Sandrine Catalan-Massé explique que l’agoraphobie n’est pas une maladie irrémédiable dans son premier roman

Il y a quelques jours, l’auteure Sandrine Catalan-Massé est venue rencontrer une trentaine de lecteurs dans les locaux de Babelio pour présenter son premier roman Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que toi ! publié aux éditions Eyrolles en mars dernier. C’est l’histoire de Stella, femme agoraphobe dont le mari un jour disparaît. Elle qui était totalement dépendante de son mari va devoir apprendre à vivre seule et à affronter le monde extérieur.

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Une maladie commune et peu reconnue

L’écrivaine, également journaliste spécialisée en psychologie depuis plus de vingt ans, a fait le choix d’écrire sur une maladie  très commune qui peut toucher chacun d’entre nous à un moment de la vie. Elle a voulu aussi créer un personnage bloqué par sa peur d’autrui : « Je voulais trouver un frein à tous les désirs de Stella, donc j’ai pensé que l’agoraphobie était une bonne idée ». Pour l’auteure, qui n’est pas atteinte d’agoraphobie, ce n’est pas la maladie en elle-même qui l’intéressait mais le personnage de son héroïne Stella qui ne sort pas de sa zone de confort. L’affubler de cette maladie qui l’empêche de vivre véritablement était un prétexte narratif.

Ses connaissances sur la maladie, elle les doit à son expérience de journaliste durant laquelle elle a pu rencontrer de nombreux psychologues et psychiatres avec qui elle a appris à comprendre l’agoraphobie. Sandrine Catalan-Massé a effectué très peu de recherches, sinon en regardant comment un agoraphobe pouvait se comporter en pleine crise.

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Un renouveau

Pourquoi une journaliste a-t-elle choisi la forme du roman, de la fiction, pour aborder les thèmes de l’ouvrage ? Sandrine Catalan-Massé l’explique par le fait d’avoir ressenti une forme de limite à son premier métier de journaliste. Après avoir écrit de nombreux articles mais aussi des guides, elle a par la suite réfléchi à plusieurs idées de romans. Plusieurs thèmes, tous plus ou moins liés à la psychologie, l’intéressaient mais c’est finalement autour de ce personnage de Stella qu’elle s’est focalisée en se donnant six mois pour écrire l’oeuvre finale. Elle a découvert alors une véritable liberté d’écrivain impensable pour la journaliste qu’elle était : « Ce fut une merveilleuse période. Quitter un cadre strict pour vadrouiller partout et noter pleins d’idées ! ».

La part de Stella dans l’écrivaine

Dès le départ, l’auteure savait que son personnage principal allait s’accomplir, mais n’avait pas décidé par quel chemin cet accomplissement s’effectuerait et quels personnages elle allait croiser sur sa route. Afin de structurer son histoire, elle a commencé à rédiger un plan. Assez vite, le choix de la première personne s’est imposé. « Stella, ce n’est pas totalement moi même si je me reconnais peut-être un peu dans son caractère. Si j’ai choisi la première personne, au risque que les lecteurs me confondent avec Stella, c’est aussi sur les conseils d’une amie également écrivain et journaliste qui me disait également qu’il était important de partir de ce que je connaissais ». Un conseil judicieux : « j’ai immédiatement trouvé la voix de Stella et ai adoré la faire déambuler dans ma ville : Montpellier ».

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Un roman ou un guide ?

Plusieurs lecteurs ont remarqué que le roman se rapprochait du guide mais l’auteure dénie : « pour moi, c’était un roman au départ, et ça devait le rester. » De fait, Stella n’a elle-même pas de guide dans le récit, à part un psychologue qui ne paraît pas réellement bénéfique pour la jeune femme. « Stella, la solution est en elle. Elle est arrivée à un moment de sa vie où elle n’a plus besoin de son mari, de cette zone de confort. Son mari va lui donner le coup de pouce en la quittant ».

Le choix d’une maison d’édition

Les éditions Eyrolles ont été d’un grand soutien pour Sandrine Catalan-Massé et ont joué un grand rôle dans l’écriture de son roman et le développement de ses personnages. Par exemple, le personnage de Djamila n’était pas présent au début et est apparu sous les conseils de son éditrice. « J’ai envoyé des manuscrits à trente éditeurs et obtenu trois réponses positives. J’ai choisi les éditions Eyrolles car les éditrices me parlaient de mes personnages d’une manière incroyable et cela m’a donné sur eux un nouveau regard. »

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Les questions de la vie en couple

Pour l’auteure, le mari est une certaine forme de critique du couple et de la dépendance dans son roman. Elle montre l’image d’un couple qui essaie de durer mais explique que cela est possible à la condition de ne pas rester collé tout le temps, comme le sont Stella et son mari César. « On peut être fusionnels, mais quand on fait tout et toujours les mêmes choses, quelque chose va se briser. » Un lecteur suppute que l’éclatement du couple de Stella est de la faute de la mère, très présente. L’auteure ne confirme pas, mais n’est pas si loin de le penser également : « On comprend d’où viennent tous ces symptômes avec une mère comme celle-ci ! ».

Des projets futurs

A la question d’une suite à son roman, Sandrine Catalan-Massé répond qu’elle n’en a pas pour le moment.  « Stella m’accompagne depuis deux ans, mais pour le moment, je veux qu’elle ne vive que cela. On verra plus tard… ».

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Concernant des projets de nouveaux romans, l’écrivaine en a plusieurs sous la main. Elle souhaite se remettre à écrire bientôt et chérirait même de tenter l’aventure du polar « ce ne sera pas le prochain, mais j’aimerais beaucoup écrire un roman policier. » Pour l’auteure, l’écriture est libérateur et elle a dû vivre des échecs personnels et professionnels pour en arriver là. « Je veux aussi faire du bien aux gens ».

En attendant, si vous ne l’avez pas encore lu, découvrez son roman Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que toi !, publié aux éditions Eyrolles. Le livre n’attend plus que vous !

 

A la rencontre des membres de Babelio (25)

Avec plus de 600 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Et en ce mois de mai 2018, le voyage est à l’honneur sur Babelio, à l’occasion du festival Etonnants Voyageurs qui se tiendra à Saint-Malo du 19 au 21 mai. Nous avons cette fois choisi de donner la parole à l’un de ses nombreux voyageurs immobiles, qui n’ont pas l’occasion d’explorer le monde autant qu’ils le voudraient, et qui s’évadent à l’année en lisant.

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Rencontre avec le_Bison, inscrit depuis le 27 janvier 2012.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

Si je dis « je ne sais plus »… c’est que j’ai l’impression de l’avoir toujours connu. Non, je crois que si je rassemble mes souvenirs, j’ai dû lire sur un blog que l’on pouvait avoir des livres gratuits, j’ai compris qu’il s’agissait des opérations Masse Critique. Non, l’intérêt principal fut d’avoir facilement une bibliothèque en ligne, consultable n’importe où, du moment que le réseau fonctionne… Et se prendre par la suite au jeu de lire les critiques des autres, d’ajouter des livres à son pense-bête, des critiques et des tas de citations pour guider ou faire réagir le lecteur ou la lectrice…

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Il doit y avoir un peu de tout… Mais en règle générale, essentiellement de la littérature moderne. Peu de classiques, cependant… j’ai du mal à me passionner pour les vieux écrits bien que je ne leur porte aucun préjugé. Mais je suis dans le contemporain. Beaucoup de littérature japonaise, américaine et sud-américaine. Un peu de polar, de temps en temps. Seuls absents, les essais et la science-fiction dont je suis totalement ignare – malheureusement – dans ce domaine.  Autre oublié, les romans historiques. Mais de toujours, j’ai préféré la géographie à l’histoire, alors cela se ressent forcément dans mes lectures.

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Vous lisez beaucoup de récits de voyage et de littérature du monde. Comment y êtes-vous venu ? Qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

Pour moi, la littérature est synonyme de voyage. Je lis pour voyager. Et plus je lis, plus je voyage. C’est moins cher qu’un billet d’avion, même si le dépaysement est un peu moindre. C’est surtout cela que je recherche, m’imaginer dans un autre monde, une lointaine contrée, seul ou accompagné, avec un verre de la boisson du cru. Lire c’est voir le monde, et ainsi découvrir des gens, des cultures, des paysages. Lire, c’est partir en vacances juste en tournant des pages.

Si tu me parles de récits de voyage, je te refais aussitôt la route de la soie avec la longue marche de Bernard Ollivier. Sa trilogie représente tout ce que j’aimerais être. Quelqu’un qui voyage et qui part à la rencontre des autres. Je sais que cela ne sera jamais le cas. Alors, je garde en mémoire ses rencontres.

Quelle contrée littéraire n’avez-vous pas explorée jusque-là ? Un pays, une région du monde, une culture que vous aimeriez découvrir à travers l’écrit ?

camaraJe crois que je ne suis jamais allé au Luxembourg. Mais d’ailleurs, est-ce qu’il a des auteurs luxembourgeois qui conjuguent autant avec les livres de comptes qu’avec les livres de littérature ? J’aime beaucoup l’Afrique. Énormément, même. Mais je ne connais pas trop ses auteurs, ses contes, ses récits qui doivent mêler musique et sueur, sourire et noirceur. L’Afrique noire, je dois m’y pencher plus, et Babelio aura certainement des choix littéraires à me proposer. J’ai en souvenir un fabuleux roman de l’Ivoirien Camara Nangala, Le Printemps de la liberté. Voilà exactement ce que je peux chercher dans la littérature africaine, avec aussi la truculence et le soleil d’un Alain Mabanckou.


Que lisez-vous, quand vous voyagez ?

Je voyage tous les jours sur la ligne 13. A travers les livres, les odeurs de transpiration, les aérations des quais de métro parfumés à l’urine. C’est tout un monde souterrain qui s’ouvre lorsque je sors mon livre, et là mon esprit s’envole de la rame de métro. Je m’évade de ces vapeurs pour découvrir de nouveaux parfums, d’aventure, d’amour et de passion, ou de frisson.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Le Bison et PaulJ ‘étais sur un quai de bateau, faire mon quart, minuit-4h, heures solitaires dans ma guérite, un pompon rouge sur la tête, je faisais mon service militaire et lorsque je descendais du bateau pour prendre mon service le long du quai, j’avais emporté dans ma poche mon premier Actes Sud Babel. Un livre que j’avais choisi presqu’au hasard la veille. Et là, ce fut le choc. C’est à partir de ce roman que je suis devenu un véritable lecteur, qui maintenant ne sort jamais sans son livre. Ce fut aussi le début d’une immense passion pour cet auteur, et pour la littérature américaine. Depuis, j’ai dû tout lire ou presque. Je l’ai relu. J’en relirai d’autres aussi. Mais sans ce roman, sans cet auteur, il n’y aurait probablement jamais eu de bison ici. Certains diront, dommage, l’on aurait pu s’en passer…

Voilà, c’était ma grande découverte. Paul Auster, la Trilogie new-yorkaise.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Avec le temps, difficile de dire si j’ai découvert un auteur par hasard ou par Babelio. Quoique, c’est au final un peu pareil, juste le destin d’une rencontre entre un auteur et un lecteur. Peu importe les intermédiaires. En y réfléchissant, je me souviens de quelques sublimes Masse Critique reçues. Et parmi celles-ci, il y a eu Tous les diamants du ciel de Claro. Depuis, je suis à la recherche de tout, ses romans et ses traductions aussi qui tournent souvent autour de la littérature américaine déjantée que j’apprécie éternellement. Comme quoi les diamants sont éternels. Tiens, « Lucy in th sky » passe à la radio…

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

J’ai tellement de livres en attente que j’ai arrêté de relire les anciens, même si je me les garde pour les vieux jours. Cependant, je ne vais pas t’en citer un mais trois. Trois, parce que de mémoire, je les ai lus chacun trois fois.

On peut donc dire que ces trois livres-là ont une histoire particulière avec le bison-lecteur. Et une saveur de nostalgie, de mélancolie et de bonheur quand je me les remémore en tête.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Il y en a un auquel j’ai toujours eu peur de m’atteler. Cette peur de la déception. J’ai toujours pensé que ce roman devait faire partie de moi, mais j’ai toujours cette crainte de ne pas l’apprécier à sa juste valeur. Peut-être qu’un jour, j’oserai franchir ce pas, en ouvrant ce livre. Peut-être qu’un jour, je me dirai que j’ai été trop con d’avoir tant attendu avant d’oser plonger dans ce chef-d’œuvre. Peut-être… mais en attendant, aujourd’hui, celui que j’ai honte d’avouer de n’avoir pas lu, c’est Sur la route de Jack Kerouac.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

A partir de combien de lecteurs, peut-on qualifier la perle de méconnue ? Et comme je ne suis pas avare en découvertes, je vais mettre à l’honneur deux romans dans mes domaines de prédilections, la littérature américaine et la littérature japonaise.

William T. Vollmann, La Famille royale, 125 lecteurs sur Babelio, mais seulement 3 critiques, dont la plus célèbre, celle d’un tout jeune bison à l’époque. L’histoire d’un privé neurasthénique à la recherche de la glorieuse « reine des putes ». Plus qu’une histoire policière, c’est une descente dans les rues de San Francisco, au plus profond du cœur de ville, de ses taudis et de ses caniveaux. On ne peut pas tomber plus bas… Mais quelle plume ! La nouvelle bible de San Francisco. Indispensable !

Ayako Miura, Au col du mont Shiokari, 51 lecteurs sur Babelio.  Seul roman de l’auteure japonaise traduit. Sans trop en dire, il est question de spiritualité et de foi chrétienne sur les terres nippones. Un roman qui amène des réflexions sur sa propre foi et sur la spiritualité en général. L’abandon de soi, avec un livre et un verre, il ne devrait y avoir que ça pour définir l’âme humaine.

Tablette, liseuse ou papier ?

J’ai essayé de lire sur une tablette, deux ou trois romans, mais j’ai eu quand même du mal pour m’accrocher à l’histoire. J’ai besoin de tourner les pages. J’ai besoin de sentir le papier, de respirer l’encre ou l’odeur de cigarette de ces vieux livres jaunis que l’on trouve parfois chez les bouquinistes. Et j’aime tant me balader au milieu des étals de livres, ce que le format dématérialisé ne peut me proposer.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

L’été, deux arbres, un hamac. Une petite brise pour me bercer, quelques bruits d’oiseaux – chut, ils sont quand même dérangeants ces oiseaux –, une bière à mes pieds, et un livre. Je me balance, tourne les pages. C’est un peu le paradis. Mais attention à l’endormissement. Pas grave, je lirai mieux cette nuit.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Ma préférée, que je conserve au fond de moi comme un fétichiste garde les petites culottes de ses « victimes », est signée Charles Bukowski :

« Qu’il me pique ma femme si ça lui chante, mais pas touche à mon whisky ! »

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

J’ai toujours trois ou quatre choix qui me viennent spontanément à l’esprit. Le choix définitif se fera au dernier moment. Mais, pour raison professionnelle, je vais pas mal prendre le train ce mois-ci, cela me semble le moment idéal d’attaquer le pavé de 1016 pages du dernier Paul Auster, 4 3 2 1.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Je n’aime pas les critiques un peu trop classiques ou scolaires. Je n’ai même pas envie de lire les résumés. Ce que je cherche avant tout dans une critique, c’est l’âme de celui qui a écrit cette critique – d’ailleurs, je parle plus volontiers de chroniques parce que peu importe si le membre de Babelio critique ou pas le roman j’ai envie juste qu’il y mette sa sueur, son sang, son sperme pourquoi pas. Qu’il me fasse vivre à travers son petit billet. Et si je vis, j’ai envie de découvrir le roman en question.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

les hommesMa plus grande fierté peut-être depuis que je suis membre. Un jour, dans une petite boutique d’occasion, je tombe sur un livre, auteur pas connu, un titre bien étrange et je me dis « pourquoi pas ». Et là, ce fut un moment sublime, magique, une plume d’un onirisme rêveur. C’est dire… Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Je me dois de lui écrire un petit billet, sachant que je ne serai jamais à la hauteur de l’auteur. 5 étoiles, c’est le minimum, mais avec mes mots j’essaie d’en ajouter encore plus.

Et puis, après, une membre l’a lu suite à ma chronique. Elle a aussi très bien aimé. Ouf, je ne me suis pas trompé. Puis une deuxième membre. Idem. Et encore une troisième. Je le savais. Ce roman est magnifique. Et me dire que j’ai pu modestement contribuer à promouvoir cette plume – je crois que pour le moment c’est toujours son seul roman traduit –, ça me  donne des frétillements dans les tripes. Parce que ce livre a du cœur, de l’âme et de la poésie.

Pour ceux que cela intéresse, il s’agit de Les hommes n’appartiennent pas au ciel de Nuno Camarneiro. Ma plus belle fierté en tant que chroniqueur sur Babelio.

Merci au Bison pour ses réponses !

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Mélanie Taquet, sous le soleil de Florence

Après avoir remporté un franc succès d’autoédition en 2017 avec Une vita pas si dolce en ayant distribué pas moins de 4500 exemplaires en quelques mois, Mélanie Taquet arrive en librairie cette fois sous l’égide des éditions Eyrolles. Légèrement retravaillé, ce même texte est désormais publié depuis février 2018 sous le titre de Reste aussi longtemps que tu voudras. Mélanie Taquet s’est rendue dans nos locaux il y a quelques jours pour nous en dire davantage sur ce succès d’édition mais aussi pour répondre aux questions des 30 lecteurs Babelio spécialement présents pour l’occasion.

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« Nina a quitté Paris sur un coup de tête pour venir s’installer dans ce bed & breakfast du centre de Florence, tenu par son amie de toujours, Hannah. Mais les retrouvailles des deux femmes ne sont pas à la hauteur de leurs espérances : Hannah est aux prises avec sa sorcière de belle-mère et ses problèmes de couple ; quant à Nina, elle refuse d’expliquer les raisons de sa venue et semble fuir la réalité, préférant se laisser distraire par les délices florentins au bras de Marco, un Napolitain pensionnaire du bed & breakfast. Pourquoi Nina a-t-elle quitté la France aussi subitement ? Quels secrets tente-t-elle de dissimuler ? Sous le soleil de Florence, les parts d’ombre et de lumière de chacun se révèlent tour à tour. »

Une aventure éditoriale

Avant d’aborder plus en détails le premier roman de Mélanie Taquet et toutes les questions soulevées dans l’esprit des lecteurs durant leur découverte de cette histoire, la rencontre s’est ouverte sur une question au sujet du parcours éditorial de ce roman, un parcours débuté avec l’autoédition. « Comme beaucoup de personnes aujourd’hui, j’ai publié cette histoire qui me tenait à cœur grâce à l’autoédition. Je voulais vraiment partager ces écrits avec mes proches, ma famille et mes amis les plus intimes. De fil en aiguille, j’ai participé à un concours organisé par Librinova et qui permettait au vainqueur de faire ensuite publier son livre par un éditeur reconnu en profitant de l’accompagnement d’un agent. A ma grande surprise, le livre s’est très bien vendu, j’ai pu compter sur le soutien de très nombreux lecteurs et lectrices qui m’ont grandement aidée à remporter ce concours. Un incroyable succès pour enfin être contactée par les éditions Eyrolles par l’intermédiaire de mon nouvel agent. On a alors restructuré, avec les équipes de la maison d’édition, quelques points de l’histoire, remodelé différents chapitres mais globalement le roman est resté le même. Jusqu’à cette nouvelle édition que vous avez entre vos mains ! »2.png

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Incontournable pivot du roman de Mélanie Taquet, la belle ville de Florence trouve toute son importance dans l’inspiration initiale de l’auteure : « J’ai commencé à écrire ce roman quand j’habitais à Florence, après avoir quitté la France pour diverses raisons. C’est une ville qui m’a véritablement murmurée des choses. J’ai mis cinq ans à construire mon histoire, un peu en dilettante. Je menais en effet différents projets de front, professionnellement comme personnellement. Ma véritable envie était de raconter Florence, de la poser en mots. C’est une ville qui m’a énormément inspirée. Ensuite, j’ai eu envie de tisser toute une histoire qui aurait cette magnifique ville pour cadre. Voilà, très brièvement, comment est né ce roman. »

 

Un patchwork de personnages et de situations

Point fort du roman, souvent souligné par les lecteurs durant la rencontre : cette envie de Mélanie Taquet de mêler plusieurs personnages et plusieurs situations dans une même histoire. D’abord pour le personnage de Mina, au centre de l’échiquier, mais aussi pour son vécu, ses péripéties et rencontres à venir, Mélanie Taquet semble s’être amusée à réaliser ce véritable patchwork tout au long de l’écriture de son roman : « Le personnage de Mina était central, indispensable. Je savais que je voulais raconter son histoire, mais aussi lui laisser cette liberté d’évoluer librement sous ma plume. Petit à petit les autres personnages ont pris chair, ont pris forme pour permettre à cette histoire de se développer. Mais au-delà d’eux et de ce qu’ils vivent, c’est aussi et surtout l’envie de raconter la fuite en avant, l’errance, le départ qui a pu me guider vers ce roman. »

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L’insoutenable légèreté des lettres

Malgré un contexte général plutôt léger et une envie de surtout partager d’heureuses émotions, Mélanie Taquet n’a pas hésité à incorporer dans son roman des thématiques plus graves que nous ne dévoilerons d’ailleurs pas toute afin de laisser les lecteurs les découvrir.

Sur le sujet du racisme tout de même  l’auteur s’explique : « En vivant en Italie, j’ai découvert une langue, un cinéma qui m’a d’ailleurs inspiré le titre initial de mon livre, mais aussi une culture, une manière de vivre… Mais j’ai aussi fait la découverte d’un peuple très fier, où l’accueil de l’étranger est parfois complexe. J’ai connu cela avec des amis, avec des gens croisés dans la rue. J’ai ressenti ce racisme latent, cet accueil de l’autre qui est tout de même compliqué ». D’autres sujets difficiles sont abordées par l’auteur tout au long du roman : «  Il y a un côté de ma personnalité qui est très léger mais je suis aussi très touchée par ces thématiques humaines, le racisme effectivement, mais aussi toutes ces questions de choix, des questions graves. C’est important pour moi de faire ressortir et ressentir dans mes livres, et plus généralement dans l’écriture, cette dualité, entre légèreté et gravité. »

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Une histoire en suspens

Quant à savoir si Reste aussi longtemps que tu voudras trouvera bientôt une suite pour vivre encore quelques aventures au côté de Nina, Mélanie Taquet ne maintient pas l’incertitude très longtemps : « Alors que j’écrivais les derniers chapitres de ce livre, je voyais déjà arriver la suite, je la voyais pointer le bout de son nez dans mon esprit. Je voyais s’installer petit à petit toute la trame du second roman, les aventures possibles et envisageables… L’envie n’est absolument pas marketing, pour tout dire, elle était présente avant même la publication du premier tome. Je ne peux pas abandonner Nina comme cela alors que tant de choses restent sans réponse…  »

Découvrez Reste aussi longtemps que tu voudras de Mélanie Taquet aux Editions Eyrolles.

Retrouvez les 5 mots de Mélanie Taquet en vidéo : 

Laurent Tillon : observer la nature et retrouver espoir

Au Parc Monceau le vendredi 13 avril 2018 au matin, les oreilles les plus attentives pouvaient entendre les étourneaux, les merles, les moineaux et les mésanges chanter. Un groupe de vingt lecteurs était également réuni pour échanger avec Laurent Tillon, chargé de mission en biodiversité à l’ONF (Office national des forêts) et auteur du livre Et si on écoutait la nature ? paru aux éditions Payot-Rivages. Venu partager ses connaissances, il a pu donner quelques conseils pour observer la nature en mouvement, ce même en plein cœur de Paris.

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Un sanglier et de l’optimisme

A priori, rien ne destinait Laurent Tillon à exercer un métier au milieu de la nature, à tel point qu’il raconte que c’est peut-être une rencontre fortuite avec un sanglier qui a suscité sa vocation ! D’abord autodidacte, il s’est formé au rythme de ses erreurs, a appris à être patient et attentif, puis a complété son parcours par une formation en gestion et protection de la nature puis une spécialisation dans les chauves-souris : “Ce sont des animaux fascinants par leurs comportements, les outils qu’ils utilisent, leur sociabilité… c’est comme la potion magique, on commence par mettre le doigt dedans puis on ne peut plus s’arrêter.”

Aujourd’hui chargé de mission faune et diversité à l’ONF, il fait le lien entre six réseaux naturalistes et forestiers, et travaille en lien avec des organismes scientifique et le Ministère de la Transition écologique pour préserver la biodiversité. Grâce au siège qu’il occupe au CNPN (Centre National de Protection de la Nature), il conseille également le Ministère de l’écologie au quotidien.

De ces expériences, il a fait trois constats : un manque de bon sens dans la conservation de la biodiversité d’abord, alors que les exemples d’intelligence et d’autorégulation ne manquent pas dans la nature. Un pessimisme tenace ensuite, lié à l’état de la planète, qui donne à chacun l’impression d’être sous une chape de plomb sans espoir d’amélioration, “on tire pourtant un bilan positif des actions de conservations initiées, de nombreuses espèces vont mieux grâce aux efforts mis en oeuvre !” réplique Laurent Tillon. Enfin, au rythme de ses échanges avec le public, l’auteur a également remarqué l’envie croissante des gens d’aller au contact de la nature : “j’ai souvent eu des gens qui venaient me voir en me disant qu’ils avaient envie d’aller en forêt mais qu’ils ne savaient pas comment observer la nature, comme s’ils pensaient qu’elle leur était inaccessible. C’est tout cela qui m’a donné envie de donner une image positive de la nature, et de les encourager à aller à sa rencontre.”

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“La nature est une artiste dont l’imagination est sans limites”

Il n’a fallu que quelques instants pour que les lecteurs soient captivés par les histoires de Laurent Tillon. C’est au rythme de nombreuses anecdotes et d’intrigues à propos de corneilles, de cigognes, de mésanges ou des herbivores que l’auteur a échangé avec ses lecteurs.

Connaissez-vous le secret de la cigogne noire ?

Les cigognes noires sont des oiseaux très fidèles, autant envers leur habitat que leur compagne : chaque année, le couple revient dans le nid qu’ils ont construit des années plus tôt. Au printemps, ils remettent le nid en état et, pendant que la femelle reste au nid pour pondre, le mâle part pour la journée, capturer des proies et chasser pour le couple.
Une année, l’un de ces couples a été équipé avec une balise, pour observer leurs déplacements. Un jour, un comportement inhabituel a été repéré chez le mâle : au lieu d’aller sur son lieu de pâture habituel, il s’était en fait à plus de 80 km de cet endroit, et était parti sur le nid d’une autre femelle, pendant que le mari de cette dernière était à la chasse ! Au retour, n’ayant plus assez de temps pour chasser pour le couple, le mâle s’était sacrifié, et avait donné la totalité de sa récolte à la femelle.
À partir de cet événement cocasse, l’équipe de chercheurs a en réalité pu établir l’hypothèse que cela fonctionne ainsi pour tous les couples de cigognes, et que chaque mâle est infidèle environ une fois par an, comme si l’espèce s’accommodait de cet arrangement pour assurer un brassage génétique.

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Eloge du bon sens

Pas besoin d’aller à la campagne pour trouver des exemples du bon sens de la nature, soutient Laurent Tillon : “Ca n’a pas de sens d’opposer l’urbain au rural.” L’écologie urbaine permet en effet de comprendre les interactions entre les espèces et leur environnement, et ces dernières années, de nombreuses initiatives ont mis en évidence que les bois parisiens n’avaient rien à envier au grandes forêts domaniales françaises : “Dans le bois de Boulogne et le bois de Vincennes, on a observé que la variété d’espèces était quasiment aussi riche que dans les grandes forêts. De même, le miel parisien est en fait meilleur que celui des campagnes, car il n’y a pas de pesticide dedans.”

Aujourd’hui, de nombreuses initiatives pour la conservation de la biodiversité ont porté leurs fruits, que ce soit dans les espaces ruraux ou urbains : “Les hôtels à insectes prennent du temps à se peupler, mais il faut être patient, ils fonctionnent très bien. Les moineaux ont failli disparaître de Paris, mais on a pu changer la donne seulement en posant des nichoirs. Dans les bâtiments neufs, on intègre même des nichoirs et des perchoirs dès la conception de l’immeuble !”

Le concept d’écolonomie, qui soutient que c’est plus économique de produire de façon écologique, a d’ailleurs le vent en poupe : “J’ai rencontré un entrepreneur qui avait pour objectif de réduire les fuites d’énergie d’un immeuble : il a choisi de végétaliser les toits, et a fait 40 % d’économies. J’ai visité l’immeuble en décembre dernier, et la chaudière n’était toujours pas allumée !”

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Conseils pour l’observation de la nature

Enfin, après avoir guidé les lecteurs vers le micro-environnement d’une jardinière et vers des platanes ayant évolué de manière très différente, Laurent Tillon s’est confié à propos des expériences mémorables qu’il a pu vivre au contact de la nature, notamment à une période pendant laquelle il passait près de 500 heures la nuit en forêt par an : “J’ai dû prendre mon courage à deux mains pour dormir dans un hamac en haut d’un arbre alors que j’ai peur du vide, mais pour la première fois j’ai pu voir des rapaces d’au-dessus, et pas d’en-dessous. En me réveillant le matin, il y avait un écureuil qui m’observait sur le mousqueton au bout de mon hamac. Perché dans un arbre, j’ai pu observer un cerf, le regarder me chercher car il avait senti mon odeur, mais ne pas me voir car j’étais en hauteur.”

Enthousiastes à propos de ces aventures, les lecteurs ont alors demandé à l’auteur quels étaient ses conseils pour observer la nature. Les voici :

  • Chercher le vert : “Où que vous soyez, sur un banc ou sur de la pelouse, cherchez le vert et ne bougez pas. Il faut aller à l’opposé du rythme de la vie, se laisser imprégner par les odeurs, le son des oiseaux et des insectes, être patient et profiter de ces rencontres.”
  • Faire attention à sa position pour ne pas être vu ni entendu. Pour cela, vous devrez peut-être vous mettre en hauteur si vous souhaitez observer des cerfs, par exemple. Choisissez bien votre tenue, pour ne pas que vos chaussettes couinent dans vos bottes par exemple, et faites attention où vous posez les pieds : les feuilles mortes ne font pas le même bruit que des feuilles mouillées ! Mettez vous à bon vent, enfin, pour ne pas que les odeurs humaines fassent fuir les animaux.
  • Mettre en place des stratégies pour leurrer les animaux : “Dans les parcs urbains, les animaux ont l’habitude d’être entourés d’hommes, on peut donc bouger et faire du bruit sans que cela ne rende leur observation trop difficile. Dans les grands parcs en revanche, il faut parfois ruser, utiliser des techniques d’affût, se camoufler…”

Avant de courir en forêt pour appliquer ces conseils, nous vous proposons de découvrir une vidéo de l’auteur, dans laquelle il nous dévoile les cinq mots qu’il a choisis pour parler de Et si on écoutait la nature ?, le premier livre de Laurent Tillon qui, loin d’une approche catastrophiste de l’écologie, préfère voir le verre à moitié plein, et partager un peu d’espoir.

Où l’on découvre le nouveau logo de Babelio et les anciens par la même occasion

« Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. » Genèse 11, 1–9

Nous aussi chez Babelio avons quelque peu oeuvré à la réalisation de cette tour maintenant si familière à ceux qui fréquentent ardemment notre site, je parle bien évidemment … de notre logo.

Mais Rome ne s’est pas faite en un jour, et notre petite tour iconique non plus. Petit retour en arrière pour découvrir les arcanes de son édification :

 

Version -1 : début 2007, on misait tout sur l’épure

Voilà la toute première version du logo, dans un style très Powerpoint 2007 et qui plaisait beaucoup à certains d’entres nous mais qui a été vite rejetée au motif insidieux que Pierre ne serait pas un designer ou que deux textes même pas alignés ne pourraient pas faire office de logo. Dont acte.

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Version 0 : Avril 2007, notre premier vrai logo

Celui-ci n’aura pas duré fort longtemps, quelques semaines tout au plus pour agrémenter la page de préinscription au site. Cet élégant serre-livres aurait été éconduit en raison de son caractère martial, au profit d’une tour destinée à monter à l’assaut d’une guerre contre Dieu…comprenne qui pourra.

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Version 1 : Août 2007, la première tour 

La toute première tour de Babel fera exploser l’espérance de vie d’un logo Babelio puisqu’on la conservera près de trois ans. Les couleurs, « bordeaux, cuir sombre et doré » pour reprendre les mots du designer lui joueront cependant un mauvais tour, d’aucuns jurant qu’elles rappeleraient, outre l’univers des reliures de livres un monde moins ragoûtant.

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Version 2 : Février 2010, petit rafraîchissement

La deuxième version du site s’est accompagnée d’un renouvellement du logo, tel que la plupart d’entre vous le connaissent, inchangé depuis plus de 8 ans maintenant. Coloré et équilibré il était pourtant désormais venu temps de lui dire au revoir.

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Et voici… notre nouveau logo

Alors voilà la toute dernière version. Nous souhaitions partager avec vous les raisons de cette évolution et les contraintes qui pesaient, car il ne s’agissait pas seulement de changer pour changer.

En effet nous souhaitions proposer davantage un logotype qu’une illustration, afin que puissent s’y retrouver différents types de lecteurs. De ce point de vue, notre précédent logo, très dessiné renvoyait très bien à l’univers de la littérature jeunesse ou d’un certain genre de bande dessinée, mais était jugé trop enfantin par exemple pour évoquer la littérature contemporaine.

Par ailleurs nous souhaitions proposer une police plus marquée et un style épuré en à plats afin de faciliter la lecture et l’impression en toute circonstances. Et Dieu (celui là même qui s’offusque de cet édifice) sait qu’avec notre large ligne de produits dérivés qui va des tote bags jusqu’au verre Babelio pour notre pique-nique annuel, les circonstances sont variées. En outre il nous semblait important que le texte n’apparaisse pas écrasé par la tour.

Donc voilà, même si on avait une affection certaine pour la tour historique, nous sommes plutôt satisfaits du résultat et espérons qu’il nous accompagnera longtemps.

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NB. Si vous avez besoin d’une version spécifique pour vos blogs ou autres n’hésitez pas à nous le signaler via notre formulaire de contact

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Daniel Cole : de l’horreur et de l’humour

C’est juste avant l’ouverture du festival lyonnais Quais du polar que Daniel Cole est passé dans les locaux de Babelio, le temps d’une rencontre avec trente lecteurs venus échanger autour de Ragdoll, le premier roman de l’auteur qui paraissait en poche aux éditions Pocket, et de sa suite L’Appât, publiée aux éditions Robert Laffont.

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Du scénario à la trilogie

Si on a l’habitude de voir les livres d’abord publiés avant d’être adaptés au cinéma ou en série télévisée, le parcours de Ragdoll va à contresens de ce chemin traditionnel : avant d’être un roman, l’histoire de Daniel Cole était un pilote de série destiné au petit écran. “C’est en regardant un épisode de 24 heures chrono qu’est née l’envie d’écrire des histoires pour la télévision. J’ai remarqué que même si les téléspectateurs avaient vu Jack Bauer mourir et revenir à la vie au moins dix fois, la série avait toujours autant de succès et les fans ne se lassaient pas. Avant, je n’écrivais pas du tout, mais c’est après avoir constaté cela que je me suis dit que je pourrais moi aussi écrire un scénario et que j’ai commencé à écrire en ayant la télévision en tête. Ça a duré six ans, et puis j’ai eu l’idée d’écrire Ragdoll.”

À l’époque, le scénario d’origine est encore très loin de l’histoire que les lecteurs ont pu découvrir : “Je ne m’étais jamais aventuré au-delà de l’écriture du pilote de la série Ragdoll, et quand j’ai réécrit le scénario pour en faire un roman, je ne pensais jamais que je serais publié ! Je n’avais pas non plus pensé à en faire une trilogie avant de signer un contrat pour trois livres.”

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Seven en plus drôle

C’est naturellement du côté du cinéma et des séries télévisées que Daniel Cole est allé piocher l’inspiration : parmi ses influences, l’auteur britannique cite en effet la première saison de True detective avec Matthew McConaughey et Woody Harrelson, la série Following dans laquelle il a trouvé l’horreur qu’il voulait insuffler à son livre, et le film Seven de David Fincher. “La première édition anglaise de Ragdoll présentait d’ailleurs le livre comme un Seven en plus drôle”, précise l’auteur.

Daniel Cole s’est également inspiré du cinéma pour donner vie à ses personnages, et notamment à celui de William Oliver Layton-Fawkes (Wolf) : “Wolf est le premier personnage qui me soit apparu, dans son t-shirt de Bon Jovi. C’est d’ailleurs un amalgame de tous mes héros préférés : il tient un peu de l’aisance d’Indiana Jones avec sa machette, et de Martin Riggs de L’Arme fatale (Richard Donner) pour son côté suicidaire.”

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Les personnages aux commandes

Daniel Cole s’est alors davantage exprimé sur les personnages mis en scène dans Ragdoll, confiant ainsi aux lecteurs son attrait pour les anti-héros, les personnages déséquilibrés et extrêmes : “j’aime les capturer à un moment de leur vie où ils sont sur le point de basculer.”

Ce sont alors les figures féminines de son roman, l’enquêtrice Emily Baxter et la journaliste Andrea, qui est aussi l’ex-femme de Wolf, qui ont retenu l’attention des lecteurs. Si le caractère de la première est inspiré de la soeur cadette de l’auteur, “elle est très drôle et spontanée, mais peut parfois agir comme quelqu’un de mal élevé ou sans filtre. Maintenant, j’ai même pris l’habitude de noter ce qu’elle dit pour rendre les répliques du personnage plus réelles !”, l’intérêt du personnage d’Andrea est avant tout de servir l’intrigue : “en Angleterre, les médias sont réputés comme étant sans pitié, mais Andrea n’a pas pour but de personnifier ni de critiquer le système journalistique. Elle n’est là que pour faire avancer l’histoire, pour exercer une pression sur Wolf, le pousser à bout le via les médias et l’opinion publique.”

Plus encore que des outils pour construire l’intrigue, les personnages sont, pour Daniel Cole, des guides qui pavent la route de son histoire : “C’est quelque chose que mes éditeurs trouvent déroutant, mais avant de commencer à écrire une histoire, je n’ai en tête que la fin et le début. Je sais où je vais, mais je ne sais pas comment : ce sont les personnages qui m’y emmènent comme des amis, et qui décident du rythme et de l’avancement de l’histoire. Si j’avais une structure figée, il se pourrait que je force les personnages à prendre des décisions qui ne soient pas naturelles pour eux.”

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Vision d’horreur

Aujourd’hui auteur de polar avec deux thrillers à son actif et un troisième en cours d’écriture, Daniel Cole n’a pas toujours mis son imagination au profit de crimes sordides : il a d’abord été ambulancier, avant de devenir bénévole à l’équivalent britannique de la SPA, puis employé dans une association dédiée au sauvetage en mer. C’est pourquoi les lecteurs ont souhaité mettre en perspective son parcours philanthrope avec la cruauté présente dans ses romans : “En tant qu’ambulancier, j’ai parfois été confronté à des situations étranges et stressantes qui m’ont donné un rush d’adrénaline. J’ai eu affaire à des gens épouvantables en faisant ce métier, c’est peut-être de là que me vient ce goût pour l’horreur d’ailleurs. Enfin, je rejette aussi la faute sur les nombreux films d’horreur que j’ai vus lorsque j’étais adolescent !”

En parlant de son goût pour l’horreur, Daniel Cole a expliqué aux lecteurs son penchant pour les thrillers et les histoires pleines de cadavres : “Que j’aie en tête une comédie ou une histoire de science-fiction, il y a toujours un cadavre dans mes intrigues. Et dès qu’il y a un cadavre, c’est normal que la police soit impliquée. Je ne peux pas m’empêcher de revenir au thriller.” Tous les cadavres de Ragdoll étant reliés au même criminel, la figure du tueur en série s’est alors naturellement imposée à l’auteur : “ce sont les monstres de notre époque.” L’auteur a ensuite poursuivi en révélant que Ragdoll correspond en réalité au parfait exemple du livre qu’il aurait lui-même aimé découvrir : “Quand j’ai écrit Ragdoll, je ne pensais jamais être publié. J’ai trouvé cela amusant de décider de tout ce qui allait se passer et j’ai donc écrit, égoïstement, le livre que j’aurais aimé lire. J’y ai mis toute l’horreur et tout l’humour que je voulais.”

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Une histoire d’équilibre

En plus de l’aspect monstrueux des cadavres et des crimes, Daniel Cole a également tenu à distiller un peu d’humour tout au long de son récit, non seulement pour contrebalancer l’horreur de l’histoire, mais également pour retenir l’attention de ses lecteurs et ne pas les perdre : “J’ai une capacité d’attention assez courte, dès que quelque chose cesse de m’intéresser, je m’en détache. Je pense que c’est grâce à l’humour et à l’humanité que Ragdoll est lisible : il y a un vrai équilibre entre l’horreur et l’humour, les relations humaines et les moments un peu plus mielleux. C’est une histoire d’équilibre.”

Si Ragdoll se présente ainsi comme un mélange d’horreur et d’humour, c’est également une association entre un contexte réel et l’imagination débordante de l’auteur : “Je n’aurais pas pu raconter l’histoire de Ragdoll si je m’étais cantonné aux limites de la réalité. J’ai bien-sûr profité de mes connaissances liées à mon expérience en tant qu’ambulancier, mais j’ai pris des libertés nécessaires pour pouvoir raconter l’histoire que j’avais en tête.”

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De Ragdoll à L’Appât

De fil en aiguille, la discussion s’est alors orientée vers les nouveaux personnages introduits dans le deuxième tome : les lecteurs font en effet la connaissance des agents spéciaux Damien Rouche et Elliot Curtis. Le premier est intelligent, agréable et légèrement excentrique, tandis que la deuxième est très professionnelle et ambitieuse : “Ils viennent tous les deux d’un précédent scénario qui avait été refusé. J’ai décidé de réutiliser ces personnages, mais c’est en écrivant la scène de l’araignée dans la chambre d’hôtel, en les faisant interagir autour d’un détail si minuscule, que j’ai véritablement compris que j’avais de très bon personnages.”

Daniel Cole en a alors profité pour évoquer les défis rencontrés lors de l’écriture de ce second tome : “Baxter est athée alors que Rouche est très croyant. Ils ont tous les deux une vision très différente sur ce sujet. Je trouve le sujet de la religion fascinant, mais c’est un sujet délicat. Ce thème n’est pas là pour créer la polémique, il sert vraiment l’histoire, comme le thème de la santé mentale d’ailleurs. L’écriture de L’Appât m’a pris un peu plus de temps car, avec mon éditeur, nous voulions être prudents pour ne heurter personne.”

La figure du tueur en série, qui avait déjà largement été abordée dans Ragdoll, a en revanche été détournée dans le second volume : “les assassinats sont aussi des suicides, car le tueur est déjà mort quand on trouve le corps” précise Daniel Cole.

De Ragdoll à L’Appât, Daniel Cole a également changé son tandem d’enquêteurs et a déplacé son enquête outre-Atlantique, à New York : “J’ai écrit Ragdoll en pensant ne jamais être publié, et pourtant j’ai signé un contrat pour trois livres. La première question que je me suis posée après avoir signé ce contrat, c’est comment je pourrais faire pour me compliquer la vie au maximum ? C’est comme ça que j’ai pensé à lâcher mon personnages principal et faire un voyage à New York.” Il n’a pourtant pas souhaité faire table rase du passé : “Les trois livres ont été conçus comme une trilogie, ils sont tous liés. Après Ragdoll, je ne me voyais pas tout remettre à plat et repartir de zéro : au contraire, j’aime le fait qu’il y ait des conséquences, que les personnages ne soient plus les mêmes après cette affaire. Emily Baxter a par exemple dans L’Appât de gros problèmes de confiance.” Les lecteurs les plus attentifs trouveront ainsi des références à Ragdoll dans les dialogues et dans certaines scènes de L’Appât.

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En attendant de retrouver Daniel Cole dans une troisième enquête plus intimiste et plus mystérieuse dans laquelle il a promis de ne pas inventer de drame qui provoquera la fin du monde, les lecteurs ont pu s’installer à sa table de dédicace pour échanger quelques mots supplémentaires avec lui. Merci à la traductrice pour l’interprétariat.

Retrouvez Ragdoll et L’Appât de Daniel Cole, aux éditions Robert Laffont et Pocket.

Tyler Cross braque Quais du Polar

Après deux tomes aussi nerveux que réussis, Tyler Cross est revenu sur le devant de la scène BD et polar ces derniers jours avec un troisième volet plus lumineux peut-être – après tout, l’action se déroule sous le soleil de Miami – mais tout aussi radical.

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Créées par Fabien Nury et Brüno, les désormais trois aventures de Tyler Cross, publiées chez Dargaud, sont autant d’hommages à la littérature et au cinéma de genre. On retrouve à chaque page des images fortes issues du western, des récits de gangsters ou encore du giallo italien. L’oeuvre ne se contente cependant pas d’emprunter et de citer des passages d’œuvres connues ou d’obscures séries B. On suit, tout du long de ces trois BD, trois histoires très différentes les unes des autres. Après le pur récit de braquage du premier tome et le récit d’évasion du second, c’est au mythe de la construction de Miami que s’attaquent les auteurs français. Les villas et sublimes complexes hôteliers de la ville balnéaire se sont-ils construits dans le sang à coup de fusil à pompe et de pots-de-vin ? Toute une littérature policière américaine en parle, et donne même lieu à un sous-genre : le polar floridien, un genre dans lequel ont excellé des auteurs comme Tim Dorsey, Carl Hiaasen ou encore John D. MacDonald.

A quelques milliers de kilomètres de Miami, c’est à Lyon qu’a débarqué Tyler Cross un dimanche ensoleillé d’avril pour le festival Quais du polar. En l’absence excusée du dessinateur Brüno, le scénariste Fabien Nury a présenté les sept premières planches de l’album.

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L’occasion pour l’auteur de revenir sur les influences de la série et de ce tome en particulier, de nous parler de son attachement à ce personnage pourtant peu recommandable et de commenter tout le travail réalisé par les auteurs lors de la composition de l’album.

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L’intégralité de l’entretien est disponible en podcast ci-dessous :

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Et si le point de vue du dessinateur sur son travail sur la BD vous intéresse, retrouvez notre entretien avec Brüno réalisé lors de la sortie du second tome :

« Depuis que je travaille sur Tyler Cross, mon dessin évolue vers quelque chose de plus réaliste, et de plus expressionniste, je me détache de mes influences franco-belges classiques pour aller voir du côté de grands dessinateurs américains : Frank Robbins, Milton Caniff, Frank Miller ou encore Chester Gould, pour ne citer qu`eux ».

Vous aimez le polar ? Alors retrouvez l’ensemble de notre activité sur le festival Quais du Polar, notre vidéo ou encore notre album photo.

 

Jørn Lier Horst : un auteur de polars en quête de vérité

L’auteur norvégien Jørn Lier Horst est venu pour la première fois de sa vie à Paris et en a profité pour rencontrer ses lecteurs de Babelio dans les locaux de Gallimard.

C’est en 2004 que Jørn Lier Horst publie sa première enquête policière, dont l’intrigue se déroule dans une petite ville de Norvège. Neuf autres vont suivre, dont deux traduites en France. Aujourd’hui, l’écrivain a rencontré ses lecteurs pour leur présenter Les chiens de chasse, huitième roman de sa série autour de l’enquêteur William Wisting publié en Norvège en 2012 et en France en mars 2018 dans la collection Série Noire de Gallimard. L’histoire raconte la libération de Rudolf Haglund après dix-neuf ans d’incarcération pour l’enlèvement et le meurtre d’une jeune femme. L’avocat du présumé meurtrier va tenter de prouver qu’il a été condamné durant toutes ces années sur la base de preuves falsifiées.

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Le métier d’inspecteur de police

Horst n’est pas devenu auteur de polars par hasard, il a en effet été inspecteur de police auparavant, et l’était toujours durant l’écriture de ses premiers romans, qui ne connaissaient pas encore le succès qu’ils rencontrent aujourd’hui. « Pendant beaucoup d’années, j’ai exercé le même métier, j’ai habité dans la même ville, j’ai travaillé dans le même commissariat, mais ce serait me vanter de dire que William est une image de moi-même. J’ai rencontré les proches  des victimes, les agresseurs, et je me sers beaucoup du face à face que j’ai eu avec ces personnages pour créer les miens dans mes romans. Cela permet de donner un air authentique, réel aux histoires que je raconte. C’est le cas par exemple lorsque je décris une scène de crime, ou alors quand je créé le profil particulier d’un assassin. Ce métier d’inspecteur m’a appris plus sur la vie que sur la mort. En effet, contrairement aux romans policiers en général, dans ma ville de 400 000 habitants, il y a deux crimes par an donc on ne peut pas dire que j’étais très surmené lorsque j’exerçais. Ces crimes étaient généralement un homme qui appelait le commissariat pour dire « j’ai tué ma femme. »

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Le métier de journaliste

Le métier de journaliste tenant une place importante dans ses romans, Horst a tenu à ce que la fille du policier William Winsting exerce cette fonction. Cette relation ambiguë qui doit être tenue par le secret professionnel entre un père enquêteur et sa fille journaliste intéressait particulièrement l’auteur. Il s’est exprimé sur le rapport compliqué qu’a la police avec la presse et surtout l’image faussée de ces rapports habituellement renvoyée par les romans. L’écrivain insiste sur le fait que les journalistes ne lui ont jamais mis de bâtons dans les roues et qu’au contraire, ces derniers lui avaient plusieurs fois été d’une grande aide pour résoudre une enquête. « J’ai fait un stage d’une semaine dans un journal norvégien où j’ai pu voir que des journalistes avaient des contacts avec les policiers… D’ailleurs, beaucoup écrivent eux-mêmes des polars. Un journaliste qui s’introduit dans l’enquête et qui vole des documents confidentiels, cela n’arrive que dans les livres, mais jamais dans la réalité. »

Le travail d’enquêteur comme recherche de vérité 

« Parfois la réponse peut être dans les archives. Mais vous parlez de vérité, moi, je préfère le mot ‘mensonge’ car nous sommes tous des menteurs qui mentent toute la journée. Par exemple, quelqu’un vous  dit : « tu as une très belle coiffure aujourd’hui ». Cela ne signifie pas que la personne le pense. En revanche, certains mensonges sont plus gros que d’autres. Ce que j’ai voulu montrer dans le livre, c’est comment on peut vivre toute sa vie sur un mensonge, comme cacher un meurtre. La conséquence de cette illusion, c’est que ces personnes vivent très isolées de peur de se trahir. »

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Lorsqu’il écrit un roman policier, Horst veut que son travail soit le plus réaliste possible mais en gardant une dimension personnelle. Il cite une situation réelle qui s’est produite durant ses années d’enquêteur : il a été accusé, lors d’un travail sur une affaire, de livrer des documents et renseignements personnels au maître chanteur et d’avoir falsifié des preuves pour que le condamné soit allégé. Il a très mal vécu cette période, où il s’est retrouvé à la place du coupable et non plus du policier : « C’était une sensation bizarre de se retrouver du côté de l’accusé, les enquêteurs disaient que j’étais coupable et ils voulaient démontrer qu’ils avaient raison. Actuellement, on se sert du livre Les chiens de chasse dans les écoles de police pour justement montrer ce qu’il ne faut pas faire. »

L’évènement déclencheur pour se consacrer totalement à l’écriture

Le premier élément déclencheur, raconte Horst qui a toujours aimé lire et écrire est le cadeau que sa mère lui a fait lorsqu’il était à l’école de police : un roman d’Henning Mankell dont l’enquêteur Wallander lui a ouvert les yeux sur le métier d’auteur de roman policier. Le second élément, c’est le premier jour où il est entré dans la police, en 1995 : « Un vieil homme a été trouvé mort et j’ai du aller voir le lieu du crime. Au départ, personne ne voulait me laisser l’accès ouvert car j’étais nouveau et jeune. Puis on m’a proposé de pénétrer sur la scène après que la police scientifique fut partie et le fait que l’on se soit occupé de moi a profondément touché l’homme que j’étais. La vision de la scène du crime a été très violente et un choc car je m’imaginais marcher sur les pas de l’assassin ! Aujourd’hui, cette affaire n’a toujours pas été résolue et cela a été l’idée de point de départ de l’écriture de l’enquête de mon premier livre en 2004. J’avais l’espoir en écrivant ce roman que cela relancerait l’enquête qui n’a au final jamais été élucidée. »

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Un regard bienveillant de la part des anciens collègues de l’écrivain

L’auteur admet qu’il a été difficile de concilier son travail dans la police et son travail d’écrivain et qu’il a dû faire un choix. Alors qu’il ne pouvait plus s’arrêter d’écrire, il a réalisé que c’était le métier auquel il était destiné. « Au début, mes collègues ne disaient rien à propos de mes publications. Mais lorsqu’ils se sont rendu compte que mes livres avaient de plus en plus de succès, ils venaient m’en parler en interne. Ce sont aujourd’hui  le procureur, mes anciens collègues et le directeur de la police qui sont mes plus grands fans. Ils aiment la réalité que je retranscris dans la représentation que je donne et qui permet aux gens d’avoir plus confiance en la police. »

 

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L’enquêteur William Wisting dans dix ou vingt ans

Horst n’a pas réellement de regard sur l’avenir de son personnage. Il l’imagine cependant très bien dans plusieurs années comme un grand-père à qui la retraite n’empêchera pas d’exercer ses fonctions d’enquêteur : « Je peux montrer que même dénué de ses fonctions, Wisting poursuivra ses enquêtes et que la retraite ne lui fait pas peur ! »

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Le prochain roman de Horst L’homme des cavernes sera traduit et publié en France dans deux ans. Dans ce dernier, il a fait le choix de sortir du cadre ultra-réaliste qu’il s’imposait dans ses précédents livres, car il sera question d’un tueur en série, et il n’en existe pas encore dans les polars norvégiens. « Pour que ce soit réaliste, j’ai du faire en sorte que ce personnage soit américain, recherché par le FBI et planqué en Norvège. »

Les chiens de chasse et L’homme des cavernes sont en cours d’adaptation en série télévisée.   

Au cœur du brasier avec Vincent Hauuy

Le brasier, publié aux éditions Hugo et Compagnie, est le deuxième roman de l’auteur Vincent Hauuy après Le Tricycle rouge qui a obtenu le prix Michel Bussi du meilleur thriller français en 2017. Si les deux tomes peuvent être lus indépendamment, Le brasier permet à l’auteur de poursuivre les aventures du profiler Noah Wallace introduit dans Le Tricycle Rouge.

L’écrivain ainsi que 30 lecteurs étaient présents dans les locaux de Babelio le 20 mars dernier afin de discuter autour de ces deux romans et des différents thèmes explorés par l’écrivain.

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Quand le général Lavallée engage Noah Wallace pour retrouver les assassins de sa fille Sophie, le profiler refuse de croire à sa mort. Persuadé que la jeune blogueuse est en danger, mais vivante, il accepte la mission et mène l’enquête avec Clémence Leduc, sa troublante partenaire. Mais tous deux vont très vite se rendre compte que cette affaire est plus vaste qu’il n’y paraît et pourrait être liées à la récente vague de meurtres et de suicides inexpliqués qui frappent l’ensemble du territoire américain.

Hanté par les visions d’un petit garçon sans visage et d’un brasier d’où s’échappent des cris d’effroi, Noah va se retrouver au cœur d’une investigation qui le mènera aux portes de la folie.

Les premiers pas d’un écrivain

Le Tricycle rouge ayant été le premier roman de l’auteur, les lecteurs ont immédiatement voulu en savoir plus sur la façon dont l’auteur avait vécu cette expérience d’écriture et de publication. « Le Tricycle rouge n’a pas tout à fait été ma première expérience d’écriture, tempère Vincent Hauuy, mais ce fut ma une première expérience de roman plus ou moins abouti. Je m’intéressais à comment se faisait l’écriture sur internet et après avoir vu le fonctionnement des différents prix des polars, j’ai tenté de me lancer dans l’aventure du prix Michel Bussi du meilleur thriller français. »

Qui dit prix littéraire, dit forcément contraintes d’écriture. Sont-ce ces dernières qui ont permis à l’auteur d’écrire un livre plus « abouti » que ces précédentes tentatives ? « Pour Le Tricycle rouge, ce fut quatre mois d’écriture en plus de mon travail dans les jeux vidéo.  Au-delà de la date de rendu, il y avait le nombre de caractères par chapitre qui était limité et qui m’a permis d’instaurer un certain rythme au récit. Les contraintes n’étaient plus les mêmes pour Le brasier, écrit en dehors du cadre du concours. Je n’avais pas à  réfléchir au nombre de mots comme je le faisais dans le premier roman mais j’ai tout de même voulu garder le même rythme. »

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Pour écrire ses romans, l’auteur se contente en outre de rédiger ce qu’il voit, « comme procèdent les réalisateurs Martin Scorsese ou David Lynch avec les images. Ce qui est fort dans le roman, c’est d’avoir une caméra émotionnelle. » C’est également sa situation géographique personnelle qui explique que ses romans se déroulent aux Etats-Unis et au Canada et non en France alors que l’auteur est Français. Il vit en effet au Québec depuis quelques années.

Son métier de concepteur de jeu-vidéo l’aide-t-il pour la rédaction ou la construction de ses enquêtes labyrinthiques à souhait ? L’auteur concède que son métier peut avoir eu une influence pour dresser le cadre de son récit même si c’est avant tout sa passion pour les jeux de rôle qui lui ont permis de dessiner avec précision ses personnages.

Ses inspirations

Si on attendait Vincent Hauuy grand lecteur de polars et de thrillers psychologiques à l’image des aventures de son profiler Noah Wallace, l’auteur révèle que sa première grande découverte littéraire fut plutôt de l’ordre du fantastique. Il a découvert Bilbo le Hobbit très jeune et cela a été l’une de ses premières lectures marquantes. Les romans de Stephen King, auteur que sa mère aimait beaucoup, ont cependant une place de choix dans sa bibliothèque et ont naturellement eu une influence immense dans son parcours d’écrivain. Ce qu’il aime d’ailleurs dans la littérature et des  auteurs comme Stephen King mais aussi Maxime Chattam, qu’il apprécie presque autant, c’est la facilité qu’ils ont à injecter un aspect fantastique à leurs histoires.

Des lecteurs ont remarqué que le premier roman est sans doute plus violent que Le brasier. S’adoucirait-il avec le temps ?  En fait, Vincent Hauuy pense que Le Tricycle rouge est certainement plus sanglant, avec de nombreuses scènes de crime tandis que le second roman est peut-être plus violent psychologiquement, avec cependant une grande scène marquante et centrale dans le récit.

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Les personnages donnent l’équilibre de ses romans

L’auteur répète que dans ses romans, tout vient d’abord des personnages et que « quelque soit l’intrigue, on doit s’intéresser aux personnages. Par exemple, le héros Noah m’obsédait. Les autres personnages sont arrivés plus tard ».  Ses dons presque surnaturels, qui ont beaucoup séduits les lecteurs, ont-ils été pensés dès la création de ce personnage ? « Noah est quelqu’un qui doit compenser ses capacités intellectuelles par pouvoir de déduction. Cette dimension m’intéressait fortement. On retrouve une part de doute dans le premier roman qui est moins présente dans Le brasier. » L’équilibre entre la rationalité scientifique et l’irrationalité dans les personnages est ainsi très travaillée.

Il a fait aussi le souhait d’intégrer des méchants aux motivations complexes et moralement ambiguës dans ses romans. Les personnages secondaires ont également un rôle important et sont presque autant travaillés que les personnages principaux. L’inquiétant Abraham, par exemple, a donné de nombreuses sueurs froides aux lecteurs. Prend-il pour  autant plaisir à écrire sur chacun des personnages ? « C’est difficile dans un thriller car il y a des moments où l’on se fait soi-même investir par la noirceur de certains. »

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De réelles recherches scientifiques

L’un des attraits des deux romans de l’auteur tient dans sa façon de parler de projets obscurs développés par la CIA comme le très mystérieux Projet MK Ultra qui visait à étudier la manipulation mentale. Quelle place l’auteur laisse-t-il à la réalité ? Ses romans sont-ils véritablement basés sur des recherches approfondies, ou bien tout cela n’est-il qu’un jeu d’écrivain ?  L’auteur confie réaliser de nombreuses recherches comprenant la lecture des documents disponibles, la consultation de reportages vidéo ou encore de nombreux témoignages.

De ses deux romans, Vincent Hauuy dit qu’il y a « des choses qui ont existé, qui sont réelles ». En effet, des faits évoqués sont des faits réels ; non sur l’entité même issue de la fiction mais plutôt des références de sciences, médecine. De plus, afin d’être au plus près du réel du quotidien de ses personnages, durant l’écriture de ses romans, Hauuy s’est déplacé dans leurs trajets en utilisant Google maps et en visitant des lieux du Canada qu’il connaît bien : « J’aurais pu écrire un blog sur le Canada que j’ai mis dans mon roman ».

Une fin intrigante

La fin, qui a intrigué ses lecteurs, est un sujet qui est revenu régulièrement, que ce soit dans les critiques des lecteurs ou lors de la rencontre entre ceux-ci et l’auteur. L’un des thèmes du roman concerne en effet, mais nous n’en dévoilerons pas trop, le transhumanisme. L’auteur a-t-il là aussi puisé dans les recherches existantes ? « J’ai lu des choses qui tendent à montrer que mon roman n’est pas de la pure science-fiction. J’ai cependant pris le luxe de prendre un peu d’avance sur la science actuelle. »

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A propos d’une suite avec un troisième livre, Vincent Hauuy répond qu’il a « quelques pistes, un macro plan et des idées ». Mais en attendant ce troisième opus, l’auteur nous prépare « autre chose ». Une surprise qui restera cependant bien ancrée dans l’univers du thriller cher à l’auteur.

Affaire à suivre !

 

A la rencontre des membres de Babelio (24)

Avec près de 585 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Comme vous le savez sûrement, le festival Quais du polar se déroulera du 6 au 8 avril, alors Babelio a décidé de se mettre au diapason, et de décréter le mois d’avril, mois du polar ! Voici donc le portrait livresque d’un Babelionaute expert en polar.

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Rencontre avec encoredunoir, inscrit depuis le 6 septembre 2011.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

À vrai dire, je ne m’en souviens pas vraiment. Certainement en cherchant des critiques sur Internet, tout simplement. Et puis j’ai trouvé que c’était un bon moyen de partager les chroniques que j’écrivais pour mon blog, d’échanger avec d’autres lecteurs et de découvrir de nouveaux auteurs.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

 Ma bibliothèque, sans surprise, est très fournie en polars – notamment des romans noirs – mais aussi en westerns, un peu en fantastique et science-fiction. Il y a aussi pas mal de classiques, beaucoup de bandes dessinées et un grand nombre d’essais historiques. L’histoire, c’est mon autre grande passion et mon métier.

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Vous lisez beaucoup de roman policier, polar, roman noir. Comment y êtes-vous venu ? Qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

Je ne sais pas exactement comment je suis venu au polar. Je crois que c’est une littérature populaire très attrayante, tout simplement. J’ai certainement commencé par des livres des bibliothèques rose et verte, Club des cinq, Fantômette, Alice détective, Les Six Compagnons… j’avais une voisine un peu plus âgée que moi qui en possédait des tonnes et je lui en empruntais régulièrement. En grandissant, j’ai continué à m’intéresser à ce genre. Je garde un souvenir particulier de la lecture des Histoires extraordinaires, d’Edgar Allan Poe, quand j’étais au collège, de divers recueils de nouvelles de Guy de Maupassant – c’est de la vraie littérature noire, Maupassant – et aussi de la découverte, sur les conseils de mon professeur de français de seconde, de Fantasia chez les ploucs, de Charles Williams. J’avais à ce moment-là déjà commencé à me passionner pour le noir après une lecture très marquante, mais je la réserve pour la question suivante.

Ensuite, j’ai commencé à lire aussi Donald Westlake, que j’adore. Comme je suis un tantinet obsessionnel, après avoir lu un premier roman de Westlake – Histoire d’os, en l’occurrence – il a fallu que je trouve TOUS les romans de Westlake, y compris ceux écrits sous ses divers pseudonymes – notamment ceux signés Richard Stark – et qui étaient devenus assez difficiles à trouver chez les bouquinistes que j’ai écumés pendant des années. Comme la plupart des romans de Westlake étaient édités chez Rivages et à la Série Noire, j’ai, de fil en aiguille, commencé à éplucher les catalogues de ces deux maisons et tout un monde s’est ouvert à moi : Elmore Leonard, Jim Thompson, James Lee Burke, James Crumley, Kem Nunn, Allan C. Weisbecker, Tim Dorsey, Harry Crews

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Donald Westlake

Le polar c’est aussi ça, cette énorme variété de livres et de genres. On y trouve des histoires très sombres, des choses très feutrées, d’autres bourrées d’humour… des tas de façons de parler du monde dans lequel on vit et de son histoire. Bon… il y a aussi une grosse production et tout un tas de livres très mauvais, hein… C’est même certainement la majorité de ce qui est édité aujourd’hui, au gré des modes. Après Thomas Harris, il y a eu la grande mode du thriller avec serial killer qui n’en finit pas de s’autoparodier, utilisant toujours les mêmes ressorts, se complaisant dans la violence gratuite et les scènes insoutenables pour abreuver un lectorat devenu accro aux histoires de psychopathes qui dépècent des femmes en violant des chiots labradors. Et puis après Millénium, la grande mode du polar scandinave qui a permis à un certain nombre d’auteurs médiocres d’être surévalués… aujourd’hui c’est au tour du « rural noir », nouveau label pour tout et n’importe quoi du moment qu’il y a deux ploucs attardés et trois arbres. Au milieu de tout ça, il faut se frayer un chemin et trouver les perles qui se cachent dans le fumier d’Ennius (je dis ça pour montrer que j’ai une culture classique, ça impressionne toujours) : les Daniel Woodrell, Ron Rash ou Gabriel Tallent

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Si on exclut la découverte fondamentale des aventures de Jojo Lapin au début de l’école primaire, c’est incontestablement L.A. Confidential, de James Ellroy. Je l’avais emprunté à la bibliothèque de mon village parce que j’avais bien aimé la couverture. J’étais en troisième. Je me suis lancé dans la lecture du bouquin et il y a des tas de choses que je ne suis pas arrivé à comprendre sur le moment, mais je me souviens très bien de la sensation profonde que j’ai eu à ce moment-là de lire quelque chose d’exceptionnel, de totalement différent de tout ce que je connaissais. Je l’ai relu un ou deux ans plus tard et j’ai enchaîné avec le reste du Quatuor de Los Angeles et tous les autres romans d’Ellroy.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Je pense que c’est La Peur des bêtes, d’Enrique Serna. Un roman noir mexicain extrêmement âpre mais aussi bourré d’humour. C’est Pecosa, qui m’avait donné envie de le lire. Je vous signale au passage que si vous avez besoin d’interviewer une lectrice sur la littérature hispanophone, vous pouvez vous adresser à elle.

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Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

J’ai relu certains livres un grand nombre de fois, mais je crois que celui que j’ai le plus lu est Florida Roadkill, de Tim Dorsey. C’est une histoire complètement folle de poursuite en Floride. Les personnages sont tous plus dingues les uns que les autres. Je ne m’en lasse pas.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je ne connais pas la honte en termes de lecture. Que ce soit pour les livres que je lis (je peux par exemple dire sans rougir que j’adore lire des romans de Lee Child ou Jonathan Kellerman) ou pour ceux que je n’ai pas lus. Mais il faut vraiment que je lise William Faulkner. Tout le monde me dit que c’est génial. Et puis comme un éditeur sur deux, dès qu’il publie un auteur américain, le qualifie de « nouveau Faulkner », il faudrait que je voie à quoi ça peut ressembler, quand même. J’ai déjà acheté les livres. Je n’ai plus qu’à prendre le temps de les lire.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésiter, Triggerfish Twist de Tim Dorsey. Si ce n’est pas celui que j’ai le plus relu, c’est juste parce qu’il est sorti plusieurs années après Florida Roadkill. Dorsey met en scène un personnage récurrent, Serge Storms, qui est un psychopathe schizophrène paranoïaque qui refuse de prendre ses médicaments et qui écume la Floride avec ses amis drogués jusqu’aux yeux. Au passage il zigouille tout un tas de personnes… mais comme il ne tue que des gens détestables, on y prend un réel plaisir. Et puis il le fait avec une véritable capacité d’invention. Il se renouvelle sans cesse. Dans Triggerfish Twist, un promoteur lui a loué une maison en se disant que ça ferait fuir les voisins et qu’il pourrait ainsi racheter leurs maisons à bas prix pour y construire un complexe de luxe. Mais Serge décide de prendre sous son aile un brave père de famille qui vient de s’installer là. Tout cela donne lieu à tout un tas de quiproquos, de rencontres improbables, et c’est extrêmement rythmé jusqu’à l’explosion finale.

Tablette, liseuse ou papier ?

Je n’ai ni tablette ni liseuse. Je n’ai a priori rien contre. Mais comme je n’ai rien pour non plus, je m’en tiens au papier. C’est confortable.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Ça dépend totalement des circonstances. J’aime lire en général, où que je sois. En ce moment j’aime vraiment bien lire dans le train, mais pour peu qu’il fasse beau la semaine prochaine ça sera peut-être dans mon jardin. Sinon, dans ma bibliothèque.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« All things in moderation… including moderation itself. » C’est de Serge Storms, le héros de Tim Dorsey (je vous ai dit que j’étais un peu obsessionnel ?).

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Ça sera Les Ombres de Montelupo, de Valerio Varesi, aux éditions Agullo. Le choix a été assez rapide : ça vient de sortir et je l’attendais depuis un moment. Les éditions Agullo, qui ont tout juste deux ans, ont commencé à publier Varesi dès leurs débuts, avec Le Fleuve des brumes. Ce qui est marrant, c’est que Varesi a un grand succès en Italie, mais qu’aucun éditeur n’a réussi à publier l’intégralité de sa série consacrée au commissaire Soneri ailleurs en Europe. J’espère qu’Agullo fera exception. Les romans de Varesi sont vraiment originaux. Ce sont des romans d’ambiance qui se situent dans le nord de l’Italie et qui ont – pour ce que j’en ai lu en tout cas jusqu’à présent – souvent une trame historique en arrière-plan, de la Seconde Guerre mondiale aux années de plomb. À travers Soneri, Varesi parle de l’histoire contemporaine de son pays ; une histoire qui a encore du mal à passer, que l’Italie n’a pas complètement digérée, et qui suscite encore haines et frustrations. Derrière l’enquête de Soneri, il y a donc cette analyse très fine de la société italienne et de son évolution, et Varesi le fait de manière très émouvante car tout est toujours lié, à un moment ou un autre, à la propre histoire de Soneri.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une bonne critique, sur Babelio ou ailleurs, c’est une critique qui évite le résumé fastidieux du livre et qui dit ce que le lecteur a réellement pensé du livre en argumentant. C’est éviter les laconiques « C’est un coup de cœur ! », ou « J’ai vraiment adoré » voire le plus rare « J’ai détesté », mais expliquer pourquoi on a aimé ou pas. Bref, c’est prendre le temps de dire les choses. Sans pour autant que ça soit aussi long que le roman, tout de même.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je suis depuis quelques années un auteur niçois. C’est un écrivain vraiment très curieux, avec une approche très particulière de l’orthographe, de la syntaxe et de la ponctuation. Il a à sa manière érigé la médiocrité au rang d’art. Et j’aime aller sur Babelio voir les chroniques dithyrambiques qu’il écrit sous divers pseudonymes à propos de ses propres romans.

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Du 6 au 8 avril 2018 se tient le festival Quais du polar à Lyon. Y avez-vous déjà participé ? Y a-t-il d’autres salons littéraires, ayant trait au polar ou non, que vous appréciez particulièrement ?

Oui, j’ai déjà participé à Quais du Polar. J’y vais tous les ans, en fait. C’est une manifestation impressionnante par son ampleur, c’est l’occasion de rencontrer des auteurs exceptionnels au milieu d’un plateau très éclectique et aussi celle de retrouver des amis. D’autres festivals, bien moins exubérants, certes, méritent aussi le détour. Je pense en particulier à Toulouse Polars du Sud, au Festival International du Roman Noir de Frontignan, à Un Aller-Retour dans le Noir, à Pau, au festival Le Polar se met au vert de Vieux Boucau et à mon préféré, Du Rouge au Noir, à Lunel, qui allie roman noir et vin dans une ambiance extrêmement détendue grâce au travail de Delphine, de la librairie AB, et à toute une équipe de bénévoles formidables. Je trouve d’ailleurs qu’on ne parle pas assez des bénévoles qui font tourner tous ces salons. Sans eux, il n’y aurait pas grand-chose. Il faut une bonne dose de passion pour organiser ce genre de manifestation.

Merci à encoredunoir pour ses réponses !

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