Où Babelio présente une étude sur les prescripteurs de la littérature jeunesse au Centre National du Livre

C’est le 16 juin dernier que se tenait la cinquième conférence organisée par Babelio au Centre National du Livre. 

Inscrite dans le cadre du cycle de conférences sur « Les pratiques des lecteurs », celle-ci portait sur le thème de la littérature jeunesse et de ses prescripteurs et réunissait autour d’une même table Guillaume Teisseire, co-fondateur du réseau social du livre Babelio.com, Octavia Tapsanji, responsable relations éditeurs chez Babelio.comNathalie Brisac, auteur et responsable communication de l’Ecole des Loisirs et Christian Delépine, responsable communication des Editions Nathan.

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La littérature jeunesse, un secteur privilégié

Si l’industrie du livre a dans son ensemble vécu une année 2013 et un premier trimestre 2014 moroses avec des ventes en recul, le contexte semble plus favorable et le bilan plus positif en ce qui concerne le secteur de la littérature jeunesse dont les ventes ne sont que légèrement en baisse au premier trimestre 2014 (de 0,5% contre 4% du marché global). Sa production est florissante et, fait quasiment unique en Europe, se retrouve parfois au cœur des débats politiques et sociétaux en France. 

Pour autant, la littérature jeunesse est menacée par la concurrence accrue des écrans, et même attaquée par certains sur son contenu. L’enjeu de la prescription reste donc central. Quelles sont les mécaniques de découverte et de recommandation ? Quelle importance revêtent les thèmes, les éditeurs ou les collections ? Quelles sont les autorités jugées légitimes ?

Le lecteur jeunesse Babelio : portrait robot d’un grand lecteur

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Pour introduire cette conférence sur le thème de la littérature jeunesse (i.e. destinée aux moins de 12 ans) et de ses prescripteurs. Octavia Tapsanji a présenté les résultats d’une étude menée du 19 mai au 2 juin 2014 sur 2671 grands lecteurs, membres de Babelio. Sans surprise, les lecteurs sont principalement des lectrices (près de 85 % des répondants) plutôt jeunes (la tranche d’âge « 25-34 ans » est la plus représentée) et grandes consommatrices de livres. 95% des lecteurs Babelio lisent ainsi plus d’un livre par mois contre 16% de la population française. 

Parmi ces lecteurs, 81% achètent des livres jeunesse et déclarent se les procurer en librairie, dans des grandes surfaces culturelles ou sur Internet via des librairies en ligne de type Amazon ou Priceminister. Si les lecteurs sont connectés, ils n’en oublient ainsi pas pour autant les points de vente traditionnels ou la bibliothèque.

Quels critères de sélection ?

selIl apparaît dans cette étude que le roman reste en tête des genres les plus lus en littérature jeunesse (87%), devant la bande dessinée/ manga (62%) et le livre illustré (58%). Parmi les critères de sélection d’un livre, on constate que si la collection à laquelle appartient le livre ou la maison d’édition dans lequel il est édité importe peu au lecteur, le sujet du livre, les illustrations, le résumé, la couverture et dans une moindre mesure le personnage principal sont quant à eux primordiaux dans le choix du livre. De manière peut-être plus étonnante, une majorité des lecteurs interrogés ont déclaré que leurs choix de livres ne différaient pas selon qu’ils se procurent un livre pour une fille ou pour un garçon.
La littérature jeunesse ne semble ainsi pas être une affaire de genre. De même 77% des lecteurs interrogés pensent qu’il n’y a aucun thème à bannir de la littérature jeunesse. Pour les 33% restants, ce sont les thèmes liés au sexe, à la drogue mais aussi à la politique qui ne devraient pas être présents dans cette littérature destinée aux plus jeunes.
 
Des parents lecteurs et vecteurs 
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Il apparaît assez clairement dans l’étude que la première communauté de prescripteurs est celle des parents. Pour 80% des sondés, ceux-ci constituent l’acteur principal de la transmission du goût de la lecture aux enfants. L’école n’est le vecteur principal que pour seulement  6,9  % des sondés. Des résultats à nuancer pour Octavia Tapsanji : si 34% des lecteurs sondés sont en effet des parents et 27 % des professionnels du livre, les enfants eux-mêmes pourraient citer plus volontiers le rôle de l’école dans la transmission du goût de la lecture. Pour Nathalie Brisac, qui a longtemps été professeur, cette absence remarquée de l’école dans la prescription des livres est révélatrice d’un mal plus profond : « les professeurs ne sont plus du tout formés pour accompagner les élèves » dans leur parcours de lecteur. C’est dommage car elle estime qu’ils ont un véritable rôle à côté des parents pour aider les enfants à aimer le livre. Il n’est pas sûr, selon elle, que l’avenir passe par le numérique. Les élèves ne prendraient pas plus goût à la lecture si on leur proposait des « tablettes pour être bons en classe ». Pour Christian Delépine, les éditeurs doivent s’efforcer à « communiquer directement auprès des enseignants, par des propositions éditoriales ». 

Des parents qui accompagnent les lectures de leurs enfants

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85% des parents déclarent lire de la littérature jeunesse et près de deux parents sur trois accompagnent leurs enfants dans l’achat de livres jeunesse :  67% d’entre eux choisissent ainsi certains livres quand leurs enfants en choisissent d’autres.
Des chiffres qui s’expliquent par le fait que pour une majorité d’entre eux, il est important que les parents puissent orienter les choix de lecture des enfants à travers leurs propres lectures même si, comme on l’a vu plus haut, une majorité de lecteurs pense qu’il n’y a aucun thème à bannir.
Maureen Dor, des éditions Clochette intervient dans la salle pour faire remarquer que « les parents tentent aujourd’hui d’imposer aux enfants des livres qu’ils ont lus plus jeunes et qu’il ne consacrent pas assez de temps à découvrir les nouveautés qui pourraient davantage plaire à leurs enfants : « Il faudrait que les parents lisent ce que leurs enfants lisent ! » fait-elle ainsi remarquer.  
 Les professionnels comme seconde communauté de prescripteurs
 
C’est à travers les points de vente traditionnels tels que les librairies et les grandes surfaces culturelles (31%) mais aussi les bogs (16%) ou réseaux sociaux littéraires comme Babelio (15%) que les parents déclarent découvrir de nouveaux titres de littérature jeunesse. Ils attachent par ailleurs autant d’importance à l’avis des professionnels qu’à l’avis des lecteurs. Ce sont ainsi autant les conseils des libraires et des bibliothécaires que ceux de leurs entourages ou des avis sur Babelio qui peuvent les inciter à se procurer un ouvrage de littérature jeunesse. 

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Christian Delépine déclare que Nathan consacre du temps pour présenter ses ouvrages aux blogueurs à travers des envois de livres ou une présence continue sur les réseaux sociaux. Nathalie Brisac confirme par ailleurs que de belles relations se créent parfois entre les auteurs et les lecteurs à travers les réseaux sociaux et les blogs.

Des parents peu attachés aux prix littéraires et aux maisons d’édition

Si près de 50% des professionnels interrogés sont attachés aux prix littéraires jeunesse, ce n’est pas le cas des parents qui ne sont que 34% à y accorder de l’importance.

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Le prix des Incorruptibles, pourtant le plus célèbre, n’est ainsi connu que de 46% des parents alors qu’ils sont près de 73% des professionnels à le connaître. Il en est de même pour les maisons d’édition puisque seuls 37% des parents sont attachés aux éditeurs contre près de 50 % pour les professionnels.  Des chiffrent qui déçoivent Nathalie Brisac et Christian Delépine sans qu’ils ne les étonnent outre mesure. Pour Nathalie Brisac, les prix littéraires jeunesse n’ont malheureusement pas la même influence que les prix littéraires tels que le Goncourt, c’est un manque d’intérêt du public et de la presse qu’elle déplore.

Une faible présence du format numérique

En conclusion de cette présentation, Octavia Tapsanji présente quelques chiffres concernant la littérature jeunesse et le numérique.

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S’ils sont 56% à n’avoir jamais lu de livres jeunesse au format numérique et 87% à n’avoir jamais téléchargé des applications mobiles ou tablettes de livres jeunesse, les 42 % qui ont d’ores et déjà adopté ce format y voient une manière ludique et interactive d’appréhender la lecture. Les réactions de certains professionnels du livre présents à la conférence semblent corroborer un état de fait : les applications et livres numérique jeunesse sont « extrêmement coûteuses à produire » et, si la presse s’enflamme régulièrement à leur sujet, ne rapportent quasiment rien.

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Le futur de la littérature jeunesse passera-t-il cependant par le numérique ? Peut-être dans un avenir lointain même si c’est c’est le format papier qui semble toujours avoir les faveurs des lecteurs et prescripteurs de la littérature jeunesse.

Retrouvez l’étude complète sur les prescripteurs de la littérature jeunesse

Sources : Le live-tweet d’Actualitté  ainsi que leur compte-rendu.

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