Le jeu de l’été 2019 : Des lecteurs à l’écran

On vous propose un nouveau jeu pour cet été. Après un été 2018 placé sous le signe de la musique, ce sont les cinéphiles et sérivores qui sont à l’honneur cette année !

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Nous publierons deux séries de captures d’écran de films ou de séries télé dans lesquels les personnages lisent ou parlent de livres. Dans chacun des plans, un ou plusieurs livres sont en tout cas visibles. Votre but du jeu ? Découvrir de quelle série ou de quel film il s’agit à chaque fois (nous ne vous demandons pas le nom du livre) et répondre en commentaire (ils seront cachés jusqu’ à la fin du jeu).

On vous propose deux sessions. La première, celle du mois de juillet, du lundi 15 juillet dès 11h au lundi 29 juillet à 18h, est consacrée aux séries TV et celle du mois d’août, du 5 août au 26, aux films.

Exemple de capture d’écran : De quelle série est extraite cette image ?

Exemple de réponse attendue : « Mais des Simpsons, bien sûr ! »

A vous de jouer pour de vrai ci-dessous. Il y a du facile et du moins facile, de vieilles séries et de très actuelles. Une même série n’est jamais référencée deux fois.
Vous avez jusqu’au lundi 29 juillet 18 h pour jouer.

Nous tirerons au sort deux participants de chaque session (deux pour la session de juillet et deux pour la session d’août) pour recevoir des livres de la rentrée littéraire !

N’hésitez pas à participer même si vous n’avez pas tous les résultats d’un coup 🙂

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Alors, sans tricher, vous avez retrouvé combien de séries ? (et combien de vos séries préférées ? 🙂 )

Hélène Le Bris : la conteuse de l’oubli

Ayant à cœur d’évoquer une maladie encore très stigmatisée, Hélène Le Bris signe un roman sensible sur Alzheimer. Fable d’aujourd’hui sur la mémoire et l’oubli qui ne tombe jamais dans le misérabilisme, Si je me souviens bien, porte, au contraire, un regard humoristique et dédramatisant sur cette maladie. Le roman met en scène Marthe, une sexagénaire attachante atteinte d’un Alzheimer précoce. Hélène Le Bris était présente dans nos locaux le 26 juin pour une rencontre privilégiée autour de son roman.

CVT_Si-je-me-souviens-bien_6167.jpgMarthe a 60 ans, et l’esprit confus. Elle le sait, se défend, s’organise pour mieux résister à Al – c’est ainsi qu’elle nomme le fauteur de ses troubles : son Alzheimer précoce. Pour retenir ses souvenirs récents, elle les note dans un cahier. Son passé lui échappe : elle ne sait plus pourquoi elle a déménagé, ni ce qu’est devenu le compagnon de sa vie. Le cahier restitue ses efforts pour comprendre, ses doutes, ses émotions qui mêlent frustration, culpabilité et désir de rattraper le temps perdu.
Un indice découvert au hasard dans une revue bouscule son quotidien : elle croit retrouver la piste de son mari disparu… Elle s’improvise alors détective et mène l’enquête à l’insu de ses proches, sa voisine cinéphile et son neveu adoré. 

Dans la peau d’Al

Nous nous en doutions, pour décrire avec autant de précision et de profondeur la maladie d’Alzheimer, Hélène Le Bris a elle-même une histoire avec « Al », cette maladie qui sonne comme le nom d’un bandit : avec un proche atteint de cette maladie implacable, l’auteure a eu envie de traiter ce sujet autrement : « J’avais envie d’en parler d’une manière assez légère, car c’est un sujet insupportable. Et quoi de plus léger qu’une enquête ? » L’auteure, pétillante malgré la gravité du sujet, ajoute en plaisantant : « Marthe est la plus mauvaise enquêtrice du monde ! Dans la plupart des romans policiers, les enquêteurs trouvent la réponse avant nous. Là c’est exactement l’inverse qui se passe : on a la réponse avant l’enquêteurJe voulais amener un peu de fraîcheur à ce sujet ».

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Au fil de l’enquête, nous découvrons l’engrenage infernal de cette maladie, alors que Marthe lutte pour conserver sa mémoire et refuse la perte de son identité : « C’est un effort constant pour s’y retrouver. Elle se lance dans une enquête qui est extrêmement difficile pour elle mais fait preuve d’une incroyable débrouillardise. » Cette lecture plonge le lecteur au cœur de la maladie d’Alzheimer, en se mettant dans la peau de l’héroïne et en livrant ses pensées et ses ressentis les plus intimes : « Pour aborder en profondeur ce qu’elle ressent, le « je » me semblait nécessaire. Certains Alzheimer sont très lents, d’autres beaucoup plus insidieux. J’ai voulu mettre en avant les difficultés qu’elle peut avoir à s’orienter, à se souvenir. La présenter comme une détective pas très douée et atypique était un moyen sympathique de parvenir à alléger ce fardeauCe qui m’impressionne chez elle comme chez beaucoup de malades c’est cette volonté de rester debout, cette attention aux autres. »

L’écriture ciselée est en phase avec l’évolution de la maladie qui provoque des moments de pauses dans la vie de Marthe, la prive de ses repères et lui demande des efforts constants : « Marthe est désemparée. La fin peut paraître improbable, mais elle est véritable. Il arrive un stade de la maladie où on perd toute notion du temps. Elle va croire qu’elle a 50 ans, qu’elle a 20 ans, qu’elle va passer son bac l’année prochaine… Lorsque la douleur est trop forte, le cerveau écarte certaines choses. C’est une façon de se protéger d’écarter les souvenirs trop douloureux. Dans l’histoire de Marthe, à un moment, c’est presque un choix. On souffre forcément de voir une conscience s’éteindre. » Il y a des pauses dans la vie de Marthe, mais aussi des boucles, comme le dit bien Prévert avec son poème « Rappelle-toi Barbara ». Ce poème présent dans le roman est un souvenir d’enfance cher au cœur de l’auteure : « C’est une chanson, dans le sens où il y a un refrain. La chanson se prête très bien à cette maladie lancinante, qui forme une sorte de boucle. » 

Une histoire d’amour avant tout

Singulière combinaison d’enquête policière et de portrait touchant d’une victime de l’Alzheimer, Si je me souviens bien est un roman aux multiples facettes. Mais selon l’auteure, c’est avant tout une histoire d’amour. L’amour de Marthe pour son mari est le moteur qui la guide tout au long du roman. Son acharnement à combattre « Al » peut être valable pour d’autres combats : « Même quand elle perd ses mots, son vocabulaire, elle n’abandonne jamais la recherche de son mari disparu. » 

Cet amour guide les pas hésitants de Marthe, qui peut également compter sur le soutien et la présence de son neveu Vincent et de voisine Annie. En dehors de ces derniers, il y a très peu de personnages dans le roman : « Je devais renforcer la solitude du personnage. Cette maladie est un isolement. Vous avez envie de vous protéger, surtout au début. En voyant les symptômes arriver, vous n’avez pas forcément envie de montrer cet aspect de vous qui vous échappe. Alzheimer est un facteur d’isolement, on perd le sens de l’orientation, on ne peut plus voyager, plus conduire, on ne sort plus de chez soi. »

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A l’image de la couverture, de belles illustrations monochromes parsèment le récit, comme pour offrir des parenthèses d’évasion au lecteur, des respirations. Si je me souviens bien c’est aussi une lettre d’amour à l’écriture puisque Hélène Le Bris réalise un rêve de petite-fille en sortant ce premier roman : « J’ai toujours voulu écrire. C’est pour ça que j’ai signé de mon nom de jeune fille. Je me suis consacrée à ma vie professionnelle et familiale, et à 50 ans, j’ai eu l’occasion de faire une pause. J’avais enfin l’occasion de commencer ! J’ai un rapport passionnel à l’écriture, j’ai besoin de m’immerger totalement dans une histoire et je ne peux pas écrire entre deux activités. » Plongée actuellement dans l’écriture d’un second roman, l’auteure nous annonce déjà qu’elle « ne [va] pas passer sa vie avec la maladie d’Al » Son prochain roman traitera d’autre chose. Ne jamais renoncer, c’est le meilleur moyen de réussir pour Hélène Le Bris : « J’ai dû attendre un peu plus de 40 ans pour réaliser mes rêves, comme quoi il ne faut jamais désespérer ! »

Éperdue d’admiration

Hélène Le Bris est admirative du combat de sa narratrice, qui refuse de capituler devant l’implacable. Elle transmet ses émotions et donne chair au personnage : « A la fin du roman, on est dans la peau du personnage, on est perdus, comme elle. J’ai essayé de vous faire vivre ce qu’elle vit. C’est comme une amnésie constante, qui se produirait toutes les 5 minutes. Je suis contente d’avoir réussi à faire éprouver ça à mes lecteurs. » Ce moment où Martha semble tenir les rênes de sa destinée, et où tout s’effondre subitement constitue un moment de rupture dans le récit, qui met fin à l’enquête : « L’enquête n’est pas une fin en soi, c’est surtout une façon d’aborder les choses. L’enquête est une enquête sur elle-même. C’est son identité qu’elle recherche, c’est ce qui fait sa personnalité. » Malgré sa maladie, le personnage de Marthe demeure incroyablement rationnel et logique : « Elle est perturbée mais très forte. » Pour Hélène Le Bris, c’est là toute la complexité des personnes atteintes par Alzheimer : « Ces personnes compensent par une sensibilité exacerbée. On dit souvent que les aveugles ont une meilleure ouïe, etc. Je suis éperdue d’admiration pour ces personnes qui restent dignes et attentives malgré cette maladie ». Marthe est un personnage fondamentalement optimiste, elle a beau se trouver dans un EHPAD, elle reste positive et démontre une résilience et une joie de vivre à tout épreuve. Si je me souviens bien est peut-être finalement tout cela à la fois : une enquête amusante, une histoire d’amour, et un hommage aux personnes victimes de cette terrible maladie.

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Découvrez Si je me souviens bien d’Hélène Le Bris publié aux éditions Eyrolles.

Gilles Gérardin : penser sa mort, pour donner du sens à la vie

Après une carrière de scénariste pour la télévision et le cinéma, Gilles Gérardin signe un premier roman à l’humour mordant et caustique chez Eyrolles. Julien le Bienfaiteur met en scène un quadragénaire bien décidé à accomplir le sacrifice ultime : préparer sa propre mort pour que sa famille puisse toucher les indemnités. Devenir un héros des temps modernes en offrant sa vie pour sauver les siens, voilà tout le programme de ce roman inclassable, à la fois drame et comédie : un récit osé et rafraîchissant, où on se demande jusqu’où l’auteur va bien pouvoir nous mener. Gilles Gérardin était présent dans nos locaux le 8 juillet dernier pour une rencontre privilégiée avec ses lecteurs.

CVT_Le-bienfaiteur_2986.jpgJulien, la quarantaine, marié, père de famille, est au chômage depuis plus d’un an. Au fil des jours, l’espoir de retrouver un emploi s’amenuise et le trou de ses dettes se creuse. Prenant conscience de l’inutilité de son existence, il décide d’y mettre fin. Mais au moment de passer à l’acte, il découvre que les assurances indemnisent beaucoup mieux le décès accidentel qu’un banal suicide. Julien entreprend donc d’organiser sa mort « accidentelle ».
Ne reste plus qu’à régler quelques petits détails, le choix du cimetière et celui du moyen le plus efficace de passer de vie à trépas. Plus les préparatifs avancent, plus l’échéance fatale se rapproche, plus Julien hésite. Il n’est pas si facile de se résoudre à sa propre mort.
La nouvelle de son généreux sacrifice s’ébruite. L’entourage se ligue alors pour l’aider à accomplir le destin exemplaire qu’il s’est choisi : devenir « le Bienfaiteur », ce héros des temps modernes prêt à offrir sa vie pour sauver sa famille.

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L’écriture littéraire : un nouveau banc d’essai

Durant la rencontre, Gilles Gérardin a eu l’occasion de retracer la manière dont son parcours l’a mené de l’écriture de scénarios pour la télévision, au roman. Pour lui, le roman permet d’aller bien plus loin dans la psychologie des personnages : « Dans un film, les personnages sont ce qu’ils font et disent. Un roman permet d’accéder aux pensées les plus intimes des personnages, et d’étoffer leur psychologie. » Cependant la transition de l’écriture scénaristique à une écriture plus littéraire n’a pas été sans difficultés pour l’auteur, qui a pu compter sur le soutien de son éditrice pour mener à bien ce nouvel exercice : « J’ai longtemps pensé écrire un roman alors que je continuais à écrire un scénario. Mon éditrice m’a aidé à basculer vers une écriture plus littéraire. » L’auteur a pu s’écarter de l’écriture scénaristique lors d’un second jet, mais il en est quand même resté quelques caractéristiques : une structure maîtrisée, une vision claire et compréhensible de l’histoire, et un rythme cardiaque progressant jusqu’au climax : « Je voulais que mon roman soit une surprise, que ce qui précède converge vers cette fin mais qu’elle reste quand même surprenante. C’est là tout l’art du scénariste : créer un suspense insoutenable. C’est Hitchcock qui parle le mieux de la différence entre surprise et suspense : dans une première situation, il y a une bombe sous la table. Ni le public, ni les personnages ne savent qu’il y a une bombe. C’est la surprise. Dans la deuxième situation : le public sait qu’il y a une bombe, mais quand va-t-elle exploser, comment ? C’est ça le suspense. Le suspense est l’attente anxieuse de quelque chose. »

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Jouer avec la mort

Pour écrire ce roman hanté par la mort, un peu sordide mais plein d’humour, Gilles Gérardin a dû beaucoup se documenter : « J’ai même eu affaire à un assureur assez inquiet « Vous êtes sûr que vous allez raconter cette histoire ? Ca ne va pas donner des idées aux gens ?«  ». Jouer avec la mort : c’est l’idée obsédante qui a poursuivi l’auteur durant de nombreuses années et qui lui a inspiré l’écriture de ce roman : « Une bonne idée vous obsède et amène plein d’autres idées dans son sillage. » Le personnage de Julien est au cœur de l’intrigue : homme travailleur, honnête, père de famille exemplaire, Julien a tout du mari parfait. Il cache malgré tout une facette plus sombre de sa personnalité : une certaine fragilité intérieure liée à un doute sur ses origines. 

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Le roman de Gilles Gérardin explore la notion de dualisme moral, la frontière parfois ténue qui peut exister entre morale et moralisme, notamment au travers de personnages ambivalents, dont le romancier adopte le point de vue à tour de rôle. Une manière subtile de suivre le cheminement des personnages et de comprendre au mieux leurs fragilités : « J’avais cette envie d’alterner les points de vue, cela me paraissait être la manière la plus efficace et la plus juste de raconter cette histoire. On a des regards différents sur un même épisode, même le vocabulaire change : plus populaire d’un côté, plus élaboré de l’autre. ». Pour caractériser ses protagonistes, l’auteur fait preuve d’une organisation rigoureuse héritée de son expérience de scénariste : « Je crée des fiches personnages : je détermine les caractéristiques principales de chacun, leurs objectifs mais cela évolue en permanence pour que le personnage reste cohérent tout en conservant sa singularité. Il faut parvenir à leur offrir le maximum d’autonomie. »

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Des personnages en chute libre

Alors qu’ils sont dans la force de l’âge, arrivés à un moment de leur vie où ils sont censés jouir d’une certaine stabilité, les personnages créés par Gilles Gérardin basculent. C’est le cas de Céline, la femme de Julien, qui révèle ses pires côtés une fois appâtée par le gain. Des personnages à première vue détestables qui trouvent pourtant grâce aux yeux de l’auteur : « Céline est une femme odieuse, qui s’est mentie à elle-même et aux autres toute sa vie. Elle n’est pas méchante par nature, mais elle a une écharde dans le cœur. Elle s’est raccrochée à Julien car il l’a sauvé d’elle-même, de ce qu’elle avait en elle de plus extrémiste et de plus violent. Son avidité et son impatience à toucher l’argent s’explique par une amertume qui la dépasse. On n’est jamais méchants par nature. » Tous les personnages ont une voix qui leur est propre, une particularité très marquée, et c’est ce qui fait la force de la narration de ce roman choral. 

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Apprendre à mourir pour mieux vivre sa vie

Trouver le ton juste pour ne pas tomber dans la farce ou dans la tragédie : voici la difficulté principale à laquelle a été confronté l’auteur. C’est un moment clé dans le récit qui fait basculer le récit dans la comédie : « Une fois que Julien n’a plus que 15 jours à vivre, c’est là que commence véritablement la comédie pour moi. C’est lorsqu’il n’a plus que 15 jours à vivre qu’il commence à aimer la vie. »  Le récit prend alors des allures déconcertantes d’hymne à la vie : « Comme le roman commence par la mort, on ne s’attend pas à ce que Julien reprenne goût à la vie. Derrière la mort, il y a toujours ce désir de vie. Même si Julien va mourir, c’est la vie qui triomphe. » Avec ses airs de comédie, son caractère poignant, et son optimisme déconcertant, Julien le bienfaiteur n’entre dans aucune case ! 

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L’auteur nous l’annonce déjà, il n’y aura pas de suite à Julien le bienfaiteur mais un nouveau roman qui gardera le ton de la comédie. Une affaire à suivre…

Découvrez Julien le bienfaiteur de Gilles Gérardin, publié aux éditions Eyrolles.

Quand Babelio rencontre Mama Éditions

[Fondé par Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain en 2000, Mama Éditions publie des titres sur des thématiques tels que le chamanisme, la spiritualité ou encore le jardinage en essayant d’y apporter un éclairage novateur et singulier. Après 19 années d’existence, la maison propose une soixantaine de titres qui tentent de « décrypter l’ouverture des consciences allant de pair avec les rapides mutations de notre société ». Mama Éditions est aujourd’hui présent à l’étranger, des Amériques jusqu’à l’Asie et publie ses ouvrages dans une dizaine de langue. Nous avons décidé de poser quelques questions à Tigrane Hadengue sur sa maison d’édition et sur le domaine du développement personnel et de spiritualité qui connait un essor florissant. ]

Le développement personnel regroupe bien des choses, du plus superficiel au plus essentiel, et de ce fait, ses promesses vont des plus creuses aux plus profondes. Dans tous les cas, il s’agit de s’épanouir par un travail intérieur.

  • Vous fêterez l’année prochaine les 20 années d’existence de Mama Éditions, quel regard portez-vous sur ces années passées et les objectifs que vous vous étiez fixés en créant la maison ?

Je vis une aventure bien plus surprenante que tout ce que j’aurais pu imaginer, où la magie des rencontres permet non seulement de dépasser ses objectifs, mais aussi d’en entrevoir de nouveaux encore plus beaux.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’édition de livres de développement personnel et de spiritualité ? 

L’envie d’amplifier mon bien-être et la soif de vivre une spiritualité dans mon activité même, en mariant mon évolution et ma profession.

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  • Quels furent les étapes de votre cheminement professionnel, a-t-il été marqué par une rencontre marquante, un déclic ? 

Plusieurs rencontres d’auteurs, de Jeremy Narby à Laurent Huguelit, et d’autrices-éditrices, d’Anne Dufourmantelle à Michka Seeliger-Chatelain, en passant par le déclic de mon premier salon du livre en tant qu’attaché de presse, et où j’ai vu qu’il me fallait créer notre propre maison d’édition.

  • Le développement personnel connaît un succès grandissant depuis quelques années mais personne ne semble savoir exactement ce que c’est. Qu’est-ce que le développement personnel pour vous, quelles promesses d’épanouissement offre-t-il ? 

Le développement personnel regroupe bien des choses, du plus superficiel au plus essentiel, et de ce fait, ses promesses vont des plus creuses aux plus profondes. Dans tous les cas, il s’agit de s’épanouir par un travail intérieur.

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  • Comment expliquer son succès, et est-il symptomatique de notre époque ? 

Il est symptomatique de notre époque, et voué au succès puisque à l’heure où nous nous sommes plus que jamais déconnectés de la Nature (nous mettant, ainsi qu’elle, en danger), le développement personnel nous y ramène, pour nous permettre de mieux accoucher de nous-même. 

  • Avez-vous observé une évolution des mentalités à propos du développement personnel ? 

Oui : les mêmes personnes, privées ou professionnelles, et les mêmes médias, indépendants ou corporate, qui me traitaient d’utopiste en donnant à Mama Éditions un an d’existence tout au plus au moment de sa naissance, me demandent aujourd’hui consultations et exclusivités.

  • Développement personnel, spiritualité, new age… n’a-t-on pas tendance à tout mélanger dans ce type de littérature ? 

C’est souvent le cas, et c’est pourquoi Mama Éditions a tenu à distinguer clairement plusieurs collections, comme le chamanisme d’une part et les témoignages de guérisseurs d’autre part, ou comme les livres de Seth d’une part et les méthodes pratiques de channeling de l’autre. Ce sont des domaines si riches qu’ils méritent bien le respect de plusieurs avenues distinctes qui cependant s’épaulent les unes les autres, du théorique au pratique, ou du divin au quotidien.

  • Quels conseils donneriez-vous à un lecteur désireux de découvrir le développement personnel, mais qui ne saurait par où commencer pour trouver les livres qui pourraient l’aider, par peur d’être manipulé ? 

De commencer par Seth parle (les livres de Seth / Jane Roberts), car c’est là qu’un nouveau décryptage, multidimensionnel, du visible et de l’invisible a été révélé pour les lecteurs de la fin du XXe siècle, puis de poursuivre par Abraham parle (les livres d’Abraham / Esther Hicks), car c’est ensuite ici que l’on a reçu des outils de mise en pratique dévoilés à la portée de tous.

  • Comment partir en quête de sens tout en faisant preuve de discernement ? 

En intégrant aussi des livres pratiques comme La Voie du chamane, ou Caverne et Cosmos (de Michael Harner), car ils nous guident jusqu’à notre boussole intérieure, le plus sûr des sonars, puis nous apprennent à l’utiliser avec un très grand discernement, fruit de traditions millénaires. 

  • Comment travaillez-vous avec vos auteurs ? 

En leur accordant la plus grande liberté tout en leur suggérant parfois d’approfondir telle ou telle facette.

  • Qu’est-ce qui préside à l’édition d’un texte chez Mama Éditions ?  

Il faut d’abord qu’il y ait un coup de cœur. La décision intellectuelle vient en second.

  • Avez-vous des thématiques qui vous séduisent plus que d’autres pour développer votre catalogue (peut-être regroupées dans vos collections Témoignages, Chamanismes, Mutations…) ou fonctionnez-vous au coup de cœur pour choisir vos manuscrits ? ? 

Nous privilégions les textes personnels, subjectifs, qui racontent un chemin, une découverte.

  • Combien de livres sont édités chaque année par votre maison ?

Douze. Nous avons à cœur de toujours privilégier la qualité sur la quantité, pour accompagner au mieux nos auteurs et nos livres.

  • Il existe encore peu de littérature destinée aux enfants sur ces domaines du développement personnel et de la spiritualité. Aimeriez-vous créer des livres de développement personnel ou de spiritualité pour enfants ? 

C’est fait ! Nous avons plusieurs titres et cycles de livres en préparation sur le sujet.

  • Quels sont les projets de Mama Éditions pour les années à venir ? 

Intégrer le jardinage bio et urbain au cœur de notre quotidien, offrir aux plus jeunes des voies d’accès à leurs propres pouvoirs, pousser plus loin la fabrication de livres écologiques, se développer à l’international comme dans les adaptations audio-visuelles, et porter le livre numérique vers un palier d’interactivité sans précédent.

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  • Si vous deviez nous conseiller trois livres pour découvrir Mama Éditions, quels seraient-ils ?  

Le Chamane & le Psy (de Laurent Huguelit, avec le Dr Olivier Chambon) ; Splendeur des âmes blessées (d’Agnès Stevenin) ; et Lorsque j’étais quelqu’un d’autre (de Stéphane Allix), n°1 des meilleures ventes de l’année 2018 en Ésotérisme et Spiritualité.

Retrouvez le catalogue sur le site internet de l’éditeur. 

Entretien réalisé par Coline Meret.

20 livres de poche à dévorer sans modération cet été

Comme chaque année, Babelio vous présente les livres de poche les plus appréciés des lecteurs. Découvrez notre sélection estivale des meilleurs petits formats à emporter dans vos valises cet été !

Entre science-fiction, essais, sagas familiales et romans feel good, le classement des 20 livres de poche de l’été n’entre dans aucune case et il y a fort à parier que certains titres de ce classement vous permettront de découvrir de nouveaux horizons de lecture. Voici l’occasion idéale pour (re)découvrir ces ouvrages et choisir ceux qui vous accompagneront cet été à l’ombre des palmiers, ou dans le métro parisien…

1 : Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

Couronné récemment par le prix Maison de la presse, l’histoire de Violette, gardienne de cimetière qui fait de ce lieu de tristesse, un immense jardin, a su toucher le cœur des lecteurs. Violette change l’eau des fleurs, et sa vie fleurit à nouveau. L’absence devient une présence silencieuse et bienfaitrice. Avec ce roman, Valérie Perrin livre un hymne au merveilleux des choses simples.

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Pour La_Bibliotheque_de_Juju, la force du récit tient avant tout à son personnage hors du commun : « Violette, c’est de la poésie, c’est la vie qui chante très fort au beau milieu des morts. » Malgré un sujet grave, Valérie Perrin livre un roman lumineux où elle démontre sa capacité incroyable à transcender la tristesse pour en faire une histoire optimiste et vibrante. La mort n’a jamais été si vivante.

Découvrez Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin, publié aux éditions Le Livre de Poche

2 : Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Livre-univers aux résonances multiples, œuvre steampunk décalée, ou hommage vibrant au romantisme slave, Célestopol est un objet littéraire inclassable, aventureux et inventif. Au fil de ce recueil de 15 nouvelles se situant à Célestopol, cité lunaire de l’empire de Russie, nous suivons des habitants en quête d’émancipation, rebelles, insoumis – à l’image de la métropole aux multiples visages -, qui portent en eux des colères intimes et des fêlures profondes.

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Célestopol est un recueil de nouvelles distrayant et unique en son genre qui ravira les amateurs de steampunk, d’uchronies, et d’aventures spatiales dans un cadre original et fabuleux : « Quelle merveilleuse aventure au cœur d’une cité lunaire remplie d’imprévisibles fantaisies ! » (Delap80).

Découvrez Célestopol d’Emmanuel Chastellière, publié aux éditions Libretto 

3 : La Note américaine de David Grann

Cette enquête de David Grann revient sur une série de meurtres qui décima la tribu des Indiens Osage, dans l’Oklahoma des années 1920. Brillant reporter pour le New York Times, David Grann livre ici une enquête rigoureuse racontée avec les armes de la fiction pour mettre au jour la stupéfiante et glaçante vérité.

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David Grann, en digne héritier du new journalism, renoue avec un journalisme littéraire qui se lit comme de la fiction, et livre sa propre résolution sur des enquêtes irrésolues et fascinantes. Pour Bazart, voici « Un livre en tous points captivant et salutaire »

Découvrez La Note américaine de David Grann aux éditions Pocket

4 : Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio

Après le succès du Gang des rêves et des Enfants de Venise, le Romain Luca Di Fulvio signe le troisième chapitre de son triptyque qui consacre plus que jamais son talent de conteur. Le Soleil des rebelles entraîne le lecteur au cœur d’une fresque historique et romanesque d’une rare intensité, sur les pas d’un prince de Saxe.

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Luca Di Fulvio embarque le lecteur dans la construction de cette Europe balbutiante, dans le sang et les larmes. Roman âpre mais lumineux, qui conserve toujours une lueur d’espoir, voilà, selon TheWind « Un roman qui donne envie de trouver le soleil la nuit ».

Découvrez Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio, publié aux éditions Pocket

5 : Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi

Un road-trip en Scandinavie, des portraits de femmes dressés avec humour et sensibilité, des instants de vie sublimés… Il n’en faut pas plus pour succomber au charme de ce roman feel good rafraîchissant, qui nous met le sourire jusqu’aux oreilles, ou plutôt jusqu’aux étoiles.

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« Un zeste d’humour, une pincée d’émotions, le tout agrémentant une famille qui cherche à se trouver et à ne plus se quitter. » Pour Ladybirdy, c’est certain, ce roman est idéal pour les vacances. Partir est parfois la solution idéale pour se retrouver.

Découvrez Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi publié aux éditions Le Livre de Poche

6 : Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase

Un manoir tapis de secrets, aux portes dérobées, un été tragique, des secrets de famille qui ne demandent qu’à être révélés, et quatre vies bouleversées à jamais… Voilà un cocktail prometteur qui ravira les amateurs de sagas familiales.

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Un manoir en Cornouailles est « Une très belle lecture qui se prête merveilleusement bien aux vacances d’été » selon TheBookCarnival, qui le conseille à tous ceux qui voudraient frémir à la lecture d’un roman dans la veine de Daphné du Maurier.

Découvrez Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase publié aux éditions 10/18

7 : Pourquoi écrire ? de Philip Roth

Il y a un peu plus d’un an, six ans après avoir arrêté d’écrire, Philip Roth nous quittait. L’une des figures majeures de la littérature américaine laissait derrière lui une œuvre riche et foisonnante, complexe et provocatrice. Tout au long de sa carrière, Philip Roth a réfléchi sur son art : il nous livre ses réflexions dans cet essai où l’écrivain contemple le fruit d’une vie d’écriture et se prépare au jugement dernier.

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Véritable plongée dans la vie d’écrivain, cette compilation d’essais, d’entretiens, d’articles, est « Un bouquin indispensable à tout amateur de l’écrivain et plus encore, pour tous ceux qui s’intéressent à l’écriture. » (Corboland78) Un livre qui contient également plus d’une centaine de pages jamais traduites en français jusque-là.

Découvrez Pourquoi écrire ? de Philip Roth, publié aux éditions Folio

8 : Tortues à l’infini de John Green

Avec Tortues à l’infini, le dernier roman de John Green, l’heure est une nouvelle fois à l’émotion. Inspiré par ses propres troubles compulsifs pour écrire ce roman, l’auteur décrit la quête d’identité d’une jeune fille souffrant de douleurs psychiques.

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Voici un roman qui nous fait passer du rire aux larmes, les personnages de John Green racontant la propre maladie de l’auteur, au cœur de sujets aussi intimes qu’universels : la peur de vivre, la quête d’identité. « John Green nous livre ici un roman touchant qui remue au plus profond de soi. » Saefiel

Découvrez Tortues à l’infini de John Green publié aux éditions Gallimard Jeunesse

9 : Idaho d’Emily Ruskovich

Ce roman polyphonique nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir au beau milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Les forêts sauvages et hostiles, toujours grandioses, sont la toile de fond de ce drame éloquent. 

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Les lecteurs saluent à l’unanimité ce premier roman d’une rare intensité : « Une tragédie bouleversante et inoubliable. » (marina53)

Découvrez Idaho d’Emily Ruskovich publié aux éditions Gallmeister

10 : Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim

Dans le Paris du début du XXe siècle, Jeanne Hébuterne brave les interdits pour vivre ses passions, artistiques et amoureuses. En nous brossant le portrait d’une femme courageuse et amoureuse jusqu’à la folie, Olivia Elkaim sort de l’oubli celle qui fut la muse de Modigliani.

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Les lecteurs ont apprécié cette immersion dans le Paris des années 1920, la vie de bohème et la passion dévorante des deux amants : « L’espace d’une lecture, elle a transformé mon salon en atelier de peinture, ma petite ville en Ville-Lumière, mon époque en temps de guerre. » (Croquignolle)

Découvrez Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim, publié aux éditions Points

11 : L’Or noir des steppes de Sylvain Tesson et Thomas Goisque 

Accompagné du photographe Thomas Goisque, Sylvain Tesson a entrepris un nouveau voyage étonnant :  il a en effet suivi le réseau des pipelines caspiens “jusqu’à Bakou, puis de Bakou jusqu’à la Turquie orientale via l’Azerbaïdjan et la Géorgie”. L’occasion pour l’écrivain voyageur/cascadeur et le photographe/aventurier de raconter “l’histoire millénaire de l’or noir des steppes”.

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C’est réussi pour Jeanraphael qui estime même que “c’est le meilleur livre de Sylvain Tesson. Un vrai récit de voyage, pur, concentré, affûté, descriptif et précis”.

Découvrez L’Or noir des steppes de Thomas Goisque & Sylvain Tesson publié chez J’ai Lu 

12 : Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez 

Déjà présent dans notre liste des livres les plus populaires de l’année 2018, Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez refait parler de lui pour sa sortie en poche. Il faut dire que ce roman policier dans lequel il est question de mémoire mais aussi d’écriture est parfait pour l’été.

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Comme le rappelle Jeanmarc30, le roman propose, en outre, un dépaysement garanti : “C’est tordu, oppressant entre les paysages de la côte d’Opale et les monts du Vercors ou des Alpes, et c’est savoureux à bien des égards.”

Découvrez Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez publié chez Pocket

13 : Underground Railroad de Colson Whitehead

Véritable phénomène littéraire qui a valu à son auteur une pluie de récompenses prestigieuses à travers le monde dont le prix Pulitzer, Underground Railroad raconte “l’odyssée d’une jeune esclave en fuite dans l’Amérique d’avant la guerre de Sécession« .

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C’est pour Maxun roman historique puissant, nécessaire, intemporel et montrant une facette de l’esclavage que je ne connaissais pas, il n’en faut pas plus pour en faire un très bon récit et l’obtention des diverses récompenses dont le Pulitzer sont amplement mérités. A lire d’urgence.

Découvrez Underground Railroad de Colson Whitehead publié au Livre de Poche.

14 : La Mémoire du thé de Lisa See

On vous propose cet été de partir en Chine à la découverte de l’ethnie des Akha qui vit dans la province du Yunnan depuis plusieurs siècles. Ce peuple vit par et pour le thé. Une vraie découverte pour de nombreux lecteurs. 

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Ce livre dégage cette senteur particulière [nous dit ainsi Asakocelle d’une feuille de thé. L’histoire est aussi profonde que le paysage dans lequel se déroule l’histoire. Cette histoire m’a émue, m’a fait pleurer tellement l’auteur de par ses mots nous fait voyager.

Découvrez La Mémoire du thé de Lisa See publié chez J’ai Lu. 

15 : Complot de Nicolas Beuglet 

Si la France connaît une vague de chaleur, on vous propose avec cette lecture, de vous rafraîchir quelque peu. Le récit commence en effet dans “un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents”. Un cadre idéal pour s’évader.

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Attention cependant, Nicolas Beuglet n’a pas l’intention de vous faire souffler. Complot est aussi et avant tout un thriller haletant, recommandé par de nombreux lecteurs et lectrices comme Sylvie71 : “C’est un thriller addictif, où l’on retrouve tous les codes du genre : secret, complot, violence. Entre fiction et réalité historique, j’ai été happée par cette histoire passionnante.

Découvrez Complot de Nicolas Beuglet publié chez Pocket

16 : Trois filles d’Ève de Elif Shafak 

L’auteure de L’Architecte du Sultan, Soufi, mon amour ou encore La Bâtarde d’Istanbul, autant de grands succès sur Babelio, revient avec un roman sur une femme turque qui plonge dans ses souvenirs. L’occasion pour Elif Shafak d’interroger la société stambouliote d’aujourd’hui. 

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Pour m3lani3, il s’agit d’un roman “riche et fluide qui nous donne à découvrir cette grande ville turque et la position des femmes dans cette société qui oscille entre tradition et modernité”. Pour Fanfanouche24, il s’agit également d’ “un roman haletant qui dit à quel point la littérature est porteuse d’espoir, de liberté et d’indépendance de pensée”.

Découvrez Trois filles d’Ève de Elif Shafak, publié chez J’ai Lu.

17 : La Beauté des jours de Claudie Gallay 

Dans son dernier roman intitulé La Beauté des jours, dans lequel il est notamment question de la célèbre artiste Marina Abramovic, Claudie Gallay interroge la façon dont l’art peut sauver ou sublimer nos vies. Un thème qui ne pouvait qu’intéresser nos lecteurs. 

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Cristy a adoré sa lecture, à la fois pour sa réflexion mais aussi par l’écriture de l’auteure : “Ce qui m’a beaucoup touché, c’est […] la façon dont l’auteur raconte son histoire, il se dégage une douce poésie de ce roman. Ce qui en fait un livre doudou, un livre dans lequel on a envie de se plonger et ne plus en ressortir.” 

Découvrez La Beauté des jours de Claudie Gallay, publié chez Babel

18 : Le Caillou de Sigolène Vinson 

Le pitch du roman de Sigolène Vinson est on ne peut plus simple : “Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.” Dans le texte, ce personnage s’exprime : elle aimerait devenir “Minérale, granitique, chateaubriandesque sur la mer, pour ne plus avoir peur”. Car le personnage, enseignante, a le sentiment de ne plus servir à rien. 

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Le roman, pardon pour le jeu de mot, n’a pas laissé ses lecteurs de marbre. Virginie_Vertigo a été enchantée malgré un thème difficile : “Une fois de plus, je retrouve une Sigolène qui parle de la difficulté d’être, du sens que l’on donne à sa vie. De son écriture sèche, dépouillée de tout artifice et pourtant si belle, elle évoque aussi la solitude, la vieillesse et l’art qui peut transcender une vie. J’aime ce côté absurde qu’elle émaille dans son récit. Et que dire de cette description de la Corse, de ses paysages qui donnent tellement envie d’y jeter l’ancre !

Découvrez Le Caillou de Sigolène Vinson, publié chez Le Tripode  

19 : June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton 

Premier tome d’une trilogie fantasy de la très appréciée Manon Fargetton, June, Tome 1 : Le Souffle a tout pour devenir une référence en la matière. Une quête épique attend en effet June, dernière héritière des Sylphes, et peut-être la seule personne  à pouvoir rétablir l’harmonie dans le monde.

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Le pari est remporté pour EloDesigns : “L’univers et l’atmosphère dans lequel le roman évolue, est à la fois complexe, travaillé et riche. Les créatures dont on parle, les Sylphes, sont originales et font rêver ; elles sortent vraiment de l’ordinaire et nous entraînent vers de nouveaux horizons. Tous les ingrédients sont réunis pour que la magie opère.

Découvrez June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton, publié chez Rageot Poche

20 : Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.” Voilà les premiers mots de la quatrième de couverture de ce roman de fantasy ambitieux. Non il ne s’agit pas de l’empire de Napoléon et Les Seigneurs de Bohen n’est pas un roman historique. Encore que… Si en quelque sorte, car Les Seigneurs de Bohen est l’histoire d’un Empire, le récit de sa gloire, mais aussi celui de sa chute.

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Grande amatrice de littératures de l’imaginaire, Selvegem a adoré cette lecture  : “Estelle Faye nous entraîne dans une histoire dense, solide, et remarquablement écrite du début à la fin ! C’est un récit très dense, mais que j’ai dévoré.” 

Découvrez Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye, publié chez Folio SF

Et vous, quels livres emporterez-vous en vacances ? Partagez vos impressions et coups de cœur poche de l’année 2019 en commentaire ! 

Et pour en savoir plus sur les habitudes des Babelionautes, vous pouvez consulter notre étude sur les lectures d’été, abordant autant le nombre de livres emportés dans la valise, que les genres les plus appréciés l’été, ou encore le format jugé comme le plus pratique. C’est juste ici !

Article rédigé par Pierre Krause et Coline Meret.

Rendez-vous avec les cosy mysteries de Julia Chapman

Le mois dernier, nous avions rendez-vous avec le crime. Julia Chapman nous venait tout droit du Yorkshire pour parler avec 30 lecteurs de sa série de romans policiers, publiée dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont : Les Détectives du Yorkshire. Au cours d’une discussion qui s’est articulée autour du premier tome de la série, Rendez-vous avec le crime, elle nous a transportés directement dans la campagne anglaise… en nous parlant français. Cette auteure anglaise qui vit et écrit dans cette même région, le Yorkshire, a habité un peu partout dans le monde, et notamment en France, puisqu’elle a tenu avec son mari pendant plusieurs années une auberge dans les Pyrénées. « Je parle un peu le français, mais le français de l’Ariège ! » commence-t-elle avant de se défaire de sa langue natale pendant une heure chaleureuse et remplie de rires en sa compagnie.

61nbh81txfl._sx195_Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais œil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

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De Settle dans le Yorkshire à Bruncliffe

La série de Julia Chapman, comme le désigne son titre – Les Détectives du Yorkshire – se déroule dans le nord de l’Angleterre, dans une petite ville perdue dans la campagne. « Bruncliffe n’est pas une vraie ville » a-t-elle révélé assez tôt pendant la rencontre. « Celle qui m’a inspirée s’appelle Settle. Elle compte à peu près 3 000 habitants et se situe à une heure de Leeds. » Si la ville n’existe pas, sa configuration et ses paysages – dont les descriptions permettent au lecteur de s’immerger dans l’ambiance du roman -, eux, sont réels : champs, petits murs de pierre, l’incontournable pub de la ville, collines, fermes… Partant de ce décor, deux choses ont intéressé l’auteure dans sa démarche. La communauté, d’abord, est un élément « très important » dans ce genre de villes, remarque Julia Chapman. Il n’y a d’ailleurs pas réellement d’anonymat dans ces communautés. Le crime, ensuite, en est relativement absent. « Ce n’est pas normal dans ces régions de mourir ! » Elle s’amuse ainsi à mélanger réalité et roman policier. Par exemple, « il y a deux maisons de retraite dans mon livre. Tout le monde m’a dit après l’avoir lu : en fait, c’est dangereux là-bas ! J’ai une amie qui a 93 ans, poursuit-elle, et qui habite encore dans sa maison. C’est d’ailleurs une lectrice formidable. Pour moi, c’est important de fréquenter des personnes âgées dans la vie et je trouvais l’idée d’une maison de retraite parfaite. »

L’auteure nous a en outre appris que l’histoire du livre n’a même pas été imaginée dans cette région… mais en France ! « Quand j’étais dans les Pyrénées, un jour, j’ai vu un taureau et je me suis simplement demandé ce que j’aurais fait si j’avais été dans les champs avec lui. Puis j’ai vu une ombre, dans ma tête, celle d’une cycliste, et je me suis demandé qui c’était. J’ai eu l’idée de ma série anglaise en France et j’ai fini ma série française en Angleterre ! C’est là, une fois que j’avais déménagé dans le Yorkshire, que j’ai pu commencer à écrire Les Détectives du Yorkshire. »

« J’habite là-bas depuis 8 ans, nous a-t-elle raconté. Pour ma part, je suis cycliste mais c’est très bon de faire de la course là-bas, c’est plus facile que de courir hors de la montagne. Tous mes amis sont dans des clubs de course… ils sont fous ! » C’est pour nous dire que de nombreux éléments sont vrais dans cette série qu’elle nous parle de cette activité sportive que pratique Delilah dans le livre. Des anecdotes comme celle-ci, elle semble en avoir quelques poignées avec elle. Le nom du chien de Delilah, par exemple, a une histoire. S’il s’appelle Caliméro en français, il s’appelle Tolpuddle en anglais. Il s’agit d’une référence aux « Martyrs de Tolpuddle », Tolpuddle étant une petite ville du sud de l’Angleterre. En hommage à ces martyrs qui œuvraient pour un monde meilleur, « ce chien à la tête plaintive porte leurs noms ! » En France, où nous n’avons pas cette référence, ce nom de personnage a entraîné quelques soucis de traduction et beaucoup de questionnements. « On a dû trouver quelque chose qui parle, explique Camille Filhol, l’éditrice, présente ce soir-là. D’où Caliméro ! »

Quant aux habitants du Yorkshire, ressemblent-ils vraiment à ceux de Bruncliffe ? « Quand ils comprennent que j’ai écrit cette série, ils me demandent s’ils sont dans le livre. À ce moment-là, je leur lis généralement une description du livre qui les dit brusques, directs, têtus et suspicieux. Et je leur dis : Si vous pensez être dans mon livre, ça, c’est vous ! » Il existerait même, par hasard, un Richard Hargreaves (le nom de la première victime dans le roman de Julia Chapman)… « mais lui n’est pas mort ! » ajoute-t-elle. Et l’auteure de conclure : « Les personnes réelles sont souvent moins intéressantes dans un roman que des personnages. »

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Personnages : amis ou inconnus ?

Au même titre que Bruncliffe est tissée de réalité, certains personnages de la série s’inspirent de la propre vie de l’auteure. Delilah, l’un de ses deux personnages principaux, aime courir, et a une famille nombreuse. « J’ai moi-même 55 cousins et cousines ! Mon père a 9 frères et sœurs. » Néanmoins, les points communs entre elles deux ne sont pas plus nombreux que ça. Et c’est voulu : « Comme c’est une femme, c’était trop facile de la faire comme moi. Je voulais donc qu’elle soit très différente. » « Ça m’a pris un tome pour créer les personnages, a également confié l’auteure. Maintenant, c’est facile, c’est comme avec des amis ! »

Interrogée sur les noms qu’elle a donnés à ceux-là, elle reconnaît que « le nom du personnage principal est toujours le plus difficile à trouver. Pour les autres (Ida, Troy…), ça a été simple : ce sont des noms du Yorkshire. » Elle nous a ensuite confié quelques secrets de fabrication des prénoms de nos deux héros. Celui de Samson est venu très facilement. Celui de Delilah un peu moins, mais il a une histoire ! « Ce n’est pas raconté dans le livre, mais le prénom de Delilah n’était en fait pas le choix de sa mère. Elle voulait l’appeler comme la cheffe cuisinière Delia Smith, qui est très connue en Angleterre. Mais son père a mal fait l’enregistrement, elle s’est donc appelée Delilah ! »

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Dans sa série, les lecteurs découvrent au fil des tomes la vie de la ville de Bruncliffe, et les tensions ou amitiés qui lient ses différents habitants. Son premier agent littéraire lui a dit qu’elle avait trop de personnages. « Je lui ai dit bye bye ! » avoue-t-elle en rigolant. « C’est important pour moi. Je ne suis pas Charles Dickens, mais lui aussi a beaucoup de personnages, et ce n’est pas un problème ! Grâce à eux, il y a une vraie vie, je le développe beaucoup dans le deuxième tome. »

De plus, c’est cette profusion de personnages qui lui permet de mettre en scène la communauté dont elle parlait au début de la rencontre et de renforcer la solitude de Samson. Ce personnage, en effet, revient dans la ville après des années d’une absence mystérieuse pour y ouvrir une agence de détective privé. C’est un des principaux axes de l’histoire, autour duquel l’auteure ménage beaucoup de suspense, et qui reste encore mystérieux à la fin du premier tome. « Samson est né à Bruncliffe mais est un étranger. Pour moi, c’est vraiment au cœur de la série. » Cette notion d’étranger, en effet, est d’autant plus intéressante que le second personnage principal de la série, Delilah, « connaît tout le monde ! Personnellement, explique Julia Chapman, j’ai vécu dans d’autres pays. C’est très intéressant de voir la vie à travers les yeux d’une étrangère. »

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De la lectrice à l’auteure de polars

« Mon père avait une télé, nous a raconté Julia Chapman lors de la soirée, mais pendant un match, elle s’est cassée. De colère, il a pris la télé et l’a lancée dans le jardin. Donc quand j’étais enfant, je n’avais pas de télé mais beaucoup de livres ! » Son père lisait beaucoup de romans de cowboys, de polars ainsi que des classiques, passions dont l’auteure a elle aussi hérité. « Quand j’écris, explique-t-elle pourtant, j’ai un petit cinéma dans la tête ! » Son écriture, très visuelle, lui permet de raconter ces histoires où le crime et les rebondissements en tous genres ont un rôle important.

En termes de travail préparatoire, l’auteure semble à la fois très organisée et assez instinctive. « Quand je commence une série, j’ai toujours une idée qui va du début à la fin. Mais entre les deux, je ne sais pas. Je connais donc déjà la fin de la série. Je trouve ça très bon d’être à Bruncliffe, avoue-t-elle au sujet de la longueur de la saga. Mais j’ai beaucoup d’autres idées et c’est bien de changer. L’auteur Lee Child a dit un jour : « J’écris dix livres de la série et après, j’arrête »… Il en est à 22 tomes ! Pour moi, il faut toujours un commencement et une fin. »

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Par contre, elle aime particulièrement la phase de recherches qui alimente beaucoup ses histoires. « C’est enthousiasmant. J’adore ! Pour le tome 4, raconte-t-elle, j’ai fait beaucoup de recherches sur le poison. Un jour, j’étais dans un café, et j’ai reçu un appel d’une experte en poison. Nous avons discuté quelques minutes sur différentes méthodes d’empoisonnement et en raccrochant, j’ai vu un couple me regarder effrayé. » Pour sa série se déroulant dans l’Ariège, elle a fait « des recherches sur la politique française. J’étais une experte du code civil ! Mon mari m’a dit qu’il faut cacher mon historique Google, plaisante-t-elle. L’an dernier j’ai fait des recherches sur des sites de rencontres, sur un GPS, sur une balle dans l’épaule… Et tout est gardé dans cet historique ! » C’est une partie de son travail qu’elle aime tellement qu’elle en ressort presque frustrée : « Pour moi, c’est fascinant. Ce n’est par contre pas possible de tout mettre dans mes livres. »

Mais avant d’être auteure, Julia Chapman était comme on l’a déjà remarqué lectrice. Quelqu’un lui a donc demandé son expertise et son avis personnel en lui posant cette question : qu’est-ce qu’un bon livre ? « Oh, je peux vous dire ce qu’est un mauvais livre ! a-t-elle aussi répondu en riant. Mais un bon livre… En anglais, on dit qu’il faut créer un page turner. Par exemple, beaucoup ont dit que les romans de Dan Brown étaient « trop faciles », cousus de fil blanc. Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, mais Da Vinci Code est un livre qui se lit vite et il a créé tout un système ! » Une bonne histoire semble donc être, selon elle, la première clé. « Mais l’écriture, aussi, doit être bonne » ajoute-t-elle.

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Ce soir-là, une lectrice la compare à M.C. Beaton, une autre auteure anglaise de cosy mysteries. « C’est flatteur ! répond Julia Chapman. Mais on me compare sans doute à elle car il n’y a pas beaucoup de femmes auteures de polars. On mentionne parfois Agatha Christie, aussi. Je pense que c’est parce que nous sommes toutes des femmes qui écrivons depuis nos petits villages. Mais M.C. Beaton écrit depuis le sud et moi depuis le nord : les gens y sont très différents ! » Qu’à cela ne tienne : le mystère aussi est entre les mains des femmes, et les lecteurs semblent ravis d’avoir pu voyager dans un sombre mais amusant Yorkshire… Et on compare déjà de nouveaux auteurs de polars à Julia Chapman. Alors en attendant la relève, rendez-vous avec le crime dans les prochains tomes des Détectives du Yorkshire.

Pour en savoir plus sur cette série de livres, vous pouvez visionner notre interview vidéo de l’auteur, où elle présente son travail à travers 5 mots :

Retrouvez Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman, publié aux éditions Robert Laffont/La Bête Noire

Frédéric Couderc : des jeunes adultes enquêtent sur les Résistants corses

Après avoir visité La Havane, Cuba et le Cap pour écrire ses dernières histoires, c’est à Ajaccio que Frédéric Couderc a posé ses valises pour écrire son dernier ouvrage, Je n’ai pas trahi. À l’occasion de la sortie de ce roman aux éditions Pocket Jeunesse, l’auteur est venu dans les locaux de Babelio le 14 juin dernier pour rencontrer trente Babelionautes et échanger avec eux autour de son enquête jeune adulte qui alterne récits de Résistance, histoire d’amour et vendetta moderne.

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Luna, 16 ans, emménage avec sa mère à Ajaccio, après le divorce de ses parents. La jeune fille vit difficilement cette séparation et a du mal à s’intégrer dans son nouveau lycée. Heureusement, elle sympathise avec le charmant Mattéo. Elle se plonge dans les études et prépare le Concours National de la Résistance. Elle s’intéresse en particulier à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en Corse, et découvre les exploits d’un jeune juif : Salomon. Lorsque Mattéo est sauvé d’une agression par un vieil homme prénommé Salomon, Luna commence son enquête, se pourrait-il que ce soit le même homme ?

À chaque roman son pays

Pour ses trois dernier romans comme pour celui-ci, l’auteur a pris le temps de découvrir la ville qui accueille ses personnages pendant quinze jours, sans famille ni amis : “Dans mes quatre derniers livres, j’ai essayé de dérouler un fil qui fait de chaque ville un personnage de mon roman. Il peut s’agit d’une ville que j’ai visitée ou dans laquelle j’ai vécu enfant. Mes personnages sont déjà esquissés lorsque je pars, ce sont donc eux qui me guident : cela me permet de me projeter dans un endroit.”

Jusqu’ici, Frédéric Couderc écrivait des romans aux accents historiques destinés aux adultes. Lorsqu’est née l’idée d’écrire son premier roman pour la jeunesse, il a pensé aux trois villes fortes de ses romans précédents : Buenos Aires (Aucune pierre ne brise la nuit), La Havane (Le jour se lève et ce n’est pas le tien), et le Cap (Un été blanc et noir), et c’est finalement la ville d’Ajaccio, sur l’île de Beauté qu’il visite régulièrement depuis 30 ans, qu’il a choisie comme décor de son nouveau roman.

Aux origines du roman

C’est alors que Frédéric Couderc a repensé à une histoire sur la Seconde Guerre mondiale qu’on lui avait racontée par hasard, celle d’un bateau de réfugiés juifs d’Anatolie : “Exclus par les Ottomans et les Anglais, ils ont reçu un formidable accueil à leur arrivée en Corse : scolarisation des enfants, coiffeur, tailleur, logement,… chaque réfugié avait un Corse pour prendre soin de lui.” Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’histoire semble se répéter car c’est Paul Balley, le Préfet de Corse entre 1940 et 1943, qui fait en sorte qu’aucun juif Corse ne porte l’étoile jaune ou ne soit déporté. Touché et intrigué par ces histoires, Frédéric Couderc a pourtant déjà écrit un roman sur la Seconde Guerre mondiale (Et ils boiront leurs larmes), et craint de se répéter : “Je n’aurais pas repris le thème de la Seconde Guerre mondiale en littérature pour adulte, car je l’ai déjà trop creusé. C’est pour cela que j’ai choisi d’écrire un roman jeunesse, en ajoutant la particularité de la Corse. Je me suis alors demandé si l’île avait vraiment été une île de Résistants pendant la guerre : après tout, les hommes ne sont pas tous des héros, il y a eu des collabos partout, alors pourquoi pas en Corse ? C’est comme cela que j’ai eu l’idée d’introduire le concours national de la Résistance. J’ai pensé à Luna, une lycéenne qui se pose plein de questions, et qui aurait ingénieusement ajouté un point d’interrogation à son sujet d’exposé : “La Corse, île des Justes ?””

Même s’il s’adresse à un public différent avec ce roman, Frédéric Couderc est ainsi resté dans la veine historique : “j’essaie de proposer une littérature à la croisée des genres, dans laquelle une histoire d’amour ou une histoire de famille est prise dans les montagnes russes de l’Histoire.” Mais plutôt que de s’appuyer sur des témoignages, l’auteur préfère se nourrir de ses rencontres incongrues avec les îliens pour construire son roman. Alors qu’un bus manqué lui permet de repérer les lieux pour la cavale du livre, c’est à partir d’un graffiti découvert par hasard sur un mur Corse, et sur lequel il était indiqué “Je n’ai pas parlé” que Frédéric Couderc a trouvé le titre de son livre : “Fred Scamaroni, un héros de la Résistance Corse, était torturé et avait peur de parler : pour ne pas le faire, il s’est suicidé et a écrit “Je n’ai pas parlé” avec son sang.”

De la quête identitaire…

À l’aspect historique, Frédéric Couderc a cette fois ajouté une dimension jeunesse à son roman. À partir des recherches qu’elle va faire pour son exposé, l’héroïne Luna va ainsi s’interroger sur ce que cela veut dire d’être juif et d’être Corse : “Ces questions m’ont permis d’aborder le sujet de la quête identitaire chez les adolescents et de comprendre le puzzle des identités. Le but d’un livre, c’est de voir les personnages évoluer. Quand la fin du roman arrive, les personnages doivent avoir appris des choses de cette histoire.” C’est notamment pour cela qu’il a introduit les personnages de Mattéo, un camarade de classe de Luna, et de Salomon, un homme âgé : “j’avais vraiment envie de ces deux personnages, qui se transmettent une expérience et un savoir. Je crois en ces valeurs.”

Pour Frédéric Couderc, la Corse est fidèle à une tradition d’accueil des réfugiés, qu’ils soient 700 juifs dans un bateau au début du XXe siècle, ou qu’ils viennent depuis l’Aquarius un siècle plus tard, “Mattéo et Salomon se découvrent tous les deux corses, bien que l’un soit d’origine arabe et l’autre juive. Comme Paris, la Corse a cette capacité de réunir des gens qui viennent de partout.” Aujourd’hui encore, depuis la Seconde Guerre mondiale, l’identité Corse continue de se réinventer : “La Corse a payé un lourd tribut à cette guerre. L’île a échappé à l’industrialisation du XIXe siècle, les élites sont parties sur le continent et dans les colonies, et les jeunes qui restaient ont été saignés à la guerre. Après cela, il a fallu repeupler l’île, la faire resurgir, et pas seulement par des touristes.”

Les personnages du roman de Frédéric Courderc sont ainsi là pour interroger l’identité Corse et la faire entrer en collision avec la modernité :  “Garance, la mère de Luna, fait remarquer la culture du silence qui existe en Corse en disant que les îliens ont “de l’eau dans la bouche” mais Luna et Mattéo sont là pour changer cela : ils veulent s’ouvrir. L’une interroge l’histoire, et le second veut devenir artiste, graffeur.”

…à la quête du métier d’écrivain

Cette nouvelle expérience d’écriture l’a alors conduit à s’interroger sur son métier d’écrivain : “être auteur, c’est tout un cheminement. Je continue de tâtonner même après avoir écrit plusieurs romans. En sortant mon premier roman jeune adulte, j’espère que les lecteurs auront envie de retrouver les personnages le soir, j’espère qu’ils s’y reconnaîtront et que je ne suis pas passé à côté de thématiques essentielles.” Et aussi à réinventer son style d’écriture : “j’aime écrire des scènes de sexe ou hyper violentes, mais c’était difficile en jeunesse car le curseur de tolérance est placé plus bas. En revanche, l’écriture gagne en efficacité : les scènes sont plus rapides et plus courtes, plus fougueuses et rythmées, on accepte moins les digressions.”

Mais que ce soit pour la jeunesse ou pour les adultes, l’auteur a souligné l’importance de l’étape de relecture : “en relisant les épreuves, on a constaté qu’on avait fait une erreur de 20 ans sur une date de l’histoire Corse. C’est un décalage qui ne pardonne pas, car il nous renvoie à la position de l’outsider. Quand on est un auteur, on prend le risque d’être jugé par un spécialiste : un élément incorrect peut créer de la suspicion et détruire l’ensemble du travail effectué.”

Concernant son travail, Frédéric Couderc n’est d’ailleurs pas à court de projets : s’il aimerait écrire un deuxième tome de Je n’ai pas trahi, peut-être le retrouvera-t-on également dans un long roman de 700 ou 800 pages qu’il rêve d’écrire !

Retrouvez Je n’ai pas trahi de Frédéric Couderc aux éditions Pocket Jeunesse.

Marion McGuinness : l’art de se reconstruire

Comment apprendre à vivre avec la mort ? Peut-on survivre au deuil ? En a-t-on seulement le droit ? Avec une plume fluide et délicate, Marion McGuinness signe chez Eyrolles un roman optimiste qui nous invite à sortir du deuil et à réapprendre à vivre pleinement. Ode à la vie, Égarer la tristesse engage la réflexion : à travers l’importance des liens familiaux, amoureux et amicaux, l’auteure nous montre que la vie se fraye toujours un chemin. Nous avons eu le plaisir de recevoir Marion McGuinness dans nos locaux pour une rencontre conviviale avec ses lecteurs, le 11 juin dernier.

CVT_Egarer-la-tristesse_3091.jpgÀ 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?
Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…
Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

La fiction constitue un nouveau banc d’essai exigeant pour l’auteure qui avait publié jusque-là essentiellement des livres pratiques autour de la grossesse et de la petite-enfance. Pour ce premier roman, Marion McGuinness a décidé de revenir sur ses thèmes de prédilection : dans un style sobre qui met en lumière toute la délicatesse des sentiments, elle aborde les sujets de la maternité et de la reconstruction de soi après la perte d’un être cher. A l’origine de ce roman, on trouve une peur viscérale commune à toutes les mères : « Ce roman est né de cette angoisse que toutes les mères peuvent ressentir : la peur d’être seule. Comment pourrais-je élever un bébé si je n’avais pas mon conjoint sur qui compter ? » La couverture donne dès lors le ton : mélancolique et fleurie, la nature y est belle et touchante, une barrière blanche est close, à l’image de la narratrice qui se confine dans l’isolement au début du roman et qui devra s’ouvrir pour aller de l’avant.

Vivre le deuil au jour le jour

Le deuil est au centre du roman de Marion McGuinness : une douleur qu’elle a à cœur d’explorer sous toutes ses formes, avec toutes ses subtilités : « Chacun réagit au deuil différemment. Il y a autant de deuils que de relations. On doit parfois faire le deuil de gens qui ne sont pas morts. J’avais envie d’explorer d’autres douleurs. » Une souffrance que l’on retrouve dans le processus littéraire même, car ce roman, Marion McGuinness l’a porté en elle pendant longtemps. Une gestation lente et douloureuse puisque pour coucher sur le papier des émotions si intenses, l’auteure a dû s’imprégner entièrement des ressentis de son héroïne, jusqu’à atteindre une forme de synchronisation émotionnelle : « Certaines pages ont été très difficiles à écrire. Je me mets à la place de mes personnages. Pour moi, Elise est aussi réelle qu’une amie. Je me suis trouvée à la contempler, j’attendais de voir ce qu’elle faisait et comment elle réagissait au quotidien. C’est comme ça que les autres personnages ont surgi. J’essaye de me placer en observatrice de ce qui se passe dans mon esprit. » Durant tout ce temps où le personnage d’Elise a habité l’auteure, elle a pu évoluer, s’adoucir, grandir avec elle : « Grandir en tant que personne m’a permis de faire grandir mes personnages. Certains de mes personnages sont devenus autonomes et ont pris une existence réelle au fil de l’écriture. »

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Au fil du roman, Marion McGuinness dévoile les étapes incontournables du deuil, détaillant les espoirs, les doutes mais également les souvenirs d’Elise. Ces réminiscences sont omniprésentes dans le roman : les personnages doivent lutter contre leur mémoire, les souvenirs sont douloureux, ils les retiennent : « À un moment de notre vie, on est la somme de tout ce qu’on a vécu, et de toutes les personnes avec qui on a vécu notre vie. On a le choix de notre réaction : se laisser dépasser, ou permettre à ce passé de nous faire grandir. La douleur isole d’un côté et écarte de l’autre. On sait que les autres ne sauront pas dire les mots qu’on a envie entendre, et à l’inverse, l’entourage se sent impuissant à guérir cette douleur chez l’autre. Faire face à ses propres émotions tout en étant là pour l’autre demande une grande maturité. » Elise s’écarte de son entourage, mais renforce plus que jamais ses liens avec son bébé, avec qui elle vit en quasi symbiose : « Elise a besoin de lui comme d’un bouclier contre le monde, elle le porte, le tient contre elle. Il la rassure. Les enfants ont tendance à avoir ce 6e sens : ils sentent ce qu’ils doivent être pour se conformer aux attentes de leurs parents sans en parler. La séparation des corps s’amorce peu à peu : il fait plus de bruits, commence à parler, comme s’il pouvait laisser sa mère aller de l’avant sans crainte. »

Un deuil à vivre entouré

Peu à peu, l’acceptation amorce l’accomplissement du deuil : un processus qui ne peut fonctionner que grâce à l’épanouissement des relations, qu’elles soient amicales, familiales ou amoureuses. Elle se rapproche ainsi de Manou, sa voisine attachante, et de son petit-fils Clément, qui connaît lui aussi la douleur du deuil : « Au départ, il n’y avait pas beaucoup de personnages dans mon roman. Puis, j’ai eu besoin d’entourer Elise. Si on veut revivre et ressentir de la joie, on est obligés de s’attacher à certaines personnes. » La famille est peu présente durant la reconstruction de l’héroïne. Pour l’auteure, plus que les liens du sang, ce qui compte, ce sont les liens du cœur : « Je voulais évoquer le fait qu’Elise est aussi le produit de son enfance. Elle a grandi dans une famille où la violence est omniprésente : violence physique, psychologique, et c’est en partie pour cela qu’elle a moins de résilience pour se remettre de ce qui lui arrive. Elle a besoin d’une nouvelle famille pour passer le cap. Si elle avait eu une famille bienveillante, une famille de comédie américaine, le roman n’aurait même pas existé. On se crée sa famille. » Le cheminement du deuil mène Elise vers la réconciliation. Elle ne recouvre pas ce qu’elle a perdu, mais apprend à vivre avec sa perte dans un monde qui lui est désormais nouveau et inconnu, ouvert à l’imprévu.

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La mer : lieu idéal du lâcher-prise

Une étape cruciale dans la libération de l’héroïne du roman est l’escale en bord de mer. L’horizon, la mer à perte de vue ouvre le champ des possibles : « La mer est un symbole de renaissance mais aussi de danger. C’est presque un personnage dans le livre. Chacun a une relation différente avec elle. Elle est bénéfique pour Elise mais elle ne l’a pas toujours été pour certains personnages du roman. » Quant à la ville, elle est une entité brutale pour l’héroïne : « J’ai quitté Paris il y a longtemps. Je n’aime pas la ville, et je crois que ça se ressent dans mon roman. On essaye toujours de chercher ce qui tient de l’auteur dans le livre : alors oui, ça tient de moi, pour moi la ville est quelque chose de dur. » Référence à la fois à la mer, et aux larmes, le titre du roman était au départ Le Goût du sel. Puis, il a fallu en changer, d’autres titres similaires existaient déjà. L’idée d’égarer sa tristesse est venue à l’esprit de l’auteure : elle ne disparaît pas mais on peut choisir la place qu’elle prend dans notre vie : « Elle est toujours quelque part, mais elle n’est plus tout autour. Elle ne nie pas sa douleur, mais peu à peu, elle arrive à la délocaliser et à la surmonter, presque, à la sublimer. »

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Sortir du deuil et s’ancrer dans le réel passe également par des détails physiques, des petits gestes du quotidien qui semblent à première vue banals mais sont pourtant essentiels : « Quand j’écris, j’ai tendance à être trop dans l’abstrait, à mentaliser, j’essaye de m’ancrer avec des choses réelles, en réfléchissant à la sensation que ça peut faire, capter des sensations, des odeurs, partager des scènes… Ce sont des petites choses toutes simples mais qui rapprochent les personnes qui lisent. » Être sensuel, c’est être vivant pour l’auteure : l’ouverture sensorielle et émotionnelle permettent de se réconcilier avec le monde et de cheminer vers la guérison.

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Marion McGuinness envisage déjà sérieusement la sortie d’un deuxième roman au printemps 2020. L’intrigue sera complètement différente, mais il se pourrait bien qu’on y retrouve certains personnages, d’un roman à l’autre, à la manière d’une carte postale : « Le fait de réussir à aller au bout de celui-ci me donne confiance pour la suite ! » 

Découvrez Égarer la tristesse de Marion McGuinness aux éditions Eyrolles.

Lit-on vraiment plus l’été ?

De 3 à 5 : c’est le nombre d’ouvrages que mettront les lecteurs dans leurs bagages cet été. Ils partent 1 à 3 semaines et prendront en moyenne 4,6 jours pour lire un livre. Mais comme tout bon lecteur, ils auront les yeux plus gros que le ventre, et la plupart ne liront pas tout ce qu’ils emportent avec eux…

3 à 5, c’est en tout cas le nombre de livres que prendront 50 % des lecteurs que nous avons interrogés pour notre étude sur les lectures d’été. Menée pendant trois semaines via un questionnaire de 41 questions, elle nous a permis de nous interroger sur cette période qui rime souvent avec détente et vacances et de mettre en évidence certaines pratiques. Lit-on vraiment plus l’été ? S’agit-il des mêmes genres que d’habitude ? Quelles stratégies adoptent les éditeurs à ce moment de l’année ? Autant de questions auxquelles nous avons tenté de répondre, complétées par l’éclairage de trois professionnels que nous avons reçus le 17 avril, lors de la soirée de présentation de l’étude. Étaient avec nous Catherine Troller, directrice commerciale, marketing et communication du Cherche midi éditeur, Perrine Thérond, directrice à la librairie La Griffe Noire et responsable organisation du salon Saint-Maur en Poche et Willy Gardett, responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche.

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Menée sur près de 5 000 lecteurs et lectrices, cette étude a néanmoins touché une cible particulière : le lectorat de Babelio. Il s’agit d’un public essentiellement féminin, assez jeune (25-34 ans étant la tranche d’âge la mieux représentée), qui lit majoritairement de la fiction contemporaine (la moitié dit lire, entre autres genres, de la littérature française ou étrangère contemporaine !) et, surtout, qui lit beaucoup. 95 % des répondants disent lire (au moins) un livre par semaine, contre 16 % pour la moyenne nationale. « Ça fait rêver ! » commente Catherine Troller.

Tenant compte de ce biais-là et s’appuyant sur les propos de nos trois invités, nous vous proposons une plongée dans cette étude estivale et cette soirée chaleureuse afin de s’interroger sur les livres qui vont peut-être bientôt finir dans vos valises…

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Des achats d’été de moins en moins tardifs

Comme on aurait pu s’y attendre, l’enquête montre que 90 % des achats interviennent avant le départ. Ils anticipent même beaucoup car 41 % des lecteurs se procurent leurs ouvrages en avril et en mai, soit près de la moitié du panel !

« Mais la période avril-mai peut-être concurrencée par de gros vendeurs ! » rappelle Catherine Troller, faisant ainsi référence à de grands vendeurs qui inondent le marché. « C’est tout notre travail [de vendre des livres à ce moment-là], ajoute-t-elle néanmoins. C’est une stratégie. » Pocket aussi a choisi de publier des livres de manière anticipée. La maison se montre ainsi coordonnée avec les dates auxquelles les lecteurs disent acheter leurs lectures d’été : dès avril et jusqu’en juin. « Quand je travaillais chez Albin Michel, raconte Willy Gardett, le moment le plus important était Noël. Chez Univers Poche, cela reste vrai, mais l’été est un moment tout à fait décisif. »

Catherine Troller va encore plus loin dans cette stratégie : « Suite à l’engorgement du marché à cette période-là, on recule cette date pour désengorger mai et publier dès le mois de mars. À partir du mois de mars en fait, affirme-t-elle, tout peut devenir un roman d’été. »

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Il faut cependant remarquer une certaine dichotomie dans ces données. On remarque dans les résultats que l’achat de dernière minute reste minoritaire : 56 % des lecteurs disent ne jamais procéder à ce genre d’achat compulsif. Pourtant, Catherine Troller estime qu’au Cherche midi éditeur, ils publient peu au mois de juin, « mais les achats sont monstrueux ». Une zone de tension qui s’explique peut-être car les répondants à l’enquête sont majoritairement de gros lecteurs, qui semblent donc plus enclins à réfléchir longtemps à l’avance à leurs futures lectures, tandis que les lecteurs plus occasionnels feront leur choix plus tard. « À la librairie La Griffe Noire, les achats se font surtout en juin, confirme Perrine Thérond, d’où la date du salon Saint-Maur en Poche : un week-end mi-juin. On essaye alors de proposer aux clients une offre large et variée. »

L’étude fait en outre remarquer que la majorité des lecteurs ne savent finalement pas ce qu’ils vont emporter en vacances. Ils se les procurent tôt, mais ne sont pas encore décidés sur lesquels vont finir dans leurs bagages. À Saint-Maur en Poche, d’ailleurs, Perrine Thérond révèle que les lecteurs qui viennent « ont un budget assez élevé (avec une moyenne de 57,20 euros). Ils ont des paniers énormes. Certains lecteurs partent avec au moins cinq livres, parfois une trentaine de poches ! » Pour avoir plus de choix, peut-être ?

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Changer de genre

Cette dernière donnée nous amène à nous demander ce qui peut motiver leurs choix. En extrayant quelques verbatim de leurs réponses à la question « Qu’attendez-vous d’une lecture d’été ? », on remarque que les mots « divertissement », « détente » et « évasion » ressortent le plus souvent. Un cinquième des répondants à l’étude confirme d’ailleurs se donner « rendez-vous » chaque année en lisant le même auteur. Parmi ceux-là, on retrouve entre autres Guillaume Musso, Michel Bussi ou Virginie Grimaldi, connus pour être des auteurs de page turners ou de lectures feel good.

Pourtant, les lecteurs restent friands de découverte (63 % aiment découvrir de nouveaux auteurs pendant cette période). « À Saint-Maur en Poche, justement, ils viennent pour les grosses têtes d’affiche mais aussi pour découvrir. Parfois un auteur présent connaît un succès énorme, même s’il n’a qu’un seul livre devant lui. Cela s’explique aussi parce qu’ils sont très mis en avant sur le festival : ce sont souvent des auteurs coups de cœur de l’équipe. »

Notons cependant que dans ces mêmes verbatim, « comme le reste de l’année » est le cinquième mot-clé le plus cité ! S’il y a un net penchant pour des lectures plus légères que le reste de l’année, la plupart des lecteurs sont en fait indécis ou ne modifient pas leurs types de lectures.

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Concernant les genres, l’étude met en évidence quelques variations : le polar est plus lu l’été, la littérature feel good aussi, des genres en accord avec la notion de « lecture plaisir ». « On essaye de faire en sorte que la programmation de Saint-Maur en Poche soit variée au maximum, révèle Perrine Thérond. Mais on fait effectivement attention au feel good et à la romance car ils connaissent une forte croissance et sont importants à ce moment-là de l’année. »

A contrario, le Cherche midi éditeur ne publie pas expressément des livres qui sont aux antipodes de la période, pour se démarquer : « à partir du moment où on est un éditeur généraliste, on ne va pas mettre tous ses textes littéraires à la rentrée, donc il y a une contre-programmation qui se fait sur les autres mois, par exemple l’été, mais de manière naturelle ».

« Historiquement, conclut Catherine Troller, on a hérité du calendrier médiatique : pourquoi on ne publie pas en juin ? Parce qu’avant les médias s’arrêtaient en juin. Aujourd’hui, on réalise que les lecteurs vont aussi en librairie l’été et qu’on peut parler de livre à travers d’autres canaux, mais on hérite complètement de ces calendriers médiatiques. »

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Les librairies : terre conquise ou friche à repeupler ?

« Du côté des librairies, poursuit Perrine Thérond, il n’y pas forcément de genres qui sont préférés aux autres. Le travail du libraire est de répondre à l’attente du client. » Ce qui lui permet de confirmer l’étude en expliquant qu’à Saint-Maur, « l’été, c’est mort de chez mort ! De toute façon, toute notre énergie a été dépensée en juin, donc on est ravis ! »

Les libraires, stars de cette étude, sont très plébiscités par les lecteurs. C’est leur lieu de prédilection d’achat. C’était pareil en septembre 2018, lors de notre précédente étude portant sur “l’objet livre” (dont vous pouvez retrouver le compte-rendu ici). Mais c’est encore plus marquant ici, car elle gagne 3 points. Une autre partie de l’étude interroge les lecteurs sur les sélections d’été proposées par différents professionnels. 60 % estiment y être attachés et, en cumulant les noms cités, les sélections de libraires dominent sur la presse.

Pourtant, quand on leur demande quels conseils ou avis les aident le plus à choisir leurs lectures tout au long de l’année (92 % des lecteurs estimant au passage que ces sources ne changent pas pour l’été), Babelio, le bouche-à-oreille et la presse sont, devant la librairie, les plus cités. « Il y a une dichotomie, remarque Catherine Troller, entre la fréquentation des libraires et la prise en compte de leurs conseils. » Contradiction qui signifie sûrement que, si les lecteurs apprécient de se rendre en librairie pour y faire leurs achats, leurs choix ont souvent été faits ou initiés avant d’en franchir le seuil. Les lectures d’été, selon elle, sont principalement constituées de deux choses : de « gros noms » et des « conseils de libraires ». C’est pourquoi le Cherche midi éditeur, tout comme Pocket, travaille beaucoup avec eux l’été : ils leur envoient des épreuves, organisent des séances de dédicace, etc. « Les libraires de lieux de vacances, ajoute un éditeur du public, manquent de reconnaissance. Certains libraires, comme à Port Maria ou Quiberon, sont méprisés parce qu’ils vendent aussi des accessoires de plage, et tous les éditeurs ne leur envoient pas des auteurs en dédicace. C’est aussi notre chance ! C’est une bonne manière d’utiliser leur emplacement pour toucher les lecteurs en vacances. »

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Capter de nouveaux lectorats : digital, librairie ou médias traditionnels ?

L’été semble par ailleurs une période idéale pour toucher des publics éloignés du livre. « Pour nous, libraires, reprend Perrine Thérond, ça reste une question très ardue car c’est le public le plus difficile à capter, c’est celui qui vient le moins nous voir et qui se débrouille tout seul (par le biais des réseaux sociaux ou du bouche-à-oreille). »

L’étude montre en effet que plus de la moitié des lecteurs interrogés lisent plus l’été – les plus jeunes notamment, qui ont une longue période de vacances. Les lecteurs de Babelio n’augmentent pas forcément leur rythme de lecture l’été, voire le réduisent, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une communauté de grands lecteurs.

Les lieux de vacances, justement, sont peut-être l’endroit idéal pour capter de nouveaux lectorats. Les éditeurs, Le Livre de Poche ou Folio par exemple, en profitent d’ailleurs pour mettre en place des opérations directement sur les plages. « Je crois beaucoup à ces opérations ayant pour cible des lecteurs qui lisent le reste de l’année et sont peut-être plus à même de faire un achat d’impulsion » confie Willy Gardett. Si ce type d’événements – ici, les camions-librairies – fonctionne très bien, les opérations estivales de manière générale ont un réel impact sur les ventes, notamment les lecteurs plus occasionnels, remarque le responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche. « Ce sont des succès, confirme Perrine Thérond. Les goodies aussi marchent très bien, les couvertures à ambiance estivale, pas particulièrement, mais les goodies marketés pour l’été comme les chapeaux ou les éventails fonctionnent bien et sont très identifiés par les clients. »

« Autant à Noël, on a des collectors, reprend Willy Gardett, autant en été, on ne fait pas de travail spécifique sur les couvertures. On garde en tête une certaine saisonnalité, mais pas plus que ça. » Et Catherine Troller d’approuver : « Je ne crois pas non plus. On fait un travail spécifique sur les couvertures tout court – on n’a pas réellement de charte – car on travaille surtout sur l’auteur. » De toutes façons, comme l’indique l’étude, c’est le thème qui reste le plus important dans le choix d’une lecture d’été. Seulement 30 % des répondants sont sensibles aux couvertures, contre près de la moitié pour les 12-24 ans. Si les éditeurs s’adressant à ce public ont vraisemblablement un réel travail à faire de ce côté-là, les autres semblent sur la bonne piste en choisissant de ne pas faire de cette saison un axe graphique primordial.

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Si on a vu jusque-là que l’été n’influait pas fortement sur le programme des éditeurs, cela peut se nuancer sur quelques points qui ont été abordés ce soir-là. « Il y a un effet longue traîne sur certains titres. Mais ce n’est pas sans raison, raconte Perrine Thérond. Par exemple, certains éditeurs publient très tôt leurs auteurs phares. Ils savent que, quoi qu’il arrive, ce sera une lecture d’été, c’est déjà acquis. Donc ils essayent peut-être de capter d’autres lectorats en les publiant plus tôt. » « C’est surtout là qu’on publie des premiers romans, ajoute Catherine Troller. Ou des romans étrangers, pour lesquels on n’a pas l’occasion d’avoir l’auteur en France. Passer par Babelio ou des clubs de lecteurs semble alors la meilleure solution pour créer du mouvement. »

On l’a vu, le bouche-à-oreille et Babelio restent en effet, comme tout au long de l’année, la principale source de recommandations des lecteurs. Seuls 8 % estiment avoir des sources de recommandation différentes au cours de l’été : le Routard, des clubs de lecture, les prix littéraires, les volumes de vente. Or si ces canaux fonctionnent bien sur ces 5 000 répondants, qui rappelons-le sont de gros lecteurs, ce n’est pas nécessairement la meilleure stratégie à avoir pour toucher des lecteurs plus occasionnels. « Les médias sont de moins en moins puissants et de plus en plus difficiles à solliciter, explique Catherine Troller. Mais on travaille d’arrache-pied dès le mois de mars. Le « petit lecteur » aura aussi tendance à aller chercher des prescripteurs traditionnels et il ne faut pas les négliger. » Elle ajoutera plus tard que, pendant l’été, la communication sur le catalogue du Cherche midi éditeur passe beaucoup par la présence en salons ; celle-ci lui permettant également d’engendrer des retombées dans la presse locale. On remarque en outre dans les résultats de l’étude que, concernant les sélections d’été proposées par les professionnels, celles proposées par la télévision et la radio, des médias traditionnels, arrivent loin derrière la librairie. Mais pour se référer de nouveau à la typologie de l’étude (des grands lecteurs), on peut imaginer que les lecteurs occasionnels s’y réfèrent plus et, comme le remarquait Perrine Thérond, sont moins clients des librairies indépendantes.

Enfin, Willy Gardett note que, parfois, une communication plus verticale de la part de l’éditeur peut être tout aussi efficace. Il mentionne l’opération « Coups de cœur Pocket », qui labellise des titres de leur catalogue qu’ils décident ainsi de mettre en lumière, une opération qui « change la donne ». « Ce n’était pas parti pour fonctionner, mais c’est reçu et entendu. Cela se vérifie par les ventes. Cela m’a surpris dans le très bon sens du terme. »

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Le digital au service de la lecture

« Le bouche-à-oreille se fait aussi de manière virale et sociale, affirme Willy Gardett. Nous aussi, éditeurs, avons nos communautés et nos grands lecteurs. Il faut sans cesse recruter de nouveaux fans, et particulièrement chez ceux qui sont peut-être de moins grands lecteurs. C’est toujours agréable de mettre le digital au service de la lecture. »

Le responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche, quant à lui, a défendu l’idée que le digital était le meilleur moyen d’engendrer du bouche-à-oreille, de créer le buzz.

Pourtant, remarque Guillaume Teisseire au cours de la rencontre, « Babelio marche mieux quand il pleut ». Et celui-ci d’interroger Willy Gardett : les réseaux sociaux sont-ils compatibles avec le beau temps ? Sa réponse : globalement, oui. « J’ai animé la communication d’Albin Michel pendant 7 ans, et avant, on n’avait pas du tout la même manière de pousser l’information pendant l’été sur les réseaux sociaux. Ils étaient moins puissants qu’aujourd’hui, donc on laissait les choses en jachère. Maintenant, remarque-t-il, il y a plutôt des moments dans la journée. Les gens les consultent de plus en plus, même l’été ! »

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Quant à savoir ceux qui marchent le mieux, Willy Gardett estime que « Facebook, avant, était plutôt pour les geeks, mais son public est maintenant plus âgé. J’ai dû louper le bon moment, plaisante-t-il. Le public est plus âgé mais par contre, ce sont de plus gros lecteurs. Instagram, lui, est en croissance. »

Catherine Troller, quant à elle, reconnaît les bénéfices du digital mais semble tout de même dubitative sur leur effet, notamment à cette saison. « Cela marche quand même moins l’été ; par exemple, nous nous appuyons sur les blogueurs, qui sont un grand support pour nous. Mais on remarque que les effets du digital et des prescripteurs de manière générale sont moindres l’été : il y a moins de ventes. »

« Aujourd’hui, pour exister sur Facebook, il faut sponsoriser ses publications, reconnaît Willy Gardett, pour qui l’utilisation d’outils numériques n’est pas sans challenge non plus. Sur Instagram, par contre, il faut être plus innovant. »

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Grand format, poche ou numérique : le clash des formats

Sans surprise, l’étude prouve que l’été, les lecteurs achètent surtout des livres de poche, 20 % de plus que le reste de l’année, alors que le grand format chute considérablement. « Comme le reste du marché, l’été est beaucoup plus difficile, confie Catherine Troller. Les opérations poche « trois pour deux » ont vraiment changé la donne. On voit dans l’étude que le grand format n’est plébiscité que par 15 % des lecteurs : c’est assez meurtrier. Il y a une plus grosse consommation des livres de poche au détriment du grand format. »

« C’est tout à fait juste, répond Willy Gardett. Après, je pense que quand on voyage aujourd’hui, on se pose tous au moins une fois la question de prendre une tablette. Mais on voit bien que les grands lecteurs – et on en est très heureux – continuent d’avoir un attachement fort au papier. » Le numérique, lui, connaît effectivement une légère hausse de 3 %, puisque 15 % disent utiliser ce format l’été, contre 12 % le reste de l’année. « L’augmentation est assez faible finalement, commente Willy Gardett. Le poche détrône le grand format, mais on se rend compte que la tablette n’explose pas non plus. » Cette hausse est peut-être due aux offres proposées par les éditeurs, avance Catherine Troller de son côté : « On effectue de très grosses baisses de prix sur le numérique pour contrer le poche, justement. Mais l’impact est très faible sur le chiffre d’affaires, car ces baisses sont très fortes. »

Si les lecteurs font ces choix-là, c’est principalement pour des questions de prix (44 % pour le poche, 6 % pour le numérique) et de place (46 % pour le premier, 82 % pour l’autre). Ils évoquent aussi le poids, le format moins précieux qu’ils ont donc moins peur d’abîmer, ainsi que le confort de lecture.

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S’il fallait, au terme de cette étude, dresser le portrait du lecteur type de l’été, ce serait celui-ci : un jeune lecteur, qui lit au format poche des polars ou des romans feel good, friand de découverte mais plus attiré par les conseils de ses proches ou des autres lecteurs Babelio que par les médias traditionnels. On peut bien sûr nuancer ce portrait en rappelant que ce sont de multiples données de l’étude rassemblées dans un seul schéma, ou encore en évoquant l’indécision de certains lecteurs, qui ne décident qu’au dernier moment leurs lectures d’été ou qui se contentent de poursuivre dans la même lancée que le reste de l’année.

Nuances qui rendent la période parfois difficile à cerner par les maisons d’édition. « La durée des vacances d’été, note une éditrice présente dans le public, est de plus en plus réduite. Avant on partait trois à quatre semaines au milieu de l’année. Mais aujourd’hui, il y a une plus grande linéarité entre l’année et l’été. Faut-il donc réfléchir en termes de juillet-août, interroge-t-elle, ou en termes d’occasions qui peuvent surgir à tout moment ? » Comme l’ont montré nos invités ce soir-là, l’été a encore un sens dans chacune de leurs stratégies. Mais ses limites sont de plus en plus floues et sans cesse à réinterroger.

Patrice Guirao : la perle noire de Polynésie

En cette ambiance estivale, Patrice Guirao signe un polar exotique où les meurtres les plus macabres côtoient des paysages idylliques. Car figurez vous que derrière chaque paradis, se cache un enfer. Le bûcher de Moorea nous embarque en Polynésie, où le parfum des fleurs de tiaré embaume l’atmosphère, comme pour cacher l’odeur des corps. Patrick Guirao mène sa pirogue avec talent  dans ces eaux cristallines pour nous livrer ce roman « noir azur » : il parvient subtilement à faire frissonner le lecteur, tout en dépeignant la douceur de vivre propre aux polynésiens.

CVT_Le-Bucher-de-Moorea-une-Enquete-de-Lilith-Tereia_3272.jpgDans le lagon de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les cocotiers dansent au vent. Les tiarés exhalent leur parfum. Pourtant, à l’abri de la forêt, des flammes se fraient un chemin vers le ciel. Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le bûcher. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument. Et quatre têtes.
Pour quels dieux peut-on faire aujourd’hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste au quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l’enquête. Les deux vahinés croiseront le chemin d’un homme venu de France chercher une autre vie. Un homme qui tutoie la mort.

Parolier et écrivain, Patrice Guirao vit à Tahiti depuis 1968. Il s’est fait connaitre notamment en publiant une série de romans noirs et humoristiques très populaires mettant en scène un détective tahitien du nom d’Al Dorsey. Changement d’ambiance pour ce nouveau roman qui nous plonge dans une intrigue aux tonalités plus sombres. Sous la surface des sables dorées et des mers azurées, Patrice Guirao nous révèle tout l’envers du décor tahitien : la Polynésie n’est pas seulement un jardin d’Eden, on y trouve aussi de la délinquance, de la criminalité, du dénuement. Bienvenue sur l’île de Moorea !

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L’éloge du chaos créatif

Une folie douce habite les personnages de Guirao, qu’on retrouve également dans toute son approche artistique : « Dans mon roman, il y a un peu de folie, d’abord dans le processus de l’écriture du roman, mais aussi chez un personnage qui est un peu schizophrène. Nous avons tous plusieurs personnalités, et il est possible qu’à un moment donné, une de celle-ci déraille. » Ce personnage particulièrement ambigu dont on ne saurait dévoiler l’identité, peut être l’ami imaginaire, la conscience, la mémoire, ou tout cela à la fois : « C’est cette part de nous qui dérange, qui fait qu’on est tous un peu schizophrènes à notre façon. » L’écriture de Patrice Guirao est semblable à un joyeux chaos qui permet aux personnages de naître d’eux-mêmes et de suivre leurs propres cheminement : « Pour moi l’écriture est vraiment un plaisir, j’adore la feuille blanche, le challenge. Je n’en fais pas un labeur. Je n’ai pas de fiche préparatoire, et ça permet à mes personnages de se révéler eux-mêmes durant l’écriture. Ils m’étonnent parfois par leurs réactions dans des situations précises. Je savais où j’allais, mais je me suis laissée porter ». Certains personnages prennent plus d’ampleur que d’autres, mais pour l’essentiel, l’auteur laisse libre cours à son inspiration, au plaisir des mots.

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Se déployer en ce monde : une quête d’identité profonde

Les figures féminines sont omniprésentes dans le roman de Guirao, pour qui « les femmes sont celles qui mènent le monde. » Lilith, une des héroïnes du roman, est une demi-polynésienne, qui, bien qu’attachée à ses racines maori, poursuit sa quête d’identité et de ses mystérieuses origines européennes. Personnage fort, elle représente bien les problématiques soulevées par le métissage à Haïti, de l’identité personnelle à la question du multiculturalisme : « Comme beaucoup d’haïtiens, Lilith est en quête de ses racines. Elle va chercher à s’identifier avec des tatouages sur le visage. Tatouer le visage est tabou, on touche à quelque chose de presque sacré. Toucher les traits du visage, c’est aller contre nature. Le tatouage est un élément très fort de la culture polynésienne et aujourd’hui la majorité des personnes se tatouent avec élégance. » L’auteur décrit son attachement à son héroïne, avec une certaine intimité et beaucoup de tendresse : « Il y a des personnages dont on tombe amoureux très vite, d’autant plus quand ce sont des personnages du sexe opposé. Je savais qu’on allait vivre une histoire d’amour sur toute une série d’histoires et qu’elle allait m’habiter pendant un moment. »

Les personnages de Guirao sont en quête d’identité, ils traversent un puits obscur dans l’espoir de découvrir l’eau vive, et trouver qui ils sont au plus profond de leurs êtres. Les secrets, les événements heureux ou tragiques marquent la mémoire ancestrale et y laissent des traces indélébiles qui seront transmises générations après générations : « Le thème de la transmission me passionne, l’approche qu’on peut avoir au passé, aux humains qui nous ont porté. Quand on imagine nos parents ou nos grands-parents, on voit des adultes, des vieillards. On imagine qu’ils ont été là uniquement pour conduire nos vies, on oublie qu’ils ont eu leurs propres parcours. Ce qu’ils nous transmettent à nous est peut être le meilleur de leurs cheminements, mais ils ont aussi des côtés sombres, et c’est intéressant de voir ce qu’ils ont pu traverser ». Cette question de l’identité se retrouve également plus largement dans la volonté de reconnaissance des auteurs polynésiens, que Guirao soutient à bout de plume : « La culture polynésienne est d’abord une culture orale, l’écrit est arrivé tardivement, dans les années 1970, avec une dame demi-tahitienne qui a osé l’écriture. Les auteurs polynésiens se battent pour la reconnaissance de leur oeuvre. Tous ces intellectuels locaux revendiquent leur identité et il y a très peu d’auteurs aujourd’hui qui arrivent à se détacher de cette problématique. »

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Des crimes au soleil

Pour Patrice Guiaro, planter l’intrigue de son roman dans la Polynésie de sa jeunesse était une évidence : « Je n’ai jamais quitté réellement la Polynésie, je ne saurai pas écrire un type de roman qui se situerait ailleurs qu’à Haïti ! Je voulais rendre à ce pays ce qu’il m’a donné. Ce pays m’a apporté une certaine vision du monde, j’ai eu la chance d’y élever mes petits-enfants. Je lui dois le bonheur de ma vie, d’aimer le monde. Tout cela, elle me l’a donné pendant des dizaines d’années et c’est ma façon de rendre hommage à ce pays qui m’a tellement donné. » On perçoit une connaissance pointue et un amour profond pour cette terre d’accueil, notamment au travers des traditions tahitiennes et des coutumes polynésiennes distillées ça et là par l’auteur, reflet d’une dolce vita tropicale, qui adoucit la noirceur de la trame narrative. Douceur qui ne fait malheureusement pas obstacle à la misère, et au crime présents sur l’île : « Ce mythe du « bon sauvage » et de la Polynésie merveilleuse est fortement ancré dans l’imaginaire populaire. Tout en démontrant mon attachement profond à cette île, je souhaitais mettre en lumière certaines réalités moins agréables à vivre. ». Comme le chante Charles Aznavour : « Il semble que la misère serait moins pénible au soleil ! »

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Pour Patrice Guirao, il ne suffit pas d’un cadre insulaire tropical pour qu’un roman devienne « noir azur » : « Il faut qu’il s’imprègne de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues. » Pour l’auteur, l’île est une entité merveilleuse, vivante, un symbole de la liberté qui replace l’humain à son échelle. Partout où l’œil se pose, il y a un ailleurs à découvrir, à imaginer, à fantasmer et c’est ce qui fait pour lui le côté merveilleux de la vie insulaire. Il en résulte un ton résolument léger et optimiste, avec quelques touches d’humour, qui balancent la noirceur de la l’intrigue policière.

Une mort bien vivante

La mort est au cœur du roman de Guirao : abordée différemment en fonction des cultures, chacun entretient un rapport singulier avec la mort et peut la réinventer. Elle n’est pas abordée de la même manière en fonction des personnes, de la culture et du vécu de chacun : « C’est une réalité qui nous appartient à tous, c’est le seul héritage qu’on a à la naissance. On ne sait pas quel est ce capital temps. Les maoris ont un rapport particulier à la mort. Le paradis n’existe pas dans la mythologie maori, on s’en va vers l’ailleurs et on ne revient pas. C’est une espèce de grand cycle de la vie où l’âme va partir et revenir, mais ne finit pas. »

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C’est avec une belle énergie et beaucoup d’humilité que Patrice Guirao a conclu cette rencontre : « C’est incommensurable de penser au temps dont on aurait besoin pour lire ; une immensité comme une plage. C’est un plaisir d’être un grain de sable parmi cette grande plage. » Vous savez déjà quelle lecture estivale lire cet été à l’ombre des palmiers, ou dans le métro parisien.

Découvrez le livre grâce à notre interview de l’auteur :

Découvrez Le bûcher de Moorea de Patrice Guirao, publié aux éditions Robert Laffont