Quand les membres de Babelio rencontrent Marc Fernandez

Jeudi 8 octobre, des lecteurs de Babelio ont eu la chance de rencontrer Marc Fernandez à la librairie de Paris, à l’occasion de la sortie de son premier roman Mala vida aux éditions Préludes.

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Avec Mala Vida, Marc Fernandez, cet ancien journaliste spécialiste de l’Amérique latine et du monde hispanique à Courrier International et fondateur d’Alibi, un mook (une revue entre le livre et le format livre et le format magazine) spécialisé dans le polar, signe un roman noir atypique dont l’action se déroule dans une Espagne contemporaine où un parti politique très à droite vient d’arriver au pouvoir, une droite nostalgique de la dictature de Franco. C’est dans cette Espagne aux relents franquistes que l’on suit l’enquête d’un journaliste qui s’intéresse au meurtre d’un homme politique en plein cœur de Madrid et qui sera bientôt suivi d’autres meurtres. Des meurtres liés, on le découvre progressivement, à une affaire d’Etat, réelle, celle des enfants volés sous le franquisme.

Fiction vs. Enquête

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Les premières question des lecteurs réunis à la Librairie de Paris portent directement sur le sujet même de son roman, l’affaire des enfants volés sous la dictature de Franco. En 2002, un documentaire intitulé Les Enfants perdus du franquisme dévoile au grand public un scandale déjà connu de certains : le vol de plusieurs dizaines de milliers d’enfants des années 1940 aux années 1970. Volés à leurs parents, ils étaient ensuite vendus à des familles plus en phases avec l’idéologie du régime.

Pourquoi l’auteur s’est-il intéressé à cette affaire méconnue en France et pourquoi ce journaliste a-t-il donc décidé d’en faire un roman plutôt qu’une enquête ? De double culture, française et espagnole, Marc Fernandez a suivi cette affaire et ses rebondissements dans la presse locale lorsqu’il était journaliste au Courrier International. Il a commencé ses recherches sept ans auparavant mais n’arrivait pas à aboutir à une enquête et c’est pourquoi il a choisi de repartir de zéro pour en faire une fiction : « Au fil de l’écriture, je me suis rendu compte que je n’avais pas envie de me replonger dans une enquête avec toutes les difficultés que cela implique. »

Le sujet étant encore tabou aujourd’hui en Espagne, il n’est pas facile d’en parler. C’est en effet une affaire qui a été cachée sous le tapis et l’aborder sous la forme d’une fiction permettait d’en parler plus facilement. Ainsi, si certains faits ou personnages sont effectivement inspirés de faits réels, le prisme de la fiction a permis de donner davantage de souplesse à l’histoire : « Avec la fiction on peut brouiller les pistes », souligne l’auteur.

La loi d’amnésie

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Marc Fernandez poursuit les échanges avec les lecteurs en apportant quelques précisions sur le commerce des enfants volés, ce business organisé par une mafia auquel participaient les sages femmes, les prêtres et bonnes sœurs… Tout a été fait dans le plus grand secret, les enfants volés de l’époque ne sont pas au courant de ce qui s’est passé mais depuis peu, quelques mesures  ont été mises en place pour permettre à cette affaire de sortir de l’ombre. Une banque d’ADN a par exemple été mise en place pour les personnes qui ont des doutes sur leur passé et qui souhaitent vérifier leurs origines.

La loi d’amnistie adoptée en 1977 constitue cependant un frein à toutes ces enquêtes puisqu’elle protège les responsables de la répression sous la dictature de Franco. Marc Fernandez parle de « loi d’amnésie ». Les problèmes que l’Espagne rencontre actuellement sont pour lui étroitement liés à la loi d’amnistie et au souci de mémoire.

C’est dans le but de ne pas oublier, de préserver la mémoire qu’il a écrit ce roman. Il aimerait à ce titre que son livre ait un certain retentissement et pourquoi pas qu’il soit traduit en espagnol. Il se demande toutefois si la fiction aura un écho suffisant à la mise en lumière de cette affaire. Pour lui donner davantage de visibilité, il confie aux lecteurs qu’il songe à en faire un film documentaire : « Je pense partir de la question de la banque d’ADN pour démarrer mon enquête. »

Slow journalisme

Les lecteurs posent ensuite quelques questions sur les personnages et l’attachement de l’auteur à ceux-ci. Ils s’interrogent notamment sur le fait que l’enquête n’est pas menée par un policier comme dans la majorité des polars mais par un journaliste. Marc Fernandez répond qu’il est lassé des enquêtes menées par des policiers. « Ce qui m’intéressait, c’était de parler de journalisme et notamment de journalisme radio car c’est un de mes grands regrets de ne pas en avoir fait. »

Le but du roman était-il donc de parler du rôle du journalisme dans notre société ? L’auteur répond que le but du roman est de raconter une histoire mais précise qu’il lui importait de parler de ce qu’on appelle le « slow journalisme », c’est-à-dire un journalisme à l’ancienne :  «il est vrai qu’on est en train de vivre une révolution dans le journalisme et qu’avec l’immédiateté des choses, cette nécessité pour les journalistes d’aller au plus vite, de multiplier les « news », de chercher à être les premiers sur chaque sujet, on s’éloigne de plus en plus du vrai journalisme».  

Influences

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Se pose ensuite la question de savoir si Mala Vida est un roman policier à proprement parler. L’auteur, grand spécialiste du genre, répond par une autre question «  Un roman policier, qu’est-ce que c’est ? Mon roman est un roman noir. C’est un roman à intrigues, un roman de politique fiction ».

Il confie qu’en tant que grand lecteur de polars, il puise son inspiration dans les écrits de Victor del Arbol, Truman Capote, Don Winslow… Il est également un grand fan de séries télévisées. On compte parmi ses références, True Detective (une série d’ailleurs mentionnée plusieurs fois dans le roman), The Wire, Engrenage.

Il explique toutefois que son écriture est assez simple. Il vient du journalisme papier qui impose une certaine simplicité de style : « Mon style c’est pas de style. Le « réalisme magique » latino-américain ne me plaît pas. J’aime écrire simplement pour faire passer l’histoire. » Il avoue d’ailleurs préparer une suite à Mala Vida dans laquelle les lecteurs pourront retrouver certains personnages de son roman en Amérique du Sud.

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La rencontre se conclue sur une question du titre du livre. Marc Fernandez explique qu’il peut se traduire par « mauvaise vie ». « C’est ma femme qui l’a trouvé. Le titre que j’avais donné initialement à mon roman ne plaisait pas à mon éditrice et j’ai eu du mal à m’en défaire mais je suis ravi de ce titre définitif ! »

Enfin, Marc Fernandez se prête volontiers à la rituelle séance de dédicaces et un verre organisé par les libraires de la librairie de Paris et les éditions Préludes.

2 réflexions sur “Quand les membres de Babelio rencontrent Marc Fernandez

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