Quand les lecteurs de Babelio rencontrent DOA

Souvenez-vous, il y a un an, une réunion toute particulière avait lieu dans les salons de Gallimard : une rencontre où avaient été évoqués sociétés militaires privées, talibans et trafics de drogues… Cette rencontre avec une trentaine de lecteurs Babelio, c’était celle de DOA, dont le roman Pukhtu venait de paraître dans la célèbre Série Noire. Cette année, à l’occasion de la sortie du tome 2, Pukhtu Secundo, nous avons décidé de nous plonger une nouvelle fois dans l’aventure afghane, le 9 novembre dernier chez l’éditeur du roman. Retour sur une rencontre aux allures clandestines.

 

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Une seule histoire en deux tomes

Si Pukhtu a été publié en deux tomes, son auteur l’a bel et bien conçu comme un seul et même roman : “D’après mon éditeur, mon histoire était trop longue pour tenir en un seul tome. D’ailleurs, plus que la suite de Pukthu, Secundo est avant tout la conclusion d’un cycle entier, débuté avec Citoyens clandestins, paru en 2007, dans lequel sont nés les personnages que l’on retrouve dans Pukhtu.” En effet, ce roman en deux tomes a été l’occasion pour DOA de faire revenir certains des héros de Citoyens clandestins : “J’ai été surpris par l’accueil réservé aux personnages de ce roman comme Lynx par exemple. J’ai donc réfléchi à un cadre romanesque qui me permettrait de les retrouver sans pour autant trop forcer le destin et tomber dans l’absurde. Lorsque j’ai pris connaissance des conflits en Afghanistan, j’ai pensé qu’il s’agissait de l’occasion idéale. C’est ainsi que Pukhtu est né.”
Tentation correctrice

On l’imagine assez bien, publier la seconde partie d’un roman plusieurs mois après la première pourrait faire naître la tentation chez l’auteur de modifier son texte en fonction des retours du public. Surtout si, comme chez DOA, le point final d’un roman n’est définitif qu’une fois son manuscrit envoyé à l’éditeur : “Secundo a toujours été prévu ainsi, il n’a pas évolué depuis la sortie du premier tome.” De toute manière, DOA nous confie ne pas avoir eu grandement l’intention de suivre les retours de ses lecteurs : “L’expérience m’a montré que si je commençais à m’intéresser à ce que dit mon public je n’écrirais plus de livre. Les critiques négatives sont très saines pour les écrivains. Ce livre était une proposition forte, un roman dense sur un sujet encore peu populaire, il était normal qu’il désarçonne certains lecteurs. Je suis par conséquent très content de voir que la plupart d’entre eux sont satisfaits.”

 

Pas un héros, mais des personnages

A l’encontre des tendances actuelles, les romans de DOA ne mettent pas en scène de héros, simplement des personnages, les plus humains possible : “Il n’y a pas de héros dans mon roman, mais plusieurs protagonistes. Il me semble évident qu’à partir du moment où on l’on aborde des problèmes complexes, comme le trafic de drogue ou la guerre en Afghanistan, un seul héros ne peut pas tout savoir ni tout comprendre. C’est une veine cinématographique et littéraire que de créer un seul héros qui sert de guide à tout le monde. Je considère pour ma part qu’aucun de mes personnages n’aurait pu tout prévoir dans Pukhtu.” Pour rendre ses personnages encore plus réalistes, DOA n’hésite pas à leur donner des traits humains, à les rendre imparfaits : “Les “bons” personnages doivent avoir leurs moment d’humanité ; ils doivent par exemple pouvoir se tromper. Je porte une grande attention à ce que mes personnages fassent des erreurs, comme nous pouvons en faire nous-mêmes, afin de les rendre plus crédibles.”

 

 

Un long projet

Six. Voilà combien d’années de la vie de DOA ont été consacrées à ce projet colossal. Une longue période, mais il y a bien une raison à ceci ; le roman a été écrit deux fois : “Lorsque j’ai commencé à me pencher sur le projet, tout était encore très confus dans mon esprit et cela s’est évidemment répercuté sur mon texte. Arrivé à 90% de la rédaction, je me suis aperçu que l’intrigue n’était pas assez claire ni précise. Je l’ai donc tout simplement mis à la poubelle avant de recommencer.” Bien sûr, on pourrait penser qu’un écrivain comme DOA subit moins cette pression de la réussite qu’un écrivain débutant, et c’est pourquoi il a pris soin de nous expliquer le contraire : “Si l’on réfléchit bien, je n’avais écrit que deux livres avant Citoyens clandestins qui ne se sont pas bien vendus. Je n’existais donc que peu en librairie. Pukhtu représentait donc un assez fort enjeu pour mon éditeur et pour moi. Je savais à l’époque que je n’avais pas vraiment le droit à l’erreur sur ce livre. Je pense aujourd’hui que nous avons réussi notre coup.”

 

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Faire ressentir le lecteur

Pukhtu est un roman du genre réaliste et fait vivre à ses lecteurs les combats et intrigues de l’intérieur. La vraisemblance est en effet l’une des priorités de DOA : “Lorsque le lecteur traverse les scènes de mon roman, je veux qu’il ait l’impression d’y être. Mes descriptions n’ont pas besoin d’être hautement naturalistes, mais j’ai besoin de détails pour écrire, je suis un expert en petits détails. L’idée est que mon roman soit suffisamment précis pour que lorsque l’un de mes personnages se prend une bombe dans la gueule, le lecteur se la prenne aussi.” S’il veut faire passer un maximum de sensations, l’écrivain n’est pas du genre à jouer avec son public :”Pour gagner en authenticité, il faut travailler le rythme, la structure, le vocabulaire ; je veux que le lecteur ressente tout, comme dans la vie, sans théâtre. Je n’aime pas les romans où la mort d’un héros est préparée pendant 15 chapitres. Dans la vraie vie, quand on meurt, c’est sans prévenir et c’est ainsi que je veux que mes histoires soient écrites.”

 

 

Le dessous des cartes

Comment s’y prendre pour rédiger une fresque de près de mille pages sans omettre le moindre détail ? Les frises, voilà le secret de l’auteur de Pukhtu : “Je réalise des frises chronologiques, une par année et par personnage. J’ai par exemple réalisé 8×12 frises pour Pukhtu, puisque 12 de mes personnages constituent des points d’entrée pour l’intrigue. Chacun des événements est ensuite répertorié dans un cahier dédié pour chacun des personnages, détaillant jour par jour le contexte, le décor ainsi que toutes les références documentaires disponibles sur cette date, et enfin les points d’entrée et de sortie du personnage dans la scène où il intervient.” Une fois ce socle constitué, DOA peut ensuite commencer à rédiger. “Je suis un grand angoissé dans le travail et c’est pour cette raison que j’élimine un maximum de zones d’ombre avant de me lancer dans l’écriture. Une documentation efficace me permet de fermer certaines perspectives à l’intrigue, la rédaction du plan élimine mes incertitudes et l’écriture résout enfin mes soucis avec la psychologie des personnages.”

 

Multiplier les sources

Documentaires, essais, récits historiques : DOA ne laisse rien au hasard lorsqu’il s’agit de construire le cadre ses romans : “J’ai lu énormément de théories sur les populations pachtounes, des livres assez pointus ainsi que des comptes-rendus d’échanges entre experts, qui m’ont permis de bien comprendre la psychologie des habitants, leur vision des choses et leur façon de penser ces événements que je mets en scène dans mon roman.” Finalement, la difficulté pour l’écrivain n’a pas tant été de rassembler et de croiser ces multiples sources, mais bien de prendre du recul vis à vis de ces dernières : “La difficulté de la création, c’est de prendre du recul sur son œuvre. C’est finalement une chance pour moi que d’avoir mis un an à construire le plan de Pukhtu, car ainsi, j’ai bénéficié d’un important recul sur les choses, me permettant d’éliminer toutes les phases qui ne sont pas essentielles à mon intrigue. J’ai supprimé énormément de phrases et de scènes redondantes dans le roman. C’est particulièrement vrai pour les scènes de crime qui se répétaient inutilement dans le second tome.”

 

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Suite à cet échange, la soirée s’est poursuivie par une séance de dédicaces, pendant laquelle les lecteurs ont pu échanger directement avec l’auteur.

 

Retrouvez Pukhtu et Pukthu secundo de DOA chez Gallimard.

 

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