Quand les lecteurs rencontrent Danielle Thiéry

Lundi 17 octobre, une trentaine de lecteurs avait rendez-vous avec Danielle Thiéry dans les locaux de Flammarion. Amateurs de polars et de criminologie ont rencontré l’ancienne commissaire devenue écrivain dans le cadre de la publication de son nouveau roman Tabous chez Ombres Noires.

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Dans un hôpital d’Arcachon, une femme et son bébé de 4 mois disparaissent mystérieusement. Le commissaire de la PJ de Paris, Edwige Marion, descend épauler son ancien collègue bordelais, accompagnée d’Alix de Clavery, une jeune psycho-criminologue aux méthodes singulières.

L’enfant est retrouvé… sans sa mère.

Commence alors une enquête difficile où la spécialiste se heurte aux murs du silence et à la puissances des tabous.

 

La perception des tabous dans le monde de la police

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Immédiatement interrogée sur le choix de son titre, Danielle Thiéry explique que ce sont bien certains tabous persistants dans la société qui lui ont inspiré l’écriture de ce roman. L’auteur a pu prendre conscience elle-même, au cours de sa carrière de commissaire, que des tabous existaient même au sein de l’institution policière et judiciaire : « Pendant longtemps, il a été absolument hors de propos pour un magistrat d’envisager l’implication d’une mère dans des actes extrêmement nocifs pour ses enfants. Cela était inconcevable ».

L’auteur explique d’ailleurs avoir été obligée d’édulcorer ses propos dans son roman : « J’essaie d’aborder ces sujets sans être trop descriptive, car certaines scènes comme des viols peuvent être très pénibles à lire ». Dans le cadre de procédures administratives, cette ancienne commissaire divisionnaire se rappelle avoir dû rédiger des comptes-rendus très précis sur des événements traumatisants. Elle ne souhaite pas réitérer l’expérience, préférant épargner ses lecteurs. Pour mettre des mots sur ces non-dits, Danielle Thiéry préfère apporter un nouvel éclairage sur les tabous. La romancière refuse de se contenter des seuls faits. Elle privilégie une analyse sur le long terme pour comprendre les éléments déclencheurs : « À travers ma formation d’éducatrice, j’ai appris à m’intéresser à la vie d’un individu, à ne jamais me focaliser seulement sur son statut de victime ou de coupable. De fait, dans mes romans, les coupables sont souvent également des victimes. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’un de mes premiers romans s’intitulait Le Sang du bourreau ».

Un roman qui reflète la réalité policière

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La première surprise qui attend les lecteurs qui ouvrent Tabous, est le fait de voir la commissaire Marion – personnage phare de l’auteur depuis Le Sang du bourreau – reléguée au second plan. La véritable héroïne de ce roman semble être Alix de Clavery, une jeune psycho-criminologue qui accompagne la commissaire à Arcachon, où une mère et son bébé viennent de disparaître.

Longtemps considérés comme « des docteurs pour les fous », négligés par les enquêteurs, les psycho-criminologues sont aujourd’hui souvent essentiels dans le processus d’une enquête. « On reprochait aux psychologues de détourner l’attention des policiers du factuel » précise Danielle Thiéry qui s’est inspirée d’une véritable psycho-criminologue pour le personnage d’Alix. Les temps ont donc changé, un changement qui se reflète dans ce roman même si l’auteur montre que le personnage n’est pas forcément accepté immédiatement par les autres policiers. Des tensions qui sont de toute façon à l’oeuvre dans toutes les équipes qui réunissent des individus aux fortes personnalités. L’auteur se félicite de l’évolution des mœurs ces cinquante dernières années en faveur de l’intégration des psycho-criminologues dans la police. « Ils ont aujourd’hui un rôle à part entière, ils sont notamment très importants dans la gestion des sectes et de la porno-pédophilie ».

Si Danielle Thiéry essaie de rendre ses romans les plus réalistes possible, ce n’est pas pour autant qu’elle ne s’octroie pas certaines libertés de romancière. « Je suis très cadrée dans l’écriture de mon livre, je travaille avec des psycho-criminologues et je me documente beaucoup. Cela ne m’empêche de recréer entièrement mes personnages même s’ils sont influencés par des personnes réelles.»

 

Des influences diverses

 

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Si l’auteur n’est plus dans la police depuis plusieurs années, elle a gardé de nombreux contacts au sein de l’institution. Il ne s’agit cependant pas de son unique source d’inspiration. Lors d’un des moments clé du roman, alors que le rythme s’accélère, éclate une terrible tempête. Pour cette scène cruciale, l’auteur, qui vit dans la région d’Arcachon, s’est inspirée de son environnement direct : « Je me rappelle la terrible tempête du 26 décembre 1999, le mugissement de la forêt, l’électricité coupée, et ma voiture bringuebalée par le vent alors que j’essayais d’écouter la radio pour me tenir au courant de ce qui se passait dehors…». Cette tempête a joué un rôle déterminant dans la mise en scène du roman. De manière générale, l’auteur reste curieuse et attentive de tout ce qui se passe autour d’elle. N’importe quel fait divers est susceptible d’être transformé en roman. C’est ainsi que le personnage de Truc prend sa source dans un petit article de presse qui racontait brièvement qu’un homme avait réussi pendant plusieurs mois à vivre chez une personne pourtant décédée, en se faisant passer pour elle à l’insu de tout le monde.

La forêt des Landes et la région d’Arcachon occupent tous deux une place importante dans le récit. C’est en effet dans un hôpital d’Arcachon que disparaissent la mère et son enfant. Pour l’auteur, situer l’action dans ce cadre très éloigné de Paris lui a permis de parler de thèmes et des personnages différents de ceux que l’on retrouve dans ses précédents romans. Certains tabous appartiennent en effet à des cadres particuliers. Une histoire comme celle racontée dans ce récit n’aurait, selon l’auteur, jamais pu avoir lieu à Paris.

La réception des romans de l’auteur dans le milieu de la police

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Après avoir été pendant trois ans à la tête des syndicats de police, Danielle Thiéry n’a pas hésité à prendre la parole pour s’exprimer dans son premier livre, Mauvaise Graine, publié en 1999 : « Je savais que l’administration ne me donnerait pas son aval, alors je n’ai rien demandé. Les services de police évoqués dans mon roman se sont intéressés à ce que j’avais publié, mais je ne faisais de reproches à personne –même si je dois bien admettre que parfois, c’était tentant ». Après avoir fait connaître son livre à ses collègues, la romancière envoie son livre au Chef de la Police Nationale : « Il a salué mon initiative et  m’a félicité d’exprimer mon talent autrement que par des arrestations ».

Même si les romans sur la criminalité se sont banalisés -du propre aveu de l’auteur-, les femmes persistent à avoir un rôle minoritaire tant dans cette littérature que dans la police. «Tout grade confondu, on compte 25 % de femmes dans la police, mais ce chiffre diminue au fur et à mesure que l’on monte les échelons ». Ce n’est pas pour autant que l’écrivain crie aux inégalités : « Il m’est déjà arrivé de rencontrer de très jeunes gens à la tête d’unités réputées. Je pense qu’obtenir des postes haut placés dépend de la personnalité, de la capacité à travailler en groupe et à s’imposer à la hiérarchie. Et puis, c’est beaucoup plus une question de compétence que de sexe. »

Le métier d’écrivain de polars, une vocation à part entièredsc04532-1

La romancière trouve son inspiration dans les oeuvres d’auteurs très diversifiés : « Je lis beaucoup de polars comme James Ellroy ou encore Simone Gélin. Périodiquement, je relis aussi Dostoïevski ou Stendhal

Bien qu’elle soit à la retraite, Danielle Thiéry a gardé intact son goût pour les enquêtes. Rien de surprenant à cela : « Enfant, j’étais une grande lectrice de polars et je dévorais Alice Détective de Caroline Quine. A 7 ou 8 ans, j’ai su que je voulais écrire des histoires policières. C’est ce désir qui m’a poussé à travailler dans la police, puis plus tard à m’orienter vers les romans. » De tous les plaisirs de l’écrivain, l’auteur préfère le travail d’investigation préalable à chacun de ses livres « J’aime la chasse à l’information, regarder derrière les miroirs. Tant que je sais marcher, écouter, et parler, vous n’en aurez pas fini avec moi ! » conclut la romancière en souriant.

Les tabous levés, les lecteurs ont profité d’un temps privilégié avec Danielle Thiéry pour faire dédicacer leur livre et lui poser leurs dernières questions.

Vous restez sur votre faim ? Retrouvez notre entretien vidéo avec Danielle Thiéry et un aperçu de la rencontre ci-dessous !

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Découvrez Tabous de Danielle Thiéry, publié chez Ombres Noires.

 

 

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