A la rencontre des membres de Babelio (20)

Avec près de 530 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’une des lectrices-utilisatrices du site.

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Rencontre avec Gaoulette, inscrite depuis le 30 avril 2015.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai connu le site grâce à la saga After d’Anna Todd. Je cherchais à savoir quand sortiraient les prochains tomes et quoi lire après la saga Cinquante Nuances de Grey d’E.L. James. Je me perdais dans les librairies avec tout ce choix, sans savoir quoi acheter. Payer un roman entre 15 et 20 euros qui ne nous plaît finalement pas, ça fait un peu criser. En 2015, j’ai commencé à choisir mes romans en fonction des notes et des critiques. Et puis de fil en aiguille, je me suis mise à faire mes propres critiques, faire des challenges, participer plus activement au site. Aujourd’hui je m’éclate en postant des liens sur des groupes Facebook et en publiant des photos drôles pour exposer mes livres lus. Babelio, c’est ma drogue douce…

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PAL avec des achats plus ou moins récents et du Masse Critique

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

De tout. Je suis éclectique : roman jeunesse, new adult, thriller, dystopie, classique, histoire vraie, roman historique, chick lit et même des romans BDSM. J’achète souvent en fonction d’une couverture originale. Ma bibliothèque ebook contient beaucoup de new romance, chick lit, young adult et plusieurs sagas. Je n’aime pas être envahie de sagas dans ma bibliothèque. Je préfère y voir de la variété, qu’elle soit belle à voir. J’ai une petite fierté quand un membre de mon entourage me demande de lui prêter un livre à son goût et que j’ai ce qu’il faut dans ma bibliothèque.

Vous lisez beaucoup de romans d’amour/livres érotiques. Qu’aimez-vous dans ces genres en particulier ?

Ce sont des romans sans de prise de tête. Quand je lis un livre compliqué, j’ai besoin de me vider la tête et passer à une histoire superficielle. Ce genre de littérature fait fantasmer et rêver. Ils se ressemblent un peu tous donc pas besoin de réfléchir. Un roman calinou-doudou par excellence. Mon autrice favorite est Colleen Hoover, elle a la particularité de transformer un homme ordinaire en héros extraordinaire.

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Colleen Hoover © booknode

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

515fFtV1awL._SX210_Sans hésiter Patrick Cauvin, découvert à l’adolescence et gravé dans ma mémoire. J’ai lu le roman E=MC2 mon amour à 14 ans et je l’ai toujours. Il ne m’a toujours pas quitté 20 ans après.

Mais je vais citer aussi quelques auteurs que je suis à tout prix : Anna McPartlin, Nicolas Carteron, Zeruya Shalev, Laurent Malot, Laurie Halse Anderson, Claire Favan, Andreï Makine, Eliette Abecassis. A peine sorti, déjà dans ma PAL !

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

CVT_Belle-de-nuit_4877Belle de nuit de Sonia Frisco. Sans cette Masse Critique privilégiée je serais passée à côté de cette pépite. Un roman qui parle du combat de deux amies pour s’émanciper dans les années 1990, et leur choix pas très catholique pour y parvenir.

Ensuite grâce au challenge Multi-défi, j’ai encore élargi mes goûts littéraires. J’ai découvert Andreï Makine, les genres steampunk, heroic fantasy, bit lit que j’ai adorés et dévorés (j’en relis de temps en temps pour le plaisir).

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

E=MC2 mon amour de Patrick Cauvin. Le roman coup de cœur qui défie le temps. Et n’importe quel roman de Colleen Hoover.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

J’ai été bercée par les romans classiques et je les adore. Stendhal, Guy de Maupassant, Victor Hugo, Gustave Flaubert, René Barjavel… des coups de cœur. Ma plus grosse honte littéraire, j’ai snobé la saga Harry Potter de J.K. Rowling. J’ai vu mais pas lu.

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Derniers livres achetés

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésiter Tout plutôt qu’être moi de Ned Vizzini, un jeune auteur qui s’est suicidé après avoir sorti ce roman. Il parle de la dépression nerveuse juvénile avec beaucoup d’humour et d’espoir. Malheureusement, il a perdu son combat contre cette maladie.

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Tablette, liseuse ou papier ?

Portable, liseuse et papier ! Eh oui un trio 100 % gagnant pour moi.

Le portable dans la voiture (en tant que passagère), dans les salles d’attente et quand j’ai quelques minutes à patienter. Le livre papier pour la journée tranquille sur mon canapé de lecture. La liseuse pour rejoindre mon mari au lit et ne pas rester dans mon coin. Un moyen comme un autre d’entretenir la flamme (lol). Et aussi en vacances, bien chargée et légère comme une plume. Elle ne me quitte jamais, c’est mon précieux… Et comme je suis une livropathe (surnom donné par mon chéri), les 3 en même temps. De préférence 3 genres différents pour une bonne gymnastique livresque, d’où mes publications massives chaque semaine.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Partout tant qu’il y a du temps libre. Mais le lit c’est le top du top !

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Je n’ai pas vraiment de citation fétiche, j’aime remonter celles qui me touchent, me parlent ou me font rire. Les dernières en date :

9782714474391« Pourquoi les hommes ont-ils droit à une seconde chance d’agir comme des connards alors que les femmes, elles, doivent vieillir avec grâce et élégance ? » (dans Les Cœurs brisés ont la main verte d’Abbi Waxman)

 

123772_couverture_Hres_0« Quand vous punissez un enfant, cela ne vous fait pas plaisir. Pour autant, il ne faut pas regretter de l’avoir fait. » (dans Une vraie famille de Valentin Musso)

 

Le-musee-des-merveilles« S’il est pénible d’échouer, il est bien pire de ne jamais avoir tenté de réussir. » (dans Black Out – Le Musée des merveilles de Brian Selznick)

 

 

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Sur portable : Mr Brown d’Agatha Christie pour le challenge Plumes Féminines 2017. Sur liseuse : La Servante écarlate de Margaret Atwood pour le challenge Pavé 2017 édition spéciale contre l’illettrisme. C’est une lecture commune en trio. Sur papier : Je m’appelle Lucy Barton d’Elizabeth Strout. Emprunté à la médiathèque. Il m’a fait de l’œil rien qu’avec le titre et la couverture sobre.

Je lis toujours succinctement les quatrièmes de couverture car je trouve qu’elles desservent parfois le roman.

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D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique qui donne son ressenti. Une critique originale. Une critique simple. Une critique courte. De préférence quand la personne évite de raconter le contenu. Toutes les critiques sont bonnes à lire même avec des fautes d’orthographe. J’en fais parfois.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Grace à Babelio, j’ai fait une magnifique rencontre. Lors d’une demande d’échange de livre, j’ai fait la connaissance de Maribel dite Missnefer13500. J’ai discuté avec elle sur Messenger. On s’est mises à faire des lectures communes avec d’autres  personnes. On se surnomme les Jumelles car souvent nos critiques se ressemblent. Et notre première rencontre s’est faite au Salon du livre 2017 de Paris. Elle habite à Marseille et moi à Mont-de-Marsan dans les Landes, et on s’est retrouvées à Paris. Merci Babelio. Encore mieux que les sites de rencontres !

Et puis un autre moment chouette : j’ai supplié Babelio de me permettre de rencontrer Anna McPartlin. J’ai adoré ce moment. Soit dit en passant, j’adore vos locaux, ça donne envie de revenir plus souvent…

Merci à Gaoulette pour ses réponses !

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Lecteurs de BD de non-fiction : quand les bulles racontent le monde

À mi-chemin de la bande dessinée à l’ouvrage de développement personnel, d’histoire ou de vulgarisation, il y a la BD de non-fiction : ouvrage illustré qui se propose de raconter le monde à coup de traits de crayon, de bulles et d’onomatopées. On compte ainsi parmi elles les Chroniques birmanes ou Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, Philocomix d’Anne-Lise Combeaud, Jean-Philippe Thivet et Jérôme Vermer, ou la série Tu mourras moins bête de Marion Montaigne.

Pour en savoir plus sur ces lecteurs de bande dessinée de non-fiction, nous avons mené une enquête, du 19 au 30 septembre 2017, auprès de 2878 lecteurs. Pour présenter les résultats de cette étude, Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, et Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, étaient épaulés de Moïse Kissous, dirigeant du groupe Steinkis, et d’Anne-Lise Combeaud, illustratrice de Philocomix, invités à interpréter les résultats de cette étude à la lumière de leurs expériences respectives.

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Moïse Kissous, Anne-Lise Combeaud, Octavia Tapsanji et Guillaume Teisseire

Le lecteur Babelio est-il un lecteur de BD de non-fiction ?

Composée essentiellement de grands lecteurs, dont 94% lisent plus d’un livre par mois et 59% un livre par semaine, la communauté Babelio se démarque également par sa population féminine à 75%. Ces lecteurs sont plutôt jeunes puisque 45% des lecteurs interrogés ont moins de 35 ans.

Les lecteurs Babelio sont d’ailleurs des amateurs de bandes dessinées puisque 99% des répondants en lisent, et 80% d’entre eux en ont lu au cours de 12 derniers mois. Cela reste toutefois un genre minoritaire pour 88% des lecteurs, pour qui les bandes dessinées représentent moins de 50% des lectures.

On compte presque autant de lecteurs de non-fiction : 79% des lecteurs interrogés ont en effet déclaré lire des ouvrages d’histoire, d’art, de sciences humaines, de santé, d’actualité, de philosophie, de science, de religion & spiritualité, de politique ou d’économie.

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Moïse Kissous, directeur du groupe Steinkis, souligne d’ailleurs à ce propos la singularité des lecteurs Babelio : “La particularité de ces lecteurs, c’est qu’ils sont très captifs. Je fais partie du syndicat de l’édition, et nous avons récemment commandé une étude GfK, où le public était différent : en France, moins d’une ou deux personnes sur 3 lit une bande dessinée par an. Parmi les tendances observées, on note toutefois deux choses : une féminisation de la lecture de BD d’une part, et le fait que les lecteurs de BD lisent plus que le lectorat général, c’est un public très curieux et éclectique.”

Finalement, ce sont au total 59% des lecteurs qui lisent de la bande-dessinée de non-fiction. Au top 3 de leurs sous-genres préférés, on compte ainsi l’historique, la biographie dessinée et les témoignages. Ils sont suivis par le documentaire, le reportage et la vulgarisation scientifique.

Un phénomène ancien porté par de nouveaux auteurs

Moïse Kissous relève d’ailleurs que si la bande dessinée de non-fiction est très plébiscitée depuis quelques années, ce n’est pourtant pas un phénomène nouveau : il cite ainsi les éditions Glénat, qui avaient déjà une collection dédiée dans les années 70, ainsi que la collection “l’histoire de France en BD” des éditions Larousse.

Quant à savoir pourquoi ce phénomène revient sur le devant de la scène aujourd’hui, Anne-Lise Combeaud propose une explication : “Aujourd’hui, on est saturé d’information et c’est difficile de faire le tri parmi toutes celles qui nous sont proposées. Je pense qu’on a besoin de nouveaux outils pour ça. C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’on a pensé Philocomix : ça répond au besoin des gens d’aller à leur rythme, de faire des pauses quand ils en ont besoin.”

“Des auteurs ont émergé depuis les 15 dernières années, qui ont eu envie de casser les codes de la bande dessinée traditionnelle”, poursuit alors Moïse Kissous, “Les maisons d’édition indépendantes ont su les accompagner et développer de nouvelles approches, tant au niveau du graphisme qu’au niveau du format, elles ont notamment fait sauter le format classique des 54 pages.”

Ce point de vue est partagé par Anne-Lise Combeaud : “De nouveaux auteurs ont émergé via les blogs, et de nouveaux outils ont été créés grâce à la liberté inhérente à ces blogs. Les auteurs ont pu tester de nouveaux formats, comme les histoires verticales par exemple.”

“L’offre ne vient donc plus uniquement des auteurs de BD”, termine Moïse Kissous. “D’autres auteurs, qui viennent d’autres segments de l’édition comme les sciences humaines, ont peut-être plus de mal à trouver leur public, alors qu’au contraire, la caution d’un spécialiste sur une bande dessinée donne envie aux lecteurs de la découvrir : c’est pourquoi la BD va aujourd’hui au contact des sciences humaines et des sciences dures. Les sociologues, politologues, etc., aiment ces nouvelles manières de transmettre et se prêtent volontiers à ce nouvel exercice.”

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Un dessin vaut mille mots

Ce sont quatre motifs principaux qui poussent les lecteurs à s’intéresser à la bande dessinée de non fiction.

L’aspect pédagogique, d’abord, est très apprécié des lecteurs, qui aiment se cultiver de manière didactique. 98% des lecteurs s’entendent ainsi pour dire que la BD de non-fiction a des vertus pédagogiques.

Reste encore à convaincre tous les acteurs de l’éducation nationale de la pertinence des bandes dessinées dans l’apprentissage, fait remarquer Moïse Kissous : “Depuis quelque temps, on constate qu’il y a une évolution de la perception des bandes dessinées par les enseignants. Il n’y a plus de rejet et on apprécie leurs vertus pédagogiques et dans l’apprentissage de la lecture, mais il reste des blocages, notamment au niveau des inspecteurs et des recteurs, qui continuent à trouver les bandes dessinées amusantes et ludiques, mais pas éducatives.”

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Ces bandes dessinées sont également plébiscitées par les lecteurs dans la mesure où elles leur permettent de découvrir de nouveaux thèmes et de se documenter sur de nouveaux sujets. D’autant plus que les bandes dessinées incitent elles-mêmes les lecteurs à découvrir des sujets sur d’autres supports : après avoir lu une BD de non-fiction, ils sont 90% des répondants à déclarer vouloir poursuivre leurs recherches sur la problématique abordée via d’autres oeuvres. De même, ils sont 64% à affirmer qu’une bande dessinée de non-fiction leur a permis de découvrir les autres oeuvres d’un auteur.

Un troisième groupe de lecteurs a ensuite mentionné le pouvoir du dessin, qui exprime parfois davantage d’informations ou d’émotions qu’un texte. Anne-Lise Combeaud met ainsi en évidence les atouts des bandes dessinées : “Le dessin exprime des choses de manière spatiale et visuelle. C’est parfois plus facile et plus pratique de se souvenir des concepts grâce à un détail graphique marquant.”

Enfin, c’est le point de vue sur le réel proposé par ces bandes dessinées qui est également recherché par les lecteurs : c’est un genre dans lequel la subjectivité de l’auteur et le parti pris que permet le dessin sont appréciés. “Les auteurs des témoignages L’Algérie c’est beau comme l’Amérique et Comment comprendre Israël en 60 jours n’avaient jamais été publiés avant la parution de leurs ouvrages respectifs, c’est leur propos et l’intimité de ces récits qui ont séduit les lecteurs et les libraires.”, souligne Moïse Kissous. 54% des lecteurs aiment ainsi lorsque les auteurs traitent leur problématique avec subjectivité.

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Malgré toutes ces vertus, les bandes dessinées semblent toujours souffrir d’un manque de crédibilité. Anne-Lise Combeaud, qui s’est inspirée des Dingodossiers pour travailler sur Philocomix, raconte ainsi son expérience : “La difficulté dans la réception de Philocomix, c’est que le dessin est humoristique : on ne voit pas que l’auteur est agrégé en philosophie et que le fond est sérieux, c’est pourquoi le bandeau mentionnant Frédéric Lenoir a aidé l’ouvrage à trouver son public.”

Un média moins intimidant pour une durée de vie rallongée

Si les lecteurs sont curieux de découvrir des thèmes de non-fiction en bande dessinée, ils sont en revanche 50% à affirmer ne pas être intéressés par les mêmes thèmes en non-fiction et en BD de non-fiction : cela est d’abord dû au fait que la bande dessinée, peut-être moins intimidante qu’un essai classique, encourage les lecteurs à se pencher vers des thématiques différentes. Cela est dû ensuite à l’offre de bandes dessinées de non-fiction, qui est différente de celle proposée par les ouvrages texte.

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Le comportement des lecteurs n’est donc pas le même vis-à-vis des ouvrages de non-fiction que des bandes dessinées de non-fiction. Moïse Kissous fait ressortir cette différence : “La BD L’Algérie c’est beau comme l’Amérique, par exemple, c’est un moyen de dialogue entre des lecteurs qui ont deux visions différentes, et des gens qui ont des intérêts divers pour l’Algérie. Dans ce contexte, le lien entre l’auteur et les lecteurs, et l’intervention des auteurs sont très importants. Les auteurs accompagnent ces livres sur la durée, et leur espérance de vie en est rallongée car la demande de discussion et d’intervention ne tarit pas.”

Les éditeurs de bande dessinée de non-fiction sont cependant encouragés à n’écarter aucun sujet, puisque les lecteurs sont 96% à penser que la bande dessinée peut traiter de tous les sujets.

Vers un décloisonnement dans les librairies

Le sujet de la bande dessinée est le premier critère déterminant le choix des lecteurs lorsqu’ils choisissent une nouvelle bande dessinée de non-fiction, suivi de près par le style graphique, qui est en revanche le premier critère lorsqu’il s’agit de choisir une bande dessinée de fiction.

Si la librairie est le premier lieu dans lequel les lecteurs se procurent de nouvelles bandes dessinées, sa première concurrente est en revanche la bibliothèque, qui est la première source d’acquisition de bandes dessinées pour 43% des lecteurs : de quoi encourager le débat sur le travail de prescription des bibliothécaires.

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Pour ce qui est du travail des libraires, 36% des lecteurs les encouragent à classer les bandes dessinées de non fiction dans les rayons des thématiques qu’elles abordent, et pas uniquement dans le rayon BD… mais, paradoxalement, ils ne sont que 15% à les ranger, dans leurs propres bibliothèques, de manière thématique. 85% des lecteurs les rangent en effet avec leurs autres bandes dessinées.

“Le décloisonnement a déjà commencé”, fait remarquer Moïse Kissous “aujourd’hui la bande dessinée représente environ 10% des rayons dans les librairies, mais ça a vocation à s’élargir. Les libraires prennent peu à peu conscience du potentiel de ce rayon et, nous éditeurs, nous essayons de travailler avec eux dans ce sens, pour susciter la curiosité et l’envie des lecteurs.”

Concernant le prix des bandes dessinées de non-fiction, il est perçu comme étant sensiblement le même que celui des bandes dessinées de fiction, soit de 18€. 80% des réponses situent ainsi le prix moyen d’une bande dessinée entre 10€ et 20€.

Une communication plus créative

Comme nous le constatons habituellement dans nos études de lectorat, le bouche-à-oreille est très important pour les lecteurs de BD de non-fiction lorsqu’il s’agit de découvrir de nouveaux ouvrages ou de choisir leur prochaine lecture.

Anne-Lise Combeaud a d’ailleurs souligné sa volonté de toucher de nouveaux canaux de communication lors de la promotion de Philocomix : “On a voulu sortir des canaux de communication traditionnels, on ne s’est pas contentés de faire appel aux médias BD, on a aussi été voir du côté des médias spécialisés en philosophie, bonheur, et humour. Ca nous a permis de nous retrouver à côté des ouvrages de Frédéric Lenoir dans les rayons des librairies, ou à côté de Giulia Enders et de son livre Le Charme discret de l’intestin. Une BD se remarque tout de suite dans un rayon comme ceux-là !”

Seulement 30% des lecteurs étant attachés à une maison d’édition en particulier, la plupart des lecteurs multiplient ainsi les sources de découverte et se fient également aux conseils de leurs libraires pour choisir une nouvelle bande dessinée de non-fiction.

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Delcourt, Futuropolis et Casterman font toutefois partie du trio de tête des maisons d’édition les plus connues par les lecteurs, suivies ensuite par Glénat, Dargaud et L’Association. Plus particulièrement, certaines collections de bande dessinée de non-fiction jouissent d’une certaine notoriété auprès des lecteurs : “Ils ont fait l’Histoire”, chez Glénat, est connue de 59% des répondants, “La revue XXI” par 46% d’entre eux et “La petite bédéthèque des savoirs”, chez Le Lombard, par 39% des lecteurs.

“On se sent plus intelligent”

“Ce que j’aime avec la bande dessinée, c’est qu’on peut décrypter toute l’actualité. Elle est un outil au service de sujets divers et variés, elle ouvre des portes”, conclut ainsi Anne-Lise Combeaud sans manquer de nous conseiller de lire la revue XXI, “ça a changé ma vie, on se sent plus intelligent.”

“Il n’y a aucune limite aux sujets que l’on peut aborder”, termine quant à lui Moïse Kissous. Il nous a, lui aussi, parler des futurs projets des éditions Steinkis : une bande dessinée avec Marie-Eve Malouines, présidente de la chaîne LCP, une autre sur le Samu Social et une dernière sur la géopolitique du football.

Aux maisons d’édition de prolonger cette vague de non-fiction dans la bande dessinée : “continuez”, les encourage ainsi les lecteurs. Curieux, ces derniers leur demandent également d’élargir les thèmes, d’oser le graphisme et de communiquer davantage.

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Retrouvez l’intégralité de notre étude sur Slideshare :

(Re)vivre l’adolescence avec Samantha Bailly

Après Nos âmes jumelles et Nos âmes rebelles, Samantha Bailly revient avec Nos âmes plurielles, le troisième et dernier volet  de la saga publiée chez Rageot. Une saga pleine de vie que l’auteure et scénariste française est venue présenter aux lecteurs Babelio.

« Sonia et Lou se sont rencontrées sur un forum autour de leur passion créative : l’écriture pour Sonia, le dessin pour Lou. Leur blog BD, Trames jumelles, a été remarqué par un éditeur qui les a encouragées dans leur vocation. Bac en poche, elles réalisent leur rêve : s’installer à Paris en coloc ! Mais leurs tempéraments sont radicalement opposés… Sonia adore sa nouvelle liberté et les fêtes étudiantes, tandis que Lou s’investit pleinement dans sa formation aux Gobelins. L’année s’annonce électrique ! »

Retour sur une période charnière

La toute première question posée lors de cette rencontre aborde la naissance de ce triptyque dans l’esprit de son auteure et le rapport à l’adolescence personnelle de Samantha Bailly. De quoi en savoir plus sur les raisons qui ont pu la pousser à écrire les péripéties de deux jeunes filles au sortir de l’enfance :

« Cette série est née d’un rendez-vous avec ma précédente éditrice. La question qui se posait à ce moment précis était de savoir ce que j’avais profondément envie d’écrire, de raconter. Peu de temps avant ce fameux rendez-vous, j’avais été bouleversée par le film Le monde de Charlie (adaptation sortie en 2013, par Stephen Chbosky de son livre éponyme), comme emportée par cette histoire de l’adolescence alors que bien trop souvent dans la fiction, on retrouve une retranscription de cette période de la vie très idéalisée, dénaturée. Je voulais proposer d’autres sensations, à l’image de ce que l’on pouvait trouver dans le film, quelque chose de plus proche de que j’avais vraiment vécu. Les adolescents sont dans un paysage particulier de la vie, j’avais envie d’écrire le livre qui m’aurait réconfortée à l’époque. »

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Un apprentissage à refaire

Même si Samantha Bailly s’inspire largement de son vécu comme elle confesse à plusieurs reprises au cours de la rencontre, il lui a tout de même fallu côtoyer des jeunes d’aujourd’hui pour réapprendre l’adolescence, une adolescence 2.0, résolument tournée vers la modernité :

« J’ai utilisé dans Nos âmes jumelles les forums, ces lieux d’échange à la mode à ce moment précis où j’écrivais le livre. J’ai ensuite intégré des choses plus récentes au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire, comme YouTube etc. Pour ce faire, je suis souvent allée au contact de jeunes dans le cadre de mon métier qui est celui de l’écriture. Il m’a quand même fallu apprendre à nouveau ce que les adolescents d’aujourd’hui utilisent avec une facilité déconcertante. Ce n’était pas simple au début avec Instagram et les supports récents, j’ai appris beaucoup de choses. Maintenant je m’en sors très bien ! »

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La construction de deux personnages

Inévitable, la question concernant la construction des personnalités si différentes de Sonia et de Lou a vite été amenée sur la place des débats par une lectrice intéressée. L’occasion de comprendre le lien étroit pouvant exister entre Samantha Bailly et ses personnages :

« J’ai beaucoup en commun avec les deux. Elles-mêmes, entre elles, ont des points communs et des divergences importantes. Leur rapport au corps est difficile par exemple, elles ont cela en commun. Ensuite, leurs petites différences se sont construites au fur et à mesure de l’écriture. Sonia est arrivée avec son extraversion, Lou avec d’autres éléments spécifiques etc. Ce sont des personnages qui, malgré une petite part de moi-même incorporée au fond de chacune d’elles, sont un mélange de beaucoup de choses. La création c’est véritablement savoir comment les rendre vivantes, leur donner chair de façon tout à fait indépendante, avoir la sensation que ce sont des personnages réels que l’on va laisser derrière soi, comme des amies dont on sait qu’il faudra se séparer tôt ou tard. »

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Un procédé d’écriture original

Samantha Bailly a également pris le temps d’expliquer aux lecteurs et lectrices présents l’origine et toute l’importance d’un de ses choix de narration. Un choix qui offre au récit une pluralité de points de vue où chaque chapitre correspond à la visée d’un personnage en présence. Une idée originelle ?

« Je trouve ça toujours très intéressant de croiser les points de vue lorsque deux personnages ou plus sont présents dans la même scène. On a à chaque fois les éléments les plus marquants de chaque point de vue, ces différents « moi » qui se succèdent avec des sauts dans le temps assez rapides et toute une palette d’avis et de points de vue. Je fais une construction presque proche de celle du cinéma, une habitude que j’aie lorsque j’écris des scénarios pour le septième art. Je reste fidèle au déroulement du plan que je vois au départ. Mais cela ne m’empêche pas d’aborder ce plan différemment en fonction de chaque vision des personnages en présence. »

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Une inévitable fin ?

Quant à savoir si toute cette saga devait obligatoirement bien finir, Samantha Bailly offre des pistes de réflexion qui justifient son choix et sa vision de l’évolution des existences communes de Sonia et de Lou :

« Le troisième tome est un peu celui des lecteurs. Beaucoup d’entre eux avaient envie de savoir ce qui allait arriver aux personnages. Ce tome est donc à la frontière entre ados et jeunes adultes. Je voulais passer cette dernière étape. Je me suis régalée en l’écrivant, j’ai adoré retrouver les personnages et les faire évoluer dans un nouveau cadre, dans de nouvelles situations, dont celle des études supérieures etc. C’est une période tellement intéressante, celle de l’émancipation, celle du départ de chez « Papa-Maman ». Les deux amies vont se mettre en colocation,  elles vont vivre ensemble et faire face au monde. Je savais que tout ça n’allait pas forcément bien se passer. J’ai beaucoup aimé l’idée de les confronter à ce nouveau rapport au monde. Donc même si la fin de cette saga s’inscrit dans

un cadre plutôt positif, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’obstacles ont été franchis, ou pas, en amont. »

La rencontre se conclura par une séance de dédicaces et d’échanges plus personnels entre les lecteurs et l’auteur. De quoi poser les dernières questions restées sans réponse et faire un dernier au revoir à Sonia et Lou.

Découvrez Nos âmes plurielles de Samantha Bailly publié chez Rageot.

 

Le forum de Babelio est mort, vive le forum

Après 10 ans de bons et loyaux services, le forum de Babelio va bientôt fermer ses portes. Mais pour reprendre la célèbre maxime attribuée à Antoine Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » et si le forum va effectivement disparaître sous sa forme actuelle, les échanges autour de la littérature et de Babelio ne risquent pas de s’éteindre. On vous propose en effet une nouvelle interface bien plus jolie, plus agréable à utiliser et surtout bien plus efficace car directement intégrée au site, ce qui n’était pas le cas du forum « historique », devenu obsolète depuis trop longtemps quelque temps.

Passons en revue les différents changements introduits par cette nouvelle fonctionnalité.

Les groupes

Les groupes est l’interface qui remplace le plus directement le forum. Il permet aux membres du site d’échanger autour de la littérature, de Babelio ou bien des différents défis proposés par les lecteurs. Comme sur le forum « historique », il permet également de reporter les erreurs de la base de données, de signaler des bugs ou encore proposer des améliorations.

Il existe deux types de groupes, ceux qui sont ouverts, c’est-à-dire dans lesquels tout le monde peut participer, ou fermés, c’est-à-dire ceux pour lesquels il faut être accepté par un modérateur du groupe.

Chaque groupe (par exemple : Fans de Nick Tosches ou bien Les adaptations de romans en BD) peut contenir des dossiers (ex : « Discussion générale » ; « A propos des ouvrages de Nick Tosches ») qui contiennent des conversations i.e. des fils de discussion (ex :  Un livre découvert grâce à une BD ; Vos adaptations préférées ).

Voici par exemple plusieurs discussions lancées dans le dossier « discussion générale » du groupe Les adaptations de romans en BD :

 

Les groupes sont désormais directement connectés au reste du site : vous recevrez des notifications lors de nouvelles réponses, les fils d’actualité refléteront leur activité et les groupes seront liés aux pages livres et auteurs.

De même, nous avons ajouté une fonctionnalité qui permet, lors de la rédaction de votre message, de citer un livre, un auteur ou un membre simplement dans les conversations. Il suffit pour cela d’insérer le caractère @ et de chercher le livre (symbolisé par l’icône livre), l’auteur (la plume) ou le lecteur en question (le profil). Exemple en image :

 

Enfin, un moteur de recherche est présent pour retrouver des discussions. Le moteur cherche les termes à la fois dans les titres des conversations (ce sont d’ailleurs ces résultats qui sont affichés en premier) mais aussi au sein des différents messages.

Pour information, et pour rassurer les utilisateurs les plus assidus, le forum historique n’a pas disparu, tous les échanges sont à retrouver dans les groupes officiels \o/

Vous pouvez découvrir cela dès maintenant et rejoindre les discussions sur la page des groupes.

Poser des questions

Nous avons profité de la refonte du forum pour proposer une nouvelle fonctionnalité afin que les lecteurs puissent s’aider entre eux. Vous pouvez désormais poser une question aux autres membres du site sur le thème (littéraire, cela va sans dire 🙂 ) de votre choix.

Sur la page générale des questions vous retrouverez des questions mises à l’affiche, toutes celles qui attendent une réponse, et les plus populaires :

Un second onglet vous permet de poser votre question. vous pouvez la rattacher à une étiquette, un livre, un auteur ou bien poser une question générale :

Enfin, un dernier onglet vous permet de retrouver la liste de toutes vos questions ainsi que celle de vos différentes réponses :

L’onglet Forum

Dernière modification importante, il est désormais possible de retrouver, sur chaque page auteur et chaque page livre, un onglet renvoyant vers un onglet « Forum » permettant de voir les différentes discussions ayant lieu autour d’un livre ou d’un auteur et également d’en lancer une, sans avoir besoin de rejoindre un groupe.

En cliquant sur le lien, on découvre donc à la fois les questions posées par les membres mais également les groupes de discussion lancés autour de l’auteur (ou du livre) :

 

On espère que vous allez apprécier ces nouveautés et que vous oublierez très vite l’ancien forum 🙂
N’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez et nous poser des questions ici-même si des éléments n’étaient pas clair ou suffisamment précis.

Emmanuelle Han : quand les voyages forment la sagesse

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Le 17 octobre, c’est une grande voyageuse qui a posé ses valises chez Babelio pour rencontrer ses lecteurs. Si Emmanuelle Han connaît bien Paris – elle y est née et y vit toujours -, cette première soirée consacrée à l’un de ses livres avait tout de même un petit goût d’aventure. L’occasion pour elle de nous en dire plus sur ce qui a présidé à l’écriture du tome 1 de La Sublime Communauté : Les Affamés, paru chez Actes Sud Junior.

Voyages voyages

D’abord connue pour son travail de réalisatrice de l’émission Les Nouveaux Explorateurs sur Canal +, Emmanuelle Han a toujours eu de l’appétit pour la découverte d’autres horizons et cultures, l’exploration à la fois de manières de penser différentes et des territoires sur lesquels elles se déploient. « Pour écrire ce premier roman, je me suis principalement inspirée de mes voyages, des lieux que j’ai pu visiter lors de mes déplacements professionnels. C’est une manière très privilégiée de voyager, dans le sens où pour réaliser des documentaires, on doit forcément prendre le temps de s’acclimater pour rendre compte, et donc de partir pour un temps assez long, rencontrer un maximum de personnes sur place. Des lieux comme les chutes d’Iguazu ou l’Himalaya m’ont totalement subjuguée quand j’ai pu les admirer. Et certaines personnes croisées durant ces périples sont même devenues des personnages à part entière dans La Sublime Communauté. »

Si l’image reste un outil efficace pour partager ces aventures, l’écriture s’impose rapidement comme un médium minimaliste, aux possibilités infinies : « Durant ces voyages j’écrivais beaucoup, j’ai d’ailleurs toujours écrit. J’étais un peu frustrée par les formats, le calibrage qu’impose forcément une émission télé pour transmettre tout ce que je voulais partager. Le voyage est une expérience tellement riche ! Il faut plusieurs « boîtes à outils » pour en rendre vraiment compte. »

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Quand la fiction sert le réel

Mais pourquoi choisir de passer par la fiction quand un essai ou un document, à l’image de la plupart des récits de voyage, auraient pu convenir à cette mission ? « Quand j’ai eu l’idée d’écrire un livre, j’avais dès le départ décidé d’en faire un récit fantastique. J’ai toujours adoré la SF, les dystopies, les contes, les mythes : pour moi tout ça se recoupe, et au fond c’est un peu la même chose. Je craignais quand même que ce mélange ne fonctionne pas, et j’ai mis du temps à trouver un équilibre. Mais pour moi, il était clair que le passage par la fiction me permettrait de mieux approcher la réalité, de l’utiliser comme filtre pour infuser le réel. Il faut parfois savoir s’écarter de la réalité pour mieux la saisir et lui rendre justice. »

Car si elle invente un univers aux multiples portes qui nous fait nous aussi voyager, Emmanuelle Han tient à délivrer un discours sur le monde qui nous entoure. Un propos qu’elle espère fertile : « Peu importe la raison qui mène à l’apocalypse dans mon récit. C’est toutes les raisons qu’on peut déjà deviner aujourd’hui, que j’ai juste poussées à l’extrême. L’épuisement des ressources naturelles est une raison largement suffisante, par exemple. Pour autant, je n’ai jamais été vraiment militante écologiste, je le suis devenue par la force des choses en voyageant. C’est simplement une question de bon sens quand on espère que soit préservée la beauté de la nature. Et c’est aussi un humanisme. Pour autant, je ne suis pas pessimiste, l’envie de faire autrement vient quand on est touché par la beauté des choses. Comme cette flamme éternelle, dont s’occupent seuls les Intouchables en Inde, utilisée pour allumer le bûcher lors de cérémonies funéraires. Alors oui la situation est alarmante, mais pas désespérée. Et je place tout mon espoir dans les générations futures aussi. C’était donc important pour moi que La Sublime Communauté soit lue par des lecteurs jeunes, même si le livre s’adresse aussi bien aux adultes, et qu’il contient certaines scènes assez violentes. Les enfants sont d’ailleurs très lucides sur la situation actuelle, et tout est encore possible. »

 

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Une adaptation au cinéma ?

Plusieurs lecteurs présents à la rencontre ont relevé que la couverture de ce premier tome de La Sublime Communauté avait des airs d’affiche de film. L’auteur avoue elle-même : « J’ai dû m’habituer à ce visuel proposé par mon éditeur. Au départ, je pensais plutôt à quelque chose d’assez mystérieux, sans personnage, pour ne pas trop influencer le lecteur, et aussi car je ne me représente pas toujours visuellement les protagonistes que j’imagine. Là on a trois personnages face à l’objectif, mais qui gardent leur part de mystère, on ne voit pas tout d’eux puisqu’ils sont en partie dans l’ombre. » Si pour l’instant rien n’est prévu, on ne peut que souhaiter à Emmanuelle Han et son éditeur qu’un jour un studio daigne adapter ce roman au cinéma.

En tout cas, l’enthousiasme autour de la séance de dédicace laisse présager un beau succès pour le prochain tome, sur lequel l’auteur travaille en ce moment. « Je connais la fin de cette histoire, je sais où je veux en venir. Ce que je ne maîtrise pas encore, c’est le chemin pour arriver là. J’adore cette indétermination dans le processus d’écriture. J’ai moi aussi besoin d’être surprise par cette histoire. »

Retrouvez La Sublime Communauté d’Emmanuelle Han, publié aux éditions Actes Sud Junior.

Dans les tréfonds de la mémoire avec Paul Cleave

De Paris à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, il n’y a parfois qu’un pas. C’est en tout cas ce qu’il a semblé à 30 lecteurs Babelio le 9 octobre dernier, lorsqu’ils sont venus rencontrer Paul Cleave après avoir lu son dernier roman, Ne fais confiance à personne, un polar dans lequel un romancier atteint d’Alzheimer est persuadé d’avoir commis les crimes qu’il raconte lui-même dans ses romans…

Merci à Fabienne Gondrand pour l’interprétation.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Nous ne sommes pas très raisonnables. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes. Leurs ouvrages peuvent nous donner des idées regrettables, favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un Alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ?

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De Paul Cleave à Jerry Grey

À première vue, il semble y avoir quelques similitudes entre Paul Cleave et Jerry Grey, le personnage principal de son dernier roman, et pour cause, l’auteur néo-zélandais a confié avoir des points en commun avec son héros : “Plus que n’importe quel roman, Ne fais confiance à personne est un livre très personnel. Ce personnage, c’est moi en plus jeune et en moins grand. Il a seulement deux choses en plus que je n’ai pas : la maladie d’Alzheimer et une famille. Sinon, on vit dans le même type de maison, on a les mêmes voisins, on écoute la même musique (Springsteen et Pink Floyd, en mettant le volume à fond), on partage la même expérience d’écrivain et on a tous les deux sillonné le monde pour parler de nos livres. En revanche, à l’inverse de Jerry, je ne mets pas de frontières aussi distinctes que lui entre l’écriture et ma vie personnelle : j’écris quand l’idée me vient, et je peux le faire jusqu’à très tard dans la nuit.”

D’ailleurs, l’auteur d’Un employé modèle craint d’avoir de plus en plus de points communs avec son personnage principal : “Jerry a 49 ans, et j’avais moi-même 39 ans lorsque j’écrivais ce livre. À l’époque, 49 ans ça me paraissait loin, mais maintenant que ça se rapproche, j’ai peur de partager de plus en plus de choses avec lui : j’ai peur d’avoir Alzheimer, de ne pas m’en rendre compte, et j’ai surtout peur de tuer des gens !”

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Origines du roman

Rapidement, un lecteur a interrogé l’auteur pour savoir comment lui était venue l’idée de son scénario : “Il y a trois éléments qui m’ont donné l’idée d’écrire ce roman. Le premier, c’est mon père : il a 80 ans et je commence à être inquiet qu’il ne devienne malade. Ensuite, je me suis toujours demandé ce que ça ferait de lire mes propres livres pour la première fois, si j’avais un accident par exemple. J’aimerais bien savoir ce que serait cette expérience unique pour un auteur. Enfin, il y a deux ans, j’aidais la mère d’un ami qui est libraire, lorsqu’un client appelle pour commander quelques livres. Il se trouve que ce client avait Alzheimer, et que la mère de mon ami tenait une liste avec toutes ses commandes pour ne pas qu’il achète deux fois le même livre. Il y a deux ans, j’ai fusionné ces trois éléments et je me suis posé deux questions, qui sont à l’origine du livre : qu’est-ce que ça me ferait si je lisais mes propres livres pour la première fois car j’ai Alzheimer ? Est-ce que je me demanderais si ce sont de vrais crimes que j’ai commis, et comment ferais-je pour découvrir la vérité ?”

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Sa relation à la maladie d’Alzheimer

Paul Cleave a poursuivi en précisant la façon dont il a choisi d’aborder la maladie dans ce roman : “Les gens qui ont Alzheimer sont des gens qui oublient et qui se rappellent de choses qui n’ont pas existé. Ca laisse la place à la peur, la frustration et la paranoïa, on voit d’ailleurs que c’est très dur pour Jerry : il soupçonne sa femme de le tromper, a peur qu’on lui vole des choses chez lui… Mais j’ai tenu à mettre une certaine dimension comique dans ce livre, pour alléger l’histoire. Finalement, c’était assez facile d’écrire sur Alzheimer.”

Concernant les recherches effectuées sur la maladie, l’auteur a expliqué qu’elles ne lui avaient pas demandé beaucoup de temps pour l’écriture de ce roman : “Je mentirais si je disais que je n’ai pas fait de recherches pour ce livre, mais 20 minutes passées sur Wikipedia m’ont suffit. Et encore : en 6 minutes j’avais trouvé ce dont j’avais besoin. Je ne voulais pas trop en savoir sur la maladie pour ne pas que ça vienne contrecarrer mon intrigue, alors dès que j’ai vu que la maladie d’Alzheimer faisait naître la paranoïa et pouvait briser une vie de famille, ça m’a suffit : je me suis imprimé une check-list et me suis basé dessus pour l’écriture. Mon boulot, ce n’est pas d’être véridique mais d’être vraisemblable. J’ai d’ailleurs reçu quelques mails de personnes de 70 ou 80 ans qui n’ont pas aimé le livre : certains ont peur de la maladie ou ont perdu quelqu’un à cause de ça. Le livre joue sur cette peur, et ça pourrait paraître injuste ou malhonnête, mais c’est mon boulot de faire ressentir ces choses intensément.”

En revanche, son regard sur Alzheimer a changé au fur et à mesure de l’écriture du roman : “Depuis l’écriture de ce livre et les recherches que j’ai faites, j’ai plus de respect et une crainte immense envers cette maladie. Dès que j’oublie où j’ai mis mes clés ou mon portefeuille, je me dis que “ça y est, j’ai Alzheimer”. Dès que je conduis, que je prends le train et que j’oublie pendant une seconde où je suis, j’ai l’impression que la maladie a frappé. L’avantage, en revanche, si je me retrouve dans une situation embarrassante, c’est que je pourrais facilement dire “ce n’est pas moi, c’est Alzheimer.””

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Habitudes d’écriture

Rebondissant sur l’humour de Paul Cleave, une lectrice a alors pris la parole pour exprimer le plaisir pris à trouver de l’humour dans un polar : “C’est ma marque de fabrique, je trouve que le comique donne du contraste et du relief à un livre. J’essaie d’écrire des livres différents des autres, et le comique fait partie de ma vie : j’aime faire rire les gens et mes amis. Je ris quand j’écris, et je veux que les lecteurs ressentent cela quand ils lisent le livre.”

L’auteur néo-zélandais en a alors profité pour partager avec ses lecteurs ses habitudes d’écriture : “J’ai l’habitude d’écrire dès que j’ai une idée, mais c’est parfois difficile de démarrer. Après avoir écrit le premier chapitre de Ne fais confiance à personne, je n’ai plus rien écrit pendant 6 mois. Il a fallu que je quitte Londres pour aller en Nouvelle Zélande, et c’est là que j’ai trouvé la solution qui m’a débloqué. Enfin, Ne fais confiance à personne reste l’un des livres que j’ai écrit le plus vite. J’ai rédigé la première moitié en deux semaines seulement, c’était très enthousiasmant !”

De fil en aiguille, et sans révéler le secret de son polar, il s’est alors livré sur la façon dont il amène l’histoire jusqu’à son dénouement final : “Je n’avais aucune idée de la fin lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, je ne savais pas qui serait le coupable. J’avais presque terminé mon premier brouillon quand je me suis dit qu’il serait peut-être temps que je choisisse un coupable. J’ai arrêté mon choix à ce moment-là et ai commencé à retravailler mon texte depuis le début. Je ne prévois pas ce qui va se passer lorsque j’écris, j’ai une visibilité d’un ou deux chapitres maximum.”

Sans dévoiler aucun élément clé de l’intrigue, Paul Cleave a ainsi donné des clés aux lecteurs pour comprendre la fin de son roman : “Je n’ai pas choisi cette fin pour des questions morales, mais je l’ai choisie parce que c’est la plus terrible. De toute façon, le plus important pour moi, c’est que la fin soit pertinente. Elle doit être juste, cohérente, et appropriée à l’histoire. Je n’aime pas les rebondissements de dernière minute, j’aime que les fins soient bouclées et que les personnages restent avec les lecteurs.”

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Des projets effrayants

Pour terminer la rencontre, Paul Cleave a laissé glisser quelques confidences à propos de ses envies d’écriture et de son prochain roman : “J’aime vraiment écrire des polars et je ne pourrais jamais écrire de la science-fiction, de la romance ou de la littérature blanche, mais c’est possible que je penche un peu plus vers l’horreur ou le fantastique. À l’origine, je voulais d’ailleurs écrire des livres d’horreur, j’adore ça ! Mon prochain livre sera légèrement surnaturel, voire fantastique. Ca raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans qui est aveugle et dont le père est policier. Il est tué par le tueur en série qu’il traquait, et son fils hérite de ses yeux : après l’opération qui lui redonne la vue, il voit son environnement à travers les yeux d’un détective…”

Attendez-vous toutefois à retrouver l’ambiance lugubre de la ville de Christchurch : “Forcément, ça se passera à Christchurch : j’y suis né et j’y vis : je connais donc très bien cette ville, et c’est plus facile pour moi de mettre mes personnages en situation si je connais l’environnement. Mais je vous rassure : ma version de Christchurch n’est pas la vraie version : je lui donne un petit côté Gotham City qu’elle n’a pas en réalité. Mais j’ai quand même reçu quelques mails de personnes qui voulaient venir visiter la Nouvelle-Zélande et qui ne sont pas passées par Christchurch à cause de mes livres, et ça me plaît de penser que j’ai sauvé quelques vies.”

Retrouvez Ne fais confiance à personne de Paul Cleave, publié aux éditions Sonatine.

À la rencontre des membres de Babelio (19)

Avec 500 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

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Rencontre avec thedoc, inscrite depuis le 17 avril 2014.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai toujours eu l’habitude de prendre des notes de mes lectures sur des bouts de papier, des feuilles volantes…sans vraiment trop savoir quoi en faire. Et la plupart du temps, je les perdais ! Comme ma mémoire en plus n’est pas infaillible, cela m’agaçait profondément de ne pas pouvoir retrouver le nom d’un auteur ou d’un personnage d’un livre que j’avais pourtant lu. Il y avait donc urgence à trouver une solution pour que mes lectures ne partent pas en fumée !

J’ai l’habitude dans mon métier (professeur-documentaliste) d’inventorier les livres via un logiciel et je cherchais donc pour mon utilisation personnelle un outil de ce genre … mais nettement plus convivial ! En surfant sur le web à la recherche de nouveautés littéraires, je tombais souvent sur des pages de Babelio qui m’est apparu finalement comme la bibliothèque virtuelle idéale pour garder une trace de mes lectures. J’ai sauté le pas et hop, je me suis inscrite !

J’utilise désormais Babelio aussi bien pour mon goût personnel que pour mon travail.

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Beaucoup de classiques lus durant mes études : romans, poésie, théâtre, essais philosophiques… On y retrouve aussi essentiellement de la littérature contemporaine française autour de mes auteurs favoris : Le Clézio, Pennac, Philippe Claudel, Sylvie Germain, Delphine Bertholon… Quelques policiers et un peu de bandes dessinées. Beaucoup de romans et récits historiques aussi. Et enfin de la littérature ado que je lis par obligation dans le cadre de mon métier mais surtout par plaisir ! Les livres qui peuplent mes étagères sont vraiment des livres que je possède depuis longtemps, auxquels je tiens ou bien des cadeaux. En fait, je n’ai pas une grande bibliothèque car j’emprunte essentiellement au Centre de Documentation et d’Information où je travaille. C’est un peu comme ma « deuxième » bibliothèque que j’approvisionne selon les goûts des usagers… et les miens ! Et là, vous trouverez en grand nombre des polars d’Henning Mankell, d’Arnaldur Indridason ou encore de Dennis Lehane, mes « chouchous ».

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Vous lisez beaucoup de romans historiques, qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Pour faire court : la littérature a été ma première grande passion, l’Histoire la seconde !

Et maintenant, pour faire long… J’ai pu réunir ces deux centres d’intérêt en faisant après mon bac une Prépa littéraire spécialisation Histoire, ce qui m’a permis de bifurquer ensuite sur une fac d’histoire. Mes études supérieures m’ont comblée dans le sens où j’ai pu découvrir des ouvrages que je n’aurais sûrement jamais lus par ailleurs. Toutes les périodes historiques m’intéressent et m’intriguent, c’est une curiosité jamais assouvie. Je reste assez fascinée par tous ces hommes et femmes qui nous ont précédés, qui ont vécu des choses qui nous paraissent incroyables aujourd’hui. Et puis, il y a des périodes ou des événements qui m’attirent plus… J’ai lu et je lis toujours beaucoup d’ouvrages sur la Shoah. Adolescente, la prise de conscience de ce qu’il s’était passé durant la Seconde guerre mondiale a été un choc pour moi et j’ai ensuite lu tout ce que je pouvais trouver sur cette période. Le conflit, l’Occupation, l’extermination des Juifs… Ce dernier point soulève chez moi une incompréhension totale et je pense que c’est pour cela que je poursuis mes lectures sur ce sujet. Un génocide est une chose insensée. Ce qu’ont pu faire des hommes à d’autres hommes me laisse ébahie et horrifiée. Alors, si je puis dire, je tente de trouver une espèce d’explication. J’ai donc poursuivi mes lectures sur les génocides avec l’occupation des Khmers rouges au Cambodge et plus près de nous sur le génocide des Tutsis et Hutus modérés au Rwanda. Les ouvrages de Rithy Pan, de François Bizot, de Jean Hatzfeld ou encore les romans de Scholastique Mukasonga sont remarquables et sont des témoignages essentiels pour les jeunes générations. Quant à ma tentative d’explication, je n’en ai pas. Je garde en souvenir (merci Babelio !) cette citation tirée de Récits des marais rwandais :

« Ce qui s’est passé à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines, ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels […] Ces gens bien lettrés étaient calmes, et ils ont retroussés leurs manches pour tenir fermement une machette. Alors, pour celui, qui comme moi, a enseigné les Humanités sa vie durant, ces criminels-là sont un terrible mystère. »

récits des marais rwandais

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

la ronde et autres faits diversJean-Marie-Gustave Le Clézio. En classe de Première littéraire, je me souviens encore des lectures à haute voix de Madame Cécillon, professeur de Français (Madame, si vous vous reconnaissez… merci !). Entre deux textes du bac, elle nous lisait des extraits de La Ronde et autres faits divers. Des nouvelles qui me bouleversaient. J’ai ensuite lu Désert, Onitsha, Etoile errante, Poisson d’or, et tant d’autres encore… Je reste toujours sous l’emprise de l’écriture magnifique à l’étrangeté bouleversante de JMG Le Clézio où l’errance, l’exil, les racines et l’adolescence restent les thèmes principaux. Je n’ai pas encore tout lu de Le Clézio, heureusement !

l'enfant méduseEt puis, bien sûr, le tout premier : L’enfant méduse, de Sylvie Germain, découvert au hasard dans les rayonnages du bibliobus. Une révélation pour moi, tant dans l’histoire de Lucie que dans la beauté des mots. Je le qualifierai presque de salvateur pour moi, un livre lu au bon moment.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

les chutesLes Chutes de Joyce Carol Oates. Je connaissais surtout l’auteure pour ses livres à destination des adolescents et je voulais poursuivre cette découverte avec ses livres pour adultes. Mais cette auteure est très prolifique… Lequel choisir ? C’est en lisant des critiques sur Babelio que je me suis lancée à corps perdu dans les Chutes ! J’ai adoré l’histoire, le style, tout. Là encore, j’ai encore de nombreux ouvrages à lire de cette auteure et j’en suis très heureuse !

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

fantômetteJe ne relis jamais les livres que j’ai déjà lu car il y en beaucoup trop à découvrir ! Les livres que j’ai énormément relus sont ceux de mon enfance qui étaient disponibles à la maison : Fantômette, Le club des cinq, Tintin… J’ai lu et relu mes propres livres (bibliothèque rose) avant de m’attaquer à ceux de mes frères (bibliothèque verte) : Les six compagnons, L’étalon noir… Je les ai proposés il y a quelques temps à mes enfants mais l’aspect un peu vieilli ne les a pas emballés (rires)

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

le petit princeLe Petit Prince de Saint-Exupéry et Madame Bovary de Flaubert. C’est surtout le premier qui me fait honte car mon fils l’a lu et son professeur de Français m’a fait une leçon de morale quand je lui ai avoué que je ne l’avais pas lu, du style : « Mais vous avez tout manqué si vous n’avez pas lu Le petit prince ! »

Quant au deuxième, un collègue m’a dit un jour : « Quoi ? Tu as fait une Prépa littéraire et tu n’as pas lu Madame Bovary ?! » Hé bé non… Et je ne le lirai certainement jamais !

Découvrez notre article sur les grandes controverses littéraires consacré à Madame Bovary de Gustave Flaubert.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

La Fin de Mame BabyQuand je vois le mot « perle », je pense au livre La fin de Mame Baby de Gaël Octavia que Babelio m’a envoyé cet été. Cet ouvrage de la rentrée littéraire 2017 mérite que l’on s’y intéresse car l’auteure me paraît très prometteuse. J’apprécie beaucoup les ouvrages de la collection « Continents noirs » de chez Gallimard qui nous font découvrir de très beaux textes.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier, papier et papier. J’aime les livres, pour l’histoire qu’ils nous font vivre et pour l’objet. J’aime tourner les pages et regarder où j’en suis dans ma lecture en regardant l’épaisseur qu’il me reste. J’aime l’odeur que certains dégagent, les vieux et les neufs. J’aime corner (puis décorner) les pages où j’ai relevé une citation. J’aime les ranger dans ma petite bibliothèque. J’aime leur beauté. Car certains sont magnifiques ! Et j’aime y glisser mon marque-page. D’ailleurs, quel avenir pour les marque-pages sur une liseuse ???

Sinon, j’avoue que je n’ai jamais essayé la liseuse. Cela a très certainement un côté pratique mais cela ne m’attire pas plus que cela. La lecture sur écran n’est vraiment pas ce que je préfère – sauf pour Babélio 🙂

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Je lis un peu partout, dès que l’occasion se présente. Mais mon lit reste mon endroit préféré, en soirée, au calme, avec mon chat qui attend ce moment privilégié.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Celle que j’ai mise dans la description de mon profil :

« La lecture élargit l’horizon de la vie, la vie devient plus grande, elle devient autre chose c’est comme si on possédait une chose que personne ne pourra jamais nous enlever, jamais et ça vous rend plus heureux. » (Jon Kalman Stefansson)

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

elena ferrante le nouveau nom l'amie prodigieuseCertainement L’amie prodigieuse, tome 2. J’ai lu le premier tome conseillé par un ami (salut gonewiththegreen !) que j’ai bien aimé et le second volume m’attend depuis un moment dans ma table de chevet.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Je dirais comme la plupart des membres de Babelio : une critique qui tout simplement vous donne envie de lire le livre, peu importe qu’elle soit courte ou longue. Enfin, je dis ça, mais avouons-le, les critiques les plus longues ne sont sûrement pas celles qui sont le plus lues par manque de temps. Dommage pour moi car j’ai dû mal à faire court !

Personnellement, dans une critique, j’aime retrouver un petit rappel de l’intrigue fait par le lecteur (sans tout dévoiler bien sûr !) pour prendre connaissance du sujet. Ensuite, bien sûr, le ressenti et l’avis personnel comptent énormément et c’est là que tout se joue. Je suis sensible à l’écriture au sens où le lecteur nous emporte facilement dans sa critique et nous rend clairement compte de ses impressions sur l’œuvre et les personnages. Certains lecteurs complètent leurs critiques avec des connaissances personnelles et des références, c’est souvent intéressant.

Ceci étant dit, l’exercice n’est pas aussi simple qu’il y paraît. L’essentiel est que chacun y trouve son compte (rédacteur et lecteur) dans le plaisir d’écrire et dans dans celui de lire.

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Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je n’ai pas d’anecdote particulière sur Babelio si ce n’est que je suis devenue addict à ce réseau social littéraire ! J’aime y découvrir des œuvres, retrouver les commentaires des membres, partager avec eux sur nos lectures communes ou à venir, participer aux Masse Critique…. Babelio, c’est tout un monde où se retrouvent les amoureux des livres : il y a de l’humour, de l’émotion , des discussions… Je ne pensais pas à cet effet convivial quand je me suis inscrite mais cela me plaît beaucoup. Babelio, je ne pourrais plus m’en passer…

Merci à thedoc pour ses réponses !

Babelio needs you -itw du mois

Survivre en temps de guerre avec Philippe Pollet-Villard

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Au-delà de panser des blessures psychologiques, l’écriture permet à certains auteurs de réinventer leur passé et celui de leurs proches, de combler des histoires familiales trouées par le temps, les non-dits, les amnésies volontaires ou non. C’est par exemple le cas d’Alice Zeniter, que nous recevions en septembre dans nos locaux. C’est aussi celui de Philippe Pollet-Villard, venu rencontrer le 2 octobre chez Babelio ses lecteurs à l’occasion de la sortie de son quatrième roman L’Enfant-mouche (Flammarion), son ouvrage le plus personnel et intime qui lui aura demandé 10 ans de réflexion et de travail.

Car l’histoire de Marie, cette jeune orpheline livrée à elle-même dans l’Est de la France lors de l’Occupation, est en fait celle de la mère de l’auteur, aujourd’hui âgée de 87 ans. Un récit de survie dans des villages de misère, de violence et d’étrangeté, dont la principale protagoniste garde des souvenirs très parcellaires. « Ma mère est quelqu’un de puissant. Elle me fait penser à la centrale nucléaire de Tchernobyl : tout est effondré à l’intérieur, mais elle tient debout. »

Dans la fabrique du roman

Avec le peu d’informations qu’il a en main, et bien décidé à enfin coucher sur le papier ce récit, Philippe Pollet-Villard commence par mener l’enquête : « J’ai demandé à un ami journaliste de se rendre dans les villages que ma mère a traversés pour essayer de trouver des gens qui l’avaient connue à l’époque et s’en souvenaient. Plus tard, je suis moi-même allé sur place pour recueillir des informations. En plus, bien sûr, des souvenirs que ma mère m’avait légués ; des choses très étranges comme des chevaux qui disparaissaient dans le sol, ou les nombreux avions en flamme qu’elle disait avoir vus tomber. Et en posant les bonnes questions sur place, je me suis rendu compte que c’était totalement vrai : des chevaux avaient disparu dans les marécages, et elle vivait sous un couloir aérien, près de DCA allemandes qui abattaient des chasseurs. »

Des faits et des témoignages donc, qui servent de fondations à cette histoire. Mais pour bâtir son roman, l’auteur se voit obligé d’inventer. Des personnages, des scènes, une ambiance. Bref : de quoi écrire et basculer définitivement dans la fiction. « Il faut s’affranchir du réel pour devenir romancier. Mais s’affranchir du réel, c’est commencer à mentir, et c’est très compliqué quand on a reçu une éducation judéo-chrétienne. J’y parviens de mieux en mieux au fil de mes livres – même si pour moi l’écriture reste un processus chaotique – et ma mère m’a même avoué que ce que j’ai imaginé correspond exactement à ce qu’elle ressentait alors, ou du moins aux souvenirs qu’elle en a, à la réalité de cette époque : des personnages bizarres, des villages sordides… C’est tout le bonheur du roman que de parvenir à ça ! Au fond on ne sait rien de la vérité, on ne peut que l’inventer. »

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Tu ne jugeras point

Lorsqu’une lectrice lui demande pourquoi il a voulu faire publier ce récit, et non le garder pour lui, Philippe Pollet-Villard répond : « Cette histoire coule dans mes veines depuis avant ma naissance. Et c’est un sang noir, infecté. Cette peur, cette misère, je les sens en moi. Donc cette saignée de l’écriture et de la publication, c’est mon seul droit. Il n’y a pas de raison que je me la refuse. D’ailleurs je ne raconte finalement que mon histoire. Et cette histoire sinistre devient universelle, les gens se l’approprient. De toute façon je n’ai pas voulu avec L’Enfant-mouche écrire un règlement de comptes avec ma famille. Au contraire, ça ressemble pour moi plus à un hommage. Et je ne juge personne. »

D’ailleurs, n’est-ce pas dangereux d’écrire sur sa famille ? « Même quand on fait un hommage, cela peut être mal perçu. Ici, j’ai essayé de prendre soin du personnage de Marie, de cet enfant en détresse. C’est un thème classique en psychologie : ces enfants qui deviennent les parents de leurs propres parents. Et ma mère a plutôt bien reçu le livre. »

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Raconter la guerre

« Dans mon livre, il y a des passages violents et sordides, mais pas de pathos. Je ne supporte pas, par exemple, voir pleurer un acteur à l’écran. Et là je me suis attaché avant tout à raconter l’histoire de cette petite fille. Parler avant tout de la petite histoire, et non de la grande Histoire. Encore une fois mon livre ne juge pas, je trouve des raisons à mes personnages, car personne ne sait comment il réagirait en temps de guerre – les courageux deviennent parfois des lâches, et inversement. Tout le monde perd la tête. Pour Marie, l’important reste : qui donne à manger, recevoir un vrai sourire. La couleur du drapeau pour lequel se bat tel ou tel soldat est secondaire. »

Lorsqu’on lui demande si des récits de guerre l’ont particulièrement marqué, Philippe Pollet-Villard nous conseille deux ouvrages : « Automne allemand de Stig Dagerman. A l’origine c’était une enquête, des petits bouts de choses destinés à paraître dans des journaux de l’époque, et Dagerman en a finalement fait un roman. Ca n’est pas dénué d’ironie, comme dans certains romans allemands. Ce livre m’a beaucoup touché, parce qu’il raconte la toute fin de la guerre en Allemagne, et on a peu entendu parler de ce désastre général. Un ensemble de petits témoignages, de petites situations. Il faut lire ce livre !

Svetlana Alexievitch aussi, qui fonctionne dans un registre un peu similaire, avec des bribes de conversations, des enquêtes qu’elle a menées, qu’elle monte comme un film. La Supplication, sur l’après Tchernobyl, est vraiment magnifique, extraordinaire. Parce que c’est la réalité, et de fait c’est très inattendu. » Au contraire de la séance de dédicaces, très attendue, durant laquelle les lecteurs ont pu poser d’autres questions à l’auteur.

Peu avant la rencontre, nous avions pu discuter avec l’auteur, qui avait choisi 5 mots pour parler de son livre et de son rapport à la littérature. En voici le résumé en vidéo.

Retrouvez L’Enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard, publié aux éditions Flammarion.

Un thriller où la fin justifie les moyens : rencontre avec Laurent Loison

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Après la publication de son premier livre Charade, Laurent Loison est venu à la rencontre des lecteurs Babelio pour parler de Cyanure, son second thriller fraîchement débarqué dans les librairies et édité chez Hugo & Cie. L’occasion de retrouver le trio de choc formé par le capitaine Loïc Gerbaud, sa collègue Emmanuelle de Quezac et le saillant commissaire Florent Bargamont pour une nouvelle enquête qui s’annonce … pleine de rebondissements.

« Branle-bas de combat au 36, quai des Orfèvres. Toujours assisté de sa complice Emmanuelle de Quezac et du fidèle capitaine Loïc Gerbaud, le célèbre et impétueux commissaire Florent Bargamont se trouve plongé dans une enquête explosive bien différente des habituelles scènes macabres qui sont sa spécialité.

Un ministre vient en effet d’être abattu par un sniper à plus de 1200 mètres. Sachant que seules une vingtaine de personnes au monde sont capables d’un tel exploit, et que le projectile était trempé dans du cyanure, commence alors la traque d’un criminel particulièrement doué et retors.

Les victimes se multiplient, sans aucun lien apparent et n’ayant pas toutes été traitées au cyanure. Balle ou carreau d’arbalète, la précision est inégalée. Ont-ils affaire à un ou plusieurs tueurs ? Un Guillaume Tell diaboliquement efficace se promène-il dans la nature ?

Tandis que Bargamont doit faire face à de perturbantes révélations et se retrouve dans une tourmente personnelle qui le met K.O., les pistes s’entremêlent jusqu’au sommet de l’État, où le président de la République n’est peut-être pas seulement une cible.»

 

L’importance du jugement

 

Laurent Loison est un homme aux multiples facettes. Tour à tour conseiller aux entreprises, tenancier de pub, entrepreneur du Net et bien d’autres choses encore, le voilà désormais auteur à succès. C’est pour parler de ses romans, justement, qu’il se présente, debout, face à des lecteurs avides d’en savoir un peu plus sur l’auteur responsable de quelques unes de leurs nuits blanches. La première salve de questions  porte sur le concept de jugement et le rapport entretenu par Laurent Loison avec cette notion qui est centrale dans Cyanure :
« On juge tous les jours, dans notre quotidien, dans la rue. Mais il faut se poser la question de savoir si on a vraiment ce droit de juger en permanence ? Un enfant qui a une mauvaise note, une queue de poisson sur la route, tout nous pousse à émettre des jugements rapides. Mais est-ce qu’on a vraiment toutes les armes pour juger à chaque fois ? C’est un peu ce que je me suis amusé à faire dans Cyanure. Comment chaque lecteur peut être amené, en plus du plaisir de lecture, à se poser des questions vis-à-vis de lui-même et des autres, sans se prendre trop la tête ? » 

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Le thriller comme vocation

Deuxième livre, deuxième thriller. Laurent Loison semble avoir trouvé sa vocation dans un genre qui, pourtant, s’avère complexe à développer : « Le thriller ne laisse pas beaucoup de place aux émotions, aux descriptions, à l’environnement. Ici, on doit amener le lecteur à ce que dans les cent dernières pages il soit quasiment en apnée. Beaucoup de mes collègues auteurs ont des manières différentes d’écrire un roman. En général, j’ai une idée qui me permet de surprendre le lecteur, du moins d’essayer de le surprendre. Une fois qu’on a ça, il reste à mettre en place ce qu’il faut pour parvenir au résultat définitif. Une fois que les idées sont couchées sur page et qu’on se sent prêt, c’est là que commence l’écriture. » 


Charade, le premier roman de l’auteur avait déjà été remarqué par ses lecteurs qui avaient lu l’ouvrage en un souffle. Rebelote avec Cyanure, dont l’intrigue est pour le moins anxiogène. Prendre le lecteur en otage, serait-ce la marque de fabrique de Laurent Loison dans un genre littéraire pourtant pas avare en romans angoissants ? : « L’idée n’est pas de faire mieux ou d’aller dans la surenchère mais d’essayer de faire légèrement différent avec les mêmes recettes, chercher une petite touche différente. En mettant un fond de réflexion supplémentaire, cela m’oblige à m’employer et faire en sorte d’avoir des éléments d’accroche supplémentaires pour captiver davantage les lecteurs. »

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Le retour des personnages fétiches

 

Cyanure, second roman de Laurent Loison, est aussi l’occasion de retrouver des personnages que l’on avait déjà rencontrés dans Charade. Une volonté de Laurent Loison de faire revenir ses  personnages fétiches, comme un gilet de sauvetage ?
« Faire revenir mes personnages était une évidence, et cela pour plusieurs raisons. Je pense qu’écrire un livre c’est à la portée de n’importe qui. On a tous un passé, des histoires, du vécu. En prenant le temps, on y parvient. La vraie difficulté c’est quand vos lecteurs vous attendent et que vous devez recommencer à zéro. Écrire un deuxième livre, c’est déjà bien plus complexe. Servir à chaque fois le même plat est impossible. Devant cette terreur j’ai trouvé extraordinairement confortable de me reposer sur certaines choses qui avaient fonctionné. Les personnages avaient déjà un passé assez dense, je pouvais continuer à développer leur histoire afin de me concentrer sur la nouvelle, et aussi la nouvelle enquête. »

 

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Une fin en apothéose

Même si nous respecterons le suspens pour les aspirants lecteurs de Cyanure qui n’ont pas encore pu découvrir ce livre de Laurent Loison, il semble que la fin ait été particulièrement appréciée par les lecteurs. Une fin en apothéose et qui revêt une certaine originalité : « De manière très modeste je me suis réveillé une nuit, j’ai réveillé ma femme et je lui ai dit « J’ai une idée de génie ! » On a cherché et on a vu que personne avait eu cette idée jusqu’à présent. La vraie difficulté est de faire que cela fonctionne, pour un lecteur comme pour une lectrice, et que la mise en scène fonctionne de bout en bout. »

 

Découvrez Cyanure de Laurent Loison, aux éditions Hugo & Compagnie.

Littératures de l’imaginaire : le lecteur disséqué

L’Imaginaire ayant pris le pouvoir en librairie pendant tout le mois d’octobre, c’est à ses lecteurs que nous nous sommes intéressés pour la douzième conférence de notre cycle destiné aux professionnels du livre qui vise à explorer les pratiques des lecteurs.

Fantastique, science-fiction, fantasy… Portées ces dernières années par de nombreux best-sellers et des adaptations à succès sur le grand et le petit écran, les littératures de l’imaginaire s’ouvrent à un public sans cesse plus large, tout en restant les grandes absentes des colonnes de la critique traditionnelle.

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Qui est le lecteur d’imaginaire ? Quelle place accorde-t-il au genre dans ses lectures ? Comment se forment ses choix, ses fidélités, ses découvertes ?

Pour tenter d’en savoir plus sur ces lecteurs qui sont tout sauf imaginaires, nous avons mené une enquête du 5 au 11 septembre 2017 auprès de 3 428 lecteurs présents sur internet. Nous avions d’ailleurs déjà mené une enquête en 2015 sur ce lectorat. S’est-il métamorphosé en deux ans ? Quels changements, quelles évolutions peut-on évaluer ?

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Présents à nos côtés pour interpréter les résultats de notre étude présentée par Octavia Tapsanji, responsable relations éditeurs de Babelio, nous avons convié Thibaud Eliroff, directeur des collections Nouveaux Millénaires et J’ai Lu SFMathias Echenay, fondateur des éditions La Volte ainsi que Stéphane Desa, directeur des collections Fleuve et Pocket Editions SF /Fantasy.

Les frontières sans cesse repoussées de l’Imaginaire

Comme nous le rappelions lors de la présentation de notre précédente étude sur ses lecteurs, « l’imaginaire » est une littérature difficile à définir. Sont inclus en effet sous cette appellation différents genres littéraires tels que le fantastique, la fantasy, la science fiction, mais aussi de multiples sous-genres comme l’uchronie, le steampunk, le space-opera, l’urban fantasy, la dystopie et la bit-lit. Sous-genres qui peuvent également eux-même se diviser à l’envie. Si la théorie du « multivers », c’est-à-dire celle qui suppose des univers multiples qui existeraient simultanément, est particulièrement appréciée de certains auteurs de science-fiction, peut-être faut-il parler des littératures de l’imaginaire comme d’un « multi-genre » !

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C’est sans doute cette diversité intrinsèque à cette littérature qui explique le flou qui l’entoure. Nous avons demandé aux lecteurs de classer différentes œuvres dans le genre imaginaire. Il apparaît que seuls 30% des lecteurs identifient comme appartenant « tout à fait » au genre des ouvrages tels que Les Fourmis de Bernard Werber, La Métamorphose de Kafka ou Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Et comme d’habitude, nous avons inclus dans la liste des titres pièges. Les Ecureuils de Central Park de Katherine Pancol a été identifié comme un roman issu des littératures de l’imaginaire par 4% des répondants. 

Pour Stéphane Desa, ces résultats confirment ses soupçons : le genre de l’imaginaire est toujours aussi mal identifié et c’est un vrai problème pour les éditeurs. Pour lui comme pour chacun des intervenants, c’est un travail que tous les éditeurs du genre doivent inlassablement fournir : réussir à mieux communiquer auprès du grand public alors que des grands noms de l’imaginaire sont proposés en France dans des collections « blanches », c’est à dire qui ne relèvent pas d’un genre. L’imaginaire doit-il pour autant avoir un rayon qui lui serait consacré en librairie, afin peut-être, de mieux l’identifier ? C’est, pour Mathias Echenay, une véritable interrogation dont il ignore la réponse : « Certains livres doivent être placés dans un rayon « imaginaire » mais d’autres livres dans un rayon de littérature « blanche ».

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Reste que le lecteur de Babelio, ou plutôt la lectrice – puisqu’elles sont très largement majoritaires sur le site -, est un grand lecteur et, surtout, un grand lecteur d’imaginaire. 89% des répondants à notre sondage s’identifient au genre.

Pourquoi lire ou ne pas lire de l’imaginaire

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Ceux qui disent ne pas lire ce type de littérature, c’est à dire  11% des lecteurs interrogés, montrent une certaine méconnaissance du genre. Ils parlent ainsi d’une « littérature enfantine » trop rattachée à la jeunesse : « J’en ai lu dans ma jeunesse, a répondu un lecteur, désormais je lis des romans plus classiques. » En écho à ce sentiment, certains jugent le genre trop simpliste avec des personnages « pas assez fins » et des intrigues « immatures ». D’autres estiment qu’ils ne sont pas suffisamment accompagnés dans la découverte de cette littérature, que ce soit à travers leurs études, ou en librairie. D’autres enfin préfèrent aux livres d’autres médias comme le cinéma : « L’imaginaire pour moi, c’est le cinéma ».

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Si ces réponses sont minoritaires dans notre sondage, elles reflètent tout de même une réalité à laquelle est confrontée la littérature de l’imaginaire aujourd’hui. Alors que la culture pop a envahi les médias et que le cinéma de super-héros engrange chaque année des bénéfices record au cinéma, cela n’a nullement profité à la littérature. Prenons George R.R. Martin, par exemple. Pour Thibaud Eliroff, « l’immense succès de ses romans Le Trône de fer puis de la série télévisée tirée de ses livres n’a aucunement bénéficié à ses autres ouvrages ni, dans une plus large mesure, à la fantasy en général ». Une situation qui s’explique peut-être, pour Stéphane Marsan, directeur éditorial et littéraire mais aussi co-fondateur de la maison d’édition Bragelonne, par un malencontreux « hara-kiri » des éditeurs eux-même : à force d’augmenter la qualité de leur production, à travers les couvertures, les traductions ou encore la présence des auteurs en France, peut-être que les éditeurs ont raté le « massif », le grand public. Celui-ci a trouvé d’autres médias que les livres pour découvrir l’imaginaire.

La grande majorité des lecteurs ayant répondu au sondage a – heureusement – une vision plus positive du genre. Ils sont nombreux à lire régulièrement des ouvrages qui se rattachent à cette littérature. Pour ces lecteurs, ce genre est une manière de « s’évader », de « sortir de leur quotidien ». De même, ils louent la grande créativité des auteurs de SF, de fantasy ou de fantastique. L’évasion recherchée et la créativité des auteurs appréciée ne signifient pas pour autant un rejet du réel : ces différentes littératures leur permettent souvent, au contraire, de « réfléchir sur le monde présent », de « questionner les sociétés actuelles ».
Pour d’autres encore, à moins qu’il ne s’agisse également des mêmes lecteurs, les littératures de l’imaginaire sont tout simplement un genre littéraire comme un autre, aussi légitime et intéressant que peuvent l’être les romans policiers ou les romans dits de « littérature blanche ».

Comparer les résultats de notre étude avec celle de 2015 nous a permis de voir que la part de l’imaginaire avait légèrement progressé en 2 ans.

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Ces résultats nous montrent qu’il existe en outre deux types de publics : un public de « puristes » (44% des répondants) pour qui l’imaginaire est un genre majoritaire et un public de « curieux » qui lisent de l’imaginaire mais également de nombreux autres genres littéraires. L’existence de ces deux publics pose question : comment s’adresser justement à ces différents types de lecteurs ?

Pour les éditeurs présents lors de la conférence, la question ne se pose pas en ces termes, il s’agit simplement d’essayer de communiquer l’enthousiasme qu’ils ont pour un livre à des lecteurs qui ne sont pas forcément le public du livre. Avec les couvertures de ses livres, Mathias Echenay essaie, chez La Volte, « de faire en sorte qu’elles correspondent à un goût supposé des gens qui pourraient aimer le livre ». Pour Stéphane Désa et Thibaut Eliroff, il s’agit avant tout de « choisir un texte ». Ils savent que le livre va avant tout s’adresser à une certaine cible. Il y a ensuite, à travers la couverture notamment, un équilibre à trouver entre cette cible et le plus grand public. Tous s’accordent à dire qu’il faut des médiateurs entre le livre et le public pour que celui-ci soit correctement informé. Un rôle que doivent (ou devraient) tenir les médias mais aussi les libraires. Il apparaît cependant que les libraires qui ont un rôle de guide auprès des lecteurs, ne sont pas forcément tous connaisseurs du genre.

Donnée intéressante qui ressort du sondage, il semble que les femmes privilégient le fantastique quand les hommes préfèrent plus largement la science-fiction même si la majorité des lecteurs apprécient différents genres. 59% d’entre eux lisent deux ou trois genres de l’imaginaire.

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Pour ce qui est de l’appartenance du genre à une nationalité, notre étude montre que les lecteurs sont une majorité à associer les littératures de l’imaginaire aux auteurs anglo-saxons. La part des auteurs français a toutefois légèrement progressé en deux ans, passant de 7% à 9%. A noter d’ailleurs, qu’1 lecteur sur 4 lit en version anglaise originale.

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Sur la question du type de livres à travers lesquels les lecteurs lisent de l’imaginaire, on voit que les one-shot (publications en un volume) et les sagas sont les formats les plus populaires, des résultats identiques à notre étude de 2015. On note cependant que la part des recueils de nouvelles a augmenté en 2 ans, passant de 20% à 25%. Précisons d’emblée qu’ils ne sont par ailleurs que 57% à privilégier le poche, alors que le poche est, pour tout autre type de littérature, plébiscité par les lecteurs. Ceci est une vraie spécificité des littératures de l’imaginaire, qui s’explique par le fait qu’il s’agit d’un public de connaisseurs fidèles et attachés à leurs auteurs ainsi qu’à l’objet livre. C’est devenu, pour Stéphane Marsan, un véritable problème pour le secteur car le grand format s’adresse avant tout à une niche. Les éditeurs devraient être plus efficaces en poche.

47% des lecteurs interrogés lisent par ailleurs en numérique, un chiffre en progression par rapport à 2015. Ils étaient alors 38%.

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Les portes d’entrée du genre

Nous avons demandé aux lecteurs avec quel livres ils avaient découvert les littératures de l’imaginaire. On trouve dans la liste des classiques du genre comme Harry Potter de J.K. Rowling ou  Le Seigneur des anneaux de J.R.R Tolkien mais aussi des classiques d’école comme 1984 de George Orwell ou Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Les lecteurs citent également des ouvrages plus récents comme Hunger Games de Suzanne Collins ou A la croisée des mondes de Philip Pullman. D’autres ouvrages sont plus anciens : Voyage au centre de la Terre de Jules Verne ou Le Horla de Guy de Maupassant. A noter que sur la liste des 38 livres, les auteurs français représentent un quart des réponses même si le classement est largement dominé par les auteurs anglo-saxons.

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Thibaud Eliroff trouve positif que les grands classiques comme 1984  soient des portes d’entrée au genre mais tous jugent dommage que malgré la présence d’ouvrages « jeunesse » tels que Harry Potter dans la liste, beaucoup de lecteurs aient abandonné l’imaginaire passé l’adolescence. La mission des éditeurs est peut-être justement de récupérer ceux qui ont quitté les terres de l’imaginaire après avoir dévoré Hunger Games. Pour Mathias Echenay, l’imaginaire reste pour beaucoup une littérature de jeunesse ou bien un « péché mignon ». Les lecteurs de 18-20 ans ne se retrouvent pas dans la SF ou le fantastique alors qu’ils ont adoré de nombreux ouvrages de Young adult ou bien Harry Potter. Mathias Echenay déclare ainsi avoir longtemps attendu, en vain, les enfants d’Harry Potter. Ils ne se sont jamais manifestés. Pire, le Young adult, qui comporte une large section imaginaire, s’est depuis quelques années imposé à tel point qu’il a occulté le reste de la production de SF ou de fantastique. Les jeunes lecteurs de Hunger Games sont restés lecteurs de Young adult et rares sont ceux à aller un peu plus loin en librairie pour trouver d’autres types de lectures qui pourraient pourtant les séduire. C’est là encore un travail que doivent effectuer de concert les éditeurs, les libraires et les médias.

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En février dernier, nous avions mené une enquête sur les adaptations de livres au cinéma. Il ressortait de cette étude que 70% des lecteurs avaient découvert un livre après avoir apprécié le film adapté. En est-il de même pour l’imaginaire ? Il semble que ce soit effectivement le cas, même si le résultat n’est pas aussi marqué : 59% des lecteurs sont « entrés » dans la littérature de l’imaginaire par un film.

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Lesquels ? On leur a également posé la question et ce sont majoritairement des films récents qui sont cités. On constate également qu’il y a un recoupement entre les oeuvres citées ici et la liste des romans qui leur ont fait découvrir le genre. Ceci témoigne du fait que ce sont des univers forts qui ont permis aux lecteurs d’entrer dans l’imaginaire, que ce soit par le texte ou par l’image. On note par ailleurs, sans grande surprise, que l’adaptation réussit plutôt bien à Stephen King, qui voit cinq de ses œuvres citées dans la liste (et le sondage a été réalisé avant la sorti du film Ça 🙂 )

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Comment les lecteurs de l’imaginaire se procurent-ils leurs livres ?

La librairie occupe une place de choix pour les lecteurs et est en progression depuis 2015 (30% il y a deux ans contre 34% aujourd’hui). Les lecteurs multiplient cependant leurs sources d’acquisition, avec les librairies donc mais aussi les grandes surfaces culturelles, internet et les bibliothèques.

Quant à la question de la découverte de nouveaux romans, on constate que les lecteurs multiplient les supports, que ce soit en ligne ou en magasin. Chose étonnante, les médias occupent la quatrième place du classement alors que l’imaginaire est assez peu traité dans les médias traditionnels.

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En terme de prescription toujours, les lecteurs semblent privilégier le bouche à oreille à travers Babelio, leur entourage, les blogs mais aussi l’avis des libraires.

Comme nous l’avions vu en 2015, les lecteurs sont peu attachés aux maisons d’édition ou aux collections même si certaines semblent bien identifiées. Les lecteurs témoignent par la même occasion d’un fort attachement aux maisons indépendantes comme l’Atalante, Les Moutons électriques ou Mnémos qui arrivent assez haut dans un classement dominé par Bragelonne.

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Les prix littéraires restent de leur côté assez peu connus même si le Grand prix de l’Imaginaire ainsi que quelques autres prix ont gagné en notoriété depuis 2015.

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C’est, sans grande surprise, le thème du livre qui reste l’élément essentiel dans le choix d’un ouvrage. Le nom de l’auteur ou la maison d’édition sont des éléments secondaires.

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De manière générale, les lecteurs sont contents du travail des éditeurs et les encouragent à poursuivre leur travail. Certains regrettent toutefois que les couvertures soient trop apparentées au genre et aimeraient qu’ils s’ouvrent à un nouveau public.
Ils aimeraient également que la place accordée aux auteurs français soit plus importante.
De même, ils regrettent souvent le découpage des séries qui ne reprend pas toujours la tomaison originale.

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Des perspectives d’avenir

On constate que le Mois de l’Imaginaire, une initiative lancée en ce mois d’octobre 2017 par un collectif d’éditeurs, connaît une notoriété naissante. Un quart des personnes interrogées connaissaient l’opération, ce qui montre qu’il y a une bonne communication auprès du public.

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La concertation des éditeurs est pour Stéphane Marsan, la vraie « lumière au bout du tunnel » pour le genre. C’est cette concertation qui a abouti au Mois de l’Imaginaire. Une nouvelle perspective pour mieux communiquer auprès du grand public ?

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