Enfermé à tort avec Bertrand Puard

D’abord auteur de polar avant d’écrire pour la jeunesse, Bertrand Puard est un écrivain prolifique aussi connu sous le nom d’Ewan Blackshore. Le 30 janvier dernier, c’est pour présenter le premier tome de sa nouvelle saga jeunesse publié aux éditions Casterman jeunesse, L’Archipel, qu’il est venu dans les locaux de Babelio rencontrer 30 lecteurs.

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Je m’appelle Yann Rodin. Il y a onze mois, j’entrais en seconde. Aujourd’hui, je vis dans l’Archipel, la pire prison qui existe au monde.

Yann est la victime d’un business très lucratif : l’échange d’identités. Son malheur : être le sosie de Sacha Pavlovitch, le fils d’un puissant trafiquant d’armes franco-russe, qui a acheté sa tranquillité moyennant quelques millions de dollars. Tandis que Yann clame son innocence, Sacha se fait passer pour lui et découvre une vie paisible, sur une île paradisiaque du Sud de la France. Une affaire parfaitement rodée. Du moins en apparence…

De l’existence de sosies à la naissance de personnages

C’est en partant du principe que l’on aurait tous un sosie que Bertrand Puard a construit l’intrigue de son roman. Mais est-ce bien vrai ? “On a tous un sosie, et on en a même plus qu’un”, répond l’auteur. “Au total, on en aurait chacun entre 3 et 5 dans le monde. Selon la loi de la génétique, on a 99,9% de notre ADN en commun : les différences se jouent donc à très peu de choses. C’est d’ailleurs en découvrant cela que j’ai eu envie d’écrire L’Archipel”.

Il en a alors profité pour préciser quels éléments l’ont poussé à commencer cette nouvelle saga : “Mon envie s’est précisée ensuite en lisant un article de journal qui décrivait comment un avocat commercialisait des nationalités aux individus qui souhaitaient profiter d’avantages fiscaux, échapper à des extraditions, etc. J’ai trouvé ça intéressant de travailler sur la question de l’identité, qui est un thème central du roman, et sur la commercialisation de sosies.”

Si ses sources d’inspiration et les raisons qui le poussent à développer une histoire sont difficiles à identifier : “ça part souvent d’un grain de sable à partir duquel on va tirer toute la matière du roman”, les personnages ont toutefois un rôle capital dans l’histoire puisqu’ils sont à la base de l’architecture de L’Archipel : “ce sont eux qui lient la trilogie et qui me permettent d’offrir une aventure différente au lecteur à chaque tome. Après, ce sont les lieux et l’intrigue qui me viennent : j’explicite les engrenages nécessaires pour faire avancer l’histoire, non seulement pour le premier tome, mais aussi pour le deuxième et le troisième. Je ne pose la première phrase du livre que quand je suis certain d’avoir mon roman en tête ; après, l’écriture peut aller très vite.”

Quand est venu le temps de l’écriture, Bertrand Puard a alors essayé plusieurs formats avant d’arrêter son choix : “J’ai fait plusieurs essais, j’ai alterné l’écriture des chapitres selon différents styles, mais c’était vraiment l’écriture sous forme de journal qui fonctionnait le mieux. Je suis content d’avoir raconté son histoire sous cette forme car ça me permet de développer l’intrigue, et de faire atterrir ce journal sur le bureau d’une éditrice…”

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Des adolescents aguerris

Curieux à propos des personnages, les lecteurs ont interrogé Bertrand Puard sur le personnage qu’il a trouvé le plus intéressant dans l’écriture de ce premier tome : “Sur ce premier tome, j’ai pris autant de plaisir à développer tous les personnages : Yann va-t-il réussir à prouver son innocence ? Sacha va-t-il supporter de savoir un innocent enfermé à sa place ? Mais je me demande finalement si le véritable héros n’est pas en réalité une héroïne, Nouria. Son personnage gagne en importance dans le deuxième tome et sa confrontation avec Yann est particulièrement attendue.”

Rebondissant sur le parcours des personnages, une lectrice en a d’ailleurs profité pour souligner l’histoire très lourde des enfants, qui ont des parents soit absents soit assassinés. L’auteur a expliqué ce choix : “mes personnages sont des adolescents aguerris, donc la nécessité romanesque m’impose de leur donner des parents qui ne sont plus présents. Pour expliquer l’emprisonnement de Yann, il fallait que Sacha ait un passé assez lourd. Sacha ne pourrait pas avoir la vie d’un adolescent banal qui rentrerait tous les soirs pour dîner avec ses parents : leur passé est important car il explique leurs réactions et leur maturité.”

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De Porquerolles à Guantanamo

Si les personnages ont une place prépondérante dans cette nouvelle trilogie, les lieux tiennent également une place de choix dans l’intrigue : la prison, pour commencer, “c’est la prison suprême, sachant qu’ils n’en sortiront potentiellement jamais à cause du volcan qui menace d’entrer en éruption et de tout détruire…” explique l’auteur.

Pour décrire ses décors, Bertrand Puard s’est ainsi appuyé sur des visites et sur un Atlas : “J’ai longuement visité l’île de Porquerolles, comme Sacha j’ai remonté des sentiers en VTT. Toutes les îles mentionnées dans le livre existent vraiment, d’ailleurs. Je travaille avec L’Atlas des îles oubliées, mais la prison est issue de mon imagination, même si elle s’inspire certainement de références piochées ici et là : Guantanamo, évidemment, mais aussi le film Furyo, auquel fait référence le nom du gardien de la prison de L’Archipel.”

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Si James Bond était freelance

À propos de ses influences, l’auteur admet que le roman s’est nourri de ses précédentes lectures : “J’adore James Bond et Langelot, que j’ai lu en bibliothèque verte… mais ces personnages dépendent d’un organisme étatique. Au contraire, ce que j’aime dans L’Archipel, c’est que ces personnages ne sont pas liés à des organisations mais sont totalement indépendants.”

Interrogé sur le choix de publier son histoire sous forme de trilogie, l’auteur en a profité pour citer les auteurs de feuilleton parmis ceux qui l’inspirent : “L’aventure que j’avais envie de raconter et de faire vivre à mes personnages ne pouvait pas tenir en un livre : j’ai beaucoup de mal à me séparer de mes personnages, et j’aime faire passer un peu de temps entre chaque tome. Je suis d’ailleurs fan des auteurs comme Alexandre Dumas ! Par contre, je me refuse ensuite à continuer quand mon histoire est terminée. Je ne veux pas reprendre une histoire pour ne rien dire.”

1984 de George Orwell était également cité parmi ses influences, et tout particulièrement une citation mise en exergue dans le prochain tome : “Pour la première fois de sa vie, il comprit que lorsqu’on désirait garder un secret on devait aussi se le cacher à soi-même.”

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Les avantages d’écrire pour la jeunesse

On le disait en introduction : Bertrand Puard est un auteur prolifique, qui a écrit pour les adultes et pour la jeunesse. Mais à quoi tient la différence entre ces deux publics ? “Je me suis toujours senti plus contraint dans la littérature adulte, alors que mes éditrices jeunesse me laissent davantage de liberté. Le rapport aux lecteurs est différent. Ecrire pour la jeunesse, ça me permet d’aller en collège et en lycée rencontrer de jeunes adultes. Quand ils me parlent des personnages en salon, les échanges sont plus intenses : si le livre leur plait, ils vont vous le dire, ils auront vécu le livre pleinement. Ce qui fait la différence entre un roman jeunesse et un thriller pour les adultes, c’est que les héros ont l’âge des potentiels lecteurs, or les adolescents ont un besoin d’identification plus fort que les adultes.”

Après quelques révélations distillées ici et là à propos des deux tomes suivants, c’est autour d’une séance de dédicace, d’un verre et de la question “quand sort le deuxième tome ?” que se sont finalement retrouvés les lecteurs et l’auteur après la rencontre.

Découvrez L’Archipel, tome 1 : Latitude de Bertrand Puard, aux éditions Casterman jeunesse.

2 réflexions sur “Enfermé à tort avec Bertrand Puard

  1. Une rencontre intéressante avec un auteur trop méconnu il s’est créer un monde avec ses personnages, ses codes, son ambiance, ses mystères et vivement aout pour le tome deux.

  2. Pingback: Babelio:Toutes les actualites du livre – Lettre numero 168 – sourceserlande

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