Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Ruta Sepetys

Tout le monde connaît la tragique histoire du Titanic ; mais avez-vous entendu parler de celle du Wilhelm Gustloff qui fit naufrage en 1945 ? Passionnée par les histoires oubliées, Ruta Sepetys, auteur américaine d’origine lituanienne, a décidé de raconter cette tragédie dans son roman, Le sel de nos larmes, publié chez Gallimard jeunesse. Le 6 juin dernier, elle a rendu visite à une trentaine de lecteurs Babelio dans les locaux de son éditeur afin de leur présenter son dernier ouvrage.  

Pendant l’hiver 1945, des milliers de réfugiés bravent le froid et les bombes pour rejoindre la côte et échapper aux troupes soviétiques en embarquant sur un fameux navire, le Wilhelm Gustloff. Parmi eux, quatre adolescents à l’histoire singulière. Tous ensemble, ils vont vivre la plus grande tragédie de l’histoire maritime, une catastrophe occultée de la Seconde Guerre mondiale, que l’auteur a choisi de dévoiler enfin au grand jour.

 

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Lutter contre l’oubli

Ruta Sepetys est le genre d’auteur passionnée par les histoires méconnues. Lorsqu’elle a entendu pour la première fois l’histoire du naufrage du Wilhelm Gustloff, elle n’a pas longtemps hésité avant de se lancer dans son récit . Après la parution de son premier roman, c’est en réalité la cousine de son père qui lui raconte cette histoire et lui demande de l’écrire. Intriguée, l’écrivain découvre alors que son aînée aurait dû embarquer sur le fameux navire…“Je suis toujours à la recherche d’histoires inconnues car j’aime les sortir de l’oubli. Tout le monde connaît l’histoire du Titanic où 1500 personnes ont disparu en mer. Mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale s’est produit le plus important naufrage de toute l’histoire : 9300 personnes ont péri en seulement une heure  et tout le monde l’ignore ! Ce constat m’a fait me demander comment l’histoire se fait : qui choisit ce qui mérite d’être retenu ?”

 

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Hommage aux réfugiés

A bord de ce bateau, une multitude de peuples se mélangent. Fille d’un réfugié Lituanien fuyant les troupes de Staline, Ruta Sepetys est fortement touchée par la cause des migrants : “Sur le Wilhelm Gustloff, ce sont des gens qui ont tout perdu qui se lancent dans cette traversée dans l’espoir de fuir l’arrivée des Soviets qui pillent et brûlent tout sur leur passage. Ces réfugiés, parmi lesquels on trouve beaucoup d’enfants, sont originaires de Lituanie, de Pologne, de Prussie, d’Allemagne. C’est sur ces routes que s’est retrouvée une partie de ma famille. Par ailleurs, mon père a passé 9 ans en camps de réfugié avant de pouvoir circuler sur le sol américain. Leur condition m’a toujours obsédée.Interrogée sur ses motivations, l’écrivain explique que  ce dernier est totalement détachée de toute velléité politique : “Il y a 3 ans, quand j’ai écrit ce livre, j’étais à mille lieues d’imaginer que nous parlerions autant des migrants aujourd’hui. Les réfugiés sont des gens qui ont tout perdu, qui ont souffert. Ceux de mon roman pensaient qui plus est être sauvés par la traversée en bateau. Je voulais absolument leur rendre justice et faire en sorte que les lecteurs soient sensibles à leur histoire mais en aucun cas faire écho à l’actualité.”

 

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4 voix

Le sel de nos larmes laisse la parole à personnages aux voix uniques. Plus qu’un simple découpage a posteriori, Ruta Sepetys a tenu a écrire son ouvrage comme les lecteurs l’ont découvert : “J’ai décidé d’écrire le livre de la même façon que les lecteurs le lisent : un chapitre par personnage et une voix différente pour chacun d’entre eux. Cela a été une expérience un peu schizophrène car je passais de personnage en personnage d’une page à l’autre. C’est une méthode plutôt étrange mais c’est de cette façon que le livre a été écrit. C’était vraiment un exercice difficile que de trouver une voix individuelle et différente pour chacun de mes héros.”

Bien que les deux romans de Ruta Sepetys soient indépendants, on retrouve un personnage de son premier roman, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, dans Le sel de nos larmes : “Lorsque j’ai terminé mon premier roman, j’étais si attachée aux personnages que je voulais absolument les revoir. Ils habitaient mon esprit et mon corps tout entier et je ne pouvais imaginer les laisser derrière moi aussi vite. Pour cette raison, quelque peu enfantine peut-être, j’ai décidé d’en choisir un et de le situer dans mon second roman. Une petite fantaisie que je me suis permise.”

 

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Transmission

Interrogée par les lecteurs sur la place de son roman en littérature jeunesse, Ruta Sepetys a partagé son regard sur le jeune public. Pour elle, rien de mieux qu’un jeune lecteur : “ Les enfants sont ceux qui parlent des livres à leurs parents, et pas le contraire. Les jeunes lecteurs sont d’excellents penseurs et ceux qui ressentent le plus d’émotions. Lorsqu’un jeune de 14 ans vous dit qu’il est amoureux, vous devez le croire, car c’est vrai ! Ils sont mon lectorat favori. Mon objectif est par conséquent qu’un maximum de jeunes puissent lire mon roman.” L’auteur évoque à ce sujet le roman que nous avons tous lu à l’adolescence et qui nous marque pour la vie : “Parce que j’ai écrit sur cette histoire de naufrage oublié, mon rêve est que les jeunes découvrent cette histoire et la portent en eux pour longtemps, de la même manière qu’on se souvient d’un classique découvert à l’adolescence.”

 

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Partager la douleur  


Être fidèle à la réalité, voilà l’objectif principal de Ruta Sepetys, qui cherche par ce biais à rendre hommage à la mémoire des victimes : “C’est important pour moi d’être la plus fidèle possible à la réalité car je ne veux surtout pas trahir les victimes. Mon roman sert à rendre justice à ces familles qui ont perdu un proche dans le naufrage, il faut les respecter et c’est par le réalisme que l’on peut y parvenir. “ Cette réalité qu’elle a rendu le plus fidèlement possible dans son roman, l’écrivain a pu s’en approcher grâce à de nombreuses recherches et notamment des entretiens avec les familles des victimes. Des moments toujours forts qu’elle nous fait le plaisir d’évoquer avec nous : “Lorsque je demandais aux rescapés de me raconter le naufrage, cela faisait revivre en eux le traumatisme. C’est comme si je leur demandais de revivre un cauchemar une nouvelle fois. J’ai vraiment ressenti le besoin de respecter ce superbe don qu’ils me faisaient en témoignant, Je me souviens d’une rescapée âgée aujourd’hui de 90 ans. Elle m’a donné tous les détails de sa survie. Je ne pouvais pas simplement l’écouter et l’oublier, je devais faire partager cette expérience à tous mes lecteurs. C’est pour cela que j’ai essayé de “photocopier” cette douleur et de la retranscrire dans mon écriture. J’ai volontairement donné une sorte d’immédiateté à l’émotion dans mon texte.”

 

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Chaussures et histoires

Réaliste oui, mais Ruta Sepetys a, grâce à ses connaissances pointues de cette période de l’histoire, aussi un peu joué avec ses personnages : “Certains sont inspirés directement de personnages réels, comme Joana l’infirmière. Je l’ai vraiment rencontrée pendant mes recherches. J’ai rendu visite à sa famille qui m’a expliqué à quel point elle était courageuse et m’a montré énormément d’éléments sur elle. Le personnage d’Emilia de son côté, incarne plus généralement tous les sacrifiés Polonais. Le petit garçon perdu sur le navire, lui, c’est mon père.” Il ne faut pas croire que les auteurs de romans historiques ne travaillent que dans les livres. Ruta Sepetys nous a démontré le contraire, en partageant avec les lecteurs une anecdote sur la construction de l’un de ses personnages : “Pour ce qui est du personnage du cordonnier poète, l’histoire est un peu différente des autres. Lors d’un voyage en Italie j’ai remarqué une minuscule vitrine de qui présentait une seule paire de chaussure. J’ai fini par découvrir qu’il s’agissait du cordonnier le plus célèbre d’Italie. “Ses chaussures sont de la pure poésie” m’a alors dit mon éditrice avec qui j’étais en voyage J’ai couru à mon hôtel et j’ai senti ce personnage monter en moi : un homme âgé, plein de compassion et qui aurait beaucoup d’histoires à raconter. Je me suis rendu compte à ce moment que nos chaussures en disent long sur nous. J’ai commencé à lire plusieurs  livres sur les chaussures, j’ai même interviewé des cordonniers. Pendant un temps, j’ai acheté de vieilles paires de chaussures chez Emmaüs et je m’amusais à imaginer leur histoire. J’étais véritablement obsédée !”

 

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La rencontre s’est ainsi achevée, par des sourires, avant de se poursuivre par l’habituelle séance de dédicace, pendant laquelle l’auteur a pris le temps d’échanger personnellement et longuement avec chacun de ses lecteurs.”

 

Retrouvez Le sel de nos larmes de Ruta Sepetys, publié chez Gallimard Jeunesse.

 

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Vous pouvez également retrouver un compte-rendu de la rencontre sur Le monde de Francesca : http://oiseausecret.canalblog.com/archives/2016/06/09/33935391.html

6 réflexions sur “Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Ruta Sepetys

  1. un grand merci pour cet article qui donne vraiment envie de lire le (les) livre et de faire plus ample connaissance avec l’auteur… le thème est très fort et résonne particulièrement vu la tragédie des migrants… et idem pour la réflexion sur les chaussures…

  2. Pingback: Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, de Ruta Sepetys (2001). | L'ourse bibliophile

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