Où l’on vous propose d’en savoir plus sur vos auteurs préférés

dossiers auteurs

Certains d’entre vous ont peut-être remarqué une nouveauté au cours de leurs pérégrinations sur Babelio. Depuis peu, nous avons inauguré une nouvelle rubrique sur les pages de certains auteurs : des dossiers qui permettent d’en savoir davantage que la biographie présente en haut de page. Dans ceux-ci, nous nous efforçons de vous dévoiler des aspects de la vie de l’auteur parfois moins connus, des anecdotes sur la genèse de son œuvre, ses influences ainsi qu’une chronologie relatant les dates marquantes de sa vie et de sa carrière littéraire. De quoi, nous l’espérons, vous donner envie de découvrir ou de redécouvrir ces grands noms de la littérature et de la philosophie.

La liste des dossiers

Voici les auteurs pour lesquels vous pouvez dès à présent découvrir cette nouvelle rubrique :

 

Suggérez-nous des auteurs et des anecdotes

Que pensez-vous de cette initiative ? N’hésitez pas à nous soumettre les noms des auteurs sur lesquels vous aimeriez en savoir plus, nous nous efforcerons de développer cette nouvelle rubrique selon vos suggestions. Si vous avez vous aussi des anecdotes insolites à partager dans la rubrique « Le Saviez-vous ? », venez nous en faire part dans le sujet dédié du forum et nous les intégrerons aux fiches auteurs.

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Nicolas Delesalle

En partenariat avec la collection Préludes, nouvelle-née du Livre de Poche, une trentaine de lecteurs de Babelio a eu l’opportunité de rencontrer Nicolas Delesalle, auteur du premier titre français du label, Un parfum d’herbe coupée. Grand reporter chez Télérama et habitué de Twitter, l’auteur, dont c’est le premier roman, a répondu à toutes les questions des membres de Babelio. La rencontre s’est déroulée au Thé des écrivains, la librairie-salon de thé du 3e arrondissement.

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Au commencement était internet

Nicolas Delesalle est revenu pour les membres de Babelio sur ses débuts en tant qu’écrivain. Les lecteurs ont eu la surprise d’apprendre que les premiers chapitres de son roman sont nés… sur Twitter. Le célèbre réseau social aux 140 caractères a été le premier medium sur lequel l’auteur a rédigé des « tweets stories » brèves qui ont aussitôt enchanté ses « followers ». De ces textes, il a alors fait un blog, puis un livre numérique « au grand dam de ma femme qui me disait : « mais pourquoi tu ne l’envoies pas à un éditeur papier ? » ». L’éditrice Véronique Cardi, aujourd’hui directrice du label Préludes, repère alors le talent de Nicolas Delesalle et lui demande d’écrire de nouvelles histoires pour compléter ses premiers textes. C’est ainsi que du blog À peu près rien, dont l’auteur aurait peut-être aimé garder le titre « trop peu vendeur », est né le roman Un parfum d’herbe coupée. Un titre qui fait référence à un moment clé de son enfance, celui où il a pour la première fois pris conscience de son bien-être.

L’auteur a révélé que certains de ses textes ont été écrits il y a plus de dix ans et attendaient leur heure. Il avait par exemple rédigé depuis longtemps la lettre à Anna, son arrière-petite-fille imaginaire. « J’avais envie de lui dire qui j’étais », se souvient l’auteur, qui a tenté de préserver au maximum la fraîcheur et l’instantanéité de la mémoire.

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Mais comment devient-on écrivain lorsqu’on est grand reporter ? « Tout a commencé avec DSK », révèle Nicolas Delesalle. Le journaliste, observant l’acharnement de ses collègues à décrire chaque micro-événement en temps réel, s’est amusé à inventer des anecdotes comme la couleur du plafond de la salle d’audience. Un « livetweet du livetweet » qu’il a reproduit lors d’autres événements comme l’accouchement de Carla Bruni, et qui lui a valu un certain succès sur le réseau social. Il s’attelle ensuite à la rédaction d’une histoire, une « tweet story » intitulée « Alexander ». Il se prend au jeu et commence à préparer ses histoires à l’avance.

Il décide alors d’écrire sur lui-même et ses souvenirs. « À quarante ans, je ressassais, je pensais à mon enfance, je voulais mettre des mots sur les sensations. Je m’adressais d’abord à moi-même. » Fasciné par les « instants T », ceux qui bouleversent une vie et qui font de nous quelqu’un d’autre après, il se lance alors dans la rédaction de ceux qui ont forgé sa vie. S’il avoue la présence d’éléments fictionnels dans le livre, il ne révélera pas desquels il s’agit : « Je ne vais pas dire tout ce qui est fictionnel, j’aurais peur de décevoir, déjà qu’il ne se passe rien ! » Mais il a fait sien le désir de Romain Gary de transformer la réalité en mythe : cacher ce qu’il voulait garder pour lui, mettre en lumière des éléments insignifiants ou imaginaires. Un exercice qui lui a tellement plu qu’il envisage de rédiger un deuxième tome, consacré à ses souvenirs de grand reporter.

Une écriture particulière

L’écriture sur Twitter est une expérience particulière qui a intrigué les lecteurs de Babelio. En effet, la contrainte des 140 caractères par tweet a contraint Nicolas Delesalle à un style concis, à des phrases brèves. Parfois, il a ensuite recomposé un peu ses textes pour « les laisser respirer. » Habitué à écrire quotidiennement pour Télérama, il ne se sentait pourtant pas totalement libre dans cet exercice. « Je vouvoie ce que j’écris pour les papiers, et je tutoie ce que j’écris sur internet, je tape sur l’épaule et je bois des coups avec mes histoires ! » Il a aimé se sentir seul maître du choix du vocabulaire, pouvoir créer des chocs et des ruptures en jouant sur les différents niveaux de langage. Selon lui, le sens et l’émotion sont liés à cette chute d’un langage soutenu à un langage familier.
Ce qu’il apprécie aussi sur Twitter, c’est la relation horizontale qui se crée avec ses lecteurs. Avant, écrire à un auteur nécessitait un effort, il fallait prendre sa plume, trouver l’adresse… Aujourd’hui « on a une relation d’égal à égal et c’est tant mieux : je ne vais pas me prendre pour Malraux, je suis obligé de rester moi-même. »

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Mais l’écriture sur internet ne fut pas la seule contrainte que rencontra Nicolas Delesalle. Il fallut aussi choisir les instants de vie à raconter. Si les quinze premières scènes se sont imposées d’elles-mêmes car ce sont celles qu’il avait besoin de raconter, il a ensuite dû en trouver d’autres. Certains textes ont été écartés par l’équipe éditoriale, d’autres raccourcis. L’un d’eux, intitulé « Une longue histoire africaine », lui tenait vraiment à cœur mais a finalement été gardé pour le deuxième tome, avec lequel il sera plus en rapport car il raconte un événement survenu lors d’un reportage au Niger. L’éditrice Véronique Cardi a pris la parole pour expliquer ce choix : « Ce qui était touchant dans ce premier volume, c’était l’intime ouvrant sur l’universel. Dans cette longue histoire, la problématique était différente, on ne pouvait pas tous s’y retrouver. »

Une fois les scènes sélectionnées, il a fallu organiser la structure du livre. Nicolas Delesalle n’a pas voulu d’un récit chronologique qui aurait selon lui « tué le projet ». Il a préféré une construction par émotions, par thèmes et une alternance de textes assez longs et de « virgules » qui permettent de respirer entre deux histoires plus longues. « Il y a quelque chose de très sincère qui aurait été brisé par le calcul d’une construction romanesque. » À force de tâtonnements, l’ordre des textes s’est imposé avec évidence, comme si chacun était un affluent d’une rivière.

Se souvenir et transmettre

Les souvenirs qui constituent la matière du livre révèlent la fascination de Nicolas Delesalle pour la mémoire : « ça m’obsède, ce qui reste et ce qui disparaît, pourquoi ça reste, et pourquoi ça disparaît. » Il a oublié des événements théoriquement importants dans une vie et s’est souvenu de la neige, de la soupe au cresson, et de ce moment où il s’est senti bien pour la première fois, et qui lui est revenu en mémoire vingt-cinq ans après, associé à l’odeur de l’herbe fraîchement coupée.

Si l’auteur a voulu se replonger dans l’intimité de sa mémoire, le choix de diffuser son texte s’accompagne d’une volonté de transmettre : « j’étais ému quand j’ai vu le livre, physiquement. Mon arrière-petite-fille pourra le trouver un jour. » À défaut de pouvoir recueillir la réaction d’Anna, il observe celles des lecteurs, qui l’étonnent autant qu’elles le touchent. Pour lui, l’avis du public est essentiel, c’est ce qui donne envie de continuer. « Si j’étais sur une île déserte, je n’écrirais pas. On écrit toujours pour être lu. Ça nous valide ou nous invalide, or on est dans la recherche de validation permanente. » Et les retours positifs du lectorat surprennent d’autant plus l’auteur qu’il doutait de sa légitimité. « Moi je me demandais au début si ça pouvait intéresser quelqu’un. J’étais presque gêné. » Pourtant, d’une personne âgée à sa traductrice tchèque, la liste des lecteurs que son livre a transportés dans leurs propres souvenirs s’allonge de jour en jour. Mais Nicolas Delesalle veut rester modeste : « Il y a plein de gens que ce livre ne touchera pas. »

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Lorsqu’on lui demande quel message il voulait transmettre, il se défend d’abord d’avoir voulu agir comme son grand-père, qui lui a livré lors de leur dernière rencontre une vérité bien lourde à porter. « Je ne me sens pas en mesure de transmettre des messages vu ma compréhension du monde et de la société actuels. À la limite, je dirais comme Baudelaire : « Enivrez-vous ! » ». Il n’est pas étonnant qu’un grand auteur apporte son secours à Nicolas Delesalle pour exprimer ses pensées : l’auteur revendique son amour de la littérature et l’importance capitale qu’elle a eu sur le jeune homme qu’il était. Enfant amoureux des jeux du dehors, il a fallu la punition d’une professeur de collège pour le forcer à se plonger dans un livre. « Je suis rentré tardivement en littérature mais quand j’ai sauté, j’ai sauté de très haut et… quel vertige ! » se souvient-il. Emporté par son amour des livres, Nicolas Delesalle se lance dans un plaidoyer pour la lecture. S’il refuse de se réclamer d’un courant littéraire particulier, par modestie, l’auteur est persuadé que tout ce qu’on lit nous nourrit, artistiquement mais aussi humainement : « Cela nous ouvre la tête à coups de hache… ou parfois plus doucement. » Pourtant, il avoue lui-même lire moins qu’à une époque, distrait par d’autres loisirs : « Je viens de finir Seul, invaincu de Loïc Merle, qui est resté longtemps sur ma table de nuit car j’étais absorbé dans The Walking dead. On a aujourd’hui des séries très bien écrites, c’est dur de résister ! » Ce constat s’accompagne d’une réelle admiration pour les blogueurs et de la conscience de l’importance de leur rôle de prescription : « Dans les journaux, les gens écrivent toujours les uns pour les autres, alors que les blogueurs sont complètement libres. Vous êtes des passeurs ! »

À la suite de cet entretien, Nicolas Delesalle a pris le temps de discuter avec chaque lecteur présent durant la séance de dédicaces. Nous le remercions pour sa disponibilité, ainsi que les membres du label Préludes qui ont participé à la soirée et la sympathique équipe du Thé des écrivains qui a su recevoir les lecteurs dans une ambiance intimiste.

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Découvrez les avis des lecteurs sur Un parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle, paru aux éditions Préludes.

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Sophie Loubière

En partenariat avec Fleuve Editions, une trentaine de membres de Babelio a eu la chance de rencontrer Sophie Loubière. Ancienne animatrice de radio, l’auteur, connue pour ses romans noirs, est venue à la rencontre des lecteurs pour présenter son nouveau livre, À la mesure de nos silences. À travers le regard d’un jeune homme kidnappé par son grand-père, ce roman revient sur un épisode dramatique méconnu de la Seconde Guerre mondiale, « la révolte des Croates ».

© Steve Wells

© Steve Wells

Témoigner d’un événement historique

C’est l’une des nombreuses questions que se posait la plupart des lecteurs retenus pour s’entretenir avec Sophie Loubière lors d’une rencontre au sein des locaux de Fleuve Editions. Dans À la mesure de nos silences, celle-ci abandonne le roman policier pour témoigner d’un épisode tragique réel. Mais comment a-t-elle découvert ce drame de Villefranche-de-Rouergue, un épisode pourtant moins connu que celui d’Oradour-sur-Glane ? « Par mon mari », répond-t-elle. Passionné d’histoire, celui-ci a en effet trouvé trace dans ses recherches d’un régiment de soldats SS musulmans, composé essentiellement de Croates enrôlés de force. Il rêve alors de faire un film de cette histoire, mais le projet ne voit pas le jour. Sophie Loubière ayant trouvé ce sujet très fort, s’interroge à son tour sur la vie des Villefranchois : « Comment peut-on continuer à vivre après avoir assisté à ces événements ? » Pendant cinq ans, elle s’attelle alors à la création des personnages centraux du récit et recherche des témoignages d’enfants ayant connu le drame. Pour elle, en effet, il était primordial d’être fidèle à la réalité des faits, en confrontant le plus possible ses sources et en se rendant sur les lieux pour prendre des photographies, habitude qu’elle a de toute façon pour chacun de ses livres. À Villefranche-de-Rouergue, elle a été reçue par un responsable culturel local, malheureusement décédé avant la publication du roman, qui l’a accompagnée dans son travail pendant plus d’un an. Sur place, elle était évidemment émue : les habitants n’ont toujours pas oublié cet épisode douloureux de leur histoire et il y a régulièrement des commémorations, même si beaucoup parmi les jeunes ne sont pas forcément au courant de ces faits anciens. Signe que la littérature a son rôle à jouer dans la transmission aux plus jeunes, Sophie Loubière a eu la surprise de constater que les écoles utilisaient aujourd’hui son livre pour expliquer cette partie de l’Histoire aux enfants.

Les lecteurs sont également intéressés par son virage du roman noir au roman historique. Un virage qui n’en est pas tellement un pour elle qui confie se plaire dans tous les genres et dont les premiers livres n’appartenaient pas à la catégorie des romans policiers. Pour ce livre-ci, « c’est le sujet qui imposait autre chose qu’un roman noir ou un thriller ». Elle tenait à ce que ce roman soit transmis, qu’on puisse le donner à tous, le faire étudier aux élèves, sans restriction, alors que les romans noirs ciblent en général un public plus précis, amateur du genre.

© Steve Wells

© Steve Wells

Le processus créatif

La construction de l’intrigue et des personnages a également été au cœur des interrogations des membres de Babelio. Assez tôt dans l’écriture du livre, Sophie Loubière a su que son livre comporterait deux époques, une narration au passé et une au présent. S’il est en effet question de « La Révolte des Croates » pendant la Seconde Guerre mondiale, le roman traite également d’une quête initiatique entre un grand-père et son petit-fils. François, cet ancien grand reporter aujourd’hui fatigué qui se rend compte que son petit-fils est en train de rater son bac et peut-être sa vie, est des plus fascinants. S’il semble d’abord vouloir aider son petit-fils Antoine, « ses motivations se révèlent comme étant plus complexes. » Il l’entraîne dans un voyage initiatique en pensant que c’est à lui de donner et à son petit-fils de recevoir, alors que l’inverse, il s’en rend compte au fur et à mesure de leur périple, est vrai aussi. L’auteur a avoué qu’Antoine était inspiré d’un ami de sa fille, et que François tenait à la fois de ses grands-pères et d’hommes qu’elle a admirés lorsqu’elle travaillait à la radio. Sophie Loubière se sent très proche de ses personnages : « tout ce que pense François, je le pense. De tous mes personnages, c’est celui qui me ressemble le plus ». François comme Antoine ont été créés sur le long terme, en même temps que les recherches historiques. « J’avais tellement peur de ne pas être exacte sur l’aspect historique, qu’à côté, créer les personnages, c’était comme faire des crêpes après un plat très élaboré ! »

Un débat a alors lieu entre lecteurs concernant la fin du roman, qui apparaît à certains comme un happy end alors que pour Sophie Loubière et d’autres lecteurs présents, on ne peut pas tout à fait parler de fin heureuse lorsque l’un des personnages centraux meurt. Pour elle, il s’agit plutôt de la libération d’une vérité, et d’un apaisement : « Tous mes romans vont vers la lumière car je suis optimiste, je crois que tout ce qui ne nous abat pas nous rend plus fort. »

Concernant la forme du roman, l’auteur confie qu’elle avait d’abord écrit un projet de film, pour exaucer le souhait de son mari. Il a donc fallu tout changer lorsqu’elle a opté pour un roman, ce qui lui a pris environ une année, avant de consacrer une autre année à la prise de notes et à des recherches complémentaires puis de commencer à rédiger, trois ans au total après le début de ses recherches. Si Sophie Loubière peut écrire très vite une fois lancée, parfois près de cent pages rédigées en une semaine, elle a du mal à mener de front plusieurs projets et a donc dû repousser l’écriture de la suite de Black Coffee pour À la mesure de nos silences. Un choix de priorité d’autant plus difficile qu’elle a en tête les trois prochains romans et qu’elle écrit aussi, surprise,  une série télévisée.

© Steve Wells

© Steve Wells

Le rapport aux critiques et aux médias

Les membres de Babelio étaient curieux de savoir si Sophie Loubière accordait de l’importance aux critiques, et notamment aux leurs. L’auteur a affirmé qu’elle recevait des alertes dès qu’une critique était publiée, mais qu’elle n’avait pas le temps de toutes les lire. Cependant, lorsqu’elle trouve une critique bien écrite et qu’elle constate qu’il y a eu un échange, une émotion partagée, elle la lit en entier. Lorsqu’un avis est trop négatif ou la blesse par une méconnaissance du travail de l’auteur, elle tente de ne pas trop réagir. Il lui arrive de commenter pour signaler une erreur d’interprétation. De manière générale, les critiques sont plutôt enthousiastes à son égard, notamment aux Etats-Unis où, à son grand amusement, l’expression « Loubière’s touch » a été inventée pour qualifier son style. Mais Sophie Loubière est une auteur ouverte aux conseils : après L’Enfant aux cailloux, elle a lu des critiques regrettant que l’intrigue mette longtemps à se mettre en place. Pour Black Coffee, elle en a tiré une conclusion :  commencer son livre par une scène violente et mouvementée.

Elle se dit pourtant parfois choquée par « le culot des journalistes qui écrivent sur des livres qu’ils n’ont pas lus, qui se trompent dans les prénoms des personnages ou racontent la fin de l’histoire ». Une réflexion qu’elle peut d’autant mieux se permettre qu’elle a exercé comme journaliste à la radio pendant dix-sept ans. Un métier qu’elle a beaucoup aimé car il lui a permis de faire de belles rencontres, mais qu’elle ne regrette pas car il ne lui laissait pas le loisir d’écrire.

Les lectures et influences de Sophie Loubière

Lorsqu’on évoque ses influences et lectures fétiches, l’auteur est prolixe, citant à la fois des classiques comme la Comtesse de Ségur ou Ernest Hemingway et des contemporains : David Vann, Jean Echenoz, Sébastien Gendron… Enfant, sa mère lui a lu beaucoup de livres, mais souvent des histoires tristes : Le Lion de Joseph Kessel, mais aussi Marcel Aymé, Colette, Stendhal ou Marcel Proust… Lorsqu’elle écrit, Sophie Loubière confesse ne lire que de la poésie, « pour ne pas être trop influencée ». Une discussion s’engage alors sur les aspects psychologiques et philosophiques de ces romans. S’il est en effet beaucoup questions d’apparences trompeuses dans ses romans, c’est que Sophie Loubière est passionnée de philosophie et que l’allégorie de la caverne de Platon la passionne.

Suite à cet entretien, Sophie Loubière a pris le temps de discuter avec chaque lecteur durant la séance de dédicaces. Nous la remercions pour ce temps accordé aux membres de Babelio, ainsi que la maison Fleuve Editions pour son accueil et le photographe Steve Wells qui a immortalisé cette rencontre.

© Steve Wells

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Découvrez les avis des lecteurs sur À la mesure de nos silences de Sophie Loubière publié aux éditions Fleuve.

Où Babelio vous présente les coulisses de la collection Belfond Vintage

Dans le cadre de notre série d’entretiens avec des éditeurs, nous avons posé quelques questions à Caroline Ast, directrice éditoriale adjointe de Belfond, en charge notamment de Belfond Vintage, une collection récente qui permet aux lecteurs de découvrir des grands classiques de la littérature étrangère injustement méconnus dans nos contrées. Nous avons voulu en savoir plus sur son travail et si celui-ci différait du travail d’un éditeur classique.

Belfond Vintage

Quelle est la promesse de la collection Belfond Vintage ? A quoi peut s’attendre un lecteur qui voit en librairie un livre de la collection ? 

Notre promesse c’est qu’avec Vintage, le lecteur va redécouvrir des titres qui ont marqué leur époque mais qui ont peut-être été oubliés ou qui ont été occultés par d’autres livres. A travers cette collection que nous avons voulue jolie, attractive, simple d’accès, l’idée est de faire redécouvrir ces grands textes avec du recul, avec une lumière qui les éclaire différemment.

Quel est le critère de sélection d’un livre pour la collection ?

apresminuitLe tout premier critère est bien entendu la qualité du texte. Mais nous nous intéressons également à l’histoire de sa publication, à l’importance qu’il a eu à un moment donné. Les livres que nous publions au sein de Vintage ont tous marqué leur époque mais l’époque ne le leur a pas toujours rendu justice. En travaillant sur le roman Le Fidèle Rouslan de Gueorgui Vladimov par exemple, nous avons réalisé que cet auteur avait été un très grand dissident soviétique resté relativement méconnu car éclipsé par Alexandre Soljenitsyne. Publier ce genre d’auteurs aujourd’hui est une manière de les « ranimer », de les faire redécouvrir.

Il peut également s’agir d’un texte qui a connu des ventes extraordinaires comme Le Lys de Brooklyn de Betty Smith, un auteur dont on pourrait comparer la trajectoire à celle d’une J.K. Rowling. La parution de son livre a fait d’elle une star du jour au lendemain, ce dernier ayant été adapté au cinéma par Elia Kazan et même à Broadway en comédie musicale. Il s’est vendu à des millions d’exemplaires et est aujourd’hui étudié dans les écoles aux États-Unis.  Il ne demandait qu’à être redécouvert en France.  Nous l’avons publié dans Vintage au mois de mars 2014.

Tout aussi intéressant est le destin d’Après Minuit de l’auteur allemand Irmgard Keun, un roman impressionnant qui décrit de manière implacable la situation dramatique de l’Allemagne des années 1930. D’autant plus impressionnant quand on réalise que le livre est paru en Allemagne en 1937! C’est ce type de textes qui nous intéressent et que nous publions au sein de la collection « Belfond Vintage ».

Les livres que vous publiez ont-ils tous fait lobjet dune première publication en France ?

La plupart de nos livres ont déjà été publiés en France une première fois, oui, mais avec parfois quelques surprises. L’un des tous premiers livres de la collection, Les Saisons et les Jours de Caroline Miller, qui avait reçu le prix Pulitzer en 1934 et connu un succès extraordinaire avant d’être éclipsé par celui d’Autant en emporte le vent, avait déjà été publié en France dans une version tronquée plutôt destinée aux enfants. Nous avons tout repris de zéro et l’avons fait retraduire.

SlimDans la majorité des cas, les ouvrages que nous publions avaient été remarquablement traduits lors de leur première édition française. Nous faisons donc très peu de travail sur les traductions si ce n’est un petit nettoyage sur les ponctuations. On est aujourd’hui un peu plus léger dans ce domaine !

Nous allons cependant bientôt publier quelques inédits en 2015. Notamment des textes d’Iceberg Slim, l’auteur de la « trilogie du Ghetto ». On nous a proposé de publier certains textes restés inédits et j’en suis très contente car il s’agit d’un auteur que nous apprécions particulièrement.

Essayez-vous de rester fidèle à la façon dont les livres ont été vendus lors de leur publication originale, en respectant par exemple les couvertures ou les quatrièmes de couverture, ou bien partez-vous systématiquement de zéro ? 

Homme au completLe fait de « ranimer » ces auteurs ou ces ouvrages passe nécessairement par un dépoussiérage.
L’Homme au complet gris de Sloan Wilson  est l’exemple-type d’un ouvrage qui a été maltraité. Il a connu un succès spectaculaire à sa sortie en 1955, au point de faire figure de guide pour toute la génération d’après-guerre américaine qui s’y est reconnue. Mais peut-être n’avait-on vu à l’époque que cet aspect-là. Dans les années 1970, la génération hippie en était presque à brûler ce livre parce que les jeunes de cette époque pensaient qu’il représentait des valeurs « horriblement capitalistes ». Dans les années 1980-1990 enfin, on s’est rendu compte que c’était une œuvre littéraire puissante.

On peut se demander pourquoi ce roman n’avait pas été republié en France. Peut-être n’avait-on mis en avant que certains éléments du livre.

Pour revenir à votre question, pour remettre en lumière ces livres-là, il faut les dépoussiérer des idées préconçues et pointer du doigt d’autres éléments.

Nous repartons ainsi systématiquement de zéro. Nous voulions par ailleurs une identité assez forte sur cette collection avec notamment des couleurs assez vives et des images simples, symboliques. Cela ne nous permettrait pas de garder ou de restituer l’identité visuelle des publications originales.
Nous avons, de ce point de vue là, de bons retours de la part des libraires, des lecteurs ou des journalistes. Ils nous disent que les ouvrages sont immédiatement identifiables.

Est-ce que cela implique de votre côté un travail didactique pour expliquer justement pourquoi ces livres ont été mal reçus ?

saisonNous essayons de donner une grande part à l’auteur. Les biographies sur notre site ou les dossiers de presse sont très fouillées. Belfond est avant tout un éditeur de fiction : ce qui prime, c’est le texte et sa valeur littéraire. Nous ne voulions cependant pas que ces rééditions soient gratuites. Pour chaque livre de la collection Vintage, nous nous demandons ce que nous pouvons apporter à ces rééditions. Des excellents romans qui ont connu du succès, puis qui sont tombés plus ou moins dans l’oubli, il y en a beaucoup après tout. Notre démarche est de partir du texte et ensuite d’explorer ce qu’il y a autour.

Combien de titres publiez-vous par an ?

Nous en publions cinq cette année. Nous ne voulons pas en publier trop afin de pouvoir travailler de manière approfondie sur chaque titre. Comme je vous le disais précédemment, il y a beaucoup de choses à dire non seulement sur l’ouvrage mais aussi autour de celui-ci et sur les auteurs.
Il ne s’agit pas non plus de nouveautés donc il faut convaincre les libraires du bien fondé d’une réédition.

Alors les libraires justement, comment ont-ils réagi à l’apparition de cette collection en janvier 2013 ?

lysIls ont très bien réagi. Nous sommes en cela aidés par la vague de nostalgie actuelle autour de la reparution de textes anciens et le fait qu’il s’agisse, avec Belfond Vintage, d’une véritable collection avec cette promesse de faire découvrir à chaque fois un livre important. Je pense que nous avons tout de suite eu des titres forts et avons immédiatement été perçus comme crédibles. Les libraires ont vu que nous n’étions pas là simplement pour surfer sur cette vague.

C’est peut être le fait de ne pas être dans la course permanente qui plait également aux libraires, cette volonté de prendre un peu de temps.

Les livres de la collection peuvent-ils rester plus longtemps en librairie ou bien sont-ils soumis à la même durée de vie que n’importe quel autre ouvrage ? 

Ces livres n’étant pas à proprement parler des nouveautés, ils échappent donc à l’actualité, à la course aux prix littéraires, et peuvent par conséquent s’installer plus longtemps en librairie.

Belfond Vintage fête donc ses deux ans et se lance dans sa troisième année. Comment cette collection est-elle née ? Qu’elle était l’idée au départ ?

C’est un concours de circonstance. Nous avons acheté coup sur coup deux livres anciens et nous nous sommes demandé comment on pouvait structurer cela. C’était peut-être aussi lié à une certaine lassitude de la course à la nouveauté, du fait qu’un livre chasse continuellement un autre. Nous voulions passer un peu plus de temps sur certains ouvrages.

Le processus pour le travail autour d’un manuscrit est plus ou moins connu mais comment est-ce que cela se passe avec un texte plus ancien et déjà publié ? 

Sur Vintage, on part sur une idée, un titre qui a reçu notre attention d’une manière ou d’une autre. Si le titre nous intéresse, il faut remonter le fil des détenteurs de droits. Souvent la maison d’origine n’existe plus, le titre est épuisé depuis longtemps. C’est un vrai travail de fourmi. On cherche une édition étrangère, on demande à la maison s’ils ont des indications… Cela peut prendre beaucoup de temps mais c’est un travail amusant, à rebours de ce que l’on fait d’habitude.

Je me suis retrouvé à envoyer des messages en allemand à une bibliothèque russe pour savoir s’ils avaient des indications sur un titre !

On imagine qu’il est donc difficile de prévoir quand un livre peut être prêt ?

C’est effectivement difficile mais c’est déjà le cas pour les nouveautés car il faut attendre la version finale du manuscrit, la mise en traduction – c’est à dire cette période pendant laquelle on doit trouver un traducteur sachant que les meilleurs sont les plus occupés – et la traduction elle-même. Il y a de toute façon un délai qui est difficilement mesurable.

Pour la collection Vintage ce ne sont pas les mêmes contraintes car la traduction existe déjà mais il y a en effet un gros travail de recherche, recherche qui concerne également le traducteur original, il n’est pas toujours évident de le retrouver pour récupérer les droits de sa traduction.

Combien de personnes travaillent sur Belfond Vintage ?

Nous sommes deux plus une assistante. Belfond est une petite équipe, c’est un avantage : on se parle beaucoup, il n’y a pas de cloisonnement, tout le monde touche à tout. Les seules spécialisations concernent les langues: qui peut lire tel livre de tel auteur étranger.

Les livres de la collection ont-ils tous faits lobjet dune première publication chez Belfond ?

TOni MorrisonNous avons la chance de posséder un fonds très riche. Pierre Belfond, qui a notamment publié Toni Morrison, était un formidable découvreur de talents, aux goûts éclectiques. Mais si nous tenons à redonner vie à des ouvrages Belfond, nous ne nous empêchons pas de publier des pépites venues d’ailleurs. Par exemple, en 2014, quatre des six ouvrages publiés dans notre collection Belfond Vintage étaient issus d’autres maisons.

Comment obtenez-vous les droits des ouvrages ? Rencontrez-vous parfois de l’hostilité de la part des ayants-droits ? 

Gueorgui VladimovLes ayants-droits sont généralement partants. Reste à savoir qui possède les droits, c’est la partie la plus complexe de tout le processus. Pour le roman de Gueorgui Vladimov, nous avons fait un travail conséquent de rat de bibliothèque, qui a pris presque six mois pour trouver à qui s’adresser pour publier son ouvrage.

 

Au delà de leur qualité, et du fait qu’il s’agisse de rééditions, pensez-vous qu’il y a quelque chose qui relie les ouvrages de Belfond Vintage ? 

PartiedechasseCe qui les relie est peut-être plus propre à Belfond qu’à cette collection, une forte curiosité et une certaine audace. Je prêche pour ma paroisse mais j’ai toujours apprécié l’éclectisme de Belfond. Je trouve intéressant que ce soit une maison qui puisse publier à la fois Haruki Murakami et Shalom Auslander, Colum McCann et Timur Vermes, Lena Dunham et Douglas Kennedy. On retrouve cela dans la collection Vintage : on passe très vite d’un pays, d’une culture, d’une langue, d’un univers à un autre. Leur point commun serait de ne pas en avoir n’était une ouverture d’esprit.

En 2015 nous publions L’Homme au complet gris, une redécouverte littéraire importante, La Partie de Chasse, un livre anglais qui décrit l’aristocratie britannique au moment de la Première Guerre mondiale et qui est une inspiration directe de la série Downton Abbey, des inédits d’Iceberg Slim ou encore Haute tension à Palmetto Erskine Caldwell qui est un très grand nom de la littérature sudiste américaine. Son œuvre a été tellement censurée qu’elle est aujourd’hui mal connue.

Ce programme traduit notre volonté d’explorer le plus de thèmes, de langues, d’époques ou de territoires possibles.

Palmetto

 

Pensez-vous que tous les livres de la collection s’adressent à un même public ? 

Belfond Vintage est encore un peu trop jeune pour que je puisse vous répondre mais il y a certainement un effet collection. Je pense que jusqu’à présent les gens n’ont pas été déçus et que si nous pouvons maintenir cette exigence de qualité, les lecteurs viendront peut-être vers les autres ouvrages du catalogue.

La presse semble toujours dans une course à la nouveauté. Vous disiez pourtant qu’elle a su s’intéresser aux ouvrages de la collection ? 

C’est ce qui nous a le plus surpris. La presse a tout de suite été très enthousiaste et s’est intéressée autant aux livres qu’à la collection.

Quelle a été votre rencontre la plus marquante en tant qu’éditrice ?

Indéniablement Françoise Triffaux qui dirige le département étranger. J’ai un parcours qui ne me destinait pas forcément à l’édition. J’y suis arrivée par hasard, sans rien connaitre au métier, mais nous avons eu toutes les deux une sorte de coup de foudre professionnel. C’est quelqu’un que j’admire profondément, que je trouve inspirante, courageuse et audacieuse.

C’est elle qui m’a donné une chance.

Quelles sont vos lectures du moment ? 

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Comme beaucoup d’éditeurs qui passent leur temps à lire pour leur travail, je n’ai, hélas, plus beaucoup de temps pour lire en dehors. Le dernier livre que j’ai lu hors Belfond, ce doit être Le Fils de Philipp Meyer. Étant fan de foot, je me suis aussi autorisée un plaisir coupable avec l’autobiographie de Zlatan Ibrahimovic.
Je dois avouer n’avoir pas lu un livre français depuis 10 ans peut-être. Mon domaine est la littérature étrangère et j’ai probablement perdu quelques références en littérature française.

zlatanJ’ai tout de même lu le dernier Philippe Jaenada que j’adore. Il a une approche à l’anglaise, une manière de ne pas se prendre au sérieux tout en disant des choses importantes. Je pense avoir lu tous ses livres et je rêverais qu’il fasse la préface d’un Vintage à venir !

Découvrez L’Homme au complet gris de Sloan Wilson paru dans la collection Belfond Vintage.

Retrouvez l’actualité de leur collection sur leur site.

Quand les membres de Babelio rencontrent Philippe Besson

C’est dans les locaux de la maison d’édition 10/18 que Philippe Besson rencontrait, fin janvier, des lecteurs de son roman La Maison Atlantique, un drame familial sous la forme d’un huis clos en bord de mer. Pour cette occasion unique, c’est Nicolas Cauchy, responsable internet chez Univers Poche, qui a relayé les questions des membres les plus timides et passé le micro aux plus téméraires.

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© Steve Wells

La Maison Atlantique au format poche

L’actualité de Philippe Besson est double. Alors que vient de sortir Vivre vite, son roman consacré à James Dean, le voici dans les locaux de la maison d’édition 10/18 pour une rencontre autour de La Maison Atlantique, un livre publié en grand format il y a un an à peine. C’est qu’entre deux conversations sur l’acteur à la si brève et fulgurante carrière, Philippe Besson aime à se replonger aujourd’hui dans ce huis clos tragique. La distance avec la sortie originale du livre a ceci d’intéressant et même d’ « agréable » selon ses propres mots, qu’elle lui permet d’avoir un peu de recul avec celui-ci, d’en parler plus calmement et avec « plus d’affection » que lors de la période de sa promotion, périodes qui sont toujours par trop intenses pour savourer véritablement les choses.

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© Steve Wells

Si Philippe Besson a deux livres à promouvoir quasiment en même temps, même si l’un est une sortie poche, c’est qu’il ne peut s’arrêter d’écrire. D’où peut bien venir une telle suractivité ? « J’ai une envie d’écrire des livres, répond-il. C’est un besoin, un désir, une excitation, une curiosité, un enthousiasme, une ferveur. Appelez-ça comme vous voulez mais dès que j’ai terminé l’écriture d’un livre, je n’ai qu’une seule envie, c’est de replonger dans un autre. » Se plonger dans l’écriture d’un livre, c’est également se plonger dans la vie d’êtres de fiction, un exercice presque vital à l’écrivain : « Je m’attache toujours à mes personnages. Les perdre est une souffrance. Cela me rend malheureux. J’ai quitté certains personnages avec beaucoup de regrets même si certains me hantent toujours. J’ai besoin d’aimer mes personnages même quand ils ne sont pas tous sympathiques. Revenir à la vie ordinaire est parfois curieux même si l’on est toujours content ou tout du moins soulagé de terminer l’écriture d’un livre. »

L’œuvre de l’auteur, la part du lecteur

Si Philippe Besson parle d’« êtres de fiction », son utilisation de la première personne pourrait faire penser à un livre en partie autobiographique. Dans quelle mesure peut-il bien se cacher derrière ses personnages ? « J’utilise souvent la première personne dans mes romans alors on me demande régulièrement si mes livres sont autobiographiques. Mais à cette question, je réponds systématiquement que je suis écrivain, que je fais fiction. Il y a bien entendu un peu de moi dans les personnages de ce roman. Car on glisse forcément une part de soi-même dans un livre. On ne peut pas écrire un livre en faisant abstraction de ce que l’on est, de ce que l’on éprouve. Un romancier vole, il vole des choses aux autres, il saisit des instants, des conversations, des images et les réutilise. Il entasse de la mémoire sentimentale et y puise dedans pour écrire des livres. Cela ressort de manière involontaire. »

On fait cependant remarquer à l’auteur que ses personnages ne sont que finement dessinés, jamais décrits avec détails. «Mes personnages ne sont jamais dessinés très précisément, c’est vrai. De manière générale, je décris assez peu car j’ai besoin que les lecteurs puissent projeter des choses, qu’ils se fassent leur place dans le roman, qu’ils soient actifs et non passifs. Le lecteur est ainsi obligé de mettre un peu de lumière dans les zones d’ombre. Il en est de même pour la géographie de ce roman, les lieux ne sont pas nommés. Les gens peuvent coller leur propre géographie intime sur la géographie du roman. C’est important pour un auteur comme moi qui joue sur les registres du sensible, de l’émotion afin que les lecteurs puissent rentrer dans l’histoire, qu’ils puissent se l’approprier, l’éprouver, la ressentir. Quand on lit un livre il faut que l’on soit traversé par les mêmes désirs, les mêmes colères, les mêmes angoisses, les mêmes remords que les personnages. » A la sortie du roman, François Busnel avait comparé l’auteur à Georges Simenon. Une comparaison bien trop élogieuse au goût de Besson et que ce dernier ne peut donc accepter même s’il croit savoir ce que voulait dire Busnel dans sa critique. Son livre baigne en effet dans une atmosphère provinciale inquiétante qui peut le rapprocher de l’oeuvre de Simenon. « J’avais d’ailleurs cet auteur en tête en écrivant ce roman»

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© Steve Wells

Si un personnage important du récit se prénomme Cécile c’est que de l’aveu même de Philippe Besson, ce roman emprunte si ce n’est à la narration tout du moins à l’esprit de Bonjour Tristesse de Françoise Sagan dont le personnage principal porte ce prénom : « Quelque chose qui est très important pour moi dans ce livre, c’est ce mélange entre légèreté et cruauté. Légèreté dans le sens où je mets en scène une sorte de petit con de 18 ans qui passe son temps à se promener sur la plage et cruauté dans le sens où j’annonce d’emblée que cela se terminera mal, que cela se terminera dans le sang.  C’est cet esprit que l’on retrouve chez Sagan. On ne se rend pas compte à quel point ses romans, sous couvert de légèreté, racontent des histoires épouvantables, affreuses. C’est cet esprit que je voulais avoir pour La Maison Atlantique. »

Une curiosité de ce roman est qu’il annonce dès la première page les drames à venir. «  Je trouvais cela intéressant d’annoncer dès la première page comment se terminera le roman même si évidemment la fin ne correspond pas tout à fait à ce que le lecteur pourrait attendre. Tout ce que l’on a cru à la première page se révèle faux même si tous les éléments sont présents sous les yeux du lecteur. On sait que le père n’est plus là et qu’il est question d’un garçon inconsolable. C’est le début d’un engrenage jusqu’au moment où tout se dégrade, que les hostilités se montrent au grand jour. »

La figure du père

Pour certains lecteurs, c’est la relation père-fils qui est au centre de ce roman qui a presque tout du polar sans en être véritablement un. Au centre de l’intrigue s’impose en effet la figure du père, un prédateur détesté par son fils qui, au grand désarroi de ce dernier qui pleure encore sa mère suicidée quelques années après son divorce, devient soudainement troublé par une jeune femme irrésistible et fragile. « Elle n’est évidemment pas libre, ce qui ne peut que l’attirer. Elle, de son côté, trouve chez cet homme quelqu’un qui peut la faire sortir de ce dans quoi elle s’est enterrée. Je pense qu’il y a une forme de sentiment violent entre eux. Il ne s’agit ni pour lui ni pour elle d’une simple passade. Il y a un intérêt mutuel de tomber amoureux. »

Interrogé une nouvelle fois sur les mœurs condamnables de ses personnages et notamment de ce père arrogant et cruel, Philippe Besson se refuse à tout jugement : « Aucun des personnages n’est vraiment sympathique mais je ne porte jamais de jugement moral sur mes personnages. Après tout, ils font ce qu’ils veulent et ce n’est pas à moi de les juger. Il est vrai que je pense que les lecteurs ont peut-être plus de sympathie pour le tueur que pour la victime. » Un sentiment partagé par les lecteurs présents qui s’interrogent tout de même sur les horreurs qui peuvent sortir de sa plume. D’où peuvent bien sortir ces personnages et ces situations ?  : « Je suis souvent surpris de ce qui sort de ma plume. Il y a des moments où surgissent dans mon écriture des choses qui m’étonnent moi-même et dont je n’ai absolument aucune idée de leur provenance. Il y a dans chaque roman la part de ce que l’on n’a pas décidé et cela me plaît infiniment. Mais je vous rassure, contrairement à certains de mes personnages, je n’ai encore assassiné personne ! »

De l’écriture d’un roman

Les lecteurs sont toujours avides de confessions d’écrivains à propos de leurs habitudes d’écritures et processus. Contrairement à ce que pensent certains, ce n’est pas le temps de la rédaction du roman qui est forcément le temps le plus long. La rédaction finale du roman parachève un long travail qui commence bien avant l’écriture de la première ligne. Pour les lecteurs de Babelio réunis autour de lui lors de cette rencontre, Philippe Besson résume les différentes étapes de l’idée du livre à sa rédaction : « Chaque écrivain a sa façon de faire. Pour ma part, j’accumule beaucoup d’écrits, de notes qui ne sont pas forcément liées entre elles. Puis survient une idée plus précise, une vision qui donne chair à mes notes. Pour Un garçon d’Italie, je voulais écrire un livre sur la double vie sans trop savoir encore comment écrire ce livre que je pensais alors situer à Paris. Puis il se trouve que je suis un jour parti à Florence, une ville que je connaissais bien. Je regardais l’Arno couler sous un pont et je me suis demandé si des gens se jetaient dans ce fleuve, si l’on y trouvait parfois des cadavres. Je me suis dit que cela devait arriver et cela a formé le début du roman. Si la police trouvait le cadavre de quelqu’un qui s’y serait jeté, la police allait enquêter sur ce mort et mettre à jour sa double vie. »

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© Steve Wells

« Une fois que j’ai la trame, je réfléchis à la forme narrative. J’aime l’utilisation de la première personne qui permet au lecteur d’être proche du narrateur. Ensuite il me faut trouver la première phrase, quelque chose qui lance le roman. Tant que je ne l’ai pas, j’ai du mal à me lancer totalement dans l’écriture du roman mais une fois que je la tiens, l’écriture du roman est plus facile. » Un écrivain écrit toujours un peu trop dans ses premiers jets et il est important d’élaguer au maximum son texte pour ne garder que l’essentiel : « Quand on écrit on se demande si l’on va bien être compris alors on en rajoute toujours des tonnes. De la même façon, on veut souvent faire son malin, montrer que l’on sait écrire. Quand je relis mon texte, j’enlève tout ce que je peux pour que cela forme un véritable roman, sans rien de superflu. Parallèlement, je dirais que j’aime les chapitres courts. Je ne me sens pas capable d’écrire un long roman de 1000 pages. J’ai besoin d’écrire court, d’écrire vite. J’ai du mal à « déployer », à être descriptif ».

Si certains auteurs ne savent pas toujours où le roman peut les emmener, ce n’est pas le cas de Philippe Besson qui a besoin de savoir où il va. Il sait comment l’intrigue va se dénouer au moment où il la commence : « J’aime quand le narrateur a un coup d’avance sur le lecteur ».

La rencontre se termine sur un débat passionné sur la culpabilité des personnages dont nous tairons ici la teneur pour ne pas dévoiler l’intrigue de La Maison Atlantique, disponible depuis peu au rayon poche aux éditions 10/18 !

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© Steve Wells

Découvrez les avis des lecteurs sur La Maison Atlantique de Philippe Besson, roman publié aux éditions 10/18.

Où l’on vous donne rendez-vous au festival d’Angoulême

Pour la deuxième année consécutive, l’équipe de Babelio s’est rendue à la Mecque de la BD, c’est à dire bien entendu le festival d’Angoulême qui se tiendra du 29 janvier au 1er février 2015. Angouleme Présidé par Bill Watterson, le dessinateur génial de Calvin et Hobbes qui a réalisé, comme c’est la tradition, la superbe affiche de cette édition, le festival d’Angoulême sera logiquement consacré en grande partie à Charlie Hebdo. Outre les nombreux hommages aux dessinateurs assassinés, des conférences, rencontres, expositions et séances de dédicaces seront proposés aux festivaliers et habitants d’Angoulême. Vous pouvez retrouver l’ensemble du programme sur la page officielle du festival d’Angoulême.  Nous essaierons, sur cette même page de rendre compte de la vie du festival.

Vos critiques

Comme nous le faisons dorénavant pour de nombreux salons comme la Foire de Brive, le Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil ou encore le Salon du Livre de Paris, nous proposons, lors du festival, de nombreux avis de lecteurs sur les stands des éditeurs. En partenariat avec une vingtaine d’éditeurs, c’est ainsi près d’une centaine d’extraits de critiques issues de Babelio qui seront affichés sur les stands. carton BD Angoulême Voici la liste des éditeurs partenaires : Comme une orange, Ça et là, Delcourt, Editions de la gouttière, Glénat, La Musardine, Le Lombard, Les impressions nouvelles, Makaka, Nats, Panini, Paquet, Philippe Picquier, Rue de Sèvres, Soleil, Steinkis, Urban Comics, Vraoum. Si vous apercevez votre critique ou celle d’un membre, prenez-la en photo et venez la partager sur la page Facebook de Babelio ou notre page Twitter ! Cela fera plaisir aux membres de voir leurs critiques.

Flash back : Babelio au festival de 2014.

L’année dernière, nous vous faisions un petit compte-rendu de l’édition 2014 avec quelques impressions concernant la ville d’Angoulême et le festival en tant que tel, le tout en un seul et même (long !) article.

La sélection officielle

Petit rappel : voici les BD sélectionnées pour la compétition officielle d’Angoulême : http://www.babelio.com/liste/3765/Prix-du-Festival-dAngouleme-2015-selection-offi

Avez-vous quelques favoris dans cette liste ?

Mise à jour : c’est Riad Sattouf qui remporte le Fauve d’or pour l’Arabe du Futur ! Un roman graphique très apprécié des lecteurs de Babelio avec une trentaine de critiques toutes plus positives les unes que les autres. Dans cet album, Riad Sattouf raconte sa jeunesse dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad. A découvrir d’urgence si vous ne l’avez pas déjà lu.

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Le Grand prix

mooreAlan Moore, Hermann et Katsuhiro Otomo sont les trois finalistes du plus prestigieux prix d’Angoulême. Il récompense un auteur pour l’ensemble de son oeuvre. Franquin fut le premier à recevoir le prix. C’était en 1974. Suivront les plus illustres auteurs de BD internationaux. Dans le désordre, citons  MoebiusWill EisnerFredHugo PrattArt SpiegelmanEnki Bilal ou encore Jacques Tardi. On note la faible présence des femmes. Seules Claire Bretécher et Florence Cestac ont reçu ce prix. Cette année, les finalistes sont trois mastodontes de la bande dessinée qui ont tous les trois, chacun à leur façon, laissé une empreinte indélébile sur le 9ème art. On ne se risque pas à ajouter ici quelque chose sur Alan Moore dont tout semble avoir été dit. Son oeuvre est remplie de sommets : Watchmen, La ligue des Gentlemen extraordinaires, V pour Vendetta, From Hell… Son oeuvre sombre, mature, violente, qui fouille les méandres de l’âme humaine sera-t-elle récompensée ?Hermann Hermann représente quant à lui la bande dessinée franco-belge : l’auteur de Jeremiah, Comanche et de nombreux one shots de grande qualité en compagnie notamment de son fils Yves H., aura-t-il les honneurs du jury ?Otomo Katsuhiro Otomo est l’auteur du légendaire manga Akira, adapté par ses soins en animé quelques années plus tard et en passe d’être adapté de nouveau au cinéma, en prises de vue réelles cette fois-ci. Loué par sa richesse scénaristique, ses scènes d’action spectaculaires, ce manga a bouleversé plus d’un lecteur dès sa parution au début des années 1980. Katsuhiro Otomo est également l’auteur d’autres mangas ainsi que de plusieurs animés dont le récent Steamboy.

Mise à jour : Le Grand prix a été attribué à Katsuhiro Otomo ! Félicitations à lui. Avec lui, c’est le manga qui est consacré à Angoulême. « Katsuhiro Otomo, 60 ans, l’un des plus grands mangakas, précise l’AFP, et une véritable légende au Japon, est mondialement connu depuis 20 ans grâce au succès d’Akira en mangas et en dessins animés. »

Revue de presse

Retrouvez ici les articles qui ont retenu notre attention sur Angoulême, ses expositions ou ses artistes présents. 

Comme tous les ans, Libération propose, à l’occasion du festival, un journal entièrement illustré par des dessinateurs. On retrouve ainsi des dessins de Boucq, François Ayroles, Ruppert & Mulot ou encore François Schuiten aux côtés de l’habitué Willem, par ailleurs récompensé par le Grand prix de la ville d’Angoulême en 2013.

Libé
L’occasion pour le journal de s’interroger sur la place des illustrateurs et caricaturistes aujourd’hui. Pour le journal qui a accueilli les survivants du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, la caricature de presse se raréfie  : « Le nombre de dessinateurs de presse diminue régulièrement, s’alarme Laurent Joffrin dans son édito. Le « politique correct » tend à brider la verve des cartoonists et, il faut bien le dire, l’audace des rédacteurs en chef ». Pour Sarah Fouquet, dessinatrice et enseignante à l’Ecole et médias de Caen- Cabourg, s’il y a bien une relève prête à prendre les armes feutres, il y a peu d’espaces prêts à les accueillir : «La presse satirique va mal : Siné Hebdo est devenu mensuel, l’Imbécile a disparu […]. Ce qui me soucie, ce sont les moyens qu’on donne aux dessinateurs et la place qu’on leur fait. Charlie est devenue une cible identifiée, parce que les espaces dédiés au dessin de presse se sont raréfiés. »
LouvreDans les pages « Livres » du journal, forcément entièrement consacrées à la BD, une belle place est accordée au mangaka Jirô Taniguchi invité d’honneur du festival d’Angoulême qui célèbre les 45 ans de sa formidable carrière. Interrogé sur les rapports qu’il entretiens avec la France, l’auteur des Gardiens du Louvre a rappelé l’influence des auteurs européens tels que Moebius, François Schuiten ou Guido Crepax : « J’ai découvert chez eux comment il était possible de travailler le détail de chaque case. Dessiner différemment, choisir les techniques les plus adaptés selon le sujet. »

-Le Huffington Post propose également une édition spéciale Angoulême. Les articles sont illustrés par les élèves de CESAN, école qui forme aux arts narratifs appliqués aux métiers de l’édition. Dans son édito, Anne Sinclair rappelle l’importance des dessinateurs de presse : « De Paris à Washington, le crayon est désormais le signe de l’indépendance et de la créativité sans barrières. Aux jeunes dessinateurs du Huff, intégrés aujourd’hui à notre équipe, de s’associer, à leur façon et avec leurs crayons, à l’hommage de tout un pays. »
HuffDans un excellent article signé Alexandre Phalippou, le journal revient également sur les liens difficiles entretenus entre les dessinateurs de presse et le festival : « Voir le plus grand festival de BD de France se mobiliser après la terrible tragédie qui a frappé l’hebdomadaire satirique, une évidence? Pas tant que cela. Cette institution de la bande-dessinée a toujours été gênée aux entournures lorsqu’il s’agit de traiter le dessin de presse ». On vos recommande la lecture de cet article qui ne maquera pas de faire débat.

-Europe 1 propose un portrait des trois finalistes du Grand prix et semblent miser sur Katsuhiro Otomo puis  Alan Moore. Hermann ferait-il figure d’outsider ?

-Le journal 20 Minutes revient sur Bill Watterson, le président du festival d’Angoulême, en rappelant 5 choses intéressantes à savoir sur lui. Vous apprendrez par exemple pourquoi il n’existe pas de produits dérivés de Calvin & Hobbes et pourquoi le « Calvinball » n’est pas une discipline olympique ! A découvrir ici.

- Le Huffington Post version Canada revient sur l’esprit Charlie qui règne à Angoulême. « Depuis mercredi, l’hôtel de ville d’Angoulême est aux couleurs de Charlie. Une grande toile s’est ajoutée aux deux bannières qui en ornaient déjà la façade depuis le 9 janvier. »

-Europe 1 pose une question qui peut surprendre : qu’est-ce qui définit une BD ? 

-L’Humanité fait écho à une expo « off » à la Maison des Peuples autour des bombardements d’Israël sur la bande de  Gaza.

-Le Figaro propose son pronostic pour le Grand Prix. La journaliste Aurélia Vertaldi mise tout sur Katsuhiro Otomo : « Par la richesse de son scénario et le réalisme de son graphisme, Otomo a su imposer le manga dans le monde occidental. Il serait le premier auteur asiatique à obtenir la sacro-sainte récompense angoumoisine, ce qui satisferait les auteurs qui depuis des années réclament une place plus importante au manga. »

-Les comics seraient-ils les grandes stars de cette édition du festival ? C’est ce qu’avance Le Point dans un article qui revient sur l’excellente santé du marché des comics en France.

Le festival en direct

Au fil de nos rencontres, interviews et visites d’expositions, nous actualiserons cette page pour ajouter des articles. N’hésitez pas à commenter pour ajouter, si vous êtes également présent au festival, vos impressions, photos et coups de coeur.

Exposition consacrée à Fabien Nury 

nuryCela fait quelques années maintenant que Fabien Nury multiplie les coups d’éclats. Le Maître de Benson GateLa Mort de StalineIl était une fois en FranceSilas Corey, Tyler Cross ou plus récemment Le fils du Soleil -pour lequel nous lui avions posé quelques questions, les bandes dessinées dont il écrit le scénario sont toutes de grands succès critiques quelque soit le genre exploré : aventure, polar, western, petites et grande Histoire.

Il était temps pour le festival d’Angoulême de lui consacrer une exposition, même si celles consacrées aux scénaristes sont assez rares. Celle qui se tient à l’espace Franquin n’a pas tant pour but de retracer son parcours que de montrer son processus de création, et de s’intéresser à ses influences et références. « on a voulu inviter le public en cuisine, lui montrer les coulisses, les étapes de la création, scénario, dialogues, story-board, découpage, mise en couleur… Comment tout ça s’assemble entre texte et dessin » explique-t-il ainsi au Parisien.

Pour les besoins de l’exposition, le scénariste a listé les films et romans qui l’inspirent pour ses travaux. Sans surprise,  on retrouve de nombreux romans noirs et western dans lesquels, comme des ses propres histoires, les héros sont ambigus, toujours à la frontière du bien et du mal.

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La parole n’est pas seulement à Nury.  Ses dessinateurs apportent un éclairage passionnant sur sa façon de travailler et, plus généralement, sur la façon dont scénaristes et dessinateurs collaborent autour d’une bande dessinée. Dessinateur pour La Mort de Staline, Thierry Robin témoigne : « Fabien envoie toujours ses scénarios dans leurs intégralité, tout est structuré, rien n’est laissé au hasard, il n’y a ni flou ni zone d’ombre. »

Certains confirment les influences cinématographiques de Nury. Brüno, qui dessine les aventures de Tyler Cross explique ses choix pour ce polar noir : « du point de vue de la narration, Fabien m’a emmené vers quelque chose de plus réaliste. C’est difficile à expliquer. Le terme que j’utiliserais est « cinématographique », avec des amorces, des variations de plans moyens… même si bien sûr on reste du côté de la bande dessinée.
En exclusivité, deux planches du tome 2 de Tyler Cross sont exposées.
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Cette exposition donnera-t-elle envie à son jeune public de se lancer dans l’écriture de scénarios ?

Exposition consacrée à Calvin et Hobbes

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billOn le sait, le public n’aura aucune chance de croiser Bill Watterson lors du festival. Celui qui a remporté le Grand prix en 2014 a depuis longtemps tiré sa révérence de la vie publique. Mais peut-être une exposition lui étant consacré allait permettre à ses lecteurs d’en savoir un peu plus sur l’un des auteurs de comic strips les plus drôles de la planète et percer le quasi mutisme imposé par l’Américain.

Nés en 1985 le jeune Calvin et sa peluche/tigre semblent connaître le même succès qu’à leurs débuts et séduire toujours autant de jeunes et moins jeunes lecteurs malgré la fin forcément brutale du comics en 1995.

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Bill Watterson pensait alors avoir fait le tour de son sujet après pas moins de 3 160 planches. Les aventures du duo étaient pourtant publiés dans des milliers de journaux à travers le monde. Une fin brutale disions nous.

DSC_0350Près de 20 ans plus tard, voilà les lecteurs et auteurs se presser à l’exposition. Celle-ci promet 200 documents permettant de retracer mettre en lumière le contexte d’apparition de la BD dans le paysage de la presse de la fin des années 1980, son évolution, ses influences comme Pogo ou Krazy Kat, sa folle créativité malgré les contraintes de la presse et les outils utilisés  -ou pas !- par Bill Watterson, ce dernier commentant de nombreuses planches et documents avec la même irrévérence qu’il y a 20 ans. C’est peut-être le plus grand plaisir procuré par cette exposition, retrouver sa « voix ».

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Vous pouvez retrouver un beau reportage sur le site ActuaBd.

A noter, un bel hommage signé Zep :

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Rencontre dessinée avec François Boucq
boucqNous avions, l’année dernière, assisté à une superbe rencontre dessinée avec Jean-Marc Rochette, dessinateur de la BD Le Transperceneige. L’idée de ces rencontres est de faire parler un dessinateur autour d’un ou plusieurs dessins qu’il réalise en direct devant un public de dessinateurs en herbe, d’amateurs et de simples curieux. Avec Jean-Marc Rochette, nous avions appris énormément de chose autour de son travail de dessinateur et de la BD en général et il était donc hors de question de rater une rencontre de ce type cette année. Notre choix s’est vite porté sur la rencontre avec François Boucq, auteur du très apprécié Little Tulip, conçu en collaboration avec son vieux complice écrivain Jérôme Charyn. La beauté des dessins et la qualité de ses bandes dessinées nous promettaient en effet une belle rencontre et de nombreux renseignements sur sa manière de travailler.

Interrogé par le journaliste culture à L’Express Eric Libiot, François Boucq a rapidement été amené à parler de l’importance des dessins dans sa vie. Pour lui, dessiner a toujours été quelque chose de vital, de nécessaire :  » Le dessin est le premier langage et comme tous les langages, il sert à aborder la réalité. Sauf que ce langage des dessins passe par une expérimentation charnelle : c’est un sens qui est mis à l’épreuve. Pour moi, le dessin me sert à apprendre le monde, à l’explorer. « 

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Boucq note que plus les dessinateurs comme Cabu ou Moebius vieillissent, plus ils ont une frénésie de dessins, comme s’il avaient encore des choses à apprendre, des terres nouvelles à explorer. « Il y a ce que l’on nous dit du monde et ce que le rapport sensuel au monde nous apprend » déclare le dessinateur qui avoue être en train de concevoir un ésotérisme du dessin: « Pour moi, le dessin est un moyen de percevoir « l’esprit » de chaque élément de ce monde. »

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François Boucq est également revenu, à l’intention des nombreux dessinateurs présents dans la salle -savoir s’il y avait des dessinateurs dans la salle est d’ailleurs une question qu’il a immédiatement posé au public-,  sur les étapes communes à tous les dessinateurs et les illusions dont il faut se méfier. SI en effet tous les dessinateurs cherchent rapidement leurs styles et s’aiguillonnent en fonction de leurs artistes préférées, lui pense qu’on « ne trouve pas son style en cherchant à l’extérieur ». Pour Boucq, cette recherche du style est illusoire. « un style c’est le dessinateur lui-même mais il ne s’en aperçoit qu’après une série d’étapes quand il a conscience qu’il ne peut pas dessiner autrement. »

Une autre étape illusoire semble hélas incontournable pour tous les dessinateurs. Ces derniers ont l’impression qu’il faut accumuler un savoir gigantesque pour pouvoir dessiner et/ou faire le dessin le plus riche possible comme un savoir textile, anatomique, de perspective, ou par exemple de texture (d’un arbre par exemple). Il se trouve cependant, d’après François Boucq,que « l’esprit de synthèse » acquis par les dessinateurs leur permet de ne pas crouler sous le poids des connaissance qu’il faudrait acquérir autour de l’arbre pour pouvoir le dessiner correctement. Quand on s’intéresse à une structure donnée comme par exemple un corps humain, on s’intéresse à toutes les structures. Ainsi quand on règle un problème de structure, on peut tous les régler. Démonstration en dessin avec deux croquis, un représentant les muscles d’un homme et l’autre représentant  ceux d’un cheval. Travailler sur l’un aide à travailler sur l’autre. Il n’y a pas besoin de dévorer les encyclopédies sur les chevaux.

Interrogé sur le corps singulier du héros de Little Tulip, François Boucq est revenu sur ce travail autour de la caractérisation des personnages : « Le héros a passé une partie de sa vie dans un goulag étant enfant avant de partir aux Etats-unis. Pour le dessiner, je m’appuie sur son histoire. Ayant vécu dans un goulag et n’ayant pas mangé à sa faim des plats sophistiqués, je me dis qu’il doit être asséché, qu’il ne mange aujourd’hui que pour se nourrir. Il a dû se battre pour vivre alors je lui fais un corps sec. Il faut puiser dans sa vie pour pouvoir le dessiner. »

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Revenant sur l’idée des corps, très expressifs dans son oeuvre, Boucq développe une partie de sa « symbolique des corps ». Pour lui, comme la structure de l’être humain est commune à tous,  il y a un sens à y trouver  : les mains servent à transporter quand les pieds ont pour fonction de supporter un corps. Tout dans le corps humain a un sens. « La main par exemple est l’une des parties du corps les plus expressives du corps humain et chaque geste de la main témoigne de l’attitude de la personne dessinée. Dans les expressions, les choses sont infimes  or, Le boulot du dessinateur est de faire en sorte que tout soit le plus limpide possible pour le lecteur.  » Tout bon dessinateur doit donc savoir dessiner des mains à la perfection.

Interrogé sur la place des dessins dans l’histoire, François Boucq évoque la « noblesse » des dessinateurs qui doivent se mettre complètement au service de l’intrigue et des personnages : « La première lecture doit être hypnotique. J’espère que dès les premières cases, les lecteurs vont être emportés dans l’histoire. Ils doivent oublier qu’ils lisent une bande dessinée. L’expérience du dessin doit être le plus possible au service de l’histoire et des personnages. Il ne faut pas jouer aux virtuoses même si c’est souvent ce que cherchent à faire les plus jeunes pour se faire remarquer. »

Pour conclure, François Boucq résume ce qui est pour lui un bon dessin de BD : « Un bon dessin n’est pas forcément parfait. Il doit être vivant, il doit donner l’impression de vie, transmettre la vitalité des personnages. »

La marche des dessinateurs 

Cette grande fête qui célèbre quatre jours durant toutes les formes de la bande dessinée ainsi que leurs auteurs et éditeurs ne pouvait masquer cette année le malaise qui secoue actuellement la profession.  Benoît Peeters a résumé la paupérisation des conditions de travail des auteurs et dessinateurs de BD lors des Etats Généraux de la Bande Dessinée qui se sont déroulés à Angoulême : « artistiquement, la BD se porte bien. Economiquement… non ». On pouvait suivre ces Etats-Généraux en direct sur le site d’Actualitté.

L’AFP a également retranscrit le discours de Benoît Peeters : « On compte environ 1.300 auteurs professionnels de BD en France, dont 1.100 dessinateurs. Au printemps dernier, les auteurs ont découvert un projet d’augmentation de leurs cotisations de retraite complémentaire. Or, leurs revenus ont déjà beaucoup baissé ces dernières années, car le nombre de nouveautés qui paraît chaque année a été multiplié par sept, alors que le nombre de lecteurs n’a qu’à peine augmenté. Plusieurs auteurs ont récemment jeté l’éponge. »

Pour exprimer leur colère les dessinateurs s’étaient déjà lancés dans une grève des dédicaces. Ils ont décidé de poursuivre leur action en organisant une grande marche à Angoulême :


Quand la BD s’en mêle

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La BD n’est pas qu’un simple divertissement. Cet art peut aussi exprimer des choses éminemment politiques. C’est cet aspect de la BD que La Maison des Peuples et de la Paix a souhaité mettre en avant à travers cinq expositions autour de différentes formes de résistances dans la Bande dessinée : « Les Résistances, comme l’art, peuvent, elles aussi, se vouloir résistance à l’évolution ou résistance au changement. Mais toujours, comme l’art, les résistances ne seront puissantes qu’en portant en elle l’utopie d’un monde plus juste où chaque être humain quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, quoiqu’il fasse reste au centre de la vie. »DSC_0390

OlympeL’occasion d’en savoir plus sur Olympe de Gouge à qui Catel et José-Louis Bocquet rendaient hommage dans un roman graphique éponyme époustouflant : « Femme de lettres et polémiste engagée, Olympe de Gouge se distingue par son indépendance d’esprit et l’originalité parfois radicale de ses vues, s’engageant pour l’abolition de l’esclavage et surtout pour les droits civils et politiques des femmes. »

Jack Kirby, le « roi des comics »

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On doit à Jack Kirby la création de certains des plus grands super-héros tels que Captain America Les Quatre Fantastiques, L’Incroyable Hulk ou encore Les X-Men qui connaissent tous aujourd’hui une belle seconde vie au cinéma. Grand artisan du succès commercial de Marvel dans les années 1960, il a également rejoint le concurrent historique de Marvel, DC Comics dans les années 1970, le temps de créer l’une de ses oeuvres phares : Le Quatrième Monde.

xC’est cette trajectoire que le Festival a décidé de retracer le temps d’une exposition haute en couleur. Présentant ses oeuvres de manière chronologique, l’expo permet de comprendre le tournant majeur qui a lieu au début des années 1960 : Avec Stan Lee, directeur de publication et scénariste d’une société Marvel alors au bord de la faillite, Jack Kirby va créer de nombreuses séries qui vont révolutionner le genre en apportant une dimension humaines aux aventures des super-héros. On ne suit pas seulement les combats des Quatre Fantastique, de l’incroyable Hulk ou de Thor, on les suit également dans leurs aventures sentimentales et leurs vies de tous les jours.  Ces séries vont connaître un succès immédiat et donner le change aux Batman, Superman et autres Wonder-Woman qui plaisent tant aux lecteurs de DC. Dans cette aventure titanesque, Jack Kirby s’occupe de tout : « Kirby est l’homme à tout faire dans la maison : il co-écrit et dessine la plupart des histoires et des couvertures tout en corrigeant les planches des autres dessinateurs Marvel. »

quatreDès cette période féconde, Jack Kirby devient une star du monde des comics même si le fonctionnement de Marvel, qui ne lui reconnait pas son droit d’auteur, le pousse à partir chez DC, le concurrent historique même s’il reviendra chez Marvel quelques années plus tard non sans avoir créé l’un de ses chef d’oeuvre, la « saga » Le Quatrième Monde.

Si vous ne connaissez rien au comics, y entrer à travers ses nombreuses publications peut être une bonne idée !

Interviews d’auteurs
Nous avons croisé des auteurs de BD lors du festival. Nous les publierons ici dès qu’elle seront prêtes, alors ne vous éloignez pas !

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Chimamanda Ngozi Adichie

En partenariat avec les éditions Gallimard, une trentaine de lecteurs de Babelio a eu l’opportunité de rencontrer l’auteur nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, actuellement en France pour présenter son troisième roman, Americanah. Irrévérencieux, drôle et juste, ce livre inspiré de son propre parcours a su séduire les lecteurs ravis de faire connaissance avec la pétillante Chimamanda. La rencontre a eu lieu dans les salons de la mythique maison d’édition, près de Saint-Germain-des-Prés. L’auteur était accompagnée de l’interprète Marguerite Capelle qui a su rendre une traduction rythmée et vivante de ses propos.

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Les cheveux, symbole essentiel de la féminité

L’entretien s’est ouvert sur une question capillaire. En effet, le roman débute dans un salon de coiffure et l’auteur écrit un peu plus tard que « les cheveux sont la métaphore parfaite de la race en Amérique ». Chimamanda Ngozi Adichie a expliqué aux lecteurs présents qu’à son avis, les cheveux ont un rôle capital pour les femmes, et même une portée politique. En effet, pour une femme blanche, ne pas teindre ses cheveux blanchissants peut l’éloigner des sphères médiatiques. Mais lorsque l’on est noire, les contraintes sont encore plus fortes : alors que les cheveux poussent naturellement vers le haut, la société encourage les femmes à utiliser des produits chimiques pour les aplatir et les lisser vers le bas, afin de se conformer à des critères de beauté typiquement occidentaux. L’auteur a pris pour exemple Michelle Obama, dont l’apparence physique, et notamment capillaire, a d’après elle joué un rôle non négligeable dans l’élection de son mari. Si elle avait laissé ses cheveux pousser naturellement, Obama aurait peut-être eu plus de mal à se faire élire. Chimamanda a avoué « je rêve d’un monde où tous les types de cheveux seraient acceptés », et où il ne faudrait pas renoncer au naturel pour être acceptée dans le monde professionnel.

 

Un racisme latent ?

americanahSi la question du racisme est certainement un des thèmes majeurs du livre, les personnages décrits ne sont pas explicitement racistes. Il s’agit d’arrière-pensées ancrées dans leur inconscient, dont ils ne se rendent pas toujours compte. Chimamanda Ngozi Adichie a raconté comment l’idée d’écrire sur ce sujet lui était venue : lorsqu’elle était au Nigéria, elle n’avait pas réfléchi à la couleur de sa peau et ne s’identifiait pas comme « noire » mais plutôt en fonction de sa religion et de l’ethnie à laquelle elle appartient. C’est en arrivant aux États-Unis qu’elle s’est sentie noire et qu’elle s’est rendu compte que cette catégorisation n’était pas forcément positive, par exemple lorsqu’un professeur d’université s’est étonné qu’une jeune femme noire obtienne le meilleur résultat à un devoir, tant la réussite des noirs apparaît comme incongrue à certains Américains. Si certaines réactions ont pu être désagréables dans l’instant, elle les a trouvées plutôt amusantes a posteriori. Le personnage de Kimberley incarne ce type d’idées reçues qui ne sont pas la preuve d’un vrai racisme, car elle est plutôt dans une volonté de bien faire. Mais il y a une hypocrisie générale et une malhonnêteté qui apparaissent dès que les questions raciales sont abordées. Les gens font croire qu’ils ne remarquent pas la couleur de peau des autres, ce qui est forcément faux.

Cette question n’est pas seulement américaine mais peut aussi concerner les pays européens, qui pensent n’avoir aucun problème avec les questions raciales mais dont le langage est la preuve d’une hypocrisie : une lectrice a fait remarquer que les Français tendaient à dire « black » plutôt que « noir » pour ne pas sembler méprisants. Or, comme l’auteur l’a fait observer, on ne demande jamais aux noirs comment ils veulent être appelés. C’est une des raisons d’être de son livre : elle voulait écrire sur les races d’une façon dont on n’est pas censé le faire. Mais à ses yeux le sujet principal du livre est davantage l’amour que la couleur de peau. Ce qui l’a guidée est la volonté d’écrire le roman qu’elle aurait voulu lire, un livre dont elle avait conscience qu’il risquait de ne pas rencontrer le succès et de lui faire perdre le soutien de son public par sa franchise. Cependant, il lui semblait capital de tenter de corriger les injustices par ce livre, qui pousse les lecteurs à sortir de leur zone de confort pour aller vers plus de justice.

 

Un livre autobiographique ?

Percevant un engagement personnel dans son roman, les lecteurs ont interrogé Chimamanda sur la part autobiographique dans son livre. Elle a tenu à rappeler avec humour que la vie est rarement aussi passionnante que la fiction, et que la sienne n’échappe pas à la règle. Cependant elle s’est inspirée d’éléments réels, d’expériences qu’elle a vécues personnellement ou qui sont arrivées à son entourage et d’histoires qu’on lui a racontées pour construire le parcours d’Ifemelu, l’héroïne du roman. Malgré le fait que certaines personnes de son entourage auraient pu être blessées par sa franchise, notamment des personnes qui auraient pu se reconnaître, « j’ai été positivement surprise par les réactions, ça me donne un peu d’espoir ! ». Elle reçoit des mails de lecteurs qui la remercient s’ils sont noirs pour ce qu’elle a évoqué dans le livre et s’ils sont blancs pour ce qu’ils ont appris dans Americanah. Mais elle a aussi eu quelques réactions de colère, notamment des Nigérians, qui se trouvent parfois mal représentés.

L’auteur a expliqué que pour les Nigérians, aujourd’hui encore, les États-Unis attirent aussi bien une population en difficulté qui espère échapper à la famine qu’une classe moyenne qui pense avoir plus de chance d’accomplir ses rêves dans ce pays lointain. De plus, étudier aux États-Unis peut être une bonne façon pour les jeunes Nigérians de trouver un poste intéressant en revenant au pays. Avoir vécu aux États-Unis les change pour toujours, comme ce fut le cas pour Ifemelu mais aussi pour sa créatrice qui avoue que « ce voyage m’a aidée à être davantage moi-même ». Elle pense que toutes les femmes devraient voyager pour se découvrir, car les femmes ne sont dans l’ensemble pas élevées pour assumer qui elles sont. Ainsi de son personnage qui n’est pas facile à aimer car elle est à la fois forte mais vulnérable, attachante mais agaçante… Certains lecteurs ont reproché à Ifemelu de n’être pas assez reconnaissante pour les chances qui lui sont offertes, une remarque qui agace Chimamanda Ngozi Adichie : « on ne dit pas aux hommes qu’ils devraient être reconnaissants d’être aimés ! »

Comme Ifemelu, l’auteur a beaucoup lu, notamment les classiques américains qui lui ont permis de mieux comprendre ce pays et ont été une source d’inspiration, tels que Raymond Carver, John Steinbeck, William Faulkner, James Baldwin, qui l’a aidée à comprendre le rapport entre blancs et noirs, de même que Toni Morrison, ou encore Philip Roth.

Elle explique qu’en revanche, si Ifemelu tient un blog, elle-même n’a jamais pratiqué cet exercice, et que le statut des blogueurs n’est pas tellement reconnu par la scène littéraire américaine, mais qu’à titre personnel, elle apprécie l’honnêteté et l’immédiateté que permettent les blogs.

 

La langue, vecteur des différences

Les questions se sont ensuite portées sur le rapport à la langue : en effet, l’anglais parlé au Nigéria est plus proche de celui des Britanniques que des Américains, ce qui a pu provoquer des malentendus aux États-Unis. L’anglais nigérian est assez oral, parfois argotique, comprenant des particularités que même d’autres Africains ne peuvent comprendre. Elle a volontairement laissé planer quelques confusions dans son livre pour montrer l’influence de ces petites différences. Ainsi, les Américains ont tendance à penser que quelqu’un qui n’a pas l’accent américain comprend mal et est un peu bête, donc ils se mettent à parler très lentement.

3De ce fait, les Nigérians cherchent à prendre l’accent américain et à le garder, car il leur facilite la vie, notamment sur le plan professionnel. Elle-même, comme son héroïne, a décidé de renoncer à cet accent qui n’était pas vraiment elle. « Cela prend de l’énergie de se forcer à bien prononcer, alors j’ai décidé d’utiliser mon énergie pour autre chose ! »

L’humour de Chimamanda Ngozi Adichie a séduit les lecteurs qui y voient un moyen idéal de désamorcer les réactions négatives. L’auteur a fait savoir qu’elle ne renoncerait jamais à ce qu’elle a à dire, même si elle ne veut blesser personne.  Elle a ajouté que « le rire est humain et universel, il est parfait pour aborder ce qui peut mettre mal à l’aise : car une fois qu’on a ri ensemble, on peut penser. »

Suite à cet entretien, les lecteurs ont pu se faire dédicacer leurs exemplaires d’Americanah tout en échangeant quelques mots avec l’auteur pour prolonger l’échange. Nous tenons à remercier les éditions Gallimard pour l’organisation de la rencontre et l’accueil des lecteurs, ainsi que l’interprète.

 

Découvrez les avis des lecteurs sur Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie publié aux éditions Gallimard ainsi que le compte-rendu de la rencontre par Mots pour Mots.

 

 

 

Où Babelio vous propose une nouvelle opération Masse critique générale

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Ce mois-ci, Babelio vous propose de braver l’hiver en restant au chaud chez vous avec un bon livre. Pour cela, nous vous avons concocté une opération Masse critique avec un choix de titres variés en littérature, polar, essai et pratique. Il y en a pour tous les goûts…

Le principe de Masse Critique est toujours le même : vous sélectionnez le(s) livre(s) de votre choix, vous recevez un ouvrage chez vous et vous vous engagez par la suite à publier votre chronique sous un mois, sur Babelio.

La liste des titres proposés est disponible, n’hésitez pas à la consulter car elle va être enrichie dans les prochains jours : http://www.babelio.com/massecritique.php

Pour participer à cette édition, rendez-vous le jeudi 22 janvier à 7h. Pour ne pas oublier, n’hésitez pas à vous inscrire sur la page facebook de l’événement : https://www.facebook.com/events/416047965219169/

Tous ces ouvrages proviennent d’une sélection des dernières et des prochaines sorties de maisons d’éditions suivantes : 10-18, Acropole, Albin Michel, Alice Editions, Allary, Arléa, Armand Colin, Asphalte, Au Diable Vauvert, Audiolib, Baker Street, Belfond, Buchet Chastel, Calmann-Lévy, Chandeigne, Charleston, Chemins de traverse, Chêne, Chèvrefeuille étoilée, De Boeck, De Borée, Delpierre, Denoël, Dialogues, Dunod, Editions de Minuit, Editions des Béatitudes, Editions du Rocher, Editions du Toucan, Envolume, First, Flammarion, Folio, Gaia, Gallimard, Gallmeister, Grasset, Hachette Pratique, HC Editions, Héloïse d’Ormesson, Hors collection, Hugo&cie, Illador, In Octavo, Intervalles, J Editions, J’ai lu, JC Lattès, Kantoken, Karthala, Kero, La Bourdonnaye, La découverte, La découvrance, La grande ourse, La Martinière, La musardine, La table ronde, La valette, L’aire, L’archipel, L’Atelier, L’atelier de l’agneau, L’aube, Le cherche midi, Le masque, Le passage, Le passeur, Leduc, Les ardents, Les deux terres, Les escales, L’évolution, L’Herne, Libretto, Livre de poche, Luce Wilquin, Marabout, Mauconduit, Médias et médiations, Meo, Mercure, Metailie, Michalon, Michel Lafon, Milady, Noir sur blanc, Ombres noires, Palémon, Pascal Galodé, Passiflore, Perrin, Phébus, Philippe Picquier, Philomag, Piranha, Plon, Points, Préludes, Presses de la cité, Presses universitaires de Grenoble, Presses universitaires du Mirail, Prisma, Puf, Pygmalion, Quidam, Rebelle, Riveneuve, Robert Laffont, Rouergue, Rue Fromentin, Salvator, Scrineo, Séguier, Serge Safran, Seuil, Short Editions, Sol y lune, Solar, Sonatine, Stock, Super 8, Synops, Tabou, Tallandier, Tana, Taurnada, TDO Editions, Télémaque, Tensing, Thierry Marchaisse, Tut-Tut, Vagabonde, Verticales, Viviane Hamy, XO, Zinnia, Zoé, Zulma

111 défis érotiques  12 arnaques qui ont changé l'Histoire  12 scandaleuses qui ont changé l'Histoire  2 heures du matin à Richmond Street  424 pas  50 ans de bourlingue entre Baltique et Mer Noire  A côté du sentier  A la mémoire d'un ange   A un fil  ABC Mer  Agent secret de Churchill   Ailleurs   Alice   Apostoloff   Arc-en-Sel : Dans les marais salants de Guérande  Artaud et l'asile  Au bord du monde  Au fer rouge   Au-delà de Cézembre  Aurais-je sauvé Geneviève Dixmer ?  Avaler du sable  Avortées clandestines   Babylone underground  Bach Jean Sébastien : Naissance d'une vocation   Barcelona !  Baronne Blixen   Bestiaire extraordinaire  Bill et Hillary Clinton  Blackout Baby  Bleu éperdument   Bleu Gentiane  C'est dimanche et je n'y suis pour rien Camouflage: 100 animaux à découvrir  Cette nuit-là  Chauvet-Pont d'Arc, le premier chef-d'oeuvre de l'humanité révélé par la 3D  Choron et moiChronique d'au-delà du seuil, tome 1 : La quête du prince boîteux  Chroniques de l'Oubli  Claire  Colorado  Comme si c'était toi  Comment les grands de ce monde se promènent en bateau  Concentré de best-sellers - Pastiches  Conseils de séduction à l'usage des hommes de mauvaise volonté  Constellation: Livre audio 1 CD MP3 - 525 Mo - Suivi d'un entretien avec l'auteur  Croquer la France en guerre 1939-1945   Dans la tête des mecs  Dans le bleu de ses silences  Dans son ombre  Dernier meurtre avant la fin du monde  Dernier voyage à Buenos Aires  DétoxDevenir français ? : Approche anthropologique de la naturalisation    Dix-sept ans  Dominique   Duel pour un roi  Écran total  Eloge du maquereau  Enfant terrible  Entre toutes les femmes  Et si on décidait d'aller bien  Faces B  Faillir être flingué  Fairfield, OhioFin de mission    Flying blues : Carnet d'images  Fortunes et infortunes d'un exilé cambodgien  Fragments sur la guerre 1914-1915 France : Les mutations des systèmes productifs   Frères jusqu'au dernier souffle  Gabrielle  Garde tout, surtout les gosses !  Génération Galactik   Générations pub : De l'enfant à l'adulte, tous sous influence ?  Genèse de Fit-ce-Monde  George Sand : Les carnets secrets d'une insoumiseGoldberg : Variations    Guérir du passé  Haïti par lui-même : La reconquête de l'indépendance volée  Hard de vivre  Haut Val des Loups  Histoires naturelles de l'oubli  Hôtel international  Ils ont échappé à la mort , Les tentatives d'assassinat qui ont changé l'histoire de FranceIncalculable    India Express  Inferno. 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Où Babelio présente une étude sur le lecteur de polar

Dans le cadre de son cycle de conférences sur « les pratiques des lecteurs » organisées au Centre National du Livre, Babelio a présenté, le 11 décembre dernier, une nouvelle étude sur un type de lecteur très particulier : l’amateur de polar.

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Avec près de 16 millions d’exemplaires vendus en 2013 et 1820 titres publiés, le genre du polar semble bien se porter dans un marché du livre pourtant en repli. le réseau social Babelio a souhaité en savoir plus sur les amateurs du noir. Qui est le lecteur polar ? Quelle place accorde-t-il au genre dans ses lectures ? Comment se forment ses choix, ses fidélités, ses découvertes ?

C’est à ces questions qu’ont tenté de répondre Marie-Caroline Aubert, directrice de la collection Seuil policiers, Alice Monéger, responsable éditoriale des éditions du Masque, Céline Thoulouze, directrice éditoriale pour le domaine français des Editions Belfond dans un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, d’après une étude présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditoriales de Babelio.

Le polar, un genre majeur

C’est en amoureux passionné du genre que Vincent Monadé, président du Centre National du Livre et ancien libraire spécialisé, a tenu à introduire la conférence par une brève histoire du polar afin de souligner son importance dans l’édition française.

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Vincent Monadé explique que c’est dans les années 1980 que le polar explose en France, en partie grâce aux actions cumulées des éditeurs et des libraires qui mettent alors en valeur les ouvrages d’un genre qui, dans le sillage d’auteurs tels que James Ellroy (Le Dahlia noir), Thomas Harris (Le Silence des agneaux) ou encore Mary Higgins Clark (La Nuit du renard), s’est grandement renouvelé et diversifié depuis la première moitié du 20e siècle. On voit en effet apparaître la mode du thème du tueur en série, très populaire auprès des lecteurs et, plus généralement, des romans policiers d’une plus grande violence. L’offre devient dès lors prolifique et les ventes gigantesques. De nouveaux nombreux éditeurs se créent et de nouvelles collections spécialisées  (la collection Grands détectives chez 10/18 par exemple, créée en 1983 ou encore Rivages/Noir lancée chez Rivages en 1986) se lancent afin de satisfaire une demande du public de plus en plus grande. Malgré le succès commercial continu et la place de plus en plus importante que prend le genre dans le paysage éditorial français, les médias traditionnels gardent cependant une certaine distance avec le polar qu’ils traitent avec le mépris réservé aux genres les plus populaires malgré la qualité intrinsèque de certains auteurs. « Aucun auteur de polar n’aura de prix Nobel même si certains sont des écrivains majeurs qui ont la reconnaissance du public » , constate ainsi, amer, Vincent Monadé qui en profite pour faire l’éloge du lecteur polar et de sa curiosité : « Quand on lit du polar, on ne peut pas être un petit lecteur. Avec la littérature policière, on devient complètement boulimique, on entre dans un environnement dont on sort difficilement ».

Le lecteur polar, la contre-enquête

Le lecteur polar justement, qui est-il en 2014 ? Octavia Tapsanji prend le relais de Vincent Monadé pour présenter les conclusions d’une étude menée auprès de la communauté de lecteurs de Babelio.

C’est une étude à laquelle 3714 lecteurs ont répondu, ce qui constitue un chiffre record dans le cadre des sondages menés par Babelio auprès de sa communauté. Un signe que, plus que tout autre genre, le polar mobilise.

Mais qu’entend-on par « polar » ? Octavia Tapsanji précise que ce terme renvoie à un genre global qui regrouperait plusieurs sous-genres tels que le roman policier, le roman d’espionnage, le thriller, le roman à suspense, le thriller, le roman noir ou encore le roman policier historique.
De ces différents sous-genres regroupés sous la bannière « polar », 93% des sondés déclarent en être lecteurs. Signe que parmi les grands lecteurs qui constituent les membres de Babelio, il n’existe pas de fermeture envers le polar. En d’autres termes, le genre, n’est pas « méprisé » par les grands lecteurs.

Portrait robot du lecteur

Les grands lecteurs étant de grandes lectrices, on note que 81% des lecteurs déclarés de polar sont également des lectrices. Ceci n’est pas une surprise même si la population majoritairement féminine de Babelio a probablement accentué la proportion donnée dans cette étude.

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L’étude indique également que deux lecteurs de polar sur trois ont plus de 35 ans (64%), un chiffre à mettre en corrélation avec les lecteurs inscrits sur Babelio qui ne sont que un sur deux à avoir plus de 35 ans (47%). Le lecteur type de polar est donc une femme de plus de 35 ans.

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Après ces quelques généralités, il convient de distinguer plusieurs types de lecteurs polar : à côtés des puristes (35% d’entre eux), pour qui la lecture de polar constitue la majorité des lectures, il existe un public de curieux qui lisent à la fois du polar et d’autres types de lectures. On remarque que ces lecteurs font la distinction entre les différents sous-genres du polar que sont les thrillers, romans à suspens ou autres romans policiers historiques. Ainsi, à la question de savoir s’ils attachent de l’importance à la distinction entre ceux-ci, ils sont près de 75% à répondre par l’affirmative. Ceci peut apparaître comme une certaine surprise dans le sens où, dans les différents médias, les termes désignant chacun de ces sous-genres sont souvent amalgamés. Les grands lecteurs font eux la différence et attachent une certaine importance à leur distinction.

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Autre idée reçue mise à mal dans notre étude, les lecteurs ne sont que 2,4% à lire uniquement des polars pendant leurs vacances et 11,4% à en lire plus durant ces périodes. Ils sont donc une écrasante majorité (86,2%) à lire des polars toute l’année. En d’autres termes, il n’y a pas, comme on le croit trop souvent, de saisonnalité pour la lecture de polars.

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Autre constatation intéressante qui ressort, le personnage principal du roman est un élément clef du choix d’un polar. Certes, comme pour le choix de n’importe quel type de roman, le sujet ou le thème du livre restent essentiels, mais contrairement à d’autres types de littératures qui privilégient d’autres éléments, pour le polar, le personnage revêt une importance grande importante pour 82% d’entre eux. A titre de comparaison, « seuls » 69% des lecteurs de livres jeunesse accordent une importance au personnage principal alors qu’ils sont près de 80% à considérer les illustrations comme primordiaux dans leurs choix du livre.

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En creusant encore un peu la question, on s’aperçoit que deux lecteurs sur trois sont attachés à des personnages récurrents, grande tradition des romans policiers.

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De manière moins surprenante, on remarque que le polar étranger, et notamment scandinave, suscite encore et toujours l’engouement des lecteurs. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France -tout de même-, la Suède et l’Islande sont les pays dont les lecteurs lisent le plus de polars. On retrouve cette géographie dans les noms de héros récurrents favoris des lecteurs :  Harry Bosch de l’américain Michael Connelly, Hercule Poirot de la britannique Agatha Christie ou encore Jean-Baptiste Adamsberg de la française Fred Vargas côtoient Erica Falck, l’héroïne de la suédoise Camilla Läckberg.

Contrairement aux personnages récurrents, les lecteurs ne sont pas attachés à des éditeurs spécialisés et à des collections spécifiques dédiées au polar. Le lecteur de polar picore partout pour satisfaire sa gourmandise littéraire.

 

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Des lecteurs peu attachés à l’objet livre, mais le numérique n’en profite pas encore

 

Concernant les pratiques de lecture, il ressort de l’étude que les lecteurs restent attachés à la librairie pour se procurer des polars (30% les achètent en librairie) même s’il ne s’agit pas d’une source exclusive : les lecteurs se les procurent également en bibliothèques (pour 27% d’entre eux, c’est en effet d’abord en bibliothèque qu’ils vont se procurer des livres). On remarque donc un moindre intérêt pour la possession de l’objet livre. Cause ou conséquence, les lecteurs de polar lisent majoritairement (66% d’entre eux) au format poche. Dans son introduction, Vincent Monadé rappelait que les lecteurs polar étaient des lecteurs curieux, parfois « boulimiques ». Cette boulimie ne peut en effet être uniquement nourrie de grands formats, sensiblement plus chers. 

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Le numérique n’est pas pour autant porté par ce faible attachement à l’objet livre. Seuls 28,2% des lecteurs sondés lisent en effet au format numérique. Plus éloquent encore, 68% des lecteurs numérique lisent tout de même majoritairement au format papier.  Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il n’y a pas de consensus net sur le prix moyen de l’ebook. Il s’agit d’un marché en cours de calibrage. Les choses sont ainsi certainement amenées à évoluer dans les années à venir.

 

 

 

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Une prescription par le bouche à oreilles

A travers l’étude, Babelio a voulu savoir comment les lecteurs de polars découvraient leurs prochaines lectures. D’après les résultats du sondage, trois supports de découvertes s’imposent : le réseau social de lecteurs Babelio, les points de ventes que sont les librairies ou la Fnac, et la médias, qu’il s’agisse de la presse, de la radio ou encore de la télévision.

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Si la forte place occupée par Babelio peut s’expliquer par le fait que les répondants consultent tous ce site, il est assez surprenant de voir que les médias occupent la troisième place sachant que le genre semble assez mal couvert par la presse généraliste et que l’on compte peu de revues spécialisées. Les librairies restent de vrais lieux de découverte et les tables de libraires, sur lesquels ceux-ci vont  mettre en avant leurs coups de cœur, sont ainsi perçus comme des conseils silencieux respectés des lecteurs même si ces derniers ne vont pas forcément leur parler pour demander conseil. Ces sont les avis des autres membres de Babelio,de leur entourage et, dans une moindre mesure, les critiques parues dans les médias qui vont en premier lieu les inciter à acheter un polar. C’est donc par le bouche à oreilles que se fait la prescription pour le polar.

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Alors que les différents prix littéraires organisés autour du polar sont, pour certains, assez médiatisés, on remarque que seuls 28% des sondés déclarent y être attachés. Le signe d’un certain snobisme des lecteurs qui préfèrent découvrir les livres par eux-mêmes ? Ou bien d’une faible importance des prix littéraires auprès des grands lecteurs ? C’est une interrogation qui revient constamment lors des différents sondages de Babelio auprès de sa communauté de lecteurs qui accorde rarement une grande importance au prix.

 

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Cette étude fait ainsi le portrait du lecteur de polar en lecteur averti, qui multiplie les sources d’acquisition de ses lectures mais pour qui le numérique reste un support minoritaire. Le polar étranger, et notamment scandinave suscite son engouement même si ce sont surtout les personnages principaux et récurrents qui vont le motiver à choisir ses lectures. Le bouche à oreilles constitue sa principale source de prescription.

Guillaume Teisseire a ensuite invité les participantes à commenter cette étude. Ont-ils eu quelques surprises en découvrant ses conclusions ?

Table ronde autour du polar

Invités à réagir, les participantes de la table ronde, toutes éditrices de polar, sont revenues sur les différents points évoqués dans l’étude à commencer par cette faible importance accordée par les lecteurs aux différents prix littéraires. Les chiffres données ne surprennent pas Marie-Caroline Aubert, directrice de la collection Seuil policiers. Si le prix SNCF, de loin le plus connu des lecteurs, a eu un impact sur les ventes, ce n’est aujourd’hui plus systématiquement le cas. Toutes s’accordent pour relativiser la médiatisation des prix littéraires et ne sont donc pas surprises que les lecteurs ne connaissent pas la plupart des prix littéraires consacrées au polar, Prix SNCF et Prix Quai du Polar mis à part.

Autre sujet de concorde, la très faible médiatisation du genre. Toutes regrettent que les grands médias soient de moins en moins prescripteurs en ce qui concerne le polar. Peu de papier dans la presse écrite, peu d’émissions de télévision et quelques rares émissions de radio couvrent ce qui est considéré comme un sous-genre, malgré les très bonnes ventes de certains auteurs. Pour Alice Monéger et Céline Thoulouze, la place réservée au polar tend même à se restreindre.

En ce qui concerne les données concernant la forte féminisation du lectorat de polar, les éditrices ici réunies semblent prudentes. Les éditeurs éditent-ils des livres en pensant à ce lectorat féminin ? Certainement pas. Pour Marie-Caroline Aubert, il ne manquerait plus qu’elle édite en fonction d’un lectorat homme ou femme même s’il est possible que les profondes modifications du polar au fil des années aient attiré un public plus féminin. Si les technos-thrillers de Tom Clancy, très populaire au cours des années 1980,  s’adressaient par exemple avant tout aux hommes, les polars suédois ou mêmes français plaisent aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Des auteurs femmes comme Patricia Cornwell mettant en scène des médecins légistes ont pu casser le genre dès les années 1990.

Enfin, si les participantes ne remettent pas en cause  le succès du polar scandinave, elles pensent que l’on devrait bientôt assister à un basculement de la production et de l’intérêt du public vers d’autres zones géographiques exotiques comme l’Afrique. Ainsi, pour Marie Caroline Aubert, l’intérêt presque exclusif des lecteurs pour le polar scandinave semble « enfin » en train de reculer et pour  Céline Thoulouze, les auteurs français montent en crédibilité dans différents sous-genre du polar.

Les éditrices semblent en tout état de cause optimistes quant à l’avenir du polar en France même s’il est forcément amené à évoluer dans les prochaines années.

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de polar.

Où l’on vous propose de recevoir une Babelio Box pour Noël

Une Babelio Box sous le sapin

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