A la rencontre des lecteurs Babelio (8)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Aelinel, inscrite depuis le 12/09/2014.

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Bibliothèque d’Aelinel

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Grâce au réseau des bibliothèques municipales de ma ville : chaque recherche de livre sur le site est accompagnée de critiques issues de Babelio. Et en 2014, j’étais à la recherche d’un nouveau réseau social littéraire car celui sur lequel j’étais inscrite depuis deux ans venait de fermer. Babelio m’est alors tout de suite venu à l’esprit.

 

Quels genres contient votre bibliothèque ?

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Bibliothèque SFFF d’Aelinel

Trois genres prédominent essentiellement :

 

– l’Histoire : je possède un grand intérêt pour les périodes antique et médiévale et plus récemment pour la période victorienne.

– les Littératures de l’Imaginaire : je préfère de loin la Fantasy au Fantastique et à la Science Fiction mais je me suis ouverte plus récemment au Steampunk et à l’Uchronie.

– la bande dessinée qui regroupent les deux genres précédents.

De manière secondaire, je m’intéresse aussi à la Littérature anglaise du XIXème siècle, aux domaines de l’Histoire des sciences et à l’Art (notamment la Renaissance Italienne et l’Art Nouveau).

 

Vous lisez beaucoup de fantasy : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

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Bibliothèque SFFF d’Aelinel

La première chose inhérente à la Fantasy est l’évasion! Ce que je recherche essentiellement dans ce genre, c’est le dépaysement dans un monde complètement différent du nôtre, le fait de pouvoir voyager par l’esprit, de vivre des aventures hors du commun et de rompre avec la monotonie du quotidien.

 

En disant cela, on pourrait croire que je cherche à fuir notre réalité, ce qui n’est absolument pas le cas. Au contraire, je reste très terre à terre et exigeante dans le sens où je n’aime pas les récits qui versent dans le loufoque ou le farfelu. Pour moi, un bon roman de Fantasy :

– se doit d’être cohérent et crédible dans ses structures géographique, politique, militaire, économique, sociale et culturelle (Il est possible que j’intellectualise trop le genre et que je doive cette déformation à ma passion pour l’histoire!).

– et nous offrir des axes de réflexion sur notre propre société (le fait religieux, la place de la science par rapport à l’homme, la confrontation ou le consensus entre plusieurs cultures, etc…)

Cela pourrait peut-être faire réfléchir certains qui considèrent encore la SFFF comme un sous-genre de la littérature et essentiellement dévolue aux enfants, adolescents ou jeunes adultes…

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Ma première grande découverte est relativement tardive : j’avais 17 ans lorsque j’ai lu le Seigneur des Anneaux. Cela s’est manifesté comme un coup de foudre : je voulais tout lire de Tolkien et de sa fameuse Terre du Milieu. Cette lecture a d’ailleurs coïncidé avec la sortie au cinéma du premier opus de Peter Jackson (auquel je voue un culte!) et mon entrée à l’Université. Le Seigneur des Anneaux restera pour toujours un symbole de liberté et d’ouverture sur l’inconnu pour moi.

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

bm_cvt_gagner-la-guerre_1149Si je ne devais en choisir qu’un seul, ce serait Gagner la Guerre de Jean-Philippe Jaworski. Il est mon Tolkien français! Je n’ai jamais eu la chance de le rencontrer (peut-être un jour aux Imaginales?) et si cela arrive, il est plus que probable que je n’arrive pas à aligner deux mots sans rougir ou bégayer! Plus sérieusement, il s’agit d’un pavé de 1000 pages en Fantasy mais ô combien remarquablement écrit! Tout est excellent : les personnages, l’intrigue, les décors. Si vous ne le connaissez pas encore, foncez!

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je ne relis jamais de livres mais j’ai bon espoir (un jour qui sait?) lorsque ma PAL aura un peu diminué, de relire le Seigneur des Anneaux de Tolkien, Gagner la Guerre de Jaworski et Les Piliers de la Terre de Ken Folett.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous?

Jane Eyre de Charlotte Brontë. J’ai pourtant vu tellement de versions télévisée et cinématographique. Malheureusement, je n’ai pas encore franchi le pas…

Je pourrais également citer Le Tour du Monde en 80 jours de Jules Verne.

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

51j93gckqxl-_sx195_Pour les non-initiés aux Littératures de l’Imaginaire, je citerais la bande dessinée Le port des marins perdus de Teresa Radice et de Stephano Turconi que je viens de découvrir et qui s’est avéré être un véritable coup de coeur. Quant aux aficionados de SFFF, je conseillerais la Trilogie du Puits des Mémoires de Gabriel Katz qui est non seulement très haletante mais aussi efficace.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Les trois! Même si mon premier choix se portera en premier lieu sur le papier!

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

En saison hivernale, je serai confortablement installée sur mon canapé, sous une couverture avec mon chat et une bonne tasse de thé. Et en été, je choisirai plutôt mon petit balcon bien ensoleillé, sur une chaise avec un thé glacé (ou une bière pour le soir!).

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Pour cela, je vais faire confiance à un de mes auteurs latins préférés : Cicéron qui a eu la bonne idée de dire « Si vous avez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu’il vous faut. » Comme je n’ai pas le niveau social de Cicéron, je me contenterai donc de mon balcon!

 

Quel sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

51-ggb60qpl-_sx195_Lors de la dernière masse critique, j’ai été sélectionnée pour La route de l’or bleu de Daniel Bernard. Et lorsque j’étais étudiante, je me rappelle avoir lu quelques extraits de Bleu, histoire d’une couleur par Michel Pastoureau. Je vais donc le lire en entier afin de pouvoir faire quelques comparaisons. Sinon, mes prochaines lectures sont planifiées sur plusieurs mois et je devrais lire en octobre American Gods de Neil Gaiman, Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos et le tome 2 des Outrepasseurs de Cindy Van Wilder. Inutile de préciser que je les ai découvert grâce aux lecteurs de Babelio!

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

Qu’une critique soit développée ou pas, l’important c’est que son auteur arrive à partager son ressenti sur sa lecture. L’un de mes critères sera donc l’honnêteté : il ne faut pas avoir peur de dire ce que l’on pense même si on n’a pas aimé un livre. J’apprécie aussi qu’il y ait de temps en temps une petite touche d’humour dans une critique (chose pour laquelle j’en suis bien incapable), celle qui happe son lecteur immédiatement : je citerai par exemple une critique de Relax67 sur L’étoile du matin de Gemmell qui non seulement m’a beaucoup fait rire mais m’a poussé à l’achat immédiat dans ma librairie habituelle.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’ai une pensée toute particulière pour Dixie39 que j’ai rencontrée sur Babelio et avec qui j’échange régulièrement. Elle m’a donné l’envie de créer mon propre blog, peu de temps après qu’elle ait ouvert le sien. Et on s’est donné rendez-vous l’année prochaine au pique nique Babelio de Lyon!

Quand Babelio rencontre Emily St. John Mandel

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui survivrait à notre époque si la civilisation venait à être décimée ? De quels objets culturels nous souviendrions-nous suite à une apocalypse ? Une série télévisée ou bien un opéra classique ? C’est exactement la question que s’est posée Emily St.John Mandel, l’auteur de Station Eleven, son quatrième roman très remarqué dans le monde anglo-saxon et sacré par le Prix Arthur C. Clarke qui récompense chaque année le meilleur roman de science-fiction publié au Royaume-Uni. L’écrivain canadienne était de passage à Paris dans le cadre du festival America et nous a fait le plaisir d’accorder une soirée aux lecteurs de Babelio dans les locaux des éditions Rivages le lundi 12 septembre dernier. La traduction a été assurée par Fabienne Gondrand.

 

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Une pandémie foudroyante a décimé la population. Une troupe d’acteurs et musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare, un répertoire classique venu à représenter l’espoir au milieu des étendues dépeuplées. S’étendant avant et après la pandémie, le roman entrelace plusieurs destinées liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme, Arthur, dont l’histoire semble étrangement liée à un illustré bien mystérieux…

 

Du polar à la science fiction

Station Eleven marque l’entrée de son auteur dans le monde de la science-fiction, alors qu’elle était auparavant plutôt tournée vers le genre du polar : “Ce n’était pas une décision totalement inconsciente. Je n’ai jamais souhaité me cantonner à un genre en particulier, je ne me sens pas auteur de genre. Pour moi, j’écris de la fiction littéraire, c’est tout.” Derrière cette ambition de n’appartenir à aucun genre, Emily St. John Mandel explique éprouver une certaine gêne à être étiquetée : “Malgré tout le respect que j’ai pour le monde du polar, si j’avais continué dans cette voie, j’aurais été marketée comme auteur de polar et je sais qu’il est très difficile d’en sortir. Alors j’ai changé de style, même si c’est aujourd’hui pour me retrouver avec une autre casquette, celle d’auteur de science-fiction.” Bien sûr, cette question de genre est très subjective et varie beaucoup d’un marché à l’autre, il est donc difficile pour un auteur traduit à l’étranger de savoir se positionner : “J’accorde peu d’importance à la case dans laquelle je vais être rangée finalement, l’important à mes yeux reste avant tout la qualité de mon histoire.”

 

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Dangereuse science-fiction

Les lecteurs présents à la rencontre confirment : il leur est presque tous arrivé de se refuser la lecture d’un livre sous prétexte qu’il appartenait à un genre qu’ils ne lisent pas ; et c’est précisément ce contre quoi Emily St. John Mandel tente de lutter. “J’ai lu un article très intéressant dans le New Yorker, il y a deux ans de cela, dans lequel il était expliqué que les récits sont souvent à la frontière entre plusieurs genres et qu’il est vain de vouloir les catégoriser. C’est un point de vue très intéressant que d’ouvrir de cette façon les perspectives des écrivains.” En dehors de la question de l’étiquette, la science-fiction n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser, un genre facile d’accès pour les écrivains : “il ne faut pas croire que l’on est plus libre qu’avec le polar par exemple. Les recherches à effectuer pour rendre un univers imaginaire crédible, sont vraiment conséquentes ! De plus, c’est un genre dominé par les hommes et il faut s’habituer à être noyé au milieu des messieurs en festival lorsque l’on est une femme… Et non, ça n’est pas ce constat qui m’a poussé dans cette direction” précise l’auteur en souriant.  

 

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Apocalypse non violente

Comme vous l’avez peut-être constaté, lorsque la science-fiction s’empare de notre planète, elle lui réserve bien souvent un destin tragique. C’est forte de ce constat que l’écrivain canadienne a souhaité s’intéresser à un autre aspect du futur de notre civilisation : ”Beaucoup de livres évoquent un monde post-apocalyptique et leur point commun est une violence extrême. J’ai beaucoup lu ce genre de romans étant adolescente ; Walter Miller m’a notamment énormément marquée, tout comme les classiques des années 1960. J’ai vraiment essayé d’éviter d’instaurer une atmosphère chaotique dans mon roman, même si j’aime lire ce genre de choses.” Dès lors, Emily St. John Mandel a choisi de s’intéresser à ce qu’il se passerait une vingtaine d’années après l’apocalypse : “Je me suis demandé à quoi ressemblerait un monde en reconstruction, quelle culture choisirait-il de célébrer ? C’est la question fondamentale que pose mon roman et c’est une interrogation qui m’intéresse beaucoup : porterait-on au panthéon futur nos classiques actuels ou bien une bande dessinée autopubliée absolument inconnue pour l’instant ? Personne ne peut le savoir !”

 

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Construire son monde

Comment s’y prennent les auteurs pour construire un monde imaginaire crédible? Vous vous êtes sans doute déjà posé la question. Sans détour, Emily St. John Mandel explique à ses lecteurs : “Et bien on le fait, c’est tout ! L’imaginaire est le résultat d’un long processus d’extrapolation. Par exemple, nous avons tous déjà vu une maison abandonnée, avec des arbres qui poussent à l’intérieur. Et bien il suffirait d’élargir cette vision à une échelle plus grande pour obtenir un monde imaginaire. C’est aussi simple que cela.” L’auteur explique par la suite avoir beaucoup lu de textes dits “survivalistes” afin de rendre son récit plus crédible et si elle nous le déconseille afin de nous éviter de cauchemarder, elle précise que ces lectures ont beaucoup stimulé son imagination : “J’y ai appris comment fabriquer son propre savon, comment vivre sans électricité… C’est très intéressant en tant qu’auteur d’essayer de deviner comment les gens réagiraient à un monde tel que celui que j’ai imaginé.”

 

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Une grippe qui les tuera tous

Dans le roman d’Emily St. John Mandel, c’est une grippe qui décime la quasi totalité de la population. Curieux, les lecteurs l’interrogent à ce sujet : “Les épidémies que l’on a connues jusqu’à présent sur terre sont, et nous avons beaucoup de chance, restées relativement localisées. J’ai choisi la grippe parce qu’elle évoque quelque chose que nous connaissons tous puisque nous sommes très nombreux à l’avoir déjà attrapée. Bien sûr, la crédibilité d’un tel scénario catastrophe est toujours discutable. J’ai rencontré deux experts et alors que l’un niait complètement la possibilité d’une grippe comme arme de destruction massive, l’autre me soutenait le contraire. Finalement, le doute plane et c’est je crois l’un des enjeux de la science-fiction.”

 

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Sur la route

Les personnages principaux du roman Station Eleven, sont des artistes itinérants, qui traversent le pays et vont de communautés en communautés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est bien cet élément particulier qui a donné naissance au roman : “Au départ, je voulais que le roman se déroule aujourd’hui et évoque la vie d’artistes itinérants. Je n’avais pas du tout en tête l’aspect apocalyptique. Cependant, je souhaitais également écrire sur la technologie qui nous submerge à l’heure actuelle et que l’on prend pour argent comptant. Dès lors, j’ai pensé qu’un futur sans technologie était la meilleure manière d’évoquer la question puisque j’en priverais tous mes personnages. Finalement, j’ai abordé la question de la technologie en choisissant de peindre son absence dans notre quotidien.”

 

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Le poids des souvenirs

La mémoire est un thème qui intéressait également Emily St. John Mandel et notamment la question des souvenirs : “Je voulais également pouvoir traiter le souvenir comme poids ; en effet, plus l’on possède de souvenirs, plus on en perd et d’ailleurs, seuls les gens ayant connu un avant différent de leur présent sont en mesure de comparer et de regretter. Finalement, les survivants à l’apocalypse ont beaucoup plus de mal à s’adapter au nouveau monde que les plus jeunes. J’ai beaucoup réfléchi à cette question du traumatisme et des souvenirs. Je pense que d’un monde passé, il ne nous resterait que des éléments aléatoires, tout comme les images que nous avons de notre enfance ne sont que des chansons ou des images floues. J’ai également souhaité traiter cette dimension dans le roman.”

 

Allers-retours

Concernant son mode d’écriture, l’écrivain canadienne explique ne pas respecter l’ordre chronologique. Son roman effectue d’ailleurs des allers-retours entre présent et passé. “J’ai toujours écrit de cette manière. C’est, je pense, un très bon moyen de raconter des histoires car cela enrichit beaucoup la narration. J’ai l’impression en écrivant de construire un puzzle géant et cela ajoute un contraste important entre le passé et le présent de mon histoire. Cela revient en quelque sorte à amplifier les deux époques.” Évidemment, fonctionner sans plan n’est pas chose aisée quand vient l’heure de la relecture : “Bien sûr, mes brouillons sont presque illisibles ! Il me faut maintes fois les reprendre pour rendre l’histoire cohérente, mais fonctionner sans plan me rend l’exercice de l’écriture beaucoup plus ludique : si je bloque sur un passage, je passe au suivant et j’y reviens par la suite en fonction de mon inspiration !”

 

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« Regarde avec tes oreilles » Le Roi Lear

Shakespeare est une figure centrale dans Station Eleven. C’est avec la mort d’un acteur interprétant une de ses pièces que débute le roman. De même, ce sont ses pièces que joue la troupe itinérante tout au long du récit. Pourquoi l’auteur s’est-elle tournée vers lui en particulier ? “Lorsque j’ai pensé au répertoire de mes personnages je me suis dit que tout était possible. Cependant, j’ai pensé que dans un monde post-apocalyptique où la technologie a dévasté la terre, la population aurait plutôt tendance à se tourner vers les oeuvres d’avant la folie numérique et donc vers les oeuvres classiques. De plus, en me penchant sur la vie de Shakespeare, j’ai trouvé beaucoup de similitudes entre son époque et celle que je décrivais : un monde sans électricité, où les artistes itinérants étaient à la mode et où la menace de la peste pesait au quotidien ; je me suis donc sentie poussée vers son répertoire. Enfin, Le Roi Lear est ma pièce préférée de l’auteur et j’ai aimé l’idée que si tout venait à disparaître sur terre, elle soit l’une des seules pièces à survivre.”

 

La fin avant la suite ?

Lorsque l’on apprécie beaucoup un livre, on souhaite intimement retrouver les personnages pour un deuxième volet. C’est donc tout naturellement que la question est posée à Emily St. John Mandel, par un public conquis par son roman : “J’ai pris énormément de plaisir à faire évoluer mes personnages et en particulier Miranda que j’apprécie particulièrement mais je crois que j’ai passé beaucoup trop de temps à réfléchir à la fin du roman pour finalement les faire revenir ! En tout cas, les droits du roman ont été vendus au cinéma, et je crois que quelqu’un s’intéresse au scénario en ce moment…

 

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Après cette dernière question, les lecteurs ont eu la chance de partager un verre de l’amitié avec l’auteur avant de procéder à une séance de dédicace et de pouvoir échanger personnellement avec elle.
Retrouvez Station Eleven d’Emily St. John Mandel, publié chez Rivages

 

Retrouvez notre interview de l’auteur et un aperçu de la rencontre en vidéo :

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Megan Kruse

C’est dans les locaux de Babelio que trente lecteurs ont retrouvé Megan Kruse le 8 septembre dernier, pour une rencontre autour de son premier roman, De beaux jours à venir, publié aux éditions Denoël. Une rencontre animée par Pierre Krause, et dont Fabienne Gondrand a assuré l’interprétariat.

Depuis des années, Amy subit la violence de Gary. Jusqu’au jour où elle reçoit le coup de trop et décide de s’enfuir avec ses deux enfants, Jackson, dix-huit ans, et Lydia, treize ans. Premier arrêt au Starlight, motel crasseux qui va leur servir de refuge. Tous les trois s’endorment sereins et soulagés, mais au petit matin Jackson a disparu. Croyant gagner l’amour d’un père qui le rejette, il est retourné chez eux et a trahi sa mère et sa sœur en révélant à Gary l’adresse du motel. Amy se rend alors à l’évidence : si elle veut assurer sa sécurité et celle de Lydia, elle va devoir abandonner son fils. Cette séparation brise le cœur de la petite fille, très attachée à ce frère doux et différent. Jackson, de son côté, doit désormais se débrouiller seul, tiraillé entre la recherche désespérée de l’amour paternel, sa culpabilité et sa difficulté à gérer son homosexualité naissante. De beaux jours à venir est un roman terriblement juste, touchant et sans complaisance, sur la famille, les sacrifices que l’on peut faire en son nom, et leurs conséquences. Un chef-d’œuvre où l’émotion prend à la gorge à chaque page.

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Un premier roman très personnel

Megan Kruse a commencé par saluer la couverture choisie par son éditeur français, qu’elle juge plus réussie que celle de l’édition originale américaine. Elle apporte une précision : De beaux jours à venir est son premier roman publié, mais elle en avait écrit deux auparavant, qui selon elle ne menaient à rien, et qu’elle a préféré mettre à la poubelle. Dans celui-ci, elle a mis toute son identité, et avant d’être publiée, elle se disait que si elle ne trouvait pas d’éditeur, elle n’en écrirait pas d’autre, car elle ne voyait pas comment elle pourrait faire mieux.

Si elles n’étaient pas publiables, ses deux premières tentatives s’attaquaient toutefois aux mêmes thèmes que De beaux jours à venir, qui lui tiennent particulièrement à cœur : Qu’est-ce qu’un foyer ? Dans quelles conditions peut-on dire qu’on est « chez soi » ? Et comment trouve-t-on cet endroit lorsque l’on est homosexuel dans un milieu rural conservateur et qu’on sait qu’on va devoir partir ?

Le livre est né sous la forme d’une nouvelle, autour du personnage de Jackson, vivant dans un campement à proximité d’un chantier. Au fil de l’écriture, le personnage a pris de l’importance, et le texte s’est développé naturellement autour de lui, pour devenir progressivement  un roman. Elle a suivi la voix de Jackson, pétrie de culpabilité, et la nécessité d’autres voix autour de la sienne a donné naissance aux autres personnages, qui sont apparus dans les failles, les lacunes de Jackson. Megan Kruse est entrée en résonance avec les voix du roman qui renvoient à différentes parties de son identité, sous des modalités distinctes : la voix de Lydia vient du plus profond d’elle-même, tandis que celle de Jackson est plus celle de la chronologie de l’histoire.

Interrogée sur la part de fiction et d’expérience vécue dans le roman, l’auteur répond par un pied de nez : « Tout est vrai dans le livre, sauf ce qui ne l’est pas… » Son processus d’écriture consiste à s’appuyer sur le matériau brut qu’est sa propre vie, sur ses observations. Jackson et Lydia sont nés de son expérience, mais ne sont pas calqués sur des personnes réelles. Amy, en revanche, a été influencée plus directement par une femme rencontrée dans un centre d’aide aux violences domestiques.

La construction alternée de ce récit à deux voix s’est faite dans un second temps. Elle a commencé par les passages narrés par Jackson. Elle a écrit différents pans de l’histoire, comme des vignettes, et les a réarrangés a posteriori pour bâtir une chronologie. Elle voyait ces vignettes comme des fenêtres sur la vie des personnages, en espérant que de leur juxtaposition naîtrait un roman.

Lorsqu’un lecteur lui demande pourquoi le personnage du père abusif est le seul dont le point de vue est absent du livre, Megan Kruse répond que donner une voix à un personnage, c’est forcément inviter à l’empathie. Et que ce type là ne le mérite pas. Elle ne souhaitait pas qu’on le comprenne. Pas d’empathie pour les responsables de violences domestiques.

La question centrale du roman est celle de la famille. Qu’est-ce qu’une famille ? Megan Kruse a grandi dans une famille qu’elle détestait, elle se sentait étrangère à son environnement, avec une irrépressible envie d’en partir. Elle avait alors la conviction qu’à un moment donné, la vie lui montrerait d’elle-même le chemin, l’endroit où elle se sentirait enfin chez elle. En vieillissant, elle a réalisé que le sentiment d’avoir un foyer n’était pas nécessairement quelque chose de fixe, un lieu entre quatre murs. Mais qu’il dépendait bien plus des gens dont on s’entoure.

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Une nature omniprésente

Un lecteur souligne que les scènes clés du roman se tiennent toutes au bord d’une rivière. Ce n’est pas un choix conscient de l’auteur. Le roman prend place dans le Nord-Ouest des Etats-Unis, et Megan Kruse rappelle qu’ « il y a de l’eau partout, là-bas ». Elle se souvient qu’enfant, ses chaussures étaient couvertes d’une perpétuelle pellicule de moisi, tant ces terres sont humides. Mais cette omniprésence des rivières est une illustration du poids de la nature dans cette région : dans le Pacifique Ouest, il n’y a pas de séparation nette entre l’homme et son environnement, on est peu protégé des éléments. C’est un territoire brut et sauvage. Et c’est un champ ouvert, peu défini. Il y des écrivains locaux, comme Raymond Carver ou David Guterson, mais pas de mythologie littéraire comme il peut y en avoir autour de l’Ouest, par exemple. Ce livre est pour Megan Kruse une tentative égoïste de représenter un lieu qu’elle connaît. Un lieu où la nature fait partie du quotidien, où il n’y a pas de frontière nette entre chez soi et l’extérieur. Mais en dépit du ton sombre du roman, elle ne voit pas du tout cette région comme une zone déprimante ou sinistrée. C’est une région magnifique, avec des villes très progressistes et ouvertes d’esprit. Elle souligne qu’il y a aussi beaucoup d’amour dans son roman. Et que de toute façon, quand on traite de la pauvreté, que vous soyez en Oregon ou sous le soleil du Brésil, la réalité est forcément grise.

Poursuivant sur la nature, Megan Kruse explique que la forêt est dans le roman un refuge pour Jackson et Lydia. La nature interagit avec les deux enfants. Ils s’informent l’un l’autre. Et la forêt, qui les préserve de la violence domestique, est finalement plus bienveillante que le monde des hommes.

Le roman se tient dans sa région. Le foyer de Jackson et Lydia, par exemple, a beaucoup de points communs avec celui dans lequel elle a grandi. Mais ce n’est pas un reportage ou un témoignage pour autant : certains lieux ont été totalement inventés. C’est là tout le plaisir de la fiction, qui permet de bâtir des mondes. Elle avait le sentiment d’être autoriseé à décrire certains lieux qu’elle connaît très bien, comme la ville de Missoula, mais a préféré en inventer d’autres pour remplacer ceux qu’elle connaît moins bien.

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Des thèmes difficiles, mais un regard optimiste

Un lecteur se demande pourquoi Amy, la mère, reste silencieuse face aux violences conjugales dont elle est victime. Megan Kruse explique que dans ce genre de situation, bien souvent, les victimes sont seules, et se refusent à demander de l’aide. Et que paradoxalement, elles sont souvent plus seules encore lorsqu’il y a une famille autour, car elles essayent de la préserver. Pour protéger ses enfants, Amy fait le choix de l’invisibilité. Elle endosse ce fardeau injuste. Elle est la version extrême d’une situation extrême.

Le personnage de Jackson, lui, ne sait que faire de sa colère, contre son père, mais aussi contre sa mère. Lorsqu’on est adolescent, on fait des choses sans savoir pourquoi, c’est comme ça que l’on devient adulte. Sa réaction, lorsqu’il trahit sa mère dans le roman, est typique d’un adolescent dans cette situation. C’est quelque chose que Megan Kruse décrirait comme une « faiblesse chaotique d’adolescent ». Amy, le laissant faire, lui offre la possibilité de se libérer, d’être indépendant, de cesser de la protéger pour vivre enfin son identité et sa sexualité.

Interrogée sur l’optimisme du titre français, « De beaux jours à venir », Megan Kruse répond que le titre original « Call me home » était difficilement transposable en français. Mais elle aime cet optimisme, qui correspond bien à sa conviction : on finit tous par trouver un endroit qu’on peut appeler « chez soi ». C’est cet optimisme qu’on retrouve dans la dernière scène du livre, avec les retrouvailles des personnages. A l’origine, elle n’avait pas mis cette scène. Le roman s’achevait avec un saut en 2026, où l’on découvrait que chaque personnage avait trouvé son bonheur. Mais son éditrice lui a dit que ce n’était tout simplement pas possible de finir ainsi. D’où les retrouvailles. Et en définitive, elle aime que son roman s’achève ainsi. Les personnages sont ensemble, il s ont réussi, la vie normale peut s’installer. Plutôt que de retourner à leur quotidien, ou de dessiner leur avenir, elle préfère conserver une part d’inconnu, et les abandonner sur cette note claire et lumineuse.

La rencontre s’est poursuivie avec la traditionnelle séance de dédicaces, occasion pour les lecteurs d’échanger directement avec Megan Kruse, qui s’est prêtée à l’exercice avec beaucoup de gentillesse.

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Retrouvez De beaux jours à venir, de Megan Kruse, publié chez Denoël.

PS : Un très grand merci à Alexandra alias jalleks pour ses photos !

Quand Babelio rencontre les éditions du PORTRAIT

Imaginez, une revue qui dresserait le portrait de personnes qui pensent au-delà des conventions. Un portrait qui serait signé par un écrivain et un photographe ou un illustrateur. Et bien c’est exactement l’idée qui traverse les Éditions du Portrait, fondées par Rachèle Bevilacqua en 2013. Première publication Portrait, le monde en tête, une revue bi-annuelle et puis des livres. Des ouvrages à l’écriture documentaire et poétique avec un univers graphique et visuel singulier. Rencontre avec cette portraitiste passionnée.

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Comment est née la revue Portrait ?

La revue est le résultat de mes 15 ans de travail, en tant que journaliste spécialisée dans le domaine de la culture et du voyage. je réalisais beaucoup de portraits et j’avoue avoir chaque fois particulièrement apprécié l’exercice. Pourquoi ? Parce qu’à travers l’expérience de quelqu’un, on apprend énormément sur le monde. Finalement, j’assimile le portrait à une rencontre et à une ouverture à l’autre privilégiées.

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Après quelques années passées à New York où j’ai vécu, j’ai entrepris un projet d’écriture qui m’a mené plusieurs mois à LA. J’ai eu la chance de rencontrer des icônes de la culture américaine, de la contre-culture devrai-je dire !, comme la féministe Gloria Steinem, l’écrivain Budd Schullberg, grand ami de James Baldwin, Haskell Wexler et tant d’autres ! J’ai beaucoup aimé vivre dans cette culture américaine. J’étais envahie par les oeuvres du chanteur/musicien Gil Scott Heron ou Saul Willians, celles de Marc Levine ou encore et évidemment des écrivains comme Joan Didion, Erica Jong, Norman Mailer. Je découvrais la non-fiction, une écriture journalistique qui revendique la subjectivité alors bannie en France. Les journalistes américains, n’entretiennent pas ce fantasme d’une écriture objective. Ils assument que leur travail éditorial découle d’une longue réflexion sur les liens que l’individu tisse au monde. J’étais très mal à l’aise avec cette idée que l’écriture, journalistique y compris, puisse être objective. Et ce depuis ma première expérience journalistique, au sortir de mes études de droit.

Lorsque je suis rentrée de New York en 2009, je ne parvenais plus véritablement à faire mon travail de journaliste ; l’espace se réduisait toujours plus. J’ai remarqué qu’à cette époque, beaucoup de revues nouvelles paraissent en France, qui découlaient de celles américaines comme Paris Revue ou The Believer. Ce type de parutions m’a évidemment tout de suite parlé et c’est alors que j’ai eu envie de me lancer.  Mon frère venait de sortir la revue Alibi, j’ai alors décidé de fonder ma propre revue.

 

Quel en est le concept ?

Ce projet est, comme je viens de l’expliquer, très ancré dans la culture américaine. L’idée est de réaliser dans chaque numéro, le portrait de personnalités qui apportent des idées nouvelles à la société et qui portent sur elle un regard différent ; comment nait une idée nouvelle ? J’ai remarqué qu’elles naissent d’un parcours compliqué. Je choisis donc les personnalités qu’un écrivain, un photographe ou illustrateur vont rencontrer.

 

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Que trouve-t-on exactement dans cette revue ?

Dans la revue, on trouve 13 façons de faire des portraits, dont voici quelques exemples.
La première manière est correspondance imaginaire : lorsque l’on écrit une lettre à un destinataire, cela revient en quelque sorte à porter la personne en soi et c’est pour cela que le format épistolaire se prête si bien à l’exercice du portrait à mes yeux.

Il existe aussi le portrait par la nouvelle inédite, elle débute par “Si j’étais”, et cela va de “président de la république” à “une table basse”, sans restriction aucune. Souvent, ce sont de véritables pépites qui naissent sur nos pages.
On trouve également le “portrait américain”, basé sur le modèle du biopic. Dans la vie, nous connaissons 4 ou 5 événements déclencheurs, constitutifs de ce que nous sommes devenus. Le rôle de l’écrivain portraitiste est, dans ce cas précis, d’identifier ces moments et de les porter en récit.

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Nous pouvons également réaliser des portraits en constituant des portfolios. A mes yeux, l’image est tout aussi importante que le texte. D’ailleurs, nos photographies sont toujours pleine page, sur les bons conseils de Christian Caujolle, maître à penser dans le domaine. Je les traite comme des textes.

Je peux encore citer forme du portrait musical. Il s’agit de choisir une personnalité qui ne travaille pas dans le monde de la musique mais dont l’amour pour la musique va permettre à travers des chansons, des disques, des concerts qui l’ont particulièrement marqués, de raconter son rapport au monde. Agnès Desarthe, par exemple, dans le dernier numéro de la revue, s’est prêté au jeu. Nous avons pu découvrir, grâce à Laure Albernhe, qui a passé beaucoup de temps avec elle et Catel, qui signe les illustrations, qu’Agnès Desarthe entretenait avec la musique une relation très incarnée.

A chaque numéro, une thématique intemporelle mais qui répond  à des questions actuelles ! Par exemple, dans le numéro 3 de la revue, nous avons réalisé un portrait de la communauté queer et sans que l’on y prête une attention particulière, le numéro est paru au beau milieu des événements relatifs à la Manif pour tous.

Après avoir porté le thème, il faut s’occuper de réunir tous les intervenants. Chaque numéro comporte environ 13 portraits, mettant à contribution une dizaine d’écrivains ou journalistes, un peu moins de photographes ou illustrateurs et une secrétaire de rédaction avec qui je chapote tout le projet, de la première à la dernière ligne. Et puis il y a la mise en page, la photogravure et l’impression.

 

Comment sont choisies les personnalités dont la revue présente les portraits ?

Je choisi la thématique de chaque numéro et les gens qui seront portraiturés. Étant d’une personnalité vraiment très curieuse, tous les domaines sont susceptibles de m’intéresser. Je ne fais pas mon choix en fonction de la profession des personnalités, mais plutôt au regard des idées et du regard qu’elles développent. Il s’agit souvent de personnages dont j’ai découvert l’oeuvre et dont le regard m’a interpellé. Des personnes que je suis depuis un long moment, que j’étudie depuis plusieurs années. Par exemple, j’ai découvert le physicien Etienne Klein, qui travaille sur le temps qui passe. Son travail m’a émerveillé ; imaginez, étudier le temps qui coule, cette notion est absolument incroyable ! Quelques temps plus tard, j’ai lu un roman de l’écrivain Thomas B. Reverdy, Les Évaporés, que j’ai énormément apprécié. J’ai retrouvé dans ce texte l’idée du temps qui passe. J’ai alors décidé de les réunir avec Stéphanie Dupont, dont le travail photo est traversé par la mélancolie. Ces trois regards différents réunis sur une même question, nous avons obtenu un superbe portrait. S’il s’agissait de trouver un point commun à toutes les personnalités vers lesquelles mon regard se porte, je dirai qu’il s’agit de leur envie de penser les choses autrement, de ne pas être enfermés dans des schémas fixes.

 

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Je fonctionne d’ailleurs beaucoup à l’instinct. Un exemple. Lors de la réalisation du numéro 4 de la revue, Laure Albernhe s’était lancée dans le portrait musical d’Agnès Desarthe, pour qui la musique joue un rôle essentiel dans sa vie. J’avais prévu que Martin Lebrun, merveilleux illustrateur, s’occupe des illustrations. Laure est revenue vers moi et m’a suggéré Catel. Il était difficile pour moi de me retourner à ce moment là, puisque Martin était déjà sur le sujet. Pourtant, je sentais qu’elle avait raison. Très gênée, j’ai appelé Martin et lui ai fait part de la situation, lui proposant d’illustrer la nouvelle inédite de Caroline Boidé, Si j’étais Amina. Cela a été l’une des meilleures décisions que j’ai prise dans ce numéro. Les illustrations du texte de Caroline sont magnifiques comme celles du texte de Laure. Ça marchait dans ce sens là !

 

Comment se déroule la constitution d’un numéro de la revue ?

Après avoir fait le choix des portraiturés j’échange beaucoup les écrivains, les photographes, les illustrateurs,

Débute ensuite leur travail auquel je n’assiste pas, qui consiste en une série d’entretiens. Ils reviennent ensuite les textes et images. Et nous nous penchons ensemble sur leur travail. Il s’agit pour moi d’un grand moment de bonheur ! Je me demande ce que leur rencontre a donné !

 

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Le travail sur les textes est un moment très spécial. Lorsqu’un écrivain vous donne un texte, un photographe et un illustrateur, des images, il vous montre une marque de confiance absolue. En effet, les auteurs mettent beaucoup d’eux-mêmes, c’est très émouvant de les recevoir. Ce que j’aime, c’est être cet œil extérieur à leur travail et dialoguer avec eux, les pousser plus loin. Vous voyez, ce moment où, lorsque l’on fait parler quelqu’un et qu’à un moment donné une ampoule s’allume chez lui ? C’est tout ce pour quoi je travaille.

Globalement, monter un projet éditorial, c’est beaucoup travailler en amont les détails éditoriaux et graphiques. Tout est prévu, mais parfois, il faut laisser faire la magie de l’instant. Nous réalisons par exemple des listes d’auteurs avec qui nous souhaitons travailler. Parmi eux, il y avait notamment Alexandra Schwartzbrod, directrice adjointe de Libération et écrivaine. Vous imaginez bien à quel point cette femme est surchargée de travail ! Elle déclinait toujours, avec beaucoup de gentillesse certes, mes propositions de collaboration. Jusqu’au jour où, dans le numéro 3 de la revue, dédié aux géographies intérieure, j’avais décidé de réaliser le portrait d’Elias Sanbar, ambassadeur palestinien à l’UNESCO, un merveilleux humaniste, un regard rare car apaisé sur le conflit entre israéliens et palestiniens. Alexandra a été correspondante à Jérusalem pendant trois ans et ses livres s’inscrivent dans cette histoire. Je ne savais pas si elle avait déjà rencontré Elias Sanbar et si ça n’était pas le cas, j’étais presque certaine qu’elle ne pourrait pas refuser ma proposition. De plus, à cette époque, Libération était en pleine crise. C’est cette fois qu’elle a acceptée. La magie de l’instant !

 

A qui s’adresse la revue ?

Tout le monde ! pourvu que l’on soit curieux et ouvert d’esprit. Il n’y a en aucun cas besoin d’être un grand lecteur, ni même de connaître la personnalité dont on tire le portrait. J’aime les textes simples et je ne souhaite pas autre chose pour la revue. La beauté (littéraire) passe par la simplicité qui est la chose la plus difficile à atteindre.

Ouvrir la revue, c’est avoir envie de découvrir des parcours de vie qui vous disent, que malgré tout, c’est possible ! Ces parcours sont inspirants. J’aime l’idée de la force de l’exemple, les portraiturés en raison de leur relation au monde sont de merveilleux exemples.

 

A l’heure du tout numérique, pourquoi avez-vous choisi le format papier ?

Il est vrai que beaucoup de choses se passent sur internet en ce moment, mais j’avoue ne pas m’être posé véritablement la question. Pour moi, Portrait est à considérer comme un livre et il se devait d’être en papier, tout simplement ! Le processus qui consiste à parler à des écrivains, à concevoir des textes, à les lire et les corriger et à les imprimer, procure une sensation incroyable. Cela me semble quelque peu différent avec le numérique, le sentiment n’est pas le même pour moi. Voir un texte mis en page et imprimé est un bonheur absolu après tant d’heures de travail.

 

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Nous sommes par conséquent distribués uniquement en librairie. De base, il est difficile d’être distribué en kiosque, mais c’est surtout parce que je considère Portrait comme un beau livre, avec une véritable ambition d’écriture. La revue ne contient que des productions inédites et nous portons une immense attention aux illustrations et photographies : c’est un bel objet !

 

Retrouvez tous les numéros de la revue PORTRAIT sur le site internet de l’éditeur. 

Le festival America comme si vous y étiez

Le festival America revient à Vincennes du 8 au 11 septembre pour sa 8ème édition.

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L’édition 2016

Le rêve américain est-il encore d’actualité 240 ans après l’indépendance des États-Unis ? Par quoi se définit la culture américaine ? Quel regard les écrivains portent-ils sur leur pays ? Cette année, c’est non moins de 50 écrivains, autant que d’États composant les États-Unis d’Amérique, qui tâcheront lors du festival, de répondre à ces questions, à quelques semaines de la fin du second mandat de Barack Obama.

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Concordant avec le 15e anniversaire des attentats du 11 septembre, l’édition de cette année sera également l’occasion pour les écrivains de discuter les conséquences de cet événement sur le monde d’aujourd’hui et d’évoquer aussi les guerres que mène l’Amérique actuellement. Pour les organisateurs du festival et pour nous, les lecteurs, les écrivains ont toujours figuré parmi les meilleurs observateurs de leur temps et c’est pour cette raison que le festival leur accorde une place de choix, afin de saisir et de croiser leurs regards sur le monde contemporain afin de l’éclairer.

Côté auteurs, des plumes confirmées comme des nouvelles voix seront présentes pour des séances de dédicaces mais aussi pour des rencontres ou des conférences tout au long du festival. Retrouvez notamment : James Ellroy, Garth Risk Hallberg, Laura Kasischke, Megan Kruse, Colum McCann, Dan O’Brien, Don Winslow ou encore Meg Wolitzer.

Le programme complet des activités est à retrouver ici.

L’Amérique des écrivains

L’Amérique représente un important vivier d’écrivains. De toutes les littératures étrangères présentes sur Babelio, c’est d’ailleurs la littérature américaine qui comporte le plus de lecteursPour cette raison, entre autres, nous avons décidé de nous rendre pour la première fois sur les lieux du festival America qui est entièrement consacré à la littérature américaine et de prendre part à l’aventure en tant que partenaires officiels. Notre équipe éditoriale fera, comme à son habitude, de son mieux pour vous permettre, ici, de retrouver un maximum d’informations au jour le jour.

“Chacun a son Amérique à soi, et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire qu’on croit être là mais qu’on ne voit pas.”
Andy Warhol

Plus encore, nous animerons plusieurs tables rondes et conférences lors du week-end. Vous trouverez tous les détails ci-dessous. N’hésitez surtout pas à venir nous rencontrer à cette occasion, nous nous ferons un plaisir de vous saluer. De plus, nous organisons plusieurs rencontres avec des auteurs pendant la durée du festival. Si vous n’avez pas la possibilité d’y accéder, nous vous proposerons des retranscriptions en live tweet de ces rencontres.  Sur Twitter, vous pourrez suivre le @Babelio pour accéder au programme en direct des conférences ainsi qu’au live tweet de certaines d’entre elles tout au long de la durée du festival.

Vous pourrez également nous retrouver sur Instagram Babelio

Le sommaire

L’article étant amené à s’enrichir au fil du festival, vous pouvez directement accéder à la partie qui vous intéresse grâce au sommaire :

Programme du vendredi 9 septembre

Programme du samedi 10 septembre

Programme du dimanche 11 septembre

Nos live-tweets

Revue de presse du festival

Quelques listes

Quelques quiz

Le festival au jour le jour

« Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines. »
F. Scott Fitzgerald 

Vendredi 9 septembre

 

Amérique, des écrivains en liberté

« Il n’avait nulle part, c’est à dire partout, où aller, alors il roulait sa bosse sans trêve sous les étoiles » écrivait Jack Kerouac dans son fameux roman Sur la route. Pour de nombreux lecteurs, la littérature américaine est synonyme de grands voyages à travers l’immensité du territoire américain, des villes « démentes et ténébreuses » de l’Est jusqu’aux grands espaces de l’Ouest sauvage.

C’est en fonçant le long des highways (près de quarante mille kilomètres parcourus), s’arrêtant aux portes des maisons de grands écrivains (Jim Harrison, Laura Kasischke…) qu’Alexandre Thiltges et Jean-Luc Bertini ont entrepris leur voyage. Alors que sort Amérique des écrivains en liberté leur ouvrage racontant leur périple, une exposition de photo retrace leur parcours et leurs rencontres.

photos2Rendez-vous Rue Eugène-Renaud (le long de l’Hôtel de ville), du 5 au 11 septembre

 

Voici quelques photos de l’exposition :

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Donald Ray Pollock

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Laura Kasischke

Detroit, ville sauvage

Elle a souvent été l’emblème des années fastes des Etats-Unis. Détroit a abrité le siège de la Motown, la puissante compagnie discographique consacrée à la musique soul et a longtemps été le cœur de  l’industrie automobile. Puis, la ville a rapidement sombré dans la dépression avant de se déclarer en faillite en 2013, passant de 1,5 millions d’habitants à 700 000. Que signifie ce déclin sans précédant dans l’histoire des Etats-Unis ?

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C’est à cette question que tente de répondre Florent Tillon dans son documentaire Détroit Wild City projeté à Vincennes dans le cadre du festival. Une rencontre avec les écrivains Thomas B. Reverdy et  Marianne Rubinstein ainsi qu’avec le réalisateur du documentaire Florent Tillon suivra la projection.

Rendez-vous à 14h à 16h30 au Cœur de ville – Auditorium Jean-Pierre Miquel / Ernest Hemingway

Le café (noir) des libraires

De toutes les littératures américaine, le roman noir est l’une des plus populaires, des plus reconnues et certainement l’une des plus passionnantes. C’est donc très logiquement que cette littérature est mise à l’honneur tout au long du festival America. Dans les salons de l’hôtel de ville, dans une salle des fêtes pour l’occasion rebaptisée salle William Faulkner se sont réunis deux experts du genre, Thomas H. Cook auteur de Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, et Hector Tobar, un journaliste également auteur d’un roman noir intitulé Jaguar. Don Winslow devait venir mais a au dernier moment été retenu aux Etats-Unis.

Qu’est-ce qui a poussé ces auteurs à tremper leur plume dans les encres les plis sombres, dans les eaux les plus troubles des passions les plus viles ?
C’est à cette question posée par Renaud Junillon qu’ont tenté de répondre ces deux auteurs américains.

tobarPour Hector Tobar, journaliste de profession, il était important de décrire la réalité de la ville de Los Angeles où ses parents ont émigré depuis le Guatemala. Le livre Jaguar, publié chef Belfond, a en effet été écrit en réaction à ce que Los Angeles était devenu dans les années 1990. Alors que la ville représentait celle de tous les possibles seulement quelques années auparavant, elle est devenue dans les années 1990  celle de la pauvreté et de la délinquance.
tobarHector Tobar avait constaté cela en tant que journaliste mais il voulait également y apporter une réponse littéraire.

L’action de Jaguar se déroule dans des endroits méconnus de Los Angeles, des territoires très éloignés de Hollywood, dans tous les sens du terme. Je connais le Los Angeles glamour, nous dit Hector Tobar, mais j’ai vécu également le Los Angeles capitale d’un empire décédant où les fusillades et les pillages sont fréquents. »

Pour comprendre cette situation, il était important pour Hector Tobar, dans son roman Jaguar, de se plonger dans le passé, de comprendre comment on a pu en arriver là. Il est ainsi question de l’immigration, la grande histoire tue des Etats-Unis : « Chaque ville américaine est peuplée de gens qui viennent d’ailleurs, de gens qui ont fui la guerre, fui la pauvreté. Mon livre était un moyen de leur rendre hommage. Ce sont des gens très courageux. »

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Dans Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur (éditions du Seuil) de Thomas Cook qui succède dans les salons de l’hôtel de ville de Vincennes à Hector Tobar, il est également question du passé des Etats-Unis.

 

De nombreux allers-retours entre le présent (le roman a été écrit dans les années 1990) et les années 1960 constituent la trame du récit  : « Il y avait dans les années 1960 une atmosphère de violence qui existait partout aux Etats-Unis et plus particulièrement dans le sud. » Une partie de l’action de déroule en effet dans une petite ville d’Alabama en pleine période de lutte pour les droits civiques. Une époque émaillée d’actes de violences envers les Noirs même si d’après Thomas H Cook, « des milliers d’actes courageux ont été faits dans le sud profond. Je voulais raconter un de ces actes héroïques dans le cadre d’une histoire d’amour. On dit parfois que si vous voulez devenir communiste il suffit de tomber amoureux d’une communiste ! Je pense qu’une passion personnelle peut refléter une passion politique. »

h cook.jpgUne histoire d’amour compliquée et de nombreuses questions qui laisseront les lecteurs sans répit avant le dénouement final : « Qu’allait faire Kelli sur le mont Crève-Cœur ce jour-là ? Qu’allait-elle chercher, seule dans la profondeur de ces bois ? »

Et si le roman navigue entre les rives du passé et du présent sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur , c’est que pour l’auteur « les répercussions d’une mauvaise action ne sont pas toujours immédiates, elles peuvent se matérialiser longtemps après. Je voulais un personnage qui puisse réfléchir à ses actions passées ».

Interrogé sur son style, sur sa façon d’écrire des romans policiers, le romancier avoue qu’il n’avait pas conscience d’avoir écrit un polar avant qu’on lui donne un jour un prix dans cette catégorie : « J’en ai lu après coup mais j’ai souvent été déçu par la résolution des énigmes. Quand tout le roman vous pousse à vous interroger sur l’identité du tueur, à construire une tension jusqu’au dénouement final, on est souvent déçu par les résolutions des intrigues. Moi, je donne souvent l’identité du tueur assez rapidement dans mes récits. Je change un peu la dynamique du suspens : la question qui va intéresser le lecteur n’est pas de savoir qui est le tueur mais pourquoi il a tué ».
Quant à son style, il se dit incapable d’écrire de façon linéaire : « J’écris comme on épluche un oignon, j’épluche couche après couche jusqu’à plonger le lecteur au centre de l’intrigue et des questionnements ».

Le roman a été écrit et publié aux Etats-Unis dans les années 1990 mais n’est publié en France qu’aujourd’hui. L’auteur en est satisfait : « Ecrire beaucoup de livres c’est comme avoir beaucoup d’enfants, on ne les aime pas tous pareils, plaisante-t-il (à moitié). Celui-ci je l’aime particulièrement. »

Du réalisme en littérature

C’est pour présenter leurs oeuvres, inscrites dans un certain réalisme social que sont invités Anne Beattie, Alice McDermott et Willy Vlautin dans les salons de l’hôtel de Ville de Vincennes pour un café des libraires.

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Qu’y-a-t-il de plus fort que la littérature pour raconter le maillage des vies ? Il n’y a pas d’histoire ordinaire pour un bon écrivain. Ce qui semble de prime abord banal peut s’avérer un formidable matériau romanesque à même d’éclairer sans tour de passe-passe la société dans laquelle nous vivons.

annInterrogée sur son recueil L’état où nous sommes – nouvelles du Maine, publié chez Christian Bourgois, Anne Beattie déclare qu’elle n’avait au départ pas forcément l’objectif d’écrire un recueil de nouvelles. Installée, seule dans sa nouvelle maison du Maine, elle écrivait simplement une histoire par jour, principalement centrées sur un personnage, Kate : « j’avais écrit cinq ou six nouvelles sur elle ce qui représentait à peu près 85 pages. » Peu à peu, une cohérence s’installe dans ses différents textes : « J’avais écrit d’autres nouvelles, d’autres personnages. J’avais conclu le recueil autour de l’histoire de Kate mais finalement mon mari m’a donné l’idée d’entremêler ses histoires à d’autres récits consacrés à d’autres personnages. C’est ainsi qu’elle est devenue le fil rouge de ce recueil.  »

etatY-a-t-il une différence entre écrire un roman et des nouvelles. L’un demande-t-il plus d’imagination que l’autre ? « Non, répond Anne. Je ne pense pas qu’il y ait une différence de cette sorte. La différence est dans la façon dont on va déployer les mots. Le rythme n’est pas le même : une histoire courte doit développer une certaine profondeur assez rapidement alors que le roman peut prendre plus de temps. »

someoneDans Someone publié aux éditions de la Table ronde, Alice McDermott met en scène la vie de Marie, une ménagère, dans le New-York des années 1930. Qu’est-ce qui intéressait l’auteur dans ce personnage ? « C’est une femme ordinaire qui vit dans contexte ordinaire. Ce qui m’intéresse c’est que même dans ce contexte pour le moins ordinaire il existe des distinctions. Elle, essaie tout du moins de se distinguer. »

aliceL’action est située à Brooklyn, lieu d’arrivée de tous les immigrants européens :  » C’était l’endroit ou les émigrants arrivaient, ces gens qui ont eu le courage de quitter leur foyer, de traverser l’Océan. Ce lieu, ce quartier, incarne cette inspiration à mieux faire. »

« Je parle de ce personnage mais j’espère qu’on ne pense pas seulement à Marie. Elle incarne quelque chose de plus universel. C’est d’ailleurs ce que permet le roman, de parler de quelques individus pour refléter une situation plus globale. »

willyUn sentiment partagé par Willy Vlautin qui met en scène dans son roman Ballade pour Leroy des personnages « paumés » :

willy2« J’ai écrit ce roman par culpabilité, par colère et par amour. Par culpabilité parce que je n’avais jamais pensé à ces soldats partis en Irak, en Afghanistan ou au Moyen Orient. Je n’avais jamais pensé à leur souffrance.
Je l’ai également écrit sous le coup de la colère car la personne que j’aime le plus au monde, ma petite amie, quoi que’elle fasse, ne pouvait pas avoir de couverture maladie.  »

« Enfin, poursuit-il, je l’ai écrit par amour car j’aime les infirmières qui s’occupent de ceux qui souffrent. Je voulais parler d’elle à travers un des personnages de mon roman. Elles ont tout vu et vous aident à vous débrouiller. J’ai d’ailleurs dédicacé ce livre à la sainte-patronne des infirmières. »

Le forum des écrivains : de nouveaux territoires littéraires (14h-15h)

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. Les auteurs Rachel Kushner, Ben Lerner, et de Virginia Reeves, lauréate du prix Page/América prennent place sur leurs sièges pour  cette première rencontre de l’après-midi : De nouveaux territoires littéraires.

L’animateur Steven Sampson présente les auteurs présents puis échange quelques plaisanteries sur la vocation du métier d’écrivain.  Il  entre ensuite dans le vif du sujet en s’interrogeant sur la double visée du roman : le livre est-il à la fois le reflet de l’auteur et d’un territoire ?

 

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Crédit photo : Suzanne Koett

Virginia Reeves prend la parole la première. Dans Un travail comme un autre, la primo-romancière situe son roman au cœur de l’Alabama en raison de son profond attachement pour cet état au passé aussi riche que lourd. En ce lieu où résonnent encore les conflits de la ségrégation raciale se mêle à la fois la résilience, la fierté, et l’espoir des habitants.
C’est dans cet état brisé que Virginia Reeves met en scène un-travail-comme-un-autreun homme qui dédie sa vie à l’électricité dans les années 1920.
Ce cadre permet de mettre en lumière un état secoué par la mécanisation et l’électricité même jusque dans les prisons, où le protagoniste échoue suite à un accident avec l’un de ses branchements.… Cet arrière plan historique contribue à faire de son roman le reflet marquant d’un Alabama en proie aux souffrances et aux progrès du début du siècle.

rachel-kushnerTout autant attachée aux lieux qu’elle évoque, la romancière Rachel Kushner cherche dans Les lances flammes à établir un parallélisme entre le New-York artistique des années 1970 et celui, plus rude, de l’Italie révolutionnaire. D’après cette écrivaine originaire de l’Oregon, l’identité d’un individu n’est pas dictée par son attachement à un territoire, mais par une affinité à une culture. Pour cette raison, Rachel Kushner, passionnée de politique italienne, se rend régulièrement en Italie et y entretient de très bonnes relations avec ses amis du pays. les-lances-flammesGrâce à eux, la romancière a pu donner un compte-rendu poignant de réalisme des grèves ouvrières massives qui ont bouleversé l’Italie à partir de 1969. D’ailleurs, les critiques élogieuses reçues par son dernier roman témoignent de la méticulosité avec laquelle sont relatés des évènements pourtant peu évoqués dans la littérature. L’auteure nous apprend d’ailleurs fièrement que son confrère Nanni Balestrini, également fidèle défenseur de l’Italie des années 1960, l’a récemment contacté pour échanger sur leur passion commune.

 

Après quelques pérégrinations sur le sujet, l’animateur s’interroge sur la construction d’un roman : est-il possible de dissocier espace et personnages ?

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Adam Lerner / AP Images for Home Front Communications

Ben Lerner s’empresse de démentir cette hypothèse, d’ailleurs il juge plus pertinent de placer les héros dans un monde différent du sien pour analyser leur comportement. L’intérêt de ce procédé, qu’il utilise dans son roman 10:04, repose d’après lui sur la résonance entre l’art et le réel, dont le parallélisme permet de mettre en lumière un décalage de l’écoulement du temps selon le milieu où l’on se situe.
C’est d’ailleurs ce que ce jeune auteur cherche à faire dans sa métafiction 10 :04 10h04en y insérant un clin d’œil au clocher du film culte Back to the Future. Dans ce film se déroulant en grande partie dans le passé, on découvre l’ironie de l’éventualité de la présidence de Reagan ou encore le mythe des blancs d’être les inventeurs du rock … Tant d’éléments nous paraissant décalés aujourd’hui, mais dont l’éventualité avait tout son sens quelques décennies plus tôt, témoignant ainsi du changement de perception découlant de la diversité des espaces temporels.

Rachel Kushner rebondit sur ces propos pour évoquer sa passion pour la vitesse, et plus particulièrement l’automobile. Elle explique à son auditoire que la De Lorean, la fameuse voiture du héro Back to the Future, est en vérité une parenthèse tragique de l’industrie automobile créée par un ingénieur de General Motors et faisant écho aux enjeux socialistes du début de siècle.

Sur ces mots, l’animateur remercie les auteurs de leur présence et conclut la rencontre, pressé par le temps mais satisfait des propos échangés malgré les quelques digressions de la fin.

 

Le Forum des écrivains : La fabrique des personnages (15h à 16h)

 

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Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. Cette fois-ci, c’est l’animatrice Christine Marcadier  qui prend le relai pour cette seconde rencontre de l’après-midi avec pour thème La fabrique des personnages. Après avoir brièvement présenté les œuvres des trois auteurs Eddie Joyce, Jane Smiley et Meg Wolitzer et leurs œuvres, elle s’interroge sur la vocation des personnages d’un roman à incarner des moments de l’histoire.

 jane-smileyAvec beaucoup d’humour, Jane Smiley énumère les différents éléments qui lui ont permis de comprendre la profondeur de l’âme humaine, que ce soit pour des personnages de romans ou ou des individus de la vie réelle. C’est avec les commérages que la romancière a découvert de la complexité des personnes qui l’entouraient, mais c’est surtout en ayant des enfants qu’elle a pris conscience de l’unicité de chaque être humain dès sa naissance. Dans son ouvrage Nos premiers jours, l’écrivaine relate l’enfance, nos-premiers-jpursl’adolescence, puis l’âge adulte d’un dénommé Franck… jusqu’à ce que ce dernier prenne son envol et fasse un jour quelque chose d’inattendu. Car après tout, admet la romancière en riant, ce n’est parce qu’il est né de sa plume que Franck ne possède pas sa propre volonté.

 

 

Satisfaite de cette réponse qui se termine sur un rire général, l’animatrice pose une seconde question. Le personnage de roman est-il nécessairement une projection autobiographique de son auteur ?
Someg-wollitzerurire aux lèvres, l’écrivaine Meg Wollitizer admet que tout comme son héroïne, elle s’est également rendue à de nombreux summer camp étant jeune. Mais c’est d’après elle
sa seule ressemblance avec son héroïne, bien qu’elle avoue tenter au mieux de « d’imposer sa façon d’être dans le monde » comme l’a si bien dit Zedy Smith.

 

Plus pragmatique, Eddie Joyce, à qui l’on doit le roman Les petites consolations, affirme vouloir non pas dépeindre son moi intérieur à travers ses personnages, mais plutôt une communauté dans sa généralité.

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Crédit Photo – Kerry Keho

Il fait ainsi des habitants du quartier des immigrés de Staten Island un peuple à part entière. Dans cette portion de ville exilée de New-York, où les métiers de fonctionnaires (pompiers, instituteurs) sont ancrés dans les mœurs, le personnage principal fait un pied de nez aux valeurs de sa famille et décide de devenir avocat. Seulement, le monde du dehors s’avère plus rude qu’il ne le croyait, d’autant que cet ancien de Staten Island ne se sentira jamais chez lui à Manhattan malgré sa réussite. En parallèle, l’écrivain évoque le deuil de la famille suite au décès tragique du fils Bobby dans l’attentat du 11 septembre.

 

Christine Marcadier rebondit sur cette précision sur un événement marquant de l’histoire pour demander aux auteurs comment procèdent-ils pour raconter des personnages incarnant à la fois un devenir et une temporalité.

 En établissant un parallélisme entre deux personnages tout aussi talentueux l’un que l’autre, mais auxquels le destin a réservé des sorts différents, Meg Wollitzer se penche sur les répercussions du talent sur la vie au fil des années dans son roman Les intéressants.  Tandis que l’un des protagonistes se distingue en créant une série télévisée similaire aux Simpson, on suit la décadence d’une actrice déchue qui peine à joindre les deux bouts. En situant ses personnages dans un New-York des années 1980, l’écrivaine aspire à mettre en lumière les évolutions qu’a connue la ville ces dernières décennies non seulement par son œil de narratrice, mais aussi à travers le prisme de ses protagonistes.

Quant à Jane Smiley, elle confirme vouloir dans son roman Nos premiers jours faire le portrait d’une époque en parlant de l’évolution de l’industrie agraire en Iowa au début du siècle. Un progrès en appelant un autre, la romancière évoque le souvenir de l’apparition de la publicité dans les années 1950, alors que les industries vantaient les mérites de produits dont les mauvais effets sur la santé seraient mis en lumière plus tardivement. Toutefois, la romancière admet avoir délibérément commencé son récit dans les années vingt, ne désirant pas aborder le sujet épineux de la première guerre mondiale.

Après quelques rires échangés entre Jane Smiley et Meg Wollitzer, l’animatrice conclut la rencontre sur une note d’humour et remercie les auteurs pour le bonne humeur.

Le forum des écrivains : un zest d’humour (16h – 17h)

 

Avec Derf Backderf, l’auteur de Trashed, Iain Levison, l’auteur du livre Ils savent tout de vous et Sam Lipsyte, l’auteur de Demande et tu recevras.

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Pendant quatre jours, le Festival America met en lumière les auteurs emblématiques de la littérature américaine contemporaine. Face à la morosité évidente qui se retrouve largement dans les romans publiés ces dernières années, quelques écrivains au sourire facile ont préférés mettre en exergue critique sociale et gris portrait du monde en usant d’un zeste d’humour.

Compte-rendu de la rencontre

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. La troisième table ronde du Forum des écrivains débute. Son thème : l’humour. Animée par Michel Bazin, la rencontre réunit Derf Backderf, Iain Levison et Sam Lipsyte, trois auteurs américains qui ont choisi l’humour – et plus précisément l’humour noir – pour parler des conséquences de la
crise mais aussi des désillusions humaines et sociétales

trashedTrès fier de partager ce moment avec ceux qu’il a lu et apprécié, Michel Bazin les présente et parle de leurs œuvres. D’abord, il revient sur Trashed de Derf Backderf, qui offre au lecteur une plongée dans une année de la vie d’un éboueur américain. ilssaventtoutPuis il enchaîne avec Ils savent tout de vous de Iain Levison, un roman légèrement policier et largement fou où un détective télépathe poursuit un condamné à mort doté du même pouvoir que lui. Enfin, il évoque Demande et tu recevras de Sam Lipsyte, qui raconte l’histoire d’un artiste raté quarantenaire bien décidé à porter plainte contre son ancienne université pour lui avoir donné l’espoir d’accomplir ce qu’il n’a su réaliser. demandePour Michel Bazin, ces œuvres, bien que très différentes ont pourtant des points communs indéniables : tous trois mettent en lumière les inégalités d’une société où la lutte des classes est visible et palpable. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces trois textes mettent en scène « l’Amérique d’en  bas » proposant une critique de l’american way of life dévoré par les médias où le travail n’apporte pas satisfaction à la majorité.

Au cours de cette rencontre, les trois auteurs ont échangé sur une série de questions les interrogeant sur la place de l’humour dans les textes et ses limites.

Je ne pense pas que l’on puisse aller trop loin dans la critique. 

S. Lipsyte

Quel a été le point de départ de votre livre et pourquoi avoir choisi d’y insérer l’humour ?

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©Ceridwen Morris

Sam Lipsyte prend la parole : « Quand j’ai commencé à penser à ce roman, je me suis souvenu d’un ami d’université qui voulait être peintre. Lorsqu’il n’a pas réussi, il a voulu faire un procès à la fac où il avait étudié car elle lui avait fait croire qu’il pouvait réussir. J’avais ce souvenir dans un coin de ma tête ». Michel Bazin lui demande si la critique présente dans le roman ne serait pas un peu trop virulente à l’égard de la réalité, et de la personne dont s’inspire l’histoire. « Je ne pense pas que l’on puisse aller trop loin dans la critique, surtout lorsqu’il s’agit du capitalisme. Le livre n’est pas qu’une critique de cet artiste raté, je n’aime pas me moquer des gens sans pouvoir comme lui. D’ailleurs, à mesure que l’histoire se développe, j’évoque différents personnages d’américains types ». Michel Bazin hoche la tête et se tourne vers Iain Levinson.

Dans votre livre, la prison où est enfermé l’un des personnages principaux recrute des chefs étoilés pour réaliser le dernier repas des condamnés à mort. N’avez-vous pas poussé les choses un peu loin ?

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©Daniel Fouray

Iain Levinson : « Vous savez  j’ai bien conscience du pouvoir qu’à la télé réalité et de comment elle influence les gens. J’ai été juré récemment et j’ai pu voir comment les gens se projetaient déjà dans le spectacle avant même d’avoir pensé à rendre un verdict ». Il n’a pas vraiment répondu à la question, mais Michel Bazin poursuit.

Dans plusieurs de vos livres, vous critiquez la télévision et la puissance prise aujourd’hui par les médias. Est-ce qu’utiliser l’humour est pour vous une arme vous permettant de dénoncer ces dérives ?

Iain Levinson : « Oui, l’humour est une bonne façon de montrer les dérives, de montrer le ridicule de ce constat. On a qu’à regarder la façon dont les médias montrent actuellement les élections américaines, les présentant comme un véritable succès démocratique, alors même que rien ne ressort des débats, que rien n’y est vraiment dit. C’est complètement ridicule. Mais voilà le pouvoir des médias ». Michel Bazin interroge ensuite Derf Backderf et lui demande ce qu’il pense de la télévision et de son pouvoir. « Je ne sais pas trop quoi penser de la télévision. Mais j’ai déjà été la cible des médias avec l’affaire Dahmer (rires). Vous savez, Dahmer, Jefferey Dahmer, le serial killer. Nous étions dans le même lycée et lorsque cela s’est su, les médias ne m’ont pas lâché ». Sans faire plus de commentaires, Michel Bazin enchaîne, le questionnant cette fois-ci sur son roman.

J’aime le contraste entre le drôle et la réalité plus grave. 

D. Backderf

Et pour vous, l’humour était-il indispensable pour écrire Trashed ?

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©gonzai.com

Derf Backderf sourit : « Dans le livre, on rit mais l’histoire est aussi bouleversante. J’ai passé un an à ramasser les ordures. Le livre c’est vraiment le récit de ce que je voyais à l’arrière du camion ». Entre deux éclats de rire, l’auteur ajoute : « J’aime le contraste entre le drôle et la réalité plus grave ». Michel Bazin acquiesce, et l’interroge sur le thème de la surveillance constante qui est développé dans le roman. Derf Backderf hoche la tête, puis déclare, assuré : « Dans tous les pires boulots, on vous surveille. Vous savez ce que l’on dit, Job de merde, patron de merde« . Iain Levison appuie ses propos : « Oui. Plus un boulot est merdique, plus les patrons vont être capables d’investir pour surveiller, juste pour s’assurer que le boulot est bien fait ».

Encore des rires : c’est Sam Lipstyte qui manifeste son accord avec ses deux camarades.

Vous pensez que l’humour peut permettre de parler de toutes les situations ?

L’auteur acquiesce : « Je pense, oui. Par exemple, lorsque ce que l’on a voulu ne se réalise pas, l’humour permet d’aborder cela ». Mais il change rapidement de sujet : « Et puis pour rebondir sur les propos de Derf Backderf, je dois dire qu’aujourd’hui oui, on est surveillé, partout, jusque dans nos ordinateurs de bureau ». Derf Backderf dit d’un air désabusé : « La nouvelle génération est foutue, et c’est à cause de nous ».  Iain Levison ajoute, plus grave : « La technologie éloigne aujourd’hui l’argent des travailleurs. Avec ce système, on est foutu « . À Sam Lipsyte de reprendre : « Et la situation ne fait qu’empirer ».

Moi, je suis un anticapitaliste qui ne plaît pas aux Etats-Unis.

 I. Levison

Vous êtes tous d’accord pour dénoncer le capitalisme et son fonctionnement ?

S’ensuite un court silence. Derf Backderf est le premier à oser reprendre la parole : « Je ne sais pas vraiment », dit-il, « en fait, je voulais surtout raconter une bonne histoire, avec de bons personnages. L’humour a finalement rendu le texte assez différent de l’intention de départ ».  Iain Levison : « Vous savez, mon livre a été mieux accueillit en France, même si tous les gens avec qui je travaille adorent mes romans. Mais, moi, je suis un anticapitaliste qui ne plaît pas aux Etats-Unis » conclut-il avec un sourire.

L’heure tourne. Comme ces trois romans parlent de l’Amérique et de sa société, Michel Bazin lance le sujet des élections américaines, que tous les médias évoquent et qui s’achèvent bientôt. Sam Lipsyte dit : « sur le sujet des élections, je pense qu’il y a beaucoup à dire. Mais tout d’abord, on va pleurer ! » La salle éclate de rire. Imperturbable, il continue : « Parce que bon, de toute façon, une fois qu’Hilary Clinton sera élue, on sera dans la même merde qu’avant ». Derf Backderg donne aussi son avis ; lui s’insurge un peu, quoique avec le sourire, contre les commentaires qu’il a pu lire en France sur les américains et leur « folie » d’avoir mis Trump comme candidat : « Les Français, vous critiquez beaucoup le fait que Donald Trump soit candidat aux élections présidentielles…Vous me faites rire ! Parce qu’en vrai, vous avez le même type de personne chez vous, c’est Marine Le Pen. Et regardez aussi, en Autriche : ils ont élus un président d’extrême droite. On a le même problème partout ». C’est à Iain Levinson d’avoir le mot de la fin : « En fait, les élections sont généralement un beau spectacle. Regardez en France : aucune chance que François Hollande soit réélu, pourtant tout le monde en parle et les médias le donnent gagnant. Mais en fait c’est juste un spectacle médiatique qui amuse les journalistes. »

Je voulais surtout raconter une bonne histoire, avec de bons personnages. L’humour a finalement rendu le texte assez différent de l’intention de départ…

D. Backderf

Dans la salle des fêtes, les gens rient, et on entend des murmures d’assentiment, les dernières paroles des auteurs ont fait mouche. Par-dessus le brouhaha, on entend Michel Bazin qui s’efforce de conclure cette rencontre qui fut trop rapide, rappelant les titres des romans et l’actualité des auteurs. Il remercie enfin ses invités, et l’assistance applaudit, car bien que les sujets abordés furent sérieux, l’humour était là et c’était tout ce qui comptait.

 

Samedi 10 septembre

  • Table ronde Babelio : DU ROMAN À L’ÉCRAN

Avec Laura Kasischke, l’auteur d’Esprit d’hiverStewart O’Nan, l’auteur de Derniers feux sur Sunset et Marlon James, l’auteur de Brève histoire de sept meurtres.

Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville), Samedi 14h-15h

Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ? Voilà quelque unes des questions auxquelles tenteront de répondre nos invités qui ont tous les trois, à des degrés divers, eu affaire avec Hollywood.


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riverTrois romans de Laura Kasischke ont pour l’instant été adaptés au cinéma. C’est d’ailleurs son premier roman A Suspicious River, publié en 1996 aux Etats-Unis, qui fut le premier à être porté sur grand écran. C’était en 2000 par la réalisatrice canadienne Lynne Stopkewich. Pour notre membre Rexregis le roman, publié en France chez Christian Bourgois est “gorgé d’une poésie mélancolique absolument sublime dans toutes les descriptions, aussi bien dans de ce qui se passe que quand il ne se passe rien, c’est-à-dire qu’elle réussit à décrire l’invisible, l’atmosphère de vide éblouissant et magnifique qui entoure l’héroïne”. La réalisatrice a-t-elle su conserver cette poésie ? Par quels moyens ?

vie devant ses yeux livreLa seconde adaptation fut celle de son troisième roman La vie devant ses yeux, l’histoire de Diana McFee, une quarantenaire qui a tout pour être heureuse mais qui sombre pourtant dans la folie. Ce sont deux stars du cinéma Evan Rachel Wood et Uma Thurman qui incarnent successivement le personnage de Diana jeune et adulte dans un film réalisé en 2007 par Vadim Perelman, un réalisateur américano-canadien qui fut impressionné par la qualité du roman : « Le livre est comme une magnifique chanson sur deux filles, il a vraiment quelque chose de magique. Laura Kasischke est une poétesse et ce livre est l’une de ses premières oeuvres en prose. Il n’a pas de structure linéaire, pas de narration conventionnelle. Il a une qualité onirique. Mais c’est justement ce qui m’a attiré : le défi de l’adapter à l’écran. »

oiseauWhite Bird est la troisième adaptation d’un roman de Kasischke, en l’occurrence son deuxième roman Un oiseau blanc dans le blizzard, publié en France en 2000 chez Christian Bourgois. Pour la lectrice Marple,“Ce livre confirme le talent de Laura Kasischke pour créer des ambiances étouffantes, nous y laisser mariner quelques centaines de pages, puis nous en donner la clé, toujours inattendue et bien trouvée”. L’ambiance est-elle tout aussi étouffante dans l’adaptation signée Gregg Araki ? Pour le réalisateur, qui n’a pas voulu rester entièrement fidèle au roman, « Laura Kasischke a une façon impressionniste d’appréhender le monde. C’est très cinématographique”.

Stewart O’Nansnow est un écrivain américain dont le premier roman, Des anges dans la neige, publié en France en 1997 chez l’Olivier a été adapté au cinéma près de dix ans plus tard par David Gordon Green avec Kate Beckinsale et Sam Rockwell dans les rôles principaux. Pour le lecteur Loutre des Rivières, “Stewart O’Nan parvient à nous embarquer dans un récit poignant, réaliste où l’horreur côtoie la routine et le quotidien.” L’adaptation, qui reçu un excellent accueil critique et fut saluée par l’auteur lui-même.

onan2Son dernier ouvrage, Derniers feux sur Sunset, un roman biographique sur les dernières années de Francis Scott Fitzgerald, devrait également être adapté au cinéma. Aura-t-il un rôle dans la production de son ouvrage ?

meurtreMarlon James n’a pas encore vu ses romans prendre vie sur grand écran mais l’écrivain américain planche en ce moment sur l’adaptation de son roman fleuve Brève histoire de sept meurtres publié chez Albin Michel. Il s’agit d’une plongée en apnée dans la Jamaïque de Bob Marley avant, pendant et après la tentative d’assassinat du chanteur. Un roman qui a permis à son auteur de remporter le prestigieux Man Booker Prize en 2015. Ce n’est cependant pas sur le grand écran que sera adapté le livre mais dans une série télé produite par HBO. Il faut dire qu’avec 800 pages et près de 70 personnages, c’est probablement le format qui permet de rester le plus fidèle au roman.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/forum-des-%C3%A9crivains/du-roman-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9cran.html

Le lieu : Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville),
La date : Samedi 14h-15h

Table ronde Du roman à l’écran – Compte rendu

Samedi 10 septembre 2016 de 14h00 à 15h00

Avec Marlon James, Laura Kasischke, Stewart O’Nan

Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ?

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Interrogé sur le rapport faustien entre les écrivains et Hollywood, Stewart O’Nan rappelle que pour un auteur, Hollywood est toujours une opportunité, ne serait-ce que parce que cela permet de payer les factures. Il souligne que des auteurs comme Aldous Huxley ou Dorothy Parker ont acquis une plus large notoriété grâce à leur travail pour le cinéma.  Et c’est le Faulkner scénariste qui assurait la paix financière du Faulkner écrivain.

Fitzgerald, dont l’expérience à la Mecque du cinéma est le sujet de Dernier feux sur Sunset, le dernier roman de Stewart O’Nan, était fasciné par le cinéma, comme il l’était par tout ce qui était neuf et semblait pouvoir changer son époque : l’automobile, l’aviation etc. Il s’est rendu trois fois à Hollywood. Les deux premières furent des échecs. Et juste avant son troisième essai, en 1937, alors que Gatsby le magnifique allait être publié, il écrivait à son éditeur Max Perkins : « Si celui-là ne marche pas, j’irai à Hollywood et j’apprendrai à écrire des films. »

Laura Kasischke, elle, raconte que lorsqu’elle a été contactée pour la première adaptation de l’un de ses romans, elle a été flattée et honorée, mais qu’elle a eu la prudence de ne pas se laisser aller à trop d’enthousiasme, échaudée par l’expérience de nombreux amis écrivains dont les livres avaient été optionnés par des producteurs, et dont les adaptations n’ont jamais vu le jour. D’autant plus que même lorsque le film se fait, le temps peut être très long entre l’option sur un roman et la première projection de l’adaptation. Il est plus sage de ne pas sabrer le champagne trop tôt.

« Une série n’est pas un livre, c’est  un autre genre d’animal »

Marlon James

Le cas de Marlon James diffère un peu : son roman est en cours d’adaptation pour la télévision, sous la forme d’une série. Il a d’ailleurs écrit le scénario du premier épisode. Mais même après l’avoir écrit, il n’est pas encore certain de vouloir s’impliquer totalement et garder le contrôle créatif de la série. Une série n’est pas un livre, c’est « un autre genre d’animal ». Il y a beaucoup d’exemples d’adaptations sur lesquelles l’auteur de l’œuvre original a voulu exercer un contrôle sans partage, et qui se sont avérées être catastrophiques à l’arrivée. Il faut savoir lâcher la bride. On raconte d’ailleurs qu’à Hollywood, lorsque un auteur veut réaliser lui-même l’adaptation de son livre, on le sent rien qu’à la lecture du scénario, et ce n’est généralement pas de très bon augure.

Laura Kasischke le confesse : s’impliquer dans l’adaptation de ses romans ne lui a jamais traversé l’esprit. Elle ne saurait absolument pas comment s’y prendre. Et de toute façon, collaborer, ce n’est pas vraiment pour elle : enfant solitaire, sans frère ni sœur, elle n’a jamais été une championne du travail de groupe…

Revenant sur la question des écrivains à Hollywood, Stewart O’Nan rappelle qu’au-delà de l’adaptation, certains auteurs ont produit de très belles choses en écrivant directement pour l’écran, tel Graham Greene avec Le Troisième homme ou Kazuo Ishiguro avec The Saddest Music in the world. Il tient le travail de scénariste de Fitzgerald en haute estime : la qualité de ses dialogues, en particulier ceux des personnages féminins, est indéniable, et compte pour beaucoup dans l’Oscar reçu par Maragaret Sullivan dans Trois Camarades. Et, on le sait moins, son talent de dialoguiste a également été mis à contribution pour Autant en emporte le vent. Mais comme Laura Kasischke, il n’était pas vraiment fait pour le travail de groupe.

Cette dernière a-t-elle apprécié les films tirés de ses livres ? Elle était si honorée d’être adaptée à trois reprises qu’elle s’est toujours gardée de porter un regard trop critique. Elle n’a vu chacun des films qu’une seule fois, mais raconte que dans son œil, l’adaptation est un objet à part, dissocié de l’œuvre originale, dans lequel elle s’étonne toujours de retrouver au détour d’une scène ou d’un dialogue quelque chose qu’elle avait voulu mettre dans son livre. Et elle est toujours impressionnée par le travail et les apports propres au medium cinématographique, à commencer par les décors et les costumes.

Marlon James n’est pas inquiet de la simplification qu’induit parfois l’adaptation. Le format de la série permet au contraire de densifier l’œuvre originale. Une tapisserie comme The Wire, par exemple, ne pouvait être qu’une série, pas un film. Par certains aspects, le scénario qu’il a écrit pour le premier épisode était plus dense que le roman lui-même. Certains personnages secondaires du roman ont été plus développés. Et l’artifice par lequel des personnages s’adressent directement à l’auteur ne pouvant être transposé de manière satisfaisante à l’écran, il a fallu ajouter d’autres personnages à qui ils puissent faire leurs confidences. Stewart O’Nan renchérit en expliquant qu’en un sens, des séries de qualité comme The Wire ou Deadwood ont repris le flambeau d’un genre que la littérature avait un peu délaissé : la fresque sociale. Autre intérêt de la série selon Marlon James, la possibilité qu’elle donne à des comédiens de talent d’être en lumière. Si son roman avait été adapté au cinéma, il est possible que le personnage principal, une femme noire dans la trentaine, ait plu à Julia Roberts, et que les spectateurs se soient retrouvés avec une Julia Roberts au mauvais accent jamaïcain à l’écran. Dans une série, le rôle aura plus de chance d’échoir à un interprète approprié. James Gandolfini, qui incarne avec maestria Tony Soprano dans la série Les Sopranos, n’aurait sans doute jamais eu ce rôle au cinéma.

Aurait-il refusé de voir son roman adapté en film plutôt qu’en série ? Pas forcément. Il y a d’excellentes adaptations cinématographiques de gros romans, comme ceux de Dickens, par exemple. Il y en évidemment beaucoup de très mauvaises aussi. Il avoue avoir préféré l’adaptation du Docteur Jivago par David Lean au roman de Pasternak.

Sur la question de la fidélité à l’œuvre originale, Laura Kasischke explique qu’en ce qui concerne ses romans, une fois que les choses sont signées, elle est ouverte à tout. Elle aime être surprise, et la seule chose qui importe, c’est qu’elle soit touchée par le film. Sans connaître les réalisateurs ou les acteurs des adaptations de ses livres, elle y a retrouvé à chaque fois une parenté, une atmosphère propre à ses romans.

« Dans certains cas, comme celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, par exemple, le film va jusqu’à prendre la place du livre dans la culture populaire. »

Stewart O’Nan

Stewart O’Nan a eu la chance de voir son livre Des anges dans la neige adapté par un auteur réalisateur, David Gordon Green, qui avait du fait de cette double casquette un vrai contrôle créatif sur le film. Et pour avoir vu les précédents films de David Gordon Green, il savait déjà que le ton de son livre, l’univers des petites villes américaines qu’il explore, seraient bien présents à l’écran. Il rappelle que certains écrivains ont détestés les adaptations de leurs livres : Anthony Burgess pour Orange Mécanique, Stephen King pour Shining ou Ken Kesey pour Vol au-dessus d’un nid de coucou. (Marlon James souligne que Stephen King, qui a salué à l’inverse les médiocres adaptations de Cujo ou de Salem, est certainement meilleur auteur que critique de cinéma.) Stewart O’Nan estime que dans ces exemples, les films constituent des œuvres en elles-mêmes, qui existent en tant que telles indépendamment du matériau original, et il s’en félicite. Laura Kasischke a été plutôt satisfaite des adaptations de ses romans, qui restituent à ses yeux sa propre sensibilité, même si elle s’est parfois trouvée face à certains de ses lecteurs estimant qu’elle avait dû être très déçue. Sa principale inquiétude, c’était d’être incomprise, que l’adaptation conduise les spectateurs à des contresens. C’est cette même inquiétude qu’elle a face à la critique, quand elle lit par exemple : « Laura Kasischke aime la violence et voir mourir les animaux.». Elle s’en défend : « J’aime les animaux ! Parfois, ils meurent, c’est vrai. Mais ce n’est pas de ma faute ! » Stewart O’Nan rebondit en expliquant que le message du livre est parfois modifié par l’adaptation. Et que dans certains cas, comme celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, par exemple, le film va jusqu’à prendre la place du livre dans la culture populaire. A l’inverse, certains livres bénéficient d’une reconnaissance a posteriori grâce à leur adaptation. Marlon James prend ainsi l’exemple d’American Psycho de Bret Easton Ellis.

En résumé, Stewart O’Nan voit trois destins possibles pour une adaptation :

  • Un film si bon qu’il occulte le livre
  • Un film si mauvais que le livre en pâtit par contagion (Cloud Atlas, par exemple)
  • Un bon film, tiré d’un bon livre, et comme tout le monde est payé à la fin, on ne va pas se plaindre…

« Dans un scénario, on ne peut pas écrire « Elle est perplexe. » Il faut trouver un équivalent : « Elle fronce les sourcils. » »

Marlon James

Pensent-ils à une potentielle adaptation lorsqu’ils écrivent ? Pas nécessairement pour Stewart O’Nan, mais il lui est arrivé d’être influencé par le cinéma dans son écriture. Il a ainsi écrit Speed Queen juste après avoir vu Pulp Fiction et Créatures Célestes, de Peter Jackson, ce qui l’a conduit à inclure dans le roman de nombreux éléments de l’imaginaire cinématographique américain, notamment la vitesse et la violence propres au road movie. Laura Kasischke, elle, n’est pas en mesure de penser à un comédien pour incarner le personnage du roman qu’elle est en train d’écrire : elle n’est déjà pas capable de penser à son futur lecteur ou son futur éditeur. Marlon James a grandi en Jamaïque dans les années 70, où il était plus facile de tomber sur une VHS du Parrain ou de Blade Runner que sur un roman de Toni Morrisson. Son imaginaire a été informé par le cinéma plus que par la littérature. Et il en a gardé une écriture cinématographique, plus tournée vers les actes que vers l’introspection. Il a appris avec le cinéma une règle simple, qu’il rappelle souvent à ses étudiants : « Un coucher de soleil est beau en soi. Il n’a pas besoin de vous. N’en rajoutez pas. » Abordant l’écriture de scénario, il explique à quel point elle est différente du roman. Dans un scénario, on ne peut pas écrire « Elle est perplexe. » Il faut trouver un équivalent : « Elle fronce les sourcils. » Mais son écriture littéraire étant déjà relativement dans cet esprit, son roman se prêtait sans doute plus que d’autres à une adaptation.

Laura Kasischke rappelle que l’écriture pour la télévision a beaucoup changé avec les années. Changé en bien. Petite, elle passait des heures devant les soap opéras, et le constat était sans appel : c’était terriblement mal écrit.  Dialogues, personnages, rien ne tenait debout. Et c’est en ouvrant son premier bon roman que, par comparaison, elle a réalisé qu’il était aussi possible de bien écrire. La télévision s’est grandement améliorée depuis cette période, et elle ne désespère d’ailleurs pas de mettre un jour son mari, qui a 68 ans, devant Breaking Bad, en dépit de son hostilité inflexible envers le petit écran.

«L’intérêt principal de l’adaptation est avant tout d’avoir pu m’offrir une maison avec des toilettes qui fonctionnent. »

Laura Kasischke

En conclusion, tous s’accordent à dire que, pour être flatteuse, l’adaptation n’est absolument pas un objectif ou une case à cocher dans la carrière d’un écrivain. Si cela arrive, tant mieux, mais Marlon James explique que certains auteurs écrivent aujourd’hui en anticipant une potentielle adaptation, et que la qualité de leur texte, plus proche d’un scénario que d’un livre, s’en ressent. Pour Laura Kasischke, il y a un décalage entre les gens qui ne sont pas forcément lecteurs, qui vous félicitent quand ils apprennent que vous allez être adapté, et les grands lecteurs, qui voient parfois ça d’un mauvais œil, comme une compromission. Elle aura le mot de la fin en rappelant que dans son cas, comme pour beaucoup d’auteurs, l’intérêt principal de l’adaptation est avant tout d’avoir pu s’offrir une maison avec des toilettes qui fonctionnent…

  • Table ronde Babelio :  LITTÉRATURE & JOURNALISME

avec Héctor Tobar, l’auteur de Jaguar,  Alysia Abbott, l’auteur de Fairyland et John Jeremiah Sullivan, l’auteur de Pulphead.

Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville), Samedi 17h-18h

À l’heure des réseaux sociaux et de l’accélération globale du débit de l’information, y a-t-il encore une place pour le journalisme littéraire ? Le journaliste est-il nécessairement un écrivain en puissance ? De quelle manière un sujet, une idée deviennent-ils un essai ou un roman plutôt qu’un article ? Du journaliste ou de l’écrivain, qui prend le pas sur l’autre ?

Pour discuter du journalisme et de ses liens (encore existants ?) avec la littérature, on vous propose une rencontre avec trois auteurs aux profils très variés mais dont les oeuvres et les approches se situent au croisement entre ces deux activités que sont la littérature et le journalisme.

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FairylandIl existe plusieurs facettes au livre Fairyland d’Alysia Abbott. Il s’agit d’une part de la biographie du propre père de l’auteur, Steve Abbott, un écrivain homosexuel victime du sida en 1992, une autobiographie dans laquelle l’auteur comment elle a grandi avec cet unique père comme parent et enfin un riche témoignage de la vie à San Francisco, alors capitale de la culture hippie dans les années 1970.

Gage de sa qualité d’écriture, le livre a également reçu le Prix Marie Claire du meilleur roman féminin en 2015. Il sera par ailleurs adapté au cinéma par Sofia Coppola.

Hector Tobarjaguar est quant à lui un journaliste né à Los Angeles de parents immigrés guatémaltèques. Sa couverture des émeutes de Los Angeles en 1990 a été saluée par le prestigieux prix Pulitzer. Ce sont d’ailleurs ces émeutes qui ont inspiré son premier roman Jaguar.

Comment passe-t-on de journaliste à écrivain ? Pourquoi passer par le genre de la fiction ? Reste-t-il toujours un journaliste quand il écrit un roman ? Ce sont autant de questions que nous lui poserons lors de la rencontre.

sullivanLa littérature et le journalisme sont au coeur des textes de John Jeremiah Sullivan, auteur de auteur de nombreuses chroniques et essais parus dans des magazines tels GQ, The Paris Review ou encore Harper’s Magazine. Également rédacteur en chef de la section littérature du sud des États-Unis de la revue littéraire The Paris Review, John Jeremiah Sullivan s’intéresse tout particulièrement à ce qui constitue l’âme de l’Amérique. Il a ainsi écrit de longs articles sur Michael Jackson, le Tea Party, le Mississippi post-Katrina ou encore sur un festival de rock chrétien.

Ces articles, on peut aujourd’hui les retrouver dans le recueil Pulphead, publié chez Calmann-Levy en 2013 et qui regroupe quelque unes de ses plus célèbres chroniques.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/forum-des-%C3%A9crivains/litt%C3%A9rature-journalisme-2.html
Le lieu : Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville)
La date : Samedi 17h-18h

Table ronde Littérature et journalisme  – Compte rendu

Samedi 10 septembre 2016 de 17h00 à 18h00

Avec Alysia Abbott, John Jeremiah Sullivan, Héctor Tobar

À l’heure des réseaux sociaux et de l’accélération globale du débit de l’information, y a-t-il encore une place pour le journalisme littéraire ? Le journaliste est-il nécessairement un écrivain en puissance ? De quelle manière un sujet, une idée deviennent-ils un essai ou un roman plutôt qu’un article ? Du journaliste ou de l’écrivain, qui prend le pas sur l’autre ?

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Interrogé sur ce qui l’a conduit à choisir la narrative non fiction, John Jeremiah Sullivan commence par un souvenir : son père adulait Mark Twain, au point de porter le même costume blanc que lui. Cette familiarité avec l’œuvre de Twain, à cheval entre fiction et journalisme, l’a poussé à embrasser le genre sans appréhension, car il savait que ce fameux « nouveau journalisme » avait en fait toujours existé. Bien avant David Foster Wallace, Daniel Defoe avait déjà inventé à la fois le roman anglais et le magazine. Bien sûr, chaque genre a ses libertés et ses limites. Et lorsqu’il lit un grand roman, il lui arrive de trouver la non-fiction frustrante, en découvrant des vérités humaines profondes que seule la fiction est en mesure d’atteindre. Mais l’avantage du journalisme, c’est qu’il oblige à mener l’enquête, à se défaire de ses préjugés.

Héctor Tobar, lui, est devenu écrivain grâce au journalisme. Il est issu d’une famille pauvre, où l’on n’imaginait même pas qu’écrivain puisse être une profession. Mais le journalisme lui a donné un passeport pour utiliser la langue, pour explorer le monde, pour raconter des histoires. Et plus il a avancé dans son parcours de journaliste, plus il a compris qu’il avait besoin de personnages dans ses histoires, qu’il allait avoir besoin de la beauté de la langue, d’infuser l’art dans le journalisme  pour lui donner une autre dimension. Le journalisme lui a appris que les mots ne sont pas innocents, que l’on est comptable de ce que l’on écrit. Que toute écriture est la recherche d’une vérité. Avec une différence de taille, cependant : quand on est journaliste, on écrit pour être lu immédiatement. Il confesse d’ailleurs ne s’être jamais perçu comme un artiste jusqu’à sa première visite au Festival America quatre ans plus tôt, lorsqu’il a entendu des lecteurs français le qualifier du beau nom de « romancier »…

Alysia Abbott voulait parler de son père, de ses dernières années pendant lesquelles ils échangeaient des lettres, de sa mort et de ses conséquences. Plus encore après avoir trouvé ses journaux intimes. C’était une mission. Mais elle a mis des décennies pour trouver le bon angle. Elle ne voulait pas écrire un récit personnel, mais quelque chose de plus large, qui soit représentatif des queer et de leurs familles. C’est là que le journalisme est intervenu. Les mémoires sont un genre souvent égocentrique. C’est pourquoi elle a effectué un lourd travail de documentation et d’interviews pour dépasser le récit personnel et en faire une histoire sociale.

Son père était un poète, très expérimental, et elle s’est demandé un temps si elle devait suivre cette voie pour raconter son histoire. Mais elle cherchait quelque chose de plus stable à titre personnel que la poésie. Et au-delà de ça, la réalité la stimule, elle n’aime pas inventer. Elle souhaitait que les lecteurs puissent s’identifier à elle en tant que personnage, quelque chose que ne permet pas le journalisme traditionnel. Au vu du sujet, sans cette identification, le récit aurait pu leur paraître trop étrange.

Pour Héctor Tobar, l’empathie est l’un des outils les plus puissants à la disposition du journaliste. La fiction permet de mettre à jour des vérités que les personnes interviewées ne peuvent ou ne savent pas dire. L’imagination permet de combler les lacunes. Le journaliste n’a pas le droit d’utiliser cet outil, mais l’écrivain le peut.

«Le piège, c’est de trop insister sur son propre point de vue, de se mettre en scène au détriment du sujet, et de finalement perdre le lecteur. »

John Jeremiah Sullivan

A propos de l’empathie, John Jeremiah Sullivan explique qu’il ne faut pas cacher au lecteur que, aussi documentée et honnête soit-elle, toute histoire reflète la perspective de son auteur, qui a ses propres problèmes et préjugés. Il ne recule donc pas devant l’usage de la première personne du singulier dans ses livres. Mais le piège, c’est de trop insister sur son propre point de vue, de se mettre en scène au détriment du sujet, et de finalement perdre le lecteur. C’est un équilibre délicat. Sa règle d’écriture, c’est de n’utiliser la première personne que dans les cas où ça lui permet de poursuivre son travail de journaliste plus loin qu’en gardant une position neutre. Sinon, quand ça n’est pas utile, ça tourne à la dérive narcissique.

Il rappelle ensuite qu’en lui, le journaliste et l’auteur sont parfois en conflit. Il lui arrive régulièrement en écrivant de se dire que s’il pouvait y ajouter des choses à sa fantaisie, l’histoire pourrait être géniale ! Mais il s’en garde. Il aime la réalité. Elle a une texture, une luminosité bien à elle. Et en non-fiction, on a la charge du réel. Cela dit, une bonne histoire finit toujours par réconcilier par elle-même le journaliste et l’auteur.

« Mes romans sont écrits par un journaliste, mais par un journaliste fou. »

Héctor Tobar

Héctor Tobar donne une définition de ses romans : « ils sont écrits par un journaliste, mais par un journaliste fou. » Ou par un écrivain qui veut utiliser les instruments que lui offre le journalisme : l’observation, la langue, la capacité à se projeter dans un personnage, ou encore le sens du détail. Gabriel Garcia Marquez disait que c’était le détail qui donnait au à l’écriture sa crédibilité. Si Héctor Tobar dit « J’ai vu des chevaux voler au-dessus de Vincennes », on peut le croire, mais on sera plus tentés de le croire encore s’il ajoute « l’un d’eux avait un fer rouillé ».

Interrogé sur la nécessité de lire des romans pour être un bon journaliste, John Jeremiah Sullivan répond qu’au-delà des étiquettes ou des compartiments, l’écriture est un tout, qu’il s’est nourri autant de fiction que non-fiction sans nécessairement tracer de frontière claire entre les deux. Héctor Tobar a le sentiment qu’écrire de la fiction a fait de lui un meilleur journaliste. Il n’aurait pas été capable d’écrire Les 33, son enquête sur les mineurs chiliens enterrés, s’il n’avait pas publié deux romans auparavant.

Alysia Abbott ne fait elle non plus pas de distinction nette entre la narrative non fiction et la fiction dont elle s’est approprié les outils. Elle est également attirée par le genre des mémoires, à cause de la mise en danger de l’auteur, qui cherche à dévoiler sa vérité émotionnelle. Elle aime la fiction, mais trouve stimulant qu’une histoire doive sans tenir aux seuls faits, sans possibilité d’invention. Comme Héctor Tobar et Gabriel Garcia Marquez, elle souligne l’importance du détail, en rappelant ce critique du New Yorker qui, dans un livre sur les mécanismes de la fiction, disait qu’un seul détail pouvait suffire à détruire l’abstraction, à faire advenir la beauté.

Héctor Tobar explique que plus il avance dans sa carrière de journaliste, plus il prend conscience de sa responsabilité. Il cherche sans cesse de meilleurs outils pour rendre la vérité. Mais s’il faut être un bon technicien, un bon journaliste se doit aussi d’être une bonne personne, même si cela conduit à écrire des choses qui peuvent blesser ou indisposer. On ne peut se contenter d’être un artisan, il faut aussi être un homme de bien, un mensch comme on dit en yiddish.

John Jeremiah Sullivan brosse pour conclure un tableau de l’évolution du journalisme ces vingt dernières années. Son métier a radicalement changé. Le web est devenu le canal de lecture principal. Mais il voit là quelque chose de plus excitant que déprimant. Bien sûr, cette évolution a ses aspects négatifs, que chacun connaît. Il veut garder l’esprit qu’il a vu à l’œuvre au New York Times Magazine lorsqu’il y a travaillait : plutôt que résister au changement, ou capituler devant lui, les journalistes cherchaient constamment comment utiliser ces nouveaux outils de manière créative pour mieux faire leur métier. S’il devait résumer cette transformation, il dirait qu’il ne fait aujourd’hui plus du journalisme, mais plutôt de l’art documentaire.

 Dimanche 11 septembre

  • Table ronde Babelio : PROTEST SONGS

Avec Marlon James, l’auteur de Brève histoire de sept meurtres, Gyasi Ross, et Willy Vlautin, l’auteur de Ballade pour Leroy.
Espace Truman-Capote (Magic Mirrors), Dimanche 12h-13h

On dirait presque qu’elle est née avec l’Amérique, cette tradition de la protest song ou comment signifier son désaccord en chanson. Depuis la période coloniale, elle sert à s’élever contre l’injustice. On a ainsi chanté pour réclamer l’indépendance, demander l’abolition de l’esclavage ou la paix (de la guerre de Sécession à celle d’Irak), obtenir une meilleure justice sociale ou l’égalité des droits, clamer son opposition à la mondialisation … De Woody Guthrie et Bob Seger à Bob Dylan, Joan Baez et Bob Marley sans oublier Neil Young, Bruce Springsteen et Eminem, la protest song a vraiment conquis ses lettres de noblesse littéraire.
Que représente pour eux cette façon particulière de protester ? La chanson atteint-elle davantage le public qu’un livre ? Est-ce important pour un écrivain de s’engager ? Écrit-on différemment quand il s’agit des paroles d’une chanson ?

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Marlon James, Gyasi Ross et Willy Vlautin sont trois auteurs qui ont une chose en commun : la musique, ou tout du moins, une certaine forme de musique : celle qui a quelque chose à dire.

Willy Vlautinvlautin2, est un écrivain américain auteur de quatre romans mais également un chanteur, celui du groupe de rock Richmond Fontaine qui a déjà une dizaine d’albums à son actif. Vous pouvez d’ailleurs écouter leurs oeuvres sur leur site internet.
Ses romans et ses chansons sont intrinsèquement liées : ils parlent parfois des mêmes personnages, des mêmes lieux, font références les uns aux autres. Autre point commun, ce sont toujours les laissés-pour-compte de la société américaine qui sont au centre de ses textes.

meurtreLes laissés-pour-compte sont également au centre de l’oeuvre de Marlon James et plus précisément de son livre coup de poing Brève histoire de sept meurtres. Long de près de 800 pages, l’auteur a fait couler autant d’encre sur le papier que ses personnages de sang sur le trottoir. C’est que les laissés-pour-compte parfois s’organisent et deviennent des gangsters. Marlon James s’est inspiré de la tentative d’assassinat de Bob Marley en Jamaïque le 2 décembre 1976 pour brosser le portrait d’un pays au bord du gouffre. La musique de Bob Marley est omniprésente, comme un incessant -et inutile ?- appel à la paix.

gyasiCe sont d’autres laissés-pour-compte auxquels Gyasi Ross a prêté sa voix et sa plume, celle des indiens d’Amérique. Né dans une tribu Blackfeet, Gyasi Ross est avocat diplômé de la Columbia Law School. Ecrivain (ces oeuvres ne sont pas encore traduites en français), auteur de chroniques mais également rappeur, Gyasi Ross consacre son oeuvre à défendre la cause des indiens et plus généralement des minorités toujours opprimées aux Etats-Unis. Le rap est -il une forme à part entière du protest songs ?

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/protest-songs.html
Le lieu : Espace Truman-Capote (Magic Mirrors)
La date : Dimanche 12h-13h

Table ronde Protest Songs  – Compte rendu

Dimanche 11 septembre 2016 de 12h00 à 13h00

Avec Marlon James, Gyasi Ross, Willy Vlautin

On dirait presque qu’elle est née avec l’Amérique, cette tradition de la protest song ou comment signifier son désaccord en chanson. Depuis la période coloniale, elle sert à s’élever contre l’injustice. On a ainsi chanté pour réclamer l’indépendance, demander l’abolition de l’esclavage ou la paix (de la guerre de Sécession à celle d’Irak), obtenir une meilleure justice sociale ou l’égalité des droits, clamer son opposition à la mondialisation … De Woody Guthrie et Bob Seger à Bob Dylan, Joan Baez et Bob Marley sans oublier Neil Young, Bruce Springsteen et Eminem, la protest song a vraiment conquis ses lettres de noblesse littéraire. Marlon James fait revivre Bob Marley dans son roman et, au-delà de la soif de justice et d’égalité du mouvement reggae, Gyasi Ross écrit et chante du rap, la forme moderne de la protest song, pour célébrer et défendre sa culture, celle des Indiens d’Amérique, tandis que Willy Vlautin, le leader du groupe country-rock Richmond Fontaine, célèbre dans ses textes les humbles et les laissés-pour-compte du rêve américain, tel un héritier de John Steinbeck.

Que représente pour eux cette façon particulière de protester ? La chanson atteint-elle davantage le public qu’un livre ? Est-ce important pour un écrivain de s’engager ? Écrit-on différemment quand il s’agit des paroles d’une chanson ?

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Enfant déjà, Willy Vlautin, bien que très romantique, était plus attiré par les chansons engagées que par les chansons d’amour, notamment parce qu’elles semblaient dire la vérité. Et il constate que ce sont les jeunes qui écrivent des chansons engagées, tandis que les vieux écrivent des chansons d’amour. Peut-être parce que lorsqu’on est jeune on pense tout savoir, et qu’on a une forme de combativité, alors que lorsqu’on vieillit, si l’on aime et qu’on est aimé en retour, on juge que c’est déjà bien suffisant.

Gyasi Ross a une révélation à faire : il est Amérindien depuis longtemps. Et d’ailleurs, ses parents l’étaient aussi… Son père avait été enrôlé pour le Viet Nâm, et très jeune, il manifestait avec ses parents contre cette guerre. Il a toujours baigné dans une éthique de protestation. A l’époque, il écoutait le groupe de rock amérindien XIT. La radicalité des paroles lui échappait, mais elle s’est inscrite de manière souterraine dans son esprit, comme dans Inception.

Si bien que quelques années plus tard, lorsqu’à 14 ans, arrivé à Washington State, il a découvert sur le câble le clip de Fight the power, de Public Enemy, il y a immédiatement vu le même esprit, la même énergie. C’est cet esprit qu’il essaie de retrouver dans ses chansons et ses livres. Voilà 500 ans que les Amérindiens vivent sous la même pression, qu’on leur explique qu’ils ne devraient pas être là où ils sont. Chanson et littérature engagées sont une même manière d’affirmer son droit à l’existence, sa propre beauté, de réinventer une narration dans laquelle on a sa place.

Marlon James a grandi en Jamaïque dans les années 70, et s’étonne toujours d’entendre des non-jamaïcains dire qu’ils apprécient Bob Marley pour son message de paix et d’amour. Mais ils parlent de trois chansons ! Toutes les autres sont révolutionnaires ! Beaucoup de Jamaïcains détestaient Bob Marley et le rastafarisme. Il dérangeait. A l’époque, en Jamaïque, on aspirait surtout à la normalité, à devenir une version chocolatée du colon blanc. Le message rastafari, qui disait qu’il ne fallait pas attendre de sauveur blanc, allait à contre-courant. Donc oui, le reggae était une musique engagée. En tant qu’écrivain, cependant, même s’il a grandi dans le reggae, Marlon James dirait qu’il a été plus influencé dans la forme et dans le fond par le hip hop, par NWA et des chansons comme Night of the Living Baseheads de Public Enemy. Il se rappelle d’ailleurs que lorsqu’on grandit dans une famille de policiers, il vaut mieux avoir un casque pour écouter NWA crier « Fuck the Police »…

Pourquoi Gyasi Ross a-t-il choisi le rap pour s’exprimer ? Parce qu’il ne sait pas chanter ! Il raconte qu’à l’université, il a suivi un cours sur l’histoire du rock and roll, qui s’est avéré être le plus passionnant de son cursus. Il a découvert Dylan, Sam Cooke, et toutes ces chansons qui constituaient la bande-son de la révolution. Et s’il pouvait chanter One Tin Soldier ou Come together des Beatles, il le ferait avec enthousiasme, mais il n’a pas ce talent-là.

Willy Vlautin, lui, écrit surtout sur ce qui l’empêche de dormir. L’engagement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan l’a empêché de dormir. Le fait que sa copine n’ait pas pu obtenir d’assurance maladie l’a empêché de dormir. Il écrit sur les sujets qui le dérangent, mu par sa colère. Toute sa vie, il  a voulu écrire des chansons d’amour, mais il n’a pu se retenir d’écrire des chansons engagées. Et il en va de même pour les livres.

« On écrit de la littérature engagée pour ne plus avoir à en écrire. »

Marlon James

Pour Marlon James aussi, il y a toujours de la colère au cœur du roman. Il rappelle cette maxime d’un de ses professeurs : « Il faut toujours écrire à propos de ce qu’on aime, de ce qu’on déteste, de ce avec quoi on n’est pas d’accord. » Et dans le fond, on écrit de la littérature engagée pour ne plus avoir à en écrire. Dans Sunday, bloody Sunday, Bono pose la question « How long must we sing this song ? » Pete Seeger serait effaré d’apprendre que malheureusement, ses chansons ne sont pas moins pertinentes aujourd’hui. Car on écrit toujours des textes engagés pour changer les choses, pour que ces textes mêmes ne soient plus pertinents à l’avenir.

Lorsqu’on lui demande si un roman peut changer les choses, Willy Vlautin répond qu’il n’oserait imaginer changer quoi que soit avec un livre. Ses cicatrices, ses obsessions, c’est tout ce qu’il a à offrir. Et s’il écrit, c’est aussi pour se pencher sur certaines peurs, les examiner sous toutes les coutures, en espérant pouvoir ainsi s’en exorciser. Avec un succès mitigé pour l’instant.

« Mes livres, mes disques, sont des signaux de fumée envoyés aux victimes d’injustices »

Gyasi Ross

Gyasi Ross expose le concept du gaslighting, une forme d’abus mental qui consiste à faire douter quelqu’un de sa propre santé psychique. C’est précisément ce que subissent aux Etats-Unis les communautés noire ou amérindienne au sujet du racisme. On dit qu’ils sont trop sensibles, qu’ils exagèrent. Jusqu’au jour où la vidéo d’un jeune noir désarmé abattu par la police oblige les Blancs à une prise de conscience brutale : « Mais alors, vous disiez vrai ! » Marlon James acquiesce : c’est en voyant le documentaire de Netflix intitulé Making a murderer que ses amis blancs ont réalisé que ce que chantaient NWA il y 25 ans n’était pas de la paranoïa, mais bien la réalité. Ce que Gyasi Ross cherche à faire avec ses disques et ses livres, c’est envoyer des signaux de fumées aux victimes d’injustices sociales ou universitaires. Qu’à le lire ou l’entendre, ils se disent qu’ils ne sont pas fous, et qu’ils ne sont pas seuls.

Sur la question de son soutien politique à Bernie Sanders pour la primaire démocrate, Gyasi Ross répond qu’il se définit comme un révolutionnaire pragmatique. Il fait entendre son soutien car il estime qu’il est toujours utile de dénoncer un système politique discriminatoire. Socialement, il est privilégié. Il sait qu’il sera moins affecté directement par les choix politiques d’un Trump que les éléments les plus défavorisés de sa communauté. Et c’est justement pour eux qu’il a l’obligation de soutenir Hillary Clinton ou Bernie Sanders, s’il estime que leur politique peut améliorer un peu leur quotidien.

Willy Vlautin est obsédé par la manière donc ceux qui ont le pouvoir traitent ceux qui en ont moins. Il suffit de regarder le mari qui bat sa femme, ou même le client qui engueule la serveuse, l’employé de McDonald’s humilié par son patron. Ce sont les histoires de ces gens là qu’il veut écrire, ceux qui sont du mauvais côté du bâton. Il veut donner à voir la cruauté de ces dominations secrètes et quotidiennes. Quant à savoir s’il est plus facile de faire passer un message dans un livre ou dans une chanson, les deux sont difficiles à faire. On écrit un roman comme on creuse une tranchée. Alors qu’écrire une chanson, c’est plutôt marcher dans la rue en espérant en attraper une et la tenir fermement. A choisir, le travail ingrat de l’écriture est peut-être celui qui lui plait le plus.

A la question du choix du medium, Gyasi Ross répond par une citation du braqueur Willie Sutton. Lorsqu’on lui demandait pourquoi il braquait les banques, il répondait « C’est là où se trouve l’argent. » Ross, lui, se dit indifférent à l’argent, mais aussi au medium : il choisit le plus approprié pour porter son message. Il travaille ainsi actuellement sur un projet de dessin animé, autour d’une jeune amérindienne qui se révèle être plus intelligente que son professeur.

Pour Marlon James, la volonté de toucher un public large pour répandre un message n’oblige pas à la compromission. Il est très actif politiquement sur son profil Facebook, et il ne supporte pas plus les commentaires stupides ou haineux que par le passé. Il milite contre l’inaction. Il n’est pas suffisant de ne pas être raciste. Il faut être antiraciste, de manière active. Pour faire un parallèle, aujourd’hui, la plupart des gens peuvent se déclarer « non-violeurs ». Ils n’ont pas d’amis violeurs. Ils ne votent pas pour des violeurs. N’achètent pas de disques de violeurs. Et pourtant, des femmes se font encore violer. L’inaction ne suffit pas.

«J’ai longtemps cru que certaines chansons de Dylan étaient des titres reggae. »

Marlon James

Le genre des protest songs est-il américain par essence ? Marlon James reconnaît que la sensibilité politique des chanteurs jamaïcains vient de l’écoute des américains. Il a d’ailleurs longtemps cru que certaines chansons de Dylan étaient des titres reggae, ne les connaissant qu’au travers des reprises qu’avaient pu en faire des chanteurs jamaïcains… Cela dit, chacun peut dire la vérité dans sa propre langue, il suffit d’ouvrir la bouche et de gueuler.

Pour Gyasi Ross, l’hymne américain est la plus connue des chansons engagées. Il rappelle que beaucoup d’Amérindiens sont encore sensibles au pouvoir incantatoire des mots. Traditionnellement, c’est par les mots qu’on communique avec les esprits.  Alors on les manie avec précaution. C’est d’ailleurs pour ça que les pow wow songs ne contiennent que des onomatopées et non des paroles. La chanson engagée résonne donc particulièrement avec la culture indienne, dans laquelle on a la conviction que lorsqu’on parle on va créer quelque chose.

« N’importe qui dans l’assistance peut écrire une bonne chanson engagée. Il faut juste en écrire 1000 mauvaises avant. »

Willy Vlautin

Willy Vlautin conclut en expliquant qu’à ses yeux, la chanson engagée est celle des classes ouvrières, qu’elles soient américaines ou pas. Leadbelly, NWA, les protest singers irlandais, ils ont tous en commun d’utiliser ce qu’ils ont, leur colère. N’importe qui dans l’assistance peut écrire une bonne chanson engagée. Il faut juste en écrire 1000 mauvaises avant. C’est la beauté de la chanson engagée. Elle est accessible à tous. Pas besoin d’être Beethoven. Pas besoin de quoi que ce soit. On y met ce qu’on a.

Willy Vlautin a conclu la rencontre avec un très beau showcase de quelques chansons :

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  • Like a Rolling Stone: Grand entretien Babelio avec GREIL MARCUS

Salle Carlos-Fuentes (Cœur de Ville), Dimanche 14h-15h

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Né en 1945, Greil Marcus est un auteur, journaliste musical et critique culturel américain. Il est connu notamment pour avoir publié des essais littéraire et scientifique qui rendent au rock une place légitime au sein de la culture et de la politique.

galaadeSes livres décrivent souvent une histoire souterraine qui joint des événements éloignés parfois de plusieurs siècles, comme on peut par exemple le voir dans l’ouvrage Lipstick Traces, publié chez Allia. Si la rencontre s’intitule Like a Rolling Stone, qui fait autant référence à la célèbre chanson de Bob Dylan qu’à son propre livre dans lequel il analyse finement l’importance de ce titre, c’est que le chanteur américain a une place particulière dans l’oeuvre de Greil Marcus qui lui a consacré de nombreux livres et conférences.rock

Dylan ne sera cependant pas la seule figure évoquée lors de cette rencontre. Le dernier livre du critique américain est ainsi consacré à 10 chansons qui ont fait selon lui l’histoire du rock de Buddy Holly à Joy Division.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/rolling-stone-grand-entretien-avec-greil-marcus.html
Le lieu : Salle Carlos-Fuentes (Cœur de Ville)
La date : Dimanche 14h-15h

Like a Rolling Stone : grand entretien avec Greil Marcus  – Compte rendu

Dimanche 11 septembre 2016 de 14h00 à 15h00

Greil Marcus est né en 1945 à San Francisco. Diplômé de sciences politiques à Berkeley, journaliste pour le magazine Rolling Stone entre 1975 et 1980, il est l’auteur du célèbre Lipstick Traces, de Mystery Train, de Dead Elvis, et de Like a Rolling Stone : Bob Dylan à la croisée des chemins, de L’Amérique et ses prophètes et de Bob Dylan by Greil Marcus. Greil Marcus enseigne à la New School (New York). Considéré comme l’un des plus grands spécialistes de la culture populaire de son pays, il a passé sa vie à étudier la société américaine à travers la musique, le cinéma et la littérature.

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« Qu’est ce qui fait qu’une chanson prétendument banale parle à celui qui l’écoute ? »

Greil Marcus commence par dire qu’il n’a jamais eu d’intérêt pour le concept de pop culture en tant que tel. Il aimait le rock, les films, les polars. Il n’a jamais conceptualisé ça en termes de culture légitime ou illégitime. C’était juste des choses qu’il aimait, et dont il avait envie de parler. Certains sont doués pour la musique ou l’image. Lui, c’était l’écriture. Et c’est pourquoi il  a commencé à écrire sur ces choses qu’il aimait. Sa mission : expliquer aux gens que ce qu’ils aiment peut être profond et riche de sens, même si les gardiens du temple déclarent que c’est sans intérêt. Si ça parle aux gens, il n’y a pas de raison de ne pas s’y intéresser. C’est d’ailleurs là tout le mystère philosophique derrière son œuvre : qu’est ce qui fait qu’une chanson prétendument banale parle à celui qui l’écoute ?

Deux chansons ont fondé sa vocation de critique. La première, c’est Don’t be cruel, enregistrée par Elvis Presley en 1956. Il avait alors 11 ou 12 ans, et il a été frappé par un détail : pourquoi y avait-il un téléphone dans la chanson ? Qu’est-ce qui avait poussé l’auteur à inclure quelque chose d’aussi moderne ? Quelques années plus tard, en 1964, il vivait en colocation, et écoutait en boucle la reprise de Money de Barrett Strong par les Beatles. Excédés par la répétition, ses colocataires l’interrogent : pourquoi perd-il son temps avec sa chanson. Il leur rétorque qu’il ne perd pas son temps, et pour plaisanter, se lance dans une analyse grandiloquente du morceau, supposé symboliser l’homme moderne écartelé par l’ordre industriel, les cris de Lennon résonnant comme un manifeste social. Tous éclatent de rire, mais à bien y réfléchir, Greil Marcus se dit que son analyse tient debout, qu’elle est convaincante. C’est ainsi qu’il est devenu critique.

«  La première impulsion du critique, c’est le partage : « Tu dois absolument écouter ça ! » »

Etudiant en sciences politiques à Berkeley, il y a acquis un bagage intellectuel et les outils de la pensée critique : savoir d’où l’on parle, lire les structures sous-jacentes, remettre en question ses préjugés etc. L’association de cet outillage et de son enthousiasme pour le sujet lui a permis de se lancer dans la critique musicale. La passion est un élément fondamental. La première impulsion du critique, c’est le partage : « Tu dois absolument écouter ça ! »

Concernant les aspects politiques de la musique, il estime que pour les identifier, il faut avoir le système de références correspondant. Il  tient son credo de la grande critique de cinéma Pauline Kael : « La critique est excitante parce il faut y mettre tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez. Vous ne pouvez pas y consacrer telle ou telle part de vous. Elle se nourrit de tout ce qui vous constitue, de toute votre histoire et vos références. » Si par exemple la connexion entre un blues des années trente et le sermon d’un père puritain de 1750 échappe à l’auditeur, ce n’est pas grave. Le travail de Greil Marcus, c’est précisément de faire le lien entre les deux, d’en parler, et de donner au lecteur l’envie d’écouter la chanson, et peut-être même de lire le sermon.

Greil Marcus retrace ensuite l’histoire du magazine Rolling Stone, lancé en 1967 par Jann Wenner, un de ses anciens camarades de Berkeley. C’était le journal que les gens attendaient. Le premier à dire : voilà ce qui se passe aujourd’hui dans la musique, la littérature, le cinéma, et dont les grands media ne parlent pas. C’était si stimulant que beaucoup de lecteurs voulaient  écrire pour le magazine, à commencer par Marcus lui-même. Il n’y avait aucune règle, le magazine s’inventait au fil des numéros. Un soir, dans une fête à Berkeley, Greil Marcus est tombé sur un rédacteur du magazine. Il lui a expliqué que leur rubrique musicale était nulle, qu’elle traitait le rock comme on parlait de la folk, en s’attachant uniquement aux paroles et en faisant fi de la musique. Le lendemain, Jan Wenner l’appelait : si la rubrique était si mauvaise, pourquoi ne viendrait-il pas s’en occuper directement ? C’est comme ça que Greil Marcus a commencé à écrire dans Rolling Stone.

Il ne pensait pas en faire une carrière, pour la simple raison que critique rock n’était pas une profession, à l’époque. On écrivait des choses en espérant les voir publiées, pas pour en faire un métier. Il s’orientait vers l’enseignement. Mais lorsqu’on lui a confié son premier cours à la fac, il a rapidement réalisé qu’il était très mauvais professeur, et détesté l’expérience.

En 1975, il publie son premier livre, Mystery Train. Michèle Bernstein, cofondatrice de l’Internationale Situationniste, lui a dit un jour que pour toute chose il y a deux raisons : la bonne raison et la vraie raison. La bonne raison de Mystery Train, c’était le projet de dire que dans le rock and roll on peut trouver des choses aussi belles et aussi profondes que dans n’importe quel mode d’expression artistique. La vraie raison, c’est qu’il voulait écrire un livre, pour voir s’il en était capable. Et la seule chose sur laquelle il pouvait écrire, c’était le rock. Mais en écrivant, il a découvert que ce qu’il produisait avait un sens, et c’est ainsi que la bonne raison est arrivée.

Comparé à l’écriture pour la presse, le livre est un formidable terrain de jeu. On continue à écrire jusqu’à ce que la fin arrive, un peu comme Schéhérazade. C’est un champ ouvert. Au fil de l’écriture, des choses imprévus apparaissent, que l’on peut choisir d’intégrer ou de laisser de côté. Dans un article, une critique, il faut aller d’un point A à un point B, rapidement, en respectant une forme et une direction. C’est un exercice bien plus cadré.

«  Mon livre n’a pas fait bouger les lignes. Il a tracé les lignes. »

Lorsqu’on lui demande si son livre a fait bouger les lignes, il répond en souriant que son livre a tracé les lignes. Personne n’avait mis autant d’ambition dans un texte sur le rock and roll. Il pensait d’ailleurs ouvrir une voie. Il imaginait que son livre encouragerait d’autres auteurs à s’attaquer avec la même liberté à d’autres sujets, mais il n’a finalement pas eu tant d’héritiers.

Côté influences, il cite Hemingway, Pauline Kael ou le critique littéraire Leslie Fiedler. Il n’a pas eu tellement d’influences issues de la critique rock, mais il faut dire que les plus anciens dans le métier n’avaient que deux ans de plus que lui… Il cite également D.H. Lawrence, auteur en 1923 de Studies in Classic American Literature, dont le style libre, hors de toute politesse ou convention, et semblant découvrir au fil des lignes l’objet de son étude, l’a profondément inspiré.

Greil Marcus raconte ensuite sa rencontre avec Bob Dylan, artiste au centre de son œuvre critique. En août 1963, à Philadelphie, il a emmené sa petite amie du moment à un concert de Joan Baez, pensant l’impressionner. Comme Marcus, Joan Baez venait de Menlo Park, en Californie, et il l’avait déjà croisée là-bas. Le concert avait lieu sous un chapiteau, dans un champ. Arrive un moment ou John Baez fait monter sur scène un type, qui semblait couvert de poussière. Il entonne sa chanson, With God on Our Side, et Marcus est frappé : il n’a jamais rien entendu de pareil.  C’était comme une réécriture de tous les manuels d’histoire et des épisodes glorieux de l’Amérique, avec des points d’interrogation ajoutés derrière chacun d’entre eux. Il oublie John Baez. Il oublie sa petite amie. Il est submergé. A la sortie du concert, il aperçoit le chanteur derrière la tente, qui s’efforce d’allumer une cigarette en plein vent. Marcus se lance : « Vous étiez génial ! » Sans même relever la tête, le chanteur répond « Non, j’étais à chier, mec. » Marcus s’éloigne, et demande à quelqu’un le nom de ce jeune chanteur : Bob Dylan.

Dans son livre Like a Rolling Stone, il a souhaité comprendre pourquoi cette chanson était à part. Pourquoi, bien qu’il l’ait entendue mille fois, elle semble toujours nouvelle. Pour lui, cette chanson est un accident incroyable, qu’il aurait été impossible d’orchestrer. C’est un saut dans l’inconnu. Plus largement, il a longtemps été obsédé par Dylan. Et il reste fasciné par son œuvre, par ce qu’il produit maintenant, et ce qu’il produira demain. Il a écrit trois livres sur Dylan. Il sait que c’est bien assez, mais régulièrement, il ne peut s’empêcher de se dire qu’il aurait des tas de choses à dire dans un quatrième… Dylan lui a d’ailleurs fait l’amitié d’apprécier un de ces trois livres : La République Invisible (en anglais : The Old Weird America.) C’est un livre sur les « Basement Tapes », ces morceaux  que Dylan et ses musiciens ont enregistrés dans la cave d’une vieille maison pendant neuf mois en 1967. Ces bandes n’étaient pas destinées à être écoutées. Au départ, ils s’amusent à reprendre de vieilles chansons, puis les choses dérivent vers des compositions originales. Mais ces bandes devaient être des démos pour d’autres artistes, rien de plus. En 1968, douze titres ont fuités, et sont immédiatement passés dans le circuit pirate. Douze titres incroyables, des morceaux qui semblaient avoir toujours existé.  Puis en 1994 quelqu’un a envoyé à Greil Marcus 5 CD qui contenaient plus de cent chansons issues des « basement tapes ». Il a écouté les CD dans sa voiture, à l’occasion d’un aller-retour avec sa femme de la Californie au Montana. En descendant de la voiture, il a déclaré : « Je vais écrire un livre là-dessus ! » Là encore, sans grand dessein derrière, juste l’envie d’écrire.

« Dylan a créé une musique intemporelle, universelle, ni veille ni neuve. »

Nick Toshes a prétendu un jour que Marcus lui avait confié que les « Basement Tapes » n’étaient qu’un prétexte pour écrire sur Dock Boggs, un joueur de banjo blanc des années 20 qui l’a toujours fasciné. Et c’est vrai qu’il y a dans le livre 60 pages sur Dock Boggs. 1920, 1967, 1994, les « Basement Tapes » condensent le temps. Dylan a créé une musique intemporelle, universelle, ni veille ni neuve.

Greil Marcus reconnaît qu’il aime trouver des liens occultes et inattendus entre les œuvres. Il a un goût pour ce qui est mystérieux, spectral, inatteignable. Comme toujours, il voit là une bonne raison, et une vraie raison. La bonne, c’est le dévoilement des sens cachés du monde. La vraie,  c’est qu’il agit sous l’emprise d’une compulsion névrotique. Et il est convaincu que chacun devrait utiliser ses propres névroses comme source d’énergie.

« La critique est un art très prétentieux : on se moque du projet de l’artiste. »

Concernant le discours des artistes sur leur propre œuvre, il explique qu’il lui arrive de s’appuyer sur ce matériel et sur les interviews menées par d’autres, mais essentiellement pour recueillir des informations factuelles. Car dans le fond, la critique est un art très prétentieux : on se moque du projet de l’artiste, de ce qu’il voulait dire via son œuvre, pour se concentrer sur le récit de sa propre réception. Marcus ne demande jamais aux artistes ce qu’ils veulent exprimer. Lorsqu’il a écrit Like a Rolling Stone, il voulait demander à Dylan des détails sur l’organisation et le déroulé de l’enregistrement. Son manager lui a répondu que ça ne savait à rien, que Dylan n’en avait aucun souvenir, et il a donc laissé tomber. Un peu plus tard, lorsqu’il a remis les épreuves corrigées du livre à son éditeur, celui-ci lui donné une copie des mémoires de Dylan, qui devaient paraître quelques semaines plus tard. Greil Marcus était terrorisé : si Dylan y donnait sa version de Like a Rolling Stone, alors celle-ci serait définitive, et rendrait son propre livre totalement superflu. Il a feuilleté frénétiquement le livre, pour se rendre compte avec soulagement que Dylan n’avait en fait pas écrit une ligne sur sa plus grande chanson…

Pour finir, Greil Marcus dit un mot de son tout dernier livre, L’histoire du rock en dix chansons. Pourquoi ces dix-là ? Peut-on condenser l’histoire du rock en dix morceaux seulement ? Marcus explique qu’il a choisi ces chansons sans plan. Il n’a pas voulu écrire à tout prix sur des tubes, ou des stars, ou des morceaux influents. Il a commencé par écrire sur une chanson, qui lui a fait penser à une autre, sur laquelle il a écrit, et ainsi de suite. Dans le fond, n’importe quelle chanson de rock qui vous touche contient en elle toute l’histoire du rock and roll. Un autre aurait pu écrire le même livre en choisissant d’autres chansons.

Nos live-tweets

L’équipe de Babelio sera présente tout au long du festival pour rendre compte de l’ambiance des échanges et relayer certaines conférences et expositions.
De même deux rencontres avec deux jeunes auteurs américains auront lieu en dehors de Vincennes. Si les inscriptions sont closes pour participer à ces rencontres, vous pourrez ainsi suivre nos échanges avec ces auteurs sur notre compte twitter. Des compte-rendus de ces rencontres vous seront par la suite proposés sur le blog.

Rencontre Babelio avec Megan Kruse à Paris

A l’occasion de la venue de Megan Kruse à Paris, nous vous proposons un livetweet de notre rencontre avec l’auteur  dès 20h.  Publié chez Denoël, De beaux jours à venir est le premier roman de cet auteur américain.

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Le résumé du livre :  « Je t’aime, je te déteste, je suis désolé. » Voilà l’éternelle litanie des disputes, gifles, cris et réconciliations qui a secoué l’enfance de Jackson et Lydia. Jusqu’au jour où Amy, leur mère, reçoit le coup de trop et leur demande de rassembler leurs affaires au plus vite. Cette fois, c’est sûr, ils s’en vont afin de fuir Gary, homme violent et froid…

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Rencontre Babelio avec Emily St John Mandel

Emily St John Mandel vient rencontrer les lecteurs Babelio et discuter avec eux de son dernier roman Station Eleven, publié chez Rivages. Un livetweet vous sera proposé dès 20h sur @babelio ainsi qu’un compte rendu complet dans les jours suivants.

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Le résumé du livre : Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.

Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

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Revue de presse du festival

Retrouvez ci-dessous, tout au long du festival, des liens ou extraits d’articles de presse qui ont retenu notre attention.

Dans son article Festival America à Vincennes 9-11 septembre. Cultures d’Amériques du Nord, l’Agence Bretagne Presse vous présente le festival, insistant sur les grandes thématiques abordées par cette 8e édition, notamment la « complexité et la diversité des Etats-Unis à un moment important de leur histoire ».

Dans sa rubrique culture, le journal Les Echos préfère, lui, insister sur le tour Road trip américain proposé par America, annonçant au passage quelques noms d’auteurs mis en lumière au cours du festival : Road trip littéraire à Vincennes.

De son côté, le journal Le parisien vous propose la liste de tous les auteurs qui seront à Vincennes pour le festival : 50 écrivain états-uniens pour le festival America. Les journalistes du Parisien ont également sélectionné les romans qui les ont le plus touché : Festival America : notre sélection de romans.

james_ellroy_11Le magazine littéraire Livres Hebdo se focalise quant à lui sur l’auteur James Ellroy, invité d’honneur du festival avec deux articles, James Ellroy, tête d’affiche du prochain Festival America de Vincennes et Comment James Ellroy voit le monde du livre.

l-ecrivain-jamaicain-marlon-james-au-choeur-des-tenebres-ok-sr,M364416.pngL’hebdomadaire Télérama choisit lui aussi de vous présenter un auteur en particulier : l’article L’écrivain Marlon James, au chœur des ténèbres jamaïcaines vous offre un focus sur le très beau roman Brève histoire de sept meurtres où Marlon James revient sur la tentative d’assassinat qui frappa le chanteur Bob Marley  en décembre 1976.

Quelques listes

Voici quelques listes qui vous donneront une autre image de l’Amérique. Concoctées par nos membres, elles risques de rallonger significativement votre PAL !

Le Texas vu par les écrivains : http://www.babelio.com/liste/4479/Texas

L’Amérique dans tous ses états : http://www.babelio.com/liste/299/LAmerique-dans-tous-ses-etats

Un panorama de la littérature contemporaine des Etats-Unis : Les carnets de route de François Busnel http://www.babelio.com/liste/4146/Un-panorama-de-la-litterature-contemporaine-des-Et

Quelques quiz

En attendant les festivités et les rencontres, nous vous proposons une sélection de quiz autour de l’Amérique et de la littérature américaine.

Voulez-vous jouer à un quiz qui vous emmènera sur les routes américaines ? ou bien à un autre qui vous permettra de découvrir ou de redécouvrir les indiens d’Amérique du nord ? A moins que vous ne préfériez jouer à celui-ci qui vous replongera dans l‘Histoire des Etats-unis ?

Dans celui-ci, ce sont 21 questions correspondant à 21 états qui vous feront réviser autant votre géographie que vos connaissances en littérature américaine.

 

Quand Babelio vous trouve des histoires à lire pour dédramatiser la rentrée et l’aborder avec le sourire… ou des livres, faute de mieux

À l’occasion de la rentrée scolaire, nous vous proposons une liste (non exhaustive) d’histoires à lire pour aborder plus sereinement la fin des vacances et le retour dans les salles de cours.

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De nombreuses histoires parlent de la rentrée. Dans ces textes, l’école est l’un des lieux les plus emblématiques. Théâtre de mystères, de peines et de joies, de grandes histoires d’amour devenues emblématiques de la littérature ou du cinéma ou encore portrait social de nos années estudiantines, l’école parle à tous et touche tout le monde.

N’oubliez pas de cliquer sur les images pour voir les extraits et teasers proposés…

 

A propos des histoires d’enfants à l’école

Publiées pour la première fois en mars 1959 dans Sud Ouest Dimanche par René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, les aventures du petit Nicolas étaient à l’origine un récit illustré qui contait la vie mouvementée d’un petit écolier aux nombreux amis. Ces histoires conquirent bien vite le lectorat : pendant sept ans,  le journal publia chaque semaine une nouvelle histoire du petit garçon.

En 1960, l’éditeur Axel Graal décida de publier en livre les aventures du Petit Nicolas. Cinq volumes furent alors réalisés, publiés entre 1960 et 1965 : Le Petit Nicolas, Les récrés du Petit Nicolas, Les vacances du Petit Nicolas, Le Petit Nicolas et les copains et enfin Le Petit Nicolas a des ennuis.

Bien des années plus tard, le cinéma reprend le personnage du Petit Nicolas. Deux films, Le Petit Nicolas (réalisé par Laurent Tirard en 2009) et Les vacances du Petit Nicolas (réalisé par Laurent Tirard en 2014), firent revivre sur grand écran ses aventures.

 

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Bande-annonce du film Le Petit Nicolas 

 

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Bande-annonce du film Les Vacances du Petit Nicolas 

 

Depuis, avec la traduction de ses histoires en plus de quarante langues et ses 15 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier, le Petit Nicolas a largement conquis les cœurs. Il est même devenu l’un des personnages incontournables de la littérature jeunesse. Chaque année, c’est plusieurs milliers d’enfants qui apprennent à lire en se plongeant dans ses multiples aventures.

 

Et des histoires d’ados « Pas raccord » à l’école

Paru pour la première fois en 1999, Pas raccord est un roman épistolaire, en partie autobiographique, écrit par Stephen Chbosky. Le livre met en scène Charlie, un adolescent timide et fragilisé par le récent suicide de son meilleur ami.

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Au travers de lettres écrites à un inconnu par le personnage de Charlie, l’auteur raconte la première année au lycée du jeune homme. Il y parle de ses pensées les plus intimes, des expériences vécues et des ami(e)s rencontré(e)s qui l’aideront à franchir plus ou moins difficilement cette importante étape du passage à l’âge adulte.

Livre d’apprentissage, le roman montre l’évolution du personnage. En une année, ce dernier grandit, s’affirme, change, cela grâce à l’école, aux rencontres qu’il y fit et grâce aux joies, peines et chocs qu’il y vécut.

Réédité de nombreuses fois, Pas raccord, est renommé Le monde de Charlie en 2012, année de la sortie du film éponyme réalisé par l’auteur lui-même.

 

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Bande-annonce du film Le monde de Charlie

 

Ou encore des histoires des (pires) Profs à l’école

Née sous les coups de crayons de deux auteurs de bandes-dessinées, Pica et Erroc, la série humoristique Les Profs fut d’abord publiée en feuilleton dans Le Journal de Mickey. En 2000, les éditions Bamboo publièrent le premier album de la série, Les profs – tome 1 : interro surprise. Depuis, on peut compter en tout quinze albums déjà publiés, le prochain volume, Les profs – tome 16 : 1, 2, 3, rentrée !, étant prévu pour novembre prochain.

La série relate les péripéties d’une bande de professeurs enseignant dans un lycée difficile. Face à des élèves agités, caricatures parfois d’adolescents nonchalants, les Profs sont bien souvent dépassés, voire même…pires que leurs élèves. Débuts de carrière, superficialité, attitude blasée ou encore gigantesque poil dans la main, voilà quelques exemples des caractères de ces profs néanmoins véritables antidépresseurs lorsque l’on est atteint d’un préoccupant « blues scolaire ».

En 2010, face au succès des bandes-dessinées, les éditions Bamboo publièrent un premier roman jeunesse, Les profs – Virus au bahut dans lequel Boulard, le mauvais élève de l’histoire, décide de trouver pourquoi tous les enseignants sont devenus des cancres… Plus tard, en avril 2013, Erroc et Pica écrivirent un nouvel album, dédié lui aussi au personnage de Boulard,Boulard – tome 1 : En mode cool.

Cette publication faisait écho à la sortie en salle du film  Les Profs, réalisé par Pierre-François Martin-Laval.

 

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 Bande-annonce du film Les Profs

 

En juillet 2015, Pierre-François Martin-Laval réitère : il porte à l’écran une deuxième aventure des Profs, en Angleterre cette fois, Les Profs 2.

 

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Bande-annonce du film Les Profs 2

 

Ou bien des histoires de Poètes à l’école

Écrit par Nancy H. Kleinbaum, Le cercle des poètes disparus fut publié en 1990. Il raconte l’histoire d’un timide adolescent, Todd Anderson, qui fait son entrée à Welton, un austère collège pour garçon du Vermont. Dans l’austère Amérique des années 1960, la vie studieuse des pensionnaires connaît un vif bouleversement avec l’arrivée de M. Keating, un professeur anticonformiste amoureux de la poésie et de la liberté. Prônant auprès de ses jeunes élèves l’anticonformisme et le non respect des règlements, l’atypique enseignant leur fait découvrir le sens de la vie et bouleverse leurs existences.

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Désormais devenu un classique de la littérature américaine, Le cercle des poètes disparus est la retranscription d’un long-métrage porté à l’écran en 1989 par Peter Weir. Véritable succès, le film prit très vite la 5e place au Box Office.

 

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Bande-annonce du film Le cercle des poètes disparus

 

Il fut réalisé d’après un scénario original signé Tom Schulman, un ancien enseignant qui s’inspira de ses propres souvenirs de collège. En 1990, le scénariste remporta l’Oscar du Meilleur Scénario Original.

 

Parlons aussi des histoires de Jolies Menteuses à l’école

Sarah Shepard est une réalisatrice et une romancière américaine. Auteure de plusieurs séries littéraires destinées à la jeunesse, c’est en 2008 qu’elle signa Confidences, premier tome de la série Les menteuses.

Pour le moment, la série est composée de 15 tomes, parus entre 2008 et 2015 chez Fleuve Editions (la sortie d’un nouveau tome est prévue pour ce mois de novembre).

Le cœur de l’intrigue prend place dans la ville fictive de Rosewood, tournant principalement autour de son lycée et des histoires qui y sont nées. Les héroïnes, quatre adolescentes dont la meilleure amie a disparu sans laisser de traces un an plus tôt, sont pourchassées par un mystérieux « A » qui semblent connaître le moindre de leurs secrets. Parce qu’elles n’ont pas le choix, elles se lancent à la recherche de celui qui les traque.

Récit de l’indéfectible amitié lycéenne, la série Les menteuses a très vite atteint son public. Dès 2010,  Marlene King se réapproprie les romans et en tire une série télévisée, nommée d’après le titre anglais des livres Pretty Little Liars.

 

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Bande-annonce de la première saison de la série

 

Diffusée depuis janvier 2011, la série comporte aujourd’hui 7 saisons. Les héroïnes, toujours amies et surtout toujours soudées face aux dangers, restent aussi fidèles à leur école, où elles s’attachent à faire une apparition dans chaque épisode.

 

Ainsi que des histoires d’Automne à l’école

En 2002, Adam Shakman, réalisateur et producteur, porte à l’écran Le temps d’un automne.

Dans ce drame amoureux, Landon Carter, 17 ans, archétype du lycéen populaire et arrogant se voit contraint de jouer dans la pièce de théâtre de son lycée. Loin d’être un acteur talentueux, il est contraint de demander de l’aide à Jamie Sullivan, une jeune camarade de classe timide et solitaire. Au fil de l’automne, alors que chacun apprivoise l’autre, les deux adolescents finissent par tomber amoureux. Mais face aux difficultés d’une vie pas toujours juste, chacun se doit alors de grandir et de tirer le meilleur de ce qui lui est offert, le temps d’un automne.

 

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Bande-annonce du film Le temps d’un automne

 

Si le pitch du film Le temps d’un automne peut sembler familier à certains lecteurs, c’est qu’il s’agit d’une adaptation plus ou moins fidèle de l’histoire contée par Nicholas Sparks dans son roman À tout jamais, un roman que l’auteur écrivit pour rendre hommage à sa sœur.

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Ou encore des histoires de Gossip à l’école

Auteur américaine, Cecily von Ziegesar écrit des romans destinés à un public d’adolescents et de jeunes adultes. Au début des années 2000, s’inspirant de son propre vécu dans un lycée huppé de Manhattan, elle rédigea une série de romans mettant en scène la vie de riches adolescents. Publiée en France dès 2002 par les éditions Fleuve, la série Gossip Girl comporte aujourd’hui 16 tomes.

Histoires de famille, amitiés, amours, difficultés d’adolescents, réputations et bien sûr rumeurs sont le lot de cet univers parfois bien trop réaliste où chacun, qu’il soit ou non encore lycéen ou étudiant, peut trouver un écho à sa propre expérience scolaire.

Dès 2007, l’auteure augmente Gossip Girl d’une série annexe : It Girl. Ce spin-off, composé de dix tomes, s’attache à la vie de l’un des personnages annexes des premiers romans et relate ses expériences au sein d’une pension de la banlieue chic new-yorkaise.

La même année, les livres sont adaptés en série télévisée.

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Bande annonce de la série Gossip Girl

 

N’oublions pas les histoires d’amour à l’école

Je ne m’étais jamais rendu compte que la vraie Jenny était celle-là : la douce, celle dont tous les gestes étaient si légers et si pleins d’amour. Mais ce qui me donna un véritable choc, ce fut ma propre réaction. Je fus doux. Je fus tendre.

En 1970, Arthur Hiller porte à l’écran Love Story, une histoire d’amour universelle qui su toucher des générations entières de spectateurs.

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Bande-annonce du film Love Story

 

Exploitant le motif de la différence de classe sociale, le film raconte l’histoire d’amour vécue par deux étudiants de Harvard, Olivier, sportif et riche, et Jennifer, musicienne issue d’une famille modeste. Bravant les différences, les jeunes gens tombent amoureux, s’aiment, ne se quittent plus, se marient, en dépit de leurs familles, jusqu’à ce que la vie les rattrape…

Pour promouvoir le film, Erich Segal, auteur du scénario original, écrivit le roman du film.

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Simple outil de promotion, le livre devint vite un best-seller.

 

Ni les histoires de Cancre à l’école

Quoi de plus drôle à l’école que les mauvais élèves…qui surtout le font exprès ?

Créée en 1992, la série L’élève Ducobu est aujourd’hui devenue un classique de la BD humoristique. Le scénario, écrit par Zidrou, et les dessins, réalisés par Godi, racontent les (més)aventures d’un petit garçon d’une dizaine d’années qui, se plaisant à être le cancre de son école, rivalise d’inventivité pour demeurer ainsi. Enfant rondouillard, toujours vêtu d’un pull rayé jaune et noir, façon abeille, Ducobu est surtout un fieffé tricheur, qui adore copier sur sa voisine Léonie Gratin.

Parue pour la première fois dans le journal belge Tremplin, L’élève Ducobu est publié en volumes aux éditions Le Lombard dès 1995. Aujourd’hui, la série contient 22 albums et de nombreux best-of et hors série.

Avec une moyenne de 150 000 albums vendus par titres, L’élève Ducobu est clairement une série à succès. Elle fut d’ailleurs adaptée au cinéma en juin 2011 par Philippe de Chauveron. Le film raconte les débuts de l’histoire de Ducobu, son arrivée à l’école primaire Saint-Potache bien sûr mais aussi ses premières confrontations avec son professeur, M. Latouche, et sa rencontre avec Léonie Gratin.

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Bande-annonce du film L’élève Ducobu

 

En avril 2012, Philippe de Chauveron réitère et porte à l’écran une nouvelle aventure de Ducobu.

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Bande-annonce du film Les Vacances de Ducobu

 

Et surtout pas les histoires d’écriture à l’école

A l’école, l’écriture est sans nul doute la base de tout. C’est en effet à travers elle que l’on apprend aux élèves d’abord à s’exprimer et ensuite à penser et à transmettre cette pensée.

Porté à l’écran en mars 2007, Ecrire pour exister, réalisé par Richard LaGravenese, fait la part belle à l’écriture et parle de son importance. Mettant notamment en scène l’actrice Hilary Swank, le film raconte l’histoire d’Erin Gruwell, jeune enseignante débutante qui choisit pour sa première affectation d’intervenir auprès de jeunes élèves d’un lycée difficile de Long Beach, aux Etats-Unis.

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Bande-annonce du film Écrire pour exister

 

Après de multiples incidents survenant dans cette classe de jeunes gens perçus comme « irrécupérables », Erin parvient à établir le dialogue avec ces adolescents en colère. Grâce à l’écriture, elle les fait reprendre confiance en eux.

Plébiscité et oscarisé, Ecrire pour exister est surtout tiré d’une histoire vraie, celle consignée dans un livre écrit par le professeur Erin Gruwell et ses élèves : The Freedom Writers Diary, publié chez Broadway Books en 1999.

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Et, enfin, évoquons les histoires de magie à l’école

Publiée de 1997 à 2016, la série Harry Potter est une suite romanesque écrite par J.K.Rowling. Elle se compose de sept romans auxquels est récemment venu s’ajouter une pièce de théâtre, que les fans n’ont pas tardé à considérer comme le huitième volume de la saga.

Dans les années 2000, face au succès phénoménal rencontré par la série, la Warner Bros décida de l’adapter en film. Au total, huit films furent réalisés, enchantant toujours plus de spectateurs, toutes générations confondues.

Harry Potter, certes sorcier, est aussi l’un des élèves le plus emblématique de la littérature. Toutes ses aventures ou presque se déroulent au sein de Poudlard, l’école de sorcellerie. Et bien que la donne change légèrement (car n’oublions pas qu’Harry n’étudie ni les mathématiques, ni le français, ni l’histoire-géo, ni le sport… mais la magie et autres matières scolaires fantastiques), il est chaque année plus qu’enthousiaste que jamais à l’idée de faire sa rentrée scolaire.

Pour lui, l’école est le meilleur endroit du monde, ce qui explique qu’il reprenne chaque 1er septembre le chemin de l’école avec le sourire. Véritablement magique, voire inoubliable, sa toute première rentrée scolaire à Poudlard qui nous est contée dans Harry Potter à l’école des sorciers rappelle à chaque génération de jeunes collégiens que l’école peut être une aventure positive, formatrice et surtout magique.

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Extrait du film Harry Potter à l’école des sorciers : la rentrée des premières années

 

Qui peut alors s’opposer au fait que les livres de la série Harry Potter sont comme les antidépresseurs de la rentrée scolaire, comme LES livres à lire pour aborder sereinement cette période de l’année qui efface tant de sourires ?

***

Voilà donc la fin de cette petite liste de livre à lire (ou relire) pour la rentrée scolaire. Pour celles et ceux qui ont repris ce matin le chemin des classes nous vous souhaitons bon courage. Pour les autres, nous espérons que ces textes vous aideront à patienter et à aborder la rentrée avec meilleure humeur🙂

Et comme nous avons pensé que vous pourriez avoir besoin d’un peu de courage livresque tout au long de l’année, nous avons répertorié pour vous tous les ouvrages cités et bien d’autres encore dans la « Liste des livres à lire pour aborder la rentrée avec toute la bonne humeur livresque possible« .

En vous souhaitant de belles lectures🙂

Les interviews de la rentrée littéraire

Afin de vous aider à faire votre choix parmi les centaines d’ouvrages qui paraissent pour cette rentrée littéraire 2016, nous avons réalisé toute une sélection d’interviews d’auteurs, qui nous parlent tour à tour de leur dernier ouvrage.

Du huit clos au récit imaginaire, vous avez le choix.

 

Voici la liste de toutes nos interviews de la rentrée : 

Aurélien Gougaud, à propos du roman « Lithium »

Sébastien Berlendis, à propos de son roman « Maures »

Hugo Boris, à propos de son roman « POLICE »

Florent Oiseau, à propos de son roman « Je vais m’y mettre »

Vénus Khoury-Ghata, à propos de son roman « Les derniers jours de Mandelstam »

David Boratav, à propos de son roman « Portrait du fugitif »

 

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Denis Michelis, à propos de son roman « Le bon fils »

Laurence Tardieu, à propos de son roman « A la fin le silence »

Justine Bo, à propos de son roman « Le type qui voulait arrêter de mourir »

Laurence Vilaine, à propos de son roman « La grande villa »

Phaedra Patrick, à propos de son roman « Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper »

Céline Minard, à propos de son roman « Le grand jeu »

 

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Boris Bergmann, à propos de son roman « Déserteur »

Marie Barthelet, à propos de son roman « Celui-là est mon frère »

Jean-Marc Ceci à propos de son roman « Monsieur Origami »

Stéphane Benhamou, à propos de son roman « La rentrée n’aura pas lieu »

Alors, quel ouvrage vous tente le plus parmi notre sélection ?

N’oubliez pas de participer à notre grand défi de la rentrée littéraire !

A la rencontre des membres de Babelio (7)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec carnetdelecture, inscrite depuis le 12/09/2011.

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Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai découvert Babelio grâce à la lecture de blogs littéraires qui en parlaient avec enthousiasme.  Maintenant, ce site est devenu LA référence : j’y passe plusieurs fois par semaine et c’est le premier site que je consulte quand je me pose une question sur un auteur ou un livre. Et, évidemment, j’en parle autour de moi à tous les amoureux des livres.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Mes deux bibliothèques (papier et numérique) sont composées, en grande partie, de romans policiers et de thrillers même si on y retrouve aussi de la littérature blanche française et un peu de littérature étrangère.

 Vous lisez beaucoup de polars : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

7779646437_jean-christophe-grangeJ’aime le fait que l’on entre rapidement dans le vif du sujet, avec un objectif à atteindre et des retournements de situations qui donnent envie d’en savoir plus sans provoquer aucun ennui. Dans ce registre, mes auteurs préférés sont surtout masculins : Jean-Christophe Grangé, Sebastian Fitzek, Jussi Adler Olsen, Donato Carrisi… Malgré la pléthore de polars qui sort chaque année, ce sont des auteurs qui arrivent à se renouveler et qui vont toujours plus loin dans la psychologie des personnages.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Quand je pense à mon «histoire » avec les livres, je me rends compte qu’en fait, les livres accompagnent mon quotidien depuis que je suis toute petite.

b47c679cc78867bf1910721d3149b82cMon premier vrai souvenir de lecture remonte à mes 6 ans et à un livre très épais qui racontait les aventures d’animaux dans un parc. L’histoire était découpée en 365 chapitres, qu’il fallait lire jour après jour. Au départ, ma mère me faisait la lecture puis j’ai pris le relais quand j’ai été capable de lire.  J’ai poursuivi avec les Martine, les Tintin, les Spirou que je dévorais littéralement. Très vite, j’ai emprunté des livres à la bibliothèque. Depuis, je n’ai jamais arrêté de lire. Le blog Carnet de lecture (http://carnetdelecture.skynetblogs.be/) a encore accentué ma passion puisque la lecture est devenue mon passe-temps principal.

Malheureusement, ce livre qui a tout déclenché a été perdu et je suis donc incapable de vous donner son titre😦

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Cerisiers-fleurissent-malgres-tout-kanaIl y en a beaucoup ! Mais si je prends un livre que j’ai lu récemment, je parlerai de Les cerisiers fleurissent malgré tout  de Keiko Ichiguchi. C’est un livre graphique qui mêle l’univers manga à la bande dessinée occidentale et qui se penche sur le tremblement de terre et le tsunami qu’a connu le Japon en 2011. Un très beau livre que j’avais découvert lors d’une opération masse critique, que je n’ai pas pu avoir à cette occasion mais que j’ai pu me procurer plus tard.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

les-cerfs-volants-de-kaboul-3731973Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini fait partie de mes romans préférés. Je ne m’en lasse pas et chaque relecture se termine en larmes tant ce roman me touche. Au-delà de l’histoire d’amitié, l’auteur nous fait découvrir l’Afghanistan au temps de sa grandeur mais aussi à travers les guerres que le pays connaît. De façon générale, j’aime ces romans où l’auteur nous fait découvrir d’autres cultures, la littérature devient alors un moyen d’ouverture au monde intéressant.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

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Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, dont j’ai entamé la lecture il y a plusieurs années mais que je n’ai jamais terminé. Ayant été biberonnée aux thrillers, j’ai toujours un peu de mal avec les romans classiques très descriptifs.

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Difficile de faire un choix parmi tous les livres qui m’ont marqués !417xfmmfctl-_sx303_bo1204203200_

Neige de Maxence Fermine est de ceux-là. L’auteur, qui est français, a complètement intégré les codes d’écriture japonais dans un texte magnifique, d’une sobriété et d’une sensibilité incroyable. Un roman qui me fascine et me transporte à chaque fois dans un autre monde.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Je lis à la fois sur papier et liseuse. Ma préférence va au papier surtout quand les éditeurs portent une attention particulière à la couverture ou au grain de papier. Cela donne une valeur particulière à cet objet auquel je tiens beaucoup. Si je suis passée à la liseuse il y a deux ans, c’est principalement pour avoir un meilleur confort de lecture avec les livres numériques, ce que le pc ou la tablette n’offrent absolument pas. La liseuse a aussi l’avantage de pouvoir contenir pas mal de livres, ce qui est intéressant lorsque l’on est en déplacement.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

L’hiver dans un fauteuil confortable, au coin du feu, avec une tasse de thé fumant et un petit fond de musique classique. A la belle saison, j’aime lire à l’extérieur, au jardin, dans un parc ou au bord de l’eau.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

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« Les bons lecteurs, on devrait les enfermer pour lire ! On leur verserait un salaire et ils ne feraient que ça, sauver la littérature en lisant. » de Charles Dantzig.

Si un tel job existait, je postulerais sur le champ ! Non pas que je pense que la littérature a besoin d’être sauvée (en témoigne le nombre de babeliautes passionnés) mais juste pour le plaisir de pouvoir me consacrer à la lecture🙂

Quel sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

UnpeuplusloinMa prochaine lecture sera Un peu plus loin sur la droite de Fred Vargas. Parce que c’est une auteure que je n’ai jamais lue et qu’il me tarde de découvrir. En plus, il s’agit d’un livre audio, qui est un support de lecture que j’apprécie aussi et qui se prête très bien aux romans policiers.

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Tout d’abord, je pense qu’une bonne critique est une critique qui ne résume pas le roman. Tout simplement parce que le résumé apparaît déjà dans la fiche du roman et que je ne vois pas l’intérêt de le recopier.

Ensuite, je pense que la critique peut être positive ou négative, tant qu’elle est argumentée. Personnellement, j’aime bien les critiques qui mettent le roman en perspective, qui établissent des liens avec d’autres livres par exemple. La longueur a peu d’importance à partir du moment où le lecteur arrive à faire transparaître son ressenti.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je n’ai pas d’anecdote particulière mais je suis toujours étonnée de voir à quel point Babelio m’a permis de rencontrer d’autres lecteurs aux goûts proches des miens. Il y a de vraies affinités qui se sont créées au départ de Babelio : on s’échange des livres, on confronte nos avis, on se donne des conseils de lecture… Parfois, les échanges restent virtuels ou par blogs interposés mais il arrive aussi que l’on se rencontre dans la réalité ou que l’on découvre qu’une personne de notre entourage se cache sous un pseudo auquel on s’identifie en tant que lecteur. Dans mon parcours de lectrice, la découverte de Babelio a vraiment constitué un tournant et m’a plongé, encore plus, dans le monde de la littérature.

Quand « Les 68 premières fois » se livrent à Babelio

En juillet 2015, L’Insatiable Charlotte se lançait le challenge de lire tous les premiers romans annoncés pour la rentrée de Septembre. Six mois plus tard, en janvier 2016, c’est avec le soutien de nombreux éditeurs, de nombreux lecteurs et celui d’une équipe motivée qu’elle lance la seconde édition des 68 premières fois. Elle a accepté de nous en dire un peu plus sur ce défi livresque.

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L’Insatiable Charlotte, blogueuse passionnée (voir son blog), instigatrice des 68 premières fois

 

En juillet 2015, Les 68 premières fois étaient un challenge personnel un peu décalé. Aujourd’hui, elles ont beaucoup évolué, notamment avec la mise en place d’un comité de sélection et l’adoption d’un logo officiel. Quel effet cela fait-il de voir son projet, au départ personnel, devenir comme une petite institution parallèle à la rentrée littéraire ?

Je ne suis pas certaine que le projet soit déjà parvenu au stade « d’institution ». Mais on peut dire en tous cas que les 68 sont loin des listes préétablies des prix littéraires, qui résultent souvent des choix d’une poignée d’initiés. Ici on est plutôt dans une démarche authentique de lecteurs passionnés mais loin du milieu. Ils ne choisissent pas un livre par envie de mettre en avant une maison d’édition plutôt qu’une autre, mais plutôt parce qu’ils ont fait une belle découverte littéraire. De plus, ce sont les lecteurs qui font vivre la sélection et non l’inverse. On ne vient pas du haut pour diffuser la bonne parole, on part de ceux pour qui les auteurs écrivent vraiment, à savoir leurs lecteurs, et cela n’a pas manqué d’attirer l’attention.

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Logo des 68 premières fois, seconde édition

 

Les 68 premières fois ont effectivement beaucoup attiré l’attention, tant et si bien que vous avez rapidement croulé sous les demandes de lecteurs motivés souhaitant vous aider à lire tous ces premiers romans. Comment expliquez-vous un tel succès ?

Cela me semble encore magique. C’est peut-être parce que la démarche est sincère et authentique, qu’elle est faite sans chercher à vendre quelque chose et en toute indépendance, avec seulement la passion et la curiosité comme moteurs, qu’elle a tant été appréciée. Je pense aussi que « l’effet communauté » a beaucoup joué : participer aux 68, c’était avoir le sentiment d’appartenir à un groupe de privilégiés qui jouaient les défricheurs, partageant les découvertes littéraires qu’ils faisaient. Et puis l’idée de dénicher la perle rare avant tout le monde a sûrement motivé pas mal de lecteurs, et sans doute le fait-elle encore aujourd’hui.

D’autres prix littéraires français, quoique sans associer les lecteurs, défrichent le champ des premiers romans pour en faire émerger les pépites. En quoi Les 68 premières fois sont-elles différentes ?

En fait, les 68 premières fois ne sont pas un prix. C’est là la différence. Contrairement aux prix littéraires qui ne mettent bien souvent en avant qu’un ou deux romans (repris ensuite par tous les médias), les 68 s’attachent à faire découvrir au public tous les premiers romans, ceux dont on ne parle pas forcément – au moins une vingtaine par rentrée littéraire. On ne cherche pas à les comparer ou à les classer. On veut juste faire parler d’eux et les faire voyager. En somme, on les aide à vivre, on leur donne le coup de pouce dont ils ont besoin pour aller à la rencontre de leurs lecteurs.

Parlez-nous plus en détail des 68 premières fois… Avec votre équipe, vous allez publier en septembre une liste contenant environ une vingtaine de titres qui sera le second volet de la sélection 2016 (après la liste parue en mars). Concrètement, comment tout cela fonctionne-t-il ? Pourquoi choisissez-vous de mettre un titre dans la liste plutôt qu’un autre ?

Déjà, je m’oblige à lire tous les romans. Ce n’est qu’après, avec l’aide des lectrices Nicole, du blog Motspourmots et Eglantine, que nous commençons à dresser les listes des rentrées. Après, c’est plutôt simple. Pour déterminer la vingtaine de titres que l’on va mettre dans chacune d’entre elles, nous lisons tous les premiers romans, sans exception, et après cette étape cruciale nous choisissons selon l’émotion que les textes ont suscitée mais aussi selon la langue utilisée ou encore l’originalité présente dans le roman. Nous mettons un point d’honneur à mettre en avant ceux qui nous ont donné la sensation d’avoir face à nous une nouvelle façon de cerner le monde et de l’écrire.

Et les éditeurs ? L’an dernier ils étaient nombreux à avoir soutenu Les 68 premières fois. Cette année encore, ils sont présents. Puisqu’ils ne prennent pas part à la sélection, quel rôle ont-ils ?

A chaque rentrée littéraire, il y a entre 60 et 70 premiers romans. Il est impossible de tous les acheter, les éditeurs nous transmettent donc des exemplaires « presse » pour que nous puissions les lire et déterminer ceux qui feront parti de la sélection. Ensuite, une fois la sélection faite, ils nous envoient plusieurs exemplaires de chaque titre afin que l’on puisse les faire circuler entre les lecteurs participants (ils sont 75 cette année). Les éditeurs sont vraiment essentiels, sans eux, sans leur soutien, l’opération serait très réduite voire peut-être même impossible.

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Au final, quel est le rôle des 68 premières fois : élire le meilleur des premiers romans de la rentrée littéraire ou faire parler d’eux ?

Faire parler d’eux, sans hésiter. Les 68, c’est surtout pour faire découvrir les romans de la rentrée écrits par des auteurs qui ne sont pas encore connus du public. Ces titres sont souvent « oubliés ». Or, les premiers romans sont importants : ce sont des promesses. Ils véhiculent je crois une sorte de magie, celle de la publication qui peut changer une vie. Ils sont fragiles et leurs auteurs se retrouvent bien trop souvent projetés au milieu de centaines de parutions sans vraiment recevoir d’aide. Alors notre rôle, c’est de la leur fournir, et de faire parler d’eux. Mais je ne pense pas que nous soyons là pour « élire le meilleur ».

Dans quelques années, qu’est-ce que vous retiendrez de cette aventure ?

Ce que je retiendrai, c’est ce collectif qui se crée, avec cette envie et cette énergie incroyables. Je trouve ça magnifique qu’il soit encore possible de fédérer et de lancer des ponts, de permettre des rencontres autour d’une même passion. Je pense que l’on peut résumer en disant que le plus beau de cette aventure, c’est les gens qui l’ont rendue et la rendent encore  possible aujourd’hui.

Et sinon, quels sont les premiers romans de la première édition qui vous ont marqué, et que vous n’oublierez pas ?

Pour 2015, le roman Les échoués de Pascal Manoukian a reçu un accueil unanime, tous les lecteurs participants ont été émus par cette histoire et, tel un consensus rare, le texte a su toucher par sa profondeur et ses personnages, profondément attachants. Il y a également eu d’autres lectures marquantes, comme Nos âmes seules de Luc Blanvillain ou Appartenir de Séverine Werba. Ce sont tous des romans dont les médias ont peu parlé alors même qu’ils méritaient d’avoir accès à un large public.

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Vous avez déjà lu de nombreux premiers romans de la rentrée littéraire de septembre 2016, quels sont les titres que vous voyez déjà sortir du lot ?

Evidemment, il y a celui, incroyable, de Guy Bolet, qui offre avec son Fils de feu une langue riche et poétique, d’une puissance folle. Il y a également le roman de Jean-Marc Ceci, Monsieur Origami, un texte délicat et d’une pureté rare, ou encore Negar Djavadi et son si attachant Désorientale. On trouve aussi de jolies choses chez Zoé, Héloïse d’Ormesson ou bien Plon. La rentrée littéraire de Janvier nous avait livré des pépites, celle de septembre ne sera sûrement pas en reste !

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Bon et après ? On repart pour une troisième édition ?

Evidemment ! Tant que l’envie est là, on continuera.

Surtout, nous allons ajouter une nouvelle dimension aux 68 premières fois. L’idée, c’est de créer d’autres premières fois (un peu comme on l’a fait avec cette seconde première fois). Nous avons déjà commencé à faire évoluer le projet, en allant vers des publics non acquis, par exemple au travers de l’opération mise en place dans les établissements pénitentiaires. Cette nouvelle facette du projet nous permet de donner un autre rôle au roman et d’en faire un outil de transmission et de partage.

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Un grand merci à L’Insatiable Charlotte pour ses réponses !

En attendant de découvrir la sélection des premiers romans de septembre 2016, vous pouvez faire une petite séance de rattrapage en consultant la liste de la rentrée littéraire de janvier. Et, parce que Babelio s’associe à cette seconde édition, vous aussi vous pourrez participer aux 68 premières fois grâce au Challenge Premiers Romans qui sera lancée au début du mois de septembre🙂

A bientôt et belles lectures🙂

Challenge sportif de la littérature

Envie de prendre part cette année aux challenges sportifs de l’été ?

Participez au challenge sportif de la littérature !

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Parce que l’on a pensé à vous mais surtout parce que la littérature est elle aussi une discipline sportive (si, si, on ne vous l’avait jamais dit ?😉 ), nous vous avons concocté un petit programme, sur mesure bien sûr.

Du 5 au 21 août, défiez-vous les uns les autres en participant aux six challenges sportifs de littérature qui seront publiés tout au long de la compétition. Nous dévoilerons ici-même les différentes épreuves, au rythme de trois par semaine.

Voici les challenges que vous pouvez dès à présent relever :

Semaine 1 :

Semaine 2 :

Tous les challenges ont maintenant été dévoilés. Maintenant que vous avez relevez tous les défis, il ne reste plus qu’à attendre la sélection du gagnant.😉

A la fin de la compétition, l’un des participants sera tiré au sort et remportera un livre🙂 Pour avoir une chance de gagner, rien de plus facile : il suffit de participer à toutes les challenges sportifs de la littérature. Et, même si vous ne brillez pas partout, ce n’est pas grave ! Vous aurez quand même toutes vos chances🙂

Le jeu se terminera le 21 août.

Et pour accompagner votre voyage à Rio de Janeiro, au Brésil, nous avons complété ces challenges sportifs de l’été par une petite liste de livres qui vous fera découvrir le Brésil littéraire.

Bonne chance à tous !

Et belles lectures🙂

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* Fin de la compétition *

Après deux semaines de compétition et vos nombreuses réponses à nos challenges littéraires, voici venu le temps des résultats.

Mais avant toutes choses, nous souhaitions vous remercier ! En quinze jours, vous avez été plus de trois cents à participer et à partager avec nous vos succès, vos impressions, vos défaites… Merci !

En résumé :

On félicite également les lecteurs qui sont parvenus à grimper sur le podium🙂 :

Et, comme nous sommes dans une compétition, il doit forcément y avoir un gagnant🙂   Nous avons effectué un tirage au sort. Le lecteur sélectionné a été contacté et devrait recevoir très bientôt sa petite surprise littéraire (et, encore une fois, on rappelle qu’il n’a pas été sélectionné selon son score).

Voilà donc pour ces Challenges sportifs littéraires de l’été 2016. En attendant une nouvelle compétition de quiz, on vous dit à très vite sur Babelio🙂