À la rencontre des membres de Babelio (16)

Avec 470 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec araucaria, inscrite depuis le 27 juillet 2011.

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Comment êtes-vous arrivée sur Babelio?

Par curiosité sans aucun doute (je suis curieuse de tout dans le bon sens du terme!). J’avais à l’époque un blog à tendance littéraire, et en visitant des blogs amis, j’ai vu plusieurs fois le sigle Babelio, j’ai voulu en savoir plus. J’ai été conquise, trouvant formidable cette idée de bibliothèque virtuelle, offrant citations, critiques et notations et surtout une atmosphère conviviale entre les membres.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque?

Il me semble avoir des goûts très éclectiques, donc ma bibliothèque est à mon image, avec du sérieux et aussi des textes bien plus légers. Je lis beaucoup de romans, mais ne dédaigne pas le théâtre, la poésie, les récits, les essais, les nouvelles, les BD, les livres pour enfants, les manuels de sciences humaines, l’Histoire, les livres de généalogie aussi… Comme je l’ai écrit dans ma présentation, je lis tout ce qui me passe à portée de main. Il y a des romans classiques du 19ème siècle français, anglais, russes… mais aussi des textes du 20ème siècle d’écrivains du monde entier, Europe, Asie, Amérique du Nord et du Sud, Afrique… Y-a-t-il plus formidable moyen de locomotion qu’un bon livre qui vous promène dans l’espace et dans le temps ? Je lis aussi des auteurs contemporains, français et étrangers. Et habitant en Corse, je ne dédaigne pas les écrivains de l’île. Nous en avons d’excellents !

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Vous lisez beaucoup d’ouvrages de psychologie, qu’aimez-vous dans ce genre en particulier?

Oui, j’apprécie le psychologie et les sciences humaines, simplement parce que je me questionne sur l’Homme, sur son ressenti, ses expériences heureuses ou malheureuses, et aussi ses facultés à surmonter ses épreuves, à rebondir… Je pense ici en particulier aux ouvrages de Boris Cyrulnik. J’aime les livres, et avant d’apprécier « la littérature », j’éprouve du plaisir à lire. Mais je lis pour diverses raisons, me divertir, comprendre, réfléchir, m’instruire… C’est une tache de longue haleine mais toujours un immense bonheur et une passion.

Quelle est votre première découverte littéraire?

Il y a eu deux étapes essentielles :

– La première, j’avais deux ou trois ans – n’étais pas inscrite à l’école maternelle – et mon voisin et ami (mon aîné de 7 ans) me lisait régulièrement Blanche-Neige. J’étais fascinée, admirative devant ce grand qui savait faire des choses que j’ignorais ou ne maîtrisais pas encore. J’avais envie « d’apprendre »… J’ai compris que je trouverais le savoir dans les livres, et j’ai donc aimé l’objet livre bien avant d’aller à l’école et de savoir lire. C’est ce « grand garçon » qui m’a inculqué l’amour de la lecture, et je ne l’en remercierai jamais assez.

Les_cles_du_royaume– La seconde, j’étais en CM1 ou CM2, c’était la fin de l’année scolaire et l’institutrice ne faisait plus cours, mais nous avait demandé de venir en classe avec le livre de notre choix. J’avais pris dans la bibliothèque familiale Les clés du royaume de Joseph Cronin (auteur tombé en désuétude, hélas), c’était mon premier livre de « grande », un livre de poche, pas un ouvrage des bibliothèques roses, vertes ou rouge et or. J’ai tout de suite été captivée par l’histoire… mais l’institutrice avait souhaité me dissuader me disant « Ce n’est pas un livre pour toi! » Phrase à ne surtout pas prononcer, car puisqu’il n’était pas pour moi, justement j’allais le lire! Je l’ai lu jusqu’à la dernière ligne, et ai beaucoup aimé cette oeuvre… je l’ai relu plusieurs fois depuis, appréciant toujours autant ce roman… Et je me suis lancée dans la découverte d’autres Cronin, mais aussi de Bazin, Benoit, Daphnée du Maurier, Pagnol, Hemingway, Saint-Exupéry, Colette, et tant d’autres… J’avais attrapé le virus de la lecture. J’étais bel et bien contaminée.

Quel est le plus beau livre que vous avez découvert sur Babelio ?

l'homme de marmaraLa participation à « Masse Critique » m’a permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas : Olivier Bass et son roman L’homme de Marmara. J’ai beaucoup aimé et le style de l’auteur et l’histoire. Et comme je suis attirée par la mer et les bateaux, j’ai vraiment été comblée en recevant ce livre. Ce fut une très belle découverte, offerte sur un plateau par Babelio.

Mais chaque jour en parcourant les citations et les critiques sur Babelio, je découvre de nouveaux auteurs et des titres qui m’inspirent. Donc je note tout cela en « pense-bête ». Et je sais que fatalement je vais faire de très belles rencontres littéraires.

terre des hommesQuel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Il y en a plusieurs, mais celui auquel je me réfère le plus est Terre des Hommes d’Antoine de Saint-Exupéry. J’en relis régulièrement des passages. Ce livre qui est plus récit et essais que roman m’enseigne toujours quelque chose et je m’y replonge régulièrement pour en relire des passages.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Les Misérables de Victor Hugo… par peur justement de capituler devant une oeuvre aussi dense et aussi parce des films tirés du roman ont souvent été diffusés sur le petit écran. Guerre et paix de Tolstoï, impressionnant par la taille également… Et puis, j’ai du mal avec Proust et Du côté de chez Swann que je tente régulièrement de lire… Je suis passée à côté de Cent ans de solitude de Garcia Marquez (je me suis ennuyée avec ce roman) et j’ai abandonné au bout d’une centaine de pages Voyage au bout de la nuit de Céline… Lorsque je passe ainsi à côté d’un livre, reconnu comme étant un chef-d’oeuvre, j’ai toujours honte. Je me sens fautive. Cela me complexe.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

pépé languilleTous les livres qui m’ont bouleversée d’une manière ou d’une autre et que je classe dans mes coups de coeur. Mais puisque j’évoquais la Corse, je vais citer deux romans : Pesciu Anguilla (Pépé l’anguille) de Sebastien Dalzeto auteur mort en 1963. Roman qui fut rédigé en Corse, et traduit en Français, par F.M. Durazzo, il y a quelques années. Le Berger des Morts (Mal’Concilio) de Jean-Claude Rogliano, auteur Corse contemporain.

Tablette, liseuse ou papier ?

J’aime l’objet livre et suis fâchée avec la technologie, alors Papier, essentiellement Papier ! Mais comme je me déplace toujours avec au moins un ouvrage, j’ai une prédilection pour le livre de poche… que je ne maltraite cependant pas, bien au contraire. J’utilise toujours un marque page et déteste qu’un livre soit souillé. Ce n’est pas un objet ordinaire, il doit être respecté.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Rendez-vous incontournable, chaque soir dans mon lit  ! Mais je peux lire partout, dans les salles d’attente, dans les aéroports, sur un banc dans un parc… J’arrive à oublier le monde alentour pendant des heures, bien à l’abri dans ma bulle. Lorsque le monde ambiant s’agite et s’ébroue cela me procure un confort très agréable et je me sens vraiment privilégiée.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Une pièce sans livres, c’est comme un corps sans âme » – Cicéron.

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

C’est toujours un peu compliqué. J’ai du mal à me décider. Disons que là j’ai des priorités : Directs du Droit d’Eric Dupond-Moretti et L’aveuglement de José Saramago. Je les ai empruntés à la bibliothèque municipale…donc j’ai une date limite pour les restituer.
Et puis une amie m’a prêté Les égarés de Saint-Antoine d’Ariane Bilheran, pour que je rédige une note…, donc lecture « professionnelle » en quelque sorte. Mais le livre va m’intéresser j’en suis certaine car il traite de psycho-généalogie.
Après ces trois livres je puiserai dans mes réserves, et ce sera la surprise, espérant toujours tomber sous le charme d’un texte et me prendre de passion pour un auteur.

D’après-vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Quelle soit longue ou courte, la critique ne doit pas être un résumé du livre. Elle doit juste communiquer un ressenti. Elle peut faire partager une émotion, un engouement pour le livre, le style de l’auteur… ou au contraire questionner sur l’intérêt de l’ouvrage ou la conscience professionnelle de l’écrivain… La bonne critique doit donner envie de découvrir une oeuvre ou au contraire mettre en garde. Elle doit ouvrir le débat.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je rencontre régulièrement des membres de Babelio, soit parce qu’ils sont lecteurs, soit parce qu’ils sont auteurs, ou les deux à la fois. J’ai aussi des correspondances privilégiées et amicales avec certains membres que je n’ai jamais rencontrés. Bien involontairement j’ai pu déchaîner la colère ou l’incompréhension de certains membres de cette communauté (heureusement cela se compte sur les doigts d’une seule main) parce que j’ai un nombre très important d’amis. Je m’en explique ici : je porte un regard amical sur toutes les personnes, qui aiment lire, nous faisons partie de la même communauté ! Ces rapprochements amicaux autour d’une même passion, ne peuvent nuire à autrui. Et sous nos latitudes les personnes qui fréquentent librairies ou bibliothèques en viennent très rarement aux mains. C’est bon signe !
Dernière confidence à propos de Babelio, mon PC est allumé une bonne partie de la journée, donc je fais des visites très régulières au site pour découvrir citations et critiques, plus qu’une addiction je vois cela comme une friandise !

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Merci à araucaria pour ses réponses !

Retour sur le pique-nique des 10 ans de Babelio

Ce n’était au départ qu’une façon informelle de rencontrer les membres du site, c’est devenu un rituel. Nous avons organisé il y a quelques jours la septième édition du pique-nique Babelio, au parc de Bercy pour les Parisiens, mais aussi à Lyon, Marseille, Nantes, Montpellier et Lille pour les lecteurs les plus éloignés de la capitale. En faisiez-vous partie ? Venez raconter votre expérience, sinon, nous vous proposons un petit rappel des faits pour que ne vous manquiez pas le prochain rendez-vous.

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10 ans de livres et d’échange

Si cela fait un peu moins de 10 ans que sont organisés les pique-niques de Babelio, cette édition fut l’occasion de célébrer l’anniversaire du site, créé en 2007. Peut-être vous souvenez-vous de ce que vous faisiez il y a 10 ans ? Si vous aimiez déjà les livres, il y a de fortes chances pour que l’on vous retrouve, si nous pouvions l’espace d’un instant revenir dans le temps, en train de faire la queue en librairie, chez vous, sous votre couette ou sur un banc, déjà au parc de Bercy peut-être, plongé(e) quoi qu’il en soit dans les toutes dernières aventures d’Harry Potter qui sortaient alors de librairie.
Il y a dix ans, trois petits rats de bibliothèque, qui se sont plus noblement appelés Les trois Ours, proposaient dans leur coin un site permettant de ranger ses livres, de partager ses critiques, de découvrir de nouveaux livres. Babelio ressemblait alors à ça :

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Les échanges entre lecteurs étaient encore peu poussés et ce n’est qu’en 2011 que nous avons proposé un pique-nique à Paris afin de mettre un visage sur les pseudos et amis virtuels rencontrés tous les jours sur le site.

Vous pouvez retrouver dans les archives du blog le compte rendu et quelques photos de la première édition -historique !- des pique-niques. Nous étions alors une vingtaine de lecteurs réunis sous la pluie certes, mais heureux de pouvoir partager un moment à parler de livres.
En 10 ans, le site a pris, grâce aux lecteurs, une nouvelle ampleur, nos pique-niques également.

La septième édition parisienne

Avec toujours le parc de Bercy comme immanquable point de rendez-vous, ce n’est plus une vingtaine de membres mais plus d’une centaine de lecteurs qui se sont réunis à Paris sous un soleil bienveillant. Au programme, pour commencer, un thé d’accueil, le tirage au sort d’un ticket de tombola et la possibilité de déposer, dans une boîte, le livre de la loterie.

 

Certains ont fait un effort tout particulier pour emballer le livre, en indiquant à qui celui-ci s’adressait plus particulièrement. L’idée, comme à chaque édition est de déposer un ouvrage emballé et accompagné d’un petit mot expliquant pourquoi il mérite à tout prix d’être lu. Chacun pioche ensuite dans la grosse boîte et repart avec un livre ainsi conseillé par un autre membre de Babelio.

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Une fois tous les livres déposés dans la boîte, tout le monde s’est installé afin de prendre part à un festin de Babette convivial : chacun était invité à apporter quelques mets préparés ou non et à les partager avec les autres : cake au poulet, clafoutis, macarons, financiers,  avez-vous goûté de tout ?

 

 

Qui dit anniversaire, dit cadeaux. Pour célébrer ces 10 ans, nous avions de nombreux goodies Babelio (des gobelets, carnets ou bloc-notes) à faire gagner. La seule condition étant de jouer et de remporter une des sessions de quiz organisées sur place. Evidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire et seuls les meilleurs -ou les plus chanceux 😉 – ont reporté les lots. Si vous voulez la prochaine fois repartir avec les poches remplis de cadeaux estampillés Babelio, pensez à réviser les quiz ! Les participants étaient libres de jouer seuls ou en groupe en formant une équipe.

 

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Autant le dire tout de suite, la boîte de la loterie de livre a ensuite été littéralement dépouillé par les lecteurs, chacun piochant au hasard des emballages !  Les participants ont ensuite dévoilé quel livre ils avaient piochés. De quoi alimenter les conversations, sur la pelouse puis sur Babelio. On espère que vous avez tous aimé l’ouvrage reçu.

 

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Un pique-nique en amont de la rentrée littéraire

Peut-être vous êtes-vous demandé, en lisant l’article, pourquoi chaque lecteur, à son arrivée, a dû piocher un ticket de tombola. Il a eu son importance et pas des moindres puisque, en partant, chaque participant a pu récupérer un sac contenant un livre de la rentrée littéraire à venir glissé par l’équipe de Babelio. Merci à tous les éditeurs participants, tout le monde a été ravi de recevoir en avant-première un livre de la rentrée :

Au diable vauvert, Aux forges du vulcain, Belleville Editions, Bragelonne, Cherche midi éditions, Christian Bourgois, Fayard, Flammarion, Gaïa, Gallmeister, Héloïse d’Ormesson, La table ronde, L’âge d’homme, L’aube, Le Rouergue, Leduc S., Les Escales, L’iconoclaste, Louison Editions, Métailié, Mirobole, Philippe Picquier, Piranha, Place des Editeurs, Plon, Serge Safran , Stock, Verdier.

N’oubliez pas de poster une critique du livre si celui-ci vous a plu, (ou pas !).

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Un rendez-vous national

Le 25 juin fut un peu la journée nationale de Babelio. En effet, d’autres pique-niques ont été organisés aux quatre coins de la France ce jour-là, réunissant lecteurs et membres de Babelio. A Nantes, Montpellier, Marseille, Lille et Lyon, c’est autant de festins, de sessions de quiz et de discussions autour des livres qui ont été organisés.
Un grand merci à Cécile, Hélène, Catherine, Marine et Louise qui ont admirablement relevé le défi d’animer chacune une de ces cinq rencontres malgré le soleil de plomb. Leur gentillesse et leur sens de l’accueil ont été unanimement salués.
Nous  essaierons l’année prochaine de voir encore pus grand et de proposer l’événement dans d’autres villes. Si vous êtes intéressés, manifestez-vous !
Voici quelques images de ces pique-niques organisés dans toute la France :

 

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Merci encore pour votre présence à ces différents événements. N’hésitez pas à nous dire avec quels livres vous êtes repartis. Nous organiserons un nouveau rendez-vous l’année prochaine. En attendant, nous vous proposons de revivre l’événement en vidéo : 

A l’année prochaine ?

Prix des lectrices Milady 2017 : on y était

« Jamais je n’ai serait-ce que regardé une autre femme. Nous nous sommes fiancés, puis mariés deux ans à peine après notre rencontre. C’était comme si je suivais la route invisible que le chemin avait tracée pour moi. Il existait bien d’autres sentiers de vie qui filaient en d’autres lieux, vers d’autres avenirs, mais jamais je ne me suis posé la question de savoir ce qu’ils avaient à m’offrir. J’allais mon chemin tout simplement. »

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Phaedra Patrick, lauréate 2017

Après Nadia Hashimi et son roman La perle et la coquille, sacré en 2016 par le Prix des Lectrices, c’est au tour de Phaedra Patrick, écrivain anglaise, de recevoir cette récompense, grâce au vote de plusieurs milliers de lectrices, 5 672 pour être exact, qui ont fait leur choix parmi les nouveautés parues chez Milady littérature en 2016.

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A l’occasion de la remise du Prix, journalistes, blogueurs et les deux partenaires du Prix, Babelio et Mademoizelle.com se sont rendus dans les locaux des éditions Bragelonne/Milady pour une soirée pas comme les autres. Annoncé par Aurélia Chesneau, l’attachée de presse de la maison d’édition, le prix a ensuite été commenté par l’éditrice de Phaedra Patrick, Isabelle Varange, qui a souligné son émotion suite à la récompense de ce titre qui lui tenait à cœur.

Loin d’être timide, l’auteur nous a fait le plaisir d’un petit discours en français, pour remercier son auditoire et exprimer sa surprise. Elle nous a par la suite accordé une petite interview, dans laquelle elle revient sur la genèse du roman et sur ses motivations à l’écriture.

Découvrez l’interview de Phaedra Patrick :

Si c’est le livre de Phaedra Patrick qui a cette année remporté le prix, quelques autres ouvrages ont récolté un bon nombre de voix, puisque derrière Phaedra Patrick et ses 21,5% des voix, Jojo Moyes a récolté 15% des voix et Amanda Prowse, 13,5%.

Après la remise du Prix, nous avons eu la joie de découvrir un bar à cocktails, aux noms évoquant des titres des éditions Milady, comme le Loin de toi ou La Perle et la coquille. De la glace carbonique au jus de maracuja, il y avait de quoi surprendre !

Si vous n’avez pas encore lu Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper, sachez que le roman vient tout juste de paraître en format poche chez Milady. D’ici là, voici son résumé :

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Sans être un conformiste forcené, Arthur Pepper est anglais. Il puise donc un certain réconfort dans l’idée que chaque chose est à sa place et boit du thé à heure fixe. Quand il a rencontré Miriam, il a tout de suite su que c’était la bonne. Ils se sont mariés, ont eu des enfants. Lorsque sa femme meurt après quarante ans d’un vie sans histoire, Arthur se calfeutre chez lui pour échapper aux visites de sa voisine, championne du monde de la tourte, qui, faute de pouvoir le réconforter, s’est mis en tête de le nourrir. Le voilà condamné à vivre seul avec ses souvenirs et la plante verte dont sa femme a pris soin pendant des années. Ses proches lui conseillent d’aller de l’avant. Aller de l’avant ? Mais pour aller où bon sang ?

Lorsque Arthur consent enfin à se séparer des affaires de Miriam, il trouve un mystérieux bracelet. Huit breloques sont suspendues aux épaisses mailles en or massif : un éléphant, un tigre, un livre, une palette de peinture, un anneau, une fleur, un dé à coudre et un cœur. Ces charmes constituent autant d’énigmes qui lui donnent envie de mener l’enquête. Que sait-il vraiment de celle avec qui il a partagé sa vie ? En entreprenant ce voyage sur les traces de sa femme, Arthur va au-devant de surprenantes révélations. Et contre toute attente, d’aventure en aventure, il va en devenir le héros.

Un conte drôle et émouvant qui se savoure jusqu’à la dernière page.

Tout quitter avec Antoine Bello

Avez-vous déjà eu l’impression que vous manquiez de temps, et rêvé de tout recommencer à zéro ? C’est l’histoire de Walker, le héros de L’Homme qui s’envola, le dernier roman d’Antoine Bello paru chez Gallimard que l’auteur est venu présenter le 29 mai dernier à trente lecteurs.

Walker a tout pour être heureux. Il dirige une florissante entreprise au Nouveau-Mexique et sa femme, la riche et belle Sarah, lui a donné trois magnifiques enfants. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes de toutes sortes, son temps lui échappe. Une seule solution : la fuite. Walker va mettre en scène sa mort de façon à ne pas peiner inutilement les siens.

Malheureusement pour lui, Nick Shepherd, redoutable détective spécialisé dans les disparitions, s’empare de son affaire et se forge la conviction que Walker est encore vivant. S’engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite sur le territoire des États-Unis. En jeu : la liberté, une certaine conception de l’honneur et l’amour de Sarah.

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Les raisons d’une disparition

D’abord interrogé sur le phénomène de disparition sur lequel est bâti son roman, Antoine Bello a précisé les raisons qui poussent Walker, son personnage principal, à faire croire à sa mort : “La plupart du temps, des hommes disparaissent parce qu’ils ne veulent pas payer de pension alimentaire ou parce qu’ils sont en liberté sous caution, mais ils ne disparaissent pas pour des raisons existentielles. C’est différent pour Walker : son entreprise lui prend beaucoup de temps, il ne sait pas déléguer, et il a l’impression qu’il n’a pas la possibilité de dire ce qu’il ressent car il n’a pas de dialogue avec sa femme Sarah. Il est convaincu que son existence est insoutenable, et sa sensibilité est heurtée par cette vie.”

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Le pouvoir cathartique de l’écriture

Antoine Bello s’est ensuite confié sur les origines autobiographiques de son dernier roman, admettant s’être nourri de son expérience personnelle pour construire son personnage principal, Walker : “Le point de départ est autobiographique, je ne peux pas le nier. Comme beaucoup de monde, j’ai joué avec l’idée de tout recommencer à zéro. C’est ce qu’on a tous rêvé de faire un jour, mais qu’on ne fait pas parce qu’on a des responsabilités. Quand j’étais chef d’entreprise, j’ai moi aussi senti que je ne pouvais plus continuer à vivre comme ça. Je suis un Walker qui a secoué ses chaînes au moment où c’était encore possible de le faire.”

L’auteur a tout de même pris soin de souligner une différence capitale entre son héros et lui, faisant ressortir ainsi un pouvoir de la littérature : “Mes enfants m’ont complètement reconnu dans le personnage de Walker, et c’est d’ailleurs à eux que je dédie ce livre : “À ceux que je ne quitterai jamais”. J’ai pris le temps de leur expliquer que je ne ferai pas comme Walker, que je ne les abandonnerai pas. Parce que j’ai écrit ce livre, je ne partirai pas, c’est un exorcisme. Je pense que c’est une des fonctions de la littérature.”

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La construction des personnages

Si Antoine Bello a trouvé le personnage de Walker rapidement, il a en revanche eu plus de difficultés à construire le personnage de Sarah, sa femme, et à écrire à son propos. “La première scène de Sarah, quand elle est chez son psychologue, je l’ai réécrite trois ou quatre fois, alors que d’habitude le premier jet est souvent quasiment définitif. Bâtir un personnage, c’est bien, mais tant qu’il n’a pas vécu, tant qu’on ne sait pas s’il a de l’humour, comment il réagit, on ne le connaît pas vraiment.” Plus généralement, il s’est exprimé à propos de la difficulté à mettre en scène des personnages féminins : “J’ai peu de personnages féminins dans mes livres, j’en suis conscient et c’est un reproche qu’on me fait souvent, mais c’est un reproche injuste : si j’avais ces personnages, je les livrerais au lecteur, mais je ne les ai pas.”

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À la frontière des genres

Après s’être exprimé sur la symbolique derrière les prénoms de Walker et de Shepherd, Antoine Bello s’est ensuite expliqué sur ce second personnage : “J’adore la figure du détective, parce que le détective cherche le coupable et se cherche aussi lui-même. Depuis Œdipe, l’enquêteur est également à la recherche de son identité, de son passé.”

C’était ainsi l’occasion pour l’auteur d’aborder la question du genre : à la limite entre le roman policier et le roman d’aventure, L’Homme qui s’envola surprend dans la bibliographie de l’auteur : “Dans presque tous les livres que j’écris, il y a la notion de genre. Je me délecte avec ça, j’aime changer de genre entre chaque roman. J’aime déstabiliser mes lecteurs, qui ont une certaine idée de ce que j’écris. Même si c’est une mauvaise stratégie marketing, c’est un luxe absolu de pouvoir changer de registre. Je comprends pourquoi on a besoin de créer des catégories, mais je pense que les amoureux de la littérature piochent indifféremment dans tous les genres.”

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De la documentation à l’intemporalité

Curieux des méthodes de l’auteur, les lecteurs l’ont longuement interrogé sur le processus d’écriture de L’Homme qui s’envola : “Je me suis beaucoup documenté. Il me paraissait inconcevable d’écrire un livre sur un détective et sa proie sans lire sur l’art de ces deux domaines. 98% de ce que je raconte dans L’Homme qui s’envola est authentique. La seule chose à laquelle j’ai voulu faire attention, c’est la date. Je fais attention à ne pas dater mes livres, je ne veux pas qu’ils vieillissent trop. Dans certains romans, les personnages sont surexposés à la technologie, ils ont les derniers gadgets à la mode. J’essaie au contraire de ne pas surcharger mes livres pour tendre à une certaine intemporalité.”

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Un roman américain

S’il est intemporel, L’Homme qui s’envola est toutefois un roman très américain aux yeux des lecteurs, et à juste titre : “Il me semblait que l’histoire devait se passer aux Etats-Unis : le métier de skip-tracer est typiquement américain, tout comme la société que Walker a montée. En Europe, j’avais un problème de frontières et de différences culturelles et judiciaires. Les Etats-Unis, au contraire, c’est un pays-continent, et j’aime la forme rectangle du pays, qui donne l’impression d’être face à un plateau de jeu.”

Les lecteurs ont ainsi rebondi en interrogeant Antoine Bello sur la notion de jeu, très présente dans son dernier roman : “La construction du roman prend la forme d’une partie d’échecs où chaque joueur anticipe ce que l’autre va faire. Cette notion d’anticipation des coups de son adversaire se retrouve dans beaucoup de mes livres. Chaque joueur, que ce soit Walker ou Shepherd, aurait pu gagner, mais ils ont préféré faire match nul. En un sens, ils ont tous les deux gagné.”

Retrouvez L’Homme qui s’envola d’Antoine Bello, publié chez Gallimard.

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de romans en bandes dessinées

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les “pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le jeudi 4 mai à Paris une étude sur les adaptations de romans en bandes dessinées, révélée une première fois au festival Quais des bulles en 2016.

Comment les lecteurs perçoivent-ils les adaptations ? Préfèrent-ils qu’elles soient fidèles au texte ou qu’elles s’en affranchissent ? Aiment-ils se plonger dans un univers connu ou au contraire découvrir de nouveaux auteurs ?

Pour répondre à ces questions, Babelio a mené une enquête auprès de 3 859 répondants au sein de sa communauté de lecteurs en septembre 2016.

Trois intervenants étaient sur place pour partager leurs points de vue face aux résultats : Frédéric Lavabre, directeur des éditions Sarbacane, Vincent Brunner, auteur et journaliste spécialisé en bande dessinée ainsi que Cédric Illand, éditeur chez Glénat.

L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio avant de passer la main à Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, pour animer le débat qui lui faisait suite.

De gauche à droite : Frédéric Lavabre, Vincent Brunner, Cédric Illand, Octavia Tapsanji et Guillaume Teisseire

Proust, Nestor Burma, Camus mais aussi Le Petit Prince ou Millenium, il y a longtemps que les cases ne sont plus réservées à l’Oncle Tom. L’adaptation de roman est un genre florissant, d’une grande diversité, allant des mises en images les plus fidèles aux relectures les plus originales, en passant par la rencontre d’univers textuels et visuels parfois inattendus. Et ce ne sont pas les lecteurs de Babelio qui répondront le contraire.

De grands lecteurs de bandes dessinées

La communauté Babelio a pour particularité d’être composée de grands lecteurs. En effet, plus de neuf Babelionautes sur dix (93%) lisent plus d’un livre par mois contre 16% de la population française. La bande dessinée n’échappe à la règle : sept lecteurs sur dix déclarent avoir lu une BD au cours des douze derniers mois, un lecteur sur deux lit même plus d’une BD par mois.

Lorsque l’on regarde de plus près les adaptations, on constate qu’un peu plus de la moitié des lecteurs (54%) lisent des bandes dessinées adaptées de romans. Toutefois, ce nombre pourrait être revu à la hausse puisqu’un quart des lecteurs déclarent ne pas toujours savoir si les bandes dessinées qu’ils lisent sont des adaptations.

Preuve en est que les lecteurs ne maîtrisent pas encore totalement la bande dessinée. Toutefois, cela n’est pas à mettre sur le compte d’une quelconque méprise vis à vis du neuvième art : près de trois lecteurs sur quatre (77%) n’établissent aucune hiérarchie entre roman et BD. Pour eux, aucun des deux n’est plus noble que l’autre et réciproquement.

Leur rapport à la découverte

Lire une bande dessinée adaptée peut être un formidable moyen de découvrir l’œuvre originale dont elle est issue. Pourtant, seuls 17% des lecteurs interrogés admettent avoir découvert un roman grâce à son adaptation. Ce résultat s’explique surtout du fait que la communauté de grands lecteurs forme un public majoritairement adulte pour qui la BD n’est pas un outil pédagogique permettant de s’initier aux romans.

Néanmoins, en s’intéressant de plus près à ces 17%, on remarque que les adaptations leur ont fait découvrir des romans classiques comme A la recherche du temps perdu de Proust, contemporains par exemple Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel ou bien policiers avec Shutter Island de Dennis Lehane.

Les adaptations en mangas

La bande dessinée ne s’arrête pas aux frontières franco-belges. Avec ses 36 000 critiques, le manga est un genre lui aussi très bien représenté sur Babelio. Si la population de lecteurs de ces œuvres nipponnes est plus réduite que celles des lecteurs de BD, on compte tout de même plus d’un lecteur sur deux (54%) lisant des mangas. 37% annoncent même en avoir lu au cours des douze derniers mois.

Parmi eux, seul un lecteur sur trois lit des adaptations en mangas de romans quand près de la moitié des lecteurs déclarait lire des adaptations BD. Si, au premier abord, ce nombre paraît peu important, il faut tout de même garder en tête que la production de mangas adaptés de romans reste moins importante qu’en BD.

Lorsqu’on interroge ces lecteurs sur ce qui les amènent à lire des mangas adaptés, près de neuf sur dix (89%) déclarent les lire car ils ont apprécié le roman qui en est à l’origine. En règle générale, ces lecteurs sont fans d’un univers et aiment découvrir toutes les formes d’expression autour de celui-ci, de la BD jusqu’au film.

Les forces des adaptations

Contrairement aux idées reçues, la BD n’est pas perçue par les grands lecteurs comme une menace mais bel et bien comme un outil pédagogique auprès du jeune public. Pour sept lecteurs sur dix, une BD adaptée peut conduire les enfants à lire des classiques.

En ce qui concerne la fidélité que doit tenir une BD vis à vis de l’œuvre originale, les avis sont plutôt mitigés. Si 44% préfèrent que la BD reste fidèle au texte du roman, 43% n’y accordent pas d’importance et voient ces adaptations comme des œuvres indépendantes. Il n’y a donc aucune tendance nette sur ce point.

Vincent Brunner tient à souligner cette “tendance qui se contredit” : autant de lecteurs attendent d’une adaptation son émancipation que sa fidélité à l’œuvre d’origine. Pour Cédric Illand, l’adaptation doit s’affranchir du récit original : “Hitchcock disait que pour faire un bon film, il fallait un mauvais roman. Il savait tirer d’un roman sa substantifique moelle et faisait ce qu’il voulait par la suite. Au bout du compte, ce que l’on va voir, c’est un Hitchcock, pas une adaptation. Pour moi, la BD fonctionne de la même manière.” Cependant, Frédéric Lavabre est moins catégorique. Pour lui, certains points du récit doivent subsister, en particulier l’écriture : “Lorsque j’ai adapté L’Astragale, j’ai d’abord lu le roman pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur et où la langue était intéressante. Tout le challenge était là : il fallait malgré tout que l’adaptation devienne autre chose. On a essayé de ramener L’Astragale au monde contemporain en restant fidèle au texte sans que cela donne un ton trop dramatique, mais quand on a la chance d’avoir le texte d’Albertine Sarrazin, c’est dommage de tout mettre de côté.”

En revanche, la tendance est nettement plus dessinée en ce qui concerne l’apport d’informations additionnelles en fin de volume. Plus de trois quarts des lecteurs apprécient les adaptations enrichies de compléments traitant de l’œuvre originale, à l’instar de certaines des publications de la collection Ex-Libris de chez Delcourt.

Les lecteurs et la production de BD

Afin d’en savoir davantage sur le niveau de connaissances des lecteurs sur les adaptations, nous leur avons soumis une liste de romans en leur demandant s’ils savaient si ces œuvres avaient été adaptées en BD ou non. D’emblée, l’on remarque que mise à part le cas de l’adaptation du Petit prince par Joann Sfar, peu de lecteurs sont au fait de la production d’adaptations. Il y a donc une réelle méconnaissance de cette production.

Nous leur avons ensuite demandé quels genres semblaient être pour eux les plus propices à l’adaptation. On retrouve sans conteste les littératures de l’imaginaire et les romans d’aventure, tous deux dotés d’un univers fort, facilement adaptable visuellement. Viennent ensuite les romans policiers, les romans historiques, la littérature classique et contemporaine pour finir avec la romance.

La production actuelle

Nous avons ensuite confronté ces résultats à la production actuelle. Pour ce faire, nous avons extrait les 130 adaptations les plus populaires sur Babelio pour faire ressortir les genres les plus représentés. Arrivent en tête le fantastique et le policier, ce qui conforte le ressenti des lecteurs. En revanche, la littérature classique vient en troisième position quand bien même le genre n’était pas considéré comme véritablement propice à l’adaptation pour les lecteurs auparavant.

Moins surprenant, lorsque l’on s’intéresse à l’origine des romans adaptés, on constate que la majorité de ces 130 titres est tirée de romans français et américains. Autre tendance qui se dessine dans la production actuelle : plus les romans sont récents, plus ils sont adaptés. Même si nous n’avons mentionné jusque là que les classiques, 45% des titres de notre échantillon concernent des œuvres adaptées de romans publiés après 1980.

A première vue, travailler sur l’adaptation d’un auteur récent peut s’avérer compliqué mais Cédric Illand nous prouve le contraire en nous contant la genèse de L’attentat, adapté du roman éponyme de Yasmina Khadra : “Au départ, l’auteur a demandé à avoir la main sur l’adaptation BD. On a alors monté un rendez-vous pour parler de la vision que l’équipe avait de l’adaptation avec les différents partis. Il s’est senti en confiance, rassuré et a finalement laissé carte blanche aux auteurs. Il a même apporté son soutien en venant par exemple aux dédicaces avec les auteurs.”

Quand les lecteurs lisent à la fois le roman et la BD

Nous nous sommes également intéressés aux œuvres que les lecteurs avaient à la fois lues en roman et en BD. De ce classement ressort d’abord un grand nombre de classiques comme Le petit prince ou L’étranger. Mais ces œuvres sont tellement lues que la probabilité qu’un lecteur ait pu lire les deux est très forte. D’autre part, on note aussi beaucoup d’œuvres provenant de la littérature jeunesse ou de l’imaginaire pourvues d’univers forts dont les fans aiment découvrir toutes les productions, comme nous l’avons vu précédemment. C’est par exemple le cas de La quête d’Ewilan, des Chevaliers d’Émeraude, d’Assassin royal ou en ce qui concerne la jeunesse de Quatre sœurs, Cherub ou Léa Olivier.

Toujours en gardant notre échantillon de 130 titres, nous avons comparé la popularité des adaptations avec les romans dont elles sont issues. D’une manière générale, il en ressort que plus le roman est populaire, plus l’adaptation l’est aussi. Nous avons cependant isolé trois groupes distincts.

Le premier groupe rassemble les bandes dessinées adaptées qui ont rencontré plus de succès que le roman dont elles sont issues. C’est par exemple le cas de Largo Winch dont on a oublié la série de romans écrite par Jean Van Hamme à l’origine de la BD ou bien de Mauvais genre tiré d’un essai de Fabrice Virgili et Danièle Voldman sur la question du genre.

Le deuxième cas regroupe les adaptations aussi populaires que le roman d’origine. Cela concerne majoritairement les grands classiques qui ont à la fois connus le succès en roman et en bulles, comme nous l’avons déjà expliqué plus haut. On trouve parmi ceux-là Le petit prince de Joann Sfar ou L’étranger de Jacques Ferrandez, qui ont tous deux la particularité d’avoir été portés par des auteurs dont l’univers graphique est fort et reconnu. Leur notoriété a donc contribué à celle de l’œuvre.

Troisième et dernier groupe : le roman reste plus populaire que l’adaptation qui, elle, a connu un succès plutôt confidentiel. On note par exemple dans cette catégorie La planète des singes ou bien Dracula. Cela montre que le succès de l’œuvre originale ne garantit pas le même destin pour son adaptation.

Frédéric Lavabre nous rappelle à ce propos que le “risque zéro n’existe pas” : “On peut se louper et c’est d’autant plus risqué quand il s’agit d’une adaptation d’un auteur connu ou qui a toujours des ayants droits proches”.

Les adaptations rêvées des lecteurs

Pour conclure cette étude, nous avons demandé aux lecteurs quels étaient les romans qu’ils rêveraient de voir adaptés en bande dessinée. Si leur choix est très varié, c’est sans surprise que la saga désormais culte Harry Potter occupe la première place du podium, suivie d’autres titres jeunesse comme La passe-miroir ou Divergente. Les lecteurs mentionnent aussi de grands classiques comme Les Misérables ou bien Madame Bovary ainsi que des titres de littérature imaginaire tels que Le Seigneur des Anneaux. Néanmoins, on trouve tout de même en septième position dans la liste Les Hauts de Hurle-Vent alors que ce titre a déjà été adapté en 2009 dans la collection Ex-Libris. Ce dernier point confirme qu’il y a bel et bien une méconnaissance de la production et une attente d’une offre qui existe en réalité déjà de la part des lecteurs.

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat en présence de nos différents intervenants. Pas de surprise pour eux au regard de ces résultats, tous partagent le même sentiment de “confirmation”.

Face au nombre de productions qui voient le jour chaque année, on peut se demander quel élément est à l’origine d’une adaptation. Pour certains cas, c’est une volonté proche de l’évidence et motivée par l’éditeur qui lui donne naissance, comme en témoigne Cédric Illand  : “L’attentat de Yasmina Khadra a été pour moi un véritable coup de cœur. Je le lisais en me projetant des images mentales. J’en ai rapidement acheté les droits et ai monté une équipe. C’est une adaptation qui s’est vraiment faite sous le coup de l’impulsion.” D’autres fois, ce sont les auteurs et scénaristes qui viennent le voir avec un projet précis : “La collection autour des adaptations d’H.G. Wells m’a été proposée par un scénariste. Il m’a d’abord proposé une adaptation de La guerre des mondes puis d’autres ont suivi. Tout est né d’une discussion avec les auteurs.”

Toutefois, l’adaptation résiste à toutes les règles : il est difficile de déceler l’ADN du roman adaptable même si certains points ont leur importance. La longueur du récit d’origine d’abord, comme l’évoque Frédéric Lavabre : “La difficulté, c’est la taille du roman d’origine par rapport au volume livré. Cela implique nécessairement des coupures, c’est un choix fort. Certains romans seraient formidables à adapter mais cela aurait un rendu de 1000 pages.”

D’autre part, si Frédéric Lavabre aime l’idée “de ramener une qualité de texte à l’univers graphique” d’une BD qui a par essence une “écriture assez blanche”, comme il l’a fait pour L’Astragale, les romans très littéraires n’ont pour Cédric Illand que peu d’intérêt à être adaptés : “L’intérêt principal de ces romans, c’est leur langue et non l’histoire. C’est précisément ce qui fait leur qualité littéraire qui les rend difficilement adaptable car tout se joue au niveau du texte. Je pense notamment au Nouveau Roman des années 1960/70. Sarrazin possède certes des qualités de langue mais son roman reste une histoire que l’on peut adapter. Alors qu’on imaginerait mal une adaptation de La disparition par exemple.”

En ce qui concerne la part de liberté que doit laisser un auteur au scénariste de l’adaptation elle ne fait aucun doute pour nos intervenants : une adaptation doit nécessairement amener quelque chose à l’œuvre originale. “L’auteur doit disparaître”, commence Vincent Brunner. “Il faut qu’il fasse preuve d’humilité et qu’il sache se mettre au service des idées bien plus que de son égo.” Frédéric Lavabre poursuit en évoquant le cas de Pereira prétend : “Le scénariste tenait à apporter de la poésie au personnage là où d’autres lui auraient donné une couleur nettement plus politique. Il a fait beaucoup de recherches visuelles, il est même parti à Lisbonne pour s’imprégner de la ville. Il s’est réellement emparé de l’œuvre pour en faire la sienne.” Cédric Illand a vécu la même expérience durant l’adaptation de L’attentat : “Le scénariste était autant imprégné du livre mais voulait lui amener au contraire une vision politique. C’est d’ailleurs amusant de comparer les choix menés pour l’adaptation du film avec ceux de la BD quand bien même tous deux suivent le livre.”

Néanmoins, il faut savoir parfois coller au plus près du récit original pour ne pas le trahir. Frédéric Lavabre, qui travaille en ce moment sur l’adaptation de Dans la forêt de Jean Hegland, n’a par exemple pas hésité une seule seconde à contacter l’auteure pour avoir des indications sur un des points clés de l’œuvre : “Dès le début, il y a cette scène où deux filles se cachent dans un séquoia géant. Le dessinateur avait dessiné un séquoia debout, le dessin était très fort mais la symbolique n’était pas là. On a contacté l’auteure pour avoir une image de cette souche de séquoia car c’est la clé du roman. Il s’avère que l’interprétation du dessinateur était mauvaise alors que cette souche est centrale dans l’histoire. L’adaptateur doit être libre lui aussi mais sur certains points de détails, il est important de respecter le roman.”

Vincent Brunner conclut en citant Le rapport de Brodeck adapté par Manu Larcenet qui, selon lui, est un parfait exemple d’adaptation : “Pour moi, il s’agit d’une véritable réussite. J’ai lu le roman de Philippe Claudel après l’adaptation, Manu Larcenet a énormément respecté l’œuvre originale tout en y apportant sa vision.”

C’est sur ces dernières paroles que s’est achevé le débat qui a fait place à un buffet auquel tous les participants ont été conviés. Merci encore à nos trois invités pour leur intervention.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’étude sur SlideShare.

Babelio vous donne rendez-vous au festival Étonnants Voyageurs

Babelio vous donne une nouvelle fois rendez-vous à Saint-Malo pour le festival international du livre et du film Étonnants Voyageurs, qui se tiendra du 3 au 5 juin 2017, où l’équipe organise une série de rencontres. Comme d’habitude, vous pourrez aussi vivre cette 28ème édition depuis votre salon en nous suivant sur Twitter, Snapchat (Babelio_off) et Instagram.

Affiche Etonnants voyageurs

L’édition 2017

Amoureux de voyages et âmes vagabondes, cette 28ème édition aura pour mots d’ordre « Démocratie-littérature : État d’urgence ». A l’heure où la liberté n’a de cesse d’être menacée, Michel Le Bris, fondateur du festival, brandit la littérature comme étendard pour nous rappeler que « nous sommes plus grands que nous ».

C’est autour de ce thème qu’écrivains et cinéastes s’exprimeront au fil des rencontres et des tables rondes pour s’interroger sur l’identité, l’Histoire, la presse ou encore le sens des mots.  Il se déclinera aussi en poèmes et en musique, véritables « hymnes à la résistance », en mettant par exemple à l’honneur Bob Dylan, James Brown, Rimbaud ou Prévert.

Autres thèmes majeurs, le festival a répondu à l’appel de Patrick Chamoiseau pour ses « Frères migrants » et s’intéresse de près à l’espace méditerranéen. Une réflexion sera menée autour du devenir de ce territoire, de la question des frontières et finalement de ce que veut dire « qu’être humain » en ce 21ème siècle.

Palais du grand large

Comme chaque année, de nombreux éditeurs et libraires sont là pour vous accueillir ainsi que des écrivains venus des quatre coins du monde comme Lola Lafon, James McBride, Yann Moix, Russell Banks, Kamel Daoul, Mona Ozouf, Raphaël Glucksmann, Pascal Blanchard, Patrick Boucheron, Simone Schwarz-Bart, Érik Orsenna, Patrick Rambaud, Henriette Walter, Shumona Sinha, Tahar Ben Jelloun, Luis Sepúlveda, Antoine Bello, Bernard Chambaz, Cédric Gras, Laurent Gaudé, Marcus Malte, Tanguy Viel, Sylvain Tesson ou encore Jo Witek. Vous pouvez retrouver la liste dans son intégralité ici.

Quatre rencontres Babelio

Le voyage, vu par Négar Djavadi :

Parmi les nombreuses rencontres qui se tiendront durant ces trois jours, quatre sont animées par l’équipe de Babelio.

  • Samedi 3 juin, à 14h au Nouveau monde : Humeurs noires

Cette première rencontre réunit deux auteurs de romans noirs : Luis Sepúlveda, qui a récemment publié La fin de l’histoire, et Antonin Varenne qui nous invite à le suivre jusqu’en Equateur. Leur point commun ? Aucun des deux ne nous destinent à un avenir radieux… Mais qu’en est-il vraiment ?

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  • Dimanche 4 juin, à 10h15 à l’Hôtel de l’Univers :  Dans quelle France on vit ?

Le philosophe et sociologue Edgar Morin, à qui l’on doit Connaissance, ignorance, mystère, sera aux côtés de la reporter de guerre Anne Nivat qui vient de nous livrer son enquête-vérité Dans quelle France on vit.

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  • Dimanche 4 juin, à 15h45 à l’Ecole Nationale Supérieure Maritime : Chroniques vagabondes

Trois auteurs explorateurs seront réunis autour de Pierre Josse et ses Chroniques vagabondes pour nous faire partager leur carnet de route : Anne Vallaeys et ses Hautes solitudes, Alexandre Trudeau tel Un barbare en Chine nouvelle et Sylvain Tesson qui nous livre sa géographie dans Une très légère oscillation.

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  • Lundi 5 juin, à 10h à l’Hôtel de l’Univers : Voyage en littérature

Cette dernière rencontre convie Gilles Lapouge qui nous invite à relire Maupassant, le sergent Bourgogne et Marguerite Duras, Anna Moï que l’on suit aux confins de l’Asie dans son dernier livre Le venin du papillon ainsi que Azad Ziya Eren qui nous présente Tout un monde.

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Les temps forts du festival

S’il existe beaucoup de façons de voyager, la meilleure est peut-être de se perdre dans les bulles de l’exposition « Voyager à dess(e)in » qui réunit 120 planches de six dessinateurs qui, à leur manière, nous donnent chacun le goût d’ailleurs : Hervé TanquerelleJean-Denis PendanxChristophe MerlinMichèle StandjofskiPhicil et Benjamin Bachelier.

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Étonnants voyageurs, c’est aussi la destination des passionnés de l’imaginaire. Nicolas Fructus y posera ses valises le temps d’une exposition autour de son livre Gotland, dans lequel il rend hommage à l’univers d’H.P. Lovecraft. Une vingtaine d’originaux vous plongeront dans l’esprit de ce maître de l’épouvante, qui fera d’ailleurs l’objet d’une rencontre orchestrée par François Bon et d’un film Le cas Howard Phillips Lovecraft par Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic.

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Outre la littérature et le Salon du livre où vous retrouverez les fameux cartons orange Babelio, le festival fait aussi la part belle au cinéma et à l’image. Une fois n’est pas coutume, les œuvres documentaires sont cette année à l’honneur. Que vous souhaitiez vous envoler au Nicaragua aux côtés d’Antoine de Maximy ou retourner sur les lieux où a vécu Jack London, il y aura forcément une projection pour vous. Des expositions photos se tiendront aussi au cœur de l’événement, parmi lesquelles l’une sera dédiée à Sarah Moon.

Les interviews

Comme chaque année, Babelio s’est armé de son carnet de notes pour aller rencontrer des auteurs présents sur le festival.

Découvrez les interviews du festival :

AVT_Antoine-Bello_8137Antoine Bello 

« L’homme qui s’envola raconte l’histoire de Walker, un homme à qui tout réussit, mais qui choisit de mettre en scène sa mort pour échapper à un quotidien qui l’emprisonne. Comment sont nés ce personnage et cette histoire ?

De mon expérience personnelle. Je vis toute tentative d’appropriation de mon temps comme un viol. Je me méfie des prétendus devoirs que l’on aurait envers sa famille, ses amis, ses relations, les inconnus. Walker a encaissé ces brimades pendant des années, jusqu’au jour où elles lui sont devenues intolérables. Il ne part pas par caprice, mais pour sauver sa peau. »

Chateaureynaud-Georges-OlivierGeorges-Olivier Châteaureynaud 

Le roman raconte l’été de la majorité d’Aymon, un jeune parisien en quête d’aventure. Comment vous est venue l’envie de raconter un été adolescent ? Y a-t-il une part autobiographique dans cette histoire?

Pas tout à fait sa majorité : en 1965, on était majeur à 21 ans. Il n’en a que dix-huit… Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman autobiographique, j’ai été moi-même un adolescent, au milieu des années soixante, alors que la vague beatnik arrivait en Europe. La jeunesse de ce temps-là s’est senti des fourmis dans les jambes… Moi aussi.

A la rencontre des membres de Babelio (15)

Avec 450 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Mladoria, inscrite depuis le 18/09/2013

 

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Bibliothèque de Mladoria

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’étais déjà inscrite sur un site communautaire de lecteurs mais l’interface forum ainsi que la lisibilité du site ne me convenait pas. Je suis tombée sur Babelio par le biais de critiques et citations de lecture et ça a de suite été le coup de cœur pour le design, le bordereau rouge bordeaux, le menu très lisible, le renseignement de la bibliothèque hyper simple et l’accessibilité du forum (en bbcode) dans un format que je pratiquais déjà depuis de nombreuses années. J’ai sauté le pas et enregistré l’intégralité de ma bibliothèque. Depuis, je suis devenue accro.

 

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Bibliothèque de Mladoria

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Absolument de tout. Des genres de l’imaginaire très largement représentés (science-fiction, fantastique et fantasy), à la littérature de jeunesse, en passant par les mangas et bandes dessinées. J’aime découvrir des auteurs peu connus et tous les horizons, j’ai un penchant pour la littérature asiatique, néanmoins, même la littérature nordique, française (les classiques de mes années d’étude et des auteurs plus contemporains), américaine (nord et sud), anglaise. Bref j’aime lire de tout. Les genres sur lesquels j’accroche un peu moins sont peut-être la littérature dite « chick-lit », le « bit-lit » et certains best-sellers de littérature générale teintés de trop de romance à mon goût.

 

Vous lisez beaucoup de Fantasy qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

J’ai découvert le genre grâce à Mr Tolkien et son Seigneur des Anneaux alors que j’étais adolescente et depuis je ne me suis plus arrêtée. Les univers, les créatures, la complexité des intrigues, les relations des personnages, l’imagination foisonnante des auteurs me fascine et me happe à chaque lecture. Le seul soucis c’est que je suis une lectrice dissipée et je mets parfois plusieurs mois (voir années) à finir un cycle. Mais j’en redemande quand même.

 

71E-OdfdWoLQuelle est votre première grande découverte littéraire ?

J’ai été très tôt initiée aux contes par ma mère mais s’il s’agit d’une découverte littéraire au sens du premier livre que j’ai pu lire seule et que j’aime particulièrement je pense immédiatement aux Contes de la Rue Broca de Pierre Gripari qui a été pour moi une découverte de la réécriture de contes, genre galvaudé aujourd’hui mais que j’apprécie toujours autant.

 

 

51XR2-4NKHL._SX210_Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

J’en citerais trois, connus de trois façons différentes : La beauté du diable de Radhika JHA, reçu dans le cadre d’une opération Masse critique il y a trois ans et que je ne cesse de conseiller depuis pour sa puissance stylistique et son histoire originale et dramatique qui m’avait émue profondément. Le second est le recueil de nouvelles Serpentine de Mélanie FAZI connue grâce aux membres du club de lecture Imaginaire sur le forum de Babelio. Atypique, dérangeant et délicieusement fantastique ce recueil m’a scotché et permis de découvrir une auteure. Les échanges sur le forum de Babelio permettent des découvertes 51iBJXGmpCL._SX210_parfois fortuites mais très souvent très agréables, tant pour ce qui est des personnes que des œuvres. Et le dernier, Lucie Corvus et Mister Poiscaille, roman jeunesse de Nico BALLY. L’auteur, membre de Babelio, m’a envoyé trois de ses livres dont cette (en)quête palpitante qui m’a fait rire. C’est ça aussi Babelio, la rencontre avec des auteurs de talent, fort sympathiques de surcroît.

 

9782013224116FSQuel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Sans conteste, A la poursuite d’Olympe d’Annie JAY, roman historique jeunesse étudié en 4ème et relu une bonne quinzaine de fois depuis. Il m’a même servi pour m’entraîner à la vitesse de frappe sur clavier à une époque c’est dire si je l’ai parcouru de long en large. Ses personnages m’imprègnent encore aujourd’hui.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? 

Il y a tant de livres que je n’ai pas lus mais je n’ai pas honte car je ne les ai pas ENCORE lus, chaque chose en son temps et chacun son tour.

J’évoquerai donc un classique à côté duquel je suis complètement passé, qui m’a laissée de marbre, où je me suis profondément ennuyée (je m’en excuse pour les adorateurs) mais La nuit des temps de BARJAVEL, eh bien un gros « bof » pour ma part. En amatrice de SF, je m’attendais à plus palpitant mais je l’ai trouvé laborieux, froid et sans intérêt. Néanmoins, je pense que ce livre n’a pas eu besoin de moi pour trouver des défenseurs. Les goûts et les couleurs ça ne s’explique pas.

 

41YGH3845TL._SX195_Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Une pièce de théâtre jeunesse parue à L’école des loisirs il y a 12 ans mais ça n’a pas pris une ride. Pour les amateurs du genre théâtral, la littérature jeunesse recèle des petites pépites telle que Erwin et Grenouille de Bettina WEGENAST. Drôle de conte initiatique aux accents mêlant La belle au bois dormant et Shrek. Désopilant à lire à haute voix.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Majoritairement papier (avec plus de 2000 livres papier dans mes bibliothèques, je ne peux le nier), j’aime l’odeur, le grain, le bruit du papier. Mais aussi liseuse (un peu plus de 300 ebooks) car mes murs ne sont pas extensibles, je partage beaucoup en numérique notamment des séries Young Adult et autres romans (classiques et contemporains), le côté pratique de la liseuse permet de la transporter partout. Généralement, j’ai ma liseuse et mon livre papier du moment dans le sac quand je sors.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

J’aime beaucoup lire en marchant, la lecture en déplacement me convient bien (en train, en voiture (en tant que passagère je précise)). Sinon chez moi, mon endroit préféré est allongée sur le tapis de mon salon avec une tasse de thé à portée de main.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Que d’autres se targuent des pages qu’ils ont écrites ; moi je suis fier de celles que j’ai lues. » Alberto MANGUEL dans son poème « Un lecteur »

 

CVT_La-passe-miroir--Les-fiances-de-lhiver_1267Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Beaucoup de lectures en cours en ce moment. Du coup, je dirai que le prochain livre que je finirai sera sans doute Le premier tome de La passe-miroir de Christelle DABOS, relu et toujours autant adoré.

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Efficace, une critique doit pour moi donner le ressenti de la lecture. On doit sentir la personne qui parle derrière les mots. Pas de résumé de l’intrigue (et surtout pas de la fin) mais quelques mots d’introduction qui donnent envie et un avis sur les aspects du livre. Il m’est arrivé d’apprécier des critiques simplement drôles même si elles n’ont aucun rapport avec le livre parce que certains membres ont de vrais talents d’écrivain. Mais généralement les critiques trop longues me lassent. Concision et passion sont les maîtres mots d’une « bonne » critique sur Babelio, en tout cas ce sont celles que je lis et apprécie le plus.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’ai tant partagé en bientôt 4 ans sur ce site. Un pique-nique sur Paris par une journée de grosse chaleur, des conversations Skype, des mails échangés avec des auteurs, une floppée de messages privés et surtout le forum, ses challenges et ses clubs qui font ma joie chaque jour. Je voudrais en profiter pour faire une petite dédicace aux Dévoileuses du forum qui se reconnaîtront, aux membres du Club imaginaire et à tous les participants des challenges que j’ai pu créer au fil de ces années et à tous celles qui les ont repris après moi et qui m’aident à les maintenir à flots. Merci à tous ses lecteurs avec qui je partage ma passion chaque jour et à Babelio de permettre à de telles expériences de vie d’exister.

 

Merci à Mladoria pour sa participation à l’interview du lecteur du mois !

 

 

 

Visitez le monde merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot

S’ils le connaissaient tous pour ses chroniques dans l’hebdomadaire Le Point ou à travers son émission télévisée Au fil des mots, certains lecteurs de Babelio ont découvert Christophe Ono-dit-Biot écrivain, le 27 avril dernier, dans les locaux de son éditeur Gallimard. Auteur de six romans, il est venu présenter son petit dernier, Croire au merveilleux, à des lecteurs bien curieux de découvrir une nouvelle facette de cette personnalité publique pour les uns, et impatients de retrouver les personnages de Plonger, pour les autres.

« Je veux bien avoir été distrait ces temps-ci, mais je sais que si j’avais croisé cette fille-là dans l’ascenseur ou le hall d’entrée, je m’en serais souvenu. Et puisque je me souviens d’elle, c’est que je l’ai vue ailleurs. » César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu’il ne l’a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu’il n’arrivera pas à rendre heureux l’enfant qu’ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d’auteurs antiques ? D’un Paris meurtri aux rivages solaires de l’Italie en passant par quelques îles proches et lointaines, Croire au merveilleux, en dialogue intime avec Plonger, est l’histoire d’un homme sauvé par son enfance et le pouvoir des mythes. Un homme qui va comprendre qu’il est peut-être temps, enfin, de devenir un père. Et de transmettre ce qu’il a de plus cher.

 

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Vie rêvée

Écrivain oui, mais avant tout adorateur de la fiction, Christophe Ono-dit-Biot préfère inventer des histoires qui jouent avec sa vie en s’y entremêlant : “Je n’aime pas écrire directement à propos de moi, je préfère faire appel à mon imagination comme élément perturbateur tout en m’amusant à glisser des éléments vrais dans mes livres pour inventer « une autre vérité ». Le roman permet cette incursion du réel dans des récits imaginés et par ce biais de convoquer des sensations passées pour pouvoir les revivre. Tout ce que le personnage de César, mon héros, goûte et sent dans mes romans, je l’ai moi-même goûté et senti. C’est le deal entre nous. César, apparu dans mon premier roman « Désagrégé(e) » n’est pas mon double, mais je partage un certain nombre de choses avec lui. Il me permet de me détacher de ma propre biographie tout en exploitant pour mes romans un certain nombre d’événements, obsessions, crises et surprises, de cette biographie. Mais César est autonome. » L’écrivain reconnaît ensuite la vie comme une véritable source d’inspiration, tant il lui est arrivé d’être surpris par ses aléas : “La vie est plus inventive que les romans. Certaines rencontres relèvent parfois de telles coïncidences qu’il m’aurait été impossible, et inutiles de les inventer !”

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Porte ouverte

Plonger, le dernier roman que Christophe Ono-dit-Biot a publié avant Croire au merveilleux raconte la disparition de Paz, la femme de César. La suite de ce roman, l’écrivain ne l’avait pas prévue, mais elle s’est imposée : “Beaucoup de lecteurs m’ont demandé si, dans Plonger, Paz avait prévu de revenir avant que son accident ne l’en empêche. Moi je connaissais la réponse, mais je ne l’avais pas indiquée car je ne veux rien imposer au lecteur, j’aime faire la première partie du chemin et qu’il fasse la seconde et qu’il s’approprie l’histoire. Il se trouve aussi que j’ai une grande tendresse pour mes personnages et particulièrement pour le couple que forment César et Paz, et face à cette question récurrente des lecteurs, je me suis autorisé à retrouver mes personnages : si les lecteurs se posaient cette question, c’est que César se la posait aussi.” Ayant laissé son héros dans un état avancé de désespoir, l’auteur décide alors de l’accompagner dans sa résurrection et dans l’acceptation de son rôle de père. « J’avais envie que César, qui s’en voulait, aille mieux » dit simplement Christophe Ono-dit-Biot à ses lecteurs. « Le sauver, sans doute. Et retrouver aussi ce petit garçon et voir comment ils allaient se débrouiller tous les deux. Inventer un autre personnage de femme aussi, très différent de Paz. »

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Enfance merveilleuse

En amont de l’écriture, longtemps après, en plein milieu… L’idée d’un titre surgit bien souvent lorsque l’on ne s’y attend pas. A Christophe Ono-dit-Biot, il a fallu un lever de soleil en Espagne pour commencer à entrevoir le merveilleux : “Le titre m’est venu à la fin de l’écriture, faisant suite à un précédent titre – que je garderai mystérieux si vous le permettez-  que j’ai gardé pendant toute la rédaction. Croire au merveilleux m’est venu l’été dernier, à l’aube, en pleine séance d’écriture. Plongé dans mes rêveries, j’ai pensé à la notion de croyance qui nous est essentielle, et qui n’est pas forcément liée à une religion particulière. Pour ce qui est du merveilleux, cela fait appel à l’enfance, à notre âge d’or, aux histoires qu’on nous raconte quand on est petit et auxquelles on veut croire. Le merveilleux c’est aussi le fait de croire que la vie peut recommencer après la douleur, c’est l’invention et beauté de la vie, qui m’avait encore une fois frappé dans ce décor matinal, dans les parfums et les lumières de l’aube. La vie est chaotique mais elle est aussi merveilleuse. Elle provoque des sensations, des émois forts et passionnants, véhicule aussi de la beauté qui fait sens. Et même si elle est parfois difficile, elle donne envie de renaître, tous les jours. La possibilité d’une Renaissance, c’est aussi l’un des messages que je souhaite faire passer dans le livre. D’où l’irruption de Nana… ”

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Contes et mythologie

Les références à la mythologie et à ses nombreux contes habitent les romans de Christophe Ono-dit-Biot, dont l’enfance a été bercée par ces histoires fantastiques : “Ces récits m’ont guidé toute mon enfance et en particulier la figure d’Athéna, pour qui j’entretiens une véritable passion ; j’aimerais beaucoup, qu’elle me rende visite, à moi aussi, un jour.” Pour l’écrivain, les mythes, ancrés dans des histoires de famille, de jalousie, de guerre, de désir, d’exploits, de passions amoureuses où les dieux se mêlent aux hommes, sont plus que de simples histoires et jouent un rôle important dans le développement de l’esprit. C’est un instrument de compréhension du monde : “Bien sûr que la mythologie n’est pas réaliste, mais c’est une exceptionnelle grille de lecture des événements qui nous arrivent. Un sens s’y cache. Plusieurs sens, même. C’est de la même manière, il me semble, qu’il faut aborder mon dernier roman. Je suis d’ailleurs un fervent défenseur du grec et du latin à l’école, car ces langues m’ont permis de découvrir des textes incroyables, un certain goût de la liberté et de l’étonnement, et m’ont ouvert un chemin vers la Méditerranée, territoires d’histoires et de sensations fascinantes. Un pur endroit pour aimer l’autre. ”

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Résister au monde

Le sens de l’extraordinaire que les enfants possèdent et qui leur fait la vie si belle ne se perd pas forcément avec le temps, mais se cultive, d’après l’auteur de Croire au merveilleux. La culture nous y aide : “Je souhaite que les gens retrouvent le sens du merveilleux et pour y parvenir, il faut lire des romans, aller au cinéma, au musée… mais aussi être attentif au monde qui nous entoure et qui n’est pas uniquement celui que nous filtrent les chaînes d’info – que je regarde aussi – et leurs nouvelles cauchemardesques. Il faut savoir écouter les autres bruits du monde, écouter les vagues et les oiseaux dans les feuillages, la respiration de l’autre, sentir sur soi la caresse du soleil, cela fait tout autant partie de la vie.” Ses romans, il les écrit et les voit comme des actes de « résistance » même si le mot lui paraît un peu fort  : “Face à la dure réalité que nous infligent les médias, il faut se défendre en se frottant à l’art, sous toutes ses formes, pour convoquer les forces de la vie et s’étonner au permanence. Je crois que la beauté fait sens. Le parcours qu’effectue César dans « Croire au merveilleux » peut se lire comme une célébration de la vie, des territoires de l’ombre à la lumière. Le sang bat à nouveau dans ses artères, réchauffe tout. ”

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Ruptures

Mêler les références de la culture populaire et celles de la culture classique est un jeu auquel Christophe Ono-dit-Biot aime beaucoup se prêter : “J’ai aimé pouvoir placer des calligrammes dans le texte pour dire la joie de ce qui relève d’un simple amusement entre un père et son fils, l’été. J’aime les changements et les ruptures dans les registres, passer de l’évocation d’Ulysse et ses sirènes à un dessin animé regardé par l’enfant, alterner des passages très lyriques et d’autres où l’écriture se fait plus incisive. Notre vie est un perpétuel changement de registre, nous ne sommes pas toujours beaux, bien coiffés et en forme, ce qu’essaient de nous faire croire les publicités. J’avais très envie qu’on ressente ces changements de température dans « Croire au merveilleux », et que mes personnages puissent à la fois se gaver de sucreries dans un Aqualand ultra-contemporain et qu’un peu plus loin on puisse les voir s’émerveiller devant une fresque antique qui a plus de deux millénaires. Pour moi, ces époques communiquent. On peut être de son époque, complètement dans son époque, et aimer se promener dans l’histoire de ceux qui sont venus avant nous, et qui ont parfois réfléchi aux mêmes questions que nous sur l’amour, le couple, le sens de la vie. ”

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Ecriture et cinéma

Les lecteurs de Christophe Ono-dit-Biot soulignent souvent la dimension visuelle de son écriture romanesque, une remarque qui correspond aux envies de l’auteur : “Je vois les scènes de façon très détaillée avant de les écrire. J’aime beaucoup rêvasser et faire renaître en moi des sensations passées. J’ai envie de les faire partager au lecteur. Quand César se baigne en Italie, boit un verre de vin, regarde les citronniers dans la montagne, je veux que le lecteur soit dans les vagues avec lui, boive avec lui, sente le parfum des citrons. Qu’il sente et qu’il voie. C’est l’un des bonheurs de l’écrivain, de faire sentir tout cela à son lecteur, tout en étant l’une des difficultés majeures.” Dès lors, qu’en est-il de l’adaptation de son dernier roman, Plonger ?  “Le film est réalisé par Mélanie Laurent et il sortira  en novembre. Elle avait vraiment bien lu le livre, on était sur la même longueur d’ondes. Parler de transmission était fondamental pour elle. Quelles histoires on laisse à nos enfants ? Je n’ai pas voulu prendre part à l’écriture du scénario mais je me suis tenu à leur disposition. J’avais accès aux différentes étapes du scénario, on discutait, mais je voulais la laisser libre. J’ai hâte que ce film sorte car c’est une vraie réussite à mes yeux. C’est un film très fort, intense. Un vrai film sur l’amour et la liberté, aussi. ”

Retrouvez Croire au merveilleux de Christophe Ono-dit-Biot, publié chez Gallimard.

Découvrez l’Afghanistan aux côtés de Cédric Bannel

Plus qu’un pays, l’Afghanistan est pour Cédric Bannel un véritable coup de coeur qu’il se plait à partager dans Baad, publié en poche chez Points, et sa suite Kaboul Express, publiée chez Robert Laffont. Une trentaine de lecteurs de Babelio ont eu l’occasion de s’entretenir avec l’auteur afin d’en savoir davantage sur ce territoire que l’on ne connaît que trop peu.

Baad

À Kaboul, le Qomaandaan Kandar, ancien sniper de Massoud et patron de la brigade criminelle, enquête sur des meurtres d’enfant.
À Paris, la commissaire Nicole Laguna, chef de la Brigade nationale de Recherche des Fugitifs, est sur la trace de l’inventeur d’une nouvelle drogue de synthèse.
Deux flics qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Et pourtant…

Kaboul Express

Il a tout prévu, tout calculé.
Ça ne peut pas rater. Zwak, afghan, dix-sept ans et l’air d’en avoir treize, un QI de 160, et la rage au coeur depuis que son père a été une « victime collatérale » des Occidentaux. Devant son ordinateur, il a programmé un jeu d’un genre nouveau. Un jeu pour de vrai, avec la France en ligne de mire. Et là-bas, en Syrie, quelqu’un a entendu son appel…
De Kaboul au désert de la mort, des villes syriennes occupées par les fanatiques de l’État islamique à la Turquie et la Roumanie, la commissaire de la DGSI Nicole Laguna et le qomaandaan Kandar, chef de la Crim de Kaboul, traquent Zwak et ses complices.
Contre ceux qui veulent commettre l’indicible, le temps est compté.

Voir l’Afghanistan autrement

Amoureux de l’Afghanistan, Cédric Bannel tenait à inscrire le pays au coeur de ses livres et à le faire découvrir à ses lecteurs : “Je voulais introduire l’Afghanistan plus qu’en simple toile de fond, ce qui permettait d’une part de décupler l’effet dramatique et d’autre part de faire découvrir ce pays aux lecteurs”. Il y a pour l’auteur une véritable dichotomie autour de ce pays qui nous est proche autant qu’il nous est éloigné : “La violence et la façon dont les femmes sont traitées nous sont étrangères mais d’autres comportements sont universels : les femmes se battent aussi pour leurs droits là-bas. Je tenais à amener un niveau de lecture supplémentaire afin que les lecteurs puissent se poser des questions, s’étonner des différences et traiter des thématiques universelles.”

Des rencontres à l’origine des personnages

Les personnages de Cédric Bannel, à commencer par son héros le Qomaandaan Kandar, se sont dessinés au fil de ses échanges avec le peuple afghan : “L’Afghanistan, c’est un pays de rencontres. Elles m’ont inspiré beaucoup de personnages de romans. J’essaie de les fixer dans mes livres mais cela me permet surtout de donner de la vie à mes personnages secondaires. Après tout, on est tous des personnages secondaires dans la vie de quelqu’un. S’inspirer des gens leur donne de la chair, ils ont une vraie vie, on s’y attache. Je les faisais souvent mourir dans mes précédents romans puis j’ai compris qu’ils étaient importants”.

Décrire le vécu

Très attaché au vécu et fin connaisseur du territoire afghan, Cédric Bannel met un point d’honneur à inscrire son récit dans le réel : “Je ne voulais pas écrire d’essai mais décrire du vécu. Tous les paysages que je décris par exemple sont des paysages que j’ai vus. Pour les parcours, c’est beaucoup plus compliqué car pour les faire, il me faudrait des gardes du corps”. Si l’auteur connaît bien le nord du pays, c’est moins le cas du sud-est : “C’est très compliqué d’y accéder, il y a beaucoup de talibans. Mais mes scènes ne prennent place que dans les lieux dans lesquels je suis déjà allé”.

Retour à la normalité

Dès le début, Cédric Bannel avait une vision plutôt claire du personnage de Nicole Laguna, la commissaire parisienne de ses romans : “A travers ce personnage je voulais montrer comment une femme peut devenir une lionne lorsque l’on s’attaque à sa famille. Cela m’a été inspiré par une phrase d’un des romans de Val McDermid : la femelle de l’espèce est toujours plus dangereuse que le mâle. Et puis j’avais envie de créer un personnage côté français”. Loin des clichés, Nicole Laguna s’ancre dans une certaine normalité : “On voit souvent des personnages féminins avec un côté très masculin dans les romans policiers alors que ces femmes ne sont pas du tout dans la caricature en réalité. Ce sont des personnes parfaitement normales et je voulais donner à Nicole cette normalité. C’est pourquoi son mari est professeur par exemple.”

Polar made in France

Pour Cédric Bannel, le polar français doit se distinguer des modèles nordiques ou anglo-saxons : “Je pense que le polar français doit amener quelque chose en plus. On doit déjà amener le respect des autres cultures, on a tout de même un ministère de la Culture ce que d’autres pays n’ont pas. Le polar à la française en 2017, pour moi, ce doit être autre chose que Maigret : il faut y amener de l’aventure, du réel. On ne doit pas avoir une vision uniquement anglo-saxonne des choses.”

Raconter la menace

Si ses romans sont parfois source d’angoisse pour les lecteurs, en particulier lorsqu’ils évoquent des attentats, ils n’en restent pas moins de purs thrillers pour l’écrivain : “Tous les parents du monde craignent que leurs enfants soient enlevés mais on continue d’écrire des thrillers dessus. Là c’est pareil, on sait que tout cela peut arriver. Aujourd’hui, il y a quand même eu beaucoup d’attentats arrêtés. La menace évolue, nos vies évoluent, pourquoi ne devrait-on pas le raconter ?”

Et la suite ?

L’auteur le confirme : son prochain livre sera définitivement plus afghan que Kaboul Express, qui était “un peu une parenthèse vis à vis de l’actualité”. Cédric Bannel a d’ailleurs vocation à faire de ses deux enquêteurs les héros d’une longue série : “L’homme de Kaboul est plus qu’une trilogie. J’ai envie de continuer la série, comme les auteurs qui écrivent en Laponie !”

Découvrez Baad chez Points et Kaboul Express chez Robert Laffont de Cédric Bannel.

Dans les coulisses de la PJ avec Hervé Jourdain

Le quotidien et le fonctionnement de la police judiciaire relèvent du mystère pour le commun des mortels. Par chance, le mardi 2 mai dernier, Hervé Jourdain, l’auteur de Femme sur écoute, publié chez Fleuve éditions, a décidé de faire pénétrer une trentaine de lecteurs Babelio dans les coulisses de cette institution aux secrets bien gardés. Attention, document confidentiel…  

Manon est strip-teaseuse et escort girl dans le quartier du Triangle d’or à Paris. Elle vit avec sa soeur, étudiante en philo, et le bébé qu’elle a eu avec Bison, incarcéré en préventive pour un braquage raté. Manon ne mène qu’une bataille, celle de son avenir. Le plan : racheter une boutique sur les Champs-Élysées et par la même occasion, sa respectabilité. Mais ça, c’était avant qu’on pirate sa vie.

Pôle judiciaire des Batignolles. Les enquêteurs de la brigade criminelle, tout juste délogés du légendaire 36 quai des Orfèvres pour un nouveau cadre aseptisé, s’escriment à comprendre pourquoi chacune des enquêtes en cours fuite dans la presse. Compostel et Kaminski sont à la tête d’une jeune garde, qu’a récemment rejointe Lola Rivière. Absences répétées, justifications aux motifs évasifs… La réputation de l’experte en cybercriminalité n’est pas brillante. Compostel a malgré tout décidé de lui accorder sa confiance en lui remettant pour dissection l’ordinateur de son fils, suicidé trois ans plus tôt.
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Une famille qui déménage

Après 15 ans de service au sein de la police judiciaire, Hervé Jourdain considère l’institution comme sa deuxième famille : “Je suis très attaché à la police judiciaire ; après y avoir passé 4 ans à la brigade des mineurs et près de 10 ans à la criminelle. Elle est devenue une véritable famille pour moi et c’est donc un grand moment que son déménagement du mythique 36 Quai des Orfèvres vers le 36 rue du Bastion. En tant que policier, je voulais être l’un des premiers à mettre en scène ce nouveau lieu de façon réaliste. J’ai évidemment pris un risque, puisque j’ai écrit le roman il y a un an et jusqu’à il y a à peine un mois, on parlait encore de repousser le déménagement d’un an.”  

Grâce à son ancienneté, l’écrivain a pu accéder à de nombreux documents confidentiels, lui permettant de décrire les nouveaux quartiers de la police parisienne dans les moindres détails : “Mes descriptions sont à 90% exactes. J’ai évidemment dû prendre un peu d’avance sur certains aspects, comme l’ouverture des portes par reconnaissance digitale, mais globalement, c’est très proche de la réalité.”

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Sur écoute

Les écoutes téléphoniques gardent un fonctionnement relativement flou aux yeux du public et c’est ce qui a poussé Hervé Jourdain à les placer au coeur de son roman : “Tout a commencé avec l’envie de travailler autour des écoutes, il y a 5 ans. Je n’avais encore jamais lu de retranscriptions de cette nature dans un polar et c’est ce qui m’a poussé à me lancer. Il s’agit d’objets amusants, à la frontière entre l’oral et l’écrit. Bien sûr, il y a eu un énorme travail de nettoyage, car bruts, ces documents sont très difficiles à lire.” Inspiré par plusieurs écoutes auxquelles il a été confronté en exerçant son métier, l’écrivain décide d’en faire un scénario. Envoyé à plusieurs boîtes de productions, il est cependant systématiquement refusé : “Le manipulateur qui écoute les bandes, a un statut bien particulier dans mon récit et cela ne collait pas avec la télévision. Face à ces échecs, j’ai décidé de reprendre mon idée, il y a un an et demi, et d’en faire un roman, en mêlant à mon intrigue, à la fois le déménagement de la police judiciaire et les élections présidentielles françaises, afin d’y ajouter une dimension politique.”

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Travail d’enquête

Intéressé par les débats autour de la sécurité, Hervé Jourdain a choisi d’utiliser le contexte politique pour poser des questions : “J’ai cherché à opposer la droite dure, qui se positionne comme hautement sécuritaire et la gauche, dite bien plus angélique à ce sujet. L’idée n’était pas du tout d’inquiéter les gens mais plutôt de décrire, d’une façon réaliste, comment ce questionnement autour de la sécurité est vécu au sein de la police avec l’émergence des agences de sécurité et la politisation de cette thématique devenue centrale dans le débat public. Pour être crédible, je suis allé à la pêche aux anecdotes et je m’en suis inspiré pour créer des histoires. L’écrivain est une sorte d’enquêteur dans son travail de préparation. J’ai également beaucoup consulté internet, où l’on trouve beaucoup de renseignements assez fiables sur le sujet.”
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Écriture et liberté

Lorsqu’un policier se lance dans l’écriture d’un roman, on imagine bien qu’il n’est pas totalement libre de ses propos. Pour publier Femme sur écoute, Hervé Jourdain a, comme toutes les autres fois, dû promettre de ne pas abuser de sa position : “Les policiers sont tenus d’informer leur hiérarchie de ce genre de démarche. Ils doivent également certifier par écrit, que le roman ne portera pas préjudice à l’institution judiciaire, ni la tourner en dérision. Ces restrictions  n’empêchent bien sûr pas de faire passer des messages.” Face à ces règles strictes, le temps est un bon remède : “Lorsque j’ai reçu le prix littéraire Quai des Orfèvres, j’ai fortement gagné en liberté de parole. La liberté n’est pas un dû au sein de la police car l’on est très souvent soumis au secret. Ce prix m’a permis de me légitimer et de me permettre de publier des ouvrages comme Femme sur écoute, un peu plus politique que les précédents. J’avoue m’être un peu lâché sur celui-ci.”

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Une réalité romancée

La dimension humaine est au cœur du travail de policier, si l’on en croit les dires d’Hervé Jourdain : “Je tenais à mettre en avant la relation forte qui existe entre les policiers. Je parlais plus tôt de famille et c’est exactement ainsi que je considère la police. Il était important pour moi de montrer au public toute cette palette de personnages, certains sympathiques, discrets, d’autres plus durs, que je côtoie chaque jour. De plus il nous arrive de fonctionner en binôme sur des affaires précises. La relation qui se forme alors est très forte ; avoir travaillé en duo avec une autre enquêtrice a été l’une de mes meilleures expériences professionnelles jusqu’à aujourd’hui.”

Bien sûr, s’il veut montrer la police comme elle est, l’écrivain doit également déformer la réalité afin d’emporter le lecteur : “J’écris de façon réaliste mais je dois également savoir rompre avec le réel, inventer des faiblesses chez mes personnages pour créer des rebondissements à mon histoire. Dans la vraie vie, un policier ne se retrouve jamais seul. Si cela arrive dans mes romans, c’est uniquement pour servir l’intrigue. Sans défauts, mes romans ressembleraient davantage à des documentaires et perdraient en intérêt.”

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Sous terre

Si tout le monde connaît l’existence des catacombes de Paris, peu nombreux sont ceux à en avoir visité les parties fermées au public. Comme pour les autres lieux évoqués dans son roman, Hervé Jourdain a pris soin de s’y rendre pour gagner en  réalisme : “Les catacombes fermées au public sont gérées par des cataphiles, un réseau de policiers qui en ont la charge sur leur temps libre. J’ai eu la chance de pouvoir les visiter en rentrant par les égouts dans le XVe arrondissement. Nous avons progressé dans l’eau, en rampant dans le sable, nous avons pu voir des abris créés à l’époque pour protéger le maréchal Pétain. Les souterrains de Paris sont passionnants !”

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Naissance d’une vocation

Si Hervé Jourdain entretient un rapport viscéral à son métier, c’est après avoir découvert les écrits de Thierry Jonquet qu’il a décidé de se lancer dans l’écriture : “J’ai lu Moloch et plus tard Les Orpailleurs. C’était là le premier contact que j’avais avec la littérature policière. J’ai beaucoup apprécié de voir mise en scène la brigade des mineurs, d’une façon hyper réaliste. C’est l’écriture de Thierry Jonquet et sa haute fidélité à notre métier qui m’ont donné envie d’écrire à mon tour.”

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Découvrez Femme sur écoute d’Hervé Jourdain, publié chez Fleuve éditions

Crédit photo : Steve Wells