Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Anna Hope

Nombreuses sont les histoires mettant en scène des hommes au front pendant la Première Guerre Mondiale, des hommes détruits psychologiquement par les horreurs vécues au combat. Le roman d’Anna Hope, Le chagrin des vivants, récemment publié chez Gallimard, propose à ses lecteurs de se glisser de l’autre côté du combat, dans la peau de femmes au lendemain de la guerre.

 

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Evelyn, Hettie et Ada, se préparent toutes trois à se rendre à la cérémonie du Soldat inconnu, en novembre 1920. Anna Hope nous propose le récit des cinq jours précédant cet hommage au sein de leurs trois foyers endeuillés. Cette cérémonie, bien plus qu’un simple symbole, sera peut-être celle qui permettra à nos trois femmes d’apaiser une fois pour toute leur coeur meurtri par la perte de leurs êtres chers.

C’est dans un salon des éditions Gallimard que la rencontre entre Anna Hope et une quarantaine de lecteurs s’est tenue, le lundi 25 janvier dernier. L’éditrice Marie-Pierre Gracedieu, a assuré la traduction des échanges tout au long de la rencontre.

 

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La Grande Guerre

Élevée dans une famille d’amateurs d’Histoire fascinés par la guerre de 14-18, le thème du premier roman d’Anna Hope s’impose presque à elle lorsqu’elle décide de se lancer dans l’écriture. Si sa famille lui a transmis son goût pour la Grande Guerre, Anna pense que son intérêt vient également de la société anglaise en tant que telle : “En Angleterre, notre société est saturée par les histoires de la guerre ; nous y revenons tout le temps.” Non seulement, aux yeux de cette auteur, son pays rencontre certaines difficultés à tirer un trait sur cette sombre période, mais les seuls à prendre la parole pour en parler ont toujours été des hommes : “ Je voulais parler de cette histoire mais m’intéresser au regard féminin sur ces mêmes événements.”

 

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Mettre en scène le changement

Ce qui intéresse précisément Anna Hope dans son roman, c’est le bouleversement des mentalités et plus particulièrement le renouveau qu’a connu la liberté féminine à cette époque : “Au début du conflit, les femmes devaient user de la violence pour faire entendre leurs droits, alors que quatre ans plus tard, les femmes de plus de 30 ans ont obtenu le droit de vote. Tant de choses ont changé pendant cette période, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une bonne occasion pour parler des femmes.” Plus encore que cette nouvelle liberté la première guerre correspond, pour Anna Hope, à la période où l’Angleterre, empire tout puissant à l’époque, a connu la fin de son apogée : “Une blessure profonde demeure sur la psyché collective, par dessus laquelle la société a du mal à passer. C’est finalement l’étude du deuil d’une nation après un tel massacre qui motivé mon écriture.”

 

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Femmes de l’ombre

Si la gente féminine a toujours intéressé Anna Hope, ce sont surtout les femmes de l’ombre, celles dont on n’a jamais parlé qui ont attiré son attention : “Les histoires de femmes qui ont fait la guerre sont presque toujours celles des bourgeoises. Je voulais pour une fois que l’on se penche sur les laissées pour compte, celles qui n’ont jamais pris la parole parce qu’elles n’étaient pas en mesure de le faire. Mon livre est celui des femmes silencieuses.”

Puisque leurs témoignages n’existent pas vraiment dans la littérature, Anna Hope a beaucoup travaillé à l’élaboration de ses personnages, dans un souci d’authenticité. “J’ai construit mes personnages à partir de détails et le contexte de l’histoire ne m’est venu qu’après.” L’auteur explique, par exemple, que si le personnage d’Hettie est danseuse dans un mythique lieu londonien, le Hammer-Smith palais, ouvert en 1919, c’est parce que son inauguration avait fait déplacer des familles de la classe ouvrière, et que c’est précisément cette tranche de la population qu’il lui importait de mettre en scène. Ada, de son côté, lui a été inspirée lorsqu’elle a découvert que beaucoup d’anglais ont déclaré avoir des visions fantomatiques au sortir de la guerre ; elle a alors décidé de créer un personnage victime de ce traumatisme. “Parler des femmes pendant la guerre est un sujet bien trop vaste pour être traité dans sa totalité, ce que j’ai cherché avant de me lancer, c’est un angle d’approche.” Cet angle, c’est un voyage dans la Somme qui a permis à Anna Hope de le trouver : “Quand j’ai vu les tombes des soldats, j’ai pris la mesure de la douleur qu’avaient pu ressentir les familles qui n’ont jamais revu leurs proches, enterrés sur place. Peu de temps après, je suis tombée sur un reportage à propos du Soldat Inconnu et c’est là que j’ai trouvé la structure de mon récit.”

 

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Lire pour écrire

Lorsqu’on l’interroge sur ses méthodes d’écritures, Anna Hope est très claire : “Je lis, je lis et je lis ! J’adore aller à la bibliothèque et chercher les informations cachées dans les livres.” Si ces femmes de l’ombre qu’Anna Hope a voulu mettre en scène sont les grandes absentes des livres d’histoire, c’est dans la fiction qu’elle a pu trouver les informations les plus intéressantes à leur sujet : “Les romans écrits par des femmes à l’époque de la guerre sont très durs à trouver, ça n’est pas non plus toujours de la grande littérature, mais ça m’a permis de trouver les voix de mes personnages.” Pour la majorité des écrivains, les travaux de recherche se font en amont et de façon totalement dissociée de la phase d’écriture. Pour Anna Hope, c’est tout le contraire, explique-t-elle à son public en souriant : “Je ne cesse en réalité jamais de chercher. Continuer de se documenter pendant que l’on écrit permet de rendre l’oeuvre vivante. J’aime l’idée que mon roman puisse évoluer en fonction de mes découvertes.”

Les influences de l’auteur ont été nombreuses concernant cet ouvrage : “Les auteurs que j’aime sont très clichés. Ma favorite est Virginia Woolf, dont j’adore la puissance d’évocation.” L’ouvrage de Colum McCann, Et que le vaste monde poursuive la course folle l’a également beaucoup aidée à rédiger Le chagrin des vivants, ainsi que Les Heures de Michael Cunningham ou plus récemment Un long long chemin de Sebastian Barry, qui l’aurait fait pleurer toute une journée !

 

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Écrire les sens

L’écriture d’Anna Hope se démarque, de l’avis des lecteurs présents, de celle de ses contemporains par sa capacité à restituer avec beaucoup de finesse l’expression des sens : “Je crois que j’aime beaucoup décrire les sens. Je m’arrête souvent au cours de l’écriture pour me demander ce que voient, sentent, ou imaginent mes personnages. Je pense beaucoup à leur ressenti lorsque j’écris.” Les cinq sens sont non seulement centraux dans la narration d’Anna Hope mais tiennent également une place prééminente dans la construction de ses personnages : “J’entends parler mes personnages avant de les écrire, c’est une des raisons pour lesquelles mes textes contiennent beaucoup de dialogues. Si je ne parviens pas à leur donner de visage malgré cela, je visualise un acteur que j’aime et essaye de faire de mon personnages un rôle à sa hauteur.” 

 

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L’Histoire

Choisir un sujet comme la Première Guerre Mondiale est un pari risqué pour un écrivain, surtout lorsqu’il s’agit d’un premier roman. C’est inquiète vis à vis de la réaction de la communauté des historiens qu’Anna Hope a décidé de se lancer : “J’avais peur que les historiens ne mettent en doute la qualité de mes recherches. Je n’ai finalement rencontré que très peu de problèmes.” En réalité, le travail de la romancière a été très largement salué par les experts ainsi que par le grand public : “J’ai reçu une lettre d’un homme dont le père était impliqué dans la cérémonie du soldat inconnu. J’ai trouvé dans ses mots la raison de mon écriture.” Inquiète et rigoureuse, l’auteur a passé pas moins de trois ans à rédiger son ouvrage, afin de multiplier au maximum les recherches sur le sujet et de trouver le ton juste pour traiter un sujet si sensible : “Le roman est très dense et j’ai dû beaucoup le réécrire afin de ne pas tomber dans le sentimentalisme.” Les amateurs présents lors de la rencontre confirment : les plus difficiles d’entre nous nous ont avoué avoir été surpris par la qualité de ce premier roman et sa patte si particulière.

 

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Genèse d’un roman

Après avoir étudié la littérature, Anna Hope s’est lancé dans une carrière d’actrice, nous l’avons notamment vu dans la série « Docteur Who ». La précarité du métier l’a progressivement poussée à se tourner vers l’écriture. Si ses proches l’ont poussée vers l’écriture théâtrale, elle a finalement décidé de s’orienter vers les nouvelles, avant que l’idée du Chagrin des vivants ne survienne. “Écrire un roman sans contrat demande de la discipline car on n’a ni argent ni espoir à la clé. Il m’a donc été très difficile de me motiver pour écrire.” Deux ans, c’est le temps dont disposait la jeune écrivain pour terminer son ouvrage, période pendant laquelle son mari a accepter de payer le loyer pour deux : “J’écrivais chaque jour entre 8 et 14h. Au bout des deux ans je n’avais pas terminé et j’ai du retourner travailler. Cette contrainte s’est avérée être la meilleure motivation possible et j’ai terminé le livre très peu de temps après” explique l’auteur à une assemblée particulièrement intéressée par ce genre de détails du quotidien.

Par delà les difficultés matérielles, Anna Hope souligne également les réactions qu’a pu engendrer l’écriture de son livre : “Je viens d’une famille anti-impérialiste et lorsque j’ai décidé de mettre en scène la cérémonie du Soldat Inconnu, les gens autour de moi se sont posés beaucoup de questions. De mon point de vue, mes recherches m’ont ouvert les yeux sur cet événement et mon regard a complètement changé. J’espère qu’il en sera autant pour les lecteurs de mon ouvrage et que leurs coeurs s’ouvriront.”

 

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Stoppée par la nuit tombante, la séance de questions-réponses a dû s’achever malgré les quelques mains encore levées dans la salle et s’est poursuivie par une séance de dédicaces, pendant laquelle les lecteurs ont pu, grâce au travail de traduction de l’éditrice, poursuivre leurs échanges individuellement avec l’auteur.

 

Retrouvez Le chagrin des vivants de Anna Hope publié chez Gallimard.
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Où Babelio annonce sa nouvelle version

Voilà plusieurs années que Babelio n’avait pas changé de peau, c’est désormais chose faite avec notre nouvelle version. Nous présentons aujourd’hui un nouveau design qui se veut plus élégant, plus clair et surtout une version « responsive », qui s’adapte donc à la lecture sur :

  • Ordinateur...

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  • Tablette…

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  • Ou sur mobile !

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La part belle a été faite à l’ergonomie avec des couvertures de livres mieux mises en avant, un choix de police plus agréable et à une mise en page qui se veut plus claire pour la lecture.

Parmi les nouveautés spécifiques à cette nouvelle version,

  • Une page d’accueil éditorialisée. Vous êtes de plus en plus nombreux à proposer une quantité phénoménale de contenus de qualité (plus de 40 000 citations et extraits en novembre), et nos responsables de communautés eux aussi travaillent d’arrache pied pour dégoter de nouvelles interviews ou rencontres. Ils mettront donc en avant sur cette page d’accueil une sélection des contributions -meilleures critiques des membres, listes intéressantes, quiz qui valent le détour etc. – et les dernières interviews, les comptes-rendus de rencontres, les dossiers auteurs etc.
  • Des pages éditeurs : depuis les pages dédiées aux livres les noms des éditeurs vous donnent désormais accès à des pages mettant en valeur les titres de vos maisons d’édition préférées !

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  • La possibilité de signaler des contenus abusifs : même si nous ne remercierons jamais assez la communauté de Babelio d’être la plus respectueuse que l’on connaisse sur le web francophone, certains membres de passage commettent parfois des impairs. En haut à droite de chaque critique ou citation une petite hirondelle vous permet d’accéder à une page pour signaler les contenus ne respectant pas les conditions d’utilisation (plagiat, xénophobie, diffamation etc.)

 

 

Et pour vous montrer comment le site a évolué depuis sa naissance nous vous livrons en exclusivité l’évolution de notre design depuis ses tous premiers essais, il y a désormais plus de 8 ans :

La page d’accueil au cours des premiers essais en 2007

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A la sortie de la première version du site en août 2007Captura.JPG

Notre première refonte graphique en 2010, notez qu’à l’époque nous n’étions que 15583 membres…nous sommes 17 fois plus nombreux aujourd’hui :)  !

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Et enfin la dernière version ! N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques…

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Où l’on vous présente les 15 livres les plus populaires de l’année 2015

Quels ont été les livres les plus populaires de l’année 2015 au sein de la communauté de lecteurs de Babelio ? Comme tous les ans, nous vous présentons notre bilan des livres qui ont eu le plus de succès auprès des membres du site et il y a fort à parier que cette édition fasse parler d’elle ! Il y a en effet une grande révolution dans le podium dont, fait inédit, Marc Levy et Guillaume Musso ( pourtant n°2 en 2012, n°3 en 2013 puis n°1 en 2014) se tiennent loin, même si ce dernier est resté, en 2015, l’auteur le plus vendu en France

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C’est donc un trio de tête original que nous vous présentons dans un classement qui donne une belle place au genre du polar et aux thrillers psychologiques avec la présence de pas moins d’une petite dizaine de livres que l’on pourrait rattacher à l’un ou l’autre de ces genres. La littérature francophone tire également son épingle du jeu puisque les deux-tiers du classement sont dominés par des auteurs de langue française. Du côté du genre des auteurs présents, la parité est presque parfaite malgré un léger avantage pour la gente masculine. 8 des livres du classement ont été écrits par des hommes et 7 par des femmes : petite précision cependant, une auteur est présente pour deux de ses ouvrages. 

Voilà pour les informations globales. Rentrons maintenant dans le détail de ce classement. Est-ce un portrait fidèle de l’année littéraire 2015 ?  

 

  1. Que ta volonté soit faite, de Maxime Chattam

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Maxime Chattam donne le ton de ce classement avec son vingtième ouvrage, un roman noir dont l’action se situe aux Etats Unis et qui a pour (anti-) héros un parfait psychopathe. Les lecteurs ont été une nouvelle fois au rendez-vous et ont apprécié le voyage, forcément sanglant : « Nuits courtes, sommeil agité, on trépigne tout autant d’impuissance que de curiosité à chaque réouverture du livre » déclare Yassleo.  La moyenne des avis est de 3,8/5.

Découvrez Que ta volonté soit faite de Maxime Chattam

 

  1. Pandemia, de Franck Thilliez

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Réunis il y a déjà quelques années, les deux héros inoubliables de Franck Thilliez,  Sharko et Lucie Henebelle, sont une nouvelle fois au coeur d’une enquête haletante où l’avenir de l’humanité est en jeu. Les lecteurs sont ressortis particulièrement éprouvés de cette lecture et totalement conquis.  La moyenne des avis est de 4,19, l’une des plus élévées de ce classement. Cet engouement n’est pas prêt de faiblir : « Pandemia continuera de faire d’autres victimes innocentes, et nous connaissons aussi une autre des potentielles transmissions: le bouche à oreilles »avertit d’emblée Stelphique dans sa chronique du livre.

Découvrez Pandemia de Franck Thilliez

 

  1. After, saison 4, d’Anna Todd

132015 a été l’année  Anna Todd. Avec de nouveaux romans prévus et une adaptation cinématographique dans les cartons de quelques producteurs américains, il semblerait que les prochaines années soient également sous le signe d’Anna Todd. FiftyShadesDarker résume ainsi l’ensemble des commentaires : « Dans ce quatrième tome, les histoires s’enchaînent et s’emboîte. le lecteur est vraiment à fond dans l’histoire jusqu’au bout. Il aimerait tout de suite continuer sur le suivant » 

Découvrez After, saison 4 d’Anna Todd

 

  1. Maman a tort, de Michel Bussi

12Très apprécié des lecteurs français et de quelques illustres personnalités à travers le monde, Michel Bussi a fait de nouveau très fort cette année avec son nouveau roman dont il a d’ailleurs pu parler avec quelques uns de ses lecteurs dans les locaux de Babelio. Avec une moyenne de 3,75/5, ce page-turner qui s’invite dans l’univers des contes pour enfants a séduit les plus fidèles de l’écrivain normand ainsi que les nouveaux venus comme Epictete : « En prenant ce livre je n’étais pas encore familier de l’oeuvre de Michel Bussi. J’ai bien l’impression que c’était en réalité un premier pas pour attraper le virus Bussi. »

Découvrez Maman a tort de Michel Bussi

 

  1. Millenium, tome 4, de David Lagercrantz

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David Lagercrantz se savait attendu au tournant. Il se doutait que les amateurs des aventures de Lisbeth Salander ne lui pardonneraient pas le moindre faux pas avec l’héroïne de Stieg Larsson. Ils ont cependant été unanimes pour saluer l’effort de l’écrivain Suédois. Sur Babelio, le tome 4 récolte une très encourageante moyenne de 3,58, certes inférieure à chacun des tomes écrits par Stieg Larsson (les deux premiers ont obtenu une moyenne identique de 4,16, le troisième de 4,15). « Cet opus, résume Fx131 est prenant , palpitant , d’un niveau largement au dessus de la moyenne . Les lecteurs assidus et les néophytes prendront un plaisir certain à la lecture de cet excellent opus qui nous replonge avec délectation dans l’univers jubilatoire de Millenium »

Découvrez Millenium, tome 4 de David Lagercrantz

 

  1. Le livre des Baltimore, de Joël Dicker.

10Son précédent livre, La vérité sur l’affaire Harry Quebert avait créé la surprise non seulement en remportant le Grand Prix du roman de l’Académie française et le Goncourt des Lycéens mais également en restant plusieurs mois à la tête des meilleures ventes en France. Joël Dicker a-t-il confirmé en 2015 son statut de nouveau poids lourd de l’édition ? Il semblerait que la réponse soit positive, Le livre des Baltimore étant l’un des romans les plus vendus de l’année ainsi que l’un des plus populaires sur Babelio. Pour Sissidebeauregard, »Joël Dicker a un vrai talent pour raconter les histoires, on sourit, on rit, on pleure et on se laisse prendre ». La moyenne du livre est de 3,9 sur 5.

Découvrez Le livre des Baltimore de Joël Dicker.

 

  1. Vernon Subutex, tome 1, de Virginie Despentes

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Pour ce premier tome d’une trilogie « sex & drugs & Rock’n’roll », nombreux ont été les lecteurs à comparer la plume de l’auteur à celle de
Michel Houellebecq. Comme lui, Virginie Despentes pose un regard lucide et un brin cynique sur la société contemporaine. “Une fusillade d’émotions” pour SmadJ et le coup de cœur de nombreux lecteurs qui attendent avec impatience le tome 3, prévu pour 2016.

Découvrez Vernon Subutex, tome 1 de Virginie Despentes

 

 

  1. L’instant présent, de Guillaume Musso

CV_L_INSTANT PRESENT_374-BF.inddSi Guillaume Musso ne classe cette année aucun livre dans le top 3, il ne pouvait pas ne pas faire partie du classement des dix auteurs de livres les plus populaires de l’année. En effet, il est systématique présent dans les différentes listes des auteurs les plus vendeurs et L’instant présent n’échappe pas à la règle. Ce thriller psychologique qui flirte avec le fantastique a fait la joie de ses lecteurs avec une moyenne de 3,56, qui reste cependant légèrement inférieure à la note moyenne de l’ensemble de ses livres qui est de 3,75/5 sur Babelio. La morale du livre semble avoir en tout été très appréciée des lecteurs tels que EffyMathers  : « Une fabuleuse leçon de vie nous est dressée au travers d’un voyage long de vingt-quatre années, et pourtant si court : celle de profiter de la vie, de ceux qui nous entourent, de chaque instant : de l’instant présent ».
Découvrez L’instant présent de Guillaume Musso

 

  1. After Saison 2, d’Anna Todd

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La saison 2 du livre phénomène d’Anna Todd a été la plus populaire parmi nos lecteurs avec la première qui a échappé de peu à ce classement, les membres ayant ajouté le livre à leur bibliothèque avant sa sortie en janvier dernier. Avec une moyenne de 3,75, cette seconde saison est pourtant la moins appréciée des cinq. L’histoire compliquée entre Hardin et Tessa a quoi qu’il en soit continué de fasciner des milliers de lecteurs et lectrices à travers le monde et plus particulièrement en France.  Ce deuxième tome n’a pas entamé l’enthousiasme né du premier. Pour Hamisoitil, »les scènes érotiques sont toujours aussi craquantes, alléchantes et wooooou mais la fin promet encore plus de sacrés rebondissements ».

Découvrez After Saison 2 d’Anna Todd

 

  1. Elle et Lui, de Marc Levy

elletluiIl n’existe pas de classements autour des livres les plus populaires d’une année sans la présence d’au moins un livre de Marc Levy. Si ni lui ni son rival de toujours Guillaume Musso ne sont cette année sur les plus hautes marches du podium, la fidélité de leurs lectorats respectifs est impressionnante. Le retour de Marc Levy à la comédie romantique a été salué par toutes et par tous. Un roman “plein de délicatesse, d’humour, de joie, d’émotion” pour Bonheur_Lecture, un « Coup de foudre à Nothing Hill » version Montmartre pour La Libre Belgique et au final un léger avantage sur Guillaume Musso dans ce classement.

Découvrez Elle et Lui de Marc Levy

 

  1. Temps glaciaires, de Fred Vargas

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Qu’y-a-t-il de commun entre l’Islande, un sanglier et Robespierre ?’ se demande tynn. Evidemment, seule la lecture du dernier roman de Fred Vargas vous permettra d’avoir une réponse à cette très intriguante question. Fred Vargas est depuis de longtemps une valeur sûre du polar et elle le confirme année après année. La qualité est toujours au rendez-vous également, la nouvelle aventure d’Adamsberg recueille une moyenne de 3,98 sur 5.

Découvrez Temps glaciaires de Fred Vargas

 

  1. La bibliothèque des coeurs cabossés, de Katarina Bivald

4Premier vrai « Feel Good Books » de la liste, La bibliothèque des coeurs cabossés est une correspondance qui a tout de suite plu aux membres de Babelio. De fait, comme le dit Kittiwake, c’est « presque malhonnête de tendre un tel piège à des lecteurs compulsifs, et c’est une pratique répandue, comme en témoigne la liste “Des livres-bibliothèque” : je veux parler des romans qui parlent de livres. » Ils ont été nombreux à tomber dans le piège tendu par Katarina Bivald dont La bibliothèque des coeurs cabossés est le premier livre. Inutile de dire que les lecteurs sont tout aussi nombreux à attendre avec impatience les prochains romans de l’auteur.

Découvrez  La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina Bivald

 

  1. D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan

3  Delphine de Vigan  ouvre le podium avec le roman D’après une histoire vraie. Prix Renaudot, Goncourt des Lycéens, succès critique et public… Delphine de Vigan semble avoir tout remporté cette année avec son thriller psychologique. Les lecteurs ont voulu tirer le vrai du faux et se sont perdus avec bonheur dans le flou créé volontairement par l’auteur. Ils ont également aimé les réflexions de Delphine de Vigan sur le travail d’écriture. Un nouveau succès après Rien ne s’oppose à la nuit qui avait déjà remporté de nombreux prix en 2011. Il s’agit d’une réussite non négligeable pour Sando : « Pari réussi pour cet auteur qui n’a pas fini de se dévoiler et de nous surprendre ! Un roman brillant à côté duquel il serait vraiment dommage de passer ! »

Découvrez D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

 

  1. Soumission, de Michel Houellebecq.

soumiCela avait été le roman polémique du début de l’année 2015. Certains ont voulu y voir une provocation de la part de l’auteur des Particules élémentaires. Dans cet ouvrage d’anticipation, publié le jour des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, Michel Houellebecq fait en effet d’un parti musulman le premier parti de France. Les critiques ont pourtant apprécié cette nouvelle cuvée houellebecquienne. Pour Eve-Yeshe, « en aucun cas, l’auteur ne stigmatise l’Islam, il se demande seulement comment la France évoluerait dans ce contexte » même si certains comme Corboland78 regrettent « une partie politique-fiction (aucune opposition après l’élection ? que devient le FN ?) et un regard sur les femmes franchement intolérable. » Avec une moyenne de 3,29/5, les avis sont tout de même positifs.

Découvrez Soumission de Michel Houellebecq.

 

  1. La Fille du train, de Paula Hawkins

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« Ce livre est une obsession, dans tous les sens du terme » nous prévient MissMaglivresque78

Enorme surprise du printemps 2015, La fille du train de Paula Hawkins est l’un de ces livres dont on a entendu tout le monde parler en des termes dithyrambiques. Dans la rue, dans le métro, chez des amis, au bureau, les discussions littéraires tournaient invariablement autour de ce roman à peine sorti en librairie.  « Tu as lu La fille du train ? » a peut-être été la question la plus posée par les lecteurs au mois de mai ! De fait, il n’a pas fallu attendre longtemps avant que l’on apprenne que Dreamworks, la société de Steven Spielberg avait déjà acheté les droits pour une adaptation cinématographique.

Ce thriller porté par trois femmes qui luttent contre leurs démons a pour certains été considéré comme le digne successeur du roman Les apparences de Gillian Flynn. Avec une moyenne de 3,7, La fille du train a, sur Babelio, remporté tous les suffrages.

Découvrez La Fille du train de Paula Hawkins
Que pensez-vous de ce classement ? Quel titre aurait selon vous mérité d’être dans ce top 15 ?

Où Babelio vous donne rendez-vous à Angoulême pour le festival international de la bande dessinée

Dans le cadre de son tour de France des festivals littéraires, l’équipe de Babelio se rend en cette fin de mois de janvier à Angoulême à l’occasion du célèbre festival de bande dessinée, incontestablement le plus important du genre.

Armés de nos appareils photos et carnets de notes, nous alimenterons cet article au  fur et à mesure de nos pérégrinations au sein du festival. Interviews, expositions, comptes-rendus, nous vous proposons de vivre Angoulême, comme si vous y étiez.

Bien sûr, n’oubliez pas de nous suivre également sur le twitter de Babelio qui nous permettra de vous diffuser les informations en direct.

 

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Le festival en quelques mots

L’édition 2016

Du 28 au 31 janvier 2016 se tiendra la 43 ème édition du festival d’Angoulême, le plus grand festival européen dédié à la bande dessinée sous toutes ses formes : mangas, comics, bande dessinée franco-belge, bd italienne… Angoulême est, l’espace de quelques jours, le rendez-vous incontournable de tous les amateurs de BD.
Cette édition sera l’occasion de souffler les bougies de Lucky Luke qui fête son 70 ème anniversaire avec la publication d’un nouveau tome et une importante exposition qui permettra aux visiteurs de contempler pour la première fois certains dessins originaux de Morris.
Hugo Pratt sera cette année également à l’honneur avec une exposition centrée sur les inspirations littéraires du dessinateur italien.
Lauréat du Grand Prix d’Angoulême en 2015, Katsuhiro Otomo sera également l’objet, comme le veut la tradition, d’une exposition célébrant son art. En tant que grand gagnant, il a également  réalisé la très belle affiche ci-dessous.

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Qui sera d’ailleurs son successeur cette année ? Et en aura-t-il seulement un du fait de la récente polémique ? Il faudra suivre nos actualités ici même !


Retrouvez le programme complet du festival en heure par heure sur le site

 

Retrouvez la liste complète des auteurs présents


Vos critiques

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Comme nous le faisons dorénavant pour de nombreux salons comme la Foire de Brive, le Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil ou encore le Salon du Livre de Paris, nous proposons, lors du festival, de nombreux avis de lecteurs sur les stands des éditeurs. En partenariat avec une vingtaine d’éditeurs, c’est ainsi près d’une centaine d’extraits de critiques issues de Babelio qui seront affichés sur les stands.

 

Notre Revue de  presse du festival

Comme tous les ans depuis de nombreuses années lors de l’ouverture du festival d’Angoulême, Libération propose une édition spéciale BD avec, à la place des photos illustrant les articles, des dessins signés de quelques plumes bien connues de la BD ou bien des talents en devenir.

hermannLa Bd est également au cœur de cette édition avec notamment un portrait du nouveau Grand prix d’Angoulême, Hermann, dessinateur belge de 77 ans qui remporte donc la distinction qui aura fait une nouvelle fois polémique. Un choix justifié pour le journal : «C’est avant tout un grand dessinateur réaliste, à la production foisonnante , inspiré à ses débuts par des artistes comme Jijé et Jean Giraud qui est récompensé ».

otomoLa venue – presque surprise- de Katsuhiro Otomo à Paris est l’objet d’un autre article de Libération qui a assisté à la conférence de presse de celui qui a remporté le Grand prix d’Angoulême l’année dernière : « Katsuhiro Otomo a toujours été économe de ses apparitions médiatiques. Une discretion qu’il ne faut pas prendre pour un manque d’assurance. A 61 ans, l’artiste sait sa place dans l’histoire. » Une place que compte bien rappeler le festival avec une grande exposition dédiée au mangaka.
comicsEn plein débat sur la place des femmes dans la bande dessinée, un dossier revient sur l’absence remarquée de super-héroïnes dans les comics : « L’invisibilité du deuxième sexe dans la BD ne date pas d’Angoulême. A l’exception notable de Wonder Woman, les femmes aux superpouvoirs sont souvent de pâles avatars de leurs collègues masculins » avance les auteurs de ce dossier qui reviennent sur quelques figures marquantes qui sont tout de même apparues cs dernières années : She-Hulk, Kamala Khan ou encore Jessica Jones.

 

 

Chez Télérama, ci-dessous, un dessin de Soulcié qui nous a fait rire !

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SI la BD est à l’honneur pendant quelques jours,  Frédéric Potet revient dans un article du Monde sur la précarité des auteurs de BD. « Il ne fait pas bon être auteur de bande dessinée en ce moment, précise l’auteur d’entrée ». De fait, une étude qui sera publiée lors du festival d’Angoulême montre que « plus de 50% des professionnels du 9ème art gagnent moins que le smic ».

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De la même manière que Libération, Le Huffington Post propose une édition tout en Bd pour illustrer ses articles. Dans l’édito de cette édition du jour Adrien Oster précise ainsi que « la une et tous les articles du HuffPost seront illustrés par les élèves du Cesan (Centre d’études spécialisé des arts narratifs), première école de bande dessinée à Paris et déjà partenaire du HuffPost en 2015 ».

 

Expositions

 Morris, l’homme qui inventa Lucky Luke

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A l’occasion des 70 ans du plus célèbre des cow boys du Far West, le festival propose une grande exposition dédiée à Morris qui a consacré toute son oeuvre à son cow-boy. Pour la toute première fois, les visiteurs auront la chance de découvrir pas loin de 150 planches de l’auteur dont des originales, jusqu’à présent gardées exclusivement privées selon les souhaits de leur créateur. Cette exposition, “L’art de Morris”, a vocation à retracer l’évolution du trait du créateur de Lucky Luke et dévoilera plusieurs facettes de son oeuvre grâce à la présentation de journaux rares, d’esquisses, d’objets, d’interviews ainsi que de manuscrits provenant de collections privées ou de prêts particuliers. Conçue pour le grand public,activités ludiques et pédagogiques seront également proposées aux visiteurs, de manière à rappeler que, 70 ans après sa naissance, Lucky Luke demeure l’un personnage absolument transgénérationnel.

Nos impressions
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On a peut-être lu un peu vite les aventures de Lucky Luke. Oh, ne nous méprenons pas, on a toujours aimé les aventures du cow-boy qui tire plus vite que son ombre. Cependant, l’exposition qui est consacrée à Luky Luke et à son créateur Morris ( Maurice de Bevere pour l’état civil), constituée de nombreuses planches originales, nous montre à quel point il y avait du génie chez ce dernier quand on ne voulait peut-être voir que son talent à raconter, avec le scénariste René Goscinny, des histoires humoristiques autour de son héros et de son cheval.
Un génie du noir et blanc par exemple. Alors que ses aventures apparaissent comme très colorées, l’exposition rappelle à quel point Morris fut un « praticien expert du noir et blanc qui sait construire un dessin sur de forts contrastes entre le clair et l’obscur ». Pour appuyer cette analyse, de nombreuses planches ne laissent aucune place au doute et montrent la beauté de ses contrastes. Un coloriste de Morris, Vittorio Leonardo, témoigne : « Pour Morris, un bon dessin était obligatoirement parfait en noir et Blanc ».

Un génie du cadrage également. Le western est un genre cinématographique et l’exposition rappelle là encore à quel point  Morris maîtrisait à la perfection les différentes techniques de cadrage. Une même planche peut multiplier les mouvements de caméra pour plonger le lecteur directement dans l’action. Ce n’est un secret pour personne, Morris rêvait de cinéma et avait même travaillé, à ses débuts, dans un atelier de dessins animés en compagnie de Franquin. L’épisode fut de courte durée mais illustre les accointances de Morris avec le 9ème art. Il est d’ailleurs amusant de noter que le dessinateur est souvent comparé à des génies du cinéma. C’est le Hitchcock de la BD pour Bibliobs, ou un Buster Keaton pour Lyonne.fr .

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plancheUn génie du mouvement. Si Les aventures de Lucky ne semblent pas avoir pris de rides, c’est que Morris fut très novateur dans les mouvements. Certains gestes des personnages sont ainsi découpés en plusieurs cases, du jamais-vu en 1946, date de la parution du premier album de Lucky Luke. De même, le dessinateur utilise peu les « traits de mouvements », les traits utilisés par les dessinateurs pour souligner les mouvements de ses personnages : « Dans un geste, l’image qui passe le mieux, en statique, c’est celle où le mouvement est le plus lent. Sur la rétine de l’œil, il y a une espèce de persistance qui fait que les phases les plus lentes restent le mieux imprimées » disait ainsi Morris cité par Télérama.
Enfin, comme on peut le voir sur la planche reproduite ci-dessus, si Morris est un grand adepte du gaufrier, il ne se prive jamais de présenter certains dessins importants et parfois remplis de détails savoureux sur des demi-planches. Jean-Pierre Mercier et Stéphane Beaujean, les auteurs du livre L’art de Morris, rappellent que ce dernier « est le premier à introduire ce principe dans la bande dessinée franco-belge dès 1948 dans Grand Rodéo ».

 

20160130_172952_HDREvidemment, tout cela n’aurait aucune importance s’il n’y avait pas derrière ces innovations fulgurantes de grandes histoires dans lesquelles se côtoient des personnages haut en couleur. Ce sont eux, avant tout, qui ont fait le succès de cette série de BD qui aura occupé toute la vie de son créateur.

L’exposition revient ainsi sur l’évolution du physique de Lucky Luke, assez rondouillet au départ, lorsque Morris le dessine dans ses carnets ; la place de Jolly Jumper, qui est progressivement doté de la parole à la déception de certains lecteurs ; ou encore celles des Daltons qui plaisent énormément aux enfants.

Une expo qui donne envie de se procurer tous les albums de Lucky Luke et de les redécouvrir immédiatement.

 

Hugo  Pratt, rencontres et passages

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L’oeuvre d’Hugo Pratt a toujours baigné dans la littérature. Des citations qui parsèment son oeuvre aux images de Corto lisant un livre, il a toujours été question de littérature et de livres dans l’oeuvre du génial dessinateur italien.
C’est ce lien entre la littérature et son oeuvre que nous fait découvrir cette exposition qui se tiendra Espace Franquin, salle Iribe.

Nos Impressions : Venise

Quiconque a lu un jour une bande dessinée d’Hugo Pratt sait que la poésie y tient une place importante, des lectures de Corto -pour ne citer que son héros le plus illustre- aux récits parfois fantasmatiques que le dessinateur met en scène.

L’exposition consacrée à Hugo Pratt à l’Espace Franquin d’Angoulême nous permet de mieux percevoir les influences littéraires et poétiques du dessinateur Italien. On découvre quels sont ses premières lectures et parmi celles-ci il n’est pas étonnant de voir que ce sont les écrivains d’aventure qui ont marqué le jeune Hugo. Robert Louis Stevenson, par exemple, a eu une influence prépondérante sur l’oeuvre et la vie même d’Hugo. C’est son père qui lui a remis L’île au trésor au moment de son départ pour un camp de concentration : Pratt« Maintenant va à la recherche de ta propre île ». Ce sont les dernières paroles que mon père m’ait dites. Après il est mort et moi, je suis resté avec ce petit livre L’île au Trésor de mon père ».

Cette recherche occupera une partie de la vie d’Hugo Pratt : « Mon père avait raison, j’ai trouvé mon île au trésor. Je l’ai trouvée dans mon monde intérieur, mes rencontres, dans mon travail ».
Hugo Pratt n’oubliera pas Stevenson dont il illustrera plusieurs histoires dont la plus célèbre. Il ira également visiter sa tombe.

Si Stevenson a été une grande influence dans son oeuvre, l’exposition 20160129_112129_HDRrevient sur l’importance toute aussi importante d’auteurs tels que William Shakespeare ou Jack London mais également les poètes Arthur Rimbaud ou Yeats dont il apprécieparticulièrement la poésie ésotérique.

« Dans la littérature, ce qui me touche le plus, c’est la poésie, parce qu’elle est synthétique et qu’elle procède par images » dit Hugo Pratt.

 

Une exposition à découvrir Espace Franquin durant la durée du festival.

 

Interduck

20160129_162627_HDRBelle et drôle d’expo au Musée d’Angoulême avec Interduck, un exposition de peintures célèbres revisitées avec des canards ressemblants à Donald Duck ! Oui, vous avez bien lu, des palmipèdes comme tout droit issus des ateliers Disney ont remplacé, dans les tableaux exposés, les personnages et paysages peints par Leonard de Vinci, Rembrandt, Monet, entre autres peintres.

Le résultats est des plus réussis, chaque toile provoquant20160129_162620_HDR le sourire et l’admiration tant les tableaux respectent les tableaux d’origine en remplaçant simplement le sujet principal par un canard. La grande force de cette exposition et de ce travail repose principalement dans la variété des genres abordés : c’est toute l’histoire de la peinture qui a été revisitée avec un talent égal, de l’époque classique à l’époque contemporaine. La plupart des tableaux sont accompagnés, comme il se doit, d’une petite notice très drôle qui revient sur l’origine du tableau et explique aux moins attentifs ce qui s’y trouve ou ce que l’artiste voulait exprimer.

 

20160129_162909_HDRDerrière Interduck se cache un collectif allemand qui agit depuis les années 1980 dans cette grande entreprise de détournement d’oeuvres d’art. Ils se présentent,sur leur site internet comme » un groupement d’artistes qui maîtrisent aussi bien les techniques traditionnelles de peinture figurative que les formes contemporaines, le dessin ou les techniques traditionnelles d’impression graphique ». Une maîtrise impressionnante qui surprendra et amusera chaque visiteur de l’exposition et lui permettra de revisiter avec humour les grandes étapes de l’Histoire de l’Art.

Musée d’Angoulême ; Du 28 janvier au 15 mars 2016.

 
Jean-Christophe Menu

 

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Il avait l’année dernière été désigné pour recevoir le prix attribué à Charlie Hebdo. Il est cette année l’objet d’une riche exposition qui revient sur l’ensemble de sa carrière de dessinateur.

20160130_122631_HDRLui, c’est Jean-Christophe Menu, figure importante de la Bande dessinée qui a co-fondé la célèbre maison d’édition indépendante l’Association avant de la présider lui-même de longues années durant. C’est cependant surtout sur sa production graphique que s’intéresse cette exposition au sein du superbe hôtel Saint-Simon d’Angoulême.

20160130_123332_HDROn retrouve dans cet hôtel particulier de nombreuses planches de la plupart des ses oeuvres :  Livret de phamilleLocke Groove Comix, Chroquettes ou encore Donjon Monsters, incursion réussie dans le Donjon de Joann Sfar et Lewis Trondheim avec lesquels le dessinateur et théoricien de la BD s’est depuis fâché, malheureusement. Le noir et blanc domine une production sans grande concession avec les exigences du grand public. La musique y tient naturellement une place très importante, Jean-Christophe Menu étant un grand amateur de rock. Quelques visiteurs auront d’ailleurs pu remarquer une interview donnée pour le magazine Rock&Folk au sein des objets présentés. Outre les planches de ses oeuvres, de nombreux objets et ouvrages écrits ou édités par l’auteur sont en effet présentés. Son travail de théoricien et essayiste de la bande dessinée n’a pas non plus été oubliée avec l’exposition de ses ouvrages consacrés à la bande dessinée et ses essais souvent polémiques.

L’équipe de l’Obs a suivi Jean-Christophe Menu pendant le festival d’Angoulême etc’est très savoureux à lire !
 Coyote, 20 ans de bulles et de motos et de pin upCoyote-peintre

20160129_141457_HDRIl nous quittait en une triste journée d’août, laissant orphelin son Litteul Kévin dont les aventures faisaient la joie de tous ses lecteurs, amateurs de moto ou non.
Le festival a décidé de rendre hommage à Coyote dans les rues de la ville, quelques unes de ses meilleures images seront en effet affichées sur les panneaux électoraux implantés dans les rues et sur les places d’Angoulême.

 

C’est par surprise et devant le Conservatoire que 20160129_141430_HDRnous sommes tombés devant deux panneaux municipaux affichant des dessins de Coyote. On reste un peu déçu sur ce point parce que, si on n’a peut-être pas été assez attentif, on n’en a pas vu d’autres. Il est vrai aussi que la pluie qui est tombée presque sans discontinuer tout au long du festival a limité nos pérégrinations dans les rues de la ville.

 

 

 

Conférence sur les super-héros dans les comics français

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Une chose est sûre, Jean-Michel Ferragatti a du en lire des comics. C’est avec une anecdote qu’il ouvre sa conférence : “Souvent les gens pensent que les comics ont commencé à se répendre à partir du moment où eux ont commencé à en lire”. Evidemment, l’expert est là pour nous prouver le contraire et souligner la diversité de la production française de comics, bien avant l’arrivée des superproductions américaines.

1939 – 1961 : L’âge d’or des super-héros en France

 

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L’histoire des superhéros débute en France en 1939 avec la publication de la première planche montrant celui qui aux Etats-Unis s’appelle Superman, sous le nom bien hexagonal de Marc Hercule moderne et publié dans le journal de Spirou. Le format est à l’époque celui du strip, qui convient beaucoup mieux aux pages de nos journaux qui sont, en ces années, le canal de diffusion des bandes dessinées pour enfants. Au même moment, un autre personnage aux caractéristiques très proches apparaît également sous le nom de Yordi, du nom d’un proche de son éditeur Italien. Evidemment, ce Superman connaît un énorme succès en France et surtout chez le jeune public. En effet ,l’Eglise voit d’un mauvais oeil cette créature volante. Cette célébrité soudaine vaut à Super Hercule d’être maintes fois copié par les éditeurs, qui en proposent des variantes multiples comme L’homme prodige, Le grand Yarko son homonyme magicien, ou encore le Surhomme et le Fantôme d’acier. On trouve également à l’époque les précurseurs de certains héros connus à l’heure actuelle comme un certain Fantôme justicier qui deviendra plus tard Daredevil.

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1940 signe l’arrivée de Batman sous le nom du Masque Rouge qui connaîtra contre toute attente une célébrité très courte due malheureusement au démarrage de la guerre, responsable de la fin de la production de la majorité des journaux dessinés. La majorité des éditeurs de bandes dessinées émigrent donc vers le sud, en direction de la zone libre afin de pouvoir conitnuer leur production. Ayant pour la plupart abandonné leur imprimeur, les planches de cette époque sont caractérisés par leur bichromie, plus facile à maîtriser pour les imprimeurs locaux non habitués aux palettes de couleurs des éditeurs spécialisés de la zone occupée. Le Condor Noir, l’Eclair, Judax, les héros continuent de naître malgré ces difficultés. Jusqu’alors présenté sous format traditionnel, entre le A2 et le A3, les comics n’adopteront le format du Comic Book, dit format à la française qu’en 1979. La lanterne verte, ancêtre de Green Lantern fait son apparition à cette époque, à la fin des années 40.

L’occupation et la censure accrue de la Kommandantur est la majeure raison de la francisation de tous ces héros : les bandes dessinées ne doivent pas montrer leur influence américaine et c’est pourquoi des héros comme le The Voice, une sorte de Tarzan américain, s’est transformé en Monsieur Elixir à son passage en France. Car ces séries de comics ne sont que des productions américaines, rachetées par des éditeurs français dont le rôle n’est pratiquement que de retoucher les planches afin de les faire accepter par les censeurs. Le masque par exemple, synonyme de mensonges est quasiment systématiquement effacé sur les planches françaises et n’arrivera que bien plus tard sur notre territoire, incarné en tout premier par The Clock ou en français Le masque rouge.

 

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Après la guerre, les nouveaux héros préfigurent peu à peu nos supers héros actuels, se dotant progressivement de supers pouvoirs de plus en plus exceptionnels, comme la capacité de voler ou l’invincibilité, ce qui n’était pas le cas auparavant ou leurs capacités hors normes se résumaient souvent à des pistolets laser ou encore du mentalisme. La guerre fait bien entendu son entrée au sein des aventures de ces comics, qui ont pu par exemple mettre en scène des superrésistants ou encore des supersousmariniers. On aurait pu penser que les autorités de la Libération eurent été plus clémentes envers le modèle Américain mais il en fut tout autrement. Les bandes dessinées américaines importées sont encore moins chères que les productions françaises, ce qui est mal vu par le marché exagonal qui cherche donc encore une fois à s’en démarquer.

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Peu à peu, la culture comics, grâce à son fulgurant succès, s’ouvre peu à peu à d’autres supports afin de toucher de nouveaux publics et en premier lieu les adultes. Rappelons que les premières aventures de Superman s’adressaient normalement aux enfants de 5 à 8 ans. C’est France Soir qui, en premier, commencera à diffuser des comics sur ses pages, avec des héros plus adultes comme Wonder Woman, jugée un peu trop “osée” pour les enfants.

L’année 1949 signe l’arrêt total de la production de comics jusqu’en 1954, qui fera son grand retour avec le personnage de Big Boy, un petit magasine édité par DC Comics et présentant le personnage de Tomahawk par exemple ainsi que les premières histoires de science fiction, comme le taxi de l’espace.

Rex wonderdog, Tommy Tomorrow, Océo Rex ou encore The Silent Knight, la production s’américanise et devient progressivement ce que nous en connaissons aujourd’hui. 1962 est l’année de l’arrivée de Flash, toujours sans son masque, et c’est là l’entrée du comics français dans son âge d’argent.

 

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Nos entretiens avec les grandes figures de la BD

Mises à jour quotidiennement, vous retrouverez ici le résumé de nos divers entretiens avec auteurs et éditeurs présents lors du festival.

 

Entretien avec Rémi Farnos, l’auteur d’Alcibiade :

 Alcibiade est un jeune garçon, parti à la recherche d’un grand sage censé lui révéler son destin. Son aventure, très homérique, ainsi que l’univers graphique font référence à l’époque de la Grèce antique. Pourquoi avoir choisi cette période et non pas le monde contemporain ? L’Odyssée vous a-t-elle inspirée cet album ?

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Ça fait référence à la Grèce antique sans pour autant s`y passer franchement. Je voulais faire un récit de fantaisie qui traite , en toile de fond, du passage de l`inconnu qui accède au rang de légende. Je voulais un décor, plutôt une période, qui coïncidait avec l`image collective quand on parle de mythe. J`avais également très envie de me lancer dans une aventure épique. Tout ça fait que la Grèce antique paraissait d`emblée plus appropriée que le monde contemporain. Par conséquent, que ça renvoie au texte d`Homère me semble logique, c`est en quelque sorte un repère fiable, une valeur sûre. Ce qui me paraissait important pour pouvoir me permettre de « déstabiliser » sur d`autres plans, par exemple la façon de raconter l`histoire.

Retrouvez l’intégralité de l’interview sur Babelio

 

Entretien avec Pozla, l’auteur de Carnet de santé foireuse :

Carnet de santé foireuse illustre votre combat contre la maladie de Crohn, diagnostiquée sur le tard. Cet album est tiré d’un carnet sur lequel vous avez travaillé lors de votre traitement hospitalier. Quel rôle a joué le dessin pendant votre maladie ?

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J`ai toujours un ou plusieurs carnets sur moi pour dessiner en toutes situations, c`est donc naturellement que mon petit matériel m`a suivi à l`hôpital. J`ai fait le premier dessin la veille de l`opération, pour passer le temps. Puis après l`intervention lorsque j`ai eu la force de redessiner, le dessin m`absorbait à tel point que la douleur passait au second plan, et chaque page noircie m`offrait une respiration inespérée. La douleur était quasi omniprésente, avec des pics très aigus que seule la morphine pouvait soulager… ou le dessin! Je couchais sur papier mes sensations, la hachure me faisant approcher des états de méditation ou de transe salvateurs. J`ai donc entretenu cet exutoire pour avancer. Deux ans après, lorsque je me suis penché sur le récit, j`ai dû re-digérer tout ce qui m`était arrivé pour pouvoir le raconter, une autre étape de ma thérapie par le dessin.

Retrouvez l’interview complète sur Babelio

 

 

Entretien  avec Yoshitoki Oima, l’auteur de The silent voice : 

A Silent Voice met en scène Shoko, une fillette malentendante. Pourquoi avoir choisi un personnage principal avec un tel handicap ?

J’ai été sensibilisée à la langue des signes très vite et j’ai toujours eu autour de moi des personnes sourdes ou malentendantes. Ma mère est interprète en langue des signes et c’est à l’époque où je vivais avec elle que j’ai eu l’idée de dessiner ce manga. D’ailleurs, le fait qu’elle pouvait me donner des conseils sur la manière de représenter les échanges muets m’a beaucoup aidé. C’est comme ça qu’est né ce personnage, Shoko.

Retrouvez l’interview complète de l’auteur 

 

Entretien avec Nicole J George, l’auteur de Allo, Dr Laura :

Allo Dr Laura est une autobiographie romancée. Comment en vient-on à publier une autobiographie ? Pourquoi décide-t-on de rendre public des moments si intimes de sa vie ?

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Je rédige et publie des travaux autobiographiques depuis mon adolescence. Lorsque j’étais au lycée, ma vie a été complètement chamboulée lorsque j’ai découvert l’existence d’autobiographies d’illustratrices féministes. Quelque chose dans leur honnêteté m’a poussé à auto-publier mes travaux. Je n’ai, depuis, jamais cessé de raconter mes propres histoires…

Retrouvez l’interview au complet sur Babelio 

 

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Entretien à venir avec Allan Barte, l’auteur de Allan Barte contre les zombies.

 

 

 

 

 

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Entretien à venir avec Sébastien Gnaedig, directeur éditorial chez Futuropolis.

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Marie Neuser

Gondoles, monuments, pizzas et autres gourmandises… L’Italie évoque pour beaucoup un pays plein de charme et douceurs. C’est un tout autre paysage qu’une trentaine de lecteurs Babelio a découvert le vendredi 15 janvier lors de leur rencontre avec Marie Neuser, une professeur agrégée d’italien et auteur de Prendre Gloria, publié chez Fleuve éditions. Ce récit est le quatrième roman de Marie Neuser après Prendre Lily paru cet été chez le même éditeur et dont il fait office de préquelle. Alors que Prendre Lily se déroulait en Angleterre et nous emmenait sur la traque d’un psychopathe insaisissable, c’est en Italie que se déroule l’enquête, près de 10 ans auparavant, alors qu’une jeune fille vient de mystérieusement disparaître.

Dans la commune italienne de P, on sauve les apparences. Sauf le 12 septembre 1993, le jour où la jeune Gloria Prats quitte son amie Elena pour se rendre à l’église. Car cette fois, elle n’en ressortira pas. Fugue ? Enlèvement ? Combien de temps Damiano Solivo, collectionneur de mèches de cheveux et camarade de jeux à base de lames et d’urine et 2e protagoniste dans l’affaire Prats pourra-t-il rester dans l’ombre ?
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Découvrir les faits

Puissante critique sociale, Prendre Gloria est une histoire vraie, celle d’Elisa Claps, le double réel de la Gloria de Marie Neuser. C’est grâce à la télévision italienne que l’auteur a pour la première fois pris connaissance de l’affaire de la jeune Elisa Claps. “J’ai entendu parler de cette affaire lorsqu’ils ont retrouvé le corps d’Elisa, plus de 17 ans après sa disparition dans une église . Les médias sont entrée en ébullition en Italie, il était impossible de passer à côté de cette histoire à l’époque”. Au contraire de la France,l’Italie autorise les procès à être filmés et les médias à diffuser des informations relatives à l’enquête. Du pain béni pour Marie Neuser qui décide alors de se pencher sur cette affaire : “ L’émission Chi L’ha visto (Où es-tu en français) m’a permis de me tenir informée des détails de l’enquête. Au fur et à mesure des diffusions, je découvrais des éléments de plus en plus incroyables sur la vie de Danilo Restivo, le meurtrier. Quand j’en ai parlé à une amie, elle m’a conseillé d’en faire un livre. Une demi journée plus tard j’étais lancée.”

 

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Quand la réalité devient fiction

Bien sûr, l’intérêt de ce deuxième roman de Marie Neuser ne tient pas tant dans la découverte du coupable, mais plutôt dans l’incompréhension face à certains éléments de l’enquête et le fait que le meurtrier, pourtant connu, ne soit pas appréhendé plus tôt : “Je voulais essayer de faire le lien entre les éléments plutôt chaotiques relayés par les médias. C’est le grand “pourquoi” qui surplombait les faits qui a motivé mon écriture. Pourquoi a-t-on pu laisser fuir un coupable ? Pourquoi n’a-t-on retrouvé le corps de sa victime que dix-sept ans après ?  ” Plus encore qu’une simple curiosité, Marie Neuser explique à ses lecteurs qu’elle a également cherché à rendre sa dignité à la victime en tentant de résoudre le mystère. “J’ai laissé parler ma plume pour remplir les zones d’ombres de l’enquête. Mais la réalité est tellement folle que je n’ai pas souvent eu besoin de rajouter d’éléments fictionnels pour rendre le tout divertissant. Par exemple, pourquoi le prêtre qui découvre le corps d’Elisa deux mois avant sa découverte officielle a-t-il gardé cette information pour lui ? Pourquoi ?” Peu à peu, c’est un véritable jeu de suppositions qui s’installe entre les lecteurs et Marie Neuser, chacun y allant de son avis pour justifier les démarches incompréhensibles des acteurs de l’enquête. Le seul personnage exclusivement fictionnel dans le roman de Marie Neuser est le voleur de tuiles  : “Personne n’a jamais pu justifier le vol de ces tuiles dans le procès d’Elisa, j’ai donc inventé un voleur, c’est ce qui m’a paru le plus logique.”

 

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Une justice médiatique

Grâce à la juridiction italienne, l’auteur a pu trouver toutes les informations nécessaires à la rédaction de son roman dans les médias. “L’affaire a été très suivie en Italie ainsi qu’en Angleterre et c’est pourquoi beaucoup d’articles de presse étaient disponibles sur le sujet, même si ma principale source d’informations demeure l’émission italienne Chi L’ha Visto qui diffusait les procès, les pièces à convictions et même les rapports d’autopsie.”

Une avocate dans le public de lecteurs présents lors de cette rencontre n’a pas manqué de souligner l’impossibilité absolue de ce genre d’émission en France et sa surprise face à une telle publicité médiatique des procès. “L’avantage de ce type d’émission italienne, lui répond l’auteur, c’est que j’ai pu voir absolument tous les acteurs de l’enquête mentir devant le juge et cela m’a beaucoup aidé pour les dépeindre dans mon roman, pour essayer de deviner quelles pouvaient être leurs motivations.”

 

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L’enquête à sa façon

Très surpris par la construction particulière du roman, les lecteurs ont logiquement interrogé l’auteur sur ses méthodes d’écriture : “Je ne voulais pas raconter l’histoire chronologiquement car dans cet ordre précis elle n’a absolument pas de sens. Je l’ai écrite comme je l’ai reçue, c’est à dire dans le désordre.” Élucidée à la manière d’un puzzle, l’enquête de Restivo met en jeu des motivations extrêmement disparates chez un grand nombre de parties prenantes, ce qui en rend la compréhension délicate. Loin de vouloir perdre cette dimension, Marie Neuser a choisi de réaliser ce roman à plusieurs voix et de disposer les épisodes de l’enquête comme bon lui a semblé “J’ai changé l’ordre de mes chapitres jusqu’au moment de rendre mon manuscrit et c’est pour cela que j’ai veillé à tout dater.”

 

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Roman sans héros

Contrairement à beaucoup de romans actuels, le récit de Marie Neuser ne met pas en scène de héros, mais bien une chorale de protagonistes prenant chacun leur tour la parole grâce à de courts chapitres dédiés. “Ma volonté première était de montrer tous les protagonistes “patauger dans la choucroute” autour de l’affaire et pas de me concentrer sur la vision d’un policier ou de la famille de la victime. Le roman ne tournant pas autour de l’identité du meurtrier en particulier, l’absence de héros est rendue possible.”

Si Marie Neuser donne une importance équivalente à tous ses personnages, c’est en partie parce qu’elle a mis du sien dans chacun d’entre eux : “Je pense que dans chaque personnage qui parle, il y a une partie de moi. J’ai cherché dans mes souvenirs pour les rendre vivants et j’y ai mis du mien, même dans le voleur de tuiles.” Un favori ? Oui, Marie Neuser confie avoir une petite préférence pour les chapitres dédiés à Elena. En revanche, l’auteur avoue ressentir de l’empathie même envers le meurtrier, au passé si difficile : “Son histoire est si désolante que l’on ne peut que le comprendre ou tout du moins essayer.”

 

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Diptyque

Prendre Gloria est la seconde partie d’un diptyque consacré à l’enquête et si Gloria a été écrit en premier, c’est Prendre Lily qui est sorti d’abord : “ Au départ, je ne pensais écrire qu’un seul tome et puis lorsque je me suis penchée sur la partie anglaise de l’enquête, qui a malgré tout duré 8 ans, j’ai compris que tout ne tiendrait pas dans un seul livre. C’est mon éditeur qui a choisi de publier Prendre Lily en premier, permettant de faire découvrir la parti thriller avant celle concernant la fabrication du monstre.”

 

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Projets

La séance de question s’oriente enfin vers les projets à venir de Marie Neuser, décidée à ne pas écrire un nouveau polar : “Je ne quitterai bien sûr pas l’univers du noir. Je pense m’attaquer à la notion du passage à l’acte, c’est elle qui au fond m’intéresse. Je pense notamment au dépeceur de Montréal : comment en vient-on à dévorer un être humain devant des caméras ? C’est ce genre d’interrogation qui m’inspire ; j’aime chercher des explications à l’inconcevable et c’est d’ailleurs pour cette raison que l’affaire Restivo m’a tant captivé et me hantera encore longtemps.”

 

La rencontre s’est clôturée avec l’habituelle séance de dédicace pendant laquelle les lecteurs en ont profité pour échanger directement avec l’auteur, ravie d’entendre l’analyse de ses lecteurs face à cette fascinante enquête.
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Retrouvez Prendre Gloria de Marie Neuser publié chez Fleuvenoir.

Où Babelio présente une étude de lectorat sur la romance

 

Dans le cadre de son cycle de conférences sur “les pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le 12 janvier dernier une nouvelle étude sur un type de lecteur bien spécifique, l’amateur de romance. Comment choisit-il ses lectures ? Qui sont ses prescripteurs ? Quelle image véhicule ce genre auprès des lecteurs ?

Pour tenter de répondre à ces questions et décrire ces nouveaux amateurs d’histoire d’amour, Babelio a mené une enquête durant la deuxième quinzaine de décembre auprès de 3 023 personnes au sein de sa base de donnée utilisateurs.

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Trois intervenants étaient présents afin de partager leurs réactions face aux résultats de cette enquête : Isabelle Solal, éditrice chez Hugo & Cie, Karine Lanini, directrice éditoriale chez Harlequin et Karine Bailly de Robien, éditrice chez Charleston. Le débat a été animé par Pierre Fremaux, co-fondateur de Babelio, à la suite de la présentation de l’étude faite par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio.

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De gauche à droite : Karine Bailly de Robien, Isabelle Solal et Karine Lanini

Littérature sentimentale moderne dont l’intrigue repose sur une relation amoureuse au dénouement souvent heureux, la romance est un genre en pleine expansion. Composée de nombreux sous genres, parmi lesquels la romance paranormale, historique, policière ou encore la chick lit, elle est vaste et c’est pourquoi l’étude de son lectorat représente un enjeu de taille à l’heure où certains ouvrages réalisent des scores de ventes plus élevés que jamais.

Historiquement, c’est la maison Harlequin qui fut la première en 1978 à importer dans l’hexagone ce genre littéraire, jusqu’alors purement anglo-saxon. S’il a quelque peu tardé à acquérir ses lettres de noblesse, le genre est actuellement hautement diversifié. La parution et le succès phénoménal de la saga 50 nuances de Grey a jeté une lumière toute nouvelle sur le genre dont l’édition n’a pas tardé à s’emparer. Possédant désormais ses collections propres dans plusieurs maisons et au coeur de nombreuses questions relatives à son positionnement, nous avons choisi de nous intéresser à ce genre dynamique situé au coeur de la scène littéraire actuelle.

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De façon plus marquée encore que dans nos dernières études, le lectorat de la romance est à une écrasante majorité féminin. Bien que le lectorat Babelio soit déjà hautement féminin (80%), il s’agit là d’un fait bien plus accentué pour ce genre. Femme, le lecteur de romance sur Babelio est également jeune puisque 57% des interrogés ont déclaré avoir moins de 35 ans, ce qui différencie ce genre du polar par exemple. Ce lecteur est également un très grand consommateur de livres puisque 95% des interrogés ont  déclaré lire plus d’un livre par mois. Évidemment, cette spécificité propre à la communauté Babelio peut éventuellement avoir entraîné des biais à notre étude qu’il a justement été intéressant de commenter lors de la discussion avec les éditeurs.
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Comme évoqué en introduction, l’étendue des sous-genres recouverts par la dénomination “romance” est telle que la définition de ce genre reste un exercice difficile pour les lecteurs, comme le montrent les résultats ci-dessus. En tant que “romance”, le sondage montre que des genres tels que le Young Adult (représenté par Twilight dans le sondage) et le roman érotique (représenté par Cinquante nuances de Grey) sont pour la plupart des lecteurs considérés comme de la romance. Si cette dernière est difficile à définir avec précision, les lectrices savent en revanche très bien pourquoi elles en lisent. Les raisons de ces lectures sont clairement identifiées par notre panel de répondants : besoin de rêver, recherche d’un happy end, histoire d’amour… Bref, la romance apparaît comme une lecture plaisir, une lecture “doudou” selon les dires  de Karine Bailly de Robien.
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“Le lecteur de romance lit de tout”

 

Loin d’être exclusive à la romance ni homogène, la population interrogée se détache des autres lectorat par la diversité de ses lectures. En effet, la romance représente moins de 50% de lectures pour 76% des interrogés. Attention, loin de signifier que le grand lecture que représente le lecteur Babelio, ne lit pas de romance, ce chiffre révèle plutôt que ce lecteur est en revanche susceptible de lire de tout.

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C’est à ce sujet qu’Isabelle Solal, éditrice chez Hugo & Cie, prend la première la parole. Selon elle, cette diversité dans les lectures de l’amateur de romance est loin d’être nouvelle. “Les lectrices de romance sont des personnes qui aiment lire. Si auparavant elles tentaient de cacher ce type de lecture, elles l’assument pleinement aujourd’hui, en partie grâce à des succès comme Cinquante nuances de Grey.” La lectrice de romance pourrait donc très facilement passer d’un genre à un autre, car son intérêt se porterait avant tout sur l’univers ou encore le texte. “Dans l’écriture de la romance, c’est l’installation de l’univers le plus important” rappelle Isabelle Solal. D’ailleurs, puisque la romance comprend de nombreux sous-genres, elle pénètre plus facilement d’autres genres littéraires, ce qui expliquerait la propension élevée des lecteurs à ne pas se borner à un seul genre littéraire.

 
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Si pour elle, comme le montre notre étude, la romance apparaît comme une sorte de pause parmi des lectures plus éclectiques, Karine Lanini, directrice éditoriale chez Harlequin, ne semble pas de cet avis : “La romance appartient à la littérature grand public ; il est par conséquent normal que les lectrices lisent de tout. On ne doit pas pour autant parler de lecture de remplacement.” En revanche elle confirme : “Je ne suis que moyennement surprise par ce chiffre car en effet, la lectrice de romance peut désormais s’assumer et plus encore se regrouper avec d’autres pour partager cette passion, ce qui n’était absolument pas envisageable quelques années auparavant.”

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Malgré leur nombre important, les lecteurs de romance semblent faire la distinction entre les différents sous-genres de la romance. Ce constat apparaît comme une donnée invariable au fil de nos études, ceci pouvant être expliqué par l’extrême appétence de nos utilisateurs pour la lecture. La romance historique, la new romance et la romance paranormale apparaissent comme les sous-genres les plus identifiés par les répondants. Pour Karine Lanini, la segmentation de l’offre est très bien connue des lecteurs qui savent aller chercher ce qui leur convient et justement, la largesse de l’offre permet de pouvoir toucher tout le monde : “Il y a forcément un roman Harlequin pour vous” déclare-t-elle.

Par-delà leur simple identification, quels sont les genres préférés des lecteurs ? Loin de pouvoir répondre directement à cette question, il semblerait que notre panel exprime une préférence pour les romances dites “softs” que pour les romans aux contenus plus érotiques. Déconcertant résultat compte tenu des ventes astronomiques atteintes par la trilogie d’E.L James ces dernières années. Surprises par ce chiffre, les éditrices tentent alors d’y apporter une explication.

 
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“Cinquante nuances de Grey a lancé un pavé érotique dans la marre de la romance”

 

Pour Isabelle Solal ce résultat  montre une acceptation généralisée de l’érotisme dans la romance. “Je pense que l’érotisme fait partie intégrante de la romance, qu’il fait au contraire partie de l’attrait de ce type de lecture”. Dès lors, puisqu’elle est admise et intrinsèquement liée au genre, il n’est pas nécessaire que les éditeurs appuient sa présence dans un roman. Karine Lanini rajoute “Il y a toujours eu de la sensualité dans nos romans, et c’est moins discriminant aujourd’hui pour cette même raison. Voilà comment j’interprète ce chiffre.” Une intervention d’Aurélie Charron, éditrice chez Bragelonne et présente dans le public, confirme cette analyse : “Les genres totalement dépourvus d’érotisme se vendent d’ailleurs très mal en France, pensons notamment à la romance historique ou la romance inspirationnelle (religieuse). Même si les lectrices demeurent quelque peu discrètes sur le sujet, les romances érotiques se vendent beaucoup.”

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Concernant l’origine de la romance, seulement ⅓ des interrogés considèrent le genre comme anglo-saxon, face à 46% qui n’y associent aucune nationalité particulière. Ce constant permet d’émettre l’hypothèse que l’attachement à la notion d’auteur demeure moindre pour ce genre littéraire et que l’univers est un élément bien plus décisif dans le choix des lectures. Notons tout de même que 3% des lecteurs  associent le genre à des auteurs francophones et nous verrons d’ailleurs plus loin qu’il s’agit là d’une tendance que ces derniers souhaitent voir se développer.

Une nouvelle fois surprises, les éditrices rappellent à juste titre que la romance est très longtemps restée un genre exclusivement anglo-saxon. A ce sujet, Karine Lanini précise que c’est l’entrée des éditions Harlequin dans l’édition numérique avec la collection HQN qui lui a permis d’ouvrir son catalogue aux auteurs de romance français.

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Au sujet du lieu d’acquisition des ouvrages de romance, la grande surface culturelle apparaît comme le premier lieu d’achat, passant devant la librairie pour la toute première fois depuis le début de nos études de lectorat. Pour le polar et les littératures de l’imaginaire, la librairie demeurait bien en tête dans le classement. Ce chiffre, bien qu’apparaissant spécifique au monde de la romance n’a pas surpris les éditrices, au courant d’une telle tendance et soulignant bien la particularité de ce constat au genre de la romance.
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“C’est la première fois que la grande surface passe en tête”

Concernant la répartition des achats entre poche et grand format, pas de profil type concernant le lecteur de romance qui se procure à 59% ses ouvrages en poche ; chiffre très proche de celui concernant les littératures de l’imaginaire mais un peu plus élevé que pour le polar. Sans doute de façon corrélée à son lieu d’achat, le lecteur de romance est prêt à mettre un prix moyen de 7.7 euros dans un roman poche, alors qu’il en mettait 8.2 en moyenne pour le polar. Ce chiffre est également intéressant dans le sens où il est identique pour le format numérique. En effet, contrairement à toute attente, les lecteurs semblent enclins à dépenser autant pour du papier que pour un format numérique.

 
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A propos du numérique, 49% des interrogés déclarent avoir déjà lu sur un support numérique, une moyenne se situant entre celle de l’imaginaire et du polar. Toutefois, ce support est minoritaire, malgré la présence d’une population “d’addict” , puisque pour 15% des lecteurs, l’ebook est un support majoritaire à plus 75%.

Karine Bailly de Robien, éditrice chez Charleston dévoile pourtant sa déception au sujet de l’édition numérique : “Nous déplorons chez Charleston l’absence d’explosion du numérique. Nous exploitons cependant la formule du préquelle en téléchargement gratuit sur notre site, ce qui permet d’entraîner le public vers la lecture de l’ouvrage complet à parution.” Ce que l’éditrice ne manque par ailleurs pas de souligner, c’est la théorique propension du genre de la romance à s’adapter à un format numérique “On imagine facilement les lectrices exiger de connaître la suite des aventures de leur héroïne sans attendre et par conséquent beaucoup plus télécharger les ebooks que les lecteurs d’autres genres, pour les avoir à disposition rapidement. La romance demeure à mes yeux assimilable à une lecture pulsion.”

Chez Hugo & Cie, le constat est pourtant autre d’après Isabelle Solal. Dans sa maison, les ventes en numérique représentent près de 18% des ventes globales, ce que l’éditrice considère comme un chiffre important dans le milieu. “Les lectrices de romance se constituent très facilement en communautés sur les réseaux sociaux, elles sont beaucoup plus connectées que d’autres communautés littéraires, voilà pourquoi elles peuvent être tentées plus facilement par la lecture numérique.”

 

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“Le numérique est définitivement une manière de toucher un nouveau lectorat”

 

Précurseurs de l’aventure numérique, les éditions Harlequin ont décidé il y a quelques années de faire le pari du numérique, notamment en créant la collection HQN. Karine Lanini confie à ce sujet être actuellement très contente du résultat obtenu par cette gageure face à l’avenir  : “Le numérique représente aujourd’hui plus de 20% de notre chiffre d’affaire. Notre premier ebook est paru en 2008 et aujourd’hui, la totalité de notre catalogue est disponible en version numérique. En mettant à disposition l’intégralité de notre offre en numérique, nous avons pu constater que les ventes papier ne baissaient absolument pas. Le numérique nous a donc apparu comme une manière efficace pour toucher un nouveau lectorat.” Selon l’éditrice, le support n’est pas la principale préoccupation des lecteurs de romance, plutôt attachés selon elle à la disponibilité de la suite de l’histoire, comme Karine Bailly de Robien le soulignait précédemment. D’autres arguments en faveur du numérique sont également abordés lors de la discussion entre les éditrices : le gain de place par rapport au papier pour les grands lecteurs et surtout la disponibilité sur le long terme du catalogue, ce qui n’est absolument pas possible lorsqu’il s’agit du papier. “Le numérique permet d’accéder à une offre absolument gigantesque” souligne un nouvelle fois Karine Lanini.
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Le web est fortement représenté lorsqu’il s’agit pour les lecteurs de désigner les supports de découverte des ouvrages de romance qu’ils se procurent. En comparaison aux autres études menées par le passé sur Babelio, le web ne représentait que 18% des premiers choix pour le polar et 23% pour l’imaginaire. Comme expliqué un peu plus tôt, si l’on considère les lectrices de romance comme une population hyper connectée, il devient facile d’expliquer la part importante du numérique dans les supports de découvertes utilisés. Cette fois, les éditrices nous ont confié être confortées dans leurs impressions concernant cette question de la prescription.

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Les critères d’achat les plus mentionnés lors de notre étude concernent le thème du roman ainsi que le résumé et l’univers du récit. L’auteur, comme mentionné précédemment, n’apparaît que plus loin dans les résultats. Contre toute attente, l’étude montre également que la maison et la collection des ouvrages n’entrent que très peu en compte lors du choix de lecture des interrogés. En effet,19% seulement des interrogés se disent attachés aux maisons d’éditions contre 30% pour l’imaginaire et 32% pour les lecteurs de polar. Ce chiffre, somme toute surprenant, n’a pas manqué d’engendrer un débat animé entre les éditrices.

 

Confortant notre étude, Karine Bailly de Robien explique que chaque livre possédant sa logique propre, il est normal que la maison d’origine du récit n’importe que peu les lecteurs : “La littérature reste une sorte d’artisanat et chaque livre se lit à un moment donné dans une humeur précise. C’est pour cette raison d’ailleurs que les romans Charleston ne possèdent pas de charte de couverture.”

 

Présentes dans le quatuor de tête des maisons les plus identifiées, Harlequin (4e position) et Hugo & Cie (3e position), derrière Milady et J’ai Lu ont de leur côté souhaité exprimer leur désarroi face à ce chiffre : Isabelle Solal explique “Je suis étonnée par le résultat car nous sommes assez bien identifiés auprès de nos lecteurs et je pense que les lectrices suivent les nouveautés au sein de notre catalogue, notre marque servant de garantie de qualité.”
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Karine Lanini poursuit : “Je pense que les lectrices ont au contraire un réel attachement envers notre marque. L’identité d’un éditeur est également notre garantie et plus encore, c’est par l’intermédiaire de la “marque” que de nouveaux lecteurs arrivent chez nous, car elle est historique et très bien identifiée dans le genre de la romance.” Elle rajoute “Et si les lecteurs ne sont pas attachés aux maisons, ils le sont au moins aux séries qu’ils entament.” Sur ce sujet, les avis resteront tranchés.
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Un autre chiffre a suscité l’étonnement chez les éditrices : l’attente marquée des interrogés pour un renouvellement du genre. Comme nous l’avons dit précédemment, la baisse de la part de l’érotisme dans les romans est encore une fois soulignée ici, ainsi que l’augmentation de la part de romans francophone dans les parutions. Reconnaître cette envie de renouvellement est une chose mais y remédier en est une autre. C’est sur ce point que les éditrices invitées ont échangé par la suite. Isabelle Solal a exposé sa théorie selon laquelle la romance est en plein renouveau car elle explore depuis peu de nouveaux univers, comme la boxe ou le football. Plus encore, la romance est selon elle de plus en plus ancrée dans nos sociétés modernes, ce qui lui permet de proposer de nouvelles choses à son public.

 

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“Les thèmes exploités par la romance sont les mêmes depuis l’existence du genre”

 

De son côté, la représentante des éditions Charleston complète : “Les lectrices évoluent et souhaitent désormais trouver dans les romans des héroïnes pleines d’ambivalence dans leur féminité, incarnant leur réflexion personnelle sur la place des femmes dans la société” ce qui selon elle, n’était pas le cas auparavant. La modernité de la romance résiderait donc dans les destins des héroïnes, moins dociles que par le passé.

“Ces thèmes existent depuis toujours dans la romance” rétorque Karine Lanini, loin de partager l’avis de ses deux partenaires. “Et c’est justement parce que ces romans font réfléchir sur la place de la femme dans la société qui l’entoure que les hommes ne s’y intéressent pas. Si les femmes aiment la romance c’est parce qu’elles peuvent s’y reconnaître.” Pour la directrice éditoriale des éditions Harlequin, si la romance connaît un renouvellement, ce dernier passe davantage par la taille des textes : “Nous sommes passés d’un format relativement court avec des schémas plus ou moins identiques dans la construction du récit mais le succès de Cinquante nuances de Grey nous a montré que des histoires plus longues avec des personnages plus fouillés pouvaient trouver leur place sur le marché. Nous avions du mal à y croire avant de voir le phénomène se réaliser.”

 

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“C’est par l’ampleur des textes que la romance a acquis ses lettres de noblesse”

 

Le débat est suivi par une intervention d’ Isabelle Varange, éditrice aux éditions Milady  pour qui la new romance serait avant tout marquée par la multiplication des points de vue, permettant d’apporter une dimension légèrement moins féminine aux récits, loin de déplaire à l’ensemble du lectorat.

Isabelle Solal argue à ce propos que l’ajout de la voix de l’homme dans la trame narrative de la romance est effectivement un élément très contemporain qui marche une scission entre la romance d’antan et la new romance.

Karine Lanini explique : “L’alternance des points de vue n’est pas nouvelle, elle existait bien avant aujourd’hui. Cependant, c’est le renversement des rapports entre les personnages qui change la donne. C’est parce que le point de vue masculin a changé qu’il est désormais possible de le divulguer dans un récit sans casser l’intrigue et permettre le tant coutumier twist final des récits de romance.” En résumé, le rapport de domination entre l’homme et la femme s’étant réduit avec les années, les personnages n’en sont devenus que plus complémentaires les uns avec les autres, permettant la mise en place de romans chorale. Aurélie Charron de rajouter : “ Tout comme le présent de l’indicatif et l’utilisation de la première personne du singulier dans les récits, fournissant au lecteur une position supérieure vis à vis du déroulé de l’histoire.”

 
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“La solution d’enrichissement adéquate n’a pas encore été identifiée”

La question des innovations technologiques a également posé question aux éditrices présentes lors de la conférence, toutes trois relativement d’accord sur le fait que cette direction n’était pas leur priorité. Isabelle Solal exprime d’ailleurs son étonnement face à ce manque de projets car selon elle, la romance est le genre idéal pour expérimenter des méthodes d’enrichissement : “ Les lectrices se manifestent d’ailleurs beaucoup sur les communautés et s’adressent aux éditeurs beaucoup plus de pour les autres genres littéraires. C’est donc un bon vivier d’expérimentation digital.” Elle rajoute par ailleurs que de leur côté, les auteurs de romance sont également très attachés à leur fan system et pourraient en théorie être prêts à leur laisser davantage la parole dans le processus de création des ouvrages.

Karine Lanini exprime de son côté davantage de réticences face à ce type de procédés : “A mon avis, la solution d’enrichissement adéquate n’a pas encore été trouvée. Nous nous sommes souvent posé la question chez Harlequin mais nous concluons systématiquement que cela n’apporte pas grand chose en termes d’expérience de lecture.” D’ailleurs, il ne faut selon elle pas se focaliser sur la segmentation de la publication des récits en chapitres comme peuvent le faire certains réseaux américains, pour la simple et bonne raison qu’il ne s’agit pas d’une nouveauté : “Ce principe de publication par morceaux existait déjà au XIXe siècle ! Il s’agissait des romans-feuilletons qui paraissaient dans les journaux et ces derniers ont été progressivement remplacés par les romans complets comme nous les connaissons aujourd’hui. Bref, nous n’avons pas encore trouvé la bonne formule.”

C’est sur ce rappel historique que la conférence s’est achevée, laissant alors la place à un buffet offert à tous les participants, où les discussions ont continué de bon train.

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Merci à nos trois invitées

 

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de romance.

 

20 000 mercis pour 20 000 followers, mais une seule Babelio Box à gagner!

Gagnez la Babelio Box de la rentrée littéraire d’hiver

Vous serez bientôt 20 000 lecteurs, auteurs, éditeurs à suivre l’actualité littéraire sur la page twitter de Babelio ! Pour fêter cela, nous offrons une « Babelio Box » spéciale rentrée littéraire à l’un d’entre vous.

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Le règlement est simple : Nous tirerons au sort un de nos followers qui aura partagé ce tweet :  « Bientôt 20000 followers sur @Babelio ! Partagez ce tweet et gagnez peut-être la Babelio box de la rentrée d’hiver »

Fin du concours une fois les 20 000 followers dépassés :)

Où L’équipe de Babelio vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année

 

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Entre deux livres, deux rencontres de lecteurs, deux clubs de lectures et autres lourdes tâches littéraires ou administratives, l’équipe de Babelio se réunit pour souhaiter à tous les lecteurs de joyeuses fêtes de fin d’année ! Que 2016 soit riche en belles et surprenantes découvertes littéraires !

 

Les voeux de Liligalipette
On profite de ce post pour remercier Liligalipette, la première cette année, à nous avoir envoyé ses vœux. La carte trône désormais au milieu de notre bibliothèque !

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Les coups de cœur des lecteurs
Dans le forum du siteMyriam3 se demande quels ont été vos coups de cœurs littéraires de 2015. Seriez-vous capables d’en citer 5 cette année ? On demande de préférence des livres qui ont été publiés cette année mais vous pouvez aussi partager votre best-of des livres lus pendant cette année. L’équipe réfléchit à ses propres coups de coeur. Rendez-vous en janvier pour découvrir notre best-of !

Pour participer à ce best of littéraire de 2015, rendez-vous dans le forum 

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La sélection de lectures pour Noël

Quelles seront vos lectures de Noël ? Et quels livres allez-vous offrir à vos proches ? Pour répondre à ces toujours douloureuses questions, de nombreux membres se proposent de vous aider. Palamede a ainsi concocté une liste composée uniquement de contes de Noël.  Manue14 a quant à elle préparé une liste où figurent uniquement des polars qui se déroulent pendant la période des fêtes. Et parce que Noël est probablement la période préférée des enfants toujours émerveillés de voir des cadeaux sous le sapin, Prune42 a sélectionné plusieurs histoires de Noël pour les plus petits en une seule liste. Plus ancienne mais tout aussi intéressante, voici la liste de 100 albums de noël préparée par Sagebooker.

Si vous avez d’autres idées de listes de lectures autour de Noël, n’hésitez pas à les partager auprès des autres membres !
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Les quiz 
« Tu veux jouer avec le Père Noël ? » voilà une invitation de hikarimono qui ne peut se refuser ! Et pour jouer avec le Père Noël,  inutile d’aller jusqu’au Groenland, c’est ici que cela se passe !
Enfin, pour ceux qui veulent rester sur le thème du polar, Rennath vous invite à enquêter sur le thème de Noël !

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Un très joyeux Noël à tous les lecteurs et membres de Babelio !

 

 

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Marie Pavlenko

Le jeudi 17 décembre, une trentaine de lecteurs Babelio a été invitée dans les locaux de Babelio à découvrir un monde où personne ne s’éteint, où la mort succombe pour la première fois à sa fatigue et décide de rester au lit… Marie Pavlenko, ancienne journaliste et auteur de littérature jeunesse, publie en effet chez Pygmalion son premier roman adulte, La mort est une femme comme les autres.

 

Un matin, Emm arrive à saturation, elle est incapable de se lever et se laisse gagner par le spleen. Délestée de sa tâche quotidienne qui consiste à ôter la vie aux humains, elle s’engage dans un périple extraordinaire où la confrontation avec une jeune femme à la gentillesse extrême va lui permettre de découvrir la richesse insoupçonnée de la nature humaine.

 

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Drôle de mort

L’idée de départ de Marie Pavlenko concernant ce roman n’était pas celle d’écrire un livre sur la mort, mais plutôt de s’essayer à l’écriture drolatique : “Mon idée de départ était simple : et si la mort arrêtait de travailler ? Le burn out et les autres détails se sont imposés au fur et à mesure de l’écriture.” Afin de donner corps à la mort de façon comique, l’écrivain a décidé de déconstruire la figure mythique du squelette encapuchonné : “A la base, je voyais un squelette, avec sa faux et sa capuche. Et puis je l’ai imaginée en femme de 40 ans fatiguée et j’ai trouvé ça très cocasse ! J’ai choisi de lui laisser la faux, afin qu’elle ait un alter ego, quelqu’un avec qui dialoguer, comme un miroir d’elle même.”

Si le squelette peut être vu comme un être asexué, Marie Pavlenko a finalement opté pour une version féminine de la mort : “Je l’ai faite femme car cela me permettait de rester proche d’elle.” La raison officieuse de ce choix, c’est le contre-pied de la tradition anglo-saxonne. Grande amatrice de littérature fantastique, l’auteur a constaté que la mort est souvent représentée chez nos amis d’Outre-Manche par un personnage masculin.

 

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Écrire sa vie

Bien qu’auteur de fiction, Marie Pavlenko sait que son quotidien comme son état d’esprit influencent directement ses écrits : “Ma vie a été un allié de taille à l’écriture de ce roman. Je vendais mon appartement et voir tous ces gens venir visiter ma maison et s’immiscer dans ma vie était vraiment désagréable. J’étais comme la mort, fatiguée et de très mauvaise humeur lorsque j’ai commencé à écrire.” Elle souligne à ce sujet que chaque lecture s’inscrit selon elle dans une temporalité particulière : “La lecture d’un livre relève d’une sensibilité à un moment donné et peut être perçue différemment à chaque relecture.”
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Aventurière des mots

Alors que certains auteurs ne prennent la plume qu’après avoir constitué un plan très détaillé de leur futur livre, Marie Pavlenko doit s’immerger dans son projet pour pouvoir le construire “Je ne savais pas où j’allais quand j’ai commencé à écrire. Je compare souvent mon écriture à une avancée dans la jungle, où, armée de ma machette, je dois me frayer un chemin parmi les herbes hautes.” Afin de prendre possession de ses personnages et d’imaginer des intrigues, l’auteur rédige en premier lieu les grandes lignes de son projet avant d’y revenir pour en travailler l’écriture. “Mis à part la mort, je n’avais aucun autre personnage en tête lorsque je me suis lancée. L’écriture est pour moi un lâcher prise, j’essaye de ne pas contrôler mon cerveau lorsqu’il crée.” L’émotion et les relations entre les personnages, voilà les maîtres mots de l’écriture pour Marie Pavlenko “C’est à ces deux éléments que l’on reconnaît un bon livre, celui qui, une fois refermé, nécessite un temps, même infime, au lecteur pour se rendre compte qu’il est de retour dans la réalité.”

 

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Prendre ses distances

“Comment sait-on quand un livre est terminé ?” interroge un lecteur. Pour l’auteur de La mort est une femme comme les autres, un livre s’écrit en plusieurs étapes, dont la dernière est la réécriture, qui peut durer plusieurs mois. “La réécriture prend fin lorsque je ne parviens plus à me relire et que j’ai l’impression que mon texte est le plus mauvais que je n’ai jamais écrit !” Ensuite, ses textes sont soumis à un jury de choix, quelques uns de ses amis, triés sur le volet : “J’ai deux ou trois personnes de confiance qui sont capables de me faire des remarques sans que je les prenne mal et en qui j’ai une confiance absolue. Cet exercice est difficile, mais il permet de prendre le recul nécessaire à l’écriture d’un bon manuscrit.”

 

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Faire rire

Amuser le lecteur est un exercice complexe pour tout écrivain qui s’y essaye : “Je voulais que mon livre parvienne à faire éclater de rire ses lecteurs, c’était là mon objectif, parvenir à proposer un livre jouissif. Et c’est bien plus difficile à produire qu’un livre triste.” L’humour représente quelque chose de spécial pour Marie Pavlenko qui y voit une nécessité de connexion avec les lecteurs. D’ailleurs, l’auteur confie qu’il s’agit du livre qui lui ressemble le plus, alors même qu’il tranche complètement avec ce qu’elle a pu faire jusqu’ici, en tant qu’auteur de fantastique pour adolescents “Ce livre est toujours sur ma table de nuit et lorsque je vais mal, je le relis et éclate de rire à chaque fois. Ce récit résonne complètement avec qui je suis, il me ressemble beaucoup.”

 

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Humaniser pour rassurer

Pour Marie Pavlenko, tout acte de création est lié à la mort d’une façon ou d’une autre “Écrire une symphonie ou faire du macramé, c’est prendre du recul par rapport à sa propre fin.” Effrayée par la mort, l’auteur explique avoir ressenti le besoin de désacraliser la mort en l’incarnant dans le but de souligner la nature éphémère de la vie et son absurdité “La vie est absurde, voilà pourquoi il faut en rire. Apprivoiser la mort, c’est chercher un sens à la vie et c’est probablement là la question centrale de mon ouvrage.” Marie Pavlenko rappelle que la mort n’est pas uniquement négative, qu’elle a à voir avec la fin de la souffrance et qu’elle met fin à des vies devenues compliquées. “J’ai cherché dans mon roman des angles qui permettaient de justifier que la mort sert à quelque chose. Si la vie peut être belle, c’est justement parce qu’elle a une date de fin.”

 

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Influences

A la question des influences littéraires, Marie Pavlenko est claire : ses personnages naissent dans son propre esprit : “Mes personnages existent d’eux-mêmes, j’ai essayé de me débarrasser d’idées préconçues et d’influences directes. Je ne voulais pas reproduire quelque chose d’existant.” Bien sûr, l’auteur souligne que l’exercice est difficile et qu’il nécessite une grosse prise de distance par rapport aux personnages existants chez les autres auteurs. Elle avoue cependant avoir cherché à faire un clin d’oeil à Terry Pratchett, son écrivain fétiche.

 

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Une infinité de possibles

Auteur de  romans fantastiques, l’écrivain est ensuite interrogée sur son rapport à ce type de littérature. “J’en lis depuis toute petite. Il s’agit d’une littérature fabuleuse avec un nombre infini de possibles, ne mettant aucune barrière à l’imagination et permettant à l’auteur de créer un univers  à son image.” L’avantage des littératures de l’imaginaire selon Marie Pavlenko est de permettre de laisser libre cours à son imagination et surtout de la détacher des carcans du “possible”, ce qui n’est pas le cas de tous les genres littéraires. Pour elle, il s’agit de la meilleure façon de parler de l’être humain, de prendre du recul sur notre existence, celle qui permet un échange privilégié avec les lecteurs puisque l’auteur les invite dans son univers personnel. “Évidemment, il y a un petit côté mégalo à cette écriture, car sans règles imposées, l’auteur est un peu comme un dieu.”

 

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Nouvelle naissance

Auteur de littérature jeunesse, Marie Pavlenko, avec La mort est une femme comme les autres, a fait son entrée dans le monde des auteurs pour adultes. Déjà lue par les adolescents, elle parle d’une nouvelle naissance. “Bien que la littérature jeunesse permette davantage de libertés, j’ai apprécié pouvoir jouer avec les mots dans ce romans. J’ai une vraie jouissance par rapport aux jeux de vocabulaire et j’ai pu cette fois me faire véritablement  plaisir.” Ce qui a décidé ce changement de public ? Son personnage central bien sûr : “Je ne décide pas vraiment du public, c’est surtout le personnage que j’imagine qui s’en charge. Ici, puisqu’il s’agit d’une femme de 40 ans, ce livre ne pouvait pas s’adresser à des enfants.”

 

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Touche à tout

Auteur de romans, Marie Pavlenko est également scénariste dans l’audiovisuel ainsi que pour la bande dessinée. Pour elle, chacune de ses écritures a ses aspects intéressants, même si le roman conserve la première place dans son coeur : “Le scénario de BD permet de travailler en collaboration avec les illustrateurs et de construire un monde ensemble, c’est un travail en binôme intéressant. L’audiovisuel en revanche fait appel à une dramaturgie très sèche, c’est un peu moins rigolo.” Marie Pavlenko compare le rôle de l’écrivain romancier à celui d’un chef d’orchestre, responsable du jeu des acteurs comme du décors. “C’est une écriture plus difficile mais hautement plus riche.”

Après la séance de questions-réponses, Marie Pavlenko, armée de feutres de toutes les couleurs, s’est prêtée au jeu des dédicaces avec les lecteurs, ravis de pouvoir échanger encore quelques mots avec cet auteur au sourire facile.

 

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Retrouvez La mort est une femme comme les autres de Marie Pavlenko, publié chez Pygmalion.

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Joseph Delaney

Envoûtés par la plume de l’auteur depuis la découverte de sa célèbre saga L’épouvanteur, nombreux sont les lecteurs à s’être déplacés le vendredi 4 décembre dans les locaux de Babelio afin de rencontrer Joseph Delaney qui vient de publier Arena 13, son nouveau roman, chez Bayard.

Dans sa nouvelle saga, l’humanité a disparu de la surface terrestre, vaincue par des machines intelligentes. Une poignée de survivants résiste, prisonnière d’une infranchissable barrière de brouillard. Tyrannisée par Hob, une cauchemardesque créature, la population est forcée au combat et s’entre-tue sans relâche dans des arènes dédiées à ce sordide sport. Jusqu’au jour où un jeune garçon de 16 ans, Leif, décide de se mesurer au terrible Hob…

 

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Du tableau noir à la feuille blanche

Originellement professeur d’anglais spécialisé en littérature fantastique, Joseph Delaney a rapidement senti le besoin de se renouveler. Il faut attendre 1991 pour que le futur écrivain décide de se jeter à l’eau. Intéressé par l’univers informatique, il entame alors une formation à mi-temps en programmation. “Je tapais malheureusement très lentement à l’ordinateur et j’étais gêné par la rapidité de mes collègues. J’ai donc décidé par commencer à apprendre à taper plus vite.” Habitué à laisser sa femme dactylographier pour lui, Delaney se lance dans des exercices d’écriture afin d’accélérer son rythme. Inventant des histoires dans le seul but de les taper sur son ordinateur, voilà que Joseph Delaney se prend à l’exercice “Peu à peu, l’enjeu à changé et j’ai pris goût à l’écriture.”

 

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Une histoire de point de vue

S’il ne sort qu’aujourd’hui, Arena 13 a été écrit en 1991, bien avant la publication de L’épouvanteur qui l’a fait connaître dans le monde entier. En réalité, c’est ce premier roman jamais édité jusqu’alors qui a poussé Delaney sur les voies de la publication.  A l’origine, le roman était destiné à des adultes mais ne trouvait malheureusement pas sa place chez un éditeur. Mettant finalement Arena 13 de côté, Joseph Delaney s’est alors lancé dans l’écriture de l’Epouvanteur, qui l’a occupé pendant 11 ans. Publié 24 ans après sa naissance, Arena 13 a subi plusieurs changements avant d’aboutir à celui que les lecteurs ont découvert ce mois-ci.  Après de nombreuses tentatives, l’écrivain a finalement décidé d’en changer la focale : le héros serait désormais un jeune homme et non plus un adulte. “Pendant longtemps mes sentiments étaient en demi-teinte, écrire pour les adultes me manquait. Mais désormais cela ne m’atteint plus du tout et je ne ressens plus le besoin de m’adresser à des adultes.” Bien sûr, une telle décision engendre des changement fondamentaux dans le scénario : “En changeant le point de vue de mon héros, j’ai décidé de placer les enfants au centre de mon récit. Mais on ne parle par de la même façon à un enfant qu’à un adulte. Et si l’on peut dire à un adulte ce qu’il doit faire, avec un enfant c’est impossible, il doit trouver de lui-même. J’ai un grand souci de réalisme lorsque j’écris.”

 

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D’un succès à un autre

“Existe-t-il un lien entre la saga de l’Epouvanteur et celle d’Arena 13 ?” Interroge un lecteur : “Chacun de mes univers est indépendant des autres, il n’y a aucun lien, sauf hasardeux, entre Arena 13 et l’Epouvanteur. Bien sûr, on peut trouver une ressemblance dans la relation entre Leif et Tyron et celle existant entre Tom et l’Epouvanteur car ces deux sagas mettent en scène un personnage qui va être formé et celui qui détient le savoir suprême.”

Capable d’inventer plusieurs univers complexes et pourtant distincts, Delaney semble ne pas connaître le syndrome de la page blanche : “J’écris deux livres par an et c’est le rythme qui me va bien. Moins, c’est ennuyeux et plus, c’est impossible !” S’il ne sait pas encore combien de volumes va comporter la série Arena 13, Joseph Delaney est certain d’une chose : “Un autre univers est susceptible de me sortir de la tête à tout moment !” Lorsque l’on interroge l’auteur sur les raisons du succès de son Épouvanteur, il évoque l’universalité de ses propos : “Tous les pays ont vécu des temps comme ceux que je raconte, lorsque l’électricité n’existait pas et que la nuit était le royaume des peurs. Ces cauchemars là sont traduisibles dans toutes les langues, tout le monde peut s’y retrouver.”

 

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Inspirations

Les lecteurs interrogent ensuite Joseph Delaney sur les sources d’inspiration d’Arena 13. Si l’auteur affirme que tout ce qu’il écrit provient uniquement de son esprit, il avoue s’être inspiré de ses voyages en Nouvelle Zélande pour imaginer la cité dépeinte dans son roman : “C’est précisément la région d’Oakland qui m’a aidé à construire ce roman. Je me suis inspiré de ce que j’ai pu y voir, tout comme j’ai nourri le décors de l’Epouvanteur grâce à mon expérience personnelle en Angleterre et notamment ma connaissance du Lancashire où je vis et où se situe l’action de la saga.”

Concernant Hob, la créature tyrannique d’Arena 13, Delaney y voit quelque chose d’un vampire tel que Dracula, “ce prédateur démoniaque dont personne n’est véritablement à l’abri.”  Si les lecteurs présents à la rencontre ont cru reconnaître une influence des jeux vidéos, l’auteur la nie : “Je n’ai pas grandi avec les jeux vidéos, je n’y ai même pratiquement jamais joué, l’influence vient donc d’ailleurs!”

 

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L’adaptation manquée

Voir son roman adapté en film n’est pas chose aisée si l’on en croit Joseph Delaney à propos de l’adaptation cinématographique de l’Epouvanteur sortie en salle en novembre 2014 sous le titre Le Septième fils et réalisé par Sergueï Bodrov, avec Jeff Bridges et Julianne Moore. “Je me doutais bien qu’il y aurait des différences, mais pas à ce point ! J’ai commencé à m’inquiéter lorsque Jeff Bridges m’a appelé afin de me demander l’origine de la “pierre magique” évoquée dans son script…Car il n’y a aucune pierre magique de ce type dans mon roman !” Selon lui, c’est la succession d’un trop grand nombre de réalisateurs et de scénaristes qui a fait perdre sa qualité à l’adaptation, ces derniers justifiant leur présence en fonction des modifications apportées sur le scénario original.  “La grande déception fut l’abandon de Tim Burton. Je suis sûr qu’il aurait réussi à retranscrire l’ambiance lugubre et angoissante que j’ai écrite. Il avait déjà commencé à repérer les lieux dans le Lancashire, où se situe l’action du roman, alors que le film qui est sorti a été tourné au Canada, qui ne possède évidemment pas la même flore ni la même atmosphère”. Alors que la saga de Philip Pullman, A la croisée des mondes, aura droit à son adaptation sur la BBC après une adaptation cinématographique médiocre, Joseph Delaney pense qu’une série télévisée permet une meilleure adaptation de si longues séries de romans aux univers complexes.

La soirée s’est clôturée avec l’habituelle séance de dédicaces, complétée d’un sympathique cocktail, pendant lequel les lecteurs ont également pu échanger entre eux ainsi qu’avec l’auteur.

 

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Retrouvez Arena 13 de Joseph Delaney publié chez Bayard Jeunesse