Où les Ours dévoilent un coin leurs bibliothèques…

Du miel à la lecture…

Habitués à se cacher derrière leurs écrans et le silence de leurs majestueuses bibliothèques, les Ours ne s’imaginaient pas devoir, un jour, répondre de leurs lectures ! Après avoir réalisé sur le site plus d’une trentaine d’interviews d’auteurs, c’est pourtant bien à l’équipe de se soumettre dès à présent à notre fameux questionnaire littéraire !

Que lisent les Ours quand ils ne sont pas occupés à manger du miel, mettre un peu d’ordre dans Babelio, reprendre un peu de miel, préparer une nouvelle opération de masse critique, faire la sieste, et participer aux jeux sur le forum ?  Première partie de réponse aujourd’hui avec Guillaume, le Moyen Ours, qui vous parle de ses lectures et des livres qui hantent sa bibliothèque !


Découvrez les lectures du Moyen Ours !

-Quel est votre première grande découverte littéraire ?

Guillaume : Vers  15 ans je me suis plongé, au hasard de la bibliothèque paternelle, dans la Grande Anthologie de la Science-Fiction. Une série d’une trentaine de recueils de nouvelles regroupées par thèmes, parue au Livre de Poche au début des années 80 : Histoire de robots, Histoires de pouvoirs, Histoires de planètes, Histoires de fin du monde etc. Tout l’âge d’or de la SF, Bradbury, Van Vogt, Silverberg, Dick, Lafferty, Keyes, Ballard, Zelazny Kornbluth etc. Ca changeait radicalement de ce que je lisais au lycée. Je les ai dévorés systématiquement, en commençant par les plus courtes, finissant par les plus longues. Paradoxalement j’ai lu très peu de S-F depuis.


-Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Fictions de Jorge Luis Borges. Babelio tire d’ailleurs son nom d’une des nouvelles de ce recueil : la Bibliothèque de Babel, qui décrit l’univers comme une bibliothèque infinie et monstrueuse, qui contiendrait tous les livres possibles, toutes les combinaisons de caractère. Il y a un passage chez Nathalie Sarraute, je crois que c’est dans le Planetarium, sur ce truc très français qu’est le « mot juste ». Un auteur qui se bat avec sa phrase bancale, et qui a tout à coup l’illumination, et pose le dernier mot, la pièce qui manquait au puzzle, la note qui complète la mélodie, le « mot juste ». Il y a chez Borges un sens du mot juste qui résiste même à la traduction. Tout est pesé, placé à dessein. Enlevez une phrase, et la nouvelle s’écroule. Ajoutez une phrase, et elle s’enfonce. Le test fonctionne même à l’échelle du mot.


-Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Il y a quantité de livres que je prévois vaguement de lire un jour. Des œuvres complètes à peine entamées. La Recherche du Temps Perdu, l’édition Quarto en un volume, qui fait pencher ma bibliothèque depuis plus de dix ans. Mais ce n’est pas à proprement parler de la honte. Après tout, je ne me suis engagé auprès de personne à les lire, sinon auprès d’un idéal adolescent d’honnête homme sur lequel j’ai fait un trait depuis longtemps.

 

Les livres que j’ai honte de ne pas avoir lus ne sont pas forcément des classiques ou des incontournables. Ma honte est d’autant plus forte que j’ai oublié jusqu’au titre de la plupart d’entre eux. Ce sont tous les livres conseillés du fond du cœur, les livres prêtés qu’on a acceptés pour ne pas vexer sans savoir quand on pourrait les lire, les livres « j’ai tout de suite pensé à toi en le lisant », les livres « tu vas voir, il a changé ma vie », qu’on a promis de lire, et qu’on a jamais pris le temps d’ouvrir, parce que d’autres ont pris le dessus de la pile.


-Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Le Livre des Préfaces de Borges, qui regroupe un certain nombre de ses préfaces de classiques et d’œuvres plus mineures, m’a amené par curiosité à La Croisade des Enfants, de Marcel Schwob. C’est un texte court, qui décrit par points de vue successifs – un lépreux, des enfants, le pape etc. – la croisade absurde qui a jeté sur les routes des milliers d’enfants qui pensaient libérer Jérusalem armés de leurs seules foi et innocence, et qui connurent un destin évidemment tragique. Le contraste entre leur naïveté et la réalité cruelle est ce que j’ai lu de plus émouvant.

Dans un tout autre genre, De l’assassinat considéré comme l’un des beaux-arts, de Thomas de Quincey, dont j’ai d’ailleurs découvert bien plus tard que Schwob avait traduit certains textes. Un livre que j’ai découvert grâce à un article dans Fluide Glacial, comme quoi la littérature prend des chemins inattendus. C’est un essai érudit qui part du postulat que dans la mesure où un assassinat a déjà été commis, la seule manière d’en tirer quelque chose de positif malgré tout, c’est de l’envisager sous l’angle de l’esthétique. C’est un livre très drôle, et brillant.

 

Et je triche un peu, parce qu’il n’est pas vraiment méconnu, mais c’est la seule question qui permet de faire des recommandations : Lord Jim de Conrad, une bible.


-Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Pour avoir déjà posé cette question, je sais qu’elle ne met pas très à l’aise, et je n’y coupe pas. Et on ne se fait pas des amis. Mais s’il faut me plier à l’exercice, je dirais que les quelques livres de Saint Exupéry que j’ai lu m’ont plutôt ennuyé. J’ai aussi des réserves sur Romain Gary, qui a un talent incontestable, mais m’a donné parfois l’impression d’en jouer un peu trop, de mettre les doigts dans les yeux du lecteur pour le faire pleurer.

Et je finirai un jour Finnegan’s Wake de Joyce, que j’ai abandonné deux fois au bout d’une centaine de pages, sans savoir si c’était l’œuvre d’un génie inaccessible, ou le délire d’un type dans son coin qui se fiche bien d’être lu.


-Quel genre ou quel livre n’ayant a priori pas vos faveurs avez-vous été amené à réévaluer après avoir lu des critiques positives de la part de membres de Babelio ?

Je découvre un nouveau genre chaque semaine sur Babelio ! Pas plus tard qu’il y a dix jours, j’ai découvert le « splatterpunk », dont j’ignorais tout…

Mais pour parler d’un auteur qui ne me tentait guère, et que Babelio me donne de plus en plus envie de lire, c’est Jane Austen. J’avais l’image idiote d’une littérature vieillotte, d’émois victoriens sur des jupons qui dévoilent des chevilles, et de jeunes filles en crinoline qui courent sur la lande en pleurant. Des préjugés pas bien malins. Mais à lire les critiques enthousiastes des membres de Babelio, je sais que je ne vais pas tarder à m’y plonger, et j’ai bien l’impression que je vais ravaler toutes ces idées préconçues.


-Avez vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Il y a une citation de Borges (encore lui, je sais…) tirée d’un discours au Collège de France, qui colle parfaitement à Babelio : « Ordonner une bibliothèque est une façon silencieuse d’exercer l’art de la critique. »

Et pour sortir du sujet Babelio, il y a ce vers des Animaux malades de la peste, de La Fontaine : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Je ne suis pas un fanatique de La Fontaine, mais je trouve ce vers parfait, quand bien même il ne signifie pas grand-chose isolé du reste de la fable. Ce qui subsiste le plus souvent d’une fable de La Fontaine, c’est la morale finale et les premiers vers, ceux qu’on a le plus ânonnés. Et pourtant, « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés », qui n’est d’aucune de ces deux catégories, surnage inexplicablement.
-Et en ce moment que lisez-vous ?

Je finis Vice Caché, de Thomas Pynchon. Je le lis par petits morceaux en fin de soirée, dans un état de fatigue avancée, ce qui favorise ma communion avec le héros, un détective hippie californien défoncé à l’herbe la plupart du temps, qui se débat tranquillement dans une intrigue ultra compliquée à la Chandler. Je suis très largement paumé, mais ça n’est pas désagréable.

Merci à Guillaume pour avoir répondu à nos questions !

Et vous, quels seraient vos réponses à ce questionnaire ? Venez y répondre ici !!

La suite des réponses de la part des autres Ours dans quelques jours !

2 réflexions sur “Où les Ours dévoilent un coin leurs bibliothèques…

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