L’héritage familial avec Marinca Villanova

Elles peuvent être mères poules, nourricières, protectrices, adoptives ou biologiques… Marinca Villanova les qualifie quant à elle de “dévorantes” dans son premier roman paru aux éditions Eyrolles, Les Dévorantes. Sur trois générations, elle dresse en effet les portraits de trois femmes d’une même famille, d’abord filles puis mères, et leur rapport conflictuel à la maternité. C’est d’ailleurs à l’occasion de la sortie de ce livre et pour échanger à ce propos que l’auteur est venue à la rencontre de 30 lecteurs, dans les locaux de Babelio, le lundi 11 mars dernier.

« C’est sa fille, cet air de fennec malade, coincé sous un pied de table, aux yeux parfois brillants dont on ne sait s’ils vont se décider à pleurer et qui ne dit rien, qui reste là sans bouger, attentive, dont elle ne comprend pas la machinerie intérieure. Mais ça l’agace cette pitié qu’elle ressent pour elle, elle aurait envie de la secouer, pour qu’elle soit forte, qu’elle réussisse des exploits, qu’elle soit une alliée, qu’elle puisse être fière de sa fille. »

Emma, Angèle, Karine.
Trois filles, trois mères, trois femmes, qui ont en partage l’attente d’un regard maternel aimant, sans cesse raté, sans cesse reporté. Chacune d’elle a construit un des maillons d’une longue chaîne haineuse, de mère en fille. Comment cesser d’être dévorée ? Comment cesser d’être une dévorante ?

Faire revivre le monde de l’enfance par l’écriture

“C’est l’enfance qui m’a guidée” annonce Marinca Villanova, “je suis partie de ces petites filles, puis j’ai eu envie de croiser leurs regards avec ceux de leur mère.”

Aujourd’hui psychologue clinicienne auprès des enfants, adolescents et de leurs familles, Marinca Villanova a également travaillé en tant qu’assistante sociale et réalisé des courts métrages, notamment un reportage vidéo intitulé Fait maison sorti en 2001, dans lequel elle s’intéressait aux femmes qui ne sortaient pas de chez elles, “j’avais abordé le sujet de la maternité avec elles, c’était déjà un thème qui m’intéressait”, se souvient l’auteur.

“Ce livre a une histoire”, explique-t-elle d’ailleurs à l’assistance. “J’ai commencé à écrire une première version de ce roman il y a une dizaine d’années environ. Je l’avais fait lire à mes proches mais il était finalement resté dans un tiroir. Je n’étais pas satisfaite de ce que j’avais écrit, et j’étais découragée. En rouvrant mon manuscrit, des années plus tard, les dysfonctionnements me sont apparus clairement.” Plus de 10 ans se sont ainsi écoulés entre la première et la deuxième version de ce manuscrit, qui ont permis à l’auteur d’acquérir de nouveaux outils et de nouvelles connaissances grâce à ses différentes activités professionnelles : “Mes différents métiers, de la proximité que j’ai pu avoir avec des familles au travail clinique que je mène aujourd’hui avec les enfants, ont nourri ce livre.”

Marinca Villanova affirme toutefois ne pas s’être inspirée de personnes réelles pour construire les trois femmes de son roman : “En tant que psychologue, je ne m’autorise pas à utiliser les histoires des gens que je rencontre dans ce cadre, et ça ne me viendrait d’ailleurs même pas à l’idée de le faire. En revanche, je me suis nourrie de mon expérience auprès des enfants, des familles et des adolescents pour mieux définir mes personnages et exprimer leurs émotions. Je sais peu de choses de ma famille, c’est peut-être pour ça que les familles des autres m’intéressent.”

En plus de son expérience personnelle, Marinca Villanova s’est surtout appuyée sur des documentaires et des témoignages, notamment pour retranscrire le cadre des années 1940 et de l’enfance d’Angèle.

Emma, Angèle, Karine

Le point commun de ces trois femmes, Emma, Angèle et la plus jeune, Karine, en plus de leur parenté, c’est la violence de leur comportement : “Toutes les trois sont dévorantes”, précise l’auteur, “mais chacune d’entre elles à sa façon. Ce sont des femmes maltraitantes, mais elles le sont involontairement.”

Cette forme de brutalité dans leur comportement prend son origine dans la difficulté qu’elles éprouvent à s’approprier leur nouveau rôle de mère : “Cela ne tient pas nécessairement au fait qu’elles donnent naissance à une fille, j’ai voulu montrer que c’est pareil pour les relations mère/fils. Cette difficulté dans leur relation à leur enfant prend naissance dans la chute de leurs repères et de leur identité lorsqu’elles deviennent mères. Elles sont déstabilisées et seules le jour où elles deviennent mères : elles ne savent pas comment faire.”

Une malédiction comme héritage familial

En racontant l’histoire de ces trois femmes qui ne parviennent pas à créer de lien avec leur fille, Marinca Villanova a eu envie de “parler de la honte, de faire entendre des voix cachées”. En effet, c’est d’abord une crise identitaire que vivent ces trois femmes : “le jour où elles deviennent mères et passent à un statut de parent, il y a un changement radical : elles ne savent plus qui elles sont. Dans la difficulté de la relation à leur fille, elles apprennent quand même quelque chose d’elles-mêmes.”

C’est là qu’intervient le lecteur, explique alors l’auteur : “Elles sont incapables de faire le lien entre elles, les unes avec les autres : elles se rendent compte de leur souffrance, mais pas que leur mère l’a elle aussi vécue, leurs souvenirs d’enfance ne leur permettent pas de comprendre. On n’est pas séparé de son histoire si on n’a pas mis les mots dessus. J’ai voulu, au contraire, que les lecteurs soient capables de lier les histoires entre elles, même si les personnages ne peuvent pas le faire.”

Dans sa pratique de psychologue, Marinca Villanova s’intéresse particulièrement à l’histoire familiale des personnes qui viennent la voir. La question de l’héritage tient ainsi une place prépondérante dans Les Dévorantes : “On ne maîtrise pas ce que l’on transmet à ses enfants : on leur transmet l’inconscient, les secrets, l’indicible… tout ce qu’on n’arrive pas à formuler. Ces femmes se confrontent à un héritage familial pesant, comme une malédiction à laquelle Karine, surtout, souhaite échapper.”

“Pour moi, cette situation n’est pas une fatalité”, termine ainsi Marinca Villanova. “Quand on trouve les mots, on le dépasse, on s’en libère. C’est le sens de mon travail avec les familles.”

Découvrez Les Dévorantes de Marinca Villanova, publié aux éditions Eyrolles, ainsi que la vidéo des cinq mots de l’auteur :

3 réflexions sur “L’héritage familial avec Marinca Villanova

  1. Bonjour

    J’ai un message d’avertissement en tête de vos 2 messages de ce jour « traitez ce message avec prudence » Qu’en pensez-vous ? Merci d’avance. Annick BILLOT

  2. Pingback: Les dévorantes de Marinca Villanova - Lili et la vie

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