Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Patrick Senécal

Tranquillement installés dans les fauteuils de chez Babelio le lundi 2 mai dernier, c’est pour une véritable descente aux enfers que les lecteurs ont été conviés. Leur guide ? Patrick Senécal, l’auteur de Hell.com, publié chez Fleuve éditions. L’auteur canadien n’en est pas à son coup d’essais puisque Hell.com est son 8e roman. Alors qu’il sort aujourd’hui en France, ce dernier a été publié en 2009 au Québec, son pays natal. Il fait notamment suite à des romans tels que 5150 rue des Ormes, Le passager, Sur le seuil ou encore Le vide, également publié chez Fleuve l’année dernière.

Depuis qu’il dirige la société immobilière de son père, Daniel Saul est devenu l’un des plus puissants hommes d’affaire du Québec. Quand Martin Charron, un ancien confrère, lui propose de devenir membre de Hell.com, un mystérieux site internet où tout (vraiment tout) semble possible à qui peut se l’offrir, Daniel sait qu’il ne pourra pas refuser. Après tout, ne figure-t-il pas parmi les puissants de ce monde ? Ce que l’homme a sans doutes oublié, c’est que l’on ne monte jamais aux enfers, on y descend…

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Internet et ses possibles

S’il aime travailler l’aspect sombre de l’âme humaine dans ses romans, Patrick Senécal s’est cette inspiré pour ce roman d’un cadre particulier : internet. “J’ai vu le film Hostel, qui présentait un site sur lequel on pouvait payer pour torturer des gens. J’ai trouvé l’idée bonne malgré une intrigue assez banale et très tourné vers les victimes. En contrepartie, je me suis dit que m’intéresser aux “méchants” serait un bon parti pris. Je voulais donner la parole au bourreau et plus largement poser cette question propre aux gens extrêmement riches : “Si je peux me le permettre, pourquoi ne le ferais-je pas ?””.

Intéressé par la noirceur dans son aspect littéraire, l’auteur de Hell.com n’est pour autant pas attiré par la violence “Cette question m’intéressait mais je suis loin de consommer de la violence sur le web. Je suis d’ailleurs souvent choqué par ce que l’on peut y trouver. Le net est vraiment l’enfer moderne. Voilà d’où est parti mon roman.”

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Ange & démon

Questionné par un lecteur sur la connotation religieuse dont est chargée la notion d’enfer, Patrick Senécal répond par la positive: “Dans Hell.com, j’ai repris la traditionnelle idée du pacte avec le diable. Sauf qu’aujourd’hui, le diable d’autrefois a été remplacé par le pouvoir de l’homme à mettre sa carte bleue dans une machine.”

Par ailleurs, Senécal pense que l’Homme porte le mal en lui mais que ce dernier peut à tout moment faire les bons choix. En effet, chaque jour qui passe correspond à un choix de l’humain d’être plus “ange” ou “démon”, sans pour autant croire à une force supérieure qui dirigerait nos actes :”La vie n’a de sens que celui qu’on lui donne. Elle est totalement absurde autrement. Nous avons chacun la responsabilité d’en faire quelque chose de bon.” Plus encore que ce choix fondamentale entre bien et mal, L’écrivain québécois  a choisi dans son dernier roman, de mettre en scène un personnage qui fait le mal en pensant faire le bien : “Là, ça devient tout de suite beaucoup plus compliqué et donc davantage intéressant ! J’ai également souhaité écrire sur ce sujet en réaction aux nombreux films très manichéens que l’on nous sert de plus en plus, où le méchant est systématiquement puni à la fin et où les gentils sont positifs à 100%.”

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Des personnages au service de l’histoire

Contrairement à d’autres auteurs qui reconnaissent une certaine liberté à leurs personnages, Patrick Senécal rappelle que l’écrivain reste toujours maître de son histoire : “Je ne crois pas ces auteurs qui assurent ne pas totalement maîtriser le destin de leurs personnages.” Ceci provient sans doutes du fait que l’écrivain canadien créé ses personnages dans un second temps : “Je commence rarement mes romans par les personnages. Ces derniers surgissent plus tard, en fonction de mes besoins narratifs.” Très organisé, l’écrivain explique également procéder grâce à un plan détaillé  : “Je sais que tout le monde n’en ressent pas le besoin, mais mes plans contribuent justement à mieux cerner de quels personnages j’ai besoin. Ils m’aident également à construire la fin de mes histoires, que j’ai besoin de connaître dans les moindres détails avant de commencer à écrire.” Maîtriser ses personnages, oui pour Patrick Senécal, mais tout savoir d’eux, non ! L’écrivain explique à son audience qu’il persiste des zones d’ombres sur certains de ses protagonistes, ce qu’il avoue beaucoup apprécier en tant qu’auteur : “Cela me plaît de ne pas tout savoir. Je pense régulièrement au film Six Feet Under où un père de famille loue une maison pendant des années, sans que l’on ne sache pourquoi.Et la fin ne nous en dit pas davantage ! J’ai trouvé ça très intelligent car finalement, c’est ainsi que fonctionne la vie : lorsqu’on meurt, des informations disparaissent avec nous.”

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Lecteur manipulé

Hell.com est le premier roman de Patrick Senécal dont le personnage principal est un antihéros : “Beaucoup de séries mettent en scène des antihéros aujourd’hui, comme Breaking Bad ou House of cards. Ce que j’ai trouvé intéressant dans ce choix, c’est qu’il a fallu parvenir à accrocher les lecteurs par delà l’aspect désagréable du personnage central.” Il le dit lui même, n’en est pas à son coup d’essais lorsqu’il s’agit de jouer avec ses lecteurs : “Si j’avais commencé par écrire une scène de meurtre, la plupart des lecteurs auraient reculé, se sentant incapables de comprendre les motivations du personnage. En revanche, j’ai choisi de miser sur le sexe, en pariant sur le fait que nous sommes tous un peu voyeurs. Je manipule ainsi mes lecteurs en envoyant progressivement mes personnages dans des directions où on ne les attend pas et j’aime jouer avec cela, imposer des choses à mes lecteurs à un moment du roman où ils ne peuvent plus reculer.”  

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Travail de l’inconscient

Après qu’un lecteur ait relevé les ressemblances entre Daniel Saul et le héros d’American psycho de Bret Easton Ellis, Patrick Senécal évoque la question des influences. Pour lui, ces dernières sont principalement inconscientes : “ Lorsque l’on voit un bon film ou que l’on écoute un bon disque, cela fait son chemin dans notre esprit sans que l’on s’en rende compte. Mon auteur préféré est Dostoïevski et pour autant je ne crois pas que l’on puisse comparer ce roman aux siens ! En revanche, je peux essayer consciemment de m’inspirer de certaines tournures observées dans ses dialogues. Par ailleurs, j’adore Romain Gary et sans essayer de le copier, j’essaye de créer certaines similitudes avec ses textes dans le fond. “

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Justice

La justice est une notion très présente dans l’intrigue du roman Hell.com : “Aujourd’hui, on pense souvent que si l’on est un bon mari, un bon père, un bon citoyen, il ne nous arrivera rien. Pourtant, des génies de bonté meurent à 23 ans et des ordures vivent jusqu’à 90. Tout peut arriver à tout le monde, il n’y a pas besoin d’être méchant pour attirer les ennuis.” Si cette question est soulevée par Patrick Senécal, c’est parce que lui-même s’interroge à son propre sujet : “Je me demande souvent quelle serait ma réaction si quelque chose d’extrêmement injuste m’arrivait. C’est en partie pour tenter de répondre à cette question que j’ai écrit le livre.” L’écriture pour Patrick Senécal se révèle bel et bien un exutoire : “Je pense que l’écriture est un moyen de se rassurer. Lorsqu’on couche nos peurs sur le papier au travers d’un roman, cela nous donne l’impression de les dompter, d’exercer un certain contrôle dessus, même si au final cela ne change rien. Par exemple, Hell.com traduit en partie ma peur d’être un mauvais père : le personnage de Saul est en effet le pire père qui puisse exister et le roman tourne autour du lien qui unit Saul à son fils. Mes romans servent véritablement à évacuer mes angoisses.”

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Écrire le mal…

Écrire sur le mal peut s’avérer plus facile que d’écrire sur le bonheur, Patrick Senécal l’affirme : J’ai effectivement plus de facilité à écrire du noir. En revanche, il ne faut pas tomber dans la caricature. Je connais de nombreux auteurs qui reprennent les codes classiques du noir et qui feraient mieux de s’abstenir… Il faut essayer d’aller ailleurs que là où vont les autres, c’est cela qui m’importe.” Pour rendre une scène de violence efficace, Patrick Senécal a sa propre méthode : “Décrire un meurtre ou un viol est quelque chose de facile pour moi. En revanche, les rendre cohérentes avec le reste du roman et crédibles aux yeux du lecteur est bien différent ! La psychologie du personnage est d’autant plus délicate à maîtriser lorsqu’on lui fait faire des choses affreuses. Elle joue énormément sur votre capacité à croire à ce que je vous dis. Un scène horrible sortie de nulle part vous fait décrocher de la lecture tout de suite. Comme les films Saw, ça ne tient pas debout ! On peut regarder ça, ça n’a tellement pas de sens que ça ne fait aucun effet. Je veux que vous pensiez encore à mes romans en les refermant, je veux vous inquiéter. Je ne suis pas là pour vous rassurer. Si vous avez peur, lisez autre chose !”

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…Sans trop en faire

Faire violent, oui, mais attention à ne pas tomber dans la surenchère, explique l’écrivain : “Il ne faut pas devenir une caricature de soi-même. Les critiques n’attendent pourtant que ça de voir plus de sang, plus de sexe, plus de violence à chacun de mes romans. C’est pour cela que la fin de Hell.com sort de mes habitudes. Je voulais aussi montrer que j’étais capable d’en faire un peu moins pour tout autant d’effet. D’ailleurs, chaque scène de torture ou de sexe est essentielle à mon roman ; j’ai veillé à supprimer celles qui n’apportaient rien. Chaque scène sert à montrer tel aspect de la personnalité de mes personnages. Je suis capable de toutes les justifier et c’est cela qui est important. C’est à ça que je travaille constamment.”  Afin de renforcer l’aspect horrifique de ses romans, en plus de travailler la psychologie des personnages, l’auteur canadien prête une attention toute particulière au cadre de son intrigue : “Je veille toujours à ce que le cadre de mes romans soit réaliste. Je trouve que cela a un effet meilleur sur l’horreur. L’horreur est plus efficace quand le mal s’invite dans un endroit tranquille.”

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C’est dans la bonne humeur que la soirée s’est ensuite poursuivie par l’habituelle séance de dédicace, rythmée par le charmant accent québécois de l’auteur et pendant laquelle les lecteurs ont pu échanger personnellement avec l’écrivain, avant de partager ensemble un verre de l’amitié.
Retrouvez Hell.com, le roman de Patrick Senécal, publié chez Fleuve éditions.

7 réflexions sur “Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Patrick Senécal

  1. J’avais hâte de rencontrer Patrick Sénécal…. voilà c’est chose faite et qu’elle rencontre, …..il était « truculent « 

  2.  » … C’est l’éternel de la lutte entre les bons et les méchants !… Ensuite, il ne reste plus qu’une question à résoudre : qui sont les bons ?…. »
    ( extrait des dialogues de « Les professionnels » , western « politique » de Richard Brooks (1966) , tourné quand « L’Amérique » a commencé à s’interroger sur sa légitimité, englué dans un conflit néo-colonial dont elle n’avait rien à faire, embarquée dans une aventure lunaire qui ne l’intéressait pas , mais revivifiée grâce à une jeunesse frondeuse !… Les US se posaient encore de bonnes questions, maintenant , ils s’abrutissent de réponses !….)

  3. J’ai été ravie de rencontrer Patrick Sénecal ,c’est toujours intéressant de connaitre les raisons de la naissance d’une histoire et de sa finalité !!

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