Survivre à l’hiver avec Christian Guay-Poliquin

C’est à 9 heures 30, une heure peu habituelle pour une rencontre Babelio, que 20 lecteurs plutôt lève-tôt se sont donné rendez-vous dans les locaux des Editions de l’Observatoire pour rencontrer Christian Guay-Poliquin, un jeune auteur québécois en tournée en France pour présenter son ouvrage récemment publié dans l’Hexagone et déjà récompensé du Prix du Gouverneur général 2017. Une rencontre originale sur un autre aspect : le livre a été remis aux lecteurs à l’issue de la rencontre, de quoi donner lieu à une présentation en profondeur de l’auteur et son ouvrage plutôt qu’à des questionnements sur l’intrigue et le final.

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Une nouvelle quête en soi

L’auteur québécois publie son deuxième roman, Le Poids de la neige, qui fait suite à l’ouvrage Le fil des kilomètres publié en 2013. L’occasion d’évoquer avec lui ce nouveau livre et la supposée filiation entretenue avec le premier : « Pour mon second roman, je n’avais pas la volonté de créer un univers qui pourrait prendre la suite du premier, même si certains éléments se ressemblent effectivement. Par exemple, j’ai repris mon personnage mais qui se retrouve maintenant très affaibli à la suite d’un accident de voiture, près de son village  natal, avec les habitants du coin qui se retrouvent dans l’obligation de prendre soin de lui. Tout cela dans un contexte de survie, dans une organisation sociale précise où tous doivent s’organiser pour survivre avant de s’occuper d’un homme gravement blessé. C’est finalement un vieil homme du village qui va le recueillir. Ainsi est né le point de départ du roman, avec cette relation de ces deux hommes contraints de vivre ensemble. »

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Ce qui se trame à l’arrière-plan

Au-delà du récit survivaliste proposé par cet ouvrage, les lecteurs ont retenu à la lecture de la quatrième de couverture, divers éléments qui composent l’arrière-plan du roman. Christian Guay-Poliquin en profitant pour expliquer certains de ses choix comme par exemple au sujet des prénoms des personnages commençant par une même lettre : « C’est un plaisir d’auteur que je me suis accordé. En effet, les prénoms des personnages secondaires commencent tous par la lettre « M » et les prénoms des personnages principaux masculins par la lettre « J ». Ce sont des choix qui visent avant tout à associer et rassembler les personnages sous un même trait. On peut retrouver ça dans nombre de romans où il est question du personnage du « Juge », du « Policier » etc. A noter également que tous les prénoms dans mon livre sont d’origine biblique. A l’image de Matthias, ce vieillard qui a un attachement très particulier et plutôt complexe avec l’héritage judéo-chrétien. Tout cela est fait de façon à donner un arrière-fond au roman par des histoires qui le dépassent. »

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Un huis clos enneigé

Comme dans son premier roman où le cadre n’était autre que l’habitacle d’une voiture, Christian Guay-Poliquin emmène ses lecteurs dans un nouveau huis clos, cette fois dans une maison entourée par la neige. Un cadre contraignant dans le processus d’écriture ? « Tout est histoire de contrainte. Plus on contraint notre univers, plus on doit forcer la mise en scène qu’on met en place pour obtenir un tout cohérent, qui tient en haleine. Le huis clos est un exemple parfait d’une contrainte très forte. Les personnages du village sont aussi de nouvelles contraintes à prendre en compte. Ce rapport à l’autre dans un huis clos n’est pas forcément ferme sur lui-même, et ce même si ces deux personnages sont en attente de quelque chose. J’ai fait ce choix sans vouloir forcément rappeler à chaque page En attendant Godot. Dans Le Poids de la neige, on ne sait plus s’ils attendent quelque chose de réel ou s’ils sont simplement dans une attente infinie pour combler le vide existentiel dans lequel ils se retrouvent. Le huis clos permet cela. Il y a aussi un jeu dans le silence et la parole que ce type de cadre spécifique met en lumière. »

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Un éloge du statique

Christian Guay-Poliquin est également revenu sur un élément central de son procédé d’écriture : cette ferme volonté de laisser toute sa place à l’inaction, au récit statique. « J’ai un plaisir à écrire des histoires où il ne se passe rien. C’est quand rien ne se passe que tout peut arriver. L’importance n’est pas d’avoir une grande action pour nous surprendre à chaque page. Ce sont des petits détails significatifs qui vont nous surprendre. Lorsqu’on est confronté au silence, tout peut avoir son importance. » Mais tout cela ne serait rien sans un sens pointu du cadre narratif : « Avec le recul, j’ai appris au fil du temps à planter avec précision le décor dès la première partie afin d’amener une situation initiale qui ne semble pas créée de toutes pièces. L’art de créer un décor spécifique est quelque chose d’indispensable pour moi dans le but d’amener la suite d’un récit. C’est ce que j’essaie de faire dans chacun de mes romans. »

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Un travail chasse l’autre

Dans les derniers temps de la rencontre, une lectrice s’est intéressée sur le travail de thèse réalisé actuellement par Christian Guay-Poliquin. Un travail spécifique autour de la transmission des récits de chasse à travers l’Histoire. De quoi donner lieu à quelques précisions de la part de l’auteur : « J’écris actuellement une thèse sur les enjeux du récit de chasse dans les arts narratifs au XXème siècle. Mon hypothèse est que le récit de chasse a souvent été utilisé comme prétexte pour parler d’autre chose. Ce récit m’intéresse d’autant qu’on le retrouve dans la fiction que ce soit au cinéma ou dans la littérature, et ce quelle que soit l’époque. Par exemple, le film Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter en anglais ou littéralement « Le chasseur de cerfs ») de Michael Cimino contient quelques brèves scènes de chasse, ce qui tend à montrer que la chasse exprime là encore bien plus qu’elle-même. » Un travail intéressant qui n’a pas manqué d’interpeller les lecteurs quant au rapport entre l’oeuvre de Guay-Poliquin et ses différentes recherches universitaires.

C’est, comme à l’accoutumée, autour d’une séance de dédicaces que prit fin cette rencontre avec Christian Guay-Poliquin. L’occasion pour les lecteurs de poser leurs dernières questions à l’auteur.

Découvrez Le Poids de la neige de Christian Guay-Poliquin publié aux Editions de l’Observatoire.

5 réflexions sur “Survivre à l’hiver avec Christian Guay-Poliquin

  1. Un jeune auteur à découvrir. J’apprécie le contraintes qu’il se pose, Trouver quelque chose dans le « il ne se passe rien ». Un livre certainement très intéressant que je note. Merci

  2. Une rencontre très sympa avec un auteur qui véhicule une belle énergie ! Merci à Babélio et aux Editions de l’Observatoire pour ce bon moment !

  3. Un bel échange avec cet auteur aux multiples facettes (etudiant, écrivain, artisan du bois)…bien loin des «silences» de son livre….. Une rencontre spontanée et riche. Merci

  4. Pingback: Babelio:Toutes les actualites du livre – Lettre numero 168 – sourceserlande

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