Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Martin Michaud

Avec sa barbe blanche et son ample bedaine, la figure du Père Noël fait rêver la plupart des enfants. Et si cette bouille amicale n’était en réalité qu’un leurre ? C’est du moins l’avis de Martin Michaud, le père de l’enquêteur Victor Lessard, venu directement de sa Montréal natale pour nous présenter son dernier roman, Violence à l’origine, publié chez Kennes édition. Une trentaine de lecteurs Babelio était au rendez-vous, le mardi 16 février, pour savourer pendant toute une soirée le chaleureux accent de l’écrivain nord-américain.

Responsable de la section des crimes majeurs à Montréal, le détective Victor Lessard enquête sur la mort d’un gradé du SPVM dont la tête a été retrouvée accompagnée d’un graffiti, laissant présager d’autres victimes, dont un certain “Père Noël”… Loin d’être soutenu par sa hiérarchie, Lessard s’entête pour résoudre l’affaire du Graffiteur, un dédale complexe d’une opacité totale qui fera vaciller toutes ses convictions…

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Plongée dans l’actualité

Comme beaucoup d’autres villes, Montréal est régulièrement touchée par des affaires d’enlèvement liées au proxénétisme. Père d’une jeune fille de 18 ans, Martin Michaud est particulièrement ému par ces dernières : “On se dit souvent que ce genre de choses n’arrive qu’aux autres alors qu’en réalité nous sommes tous concernés par ce problème.” Interpellé par un cas d’enlèvement resté irrésolu, l’écrivain s’intéresse au sujet et se plonge peu à peu dans les archives de son pays. Face au nombre impressionnant d’affaires similaires, il décide d’en faire l’objet d’une enquête de son détective Victor Lessard “Nous sommes confrontés à tellement d’horreurs que nous n’y prêtons plus attention. Sans vouloir défendre une cause particulière, j’ai souhaité avec Violence à l’origine, pointer du doigt ces agissements pervers.”

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Polar et société

Si le polar reste avant tout un genre de divertissement, Martin Michaud lui reconnaît également un rôle social : “Bien sûr que les auteurs cherchent à faire de leurs romans des page turners, mais je souhaite également pouvoir m’en servir comme de projecteurs braqués sur les choses qui me choquent ou m’interpellent.” C’est dans cette optique que Violence à l’origine a été écrit après l’élaboration d’une épaisse revue de presse judiciaire. Pendant son écriture, l’auteur poursuivait la lecture de dossiers criminels afin de donner plus d’épaisseur à son récit tout autant que pour lui conférer un plus grand réalisme. Sans vouloir accuser, l’auteur cherche avant tout à mettre en lumière certains comportements.

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Processus créatif

Interrogé sur ses méthodes d’écriture, Martin Michaud explique : “Avant de passer à l’écriture, je réalise une sorte de scénario, comme on peut en trouver à la télévision, pour laquelle j’écris aussi, afin d’y voir plus clair.” Il confie d’ailleurs à ce sujet que pour son précédent roman, le “plan” qu’il avait réalisé comportait seulement 30 pages de moins que la version finale ! Sans être des carcans, ces canevas lui servent à répartir les moments clés de ses intrigues : “Une fois les étapes déterminées, il ne me reste plus qu’à trouver le bon chemin pour les relier, grâce à l’écriture.” Le processus rédactionnel nécessite selon Martin Michaud une réelle capacité de souplesse, même si la fin reste l’élément essentiel qu’il faut avoir envisagé dès la mise en place de l’intrigue. Avis aux écrivains en herbe, le plan est pour l’auteur canadien le meilleur moyen de lutter contre le complexe de la page blanche : “J’ai comme tout le monde des moments de doute, mais chaque matin devant mon ordinateur, je sais exactement où je dois aller et cela m’évite les passages à vide.”

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L’anti père Noël

Sans grande, surprise, la question du choix de la figure du père Noël  est très vite arrivée dans la discussion : pourquoi s’attaquer à un tel personnage ? “Contrairement à beaucoup de gens, j’ai toujours été horrifié par cette figure, par ces genoux inconnus sur lesquels je devais m’asseoir au centre commercial chaque année étant enfant. C’est un mythe finalement très barbare !” Pour Martin Michaud, le père Noël incarne les faux semblants sur lesquels reposent notre société et c’est pour cela qu’il a choisi de donner ce nom à son personnage le plus noir. Par son intermédiaire, il a cherché à incarner le mal, un personnage à 100% mauvais et parfaitement crédible : “Le personnage est plein de logique, ce qui le rend bien plus effrayant.” L’écrivain avoue à cette occasion à son public, le plaisir dont il  jouit en mettant en scène ce monstrueux personnage : “Faire parler ce vilain personnage était jouissif ! Comme un défi d’écriture.”

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Chacun sa pièce noire

“Lessard, c’est vous ?” se voit demander Martin Michaud : “Nous avons tous les deux des chaussures rouges et le même soucis d’être un bon père. Autrement, je suis bien moins torturé que lui !” L’écrivain explique que chaque personnage contient forcément une part de son auteur, puisque lorsque ce dernier fait parler ses créations, cela revient à dialoguer avec lui-même : “Pour faire parler le père Noël par exemple, je suis allé piocher le plus loin possible dans ma noirceur personnelle”. Et si Martin Michaud a trouvé cette noirceur en lui, c’est parce qu’il est persuadé que chacun de nous possède en lui une part d’ombre : “La question que j’ai voulu soulever avec ce roman est la suivante, a-t-on tous en nous une “pièce noire”, c’est-à-dire un espace de ténèbres dans lequel se cache notre capacité à être violent ?” C’est dans cette optique qu’il a choisi de rentre son tueur sympathique : “En poussant l’empathie envers le tueur, j’ai cherché à amener le lecteur à se poser la question du “mal pour le bien est-il vraiment mal ?”

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Écrire et apprendre

Utiliser ses romans pour mettre en scène ses interrogations personnelles est une habitude chez Martin Michaud. “Chacun de mes romans naît d’une interrogation que je me pose ou d’un intérêt particulier pour un sujet, comme j’ai pu le faire avec le coma ou l’assassinat de Kennedy dans mes précédents romans.” Ce qu’apprécie particulièrement l’auteur dans cette démarche, c’est la connaissance qu’il acquiert en se penchant sur des sujets qu’il ne maîtrise pas complètement : “Je me suis intéressé cette fois à la question de la violence et cela a été l’occasion de me remettre à la philosophie, grâce à l’un de mes amis professeur. Chaque roman, de cette façon, me permet d’acquérir de nouvelles connaissances et c’est ce que j’aime dans l’écriture.”

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Montrer sans dire

Privilégiant toujours l’action à la description, Martin Michaud aborde ensuite la construction de ses romans : “Je privilégie la mécanique selon laquelle mes personnages se révèlent par leurs actions et non pas grâce à de longues descriptions, qu’en tant que lecteur je considère comme ruptures inutiles.” Particulièrement amusé par la rédaction des dialogues de son dernier roman, l’auteur précise que ces derniers sont insérés en tout dernier dans son récit : “Je laisse des trous dans la narration et lorsque j’ai véritablement bien déterminé les tons et schémas de mes personnages, je vais les remplir avec des dialogues. Ils sont un vrai défi pour les auteurs car les dialogues doivent permettre au lecteur de deviner des détails que l’on pourrait donner dans une description, sans en faire une.”

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Belle et laide, Montréal

Fin admirateur d’Henning Mankell, Martin Michaud lui  reconnaît une incontestable influence sur Violence à l’origine : “Lorsqu’on lit Mankell, par delà l’intrigue, on en apprend sur toute la société dans laquelle se déroulent ses romans. J’avais moi aussi envie de faire de la ville de Montréal un personnage, qui parle aux lecteurs mais également à ses habitants.” Dans un soucis de réalisme, l’écrivain précise que, malgré la noirceur de ses propos, Montréal est bien comme il l’a décrite dans son roman : “Si vous visitez la ville en plein soleil, vous n’y verrez pas la même chose. J’ai bien évidemment braqué un projecteur un peu sombre sur les défauts de la ville, mais cette dernière est loin d’être toute blanche. Elle est belle et laide à la fois, ce qui en fait un matériau exceptionnel pour tout auteur de polar.” D’ailleurs, Martin Michaud n’aborde jamais ce qu’il ne connaît pas dans ses romans : “Si mes intrigues se déplacent dans des endroits inconnus, je m’y rends automatiquement. Lorsqu’un auteur évoque un lieu qu’il n’a pas visité, je trouve le résultat moins bon. Le cimetière que j’évoque dans Violence à l’origine est par exemple l’un de mes lieux de promenade préférés !”

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Un heureux désastre

“Portiez-vous en vous depuis longtemps le personnage de Victor Lessard ? “interroge alors un lecteur. Afin de répondre à cette question, Martin Michaud nous propose un petit retour sur son parcours d’écrivain. Alors qu’il était encore avocat d’affaires, Martin Michaud se lance dans l’écriture. Il rédige deux romans en 15 ans, systématiquement refusés par les éditeurs. Désespéré, il se résigne : “Je voulais raconter des histoires aux gens mais je n’en racontais qu’à moi. J’étais avocat et papa mais absolument pas écrivain.” Grand amateur de polars, l’homme de lettres n’a pour autant jamais cessé de lire. Un terrible dysfonctionnement signe un beau jour la mort du disque dur de son ordinateur. Bien que la récupération totale des données soit impossible, il sauve un disque contenant quelques maigres dossiers, dont un, nommé “idées” dont il n’a aucun souvenir : “Je l’ai ouvert avec curiosité et c’est là que j’ai découvert des notes prises quelques temps plus tôt lors d’une lecture de Mankell, mentionnant une série de polars et le nom d’un enquêteur : Victor Lessard. J’ai pris ça comme un signe, et je me suis lancé.” Comme quoi, le célèbre enquêteur aurait pu ne jamais naître !

Coupé par le temps, la séance de question-réponses a dû prendre fin pour se poursuivre individuellement entre l’auteur et les lecteurs, lors d’une séance de dédicace.

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Retrouvez Violence à l’origine de Martin Michaud publié chez Kennes édition.

3 réflexions sur “Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Martin Michaud

  1. Très déçue de n’avoir pas pu assister à cette rencontre.
    Tout d’abord je n’ai jamais reçu le livre, pas trop grave j’aurais pu tout de venir, mais malheureusement j’étais clouée au lit avec une bonne et sévère grippe.
    Ce n’est que partie remise.
    Je lirais tout de même ce livre et les commentaires m’encourage à le lire.

  2. Je suis plongée dans « violence à l’origine » à 100 pages de la fin et j’ai raté la rencontre avec Martin Michaud..dommage mais problèmes perso….. c’est passionnant et je vais sans doute aller chercher le 1er livre  » il ne faut pas parler dans l’ascenseur »

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