Eric de Kermel : l’évidence écologique

Depuis près de vingt ans, l’écologie et la sauvegarde de la planète Terre sont devenus des sujets dominants dans les médias et les débats d’opinion. Après tout ce temps, on peut légitimement se poser la question de ce qui a vraiment changé dans notre manière d’appréhender notre environnement naturel, de ce que chacun fait au quotidien pour tenter de réduire son empreinte écologique et ainsi éviter d’aggraver une détérioration des conditions de vie sur Terre, conséquence aujourd’hui inévitable de siècles d’exploitation de la nature sans souci du lendemain.

Si les responsables politiques semblent pour la plupart freiner des quatre fers quand il s’agit de réduction des émissions de CO2 (par exemple), une large part de la population semble avoir pris conscience de ces problématiques. Et au-delà du catastrophisme et de la peur, de plus en plus d’écrivains, de journalistes et d’intellectuels développent un discours plus émotionnel pour rappeler avec force le lien simplement organique qui nous relie à la nature – et donc l’évidence de tout faire pour la préserver.

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« A travers un récit initiatique, porté par la tendresse et la foi en l’humain, Eric de Kermel nous propose une expérience susceptible de nous interroger et pourquoi pas de nous transformer. » (Préface de Cyril Dion)

Eric de Kermel fait partie de ces auteurs qui pensent que l’émotion et l’expérience peuvent nous faire changer de regard sur notre environnement, et ainsi agir en profondeur sur nos habitudes. Il était de passage chez Babelio le 27 mai dernier pour rencontrer 30 de ses lecteurs autour de son troisième et dernier livre en date, Mon cœur contre la terre (Eyrolles).

Rendez-vous en terre connue

Parce qu’il faut bien naître quelque part, Eric de Kermel est venu au monde à Ajaccio, un peu par hasard. Du pays, il en a vu assez jeune grâce à un père diplomate, vivant jusqu’à l’adolescence au Maroc (à Rabat) et en Amérique du Sud (en Argentine), avant de rejoindre la France à l’âge de 15 ans. Une expérience pas forcément évidente : « Je n’étais vraiment pas content d’arriver en France, en région parisienne, après toutes ces années passées à arpenter la nature sauvage. Heureusement, mon oncle et ma tante avaient une maison du côté de Briançon, dans les Alpes. Je leur ai assez rapidement rendu visite. C’est cet été là que j’ai vraiment découvert la montagne et la vie qui va avec, ce qu’elle permet et ce qu’elle impose. »

C’est ce coin de France, ses paysages, ses habitants qu’Eric de Kermel raconte dans Mon cœur contre la terre, à travers les yeux d’Ana, écologue quinquagénaire en burn out qui va venir se ressourcer dans cette vallée de la Clarée où elle a grandi, à l’instar de l’auteur : « Cette vallée est frontalière avec l’Italie, et épargnée du tourisme massif car il n’y a pas de station de ski. Le fond de vallée y est très haut, à 1500 mètres d’altitude environ, ce qui la rend assez sombre par rapport aux villages savoyards, par exemple. Elle rappelle vraiment les paysages du Montana décrits par les nature writers américains. » Quand Pierre de Babelio lui demande si le livre a été écrit sur place, dans cette région qu’il connaît bien, Eric de Kermel explique : « J’ai commencé à l’écrire chez moi près d’Uzès, dans le Gard, puis je l’ai terminé à la Clarée, effectivement, où j’ai aussi tout repris. C’est mon côté journaliste, de vouloir documenter au maximum, même si ça n’est franchement pas évident pour moi d’écrire sur ces lieux que je connais bien, et surtout sur ses habitants. J’avais peur de mal faire, mais certains d’entre eux m’ont rassuré sur ce point : selon eux, je n’ai rien dénaturé. »

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Evidence écologique

« Dénaturer » serait d’ailleurs un comble pour ce défenseur ardent de la cause écologique, qui s’échine plutôt à « renaturer » ses lecteurs, notamment à travers son rôle de directeur de la rédaction du magazine mensuel Terre sauvage, engagé dans la redécouverte de la vie sauvage et l’écologie. Et à en croire une expérience récente, il y a selon lui encore pas mal de travail pour éveiller les consciences ou même faire découvrir la nature : « Je faisais visiter mon potager et mon verger à ma filleule il y a quelque temps. C’est une jeune femme éduquée, qui a fait Sciences Po. Pourtant, elle n’a reconnu ni les fraises (parce qu’elles étaient encore vertes), ni le figuier. En fait elle ne savait pas vraiment comment poussent les fruits, à quoi ils ressemblent avant d’arriver dans son assiette. Alors c’est vrai qu’on peut tout à fait avoir envie de protéger la nature intellectuellement, à distance, mais pour moi il faut d’abord la connaître, en faire l’expérience. Mes grands-parents étaient agriculteurs, mais vu qu’il y en a de moins en moins, les jeunes gens perdent cette transmission familiale, et pour certains le lien avec la nature est rompu. »

Cette anecdote fait écho au personnage d’Ana dans le livre, qui défend l’environnement depuis Paris via son métier, mais découvre une réalité assez différente quand elle retourne dans sa région natale des Alpes. L’un des aspects souvent relevés par les lecteurs présents ce soir-là concernait d’ailleurs la vision que l’on a du loup et du débat autour de sa protection ou non : « Le loup est aujourd’hui un vrai problème en France. De nombreux spécimens sont venus d’Italie, en passant par le parc du Mercantour pour aller jusqu’aux Cévennes. On ne sait pas comment ils ont traversé l’autoroute du Sud, mais ils y sont parvenu. J’avais le même avis qu’Ana sur le loup avant de rencontrer ce berger dans la vallée de la Clarée – une anecdote qui a d’ailleurs donné naissance à une scène du livre. Il m’a fait comprendre qu’il ne faut pas forcément protéger le loup à tout prix, surtout que c’est une donnée relativement nouvelle pour les bergers, qui se sentent parfois en danger, démunis. Et peu écoutés alors qu’ils connaissent bien la nature. »

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Le pouvoir du roman

Pour soulever ces problématiques, Eric de Kermel a choisi d’écrire un roman – son premier roman écolo – pas un essai. Pour lui, « certains lecteurs ne sont pas prêts à lire un livre trop précis et documenté, trop sérieux sur ces sujets. Le roman permet une accessibilité plus facile pour le lecteur, avec des thèmes importants que l’on croise dans la fiction. Mais ça autorise aussi à être plus poétique et sensible, à laisser sa place au lecteur et à ses interrogations sans vouloir asséner des vérités à tout prix. Pour moi un bon livre pose des questions plutôt qu’apporter des réponses toutes faites. »

En tant que journaliste, il écrit forcément régulièrement sur ces thèmes. Pourtant ce sont deux activités qu’il distingue largement l’une de l’autre : si le journaliste s’appuie sur l’actualité, dans un magazine qui contient d’autres textes et « caché derrière sa signature », l’écrivain se trouve selon lui plus exposé : « J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans, pour moi. Puis j’ai continué en écrivant des histoires pour mes enfants. Ensuite, j’ai écrit des histoires pour les grands ; mais tout cela était assez secret et intime, une activité très privée. Je n’ai jamais cherché à me faire publier, c’est venu avec une rencontre. Eyrolles sortira encore deux autres de mes livres, dont un qui est déjà écrit. J’ai adoré retravailler le livre avec mon éditrice : alors que l’écologie est mon sujet de prédilection, j’ai dû faire 7 versions de ce texte. Je ne pensais pas le retravailler autant, mais je pense qu’au final il n’en est que meilleur. Elle m’a notamment aidé à me concentrer sur les aspects romanesques justement, et à atténuer un côté journalistique qui pouvait être trop didactique. »

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Part de féminité

Un lecteur présent durant la rencontre était curieux de comprendre pourquoi l’auteur a choisi de mettre en scène un personnage féminin, Ana, d’autant que ce personnage a beaucoup de points communs avec son créateur : « Pour moi il y a un enjeu fort de réconciliation entre le masculin et le féminin, dans mon écriture. Ca ne se passe pas que par la société, mais en nous-même puisque nous avons tous l’un et l’autre en nous. Quand j’écris j’aime explorer ce côté féminin en moi. Et puis aujourd’hui, ce sont les femmes qui font entrer l’écologie dans les foyers. Chez moi, c’était ma mère. Donc ça me pousse aussi à aller chercher cette part de moi-même, que j’aime bien. »

En fait, Eric de Kermel a alterné jusque-là les personnages féminins et masculins : Nathalie dans La Libraire de la place aux Herbes, Paul dans Il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui, et donc Ana dans Mon cœur contre la terre. Visiblement une habitude à laquelle ne dérogera pas son roman suivant, puisqu’il s’agira de l’histoire d’un homme qui a perdu son fils, et va se retrouver à quitter l’Occident pour un ailleurs. Une histoire là encore assez proche de la vie de son auteur.

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En attendant de découvrir cette prochaine parution, les Babelionautes invités ce 27 mai ont pu échanger avec l’auteur directement au cours de la traditionnelle séance de dédicace, et partager un verre avec les membres de l’équipe Babelio présents. Une soirée printanière pour faire bourgeonner des idées donc, et apprécier ce que Dame nature nous offre d’elle-même.

Et comme l’annonce la quatrième de couverture de l’ouvrage : « Au-delà de la communion avec la nature, l’écologie n’est-elle pas ce chemin qui invite à nourrir aussi le lien avec soi-même et avec les autres ? » A bon entendeur…

Pour en savoir plus sur ce livre et son auteur, vous pouvez regarder l’interview vidéo d’Eric de Kermel, où il présente Mon cœur contre la terre à travers 5 mots :


 

Découvrez Mon cœur contre la terre d’Eric de Kermel, paru aux éditions Eyrolles.

4 réflexions sur “Eric de Kermel : l’évidence écologique

  1. Merci Nicolas pour cette présentation d’Eric de Kermel qui me sortira peut-être d’un sentiment négatif: je termine La librairie de la place aux herbes et ce livre plaisant certes m’est apparu comme moralisateur et plein de clichés; cela m’a paru proche des livres dits de développement personnel qui ne sont pas mon truc…mais je m’intéresse à l’écologie, s’il ne s’agit pas de propos lénifiants.

    • Bonjour Annie-France, ‘Mon cœur contre la terre’ est d’après son auteur très différent de ses précédents livres. C’est la première fois qu’il aborde le sujet de l’écologie dans un roman, et visiblement il a beaucoup travaillé avec son éditeur pour que le discours soit accessible et intéressant. Je vous souhaite de bonnes découvertes littéraires !

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