Quand « Les 68 premières fois » se livrent à Babelio

En juillet 2015, L’Insatiable Charlotte se lançait le challenge de lire tous les premiers romans annoncés pour la rentrée de Septembre. Six mois plus tard, en janvier 2016, c’est avec le soutien de nombreux éditeurs, de nombreux lecteurs et celui d’une équipe motivée qu’elle lance la seconde édition des 68 premières fois. Elle a accepté de nous en dire un peu plus sur ce défi livresque.

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L’Insatiable Charlotte, blogueuse passionnée (voir son blog), instigatrice des 68 premières fois

 

En juillet 2015, Les 68 premières fois étaient un challenge personnel un peu décalé. Aujourd’hui, elles ont beaucoup évolué, notamment avec la mise en place d’un comité de sélection et l’adoption d’un logo officiel. Quel effet cela fait-il de voir son projet, au départ personnel, devenir comme une petite institution parallèle à la rentrée littéraire ?

Je ne suis pas certaine que le projet soit déjà parvenu au stade « d’institution ». Mais on peut dire en tous cas que les 68 sont loin des listes préétablies des prix littéraires, qui résultent souvent des choix d’une poignée d’initiés. Ici on est plutôt dans une démarche authentique de lecteurs passionnés mais loin du milieu. Ils ne choisissent pas un livre par envie de mettre en avant une maison d’édition plutôt qu’une autre, mais plutôt parce qu’ils ont fait une belle découverte littéraire. De plus, ce sont les lecteurs qui font vivre la sélection et non l’inverse. On ne vient pas du haut pour diffuser la bonne parole, on part de ceux pour qui les auteurs écrivent vraiment, à savoir leurs lecteurs, et cela n’a pas manqué d’attirer l’attention.

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Logo des 68 premières fois, seconde édition

 

Les 68 premières fois ont effectivement beaucoup attiré l’attention, tant et si bien que vous avez rapidement croulé sous les demandes de lecteurs motivés souhaitant vous aider à lire tous ces premiers romans. Comment expliquez-vous un tel succès ?

Cela me semble encore magique. C’est peut-être parce que la démarche est sincère et authentique, qu’elle est faite sans chercher à vendre quelque chose et en toute indépendance, avec seulement la passion et la curiosité comme moteurs, qu’elle a tant été appréciée. Je pense aussi que « l’effet communauté » a beaucoup joué : participer aux 68, c’était avoir le sentiment d’appartenir à un groupe de privilégiés qui jouaient les défricheurs, partageant les découvertes littéraires qu’ils faisaient. Et puis l’idée de dénicher la perle rare avant tout le monde a sûrement motivé pas mal de lecteurs, et sans doute le fait-elle encore aujourd’hui.

D’autres prix littéraires français, quoique sans associer les lecteurs, défrichent le champ des premiers romans pour en faire émerger les pépites. En quoi Les 68 premières fois sont-elles différentes ?

En fait, les 68 premières fois ne sont pas un prix. C’est là la différence. Contrairement aux prix littéraires qui ne mettent bien souvent en avant qu’un ou deux romans (repris ensuite par tous les médias), les 68 s’attachent à faire découvrir au public tous les premiers romans, ceux dont on ne parle pas forcément – au moins une vingtaine par rentrée littéraire. On ne cherche pas à les comparer ou à les classer. On veut juste faire parler d’eux et les faire voyager. En somme, on les aide à vivre, on leur donne le coup de pouce dont ils ont besoin pour aller à la rencontre de leurs lecteurs.

Parlez-nous plus en détail des 68 premières fois… Avec votre équipe, vous allez publier en septembre une liste contenant environ une vingtaine de titres qui sera le second volet de la sélection 2016 (après la liste parue en mars). Concrètement, comment tout cela fonctionne-t-il ? Pourquoi choisissez-vous de mettre un titre dans la liste plutôt qu’un autre ?

Déjà, je m’oblige à lire tous les romans. Ce n’est qu’après, avec l’aide des lectrices Nicole, du blog Motspourmots et Eglantine, que nous commençons à dresser les listes des rentrées. Après, c’est plutôt simple. Pour déterminer la vingtaine de titres que l’on va mettre dans chacune d’entre elles, nous lisons tous les premiers romans, sans exception, et après cette étape cruciale nous choisissons selon l’émotion que les textes ont suscitée mais aussi selon la langue utilisée ou encore l’originalité présente dans le roman. Nous mettons un point d’honneur à mettre en avant ceux qui nous ont donné la sensation d’avoir face à nous une nouvelle façon de cerner le monde et de l’écrire.

Et les éditeurs ? L’an dernier ils étaient nombreux à avoir soutenu Les 68 premières fois. Cette année encore, ils sont présents. Puisqu’ils ne prennent pas part à la sélection, quel rôle ont-ils ?

A chaque rentrée littéraire, il y a entre 60 et 70 premiers romans. Il est impossible de tous les acheter, les éditeurs nous transmettent donc des exemplaires « presse » pour que nous puissions les lire et déterminer ceux qui feront parti de la sélection. Ensuite, une fois la sélection faite, ils nous envoient plusieurs exemplaires de chaque titre afin que l’on puisse les faire circuler entre les lecteurs participants (ils sont 75 cette année). Les éditeurs sont vraiment essentiels, sans eux, sans leur soutien, l’opération serait très réduite voire peut-être même impossible.

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Au final, quel est le rôle des 68 premières fois : élire le meilleur des premiers romans de la rentrée littéraire ou faire parler d’eux ?

Faire parler d’eux, sans hésiter. Les 68, c’est surtout pour faire découvrir les romans de la rentrée écrits par des auteurs qui ne sont pas encore connus du public. Ces titres sont souvent « oubliés ». Or, les premiers romans sont importants : ce sont des promesses. Ils véhiculent je crois une sorte de magie, celle de la publication qui peut changer une vie. Ils sont fragiles et leurs auteurs se retrouvent bien trop souvent projetés au milieu de centaines de parutions sans vraiment recevoir d’aide. Alors notre rôle, c’est de la leur fournir, et de faire parler d’eux. Mais je ne pense pas que nous soyons là pour « élire le meilleur ».

Dans quelques années, qu’est-ce que vous retiendrez de cette aventure ?

Ce que je retiendrai, c’est ce collectif qui se crée, avec cette envie et cette énergie incroyables. Je trouve ça magnifique qu’il soit encore possible de fédérer et de lancer des ponts, de permettre des rencontres autour d’une même passion. Je pense que l’on peut résumer en disant que le plus beau de cette aventure, c’est les gens qui l’ont rendue et la rendent encore  possible aujourd’hui.

Et sinon, quels sont les premiers romans de la première édition qui vous ont marqué, et que vous n’oublierez pas ?

Pour 2015, le roman Les échoués de Pascal Manoukian a reçu un accueil unanime, tous les lecteurs participants ont été émus par cette histoire et, tel un consensus rare, le texte a su toucher par sa profondeur et ses personnages, profondément attachants. Il y a également eu d’autres lectures marquantes, comme Nos âmes seules de Luc Blanvillain ou Appartenir de Séverine Werba. Ce sont tous des romans dont les médias ont peu parlé alors même qu’ils méritaient d’avoir accès à un large public.

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Vous avez déjà lu de nombreux premiers romans de la rentrée littéraire de septembre 2016, quels sont les titres que vous voyez déjà sortir du lot ?

Evidemment, il y a celui, incroyable, de Guy Bolet, qui offre avec son Fils de feu une langue riche et poétique, d’une puissance folle. Il y a également le roman de Jean-Marc Ceci, Monsieur Origami, un texte délicat et d’une pureté rare, ou encore Negar Djavadi et son si attachant Désorientale. On trouve aussi de jolies choses chez Zoé, Héloïse d’Ormesson ou bien Plon. La rentrée littéraire de Janvier nous avait livré des pépites, celle de septembre ne sera sûrement pas en reste !

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Bon et après ? On repart pour une troisième édition ?

Evidemment ! Tant que l’envie est là, on continuera.

Surtout, nous allons ajouter une nouvelle dimension aux 68 premières fois. L’idée, c’est de créer d’autres premières fois (un peu comme on l’a fait avec cette seconde première fois). Nous avons déjà commencé à faire évoluer le projet, en allant vers des publics non acquis, par exemple au travers de l’opération mise en place dans les établissements pénitentiaires. Cette nouvelle facette du projet nous permet de donner un autre rôle au roman et d’en faire un outil de transmission et de partage.

***

Un grand merci à L’Insatiable Charlotte pour ses réponses !

En attendant de découvrir la sélection des premiers romans de septembre 2016, vous pouvez faire une petite séance de rattrapage en consultant la liste de la rentrée littéraire de janvier. Et, parce que Babelio s’associe à cette seconde édition, vous aussi vous pourrez participer aux 68 premières fois grâce au Challenge Premiers Romans qui sera lancée au début du mois de septembre 🙂

A bientôt et belles lectures 🙂

7 réflexions sur “Quand « Les 68 premières fois » se livrent à Babelio

  1. Oh mais quelle chance ont ceux qui peuvent participer à cette aventure … un vrai rêve !!! mais comment ce rêve peut-il devenir accessible ??? c’est la question qui ne cesse de tourner dans ma tête depuis que j’ai découvert ces  » 68 premières fois  » … qui a la réponse ???

  2. Depuis que j’appartiens au groupe des 68, j’ai le sentiment délicieux d’être privilégiée : je reçois des livres choisis, j’ai l’occasion d’échanger sur mes lectures et j’ai profité des vacances pour rencontrer certain.e.s.
    Formidable ! Merci à Charlotte, Nicole et Eglantine !

    • Je viens de découvrir votre commentaire et je suis d’accord avec vous, vous êtes privilégiée 🙂 que ce doit être génial de faire partie du groupe des 68. Mais peut-il encore s’agrandir et comment faire pour avoir la chance d’intégrer un tel groupe ?
      Merci d’avance pour votre réponse et bonne lecture 🙂
      Danielle

      • Bonjour Turtagro

        Comme précisé plus haut dans les commentaires, il n’est plus possible de rejoindre l’aventure pour 2016, mais les inscriptions pour la saison 2017 seront bientôt annoncées sur la page Facebook du collectif : https://www.facebook.com/68premieresfois/

        De plus, vous pourrez dès septembre donner un coup de mail aux 68 premières fois en participant au challenge premier roman qui sera publié dans le forum 🙂

        A bientôt

        Corali

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