Le festival America comme si vous y étiez

Le festival America revient à Vincennes du 8 au 11 septembre pour sa 8ème édition.

logo-2014

L’édition 2016

Le rêve américain est-il encore d’actualité 240 ans après l’indépendance des États-Unis ? Par quoi se définit la culture américaine ? Quel regard les écrivains portent-ils sur leur pays ? Cette année, c’est non moins de 50 écrivains, autant que d’États composant les États-Unis d’Amérique, qui tâcheront lors du festival, de répondre à ces questions, à quelques semaines de la fin du second mandat de Barack Obama.

america

Concordant avec le 15e anniversaire des attentats du 11 septembre, l’édition de cette année sera également l’occasion pour les écrivains de discuter les conséquences de cet événement sur le monde d’aujourd’hui et d’évoquer aussi les guerres que mène l’Amérique actuellement. Pour les organisateurs du festival et pour nous, les lecteurs, les écrivains ont toujours figuré parmi les meilleurs observateurs de leur temps et c’est pour cette raison que le festival leur accorde une place de choix, afin de saisir et de croiser leurs regards sur le monde contemporain afin de l’éclairer.

Côté auteurs, des plumes confirmées comme des nouvelles voix seront présentes pour des séances de dédicaces mais aussi pour des rencontres ou des conférences tout au long du festival. Retrouvez notamment : James Ellroy, Garth Risk Hallberg, Laura Kasischke, Megan Kruse, Colum McCann, Dan O’Brien, Don Winslow ou encore Meg Wolitzer.

Le programme complet des activités est à retrouver ici.

L’Amérique des écrivains

L’Amérique représente un important vivier d’écrivains. De toutes les littératures étrangères présentes sur Babelio, c’est d’ailleurs la littérature américaine qui comporte le plus de lecteursPour cette raison, entre autres, nous avons décidé de nous rendre pour la première fois sur les lieux du festival America qui est entièrement consacré à la littérature américaine et de prendre part à l’aventure en tant que partenaires officiels. Notre équipe éditoriale fera, comme à son habitude, de son mieux pour vous permettre, ici, de retrouver un maximum d’informations au jour le jour.

“Chacun a son Amérique à soi, et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire qu’on croit être là mais qu’on ne voit pas.”
Andy Warhol

Plus encore, nous animerons plusieurs tables rondes et conférences lors du week-end. Vous trouverez tous les détails ci-dessous. N’hésitez surtout pas à venir nous rencontrer à cette occasion, nous nous ferons un plaisir de vous saluer. De plus, nous organisons plusieurs rencontres avec des auteurs pendant la durée du festival. Si vous n’avez pas la possibilité d’y accéder, nous vous proposerons des retranscriptions en live tweet de ces rencontres.  Sur Twitter, vous pourrez suivre le @Babelio pour accéder au programme en direct des conférences ainsi qu’au live tweet de certaines d’entre elles tout au long de la durée du festival.

Vous pourrez également nous retrouver sur Instagram Babelio

Le sommaire

L’article étant amené à s’enrichir au fil du festival, vous pouvez directement accéder à la partie qui vous intéresse grâce au sommaire :

Programme du vendredi 9 septembre

Programme du samedi 10 septembre

Programme du dimanche 11 septembre

Nos live-tweets

Revue de presse du festival

Quelques listes

Quelques quiz

Le festival au jour le jour

« Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines. »
F. Scott Fitzgerald 

Vendredi 9 septembre

Amérique, des écrivains en liberté

« Il n’avait nulle part, c’est à dire partout, où aller, alors il roulait sa bosse sans trêve sous les étoiles » écrivait Jack Kerouac dans son fameux roman Sur la route. Pour de nombreux lecteurs, la littérature américaine est synonyme de grands voyages à travers l’immensité du territoire américain, des villes « démentes et ténébreuses » de l’Est jusqu’aux grands espaces de l’Ouest sauvage.

C’est en fonçant le long des highways (près de quarante mille kilomètres parcourus), s’arrêtant aux portes des maisons de grands écrivains (Jim Harrison, Laura Kasischke…) qu’Alexandre Thiltges et Jean-Luc Bertini ont entrepris leur voyage. Alors que sort Amérique des écrivains en liberté leur ouvrage racontant leur périple, une exposition de photo retrace leur parcours et leurs rencontres.

photos2Rendez-vous Rue Eugène-Renaud (le long de l’Hôtel de ville), du 5 au 11 septembre

Voici quelques photos de l’exposition :

1

2

Donald Ray Pollock

3

Laura Kasischke

Detroit, ville sauvage

Elle a souvent été l’emblème des années fastes des Etats-Unis. Détroit a abrité le siège de la Motown, la puissante compagnie discographique consacrée à la musique soul et a longtemps été le cœur de  l’industrie automobile. Puis, la ville a rapidement sombré dans la dépression avant de se déclarer en faillite en 2013, passant de 1,5 millions d’habitants à 700 000. Que signifie ce déclin sans précédant dans l’histoire des Etats-Unis ?

detroit

C’est à cette question que tente de répondre Florent Tillon dans son documentaire Détroit Wild City projeté à Vincennes dans le cadre du festival. Une rencontre avec les écrivains Thomas B. Reverdy et  Marianne Rubinstein ainsi qu’avec le réalisateur du documentaire Florent Tillon suivra la projection.

Rendez-vous à 14h à 16h30 au Cœur de ville – Auditorium Jean-Pierre Miquel / Ernest Hemingway

Le café (noir) des libraires

De toutes les littératures américaine, le roman noir est l’une des plus populaires, des plus reconnues et certainement l’une des plus passionnantes. C’est donc très logiquement que cette littérature est mise à l’honneur tout au long du festival America. Dans les salons de l’hôtel de ville, dans une salle des fêtes pour l’occasion rebaptisée salle William Faulkner se sont réunis deux experts du genre, Thomas H. Cook auteur de Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, et Hector Tobar, un journaliste également auteur d’un roman noir intitulé Jaguar. Don Winslow devait venir mais a au dernier moment été retenu aux Etats-Unis.

Qu’est-ce qui a poussé ces auteurs à tremper leur plume dans les encres les plis sombres, dans les eaux les plus troubles des passions les plus viles ?
C’est à cette question posée par Renaud Junillon qu’ont tenté de répondre ces deux auteurs américains.

tobarPour Hector Tobar, journaliste de profession, il était important de décrire la réalité de la ville de Los Angeles où ses parents ont émigré depuis le Guatemala. Le livre Jaguar, publié chef Belfond, a en effet été écrit en réaction à ce que Los Angeles était devenu dans les années 1990. Alors que la ville représentait celle de tous les possibles seulement quelques années auparavant, elle est devenue dans les années 1990  celle de la pauvreté et de la délinquance.
tobarHector Tobar avait constaté cela en tant que journaliste mais il voulait également y apporter une réponse littéraire.

L’action de Jaguar se déroule dans des endroits méconnus de Los Angeles, des territoires très éloignés de Hollywood, dans tous les sens du terme. Je connais le Los Angeles glamour, nous dit Hector Tobar, mais j’ai vécu également le Los Angeles capitale d’un empire décédant où les fusillades et les pillages sont fréquents. »

Pour comprendre cette situation, il était important pour Hector Tobar, dans son roman Jaguar, de se plonger dans le passé, de comprendre comment on a pu en arriver là. Il est ainsi question de l’immigration, la grande histoire tue des Etats-Unis : « Chaque ville américaine est peuplée de gens qui viennent d’ailleurs, de gens qui ont fui la guerre, fui la pauvreté. Mon livre était un moyen de leur rendre hommage. Ce sont des gens très courageux. »

cook

Dans Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur (éditions du Seuil) de Thomas Cook qui succède dans les salons de l’hôtel de ville de Vincennes à Hector Tobar, il est également question du passé des Etats-Unis.

De nombreux allers-retours entre le présent (le roman a été écrit dans les années 1990) et les années 1960 constituent la trame du récit  : « Il y avait dans les années 1960 une atmosphère de violence qui existait partout aux Etats-Unis et plus particulièrement dans le sud. » Une partie de l’action de déroule en effet dans une petite ville d’Alabama en pleine période de lutte pour les droits civiques. Une époque émaillée d’actes de violences envers les Noirs même si d’après Thomas H Cook, « des milliers d’actes courageux ont été faits dans le sud profond. Je voulais raconter un de ces actes héroïques dans le cadre d’une histoire d’amour. On dit parfois que si vous voulez devenir communiste il suffit de tomber amoureux d’une communiste ! Je pense qu’une passion personnelle peut refléter une passion politique. »

h cook.jpgUne histoire d’amour compliquée et de nombreuses questions qui laisseront les lecteurs sans répit avant le dénouement final : « Qu’allait faire Kelli sur le mont Crève-Cœur ce jour-là ? Qu’allait-elle chercher, seule dans la profondeur de ces bois ? »

Et si le roman navigue entre les rives du passé et du présent sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur , c’est que pour l’auteur « les répercussions d’une mauvaise action ne sont pas toujours immédiates, elles peuvent se matérialiser longtemps après. Je voulais un personnage qui puisse réfléchir à ses actions passées ».

Interrogé sur son style, sur sa façon d’écrire des romans policiers, le romancier avoue qu’il n’avait pas conscience d’avoir écrit un polar avant qu’on lui donne un jour un prix dans cette catégorie : « J’en ai lu après coup mais j’ai souvent été déçu par la résolution des énigmes. Quand tout le roman vous pousse à vous interroger sur l’identité du tueur, à construire une tension jusqu’au dénouement final, on est souvent déçu par les résolutions des intrigues. Moi, je donne souvent l’identité du tueur assez rapidement dans mes récits. Je change un peu la dynamique du suspens : la question qui va intéresser le lecteur n’est pas de savoir qui est le tueur mais pourquoi il a tué ».
Quant à son style, il se dit incapable d’écrire de façon linéaire : « J’écris comme on épluche un oignon, j’épluche couche après couche jusqu’à plonger le lecteur au centre de l’intrigue et des questionnements ».

Le roman a été écrit et publié aux Etats-Unis dans les années 1990 mais n’est publié en France qu’aujourd’hui. L’auteur en est satisfait : « Ecrire beaucoup de livres c’est comme avoir beaucoup d’enfants, on ne les aime pas tous pareils, plaisante-t-il (à moitié). Celui-ci je l’aime particulièrement. »

Du réalisme en littérature

C’est pour présenter leurs oeuvres, inscrites dans un certain réalisme social que sont invités Anne Beattie, Alice McDermott et Willy Vlautin dans les salons de l’hôtel de Ville de Vincennes pour un café des libraires.

4.jpg

Qu’y-a-t-il de plus fort que la littérature pour raconter le maillage des vies ? Il n’y a pas d’histoire ordinaire pour un bon écrivain. Ce qui semble de prime abord banal peut s’avérer un formidable matériau romanesque à même d’éclairer sans tour de passe-passe la société dans laquelle nous vivons.

annInterrogée sur son recueil L’état où nous sommes – nouvelles du Maine, publié chez Christian Bourgois, Anne Beattie déclare qu’elle n’avait au départ pas forcément l’objectif d’écrire un recueil de nouvelles. Installée, seule dans sa nouvelle maison du Maine, elle écrivait simplement une histoire par jour, principalement centrées sur un personnage, Kate : « j’avais écrit cinq ou six nouvelles sur elle ce qui représentait à peu près 85 pages. » Peu à peu, une cohérence s’installe dans ses différents textes : « J’avais écrit d’autres nouvelles, d’autres personnages. J’avais conclu le recueil autour de l’histoire de Kate mais finalement mon mari m’a donné l’idée d’entremêler ses histoires à d’autres récits consacrés à d’autres personnages. C’est ainsi qu’elle est devenue le fil rouge de ce recueil.  »

etatY-a-t-il une différence entre écrire un roman et des nouvelles. L’un demande-t-il plus d’imagination que l’autre ? « Non, répond Anne. Je ne pense pas qu’il y ait une différence de cette sorte. La différence est dans la façon dont on va déployer les mots. Le rythme n’est pas le même : une histoire courte doit développer une certaine profondeur assez rapidement alors que le roman peut prendre plus de temps. »

someoneDans Someone publié aux éditions de la Table ronde, Alice McDermott met en scène la vie de Marie, une ménagère, dans le New-York des années 1930. Qu’est-ce qui intéressait l’auteur dans ce personnage ? « C’est une femme ordinaire qui vit dans contexte ordinaire. Ce qui m’intéresse c’est que même dans ce contexte pour le moins ordinaire il existe des distinctions. Elle, essaie tout du moins de se distinguer. »

aliceL’action est située à Brooklyn, lieu d’arrivée de tous les immigrants européens :  » C’était l’endroit ou les émigrants arrivaient, ces gens qui ont eu le courage de quitter leur foyer, de traverser l’Océan. Ce lieu, ce quartier, incarne cette inspiration à mieux faire. »

« Je parle de ce personnage mais j’espère qu’on ne pense pas seulement à Marie. Elle incarne quelque chose de plus universel. C’est d’ailleurs ce que permet le roman, de parler de quelques individus pour refléter une situation plus globale. »

willyUn sentiment partagé par Willy Vlautin qui met en scène dans son roman Ballade pour Leroy des personnages « paumés » :

willy2« J’ai écrit ce roman par culpabilité, par colère et par amour. Par culpabilité parce que je n’avais jamais pensé à ces soldats partis en Irak, en Afghanistan ou au Moyen Orient. Je n’avais jamais pensé à leur souffrance.
Je l’ai également écrit sous le coup de la colère car la personne que j’aime le plus au monde, ma petite amie, quoi que’elle fasse, ne pouvait pas avoir de couverture maladie.  »

« Enfin, poursuit-il, je l’ai écrit par amour car j’aime les infirmières qui s’occupent de ceux qui souffrent. Je voulais parler d’elle à travers un des personnages de mon roman. Elles ont tout vu et vous aident à vous débrouiller. J’ai d’ailleurs dédicacé ce livre à la sainte-patronne des infirmières. »

Le forum des écrivains : de nouveaux territoires littéraires (14h-15h)

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. Les auteurs Rachel Kushner, Ben Lerner, et de Virginia Reeves, lauréate du prix Page/América prennent place sur leurs sièges pour  cette première rencontre de l’après-midi : De nouveaux territoires littéraires.

L’animateur Steven Sampson présente les auteurs présents puis échange quelques plaisanteries sur la vocation du métier d’écrivain.  Il  entre ensuite dans le vif du sujet en s’interrogeant sur la double visée du roman : le livre est-il à la fois le reflet de l’auteur et d’un territoire ?

 

virginia-reeves

Crédit photo : Suzanne Koett

Virginia Reeves prend la parole la première. Dans Un travail comme un autre, la primo-romancière situe son roman au cœur de l’Alabama en raison de son profond attachement pour cet état au passé aussi riche que lourd. En ce lieu où résonnent encore les conflits de la ségrégation raciale se mêle à la fois la résilience, la fierté, et l’espoir des habitants.
C’est dans cet état brisé que Virginia Reeves met en scène un-travail-comme-un-autreun homme qui dédie sa vie à l’électricité dans les années 1920.
Ce cadre permet de mettre en lumière un état secoué par la mécanisation et l’électricité même jusque dans les prisons, où le protagoniste échoue suite à un accident avec l’un de ses branchements.… Cet arrière plan historique contribue à faire de son roman le reflet marquant d’un Alabama en proie aux souffrances et aux progrès du début du siècle.

rachel-kushnerTout autant attachée aux lieux qu’elle évoque, la romancière Rachel Kushner cherche dans Les lances flammes à établir un parallélisme entre le New-York artistique des années 1970 et celui, plus rude, de l’Italie révolutionnaire. D’après cette écrivaine originaire de l’Oregon, l’identité d’un individu n’est pas dictée par son attachement à un territoire, mais par une affinité à une culture. Pour cette raison, Rachel Kushner, passionnée de politique italienne, se rend régulièrement en Italie et y entretient de très bonnes relations avec ses amis du pays. les-lances-flammesGrâce à eux, la romancière a pu donner un compte-rendu poignant de réalisme des grèves ouvrières massives qui ont bouleversé l’Italie à partir de 1969. D’ailleurs, les critiques élogieuses reçues par son dernier roman témoignent de la méticulosité avec laquelle sont relatés des évènements pourtant peu évoqués dans la littérature. L’auteure nous apprend d’ailleurs fièrement que son confrère Nanni Balestrini, également fidèle défenseur de l’Italie des années 1960, l’a récemment contacté pour échanger sur leur passion commune.

Après quelques pérégrinations sur le sujet, l’animateur s’interroge sur la construction d’un roman : est-il possible de dissocier espace et personnages ?

Ben Lerner

Adam Lerner / AP Images for Home Front Communications

Ben Lerner s’empresse de démentir cette hypothèse, d’ailleurs il juge plus pertinent de placer les héros dans un monde différent du sien pour analyser leur comportement. L’intérêt de ce procédé, qu’il utilise dans son roman 10:04, repose d’après lui sur la résonance entre l’art et le réel, dont le parallélisme permet de mettre en lumière un décalage de l’écoulement du temps selon le milieu où l’on se situe.
C’est d’ailleurs ce que ce jeune auteur cherche à faire dans sa métafiction 10 :04 10h04en y insérant un clin d’œil au clocher du film culte Back to the Future. Dans ce film se déroulant en grande partie dans le passé, on découvre l’ironie de l’éventualité de la présidence de Reagan ou encore le mythe des blancs d’être les inventeurs du rock … Tant d’éléments nous paraissant décalés aujourd’hui, mais dont l’éventualité avait tout son sens quelques décennies plus tôt, témoignant ainsi du changement de perception découlant de la diversité des espaces temporels.

Rachel Kushner rebondit sur ces propos pour évoquer sa passion pour la vitesse, et plus particulièrement l’automobile. Elle explique à son auditoire que la De Lorean, la fameuse voiture du héro Back to the Future, est en vérité une parenthèse tragique de l’industrie automobile créée par un ingénieur de General Motors et faisant écho aux enjeux socialistes du début de siècle.

Sur ces mots, l’animateur remercie les auteurs de leur présence et conclut la rencontre, pressé par le temps mais satisfait des propos échangés malgré les quelques digressions de la fin.

Le Forum des écrivains : La fabrique des personnages (15h à 16h)

rencontre-forum-des-ecrivains

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. Cette fois-ci, c’est l’animatrice Christine Marcadier  qui prend le relai pour cette seconde rencontre de l’après-midi avec pour thème La fabrique des personnages. Après avoir brièvement présenté les œuvres des trois auteurs Eddie Joyce, Jane Smiley et Meg Wolitzer et leurs œuvres, elle s’interroge sur la vocation des personnages d’un roman à incarner des moments de l’histoire.

 jane-smileyAvec beaucoup d’humour, Jane Smiley énumère les différents éléments qui lui ont permis de comprendre la profondeur de l’âme humaine, que ce soit pour des personnages de romans ou ou des individus de la vie réelle. C’est avec les commérages que la romancière a découvert de la complexité des personnes qui l’entouraient, mais c’est surtout en ayant des enfants qu’elle a pris conscience de l’unicité de chaque être humain dès sa naissance. Dans son ouvrage Nos premiers jours, l’écrivaine relate l’enfance, nos-premiers-jpursl’adolescence, puis l’âge adulte d’un dénommé Franck… jusqu’à ce que ce dernier prenne son envol et fasse un jour quelque chose d’inattendu. Car après tout, admet la romancière en riant, ce n’est parce qu’il est né de sa plume que Franck ne possède pas sa propre volonté.

Satisfaite de cette réponse qui se termine sur un rire général, l’animatrice pose une seconde question. Le personnage de roman est-il nécessairement une projection autobiographique de son auteur ?
Someg-wollitzerurire aux lèvres, l’écrivaine Meg Wollitizer admet que tout comme son héroïne, elle s’est également rendue à de nombreux summer camp étant jeune. Mais c’est d’après elle
sa seule ressemblance avec son héroïne, bien qu’elle avoue tenter au mieux de « d’imposer sa façon d’être dans le monde » comme l’a si bien dit Zedy Smith.

 

Plus pragmatique, Eddie Joyce, à qui l’on doit le roman Les petites consolations, affirme vouloir non pas dépeindre son moi intérieur à travers ses personnages, mais plutôt une communauté dans sa généralité.

eddie-joyce

Crédit Photo – Kerry Keho

Il fait ainsi des habitants du quartier des immigrés de Staten Island un peuple à part entière. Dans cette portion de ville exilée de New-York, où les métiers de fonctionnaires (pompiers, instituteurs) sont ancrés dans les mœurs, le personnage principal fait un pied de nez aux valeurs de sa famille et décide de devenir avocat. Seulement, le monde du dehors s’avère plus rude qu’il ne le croyait, d’autant que cet ancien de Staten Island ne se sentira jamais chez lui à Manhattan malgré sa réussite. En parallèle, l’écrivain évoque le deuil de la famille suite au décès tragique du fils Bobby dans l’attentat du 11 septembre.

Christine Marcadier rebondit sur cette précision sur un événement marquant de l’histoire pour demander aux auteurs comment procèdent-ils pour raconter des personnages incarnant à la fois un devenir et une temporalité.

 En établissant un parallélisme entre deux personnages tout aussi talentueux l’un que l’autre, mais auxquels le destin a réservé des sorts différents, Meg Wollitzer se penche sur les répercussions du talent sur la vie au fil des années dans son roman Les intéressants.  Tandis que l’un des protagonistes se distingue en créant une série télévisée similaire aux Simpson, on suit la décadence d’une actrice déchue qui peine à joindre les deux bouts. En situant ses personnages dans un New-York des années 1980, l’écrivaine aspire à mettre en lumière les évolutions qu’a connue la ville ces dernières décennies non seulement par son œil de narratrice, mais aussi à travers le prisme de ses protagonistes.

Quant à Jane Smiley, elle confirme vouloir dans son roman Nos premiers jours faire le portrait d’une époque en parlant de l’évolution de l’industrie agraire en Iowa au début du siècle. Un progrès en appelant un autre, la romancière évoque le souvenir de l’apparition de la publicité dans les années 1950, alors que les industries vantaient les mérites de produits dont les mauvais effets sur la santé seraient mis en lumière plus tardivement. Toutefois, la romancière admet avoir délibérément commencé son récit dans les années vingt, ne désirant pas aborder le sujet épineux de la première guerre mondiale.

Après quelques rires échangés entre Jane Smiley et Meg Wollitzer, l’animatrice conclut la rencontre sur une note d’humour et remercie les auteurs pour le bonne humeur.

Le forum des écrivains : un zest d’humour (16h – 17h)

Avec Derf Backderf, l’auteur de Trashed, Iain Levison, l’auteur du livre Ils savent tout de vous et Sam Lipsyte, l’auteur de Demande et tu recevras.

america

Pendant quatre jours, le Festival America met en lumière les auteurs emblématiques de la littérature américaine contemporaine. Face à la morosité évidente qui se retrouve largement dans les romans publiés ces dernières années, quelques écrivains au sourire facile ont préférés mettre en exergue critique sociale et gris portrait du monde en usant d’un zeste d’humour.

Compte-rendu de la rencontre

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. La troisième table ronde du Forum des écrivains débute. Son thème : l’humour. Animée par Michel Bazin, la rencontre réunit Derf Backderf, Iain Levison et Sam Lipsyte, trois auteurs américains qui ont choisi l’humour – et plus précisément l’humour noir – pour parler des conséquences de la
crise mais aussi des désillusions humaines et sociétales

trashedTrès fier de partager ce moment avec ceux qu’il a lu et apprécié, Michel Bazin les présente et parle de leurs œuvres. D’abord, il revient sur Trashed de Derf Backderf, qui offre au lecteur une plongée dans une année de la vie d’un éboueur américain. ilssaventtoutPuis il enchaîne avec Ils savent tout de vous de Iain Levison, un roman légèrement policier et largement fou où un détective télépathe poursuit un condamné à mort doté du même pouvoir que lui. Enfin, il évoque Demande et tu recevras de Sam Lipsyte, qui raconte l’histoire d’un artiste raté quarantenaire bien décidé à porter plainte contre son ancienne université pour lui avoir donné l’espoir d’accomplir ce qu’il n’a su réaliser. demandePour Michel Bazin, ces œuvres, bien que très différentes ont pourtant des points communs indéniables : tous trois mettent en lumière les inégalités d’une société où la lutte des classes est visible et palpable. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces trois textes mettent en scène « l’Amérique d’en  bas » proposant une critique de l’american way of life dévoré par les médias où le travail n’apporte pas satisfaction à la majorité.

Au cours de cette rencontre, les trois auteurs ont échangé sur une série de questions les interrogeant sur la place de l’humour dans les textes et ses limites.

Je ne pense pas que l’on puisse aller trop loin dans la critique. 

S. Lipsyte

Quel a été le point de départ de votre livre et pourquoi avoir choisi d’y insérer l’humour ?

lipsyte-3-c-ceridwen-morris

©Ceridwen Morris

Sam Lipsyte prend la parole : « Quand j’ai commencé à penser à ce roman, je me suis souvenu d’un ami d’université qui voulait être peintre. Lorsqu’il n’a pas réussi, il a voulu faire un procès à la fac où il avait étudié car elle lui avait fait croire qu’il pouvait réussir. J’avais ce souvenir dans un coin de ma tête ». Michel Bazin lui demande si la critique présente dans le roman ne serait pas un peu trop virulente à l’égard de la réalité, et de la personne dont s’inspire l’histoire. « Je ne pense pas que l’on puisse aller trop loin dans la critique, surtout lorsqu’il s’agit du capitalisme. Le livre n’est pas qu’une critique de cet artiste raté, je n’aime pas me moquer des gens sans pouvoir comme lui. D’ailleurs, à mesure que l’histoire se développe, j’évoque différents personnages d’américains types ». Michel Bazin hoche la tête et se tourne vers Iain Levinson.

Dans votre livre, la prison où est enfermé l’un des personnages principaux recrute des chefs étoilés pour réaliser le dernier repas des condamnés à mort. N’avez-vous pas poussé les choses un peu loin ?

levinson

©Daniel Fouray

Iain Levinson : « Vous savez  j’ai bien conscience du pouvoir qu’à la télé réalité et de comment elle influence les gens. J’ai été juré récemment et j’ai pu voir comment les gens se projetaient déjà dans le spectacle avant même d’avoir pensé à rendre un verdict ». Il n’a pas vraiment répondu à la question, mais Michel Bazin poursuit.

Dans plusieurs de vos livres, vous critiquez la télévision et la puissance prise aujourd’hui par les médias. Est-ce qu’utiliser l’humour est pour vous une arme vous permettant de dénoncer ces dérives ?

Iain Levinson : « Oui, l’humour est une bonne façon de montrer les dérives, de montrer le ridicule de ce constat. On a qu’à regarder la façon dont les médias montrent actuellement les élections américaines, les présentant comme un véritable succès démocratique, alors même que rien ne ressort des débats, que rien n’y est vraiment dit. C’est complètement ridicule. Mais voilà le pouvoir des médias ». Michel Bazin interroge ensuite Derf Backderf et lui demande ce qu’il pense de la télévision et de son pouvoir. « Je ne sais pas trop quoi penser de la télévision. Mais j’ai déjà été la cible des médias avec l’affaire Dahmer (rires). Vous savez, Dahmer, Jefferey Dahmer, le serial killer. Nous étions dans le même lycée et lorsque cela s’est su, les médias ne m’ont pas lâché ». Sans faire plus de commentaires, Michel Bazin enchaîne, le questionnant cette fois-ci sur son roman.

J’aime le contraste entre le drôle et la réalité plus grave. 

D. Backderf

Et pour vous, l’humour était-il indispensable pour écrire Trashed ?

backderfgonzai

©gonzai.com

Derf Backderf sourit : « Dans le livre, on rit mais l’histoire est aussi bouleversante. J’ai passé un an à ramasser les ordures. Le livre c’est vraiment le récit de ce que je voyais à l’arrière du camion ». Entre deux éclats de rire, l’auteur ajoute : « J’aime le contraste entre le drôle et la réalité plus grave ». Michel Bazin acquiesce, et l’interroge sur le thème de la surveillance constante qui est développé dans le roman. Derf Backderf hoche la tête, puis déclare, assuré : « Dans tous les pires boulots, on vous surveille. Vous savez ce que l’on dit, Job de merde, patron de merde« . Iain Levison appuie ses propos : « Oui. Plus un boulot est merdique, plus les patrons vont être capables d’investir pour surveiller, juste pour s’assurer que le boulot est bien fait ».

Encore des rires : c’est Sam Lipstyte qui manifeste son accord avec ses deux camarades.

Vous pensez que l’humour peut permettre de parler de toutes les situations ?

L’auteur acquiesce : « Je pense, oui. Par exemple, lorsque ce que l’on a voulu ne se réalise pas, l’humour permet d’aborder cela ». Mais il change rapidement de sujet : « Et puis pour rebondir sur les propos de Derf Backderf, je dois dire qu’aujourd’hui oui, on est surveillé, partout, jusque dans nos ordinateurs de bureau ». Derf Backderf dit d’un air désabusé : « La nouvelle génération est foutue, et c’est à cause de nous ».  Iain Levison ajoute, plus grave : « La technologie éloigne aujourd’hui l’argent des travailleurs. Avec ce système, on est foutu « . À Sam Lipsyte de reprendre : « Et la situation ne fait qu’empirer ».

Moi, je suis un anticapitaliste qui ne plaît pas aux Etats-Unis.

 I. Levison

Vous êtes tous d’accord pour dénoncer le capitalisme et son fonctionnement ?

S’ensuite un court silence. Derf Backderf est le premier à oser reprendre la parole : « Je ne sais pas vraiment », dit-il, « en fait, je voulais surtout raconter une bonne histoire, avec de bons personnages. L’humour a finalement rendu le texte assez différent de l’intention de départ ».  Iain Levison : « Vous savez, mon livre a été mieux accueillit en France, même si tous les gens avec qui je travaille adorent mes romans. Mais, moi, je suis un anticapitaliste qui ne plaît pas aux Etats-Unis » conclut-il avec un sourire.

L’heure tourne. Comme ces trois romans parlent de l’Amérique et de sa société, Michel Bazin lance le sujet des élections américaines, que tous les médias évoquent et qui s’achèvent bientôt. Sam Lipsyte dit : « sur le sujet des élections, je pense qu’il y a beaucoup à dire. Mais tout d’abord, on va pleurer ! » La salle éclate de rire. Imperturbable, il continue : « Parce que bon, de toute façon, une fois qu’Hilary Clinton sera élue, on sera dans la même merde qu’avant ». Derf Backderg donne aussi son avis ; lui s’insurge un peu, quoique avec le sourire, contre les commentaires qu’il a pu lire en France sur les américains et leur « folie » d’avoir mis Trump comme candidat : « Les Français, vous critiquez beaucoup le fait que Donald Trump soit candidat aux élections présidentielles…Vous me faites rire ! Parce qu’en vrai, vous avez le même type de personne chez vous, c’est Marine Le Pen. Et regardez aussi, en Autriche : ils ont élus un président d’extrême droite. On a le même problème partout ». C’est à Iain Levinson d’avoir le mot de la fin : « En fait, les élections sont généralement un beau spectacle. Regardez en France : aucune chance que François Hollande soit réélu, pourtant tout le monde en parle et les médias le donnent gagnant. Mais en fait c’est juste un spectacle médiatique qui amuse les journalistes. »

Je voulais surtout raconter une bonne histoire, avec de bons personnages. L’humour a finalement rendu le texte assez différent de l’intention de départ…

D. Backderf

Dans la salle des fêtes, les gens rient, et on entend des murmures d’assentiment, les dernières paroles des auteurs ont fait mouche. Par-dessus le brouhaha, on entend Michel Bazin qui s’efforce de conclure cette rencontre qui fut trop rapide, rappelant les titres des romans et l’actualité des auteurs. Il remercie enfin ses invités, et l’assistance applaudit, car bien que les sujets abordés furent sérieux, l’humour était là et c’était tout ce qui comptait.

Samedi 10 septembre

  • Table ronde Babelio : DU ROMAN À L’ÉCRAN

Avec Laura Kasischke, l’auteur d’Esprit d’hiverStewart O’Nan, l’auteur de Derniers feux sur Sunset et Marlon James, l’auteur de Brève histoire de sept meurtres.

Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville), Samedi 14h-15h

Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ? Voilà quelque unes des questions auxquelles tenteront de répondre nos invités qui ont tous les trois, à des degrés divers, eu affaire avec Hollywood.


2

riverTrois romans de Laura Kasischke ont pour l’instant été adaptés au cinéma. C’est d’ailleurs son premier roman A Suspicious River, publié en 1996 aux Etats-Unis, qui fut le premier à être porté sur grand écran. C’était en 2000 par la réalisatrice canadienne Lynne Stopkewich. Pour notre membre Rexregis le roman, publié en France chez Christian Bourgois est “gorgé d’une poésie mélancolique absolument sublime dans toutes les descriptions, aussi bien dans de ce qui se passe que quand il ne se passe rien, c’est-à-dire qu’elle réussit à décrire l’invisible, l’atmosphère de vide éblouissant et magnifique qui entoure l’héroïne”. La réalisatrice a-t-elle su conserver cette poésie ? Par quels moyens ?

vie devant ses yeux livreLa seconde adaptation fut celle de son troisième roman La vie devant ses yeux, l’histoire de Diana McFee, une quarantenaire qui a tout pour être heureuse mais qui sombre pourtant dans la folie. Ce sont deux stars du cinéma Evan Rachel Wood et Uma Thurman qui incarnent successivement le personnage de Diana jeune et adulte dans un film réalisé en 2007 par Vadim Perelman, un réalisateur américano-canadien qui fut impressionné par la qualité du roman : « Le livre est comme une magnifique chanson sur deux filles, il a vraiment quelque chose de magique. Laura Kasischke est une poétesse et ce livre est l’une de ses premières oeuvres en prose. Il n’a pas de structure linéaire, pas de narration conventionnelle. Il a une qualité onirique. Mais c’est justement ce qui m’a attiré : le défi de l’adapter à l’écran. »

oiseauWhite Bird est la troisième adaptation d’un roman de Kasischke, en l’occurrence son deuxième roman Un oiseau blanc dans le blizzard, publié en France en 2000 chez Christian Bourgois. Pour la lectrice Marple,“Ce livre confirme le talent de Laura Kasischke pour créer des ambiances étouffantes, nous y laisser mariner quelques centaines de pages, puis nous en donner la clé, toujours inattendue et bien trouvée”. L’ambiance est-elle tout aussi étouffante dans l’adaptation signée Gregg Araki ? Pour le réalisateur, qui n’a pas voulu rester entièrement fidèle au roman, « Laura Kasischke a une façon impressionniste d’appréhender le monde. C’est très cinématographique”.

Stewart O’Nansnow est un écrivain américain dont le premier roman, Des anges dans la neige, publié en France en 1997 chez l’Olivier a été adapté au cinéma près de dix ans plus tard par David Gordon Green avec Kate Beckinsale et Sam Rockwell dans les rôles principaux. Pour le lecteur Loutre des Rivières, “Stewart O’Nan parvient à nous embarquer dans un récit poignant, réaliste où l’horreur côtoie la routine et le quotidien.” L’adaptation, qui reçu un excellent accueil critique et fut saluée par l’auteur lui-même.

onan2Son dernier ouvrage, Derniers feux sur Sunset, un roman biographique sur les dernières années de Francis Scott Fitzgerald, devrait également être adapté au cinéma. Aura-t-il un rôle dans la production de son ouvrage ?

meurtreMarlon James n’a pas encore vu ses romans prendre vie sur grand écran mais l’écrivain américain planche en ce moment sur l’adaptation de son roman fleuve Brève histoire de sept meurtres publié chez Albin Michel. Il s’agit d’une plongée en apnée dans la Jamaïque de Bob Marley avant, pendant et après la tentative d’assassinat du chanteur. Un roman qui a permis à son auteur de remporter le prestigieux Man Booker Prize en 2015. Ce n’est cependant pas sur le grand écran que sera adapté le livre mais dans une série télé produite par HBO. Il faut dire qu’avec 800 pages et près de 70 personnages, c’est probablement le format qui permet de rester le plus fidèle au roman.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/forum-des-%C3%A9crivains/du-roman-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9cran.html

Le lieu : Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville),
La date : Samedi 14h-15h

Table ronde Du roman à l’écran – Compte rendu

Samedi 10 septembre 2016 de 14h00 à 15h00

Avec Marlon James, Laura Kasischke, Stewart O’Nan

Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ?

cinema2

Interrogé sur le rapport faustien entre les écrivains et Hollywood, Stewart O’Nan rappelle que pour un auteur, Hollywood est toujours une opportunité, ne serait-ce que parce que cela permet de payer les factures. Il souligne que des auteurs comme Aldous Huxley ou Dorothy Parker ont acquis une plus large notoriété grâce à leur travail pour le cinéma.  Et c’est le Faulkner scénariste qui assurait la paix financière du Faulkner écrivain.

Fitzgerald, dont l’expérience à la Mecque du cinéma est le sujet de Dernier feux sur Sunset, le dernier roman de Stewart O’Nan, était fasciné par le cinéma, comme il l’était par tout ce qui était neuf et semblait pouvoir changer son époque : l’automobile, l’aviation etc. Il s’est rendu trois fois à Hollywood. Les deux premières furent des échecs. Et juste avant son troisième essai, en 1937, alors que Gatsby le magnifique allait être publié, il écrivait à son éditeur Max Perkins : « Si celui-là ne marche pas, j’irai à Hollywood et j’apprendrai à écrire des films. »

Laura Kasischke, elle, raconte que lorsqu’elle a été contactée pour la première adaptation de l’un de ses romans, elle a été flattée et honorée, mais qu’elle a eu la prudence de ne pas se laisser aller à trop d’enthousiasme, échaudée par l’expérience de nombreux amis écrivains dont les livres avaient été optionnés par des producteurs, et dont les adaptations n’ont jamais vu le jour. D’autant plus que même lorsque le film se fait, le temps peut être très long entre l’option sur un roman et la première projection de l’adaptation. Il est plus sage de ne pas sabrer le champagne trop tôt.

« Une série n’est pas un livre, c’est  un autre genre d’animal »

Marlon James

Le cas de Marlon James diffère un peu : son roman est en cours d’adaptation pour la télévision, sous la forme d’une série. Il a d’ailleurs écrit le scénario du premier épisode. Mais même après l’avoir écrit, il n’est pas encore certain de vouloir s’impliquer totalement et garder le contrôle créatif de la série. Une série n’est pas un livre, c’est « un autre genre d’animal ». Il y a beaucoup d’exemples d’adaptations sur lesquelles l’auteur de l’œuvre original a voulu exercer un contrôle sans partage, et qui se sont avérées être catastrophiques à l’arrivée. Il faut savoir lâcher la bride. On raconte d’ailleurs qu’à Hollywood, lorsque un auteur veut réaliser lui-même l’adaptation de son livre, on le sent rien qu’à la lecture du scénario, et ce n’est généralement pas de très bon augure.

Laura Kasischke le confesse : s’impliquer dans l’adaptation de ses romans ne lui a jamais traversé l’esprit. Elle ne saurait absolument pas comment s’y prendre. Et de toute façon, collaborer, ce n’est pas vraiment pour elle : enfant solitaire, sans frère ni sœur, elle n’a jamais été une championne du travail de groupe…

Revenant sur la question des écrivains à Hollywood, Stewart O’Nan rappelle qu’au-delà de l’adaptation, certains auteurs ont produit de très belles choses en écrivant directement pour l’écran, tel Graham Greene avec Le Troisième homme ou Kazuo Ishiguro avec The Saddest Music in the world. Il tient le travail de scénariste de Fitzgerald en haute estime : la qualité de ses dialogues, en particulier ceux des personnages féminins, est indéniable, et compte pour beaucoup dans l’Oscar reçu par Maragaret Sullivan dans Trois Camarades. Et, on le sait moins, son talent de dialoguiste a également été mis à contribution pour Autant en emporte le vent. Mais comme Laura Kasischke, il n’était pas vraiment fait pour le travail de groupe.

Cette dernière a-t-elle apprécié les films tirés de ses livres ? Elle était si honorée d’être adaptée à trois reprises qu’elle s’est toujours gardée de porter un regard trop critique. Elle n’a vu chacun des films qu’une seule fois, mais raconte que dans son œil, l’adaptation est un objet à part, dissocié de l’œuvre originale, dans lequel elle s’étonne toujours de retrouver au détour d’une scène ou d’un dialogue quelque chose qu’elle avait voulu mettre dans son livre. Et elle est toujours impressionnée par le travail et les apports propres au medium cinématographique, à commencer par les décors et les costumes.

Marlon James n’est pas inquiet de la simplification qu’induit parfois l’adaptation. Le format de la série permet au contraire de densifier l’œuvre originale. Une tapisserie comme The Wire, par exemple, ne pouvait être qu’une série, pas un film. Par certains aspects, le scénario qu’il a écrit pour le premier épisode était plus dense que le roman lui-même. Certains personnages secondaires du roman ont été plus développés. Et l’artifice par lequel des personnages s’adressent directement à l’auteur ne pouvant être transposé de manière satisfaisante à l’écran, il a fallu ajouter d’autres personnages à qui ils puissent faire leurs confidences. Stewart O’Nan renchérit en expliquant qu’en un sens, des séries de qualité comme The Wire ou Deadwood ont repris le flambeau d’un genre que la littérature avait un peu délaissé : la fresque sociale. Autre intérêt de la série selon Marlon James, la possibilité qu’elle donne à des comédiens de talent d’être en lumière. Si son roman avait été adapté au cinéma, il est possible que le personnage principal, une femme noire dans la trentaine, ait plu à Julia Roberts, et que les spectateurs se soient retrouvés avec une Julia Roberts au mauvais accent jamaïcain à l’écran. Dans une série, le rôle aura plus de chance d’échoir à un interprète approprié. James Gandolfini, qui incarne avec maestria Tony Soprano dans la série Les Sopranos, n’aurait sans doute jamais eu ce rôle au cinéma.

Aurait-il refusé de voir son roman adapté en film plutôt qu’en série ? Pas forcément. Il y a d’excellentes adaptations cinématographiques de gros romans, comme ceux de Dickens, par exemple. Il y en évidemment beaucoup de très mauvaises aussi. Il avoue avoir préféré l’adaptation du Docteur Jivago par David Lean au roman de Pasternak.

Sur la question de la fidélité à l’œuvre originale, Laura Kasischke explique qu’en ce qui concerne ses romans, une fois que les choses sont signées, elle est ouverte à tout. Elle aime être surprise, et la seule chose qui importe, c’est qu’elle soit touchée par le film. Sans connaître les réalisateurs ou les acteurs des adaptations de ses livres, elle y a retrouvé à chaque fois une parenté, une atmosphère propre à ses romans.

« Dans certains cas, comme celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, par exemple, le film va jusqu’à prendre la place du livre dans la culture populaire. »

Stewart O’Nan

Stewart O’Nan a eu la chance de voir son livre Des anges dans la neige adapté par un auteur réalisateur, David Gordon Green, qui avait du fait de cette double casquette un vrai contrôle créatif sur le film. Et pour avoir vu les précédents films de David Gordon Green, il savait déjà que le ton de son livre, l’univers des petites villes américaines qu’il explore, seraient bien présents à l’écran. Il rappelle que certains écrivains ont détestés les adaptations de leurs livres : Anthony Burgess pour Orange Mécanique, Stephen King pour Shining ou Ken Kesey pour Vol au-dessus d’un nid de coucou. (Marlon James souligne que Stephen King, qui a salué à l’inverse les médiocres adaptations de Cujo ou de Salem, est certainement meilleur auteur que critique de cinéma.) Stewart O’Nan estime que dans ces exemples, les films constituent des œuvres en elles-mêmes, qui existent en tant que telles indépendamment du matériau original, et il s’en félicite. Laura Kasischke a été plutôt satisfaite des adaptations de ses romans, qui restituent à ses yeux sa propre sensibilité, même si elle s’est parfois trouvée face à certains de ses lecteurs estimant qu’elle avait dû être très déçue. Sa principale inquiétude, c’était d’être incomprise, que l’adaptation conduise les spectateurs à des contresens. C’est cette même inquiétude qu’elle a face à la critique, quand elle lit par exemple : « Laura Kasischke aime la violence et voir mourir les animaux.». Elle s’en défend : « J’aime les animaux ! Parfois, ils meurent, c’est vrai. Mais ce n’est pas de ma faute ! » Stewart O’Nan rebondit en expliquant que le message du livre est parfois modifié par l’adaptation. Et que dans certains cas, comme celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, par exemple, le film va jusqu’à prendre la place du livre dans la culture populaire. A l’inverse, certains livres bénéficient d’une reconnaissance a posteriori grâce à leur adaptation. Marlon James prend ainsi l’exemple d’American Psycho de Bret Easton Ellis.

En résumé, Stewart O’Nan voit trois destins possibles pour une adaptation :

  • Un film si bon qu’il occulte le livre
  • Un film si mauvais que le livre en pâtit par contagion (Cloud Atlas, par exemple)
  • Un bon film, tiré d’un bon livre, et comme tout le monde est payé à la fin, on ne va pas se plaindre…

« Dans un scénario, on ne peut pas écrire « Elle est perplexe. » Il faut trouver un équivalent : « Elle fronce les sourcils. » »

Marlon James

Pensent-ils à une potentielle adaptation lorsqu’ils écrivent ? Pas nécessairement pour Stewart O’Nan, mais il lui est arrivé d’être influencé par le cinéma dans son écriture. Il a ainsi écrit Speed Queen juste après avoir vu Pulp Fiction et Créatures Célestes, de Peter Jackson, ce qui l’a conduit à inclure dans le roman de nombreux éléments de l’imaginaire cinématographique américain, notamment la vitesse et la violence propres au road movie. Laura Kasischke, elle, n’est pas en mesure de penser à un comédien pour incarner le personnage du roman qu’elle est en train d’écrire : elle n’est déjà pas capable de penser à son futur lecteur ou son futur éditeur. Marlon James a grandi en Jamaïque dans les années 70, où il était plus facile de tomber sur une VHS du Parrain ou de Blade Runner que sur un roman de Toni Morrisson. Son imaginaire a été informé par le cinéma plus que par la littérature. Et il en a gardé une écriture cinématographique, plus tournée vers les actes que vers l’introspection. Il a appris avec le cinéma une règle simple, qu’il rappelle souvent à ses étudiants : « Un coucher de soleil est beau en soi. Il n’a pas besoin de vous. N’en rajoutez pas. » Abordant l’écriture de scénario, il explique à quel point elle est différente du roman. Dans un scénario, on ne peut pas écrire « Elle est perplexe. » Il faut trouver un équivalent : « Elle fronce les sourcils. » Mais son écriture littéraire étant déjà relativement dans cet esprit, son roman se prêtait sans doute plus que d’autres à une adaptation.

Laura Kasischke rappelle que l’écriture pour la télévision a beaucoup changé avec les années. Changé en bien. Petite, elle passait des heures devant les soap opéras, et le constat était sans appel : c’était terriblement mal écrit.  Dialogues, personnages, rien ne tenait debout. Et c’est en ouvrant son premier bon roman que, par comparaison, elle a réalisé qu’il était aussi possible de bien écrire. La télévision s’est grandement améliorée depuis cette période, et elle ne désespère d’ailleurs pas de mettre un jour son mari, qui a 68 ans, devant Breaking Bad, en dépit de son hostilité inflexible envers le petit écran.

«L’intérêt principal de l’adaptation est avant tout d’avoir pu m’offrir une maison avec des toilettes qui fonctionnent. »

Laura Kasischke

En conclusion, tous s’accordent à dire que, pour être flatteuse, l’adaptation n’est absolument pas un objectif ou une case à cocher dans la carrière d’un écrivain. Si cela arrive, tant mieux, mais Marlon James explique que certains auteurs écrivent aujourd’hui en anticipant une potentielle adaptation, et que la qualité de leur texte, plus proche d’un scénario que d’un livre, s’en ressent. Pour Laura Kasischke, il y a un décalage entre les gens qui ne sont pas forcément lecteurs, qui vous félicitent quand ils apprennent que vous allez être adapté, et les grands lecteurs, qui voient parfois ça d’un mauvais œil, comme une compromission. Elle aura le mot de la fin en rappelant que dans son cas, comme pour beaucoup d’auteurs, l’intérêt principal de l’adaptation est avant tout d’avoir pu s’offrir une maison avec des toilettes qui fonctionnent…

  • Table ronde Babelio :  LITTÉRATURE & JOURNALISME

avec Héctor Tobar, l’auteur de Jaguar,  Alysia Abbott, l’auteur de Fairyland et John Jeremiah Sullivan, l’auteur de Pulphead.

Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville), Samedi 17h-18h

À l’heure des réseaux sociaux et de l’accélération globale du débit de l’information, y a-t-il encore une place pour le journalisme littéraire ? Le journaliste est-il nécessairement un écrivain en puissance ? De quelle manière un sujet, une idée deviennent-ils un essai ou un roman plutôt qu’un article ? Du journaliste ou de l’écrivain, qui prend le pas sur l’autre ?

Pour discuter du journalisme et de ses liens (encore existants ?) avec la littérature, on vous propose une rencontre avec trois auteurs aux profils très variés mais dont les oeuvres et les approches se situent au croisement entre ces deux activités que sont la littérature et le journalisme.

3

FairylandIl existe plusieurs facettes au livre Fairyland d’Alysia Abbott. Il s’agit d’une part de la biographie du propre père de l’auteur, Steve Abbott, un écrivain homosexuel victime du sida en 1992, une autobiographie dans laquelle l’auteur comment elle a grandi avec cet unique père comme parent et enfin un riche témoignage de la vie à San Francisco, alors capitale de la culture hippie dans les années 1970.

Gage de sa qualité d’écriture, le livre a également reçu le Prix Marie Claire du meilleur roman féminin en 2015. Il sera par ailleurs adapté au cinéma par Sofia Coppola.

Hector Tobarjaguar est quant à lui un journaliste né à Los Angeles de parents immigrés guatémaltèques. Sa couverture des émeutes de Los Angeles en 1990 a été saluée par le prestigieux prix Pulitzer. Ce sont d’ailleurs ces émeutes qui ont inspiré son premier roman Jaguar.

Comment passe-t-on de journaliste à écrivain ? Pourquoi passer par le genre de la fiction ? Reste-t-il toujours un journaliste quand il écrit un roman ? Ce sont autant de questions que nous lui poserons lors de la rencontre.

sullivanLa littérature et le journalisme sont au coeur des textes de John Jeremiah Sullivan, auteur de auteur de nombreuses chroniques et essais parus dans des magazines tels GQ, The Paris Review ou encore Harper’s Magazine. Également rédacteur en chef de la section littérature du sud des États-Unis de la revue littéraire The Paris Review, John Jeremiah Sullivan s’intéresse tout particulièrement à ce qui constitue l’âme de l’Amérique. Il a ainsi écrit de longs articles sur Michael Jackson, le Tea Party, le Mississippi post-Katrina ou encore sur un festival de rock chrétien.

Ces articles, on peut aujourd’hui les retrouver dans le recueil Pulphead, publié chez Calmann-Levy en 2013 et qui regroupe quelque unes de ses plus célèbres chroniques.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/forum-des-%C3%A9crivains/litt%C3%A9rature-journalisme-2.html
Le lieu : Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville)
La date : Samedi 17h-18h

Table ronde Littérature et journalisme  – Compte rendu

Samedi 10 septembre 2016 de 17h00 à 18h00

Avec Alysia Abbott, John Jeremiah Sullivan, Héctor Tobar

À l’heure des réseaux sociaux et de l’accélération globale du débit de l’information, y a-t-il encore une place pour le journalisme littéraire ? Le journaliste est-il nécessairement un écrivain en puissance ? De quelle manière un sujet, une idée deviennent-ils un essai ou un roman plutôt qu’un article ? Du journaliste ou de l’écrivain, qui prend le pas sur l’autre ?

journalisme1

Interrogé sur ce qui l’a conduit à choisir la narrative non fiction, John Jeremiah Sullivan commence par un souvenir : son père adulait Mark Twain, au point de porter le même costume blanc que lui. Cette familiarité avec l’œuvre de Twain, à cheval entre fiction et journalisme, l’a poussé à embrasser le genre sans appréhension, car il savait que ce fameux « nouveau journalisme » avait en fait toujours existé. Bien avant David Foster Wallace, Daniel Defoe avait déjà inventé à la fois le roman anglais et le magazine. Bien sûr, chaque genre a ses libertés et ses limites. Et lorsqu’il lit un grand roman, il lui arrive de trouver la non-fiction frustrante, en découvrant des vérités humaines profondes que seule la fiction est en mesure d’atteindre. Mais l’avantage du journalisme, c’est qu’il oblige à mener l’enquête, à se défaire de ses préjugés.

Héctor Tobar, lui, est devenu écrivain grâce au journalisme. Il est issu d’une famille pauvre, où l’on n’imaginait même pas qu’écrivain puisse être une profession. Mais le journalisme lui a donné un passeport pour utiliser la langue, pour explorer le monde, pour raconter des histoires. Et plus il a avancé dans son parcours de journaliste, plus il a compris qu’il avait besoin de personnages dans ses histoires, qu’il allait avoir besoin de la beauté de la langue, d’infuser l’art dans le journalisme  pour lui donner une autre dimension. Le journalisme lui a appris que les mots ne sont pas innocents, que l’on est comptable de ce que l’on écrit. Que toute écriture est la recherche d’une vérité. Avec une différence de taille, cependant : quand on est journaliste, on écrit pour être lu immédiatement. Il confesse d’ailleurs ne s’être jamais perçu comme un artiste jusqu’à sa première visite au Festival America quatre ans plus tôt, lorsqu’il a entendu des lecteurs français le qualifier du beau nom de « romancier »…

Alysia Abbott voulait parler de son père, de ses dernières années pendant lesquelles ils échangeaient des lettres, de sa mort et de ses conséquences. Plus encore après avoir trouvé ses journaux intimes. C’était une mission. Mais elle a mis des décennies pour trouver le bon angle. Elle ne voulait pas écrire un récit personnel, mais quelque chose de plus large, qui soit représentatif des queer et de leurs familles. C’est là que le journalisme est intervenu. Les mémoires sont un genre souvent égocentrique. C’est pourquoi elle a effectué un lourd travail de documentation et d’interviews pour dépasser le récit personnel et en faire une histoire sociale.

Son père était un poète, très expérimental, et elle s’est demandé un temps si elle devait suivre cette voie pour raconter son histoire. Mais elle cherchait quelque chose de plus stable à titre personnel que la poésie. Et au-delà de ça, la réalité la stimule, elle n’aime pas inventer. Elle souhaitait que les lecteurs puissent s’identifier à elle en tant que personnage, quelque chose que ne permet pas le journalisme traditionnel. Au vu du sujet, sans cette identification, le récit aurait pu leur paraître trop étrange.

Pour Héctor Tobar, l’empathie est l’un des outils les plus puissants à la disposition du journaliste. La fiction permet de mettre à jour des vérités que les personnes interviewées ne peuvent ou ne savent pas dire. L’imagination permet de combler les lacunes. Le journaliste n’a pas le droit d’utiliser cet outil, mais l’écrivain le peut.

«Le piège, c’est de trop insister sur son propre point de vue, de se mettre en scène au détriment du sujet, et de finalement perdre le lecteur. »

John Jeremiah Sullivan

A propos de l’empathie, John Jeremiah Sullivan explique qu’il ne faut pas cacher au lecteur que, aussi documentée et honnête soit-elle, toute histoire reflète la perspective de son auteur, qui a ses propres problèmes et préjugés. Il ne recule donc pas devant l’usage de la première personne du singulier dans ses livres. Mais le piège, c’est de trop insister sur son propre point de vue, de se mettre en scène au détriment du sujet, et de finalement perdre le lecteur. C’est un équilibre délicat. Sa règle d’écriture, c’est de n’utiliser la première personne que dans les cas où ça lui permet de poursuivre son travail de journaliste plus loin qu’en gardant une position neutre. Sinon, quand ça n’est pas utile, ça tourne à la dérive narcissique.

Il rappelle ensuite qu’en lui, le journaliste et l’auteur sont parfois en conflit. Il lui arrive régulièrement en écrivant de se dire que s’il pouvait y ajouter des choses à sa fantaisie, l’histoire pourrait être géniale ! Mais il s’en garde. Il aime la réalité. Elle a une texture, une luminosité bien à elle. Et en non-fiction, on a la charge du réel. Cela dit, une bonne histoire finit toujours par réconcilier par elle-même le journaliste et l’auteur.

« Mes romans sont écrits par un journaliste, mais par un journaliste fou. »

Héctor Tobar

Héctor Tobar donne une définition de ses romans : « ils sont écrits par un journaliste, mais par un journaliste fou. » Ou par un écrivain qui veut utiliser les instruments que lui offre le journalisme : l’observation, la langue, la capacité à se projeter dans un personnage, ou encore le sens du détail. Gabriel Garcia Marquez disait que c’était le détail qui donnait au à l’écriture sa crédibilité. Si Héctor Tobar dit « J’ai vu des chevaux voler au-dessus de Vincennes », on peut le croire, mais on sera plus tentés de le croire encore s’il ajoute « l’un d’eux avait un fer rouillé ».

Interrogé sur la nécessité de lire des romans pour être un bon journaliste, John Jeremiah Sullivan répond qu’au-delà des étiquettes ou des compartiments, l’écriture est un tout, qu’il s’est nourri autant de fiction que non-fiction sans nécessairement tracer de frontière claire entre les deux. Héctor Tobar a le sentiment qu’écrire de la fiction a fait de lui un meilleur journaliste. Il n’aurait pas été capable d’écrire Les 33, son enquête sur les mineurs chiliens enterrés, s’il n’avait pas publié deux romans auparavant.

Alysia Abbott ne fait elle non plus pas de distinction nette entre la narrative non fiction et la fiction dont elle s’est approprié les outils. Elle est également attirée par le genre des mémoires, à cause de la mise en danger de l’auteur, qui cherche à dévoiler sa vérité émotionnelle. Elle aime la fiction, mais trouve stimulant qu’une histoire doive sans tenir aux seuls faits, sans possibilité d’invention. Comme Héctor Tobar et Gabriel Garcia Marquez, elle souligne l’importance du détail, en rappelant ce critique du New Yorker qui, dans un livre sur les mécanismes de la fiction, disait qu’un seul détail pouvait suffire à détruire l’abstraction, à faire advenir la beauté.

Héctor Tobar explique que plus il avance dans sa carrière de journaliste, plus il prend conscience de sa responsabilité. Il cherche sans cesse de meilleurs outils pour rendre la vérité. Mais s’il faut être un bon technicien, un bon journaliste se doit aussi d’être une bonne personne, même si cela conduit à écrire des choses qui peuvent blesser ou indisposer. On ne peut se contenter d’être un artisan, il faut aussi être un homme de bien, un mensch comme on dit en yiddish.

John Jeremiah Sullivan brosse pour conclure un tableau de l’évolution du journalisme ces vingt dernières années. Son métier a radicalement changé. Le web est devenu le canal de lecture principal. Mais il voit là quelque chose de plus excitant que déprimant. Bien sûr, cette évolution a ses aspects négatifs, que chacun connaît. Il veut garder l’esprit qu’il a vu à l’œuvre au New York Times Magazine lorsqu’il y a travaillait : plutôt que résister au changement, ou capituler devant lui, les journalistes cherchaient constamment comment utiliser ces nouveaux outils de manière créative pour mieux faire leur métier. S’il devait résumer cette transformation, il dirait qu’il ne fait aujourd’hui plus du journalisme, mais plutôt de l’art documentaire.

 Dimanche 11 septembre

  • Table ronde Babelio : PROTEST SONGS

Avec Marlon James, l’auteur de Brève histoire de sept meurtres, Gyasi Ross, et Willy Vlautin, l’auteur de Ballade pour Leroy.
Espace Truman-Capote (Magic Mirrors), Dimanche 12h-13h

On dirait presque qu’elle est née avec l’Amérique, cette tradition de la protest song ou comment signifier son désaccord en chanson. Depuis la période coloniale, elle sert à s’élever contre l’injustice. On a ainsi chanté pour réclamer l’indépendance, demander l’abolition de l’esclavage ou la paix (de la guerre de Sécession à celle d’Irak), obtenir une meilleure justice sociale ou l’égalité des droits, clamer son opposition à la mondialisation … De Woody Guthrie et Bob Seger à Bob Dylan, Joan Baez et Bob Marley sans oublier Neil Young, Bruce Springsteen et Eminem, la protest song a vraiment conquis ses lettres de noblesse littéraire.
Que représente pour eux cette façon particulière de protester ? La chanson atteint-elle davantage le public qu’un livre ? Est-ce important pour un écrivain de s’engager ? Écrit-on différemment quand il s’agit des paroles d’une chanson ?

4

Marlon James, Gyasi Ross et Willy Vlautin sont trois auteurs qui ont une chose en commun : la musique, ou tout du moins, une certaine forme de musique : celle qui a quelque chose à dire.

Willy Vlautinvlautin2, est un écrivain américain auteur de quatre romans mais également un chanteur, celui du groupe de rock Richmond Fontaine qui a déjà une dizaine d’albums à son actif. Vous pouvez d’ailleurs écouter leurs oeuvres sur leur site internet.
Ses romans et ses chansons sont intrinsèquement liées : ils parlent parfois des mêmes personnages, des mêmes lieux, font références les uns aux autres. Autre point commun, ce sont toujours les laissés-pour-compte de la société américaine qui sont au centre de ses textes.

meurtreLes laissés-pour-compte sont également au centre de l’oeuvre de Marlon James et plus précisément de son livre coup de poing Brève histoire de sept meurtres. Long de près de 800 pages, l’auteur a fait couler autant d’encre sur le papier que ses personnages de sang sur le trottoir. C’est que les laissés-pour-compte parfois s’organisent et deviennent des gangsters. Marlon James s’est inspiré de la tentative d’assassinat de Bob Marley en Jamaïque le 2 décembre 1976 pour brosser le portrait d’un pays au bord du gouffre. La musique de Bob Marley est omniprésente, comme un incessant -et inutile ?- appel à la paix.

gyasiCe sont d’autres laissés-pour-compte auxquels Gyasi Ross a prêté sa voix et sa plume, celle des indiens d’Amérique. Né dans une tribu Blackfeet, Gyasi Ross est avocat diplômé de la Columbia Law School. Ecrivain (ces oeuvres ne sont pas encore traduites en français), auteur de chroniques mais également rappeur, Gyasi Ross consacre son oeuvre à défendre la cause des indiens et plus généralement des minorités toujours opprimées aux Etats-Unis. Le rap est -il une forme à part entière du protest songs ?

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/protest-songs.html
Le lieu : Espace Truman-Capote (Magic Mirrors)
La date : Dimanche 12h-13h

Table ronde Protest Songs  – Compte rendu

Dimanche 11 septembre 2016 de 12h00 à 13h00

Avec Marlon James, Gyasi Ross, Willy Vlautin

On dirait presque qu’elle est née avec l’Amérique, cette tradition de la protest song ou comment signifier son désaccord en chanson. Depuis la période coloniale, elle sert à s’élever contre l’injustice. On a ainsi chanté pour réclamer l’indépendance, demander l’abolition de l’esclavage ou la paix (de la guerre de Sécession à celle d’Irak), obtenir une meilleure justice sociale ou l’égalité des droits, clamer son opposition à la mondialisation … De Woody Guthrie et Bob Seger à Bob Dylan, Joan Baez et Bob Marley sans oublier Neil Young, Bruce Springsteen et Eminem, la protest song a vraiment conquis ses lettres de noblesse littéraire. Marlon James fait revivre Bob Marley dans son roman et, au-delà de la soif de justice et d’égalité du mouvement reggae, Gyasi Ross écrit et chante du rap, la forme moderne de la protest song, pour célébrer et défendre sa culture, celle des Indiens d’Amérique, tandis que Willy Vlautin, le leader du groupe country-rock Richmond Fontaine, célèbre dans ses textes les humbles et les laissés-pour-compte du rêve américain, tel un héritier de John Steinbeck.

Que représente pour eux cette façon particulière de protester ? La chanson atteint-elle davantage le public qu’un livre ? Est-ce important pour un écrivain de s’engager ? Écrit-on différemment quand il s’agit des paroles d’une chanson ?

protest1

Enfant déjà, Willy Vlautin, bien que très romantique, était plus attiré par les chansons engagées que par les chansons d’amour, notamment parce qu’elles semblaient dire la vérité. Et il constate que ce sont les jeunes qui écrivent des chansons engagées, tandis que les vieux écrivent des chansons d’amour. Peut-être parce que lorsqu’on est jeune on pense tout savoir, et qu’on a une forme de combativité, alors que lorsqu’on vieillit, si l’on aime et qu’on est aimé en retour, on juge que c’est déjà bien suffisant.

Gyasi Ross a une révélation à faire : il est Amérindien depuis longtemps. Et d’ailleurs, ses parents l’étaient aussi… Son père avait été enrôlé pour le Viet Nâm, et très jeune, il manifestait avec ses parents contre cette guerre. Il a toujours baigné dans une éthique de protestation. A l’époque, il écoutait le groupe de rock amérindien XIT. La radicalité des paroles lui échappait, mais elle s’est inscrite de manière souterraine dans son esprit, comme dans Inception.

Si bien que quelques années plus tard, lorsqu’à 14 ans, arrivé à Washington State, il a découvert sur le câble le clip de Fight the power, de Public Enemy, il y a immédiatement vu le même esprit, la même énergie. C’est cet esprit qu’il essaie de retrouver dans ses chansons et ses livres. Voilà 500 ans que les Amérindiens vivent sous la même pression, qu’on leur explique qu’ils ne devraient pas être là où ils sont. Chanson et littérature engagées sont une même manière d’affirmer son droit à l’existence, sa propre beauté, de réinventer une narration dans laquelle on a sa place.

Marlon James a grandi en Jamaïque dans les années 70, et s’étonne toujours d’entendre des non-jamaïcains dire qu’ils apprécient Bob Marley pour son message de paix et d’amour. Mais ils parlent de trois chansons ! Toutes les autres sont révolutionnaires ! Beaucoup de Jamaïcains détestaient Bob Marley et le rastafarisme. Il dérangeait. A l’époque, en Jamaïque, on aspirait surtout à la normalité, à devenir une version chocolatée du colon blanc. Le message rastafari, qui disait qu’il ne fallait pas attendre de sauveur blanc, allait à contre-courant. Donc oui, le reggae était une musique engagée. En tant qu’écrivain, cependant, même s’il a grandi dans le reggae, Marlon James dirait qu’il a été plus influencé dans la forme et dans le fond par le hip hop, par NWA et des chansons comme Night of the Living Baseheads de Public Enemy. Il se rappelle d’ailleurs que lorsqu’on grandit dans une famille de policiers, il vaut mieux avoir un casque pour écouter NWA crier « Fuck the Police »…

Pourquoi Gyasi Ross a-t-il choisi le rap pour s’exprimer ? Parce qu’il ne sait pas chanter ! Il raconte qu’à l’université, il a suivi un cours sur l’histoire du rock and roll, qui s’est avéré être le plus passionnant de son cursus. Il a découvert Dylan, Sam Cooke, et toutes ces chansons qui constituaient la bande-son de la révolution. Et s’il pouvait chanter One Tin Soldier ou Come together des Beatles, il le ferait avec enthousiasme, mais il n’a pas ce talent-là.

Willy Vlautin, lui, écrit surtout sur ce qui l’empêche de dormir. L’engagement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan l’a empêché de dormir. Le fait que sa copine n’ait pas pu obtenir d’assurance maladie l’a empêché de dormir. Il écrit sur les sujets qui le dérangent, mu par sa colère. Toute sa vie, il  a voulu écrire des chansons d’amour, mais il n’a pu se retenir d’écrire des chansons engagées. Et il en va de même pour les livres.

« On écrit de la littérature engagée pour ne plus avoir à en écrire. »

Marlon James

Pour Marlon James aussi, il y a toujours de la colère au cœur du roman. Il rappelle cette maxime d’un de ses professeurs : « Il faut toujours écrire à propos de ce qu’on aime, de ce qu’on déteste, de ce avec quoi on n’est pas d’accord. » Et dans le fond, on écrit de la littérature engagée pour ne plus avoir à en écrire. Dans Sunday, bloody Sunday, Bono pose la question « How long must we sing this song ? » Pete Seeger serait effaré d’apprendre que malheureusement, ses chansons ne sont pas moins pertinentes aujourd’hui. Car on écrit toujours des textes engagés pour changer les choses, pour que ces textes mêmes ne soient plus pertinents à l’avenir.

Lorsqu’on lui demande si un roman peut changer les choses, Willy Vlautin répond qu’il n’oserait imaginer changer quoi que soit avec un livre. Ses cicatrices, ses obsessions, c’est tout ce qu’il a à offrir. Et s’il écrit, c’est aussi pour se pencher sur certaines peurs, les examiner sous toutes les coutures, en espérant pouvoir ainsi s’en exorciser. Avec un succès mitigé pour l’instant.

« Mes livres, mes disques, sont des signaux de fumée envoyés aux victimes d’injustices »

Gyasi Ross

Gyasi Ross expose le concept du gaslighting, une forme d’abus mental qui consiste à faire douter quelqu’un de sa propre santé psychique. C’est précisément ce que subissent aux Etats-Unis les communautés noire ou amérindienne au sujet du racisme. On dit qu’ils sont trop sensibles, qu’ils exagèrent. Jusqu’au jour où la vidéo d’un jeune noir désarmé abattu par la police oblige les Blancs à une prise de conscience brutale : « Mais alors, vous disiez vrai ! » Marlon James acquiesce : c’est en voyant le documentaire de Netflix intitulé Making a murderer que ses amis blancs ont réalisé que ce que chantaient NWA il y 25 ans n’était pas de la paranoïa, mais bien la réalité. Ce que Gyasi Ross cherche à faire avec ses disques et ses livres, c’est envoyer des signaux de fumées aux victimes d’injustices sociales ou universitaires. Qu’à le lire ou l’entendre, ils se disent qu’ils ne sont pas fous, et qu’ils ne sont pas seuls.

Sur la question de son soutien politique à Bernie Sanders pour la primaire démocrate, Gyasi Ross répond qu’il se définit comme un révolutionnaire pragmatique. Il fait entendre son soutien car il estime qu’il est toujours utile de dénoncer un système politique discriminatoire. Socialement, il est privilégié. Il sait qu’il sera moins affecté directement par les choix politiques d’un Trump que les éléments les plus défavorisés de sa communauté. Et c’est justement pour eux qu’il a l’obligation de soutenir Hillary Clinton ou Bernie Sanders, s’il estime que leur politique peut améliorer un peu leur quotidien.

Willy Vlautin est obsédé par la manière donc ceux qui ont le pouvoir traitent ceux qui en ont moins. Il suffit de regarder le mari qui bat sa femme, ou même le client qui engueule la serveuse, l’employé de McDonald’s humilié par son patron. Ce sont les histoires de ces gens là qu’il veut écrire, ceux qui sont du mauvais côté du bâton. Il veut donner à voir la cruauté de ces dominations secrètes et quotidiennes. Quant à savoir s’il est plus facile de faire passer un message dans un livre ou dans une chanson, les deux sont difficiles à faire. On écrit un roman comme on creuse une tranchée. Alors qu’écrire une chanson, c’est plutôt marcher dans la rue en espérant en attraper une et la tenir fermement. A choisir, le travail ingrat de l’écriture est peut-être celui qui lui plait le plus.

A la question du choix du medium, Gyasi Ross répond par une citation du braqueur Willie Sutton. Lorsqu’on lui demandait pourquoi il braquait les banques, il répondait « C’est là où se trouve l’argent. » Ross, lui, se dit indifférent à l’argent, mais aussi au medium : il choisit le plus approprié pour porter son message. Il travaille ainsi actuellement sur un projet de dessin animé, autour d’une jeune amérindienne qui se révèle être plus intelligente que son professeur.

Pour Marlon James, la volonté de toucher un public large pour répandre un message n’oblige pas à la compromission. Il est très actif politiquement sur son profil Facebook, et il ne supporte pas plus les commentaires stupides ou haineux que par le passé. Il milite contre l’inaction. Il n’est pas suffisant de ne pas être raciste. Il faut être antiraciste, de manière active. Pour faire un parallèle, aujourd’hui, la plupart des gens peuvent se déclarer « non-violeurs ». Ils n’ont pas d’amis violeurs. Ils ne votent pas pour des violeurs. N’achètent pas de disques de violeurs. Et pourtant, des femmes se font encore violer. L’inaction ne suffit pas.

«J’ai longtemps cru que certaines chansons de Dylan étaient des titres reggae. »

Marlon James

Le genre des protest songs est-il américain par essence ? Marlon James reconnaît que la sensibilité politique des chanteurs jamaïcains vient de l’écoute des américains. Il a d’ailleurs longtemps cru que certaines chansons de Dylan étaient des titres reggae, ne les connaissant qu’au travers des reprises qu’avaient pu en faire des chanteurs jamaïcains… Cela dit, chacun peut dire la vérité dans sa propre langue, il suffit d’ouvrir la bouche et de gueuler.

Pour Gyasi Ross, l’hymne américain est la plus connue des chansons engagées. Il rappelle que beaucoup d’Amérindiens sont encore sensibles au pouvoir incantatoire des mots. Traditionnellement, c’est par les mots qu’on communique avec les esprits.  Alors on les manie avec précaution. C’est d’ailleurs pour ça que les pow wow songs ne contiennent que des onomatopées et non des paroles. La chanson engagée résonne donc particulièrement avec la culture indienne, dans laquelle on a la conviction que lorsqu’on parle on va créer quelque chose.

« N’importe qui dans l’assistance peut écrire une bonne chanson engagée. Il faut juste en écrire 1000 mauvaises avant. »

Willy Vlautin

Willy Vlautin conclut en expliquant qu’à ses yeux, la chanson engagée est celle des classes ouvrières, qu’elles soient américaines ou pas. Leadbelly, NWA, les protest singers irlandais, ils ont tous en commun d’utiliser ce qu’ils ont, leur colère. N’importe qui dans l’assistance peut écrire une bonne chanson engagée. Il faut juste en écrire 1000 mauvaises avant. C’est la beauté de la chanson engagée. Elle est accessible à tous. Pas besoin d’être Beethoven. Pas besoin de quoi que ce soit. On y met ce qu’on a.

Willy Vlautin a conclu la rencontre avec un très beau showcase de quelques chansons :

5

  • Like a Rolling Stone: Grand entretien Babelio avec GREIL MARCUS

Salle Carlos-Fuentes (Cœur de Ville), Dimanche 14h-15h

greil

Né en 1945, Greil Marcus est un auteur, journaliste musical et critique culturel américain. Il est connu notamment pour avoir publié des essais littéraire et scientifique qui rendent au rock une place légitime au sein de la culture et de la politique.

galaadeSes livres décrivent souvent une histoire souterraine qui joint des événements éloignés parfois de plusieurs siècles, comme on peut par exemple le voir dans l’ouvrage Lipstick Traces, publié chez Allia. Si la rencontre s’intitule Like a Rolling Stone, qui fait autant référence à la célèbre chanson de Bob Dylan qu’à son propre livre dans lequel il analyse finement l’importance de ce titre, c’est que le chanteur américain a une place particulière dans l’oeuvre de Greil Marcus qui lui a consacré de nombreux livres et conférences.rock

Dylan ne sera cependant pas la seule figure évoquée lors de cette rencontre. Le dernier livre du critique américain est ainsi consacré à 10 chansons qui ont fait selon lui l’histoire du rock de Buddy Holly à Joy Division.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/rolling-stone-grand-entretien-avec-greil-marcus.html
Le lieu : Salle Carlos-Fuentes (Cœur de Ville)
La date : Dimanche 14h-15h

Like a Rolling Stone : grand entretien avec Greil Marcus  – Compte rendu

Dimanche 11 septembre 2016 de 14h00 à 15h00

Greil Marcus est né en 1945 à San Francisco. Diplômé de sciences politiques à Berkeley, journaliste pour le magazine Rolling Stone entre 1975 et 1980, il est l’auteur du célèbre Lipstick Traces, de Mystery Train, de Dead Elvis, et de Like a Rolling Stone : Bob Dylan à la croisée des chemins, de L’Amérique et ses prophètes et de Bob Dylan by Greil Marcus. Greil Marcus enseigne à la New School (New York). Considéré comme l’un des plus grands spécialistes de la culture populaire de son pays, il a passé sa vie à étudier la société américaine à travers la musique, le cinéma et la littérature.

marcus1

« Qu’est ce qui fait qu’une chanson prétendument banale parle à celui qui l’écoute ? »

Greil Marcus commence par dire qu’il n’a jamais eu d’intérêt pour le concept de pop culture en tant que tel. Il aimait le rock, les films, les polars. Il n’a jamais conceptualisé ça en termes de culture légitime ou illégitime. C’était juste des choses qu’il aimait, et dont il avait envie de parler. Certains sont doués pour la musique ou l’image. Lui, c’était l’écriture. Et c’est pourquoi il  a commencé à écrire sur ces choses qu’il aimait. Sa mission : expliquer aux gens que ce qu’ils aiment peut être profond et riche de sens, même si les gardiens du temple déclarent que c’est sans intérêt. Si ça parle aux gens, il n’y a pas de raison de ne pas s’y intéresser. C’est d’ailleurs là tout le mystère philosophique derrière son œuvre : qu’est ce qui fait qu’une chanson prétendument banale parle à celui qui l’écoute ?

Deux chansons ont fondé sa vocation de critique. La première, c’est Don’t be cruel, enregistrée par Elvis Presley en 1956. Il avait alors 11 ou 12 ans, et il a été frappé par un détail : pourquoi y avait-il un téléphone dans la chanson ? Qu’est-ce qui avait poussé l’auteur à inclure quelque chose d’aussi moderne ? Quelques années plus tard, en 1964, il vivait en colocation, et écoutait en boucle la reprise de Money de Barrett Strong par les Beatles. Excédés par la répétition, ses colocataires l’interrogent : pourquoi perd-il son temps avec sa chanson. Il leur rétorque qu’il ne perd pas son temps, et pour plaisanter, se lance dans une analyse grandiloquente du morceau, supposé symboliser l’homme moderne écartelé par l’ordre industriel, les cris de Lennon résonnant comme un manifeste social. Tous éclatent de rire, mais à bien y réfléchir, Greil Marcus se dit que son analyse tient debout, qu’elle est convaincante. C’est ainsi qu’il est devenu critique.

«  La première impulsion du critique, c’est le partage : « Tu dois absolument écouter ça ! » »

Etudiant en sciences politiques à Berkeley, il y a acquis un bagage intellectuel et les outils de la pensée critique : savoir d’où l’on parle, lire les structures sous-jacentes, remettre en question ses préjugés etc. L’association de cet outillage et de son enthousiasme pour le sujet lui a permis de se lancer dans la critique musicale. La passion est un élément fondamental. La première impulsion du critique, c’est le partage : « Tu dois absolument écouter ça ! »

Concernant les aspects politiques de la musique, il estime que pour les identifier, il faut avoir le système de références correspondant. Il  tient son credo de la grande critique de cinéma Pauline Kael : « La critique est excitante parce il faut y mettre tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez. Vous ne pouvez pas y consacrer telle ou telle part de vous. Elle se nourrit de tout ce qui vous constitue, de toute votre histoire et vos références. » Si par exemple la connexion entre un blues des années trente et le sermon d’un père puritain de 1750 échappe à l’auditeur, ce n’est pas grave. Le travail de Greil Marcus, c’est précisément de faire le lien entre les deux, d’en parler, et de donner au lecteur l’envie d’écouter la chanson, et peut-être même de lire le sermon.

Greil Marcus retrace ensuite l’histoire du magazine Rolling Stone, lancé en 1967 par Jann Wenner, un de ses anciens camarades de Berkeley. C’était le journal que les gens attendaient. Le premier à dire : voilà ce qui se passe aujourd’hui dans la musique, la littérature, le cinéma, et dont les grands media ne parlent pas. C’était si stimulant que beaucoup de lecteurs voulaient  écrire pour le magazine, à commencer par Marcus lui-même. Il n’y avait aucune règle, le magazine s’inventait au fil des numéros. Un soir, dans une fête à Berkeley, Greil Marcus est tombé sur un rédacteur du magazine. Il lui a expliqué que leur rubrique musicale était nulle, qu’elle traitait le rock comme on parlait de la folk, en s’attachant uniquement aux paroles et en faisant fi de la musique. Le lendemain, Jan Wenner l’appelait : si la rubrique était si mauvaise, pourquoi ne viendrait-il pas s’en occuper directement ? C’est comme ça que Greil Marcus a commencé à écrire dans Rolling Stone.

Il ne pensait pas en faire une carrière, pour la simple raison que critique rock n’était pas une profession, à l’époque. On écrivait des choses en espérant les voir publiées, pas pour en faire un métier. Il s’orientait vers l’enseignement. Mais lorsqu’on lui a confié son premier cours à la fac, il a rapidement réalisé qu’il était très mauvais professeur, et détesté l’expérience.

En 1975, il publie son premier livre, Mystery Train. Michèle Bernstein, cofondatrice de l’Internationale Situationniste, lui a dit un jour que pour toute chose il y a deux raisons : la bonne raison et la vraie raison. La bonne raison de Mystery Train, c’était le projet de dire que dans le rock and roll on peut trouver des choses aussi belles et aussi profondes que dans n’importe quel mode d’expression artistique. La vraie raison, c’est qu’il voulait écrire un livre, pour voir s’il en était capable. Et la seule chose sur laquelle il pouvait écrire, c’était le rock. Mais en écrivant, il a découvert que ce qu’il produisait avait un sens, et c’est ainsi que la bonne raison est arrivée.

Comparé à l’écriture pour la presse, le livre est un formidable terrain de jeu. On continue à écrire jusqu’à ce que la fin arrive, un peu comme Schéhérazade. C’est un champ ouvert. Au fil de l’écriture, des choses imprévus apparaissent, que l’on peut choisir d’intégrer ou de laisser de côté. Dans un article, une critique, il faut aller d’un point A à un point B, rapidement, en respectant une forme et une direction. C’est un exercice bien plus cadré.

«  Mon livre n’a pas fait bouger les lignes. Il a tracé les lignes. »

Lorsqu’on lui demande si son livre a fait bouger les lignes, il répond en souriant que son livre a tracé les lignes. Personne n’avait mis autant d’ambition dans un texte sur le rock and roll. Il pensait d’ailleurs ouvrir une voie. Il imaginait que son livre encouragerait d’autres auteurs à s’attaquer avec la même liberté à d’autres sujets, mais il n’a finalement pas eu tant d’héritiers.

Côté influences, il cite Hemingway, Pauline Kael ou le critique littéraire Leslie Fiedler. Il n’a pas eu tellement d’influences issues de la critique rock, mais il faut dire que les plus anciens dans le métier n’avaient que deux ans de plus que lui… Il cite également D.H. Lawrence, auteur en 1923 de Studies in Classic American Literature, dont le style libre, hors de toute politesse ou convention, et semblant découvrir au fil des lignes l’objet de son étude, l’a profondément inspiré.

Greil Marcus raconte ensuite sa rencontre avec Bob Dylan, artiste au centre de son œuvre critique. En août 1963, à Philadelphie, il a emmené sa petite amie du moment à un concert de Joan Baez, pensant l’impressionner. Comme Marcus, Joan Baez venait de Menlo Park, en Californie, et il l’avait déjà croisée là-bas. Le concert avait lieu sous un chapiteau, dans un champ. Arrive un moment ou John Baez fait monter sur scène un type, qui semblait couvert de poussière. Il entonne sa chanson, With God on Our Side, et Marcus est frappé : il n’a jamais rien entendu de pareil.  C’était comme une réécriture de tous les manuels d’histoire et des épisodes glorieux de l’Amérique, avec des points d’interrogation ajoutés derrière chacun d’entre eux. Il oublie John Baez. Il oublie sa petite amie. Il est submergé. A la sortie du concert, il aperçoit le chanteur derrière la tente, qui s’efforce d’allumer une cigarette en plein vent. Marcus se lance : « Vous étiez génial ! » Sans même relever la tête, le chanteur répond « Non, j’étais à chier, mec. » Marcus s’éloigne, et demande à quelqu’un le nom de ce jeune chanteur : Bob Dylan.

Dans son livre Like a Rolling Stone, il a souhaité comprendre pourquoi cette chanson était à part. Pourquoi, bien qu’il l’ait entendue mille fois, elle semble toujours nouvelle. Pour lui, cette chanson est un accident incroyable, qu’il aurait été impossible d’orchestrer. C’est un saut dans l’inconnu. Plus largement, il a longtemps été obsédé par Dylan. Et il reste fasciné par son œuvre, par ce qu’il produit maintenant, et ce qu’il produira demain. Il a écrit trois livres sur Dylan. Il sait que c’est bien assez, mais régulièrement, il ne peut s’empêcher de se dire qu’il aurait des tas de choses à dire dans un quatrième… Dylan lui a d’ailleurs fait l’amitié d’apprécier un de ces trois livres : La République Invisible (en anglais : The Old Weird America.) C’est un livre sur les « Basement Tapes », ces morceaux  que Dylan et ses musiciens ont enregistrés dans la cave d’une vieille maison pendant neuf mois en 1967. Ces bandes n’étaient pas destinées à être écoutées. Au départ, ils s’amusent à reprendre de vieilles chansons, puis les choses dérivent vers des compositions originales. Mais ces bandes devaient être des démos pour d’autres artistes, rien de plus. En 1968, douze titres ont fuités, et sont immédiatement passés dans le circuit pirate. Douze titres incroyables, des morceaux qui semblaient avoir toujours existé.  Puis en 1994 quelqu’un a envoyé à Greil Marcus 5 CD qui contenaient plus de cent chansons issues des « basement tapes ». Il a écouté les CD dans sa voiture, à l’occasion d’un aller-retour avec sa femme de la Californie au Montana. En descendant de la voiture, il a déclaré : « Je vais écrire un livre là-dessus ! » Là encore, sans grand dessein derrière, juste l’envie d’écrire.

« Dylan a créé une musique intemporelle, universelle, ni veille ni neuve. »

Nick Toshes a prétendu un jour que Marcus lui avait confié que les « Basement Tapes » n’étaient qu’un prétexte pour écrire sur Dock Boggs, un joueur de banjo blanc des années 20 qui l’a toujours fasciné. Et c’est vrai qu’il y a dans le livre 60 pages sur Dock Boggs. 1920, 1967, 1994, les « Basement Tapes » condensent le temps. Dylan a créé une musique intemporelle, universelle, ni veille ni neuve.

Greil Marcus reconnaît qu’il aime trouver des liens occultes et inattendus entre les œuvres. Il a un goût pour ce qui est mystérieux, spectral, inatteignable. Comme toujours, il voit là une bonne raison, et une vraie raison. La bonne, c’est le dévoilement des sens cachés du monde. La vraie,  c’est qu’il agit sous l’emprise d’une compulsion névrotique. Et il est convaincu que chacun devrait utiliser ses propres névroses comme source d’énergie.

« La critique est un art très prétentieux : on se moque du projet de l’artiste. »

Concernant le discours des artistes sur leur propre œuvre, il explique qu’il lui arrive de s’appuyer sur ce matériel et sur les interviews menées par d’autres, mais essentiellement pour recueillir des informations factuelles. Car dans le fond, la critique est un art très prétentieux : on se moque du projet de l’artiste, de ce qu’il voulait dire via son œuvre, pour se concentrer sur le récit de sa propre réception. Marcus ne demande jamais aux artistes ce qu’ils veulent exprimer. Lorsqu’il a écrit Like a Rolling Stone, il voulait demander à Dylan des détails sur l’organisation et le déroulé de l’enregistrement. Son manager lui a répondu que ça ne savait à rien, que Dylan n’en avait aucun souvenir, et il a donc laissé tomber. Un peu plus tard, lorsqu’il a remis les épreuves corrigées du livre à son éditeur, celui-ci lui donné une copie des mémoires de Dylan, qui devaient paraître quelques semaines plus tard. Greil Marcus était terrorisé : si Dylan y donnait sa version de Like a Rolling Stone, alors celle-ci serait définitive, et rendrait son propre livre totalement superflu. Il a feuilleté frénétiquement le livre, pour se rendre compte avec soulagement que Dylan n’avait en fait pas écrit une ligne sur sa plus grande chanson…

Pour finir, Greil Marcus dit un mot de son tout dernier livre, L’histoire du rock en dix chansons. Pourquoi ces dix-là ? Peut-on condenser l’histoire du rock en dix morceaux seulement ? Marcus explique qu’il a choisi ces chansons sans plan. Il n’a pas voulu écrire à tout prix sur des tubes, ou des stars, ou des morceaux influents. Il a commencé par écrire sur une chanson, qui lui a fait penser à une autre, sur laquelle il a écrit, et ainsi de suite. Dans le fond, n’importe quelle chanson de rock qui vous touche contient en elle toute l’histoire du rock and roll. Un autre aurait pu écrire le même livre en choisissant d’autres chansons.

Nos live-tweets

L’équipe de Babelio sera présente tout au long du festival pour rendre compte de l’ambiance des échanges et relayer certaines conférences et expositions.
De même deux rencontres avec deux jeunes auteurs américains auront lieu en dehors de Vincennes. Si les inscriptions sont closes pour participer à ces rencontres, vous pourrez ainsi suivre nos échanges avec ces auteurs sur notre compte twitter. Des compte-rendus de ces rencontres vous seront par la suite proposés sur le blog.

Rencontre Babelio avec Megan Kruse à Paris

A l’occasion de la venue de Megan Kruse à Paris, nous vous proposons un livetweet de notre rencontre avec l’auteur  dès 20h.  Publié chez Denoël, De beaux jours à venir est le premier roman de cet auteur américain.

kruse

Le résumé du livre :  « Je t’aime, je te déteste, je suis désolé. » Voilà l’éternelle litanie des disputes, gifles, cris et réconciliations qui a secoué l’enfance de Jackson et Lydia. Jusqu’au jour où Amy, leur mère, reçoit le coup de trop et leur demande de rassembler leurs affaires au plus vite. Cette fois, c’est sûr, ils s’en vont afin de fuir Gary, homme violent et froid…

kruse2

Rencontre Babelio avec Emily St John Mandel

Emily St John Mandel vient rencontrer les lecteurs Babelio et discuter avec eux de son dernier roman Station Eleven, publié chez Rivages. Un livetweet vous sera proposé dès 20h sur @babelio ainsi qu’un compte rendu complet dans les jours suivants.

st john

Le résumé du livre : Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.

Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

st john2

Revue de presse du festival

Retrouvez ci-dessous, tout au long du festival, des liens ou extraits d’articles de presse qui ont retenu notre attention.

Dans son article Festival America à Vincennes 9-11 septembre. Cultures d’Amériques du Nord, l’Agence Bretagne Presse vous présente le festival, insistant sur les grandes thématiques abordées par cette 8e édition, notamment la « complexité et la diversité des Etats-Unis à un moment important de leur histoire ».

Dans sa rubrique culture, le journal Les Echos préfère, lui, insister sur le tour Road trip américain proposé par America, annonçant au passage quelques noms d’auteurs mis en lumière au cours du festival : Road trip littéraire à Vincennes.

De son côté, le journal Le parisien vous propose la liste de tous les auteurs qui seront à Vincennes pour le festival : 50 écrivain états-uniens pour le festival America. Les journalistes du Parisien ont également sélectionné les romans qui les ont le plus touché : Festival America : notre sélection de romans.

james_ellroy_11Le magazine littéraire Livres Hebdo se focalise quant à lui sur l’auteur James Ellroy, invité d’honneur du festival avec deux articles, James Ellroy, tête d’affiche du prochain Festival America de Vincennes et Comment James Ellroy voit le monde du livre.

l-ecrivain-jamaicain-marlon-james-au-choeur-des-tenebres-ok-sr,M364416.pngL’hebdomadaire Télérama choisit lui aussi de vous présenter un auteur en particulier : l’article L’écrivain Marlon James, au chœur des ténèbres jamaïcaines vous offre un focus sur le très beau roman Brève histoire de sept meurtres où Marlon James revient sur la tentative d’assassinat qui frappa le chanteur Bob Marley  en décembre 1976.

Quelques listes

Voici quelques listes qui vous donneront une autre image de l’Amérique. Concoctées par nos membres, elles risques de rallonger significativement votre PAL !

Le Texas vu par les écrivains : http://www.babelio.com/liste/4479/Texas

L’Amérique dans tous ses états : http://www.babelio.com/liste/299/LAmerique-dans-tous-ses-etats

Un panorama de la littérature contemporaine des Etats-Unis : Les carnets de route de François Busnel http://www.babelio.com/liste/4146/Un-panorama-de-la-litterature-contemporaine-des-Et

Quelques quiz

En attendant les festivités et les rencontres, nous vous proposons une sélection de quiz autour de l’Amérique et de la littérature américaine.

Voulez-vous jouer à un quiz qui vous emmènera sur les routes américaines ? ou bien à un autre qui vous permettra de découvrir ou de redécouvrir les indiens d’Amérique du nord ? A moins que vous ne préfériez jouer à celui-ci qui vous replongera dans l‘Histoire des Etats-unis ?

Dans celui-ci, ce sont 21 questions correspondant à 21 états qui vous feront réviser autant votre géographie que vos connaissances en littérature américaine.

Une réflexion sur “Le festival America comme si vous y étiez

  1. J’ai pu assister au Forum des écrivains sur le sujet « Du roman à l’écran », c’était à la fois captivant, drôle et intéressant. Et quel plaisir de voir Laura Kasischke en France !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s