Où le passage d’une borne symbolique donne l’occasion d’évoquer Georgette et ses frères

 

Babelio a passé ce matin la barre des 1793 membres.

En ces jours de mutations, on nous ressert souvent – à juste titre – le Ceci tuera cela de Notre Dame de Paris, « le livre tuera l’édifice« .

Que ce 1793ème membre soit pour nous l’occasion de rappeler cet autre passage visionnaire de Quatrevingt-treize sur l’ebook. Un extrait suit, mais je recommande de le lire dans son intégralité.

« Ce fut un moment effrayant. Gros-Alain et Georgette virent, avec une extase mêlée d’épouvante, René-Jean froncer ses sourcils, roidir ses jarrets, crisper ses poings et pousser hors du lutrin l’in-quarto massif. Un bouquin majestueux qui perd contenance, c’est tragique. Le lourd volume désarçonné pendit un moment, hésita, se balança, puis s’écroula, et, rompu, froissé, lacéré, déboîté dans sa reliure, disloqué dans ses fermoirs, s’aplatit lamentablement sur le plancher. Heureusement il ne tomba point sur eux.

Ils furent éblouis, point écrasés. Toutes les aventures des conquérants ne finissent pas aussi bien.

Comme toutes les gloires, cela fit un grand bruit et un nuage de poussière.

Ayant terrassé le livre, René-Jean descendit de la chaise.

Il y eut un instant de silence et de terreur, la victoire a ses effrois. Les trois enfants se prirent les mains et se tinrent à distance, considérant le vaste volume démantelé.

Mais après un peu de rêverie, Gros-Alain s’approcha énergiquement et lui donna un coup de pied.

Ce fut fini. L’appétit de la destruction existe. René-Jean donna son coup de pied, Georgette donna son coup de pied, ce qui la fit tomber par terre, mais assise ; elle en profita pour se jeter sur Saint-Barthélemy ; tout prestige disparut ; René-Jean se précipita, Gros-Alain se rua, et joyeux, éperdus, triomphants, impitoyables, déchirant les estampes, balafrant les feuillets, arrachant les signets, égratignant la reliure, décollant le cuir doré, déclouant les clous des coins d’argent, cassant le parchemin, déchiquetant le texte auguste, travaillant des pieds, des mains, des ongles, des dents, roses, riants, féroces, les trois anges de proie s’abattirent sur l’évangéliste sans défense.  »

Jeff Bezos peut bien parader avec son Kindle. En matière de destruction du livre imprimé, il n’a pas grand chose à apprendre à René-Jean, Gros-Alain et Georgette.

2 réflexions sur “Où le passage d’une borne symbolique donne l’occasion d’évoquer Georgette et ses frères

  1. Bravo a Babelio. Pourrait-on aussi avoir en même temps les stats globales: nombre d’ouvrages référencés par les lecteurs de Babelio, nombre de critiques et de citations, nombre d’étiquettes…

    Merci,

    Marc

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