Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Marie Pavlenko

Le jeudi 17 décembre, une trentaine de lecteurs Babelio a été invitée dans les locaux de Babelio à découvrir un monde où personne ne s’éteint, où la mort succombe pour la première fois à sa fatigue et décide de rester au lit… Marie Pavlenko, ancienne journaliste et auteur de littérature jeunesse, publie en effet chez Pygmalion son premier roman adulte, La mort est une femme comme les autres.

 

Un matin, Emm arrive à saturation, elle est incapable de se lever et se laisse gagner par le spleen. Délestée de sa tâche quotidienne qui consiste à ôter la vie aux humains, elle s’engage dans un périple extraordinaire où la confrontation avec une jeune femme à la gentillesse extrême va lui permettre de découvrir la richesse insoupçonnée de la nature humaine.

 

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Drôle de mort

L’idée de départ de Marie Pavlenko concernant ce roman n’était pas celle d’écrire un livre sur la mort, mais plutôt de s’essayer à l’écriture drolatique : “Mon idée de départ était simple : et si la mort arrêtait de travailler ? Le burn out et les autres détails se sont imposés au fur et à mesure de l’écriture.” Afin de donner corps à la mort de façon comique, l’écrivain a décidé de déconstruire la figure mythique du squelette encapuchonné : “A la base, je voyais un squelette, avec sa faux et sa capuche. Et puis je l’ai imaginée en femme de 40 ans fatiguée et j’ai trouvé ça très cocasse ! J’ai choisi de lui laisser la faux, afin qu’elle ait un alter ego, quelqu’un avec qui dialoguer, comme un miroir d’elle même.”

Si le squelette peut être vu comme un être asexué, Marie Pavlenko a finalement opté pour une version féminine de la mort : “Je l’ai faite femme car cela me permettait de rester proche d’elle.” La raison officieuse de ce choix, c’est le contre-pied de la tradition anglo-saxonne. Grande amatrice de littérature fantastique, l’auteur a constaté que la mort est souvent représentée chez nos amis d’Outre-Manche par un personnage masculin.

 

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Écrire sa vie

Bien qu’auteur de fiction, Marie Pavlenko sait que son quotidien comme son état d’esprit influencent directement ses écrits : “Ma vie a été un allié de taille à l’écriture de ce roman. Je vendais mon appartement et voir tous ces gens venir visiter ma maison et s’immiscer dans ma vie était vraiment désagréable. J’étais comme la mort, fatiguée et de très mauvaise humeur lorsque j’ai commencé à écrire.” Elle souligne à ce sujet que chaque lecture s’inscrit selon elle dans une temporalité particulière : “La lecture d’un livre relève d’une sensibilité à un moment donné et peut être perçue différemment à chaque relecture.”
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Aventurière des mots

Alors que certains auteurs ne prennent la plume qu’après avoir constitué un plan très détaillé de leur futur livre, Marie Pavlenko doit s’immerger dans son projet pour pouvoir le construire “Je ne savais pas où j’allais quand j’ai commencé à écrire. Je compare souvent mon écriture à une avancée dans la jungle, où, armée de ma machette, je dois me frayer un chemin parmi les herbes hautes.” Afin de prendre possession de ses personnages et d’imaginer des intrigues, l’auteur rédige en premier lieu les grandes lignes de son projet avant d’y revenir pour en travailler l’écriture. “Mis à part la mort, je n’avais aucun autre personnage en tête lorsque je me suis lancée. L’écriture est pour moi un lâcher prise, j’essaye de ne pas contrôler mon cerveau lorsqu’il crée.” L’émotion et les relations entre les personnages, voilà les maîtres mots de l’écriture pour Marie Pavlenko “C’est à ces deux éléments que l’on reconnaît un bon livre, celui qui, une fois refermé, nécessite un temps, même infime, au lecteur pour se rendre compte qu’il est de retour dans la réalité.”

 

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Prendre ses distances

“Comment sait-on quand un livre est terminé ?” interroge un lecteur. Pour l’auteur de La mort est une femme comme les autres, un livre s’écrit en plusieurs étapes, dont la dernière est la réécriture, qui peut durer plusieurs mois. “La réécriture prend fin lorsque je ne parviens plus à me relire et que j’ai l’impression que mon texte est le plus mauvais que je n’ai jamais écrit !” Ensuite, ses textes sont soumis à un jury de choix, quelques uns de ses amis, triés sur le volet : “J’ai deux ou trois personnes de confiance qui sont capables de me faire des remarques sans que je les prenne mal et en qui j’ai une confiance absolue. Cet exercice est difficile, mais il permet de prendre le recul nécessaire à l’écriture d’un bon manuscrit.”

 

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Faire rire

Amuser le lecteur est un exercice complexe pour tout écrivain qui s’y essaye : “Je voulais que mon livre parvienne à faire éclater de rire ses lecteurs, c’était là mon objectif, parvenir à proposer un livre jouissif. Et c’est bien plus difficile à produire qu’un livre triste.” L’humour représente quelque chose de spécial pour Marie Pavlenko qui y voit une nécessité de connexion avec les lecteurs. D’ailleurs, l’auteur confie qu’il s’agit du livre qui lui ressemble le plus, alors même qu’il tranche complètement avec ce qu’elle a pu faire jusqu’ici, en tant qu’auteur de fantastique pour adolescents “Ce livre est toujours sur ma table de nuit et lorsque je vais mal, je le relis et éclate de rire à chaque fois. Ce récit résonne complètement avec qui je suis, il me ressemble beaucoup.”

 

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Humaniser pour rassurer

Pour Marie Pavlenko, tout acte de création est lié à la mort d’une façon ou d’une autre “Écrire une symphonie ou faire du macramé, c’est prendre du recul par rapport à sa propre fin.” Effrayée par la mort, l’auteur explique avoir ressenti le besoin de désacraliser la mort en l’incarnant dans le but de souligner la nature éphémère de la vie et son absurdité “La vie est absurde, voilà pourquoi il faut en rire. Apprivoiser la mort, c’est chercher un sens à la vie et c’est probablement là la question centrale de mon ouvrage.” Marie Pavlenko rappelle que la mort n’est pas uniquement négative, qu’elle a à voir avec la fin de la souffrance et qu’elle met fin à des vies devenues compliquées. “J’ai cherché dans mon roman des angles qui permettaient de justifier que la mort sert à quelque chose. Si la vie peut être belle, c’est justement parce qu’elle a une date de fin.”

 

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Influences

A la question des influences littéraires, Marie Pavlenko est claire : ses personnages naissent dans son propre esprit : “Mes personnages existent d’eux-mêmes, j’ai essayé de me débarrasser d’idées préconçues et d’influences directes. Je ne voulais pas reproduire quelque chose d’existant.” Bien sûr, l’auteur souligne que l’exercice est difficile et qu’il nécessite une grosse prise de distance par rapport aux personnages existants chez les autres auteurs. Elle avoue cependant avoir cherché à faire un clin d’oeil à Terry Pratchett, son écrivain fétiche.

 

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Une infinité de possibles

Auteur de  romans fantastiques, l’écrivain est ensuite interrogée sur son rapport à ce type de littérature. “J’en lis depuis toute petite. Il s’agit d’une littérature fabuleuse avec un nombre infini de possibles, ne mettant aucune barrière à l’imagination et permettant à l’auteur de créer un univers  à son image.” L’avantage des littératures de l’imaginaire selon Marie Pavlenko est de permettre de laisser libre cours à son imagination et surtout de la détacher des carcans du “possible”, ce qui n’est pas le cas de tous les genres littéraires. Pour elle, il s’agit de la meilleure façon de parler de l’être humain, de prendre du recul sur notre existence, celle qui permet un échange privilégié avec les lecteurs puisque l’auteur les invite dans son univers personnel. “Évidemment, il y a un petit côté mégalo à cette écriture, car sans règles imposées, l’auteur est un peu comme un dieu.”

 

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Nouvelle naissance

Auteur de littérature jeunesse, Marie Pavlenko, avec La mort est une femme comme les autres, a fait son entrée dans le monde des auteurs pour adultes. Déjà lue par les adolescents, elle parle d’une nouvelle naissance. “Bien que la littérature jeunesse permette davantage de libertés, j’ai apprécié pouvoir jouer avec les mots dans ce romans. J’ai une vraie jouissance par rapport aux jeux de vocabulaire et j’ai pu cette fois me faire véritablement  plaisir.” Ce qui a décidé ce changement de public ? Son personnage central bien sûr : “Je ne décide pas vraiment du public, c’est surtout le personnage que j’imagine qui s’en charge. Ici, puisqu’il s’agit d’une femme de 40 ans, ce livre ne pouvait pas s’adresser à des enfants.”

 

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Touche à tout

Auteur de romans, Marie Pavlenko est également scénariste dans l’audiovisuel ainsi que pour la bande dessinée. Pour elle, chacune de ses écritures a ses aspects intéressants, même si le roman conserve la première place dans son coeur : “Le scénario de BD permet de travailler en collaboration avec les illustrateurs et de construire un monde ensemble, c’est un travail en binôme intéressant. L’audiovisuel en revanche fait appel à une dramaturgie très sèche, c’est un peu moins rigolo.” Marie Pavlenko compare le rôle de l’écrivain romancier à celui d’un chef d’orchestre, responsable du jeu des acteurs comme du décors. “C’est une écriture plus difficile mais hautement plus riche.”

Après la séance de questions-réponses, Marie Pavlenko, armée de feutres de toutes les couleurs, s’est prêtée au jeu des dédicaces avec les lecteurs, ravis de pouvoir échanger encore quelques mots avec cet auteur au sourire facile.

 

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Retrouvez La mort est une femme comme les autres de Marie Pavlenko, publié chez Pygmalion.

 

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