Rejoignez la Compagnie des Auteurs à Saint-Malo

Pour la deuxième année consécutive, l’équipe de Babelio se rendra au festival Etonnants Voyageurs. Avant de découvrir toutes les festivités de ce grand rendez-vous malouin dans un prochain article, c’est un voyage sur les ondes que nous vous proposons !

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A l’occasion de ce grand festival dédié à la littérature et au cinéma, Babelio va en effet participer à l’émission “La Compagnie des auteurs” qui sera diffusée la semaine suivante (c’est à dire du 16 au 19 mai) sur France Culture.

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Cette nouvelle émission littéraire, dont nous sommes partenaires et à laquelle nous participons régulièrement, se penche chaque semaine sur un grand auteur du patrimoine littéraire mondial en compagnie de biographes, chercheurs, écrivains, traducteurs ou éditeurs qui ont chacun travaillé sur l’oeuvre de l’auteur en question.

Après avoir consacré quelques émissions à des auteurs tels qu’Anton Tchekhov, Dashiell Hammett, Jules Verne, Herman Melville ou encore Honoré de Balzac, c’est à l’écrivain bourlingueur Nicolas Bouvier que va s’intéresser l’émission pendant le festival Etonnants Voyageurs avec la participation de l’historien François Laut et des écrivains Nadine Laporte, Gilles Lapouge, Catherine Poulain, David Lefèvre et… Vous ?

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L’équipe de Babelio sera en effet présente à l’antenne pour relayer vos questions et vos critiques ou remarques à ces différents auteurs à propos de l’oeuvre et de la vie de Nicolas Bouvier. Pour cela, il vous suffit d’ajouter votre question en commentaire de cet article ou de nous l’envoyer à p.krause@babelio.com.

Nous vous proposons par ailleurs un petit jeu : on offre un livre consacré au voyage à un lecteur au hasard qui aura publié une critique de l’un des livres  de Nicolas Bouvier d’ici le vendredi 13 mai !

Petites précisions concernant masse critique

Suite aux nombreuses interrogations que suscite chaque édition de masse critique, nous avons décidé de vous proposer un petit récapitulatif des points faisant question.

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La communauté grandissant chaque jour, le nombre de déçus augmente fatidiquement à chaque masse critique, même si de nouveaux éditeurs rejoignent quotidiennement les rangs des participants. On sait que vous le savez, mais concrètement, voici quelques chiffres concernant nos dernières opérations :  

17% des postulants ont reçu un livre pour la dernière masse critique imaginaire

37% pour la dernière masse critique jeunesse

57% pour la dernière masse critique générale

21% pour la dernière masse critique BD

 

Concernant la sélection des lecteurs, voici quelques éclaircissements :

Avant toute chose, nous souhaitions rappeler que la note que vous attribuez au livre lu dans le cadre de l’opération masse critique, ainsi que la tendance positive ou négative de votre avis, n’entrent en AUCUN CAS en compte : vous pouvez détester un livre et lui mettre une seule étoile, vous n’aurez pas moins de chances de gagner la fois suivante.

Ensuite, PERSONNE ne gagne plusieurs livres à la même opération masse critique. Ce fut le cas dans les premières années de Babelio, lorsque la communauté était encore petite ; ça n’est plus le cas désormais.

 

  • Pour ce qui est de l’attribution des livres aux lecteurs

La seule condition à respecter pour être éligible est d’avoir publié au moins une critique sur Babelio. Nous essayons par là de réduire le nombre de gens qui s’inscrivent simplement pour recevoir un livre gratuit et qui disparaissent une fois le livre reçu sans donner de nouvelles.

Nous faisons attention à ce que les postulants aient par le passé majoritairement respecté leurs engagements. En effet, une critique rendue trop tard ou pas rendue du tout est un réel déplaisir pour les éditeurs qui portent une grande attention à vos critiques, qu’elles soient positives ou négatives.

Ensuite l’attribution dépend du nombre de demandes : vous aurez logiquement moins de chance d’être tiré au sort si le livre est demandé par 500 lecteurs que s’il est demandé par 3 lecteurs. Et  sachez que la concurrence n’est que plus importante si vous ne choisissez qu’un livre. Pour augmenter ses chances d’être retenu, mieux vaut choisir plusieurs livres… En veillant quand même à postuler sur des titres qui vous intéressent:)

 

  • Pour les opérations masses critiques thématiques

Les lecteurs de genres sont favorisés, sans pour autant en exclure les non-lecteurs, pour la simple et bonne raison que cela permet de diversifier un peu les gagnants d’une opération sur l’autre.

 

  • Enfin concernant le moment de la sélection

 Si certains titres « ferment » au cours de la journée, c’est pour lisser les demandes et éviter une trop forte concentration sur certains titres. Si tout le monde postulait au même titre, imaginez un peu le nombre de déçus et surtout le nombre de titres non distribués ! Avec notre système de lissage, même s’il est contraignant, nous en avons bien conscience, tous les livres sont distribués.

Et nous avons choisi d’ouvrir à 07h00 du matin la sélection pour satisfaire le plus grand nombre, notamment ceux qui ne peuvent postuler au travail. Même si nous sommes conscients que tout le monde ne peut être pleinement satisfait. A chaque opération, c’est une grasse matinée de perdue pour les organisateurs:)

 

  • Pour les opérations masses critiques privilégiées

Le système est différent : nous sélectionnons les lecteurs les plus en affinité avec les titres mais ces dernières ne sont réservées qu’aux lecteurs ayant été invités à participer.

 

  • Pour finir, une petite précision concernant les rencontres

Vous n’êtes absolument pas obligé de publier une critique des livres que vous recevez dans les cadre d’une rencontre Babelio. Ce qui compte le plus pour nous, c’est que vous respectiez votre engagement à venir à la rencontre. Lorsque nous promettons à l’auteur que 30 lecteurs seront présents, il attend que vous soyez tous là, que vous ayez aimé ou non  l’ouvrage.

 

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de très bonnes lectures et bonne chance pour la prochaine opération masse critique.

L’équipe de Babelio

 

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A la rencontre des membres de Babelio (3)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

 

Rencontre avec CDemassieux, inscrit depuis le 11/10/2013.

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Cabinet de curiosité de CDemassieux

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

J’ai découvert le site Babelio par hasard, en cherchant des commentaires de livres sur Internet.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

20031_aj_m_3521Beaucoup. Je ne me donne aucune limite de genre, justement. Lire ne doit pas, selon moi, être un acte restrictif. Qu’importe le genre pourvu qu’il y ait l’ivresse de la lecture ! Et ça, je l’applique à tout. Je ne vois pas pourquoi, sous prétexte que j’aime les films de Truffaut, je ne pourrais pas m’embarquer dans la saga Star Wars. S’enfermer dans un genre va à l’encontre de l’idée que je me fais de la lecture. Les livres sont des vases communicants. Un roman de science-fiction peut ainsi vous amener à la philosophie. D’ailleurs, certains textes échappent à tous les genres : Voyage au bout de la nuit (Céline) par exemple.  Plus généralement, il faut explorer les mondes littéraires avec curiosité et non des idées arrêtées.

Vous lisez beaucoup de livres historiques : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

On ne vient pas de nulle part. Chacun de nous appartient à une histoire à la fois intime (sa famille) et collective (son pays, avec ses us et coutumes). A partir de là, il est important de connaître ce que certains appellent leur roman national. L’histoire est pour moi comme une corde qui me sécurise lorsque je grimpe vers l’avenir. C’est aussi un excellent outil de compréhension d’autres cultures et civilisations. Comment comprendre son présent en ignorant son passé ? C’est impossible. Enfin, l’histoire est  le socle des romans et nouvelles que j’écris. Même si elle n’en est pas toujours le sujet principal, elle s’invite dans l’intrigue, comme un tuteur qui aiderait mes récits  à pousser. Et j’adore quand un historien, tout en s’appuyant sur les faits,  insuffle un élan romanesque à son essai. On s’y croirait !

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

9782253001454Je vous parle d’un temps… C’était en 4e (classe que j’ai tellement appréciée que je l’ai refaite !). J’avais une professeur(e) de français très vieille école qui considérait que nous étions en âge de lire des romans plus adultes. Fini Poil de carotte (Jules Renard) ou Tistou et les pouces verts (Maurice Druon) ! Madame Poirier (c’est comme ça qu’elle s’appelait et il ne fallait pas la prendre pour le fruit de cet arbre !) nous a fait lire des romans tout au long de l’année, dont certains ont eu un indéniable retentissement sur moi. Je pense à Vipère au poing, d’Hervé Bazin et surtout : Germinal, de Zola. C’était un peu l’apprentissage de la maturité. Cependant, je ne dois pas oublier ma rencontre déterminante, à l’âge de six ans, avec Hergé et les aventures de Tintin, qui a fait plus pour mon imagination que n’importe qui d’autre. Depuis, le reporter à la houppette et moi ne nous sommes plus quittés !

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

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Il y en a deux et je les dois à cette remarquable initiative qu’est Masse critique : 2001-3001, les odyssées de l’espace, d’Arthur C. Clarke ; Le voleur de paradis, de Christiane Klapisch-Zuber. J’en profite donc pour remercier encore une fois l’équipe de Babelio !

 

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

1179523982-mme-bovaryMadame Bovary, de Flaubert. Ce texte est pour moi la quintessence de la littérature romanesque. Une histoire pourtant sans éclat (d’une banalité affligeante, diraient certains) mais dont le style coule tellement de source que c’est à vous décourager d’écrire ! Les phrases sont impeccablement ciselées et tellement musicales. Par exemple : «  La tendresse des anciens jours leur revenait au cœur, abondante et silencieuse comme la rivière qui coulait, avec autant de mollesse qu’en apportait le parfum des seringas, et projetait dans leur souvenir des ombres plus démesurées et plus mélancoliques que celles des saules immobiles qui s’allongeaient sur l’herbe. » Avouez que ça claque !

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je n’ai pas honte de ne pas avoir lu tel ou tel livre car j’en ai lu d’autres qui méritent eux aussi d’être lus. Lire c’est comme le mythe de Sisyphe (condamné par les dieux à pousser éternellement un rocher en haut d’une colline et qui redescendait toujours avant d’atteindre le sommet) : on n’en vient jamais à bout. Maintenant, il faudrait qu’avant de mourir je me décide à aller voir du côté de la littérature russe car je n’ai lu ni Tolstoï ni Dostoïevski.

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

L-Eve-future-copie-1L’Ève future, de Villiers de L’Isle-Adam. Un homme s’éprend d’une femme superficielle qu’il remplace, grâce à un ingénieur, par un androïde (baptisé « andréide ») doué d’une profondeur d’âme supérieure à la créature de chair ayant inspiré sa conception. Ou quand la machine comble les manques. C’est Blade Runner avant l’heure. Ce roman de 1886, d’un écrivain longtemps méconnu, montre que le sujet traité importe peu : si l’auteur a du talent, tout est possible.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

A part des articles ou des textes encyclopédiques, je préfère le papier. Ajoutons à cela que je garde les livres que je lis (sauf les erreurs regrettables de lecture, heureusement rares !), la dématérialisation du livre n’est définitivement pas pour moi. Maintenant, lorsque je recherche un passage précis dans un texte, je dois reconnaître qu’une version électronique fait gagner un temps fou. L’idéal serait d’avoir les deux : une bibliothèque physique et une autre virtuelle.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Il n’y en a pas de spécifique, à condition que les nuisances sonores n’atteignent pas des sommets ! Mais quelquefois, je me suis payé le luxe de lire des romans dans leur contexte. Par exemple, j’ai terminé Vingt mille lieues sous  les mers devant…la mer !

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J’en ai quelques-unes. Mais pour ne pas alourdir cet entretien, je me contenterai de deux. La première est extraite d’un poème, dont je conseille à tous les hommes de l’apprendre par cœur et la réciter à leur dulcinée. La seconde est une triste réalité applicable à chacun de nous :

« Que m’importe le jour ? que m’importe le monde ?
Je dirai qu’ils sont beaux quand tes yeux l’auront dit. »  (Alfred de Vigny,  La Maison du Berger )

« Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » (Marcel Pagnol, Le Château de ma mère)

 

Quel sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Le-hussard-sur-le-toitLe Hussard sur le toit, de Jean Giono. Je l’ai choisi de manière pas très originale. En effet, j’ai récemment vu l’adaptation cinématographique de Jean-Paul Rappeneau et comme l’histoire m’a captivé, je souhaite lire le livre. Giono est par ailleurs un écrivain que j’apprécie, même si je le connais peu.

 

 

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

En fait, je ne saurais définir de critique idéale. Ce n’est certainement pas une critique qui se permet de donner des notes sur  vingt à Victor Hugo  ou qui commence par : « J’ai détesté ce livre qu’on m’a obligé à lire au lycée », en flinguant le livre en question, au mépris de toute objectivité, juste pour passer ses nerfs. Le problème en général c’est le caractère décomplexé que procure Internet. Cela étant dit, je respecte les choix de lecture de chacun (sauf les fans de Mein Kampf, faut pas déconner !). J’apprécie ces critiques qui admettent la valeur indiscutable d’un livre sans y avoir adhéré. Dans tous les cas, on a le droit de détester un livre, de le faire savoir, mais il faut argumenter intelligemment.  Et quelquefois, je lis des critiques sur Babelio qui me font trépigner de jalousie parce que j’aurais voulu les avoir écrites !

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

J’aime certains échanges en commentaire avec d’autres lecteurs, même si cela relève de désaccords profonds. Pour l’instant, en espérant que cela continue, ces échanges ont toujours été courtois. Je crois que c’est ça la force de Babelio : ce site ne réunit pas des idéologues ou des partisans, mais des lecteurs, autrement dit des personnes qui s’adonnent à un plaisir « inutile » qui ne répond pas à des normes ; un plaisir donc essentiel, particulièrement dans une société où le matérialisme est devenu la nouvelle religion. Alors, longue vie à Babelio !

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Caryl Férey

Alors qu’ils étaient assis dans les superbes locaux des éditions Gallimard le 13 avril dernier en plein cœur de Paris, les lecteurs de Babelio ont été entraînés dans une sombre affaire de trafic de drogue… Publié dans la collection Série Noire, le dernier roman de Caryl Férey, Condor, nous plonge dans l’histoire d’un Chili hanté par une sanglante dictature, aux côtés de Gabriela, vidéaste mapuche et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix son héritage familial. Contrairement au Brésil où favelas et quartiers riches se partagent les mêmes espaces, le Chili a repoussé ses quartiers défavorisés aux périphéries de ses grandes villes. C’est précisément dans les bas fonds de Santiago du Chili que nous invite l’écrivain dans son dernier roman.

 

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Le peuple Mapuche

Mapuche, le précédent ouvrage de Caryl Férey, traitait déjà de la question de ces Indiens d’Amérique latine au statut controversé. Pour autant, Condor est loin d’être la suite de Mapuche : “ Condor est né dans le prolongement de Mapuche. J’ai véritablement veillé à changer le ton et les personnages entre les deux romans afin que le public ne se méprenne pas. D’ailleurs, je n’éprouverais aucun plaisir à écrire des suites, pour la simple et bonne raison que j’ai une fâcheuse tendance à liquider mes héros.” Si Caryl Férey a choisi de rédiger deux ouvrages en rapport avec cette question indienne, c’est parce que le statut de ces derniers diffère d’un pays à l’autre : “Les Mapuche sont considéré comme des terroristes au Chili, alors que c’est beaucoup moins le cas en Argentine, l’autre grand territoire qu’ils occupent. C’est pour cette raison que j’ai souhaité m’intéresser une seconde fois à ce peuple si particulier.”

 

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La voix du plus faible

Comme le souligne une lectrice, cela n’est pas la première fois que Caryl Férey prête sa plume aux opprimés : “Souvent dans l’histoire, ce sont les bons qui perdent. Il est donc tout naturel pour moi de donner la parole à ceux qui l’ont perdu. Ces indiens d’Amérique latine, mal considérés, sont pourtant des être humains et vivent sur des terres qu’ils considèrent comme leurs. Mon coeur s’est porté vers eux comme souvent vers les asservis, avant tout car je déteste l’oppression ; j’aime beaucoup trop la liberté pour défendre son contraire.” En revanche, l’auteur de Condor se défend d’être militant : “L’écrivain n’est définitivement pas là pour diffuser une idéologie. J’essaye simplement dans mes romans de donner momentanément la parole à ceux qui ne l’ont pas, en optant pour un prisme original. Je cherche à faire part des revendications que je peux entendre et je les rapporte. Il ne faut pas voir d’autre ambition que celle-là dans ma démarche.”

 

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L’intrigue après l’amour

Souvent, les intrigues de Caryl Férey contiennent des histoires d’amour, ce qui est loin d’être habituel dans le genre policier. Questionné sur le sujet, il répond :”Avant tout, je dois préciser que j’aime écrire sur les femmes. Je suis mauvais en maniement d’armes et ne peux me vanter que de connaître la différence entre un revolver et un pistolet. Je préfère largement raconter des histoires d’amour à des scènes de guerre.” En résumé, si Condor met en scène les combats des Mapuches, il faut savoir que Caryl Férey résume son livre avant tout par la question “Gabriela et Esteban vont-ils réussir à s’aimer ?”.

 

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Le choix du héros

Condor est le tout premier roman de Caryl Férey dans lequel ce-dernier choisit un personnage principal qui s’adonne à l’écriture. Croyez-le ou non, le choix du héros chez l’auteur est loin d’être un tirage au sort : “Choisir mon héros n’a pas été simple. Mon intrigue se déroulant en Amérique du sud, un policier n’aurait été crédible aux yeux de personne. Je ne pouvais pas non plus choisir un gentil bibliothécaire car il fallait à mon héros suffisamment de violence en lui pour subir ce que j’allais lui faire endurer. Il me restait donc avocat ou journaliste.” Afin de rendre son personnage crédible, Caryl Férey explique avoir décidé d’en faire un personnage brisé par la vie, réfugié dans l’écriture : “Un simple avocat ne m’aurait pas fourni assez de matière romanesque. J’ai donc décidé d’en faire un avocat poète. Qui plus est, j’étais ravi d’en profiter pour faire lire quelques passages de poésie trash à mes lecteurs ; j’aime casser les codes.” Ce texte qu’Esteban l’avocat rédige au sein du roman, datait en réalité de plusieurs années : “En réfléchissant au personnage, j’ai directement repensé à ce texte que j’avais écrit par le passé. De plus, pour mes derniers livres, nous avons organisé des lectures mises en musique, et j’ai pensé que ce passage se prêterait à merveille à l’exercice.” Le concert Condort live avec Bertrand Cantat est l’aboutissement de ce projet.

 

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Incarner le renouveau

Dans Condor, Caryl Férey a non seulement souhaité mettre en lumière la cause des indiens Mapuches, mais il a également voulu souligner le renouveau que connaît le pays, porté par la jeunesse. Pour ce faire, il a notamment mis en scène une relation homosexuelle, entre Gabriela et Camilla : “J’aime quand mes romans me permettent de taper un peu sur les garçons, que je fais passer pour des idiots. Dans Condor, mon héroïne a 25 ans et c’est exactement l’âge auquel les filles et les garçons ont le plus grand décalage d’âge mental ! Cette relation homosexuelle m’a également permis de souligner le fait que les jeunes sont plus ouverts aujourd’hui au Chili, que l’homosexualité se démocratise et s’accepte peu à peu. Le personnage de Camilla, une jeune femme engagée, incarne véritablement l’espoir que porte la jeunesse dans ce pays.” La génération des 25-30 ans au Chili est  la première génération à ne pas avoir connu la dictature de Pinochet et c’est précisément ce qui intéresse Caryl Férey : “Ces jeunes sont les premiers à ne pas avoir peur du retour à un régime autoritaire. Ils sont les premiers à oser revendiquer des droits sociaux, ils commencent à manifester et surtout à pouvoir étudier. Je tenais à mettre cela en exergue dans Condor.”

 

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Voyager pour écrire

Si pour certains l’écriture d’un livre débute confortablement installé dans un canapé, c’est loin d’être le cas pour Caryl Férey : “Mes livres commencent toujours par un voyage. La vadrouille me permet de trouver de la matière pour mes romans, de vivre des aventures que je pourrais par la suite romancer.” Romancer oui, mais pas déformer précise-t-il, car dans Condor, vous ne trouverez rien d’imaginaire, à part bien sûr l’histoire d’amour entre les personnages : “J’ai mis quatre ans à écrire ce livre car je voulais qu’il soit vrai, « journalistiquement » comme socialement.” Pour trouver l’inspiration, l’écrivain s’inspire des paysages qu’il visite et dont il tente de retranscrire l’atmosphère : “Je choisis toujours des pays que je considère comme romanesques, avec des paysages magnifiques. C’est le cas du Chili dont les paysages sont  à couper le souffle.” Plus encore que le décor, ce sont les témoignages que l’auteur vient chercher en se rendant sur place :”Vous pouvez lire tout ce que vous voudrez, rien ne vaut un vrai témoignage. Les personnages de Condor sont directement inspirés de gens que j’ai pu rencontrer sur place. De même que les scènes qui se déroulent chez les Mapuches : j’ai par exemple vu de près les cérémonies de guérisons des machi, les femmes shamanes.”

 

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Adapter Zulu

Avant de conclure la rencontre, les lecteurs ont interrogé Caryl Férey sur l’adaptation de son ancien roman Zulu. Contrairement à beaucoup d’écrivains, l’auteur nous confie avoir apprécié la version cinématographique de son roman :  “Le livre a été adapté en 2013 par Jérôme Salle derrière la caméra et Julien Rappeneau au scénario. Je trouve l’adaptation très réussie. Ils ont bien sûr dû faire des choix pour ne pas se retrouver avec un film de six heures et c’est pour cela qu’ils ont axé leur scénario sur l’aspect thriller du roman. J’ai trouvé ça très bien.” Si l’écrivain a trouvé l’expérience agréable, c’est aussi en partie car il a pu librement échanger avec une équipe d’acteurs facilement accessibles et très sympathiques : “Forest Whitaker et Orlando Bloom sont des personnes adorables avec qui j’ai beaucoup échangé pendant le tournage.” Concernant Mapuche, les droits ont été achetés, mais comme le souligne Caryl Férey : “Les délais sont tellement longs au cinéma que je n’ai aucune idée du calendrier du film.”

 

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Hommage

Pour la suite ? L’écrivain a prévu de s’intéresser au monde des marins : “L’un de mes amis a disparu en mer, suite à un accident de cargo. Il m’a été très difficile de faire le deuil de sa disparition à cause de l’absence de corps. Depuis, j’ai très envie de m’intéresser aux migrants venus en Europe depuis l’Afrique. Depuis quelques années, le sujet a pris tellement d’ampleur que j’ai décidé de me lancer. Le roman débutera en Bretagne, de là où mon ami était originaire.”

 

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Après cette heure d’échanges forts en débats, les lecteurs ont poursuivi la soirée avec l’habituelle séance de dédicaces afin d’échanger personnellement avec l’auteur.

 

Retrouvez Condor de Caryl Férey publié dans la Série Noire de Gallimard.

 

Quand Babelio s’invite chez les éditeurs

Depuis quelques années maintenant, Babelio vous propose de pénétrer dans les coulisses des éditeurs, au détour d’interviews présentées sur le blog.  De la bande dessinée aux albums jeunesse en passant par la littérature étrangère, nous tentons de balayer le plus large possible le spectre des éditeurs français, afin que tout le monde y trouve son compte.

Pour davantage de clarté, nous avons décidé de vous présenter ici un aperçu de toutes les interviews d’éditeurs faites depuis la création de Babelio. Nous ajouterons à cette liste les prochaines au fur et à mesure de leur rédaction.

N’hésitez pas en commentaire à nous donner des suggestions de maisons que vous souhaiteriez voir interrogées par nos soins.

Zulma :

https://babelio.wordpress.com/2016/03/24/quand-babelio-rencontre-les-editions-zulma/

Philippe Picquier :

https://babelio.wordpress.com/2016/03/22/a-la-rencontre-de-philippe-picquier/

Editions 404 :

https://babelio.wordpress.com/2016/03/21/quand-babelio-rencontre-les-editions-404/

Futuropolis :

https://babelio.wordpress.com/2016/02/09/quand-babelio-rencontre-les-editions-futuropolis/

Sarbacane :

https://babelio.wordpress.com/2015/11/09/quand-babelio-rencontre-les-editions-sarbacane/

Buchet Chastel :

https://babelio.wordpress.com/2015/10/08/quand-babelio-rencontre-les-editions-buchet-chastel/

Ofelbe :

https://babelio.wordpress.com/2015/09/10/quand-babelio-rencontre-les-editions-ofelbe/

Héloïse Dormesson :

https://babelio.wordpress.com/2015/08/11/quand-babelio-rencontre-heloise-dormesson/

Belfond Vintage :

https://babelio.wordpress.com/2015/02/03/ou-babelio-vous-presente-les-coulisses-de-la-collection-belfond-vintage/

Le Lombard :

https://babelio.wordpress.com/2014/11/21/ou-babelio-vous-presente-les-coulisses-de-la-collection-signe-des-editions-du-lombard/

Editions Langue de chat :

https://babelio.wordpress.com/2014/08/20/ou-babelio-rencontre-carine-fontaine-editrice-de-la-maison-dedition-jeunesse-langue-au-chat/

Editions Delpierre :

https://babelio.wordpress.com/2014/02/19/ou-babelio-rencontre-lun-des-dix-huit-fondateurs-des-editions-delpierre/

Label Milady de chez Bragelonne :

https://babelio.wordpress.com/2013/12/10/ou-babelio-rencontre-isabelle-varange-directrice-du-label-milady-de-bragelonne/

Domaine français de chez Belfond :

https://babelio.wordpress.com/2013/11/26/ou-babelio-rencontre-juliette-joste-directrice-editoriale-du-domaine-francais-de-belfond/

Editions de l’Arbre Vengeur :

https://babelio.wordpress.com/2013/10/02/ou-babelio-rencontre-les-editions-de-larbre-vengeur/

Folio :

https://babelio.wordpress.com/2013/06/28/ou-babelio-rencontre-louis-chevaillier-editeur-de-folio/

Kero :

https://babelio.wordpress.com/2013/05/17/quand-babelio-rencontre-lediteur-et-fondateur-de-la-maison-dedition-kero/

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Christian Carayon

L’affaire Papin, l’affaire Dominici, l’affaire des disparues de l’Yonne… Longue est la liste des affaires criminelles en France. Si l’on en connaît souvent les sordides détails, nous avons rarement conscience de leurs effets sur les survivants et l’entourage des victimes. Christian Carayon, l’auteur d’Un souffle, une ombre, publié chez Fleuve éditions, s’est intéressé à cet aspect bien particulier des affaires de meurtre. C’est lors d’une rencontre avec les lecteurs de Babelio, le 17 mars dernier, que ce dernier est venu nous présenter son roman, en partie inspiré par son vécu de l’affaire Alègre.

 

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A l’été 1980, dans le sud du Massif central, un groupe d’adolescents est massacré lors d’une soirée de camping près d’un lac. Dans toute la région, l’onde est sismique et l’insouciance quitte peu à peu les habitants, signant le début du déclin de la vallée. Trente-quatre ans plus tard, alors que le meurtrier croupit en prison, Marc-Antoine Peiresoles, un chercheur en histoire, remet en doute sa culpabilité et décide de reprendre l’enquête. Loin de mesurer les effets de sa curiosité, c’est un prédateur endormi qu’il réveille, dont l’appétit pour les victimes apparaît plus féroce que jamais…

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La peur

La peur, voilà le sentiment qui a poussé Christian Carayon à prendre une nouvelle fois la plume. Professeur d’histoire et géographie au lycée, l’auteur a toujours été intéressé par le lien entre la mémoire et le sentiment de peur et l’influence que l’un peut avoir sur l’autre : “Je souhaitais analyser la relation entre ces deux phénomènes, notamment au travers de la peur liée au temps qui passe.”Son sujet trouvé, il fallait ensuite à l’écrivain une histoire à raconter. S’il reconnaît l’influence de la région de son enfance sur son inspiration, c’est une réflexion nocturne qui a finalement donné naissance à son dernier roman : “Un soir d’été, j’étais assis au bord d’un lac avec mon épouse, lorsque nous avons vu passer quatre jeunes gens en canoë. Quelques heures plus tard, ne les voyant pas revenir, mon inquiétude est montée : et si il leur était arrivé quelque chose ? J’ai laissé mon esprit divaguer et c’est ainsi qu’est né Un souffle, une ombre.”

 

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Construire le passé

Notamment parce qu’il l’étudie chaque année avec ses classes de terminale, Christian Carayon porte un fort intérêt à la question du passé. Pour l’auteur, l’Histoire est totalement liée à l’expérience personnelle et relève donc d’une construction individuelle : “Il y a plusieurs façons de voir l’histoire car chacun se construit vis à vis de moments clés de son passé. La ville où j’ai grandi par exemple, a été extrêmement marquée par l’affaire Alègre et ce traumatisme a complètement marqué le paysage de la région. Finalement, chacun voit le passé qu’il veut bien voir.”

La différence sociale, découlant directement de l’histoire du lieu, est sans doutes l’élément de son enfance dont Christian Carayon a le plus souffert : “La différence faite entre les groupes sociaux, et notamment la division religieuse, est marquée absolument partout dans cette région. J’ai pour ma part grandi dans la classe moyenne, grâce à des parents commerçants et ai été relativement épargné. Cette stigmatisation marquée envers certaines franges de la population est l’un des moteurs de mon roman, tout simplement car elle m’est insupportable. L’économie d’un lieu est directement liée à son histoire et c’est exactement ce que je souhaitais montrer avec ce livre.”

 

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Régler ses comptes

Choqué par cette période et plus particulièrement par les conséquences de cette affaire criminelle sur sa vie quotidienne, l’écrivain a décidé de s’attaquer frontalement à ses mauvais souvenirs en les couchant sur le papier : “C’est la première fois que j’écris à la première personne et ça n’est pas une coïncidence. Mes personnages se sont dessinés au fur et à mesure de l’écriture, grâce à des souvenirs qui remontaient en moi. Persuadé qu’il s’agirait de mon dernier livre, j’ai décidé de régler mes comptes. J’ai en quelque sorte ressenti le besoin d’exorciser ce malaise, pour grandir sans doutes et d’égratigner au passage les gens qui m’en empêchaient depuis si longtemps.”

 

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Roman noir

“Je ne sais pas”, voilà ce que répond Christian Carayon lorsque les lecteurs lui demandent si Un souffle une ombre peut être considéré comme un polar. Très grand lecteur de romans policiers, c’est une sorte de trop-plein qu’il ressent aujourd’hui lorsqu’on lui parle d’enquête : “Cela fait plusieurs années que je ne parviens plus à lire de polars, je n’ai donc absolument pas cherché à en écrire un. J’ai simplement fait appel à ma mémoire et mes souvenirs ont orienté mon écriture sans que je puisse véritablement intervenir.” Si ce roman n’est pas à proprement parler un “polar”, c’est avec certitude que Christian Carayon le définit comme un “roman noir” : “C’est l’ambiance qui fait penser à un polar et cela est normal, dans la mesure où ce sont ces lieux hantés par une affaire sordide qui m’ont servi de point de départ. De plus, Un souffle, une ombre possède également une dimension sociale, ce livre m’a permis de dire les choses, et c’est à mes yeux une des caractéristiques du roman noir.”

 

 

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La source du “je”

Loin d’avoir effectué des années de recherche afin de transcrire d’une façon très policière les faits de son passé, Christian Carayon a décidé de se contenter de ce qu’il avait en tête : “Je n’ai réalisé absolument aucune recherche documentaire, j’ai simplement cherché à écrire sur ce que je savais déjà.” Dans ses deux précédents romans, alors qu’il s’était beaucoup documenté, l’écrivain explique à ses lecteurs que les recherchest imposent un recul difficile à gommer entre l’écrivain et son texte : “Des recherches trop importantes m’avaient bloquées par le passé. Cette fois, j’ai voulu parler de mon vécu et de mes propres expériences. Mes paragraphes sur l’université, s’ils paraissent durs, sont pourtant véridiques !” C’est suite à cette décision d’écrire de cette manière que la première personne s’est imposée à la plume de Christian Carayon : “J’ai commencé à la troisième personne et je me suis trouvé coincé. C’est lorsque j’ai essayé avec le “je” que tout s’est débloqué. Changer de personne m’a véritablement permis de faire corps avec mes écrits. Ce livre est bien trop personnel pour être écrit à la troisième personne.”

 

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Les mots avant l’histoire

Interrogé sur ses méthodes d’écriture, Christian Carayon explique avoir trouvé l’inspiration grâce aux “mots” à proprement parler: “Étant parti de l’atmosphère des paysages de mon enfance, ce sont des mots éparses qui me sont venus tout d’abord en tête avant des phrases ou des éléments d’histoire. C’est en construisant le cadre de mon roman ainsi que son ambiance que tout le reste est venu.” En revanche, si l’écrivain ne connaissait pas le nom du tueur en commençant son livre, la structure de ce dernier a été très travaillée : “J’ai commencé par écrire un synopsis par chapitre, pendant un an et demi. Il a été suivi par 9 mois d’écriture. J’avoue que j’écris par ailleurs très lentement. Contrairement à ce que disent certains auteurs : il y a certains jours où l’inspiration ne vient pas et lors desquels je suis absolument incapable de me forcer.”
Pour ce qui est du narrateur, l’aventure a été beaucoup plus facile pour l’écrivain : “Mon narrateur est un enfant mais détrompez-vous, dit-il aux lecteurs, se remettre dans la peau d’un jeune est quelque chose de très facile, d’autant plus qu’il a le même âge que moi aux mêmes années. Cela m’a simplement demandé un tout petit travail de mémoire, mais piocher dans ses souvenirs n’était vraiment pas quelque chose de compliqué. J’ai même apprécié la démarche !”

 

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Ici et là

Comme il le rappelle souvent dans le cadre de la discussion, les lieux ont une importance fondamentale pour Christian Carayon : “Je suis très attaché aux lieux de mon enfance. Lorsque je reviens chez moi, je m’arrête toujours en haut d’une colline, face à un amphithéâtre clos par la montagne ; c’est seulement là que je me sens bien, je ne sais pas comment l’expliquer.” Omniprésente dans chacun des romans de l’auteur, la région de son enfance constitue le coeur de son oeuvre littéraire : “J’aime cette région, c’est de là que je viens. J’en parlais déjà dans mes anciens livres et j’en parlerai également dans le prochain.” Fidèle peintre de son sud natal, Christian Carayon précise que par delà les personnages, les lieux qu’il évoque dans Un souffle, une ombre, existent réellement : “Le club nautique, l’îlot, le lac et même le ponton…Tout existe ! Pendant l’écriture du roman je me suis rendu 5 ou 6 fois sur place, ce qui ne s’est pas reproduit depuis. Je pense que j’ai enfin tourné la page. Le livre m’a aidé à grandir, je me sens désormais libéré de toutes ces histoires.”

 

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Voir pour écrire

Concernant ses sources d’inspiration, l’écrivain évoque son goût prononcé pour le cinéma : ”Au cours de l’écriture, j’ai pensé à Zodiac, réalisé par David Fincher et paru en 2007. Vous pourrez d’ailleurs trouver un petit clin d’oeil au film à la fin de mon roman. Le cinéma occupe une place importante dans ma vie et la raison principale est ce besoin de “voir” les scènes pour pouvoir les apprécier. Lorsque je lis, si l’écriture n’est pas assez visuelle, j’ai du mal à m’y plonger. De la même manière, si je ne vois pas ce que j’écris, mes textes sont très mauvais et c’est sans doutes pour cela que chacun de mes personnages existe réellement, je dois m’inspirer du vrai pour écrire.”

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est que sur le tard que l’écrivain se tourne vers la littérature : “J’ai mis très longtemps à lire les classiques, car je n’arrivais pas à m’impliquer dans le récit, à m’immerger dedans. J’adorais pourtant les belles phrases et les citations. Étudiant, je recouvrais mon miroir de jolis mots. C’est à l’université qu’un de mes amis m’a fait découvrir des auteurs comme Blaise Pascal ou Blaise Cendrars, dont je ne peux plus me passer aujourd’hui.” Lorsque son quotidien ne lui fournit pas de personnage adapté à ses histoires, c’est donc tout naturellement que Christian Carayon se tourne vers le cinéma : “Pour écrire le personnage de Justine, je l’ai imaginée sous les traits de Jessica Brown Findlay, l’actrice de Downtown Abbey ! J’ai véritablement mis tout mon amour pour le cinéma dans ce roman, et notamment dans la description de ses décors.”

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Projets

Ayant laissé sous entendre la préparation d’un nouveau roman, l’écrivain est enfin interrogé sur ses projets à venir. “Le paysage sera toujours un éléments clé de mon prochain roman. Cette fois, il s’agira vraiment du dernier, j’en suis sûr ! J’ai prévu d’aborder une nouvelle fois la question de la mémoire ainsi que celle de l’isolement. Il sera beaucoup plus noir qu’Un souffle, une ombre, dont l’intrigue va progressivement vers la lumière ; ce ne sera pas du tout le cas du suivant.” Pour ce qui est de retrouver les personnages du dernier roman de Christian Carayon, les lecteurs sont avertis : réutiliser plusieurs fois les mêmes personnages n’est pas un exercice agréable pour l’écrivain : “On retrouve les mêmes protagonistes dans mes deux premiers romans, mais il faut savoir que j’ai très mal vécu cette expérience. Je n’ai pas l’intention de la reproduire. J’en ai terminé avec les habitants de ma région, je n’ai pas besoin de revenir sur eux.”

Comme toujours, la rencontre s’est ensuite prolongée avec une séance de dédicace, pendant laquelle Christian Carayon a pu échanger personnellement avec ses lecteurs et partager sa passion pour l’histoire avec les plus curieux d’entre eux.

Retrouvez Un souffle, une ombre, de Christian Carayon, publié chez Fleuve éditions.

Coup de jeune pour le Goncourt

 

L’arrivée du printemps signe un grand renouveau au sein de l’Académie Goncourt. En effet, les dix membres de la prestigieuse institution se sont réunis il y a quelques jours pour statuer sur le sort d’un tout nouveau système de sélection…

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Jusqu’à présent, l’élection du prix Goncourt était réalisée oralement au début du mois de novembre, lors d’une confrontation entre les différents membres du jury, réunis pour l’occasion.  Au tour à tour, chacun exprimait son vote et le vainqueur était élu à la majorité absolue, après de longs et vigoureux échanges.

Quelques semaines à peine après l’entrée de Virginie Despentes et d’Eric-Emmanuel Schmitt dans le jury, il semblerait qu’un autre personnage rejoigne cette équipe de choc. C’est justement Eric-Emmanuel Schmitt qui a émis lors de la dernière cession du jury, chez Drouant, son souhait de faire intervenir la technologie dans le système du prix. Voici un extrait de la déclaration faite par l’écrivain à la presse, le 18 février dernier :

“L’Académie Goncourt est une superbe entité, mais il faut bien reconnaître que cette institution est quelque peu vieillissante. A l’heure du numérique et du tout connecté, il me semble invraisemblable de passer à côté du virage que prend notre société. De plus, n’étant qu’au nombre de 10, il est parfois difficile de lire tous les textes éligibles au Prix. Le plus simple, serait qu’un algorithme puisse effectuer une première sélection parmi les titres. Nous pourrions ainsi chacun nous concentrer sur seulement deux ou trois livres et être plus efficaces dans notre choix.”

Surprenante, l’idée de l’écrivain est loin d’avoir décontenancé son audience. Il n’aura fallu que quelques minutes d’échanges pour que l’assemblée entière approuve ce renouveau, nous confie Marjolène, une employée de chez Drouant.

Françoise Chandernagor  a même confié aux journalistes à la fin de la séance “Je suis surprise de n’avoir pas moi-même eu cette superbe idée!”

Lancés sur la voie du numérique, l’Académie Goncourt s’est rapidement vue contactée par un laboratoire américain, le Massachusetts Institute of Technology, qui lui proposait de tester un tout nouveau prototype d’algorithme. Le système créé par les Américains fonctionne selon le principe du “degré de similarité”.

Plus exactement, chaque membre du jury devra présenter à ce nouveau type de scanner, une sélection de ses 5 titres favoris, tous genres confondus. Une fois qu’elle les aura scannés, la machine sera capable d’en relever les caractéristiques : genre littéraire, syntaxe, niveau de langage etc… Une fois les préférences de chaque membre du jury enregistrées, les ouvrages éligibles au prix n’auront plus qu’à être scannés par la machine. Le livre ayant le plus haut degré de similarité avec un maximum de ces “indices de préférences” préalablement établis par la machine, sera finaliste.

Victor de Bus, le directeur adjoint du Centre National du Livre,  partenaire historique de l’Académie Goncourt a également validé cette décision  :

“Je suis ravi de la direction que prend l’Académie, qui vieillissait chaque jour un peu plus. Je ne vois pas pourquoi des humains se chargeraient de juger de la qualité syntaxique d’un texte alors qu’une machine peut s’en occuper. Grâce à cette révolution, davantage de titres pourront être soumis au jury, laissant davantage de chance à des auteurs moins connus du grand public ainsi qu’aux petites maisons d’édition.”

Une décision similaire concernant le Goncourt des Lycéens n’a pas encore été abordée par l’Académie. Affaire à suivre…

 

PS : Il s’agissait évidemment d’un énorme poisson d’avril !😉

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Quais du polar comme si vous y étiez

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Cette année encore, vivez le festival Quais du Polar à Lyon, entre le 1 et le 3 avril, comme si vous y étiez.

L’édition 2016 de Quais du Polar

Nous ne fêtons, en 2016, que le douzième anniversaire du festival Quais du polar, le rendez-vous annuel de tous les amoureux du roman noir. Douze ans, ce n’est la majorité dans aucun pays du monde (à notre connaissance). Pourtant, cela fait de nombreuses années que le festival lyonnais est devenu un rendez-vous incontournable et a depuis quelques années atteint, sinon sa majorité, tout du moins une grande maturité. C’est un festival au succès public toujours croissant qui ne s’adresse d’ailleurs pas seulement aux lecteurs les plus assidus de la littérature policière. Amateurs mais aussi curieux, lecteurs ou cinéphiles, français ou étrangers, tout le monde est cordialement invité à cette grande fête de roman noir dans son sens le plus large.

Côté auteurs, des plumes confirmées comme des nouvelles voix seront présentes. David Lagercrantz, Alexis Aubenque, William Boyde, Paul ColizeSandrine Collette, J.J. Connolly, Ingrid Desjours, Caryl Férey, Karine GiébelAnthony Horowitz, Arnaldur Indriðason, Deon Meyer, Jax Miller, Jo NesbøOlivier Truc, Romain Slocombe, Franck Thilliez ou encore Irvine Welsh seront présents pour des séances de dédicaces mais aussi pour des rencontres ou des conférences.

Le programme complet des activités est à retrouver en intégralité ici.

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Babelio présent sur les Quais

jax-miller-colourSur Babelio, on retrouve de grands lecteurs de polars, thrillers, romans policiers historiques, pulp fictions, page-turners, thrillers psychologiques, romans noirs ou de romans à suspens tout simplement inclassables. Il s’agit même de l’une des communautés les plus actives sur le site.

 

AdS, auteurs et autrices de SuisseL’équipe de Babelio n’aurait ainsi pour rien au monde voulu manquer l’appel et sera donc présente à Lyon pour la deuxième année consécutive (vous pouvez retrouver notre compte-rendu de l’année dernière ici).

De nombreux membres de Babelio ont d’ailleurs eu la chance de s’entretenir, lors de nos rencontres, avec certains illustres ou récents représentants du genre comme Jax Miller, Paul Colize, Marc Fernandez ou encore Ingrid Desjours.

Sommaire :
L’article étant amené à s’enrichir au fil du festival, vous pouvez directement accéder à la partie qui vous intéresse en utilisant les ancres WordPress :
Le programme
Au delà des livres
Nos entretiens
Notre revue de presse
Nos listes
Nos quiz
Notre Bilan

Au programme du festival

C’est un riche programme, forcément très noir, qui attend les festivaliers à Lyon du 1er au 3 avril 2016. L’équipe de Babelio vous propose, sur cette même page, différents comptes-rendus et, sur le Twitter de Babelio, un “live-tweet” des différentes rencontres organisées dans le cadre du festival. Vous pouvez également suivre l’actualité du festival avec le hashtag #Quaisdupolar ou en suivant le compte officiel @QuaisPolar.

Voici ci-dessous une sélection non exhaustive des rencontres auxquelles nous pensons nous rendre.

Vendredi 1er avril

Écrire pour la jeunesse : un plaisir ou un devoir ?

Le polar n’est pas seulement un genre à destination des adultes. De nombreux jeunes lecteurs s’y initient très tôt à travers quelques collections qui leurs sont dédiés. Réunis autour de Daniel Picouly, Stéphanie Benson, Benoît Séverac et Benoît Minville vont s’intéresser à la littérature jeunesse et toutes ses contraintes et richesses. Rendez-vous à 15h à l’Opéra de Lyon.

Notre compte rendu de la rencontre

Confortablement installés dans l’Opéra de Lyon, nous assistons à une conférence autour du roman jeunesse. Autour de la table, Stephanie Benson, Daniel Picouly Benoît Séverac et Benoît Mainville, qui échangent autour d’une série de questions.
Avez-vous une façon particulière d’aborder un roman pour les jeunes ?

Daniel Picouly est le premier à intervenir : « Cette idée qu’il existerait des motivations différentes lorsque l’on écrit pour la jeunesse m’amuse beaucoup. Nous ne sommes pas des schizophrènes, nous, les écrivains. Tout le monde se lamente que les jeunes ne lisent plus, tout en dénigrant les écrivains qui écrivent pour eux. Si personne n’écrit de choses intéressantes pour eux, comment voulez-vous qu’ils aiment la lecture ? La cission entre les auteurs jeunesse et adultes ne devrait pas exister. » Benoît Mainville abonde en son sens :  « J’ai grandi avec la lecture mais jamais avec les livres qu’il fallait. Concernant la littérature pour adolescents, je travaille exactement de la même façon que lorsque j’écris pour les adultes. On dit que les adolescents ne lisent plus mais étant libraire je peux vous dire que les adolescents viennent en librairie et si cette littérature que l’on dit « ado » permet de faire le pont entre les lectures jeunesses et celle pour les adultes alors c’est très bien qu’elle existe. » Stephanie Benson  est également d’accord avec ces différents propos : « Je suis le produit de cette différenciation entre littérature jeunesse et adulte et pourtant je suis d’accord avec vous. J’écrivais des romans très noirs, très très noir. Lorsque l’on m’a demandé de faire de la littérature pour enfants, je me suis souvenue de mon parcours personnel de lectrice, où je suis passée directement du Club des 5 à Dickens, à 10 ans à peine. Cette division est en réalité complètement artificielle, les jeunes ne sont pas plus choqués que les adultes face à la même littérature. Concernant la violence que l’on veut leur cacher, laissez-moi vous rappeler que les enfants ont très facilement accès à la télévision, et qu’y a-t-il de plus violent qu’un journal de 20h aujourd’hui ? Pas un livre en tout cas. »

 

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Benoît Séverac conclut ce premier tour de table : « J’ai ressenti l’écart entre la séparation des éditeurs et la réalité en allant à la rencontre avec des jeunes lecteurs en milieu scolaire. Je sais qu’en tant qu’écrivain, nous avons une sorte de responsabilité car on ne sait jamais ce que l’on sème dans la tête des autres par nos mots. Il faut donc faire attention. Mais les jeunes aiment lire, ils aiment aussi les histoires. Je n’aime pas que l’on dise à un auteur qu’il « passe » en littérature jeunesse, non, j’écris et c’est tout. La différence se fait dans le message que je délivre. Personnellement, les adolescents m’intéressent beaucoup car je cherche par mes livres à consoler l’adolescent que j’étais. Les propos de l’écrivain changent en fonction du propos mais en ce qui concernant les difficultés techniques, elles sont identiques, du moment bien sûr que l’on ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. »

 

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Sait-on déjà à quel public on s’adresse avant de commencer ?

Benoît Mainville est le premier à intervenir sur cette question: « J’ai rencontré mon éditeur, Sarbacane, et je ne savais pas à l’époque à qui allaient s’adresser mes histoires. Le secteur jeunesse était en train d’exploser et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu m’y essayer. Les jeunes sont un vivier de lecteurs incroyable. Et puis lorsque j’ai eu envie de faire du roman noir, j’ai tout simplement rencontré un autre éditeur. Les frontières existent effectivement en librairie car il faut bien choisir sur quelle étagère ranger tel livre, mais les auteurs écrivent simplement des histoires que l’on voit réparties par des tiers, sans que l’on puisse intervenir.

Stéphanie Benson : « D’un point de vue éditorial, c’est plus facile de jouer avec les genres : dans la littérature adulte, il y a des cases à respecter: le polar, l’imaginaire, la romance etc… Mais il n’existe pas de catégories en littérature jeunesse, ce qui nous laisse une liberté énorme et c’est très motivant pour les auteurs. Par conséquent, lorsque je découvre un univers que j’ai envie d’exploiter, je peux faire à la fois un roman genré pour adultes, et traiter un autre pan de l’univers en jeunesse. Enfin je voulais également souligner qu’énormément d’adulte, et pas seulement les professionnels, lisent de la littérature jeunesse! » C’est une bonne raison pour ne pas aller vers la simplification exacerbée des textes jeunesse, mais simplement faire une différence en termes de référents culturels. Ce mouvement de simplification de la part des éditeurs, qu’en pensez-vous ?

Daniel Picouly quant à lui n’y va pas de main morte: « Les éditeurs nous font chier. Je suis consterné que l’on face passer des messages particuliers aux adolescents dans le but de leur inculquer des « bonnes valeurs ». Lorsque j’étais jeune, je détestais que l’on me donne des ordres, qu’on me dise quoi faire ou quoi penser. Je résistais sytématiquement et je pense que je ne suis pas le seul. ll ne faut pas utiliser la littérature pour faire passer des valeurs de force. Concernant les changements textuels, je suis sidéré que l’on supprime les passés simples pour les remplacer par du présent et que l’on supprime trop de mots compliqué sous prétexte qu’il faut pouvoir toucher un maximum d’enfants. Vous êtes-vous détournés du Petit Chaperon rouge sous prétexte que vous ne compreniez pas exactement ce qu’était la « bobinette cherra » ? Non, bien sûr, car il y a une beauté dans cette incompréhension, car elle contient le fait que l’on va grandir. Ces livres qui touchent tout le monde comme Harry Potter, Games of Thrones ou Le Seigneur des anneaux, c’est fondamentalement de la littérature jeunesse et c’est très bien écrit ! Cela prouve bien que les enfants, si ils sont entraînés par l’histoire, peuvent tout lire. »

 

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95% des narrateurs de littérature jeunesse ont l’âge de leurs lecteurs. Cette littérature jeunesse que vous écrivez, n’est-elle pas celle que vous auriez aimé lire enfant ? Stéphanie Benson : « Je ne crois pas. J’ai lu ce qui était à ma portée à l’âge que j’avais et j’ai très vite lu de la grande littérature sans me demander à qui elle s’adressait. On écrit toujours un livre que l’on aimerait lire : si l’histoire ne nous attire pas alors il y a peu de chances pour que le lecteur soit lui-même emporté ! Mais en vérité, je suis aujourd’hui incapable de me souvenir ce que j’aurais aimé lire adolescente. D’ailleurs c’est un biais qu’il ne faut pas prendre, car adulte, on peut se tromper sur ses souvenirs du passé. » Daniel Picouly : « Oui, on ne savait pas à l’école ce que l’on voulait lire. Personne ne m’a jamais guidé dans mes lectures et je lisais principalement les livres que lisaient les filles avec qui je voulais discuter, souvent sans regarder le titre. Je pense que la seule motivation qui anime les enfants c’est de trouver un héros qui leur ressemblent. »

 

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Stéphanie Benson conclut cette table ronde : « Je suis entièrement d’accord, il faut savoir désacraliser cette grande littérature qui effraie les parents et simplement chercher à offrir de grandes histoires à nos enfants. J’ai très longtemps eu peur des classiques, jusqu’à ce que je me mette à en lire ! »

 

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Savoir tirer des mots comme des balles : une question de style

On a longtemps considéré le roman noir comme un « sous-genre » de la littérature ou disons, une littérature « mineure ». Ses auteurs ne pouvaient rivaliser, pour certains, avec les grands noms de l’écriture. Au XXIème siècle heureusement, ce constat a fait long feu. Réunis à l’Opéra de Lyon, les écrivains Irvine Welsh, Janis Otsiemi, Patrick Delperdange et Carlos Zanón tenteront de démontrer à quel point le polar est, pour de nombreux auteurs, une question de style. Rendez-vous à l’Opéra de Lyon vendredi à 16h30

Notre compte rendu de la rencontre
Il était question de style et d’écriture à l’Opéra de Lyon. C’est cependant sur le succès du genre du polar dans leurs pays respectifs qu’ont été interrogés les auteurs présents à cette table ronde animée par Philippe Manche.

Pour l’auteur belge Patrick Delperdange, le succès populaire et critique que connaît le genre actuellement doit beaucoup à celui de Millenium, l’oeuvre de Stieg Larsson : « Le phénomène Millenuim est en un sens comparable à Harry Potter qui avait mis un éclairage sur la littérature jeunesse. Grâce à Harry Potter, le public, les lecteurs et les journalistes ont compris qu’il se passait beaucoup de choses fantastiques dans la littérature jeunesse. Avec Millenuim, les lecteurs ont compris que le polar pouvait être intéressant, qu’il ne s’agissait pas d’un genre de série B ». Un constat partagé par Carlos Zanón :  » Avec Millenium, Larsson a fait entrer le polar dans le XXIeme siècle. Il a donné une explication à ce qui se passait dans la rue et a réussi à mettre les lecteurs en relation avec le monde. » Des propos dans lesquels Irvine Welsh se retrouve : « Le polar est un genre qui permet de parler des thèmes très actuels. Cela permet aux lecteurs assez sages d’aborder des thèmes durs ». Pour Janis Otsiemi, le succès des romans policiers au Gabon tient dans la relation que ce genre tisse avec ses lecteurs : « A Libreville, derrière la carte postale, il y a un monde oublié, celui des bidonvilles. Avec les polars, les lecteurs, dont beaucoup sont issus de ces quartiers défavorisés, lisent quelque chose qui leur correspond. Je parle de leur vie dans mes romans noirs alors que « la vraie littérature » ne s’intéresse pas à eux ». Est-ce la raison pour laquelle il écrit des polars, pour s’adresser d’une certaine manière à cette population défavorisée ?  » J’ai choisi ce genre, répond-il, car j’avais envie d’explorer les cercles interlopes du monde dans lequel je vis. La dimension sociale du polar m’intéressait. Il existe un lectorat aux polars en Afrique mais l’offre locale était faible jusqu’à très récemment. » Irvine Welsh, l’auteur écossais, se retrouve dans ces propos : « J’ai toujours été frappé par le fait que persone ne parlait des gens que je connaissais et des lieux que je fréquentais. Les romans ne parlaient jamais d’eux. Mon idée n’était pas de leur donner la voix mais de raconter des histoires, et leur histoires étaient fascinantes ».
Selon Patrick Delperdange, il faut cependant faire attention à ne pas s’attarder uniquement à l’aspect social du polar : « Le polar n’est pas un genre unique. On essaie avec nos romans de montrer la violence des gens qui se retrouvent à la rue, la violence de la société. On s’attache tous ici à montrer des choses mais ce n’est pas le cas de tous les auteurs de polar. Heureusement tous les polars ne sont pas des polars sociaux. »
Pour Carlos Zanón également, les raisons du succès international du polar sont multiples. L’une des raisons repose sur la diversité des auteurs et la façon dont les auteurs se sont chacun emparés du genre : « Les auteurs ne se prennent pas au sérieux. Ils ne se prennent pas pour Thomas Mann ! »
Interrogé sur la langue française et la façon dont celle-ci a façonné son style, Janis Otsiemi est prolixe : « La langue française est presque « devenue » ma langue maternelle. Mon style est né de mon rapport compliqué à la langue française qui a été imposée aux Gabonais. L’histoire de la langue française n’est pas la mienne mais est devenue « MA » langue. C’est l’Académie française qui a imposé les mots que j’utilise alors qu’ils ne correspondent pas toujours à ce que je vis ou à ce que je vois au quotidien. C’est certainement mon jeu avec cette langue qui a donné mon style. Il y a dans la rue au Gabon, un français qui est très différent de la langue fançaise. « Verber » une fille, par exemple, c’est la draguer. Dans la rue comme dans mes romans, on retrouve donc un vrai jeu sur la langue. J’utilise ce français dans le récit, pas seulement dans les dialogues. En France, il n’aurait pas été possible de publier mes romans sans des notes de bas de page. C’est un français tordu. »
« Mais c’est le français tordu qui est le plus intéressant, lui répond Patrick Delperdange, très intéressé par les mots utilisés par son compère Gabonais. J’utilise beaucoup moi aussi un français assez tordu, une expression que j’aime décidemement beaucoup ! De toute façon, les écrivains ne suivent pas toujours les recomandations « officielles » de la langue française. Que des Belges parlent et écrivent français, c’est presque une transgression, c’est utiliser une langue impériale alors que nous sommes un petit peuple -mais brave ! En tant que Belges, nous somes confrontés à cette question : est-ce qu’on écrit en belge ou en français ? Est-ce juste une langue qu’on utilise ? c’est une question intéressante ».
Irvine Welsh est également très intéressé par cette question de la langue et de l’influence de celle-ci sur son style : « La langue n’est pas forcément dans le dictionaire, elle respire et vit dans la rue. Elle évolue en permanance. J’ai commencé pour ma part à écrire en anglais « classique » mais j’ai trouvé que c’était très prétentieux. Mes personnages parlaient un mélange de viel écossais, de langage de rue et d’anglais. C’était très dur d’attribuer un langage à mes personnages car l’anglais est une langue très précise, impériale, qui n’a pas beaucoup de rythme et ne me permetait pas de rendre vivants mes personnages. Je leur ai donc donné un anglais qui n’est pas un anglais standard. On retrouve ainsi un vrai bordel sur la page. C’était la seule façon de rendre vivants ces personnages, de leur rendre justice en quelque sorte. »
Janis Otsiemi se retrouve dans cette idée d’une langue qui s’adapte à ses personnages : « Quand je parle des bidonvilles, de là d’où je viens, je ne peux pas utiliser une autre langue que celle que j’ai utilisée dans mes romans. C’est un choix probablement aussi esthétique mais en vérité, je ne pouvais pas faire autrement. On me reproche parfois de vouloir faire de l’exotisme quand j’utilise cette langue mais ce n’est pas le cas. Pour parler véritablement de ces quartiers et de ces gens, je dois utiliser cette langue. »
La langue a également eu une importance particulière dans le style de l’auteur catalan Carlos Zanón : « Je suis bilingue, mes parents sont bilingues. On parlait espagnol à la maison. Je n’avais pas de conflits particuliers avec le catalan mais toutes mes lectures étaient en espagnol et quand j’ai pensé commencé à écrire, cela s’est naturellement fait en espagnol. Pourtant, en Catalogne, les écrivains catalans qui écrivent en espagnol sont assez critiqués. »

La ville, les lieux dont ces auteurs sont originaires ont-ils eu une influence sur leur oeuvre et leur style ?
Pour le belge Patrick Delperdange, Charleroi, dont il est originaire, est une « ville qu’on adore quitter ! Quand j’ai quitté Charleroi pour m’établir à Bruxelles, à 18 ans, je ne savais pas que j’allais écrire des romans ! Je ne me suis pas posé la question de savoir si la ville avait eu une influence sur mon écriture. J’espère qu’on ne retrouve pas Charleroi dans mon écriture ! J’écris une littérature sur la campagne, une campagne qui m’inquiète, qui me fait peur, à moi qui suis quelqu’un d’urbain. La vue de trois arbres regroupés me fait trembler. Je ne pense pas pour autant être un écrivian de terroir. »

La musique a-t-elle de son côté eu une influence sur leur oeuvre? « La musique a toujours été présente chez moi, répond Janis Otsiemi. Elle n’a pas déclenché ma carrière d’écrivain mais elle a toujours été présente. je cite souvent quelques extraits dans mes romans. J’aime beaucoup le rap français, par exemple. J’y trouve des échos avec ce que vivent les jeunes dans les bidonvilles. J’aime aussi la rumba. Lorsque j’écris, il y a toujours de la musique. »
« J’ai pour ma part été batteur dans un groupe punk mais je ne pense pas que cela ait influencé mon écriture, reprend Patrick Delperdange. Contraiement à Janis, je ne peux pas écrire en écoutant de la musique. L’effet de l’âge sans doute ! La musique peut vous donner envie d’écrire sur un certain rythme. Bach vous donne envie d’écrire. C’est une sensation, pas un message.Elle peut vous donner des frissons, vous donner envie de vous transcander. »
« La musique est pour beaucoup de gens un premier rapport avec l’art, poursuit Irvine Welsh. La musique a été mon tramplin. Je n’aurais pas été écrivain si je n’avais pas travaillé autour de la musique. David Bowie est quelqu’un a changé ma vie. C’était tres inspirant de l’écouter et de le voir rentrer dans ses personnages. Pour répondre à la question, quand j’écris, j’établis une playlist pour tous mes personnages, j’essaie de deviner quelle musique ils pouvaient écouter. »

Carlos Zanon conclut : « Quand je mettais la radio, j’écoutais de la musique créée à des milliers de kilomètres de moi. Cela a créé quelquechose que mes parents ne comprenaient pas. J’essayais de comprendre les paroles. j’ai joué moi même dans un groupe. Cette immédiateté m’a conduit à écrire. Ce qui est important pour moi ce n’est pas de dire quelquechose mais la façon de l’exprimer.

 

Irvine Welsh

Des espions d’antan à wikileaks

L’espionnage étant au coeur de cette édition 2016 de Quais du Polar, il sera intéressant de découvrir comment les auteurs envisagent les outils modernes de l’espionnage dans leur processus de création. C’est une assemblée aussi hétéroclite qu’internationale qui se penchera, dans le grand salon de l’hôtel de ville sur la question de l’espionnage moderne, incarné par Wikileaks et l’émergence des drônes. On retrouvera ainsi les auteus James Grady, Arnaldur Indriðason, Percy Kemp, David Lagercrantz et Jean Van Hamme vendredi à 17h30 dans le grand salon de l’hôtel de ville.

 

 

Conférence placée sous le signe de l’espionnage, c’est non sans humour que les auteurs invités à cette rencontre ont abordé la question de la construction de leurs romans ainsi que de leurs inspirations.

James Grady a tout d’abord évoqué la question des bouleversement que connaît le monde d’aujourd’hui pour aborder leurs conséquences sur l’univers de l’espionnage : « Le monde a changé en deux façons. La technologie est le premier facteur de différenciation, suivi par la toute puissance du libéralisme. Les questions de liberté et de sécurité, elles, sont aussi vieilles que le monde mais la réalité les concernant n’est plus du tout la même aujourd’hui. »

Percy Kemp ajoute : « Chez les auteurs de romans d’espionnage, il existe effectivement une nostalgie de la période de la Guerre Froide. S’il nous faut toujours vaincre un ennemi aujourd’hui, il n’est plus diabolisé. Aujourd’hui, nous avons seulement des nuances de gris pour qualifier les autres, ce qui donne beaucoup moins matière à faire un bon roman d’espionnage que lorsque l’on pouvait comparer l’ennemi totalitaire au mal incarné. C’est une des raisons pour lesquelles les romanciers d’espionnage font très souvent mention à cette période de Guerre Froide. L’autre élément fondamental de changement est que nous sommes passés au temps court à cause des technologies alors que l’espionnage a besoin d’un temps long pour se développer. Aujourd’hui, les espions sont dépendants de l’action, ce qui n’était pas du tout le cas auparavant. »

 

Jean Van Hamme explique ensuite : « Pendant la Guerre Froide, les choses étaient plus faciles. Il y avait nous contre les méchants, mais tout d’un coup, la Russie est devenue un pays amical et nous n’avions plus d’entité ennemie clairement définie. L’espoir qui consistait à aller chercher des informations en territoire ennemi n’avait plus raison d’être. D’ailleurs aujourd’hui on ne parle plus d’espionnage mais de « renseignements ». Le vrai espionnage qui persiste encore aujourd’hui est l’espionnage industriel qui est d’ailleurs très fleurissant parce qu’il nécessite de s’informer sur une entité dite concurrente définie.

Arnaldur Indridason prend ensuite la parole : « Je comprends parfaitement cette nostalgie de cette époque, surtout car il s’agissait d’une période bien plus simple qu’aujourd’hui, bien moins floue: il n’y avait ni internet, ni twitter et les gens devaient même se rencontrer pour échanger des informations ! On ne peut pas dire qu’en Islande nous ayons connu de grands scandales d’espionnage mais peut-être car nous sommes 300 000 enfermés sur une île au milieu de nulle part et que tout le monde se connaît ! J’ai en réalité l’impression aujourd’hui de vivre dans une histoire d’espionnage infinie. Lorsque j’utilise ma carte de crédit je donne des informations sur moi, lorsque j’allume mon téléphone je dis où je suis et lorsque je vais acheter du lai une caméra me filme : tout le monde espionne tout le monde désormais. J’ai la nostalgie du temps où les espions devaient se retrouver dans de petits coins sombres pour échanger des informations en cachette… »

David Lagercrantz ajoute :  » La bonne chose avec le monde des espions c’est la paranoïa. Avant, il y avait la CIA, et Big Brother alors que maintenant nous avons un milliard de Little Brothers qui nous observent chaque jour. Nous avons raison d’être tous paranoïaques car je pense que l’on ne peut pas imaginer la capacité d’espionnage d’un ordinateur : le mien en sait plus sur moi que moi-même ! Nous vivons vraiment dans un monde très étrange ; un monde très étrange où nous avons besoin de Lisbeth Salander pour nous en sortir.

 

Percy Kemp explique à son tour : « Nous n’avons plus d’ennemis car nous traitons désormais de menaces totalement désincarnées, qui s’apparentent à des virus avec lesquels on ne peut pas négocier. Nous ne sommes d’ailleurs pas espionnés en tant que nous mais en tant que comportement. Ce ne sont pas nos identités qui intéressent mais plutôt les comportements divergents. L’individu tel qu’il est n’intéresse personne, d’ailleurs il n’existe plus aux yeux du monde, je ne crois plus en l’existence d’une intégrité individuelle. Nous vivons une véritable tyrannie des ides qui font que les gens adoptent des comportements qu’ils n’auraient jamais pris auparavant. Dans les mondes post apocalyptiques que je mets en scène dans mes romans, les hommes s’entre-tuent pour la survie, pas pour des idées. J’entends souvent parler de régression mais j’y vois plutôt du progrès… »

David Lagerkrantz poursuit : « Lorsque je me suis renseigné sur Alan Turing, j’ai pris conscience qu’effectivement, en parlant de comportement, nous avions tous peur de la différence. Alan Turing a été décrié pour sa différence alors qu’il avait un esprit extraordinairement brillant. J’ai peur que nous allions vers un monde d’intolérance totale. Regardez dans le métro, tout le monde se détaille des yeux. Alors que nous avons toujours eu besoin de gens différents car ce sont souvent eux qui ont les meilleures idées. Nous devons apprendre à vivre avec tout le monde.

Samedi 2 avril

Quand le polar rencontre l’Histoire

Courant toujours très populaire parmi les amateurs de romans noirs, les polars historiques ont le vent en poupe sur Babelio. Pour évoquer ce genre particulier qui mêle petites et grande Histoire, Jacques Côté, Viviane Moore, Jean-François Parot, Romain Slocombe et John Lawton sont attendus dans le Grand Salon de l’Hôtel de Ville dès 10h.

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A écouter ici et en intégralité, les propos des différents intervenants sur ce thème.

Plus belle la ville ? comment le roman noir demeure un genre urbain

Présenté par le festival comme un “genre urbain par excellence”, le polar a régulièrement mis en scène des villes jusqu’en faire parfois les personnages principaux de certains romans. Ce sont des auteurs qui sont nés, qui ont vécu ou qui ont écrit sur des villes les plus diverses qui sont invités dès 10h30 dans la Chapelle de la Trinité, à parler de cette si particulière relation entre le polar et la ville. La table ronde réunira l’italien Donato Carrisi, l’hollandais Walter Lucius, la sud-africaine Michèle Rowe, l’américain Richard Price et l’espagnol Carlos Zanón.

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Sur ce thème, nous vous proposons d’écouter la captation de la conférence réalisée par le festival lui-même.

La résurrection des héros ( redonner vie à des héros créés par d’autres)

Les héros ne meurent jamais. De James Bond à Blake et Mortimer, tous survivent à la mort de leurs auteurs et parviennent, au fil des années, à rester pertinents aux yeux du public. David Lagercrantz, qui a repris, avec succès, les aventures de Lisbeth Salander pourra en témoigner en compagnie d’Anthony Horowitz, Sophie Hannah et Jean Van Hamme. La rencontre aura lieu à 11h à la Comédie Odéon.

 

 

Notre compte rendu de la rencontre

De nombreuses icônes de la littérature et de la bande dessinée ont survecu à leurs auteurs-créateurs. D’autres auteurs ont pris le relais de leurs créateurs et ont proposé de nouvelles aventures à ces héros. Anthony Horowitz, David Lagercrantz, Sophie Hannah et Jean Van Hamme font partie de ces auteurs. Le premier a apporté de nouvelles enquêtes aux CV déjà bien chargés de Sherlock Holmes et de James Bond. Le suédois, auteur du livre de Zlatan Ibrahimovic à quant à lui poursuivi l’oeuvre de Stieg Larsson en ajoutant un quatrième tome à la saga Millenium. L’anglaise Sophie Hannah, passionnée par l’oeuvre d’Agatha Christie, a proposé aux lecteurs de retrouver Hercule Poirot. Enfin, Jean Van Hamme, scénarist de BD, a en son temps repris les personnages de Blake et Mortimer avec l’Affaire Francis Blake qui a relancé ‘intérêt du public pour l’oeuvre de Edgar P. Jacobs.
Comment s’attaque-t-on à de tels personnages ? Pour Sophie Hannah, grande lectrice de l’oeuvre d’Agathe Christie, cela était presque comme un évidence : « Si ça avait été un autre écrivain, j’aurais refusé, avance-t-elle d’emblée. Agatha Christie est le premier auteur que j’ai lu. J’avais alors 12 ans. C’était Le corps de la bibliothèque. A 14 ans, j’avais tout lu (c’est à dire près de 80 livres). Quand on m’a demandé de poursuivre son oeuvre, je me suis rendu compte que mes polars psychologiques prenaient directement leur insipration dans ses romans. C’est un peu comme si elle avait été ma mentor sans que je ne m’en rende compte ; qu’il y avait, cachés dans mes propres romans, des romans d’Agatha Christie. En réalisant cela, j’ai pensé que je pourrais peut-être reprendre le flambeau. »

 


Anthony Horowitz confirme qu’il n’a pas hésité longtemps avant de reprendre le personnage de Sherlock Holmes: « Cet héros faisait partie de moi, de mon enfance. C’est un privilège de pouvoir écrire des histoires autour de lui. Je ne pense pas avoir hésité plus de cinq minutes. Je rejoins également Sophie sur un point : je pense qu’Il y avait beaucoup de Conan Doyle dans mes romans.  » David Lagercrantz réfute l’idée qui voudrait qu’il y ait une forme de cynisme dans le fait de reprendre ses personnages qui ne leur appartiennent pas : « Je ne vois pas de cynisme dans la reprise des personnages. Ces derniers disent des choses intéressantes sur notre époque, pourquoi ne devrait-on pas continuer leurs aventures ? Je pense qu’on peut faire tout ce que l’on veut en littérature, tant qu’on le fait bien ». Sophie Hannah pensait elle qu’il pouvait éventuellement y avoir une forme de cynisme de la part des éditeurs mais toutes ses idées négatives sur cette question se sont envollées quand elel a lu La maison de soie d’Anthony Horowitz. Elle devait le lire et publier une critique sur ce livre pour un journal. En le lisant, cela a été un choc :  » J’ai adoré ce livrequi m’a convaincu que les livres de continuation d’oeuvre avaient leur place tant que l’histoire était bonne. Les personnages sont plus grands que leurs auteurs. La seule et unique question qui s’est posé c’est de savoir quelle bonne histoire de Poirot je voulais raconter. »

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Comment travaille-t-on autour de tels personnages si appréciés du public se demande alors Macha Séry qui anime la rencontre. La pression de décevoir n’est-elle pas trop forte ? David Lagercrantz confirme qu’il y a bien une forme de pression mais que celle-ci est plutôt bénéfique : « Stieg Larsson est très respecté en Suède et j’avais naturellement peur qu’on me dise que je ne lui rende pas justice. J’avais peur que Lisbeth elle même me reproche cela ! Ceci étant dit, j’aime avoir peur, cela me motive. D’autre part, j’aime les commandes et ce genre de défis. Je suis un ancien journaliste et ce qui m’intéresse particulièrement dans l’écriture est de pouvoir me pencher sur des choses très différentes ». La question ne s’est en revanche absolument pas posé pour Sophie Hannah : « Agatha Christie est le meileur écrivain de polar dans le monde et cela enlève donc une certaine pression. On savait que je ne serais pas aussi bonne qu’elle, cela aurait été comme être aussi forte que Dieu. »
Jean Van Hamme a découvert Blake et Mortimer à six ans et demie dans le Journal de Tintin avant de tout oublier de longues années durant. Quand l’éditeur lui a proposé de reprendre le flambeau de E.P. Jacobs, il n’a pas hésité une seconde : « On m’a demandé de jouer Jacobs, en quelque sorte, de me mettre dans sa peau. Sa façon de travailler n’est pas du tout la mienne. C’était ainsi un vrai plaisir de devoir proposer quelque chose aux antipodes de mon travail habituel. Cela s’est passé très simplement, avec d’autant moins de pression que les albums ont connu un véritable succès et ont relancé les ventes des anciens albums de E.P. Jacobs. »

Le rôle de l’auteur est-il de se conformer le plus possible au style des créateurs des personnages repris ? Ou bien, s’il le faut, de réiventer les personnages ? Pour Anthony Horowitz, le travail consiste a être « invisible » :  » il faut que les lecteurs pensent que c’est Doyle qui écrit le livre. Pour cela j’ai beaucoup relu son oeuvre. Je voulais connaitre ses astuces, ses maniérismes ». Réponse assez similaire de Sophie Hannah :  » Je ne réinventais pas Hercule Poirot, je reprenais simplement un personnage existant, je lui ai juste apporté un nouveau dossier ». Une impression également partagée par David Lagercrantz qui concède peut-être mettre tout de même de sa patte dans les personnages : « J’ai profité de la mythologie des personnages pour les developper à ma façon ». Du côté d’Anthony Horowitz , le personnage de James Bond, tout droit sorti d’une autre époque, lui a tout de même posé quelques problèmes : « Il y a beaucoup d’éléments de l’oeuvre de Ian Fleming que je ne voualis pas reprendre. Si James Bond est un personnage assez misogyne et homophobe, il fallait, dans mon récit, que les lecteurs se rendent compte que cela n’est pas bien. Il y a de ma part une forme de jeu avec les textes et les personnages d’origine, sans les changer forcément. J’ai ainsi créé un ami de James Bond qui est gay ».

Le mot de la fin revient à David Lagercrantz. Un membre du public lui demande en effet si les auteurs n’ont pas peur de perdre leur style en « s’appropriant » ainsi celui des autres. « Cela revient à poser la question éternelle qui est « Qui suis-je ? », lui répond l’auteur suédois avec amusement. « Je pense que l’on se retrouve plus facilement quand on se confronte aux autres. Emprunter la voix des autres permet de trouver in fine la sienne ».

 

Écrire après « ça » : 11 septembre, Charlie, 13 novembre

A la sources de nombreux romans, on retrouve quelques grands drames et catastrophes. Comment les auteurs s’emparent-ils des événements tels que les attentats du 11 septembre 2001 ou du 13 novembre 2015 ? Ce sont les écrivains Leye Adenle, James Grady, Benoît Séverac, Ingrid Desjours, et Deon Meyer qui tenteront de répondre à cette question à 14h au théâtre des Célestins.

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Le noir leur va si bien : quand des écrivains hors-genres s’inspirent du polar

Ce sont des auteurs que l’on ne classerait pas forcément dans le registre du polar qui sont invités par le festival pour parler justement de l’influence de ce genre sur leur oeuvre. S’ils n’écrivent pas toujours des romans policiers, Laurent Binet, Jérémy Fel, Philippe Jaenada ou encore Irvine Welsh empruntent tous les quatre certains codes du genre. Ils en parlent dans le grand salon de l’hôtel de ville à 17h.

Vous pouvez retrouver les différentes interventions des invités sur le site de Quais du Polar.

 

Au delà des livres

Le noir n’occupe pas seulement les pages des livres, il investit également les écrans de télévision ou de cinéma. De nombreuses activités liées au séries et au cinéma plus ou moins liées au genre du « polar » sont ainsi proposées aux festivaliers. Au programme, par exemple, un hommage à Jean-Pierre Melville, un ciné-concert autour de film Ghost Dog de Jim Jarmush, une master-class données par un amoureux du genre Bertrand Tavernier, une présentation de la série Occupied par l’auteur son créateur et scénariste Jo Nesbo et autres événements à découvrir ici.

Si ce sont les dédicaces qui vous intéressent particulièrement, vous pouvez retrouver le planning complet ici.

Entretiens,au cours du festival

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Entretien avec Sandrine Collette, autour de son livre Il reste la poussière, publié chez Denoël

Il reste la poussière se déroule au sein d’une estancia, une exploitation animale, en Patagonie. Pourquoi avoir choisi ce lieu si particulier ? Avez-vous voyagé afin d’écrire ce roman ?

Pour moi, l’histoire précède le lieu précis. Quand j’ai « tenu » le fil de Il reste la poussière, j’ai cherché après coup où l’implanter : forcément dans des grands espaces, mais lequel ? J’ai regardé du côté de l’Europe (Espagne, Portugal et leurs haciendas), de la France même (la Camargue ?) mais cela restait trop petit pour voyager cinq, six jours à cheval sans croiser une ville. Le grand Ouest américain – mais déjà tellement mis en valeur par les auteurs américains, évidemment. La Patagonie a été mon coup de cœur. Mais comme je ne voyage pas, tout est basé sur de la recherche documentaire.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur Babelio

 

AVT_Thierry-Smolderen_7234Entretien avec Thierry Smolderen, autour de son album L’été Diabolik, publié chez Dargaud

L’été Diabolik, qui met en scène le jeune Antoine l’été de ses 15 ans, est à la frontière entre le polar et le roman d’apprentissage. Pourquoi vous être orienté vers le policier pour cet album ? Comment est né le roman ?

L`idée est née de l`envie de faire album dans le même esprit, mais centré sur les années 60. Alexandre était alors à mi-parcours de la réalisation de Souvenirs de l`empire de l`atome. C`est le film Danger : Diabolik de Mario Bava , d`inspiration très pop et psychédélique, qui m`a inspiré le point de départ du scénario : l`ambiance d`espionnage, et la figure d`un super-criminel sorti tout droit des fumetti bon marché qui s`affichaient à la devanture des kiosques à journaux quand j`avais treize ou quatorze ans. Le thème du « roman d`apprentissage » m`est venu tout naturellement du travail de réminiscence que j`ai fait alors pour retrouver les sensations visuelles (surtout graphiques) liées aux années-clés de mon adolescence (je suis né en 1954).

 Retrouvez l’interview complète de Thierry Smolderen sur Babelio 

Revue de presse du festival

Retrouvez ci-dessous, tout au long du festival, des liens ou des extraits d’articles de presse qui ont retenu notre attention.

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Le magazine “Lire” propose un numéro consacré au polar avec, au sommaire, une sélection des 10 meilleurs romans policiers de l’année. Si vous deviez en choisir 10 également, lesquels feraient partie de votre liste ?


Le journal “20minutes” vous propose quant à lui une dizaine de bons plans liés au festival : Discussion avec Frank Thilliez, une enquête grandeur nature dans la ville et pourquoi pas, une visite des musées de la ville.

Le magazine “Marie France” a de son côté demandé à sept auteurs de polars d’où venait leur inspiration. Réponses ici.

Quelques Listes

En attendant le festival, par simple curiosité ou pour en savoir plus sur le genre du polar, nous vous proposons quelques listes de livres en lien avec le festival.

agathaÊtes-vous d’accord avec cette liste des polars incontournables signée la_fleur_des_mots ? Lesquels aimeriez-vous ajouter à la liste ?

Par quels romans policiers commencer ? Les romans d’Agatha Christie sont-elles toujours une valeur sûre ?

Les héros seront à l’honneur lors du festival. Voici une liste d’un certains nombre de personnages particulièrement durs à cuire :

Deon Meyer et Caryl Férey seront au festival. Avant de les écouter parler de leurs oeuvres, nous vous proposons de redécouvrir l’Afrique à travers leurs polars.

Quelques quiz

Pour jouer autour du roman noir, nous vous proposons ces quelques quiz créés par l’équipe ou les membres du site. Evidemment, les organisateurs de festival auront toute latitude pour refuser l’entrée aux auteurs des scores les plus honteux😉mill

L’interrogatoire de police !  Connaissez-vous les bases du roman policier ? Petit retour sur l’histoire du genre en quinze questions à travers un quiz à la difficulté progressive.


Les festivaliers auront la chance de rencontrer l’auteur Jo Nesbo. 
Dilou37 vous invite à jouer autour de cet auteur et de son célèbre héros Harry Hole.

David Lagercrantz sera interrogé sur la façon dont il a repris la saga Millenium. Avez-vous apprécié ce nouveau tome ? Et surtout, qu’en avez-vous retenu ?

William Boyd a repris les aventures de James Bond. Si vous avez bien lu son ouvrage, vous devriez pouvoir répondre à ces quelques questions !

Notre bilan

 

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Le bilan de cette nouvelle édition de Quais du polar semble très positif. Les auteurs étaient nombreux, très accessibles et les thèmes des différentes conférences variés.

Côté visiteur, le festival et la ville de Lyon ont de quoi se réjouir. Plus de 80 000 visiteurs se sont en effet rendus à  cette manifestation. Le journal Libération souligne le côté festif de Quais du polar et le caractère chaleureux des invités : « le milieu du polar, censément au chevet des côtés les plus dark de l’humanité, avait décidé d’apporter un peu de tendresse dans ce monde de brutes. »

Les éditeurs et auteurs doivent également être ravis. Il y avait du monde pour les dédicaces et il est dit que près de 35 000 livres ont été vendus.

Etes-vous d’accord avec ce bilan ? Avez-vous également apprécié cette nouvelle édition du plus célèbre festival consacré au polar ?

A la rencontre des lecteurs de Babelio, la suite

Avec ses 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous céder la parole. Désormais, chaque mois, nous inviterons un membre du site à parler de ses lectures.

En avant pour le second portrait livresque de l’histoire de Babelio.

 

Rencontre avec babounette, inscrite depuis le 30/05/2009.

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Bibliothèque de Babounette

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Bonjour à tous et toutes, j’ai eu l’honneur d’être choisie pour cette deuxième rencontre avec les membres de Babelio et c’est avec plaisir que je vais répondre aux questions.

Je suis arrivée sur le site Babelio par le biais de ma fille cadette qui en fait partie depuis longtemps, c’était en 2009. Au début, je ne savais pas trop à quoi je m’engageais, mais j’ai vite adoré la communauté des lecteurs et lectrices, mon intégration a été facile grâce à la convivialité des babéliotes et du site proprement dit. Et… je suis toujours là. Au fait, doit-on dire babeliote ou babéliaute ?

Les livres sont des amis, ils permettent de s’évader, de voyager, de se remettre en question, ils sont un outil de travail, d’échanges, de discussions et de rencontres.

 

Quels genres contient votre bibliothèque ?

Ma bibliothèque, ou plutôt mes bibliothèques ! Parlons-en, il y en a 4 chez moi, la grande (photo), une moyenne et deux plus petites, disposées un peu partout dans mon petit appartement. Elles contiennent de tout, parce que je m’intéresse à presque tout, romans policiers, d’amour, sagas familiales, romans historiques, biographies, livres d’arts, livres de poésie, de psychologie, des documentaires, des livres pour la jeunesse (petits et ados), j’ai quatre petits-enfants de 19 mois à 12 ans. Elles finiront par déborder parce que je ne peux pas résister à un livre qui me plaît. C’est grave !

 

Vous lisez beaucoup de romans psychologiques et de témoignages : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Ce qui m’attire dans les livres et romans traitant de psychologie et les témoignages, c’est le vécu des gens, leur ressenti, la manière dont ils se sont sortis ou non de situations difficiles, voire tragiques. Sans vouloir m’étendre parce que ce n’est pas le but, c’est seulement une explication à l’intérêt que je porte à ces lectures, j’ai vécu des choses douloureuses et certains témoignages et livre de psycho m’ont fort aidé dans ce parcours-là.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

$_35Oups ! Terrible question ! Jusqu’où remonte ma mémoire ? Je devais avoir huit ou neuf ans, je vivais au Congo (ex Belge), nous recevions mes frères et moi à chaque sortie d’un livre de la collection Marabout Junior, mes frères les Bob Morane, Nick Jordan (que je lisais après eux!), et moi, les Sylvie (que mes frères ne lisaient pas !) J’ai le souvenir d’un livre que je n’ai jamais oublié, je ne sais pourquoi, c’est « Quatre filles sur un mur » de Renée Manière, et à l’époque, je m’étais jurée que si j’avais un jour une fille, elle s’appellerait du prénom de l’une des quatre filles de ce roman, et c’est chose faite, ma cadette (elle a tout de même 34 ans) porte l’un des prénoms.

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

bm_CVT_Avant-toi_7508Alors, encore une question difficile, il y a beaucoup de beaux livres, et le choix vient sans doute plus d’un ressenti, du souvenir qu’il laisse, parce que je peux le trouver beau et un(e) autre lecteur/trice non.

Pour parler du plus récent, je dirais « Avant toi » de Jojo Moyes, j’ai trouvé ce livre vraiment génial parce qu’il parle d’une personne qui s’interroge sur le sens de sa vie après s’être retrouvé dans un fauteuil roulant, tétraplégique, dépendant de tout le monde pour la moindre chose, sa force de caractère pour décider du moment de sa mort programmée, de la force de caractère aussi de cette jeune fille qui va accepter de s’occuper de lui , qui se rend compte qu’elle l’aime, mais que tout son amour ne servira pas à le sauver. L’écriture est belle, fluide, il réunit une foule de sentiments et d’émotions, en un mot, il est renversant, bouleversant. J’y repense souvent, d’autant plus que le sujet de  l’euthanasie est d’actualité et commence à lever un voile sur les personnes qui veulent s’en aller parce qu’elles n’en peuvent plus de souffrir.

Et puis, il y a aussi « Le vase où meurt cette verveine » (conseillé par Fanfanouche) de Frédérique Martin et « La femme coquelicot » de Noëlle Châtelet. Dans les livres pour enfants, mes coups de cœur sont incontestablement « J’ai laissé mon âme au vent » de Roxane Marie Galliez, « L’amoureuse » de Florence Langlois et Fabienne Frémeaux. Et,  après celui-ci je m’arrête, mais il est génial aussi « Le petit être » de Jeanne Benameur et Nathalie Novi. Des petites merveilles, aussi bien les histoires que les illustrations.

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

cvt_LAmour_2017C’ est sans hésiter « L’Amour » paru aux éditions de la Martinière, c »est ce que j’appelle un livre précieux, autant par son contenu que par sa présentation. Il rassemble de sublimes photographies illustrant des extraits de poésies de grands écrivains et poètes tels que Rainer- Maria Rilke, Antonio S. Bayatt, Rabindranath Tagore, Pablo Neruda, Friedrich Nietzsche, Vladimir Soloviev et d’autres encore. J’y ai placé une quantité de marque-pages pour retrouver les textes et photos qui me parlent le plus. Je devrais d’ailleurs l’ajouter en tête de liste dans mes livres à emporter sur une île déserte.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? 

Oh la la la , il doit y en avoir quelques-uns, mais je n’ai pas de honte ! Un dont je suis sûre, c’est « La divine comédie » de Dante Alighieri, mais il n’est pas trop tard pour bien faire non ?

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésiter, c’est celui dont je parle à la question 6 « L’Amour », Mêmes ceux qui ne sont pas ouverts à la poésie ne pourront y rester indifférents. Je crois qu’il n’est plus édité, mais qu’on peut sans doute le trouver sur internet. C’est tellement beau.

Je l’ai découvert il y a quelques années chez mon libraire préféré, ce n’était pas ce que j’étais allée chercher, mais j’en suis littéralement tombée amoureuse au point que j’en ai oublié celui que j’étais allée acheter.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier, papier, papier ! Sur tablette ou liseuse, brrr… c’est froid. J’aime trop l’odeur du papier, son toucher, ils sont comme « vivants ». Une liseuse… bof !

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Hihihi ! Mon lit ! En été, ma terrasse, dans un parc, dans le métro… Il m’est arrivé de lire en marchant, mais après m’être pris quelques poteaux et personnes de plein fouet, j’ai renoncé.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Plusieurs, laquelle choisir ? Hum !  Je vais en écrire deux,

La première est de Marcelle Sauvageot tirée de son livre « Laissez-moi » :

« Vous pouvez tout faire, penser ou croire, posséder toute la science du monde, si vous n’aimez pas, vous n’êtes rien. »

Et celle-ci de Jacques Brel :

 

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C’est aussi ce que je vous souhaite à tous et toutes.

 

Quel sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

51GC10KZ28L._SX195_En cours, je lis « La petite aux tournesols » de Noëlle Châtelet, j’avais adoré « La femme aux coquelicots », une babeliote NCJ m’a dit alors que j’aimerais celui-là.

Et j’attends « Quand la nuit voit le jour » de Marie-Josée Christien, gagné grâce à l’opération Masse critique jeunesse du mois de mars. Encore une super idée que ces opérations, de véritables cadeaux pour ceux qui sont sélectionnés. Mille mercis ! S’il tarde à venir et que j’ai fini « La petite aux tournesols », j’entamerai alors « Poèmes à Lou » de Guillaume Apollinaire, je crois que je vais me régaler.

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

Cela dépend du livre, pour les romans en tous genres, laisser passer ses émotions, éviter de trop en dire (très très difficile ) tout en donnant aux lecteurs/trices l’envie de le lire évidemment pas trop longue non plus, ni trop courte,

ne pas dévoiler l’intrigue s’il y en a une. Pour les livres plus « techniques », comme ceux parlant de politique, les livres d’histoire, ceux traitant de problèmes de société… c’est (pour moi) plus ardu car il s’agit d’en faire un condensé agréable. Je crois que tout est une question d’intérêt pour le livre en question.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

U41u-oVT9O-L._SX195_ne anecdote, je n’en ai pas à raconter, mais j’ai la chance d’être une amie d’Ana Fernandez, une dame extraordinaire, de nationalité argentine, qui sous la dictature s’est exilée en Belgique en 1978. J’ai posté sur le site sa biographie, et les critiques de deux de ses livres « Interdit de mémoire » et « Blanca Luz obscurément », écrits en espagnol argentin et traduits par mon frère. Elle était présente au Salon du Livre de Bruxelles. A lire !

Des échanges entre lecteurs et lectrices, j’en ai beaucoup, vu le nombre d’ami(e)s que j’ai sur le site, certain(e)s avec qui j’ai plus d’affinités bien sûr. Et tout cela grâce à Babelio qui fut pour moi une merveilleuse découverte dont je parle autour de moi avec beaucoup d’enthousiasme. Je vous souhaite de merveilleuses lectures.

 

Merci à tous les postulants pour les prochains portraits, nous sommes ravis que l’idée vous plaise !

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Valérie Tong Cuong

Peut-on tout pardonner ? Voilà la question que pose Valérie Tong Cuong dans son dernier roman, Pardonnable, impardonnable, publié en poche aux éditions J’ai Lu. Le mardi 22 mars, dans les locaux de Babelio, l’auteur a ainsi invité les lecteurs à explorer tour à tour les différents stades de ce processus compliqué qu’est le pardon, de la colère à l’amertume, en passant par le haine et la vengeance, lors d’une rencontre animée par son éditrice, Louise Danou.

Un après-midi d’été, alors qu’il aurait dû être chez lui, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement. A son chevet, sa famille s’interroge sur les raisons de l’accident. Tandis que l’angoisse les ronge, les rapports de force et mensonges qui sous-tendent la famille ressurgissent peu à peu. Malgré l’amour que chacun porte à l’enfant, la colère s’invite. Quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
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Écrire le pardon

Les fidèles de Valérie Tong Cuong connaissent son intérêt pour l’étude de la psyché humaine. Loin de mettre en scène des personnalités extraordinaires, l’écrivain s’intéresse au “simple quidam”, le monsieur tout le monde dans lequel chacun est susceptible de se reconnaître : “J’aime voir comment l’homme s’adapte aux événements qui s’invitent sur son chemin et plus encore mettre une loupe sur les outils qu’il utilise pour avancer dans la vie.” Dans cette optique de l’étude des sentiments humains, Valérie Tong Cuong a choisi dans son dernier roman de s’intéresser plus précisément au cheminement vers le pardon, ayant elle-même expérimenté cette étape difficile : “J’ai récemment pardonné un événement de mon passé, cela m’a pris plus de 50 ans et pourtant c’est l’un des plus grands cadeaux que je me suis fait. J’ai voulu écrire ce ressenti et m’intéresser à cette démarche en tant qu’acte. C’est ainsi qu’est né Pardonnable, impardonnable.”  Outil le plus puissant de la libération de soi, selon l’écrivain, le pardon est au coeur des problématiques familiales qu’elle a cherché à comprendre, en mettant en scène une maisonnée entière, au chevet d’un enfant : “Toutes les familles vivent sur des non-dits. On cherche souvent à protéger nos proches grâce aux mensonges, sans avoir conscience que cela peut aussi et surtout les blesser.”

 

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Voix croisées

Dans ce roman comme dans son précédent l’Atelier des miracles, Valérie Tong Cuong a choisi la forme du roman choral : “J’ai de nouveau choisi cette forme car je m’y plais. J’ai compris que les situations sont plus faciles à gérer lorsque l’on connaît la pensée des acteurs en présence. Je sais que l’homme a en général besoin de réponses pour avancer et c’est pour cela que j’en donne à mes lecteurs.” Cette dimension chorale s’est véritablement imposée à l’écrivain qui a de plus en plus de mal à imaginer écrire autrement : “Le sujet était particulièrement adapté à ce genre de narration. Il était nécessaire de présenter les points de vue de tous mes personnages pour bien comprendre les réactions de chacun face à l’accident de Milo. De plus, je prends vraiment plaisir à cette écriture à plusieurs et j’ai du mal à imaginer aujourd’hui une intrigue dans laquelle on ne connaîtrait pas les pensées de tous les personnages.”

 

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L’amour d’une mère

Si ses protagonistes ont tous quelque chose à se reprocher, Valérie Tong Cuong précise à ses lecteurs qu’elle ne s’en sent pas pour autant moins proche : “Je suis attachée à tous mes personnages, car ça n’est pas à quelqu’un d’extérieur de juger du caractère pardonnable ou non d’un acte. Je ne les juge donc pas.” Les lecteurs insistant, l’écrivain avoue avoir particulièrement apprécié l’écriture du personnage de Jeanne, qui lui a permis d’aborder un sujet qui lui tient à coeur : “Jeanne m’a permis de soulever la question de l’amour filial. En effet, il s’agit à mes yeux de l’un des derniers tabous contemporains. Alors qu’aujourd’hui on peut facilement assumer son désamour conjugal, la société ne pardonne pas aux mères qui n’aiment pas leurs enfants. C’est pour cette raison précise que j’ai souhaité poser la question à mes lecteurs.”

 

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Moi et les autres

En dehors de cette problématique, Valérie Tong Cuong explique avoir également pris le contre-pied de la littérature classique en mettant en scène “l’enfant chouchou” dans son roman : “Cet enfant préféré n’est que très rarement présenté dans la littérature, à qui les auteurs préfèrent souvent l’enfant délaissé, le vilain petit canard. Étant issue d’une famille nombreuse, je sais que trouver sa place au milieu de ses frères et soeurs est quelque chose de difficile et quelque soit notre rang, nous n’en sommes jamais content.” Si l’amour occupe une place si importante dans l’écriture de l’auteur, c’est parce qu’il est pour elle le moteur principal de l’Homme : “Mon livre parle clairement d’amour, sous toutes ses formes, car lorsque l’on en manque cruellement, surtout au début de sa vie, il est presque impossible d’avoir une vie normale.”

 

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Vivre ses personnages

Interrogée sur ses méthodes narratives, Valérie Tong Cuong explique la difficulté d’écriture que représentent des personnages ayant un passé commun :”J’ai l’habitude de mettre en scène des personnages inconnus les uns des autres mais ici, ayant un passé commun qui conditionne leurs réactions dans le présent, il est beaucoup plus facile de créer des incohérences.” Pour ce qui est de la construction des personnages, la technique employée par l’écrivain a de quoi surprendre : “Pour donner naissance à mes héros, je décide de passer un moment avec chacun d’entre eux, dans ma tête. Sans prendre une seule note écrite, je passe plusieurs jours dans la peau de chacun et imagine leur réaction face aux événements de mon quotidien. En d’autres termes, j’essaye de leur donner de la cohérence et de l’épaisseur.” Ensuite, il suffit à l’auteur d’une simple feuille de papier, sur laquelle elle inscrit les grandes étapes de la vie de chacun, avant de se mettre à écrire le corps de son roman.

 

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Nouvelle naissance

Alors qu’elle explique que du malheur peut surgir un grand bonheur, Valérie Tong Cuong livre à son auditoire une anecdote à son sujet. Alors que l’auteur semble comme un poisson dans l’eau dans l’écriture , elle a pourtant bien failli ne jamais se lancer : “Je suis venue à l’écriture très tard. Je gagnais à l’époque très bien ma vie, mon quotidien était complètement calibré par mon travail. Un jour, alors que je m’attendais à une nouvelle promotion, j’apprends finalement mon licenciement. Au fond du trou, j’ai cru ne jamais me relever. J’ai évidemment recommencé à chercher immédiatement du travail, de peur de ne pas être capable d’en trouver à nouveau. C’est mon mari qui m’a proposé de prendre le temps de terminer un livre que j’avais commencé sans jamais y croire. Après une longue hésitation, j’ai décidé de le terminer. Il a été publié très vite et a tout de suite fonctionné. Sans cet échec et sans mon mari, de qui j’utilise le nom afin de rendre hommage à ce coup de pied qu’il m’a donné, je ne serai jamais devenue ce que je suis.” Apprendre de ses échecs et savoir regarder derrière soi, voilà la morale de Valérie Tong Cuong, fermement persuadée qu’en prenant du recul, il est possible de voir une bénédiction dans la plus noire des situations.

Les discussions autour du pardon sont propices aux confidences et c’est avec grande hâte que les lecteurs se sont rendus à l’habituelle séance de dédicace, afin de partager avec l’auteur leurs propres expériences du pardon.

 

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Retrouvez Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong, publié en poche chez J’ai Lu.