Sonder les expressions orales avec Philippe Delerm

Philippe Delerm est venu présenter dans les locaux de Babelio son dernier ouvrage publié au Seuil, Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases. Un nouveau recueil de textes courts où l’auteur s’amuse à sonder la langue et ces petites expressions orales, envoyées à l’emporte-pièce, mais qui ne manquent pas de surprendre lorsque l’on tend un peu l’oreille, et l’esprit.

“Est-on sûr de la bienveillance apparente qui entoure la traditionnelle question de fin d’été : « Et… vous avez eu beau temps ? » Surtout quand notre teint pâlichon trahit sans nul doute quinze jours de pluie à Gérardmer…

Aux malotrus qui nous prennent de court avec leur « On peut peut-être se tutoyer ? », qu’est-il permis de répondre vraiment ?

À la ville comme au village, Philippe Delerm écoute et regarde la comédie humaine, pour glaner toutes ces petites phrases faussement ordinaires, et révéler ce qu’elles cachent de perfidie ou d’hypocrisie. Mais en y glissant également quelques-unes plus douces, Delerm laisse éclater son talent et sa drôlerie dans ce livre qui compte certainement parmi ses meilleurs.”

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La première gorgée de succès

Cette rencontre a d’abord été l’occasion de revenir, avec les lecteurs, sur le succès de Philippe Delerm dans les librairies, un succès  initié en 1997 avec La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Une célébrité littéraire imprévue et imprévisible comme le confirme si bien Philippe Delerm lui-même :

« La première gorgée de bière n’était pas un manuscrit entier, un livre déjà établi, mais plutôt une poignée de textes que j’avais envoyée à la NRF à l’époque. J’ai fait cela car je pensais sincèrement qu’ils pouvaient aimer ce que je faisais, que cela pouvait correspondre à leurs publications du moment. Ces textes ont été accueillis avec assez d’enthousiasme pour envisager une publication dans une toute petite collection de Gallimard, encore méconnue à l’époque, la collection L’Arpenteur, qui aujourd’hui publie plusieurs grands noms de la littérature française et étrangère. Ce fut une sorte d’entrée par la petite porte, sans à-valoir par exemple, mais une entrée quand même. »  

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Un succès à travers les années

Une entrée par la petite porte mais qui va très vite valoir à Philippe Delerm un succès dans tout l’Hexagone. Une célébrité littéraire tellement forte et soudaine que l’auteur se surprend encore aujourd’hui du traitement dont ont fait l’objet ses livres, pourtant écrits avant La première gorgée : « Avant le succès que j’ai pu rencontrer, j’avais publié plusieurs ouvrages aux éditions du Rocher, un nom qui n’avait pas forcément encore pignon sur rue dans le monde de l’édition. Mais cette maison avait déjà à l’époque une véritable volonté littéraire qui me séduisait, celle de promouvoir des auteurs peu connus mais avec de véritables aspirations, de véritables projets d’écriture. Tous les livres que j’avais faits avant La première gorgée ont donc eu comme une seconde vie une fois le succès rencontré. Il m’était même parfois reproché de publier des livres tous azimuts alors qui s’agissait simplement de mes anciens livres qui refaisaient surface. »

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La mise en avant du texte court

Aujourd’hui, Philippe Delerm revient en librairie avec un nouveau recueil de textes courts, un genre qui fait toute sa fierté et dans lequel il semble s’épanouir pleinement : « Et vous avez eu beau temps ? est le neuvième recueil de textes courts que je publie. Il s’agit d’un genre vraiment particulier, sans réel formule pour le désigner d’ailleurs. A l’évidence, c’est par ce type de littérature que j’existe le plus. Pour moi ça a été un grand plaisir de pouvoir publier cela. Malgré tout, et avec le recul dont je dispose aujourd’hui, je me rends bien compte que tous ces textes ne sont pas au même niveau, que parfois je rate quelque chose ou que je passe à côté d’une autre. Mais dans tous les cas, je me souviens du plaisir presque physique que j’avais à les faire, à les écrire, à les dessiner dans mon esprit. C’est une divine surprise de voir que j’ai un public fidèle et régulier grâce à ce type si spécifique de littérature, aussi de voir qu’un petit nombre d’auteurs le pratique. Je trouve cela étonnant d’ailleurs que dans les rentrées littéraires on ne parle que de romans comme si c’était la seule et unique forme de littérature. Les textes courts prouvent bel et bien le contraire ! »

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L’écriture comme rythme de vie

L’auteur en profite aussi pour revenir sur ses différentes habitudes d’écriture, lui, l’ancien fainéant devenu travailleur appliqué et véritable touche-à-tout : « Je suis très lent dans l’écriture, j’apprécie prendre tout le temps qu’il me faut pour terminer ce que j’entreprends. J’ai commencé à écrire après avoir digéré les livres de Proust durant mes études de lettres réalisées à la faculté de Nanterre. Je suis ensuite devenu professeur en acquérant, petit à petit, une certaine forme de routine. Au bout d’un moment, voyant que je n’entreprenais rien de très conséquent, j’ai eu envie de faire quelque chose de ma vie, notamment dans l’écriture mais aussi avec la pratique assidue du théâtre, du football et une participation active à la maison des jeunes dans le club de guitare d’accompagnement. Ancien paresseux, je suis devenu très actif même si très tôt dans ma vie j’avais déjà cette habitude d’écrire le matin de 5 heures à 7 heures avant d’aller au collège pour enseigner. Je pense que cette habitude porte ses fruits aujourd’hui. »

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Au contact du réel

A la question de savoir si le contact permanent avec le réel, que l’on retrouve dans ce livre mais plus généralement dans ses recueils de textes courts, n’était pas quelque chose de regrettable quant à l’absence totale de fiction, Philippe Delerm répond : « Je me suis presque fais agresser à Bruxelles par une journaliste qui me disait que les gens ont besoin de s’évader, que le roman et la fiction sont exactement là pour ça. Pour le coup, cela me paraît tout à fait paradoxal de dire qu’on ne peut pas s’évader avec le réel. Il y a forcément une façon réconfortante de pactiser avec ce qui peut sembler banal mais par conséquent il n’est pas forcément nécessaire d’avoir des aventures extraordinaires pour connaître des choses extraordinaires. L’opportunité, de par la faible présence d’auteurs dans le genre, ne permet pas à elle seule d’expliquer le succès rencontré par ce type de livres. Les lecteurs qui me suivent trouvent un intérêt certain à ce sondage du réel. Je trouve qu’aujourd’hui je suis un peu seul à occuper cette niche, et c’est tout à fait dommage. »

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De quoi la suite sera faite ?

Faut-il attendre un nouveau recueil du genre de la part de Philippe Delerm ? La question s’est posée dans la tête de bon nombre  de lecteurs présents à cette rencontre. « Je pense que Et vous avez eu beau temps ? sera le dernier recueil du genre. Je pourrais tout à fait continuer sur ce thème mais j’ai envie maintenant d’être un peu plus archéologue du présent et du réel, moins dans l’observation permanente des mots et des paroles. J’ai envie de travailler en particulier sur les gestes, et surtout sur ceux liés à la technologie. Des technologies de plus en plus nombreuses que je ne maitrise pas du tout d’ailleurs. Tous ces gestes m’intéressent, notamment la façon de téléphoner. Je trouve cela toujours très curieux, ce rapport que l’on peut entretenir avec ces petites boîtes pleines d’images. »

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Un métier pour motif du bonheur

Au sujet de son métier d’écrivain et de toutes ces petites choses qui le poussent à écrire jour après jour, Philippe Delerm confesse son sentiment d’être véritablement chanceux de réussir à vivre de ce qu’il fait : « C’est une chance incroyable de se dire que le sujet que je vais traiter dans mes livres, c’est la vie. J’ai la chance de pouvoir être spectateur du beau, de vivre de ces différents constats, comme lorsque j’étais encore adolescent et que tous les problèmes d’adultes étaient encore trop loin. J’ai le grand plaisir de pouvoir disserter sur le temps qui passe en ayant deux terrains d’observation complètement différents. Je suis pleinement conscient de cela, et j’en profite jour après jour. »

C’est sur ces mots que l’auteur conclut la rencontre, avant de s’adonner à une séance de dédicaces. L’occasion pour les lecteurs de poser leurs dernières questions à Philippe Delerm, sur son dernier livre ou ses précédents succès.
Découvrez Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases de Philippe Delerm publié aux Editions du Seuil.

4 réflexions sur “Sonder les expressions orales avec Philippe Delerm

  1. N’ayant pu assister à cette rencontre, je vous remercie de ce rapport détaillé et de la vidéo d’entretien avec cet auteur. J’ai beaucoup apprécié…

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