La Nounou barbue d’Aloysius Chabossot : un roman sociétal au poil

Les lecteurs qui ont déjà assisté aux rencontres organisées par Babelio le savent : ces soirées sont toujours un moment convivial et privilégié avec un auteur, et l’occasion d’évoquer en profondeur un livre lu auparavant par les invités. Ce qui fait aussi une certaine différence pour l’auteur, autorisé à évoquer en détail les rouages de l’intrigue de son ouvrage, abordé sous toutes ses coutures, de la première à la dernière ligne, sans crainte de divulgâcher (pour utiliser un mot ayant fait son entrée au Petit Larousse il y a peu, mais que le correcteur automatique s’obstine à souligner en rouge tout de même).

Pas étonnant donc que certains écrivains reviennent et multiplient les rencontres avec les Babelionautes. Récemment, nous recevions par exemple pour la deuxième fois Marie Pavlenko, Mélanie Taquet, Laurence Peyrin et Jean-Gabriel Causse. Idem pour Aloysius Chabossot, déjà passé par le 38 rue de Malte en octobre 2018 pour sa comédie romantique Fallait pas l’inviter !, et que nous avons – malgré le titre de ce premier livre pour Eyrolles – réinvité le 18 avril 2019 pour La Nounou barbue.

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De l’autoédition à l’édition : parcours d’auteur

Aloysius Chabossot n’est sans doute pas de ces auteurs qui envoient leur manuscrit à de multiples maisons d’édition, attendant fébrilement une réponse qu’il espère positive (tout en joignant ses salutations les plus distinguées). Non. Aloysius écrit, beaucoup, et s’est même doté d’un blog au ton humoristique pour partager ses articles sur l’édition et les livres : « Comment écrire un roman ». Il y décrypte par exemple le « style Houellebecq » (côté garde-robe), ou y explique la nécessité pour un auteur de tirer la tronche sur son portrait photo d’écrivain.

On y découvre aussi une sorte de feuilleton autour de son activité d’auteur autoédité, puisqu’il propose à la vente une dizaine de ses livres sur une célèbre plateforme numérique. Car pour Aloysius Chabossot, l’équation est simple : « J’aime être libre d’écrire ce que je veux. Si les éditeurs ne veulent pas d’un de mes livres, tant pis : je le publie moi-même. » Voilà comment sont donc nées les éditions du Camembert, de l’envie toute simple de partager ses écrits avec le plus grand nombre, sans contrainte. Ce qui lui a permis au passage de se voir repéré par les éditions Eyrolles, et de republier son livre Fallait pas l’inviter ! en 2018, et plus récemment de reprendre son roman La Renaissance de la nounou barbue pour le publier chez ce même éditeur sous le titre La Nounou Barbue.

Quand Pierre de Babelio lui demande si, justement, le fait d’entrer dans le giron de l’édition traditionnelle a pu changer sa manière d’appréhender l’écriture, l’intéressé répond : « A part de m’aider à améliorer mes textes republiés, ça n’a rien changé. Pour l’instant je me sens toujours aussi libre, et je préfère m’auto-éditer plutôt que de perdre du temps à chercher un éditeur pendant des années, ou voir mes manuscrits s’entasser dans des tiroirs. »

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Du rire, des larmes, et du sociétal

La Nounou barbue signe pour l’auteur une sorte de nouveau départ. S’il était jusqu’alors plus connu pour ses détournements et autres livres satiriques (Cinquante nuances de Goret, La Malédiction des vampires du crépuscule ou encore Comment devenir un brillant écrivain alors que rien (mais rien) ne vous y prédispose), le ton est cette fois moins léger, comme le laisse entendre le résumé de l’éditeur :

« Cathy élève seule ses deux enfants, Lucas et Pilou, dans un petit village au cœur de la Dordogne. Son quotidien est heureusement allégé par le soutien sans faille de sa tante Lulu. Jusqu’au jour où – catastrophe ! – tante Lulu tombe de l’escabeau et se retrouve immobilisée, les deux chevilles dans le plâtre. Cathy décide alors d’engager une aide pour s’occuper des enfants. Mais dans la région, les candidats sont rares… Pressée par le temps, son choix se portera sur le seul aspirant disponible, Elias, grand gaillard barbu tenant plus du bûcheron bourru que de la baby-sitter accomplie. Cathy parviendra-t-elle à composer avec cette nounou au profil pour le moins atypique ? »

On retrouve bien une préoccupation constante chez l’auteur, qui cette fois n’avance pas (ou peu) sous le couvert de l’humour : celle de la vie en société, des règles implicites, et notamment des représentations associées aux sexes masculin et féminin. Fallait pas l’inviter ! explorait la pression familiale autour du mariage pour une femme ; La Nounou barbue questionne sur les responsabilités que l’on choisit ou non d’accorder à un homme, précisément sur sa capacité à s’occuper d’enfants aussi bien qu’une femme. « Je pars toujours d’une situation conflictuelle ou problématique, car elle va me permettre d’imaginer des péripéties : ici, une femme qui doit faire confiance à un homme pour garder ses enfants ; un homme dont elle ne sait pas grand-chose au départ. En plus, Cathy et Elias sont deux personnages très différents, et ça fait forcément des étincelles. »

Mais au fait, comment change-t-on de registre ? Est-ce si simple ? « Dans mon précédent livre, je voulais faire rire mon lecteur, alors qu’ici c’est la psychologie des personnages qui m’intéressait. Les deux étaient vraiment plaisants à écrire, mais ce dernier beaucoup plus compliqué pour moi. Là où dans l’humour vous pouvez vous autoriser un crescendo sans fin, parfois jusqu’à l’absurde, le drame est plus psychologique et d’un seul bloc. Et il faut vraiment savoir où s’arrêter car la jauge du tolérable est plus basse. Pour moi c’était un défi, et ça m’a permis d’essayer autre chose. »

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Dans la tête d’une femme

En parlant de psychologie, une lectrice présente souligne que les deux livres qu’elle a lus de l’auteur étaient écrits du point de vue d’une femme. Et qu’à son avis, Aloysius a très bien compris la psychologie féminine, puisqu’elle a pu se reconnaître dans certains questionnements soulevés par Cathy. Ce à quoi l’intéressé répond : « C’est un défi pour moi, quelque part, je trouve ça intéressant de me mettre dans la peau d’un personnage de l’autre sexe. J’aime bien imaginer comment je réagirais si j’étais une femme, surtout que Cathy est une battante. » Visiblement, ça n’est pas la première fois qu’on lui fait la remarque, puisque ses premières lectrices avant publication sont toutes des femmes : « Ce n’est ni prémédité ni intentionnel, mais effectivement je faire relire à des femmes. »

Les personnages d’Elias et de Cathy sont en fait venus en même temps, car La Nounou barbue reste bien une histoire d’amour avant tout. Et puisqu’Aloysius Chabossot aime prendre le lecteur à contrepied, ou du moins l’étonner, il a choisi comme cadre un village (imaginaire) de Dordogne pour éviter les clichés de la romcom dans une grande ville : « Je connais bien cette région, et donc j’étais à l’aise pour rendre cette ambiance, ces lieux où tout le monde se connaît, et où les ragots vont vite. Ce cadre crée vite une tension supplémentaire, puisque Cathy n’a pas vraiment le choix et doit confier ses enfants à Elias, et donc lui faire confiance. En plus, il ne vient pas du village, ce qui est à la fois compliqué (côté ragots) et bienvenu (sa réputation est « vierge », même si Cathy va vite découvrir des choses sur lui). Au final, c’est une belle rencontre, et le lecteur peut espérer une fin relativement positive. » Plus L’Amour est dans le pré que Sex in the City, donc.

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L’autre challenge, c’était d’écrire des personnages d’enfants (ceux de Cathy) crédibles, car comme il nous le confie dans la vidéo tournée quelques minutes avant la rencontre, Aloyisus a un peu oublié comment se comportaient des enfants assez jeunes, puisque les siens sont désormais plutôt âgés. « Je ne voulais pas que les enfants parlent comme des adultes, comme c’est souvent le cas dans les fictions américaines qui ne sonnent pas « vrai ». Donc je me suis appliqué sur ces personnages secondaires aussi (comme c’est le cas avec tante Lulu), pour qu’on puisse vraiment rentrer dans cette histoire. »

Et comme il aime se renouveler et varier les approches, l’auteur confie avoir « déjà terminé le livre suivant, et je suis même en train d’en écrire un autre. Et cette fois, ce sera du point de vue d’un homme ! » Comme on dit « Jamais deux sans trois », peut-être qu’Aloysius Chabossot sera à nouveau de passage par les locaux de Babelio prochainement ?!

En attendant, on vous propose de découvrir en vidéo ce livre, à travers 5 mots choisis par son auteur :

Découvrez La Nounou barbue d’Aloysius Chabossot, paru aux éditions Eyrolles.

Vincent Villeminot : quand révolution rime (peut-être) avec utopie

15 ans de carrière et déjà une cinquantaine de livres publiés, 1400 critiques sur Babelio dont une grande partie sont positives et enthousiastes, des romans denses et généreux qui plongent ses lecteurs dans des histoires immersives : le succès semble sourire de toutes ses dents à Vincent Villeminot, auteur de nombreux romans pour adolescents et jeunes adultes. Lors de sa rencontre avec des lecteurs de Babelio, qui avait lieu mi-avril dans nos locaux, il nous a pourtant bien montré qu’être écrivain, c’est aussi beaucoup de travail, de sueur, de temps, et le tout en équipe. Et comme les efforts paient, l’auteur a aujourd’hui acquis une certaine reconnaissance dans le milieu de l’édition. Venu au livre suite à une demande d’album pour enfants de la part d’un éditeur pour lequel il écrivait alors des guides de voyage, Vincent Villeminot n’a depuis jamais eu à envoyer de manuscrit par la poste pour être publié. Chacun de ses textes est né d’une rencontre. « C’est un luxe insolent » avoue-t-il honnêtement. Une rencontre, comme celle que Babelio proposait à ses lecteurs ce soir-là, et que l’on vous propose de revivre ici.

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2025 : une partie de la jeunesse décide de partir vivre en forêt, dans des villages autonomes. Leurs seules politiques : l’amitié et la liberté.

2061 : Dan, Montana et Judith vivent dans une cabane avec leurs parents. Ils chassent, pêchent et explorent les ruines alentours. Mais un jour, les enfants sont enlevés par d’inquiétants braconniers. Quand leurs parents décident de partir à leur recherche, c’est le passé, le présent et le futur de ce monde qui se racontent et s’affrontent.

Dystopie ou utopie : la littérature de demain pour parler d’aujourd’hui

Dans Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot met en scène de nombreux personnages à différentes époques, parmi lesquelles un futur assez proche qui succède à une révolution. Une utopie est-elle possible ? Voilà la question que pose l’auteur dans un roman qui semble plutôt relever de la dystopie, genre aussi appelé contre-utopie.

« La dystopie est un genre qui imagine un lieu, un temps où tout est poussé au pire pour réfléchir sur la réalité de notre époque, affirme Vincent Villeminot pour la définir. Mais moi, objecte-t-il, je ne pousse pas tout au pire. Je regarde les évolutions de notre époque et me demande où cela nous mènerait. » Moins extrême qu’une dystopie, peut-être plus subtil, en tout cas clairement interrogatif, l’auteur fait donc de Nous sommes l’étincelle un petit laboratoire politique dans lequel il dispose ses personnages et observe ce que le monde devient à leur contact. « On juge une révolution à ses fruits : mes personnages principaux, trois gamins, sont le fruit d’une révolution. Il m’intéressait de mettre en confrontation ceux qui ont fait ces choix et ceux qui en sont le fruit. »

Cela donne un roman dense, rempli de personnages, dans lequel il peut être difficile d’entrer, mais qui explore ainsi une révolution de ses prémices jusqu’à ses conséquences. « Je raconte cette histoire à l’endroit où l’utopie a le plus mal tourné. J’aime l’idée qu’il y a encore des choses à faire et qu’il faut les faire évoluer dans le temps » développe-t-il. « En littérature young adult, on a tendance à exalter la rébellion et à s’arrêter quand elle triomphe. Prenons le temps de la regarder vivre, se transformer, vieillir, s’abîmer. » Ni dystopie, ni véritable utopie, la société que décrit Nous sommes l’étincelle est finalement bien proche de notre monde : imparfaite et en constant mouvement.

« La question de l’utopie m’intéresse », énonce-t-il quand même, se plaçant clairement dans l’un des deux genres, et rejetant la dystopie, qui semble trop tranchée pour lui. « L’action commence avec le manifeste de Thomas – une référence directe à Thomas More ! – que des gens prennent au sérieux et suivent, enclenchant ainsi une utopie. » Mais même s’il imagine un monde nouveau et futuriste, la réalité n’est jamais bien loin. « Avec un roman, j’essaye d’ouvrir toutes les fenêtres possibles. Je décris parfois presque laborieusement les événements. Pour chacun, je m’appuie sur un élément de réel. » Ce n’est donc en rien étonnant de voir que son roman évoque étrangement les manifestations des Gilets Jaunes, pourtant postérieures à l’écriture du roman, ni d’apprendre que ses hooligans sont inspirés de ceux du Printemps Arabe. « Je me dis : prenons cet élément de réel et poussons les choses. À condition que les personnages ne soient pas des caricatures et que mon roman ne devienne pas un roman à thèse », c’est-à-dire porteur d’un message (ici politique) véhiculé sans subtilité.

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Des questions sans réponses : le rôle de la littérature

Pour Vincent Villeminot, en effet, les livres sont le produit de leur auteur : « J’essaye de ne pas avoir de message. J’essaye d’avoir une situation et de la pousser à fond. Mais c’est évidemment tributaire de mes réflexions, de mes opinions politiques, de mes lectures, bien sûr. On est le produit de son histoire. » Même s’il reste conscient de cet aspect-là de la création, il affirme ne pas vouloir donner de réponses à ces questions.

« La littérature, c’est le moment où il se passe quelque chose entre un auteur et son lecteur par le truchement d’un livre. Mais je ne sais pas ce que vont en faire mes lecteurs. Dans Réseaux, je mettais en scène des personnages anarchistes, je me suis donc retrouvé cité sur quelques groupes Facebook très politisés. Ça ne me met pas à l’aise. Mais ils ont le droit. En tant qu’auteur, je ne dois pas chercher à maîtriser cela. » Ainsi, une fois le livre entre les mains de ses lecteurs, c’est à eux de donner réponse aux interrogations que l’ouvrage soulève. Pour Vincent Villeminot, la réalité prime sur le reste. Le rôle de l’écrivain, c’est de lui être fidèle et de laisser le lecteur combler les blancs. « Je suis non-violent. Mais il y a de la violence dans mes livres et les non-violents perdent souvent. Je ne dois pas travestir la réalité pour que ça se passe bien. […] Je suis anarchiste. Mais j’espère que mes livres ne sont pas des bréviaires anarchistes. » La démonstration est faite.

Répondant à une lectrice l’interrogeant sur le « frugalisme », l’écrivain poursuit sur sa lancée et rappelle combien les réflexions de l’auteur et son époque sont le terreau de son histoire. « Quand on publie un texte comme celui-là aujourd’hui, il est évidemment nourri par des réflexions que je me fais. […] Je m’inspire de ma vision du monde. Je recherche une certaine sobriété. Je cherche à apprendre le nom des arbres. » Un livre qui ne délivrerait ni les idées ni un message de l’auteur, est-ce donc un idéal ?

L’essentiel, selon lui, semble donc la remise en question. « Doutons même du doute » écrivait Anatole France, auteur et critique littéraire. Ainsi, à propos de son travail avec son éditeur : « nous nous sommes notamment demandé dans quel ordre raconter l’histoire, raconte Vincent Villeminot. Devais-je la raconter chronologiquement ? Ou à rebours ? On a choisi cette deuxième solution, qui permet de poser la question de cette utopie : est-ce qu’on s’est trompés ? » Si même les personnages s’interrogent, les chances sont grandes pour que le lecteur les écoute, et se mette à interroger le monde qui l’entoure à son tour.

« Les bons livres résistent au temps et aux intentions de l’auteur » conclut Vincent Villeminot. Rendez-vous dans quelques années pour savoir si le pari est réussi ?

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Le texte : un travail d’équipe

Du temps. C’est justement ce qu’il a fallu à l’auteur pour écrire son roman. Beaucoup de temps et de travail. Au cours de la soirée, Vincent Villeminot nous a littéralement plongés dans son travail d’écriture et permis d’entrevoir, de loin, l’atelier dans lequel naissent ses histoires.

« Écrire ce roman, c’était un engagement physique dont je me remets doucement. 18 mois à temps plein, sans vacances, 8 à 12h par jour », énumère-t-il avant de répondre, quand on lui demande une suite : « Laissez-moi me reposer ! »

« Au début, j’avais commencé deux romans. Le premier était un polar dans un campus universitaire. Le second mettait en scène des hooligans. Et puis mon éditeur, Xavier d’Almeida, m’a envoyé un article de géographie qui décrivait les paysages et la Terre si le monde entier devenait vegan. Et m’est apparu le lieu où pouvaient se croiser différentes histoires. Je me suis alors dit qu’avec ces deux romans, il en manquait un troisième. » Cela donne un roman de 500 pages, dont la densité a dérouté plus d’un lecteur. Rien de surprenant, non plus, de voir qu’il est réticent à l’idée d’écrire une suite. « Ce serait possible de raconter d’autres choses, répond-il tout de même. Mais plutôt ce qui se passe dans les campus entre 2042 et 2059. Ou la vie d’un village où ça s’est bien passé. Il faudrait raconter quelque chose dans ce contexte. » Raconter l’avant-révolution ? C’est l’histoire de notre monde telle qu’on la connaît. Et raconter l’après-roman ? « Certains personnages me sont très précieux. Mais là où je les ai laissés, je ne peux pas les reprendre. Et puis, 500 pages, c’est déjà beaucoup. Il faudrait retrouver de l’énergie. Il faudrait que ça ait un sens. Mais ce que j’ai écrit là est figé pour eux. »

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Les personnages, par ailleurs, sont souvent au cœur de son travail. Des recherches, Vincent Villeminot en a fait. Sur Thomas More, sur le survivalisme. « Mon ignorance [sur ce genre de sujet] me sert car mes personnages sont des ignorants ! » Ce sont ces recherches, mais aussi tout ce qu’il a emmagasiné jusqu’à aujourd’hui, qui construisent un livre. « Cela nourrit mon texte. Pour que le réel rentre. Pour que le roman cogne la réalité. Mais le plus gros du travail c’est de développer les personnages » insiste-t-il.

Ce travail, cependant, Vincent Villeminot ne l’a pas accompli seul. Tout au long de la rencontre, il a souvent évoqué son éditeur, Xavier d’Almeida, présent dans la salle ce soir-là. « Ça a été 18 mois d’écriture, de travail à temps plein, mais avec un éditeur avec qui je pouvais dialoguer. Il a lu 8 versions du roman ! Je parle beaucoup de Xavier car un roman comme celui-ci se construit aussi par les couches qu’on enlève. Aux États-Unis, un bouquin sur deux a 20 % de pages en trop. Ce sont les agents qui s’en occupent, donc il y a une absence de travail éditorial. De mon côté, après tout le travail accompli et en dépit de sa taille, j’espère que c’est “à l’os”. »

Paradoxalement, alors même qu’il y a de ce côté de l’Atlantique une grande tradition de l’éditeur qui accompagne son auteur, « c’est un snobisme très français d’oublier l’éditeur. Tout travail artistique ne doit surtout pas sentir la sueur. Pourtant, confirme Vincent Villeminot, beaucoup de gens travaillent comme moi, en lien permanent avec leur éditeur. C’est aussi pour être rassuré ! Pour avoir quelqu’un qui nous dit : je crois que tu es sur les bons rails. Sinon on crève de trouille et on choisit la solution la plus conformiste. Je préfère avoir quelqu’un qui m’accompagne plutôt que de faire un roman qui ait déjà été écrit. »

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Littérature young adult : entre expériences et prises de risque

Ce roman, publié chez PKJ et vendu en librairie au rayon jeunesse, catégorie young adult, a pourtant beaucoup plu aux lecteurs présents ce soir-là, pour la quasi-totalité des adultes. Ils ont d’ailleurs noté que sans cette rencontre, ils ne se seraient peut-être jamais tournés vers ce roman, car il n’est pas vendu en littérature contemporaine, mais du côté des adolescents. « C’est un risque qu’on prend, confirme Vincent Villeminot. Mais je ne suis pas sûr qu’il existe aujourd’hui une place dans la littérature française pour des romans comme celui-ci. Sinon en littérature de genre. »

Au-delà d’un risque, c’est un choix conscient de la part de l’auteur. Un choix pour parler aux jeunes et, à travers eux, parler à tous. « Je publie pour jeunes adultes, ce ne sont pas des adolescents. Dans ma tête, ils ont entre 18 et 20 ans. Je pense toujours à un lecteur quand j’écris. Là, j’ai pensé à mes enfants, qui sont aussi mes premiers lecteurs. Et c’est important d’écrire pour ces jeunes. Il y a un vrai mépris pour les adolescents et donc pour leurs lectures. Mais je peux vous affirmer que certains ados, en rencontre, ont transformé mon travail. Et aujourd’hui j’ai une conviction profonde : si on écrit pour eux avec sérieux, les adultes aussi y trouveront leur compte. »

« Quand j’étais journaliste, je me souviens avoir écrit deux romans très narcissiques car j’oubliais les personnages. Ils parlaient de mes états d’âme. [NDLR : ces romans n’ont jamais été publiés]. Publier en jeunesse me force à m’oublier, c’est ce qui fait de moi un romancier. » Rappelant sa profonde envie de ne pas écrire sur lui, mais sur le monde qui l’entoure, il explique ainsi que les personnages, dont il fait le centre de son travail, l’aident à atteindre ce but. Pourtant, dans Nous sommes l’étincelle, certains de ses personnages les plus importants sont bel et bien des adultes. « C’est quelque chose de nouveau en littérature jeunesse : je peux avoir un personnage plus âgé. »

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Les prises de risque en littérature young adult, au-delà du genre et des questionnements politiques, apparaissent enfin dans la forme. Un lecteur dans la salle note une certaine musicalité de son style. Et l’auteur de répondre : « De plus en plus, je cherche une forme évocatrice. Pour mon nouveau roman, par exemple, je suis bloqué depuis quelques jours. Avant de venir à la rencontre, j’ai écrit à la main, sur du papier, à un café. Naturellement, c’est venu en vers. Tout à coup, j’ai écrit 12 pages. J’ai publié un bouquin en littérature générale, cette année, avec, parfois, des alexandrins. Cela me semblait naturel. On retrouve en eux une évidence de la langue. » C’est la même chose avec Nous sommes l’étincelle. « Si les retours à la ligne peuvent imprimer un rythme chez le lecteur, tant mieux. »

« Aujourd’hui, il y  a des éditeurs qui ont le courage de se lancer dans un très gros travail avec un auteur » rappelle Vincent Villeminot sur son travail avec Xavier d’Almeida. Celui-ci a même eu l’occasion de prolonger ses propos : « Je ne travaille pas toujours comme ça, mais là, c’était exaltant, fatigant, enthousiasmant. Il y a eu des désaccords. Mais en tant qu’éditeur, il faut savoir se mettre en retrait pour permettre à l’auteur d’écrire son roman et l’accompagner. » Il poursuit, parlant du travail de son auteur : « ce roman nous bouscule. C’est une vraie richesse. Et c’est un risque à prendre de le publier, car sinon, le livre va mourir. L’audiovisuel va nous tuer. La littérature jeunesse nous permet de prendre ces risques de genre, d’écriture… Il faut y croire. »

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« Ce n’est pas une lecture qui se donne facilement » avoue finalement Vincent Villeminot, conscient que son texte a laissé et laissera des lecteurs sur la touche. « Ce n’est pas volontaire et hautain, c’est le produit de choix que je ne regrette pas mais qui ont des inconvénients. » Car un travail d’écriture, c’est des choix, des chemins empruntés, des histoires racontées, et elles peuvent bousculer. « Mais est-ce qu’on ne cherche pas toujours à être déstabilisés en tant que lecteur ? » se demandera Xavier d’Almeida peu avant de conclure.

Des lecteurs déstabilisés, il y en avait, ce soir-là, chez Babelio. Mais tous semblaient conquis par leur échange avec l’auteur et sont ressortis des interrogations plein la tête. Il planait dans l’air une ambiance particulière : Vincent Villeminot parlait pour la première fois de ce roman devant ses lecteurs. Comparant son travail de romancier à celui d’un dramaturge, il affirmait pendant la rencontre qu’une « pièce de théâtre est un petit laboratoire », qui a un rôle bien plus théorique et politique que le roman. Pourtant, ce soir-là, la salle fumait comme un laboratoire social et littéraire.

Et pour ceux qui auraient encore des poignées de questions, il vous reste à regarder la vidéo de Vincent Villeminot, dans laquelle il présente son roman à travers cinq mots :

Avec Philippe Tessier, la Mort s’invite chez Babelio

Avec bientôt 170 rencontres au compteur, Babelio a accueilli tout type d’auteurs : des femmes, des hommes, des Français, des étrangers, des primo-romanciers et des vieux briscards de l’édition, des maîtres du polar, de la bande dessinée ou encore de la littérature jeunesse.

Mais le 24 avril dernier, c’est un invité tout particulier que trente lecteurs de Babelio ont eu le privilège de rencontrer : la Camarde en personne…

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d’un néant follement attifé.

Dieu merci, sous la plume de Philippe Tessier, venu présenter son roman Morts, publié aux éditions Leha, la Mort est quand même plus sympathique et décalée que sous celle de Baudelaire. Comme en témoigne la couverture du livre, elle a d’ailleurs troqué sa faux contre un club de golf.

La Mort est au coeur de ce roman loufoque, qui voit le pauvre Joseph, à peine trépassé, se réveiller entouré de squelettes qui vont l’entraîner dans une étrange aventure, où il sera amené à croiser une farandole de macchabées aux noms étrangement familiers : Sigmund F., Charles de G., Winston C., Marie C., Abraham L., Karl M. ou encore Terry P….

Un crâne pour encrier

Pour Philippe Tessier, en vieillissant, la mort devient une obsession, qui nous travaille, sans nécessairement nous traumatiser pour autant. Il l’avait d’ailleurs souvent glissée dans ses romans. Cité par un lecteur présent à la rencontre, Mortimer, de Terry Pratchett, qui met en scène un adolescent devenu l’apprenti de la Mort, a effectivement été une influence revendiquée de Morts, mais pas le point de départ. Celui-ci se trouve dans un précédent roman de Philippe Tessier, publié chez Oskar Editions, dans lequel il imaginait une joyeuse bande de squelettes qui se levaient de leur tombe pour aller défendre la veuve et l’orphelin.

Quelques années après la sortie ce roman, en patientant derrière une table de dédicace au festival des Futuriales, sans être particulièrement harcelé par les visiteurs, il repensa au mot d’un ami : “tu as un don pour les squelettes.” Pour passer le temps, il s’est mis à griffonner une histoire 100% squelettes, qui allait devenir Morts. Ce n’est que dans un second temps qu’il s’est dit que pour que cette histoire fonctionne, il allait quand même avoir besoin d’un peu de chair, ce qui a conduit à la naissance de Joseph, le héros embaumé du livre.

Pourquoi des squelettes plutôt que des zombies ? Philippe Tessier a été biberonné aux zombies, notamment dans les films de George Romero et de Lucio Fulci, qu’il tient pour des sommets du genre et qui ont été pour lui des inspirations majeures, au même titre que Marie Shelley et Bram Stoker. Il voulait leur rendre hommage, mais trouvait inutile de refaire ce qui avait déjà été fait. Les squelettes autorisaient une approche plus comique, sans empêcher des clins d’oeil aux zombies pour autant, comme ces personnages de Walking Dead qu’il a glissé dans le livre.

Titre et couverture, un bien joli linceul pour le roman

Ne sachant pas comment intituler son roman, Philippe Tessier est allé au plus simple : Morts. À l’origine, le titre était Mort au singulier, puis le pluriel s’est imposé comme une évidence. D’autant plus que “Mort de Philippe Tessier” présentait le risque d’effrayer sa famille et ses amis s’ils tombaient dessus dans la presse ou sur le web…

La couverture, qui reprend une scène clé du livre, à savoir La Mort qui joue au golf, a séduit les lecteurs. Elle est le fruit d’une collaboration avec François Froideval, l’un des auteurs de la série de bande dessinées Les Chroniques de la Lune Noire et l’oeuvre du dessinateur Fabrice Angleraud. Plusieurs pistes avaient été envisagées, parmi lesquelles La Mort grimée en Oncle Sam pointant le doigt vers le lecteur avec la mention “I Want You”, ou encore les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse jouant au poker. Mais la scène du golf était finalement la plus visuelle et comique, indiquant clairement au lecteur de quoi il en retourne dans le roman. Quant à savoir pourquoi Philippe Tessier a décidé d’écrire cette scène, lui-même n’en sait rien, même s’il confesse que le fait que son fils ait participé à un stage de golf pendant la phase d’écriture a pu être une influence souterraine…

L’imaginaire, un plaisir de longue date

Romancier, traducteur, créateur de jeu de rôle, Philippe Tessier est tombé dans la potion de l’imaginaire à 5 ans, quand sa grand-mère lui a acheté un numéro de Strange, un magazine qui publiait en France les comics de Marvel. Sa mère, grande lectrice, l’a toujours poussé à lire, à commencer par la Bibliothèque Rose, dont certains titres font clairement partie de l’imaginaire. Après un passage scolaire par les classiques – Hugo et Baudelaire en tête – il s’est ensuite frotté aux classiques du genre (Dracula, Frankenstein, 1984, Le Meilleur des Mondes etc.) pour ne plus jamais l’abandonner. Et même s’il lit de tout aujourd’hui, il garde une préférence pour l’imaginaire, qu’il voit comme un prisme pour parler de notre société actuelle.

Ecrire pour le jeu de rôle demande d’imaginer et de décrire un grand nombre de personnages. Il faut imaginer un univers entier et ses évolutions potentielles. Aux yeux de Philippe Tessier, qui alterne romans et jeux de rôle, c’est un excellent exercice pour un romancier, même si dans le cas de Morts, dont l’univers est plus simple, il n’a pas eu à dessiner de grand tableau préalable comme ça peut lui arriver dans le cas d’un jeu ou d’une grande saga romanesque. De manière générale, il estime qu’il y a des passerelles entre tous les arts de l’imaginaire. Roman, jeu de rôle, photographie ou bande dessinée se nourrissent mutuellement.

Danse macabre

Les six premiers chapitres de Morts ont été écrits très rapidement. Ensuite, une fois obtenu le feu vert de son éditeur, le reste du livre a pris un an, à raison de trois à quatre heures d’écriture chaque matin. Une période intense, sur un livre qui a demandé plus de recherches qu’une oeuvre d’imaginaire pur, car Philippe Tessier souhaitait mettre des citations authentiques dans la bouche des figures historiques que croise le héros. Et s’il n’a pas eu de difficultés à se documenter sur de Gaulle, les choses étaient déjà moins simple pour Churchill, et plus compliquées encore pour Lincoln, pour qui il a souvent fallu extraire les citations du cœur de discours bien plus longs.

Philippe Tessier tenait à offrir un récit dynamique, dans lequel le lecteur ne serait jamais perdu en dépit de la multiplicité de personnages. La trame principale était très claire avant de démarrer la phase de rédaction, qui en définitive consistait plus à relier les points entre eux qu’à inventer au fil de la plume. Même s’il ne s’est pas interdit certains détours entre les étapes clés, en laissant parfois l’actualité s’immiscer dans le récit. Le passage sur la grève, par exemple, doit beaucoup à son énervement face aux blocages de la faculté de Nanterre qui ont empêché sa fille de passer ses examens… Sans être un commentaire du monde tel qu’il va, Morts a permis à Philippe Tessier de régler quelques comptes, plus aisément que ses précédents romans aux univers vraiment déconnectés du réel. Les journalistes, par exemple, sont pointés pour leurs tics de langage agaçants.

L’auteur a choisi de ne pas utiliser les noms complets des figures historiques qu’il met en scène, mais de simples initiales. Cela permettait de mettre une distance sur le sérieux de la chose : ce n’est pas tout à fait Charles de Gaulle ou Abraham Lincoln, ils restent des personnages. Et Morts reste un jeu, pas un traité philosophique ou historique. Un jeu qui était aussi l’occasion de rendre hommages aux œuvres et auteurs qui l’ont nourri : Jules Verne, H.G. Wells, Soleil Vert etc. Il tenait à couvrir toutes les époques, mais son panel de personnages de départ était trop large, et il a dû en mettre certains de côté à regret. Soumis à la question des lecteurs, il a fini par avouer que tous ces recalés pourraient bien fournir la matière d’une suite à Morts, sur laquelle il a néanmoins refusé d’en dire plus…

Et en parlant de suite, si vous vous demandez si Philippe Tessier croit à la vie après la mort, sa réponse est on ne peut plus pragmatique : “Je n’en sais rien, je verrai bien”…

Découvrez Morts de Philippe Tessier, publié aux éditions Leha.

Dans l’enfer polaire avec Sonja Delzongle

Allongés sur une plage bondée, ou marchant sur un sentier de randonnée aux airs d’autoroute embouteillée, on a tous déjà rêvé d’un lieu en retrait de nos congénères humains pour mieux profiter de la nature. S’il est beaucoup question d’isolement dans Boréal de Sonja Delzongle, le concept prend vite des airs de cauchemar arctique, loin d’un paradis blanc.

Ce jeudi 11 avril, alors que paraissait son huitième roman Cataractes, Babelio et Folio organisaient une rencontre entre l’auteure et ses lecteurs autour de la sortie au format poche de Boréal, son précédent ouvrage. Autant vous dire qu’il soufflait ce soir-là sur Le Divan, confortable librairie aux volumes accueillants sise 203 rue de la Convention (Paris 15e), comme un vent polaire et menaçant.

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En terre hostile

En 2015, le grand public découvre Sonja Delzongle avec son quatrième roman, Dust. Après une première vie de peintre (diplômée des Beaux-Arts) et une deuxième vie de journaliste, une troisième vie de romancière commence pour elle avec ce polar dans lequel l’enquêtrice Hannah Baxter se voit appelée en renfort au Kenya pour tenter d’arrêter un tueur en série. Un roman important à plus d’un titre pour l’auteure puisqu’il voit la naissance d’une héroïne récurrente, mais aussi parce qu’elle le signe chez un grand éditeur, Denoël, auquel elle est restée fidèle depuis et qui lui permet de toucher un large lectorat. Pourtant, de son propre aveu, Boréal est peut-être plus important encore : « C’est LE roman que je voulais faire. J’ai eu du mal à me remettre à écrire après, ça m’a pris 5 mois pour commencer autre chose tellement celui-ci et ses personnages m’habitaient. J’ai beaucoup donné dans ce livre. »

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Après Chicago, Nairobi, Saint-Malo et New York, c’est dans une contrée encore plus exotique et inhospitalière que Sonja Delzongle situe l’action : le Groenland. Avec ses nuits polaires s’étalant sur trois mois et ses températures pouvant atteindre les -45 °C, voilà un cadre de choix pour un thriller bien tendu, capable de nous faire frissonner malgré les deux paires de gants et les quelques écharpes enfilées avant d’entamer sa lecture. Surtout quand on commence à découvrir les huit personnages, constituant une mission scientifique internationale pour analyser le réchauffement climatique : « Le Groenland est un diamant brut. Cette calotte glaciaire va fondre avec le réchauffement, et révéler toutes les matières premières enfouies, suscitant du même coup pas mal de convoitises. Cette contrainte climatique induit le confinement dans la base où ils travaillent, cette idée d’huis-clos qu’on retrouve souvent dans la vie, à laquelle je suis attachée et qui m’a poussée ici à me concentrer sur les personnages, et la manière dont ils vont réagir face à l’adversité. »

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Brise existentielle

Pour cela, Sonja Delzongle met en scène des individus venus d’horizons différents : Roger Ferguson, du ministère danois de l’Environnement, chef d’expédition et sismologue ; Anita Whale, chef en second, climatologue britannique ; Atsuko Murata, responsable de recherches et géologue japonaise ; Dick Malte, glaciologue canadien ; Luv Svendsen, biologiste norvégienne qui rejoindra l’équipe un peu plus tard ; Niels Olsen, reporter norvégien qui arrivera aussi plus tard sur la base ; Mathieu Desjours, étudiant français, photographe et interprète en langue inuit ; et Akash Mouni, chef de cuisine réunionnais. Sans oublier Lupin, le chien-loup de Mathieu Desjours. Un groupe hétérogène comme un miroir de nos sociétés, ou plutôt comme une micro-société. Un collectif qui va rapidement découvrir des centaines de cadavres de bœufs musqués pris dans le permafrost, faisant de la glace un cimetière géant. Et une découverte extraordinaire qui précède de peu la disparition en série de membres de la mission : « J’avais besoin de camper solidement mes personnages, qu’ils me transmettent leur histoire pour faire avancer l’action du livre. Ça peut paraître idiot, mais pour moi ils ont vraiment une vie propre : ils me disent ce qu’ils veulent. Je me suis beaucoup identifiée à Luv, cette biologiste à travers laquelle je vis une autre vie, par procuration, confie l’auteure. Et à partir de ces événements tragiques, chacun va réagir en fonction de sa personnalité et de sa culture, alors qu’ils ne parlent pas tous la même langue et n’ont pas les mêmes capacités de survie. D’une manière générale, je pense faire partie d’une génération d’auteurs qui se concentre plus sur la psychologie des personnages que sur l’intrigue en elle-même. »

Des archétypes auxquels le lecteur peut s’identifier selon sa personnalité et son vécu, des individus aux parcours souvent tragiques, à l’histoire familiale complexe. Laboratoire scientifique, la mission polaire devient vite un laboratoire humain dans lequel Sonja Delzongle se plaît à mener des expériences afin de décortiquer les comportements humains : « Mon père était philosophe, et j’essaie toujours de mettre des questions existentielles dans mes livres, même si pour moi ce n’est pas l’objectif premier, puisque je continue à écrire des romans, et donc de la fiction. » Et quoi de mieux qu’un environnement extrême pour aborder des questions existentielles et essentielles ? Comme le souligne l’un des lecteurs présents, l’auteure torture physiquement et psychologiquement les protagonistes de son histoire. Ce à quoi elle répond : « Forcément, je les malmène. Mais c’est pour vous que je fais tout ça, chers lecteurs ! »

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Message écologique ?

Au-delà de la psychologie humaine, le thème principal de Boréal reste notre rapport à la Terre et à ses ressources. Et surtout notre impact sur l’environnement. S’il paraît évident que l’écologie, présente dans le contexte du livre via notamment le réchauffement climatique, est une préoccupation pour l’auteure, une lectrice désire savoir s’il y a une volonté de transmettre un message écologique : « Ce n’est pas le but premier. Mais j’aime donner des pistes de réflexion, répond Sonja Delzongle. J’admire les gens de Sea Shepherd. A un moment donné, je pense qu’on ne peut qu’agir de cette manière, même au risque d’être taxé d’éco-terroriste, quand la négociation ne marche plus et que l’urgence est là. J’ai encore ma mère, mais si j’étais seule et plus courageuse, j’irais sans doute leur prêter main forte. Je les soutiens déjà financièrement. Mais il faut savoir qu’on peut mourir en mission avec eux, ils vous font signer une longue décharge quand vous vous engagez. Eux placent ça au-dessus de tout, de la famille, de leur vie ; moi, ça n’est pas encore mon cas. »

Sans trop en dévoiler sur l’intrigue, on a aussi envie de partager le commentaire d’une lectrice avouant avoir « du mal à manger de la viande depuis la lecture du livre », en référence à une scène en particulier. « Ce n’est pas un sujet facile du tout : mon éditrice voulait d’ailleurs le déconseiller formellement aux vegans. »

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L’écriture comme vision

Après pas mal de petits boulots, une vie de peintre et une autre de journaliste, Sonja Delzongle confie aujourd’hui se sentir « à sa place ». Une trajectoire finalement assez naturelle pour quelqu’un qui a appris à lire à l’âge de 5 ans, « par curiosité », et dévore depuis les œuvres d’auteurs classiques et contemporains. Pourtant, le métier est parfois dur : « La solitude de l’écrivain, ça peut être difficile à vivre. Pour moi l’écriture n’est pas une thérapie. Ça reste un métier schizo où il faut sans cesse se fractionner pour pouvoir s’immerger dans l’écriture, tenter de rester présent à ses proches, faire de la promotion, lire autant qu’on voudrait ou presque, etc. »

De ce point de vue, Sonja Delzongle développe une approche très artistique de l’écriture : « Pour moi, les artistes ont une hypersensibilité qui leur permet de voir des choses que les autres ne remarquent pas forcément. J’ai parfois l’impression d’anticiper des phénomènes qui vont devenir réalité dans un futur proche. » Le processus d’écriture prend d’ailleurs pour elle une tournure presque médiumnique : « Je n’ai pas besoin d’aller sur place pour écrire, c’est la magie de la littérature. Evidemment je me suis beaucoup documentée pour ce livre, sur cet environnement, ses enjeux, son histoire, la vie des Inuits et j’essaie aussi de faire découvrir tout ça dans Boréal. D’une manière générale je suis très sensible à la nature, comme mon binôme Sandrine Collette. J’adore observer les étoiles au télescope, et le monde animal. Quand j’écris sur le Groenland, je fais presque un travail de dissociation : je suis là-bas, et je mets du temps à revenir où mon corps se trouve physiquement. Je vois et vis littéralement ce que j’écris. C’est la force de l’écriture. »

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Et la magie de la lecture, c’est de pouvoir partager ça à distance, et ce soir-là en chair et en os lors de cette rencontre, avant de pouvoir poser des questions directement à l’auteure durant une séance de dédicace. Encore une fois, les lecteurs repartent conquis, après avoir partagé un moment convivial autour d’un verre et d’un buffet avec Sonja Delzongle, ses éditeurs et les membres de Babelio présents.

Pour aller plus loin, vous pouvez visionner notre interview vidéo dans laquelle Sonja Delzongle parle de Boréal à travers 5 mots juste ici :

Découvrez Boréal de Sonja Delzongle, publié aux éditions Folio au format poche.

Dai Sijie : une fresque historique et féerique

Le nouveau roman de Dai Sijie, L’Évangile selon Yong Sheng, publié chez Gallimard, renoue avec la veine autobiographique qui caractérisait son premier livre, Balzac et la Petite Tailleuse chinoise dont le style remarquable avait ravi les lecteurs du monde entier. Inspiré par la vie de son grand-père, Dai Sijie compose, en français, une fresque historique contée avec une poésie désarmante, œuvre pleine d’émerveillements qui conte le parcours surprenant de Yong Sheng, un des premiers pasteurs protestants sur le sol chinois.

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Conteur extraordinaire, Dai Sijie nous narre le parcours tumultueux du pasteur Yong Sheng, de sa révélation jusqu’à son chemin de croix, avec comme toile de fond la grande histoire de l’Empire du Milieu. Dai Sijie, présent à Paris le 15 avril dernier, a évoqué lors d’une rencontre avec ses lecteurs, dans une parole douce, mesurée mais vibrante d’émotions la mémoire de son grand-père.

41vvASpQl4L._SX339_BO1,204,203,200_.jpg« Dans un village proche de la ville côtière de Putian, en Chine méridionale, au début du vingtième siècle, Yong Sheng est le fils d’un menuisier-charpentier qui fabrique des sifflets pour colombes réputés. Les habitants raffolent de ces sifflets qui, accrochés aux rémiges des oiseaux, font entendre de merveilleuses symphonies en tournant au-dessus des maisons. Placé en pension chez un pasteur américain, le jeune Yong Sheng va suivre l’enseignement de sa fille Mary, institutrice de l’école chrétienne. C’est elle qui fait naître la vocation du garçon : Yong Sheng, tout en fabriquant des sifflets comme son père, décide de devenir le premier pasteur chinois de la ville. Marié de force pour obéir à de vieilles superstitions, Yong Sheng fera des études de théologie à Nankin et, après bien des péripéties, le jeune pasteur reviendra à Putian pour une brève période de bonheur. Mais tout bascule en 1949 avec l’avènement de la République populaire, début pour lui comme pour tant d’autres Chinois d’une ère de tourments – qui culmineront lors de la Révolution culturelle. »

Né en Chine durant la Révolution Culturelle chinoise, Dai Sijie est envoyé en rééducation dans le Sichuan. A la mort de Mao, il part étudier la peinture en France, puis s’y installe pour étudier le cinéma : il a réalisé plusieurs courts métrages, dont Chine, ma douleur, consacré par le prix Jean-Vigo en 1989. Une influence artistique et cinématographique que l’on retrouve dans son écriture visuelle, voire esthétisante, fourmillant de détails et de finesse.

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Après trente ans passés en France, le romancier et réalisateur est retourné en Chine sur les pas de son grand-père, le premier pasteur chinois de Putian. Une vie qu’il a certes romancée pour les besoins du genre, mais sans jamais s’en éloigner ni la dénaturer : « J’avais déjà écrit une première version de ce livre il y a des années. C’était presque une copie de la vie de mon grand-père, mais son côté purement factuel et historique ne m’a pas satisfait. J’ai mis longtemps à comprendre qu’il fallait que j’offre quelque chose de personnel. Quand j’étais enfant, je faisais un parallèle entre la vie du Christ et la sienne, je confondais les deux. J’ai décidé de creuser ce sillon. C’est romancé, mais c’est une partie essentielle de sa vie. »

De la révélation au chemin de croix

Pour écrire la vie romancée de son grand-père, Dai Sijie a dû se replonger dans ses souvenirs d’enfance, de ces quelques années difficiles où il a vécu avec son grand-père mais également étudier des archives d’époque. Dai Sijie fait de son grand-père, fils de charpentier, une figure christique, sa vie fut également un chemin de croix, qu’il traversa avec une résilience peu commune, porté par la force de sa foi. Tel un roseau, Yong Sheng pliera mais ne se brisera jamais : il embrassa sa condition de martyr tout en restant profondément humain.

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Il réhabilite ainsi la figure de son grand-père pasteur et parsème son roman de références bibliques : une foi qu’on imagine partagée par l’auteur, mais il n’en est rien. Si l’auteur revendique avoir été influencé spirituellement par son grand-père et croire en la puissance de l’âme, il n’est nullement religieux : « Lorsque j’étais petit, la seule chose valable dans le monde pour moi était la foi de mon grand-père. » Mais l’auteur a vite pris conscience de sa vocation d’écrivain et décidé d’y consacrer son existence : « Un jour, je me suis interrogée sur le but de ma vie : écrire. J’ai toujours voulu écrire un livre sur mon grand-père. Durant les années 1980, il était enfin possible de se convertir, d’aller à l’église. Mais je me suis dit qu’il valait mieux que je ne sois pas un chrétien pour pouvoir écrire sur lui. »

Conter la passion

Dai Sijie est un conteur dans l’âme : ce qu’il aime par-dessus-tout, c’est raconter des histoires, c’est sa nature profonde, son élan, son plus grand bonheur d’écrivain. Sa découverte de la littérature française l’a bouleversé, l’a métamorphosé mais ne fut pas à l’origine de sa vocation : « J’ai toujours eu envie d’écrire. C’est presque dans le sang. » On a l’impression que l’auteur s’amuse en écrivant, qu’il aime faire rire le lecteur : « C’est un immense plaisir de raconter. Dans mon roman Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, il y a une grande partie de vécu. Dans le village dans lequel nous avions été envoyés pour être rééduqués, le chef du village nous a envoyé marcher deux jours, nous en avions profité pour nous rendre au cinéma. Lorsqu’on revenait, on racontait tout ce qu’on avait vu aux paysans durant la veillée. Les paysans étaient heureux, et nous aussi. » La plume délicate de Dai Sijie enveloppe le lecteur de son atmosphère mystérieuse et de toute la symbolique biblique, qu’il dépeint avec une surprenante sensualité faite de sensations tactiles, visuelles musicales, olfactives…

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Un hymne à la beauté de la création

Dai Sijie nous dépeint un monde empreint de poésie, à la lisière du féérique. L’arrivée d’une colombe blessée qui se réfugie auprès de Yong Sheng est le signe que Dieu lui envoie pour le guider vers la profession de foi. A partir de ce moment, elle ne le quittera plus. Avec son père charpentier qui fabrique des sifflets, ils font chanter les colombes dont les voix se confondent en de merveilleuses symphonies. Un arbre énigmatique pousse devant la maison du pasteur, un arbre qui brûle, tel un phénix, mais qui refuse de mourir. C’était un arbre ordinaire dans la maison du grand-père de l’auteur, sous la plume de l’auteur, il devient un arbre magique, un double végétal, un miraculeux protecteur. Lorsqu’on lui demande s’il y a dans la culture chinoise, une façon de vivre les choses plus terribles avec un certain humour, une certaine distance, l’auteur, complice, répond que « Le poète regarde sa vie de façon poétique parce-qu’il est poète. »

L’espoir en ligne d’horizon

Pendant longtemps, les romans et les films de Dai Sijie n’étaient pas diffusés en Chine. Ce n’est que récemment que son premier roman, Balzac et la Petite Tailleuse chinoise a été traduit et publié, sans soulever de polémiques : « Ce sont des choses que tout le monde a connu dans ma génération. Mon éditeur pensait que c’était un bon témoignage et une déclaration d’amour à la littérature. Mais ça n’a pas eu tant de retentissements que ça. » L’auteur, malicieux, nous confie que des négociations ont été entamées pour adapter ce dernier livre au cinéma, mais que ça ne s’est pas tellement bien passé avec les responsables de la censure : « Ils ne voulaient pas que le héros soit un pasteur, et il ne fallait pas la partie sur la révolution politique. Ils n’ont pas accepté car il n y a pas de personnage positif qui soit communiste ! ». Cependant, pour l’auteur, le traumatisme de la Chine doit être conté : « On essaye tous de trouver du sens à ce qu’on a vécu en Chine. » Avec beaucoup d’humanité, Dai Sijie nous invite à garder espoir dans les périodes les plus tourmentées, parce-que la vie l’emporte toujours.

Découvrez le roman à travers 5 mots choisis par l’auteur :

Découvrez L’Évangile selon Yong Sheng de Dai Sijie, publié aux éditions Gallimard.

 

Réservez votre dimanche 30 juin pour le pique-nique Babelio 2019 !

Le pique-nique annuel de Babelio fait son grand retour cet été. Les membres de Babelio et leurs amis lecteurs de 11 villes sont cette année invités à se rejoindre le dimanche 30 juin autour d’un bon repas, de belles discussions et, bien sûr, de leurs coups de cœur littéraires de l’année.

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Le programme

Au programme, en 2019, des traditions et des surprises : une loterie de livres, des sessions de quiz, le « Jeu du Livre » et un grand festin !

– La loterie de livres : Chaque participant au pique-nique sera (s’il le veut bien) muni d’un livre de poche qu’il souhaite faire découvrir, neuf ou d’occasion. Un petit mot signé de son pseudonyme et expliquant le choix du livre pourra y être ajouté. Surtout, le livre sera emballé dans du papier, pour que le mystère reste total… Tous les livres seront ensuite mélangés et chacun pourra alors piocher un paquet et repartir avec un nouveau livre.

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– Le festin de Babette : Pour accompagner tous ces plaisirs livresques, nous proposons que chaque participant apporte son pique-nique, ce sera le plus simple. Mais bien évidemment, si vous souhaitez faire découvrir des spécialités, vous pourrez aussi les partager.

– Jeux : Des sessions de quiz seront organisées. Vous pourrez affronter d’autres lecteurs en jouant par équipe si vous le souhaitez. Les questions seront piochées parmi celles des quiz déjà créés sur Babelio, alors n’hésitez pas à aller réviser : https://www.babelio.com/quiz/ Nous vous proposerons également un nouveau jeu, le « Jeu du Livre », que vous pourrez découvrir le jour J… De nouveaux goodies Babelio seront à gagner !
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– D’autres surprises à Paris et dans d’autres villes en fonction du nombre de participants et des possibilités locales.

Les onze villes participantes

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Voici la liste des villes participantes et les liens pour s’inscrire à chacun de ces événements. Vous inscrire nous permettra de vous contacter et vous tenir informés de son déroulement.

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Bordeaux

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Bruxelles

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Lille

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Lyon

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Marseille

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Montpellier

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Nantes

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Paris

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Rennes

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Strasbourg

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Toulouse

Nous vous proposerons une carte complète avec les lieux exacts de chaque pique-nique dès que ces derniers auront été identifiés.

Enfin, si une ville vous semble manquer à l’appel et que vous êtes motivé pour organiser le pique-nique Babelio près de chez vous ? Vous pouvez nous contacter par mail (p.krause [arobase] babelio [point] com), et nous étudierons votre proposition.

Un air d’Italie avec Serena Giuliano

Le lundi 25 mars dernier, un vent d’Italie soufflait dans les locaux de Babelio. Serena Giuliano, blogueuse passionnée, que vous connaissez peut-être sous le nom de « Wonder Mum », venait présenter son premier roman, Ciao Bella, à trente lecteurs de Babelio. Sélectionnés ce soir-là pour découvrir la première fiction inventée par la jeune écrivaine, ils ont pu lui poser toutes les questions qu’ils souhaitaient sur le livre, sa façon d’écrire, le lien entre celle-ci et son travail de blogueuse mais aussi sur sa vie de maman.

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« J’ai peur du chiffre quatre. C’est une superstition très répandue en Asie. Le rêve ! Enfin des gens qui me comprennent ! Je devrais peut-être déménager…

– Vous avez beaucoup d’autres phobies ?

– Vous avez combien d’années devant vous ? »

Anna a peur – de la foule, du bruit, de rouler sur l’autoroute, ou encore des pommes de terre qui ont germé… Et elle est enceinte de son deuxième enfant. Pour affronter cette nouvelle grossesse, elle décide d’aller voir une psy.

Au fil des séances, Anna livre avec beaucoup d’humour des morceaux de vie. L’occasion aussi, pour elle, de replonger dans le pays de son enfance, l’Italie, auquel elle a été arrachée petite ainsi qu’à sa nonna chérie. C’est toute son histoire familiale qui se réécrit alors sous nos yeux…

À quel point l’enfance détermine-t-elle une vie d’adulte ? Peut-on pardonner l’impardonnable ? Comment dépasser ses peurs pour avancer vers un avenir meilleur ?

Attention, la lecture de Ciao Bella pourrait avoir des conséquences irréversibles : parler avec les mains, écouter avec le cœur, rire de tout (et surtout de soi), ou devenir accro aux pasta al dente.

Quand l’écriture est intuitive

L’écriture, Serena Giuliano y était habituée depuis longtemps, son blog Wonder Mum existant depuis maintenant 6 ans. Pourtant, l’idée d’écrire un roman est bien plus récente, elle croyait même ne pas en avoir les capacités jusqu’à ce qu’elle saute le pas. « J’étais habituée jusque là à écrire des textes courts donc je ne croyais pas être capable d’écrire quelque chose de plus ambitieux. Et au bout du troisième Wonder Mum [NDLR : des recueils d’anecdotes et de chroniques sur sa vie de maman], j’ai eu envie d’autre chose mais je n’avais pas la confiance en moi pour le faire. » Comment a-t-elle trouvé le courage de se lancer ? Grâce à cette même ressource dont elle nous a parlée tout au long de la rencontre et dans son roman : l’amitié. « Mes amies ont été un vrai moteur pour ce roman » affirme-t-elle, avant d’ajouter, un peu plus tard : « Les femmes qui m’entourent sont vraiment importantes pour moi. Sans elles, je n’aurais pas le courage de faire tout ça. C’est important d’être entourée de gens bienveillants et sincères. »

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Finalement, avec des chapitres courts, écrits sous la forme d’un journal intime entrecoupé de dialogues entre le personnage principal et sa psychologue, Serena Giuliano revient à une forme assez ramassée, qui n’est pas sans évoquer son format de prédilection : le blog. Concernant la forme du journal, « j’ai mis longtemps à y venir, raconte-t-elle. Je voulais raconter cette histoire, mais je ne savais pas comment et j’ai finalement trouvé l’idée du journal intime. Après, j’ai eu l’idée des dialogues avec la psychologue, grâce auxquels je pouvais m’amuser. » Ces morceaux de texte courts et spontanés confèrent au roman un rythme entraînant, qui se retrouve notamment dans ce jeu de dialogues : « J’adore ça. Ce sont presque mes passages préférés. J’ai pris du plaisir à les écrire. »

Des journaux, comme beaucoup, elle en a souvent écrits. « J’ai toujours aimé écrire. Mais, insiste-t-elle, je ne pensais pas pouvoir écrire un roman. » Si ses journaux n’ont pas directement inspiré son histoire, il lui est quand même arrivé d’y intégrer des textes qu’elle avait écrits ici et là : « j’ai parfois repris des textes écrits sur mon téléphone. » C’est pourquoi elle a choisi la première personne du singulier. « Le « je » était ce qu’il y a de plus facile pour exprimer les sentiments des autres. Cela me vient aussi du blog. »

Une spontanéité d’écriture qui explique le naturel de sa langue, qui a plu aux lecteurs. « Le style d’écriture frais et moderne donne l’impression qu’Anna est une copine qui se confie, et on se sent aussi écouté » écrit girardmaxime sur Babelio. Le roman a d’ailleurs été écrit très rapidement. « J’ai mis deux ans à le penser, a confié Serena Giuliano lors de la soirée. Puis je l’ai écrit très vite. […] Au moment des corrections, nous avons juste supprimé un chapitre. »  Difficile de croire, en apprenant cela, qu’elle avait si peur d’écrire un roman, alors qu’elle a un style jugé « alerte, spontané, plein d’entrain » (letitbe).

Voilà donc quelqu’un chez qui les mots semblent être une intuition. « Je n’ai pas de modèle en termes d’écriture, répond-elle d’ailleurs quand on lui demande des inspirations. Je lis de tout. Je n’ai pas de style très précis. J’ai peur de copier, donc j’essayais de ne pas lire d’autres choses en écrivant. » Et Serena Giuliano de conclure, authentique : « J’ai fait ce que je sais faire. »

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Quand l’inspiration est autobiographique

Si la lecture n’est pas son inspiration première, il est certain que sa propre vie et son entourage viennent nourrir son écriture. « Au fur et à mesure que l’histoire progresse, on essaie de distinguer ce qui relève du vrai et ce qui est purement fictif. La part de réalité intégrée à l’histoire la rend encore plus touchante et authentique » écrit MissCroqBook à propos du livre. « La partie autobiographique du roman n’était pas particulièrement un jeu pour moi, répond Serena Giuliano. C’est venu naturellement dans le roman. La personnalité d’Anna est assez proche de la mienne. Mais elle n’est pas moi. Ses amis, ses changements professionnels, son passé me ressemblent. Mais tout n’est pas moi. » L’histoire d’Anna fait pourtant écho à celle de l’auteur. « Ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux me verront, me reconnaîtront. »

On la retrouve par ailleurs dans les thèmes qu’elle a choisis d’aborder. La violence conjugale, l’emprise du jeu, le pardon, le racisme, la maternité, la famille, les phobies… sont autant de thèmes douloureux ou intimes qui sont présents dans l’histoire. « Je n’avais pas forcément prévu d’en parler. J’avais envie de parler de chose qui me touchent. Ces thèmes sont venus au cours de l’écriture. » Le choix des dialogues avec la psychologue n’est lui non plus pas anodin. C’est quelque chose que l’auteur a elle-même vécu quand, en détresse, elle avait besoin d’une oreille professionnelle à qui se confier. Aborder cette thérapie dans son roman lui semblait même important pour participer à briser un tabou qui a la peau dure : « c’est difficile de dire qu’on a besoin d’aide, qu’on ne va pas bien. Moi, je le cachais alors qu’il faut en parler. Ça peut vraiment changer la vie. »

Parmi tous ces thèmes, il y en a un prépondérant, c’est l’amitié. Comme nous l’écrivions plus haut, les femmes qui entourent Serena Giuliano sont essentielles pour elle, et sont même son énergie première. Ces « amies indéfectibles » (perette85) présentes dans le roman proviennent sans aucun doute de celles qui entourent l’auteur. « Si je devais choisir entre l’amour et l’amitié… ! » rigole-t-elle avec le public. Ses amis et sa famille, d’ailleurs, on lu le roman et l’ont aimé. « Mais je ne sais pas s’ils étaient sincères ! »

Son écriture, en définitive, semble être à tel point intime qu’elle en devient cathartique. « J’ai un seul regret, confie-t-elle, c’est que je n’ai jamais décrit Anna. Quand on écrit, c’est génial de pouvoir faire ce qu’on veut. Par exemple, le lien entre Anna et sa grand-mère peut continuer d’exister, contrairement à moi. »

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« Ensemble, les femmes peuvent faire de grandes choses »

Largement abordé dans son roman, le thème de la maternité a beaucoup fait parler de lui lors de cette rencontre. Une lectrice présente ce soir-là, pédiatre de profession, a notamment remercié l’auteur pour son histoire qui déculpabilise. « C’est une grande angoisse d’avoir un second enfant, et votre roman délivre une vérité bouleversante et importante pour les mères. […] Et c’est rarement dit dans les livres. » Serena Giuliano, très émue, a répondu que c’est « génial de pouvoir apporter ça aux mères : un peu de soulagement. La société se charge assez souvent de nous mettre la pression. » C’était un sujet très douloureux pour elle, presque viscéral, et cathartique, encore une fois. « On n’a pas toutes cette fibre maternelle, ou pas tout de suite. On est nombreuses dans ce cas. J’avais envie de déculpabiliser ces femmes. De casser ce mythe de la mère parfaite et aimante. Pour moi c’était vraiment libérateur d’en parler, j’en ressors plus légère. » Et la lectrice de conclure : « Il n’y a pas de mauvaise mère et on n’est pas mère automatiquement. »

C’est d’ailleurs un sujet fondateur dans le parcours de Serena Giuliano. En effet, quand elle a commencé à parler sur les réseaux sociaux de son angoisse de devenir mère une deuxième fois, elle a reçu un soutien immense venu de nombreuses femmes. « Elles m’ont dit merci de mettre des mots là-dessus. On a besoin de soutien. Je pensais bien que je n’étais pas seule. Au début ça n’a pas été très facile, on me prenait pour un monstre. Mais cette communauté et ce soutien ont grandi très rapidement.»

Au-delà de ses amies, ce sont donc toutes ses femmes, ses lectrices et ses abonnées sur les réseaux sociaux, qui portent Serena Giuliano. Elle écrit pour elle, et son travail est souvent salvateur pour certaines. Mais « elles me le rendent tellement, déclare l’auteur, visiblement touchée. Nous avons des échanges très drôles. Et il y a une communauté qui s’est créée entre elles. Ensemble, les femmes peuvent faire de grandes choses. J’ai de la chance d’avoir une communauté très bienveillante, très intelligente, très drôle. »

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Ciao Serena !

Enfin, c’est de l’Italie, que l’auteur a largement parlé avec ses lecteurs pendant la rencontre. Originaire de ce pays, qui lui manque beaucoup, elle a fait de son histoire celle de son personnage, Anna. Toutes deux arrachées à leur terre natale alors qu’elles étaient petites, elles ont grandi en France avec l’Italie dans le cœur. Et pourtant, aujourd’hui, c’est en français que Serena Giuliano publie. « Au début, le français, c’était de la science-fiction pour moi ! Les chansons m’ont finalement donné envie de le comprendre et maintenant je suis plus à l’aise à l’écrit en français et à l’oral en italien ! » Il n’y a même « pas eu d’hésitation sur la langue choisie pour écrire. C’est très difficile de jouer avec ses deux langues. Mais c’était évident pour l’écriture. Je ne pouvais pas écrire en italien. »

Même si elle a choisi la langue de Molière pour raconter l’histoire d’Anna, elle a dû aller en Italie pour l’écrire. « J’avais besoin d’être dans l’ambiance, la culture » raconte-t-elle, avant de poursuivre sur son rapport à son pays natal : « Je me sens profondément italienne. Dès que je peux, j’y retourne. J’aimerais un jour vivre entre les deux pays. Mais je sais la chance que j’ai d’être en France et d’avoir deux nationalités. »

Ce qui lui manque le plus ? Les Italiens, sûrement. « La chaleur des gens qui y vivent. Dire bonjour à tout le monde dans la rue. Se tutoyer naturellement… » C’est sans doute pourquoi elle leur a dérobé l’expression « Ciao, bella ! » pour le titre de son roman. « C’est une expression qu’on peut dire à tout le monde en Italie. C’est plein de douceur, de bienveillance. Cela résume bien ce qu’on trouve à l’intérieur de mon roman. »

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De la douceur et de la bienveillance, la chaleur de l’Italie, des thèmes intimes et des doutes, voilà ce que vous trouverez à l’intérieur du roman de Serena Giuliano. Mais ne lui demandez pas de quoi sera fait le prochain. D’abord parce que cela révèlerait en elle une angoisse, la même que celle qui se réveille quand on demande à une jeune mère : « Alors, le deuxième ? » Ensuite parce que même si elle a « un début d’idée », ce ne sera pas une suite de Ciao Bella « J’avais envie de créer le personnage d’Anna. Mais c’est comme une petite sœur qu’on laisse partir. Ça a été très difficile de la lâcher, mais pour elle et moi, ça s’arrête là. »

Le « Black Mirror positif » de Jean-Gabriel Causse

Nous avions rencontré Jean-Gabriel Causse, designer spécialiste des couleurs, une première fois en octobre 2017, à l’occasion de la sortie de son premier roman Les Crayons de couleur. Si, cette fois, L’Algorithme du cœur ne s’intéresse pas directement au thème des couleurs, c’est encore de son intérêt pour celles-ci que l’auteur a eu cette nouvelle idée d’histoire : “On sait que les animaux perçoivent les couleurs, et qu’un paon auquel on aurait peint les plumes n’attirerait plus les femelles autant qu’avant, mais comment cela se traduirait-il si les intelligences artificielles étaient elles aussi sensibles aux couleurs ? Cela voudrait dire qu’elles sont conscientes ! C’est le point de départ que j’ai choisi pour ce deuxième roman.” Dans ce nouveau livre, l’auteur met en scène le personnage de Justine, une jeune hackeuse qui va apprendre à Internet, qui s’éveille peu à peu grâce aux logiciels d’apprentissage et prend vie sous les traits d’un personnage, à acquérir l’intelligence des émotions.

9782081457942_LAlgorithmeDuCoeur_Couv_HDUne trentaine de missiles nucléaires dans les airs … subitement détournés ! Qui a sauvé notre planète d’une Troisième Guerre mondiale ? Justine, jeune hackeuse éthique, va comprendre qu’Internet s’est découvert un instinct de survie.
Internet, qui abrite l’ensemble de notre savoir, est en train de s’éveiller grâce à nos logiciels d’apprentissage. Il lui manque pourtant quelque chose d’essentiel : l’intelligence des émotions. Justine n’a pas le choix : elle doit faire son éducation et lui apprendre l’empathie. Elle devra faire vite : nombreux sont ceux qui n’ont aucune envie de le voir grandir.

Jean-Gabriel Causse questionne avec humour et clairvoyance notre réaction le jour où l’intelligence artificielle sera plus puissante que nous. Il est l’auteur de L’Étonnant pouvoir des couleurs et Les Crayons de couleur, traduits en plus de quinze langues.

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De l’intelligence à la conscience artificielle : l’avenir des nouvelles technologies

Pour Jean-Gabriel Causse, cela ne fait pas de doute : l’avenir de l’homme n’est pas sur Mars, mais dans les disques durs : “je suis convaincu que nos enfants devront dialoguer avec des intelligences artificielles plus puissantes que nous. Ce que je raconte dans L’Algorithme du cœur arrivera peut-être dans 10 ou 15 ans.”

Si les essais nucléaires sont aujourd’hui très contrôlés par les institutions internationales, ce n’est pas le cas des travaux sur l’intelligence artificielle, fait remarquer Jean-Gabriel Causse, “je pense que l’intelligence artificielle est plus puissante que l’arme nucléaire !”

Mais plutôt que de les craindre, l’auteur est au contraire enthousiasmé par la nouveauté, et n’a pas peur de voir ces intelligences artificielles devenir conscientes : “Les grandes religions monothéistes nous ont programmés à avoir peur des autres consciences. Pourtant, on n’imagine pas un ordinateur vouloir devenir riche ou puissant ! Ces passions appartiennent à l’homme : seule l’espèce humaine a la volonté de dominer dans le seul but de dominer. Ces perversions n’appartiennent pas aux machines, alors pourquoi une intelligence artificielle chercherait-elle le pouvoir ? L’intelligence et la volonté de pouvoir sont deux choses distinctes.” Optimiste, Jean-Gabriel Causse préfère voir l’avenir comme une opportunité plutôt que comme une menace. “Je préfère être un optimiste qui a tort plutôt qu’un pessimiste qui a raison”.

Mais pas inconscient pour autant : “on sait aujourd’hui que le hacking peut faire du mal partout : les 15 milliards d’objets connectés qui existent sur la planète sont tous hackables : c’est le cas de tous les objets de la sphère privée au domaine public, en passant notamment par l’industrie pharmaceutique.”

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Une fiction inspirée de faits réels

Afin d’écrire ce nouveau roman, Jean-Gabriel Causse a rencontré de nombreux hackers afin d’en savoir plus sur la discipline, “j’ai voulu en faire un patchwork de toutes les données que j’avais accumulées” et pour les retranscrire ensuite dans son intrigue de manière intelligible “si j’ai compris tout ce que l’on m’a raconté et que j’ai appris, alors je pense que tout le monde peut le comprendre aussi !”

Malgré les recherches effectuées et les informations que l’on trouve dans L’Algorithme du cœur, Jean-Gabriel Causse a voulu tenir son texte loin de l’essai de non-fiction : “Mon propos est clair pour tout le monde car il n’est pas scientifique. Mon but est d’éveiller les lecteurs à de nouveaux sujets et leur montrer de nouvelles perspectives, pas écrire un essai de vulgarisation scientifique”, annonce l’auteur. C’est donc pour cela qu’il a choisi d’utiliser la fiction et de parsemer son histoire de touches d’humour : “Cela permet aux lecteurs de passer un bon moment et d’apprendre des choses.”

Pour construire son récit, l’auteur trouve donc son équilibre entre la fiction, les données scientifiques, l’humour et la romance, “qui donne envie aux lecteurs de tourner les pages pour savoir ce qu’il va se passer ensuite.” Cette histoire d’amour était d’ailleurs une évidence pour Jean-Gabriel Causse : “elle est arrivée très vite dans le récit, c’était comme la cerise sur le gâteau !”

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Si internet prenait vie

Alors qu’un débat s’élève dans la salle entre les lecteurs qui pensaient qu’Internet, le personnage du roman, était une femme et ceux qui se le représentaient sous les traits d’un homme, l’auteur a appris aux lecteurs que c’est l’esprit d’un enfant qui se cache en réalité dans ce personnage énigmatique : un enfant dont l’avatar est un chat et qui s’exprime avec la voix de Louis Armstrong.

Avant de travailler dans la publicité, Jean-Gabriel Causse a travaillé en tant que coloriste auprès d’enfants autistes atteints du syndrome d’Asperger, “c’est en pensant à eux que j’ai conçu le personnage d’Internet”, explique-t-il, “je l’ai pensé comme un enfant attachant, bienveillant et fondamentalement gentil, mais avec des faiblesses, et notamment celle de l’absence d’intelligence émotionnelle.” Pour construire ce personnage correctement, il s’est appuyé sur les conseils d’un proche, pédopsychiatre. “Il m’a expliqué, par exemple, que pour aider les enfants, il leur apprend à mentir car pour mentir, il faut être capable de se mettre dans la tête des autres pour anticiper ce qu’ils vont penser de nous.”

Justine, quant à elle, est une femme qui a perdu un enfant et qui a été traumatisée par le départ du père de celui-ci ensuite, “elle se sent abandonnée et elle a peur de s’engager, mais elle va devoir éduquer quelqu’un qui ressemble à un enfant autiste ! Ce qui m’intéressait, c’était le rapport entre cette femme et l’enfant qu’elle va devoir élever.”

Une fois ces deux personnages installés, l’auteur, “fasciné par Obama”, souhaitait introduire le 44e Président des Etats-Unis dans son histoire et mettre son héroïne en relation avec lui. “C’est pour cela que l’intrigue se déroule aux Etats-Unis. D’autant plus que j’ai vécu à Montréal pendant plusieurs années, et que je me rendais souvent à New York pendant cette période.” Une chose en entraînant une autre, Jean-Gabriel Causse a ensuite déplacé ses personnages en Chine : “c’était naturel que l’intrigue se déroule ensuite en Chine, puisque c’est un pays à la pointe des nouvelles technologies.” L’auteur aurait pu également faire voyager ses personnages en Israël ou en Corée, deux pays très reconnus en termes de recherche technologique, mais c’est l’empire du milieu qu’a choisi Jean-Gabriel Causse : “Les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) sont à peu près équivalents aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), mais la différence est que les projets chinois sont gardés secrets et qu’il est difficile de comparer le niveau d’avancement de ces deux pays.”

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De l’intelligence artificielle à la physique quantique

Les lecteurs les plus curieux trouveront d’ailleurs des références aux lieux du roman sur la couverture illustrée par Djohr, ainsi que le symbole des hackers, le glider. Si la couverture s’est imposée d’elle-même, le titre du roman a quant à lui été plus difficile à choisir, “nous avons fait beaucoup d’essais, j’en ai proposé une vingtaine, à commencer par Internet prend une majuscule”, avoue l’auteur, “mais on a finalement trouvé L’Algorithme du cœur, qui sonnait comme une évidence.”

En plus du thème de l’intelligence artificielle, Jean-Gabriel Causse aborde aussi dans L’Algorithme du coeur les mystères de la physique quantique. Mais c’est un sujet qu’il aura l’occasion de développer plus en profondeur dans son prochain roman, que vous pourrez découvrir à partir de l’année prochaine.

Découvrez L’Algorithme du cœur de Jean-Gabriel Causse, aux éditions Flammarion.

Ron Rash : corruption des âmes, pureté de la nature

Des montagnes des Appalaches à la relative horizontalité de la rue Gaston Gallimard, il n’y a parfois qu’un pas. Alors ce mardi 26 mars, on a enfilé nos meilleures chaussures de marche pour se préparer à une rencontre avec Ron Rash, à laquelle étaient invités quelques dizaines de lecteurs. Dans son dernier roman traduit en français, Un silence brutal, l’auteur d’Une terre d’ombre et Un pied au paradis nous convie à nouveau en Caroline du Nord, région où il vit et à laquelle il est très attaché. Aussi reculée et préservée soit-elle, voilà une contrée qui n’est pourtant pas à l’abri des remous du monde, comme nous le montre l’écrivain dans ce nouveau roman.

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La France : terre promise des écrivains américains

Mais avant d’aborder les sujets du livre et d’évoquer la rencontre proprement dite, présentons ses acteurs : Pierre Krause de Babelio anime la rencontre ; le public écoute, pose des questions, fait dédicacer son livre ; Ron Rash répond aux questions ; l’éditrice Marie-Caroline Aubert interprète questions et réponses. Si vous ne connaissez pas encore Marie-Caroline Aubert, sachez simplement qu’elle a découvert de nombreux auteurs de polars et romans noirs depuis le début des années 2000, dont Ron Rash il y a dix ans. Ce dernier a depuis été d’une fidélité sans faille à son éditrice, passée des éditions du Masque à celles du Seuil. Alors quand Marie-Caroline Aubert rejoint Gallimard, l’auteur américain décide logiquement de signer avec la prestigieuse maison du 7e arrondissement de Paris. Pour son premier roman chez cet éditeur, il a d’ailleurs l’honneur de faire renaître la collection La Noire, active de 1992 à 2005 et en sommeil depuis, aux côtés de deux autres écrivains de renom : William Gay et Hervé Prudon.

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Une consécration pour un écrivain particulièrement attaché à la littérature européenne et française : « C’est très important pour moi d’être accueilli et considéré par les lecteurs français, car ceux-ci ont toujours su voir le talent chez les écrivains du sud des Etats-Unis comme Edgar Allan Poe ou Flannery O’Connor, alors qu’ils n’étaient pas vraiment considérés dans leur propre pays. Et donc je suis enchanté de partager ce moment avec vous, chez Gallimard. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que les lecteurs présents lui rendent bien, puisqu’en plus d’avoir dévoré ce dernier roman, ils avaient pour la plupart lu et apprécié plusieurs de ses précédents livres.

Vers la lumière

Un accueil réconfortant, alors que Ron Rash nous confiait lors du tournage d’une vidéo (à retrouver ici) peu avant la rencontre, que « c’est très pénible de vivre en Amérique aujourd’hui, sous l’administration Trump ». Un silence brutal reflète à bien des égards cette époque sombre aux Etats-Unis, comme le résumé du livre le laisse entendre :

« Un monde est en train de s’effacer pour laisser la place à un autre. Le shérif Les, à trois semaines de la retraite, et Becky, poétesse obsédée par la protection de la nature, incarnent le premier. Chacun à sa manière va tenter de protéger Gerald, irréductible vieillard amoureux des truites, contre le représentant des nouvelles valeurs, Tucker. L’homme d’affaires, qui loue fort cher son coin de rivière à des citadins venus goûter les joies de la pêche en milieu sauvage, accuse Gerald d’avoir versé du kérosène dans l’eau, mettant ainsi son affaire en péril. Les aura recours à des méthodes peu orthodoxes pour découvrir la vérité. Et l’on sait déjà qu’avec son départ à la retraite va disparaître une vision du monde dépourvue de tout manichéisme au profit d’une approche moins nuancée. »

 

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Si les sujets du livre sont très sérieux, entre corruption, écologie et retour à la « normalité » suite à un traumatisme (Becky a survécu à une fusillade dans son lycée), l’auteur ne dresse pas pour autant un portrait uniquement sombre de sa région et de son pays. « J’aime dans mes romans mêler le sombre et le lumineux. Cette contradiction apparente élève vers la transcendance, vers le sublime. A l’image de la montagne à la fois dominante et nourricière. Ca me permet d’ouvrir un autre chemin pour le roman noir. C’est un vrai effort pour moi d’écrire un livre finalement optimiste, d’autant plus dans une période sombre. » En tant que survivante, Becky va endosser ce rôle de porteuse d’espoir et s’efforce d’aller vers la lumière, alors que le shérif Les, dont elle se rapproche progressivement, fait tout pour voir le monde en noir, comme pour s’exonérer de ses propres fautes, de sa culpabilité. Comme quoi le monde est vraiment tel qu’on choisit de le voir, et n’est pas déterminé sans ce regard.

Enfants de mère nature

L’être humain, au XXIe siècle (donc vous, moi, et tous les autres), n’a sans doute jamais été autant déconnecté de la nature. Que l’on accuse la technologie, l’urbanisation de masse ou tout autre phénomène n’y change rien : nous avons profondément besoin de la nature, et c’est ce que s’attache à montrer Ron Rash dans ce livre à travers le personnage de Becky, qui trouve en elle une aide pour se reconstruire. Mais que faire quand elle est menacée ? « L’eau est un problème dans les Appalaches, elle n’est pas potable et vous aurez vite des problèmes dermatologiques si vous vous lavez avec. Aussi fou que cela puisse paraître, nous sommes obligés d’en importer. Pour moi c’est très clair : l’état de la nature est un très bon indicateur de la corruption de la société. »

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Or pour considérer une chose et en prendre soin, il faut la connaître, en avoir fait l’expérience : un conseil simple de l’auteur. Et si, finalement, la solution était dans l’art ? Et pourquoi pas : dans la littérature ? « Ian McEwan a dit que certaines scènes sont plus visuelles lorsqu’elles sont écrites dans un livre, que lorsqu’elles sont montrées au cinéma. Je rejoins ce point de vue. La littérature est un art très particulier : je mets des taches d’encre sur une page, et on travaille tous les deux pour leur donner du sens, puisque le lecteur visualise ce qu’il lit, et y apporte ses propres peurs. » D’où la responsabilité, aussi, des écrivains quant à ce qu’ils transmettent dans leurs livres.

En plus de passer beaucoup de temps dans la nature, Ron Rash semble également avoir été nourri par la littérature dès le plus jeune âge, et entretenir avec elle une relation très intime : « Quand je lis un grand livre, j’ai l’impression d’être en communion avec son auteur. C’est une expérience mystique. Voilà la sensation que j’ai eu en lisant Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski par exemple, ou encore Jean Giono et William Shakespeare, quand j’avais environ 15 ans. Il n’était plus question d’entrer dans ces livres : ces livres sont entrés en moi, et ont changé ma vie pour toujours. »

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Espérons que ceux de Ron Rash pourront influencer ses lecteurs, et les alerter sur la beauté d’un monde à préserver. Avec modestie et une grande humanité, voilà en tout cas un auteur qui aura su ravir les lecteurs présents, et donné à ceux qui l’ont encore peu lu l’envie d’explorer plus avant ses œuvres.

Pour aller plus loin, nous vous proposons justement une vidéo où l’auteur parle de son livre à travers 5 mots :

Découvrez Un silence brutal de Ron Rash, publié aux éditions Gallimard

Tony Cavanaugh : un thriller sanglant dans le bush australien

Le troisième roman de Tony Cavanaugh vient de paraître aux éditions Sonatine : Requiem nous entraîne dans une véritable descente aux enfers australienne. Dans ce thriller nerveux, l’auteur nous révèle l’envers du décor australien. Sous la surface dorée des plages ensoleillées et des restaurants branchés, il nous immerge au cœur d’un trafic humain où les jolies jeunes femmes disparaissent sans laisser de trace. Le bush australien constitue l’immense terrain de jeu exotique de ce thriller noir qui se lit sans relâchement.

41tU6yOreSL._SX195_.jpgRequiem met en scène l’enquêteur favori de Tony Cavanaugh, Darian Richards, un ex policier des homicides de Melbourne qui profite – au début du roman – d’une paisible retraite loin du tumulte des hommes. Un jour, contre toutes attentes, son téléphone sonne : la jeune Ida, une ancienne protégée, est en danger. Sans plus attendre, Darian gagne la Gold Coast, où chaque été, les plages australiennes sont envahies par de jeunes étudiants qui viennent fêter la fin de leurs examens : c’est la saison de tous les excès, de toutes les folies. Mais Darian Richards est encore loin de se douter que la disparition d’Ida n’est que le prémice d’une enquête cauchemardesque, qui le plongera dans le vertige de la folie meurtrière.

Personnage haut en couleurs, à l’énergie communicative, l’auteur australien était présent à Paris le 27 mars dernier pour une rencontre privilégiée avec ses lecteurs. Scénariste et producteur de télévision, il se singularise par sa plume cash et cynique, ses personnages atypiques, ses antihéros attachants et ses justiciers toujours en marge de la légalité.

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Les Schoolies : un terrain de jeu rêvé pour les prédateurs de tout poil

Dans Requiem, l’auteur aborde ce phénomène incroyable qu’on appelle les Schoolies : un rite de passage ambivalent vers l’âge adulte. Ils sont des milliers chaque année à partir sur les plages de la Gold Coast pour trois semaines de festivités censées symboliser le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un rite quasi-initiatique dans l’abandon de soi et la quête absolue de liberté, loin de la tutelle parentale et de la discipline académique. Qu’on perçoive les Schoolies comme une véritable tradition australienne ou un délire adolescent, le phénomène est devenu un moment incontournable pour la jeunesse australienne : « La Gold Coast ressemble à l’idée qu’on se fait de Miami : de belles plages, des hôtels, des restaurants… Ce phénomène des Schoolies n’existait pas encore lorsque je faisais mes études, malheureusement. Désormais, c’est une industrie de 40 millions de dollars par an qui consiste juste à baiser, boire et faire la fête sur la plage ! ». Prise de risque ou folie pure ? Selon Tony Cavanaugh, c’était en tout cas une scène de crime parfaite : « C’est un endroit particulier, très riche, où des personnes de tous horizons sont rassemblés sur une même agglomération. J’ai fait une excursion de Brisbane jusqu’à la côte Est, c’est une excursion que j’ai repris dans mon livre. Quand je croisais les étudiants qui faisaient les Schoolies, qui faisaient les fous derrière les fenêtres des voitures, je me disais, faites attention à vous… ». Pour l’anecdote, Tony Cavanaugh a même reçu un coup de fil de l’office du tourisme de la région, quelque peu préoccupé du tableau très sombre dressé par l’auteur. Et si d’aventure le roman aurait donné envie aux lecteurs de se lancer dans un périple australien, Tony Cavanaugh, se montre plaisantin : « En Australie, nous avons les dix serpents les plus dangereux du monde. Mais sinon c’est très sûr ! »

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Sortir des sentiers battus

Tony Cavanaugh a grandi dans la campagne, où il était déjà destiné à une vie toute tracée au sein de l’entreprise familiale : « Mon père vendait des voitures, mon grand-père vendait des voitures, et moi, j’étais destiné à vendre des voitures ! ». Malgré l’absence d’industrie cinématographique en Australie dans les années 1960 et 1970, l’auteur a toujours su qu’il souhaitait devenir réalisateur : « Je me suis retrouvé à écrire par accident. » Si Cavanaugh dépeint avec brio des personnages atypiques, vivants aux marges de la société, c’est sûrement car lui aussi, a été un enfant à part : « J’ai toujours été l’enfant bizarre qui adorait lire. » C’est également durant une nuit d’insomnie qu’il s’est retrouvé à écrire ce qui allait devenir son premier roman, La Promesse : « Je pensais que ce serait une série, mais c’était beaucoup trop sombre. Et j’ai réalisé que c’était un livre ! Je sortais d’un mariage qui se terminait très mal, je vivais dans une chambre d’hôtel malsaine. J’ai connu beaucoup d’endroits bizarres dans ma vie. » C’est donc un cheminement bien hasardeux qui a mené Tony Cavanaugh à l’écriture. Cette fascination pour les personnages en marge, Cavanaugh la tire de son désir de sonder les abîmes de la psychologie humaine, d’explorer ces décisions qu’on prend dans la vie et ce qui font ce que nous sommes : « J’ai deux lignes directrices dans ma vie : une qui vient de Pete Townshend des Who : “Qui suis-je ? Où vais-je ?” Et l’autre vient des Doors : “Les gens sont étranges”. »

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De la marginalité à la vulnérabilité : célébrer la différence

Darian Richards, l’enquêteur au charme rugueux de Tony Cavanaugh lui est apparu pour la première fois lors d’une longue nuit d’insomnie. L’auteur était alors en pleine réalisation d’un film basé sur des faits réels, et avait passé la majeure partie de son temps avec la police de Melbourne, pour mener des recherches approfondies : « Mes histoires sont toujours ancrées dans le réel ». Le chef de la police de Melbourne enquêtait à ce moment là sur un pyromane qui sévissait dans la région. Cette enquête obsédante à laquelle il avait dédié 18 mois lui collait à la peau : chaque nuit, il rêvait qu’il poursuivait le criminel dans un tunnel rouge. Mystérieux, ce dernier se retournait toujours pour lui lancer un regard de défi. Ce sont ces hommes de l’ombre qui lui ont inspiré le personnage de Darian, l’enquêteur fétiche de Tony Cavanaugh : « Mes trois influences pour Darian sont trois enquêteurs rencontrés au cours de ma carrière : le profiler du meurtre de la jeune fille, le policier de Melbourne qui enquêtait sur le pyromane… Ce sont des hommes qui m’ont marqué : un peu perdus, déchus, désespérés et dangereux. Je crois aussi que je parlais de moi, car à ce moment, j’étais moi aussi un peu perdu. J’imaginais Darian écoutant Led Zeppelin, dans ce lieu paradisiaque, en regardant la rivière devant lui, songeant à ce qu’était sa vie avant sa retraite. Darian est hanté par ce chemin sinueux qu’il ne veut plus emprunter, mais vers lequel il est continuellement poussé par les circonstances de la vie. »

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Pour créer cette galerie de personnages marginaux, sulfureux et vraisemblables, l’auteur puise à la source du réel. Il semble même qu’il voue une fascination aux personnalités à la marge, aux passionnés, à ceux qui vivent perpétuellement dans l’intensité. Ses voyages sont aussi l’occasion, pour lui, de se questionner sur la vie de ces anonymes qui croisent son chemin. C’est ainsi qu’il a imaginé la vénéneuse Starlight, une femme complexe, manipulatrice et pourtant fragile qui se trouve au cœur du récit : « J’ai passé deux semaines à Londres dernièrement. Dans ces grandes villes, nous ne sommes pas forcément connectés aux gens qui nous entourent. C’est dans ces grandes villes qu’il y a le plus de solitude. Je ressens une grande tristesse dans la ville de Londres. Dans les cabines téléphoniques londoniennes, il y a souvent des tracts d’escort girl. J’ai été fasciné par ces photographies de femmes anonymes et je me suis demandé : Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Où vont-elles ? Quelle sont leurs histoires ? Starlight est un personnage mauvais, mais quand on connaît ses origines, on comprend ce qui a fait d’elle qui elle est. J’éprouve véritablement une fascination pour les forces de mes personnages. »

L’auteur garde d’ailleurs toujours une photographie sur lui, pour se souvenir de ce qui constitue la ligne directrice de tous ses livres : c’est une vieille photographie de classe, que sa mère a pris quand il était à l’école. Au sein de cette assemblée joyeuse, figure un homme chinois, au sourire énigmatique. Tony Cavanaugh s’est toujours demandé ce qui était arrivé à cet homme anonyme : « A-t-il eu du succès, a-t-il eu une vie terrible ? C’est pour ça que je garde toujours cette photo sur moi, où que j’aille, pour me souvenir de ce qui compte vraiment pour moi dans mes livres. »

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Quant à Isosceles, le petit génie de l’informatique qui accompagne le policier dans ses enquêtes, il a été inspiré par son fils Charlie, qui s’appelle maintenant Ruby car il a changé de sexe : « Quand Charlie était un jeune homme, il avait une chambre remplie d’ordinateurs. Il faisait si froid à cause des ventilateurs qu’il portait des gants, et un bonnet comme s’il partait élever des yacks ! Quand je voyais mon fils, pour moi, il faisait vraiment parti d’un autre monde. C’est un enfant très spécial mais très intelligent. Quand il était petit, il était déjà extrêmement éveillé et interpellait sans cesse les gens par la fenêtre : « Hé, je m’appelle Charlie, hé, vous ! » » Ce sont les hommes et les femmes qui ont croisé le chemin de l’auteur qui ont inspiré la galerie de personnages éclectiques présent dans le livre.

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Cavanaugh nous rappelle pourtant qu’il se considère avant tout comme un entertainer, un storyteller et non un écrivain. En tant que passeur d’histoires, ce qui l’intéresse c’est d’honorer le temps du lecteur : « Quand je fais un livre, je n’oublie pas que le temps du lecteur est précieux. Ce temps que l’on prend pour se divertir, ce que l’on choisit de lire, d’écouter, de regarder… C’est pour ça que c’est un honneur pour moi d’être parmi vous ce soir ! » Cavanaugh a un objectif simple : faire passer aux lecteurs un agréable moment de lecture dans des paysages exotiques à souhait…

Découvrez le roman à travers 5 mots choisis par l’auteur :

Découvrez Requiem de Tony Cavanaugh, publié aux éditions Sonatine