Dans les coulisses de la PJ avec Hervé Jourdain

Le quotidien et le fonctionnement de la police judiciaire relèvent du mystère pour le commun des mortels. Par chance, le mardi 2 mai dernier, Hervé Jourdain, l’auteur de Femme sur écoute, publié chez Fleuve éditions, a décidé de faire pénétrer une trentaine de lecteurs Babelio dans les coulisses de cette institution aux secrets bien gardés. Attention, document confidentiel…  

Manon est strip-teaseuse et escort girl dans le quartier du Triangle d’or à Paris. Elle vit avec sa soeur, étudiante en philo, et le bébé qu’elle a eu avec Bison, incarcéré en préventive pour un braquage raté. Manon ne mène qu’une bataille, celle de son avenir. Le plan : racheter une boutique sur les Champs-Élysées et par la même occasion, sa respectabilité. Mais ça, c’était avant qu’on pirate sa vie.

Pôle judiciaire des Batignolles. Les enquêteurs de la brigade criminelle, tout juste délogés du légendaire 36 quai des Orfèvres pour un nouveau cadre aseptisé, s’escriment à comprendre pourquoi chacune des enquêtes en cours fuite dans la presse. Compostel et Kaminski sont à la tête d’une jeune garde, qu’a récemment rejointe Lola Rivière. Absences répétées, justifications aux motifs évasifs… La réputation de l’experte en cybercriminalité n’est pas brillante. Compostel a malgré tout décidé de lui accorder sa confiance en lui remettant pour dissection l’ordinateur de son fils, suicidé trois ans plus tôt.
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Une famille qui déménage

Après 15 ans de service au sein de la police judiciaire, Hervé Jourdain considère l’institution comme sa deuxième famille : “Je suis très attaché à la police judiciaire ; après y avoir passé 4 ans à la brigade des mineurs et près de 10 ans à la criminelle. Elle est devenue une véritable famille pour moi et c’est donc un grand moment que son déménagement du mythique 36 Quai des Orfèvres vers le 36 rue du Bastion. En tant que policier, je voulais être l’un des premiers à mettre en scène ce nouveau lieu de façon réaliste. J’ai évidemment pris un risque, puisque j’ai écrit le roman il y a un an et jusqu’à il y a à peine un mois, on parlait encore de repousser le déménagement d’un an.”  

Grâce à son ancienneté, l’écrivain a pu accéder à de nombreux documents confidentiels, lui permettant de décrire les nouveaux quartiers de la police parisienne dans les moindres détails : “Mes descriptions sont à 90% exactes. J’ai évidemment dû prendre un peu d’avance sur certains aspects, comme l’ouverture des portes par reconnaissance digitale, mais globalement, c’est très proche de la réalité.”

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Sur écoute

Les écoutes téléphoniques gardent un fonctionnement relativement flou aux yeux du public et c’est ce qui a poussé Hervé Jourdain à les placer au coeur de son roman : “Tout a commencé avec l’envie de travailler autour des écoutes, il y a 5 ans. Je n’avais encore jamais lu de retranscriptions de cette nature dans un polar et c’est ce qui m’a poussé à me lancer. Il s’agit d’objets amusants, à la frontière entre l’oral et l’écrit. Bien sûr, il y a eu un énorme travail de nettoyage, car bruts, ces documents sont très difficiles à lire.” Inspiré par plusieurs écoutes auxquelles il a été confronté en exerçant son métier, l’écrivain décide d’en faire un scénario. Envoyé à plusieurs boîtes de productions, il est cependant systématiquement refusé : “Le manipulateur qui écoute les bandes, a un statut bien particulier dans mon récit et cela ne collait pas avec la télévision. Face à ces échecs, j’ai décidé de reprendre mon idée, il y a un an et demi, et d’en faire un roman, en mêlant à mon intrigue, à la fois le déménagement de la police judiciaire et les élections présidentielles françaises, afin d’y ajouter une dimension politique.”

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Travail d’enquête

Intéressé par les débats autour de la sécurité, Hervé Jourdain a choisi d’utiliser le contexte politique pour poser des questions : “J’ai cherché à opposer la droite dure, qui se positionne comme hautement sécuritaire et la gauche, dite bien plus angélique à ce sujet. L’idée n’était pas du tout d’inquiéter les gens mais plutôt de décrire, d’une façon réaliste, comment ce questionnement autour de la sécurité est vécu au sein de la police avec l’émergence des agences de sécurité et la politisation de cette thématique devenue centrale dans le débat public. Pour être crédible, je suis allé à la pêche aux anecdotes et je m’en suis inspiré pour créer des histoires. L’écrivain est une sorte d’enquêteur dans son travail de préparation. J’ai également beaucoup consulté internet, où l’on trouve beaucoup de renseignements assez fiables sur le sujet.”
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Écriture et liberté

Lorsqu’un policier se lance dans l’écriture d’un roman, on imagine bien qu’il n’est pas totalement libre de ses propos. Pour publier Femme sur écoute, Hervé Jourdain a, comme toutes les autres fois, dû promettre de ne pas abuser de sa position : “Les policiers sont tenus d’informer leur hiérarchie de ce genre de démarche. Ils doivent également certifier par écrit, que le roman ne portera pas préjudice à l’institution judiciaire, ni la tourner en dérision. Ces restrictions  n’empêchent bien sûr pas de faire passer des messages.” Face à ces règles strictes, le temps est un bon remède : “Lorsque j’ai reçu le prix littéraire Quai des Orfèvres, j’ai fortement gagné en liberté de parole. La liberté n’est pas un dû au sein de la police car l’on est très souvent soumis au secret. Ce prix m’a permis de me légitimer et de me permettre de publier des ouvrages comme Femme sur écoute, un peu plus politique que les précédents. J’avoue m’être un peu lâché sur celui-ci.”

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Une réalité romancée

La dimension humaine est au cœur du travail de policier, si l’on en croit les dires d’Hervé Jourdain : “Je tenais à mettre en avant la relation forte qui existe entre les policiers. Je parlais plus tôt de famille et c’est exactement ainsi que je considère la police. Il était important pour moi de montrer au public toute cette palette de personnages, certains sympathiques, discrets, d’autres plus durs, que je côtoie chaque jour. De plus il nous arrive de fonctionner en binôme sur des affaires précises. La relation qui se forme alors est très forte ; avoir travaillé en duo avec une autre enquêtrice a été l’une de mes meilleures expériences professionnelles jusqu’à aujourd’hui.”

Bien sûr, s’il veut montrer la police comme elle est, l’écrivain doit également déformer la réalité afin d’emporter le lecteur : “J’écris de façon réaliste mais je dois également savoir rompre avec le réel, inventer des faiblesses chez mes personnages pour créer des rebondissements à mon histoire. Dans la vraie vie, un policier ne se retrouve jamais seul. Si cela arrive dans mes romans, c’est uniquement pour servir l’intrigue. Sans défauts, mes romans ressembleraient davantage à des documentaires et perdraient en intérêt.”

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Sous terre

Si tout le monde connaît l’existence des catacombes de Paris, peu nombreux sont ceux à en avoir visité les parties fermées au public. Comme pour les autres lieux évoqués dans son roman, Hervé Jourdain a pris soin de s’y rendre pour gagner en  réalisme : “Les catacombes fermées au public sont gérées par des cataphiles, un réseau de policiers qui en ont la charge sur leur temps libre. J’ai eu la chance de pouvoir les visiter en rentrant par les égouts dans le XVe arrondissement. Nous avons progressé dans l’eau, en rampant dans le sable, nous avons pu voir des abris créés à l’époque pour protéger le maréchal Pétain. Les souterrains de Paris sont passionnants !”

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Naissance d’une vocation

Si Hervé Jourdain entretient un rapport viscéral à son métier, c’est après avoir découvert les écrits de Thierry Jonquet qu’il a décidé de se lancer dans l’écriture : “J’ai lu Moloch et plus tard Les Orpailleurs. C’était là le premier contact que j’avais avec la littérature policière. J’ai beaucoup apprécié de voir mise en scène la brigade des mineurs, d’une façon hyper réaliste. C’est l’écriture de Thierry Jonquet et sa haute fidélité à notre métier qui m’ont donné envie d’écrire à mon tour.”

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Découvrez Femme sur écoute d’Hervé Jourdain, publié chez Fleuve éditions

Crédit photo : Steve Wells

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