Où les bibliothèques retournent enfin dans le salon

Nous sommes bien tous pareils. Pas un apéritif, pas un dîner, pas un week-end à la campagne sans que nous nous sentions obligés de caresser d’un œil prétendument distrait la bibliothèque des propriétaires. Prétendument distrait, en réalité terriblement attentif, cherchant à déchiffrer dans les tranches qui se succèdent on ne sait quelle vérité profonde sur ceux qui ont la gentillesse de nous recevoir (aucune culpabilité : il y a quelques semaines, dans votre propre salon, les mêmes rôdaient près de vos grosses étagères bleues. Vous ne pouvez rien prouver, mais il vous semble même que le plus petit a pris une photo avec son téléphone mobile.)

Disons le tout net : il n’y a rien à déchiffrer dans une bibliothèque. C’est une pierre de Rosette muette. Sans la moindre indication, tout s’y mélange, lectures d’il ya dix ans et lectures du mois dernier, lectures d’école et lectures d’été, livres relus, livres abandonnés au milieu, livres jamais ouverts, livres offerts, livres prêtés, livres hérités, livres lus pour de bonnes ou de mauvaises raisons, pour séduire l’un, pour faire plaisir à l’autre, pour briller, pour comprendre, pour apprendre, pour vérifier, pour tuer le temps, livres lus dans le jardin, au coin du feu, dans un train, dans la baignoire, livres oubliés dans l’heure, livres qui collent des années aux chaussures, marque pages de libraires, tickets de métro, entrées de musées, images pieuses, fleurs séchées, tranches cassées, coins cornés, paragraphes surlignés, points d’exclamation dans les marges, livres tombés derrière, ou absents, dans d’autres bibliothèques, jamais rendus.

Mais on ne peut s’en empêcher. On compare, on extrapole, on reconstitue, on psychologise. Et tant pis si l’on tombe à coup sûr à côté, comme le paléontologue Gideon Mantell qui, ne sachant que faire du pouce d’iguanodon qu’il avait déterré, décida que c’était une corne.

Iguanodon

Imaginons maintenant la scène suivante. Vous dînez chez des amis d’amis. Dès l’apéritif, quand le maître de maison se lance dans un discours de dix minutes sur le chablis qu’il vous sert, vous comprenez que c’était une mauvaise idée de venir. Tout en continuant à hocher la tête, vous décrochez au milieu d’un passage particulièrement ennuyeux sur les sols argilo-calcaires, pour balayer la pièce du regard. Votre objectif, toujours le même : trouver la bibliothèque. Mais rien. Quatre murs vides.

Intrigué, vous passez à table. Le canard est desséché, mais ce n’est pas ce qui vous occupe l’esprit. Où peuvent être ces foutus livres ? Un illettré ? Impossible, il ne vous aurait pas infligé pendant l’entrée cette citation de Fénelon à contretemps ou ce « il faut relire Wisława Szymborska », beaucoup trop appuyé sur le « faut », avec cette passion mise en scène, où ce n’est pas l’œil, mais la bouche qui brille.

N’y tenant plus, alors que le fromage arrive, vous vous levez, prétextant de manière impolie un téléphone qui vibre, un appel que vous ne pouvez pas manquer. Vous vous éloignez, faisant étalage de vos piètres talents de comédien (mimique désolée, conversation simulée, « Ouais, je dîne chez des amis, là, je te prends, mais vraiment une minute »), mais vous vous moquez bien de la qualité de votre prestation. Il y a plus important. Vous quittez le salon. Chou blanc dans le couloir. Rien. Un pêle-mêle avec des photos de mariage, une reproduction de Rothko. Vous jetez un œil dans la chambre. Le lit au carré, pas un pli, comme si votre intrusion était attendue, mais toujours rien, pas même un poche sur la table de nuit. Salle de bains et toilettes vides, naturellement.

Quelque chose cloche. Vous vous ruez dans le salon pour en avoir le cœur net. En voyant la table basse où la dernière olive, que personne n’a osé prendre, sommeille au fond d’un bol, vous comprenez enfin. Peu vous importent les mines interloquées des convives, vous ne prenez même plus la peine de jouer la comédie du coup de fil. Vous lâchez votre téléphone, qui s’écrase au sol comme la tasse à café à la fin de Usual Suspects. C’est impossible. Un type comme ça devrait obligatoirement avoir des beaux livres en démonstration sur sa table basse. Un gros Phaidon sur Magritte ou l’architecture. Au minimum le catalogue d’une expo Nan Goldin au Centre Pompidou.

Mais tout est clair maintenant. Vous savez. Vous savez où est son Nan Goldin. Où sont ses Pléiades jamais ouverts, Aristophane et les Présocratiques, reliure en cuir pleine peau vert antique, dorée à l’or fin. Où est sa bibliothèque.

Elle est à quelques pâtés de maisons, dans un grand bâtiment rempli de bouquins. Vous connaissez bien l’endroit, puisque c’est là que se trouve votre propre bibliothèque. Et celle de votre sœur. Et celle de milliers d’inconnus.

Vous trouvez cette histoire absurde ? Et un peu longue ? Un peu longue, j’en conviens. Mais pas si absurde que ça : c’est précisément ce qui se passe sur Internet. Vous êtes sur un blog, vous lisez, vous commentez, mais s’il vous prend l’envie de parcourir la bibliothèque du blogueur, il vous faut aller chez Babelio (ou, pire encore, chez un concurrent de Babelio).

Et bien séchez vos larmes ! Cet âge de ténèbres a pris fin !

Babelio lance en effet son widget à destination des blogueurs. Il permet à chacun d’afficher un extrait personnalisé de sa bibliothèque sur son blog, comme dans l’exemple ci-dessous, sur le blog de Sylvie.

image2

Ou encore ici, sur notre blog de démonstration

Nous avons travaillé dur (enfin, Vassil surtout. Pierre et moi, nous nous contentons de faire des caprices) pour que le widget soit utile et simple à mettre en place :

Il est personnalisable : vous pouvez choisir d’afficher vos dernières lectures, vos livres préférés, des livres au hasard, les livres qui portent une étiquette particulière etc. Vous avez le choix entre trois formats d’affichage, et le widget s’intègre automatiquement dans le design de votre blog.

Il s’actualise en temps réel en fonction des ajouts et des modifications faites dans votre bibliothèque.

Il est compatible avec la majorité des plateformes de blog (toutes celles qui acceptent le javascript) : Over-blog, Canalblog, Blogspot / Blogger, Haut et Fort, Blogspirit, Typepad, 20six, Dotclear, WordPress (hébergés).

Il est simple à intégrer: un simple bout de code à copier-coller. Et si vous n’êtes pas sûr de vous, nous avons rédigé des tutoriels pour vous guider pas-à-pas.

Il vous permet même de percevoir des revenus Amazon, si vous êtes membre du programme Amazon Partenaires.

Que dire de plus ? Rendez-vous sur l’onglet « Autres » de votre profil, installez votre widget, et ramenez votre bibliothèque dans le salon. On attend tous de pouvoir vous juger.

Onglet Autres

15 réflexions sur “Où les bibliothèques retournent enfin dans le salon

  1. Mouais c’est donc une histoire à de viles fins commerciales !

    Très agréable cependant… mais l’étrange sensation de s’être fait avoir…

  2. Désolé que vous l’ayez ressentie comme ça, ce n’est vraiment pas l’objectif.

    En fait la démarche est plutôt inverse : le blog de Babelio n’est pas un blog personnel, mais bien un blog à viles fins commerciales, destiné à annoncer les opérations spéciales et les dernières fonctionnalités de notre site.

    Et pour rendre la lecture de ces annonces plus sympathique, nous essayons de le faire sous forme amusante, plutôt qu’un froid communiqué du type « Babelio lance son widget »…

  3. Heu, on peut afficher le même widget sur tous ses blogs, en fait. On ne peut pas, apparemment afficher Ses dernières lectures sur un blog, et ensuite ses livres de la catégorie policier sur un autre blog ?

  4. Effectivement, Sarah. Pour l’instant, il n’est pas possible de générer deux widgets distincts à partir d’un même compte. C’est la rançon du dynamisme du widget, qui est recalculé à chaque affichage. Ca permet de changer vos préférences directement sur Babelio sans avoir besoin de recoller le code dans votre blog, mais ça empêche de générer un second widget…

  5. « Disons le tout net : il n’y a rien à déchiffrer dans une bibliothèque »

    Hum… Avez-vous lu Chartier ? HJ Martin ? Mauger, Pudal et Poliak ? Yvan Bruneau ? L’histoire de l’édition française ? Tout, dans ces ouvrages et chez ces auteurs, invite à penser qu’au contraire, on peut beaucoup déchiffrer dans une bibliothèque.

  6. La formulation est volontairement exagérée. Bien entendu, on peut lire beaucoup de choses, dans une bibliothèque : l’âge, le sexe, le niveau d’études, la CSP, les opinions politiques ou religieuses etc. Le même type de lecture sociologique que l’on peut faire dans la garde-robe, l’ameublement ou la composition des repas.

    Mais cette catégorisation, cet étiquetage, ne me disent dans le fond rien du propriétaire de la bibliothèque. J’ai beau sous-catégoriser, affiner les étiquettes, toujours l’intime m’échappe, dans les interstices qui séparent les tranches. En parcourant votre bibliothèque (Chartier, HJ Martin, Mauger, Pudal & Poliak, et Yvan Bruneau, Histoire de l’édition française etc.), j’en sais autant sur vous que ce que je sais du Petit Prince en regardant son nuage d’étiquettes sur Babelio (XXième siècle, classique, chef d’œuvre, conte, philosophie, enfance, jeunesse, roman, spiritualité etc.) : pas grand-chose. Et c’est plutôt rassurant.

    Alors oui, « il n’y a rien à déchiffrer » est une (petite) provocation. Mais c’était surtout une manière de récuser la clairvoyance supposée des Champollion de bibliothèques. Rien de plus agaçant que ce surplomb satisfait, le sourire entendu de celui qui jette un œil à la bibliothèque et qui sait immédiatement à qui il a affaire. C’est insupportable, simplificateur, et à coup sûr erroné. Dans la petite histoire ci-dessus, le « héros » n’est pas vraiment plus blanc que son hôte : il y a des gens très bien qui ont des Phaidon sur leur table basse, et des cons qui exposent tout autre chose.

    En espérant que ça éclaire un peu plus ce que je voulais dire dans ce billet.

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