Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Nicolas Delesalle

En partenariat avec la collection Préludes, nouvelle-née du Livre de Poche, une trentaine de lecteurs de Babelio a eu l’opportunité de rencontrer Nicolas Delesalle, auteur du premier titre français du label, Un parfum d’herbe coupée. Grand reporter chez Télérama et habitué de Twitter, l’auteur, dont c’est le premier roman, a répondu à toutes les questions des membres de Babelio. La rencontre s’est déroulée au Thé des écrivains, la librairie-salon de thé du 3e arrondissement.

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Au commencement était internet

Nicolas Delesalle est revenu pour les membres de Babelio sur ses débuts en tant qu’écrivain. Les lecteurs ont eu la surprise d’apprendre que les premiers chapitres de son roman sont nés… sur Twitter. Le célèbre réseau social aux 140 caractères a été le premier medium sur lequel l’auteur a rédigé des « tweets stories » brèves qui ont aussitôt enchanté ses « followers ». De ces textes, il a alors fait un blog, puis un livre numérique « au grand dam de ma femme qui me disait : « mais pourquoi tu ne l’envoies pas à un éditeur papier ? » ». L’éditrice Véronique Cardi, aujourd’hui directrice du label Préludes, repère alors le talent de Nicolas Delesalle et lui demande d’écrire de nouvelles histoires pour compléter ses premiers textes. C’est ainsi que du blog À peu près rien, dont l’auteur aurait peut-être aimé garder le titre « trop peu vendeur », est né le roman Un parfum d’herbe coupée. Un titre qui fait référence à un moment clé de son enfance, celui où il a pour la première fois pris conscience de son bien-être.

L’auteur a révélé que certains de ses textes ont été écrits il y a plus de dix ans et attendaient leur heure. Il avait par exemple rédigé depuis longtemps la lettre à Anna, son arrière-petite-fille imaginaire. « J’avais envie de lui dire qui j’étais », se souvient l’auteur, qui a tenté de préserver au maximum la fraîcheur et l’instantanéité de la mémoire.

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Mais comment devient-on écrivain lorsqu’on est grand reporter ? « Tout a commencé avec DSK », révèle Nicolas Delesalle. Le journaliste, observant l’acharnement de ses collègues à décrire chaque micro-événement en temps réel, s’est amusé à inventer des anecdotes comme la couleur du plafond de la salle d’audience. Un « livetweet du livetweet » qu’il a reproduit lors d’autres événements comme l’accouchement de Carla Bruni, et qui lui a valu un certain succès sur le réseau social. Il s’attelle ensuite à la rédaction d’une histoire, une « tweet story » intitulée « Alexander ». Il se prend au jeu et commence à préparer ses histoires à l’avance.

Il décide alors d’écrire sur lui-même et ses souvenirs. « À quarante ans, je ressassais, je pensais à mon enfance, je voulais mettre des mots sur les sensations. Je m’adressais d’abord à moi-même. » Fasciné par les « instants T », ceux qui bouleversent une vie et qui font de nous quelqu’un d’autre après, il se lance alors dans la rédaction de ceux qui ont forgé sa vie. S’il avoue la présence d’éléments fictionnels dans le livre, il ne révélera pas desquels il s’agit : « Je ne vais pas dire tout ce qui est fictionnel, j’aurais peur de décevoir, déjà qu’il ne se passe rien ! » Mais il a fait sien le désir de Romain Gary de transformer la réalité en mythe : cacher ce qu’il voulait garder pour lui, mettre en lumière des éléments insignifiants ou imaginaires. Un exercice qui lui a tellement plu qu’il envisage de rédiger un deuxième tome, consacré à ses souvenirs de grand reporter.

Une écriture particulière

L’écriture sur Twitter est une expérience particulière qui a intrigué les lecteurs de Babelio. En effet, la contrainte des 140 caractères par tweet a contraint Nicolas Delesalle à un style concis, à des phrases brèves. Parfois, il a ensuite recomposé un peu ses textes pour « les laisser respirer. » Habitué à écrire quotidiennement pour Télérama, il ne se sentait pourtant pas totalement libre dans cet exercice. « Je vouvoie ce que j’écris pour les papiers, et je tutoie ce que j’écris sur internet, je tape sur l’épaule et je bois des coups avec mes histoires ! » Il a aimé se sentir seul maître du choix du vocabulaire, pouvoir créer des chocs et des ruptures en jouant sur les différents niveaux de langage. Selon lui, le sens et l’émotion sont liés à cette chute d’un langage soutenu à un langage familier.
Ce qu’il apprécie aussi sur Twitter, c’est la relation horizontale qui se crée avec ses lecteurs. Avant, écrire à un auteur nécessitait un effort, il fallait prendre sa plume, trouver l’adresse… Aujourd’hui « on a une relation d’égal à égal et c’est tant mieux : je ne vais pas me prendre pour Malraux, je suis obligé de rester moi-même. »

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Mais l’écriture sur internet ne fut pas la seule contrainte que rencontra Nicolas Delesalle. Il fallut aussi choisir les instants de vie à raconter. Si les quinze premières scènes se sont imposées d’elles-mêmes car ce sont celles qu’il avait besoin de raconter, il a ensuite dû en trouver d’autres. Certains textes ont été écartés par l’équipe éditoriale, d’autres raccourcis. L’un d’eux, intitulé « Une longue histoire africaine », lui tenait vraiment à cœur mais a finalement été gardé pour le deuxième tome, avec lequel il sera plus en rapport car il raconte un événement survenu lors d’un reportage au Niger. L’éditrice Véronique Cardi a pris la parole pour expliquer ce choix : « Ce qui était touchant dans ce premier volume, c’était l’intime ouvrant sur l’universel. Dans cette longue histoire, la problématique était différente, on ne pouvait pas tous s’y retrouver. »

Une fois les scènes sélectionnées, il a fallu organiser la structure du livre. Nicolas Delesalle n’a pas voulu d’un récit chronologique qui aurait selon lui « tué le projet ». Il a préféré une construction par émotions, par thèmes et une alternance de textes assez longs et de « virgules » qui permettent de respirer entre deux histoires plus longues. « Il y a quelque chose de très sincère qui aurait été brisé par le calcul d’une construction romanesque. » À force de tâtonnements, l’ordre des textes s’est imposé avec évidence, comme si chacun était un affluent d’une rivière.

Se souvenir et transmettre

Les souvenirs qui constituent la matière du livre révèlent la fascination de Nicolas Delesalle pour la mémoire : « ça m’obsède, ce qui reste et ce qui disparaît, pourquoi ça reste, et pourquoi ça disparaît. » Il a oublié des événements théoriquement importants dans une vie et s’est souvenu de la neige, de la soupe au cresson, et de ce moment où il s’est senti bien pour la première fois, et qui lui est revenu en mémoire vingt-cinq ans après, associé à l’odeur de l’herbe fraîchement coupée.

Si l’auteur a voulu se replonger dans l’intimité de sa mémoire, le choix de diffuser son texte s’accompagne d’une volonté de transmettre : « j’étais ému quand j’ai vu le livre, physiquement. Mon arrière-petite-fille pourra le trouver un jour. » À défaut de pouvoir recueillir la réaction d’Anna, il observe celles des lecteurs, qui l’étonnent autant qu’elles le touchent. Pour lui, l’avis du public est essentiel, c’est ce qui donne envie de continuer. « Si j’étais sur une île déserte, je n’écrirais pas. On écrit toujours pour être lu. Ça nous valide ou nous invalide, or on est dans la recherche de validation permanente. » Et les retours positifs du lectorat surprennent d’autant plus l’auteur qu’il doutait de sa légitimité. « Moi je me demandais au début si ça pouvait intéresser quelqu’un. J’étais presque gêné. » Pourtant, d’une personne âgée à sa traductrice tchèque, la liste des lecteurs que son livre a transportés dans leurs propres souvenirs s’allonge de jour en jour. Mais Nicolas Delesalle veut rester modeste : « Il y a plein de gens que ce livre ne touchera pas. »

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Lorsqu’on lui demande quel message il voulait transmettre, il se défend d’abord d’avoir voulu agir comme son grand-père, qui lui a livré lors de leur dernière rencontre une vérité bien lourde à porter. « Je ne me sens pas en mesure de transmettre des messages vu ma compréhension du monde et de la société actuels. À la limite, je dirais comme Baudelaire : « Enivrez-vous ! » ». Il n’est pas étonnant qu’un grand auteur apporte son secours à Nicolas Delesalle pour exprimer ses pensées : l’auteur revendique son amour de la littérature et l’importance capitale qu’elle a eu sur le jeune homme qu’il était. Enfant amoureux des jeux du dehors, il a fallu la punition d’une professeur de collège pour le forcer à se plonger dans un livre. « Je suis rentré tardivement en littérature mais quand j’ai sauté, j’ai sauté de très haut et… quel vertige ! » se souvient-il. Emporté par son amour des livres, Nicolas Delesalle se lance dans un plaidoyer pour la lecture. S’il refuse de se réclamer d’un courant littéraire particulier, par modestie, l’auteur est persuadé que tout ce qu’on lit nous nourrit, artistiquement mais aussi humainement : « Cela nous ouvre la tête à coups de hache… ou parfois plus doucement. » Pourtant, il avoue lui-même lire moins qu’à une époque, distrait par d’autres loisirs : « Je viens de finir Seul, invaincu de Loïc Merle, qui est resté longtemps sur ma table de nuit car j’étais absorbé dans The Walking dead. On a aujourd’hui des séries très bien écrites, c’est dur de résister ! » Ce constat s’accompagne d’une réelle admiration pour les blogueurs et de la conscience de l’importance de leur rôle de prescription : « Dans les journaux, les gens écrivent toujours les uns pour les autres, alors que les blogueurs sont complètement libres. Vous êtes des passeurs ! »

À la suite de cet entretien, Nicolas Delesalle a pris le temps de discuter avec chaque lecteur présent durant la séance de dédicaces. Nous le remercions pour sa disponibilité, ainsi que les membres du label Préludes qui ont participé à la soirée et la sympathique équipe du Thé des écrivains qui a su recevoir les lecteurs dans une ambiance intimiste.

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Découvrez les avis des lecteurs sur Un parfum d’herbe coupée de Nicolas Delesalle, paru aux éditions Préludes.

5 réflexions sur “Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Nicolas Delesalle

  1. Alors déjà, je vous remercie pour la petite photo. J’ai l’impression d’être une star ! Votre article retrace très bien le détail de cette soirée. J’ai été touchée du temps que Nicolas Delesalle a pris pour discuter individuellement avec ses lecteurs, un beau remerciement pour l’avoir lu et avoir partagé ses moments d’enfance avec lui.
    Mon article sur cette rencontre sera en ligne demain matin :). Encore merci à vous tous, l’équipe de Babelio, ainsi que Préludes et bien sûr Nicolas, pour cette chouette rencontre. J’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres !

  2. A reblogué ceci sur Louisa Amara – L.A. Confidentialet a ajouté:
    En attendant de vous en parler plus (je vous en parle déjà tous les jours sur Twitter, Facebook, Instagram), un très bel article de Babelio pour mieux connaître @Koliadelesalle, grand reporter et désormais romancier. Je vous préviens, vous allez tomber amoureux(se) de lui et de son livre. 🙂

  3. « La vie est courte comme un flash, mieux vaut penser à sourire pour la photo. « ..J’ai beaucoup aimé ce livre… Certains  » instants « m’ont particulièrement touchés…. Comme un écho de certains souvenirs personnels ( la communion, rouler à toute vitesse etc)… 😄 😄 😄

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