A la rencontre des lecteurs de Babelio (4)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

 

Rencontre avec Adl, inscrite depuis le 30/01/2013

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Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Après plusieurs essais de partage internet qui ne m’ont pas satisfait, parce que pas assez interactif, j’ai cherché un club de lecture … et suis arrivée sur Babelio  un peu par hasard. J’y ai vite trouvé mes marques avec l’aide de Babelnautes aguerris.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Dans la bibliothèque familiale, il y a beaucoup de romans, des bandes dessinées et depuis 4 ans des livres d’enfants ! Au fil des années les genres sont de plus en plus variés. J’aime avoir mes bandes dessinées sous la main, à relire de temps en temps, à piocher. Pour ce qui est des titres ils sont et assez variés : des Chroniques de la Lune Noire à Aya de Youpougon, sans oublier les Sambre, Calvin et Hobbs et évidemment, Adèle Blanc Sec. On doit avoir tous les Grangé, Millenium, quelques japonais, plusieurs livres sur la chasse, des noms peu connus (Coluche, Desproges, Malzieu, Barbara) et un peu plus (San Antonio, Nothomb, Ovaldé). En ce moment Le Trône de fer prend ses aises, prêtées par ma sœur.

Il m’est très difficile de faire court, il n’y a pas un genre mais plusieurs, que ce soit des livres offerts ou achetés. Et puis je les échanges, les offre, même s’il y en a beaucoup (trop!) dont je ne parviens pas à me séparer…

 

Vous lisez beaucoup de classiques : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Ces derniers temps je cumule les Classiques…mais ça n’a pas toujours été le cas ! Au collège j’avais lu Madame Bovary et Le Rouge et le Noir, mais surtout des « histoires vraies » (Jamais sans ma fille, Le Palanquin des larmes, J’ai eu 20 ans à Ravensbrück, L’enfant Khmer, etc…), a l’époque je les lisais tous !!! Maintenant je n’y arrive plus.

Ensuite grosse période polars, glissant sur les thrillers, et puis je suis devenue difficile à satisfaire. J’ai rencontré une libraire extraordinaire qui m’a envoyé vers des contrées qui m’intimidaient (littérature japonaise) et agréablement surprise! Et tout naturellement je me suis dis que j’aimerai essayer ces fameux classiques dont on nous rabattait les oreilles a l’école. J’avais besoin d’une certaine maturité pour apprécier la littérature Classique (attention, je n’en suis qu’au début, et j’ai parfois des difficultés, particulièrement avec le romantisme, argh…). Bref, les Classiques sont sur mon chemin de lectrice actuelle.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Première grande découverte littéraire….Enfant, l’album de La Pêche à la Baleine, de Prévert ; j’étais intriguée (et impressionnée!) par ces dessins, triste de l’histoire, mais toujours j’y revenais. Plus tard, LA révélation a été Les Dix Petits Nègres: mon premier policier (après les Alice et Fantômette, héhéhé). Il m’a tenu en haleine jusqu’au dernier mot, j’étais sonnée d’une telle construction, d’un tel génie ! Agatha Christie est la genèse des auteurs de polars!

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Sur Babelio, la grande découverte a été Ne Tirez Pas sur l’Oiseau Moqueur, de Harper Lee. Le côté prix Pulitzer m’impressionnait, j’y voyais un roman ennuyeux à mourir, sans fin….Je l’ai lu dans le cadre de mon premier Challenge Babelio (Variétés 2015), comme quoi y participer me permet de diversifier mes lectures et surmonter les a priori.

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Le livre que j’ai relu le plus souvent? Cendrillon, réclamée jour après jour par ma fille (lol) ! J’ai lu 2 fois l’Ecume des Jours. Par contre, la liste de ceux que j’ai un jour envie de relire est beaucoup plus longue (Les Dix Petits nègres, En attendant Bojangles, La mécanique du Cœur, etc…Je continue si vous voulez!) : Surtout des romans courts, dont je n’avais pas envie de quitter l’univers.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je n’ai pas honte de ne pas avoir lu les soi-disant incontournables, qualification très subjective au final. Pour certains, Musso par exemple est incontournable, alors que pour moi justement il est contournable! La vraie question serait plutôt pour quels livres vous êtes vous dit « et dire que j’aurai pu passer à côté de celui là, j’aurai vraiment loupé quelque chose! »

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

L’œuvre que j’ai choisie au Cimetière des Livres oubliés (CF L’Ombre du Vent): La Princesse Angine, de Roland Topor. Il m’est incompréhensible qu’il soit si méconnu: il est drôle, émouvant, très bien écrit, c’est un voyage, des histoires d’amour, de vie, une Pépite. Je reste persuadée qu’en mettant au programme scolaire ce type d’œuvres, les enfants/ adolescents prendraient davantage goût à la lecture qu’en étant obligés de lire de vieux Classiques (je parle d’expérience, cela ne fait que quelques mois que je suis prête à les lire!)

 

Tablette, liseuse ou papier ?

J’aime le papier, entrer dans une histoire, c’est aussi tactile et visuel, le choix du format qui me convient le mieux, l’épaisseur des pages…et plus simplement: j’adooooore entrer dans une librairie!!!! La tablette reste cependant pratique pour lire au lit avec la possibilité de lire blanc sur noir, de découvrir des œuvres interactives (par exemple); je lis sur tablette principalement des classiques du domaine public.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Pas de citation fétiche, il y a de très belles phrases dans beaucoup, je ne les note pas et toutes les retenir est juste impossible. Mais je sais qu’elles font leur chemin dans mon parcours de lectrice et de femme.

 

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Hier j’ai assisté pour la première fois à un spectacle de Zingaro (On achève bien les Anges); j’y ai acheté Bartabas, roman (J. Garcin): c’est le prochain que je vais lire, le spectacle m’a véritablement émue, Bartabas est quelqu’un d’unique et j’ai envie de l’approcher un peu plus. La curiosité me mène vers des univers que je ne connais pas, le mélange des arts est source de richesses.

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

J’ai du mal avec le mot « critique », un peu présomptueux! Pour moi, une critique n’est pas un résumé mais vraiment le ressenti du lecteur, les émotions que lui ont transmis le livre, ce que sa lecture lui a apporté. Et l’on sait que nos impressions diffèrent selon notre état d’esprit  au moment de la lecture. Il doit y avoir un mot, une phrase, qui me signifie: « rhooo, il faut que le le lise!!! ou « vraiment ça ne me tente pas, j’ai mieux à lire ».

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je me souviens de l’accueil particulièrement chaleureux des Babelnautes et d’une phrase (celle là je l’ai retenue!) : « Babelio est certes perfectible, mais c’est le meilleur site communautaire de lecteurs que j’ai trouvé! ». L’idée des pique nique est géniale, même si je regrette de ne pouvoir y participer.

 

 

Rendez-vous le mois prochain pour découvrir un nouveau lecteur de la communauté !

N’oubliez pas de nous faire signe si vous souhaitez participer:)

Découvrez le salon Paris se Livre

Babelio est partenaire de la 8ème édition du salon Paris se Livre. 

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Une librairie

Située au 56 ème étage de la Tour Montparnasse, Paris se Livre est un événement littéraire entièrement dédié à la capitale et à sa région. De nombreux écrivains, philosophes, dessinateurs ou artistes, français et étrangers, se sont penchés sur cette ville et ont en fait sinon un personnage à part entière, tout du moins un cadre pour leurs oeuvres.
Ce sont ces ouvrages, qu’il s’agisse de romans, de bandes dessinées, de catalogues d’expositions, des essais ou des guides, qui seront proposés au public entre deux vues sur la Capitale depuis les hauteurs de la tour.

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Cette année, le parrain n’est nul autre qu’Alain Rey : « Linguiste, lexicologue, philosophe du langage, homme de télévision et de radio, figure emblématique de la rédaction des Dictionnaires Le Robert, Alain Rey a publié de nombreux ouvrages sur la langue, la sémiotique et la littérature. »

Un lieu de débats

Des débats modérés par Mohamed Aissaoui du Figaro Littéraire auront également lieu avec Paris pour thématique commune . Il sera question de cafés, d’urbanisme, du Paris « coquin » mais aussi du Paris « révolté » avec de nombreux écrivains présents pour l’occasion.

Découvrez le programme des rencontres.

Un concours avec des livres à gagner !

A l’occasion de ce salon dont nous sommes partenaire, nous vous proposons un concours de listes avec, à la clef, les trois livres lauréats du Prix Tour Montparnasse à gagner (un roman ou un essai, un livre de beaux-arts et un ouvrage jeunesse). Ce sont deux lots de trois livres qui sont mis en jeu. les deux vainqueurs seront tirés au sort parmi les participants.

Les règles sont simples : créez une liste avec le hashtag #Parisselivre dans le titre et constituée de vos ouvrages préférés sur et autour de la ville de Paris. Il peut s’agir de fictions comme des ouvrages de non-fiction.

Fin du concours le vendredi 3 juin à 10h !

Le Prix Tour Montparnasse

Les livres à gagner pour notre concours seront les lauréats du Prix Tour Montparnasse. Ce sont en fait trois prix qui sont attribués : le premier récompense une fiction ou un essai, le second un livre classé dans la catégorie des Beaux-Art et le troisième un livre jeunesse. A votre avis, quels sont les livres qui vont, dans chacune de ces trois catégories, remporter le prix ?

Prix FICTION/ESSAI
« Dans la catégorie « Fiction/essai », le Prix Tour Montparnasse – Prix de la vie artistique parisienne cherche à promouvoir chaque année un ouvrage qui fera revivre une période, un lieu ou une actualité parisienne. En 2015, l’œuvre récompensée fut Paris intérieur, de Philippe Le Guillou publié chez Gallimard. »

« Victor Hugo vient de mourir » de Judith Perrignon, éditions L’Iconoclaste
« La Grande Arche » de Laurence Cossé, éditions Gallimard
« Le Dictionnaire amoureux » de Nicolas Estienne d’Orves, éditions Plon
« Au rendez-vous des Mariniers » de Frédéric Vitoux, éditions Fayard
« Mathias et la révolution » de Leslie Kaplan, éditions P.O.L
« Evangile pour un gueux » de Alexis Ragougneau, éditions Viviane Hamy

Prix BEAUX-ARTS
« Le quartier Montparnasse est idéal pour récompenser les ouvrages d’art car il a plus d’une fois fait rêver les artistes du monde entier et bien des amateurs d’art et collectionneurs. Les rues, les immeubles, les jardins, les cafés de Montparnasse sont la mémoire vivante des peintres, écrivains, poètes ou sculpteurs… qui ont immortalisé le quartier. En 2015, le prix fut attribué à François Schuiten et Benoît Peeters pour leur bande dessinée Revoir Paris, l’exposition aux éditions Casterman. »

« Albert Marquet, Peintre du temps suspendu« , éditions Paris Musées
« L’âme de Paris, Histoires d’une ville » de Marie-Hélène Westphalen, éditions Les Arènes
« Rodin intime, La villa des Brillants à Meudon » de Bénédicte Garnier, éditions du Chêne
« La Génération perdue, Des américains à Paris, 1917-1939 » de Vincent Bouvet, éditions Cohen&Cohen

Prix JEUNESSE
« Le jury du Prix Jeunesse récompense tout autant la créativité des thématiques choisies que l’originalité de l’écriture ou des illustrations. En 2015, ce prix avait été attribué à Ramona Badescu et Joëlle Jolivet pour À Paris, publié chez des Grandes Personnes. »

« Paris, ABC book » de Michel Bouvet, éditions Parigramme
« Paris, mes p’tites questions » de Stéphane Frattini et Aurélie Grand, éditions Milan
« Mister Poulet visite Paris » de Leigh Hobbs, éditions ABC Melody
« 750 ans à Paris » de Vincent Mahé, éditions Actes sud junior
« Monsieur Chocolat » de Bénédicte Rivière et Bruno Pilorget, éditions Rue du monde
« Mon poney de Paris » de Béatrice Fontanel et Sun Hsin-Yu, éditions ABC Melody
« Paris au fil du temps » de Jean-Michel Billioud et Simone Massoni, éditions Gallimard jeunesse

Vos critiques

Comme nous le faisons dorénavant pour de nombreux salons comme la Foire de Brive, le Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil, le Salon du Livre de Paris ou le festival Étonnants Voyageurs, nous proposons, lors du salon, de nombreux avis de lecteurs sur les stands des éditeurs.

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Et si jamais vous trouvez l’une de vos critiques sur le salon, n’hésitez pas à nous la partager sur les réseaux sociaux !

 Toutes les informations sur le salon Paris se Livre sont disponibles sur le site officiel.

Quand Babelio rencontre les éditions Galaade

Dans le cadre de notre dossier sur le festival Étonnants voyageurs, nous avons rencontré Emmanuelle Collas, fondatrice des éditions Galaade. Créée en 2005, la maison se veut comme la boîte à outils qui vous permettra de comprendre le monde. Entre le littéraire et le politique, entre le poétique et le politique, Emmanuelle Collas écarte les murs et passe les frontières entre les genres et les continents, à la recherche de toujours plus de matière à penser l’humanité.

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D’où vient le nom Galaade ?
Je voulais avant tout un nom qui ne soit pas le mien et qui soit ancré dans un temps très long. Le nom de Galaad est attesté pour la première fois dans le Pentateuque. Il s’agit également du nom d’une montagne aux confins de la Terre promise mais c’est aussi celui d’un chevalier de la Table ronde ; pas forcément le plus malin, mais c’est le fils de Lancelot, le fils de l’adultère, et c’est lui qui trouve le Graal. J’ai simplement rajouté le e du féminin en français.

C’est un mot qui raconte des histoires et c’est exactement ce que je souhaitais. Aujourd’hui Galaade est un catalogue ouvert sur le monde.

 

Galaade est une maison indépendante créée en 2005. Comment est-elle née ?

Mon projet de base était de dire le politique par le littéraire. Je ne suis pas éditeur, c’est mon catalogue qui me rend éditeur. En effet, je viens d’ailleurs, je suis historienne de formation et cela joue un grand rôle dans ma philosophie. Avec Galaade,  j’ai cherché à créer une sorte de boîte à outils éditoriale destinée à comprendre ce monde contemporain qui change à une vitesse incroyable. Je pense en effet que les seuls outils académiques ne permettent pas une analyse efficace des événements actuels sans un certain recul. La littérature et la poésie peuvent prendre le relais, c’est pourquoi j’ai commencé à publier des textes qui ouvrent les portes entre les langues et bousculent les frontières entre les cultures.

Hakan-Guenday-Encore-GalaadePrenons par exemple Encore d’Hakan Günday, un texte qui étudie la question des migrants. Cela faisait quelques années déjà que ce sujet m’intéressait. Cette notion de migrant est véritablement complexe, à n’en pas douter. Elle l’est tant, qu’elle a beau être au coeur des problématiques actuelles, personne ne sait qu’en faire. L’auteur, dans Encore, n’a pas cherché à dénoncer une politique particulière, il a choisi de directement s’attaquer au problème grâce à un texte très fort et surtout dénué de tout faux-semblant. Son texte est efficace à mes yeux car il y fait appel à l’âme humaine. Il cherche ainsi à nous faire comprendre la situation de ces personnes, comme vous et moi, qui du jour au lendemain se retrouvent à la rue, pour un voyage sans fin. Seule la littérature est capable de nous apporter ce type de regard : le livre nous permet d’en apprendre sur nous-mêmes, de nous ouvrir les yeux sur la réalité et laisser le lecteur libre d’en tirer les conclusions.

 

Cette maison c’est vous qui l’avez lancée. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

1009613-Drapeau_de_la_TurquieÉtudiante, j’ai fait le cursus littéraire classique : hypokhâgne, khâgne et concours. J’ai ensuite suivi le chemin de l’université en histoire, spécialisée dans l’Antiquité,  ce qui m’a conduit à devenir enseignante à l’Université de Haute-Alsace. Je n’avais absolument pas prévu ce parcours. Auparavant, j’avais exercé toutes sortes de métiers, du cinéma au théâtre en passant par la librairie. De par mon métier d’historienne, j’ai eu la chance de parcourir une bonne partie de l’Orient. Au cours de mes pérégrinations d’archéologue, j’ai également beaucoup voyagé en Turquie, dont j’ai appris la langue. Je me suis toujours sentie proche de cette culture. Avec les années, je me suis sentie enfermée dans un cadre académique qui ne correspondait plus à mes aspirations. C’est alors que j’ai décidé de me lancer dans l’aventure Galaade.

 

Vous êtes historienne de formation : pensez-vous que cela joue un rôle sur votre métier ?

Ma formation d’historienne marque jusqu’à la constitution de mon catalogue. Je travaille aujourd’hui avec des mots clés tels que identité, filiation, mémoire, crise, qui sont des concepts avec lesquels je travaillais déjà en tant qu’historienne de l’Antiquité. Je m’intéressais principalement à la période s’étendant du IIIe siècle avant notre ère, jusqu’au IIIe siècle de notre ère, et principalement sur la partie orientale de la Méditerranée. C’est une période qui a connu beaucoup de changements politique à l’époque ainsi qu’un fort changement des mentalités tout comme des institutions. Finalement, n’est-ce pas un peu ce qui se passe aujourd’hui ?

 

Votre catalogue laisse une large place à la littérature étrangère. Pourquoi ?

DIMITROVA-Nous-72dpiAvant tout, je tiens à préciser que je ne publie pas uniquement de la littérature étrangère ! On trouve des textes d’auteurs français ainsi que francophones dans mon catalogue, comme par exemple récemment Albena Dimitrova, un auteur originaire de Bulgarie et qui publie ses textes en français.

Les textes que je lis et qui comprennent le mieux à mes yeux cet environnement en pleine transition qu’est notre monde actuel, sont souvent les textes étrangers, mais ce n’est pas systématique. La réflexion passe selon moi aussi par le dialogue entre les langues et les cultures et c’est ce que j’essaye de provoquer au sein de mon catalogue.

 

Deux livres de littérature étrangère sont à paraître chez Galaade : Palestine: Journaux d’occupation et Topaz. Pouvez-vous nous en parler ?

SHEHADEH-Journaux-72dpiJ’ai rencontré Raja Shehadeh lors d’un déplacement à Jérusalem et ai immédiatement eu envie de publier son texte Naguère en Palestine.

Palestine est, comme son titre l’indique, un journal d’occupation quotidien. Sa réflexion est facilement applicable à d’autres pays puisque la question qu’il soulève est “comment vit-on sur une terre occupée depuis tant d’années ?” Aujourd’hui, il me semble que la question de la Palestine est reléguée tout au bout de la liste des problèmes politiques. J’ai publié il y a longtemps maintenant un ouvrage de Jean Daniel, le fondateur du Nouvel Observateur, qui écrivait sensiblement la même chose. Puisque rien n’a bougé depuis, j’ai décidé de remettre la question sur la table avec ce nouveau texte de Raja.

GUNDAY-Topaz-72dpiPour ce qui est de Topaz, de Hakan Günday, il s’agit d’un livre très drôle qui raconte l’histoire d’une arnaque. Il s’agit de son seul texte qui s’attaque directement au tourisme de masse. Le récit correspond à deux heures de négociation : nous sommes chez le plus gros vendeur d’Antalya, Topaz, qui va tout faire pour faire acheter des bijoux à des touristes en visite groupée. Vrais métaux ou non, l’important pour lui est de vendre au maximum et tout est prévu pour arnaquer le touriste. Le tout est de choisir la bonne victime… C’est drôle, écrit dans une langue particulière faite pour entourlouper encore plus les clients, que j’ai trouvé particulièrement intéressante.

 

Y a-t-il des langues que vous souhaiteriez ajouter à votre catalogue ?

Évidemment ! Je choisis les langues et les auteurs de mon catalogue en fonction de mes voyages et de mes rencontres. Galaade est le résultat d’une immense pérégrination, débutée il y a un peu plus de dix ans. Le hasard joue,  même si je pense que ça n’en est jamais véritablement un ! Il y a en tout une quinzaine de langues au sein de mon catalogue et cela ne manquera pas d’augmenter dans les années à venir. De plus j’essaye au maximum de lire en langue originale. En résumé, l’entrée d’une langue au catalogue de Galaade dépend véritablement de mon investissement personnel.  Je peux parfois me rendre sur place, aller à la rencontre avec des textes ou des auteurs dans leur milieu d’origine, ou bien d’autres fois je travaille directement avec des traducteurs lorsque je suis trop étrangère à la culture du pays. Mes choix éditoriaux sont presque des choix de vie.

Naqqash-SHLOMO-72dpiJe peux par exemple vous raconter l’histoire de Samir Naqqash. Je connaissais cet écrivain bien avant la naissance de Galaade. Malheureusement, j’ai mis plusieurs années à trouver les ayant droits de son ouvrage Shlomo le Kurde. Je rêvais de publier ce magnifique roman écrit en arabe par un auteur juif de Bagdad et exilé en Israël. Lorsque j’ai finalement obtenu les droits, c’était la toute première fois que cet auteur était publié en Occident. Après sa publication chez Galaade, il a été vendu aux États-Unis. C’est là aussi mon travail : aller chercher ce genre de textes et leur faire passer les frontières afin de les faire résonner avec les autres cultures.

 

Vous étiez au salon Livre Paris cette année et vous allez à Étonnants Voyageurs. Le salon constitue-t-il un élément indispensable dans votre démarche ?

 

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Cela fait effectivement plusieurs années que nous allons au Salon du livre de Paris ainsi qu’à Étonnants Voyageurs. Nous déplacer sur des salons est véritablement important car nous y sommes visibles mais surtout car ce genre de manifestations nous permet de montrer le fonds de notre catalogue, ce que nous avons très rarement l’occasion de faire. Les salons permettent également de rencontrer des gens curieux, à tous les niveaux de la chaîne du livre, des lecteurs aux autres éditeurs présents. Je profite d’ailleurs souvent de ces occasions pour tester mes accroches sur mes livres à paraître.

Livre Paris, cette année, m’a en revanche beaucoup déçue, je l’ai senti comme un véritable non-lieu. Avec autant de visiteurs, il pourrait y naître de belles synergies mais j’ai eu le sentiment que les dialogues avaient été interrompus dans l’œuf. La bonne émulation, la confrontation, l’échange.

Du point de vue de notre démarche, Galaade a choisi de suivre ses auteurs où ils vont. Nous sommes donc souvent présents dans les festivals. Nous sommes présents à la Foire du Livre de Bruxelles, Livre Paris ainsi qu’Etonnants Voyageurs. Cette année nous sommes allés jusqu’à Montréal ainsi qu’au Printemps Balkanique en Normandie. Nous allons beaucoup à la rencontre des libraires et c’est fondamental pour un éditeur. Pour l’auteur comme pour l’éditeur, ce sont des moments très importants.

 

Quand Babelio rencontre L’âme des peuples

En direct du salon Étonnants Voyageurs qui se déroule à Saint-Malo du 14 au 16 mai, nous avons posé quelques questions à Richard Werly, le directeur de la collection L’âme des peuples des éditions Nevicata. Son mot d’ordre ? Connaître les peuples pour mieux les comprendre. Fidèles compagnons de bourlingue à glisser dans la poche, ces petits ouvrages aux couleurs bigarrées n’ont pas fini de vous faire voyager.

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La collection L’âme des peuples fait partie de la maison Nevicata. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

51V75SqdoVL._SS500_Nevicata est une maison basée à Bruxelles depuis 2011 et possède un catalogue spécialisé dans le voyage depuis sa création. Elle fait d’ailleurs partie de l’Union des Editeurs de Voyage Indépendants (l’UEVI) aux côtés de maisons comme Magellan, Ginkgo ou encore Transboréales. Si le voyage constitue le cœur de sa ligne éditoriale, Nevicata laisse une place importante aux récits portant plus précisément sur la montagne. Cette dimension fait partie intégrante de son fondateur, Paul-Erik Mondron, qui entretien une véritable passion pour les hauteurs. Nevicata c’est un peu la culture des sommets en quelque sorte.

africaPlus globalement, le fondateur a très vite exprimé un fort intérêt pour la  non fiction dans son sens anglophone, à savoir les récits de voyage, les enquêtes au long-cours, souvent écrites par des journalistes. Le grand jeu de Peter Hopkirk, publié en 2011 chez Nevicata, illustre parfaitement la ligne éditoriale de la maison. L’ouvrage est celui d’un grand reporter qui retrace la lutte entre l’Empire britannique et la Russie qui a eu lieu au sujet des Indes. Je citerai également Africa de Richard Dowden, qui relate le parcours de son auteur sur le continent africain pendant trois décennies, de ses incidents à ses rencontres.

En termes de références, cette collection est pour moi la digne héritière de “Terre Humaine”, la collection des éditions Plon. Jean Malaurie, le fondateur et directeur de cette collection a d’ailleurs préfacé plusieurs ouvrages de chez Nevicata.

 

Plus précisément, comment est née L’âme des peuples ?
La devise de “L’âme des peuples” est  “Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre” ; elle s’intègre donc parfaitement dans le projet de Nevicata. A cette dimension globale s’ajoute une double rencontre, qui fut directement à l’origine de la création de cette collection. A l’époque, j’étais correspondant du journal suisse Le Temps à Bruxelles et ce depuis six ans. Mon travail consistait à courir l’Europe afin de réaliser des reportages et des interviews. J’ai, par le biais de mon travail, rencontré Paul-Erik Mondron et ai été immédiatement séduit par son approche. Parallèlement à notre entrevue, j’ai également fait la rencontre d’un journaliste qui s’exprimait à propos de la Belgique en soulignant qu’il serait impossible de la réformer sans comprendre son peuple au préalable. Bien sûr, rien de révolutionnaire à cette déclaration : pour comprendre, il faut connaître. Cet article a cependant bénéficié d’une certaine résonance en Belgique au moment de sa parution et c’est à ce moment que j’ai eu envie de porter ma pierre à l’édifice : il fallait créer une maison qui permettrait de mieux comprendre les peuples afin de pouvoir éventuellement en gérer les crises.  

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D’un point de vue purement littéraire, “L’âme des peuples” est la fille de deux collections que je considère comme mythiques bien qu’elles n’existent plus aujourd’hui : “Petite planète” publiée au Seuil à partir de 1952 et dirigée par Chris Marker, ainsi que “Monde” des éditions Autrement. Fort de ces deux filiations, il fallait trouver comment entretenir leur démarche tout en apportant une nouvelle dimension. C’est alors que j’ai eu l’idée d’un petit livre en version française mais rédigé par des auteurs locaux. Une sorte de version originale française.

 

Comment sont organisés ces ouvrages ?

Nos auteurs  sont des intimes du pays qu’ils traitent, et nous leur faisons entièrement confiance. Nous avons fait le choix de publier des livres dans un petit format parce qu’aujourd’hui je crois que les gens lisent plus vite et surtout un peu partout. Pour ces différentes raisons, il m’a semblé évident de proposer des ouvrages faciles à transporter et surtout rapides à lire. Parallèlement à ce constat, je suis persuadé que le gros guide de voyage tel qu’il existe depuis longtemps est en train de mourir. Internet permet de trouver toutes les informations fournies par ce genre de guide très facilement et son accessibilité est quasiment inégalable. Je ne voulais donc pas proposer quelque chose de déjà existant. Attention, je n’ai jamais eu l’intention de remplacer ces guides de voyage mais simplement de les accompagner, de les compléter avec des récits axés sur la culture du pays. Pour tenir compte de toutes ces nouvelles variables, j’ai finalement opté pour des petits ouvrages à lire le temps d’un trajet.

editions_nevicata_-_gr_ce_-_la_nouvelle_odyss_e_collection_l_me_des_peuples_Du point de vue de leur construction, ces derniers sont divisés en deux parties. La première moitié est toujours rédigée par un auteur français qui livre un portrait de l’âme du pays, au travers de sa culture dans son sens le plus large. Ces auteurs ont forcément une forte affinité géographique avec les pays qu’ils présentent. L’autre moitié des livres laisse la parole à plusieurs grands intellectuels locaux, souvent universitaires, qui confient leur propre lecture de leur pays suivant 3 thèmes : l’histoire, essentielle à la compréhension d’une culture à mes yeux, la sociologie ou toute autre forme d’étude du monde contemporain et enfin un dernier angle qui varie en fonction du pays choisi. En effet, il est impossible d’aborder l’Iran sans parler des femmes ou encore la Grèce sans parler de la crise. La thématique de cette dernière partie est laissée au choix de l’auteur et elle est souvent l’objet de débats !

 

Quel a été votre parcours professionnel ? Pouvez-vous nous parler de votre rôle d’éditeur sur les publications ?

J’ai toujours eu un pied dans la politique internationale. J’ai d’abord été journaliste en France pour des journaux tels que La Croix, La Vie, Télérama, Libération puis par la suite en Suisse pour Le Temps. J’étais par ailleurs régulièrement envoyé comme correspondant à l’étranger et principalement en Asie. J’ai ainsi vécu entre autres à Bangkok, Hong Kong, Tokyo. Je n’ai bien sûr pas voyagé dans tous les pays que présente “L’âme des peuples”, mais disons que j’ai une bonne connaissance de ces derniers.

dbe76610cefbc26f6161b73a537b6a1ff98efb51En tant que directeur de collection, mon travail consiste avant tout à trouver des auteurs et à les accompagner dans la démarche de publication. J’ai, pour ce faire, trois manières de procéder même si dans le meilleur des mondes, les auteurs viennent directement vers moi avec un projet en tête. Et cela arrive ! Je peux également me tourner vers les journalistes correspondants de presse à l’étranger, même si ça n’est pas mon vivier de plume favori. En effet, les journalistes sont déjà ceux qui prennent la parole pour s’exprimer à propos de leur pays dans les journaux. En contrepartie, pour ce qui est de leur capacité à écrire vite ainsi qu’à vulgariser, ce sont les meilleurs. Il faut donc savoir se tourner vers eux de temps en temps. Enfin, j’en appelle assez régulièrement appel à des expatriés du monde académique, souvent des universitaires ou bien des hommes d’affaires culturelles, ce qu’il s’est passé notamment pour avec ouvrage sur le Brésil.

 

Comment choisissez-vous les pays qui vont figurer dans votre catalogue ?

arton118789-300x418Mon catalogue se créé au gré de mes rencontres et cette dimension hasardeuse de ma démarche me semble importante. Bien sûr, il y a des pays auxquels on pense spontanément lorsque l’on prononce le mot “voyage” : la Chine, l’Europe, l’Inde etc.. Et puis il y a les autres pays, les destination de niche dont on entend plus rarement parler mais qui drainent derrière elles de véritables tribus de voyageurs. C’est par exemple le cas de l’Ethiopie, du Costa Rica ou du Nepal : ces destinations ne sont a priori pas grand public et c’est justement pour cela que nous avons un grand rôle à y jouer car ces pays ont une âme forte et passionnent des groupes de gens susceptibles de s’agrandir.

couv_bordeaux-bassedef-215x300Nous nous sommes rapidement tournés vers les villes ; Milan, Bruxelles, Vienne et Bordeaux pour le moment. De la même manière que les pays, les villes possèdent une âme propre et parfois plus qu’un pays entier et sont pour moi des bonnes façons de traiter de la réalité d’une nation. De plus, se concentrer sur l’histoire et la culture d’une ville permet de fournir du contenu différent de ce que l’on peut trouver dans la littérature d’un pays. Enfin, je crois que proposer des guides spécialisés dans les villes correspond peut-être un peu plus à la façon de voyager du touriste d’aujourd’hui. Nous avons par exemple beaucoup hésité à propos du Portugal, à faire un volume “Portugal” ou bien un volume “Lisbonne.” Nous avons finalement choisi Lisbonne, comme nous venons également de choisir Bruxelles pour ce qui est de la Belgique.

 

A qui exactement s’adresse votre catalogue ?

allemagne“L’âme des peuples” ne s’adresse pas à un seul public spécifique. Au Salon du livre par exemple, nous avons vu des gens acheter nos livres sans avoir prévu de voyager. Il n’y a pas besoin d’avoir de connaissances préalables pour apprécier nos publications, la seule qualité à posséder est la curiosité ! Les gros avantages que présente notre collection sont la taille ainsi que le prix des livres : 96 pages pour 9 euros : à ce prix, on peut laisser parler sa curiosité sans culpabiliser !  

Plus concrètement, notre public est selon moi divisé en quatre catégories : les étudiants qui doivent travailler sur un pays, les touristes ayant prévu un voyage ou tout simplement les curieux qui fréquentent déjà les éditeurs de voyage sans avoir de destinations précises en tête. Il ne faut également pas sous estimer la clientèle de gens qui font des cadeaux, elle est plus importante qu’on le croit. Dans tous les cas, ces lecteurs sont tous des voyageurs, qu’ils soient réels ou potentiels.

 

La construction du livre dépend du pays choisi. Comment cela s’est-il passé pour Cuba, par exemple, où la censure est encore de mise ?

japon.jpgJ’essaye de donner à la collection une orientation moderne en choisissant de jeunes auteurs. J’avais trois possibilités concernant Cuba : me tourner vers le vieux cubanologue, consulter des universitaires latino-américains ou au contraire aller chercher un jeune auteur possédant un regard neuf sur son pays. J’ai rencontré une jeune journaliste amoureuse d’un cubain et réalisant de facto de multiples séjours là bas. Basée à Paris, j’ai pu la rencontrer sur sa demande. J’ai beaucoup aimé son approche du pays dont on n’entend que trop souvent des choses très sombres. Elle m’a proposé son projet que j’ai accepté, tout en discutant avec elle afin de veiller à ce qu’elle n’ait pas un regard trop biaisé par sa propre expérience du pays. Nous avons beaucoup travaillé pour finalement sortir l’ouvrage tel qu’il est vendu aujourd’hui. Ce qui est intéressant avec les jeunes, c’est qu’ils ne s’attachent pas aux mêmes aspects que les anciens.  Ils ont par ailleurs des manières d’écrire différentes. Je crois que l’âme d’un peuple passe aussi par les jeunes générations et c’est pourquoi j’aime pouvoir leur laisser la parole pour parler de chez eux.

 

La France est-elle au programme de L’âme des peuples ?

Des-hauts-et-debacle

Nous allons devoir le faire, c’est évident ! La France est un incontournable du tourisme et je tiens personnellement à publier un livre dessus. En revanche comment faire ? Le mystère est encore complet. Devons-nous choisir un jeune auteur ou bien un écrivain confirmé comme Jean d’Ormesson ? Nous sommes actuellement en cours de réflexion chez Nevicata, cela fait partie de nos projets en cours, mais je n’ai pas encore tranché sur l’approche à choisir. J’hésite encore. La difficulté est que nous serons beaucoup jugés par les lecteurs avec cette publication qui les concernera directement ! J’ai évité ce biais en commençant par publier des livres sur des villes comme Bordeaux, ce qui est un peu plus facile. Je suis actuellement en train de réfléchir à des auteurs connus qui auraient envie de parler de leur pays, comme Michel Houellebecq ou encore Virginie Despentes, même si je ne les connais pas directement et que je ne leur en ai encore jamais parlé !

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Isabelle Artus

Ancienne journaliste chez Psychologie Magazine et actuellement directrice de la communication chez Guerlain, Isabelle Artus voue une certaine admiration au pays du soleil levant. C’est ce qu’elle démontre dans son tout premier roman, paru aux éditions Flammarion, La petite boutique japonaise, qu’une trentaine de lecteurs Babelio a eu la chance de découvrir le mardi 10 mai dernier dans les locaux de l’éditeur.

Elle, c’est Pamela, serveuse dans un restaurant japonais à Melun. Lui c’est Thad, breton amateur de kung-fu. Lorsque leurs chemins se croisent dans un magasin de bonsaïs, c’est l’amour fou. Si bien que lorsque Thad disparaît, Pamela n’hésite pas à s’embarquer pour le Japon afin de le retrouver.

 

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Travailler et écrire

Après 19 ans passés à rédiger des articles pour un magazine, on peut dire qu’Isabelle Artus n’est pas une écrivain débutante. D’ailleurs, cela fait plusieurs années que ses personnages existaient en elle : “J’ai porté ce livre en moi pendant très longtemps. Je l’écrivais uniquement pendant mon temps libre et je n’en avais que très peu. Comme vous vous en doutez, j’ai mis énormément de temps à l’écrire.” Loin d’être négatif, ce délais a au contraire permis à l’auteur de construire ses personnages avec soin : “Cette démarche lente m’a permis de véritablement cohabiter avec mes personnages. Rien n’était décidé à la base, j’ai vraiment voyagé avec eux. L’idée initiale que j’avais de mon roman a énormément évolué au fil du temps et du ressenti que je développais vis à vis d’eux, comme avec de vrais personnes. Je ne voulais surtout pas que mes lecteurs jugent mes personnages trop vite. J’avais peur qu’on les mette dans une case. Je n’aime pas du tout les cases.”  

 

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Devenir quelqu’un

Avant même l’intrigue de son roman, Isabelle Artus connaissait déjà ses personnages, qui constituent le point de départ de son écriture : “Le premier chapitre est sorti tel que vous le lisez, presque exactement. Pamela était là, dès le départ, portant le Japon en elle sans que j’y ai vraiment réfléchi.” Si elle a choisi cette jeune femme, c’est parce que l’écrivain s’intéresse depuis longtemps à la question de l’adolescence : “C’est un âge qui m’a toujours beaucoup intéressé car il s’agit de l’époque où l’on se cherche. Souvent, on se donne un genre pour essayer de devenir quelqu’un, on se rajoute des attributs visibles en pensant bêtement que cela va nous faire grandir. Je me souviens de ce rouge à lèvre nacré horrible que mes copines et moi nous mettions à l’époque…C’est dans cette démarche intérieure que se situe Pam au début du livre.”  

 

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Le livre de ma vie

Pamela, dans le roman d’Isabelle Artus, découvre sa passion pour les geishas suite à la lecture du roman d’Arthur Golden. Curieux, les lecteurs interrogent l’auteur sur sa propre relation au livre : “A l’adolescence, les livres peuvent devenir de véritables mythes fondateurs de notre personnalité. Souvent, il s’agit de grande littérature comme Belle du seigneur et autres. Ce genre d’ouvrage où, lorsqu’on l’ouvre, on se dit qu’il a été écrit pour nous. Pamela vit dans la fin des années 1990, où les référents culturels sont plutôt sombres et sa provocation adolescente va être d’en prendre le contre-pied.”  Plus généralement, Isabelle Artus avoue son admiration pour l’écrivain  Murakami et pas uniquement à cause de sa nationalité : ”J’adore son écriture car il parvient à flirter comme personne avec l’absurde, ainsi qu’à flouer la frontière entre le réel et l’imaginaire. Si je cite la ville de Sapporo dans mon ouvrage, c’est en référence à plusieurs de ses romans qui s’y déroulent. Il m’a beaucoup influencé dans mon écriture.”

 

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Spiritualité et meubles

D’où provient cet intérêt d’Isabelle Artus pour le pays du soleil levant ? La réponse est loin d’être prévisible : “ Deux influences importantes m’ont amené vers le Japon. La première est ma grand-mère. Elle était une personne très érudite et particulièrement portée sur la spiritualité asiatique. J’ai été imprégnée de cette culture depuis toute petite. L’autre influence, c’est celle de mon premier job. J’ai travaillé dans un entrepôt d’import-export à Pantin, spécialisé dans l’ameublement japonais. Pour ceux qui l’ignorent, leur ameublement est complètement différent de ce que l’on connaît en occident. Là bas, le rapport aux meubles est tout autre, du fait des séismes : les meubles sont faits pour tenir le choc, être récupérés et déplacés dans le nouveau logement. J’étais fascinée par ces constructions complexes et cela a continué d’entretenir ma fascination pour ce pays.”

 

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Fascination

Dans La petite boutique japonaise, le personnage de Pamela veut devenir geisha. Isabelle Artus explique ensuite à son public la raison de ce curieux choix : “ Les geishas m’ont toujours fascinées. La complexité de leur tenue, la souffrance nécessaire pour accéder à ce statut… Autrefois, elles faisaient partie intégrante de la culture japonaise mais aujourd’hui,il est plus difficile de faire perdurer ces traditions.” C’est justement l’intemporalité de leur condition qui interroge l’écrivain française : “ Tout bouge autour d’elles mais elles demeurent pourtant inchangées. De multiples rituels symboliques rythment leurs journées, elles vivent dans une codification extrême alors qu’aujourd’hui le monde prône la liberté totale, de geste comme de parole.” L’autre aspect qui intéresse Isabelle Artus, c’est la dimension de résistance qu’incarnent les geishas à l’heure actuelle : “Aujourd’hui, beaucoup de choses disparaissent, même au Japon, ça n’est pas un pays à la culture immuable. A la très grande vitesse du monde et à ses changements constants, les geishas répondent par une extrême lenteur et des gestes répétitifs. La liberté devient code stricte chez elles. J’y vois comme un acte de résistance. Elles opposent une apparente stabilité, au monde et à ses multiples changements.”

 

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Entre rêve et réalité

Provoquant la question que personne n’a pensé à poser à l’auteur jusque là, Isabelle Artus prend les devants, face à un public loin d’imaginer sa réponse : “Personne ne me pose la question, mais je ne suis jamais allée au Japon ! Dans mon livre, on trouve du très vrai ainsi que du très faux. La seule chose à savoir, est que j’estime avoir suffisamment travaillé mon sujet pour éviter que ce soit mon ignorance qui me fasse faire des erreurs. C’est donc consciemment que j’ai choisi de dire ou non la vérité.” Si aucun voyage en Asie n’a permis à l’écrivain d’obtenir des informations sur le pays du soleil levant, elle a en revanche effectué quelques recherches : “J’ai consulté plusieurs types de supports mais je n’ai jamais étudié tout cela d’un bloc. J’ai récolté des informations au fil de l’eau, sans me presser. J’ai d’ailleurs rencontré des geishas à Paris, grâce à des amis qui connaissaient mon intérêt pour leur communauté. J’en ai appris tout autant que si je m’étais rendu dans une maison de geisha, ce qui m’était de toute façon impossible.” La vision du pays que donne Isabelle Artus dans son ouvrage est donc la sienne, au travers des témoignages qu’elle en a reçu : “Je voulais que mes personnages soient lâchés dans un Japon fantasmé et qu’ils se cognent à leurs rêves. J’ai finalement confronté mes personnages à mon Japon. Enfin le leur…”

 

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Une histoire de retenue

Rire. Voilà ce que recherche Isabelle Artus lorsqu’elle s’adonne à l’écriture. En revanche, la recherche de l’humour, ne doit pas être factice explique ensuite l’écrivain à ses lecteurs : “Il est très facile de trop en faire. Je ne voulais surtout pas forcer ce trait et créer des situations factices simplement parce qu’elles m’amusaient. L’immense proximité que j’avais avec mes personnages m’a également permis de ne pas tomber dans cet excès comique, car je ne voulais surtout pas que les lecteurs rient à leurs dépends ! Cette remarque est hautement schizophrène, je parle d’eux comme s’ils existaient vraiment, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti.” C’est donc tout en retenue que l’écrivain a rédigé son manuscrit : “J’ai simplement intercalé quelques pointes d’humour dans mon texte, d’amusantes pirouettes comme la vie nous en offre au quotidien, mais rien de plus. J’ai supprimé beaucoup de scènes drôles de peur de trop en mettre. C’est un exercice vraiment périlleux.”

 

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Futur ?

Avant de conclure la rencontre, les lecteurs ont interrogé Isabelle Artus sur ses projets à venir. Cette première expérience d’écriture a visiblement séduit l’écrivain, qui malgré un emploi du temps bien chargé a décidé de renouveler l’expérience : “ Mon prochain livre comprendra beaucoup de personnages, car j’adore ça ! J’aime les gens et ce sont eux qui sont à l’origine de mes histoires. En revanche, si ce livre évoquera encore la notion d’identité, il sera complètement différent. J’ai choisi cette fois de raconter l’histoire d’un jeune homme à la personnalité dissonante après un réveil comateux lui ayant provoqué une amnésie partielle. Finalement, après le Japon, ma nouvelle Terra Incognita sera le cerveau humain !”

 

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Émue par cette toute première rencontre avec ses lecteurs, Isabelle Artus a tenu à les photographier avant de procéder à l’habituelle séance de dédicace, pendant laquelle elle a demandé à chacun ses avis et ressentis sur ses personnages.

Découvrez La petite boutique japonaise d’Isabelle Artus, publié aux éditions Flammarion.

Étonnants voyageurs comme si vous y étiez

 


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Pour la toute première fois, vivez le festival Étonnants voyageurs du 14 au 16 mai 2016, comme si vous y étiez.

L’édition 2016

Que peuvent les écrivains face au chaos du monde ? Voilà la question qui sous-tend l’édition de cette année. Face à un monde arabe en plein bouleversement, l’organisation du festival a décidé de laisser la place aux écrivains, poètes et cinéaste d’Orient pour faire entendre et donner à voir leur voix, par-delà les débats qui agitent notre monde occidental. Artistes du Maghreb, du Moyen-Orient, de Turquie et autres seront donc les invités clés pour cette année 2016. Mais pas seulement.

A l’autre extrémité du globe,  l’Amérique d’aujourd’hui est également célébrée à Saint Malo. Les 10 ans des éditions Gallmeister est une bonne occasion de fêter ces immenses terres d’Amérique, que le festival n’avait pas mis en avant depuis longtemps.

Cuba, enfin, avec son ouverture encore timide, occupe la troisième place de choix au sein de la programmation du festival, en invitant plusieurs écrivains de la jeune génération, qui accompagneront des auteurs venus de toute la Caraïbe. Bref, cette année, Étonnants voyageurs nous promet un voyage riche en sons et en couleurs.

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Côté auteurs, des plumes confirmées comme des nouvelles voix seront présentes pour des séances de dédicaces mais aussi pour des rencontres ou des conférences. Retrouvez notamment : Isabelle Autissier, François Bellec, Jean Birnbaum, Jean-Marie Blas de Roblès, Olivier Bleys, Olivier Bourdeaut, William Boyle, Roland Brival, Jean-Claude Carriere, Sorj Chalandon, Hervé Commère, Nicolas Delesalle, Mathias Enard, Caryl Ferey, Irving Finkel, Christian Garcin, Raphaël Glucksmann, Hakan Günday, Hubert Haddad, Nancy Huston, Alexis Jenni, Dany Laferriere, Lola Lafon, Gilles Lapouge, Wilfrid Lupano, Colum McCann, Diane Meur, Suzie Morgenstern, Makenzy Orcel, Leonardo Padura, Catherine Poulain, Yann Queffélec, Patrick Rambaud, Hubert Reeves, Boualem Sansal, Jon K. Stefansson, Lilian Thuram, Hyam Yared et plein d’autres encore.

 

Le programme complet des activités est à retrouver en intégralité ici.

 

«Tout bien considéré, il y a deux sortes d’hommes dans le monde: ceux qui restent chez eux, et les autres.»

Rudyard KIPLING

Babelio, un étonnant voyageur

Le voyage, de part sa dimension hautement romanesque, a toujours fait partie de Babelio. On le retrouve dans différents genres littéraires, du polar au récit d’aventures. Si le genre du récit de voyage est plutôt né du côté du réel, la frontière avec la fiction n’en est désormais plus une. Si les ouvrages traitant de voyage ne sont pas les plus médiatisés, pas loin de 8 500 livres sont référencés sur Babelio. Légitimes sur le sujet, nous avons décidé de nous rendre sur ce festival qui rassemble des auteurs venus du monde entier, pour traiter de sujets qui nous concernent tous.

 

 

Partenaire officiel du festival, Babelio s’invite pour la première fois pour cet étonnant voyage en bord de mer. Programmation en direct sur Twitter, animation de tables rondes thématiques et retranscription au jour le jour des animations du salon, cette année vous saurez tout sur le festival Étonnants Voyageurs.

Sur Twitter, vous pouvez suivre le @Babelio pour accéder au programme en direct des conférences ainsi qu’au live tweet de certaines d’entre elles.

L’article étant amené à s’enrichir au fil du festival, vous pouvez directement accéder à la partie qui vous intéresse grâce au sommaire :

Le festival au jour le jour

 

Samedi 14 mai

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Le wilderness, animé par Hubert Artus.

Auteurs présents autour de J. K. Stefansson, auteur de D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, Joseph Boyden, auteur de Dans le grand cercle du monde, Catherine Poulain, auteur du Grand marin et Mariusz Wilck, auteur de La maison du vagabond.

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Dans un premier temps, les auteurs ont été interrogés  sur leur démarche d’écriture, sur les motivations de cette prise d’écriture, pour chacun liée à leur besoin d’évasion, qu’ils soient voyageurs de terrain, ou non.

Catherine Poulain : « J’ai toujours eu besoin d’écrire, j’ai toujours tenu des carnets afin non seulement re pouvoir toujours trouver mon cap au beau milieu du chaos, mais surtout pouvoir conserver des souvenirs de mes aventures. Mon livre était en moi depuis très longtemps. J’écrivais beaucoup l’hiver, pendant mon temps libre, mais cet ouvrage, Le grand marin, est le seul qui a aboutit. J’ai voulu parler du monde physique, celui des éléments premiers, de la poussée, de l’urgence intérieure qui nous pousse à partir vers le sauvage et l’extrême. »

J.K.Stefansson : « J’ai vécu en Islande et j’ai connu cette pêche à Keflavik que j’évoque dans mon roman, voilà où tout simplement est né mon besoin d’écriture.  C’est le sujet de l’histoire qui choisit son auteur et pas le contraire comme certain le disent. Mon histoire est venue à moi sans que je le cherche vraiment. Quelquefois on vit des choses et on se dit qu’on va devoir les écrire, c’est comme un virus que l’on attrape, incontrôlable. Cette écriture qui en découle, c’est comme le traitement d’un virus, c’est une sorte de purge qui me permet finalement de transmettre ce virus à mes lecteurs. »

Mariusz Wilck : « J’écris en résumé et au contraire des autres, pour voyager. Je m’explique. Mon ouvrage traite de la différence entre le voyageurs et le vagabond. Le voyageur part de chez lui et après son voyage, rentre à la maison. Le vagabond au contraire, se créé des foyers au fil de ses pérégrinations, il est chez lui partout. Dans le roman, on peut vagabonder sans sortir de chez soi, c’est ce que j’ai fait, je suis un voyageur immobile. Mon fauteuil est comme mon cheval. Le fait d’écrire, c’est vagabonder, c’est une façon de voyager. Et lire, c’est parcourir le monde dans le sillage d’autres écrivains.  »

Joseph Boyden : « Je comprends parfaitement l’idée de virus qu’évoque Stefansson. Comme lui, je n’ai pas l’impression de choisir mes sujets, ce sont eux qui me choisissent. La dernière phrase de mon livre est « Le passé et le futur sont le présent » et j’ai dû écrire les 500 pages précédentes avant de pouvoir l’expliquer. J’en étais bien incapable, de cette conclusion, avant d’avoir écrit mon roman. Et je rejoins également Wilck dans le sens où j’ai eu une vie de vagabond avant de devenir un voyageur. Tout provient de mes origines indiennes et celtes, c’est dans notre tradition de peuples nomades, le passé est comme un animal sur notre épaule et il voyage avec nous vers le futur. »

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Les auteurs sont ensuite interrogés sur leur capacité à écrire le passé, à revenir sur ces événements qu’ils ont vécu afin de pouvoir les retranscrire par écrit.

Catherine Poulain :  » J’ai replongé dans le passé et mes personnages en sont sortis tout seuls, simplement car en moi ils m’empêchaient de vivre. Je devais redonner corps aux gens que j’avais vu, et évacuer tous mes souvenirs. »

J.K.Stefansson : « Le passé ne passe jamais. Pour moi c’est une illusion de dire qu’on peut séparer le temps en passé, présent et futur, car le passé et le présent sont une seule et même chose. Ce qui fait un fil continu entre les époques, c’est la vie humaine et cette dernière, dans les grandes lignes, ne change pas fondamentalement. Cependant, on traite les gens d’une façon différente en fonction des époques, et c’est très intéressant pour un auteur car ceci permet d’ouvrir de nouvelles portes dans l’écriture. »

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Enfin, les auteurs s’expriment sur ces grands espaces qui les ont inspirés.

Mariusz Wilck : « Les grands espaces sont pour moi la clé de l’écriture. Le grand nord, je l’entends comme un vide, il n’y a aucune trace de civilisation humaine là bas. L’homme vit directement avec la nature dans cet espace et la nature évolue selon des cycles qui se répètent à l’infini. Les notions de temporalité là bas ne sont donc forcément pas du tout les mêmes qu’ici. Pour se repérer dans le grand nord, il faut s’y dissoudre, s’y répandre, c’est la seule façon pour l’apprivoiser. »

Catherine Poulain : « L’Alaska est appelée l’ultime frontière, car c’est l’endroit où tout est possible, on peut tout y recommencer ou y mourir. Dans l’imaginaire de beaucoup de peuples, c’est un endroit sauvage, fort et puissant et selon moi cela vient de sa lumière, qui est en constante oscillation entre la pleine nuit et le plein jour. Elle est toujours en mouvement. D’ailleurs, les grecs l’appelaient le pays de la lumière. La lumière court sans cesse et c’est fascinant, magnifique et symbolique. »

J.K. Stefansson : « Ce contraste total entre nuit et jour que l’on connaît aussi en Islande est selon moi ce qui a forgé le caractère des peuples du nord. En ce moment il faut jour tout le temps, et il n’y a dès lors aucun endroit pour se cacher. En hiver au contraire, nous avons l’impression d’être invisibles au monde et c’est pour moi, écrivain, la meilleure période de l’année. »

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Rencontre avec Susie Morgenstern – 17h45

A l’occasion de la sortie de deux ouvrages, Mr Gershwin, un livre audio interprété par l’auteur elle-même, dont les passages textuels sont entrecoupés par des extraits musicaux, et Le grand roman de ma petite vie, nous avons assisté à la rencontre avec Susie Morgenstern, qui, malgré sa centaine de livres publiés, respire toujours autant l’enthousiasme et la joie de vivre. Rencontre musicale avec cette dame bonheur, en lunettes roses et robe à fleurs, à l’accent anglais savoureux.

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« Vous voyez, les auteurs jeunesse ne sont pas toujours jeunes ! » commence-t-elle par déclarer en guise d’introduction à cette rencontre. Je voudrais tout d’abord vous parler de mon dernier album, sur Gershwin. J’ai choisi de m’intéresser à cette figure suite à une demande de mon éditrice chez Didier Jeunesse. Elle m’a proposé le projet et j’ai trouvé l’idée absolument géniale. J’ai grandit avec la musique de cet artiste, j’étais véritablement heureuse de cette commande. J’aime beaucoup les commandes car elles t’emmènent souvent vers des endroits où tu ne serais pas allée de toi-même. De plus, comme lui, je suis moi-même une américaine à Paris ! Pendant des mois pour me préparer, j’ai écouté sa musique toute la journée. C’est très facile désormais avec You Tube de tout entendre d’un artiste. J’écoutais tout, je regardais ses films avec Fred Astair, je dansais, je chantais toute la journée. Je nageais dans le bonheur tout en étant à la fois tourmentée. Je me demandais chaque jour comment j’allais m’y prendre pour écrire quelque chose de nouveau sur lui.   Cet homme a eu une immense et complexe vie en seulement 38 ans. C’était un projet ambitieux ! Et puis un jour, j’ai eu le déclic. J’ai décidé de faire parler son piano. L’idée était trouvée, j’ai alors pu me lancer.

Gershwin était l’homme piano par excellence. Il pouvait jouer 24 heures durant. Quand il s’est assis pour la première fois sur le tabouret de son piano, il savait déjà jouer, il avait ça dans le sang ! C’est une histoire véridique ! Il connaissait une véritable symbiose avec son frère Ira, qui écrivait les paroles des chansons pendant que George composait la musique. Chaque soir avant d’aller dormir, George disait « Goodnight Mr Words » à son frère qui lui répondait « Goddnight Mr Music ». George Gershwin est d’ailleurs mort sur son piano, à 38 and, emporté par une tumeur au cerveau. Le piano était le seul endroit où il parvenait à contrôler son esprit bouillonnant et à faire preuve de patience.

Le talent et l’originalité de Gershwin est qu’il  faisait entrer la ville dans sa musique. Il utilise les klaxons des taxis parisiens dans Un américain à Paris. Il a selon moi totalement ouvert la voix vers les comédies comme West Side Story. C’est véritablement mon idole. De Billie Holliday à Amy Whinehouse, tout le monde l’a chanté, il est un compositeur intemporel. Il savait concilier tout le monde, il savait croiser le jazz de Harlem avec la vitesse des blancs et les rythmes des communautés noires. Il faisait entrer le monde dans sa musique et c’est pour cela qu’elle est unique.

J’avais un très gros trac pour l’enregistrement, j’ai dû prendre des cours de diction pour pouvoir le lire. Je ressentais une pression énorme. Et puis lorsque j’ai commencé à lire, j’ai vu toute la régie rigoler. Je pensais être mauvaise et finalement cela a glissé tout seul. C’était une expérience très riche.

Concernant Le grand roman de ma petite vie, il est né le jour où je me suis demandé si je devais me laver les cheveux le jour même ou non. Je me suis dit au cours de la journée qui a suivi que la vie est finalement une suite de décisions, et c’est ainsi que j’ai décidé d’écrire un roman sur le choix. Le bonheur de ce livre est qu’il est illustré par la grande Albertine, qui a de très nombreuses fois refusé d’illustrer mes albums, les trouvant souvent trop « cucus » ou moralisateurs. Elle a beaucoup d’audace, de la finesse et de l’élégance, et c’est ce que j’aime chez elle. Je trouve que son travail ne ressemble à aucun autre. C’était vraiment comme un rêve de travailler avec elle.

Le roman parle aussi de l’écriture et c’est un sujet qui m’intéresse dans le sens où je voudrais que tout le monde écrive. Je voudrais partager ce plaisir avec un maximum de personnes ! J’anime des ateliers dans des maisons de repos et j’adore demander aux femmes de me raconter par écrits des moments marquants de leur jeunesse. Cela les rends jeunes à nouveau ! »

Découvrez Le grand roman de ma petite vie et Mr Gershwin de Susie Morgenstern.
Dimanche 15 mai

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Frontières – 10h45  avec Velibor Colic, l’auteur de Manuel d’exil, Ciler Ilhan, auteur de L’Exil et Olivier Weber, auteur de Frontières.

Qu’est ce qu’une frontière ? Sont-elles toujours physiques ? Voilà la question autour de laquelle ont réfléchi les auteurs invités autour de la table ce dimanche. Dans un premier temps, les auteurs ont cherché à donner leur propre définition de la frontière.

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Olivier Weber  : « La frontière sépare, voilà son rôle essentiel. Mais séparer sous-entend respecter l’autre, lui laisser une place propre, l’identifier par rapport à nous et donc s’identifier soi-même. On nous parle beaucoup de mondialisation, on parle de village monde, mais il n’a jamais existé autant de frontières qu’aujourd’hui. Nietzsche, Freud, Cervantès, beaucoup d’auteurs évoquent plus ou moins directement cette notion et c’est de cette littérature que mon œuvre est nourrie. Mais ces frontières ne sont pas toujours géographiques. Au nord-est de l’Australie par exemple, les tribus déterminent leur espace grâce au chant. Par ailleurs, certaines frontières marquent un décalage économique énorme alors qu’elles ne sont pas forcément matériellement imposantes. Je pense à celle entre le Surinam et la Guyane française. Elle est matérialisée par un fleuve. Je m’y suis positionné et j’ai vu tout le trafic que cette frontière créé : or, cocaïne, hommes, et tout ceci alors que le fleuve se traverse très facilement. Cette frontière est simplement un marquage économique. C’est très hypocrite je trouve. »

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Velibor Colic : « Je viens d’un pays qui a été assassiné. Dans les Balkans, les frontières sont comme des blessures. Autour de mon village, on trouve désormais 5 ou 6 frontières dessinées par les chars et les canons. Quand j’entends ce mot « frontière », je sursaute et je cherche des yeux les assaillants Serbes. »

Ciler Ilhan : « La frontière s’apparente pour moi à un exil, souvent psychologique, à une douleur intérieure. L’exil n’a pas toujours à voir avec le monde physique car tu peux très bien te trouver en Syrie et pourtant être en exil avec ton âme. Lorsque j’ai commencé à écrire, je savais que je parlerai d’âmes qui lutteraient contre cet exil intérieur, qu’elles se battraient pour pouvoir continuer à s’exprimer. Je viens de Turquie et c’est peut-être cliché mais on se pose la question chaque jour. Mon père ne voulait pas que je mène une carrière dite artistique d’écrivain, cela devait rester un loisir. En tentant dans un premier temps de respecter sa décision, je me suis sentie en exil avec moi-même. »

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Ensuite, les auteurs ont évoqué les conséquences de ces frontières, ces exils, sur la nature humaine et sa perception par les autres.

Ciler Ilhan : « Nous avons tous du mauvais et du bon en nous. C’est le fait de grandir qui nous forme et nous oriente vers l’un où l’autre. Pour moi, un meurtrier est aussi une victime car il souffre lui-même beaucoup. Ma fille a 6 ans et si je la traite de façon injuste au quotidien, elle pourrait devenir quelqu’un d’autre. Le monde est par là très ambiguë, rien n’est tout noir ou blanc. »

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Velibor Colic : « Avec mon livre, Manuel d’exil, j’ai cherché à retrouver l’humain dans les réfugiés. Lorsque je suis arrivé en France, Sarajevo était le sujet du JT chaque jour et j’entendais les journalistes évoquer des nombres de victimes au quotidien. Ces dernières n’étaient plus que des chiffres, complètement détachées de toute humanité. Je voulais rendre leurs noms et leurs visages à toutes ces victimes. Dans mon ouvrage, j’ai pris la plume pour rendre hommage finalement aux Russes, aux Tsiganes qui souffrent chaque jour sans que l’on mesure réellement la réalité de leur situation. Aujourd’hui en Europe, on a peur du migrant, mais ça n’est rien par rapport à la peur du migrant lorsqu’il arrive en terre étrangère. Nous sommes de petits animaux égarés. Chaque personne que l’on croise en arrivant a tellement de pouvoir sur nous que nous sommes effrayés, nous qui n’avons pas de papier. Finalement, pour vous, nous n’existons pas. Il ne faut pas oublier ceci lorsque l’on évoque les migrants. »

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Le pouvoir de la musique – 14h30 – Rencontre Babelio

Avec  Renaud DILLIES et Franck SYLVESTRE dans la Maison du Québec.

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Ecrivains, oui, mais parfois également musiciens ! Aujourd’hui, ces deux auteurs ont été interrogés sur leur rapport à la musique et sur la place qu’occupe cette dernière au sein de leur écriture.

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Chez Renaud Dillies, on a toujours écouté de la musique : du jazz pour son père et de la musique classique pour sa mère. Son grand-père l’a ensuite introduit au jazz et au swing. Si bien qu’à l’âge de 10 ans, le jeune homme possédait déjà une grande culture musicale. De son côté, Franck Sylvestre joue de la batterie ainsi que de la guitare, et il est loin d’être le seul musicien de la famille puisque chaque Sylvestre pratique un instrument. La musique, il y a consacré ses études. Les percussions, le chant, ont toujours fait partie de son paysage, et notamment le tambour, qui occupe une place très importante dans son cœur.

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Concernant leur positionnement, écrivains ou musiciens, les deux hommes n’ont pas la même vision des choses. Renaud Dillies explique avoir eu la double casquette pendant longtemps mais avoir choisi de l’abandonner pour se consacrer à l’écriture. En effet, la musique exige de nombreux déplacements et un rythme de vie qui ne convient plus au père de famille : « Désormais, on fait jouer les personnages de nos histoires à notre place. » La musique est désormais sa deuxième passion. Pour Franck Sylvestre, la musique n’est pas intrinsèquement liée à l’écriture, il lui fait appel pour certains albums, parfois il la pratique seule, quelquefois elle tient la place centrale de ses histoires, mais pas toujours.

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Renaud Dillies évoque son album Betty Blues, le premier album qu’il a consacré à la musique. Il explique avoir connu beaucoup de difficultés à faire accepter son projet, cette histoire d’un canard musicien, sans que cet album ne contienne de bande son. Pour l’auteur, il n’y a pas toujours besoin de faire entendre la musique pour en faire ressentir l’émotion et pour partager l’excitation du musicien. Pour renforcer le réalisme de son histoire et contrer l’absence de musique dans son album, l’auteur a choisi de raconter une histoire personnelle car pour lui, si quelque chose le touche, il n’y a aucune raison qu’il ne touche pas les autres. En d’autres termes, l’authenticité des dires assure d’une certaine manière la bonne circulation de son message auprès du public.

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Franck Sylvestre utilise de son côté la musique pour embarquer son lecteur dans ses histoires, leur permettre de s’évader plus facilement. Pour lui, la musique a cette capacité car elle ne triche pas, quelque soit sa nature. Pour lui, la musique n’est pas sa source d’inspiration. Les histoires lui viennent en marchant ou en travaillant, mais pas en écoutant de chanson. En revanche, ses compositions musicales lui viennent en écoutant de la musique. Il explique être très attaché aux couleurs antillaises et à leur façon de mettre les contes en musique. Dans la culture populaire de son pays d’origine, les contes étaient subversifs, ils permettaient de faire passer des messages cachés. Pour lui, le conte pour les antillais est un peu le blues des américains.

 

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De son côté Renaud Dillies écoute systématiquement de la musique lorsqu’il écrit et précise qu’il écoute de tout, étant particulièrement féru de découvertes. Chaque musique est pour lui associée à une ou plusieurs images, comme si cette dernière lui dictait des paysages, des souvenirs : « C’est la magie de la musique de créer un instantané. C’est un peu ma madeleine de Proust. »

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Lorsqu’il conte en musique, Franck Sylvestre ne pense à rien. C’est pour lui un état proche de la transe, une forme presque incantatoire, exactement ce que l’on reprochait au lues lorsqu’il est arrivé et qu’il a fait se lever les gens qui l’écoutaient, au lieu de rester assis comme cela se faisait jusque là. Ce goût du conte et de la prestation musicale ne viennent pas de nulle part. Avant de se consacrer à l’écriture, Franck Sylvestre était comédien au sein d’une troupe. Un jour avec son associé, il découvre un livre de contes africains. Dragons et magie, il se laisse emporter par ces histoires incroyables et décide de les monter pour les présenter à Montréal, où se jouait à l’époque, un véritable renouveau du conte : « Il m’a suffit d’essayer une fois et j’ai compris que c’était ça. Finalement on passe des années à se chercher et d’un coup, lorsqu’on trouve notre place, cela nous semble évident. Pour moi, c’était le conte musical. » Après les contes africains, Franck Sylvestre a découvert Patrick Chamoiseau qu’il a littéralement adoré. Alors qu’il découvre ses premiers ouvrages, il se retrouve quelques semaines plus tard dans son bureau en Martinique et lui propose de mettre en scène son premier ouvrage, une histoire sur son pays.  C’est grâce à Patrick Chamoiseau que Franck Sylvestre, au travers de ses contes, a pu mieux comprendre ses origines et sa famille : « Grâce à lui j’ai découvert les expressions de mon propre langage et la sévérité de ma mère. Du temps des esclaves, au moment de la naissance, une fois l’enfant posé sur le torse de sa mère, on laissait le choix aux femmes de garder ou bien de mettre fin aux jours de cet enfant, pour lui éviter une vie d’esclave. On laissait la femme seule, et lorsque l’on rentrait à nouveau, l’enfant était parfois mort. Ce genre de poids s’est inscrit dans les gènes des femmes de la Martinique, et je comprends désormais mieux ma propre mère. »

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Du côté de leurs inspirations, Renaud Dillies explique se nourrir d’absolument tout, du roman à la poésie et ne se prive surtout de rien. Pour lui, toute forme d’expression est bonne à prendre. Pour écrire Betty Blues, l’auteur s’est inspiré pour la méthode d’une improvisation de jazz, il a écrit sans structure, sans plan. Cet album, c’est un cri de colère qui est sorti de lui tout seul : « Je ne savais pas où j’allais mais je savais ce que je voulais dire. »

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Concernant le travail d’écriture, les deux auteurs en ont une vision bien différente. Alors que Renaud Dillies, malgré sa double casquette de scénariste et d’illustrateur, préfère le travail collaboratif, comme sur son dernier diptyque, Abélard . Cependant, il faut parfois savoir se retrouver. Finalement, la formule magique est de pouvoir faire les deux. Franck Sylvestre, lui, préfère le travail en solitaire. Pour lui, la collaboration risque de détourner un auteur de son idée de départ et l’écriture solitaire permet au contraire de se rencontrer soi-même et de mieux se connaître.

Lundi 16 mai

Mes Amériques – 11h15

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On avait tous le regard tourné vers l’Ouest dans la chapelle de l’École nationale de la Marine marchande de Saint-Malo. C’est en effet sur leur vision de l’Amérique, sur leur Amérique intérieure, qu’ont été interrogés les auteurs réunis autour de l’animatrice du débat Sandrine Brugot-Maillard : Wilfrid Lupano, prolifique scénariste de bandes dessinées telles que Un océan d’amour et  L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu  ; Régis Hautière lui aussi scénariste de bandes dessinées, auteur notamment d’Abélard et d’Alvin, deux diptyques situés dans le même univers réalisés en compagnie de Renaud Dillies également présent à cette conférence ; Pierre Dubois, autre représentant du 9 ème art, présent pour parler notamment de son western Sykes ; et enfin l’écrivain américain Reif Larsen venu pour évoquer son rapport aux Etats-Unis, un pays traversé d’Ouest en Est par les personnages de son célèbre roman L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet (adapté il y a quelques années au cinéma par Jean-Pierre Jeunet).
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Dans Abélard, le personnage principal quitte son Europe pour rejoindre les Etats-Unis. L’Amérique est-elle pour son auteur Régis Hautière, la terre de tous les possibles ? Pour le scénariste qui met en scène des migrants des années 1930 qui quittent Europe du centre pour l’Amérique du Nord, ce pays représentait bien un lieu de fascination. L’auteur et le scénariste Renaud Dillies ont ainsi représenté les Etats-Unis comme « une parabole de toutes les envies d’USA ». Régis Hautière et Renaud Dillies insistent sur le fait qu’ils n’ont à aucun moment voulu rendre cette Amérique réaliste. D’ailleurs Renaud Dillies a vu très peu de photos de New-York ou du Bayou pour représenter ces endroits dans la bande dessinée : « Il y a un côté facile que je voulais éviter. Avec mes dessins, je suis de toute façon plus dans l’ « impression » que dans la « représentation ».

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Renaud Dillies précise qu’il ne s’est jamais rendu ni à New-York ni dans le bayou qui est au cœur du second diptyque Alvin : « Je voulais garder la mythologie dont on parle. Je voulais en faire comme une boite « nostalgique, avec tous les rêves de notre enfance. Pour la majorité des Européens, l’Amérique est une construction, pas une réalité.»  Régis Hautière abonde en son sens : « on connait tous New-York sans y être forcément allé. D’ailleurs lors de la première visite dans New-York, on a souvent l’impression d’arriver dans une ville familière. »

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Renaud Dillies et Régis Hautière font remarquer que l’«on est, dans le récit d’Abélard, du côté de la fable. C’est sur cette représentation de l’Amérique pour les migrants des années 1930 que nous voulions jouer, pas sur la réalité de l’Amérique » même si, de fait, quand les personnages arrivent à New-York, ils déchantent assez vite.

On retrouve ainsi un personnage particulièrement nocif et pourtant très influent dans l’histoire d’Alvin : un certain prédicateur. Un moyen de brocarder une Amérique par trop religieuse ? Pour le scénariste, ce personnage était un moyen de parler de la religion, de l’intolérance : « C’est aussi une vision qu’on a des Etats-Unis : celle d’un pays fortement marqué par la religion. Ce que dit ce personnage n’a aucun sens, ses citations issues de la Bible sont toutes mélangées et ne veulent absolument rien dire. Pourtant, il les dit avec assez de conviction pour séduire les foules.»

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Lupano se retrouve dans les propos de son confrère scénariste. Il parle des Eglises américaines comme des « armes de destruction massives ». Pour Lupano, « Les Églises ont été en charge aux USA d’acculturer les indiens, en enlevant les enfants ». Si Lupano s’intéresse au mythe de l’Ouest Américain dans L’homme qui n’aimait pas les armes à feu, il est lucide sur certains aspects de la culture nord-américaine. Il a ainsi voulu s’interroger sur cette étonnante fascination pour les armes à feu dans un pays civilisé comme les Etats-Unis, une fascination développée notamment à travers les westerns qui ont abreuvé les salles de cinéma européennes après la Seconde Guerre mondiale –c’était l’une des clauses du plan Marshall- et qui est donc presque universellement acceptée aujourd’hui : « nourris par le cinema, on part tous du principe que dans le western tout se règle à l’arme à feu. On a oublié que le justicier qui règle tout avec son flingue, ce n’est pas forcément naturel ».

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Avec l’homme qui n’aimait pas les armes à feu,  « l’histoire commence par un western le plus crapuleux possible pour en venir à une réflexion sur l’utilisation des armes à feu, sur la figure du justicier solitaire. S’il y a armes à feu dans mes bandes dessinées, alors que personnellement je déteste ça, s’il y a des coups de feu, ces derniers ne sont jamais gratuits. Derrière, il y a toujours un drame ». Le deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis, celui qui autorise les citoyens à porter des armes, de très loin le moins bien ficelé de la Constitution, est ainsi au cœur du récit.

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Ce thème des armes à feu est également l’une des interrogations de Reif Larsen dans L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet : « L’arme à feu m’intéressais d’un point de vue idéologique et mythique ». Pour lui, l’amour des armes à feu est le problème numéro 1 des Etats-Unis actuellement. Ce n’est cependant pas le seul élément qui intéressait Reif Larsen dans son roman puisque c’est autour de l’ensemble des mythes américains qu’il voulait construire son histoire, des mythes qui passionnent les Européens : « Je pensais que c’était une histoire purement américaine et qu’elle n’intéresserait que les Américains mais en fait je me suis rendu compte que l’idée de l’ouest est plus forte pour les Européens que pour les Américains.»

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A travers son récit, Reif Larsen a souhaité s’interroger sur l’idée de l’espace et des frontières aux Etats-Unis : « Il y a trois espaces dans mon livre, l’Ouest sauvage tel qu’on se l’imagine et qui est une terre mythique avec tous avec ses hobos et ses hors-la-loi ;  le Middle West qui représente une sorte de purgatoire et l’Est qui est la terre des intellectuels. C’est là que se situe Washington où les décisions sont prises. Dans mon roman, au lieu de faire le chemin Est-Ouest, qui est celui de la conquête de l’Ouest et donc de la création des Etats-Unis, j’ai opté pour le chemin inverse. Mes personnages quittent l’Ouest pour rejoindre Washington »

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Sur ces figures de l’Ouest, Reif Larsen précise : « Il y a deux archétypes de l’Ouest qui m’intéressaient : les hobos et les cow-boys d’un côté, et le scientifique comme le cartographe. J’ai voulu m’approprier l’ouest à travers ces deux personnages rivaux. Je voulais jouer sur la tension qui existe entre eux deux. » Cette figure très américaine du « hobo » représente-t-elle pour l’auteur américain un symbole de la liberté ? «  Disons qu’il est à la fois libre et prisonnier. C’est un peu comme le train dans lequel le hobo voyage : il est synonyme de liberté dans le sens où il s’agit d’un moyen de locomotion qui nous permet de voyager, de partir et même de partir assez loin mais d’un autre côté, on reste prisonnier, sur des rails, dans un espace restreint. »

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Reif Larsen revient également sur cette idée de frontière très présente dans son récit : « la Frontière, c’est la première idée historique de l’Amérique ; dès la formulation de l’idée de « frontière », il y a l’idée qu’elle a déjà disparue ».

C’est sur ce thème de la frontière que rebondit Pierre Dubois qui met en scène un cow-boy dans sa BD Sykes : « la frontière, dans l’enfance, c’est celle du pays imaginaire, l’autre côté du miroir ; tout se mélange dans un imaginaire d’enfant, cow-boys et chevaliers. Sykes, par exemple, c’est une sorte de capitaine Achab à cheval, rattrapé par un monde qui change, comme dans les films de Peckinpah.  »

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Ce goût pour les mélanges que l’on retrouve dans son oeuvre, Pierre Dubois l’a depuis l’enfance : « Quand j’étais enfant, il y avait les affiches de cinéma, peintes, dessinées. Je passais devant ce livre d’images : il y avait Ivanhoé, des histoires de cow-boy, de pirates. Je mélangeais tout. J’affranchissais la frontière. »

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Pierre Dubois en profite pour rebondir sur la question des armes à feu évoquée par Lupano : « mon personnage n’est pas sympathique. Il est assez clair qu’il ne sortira pas de cette violence, que celle-ci le rattrapera immanquablement. C’est un western assez pessimiste. Cette BD, c’est d’une certaine façon Achab qui ne sauve pas Ismaël car ils sont rattrapés par la violence du monde. La question du mythe du justicier solitaire soulevée par Lupano est intéressante. Pour moi, dès qu’un personnage se venge, il est condamné.»

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Si les débats se terminent après un peu plus d’une heure, on sent que les auteurs auraient aimé poursuivre leur discussion et confronter leurs visions d’une Amérique qu’ils savent tous parfaitement mettre en scène dans leurs bandes dessinées et leurs romans. S’il ne s’agit peut-être pas de la terre de tous les possibles, il s’agit bien de la terre de tous les récits imaginables.

Voyageurs immobiles – 14h00 – Rencontre Babelio

Avec Gilles LAPOUGE, Bernard OLLIVIER , Alexis JENNI , Gaële DE LA BROSSE et Bruno DOUCET.

Si le festival permet aux visiteurs de rencontrer des aventuriers ayant visité pôles et déserts, d’autres ayant escaladé les monts les plus hauts et plongé dans les fosses les plus abyssales, il permet également de rencontrer des voyageurs de pensées, des « voyageurs immobiles » comme les a nommé Anne Bécel, la directrice de l’ouvrage L’invention du voyage, auquel tous les invités à cette conférence ont participé.

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Cet ouvrage prend le contre-pied des guides touristiques en proposant une approche davantage spirituelle du voyage et de l’itinérance, permettant à chacun d’adopter l’état d’esprit du voyageur au quotidien. Celui qui parvient à garder le regard du visiteur au jour le jour, à faire rentrer le voyage dans sa routine, Anne Bécel l’appelle « le voyageur immobile ». L’ouvrage est né dans l’esprit de l’écrivain lors de son dernier voyage au long cours et de sa rencontre avec un peuple nomade d’Asie. Lorsqu’elle a étudié la vie de cette tribu, elle a noté les signes d’une sédentarisation. C’est alors qu’elle s’est demandé si l’esprit nomade pouvait être conservé malgré cette progressive sédentarisation. C’est ainsi qu’est né l’ouvrage L’invention du voyage.

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Quelle est donc la première étape pour devenir un voyageur ? Selon Gilles Lapouge, il convient de savoir se perdre et c’est exactement pour cette raison que les véritables voyageurs sont aujourd’hui, à ses yeux, morts. Se perdre, il le fait constamment mais surtout volontairement. L’écrivain précise par exemple toujours se perdre dans son village d’enfance, à 70 ans passés. Perdu, Gille Lapouge compare son état  à celui des grands explorateurs, qui ignoraient leur position tout comme leur date de retour chez eux. Pour retrouver cet état d’esprit caractéristique du voyageur, l’écrivain explique s’employer à ne rien connaître de la destination à laquelle il se rend, au contraire des générations habituées à tout avoir vu de leur lieu de vacances avant de s’y rendre grâce à internet. « Pour cette raison, je suis le dernier grand explorateur vivant. » Au XVIIIe siècle, les valets étaient ceux qui visitaient réellement les destinations choisies par leurs maîtres, pendant que ces derniers profitaient des joies offertes par leur pays d’accueil. Gilles Lapouge conclut finalement que pour lui, le voyageur doit être le valet et non pas le maître, qui ne cherche qu’à s’amuser.

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De son côté, Alexis Jenni explique que l’aventure a à voir pour lui avec une interrogation. En somme, le voyageur est toujours animé par une question, une quête, quelle qu’elle soit. Il établit d’ailleurs un parallèle entre ce voyage et l’écriture d’un roman, dont on ne sait pas grand-chose au début de sa rédaction, mais que l’on élucide à mesure d’écriture, tout en éclaircissant ce point sombre qui nous a fait prendre la plume. Le chemin fait l’apprentissage chez l’écrivain qui ne décide jamais vraiment d’entrer en voyage littéraire, puisque ses idées s’invitent sans prévenir : « Je me lève le matin, il ne se passe rien et puis d’un coup BOOM, au sortir de la douche, l’idée peut surgir sans qu’on ne la voit venir. Il faut ensuite savoir laisser venir les autres et réaliser ensuite un auto-assemblage du langage, autrement dit faire des associations d’idées qui permettront de faire naître une explication. » Selon l’écrivain, aucun besoin de se déplacer pour créer et voyager. Il évoque à ce propos les espaces intérieurs de chacun qui doivent s’agrandir pour nous permettre d’y vagabonder.

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Bruno Doucet, de son côté, a passé deux ans dans la peau de Max Jacob, jusqu’au camp de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Ce voyage littéraire au travers de l’œuvre du poète et écrivain l’a marqué définitivement si l’on en croit son témoignage. Pour lui, il existe bien deux voyages : celui des cartes et celui qui se joue à l’intérieur de chacun, à l’intérieur des livres, qui s’avère à ses yeux souvent chaotique mais très souvent fondamental pour sa capacité à nous toucher en profondeur et à nous faire réfléchir.

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Pour Gaële de la Brosse, le voyage intérieur par excellence, est celui du pèlerin, et elle a choisit le chemin de Compostelle pour évoquer la question avec nous aujourd’hui. Ce trajet est à ses yeux l’archétype du voyage initiatique, celui d’un commencement, qui emmène ses voyageurs au-delà de ce qu’ils connaissent au départ. Lorsque l’on termine un tel périple, un voyage, pour Gaële de la Brosse, on en revient différent, et c’est pour elle la composante essentielle d’un voyage réussit. Bernard Ollivier évoque à ce propos l’association Seuil qu’il a monté dans le but de faire marcher des jeunes en difficultés sur les chemins de France, afin de leur permettre de se retrouver. Il nous lit d’ailleurs à cette occasion la lettre très touchante d’un jeune voyageur qui lui était adressée, évoquant les gifles du vent lui permettant enfin de respirer. Un beau moment partagé par toute l’assemblée.

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Contrairement à certains de ses collègues, Alexis Jenni ne voyage que très peu. Et lorsqu’il se déplace, ça n’est jamais pour lui propice à l’écriture. Pour l’écrivain, le voyage est une confrontation à l’inconnu, qui provoque en lui un état d’ébullition, un état de curiosité si particulier que chacune de ses observations se transforme en une sorte de choc.

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Pour ce qui est de la retranscription par écrit de ces voyages, qu’ils soient intérieurs ou physiques, pour Bruno Doucet, nous sommes bien loin des récits d’aventure du XIXe siècle. Pour l’écrivain, il est hors de question d’en rajouter. Pour lui, le récit d’aventure est bel et bien un témoignage et pas une histoire inventée. Gilles Lapouge laisse de son côté toujours dormir le voyage avant de tenter de le coucher sur le papier. Lorsque ce dernier lui revient, il choisit parfois d’y rajouter quelques inventions car pour lui, au contraire, le voyage est intrinsèquement lié à la notion de liberté. Si l’on compare le voyage à l’écriture, pour Alexis Jenni, c’est parce que l’on attend la fin d’un ouvrage en tant qu’auteur, autant qu’un voyageur son voyage. Mais à l’heure du pont final, l’écrivain retombe très vite dans la réalité, tout comme le voyageur qui troque en quelques heures sa plage paradisiaque à son siège d’avion. Pour ne pas souffrir de la fin d’une écriture et pour, en quelque sorte, prolonger cet état de voyageur de plume, Alexis Jenni explique attendre que ses livres se terminent d’eux-mêmes : « Le livre est terminé lorsque sa thématique ne m’intéresse plus, lorsque le brasier de mon esprit a finit de le nourrir. C’est comme un grand détachement. »

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Bref, avant les vacances d’été, soldez vos billets d’avion et installez-vous plutôt bien confortablement dans votre canapé. Bon voyage !

Entretiens auteurs sur le festival

Entretien avec Susie Morgenstern :

220px-Susie_Morgenstern_-_Comédie_du_Livre_2010_-_P1390945Nous avons pu poser quelques questions à l’auteur jeunesse Susie Morgenstern à l’occasion de la sortie de son roman Le Grand roman de ma petite vie.

Cet ouvrage met en scène Bonnie Bonnet, une jeune fille de 13 ans qui se pose beaucoup de questions. Comment est né ce personnage ?

Je me suis levée un jour et comme tous les jours, je me suis demandée si je me lave ou pas les cheveux. Ainsi est née Bonnie qui a du mal à prendre les décisions. Comme moi ! (…)

Découvrez notre entretien avec elle. 

Entretien avec Yann Queffélec : 

yann-queffelecQuelle meilleure occasion de nous entretenir avec Yann Queffélec que le festival Etonnants Voyageurs ?  Nous avons pu lui poser quelques questions autour de son ouvrage L’homme de ma vie.

Découvrez notre échange avec l’écrivain.

Entretien avec Hyam Yared

AVT_Hyam-Yared_7552Votre héroïne se réveille à l’aube de ses cinq ans, complètement amnésique. La jeune femme doit donc tenter de se construire, malgré de nombreux points d’interrogation que sa famille laisse volontairement sans réponse. Comment avez-vous imaginé cette situation d’amnésie ? Comment est né le roman ?

Partir d’un trou noir quand on est enfant de la guerre est une situation intrinsèquement liée à mon mental et à mon imaginaire. J`avais envie de parler d`une petite fille sortie amnésique d`un coma et qui essaye d’imaginer un autre réel que celui que lui transmet son père et qui essaye, pour ce faire, de réinitialiser sa mémoire (…)

Découvrez l’intégralité de l’entretien avec l’auteur.

Entretien avec Roland Brival

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Votre roman met en scène le personnage de l’écrivain et co-fondateur de la Négritude, Léon Gontran Damas. De quelle démarche est né ce livre ? Pourriez-vous nous donner votre définition de la négritude en quelques mots ?

La Négritude est une posture de combat inventée par les intellectuels noirs de l’époque coloniale afin de lutter contre les préjugés du racisme et de retrouver leur dignité. J’ai estimé qu’il était important de revenir et de faire le point sur ce chapitre de notre histoire, d’autant plus que tout cela me semblait en prise directe avec l’actualité d’aujourd’hui (…)

Découvrez la suite de l’entretien.

Entretiens éditeurs sur le festival

Entretien avec Richard Werly, fondateur de la collection L’Âme des peuples des éditions Nevicata

En direct du salon Étonnants Voyageurs qui se déroule à Saint-Malo du 14 au 16 mai, nous avons posé quelques questions à Richard Werly, le directeur de la collection L’âme des peuples des éditions Nevicata. Son mot d’ordre ? Connaître les peuples pour mieux les comprendre. Fidèles compagnons de bourlingue à glisser dans la poche, ces petits ouvrages aux couleurs bigarrées n’ont pas fini de vous faire voyager...

Découvrez son interview

Entretien avec Emmanuelle Collas, fondatrice des éditions Galaade

Créée en 2005, la maison se veut comme la boîte à outils qui vous permettra de comprendre le monde. Entre le littéraire et le politique, entre le poétique et le politique, Emmanuelle Collas écarte les murs et passe les frontières entre les genres et les continents, à la recherche de toujours plus de matière à penser l’humanité.

Retrouvez l’intégralité de l’interview.

 

En compagnie de Nicolas Bouvier

A l’occasion du festival, Babelio va participer à l’émission “La Compagnie des auteurs” qui sera diffusée la semaine suivante du 16 au 19 mai sur France Culture. Elle s’intéressera à l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier.

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Cette nouvelle émission littéraire, dont nous sommes partenaires et à laquelle nous participons régulièrement, se penche chaque semaine sur un grand auteur du patrimoine littéraire mondial en compagnie de biographes, chercheurs, écrivains, traducteurs ou éditeurs qui ont chacun travaillé sur l’oeuvre de l’auteur en question.

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Si vous êtes de passage à Saint Malo pendant le festival vous pourrez assister à l’enregistrement de l’émission. Voici les horaires des enregistrements des émissions. Ils auront tous lieu à la Rotonde Surcouf qui aura lieu au Palais du Grand Large :

Samedi
Avec Nadine Laporte : Réécoutez l’émission.

Avec François Laut : Réécoutez l’émission.

Dimanche

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Avec Gilles Lapouge : Réécoutez l’émission.

Avec Catherine Poulain, David Lefèvre, Christian Garcin : Réécoutez l’émission jeudi 19 mai sur France Culture

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Revue de presse du festival

Etonnants voyageurs livre ses pépites : « Le Festival Etonnants Voyageurs délivre ses coups de cœur en récompensant nombre d’écrivains venus d’ailleurs parmi lesquels l’haïtien Makenzy Orcel et l’angolais Ondjaki. »

Etonnants voyageurs, l’enthousiasme du public : « Le 27e festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs a fermé ses portes après avoir enchanté près de 63.000 visiteurs estiment les organisateurs, soit une fréquentation légèrement supérieure à celle des dernières années. »

Etonnants voyageurs aime les jeunes :  « Je ne suis pas dans l’obsession d’écrire. Je me lance quand arrive la nécessité d’un texte. » Ce vendredi 14 mai, à Saint-Malo, pendant une heure, l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot a évoqué son métier d’écrivain, arrivé « par la force des choses ». »

Catherine Poulain : L’étonnant moineau : « Pour beaucoup de festivaliers d’Étonnants Voyageurs, qui s’est achevé ce lundi à Saint-Malo, c’est une révélation. « Le grand marin », le roman de Catherine Poulain, surnommée « Le moineau », y a raflé les prix littéraires. »

Etonnants voyageurs 2016 : La consécration de Catherine Poulain : « Le Saint-Malo Étonnants Voyageurs accueillait plus de 250 invités autour de la thématique « Que peuvent les écrivains dans le chaos du monde ? ». Sept prix littéraires sont remis dans le cadre du festival, dont quatre à Catherine Poulain pour Le Grand Marin (L’Olivier) : le Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs, le Prix Joseph Kessel de la SCAM, le Prix Nicolas Bouvier et le Prix Gens de mer et Prix Compagnie des pêches. »

Makenzy Orcel et Ondjaki, Prix littérature monde 2016 : « Sept années après l’émergence de l’idée de « Littérature-monde », l’association Étonnants Voyageurs et l’Agence Française de Développement se sont associées en 2014 afin de créer les Prix Littérature-monde dont le jury est composé des écrivains Paule Constant, Ananda Devi, Nancy Huston, Dany Laferrière, Michel Le Bris, Atiq Rahimi et Boualem Sansal. Pour cette troisième édition, le jury a choisi de décerner le prix Littérature-monde à Makenzy Orcel pour L’Ombre animale (Zulma), le prix Littérature-monde étranger est revenu quant à lui à l’écrivain angolais Ondjaki pour Les transparents (Métailié). »

Etonnants voyageurs : Haïti et l’Angola en vedette : « Dans cette édition où il fut question de négritude et de créolité, notamment avec le roman de Roland Brival consacré à Léon Gontran Damas, Nègre de personne (Gallimard), d’Afrique utopique avec Felwine Sarr (Afrotopia, Philippe Rey) et de bien d’autres voyages africains et caribéens, avec Haïti et Cuba, les littératures angolaise et haïtienne ont donné leurs couleurs au prix Littérature-monde remis au festival Étonnants Voyageurs qui ferme ses portes ce 16 mai à Saint-Malo. »

Massacre d’huîtres à Saint-Malo : « Les envoyées spéciales de L’Express Marianne Payot et Delphine Peras étaient au festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo ce week-end. Voilà leur carnet de route. »

Quelques listes pour voyager

liste_Le-livre-qui-vous-a-le-plus-depaysee_9133Le livre qui vous a le plus dépaysé : Rappelez-vous de ce livre, celui qui vous a littéralement jeté hors de votre zone de confort, ce livre qui a dérangé toutes vos habitudes et vous a fait perdre vos repères.. Place au voyage, au vrai avec cette liste riche en découvertes, égarements et donc en plaisir !

liste_Le-tour-du-monde-en-80-livres_7457Le tour du monde en 80 livres :

Jules Verne l’avait prédit. Sans passeport ni valise, cette liste vous garantit un tour du monde inoubliable, comblant vos envie de paysages, de cultures et d’histoire. Des destinations touristiques aux petits coins insoupçonnés, embarquez vous pour un aller-retour haut en émotions, le tout confortablement installé dans votre canapé !

shutterstock_109174382-light-864x400_cRendez-vous en terre sauvage :

Vous pensiez avoir tout vu ? Rien n’est moins sûr… Si la Terra Incognita se fait rare aujourd’hui, il existe encore quelques contrées mystérieuses à découvrir. Alors lecteur, arme toi de cette liste pour découvrir au travers de récits ou fictions, le plus étonnant des voyages, entre le XX et le XXIe siècle.

 

Quelques quiz pour voyager

QUIZ_Les-pays-visites-par-Tintin_2377Les pays visités par Tintin : Tintin voyage beaucoup au cours de ses aventures. Saurez-vous relier chaque pays visité à un album de la série ?

 

QUIZ_thumb_Recits-de-voyage_9781Récits de voyage :  Navires, voitures et avions, tout est bon pour voyager. Saurez-vous reconnaître les romans cachés derrière ces expéditions ?
QUIZ_Des-villes-et-des-romans-Voyages-de-fiction_9536.jpegDes villes et des romans : Voyageurs de papier, les romans doivent souvent leur ambiance particulière aux villes dans lesquelles ils se déroulent. 15 fictions, 15 villes magiques…. A vous de les reconnaître !

 

Vos critiques

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Comme nous le faisons dorénavant pour de nombreux salons comme la Foire de Brive, le Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil ou encore le Salon du Livre de Paris, nous proposons, lors du festival, de nombreux avis de lecteurs sur les stands des éditeurs. En partenariat avec une quarantaine d’éditeurs, c’est ainsi près de 300 extraits de critiques issues de Babelio qui seront affichés sur les stands.

Et si jamais vous trouvez l’une de vos critiques sur le salon, n’hésitez pas à nous la partager sur les réseaux sociaux ! 

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Liste des éditeurs partenaires : Aux forges du vulcainStockScrineoGulfstreamMétailiéPlace des éditeursLes petits platonsRobert LaffontPiranhaLa cheminanteGalaadeMauconduitDelcourtAlbin MichelDecrescenzoEsperluètePayot RivagesGlénatGlénat Jeunesse,  KaléidoscopeLibellaCriticLuciférinesDidier jeunesse / Hatier jeunesseCalmann-LévyNathanL’atalanteBruno DouceyNevicataGallmeisterLe castor astralEditions NomadesMeoMarchialyOdile JacobAlzabanePlon-PerrinMiroboleAnacaonaJ’ai lu.

 

Quand Babelio s’amuse avec ses auteurs

Un peu plus de 200 auteurs se sont depuis les débuts de Babelio, prêtés à l’exercice de l’interview. Vous l’avez peut-être remarqué, une série de questions est identique dans chaque interview, à propos des lectures des auteurs interrogés. En reprenant les réponses de chacun, nous nous sommes amusés à faire ressortir les tendances majoritaires. On parie que vous êtes loin d’imaginer les habitudes de lecture de vos auteurs préférés !

 

Et si vous les deviniez ?

Pour faire simple, les images ci-dessous correspondent aux auteurs les plus cités par les interviewés, en réponse à la question en gras, et si vous séchez, les réponses sont à trouver dans le petit texte en-dessous.

Quel auteur avez-vous honte de ne pas avoir lu ?


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Sans grande surprise, celui que l’écrasante majorité des auteurs ont honte de ne pas avoir lu est… Marcel Proust ! Il est suivi de près par James Joyce et son énorme Ulysse, puis par Stendhal, Tolstoï, Musil et Dostoïevski. Comme quoi, pas besoin d’avoir lu tous les classiques pour devenir un bon écrivain.

Quel auteur vous a donné envie d’écrire ?


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Pour ce qui est des écrivains qui donnent envie d’écrire, le grand vainqueur n’est autre que Jules Verne et ses nombreuses aventures que l’on dévore étant petit ou grand. Il est suivi de près par Alexandre Dumas et Boris Vian. Juste derrière, on trouve Enid Blyton pour les aventures du Club des 5, la Comtesse de Ségur et Marguerite Duras : des intemporels de la littérature jeunesse mais pas seulement !

Nous avons également recensé quelques rigolos dont nous tairons le nom (réponses à trouver directement dans les interviews) qui nous ont cité le dictionnaire, l’annuaire, un livre de cuisine ou encore un livre de mathématiques de première scientifique comme objet déclencheur de leur passion pour l’écriture !

Au global, il est intéressant de voir que l’envie d’écrire est née pour une petite moitié d’auteurs seulement de la littérature française. Les étrangers font visiblement plus d’effet à nos écrivains préférés.

 

Quel livre avez-vous relu le plus souvent ?


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Lorsqu’il s’agit en revanche de relecture, les références sont toute autres. L’écrivain le plus relu par nos auteurs interrogés est Albert Camus à égalité avec… Hergé, nous prouvant alors qu’il n’y a absolument pas d’âge pour relire un bon Tintin. Ensuite viennent Rimbaud, Céline, Marguerite Duras et Romain Gary.

Concernant les auteurs qui découragent, ceux qui écrivent si bien que lorsqu’on les découvre on hésite à prendre la plume,  se dégage un podium largement dominé par Marcel Proust, suivi de Louis-Ferdinand Céline et de Franz Kafka !

Et leur plus grande découverte littéraire, qu’en est-il ? Ce livre si incroyable qu’on s’en souvient comme si  on l’avait lu hier, on trouve un peloton de tête composé de Boris Vian et d’André Gide, suivi de très près par Baudelaire, Camus, Dostoïevski, Victor Hugo et Emile Zola.

Au total, c’est bien Marcel Proust qui possède le plus grand nombre d’occurrences au sein de ces interviews : qu’on l’ait lu ou non, il semble avoir marqué le paysage littéraire d’une force inégalable ! Juste après lui, c’est Dostoïevski qui apparaît le plus grand nombre de fois.

De plus, la poésie et la bande dessinée apparaissent comme les grandes absentes de ces entretiens, puisque Baudelaire est le seul  poète à avoir été cité plusieurs fois, accompagné par quelques Rimbaud et Aragon éparses et qu’Hergé est le seul illustre du neuvième art à se démarquer.

Si vous ne les avez pas encore toutes lues, nous vous invitons à visiter le sommaire de nos interviews auteurs sur Babelio

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Patrick Senécal

Tranquillement installés dans les fauteuils de chez Babelio le lundi 2 mai dernier, c’est pour une véritable descente aux enfers que les lecteurs ont été conviés. Leur guide ? Patrick Senécal, l’auteur de Hell.com, publié chez Fleuve éditions. L’auteur canadien n’en est pas à son coup d’essais puisque Hell.com est son 8e roman. Alors qu’il sort aujourd’hui en France, ce dernier a été publié en 2009 au Québec, son pays natal. Il fait notamment suite à des romans tels que 5150 rue des Ormes, Le passager, Sur le seuil ou encore Le vide, également publié chez Fleuve l’année dernière.

Depuis qu’il dirige la société immobilière de son père, Daniel Saul est devenu l’un des plus puissants hommes d’affaire du Québec. Quand Martin Charron, un ancien confrère, lui propose de devenir membre de Hell.com, un mystérieux site internet où tout (vraiment tout) semble possible à qui peut se l’offrir, Daniel sait qu’il ne pourra pas refuser. Après tout, ne figure-t-il pas parmi les puissants de ce monde ? Ce que l’homme a sans doutes oublié, c’est que l’on ne monte jamais aux enfers, on y descend…

 

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Internet et ses possibles

S’il aime travailler l’aspect sombre de l’âme humaine dans ses romans, Patrick Senécal s’est cette inspiré pour ce roman d’un cadre particulier : internet. “J’ai vu le film Hostel, qui présentait un site sur lequel on pouvait payer pour torturer des gens. J’ai trouvé l’idée bonne malgré une intrigue assez banale et très tourné vers les victimes. En contrepartie, je me suis dit que m’intéresser aux “méchants” serait un bon parti pris. Je voulais donner la parole au bourreau et plus largement poser cette question propre aux gens extrêmement riches : “Si je peux me le permettre, pourquoi ne le ferais-je pas ?””.

Intéressé par la noirceur dans son aspect littéraire, l’auteur de Hell.com n’est pour autant pas attiré par la violence “Cette question m’intéressait mais je suis loin de consommer de la violence sur le web. Je suis d’ailleurs souvent choqué par ce que l’on peut y trouver. Le net est vraiment l’enfer moderne. Voilà d’où est parti mon roman.”

 

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Ange & démon

Questionné par un lecteur sur la connotation religieuse dont est chargée la notion d’enfer, Patrick Senécal répond par la positive: “Dans Hell.com, j’ai repris la traditionnelle idée du pacte avec le diable. Sauf qu’aujourd’hui, le diable d’autrefois a été remplacé par le pouvoir de l’homme à mettre sa carte bleue dans une machine.”

Par ailleurs, Senécal pense que l’Homme porte le mal en lui mais que ce dernier peut à tout moment faire les bons choix. En effet, chaque jour qui passe correspond à un choix de l’humain d’être plus “ange” ou “démon”, sans pour autant croire à une force supérieure qui dirigerait nos actes :”La vie n’a de sens que celui qu’on lui donne. Elle est totalement absurde autrement. Nous avons chacun la responsabilité d’en faire quelque chose de bon.” Plus encore que ce choix fondamentale entre bien et mal, L’écrivain québécois  a choisi dans son dernier roman, de mettre en scène un personnage qui fait le mal en pensant faire le bien : “Là, ça devient tout de suite beaucoup plus compliqué et donc davantage intéressant ! J’ai également souhaité écrire sur ce sujet en réaction aux nombreux films très manichéens que l’on nous sert de plus en plus, où le méchant est systématiquement puni à la fin et où les gentils sont positifs à 100%.”

 

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Des personnages au service de l’histoire

Contrairement à d’autres auteurs qui reconnaissent une certaine liberté à leurs personnages, Patrick Senécal rappelle que l’écrivain reste toujours maître de son histoire : “Je ne crois pas ces auteurs qui assurent ne pas totalement maîtriser le destin de leurs personnages.” Ceci provient sans doutes du fait que l’écrivain canadien créé ses personnages dans un second temps : “Je commence rarement mes romans par les personnages. Ces derniers surgissent plus tard, en fonction de mes besoins narratifs.” Très organisé, l’écrivain explique également procéder grâce à un plan détaillé  : “Je sais que tout le monde n’en ressent pas le besoin, mais mes plans contribuent justement à mieux cerner de quels personnages j’ai besoin. Ils m’aident également à construire la fin de mes histoires, que j’ai besoin de connaître dans les moindres détails avant de commencer à écrire.” Maîtriser ses personnages, oui pour Patrick Senécal, mais tout savoir d’eux, non ! L’écrivain explique à son audience qu’il persiste des zones d’ombres sur certains de ses protagonistes, ce qu’il avoue beaucoup apprécier en tant qu’auteur : “Cela me plaît de ne pas tout savoir. Je pense régulièrement au film Six Feet Under où un père de famille loue une maison pendant des années, sans que l’on ne sache pourquoi.Et la fin ne nous en dit pas davantage ! J’ai trouvé ça très intelligent car finalement, c’est ainsi que fonctionne la vie : lorsqu’on meurt, des informations disparaissent avec nous.”

 

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Lecteur manipulé

Hell.com est le premier roman de Patrick Senécal dont le personnage principal est un antihéros : “Beaucoup de séries mettent en scène des antihéros aujourd’hui, comme Breaking Bad ou House of cards. Ce que j’ai trouvé intéressant dans ce choix, c’est qu’il a fallu parvenir à accrocher les lecteurs par delà l’aspect désagréable du personnage central.” Il le dit lui même, n’en est pas à son coup d’essais lorsqu’il s’agit de jouer avec ses lecteurs : “Si j’avais commencé par écrire une scène de meurtre, la plupart des lecteurs auraient reculé, se sentant incapables de comprendre les motivations du personnage. En revanche, j’ai choisi de miser sur le sexe, en pariant sur le fait que nous sommes tous un peu voyeurs. Je manipule ainsi mes lecteurs en envoyant progressivement mes personnages dans des directions où on ne les attend pas et j’aime jouer avec cela, imposer des choses à mes lecteurs à un moment du roman où ils ne peuvent plus reculer.”  

 

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Travail de l’inconscient

Après qu’un lecteur ait relevé les ressemblances entre Daniel Saul et le héros d’American psycho de Bret Easton Ellis, Patrick Senécal évoque la question des influences. Pour lui, ces dernières sont principalement inconscientes : “ Lorsque l’on voit un bon film ou que l’on écoute un bon disque, cela fait son chemin dans notre esprit sans que l’on s’en rende compte. Mon auteur préféré est Dostoïevski et pour autant je ne crois pas que l’on puisse comparer ce roman aux siens ! En revanche, je peux essayer consciemment de m’inspirer de certaines tournures observées dans ses dialogues. Par ailleurs, j’adore Romain Gary et sans essayer de le copier, j’essaye de créer certaines similitudes avec ses textes dans le fond. “

 

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Justice

La justice est une notion très présente dans l’intrigue du roman Hell.com : “Aujourd’hui, on pense souvent que si l’on est un bon mari, un bon père, un bon citoyen, il ne nous arrivera rien. Pourtant, des génies de bonté meurent à 23 ans et des ordures vivent jusqu’à 90. Tout peut arriver à tout le monde, il n’y a pas besoin d’être méchant pour attirer les ennuis.” Si cette question est soulevée par Patrick Senécal, c’est parce que lui-même s’interroge à son propre sujet : “Je me demande souvent quelle serait ma réaction si quelque chose d’extrêmement injuste m’arrivait. C’est en partie pour tenter de répondre à cette question que j’ai écrit le livre.” L’écriture pour Patrick Senécal se révèle bel et bien un exutoire : “Je pense que l’écriture est un moyen de se rassurer. Lorsqu’on couche nos peurs sur le papier au travers d’un roman, cela nous donne l’impression de les dompter, d’exercer un certain contrôle dessus, même si au final cela ne change rien. Par exemple, Hell.com traduit en partie ma peur d’être un mauvais père : le personnage de Saul est en effet le pire père qui puisse exister et le roman tourne autour du lien qui unit Saul à son fils. Mes romans servent véritablement à évacuer mes angoisses.”

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Écrire le mal…

Écrire sur le mal peut s’avérer plus facile que d’écrire sur le bonheur, Patrick Senécal l’affirme : J’ai effectivement plus de facilité à écrire du noir. En revanche, il ne faut pas tomber dans la caricature. Je connais de nombreux auteurs qui reprennent les codes classiques du noir et qui feraient mieux de s’abstenir… Il faut essayer d’aller ailleurs que là où vont les autres, c’est cela qui m’importe.” Pour rendre une scène de violence efficace, Patrick Senécal a sa propre méthode : “Décrire un meurtre ou un viol est quelque chose de facile pour moi. En revanche, les rendre cohérentes avec le reste du roman et crédibles aux yeux du lecteur est bien différent ! La psychologie du personnage est d’autant plus délicate à maîtriser lorsqu’on lui fait faire des choses affreuses. Elle joue énormément sur votre capacité à croire à ce que je vous dis. Un scène horrible sortie de nulle part vous fait décrocher de la lecture tout de suite. Comme les films Saw, ça ne tient pas debout ! On peut regarder ça, ça n’a tellement pas de sens que ça ne fait aucun effet. Je veux que vous pensiez encore à mes romans en les refermant, je veux vous inquiéter. Je ne suis pas là pour vous rassurer. Si vous avez peur, lisez autre chose !”

 

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…Sans trop en faire

Faire violent, oui, mais attention à ne pas tomber dans la surenchère, explique l’écrivain : “Il ne faut pas devenir une caricature de soi-même. Les critiques n’attendent pourtant que ça de voir plus de sang, plus de sexe, plus de violence à chacun de mes romans. C’est pour cela que la fin de Hell.com sort de mes habitudes. Je voulais aussi montrer que j’étais capable d’en faire un peu moins pour tout autant d’effet. D’ailleurs, chaque scène de torture ou de sexe est essentielle à mon roman ; j’ai veillé à supprimer celles qui n’apportaient rien. Chaque scène sert à montrer tel aspect de la personnalité de mes personnages. Je suis capable de toutes les justifier et c’est cela qui est important. C’est à ça que je travaille constamment.”  Afin de renforcer l’aspect horrifique de ses romans, en plus de travailler la psychologie des personnages, l’auteur canadien prête une attention toute particulière au cadre de son intrigue : “Je veille toujours à ce que le cadre de mes romans soit réaliste. Je trouve que cela a un effet meilleur sur l’horreur. L’horreur est plus efficace quand le mal s’invite dans un endroit tranquille.”

 

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C’est dans la bonne humeur que la soirée s’est ensuite poursuivie par l’habituelle séance de dédicace, rythmée par le charmant accent québécois de l’auteur et pendant laquelle les lecteurs ont pu échanger personnellement avec l’écrivain, avant de partager ensemble un verre de l’amitié.
Retrouvez Hell.com, le roman de Patrick Senécal, publié chez Fleuve éditions.

Rejoignez la Compagnie des Auteurs à Saint-Malo

Pour la deuxième année consécutive, l’équipe de Babelio se rendra au festival Etonnants Voyageurs. Avant de découvrir toutes les festivités de ce grand rendez-vous malouin dans un prochain article, c’est un voyage sur les ondes que nous vous proposons !

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A l’occasion de ce grand festival dédié à la littérature et au cinéma, Babelio va en effet participer à l’émission “La Compagnie des auteurs” qui sera diffusée la semaine suivante (c’est à dire du 16 au 19 mai) sur France Culture.

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Cette nouvelle émission littéraire, dont nous sommes partenaires et à laquelle nous participons régulièrement, se penche chaque semaine sur un grand auteur du patrimoine littéraire mondial en compagnie de biographes, chercheurs, écrivains, traducteurs ou éditeurs qui ont chacun travaillé sur l’oeuvre de l’auteur en question.

Après avoir consacré quelques émissions à des auteurs tels qu’Anton Tchekhov, Dashiell Hammett, Jules Verne, Herman Melville ou encore Honoré de Balzac, c’est à l’écrivain bourlingueur Nicolas Bouvier que va s’intéresser l’émission pendant le festival Etonnants Voyageurs avec la participation de l’historien François Laut et des écrivains Nadine Laporte, Gilles Lapouge, Catherine Poulain, David Lefèvre et… Vous ?

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L’équipe de Babelio sera en effet présente à l’antenne pour relayer vos questions et vos critiques ou remarques à ces différents auteurs à propos de l’oeuvre et de la vie de Nicolas Bouvier. Pour cela, il vous suffit d’ajouter votre question en commentaire de cet article ou de nous l’envoyer à p.krause@babelio.com.

Nous vous proposons par ailleurs un petit jeu : on offre un livre consacré au voyage à un lecteur au hasard qui aura publié une critique de l’un des livres  de Nicolas Bouvier d’ici le vendredi 13 mai !

Petites précisions concernant masse critique

Suite aux nombreuses interrogations que suscite chaque édition de masse critique, nous avons décidé de vous proposer un petit récapitulatif des points faisant question.

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La communauté grandissant chaque jour, le nombre de déçus augmente fatidiquement à chaque masse critique, même si de nouveaux éditeurs rejoignent quotidiennement les rangs des participants. On sait que vous le savez, mais concrètement, voici quelques chiffres concernant nos dernières opérations :  

17% des postulants ont reçu un livre pour la dernière masse critique imaginaire

37% pour la dernière masse critique jeunesse

57% pour la dernière masse critique générale

21% pour la dernière masse critique BD

 

Concernant la sélection des lecteurs, voici quelques éclaircissements :

Avant toute chose, nous souhaitions rappeler que la note que vous attribuez au livre lu dans le cadre de l’opération masse critique, ainsi que la tendance positive ou négative de votre avis, n’entrent en AUCUN CAS en compte : vous pouvez détester un livre et lui mettre une seule étoile, vous n’aurez pas moins de chances de gagner la fois suivante.

Ensuite, PERSONNE ne gagne plusieurs livres à la même opération masse critique. Ce fut le cas dans les premières années de Babelio, lorsque la communauté était encore petite ; ça n’est plus le cas désormais.

 

  • Pour ce qui est de l’attribution des livres aux lecteurs

La seule condition à respecter pour être éligible est d’avoir publié au moins une critique sur Babelio. Nous essayons par là de réduire le nombre de gens qui s’inscrivent simplement pour recevoir un livre gratuit et qui disparaissent une fois le livre reçu sans donner de nouvelles.

Nous faisons attention à ce que les postulants aient par le passé majoritairement respecté leurs engagements. En effet, une critique rendue trop tard ou pas rendue du tout est un réel déplaisir pour les éditeurs qui portent une grande attention à vos critiques, qu’elles soient positives ou négatives.

Ensuite l’attribution dépend du nombre de demandes : vous aurez logiquement moins de chance d’être tiré au sort si le livre est demandé par 500 lecteurs que s’il est demandé par 3 lecteurs. Et  sachez que la concurrence n’est que plus importante si vous ne choisissez qu’un livre. Pour augmenter ses chances d’être retenu, mieux vaut choisir plusieurs livres… En veillant quand même à postuler sur des titres qui vous intéressent:)

 

  • Pour les opérations masses critiques thématiques

Les lecteurs de genres sont favorisés, sans pour autant en exclure les non-lecteurs, pour la simple et bonne raison que cela permet de diversifier un peu les gagnants d’une opération sur l’autre.

 

  • Enfin concernant le moment de la sélection

 Si certains titres « ferment » au cours de la journée, c’est pour lisser les demandes et éviter une trop forte concentration sur certains titres. Si tout le monde postulait au même titre, imaginez un peu le nombre de déçus et surtout le nombre de titres non distribués ! Avec notre système de lissage, même s’il est contraignant, nous en avons bien conscience, tous les livres sont distribués.

Et nous avons choisi d’ouvrir à 07h00 du matin la sélection pour satisfaire le plus grand nombre, notamment ceux qui ne peuvent postuler au travail. Même si nous sommes conscients que tout le monde ne peut être pleinement satisfait. A chaque opération, c’est une grasse matinée de perdue pour les organisateurs:)

 

  • Pour les opérations masses critiques privilégiées

Le système est différent : nous sélectionnons les lecteurs les plus en affinité avec les titres mais ces dernières ne sont réservées qu’aux lecteurs ayant été invités à participer.

 

  • Pour finir, une petite précision concernant les rencontres

Vous n’êtes absolument pas obligé de publier une critique des livres que vous recevez dans les cadre d’une rencontre Babelio. Ce qui compte le plus pour nous, c’est que vous respectiez votre engagement à venir à la rencontre. Lorsque nous promettons à l’auteur que 30 lecteurs seront présents, il attend que vous soyez tous là, que vous ayez aimé ou non  l’ouvrage.

 

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de très bonnes lectures et bonne chance pour la prochaine opération masse critique.

L’équipe de Babelio

 

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