Où Babelio rencontre les éditions de l’Arbre Vengeur

Dans le cadre des entretiens avec des éditeurs, nous avons posé quelques questions à David Vincent et Nicolas Étienne des Editions de l’Arbre Vengeur .

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Quand avez-vous décidé de fonder les éditions de l’Arbre Vengeur ? Quel manque dans la littérature ou dans l’édition teniez-vous alors à combler (ou, semble-t-il, à venger) ?

L’Arbre vengeur a désormais plus de dix ans et a maturé plusieurs mois avant de se trouver un nom (merci de ne pas nous avoir demandé son origine…). Ce serait bien prétentieux de débarquer dans l’édition avec des objectifs pareils : nous voulions seulement nous faire plaisir en rééditant des livres qui nous semblaient curieusement écartés et apprendre un autre aspect de cette chaine du livre qui nous emprisonne depuis si longtemps avec plaisir.

« On apprend sur le métier avant d’oser se lancer. Mais nos piliers sont les mêmes : souci du style, goût pour l’excessif et l’humour plutôt noir, tropisme vers un fantastique intelligent. »

L’arbre Vengeur est une jeune maison qui fête ses 10 ans. La ligne éditoriale a-t-elle évolué au cours de ces 10 années ? 

Nous nous autorisons plus souvent à éditer des inconnus, ce qui nous aurait semblé une hérésie au début, surtout par humilité. On apprend sur le métier avant d’oser se lancer. Mais nos piliers sont les mêmes : souci du style, goût pour l’excessif et l’humour plutôt noir, tropisme vers un fantastique intelligent (c’est-à-dire sans les décors encombrants et les enfantillages).

Vous publiez aussi bien des textes d’auteurs contemporains que des auteurs classiques ou oubliés. Quel est le lien qui réunit l’ensemble de vos auteurs ?

Nous pensons fermement que la littérature, la bonne, celle sur laquelle nous fantasmons, ne subit pas les outrages du temps comme la « mauvaise » : un auteur « ancien » vieillit souvent mieux qu’un tout neuf sans idée ni relief, et la modernité n’est pas affaire de calendrier. Et nous aimons souvent des auteurs qui ont de la mémoire…

Comment décidez-vous de publier aujourd’hui des auteurs tels que Léon Bloy par exemple ? 

Parce qu’ils nous ont excités, ragaillardis, touchés, amusés (Bloy est hilarant dans sa folie dévastatrice, y compris envers lui-même) et que si les décors ont changé, l’homme dont il parle nous paraît toujours d’actualité.

2849561Eric Chevillard est l’un de vos auteurs français les plus connus. Comment s’est fait la rencontre avec cet écrivain qui publie par ailleurs aux éditions de Minuit ? 

Eric Chevillard est un très bon lecteur et il connaissait nos livres, ce que nous n’avons pas oublié quand il s’est agi, en lecteurs fidèles et acharnés de son œuvre, d’oser lui demander de publier son blog. C’est un projet unique en son genre et inscrit dans la durée, ce qui n’était pas pour nous déplaire, nous fixant ainsi un horizon lointain en fantasmant sur une série illimitée…

A travers vos collections « Selva selvaggia » , « Forêt invisible » , « L’Alambic » et « L’arbre à clous », vous couvrez la littérature italienne, hispanique, française et belge. Pourquoi avoir choisi ces littératures spécifiques ?

Le charme des rencontres, des amitiés et des affinités, c’est aussi simple que cela.

« Il n’y a aucune loi en matière de succès : nous collectionnons les fours et les demi-réussites dans tous les domaines. »

Les collections de littérature étrangères rencontrent-elles autant de succès que les deux collections de littérature francophone ?

Il n’y a aucune loi en matière de succès : nous collectionnons les fours et les demi-réussites dans tous les domaines. Ceci dit les mises en place de littérature étrangère sont supérieures, c’est classique. Quant à la littérature belge, c’est un concept dont le fumeux a de quoi nous amuser, et avant que cela devienne un succès il y aura du travail.

Prévoyez-vous d’élargir vos collections et de vous attaquer à d’autres territoires littéraires?

 Si nous faisons de nouvelles rencontres…mais quatre collections, ça commence à faire beaucoup. Nous éditons cependant dans différentes langues, sans restriction : nous avons un Polonais, des Russes, un Ecossais, des Américains, des Anglais, et même des Bordelais (ce que nous nous étions interdit…)

Vous ne semblez pas encore présent sur le marché du numérique. Comptez-vous prochainement proposer vos romans dans un format dématérialisé ?

Ce n’est pas du tout une priorité : c’est déjà beaucoup de travail pour faire des livres, alors le numérique qui ne semble pas encore avoir su s’imposer en France pourra attendre. Et puis venger un arbre sur un ordinateur ou une tablette, c’est moins évident.

Vous avez le statut d’association et non d’entreprise.  Pourquoi avoir fait ce choix ?

Nous ne sommes plus une association depuis plus d’un an, ayant pris le parti de grandir un peu et de prendre plus de risques en assumant la fortune qui ne manquera pas de nous tomber dessus d’ici une trentaine d’années.  Et puis l’idée de payer des impôts nous enthousiasme, sauf que pour l’instant on a attaqué le capital et que notre nouveau comptable ne comprend pas le principe de ce genre d’entreprise qui ne rapporte rien…

Par rapport aux autres maisons d’édition françaises, percevez-vous une différence dans le fait d’être situé dans la région de Bordeaux, c’est-à-dire loin des frontières très germanopratines du monde de l’édition ? 

L’édition germanopratine est un vieux fantasme qui commence à sérieusement se déliter quand on voit comment les éditeurs partent dans tous les sens et vers le périphérique. Beaucoup de jeunes éditeurs sont provinciaux et n’en souffrent guère. En fait ce sont surtout les critiques littéraires qui baignent dans le même milieu mais comme la plupart nous ignorent superbement du haut de leur petit périmètre, ce n’est pas bien grave. L’été on est à la plage en moins d’une heure, c’est pas qu’on aime particulièrement ça mais on s’en voudrait de donner l’impression qu’on n’en profite pas.

Provinces et Atlas des amours fugaces de Thierry Laget ont été sélectionnés dans la liste du prix Wepler. Est-ce que les prix  ont une importance pour vous ?

Le Prix Wepler est justement important parce qu’il fait l’effort d’aller chercher des textes loin des frontières classiques où se jouent les habituelles et amusantes manigances. Cela nous fait très plaisir d’avoir été repérés ainsi et cela agit comme une sorte de reconnaissance de notre travail et de notre ligne (dix ans de régime). Après, nous n’avons pas la faiblesse d’imaginer avoir aucune chance.

De quels succès de votre maison d’édition êtes-vous le plus fier ?

De tous. Mais la notion de succès est plutôt vague : est-ce un succès quand on réimprime ou quand on vend deux cents exemplaires d’un livre qu’on adore ?

Quelle est la rencontre la plus marquante que vous avez été amené à faire en tant qu’éditeur ?

La nuit où le fantôme de Jules Renard nous est apparu pour nous dire de continuer restera un grand moment. Nous avons eu les foies (et une belle gueule de bois le lendemain) mais cela nous a vraiment encouragé.

Quel est l’auteur que vous auriez aimé publier ?

Des morts: Emmanuel Bove mais on a le temps. Robert Pinget mais qui le lit encore ?

Un vivant : on a une liste assez fournie d’auteurs que nous admirons. Nous regrettons que Franz Bartelt soit édité dans autant de maisons d’édition ; résultat, on n’a jamais osé lui demander.

Quelles sont vos lectures du moment (en dehors de vos auteurs) ?

Aie, aie, aie, poser une telle question à des maniaques ! Frédéric Pajak, Ludmila Petrouchevskaïa, Javier Marias, Javier Tomeo, Robert Poitreveau, Flannery O’Connor (en boucle) et pas mal d’autres.

 Quels sont https://i0.wp.com/images.telerama.fr/medias/2013/09/media_102225/top-poches,M124959.jpgles ouvrages que vous recommanderiez à nos lecteurs (en dehors de ceux publiés par l’Arbre Vengeur) ?

Nous allons nous limiter aux nouveautés pour rester dans l’actualité sans quoi on va déborder : Zulma vient de rééditer en poche Épépé de Karinthy, une merveille ; Urbs de Raphaël Meltz où il est démontré que l’insolence (et non le cynisme) peut encore engendrer de bons livres ; Le Dilettante permet de redécouvrir l’œuvre d’Albert Vidalie, une magnifique exhumation ; Haute époque de Jean-Yves Lacroix pour découvrir qu’Albin Michel peut aussi éditer des romans français extraordinaires ; Intermède d’Owen Martell chez Autrement, un roman subtil pour évoquer le grand Bill Evans.

Les entretiens de Babelio avec les éditeurs : voir celui de Philippe Robinet, éditeur de Kero et de Louis Chevaillier, éditeur de Folio.

Retrouvez l’actualité des éditions de l’Arbre Vengeur sur leur site.

10 réflexions sur “Où Babelio rencontre les éditions de l’Arbre Vengeur

  1. A reblogué ceci sur Le Bibliocosme and commented:
    Babelio nous offre une interview de David Vincent et Nicolas Étienne, responsables au sein des éditions L’Arbre vengeur. Nous publierons d’ailleurs prochainement des critiques de deux de leurs ouvrages : L’oeil du purgatoire, de Jacques Spitz, et Quinzinzinzili, de Régis Messac ; deux auteurs français de science-fiction du début du XXe siècle encore trop peu connus.

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