Où l’on fête la musique (avec des livres)

A l’occasion de la fête de la musique, nous vous proposons une liste aussi bien musicale que littéraire. 

De nombreux livres se sont en effet inspirés de diverses chansons et oeuvres musicales et, inversement, certains chanteurs et musiciens ont allègrement puisé dans la littérature pour proposer leur propre oeuvre. Ce sont donc près de 30 chansons que nous vous présentons ci-dessous. Certaines sont inspirées de romans, d’autres ont influencé des auteurs pour leurs oeuvres.

feteOn ne prétend pas à l’exhaustivité et on attend vos suggestions et conseils musicaux ! Si vous connaissez d’autres livres inspirés par une oeuvre musicale ou des chansons (de n’importe quel genre, rock, rap, raggae, chanson française, musique classique…) qui font explicitement référence à une oeuvre littéraire, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire.

N’oubliez pas de cliquer sur les liens pour découvrir en musique les oeuvres mentionnées.

♫ C’est notre manière aujourd’hui, de célébrer la musique. ♫ 

Lettres à Miléna d’Art Mengo

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Issue de La vie de château, quatrième album de l’auteur, compositeur et interprète Art Mengo, « Lettres à Milena » s’inspire de la correspondance passionnée qu’entretinrent Franz Kafka et Milena Jesenska.

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Journaliste et écrivain tchèque, Milena Jesenska rencontre Franz Kafka en 1919, au détour d’une de ses nouvelles qu’elle voulu traduire. De cette rencontre littéraire naquit une profonde passion, qu’ils vécurent pendant plusieurs mois.

Il disait « Dites-moi au moins « tu » une fois
Alors, je serai comme le plus heureux des hommes
Dans cette intimité seule connue de nous
Vos lèvres de papier sauront me rendre fou »

Dans « Lettres à Milena », Art Mengo fait revivre cet amour le temps de quelques vers, entre poésie, tendresse et tristesse ; car sa chanson parle surtout de la rupture.

Il s’agit pour Art Mengo,  de « l’une des plus belles correspondances de la littérature ».
Ecouter la chanson « Lettres à Milena », Art Mengo sur Youtube.

Come fly with me de Frank Sinatra

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Chanson populaire, Come Fly With Me, titre phare de l’album éponyme, fut enregistrée en 1957. Dans le ton d’un album entièrement consacré au voyage, cette chanson conte une aventure exotique qui transporte l’auditeur des plages d’Acapulco aux bars de Bombay, en passant par le Pérou.

You may hear the angels cheer because we’re together.
Weather-wise it’s such a lovely day
Just say the words and we’ll beat those birds down to Acapulco Bay
It’s perfect for a flying honeymoon, they say
So come with me, let’s fly, let’s fly away

Chantée de très nombreuses fois par Frank Sinatra, elle fut aussi reprise dans maintes œuvres. La chanson a aussi inspiré des auteurs de fiction. Dans All I want for Christmas, Emily Blaine place ses chapitres sous l’égide des chansons de Frank Sinatra. Plus encore, dans le second chapitre, « Come Fly With Me », l’héroïne, plongée par cette chanson dans une douce mélancolie, se remémore les Noëls de son enfance.

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De nouveau, Sinatra capta mon attention. « Come fly with me » résonna dans la cuisine et je chantonnai doucement, me  perdant dans les souvenirs de Noël de mon enfance. C’était la première fois en vingt-cinq ans que j’allais passer Noël loin d’eux. Les larmes me montèrent spontanément aux yeux. 

Ecouter « Come Fly with me » de Frank Sinatra sur Youtube.

Osez Joséphine d’Alain Bashung

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Issue d’Osez Joséphine, huitième album d’Alain Bashung, la chanson a été écrite par le chanteur en collaboration avec son parolier Jean Fauque d’après une histoire familiale entre Joséphine Draï et Alain Bashung. Parce qu’il voulait aider la fille timide, le chanteur lui répétait sans cesse « Ah si j’osais, Joséphine »…

Osez, osez Joséphine,
Plus rien ne s’oppose à la nuit
Rien ne justifie 

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En 2011, Delphine De Vigan reprend les paroles de la chanson et s’en inspire pour trouver le titre de son roman Rien ne s’oppose à la nuit. Dans son livre, lauréat de quatre prix entre 2011 et 2012, l’auteur raconte l’enfance, la maladie et le suicide de sa mère, osant porter à l’écrit l’indicible perte de l’être cher.

Ecouter « Osez Joséphine » d’Alain Bashung sur Youtube.

Killing an arab de The Cure

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Premier single du groupe The Cure, Killing an Arab paraît pour la première fois (en 45 tours !) en 1978. Vendu à 15 000 exemplaires, il est réédité en février 1979. La chanson, à cause de son titre, fait polémique et Robert Smith, auteurs des paroles, dû se justifier. Il déclara que ses paroles n’étaient qu’une courte et poétique tentative pour retranscrire les émotions qu’il avait ressenti à la lecture de L’étranger d’Albert Camus. Le meurtre fait référence à celui perpétré par le narrateur du roman d’Albert Camus. 

 Standing on the beach
With a gun in my hand
Staring at the sea
Staring at the sand

Lors de la promotion du single, pour éviter les interprétations douteuses du texte, le disque était envoyé aux médias … accompagné du livre d’Albert Camus ! Du fait cependant de l’incompréhension de certains et de la récupération de la chanson par des partis extrémistes, Robert Smith a regretté avoir choisi ce titre.

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Ecouter « Killing an Arab » de The Cure sur YouTube. 

Dr. Jekyll and Mr. Hide de Serge Gainsbourg 

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En 1968, Serge Gainsbourg chante Dr. Jekyll and Mr. Hide, chanson très largement inspirée du livre éponyme écrit par Robert Louis Stevenson.

Docteur Jekyll il avait en lui
Un Monsieur Hyde qui était son mauvais génie
Mister Hyde n’disait rien
Mais en secret n’en pensait pas moins 

 

A posteriori et avec un regard critique sur la carrière et la vie du chanteur français, on peut aisément comprendre le choix de l’artiste de s’inspirer d’un tel texte. La double personnalité du héros qui lutte contre les parties les plus sombres de lui-même à chaque instant du livre n’est pas sans rappeler la complexe personnalité du chanteur lui-même qui, au fil du temps, s’est façonné en « Gainsbarre », poète maudit ivre et provocateur.  

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Ecouter « Dr. Jekyll and Mr. Hide » de Serge Gainsbourg sur YouTube.

Rue des Blancs-Manteaux de Juliette Greco

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A l’origine, cette chanson fut écrite par Jean-Paul Sartre, sur une composition musicale du compositeur hongrois Joseph Kozma, pour le personnage d’Inès qu’il met en scène dans sa pièce de théâtre Huis clos (1944). Cette pièce, qui se réfère à la Révolution Française, évoque les outils de la mise à mort révolutionnaire, l’échafaud et le bourreau notamment.  

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Quelques années plus tard, Jean-Paul Sartre offre à la jeune Juliette Gréco, dont la carrière n’est encore qu’à ses débuts, la chanson Rue des Blancs-Manteaux. « Je vous fait cadeau, [dit-il], c’est une chanson que j’ai écrite pour Huis clos, parole et musique. La musique ne me plaît pas ».

A sa sortie en novembre, la chanson ne fut pas un grand succès, mais elle acquit sa notoriété au fil des ans, grâce aux autres interprétations du titre (notamment celle des Frères Jacques) mais aussi grâce à la réédition, en 1963, du titre historique de Juliette Greco.

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c’était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux 

Ecouter « Rue des Blancs-Manteaux » de Juliette Greco sur YouTube.

Norwegian Wood, des Beatles

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Titre issu de l’album Rubber Soul, « Norwegian Wood » fut écrit en 1965 par John Lennon.

Les paroles tracent les contours de la relation amoureuse, de la douceur de la rencontre à la rage de la fin et l’amertume de l’absence :

 I once had a girl, or should I say, she once had me…
She showed me her room, isn’t it good, norwegian wood
And when I awoke, I was alone, this bird had flown
So I lit a fire, isn’t it good, norwegian wood. 

L’histoire veut que John Lennon écrivit cette chanson pour l’un de ses maîtresses, la journaliste Maureen Cleave.

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Vingt ans plus, tard, Haruki Murakami s’inspira directement de cette chanson pour écrire son roman La ballade de l’impossible (dont le titre anglais est d’ailleurs Norwegian Wood).

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Au cours d’un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles : Norwegian Wood. […] il replonge dans le souvenir d’un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami, Kizuki, s’est suicidé. Kizuki avait une amie, Noko. Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l’aime ainsi. Une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît.

Oeuvres jumelles, chanson et texte se mêlent et résonnent alors l’une avec l’autre, hommages aux amours enfuis qui ont marqué les deux artistes.

Ecouter « Norwegian Wood » des Beatles sur YouTube.

Murder in the Rue Morgue de Iron Maiden

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Nouvelle écrite par Edgar Allan Poe, Double assassinat dans la Rue Morgue (1841) met en scène, pour la première fois, le détective Auguste Dupin. Dans le Paris du XIXe siècle, l’enquêteur va résoudre une affaire pour le moins énigmatique : deux femmes, une mère et sa fille, ont été sauvagement tués, sans mobile pour le crime et sans explication plausible…

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La nouvelle influence de nombreux artistes, dans la littérature ou au cinéma, mais aussi dans la musique. Le groupe de heavy metal Iron Maiden s’inspira ainsi du texte d’Edgar Allan Poe pour sa chanson Murders in the Rue Morgue (extraite de l’album Killers). Notons que la nouvelle est également citée dans une chanson de Bob Dylan « Just Like Tom Thumb’s Blues » qui comporte également une référence à Arthur Rimbaud, poète que Dylan appréciait particulièrement.

Ecouter « Murders in the Rue Morgue » d’Iron Maiden sur YouTube.

Wuthering Heights de Kate Bush

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C’est à 16 ans et après avoir vu les dernières minutes de l’adaptation cinématographique de 1970 des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë que Kate Bush écrivit la chanson Wuthering Heights dont le nom, reprise direct du titre en version originale du livre, atteste immédiatement de son inspiration.

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Cette chanson, dont elle aurait composé les paroles en seulement quelques heures en regardant la lune depuis la fenêtre de sa chambre, s’inspire des pensées de Catherine Earnshaw, personnage principal du roman.

Bad dreams in the night
You told me I was going to lose the fight
Leave behind my wuthering, wuthering, wuthering heights
Heathcliff, it’s me, Cathy, I’ve come home I’m so cold
Let me in your window
Heathcliff, it’s me, Cathy, I’ve come home I’m so cold
Let me in your window

Grâce à cette chanson, Kate Bush devint la première femme à voir une chanson qu’elle a écrite et chanté elle-même atteindre la première place du « UK singles Chart », classement hebdomadaire des singles britanniques.

Ecouter « Wuthering Heights  » de Kate Bush sur YouTube.

Bonjour tristesse d’Alain Souchon

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« Bonjour tristesse » est  une chanson extraite de l’album La vie de Théodore, véritable hommage à Théodor André Monod, explorateur, érudit et humaniste français.

Best-seller historique de l’édition française (en 2011, on dénombrait près de deux millions d’exemplaires vendus depuis sa première parution en 1954), Bonjour tristesse est l’oeuvre d’une adolescente, car Françoise Sagan n’a alors que 17 ans. Ecrit rapidement, le livre fut envoyé à un éditeur qui, séduit par le style soigné de la jeune fille, le publiera.

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Comme
Je suis l’homme élégant,
Pour conduire je mets les gants
Dans les bolides extravagants
De Françoise Sagan

Dans ses romans, dans ses nouvelles,
Cette dame-demoiselle mêle
De jolies mélancolies frêles
Et je chante ma ritournelle
A la gloire d’elle

La chanson, qui fait référence à la maturité mêlée de jeunesse de l’auteur, est un véritable hommage à Françoise Sagan et à ses oeuvres et, plus particulièrement, à son premier roman Bonjour Tristesse dont elle reprend le titre.

Ecouter « Bonjour Tristesse » d’Alain Souchon sur YouTube


Mr Bojangles de Nina Simone

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Avec son premier roman intitulé En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut a séduit l’ensemble des lecteurs. Au coeur de ce roman publié par une petite maison d’édition bordelaise, une histoire d’amour et de folie avec Nina Simone en bande sonore.

Pourquoi Nina Simone et cette chanson en particulier, devenue personnage du roman ? Dans un entretien qu’il nous avait accordé lors de la publication du livre, il est revenu sur l’influence de cette chanson dans l’écriture e ce roman : « Je l’ai découverte en marchant dans les rues de Paris sous la pluie et le froid. Elle m’a beaucoup touchée. Je l’ai donc écoutée en boucle pendant quinze jours. Et puis, lorsque je me suis mis à écrire les premiers paragraphes elle est passée sur mon ordinateur. Au début j’ai souhaité la mentionner sans penser que Bojangles deviendrait un personnage aérien du roman. »

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Ce n’est que 5 ans après la publication, en 1968, de « Mr Bojangles » par le chanteur de country Jerry Jeff Walker que Nina Simone enregistre sa propre version de cette chanson inspirée par un vagabond rencontré en prison. Depuis, des centaines d’artistes ont repris « Mr Bojangles », sur scène comme Robbie Williamsà la télé comme Sammy Davis Jr ,  sur disque comme Neil Diamond ou lors d’une session d’enregistrement comme Bob Dylan. C’est pourtant bien la version de Nina Simone qui est au coeur du roman d’Olivier Bourdeaut.

Vous avez écouté la chanson ? Quelle est votre version préférée ?

Ecouter Mr Bojangles de Nina Simone sur Youtube.

Schizophrenia de Sonic Youth

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L’histoire de la musique rock est parsemée d’albums-concepts c’est à dire d’albums dont les chansons sont liées par une thématique commune. Dans l’album Sister (1987), le groupe Sonic Youth innove en rendant hommage à un grand auteur, l’écrivain de science-fiction Philip K. Dick décédé cinq ans plus tôt. Si les chansons présentes sur le disque ne lui sont pas toutes entièrement consacrées, il est tout de même au cœur de l’album. Ainsi, le titre même du disque est un hommage à la sœur jumelle de Philip, Jane Charlotte, décédée 6 semaines après sa naissance et dont l’absence a hanté sa vie autant que son oeuvre.

k dick

La schizophrénie diagnostiquée sur Philip K. Dick est l’objet de la chanson « Schizophrenia » qui ouvre l’album :

I had a dream
And it split the scene
But I got a hunch
It’s coming back to me

Preuve de l’intérêt du groupe non seulement pour l’oeuvre mais également pour la vie de l’écrivain de science-fiction, le titre d’une biographie de ce dernier écrite par Paul Williams –Only apparently, real to irreal– est citée dans les paroles de la chanson Stereo Sanctity.

Ecouter l’album Sister de Sonic Youth sur YouTube.

1984 de David Bowie

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C’est une véritable adaptation télévisée de l’ouvrage de George Orwell 1984 que devait réaliser David Bowie en 1974, ou disons, s’il ne s’agissait pas d’une fidèle transposition, d’une interprétation personnelle de la fameuse dystopie. Comme des milliers de lecteurs à travers le monde, Bowie est fasciné par le roman. Peut-être le chanteur anglais se retrouvait-il dans les thèmes abordés par l’écrivain. Peut-être, comme cela se murmurait alors dans les pages des magazines et des
newspapers, était-il devenu paranoïaque. En somme, il était donc parfaitement en phase avec la tonalité de ce sombre roman mettant en scène un régime totalitaire et policier.

1984
L’adaptation, pourtant, ne se fit pas. Les ayant droits refusèrent finalement que la star cocainée n’utilise l’oeuvre de George Orwell. On ne sait quelle fut la réaction de Bowie. On sait en revanche que chez lui, rien ne se perd mais que tout se transforme. Il se lança alors immédiatement dans un autre projet totalement imprégné, d’une part de sa propre paranoïa et d’autre part de l’oeuvre de George Orwell.

L’album Diamond Dogs sort en 1974. On y retrouve un univers oppressant (il s’agit d’un album-concept, les chansons racontent une histoire), une dictature totalitaire… et certains titres qui nous rappellent quelque chose…

Someone to lead us, someone to follow
Someone to fool us, some brave Apollo
Someone to save us, someone like you
We want you, Big Brother
Big Brother!


Au delà de l’atmosphère très orwelliennes de l’album on retrouve deux allusions directes à son oeuvre : une chanson intitulée « Big Brother » et une autre intitulée “1984”. Deux résidus du projet initial de Bowie.

Au delà de l’influence d’Orwell, on peut également citer l’influence de l’écrivain William S. Burroughs dans la méthode d’écriture des chansons de David Bowie. Ce dernier a en effet emprunté au parrain de la Beat Generation la technique du “cut up” qui consiste, pour citer le magazine Rolling Stones à un “genre littéraire où un texte est découpé au hasard, mélangé avec d’autres, pour produire un ensemble inédit.”

Ecouter « 1984 » de David Bowie sur YouTube.

 

Hey Jack Kerouac de 10 000 maniacs

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C’est directement au pionnier de la Beat Generation Jack Kerouac mais aussi aux autres auteurs associés au mouvement que s’adresse le groupe américain 10 000 Maniacs dans la chanson (au titre équivoque) “Hey Jack Kerouac”.

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Auteur du livre culte Sur la route, livre de chevet de toute une génération, Jack Kerouac a inspiré de nombreux chanteurs et auteurs-compositeurs comme Bob Dylan ou Tom Waits. Il était normal qu’un groupe rende un jour hommage à celui qui se considérait comme un “poète jazz”. La chanson “Hey Jack Kerouac” du groupe 10 000 Maniacs est cependant un hommage en demi-teinte. La chanson ne tient à aucun moment d’une légende dorée, la chanteuse Natalie Merchant n’éludant aucun aspect de la vie mouvementée des auteurs de cette génération. De fait, c’est un regard doux amère qu’elle semble porter sur Jack Kerouac et son entourage littéraire :

Hey Jack, now for the tricky part
When you were the brightest star
Who were the shadows
Of the San Francisco beat boys ?
You were the favorite
Now they sit and rattle their bones
And think of their blood stoned days


Faire la liste de tous les liens entre Jack Kerouac et le monde de la musique relève d’une tâche presque impossible. Notons simplement brièvement qu’une scène du festival Les Vieilles Charrues en Bretagne porte son nom, que le groupe de hip hop Tiron & Ayomari a également composé une chanson intitulée Jack Kerouac, que le titre d’un de ses romans, Satori à Paris a inspiré Etienne Daho ou encore que le personnage principal du roman Sur la route a été utilisé comme nom par un groupe franco américain de country-blues.

Ecouter « Hey, Jack Kerouac » de  10 000 Maniacs sur YouTube.

La Sonatine de Diabelli

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C’est par la savoureuse scène d’une leçon de piano pour le moins compliquée que commence le huitième roman de Marguerite Duras. L’élève semble n’avoir que faire des conseils de son professeur : « Quand même, […], tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. » Le morceau que doit jouer l’élève est une sonatine de Diabelli, plus exactement celle-ci :

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Anton Diabelli est un musicien autrichien du 19ème siècle. Il est surtout connu pour son travail d’éditeur. Il a demandé à plusieurs grands compositeurs allemands et autrichiens de composer des variations de ses valses. Ces variations sont à l’origine de l’un des grands chefs-d’oeuvre de Beethoven : les 33 Variations sur une valse de Diabelli.

Ecouter la Sonatine de Diabello sur YouTube.

Tear in Your Hand de Tori Amos

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La chanteuse américaine Tori Amos n’a jamais caché son admiration pour la bande dessinée The Sandman de Neil Gaiman. Cette Bd raconte les aventures du marchand de sable, Morphée, le roi des Rêve. Il a pour famille La Mort, le Délire, le Désir ou encore le Destin. The Sandman est une oeuvre de comics ambitieuse dans laquelle chaque histoire fait office de conte. Les influences de l’auteur sont multiples et ont attiré de nombreux lecteurs et lectrices pourtant réfractaires au genre du comics.

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Parmi les lecteurs fidèles de cette BD, on retrouve une certaine Tori Amos. Dans la chanson « Tear in your hand », la chanteuse fait ainsi explicitement référence au personnage créé par Neil Gaiman et à Neil lui-même :

Let me take a deep breath babe
If you need me
Me and Neil’ll be hangin’ out with the dream king

Certains lecteurs de The Sandman et/ou fans de Tori Amos sont même allés jusqu’à penser que cette dernière avait inspiré le personnage Délire créé par Neil Gaiman. Ceci est faux même si l’amitié qui a rapidement lié les deux artistes a effectivement en partie influencé l’évolution du personnage Délire : « Délire a été créée avant que je ne rencontre Tori, mais elles se sont effrontément plagiées l’une l’autre ».

 

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Ecouter « Tear in your Hand » de Tori Amos sur YouTube


La Sonate à Kreutzer de Léon Tolstoï

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Publié en 1889, mais immédiatement censuré par les autorités russes, La sonate à Kreutzer est un court roman de Léon Tolstoï qui fait référence dans son titre à l’une des plus célèbres mais aussi des plus longues sonates pour piano et violon de Beethoven, oeuvre que doit jouer l’un des protagonistes du roman.

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https://www.youtube.com/watch?v=COGcCBJAC6I

A travers ce roman dans lequel un homme raconte ce qui l’a poussé à tuer sa femme, Tolstoï promeut l’idée de l’abstinence sexuelle. Oeuvre forcément polémique, elle poussa sa femme Sophie Tolstoï puis son fils Léon Tolstoï fils (dans un ouvrage intitulé Le prélude de Chopin)  à défendre les positions de l’écrivain.

Trois poèmes pour Annabel Lee d’Hubert Félix Thiéfaine

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Présente dans son album à succès Suppléments de mensonge, la chanson « Trois poèmes pour Annabel Lee » évoque un personnage de l’oeuvre d’Edgar Allan Poe, Annabel Lee.

Annabel lee
pas un seul cheveux blanc
n’a poussé sur mes rêves
Annabel lee
au roman des amants
je feuillette tes lèvres

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Dans le poème d’Edgar Allan Poe, qui ne fut publié qu’après sa mort et qui fut traduit par Stéphane Mallarmé en France, Annabel Lee est une jeune femme dont est profondément épris le narrateur. Les anges, jaloux de cet amour, tuent la jeune femme :

Les anges, moitié moins heureux dans le ciel,
S’étaient pris à nous jalouser, moi et elle –
Si ! – et c’est la raison pour laquelle (tout le monde sait cela
Dans ce royaume du bord de la mer)
Le vent est parti du nuage, la nuit,
Glaçant et tuant mon ANNABEL LEE.

Ecouter « Trois poèmes pour Annabel Lee »d’Hubert-Félix Thiéfaine sur YouTube. 

Les variations Goldberg de Bach

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Les variations Goldberg représentent une œuvre pour clavecin composée par Johann Sebastian Bach, aux alentours de l’année 1740, c’est à dire vers la fin de sa vie.

Le critique Patrick Szersnovicz témoigne de l’importance de cette oeuvre : “Recueil touffu, fantasque, d’une rare densité contrapuntique, les Variations Goldberg […] ne partent pas d’un point pour arriver à un autre, mais tournent autour d’un thème, une paisible aria en forme de sarabande tirée du second Clavierbüchlein que Bach composa pour sa femme Anna-Magdalena en 1725.”

Le pianiste Glenn Gould interpréta quatre fois les variations au piano, les rendant célèbres auprès du grand public.

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Les variations Golberg est également le nom du premier roman de Nancy Huston. Voici comme elle explique le principe de ce livre dans lequel les variations ont une place centrale :  

Si tu invitais trente personnes chez toi, des êtres que tu as aimés et que tu aimes, pour t’écouter jouer au clavecin, pendant une heure et demie, Les Variations Goldberg de Bach, et si ce concert se déroulait comme un songe d’une nuit d’été, c’est-à-dire si toi, Liliane, tu parvenais à faire vibrer ces trente personnes comme autant de Variations, chacune à un diapason différent — (il te faudrait pour cela osciller entre le souvenir et la spéculation ; il te faudrait surtout maîtriser tes peurs) — peut-être alors tous tes fragments de musique s’animeraient-ils enfin dans une même coulée, et cela s’appellerait Les Variations Goldberg, romance.


Ecouter les variations Goldberg de Bach intrerprétées par Glenn Gould sur YouTube

Scentless Apprentice de Nirvana

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Kurt Cobain disait volontiers qu’il s’agissait de l’une de ses chansons préférées. Celle-ci s’inspire directement du célèbre roman de Patrick Süskind, le Parfum, histoire d’un meurtrier.

Il s’agit, dans ce roman, de l’histoire d’un homme amoral, Jean-Baptiste Grenouille, qui possède un odorat extrêmement développé, bien que n’ayant lui-même aucune odeur. Il n’a qu’une obsession, créer le parfum parfait.

I promise not to sell your perfumed secrets
There are countless formulas for pressing flowers

 

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Dans plusieurs interviews le chanteur confirme que Le Parfum de Patrick Süskind était un roman qu’il affectionnait particulièrement : “J’ai lu le Parfum une dizaine de fois dans ma vie, et je ne peux m’empêcher de le relire. […] C’est un roman qui ne me quitte pas.”

Si vous cherchez une bande son à la lecture de ce livre, celle-ci pourrait donc aisément en faire partie, tout comme la chanson  “Du riecht so gut” (“Tu sens si bon”) du groupe berlinois Rammstein, également inspirée de l’oeuvre de Süskind.


Ecouter Scentless Apprentice de Nirvana sur YouTube

La Symphonie pastorale de Beethoven

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La Symphonie pastorale est un roman d’André Gide paru en 1919. Il s’agit pour Kittiwake, du “récit qui mène une jeune aveugle de l’ombre à la lumière. Mais […] aussi les confidences de l’homme [le pasteur] qui l’accompagne et la guide sur ce chemin, pour le malheur de tous.”

Le roman tire son nom d’une symphonie de Beethoven. Au début du roman, le pasteur emmène la jeune aveugle écouter cette symphonie. Le concert émeut profondément la jeune fille :

Longtemps après que nous eûmes quitté la salle de concert, Gertrude restait encore silencieuse et comme noyée dans l’extase. — Est-ce que vraiment ce que vous voyez est aussi beau que cela ? dit-elle enfin. — Aussi beau que quoi, ma chérie ? — Que cette « scène au bord du ruisseau ». Je ne lui répondis pas aussitôt, car je réfléchissais que ces harmonies ineffables peignaient, non point le monde tel qu’il était, mais bien tel qu’il aurait pu être, qu’il pourrait être sans le mal et le péché. Et jamais encore je n’avais osé parler à Gertrude du mal, du péché, de la mort. Ceux qui ont des yeux, dis-je enfin, ne connaissent pas leur bonheur. Mais moi qui n’en ai point, s’écria-t-elle aussitôt, je connais le bonheur d’entendre. 


Ecouter La Symphonie pastorale de Beethoven sur YouTube.

Venus in Furs du Velvet Underground

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Chanteur lettré, Lou Reed a souvent cherché dans les livres son inspiration. Grand lecteur d’Hubert Selby Jr, qui lui a inspiré de nombreux personnages, ou encore de Vaclav Havel, écrivain héros de la révolution de Velours (sic) devenu Président de la première République tchèque, Lou Reed a également été fasciné par un roman sulfureux de Leopold von Sacher-Masoch, La Venus à la fourrure. L’auteur a donné son nom au “masochisme”, soit la recherche du plaisir dans la douleur.

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Ce roman érotique, semi-autobiographique, publié en 1870, raconte la relation amoureuse entre Séverin von Kusiemski et Wanda von Dunajew . Voici comment en parle le membre de Babelio Marti94 : “Séverin von Kusiemski, raconte comment, aux termes d’un contrat conclu avec sa maîtresse, Wanda von Dunajew, il s’est engagé à être son esclave, contraint de subir toutes les humiliations qu’elle jugerait bon de lui infliger. le bonheur alterne sans fin avec la douleur, comme si l’un ne pouvait venir que de l’autre : « Si je ne peux jouir pleinement et parfaitement du bonheur de l’amour, je veux boire jusqu’à la lie la coupe de ses souffrances et de ses tourments ; je veux être maltraité et trahi par la femme que j’aime. Plus elle sera cruelle, mieux cela vaudra. C’est aussi une jouissance ! ».”

On retrouve chacun de ces éléments dans la chanson éponyme du Velvet Underground :

Au delà des références explicites et sexuelles à l’oeuvre de Sacher-Masoch, on retouve également une belle poésie :

I am tired, I am weary
I could sleep for a thousand years
A thousand dreams that would awake me
Different colors made of tears 

Lou Reed a repris cette chanson dans de nombreux concerts, même après la fin de son groupe The Velvet Underground comme par exemple ici lors de sa tournée Animal Serenade.

Ecouter « Venus in Furs » du Velvet Underground sur YouTube.

King de Mike G.

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A qui une chanson intitulée « King » peut-elle bien faire penser ? Pour vous aider, voici un extrait des paroles de la chanson :

My Shining will never stop,
fuck runnin’ from every cop
Wait ’til the sun goes down
and have a showdown out in Salem’s Lot

Vous l’aurez compris, cette chanson est un hommage à l’oeuvre du maître de l’horreur Stephen King !

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Avec des centaines de romans à son actif, presque autant de prestigieux prix littéraires, un succès populaire aussi bien que critique, il eut été étonnant que Stephen King ne soit pas l’objet de diverses hommages de la part du monde des arts.

Le rappeur Mike G., auteur de cette chanson est originaire de Miami aux Etats-Unis et fait partie du collectif de hip-hop californien Odd Future. La chanson tient presque de la performance oulipienne : retrouverez-vous toutes les références à Stephen King cachées dans la chanson ?

Ecouter « King » de Mike G sur YouTube.

 

The Catcher in the Rye de Guns’n’Roses

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L’Attrape-Coeurs de J.D. Salinger est un roman culte qui a inspiré de nombreux artistes et notamment de nombreux chanteurs. De fait, sur la page Wikipedia francophone du livre, on retrouve une vingtaine de chansons qui y font explicitement référence. Ces artistes se sont sans doute retrouvés dans les interrogations du jeune Holden Caulfield. Le groupe français Holden par exemple, s’est ainsi nommé en hommage au jeune héros du roman.

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On aurait pu citer de nombreuses chansons. Nous avons choisi celle-ci, du groupe de rock américain The Guns’N’Roses qui fait non seulement référence au livre mais à l’assassinat de John Lennon par Mark Chapman. Ce dernier venait en effet de se faire dédicacer ce livre par le membre des Beatles avant de l’assassiner. Axl Rose se demande comment un tel livre (l’un de ses livres de chevet) peut amener des lecteurs à commettre de tels gestes :

When all is said and done
We’re not the only ones
Who look at life this way
That’s what the young folks say
But every time I see them
Makes me wish I had a gun

Ecouter The Catcher in The Rye des Guns’n’Roses

Avez-vous d’autres couples « ouvrage/ chanson » à nous recommander ? Postez vos suggestions en commentaire !

Retrouvez la liste des livres cités sur Babelio dans notre liste.  

12 réflexions sur “Où l’on fête la musique (avec des livres)

  1. Babelio ferait mieux ( ou tout au moins autant ! ) de s’inquiéter des interdictions des manifestations de la Fête de la Musique sur des motifs bidons !… Là où on n’est pas dans la philosophie, mais la dictature !… ( Et d’appeler à signer les pétitions qui circulent !…) .

  2. A évhémère : Babelio n’est pas, Dieu merci, un défouloir politique. Babelio est un un îlot où l’on cause livres. L’inféoder aux us et coutumes des réseaux sociaux « traditionnels » serait une erreur. Quant à ces vases communicants musicaux et littéraires, c’est une idée remarquable. On aurait pu aussi mettre la chanson des Rolling Stones, « We love you », qui est un parodie du procès d’Oscar Wilde. Merci à toute l’équipe !
    C.D.

    • Merci Charles, grand fan d’Oscar et des Stones, je ne connaissais pourtant pas ce lien formidable entre les deux !! Je vais inspecter. On fera peut-être une mise à jour de l’article dans les prochains jours.

    • « Babelio n’est pas, Dieu merci, un défouloir politique  » ???… Il me semblait pourtant que le livre est un puissant vecteur culturel qui débouche sur le Réel et l’interpelle !… Je dois m’être trompé de blog et aucun « dieu » à remercier ….

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