme Lebensborn, Josh est l’un d’entre eux. Il ne sait ni d’où il vient, ni qui il est. Il va partir à la recherche de son passé et de lui-même.

La genèse du roman

Cinq ans séparent l’écriture de Max de celle d’Orphelins 88. Alors que l’action de Max commençait en 1933 et s’achevait en 1945, Orphelins 88 commence exactement là où Max s’achève. Entre-temps, plusieurs années se sont écoulées et Sarah Cohen-Scali a écrit deux autres romans. «Le point final à Max fut une contrainte. J’ai continué à vivre avec mon personnage. Mais après Max, subsistait une interrogation dans mon esprit : que sont devenus les enfants qui ont fait partie du programme Lebensborn ? J’ai continué à lire et je me suis rendu compte que je savais finalement peu de choses sur le sujet, que je le connaissais très mal.». Dans un premier temps, Sarah Cohen-Scali explique qu’elle voulait écrire la suite de Max, mais que trouver un éditeur pour un tome 2 n’était pas une tâche aisée. Déterminée à faire quelque chose de ce travail historique laborieux et passionnant, elle choisit en fin de compte d’extraire le personnage de Josh qui apparaissait furtivement dans Max, afin d’en faire le héros de son nouveau roman historique, Orphelins 88, qui est une suite officieuse de Max.

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Un pan de l’Histoire méconnu

Pour parler de cette période d’après-guerre, Sarah Cohen-Scali cite l’ouvrage de l’historien anglais Keith Lowe, L’Europe barbare, dans lequel il démontre que la violence est encore très présente après la libération : il compare la guerre à un paquebot lancé à toute vitesse qu’il est impossible d’arrêter brutalement. Cela pour illustrer le fait qu’après la Guerre, subsistent des réflexes de violence, de survie, conséquences dramatiques et inévitables des traumatismes vécus par les populations. C’est cette période sombre de l’Histoire, qui a constitué le terreau fertile de l’imagination de Sarah Cohen-Scali, et a motivé l’écriture de son roman.

Orphelins 88 est un roman émouvant, qui aborde un pan méconnu et atroce de la Seconde Guerre Mondiale : les enfants du programme Lebensborn. Ce programme visait la création et d’une race aryenne pure et parfaite, et regroupait des enfants conçus par des couples d’Allemands volontaires et patriotes, mais également des dizaines de milliers d’enfants arrachés à leurs familles respectives parce qu’ils répondaient aux caractéristiques physiques des Aryens. 

Sarah Cohen-Scali met le doigt sur un autre sujet méconnu de cette période dans Orphelins 88 : celui du racisme à la fin de la guerre. En effet, les soldats noirs se sont mieux sentis en Allemagne au sortir de la guerre qu’aux Etats-Unis où le racisme était omniprésent. L’écrivaine a lu beaucoup de témoignages sur la ségrégation raciale au sein de l’armée, où les Noirs étaient relégués aux postes les plus pénibles (cuisine, déminage, transports). Elle cite notamment Ecrire pour sauver une vie qui traite de ce problème.

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Le travail des sources

La romancière a façonné ses personnages en s’inspirant de plusieurs sources, des ouvrages historiques mais aussi des œuvres fictionnelles, ces dernières lui ayant permis une véritable imprégnation émotionnelle de cette période. Elle s’attarde notamment sur un livre écrit en hommage à Greta Fischer qui dirigeait un orphelinat de l’UNRRA, le Centre pour enfants d’Indersdorf. Cette femme à la générosité extraordinaire prenait soin des orphelins traumatisés par la Guerre en leur apportant beaucoup d’affection et en se dévouant corps et âme à leur réintégration. Sarah Cohen-Scali traite le thème de la mémoire traumatique : en sortant des camps, beaucoup d’enfants avaient des réflexes conditionnés incontrôlables : leur bras se tendait à la manière d’un salut nazi, leur bouche se mettait à chanter à la gloire d’Hitler. Ces gestes involontaires provoquaient la colère des autres enfants présents dans ces orphelinats, qui pouvaient les passer à tabac. « Quand j’ai découvert l’existence de ces réflexes conditionnés, je me suis dit que c’était une réalité terrible, et terriblement romanesque », raconte l’écrivaine en faisant allusion à La Trêve, de Primo Levi, dans lequel est abordé ce sujet.

Sarah Cohen-Scali profite d’une question de lecteur sur l’appellation « Orphelins 88 » pour rappeler la réalité historique du code 88 : ce code existait pour que les nazis se reconnaissent entre eux. Ce code demeure aujourd’hui un signe de reconnaissance néonazi, étant le code correspondant à l’abréviation HH (pour « Heil Hitler »).

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La difficulté du roman historique

En se prêtant à l’exercice du roman historique, Sarah Cohen-Scali s’est heurtée aux difficultés propres au genre : « Il faut savoir greffer son imaginaire sur une réalité historique. Cela demande un travail de recherches considérable, j’ai écrit deux autres livres en même temps. Je lis beaucoup, je prends des notes puis les classe de façon rigoureuse et méthodique. C’est un investissement qui demande beaucoup de temps, mais également des moyens  financiers ». Elle poursuit en expliquant : « La première version d’Orphelins 88 faisait le double de la version finale. C’est le danger du roman historique : on a envie de tout dire, mais il faut faire extrêmement attention à ce que le côté historique ne prenne pas le pas sur la fiction ». Elle s’est également aidée d’Internet pour ses recherches. A propos de l’existence réelle des personnages du  roman, l’écrivaine répond que presque tous les enfants du roman ont existé, en reprenant un exemple de La Trêve : à partir du personnage d’une jeune adolescente évoqué seulement quelques lignes dans le livre de Primo Levi, Sarah Cohen-Scali a développé tout un personnage de son roman « Quand on lit Primo Levi, on est avec lui », conclut-elle.

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Les résonances actuelles

Ce sujet, bien qu’historique, est toutefois profondément contemporain. Les camps de DP (“Displaced Persons”) sont une réalité. « Je croyais que ce terme appartenait à l’Histoire mais en fait, les flots migratoires, les camps de réfugiés, la peur que suscitent les migrants, cela se passe maintenant. Les pays d’accueil se demandent comment et si les enfants vont s’adapter, et quels problèmes ils risquent de poser plus tard.» explique l’écrivain. Sarah Cohen-Scali a rappelé ces propos tenus par Boris Cyrulnik lors de son passage du 12 septembre dernier à La Grande Librairie : «Je pense aux millions d’enfants abandonnés sur la planète qui n’auront pas la chance de connaître le destin que vous m’avez permis d’avoir ; tous ces enfants là, s’ils ne sont pas entourés, on va les étiqueter. Ce seront des enfants abandonnés qui n’auront pas pu se développer normalement parce qu’ils auront été privés de famille et de culture par la guerre, par l’économie, par la folie des hommes. Et c’est ce qui est train de se produire actuellement».

Pour en savoir un peu plus sur Orphelins 88, découvrez l’entretien vidéo de Sarah Cohen-Scali chez Babelio :

A la rencontre des membres de Babelio (26)

Avec près de 650 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Et en cette fin septembre 2018, c’est l’Amérique qui agite les accrocs de littérature, notamment avec le Festival America qui se tenait à Vincennes du 20 au 23 septembre. Nous avons cette fois choisi de donner la parole à l’un de ses nombreux voyageurs immobiles, qui n’ont pas l’occasion d’explorer le monde autant qu’ils le voudraient, et qui s’évadent à l’année en lisant.

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Rencontre avec joedi, inscrite depuis le 31 octobre 2010.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Je suis membre d’un groupe de lectrices, Les Saveurs littéraires, créé à l’initiative de la bibliothèque où je réside. C’est lors d’une de ces réunions mensuelles que la bibliothécaire principale m’a parlé de Babelio. J’ai consulté le site et, le 31 octobre 2010 je faisais partie de la grande famille des Babelionautes.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Des romans de tous les horizons, romans historiques, aventures, biographies, policiers, thrillers…

Vous lisez beaucoup de littérature américaine et participez au Groupe dédié sur Babelio. Comment est venue cette passion ? Qu’aimez-vous particulièrement chez les auteurs américains ?

C’est ce questionnaire qui m’a fait réaliser le nombre de romans américains et canadiens déjà lus. Peut-être est-ce la série des romans de Flicka de l’auteure Mary O’Hara qui m’a orientée vers la littérature américaine. A l’époque j’étais à l’école primaire et déjà, je lisais tous les soirs au lit.

L’Amérique, multiculturelle, avec de grandes villes telles New York et de grands espaces où règne encore une nature sauvage, l’Alaska, le Canada, pays voisin, est une manne inépuisable de lectures très diversifiées.

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William T. Vollmann

Quels sont les auteurs américains que vous recommandez particulièrement, et pourquoi ceux-ci ?

William T. Vollmann, trop méconnu, dont j’avais emprunté, à la bibliothèque, Fukushima : dans la zone interdite : Voyage à travers l’enfer et les hautes eaux dans le Japon de l’après-séisme. 86 pages d’une écriture fluide et qui ne manque pas de poésie, un talent certain, une documentation précise, un style que j’ai beaucoup apprécié ; ensuite du même auteur Les Fusils, Le Grand Partout

Underground Railroad de Colson Whitehead, à lire absolument de même que Dans la forêt de Jean Hegland, Les Saisons de la nuit de Colum McCann, la série des Craig Johnson, les romans de Louise Erdrich, auteure qui m’a beaucoup appris sur les Amérindiens ; évidemment John Steinbeck et aussi Richard Powers, Le temps où nous chantions suivi de Orfeo. Du côté Canadien je citerais Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier. J’arrête ici car je me rends compte que je m’emballe !

Dans un avenir proche, je lirai 4321 de Paul Auster dont j’avoue n’avoir lu qu’un livre.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Avec humour je répondrai : Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur, Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet, Mon amie Flicka déjà citée, en fait tous les romans qui m’ont donné l’amour de la lecture dès mon plus jeune âge.

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Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Les Fusils de William T. Vollmann et la trilogie Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson pour ne citer que ceux-là.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire qui se trouve même dans ma liseuse.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Aucune honte, je n’ai pas fini de lire, les classiques survivront au temps.

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Stand de Shakespeare & Co lors du Festival America 2018

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Voyages de Hans Christian Andersen, le récit de ses nombreux voyages qui lui fournissaient l’inspiration de ses merveilleux contes.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier le plus souvent mais aussi liseuse, tablette à l’occasion et même une fois smartphone. La liseuse est très pratique pour les voyages et les salles d’attente.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Au  lit : je dors peu et comme j’adore lire cela s’impose.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Pas vraiment.

51Z5EHDeiALQuelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Probablement Eugenia de Lionel Duroy, cette histoire m’intéresse ; à une époque, j’ai vécu six mois en Roumanie.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique succincte dans laquelle les lieux, personnages principaux sont évoqués sans dévoiler l’intrigue.

 

Merci à joedi pour ses réponses !

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