Où Babelio présente une étude sur les adaptations de romans en bandes dessinées

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les “pratiques des lecteurs”, Babelio a présenté le jeudi 4 mai à Paris une étude sur les adaptations de romans en bandes dessinées, révélée une première fois au festival Quais des bulles en 2016.

Comment les lecteurs perçoivent-ils les adaptations ? Préfèrent-ils qu’elles soient fidèles au texte ou qu’elles s’en affranchissent ? Aiment-ils se plonger dans un univers connu ou au contraire découvrir de nouveaux auteurs ?

Pour répondre à ces questions, Babelio a mené une enquête auprès de 3 859 répondants au sein de sa communauté de lecteurs en septembre 2016.

Trois intervenants étaient sur place pour partager leurs points de vue face aux résultats : Frédéric Lavabre, directeur des éditions Sarbacane, Vincent Brunner, auteur et journaliste spécialisé en bande dessinée ainsi que Cédric Illand, éditeur chez Glénat.

L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio avant de passer la main à Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, pour animer le débat qui lui faisait suite.

De gauche à droite : Frédéric Lavabre, Vincent Brunner, Cédric Illand, Octavia Tapsanji et Guillaume Teisseire

Proust, Nestor Burma, Camus mais aussi Le Petit Prince ou Millenium, il y a longtemps que les cases ne sont plus réservées à l’Oncle Tom. L’adaptation de roman est un genre florissant, d’une grande diversité, allant des mises en images les plus fidèles aux relectures les plus originales, en passant par la rencontre d’univers textuels et visuels parfois inattendus. Et ce ne sont pas les lecteurs de Babelio qui répondront le contraire.

De grands lecteurs de bandes dessinées

La communauté Babelio a pour particularité d’être composée de grands lecteurs. En effet, plus de neuf Babelionautes sur dix (93%) lisent plus d’un livre par mois contre 16% de la population française. La bande dessinée n’échappe à la règle : sept lecteurs sur dix déclarent avoir lu une BD au cours des douze derniers mois, un lecteur sur deux lit même plus d’une BD par mois.

Lorsque l’on regarde de plus près les adaptations, on constate qu’un peu plus de la moitié des lecteurs (54%) lisent des bandes dessinées adaptées de romans. Toutefois, ce nombre pourrait être revu à la hausse puisqu’un quart des lecteurs déclarent ne pas toujours savoir si les bandes dessinées qu’ils lisent sont des adaptations.

Preuve en est que les lecteurs ne maîtrisent pas encore totalement la bande dessinée. Toutefois, cela n’est pas à mettre sur le compte d’une quelconque méprise vis à vis du neuvième art : près de trois lecteurs sur quatre (77%) n’établissent aucune hiérarchie entre roman et BD. Pour eux, aucun des deux n’est plus noble que l’autre et réciproquement.

Leur rapport à la découverte

Lire une bande dessinée adaptée peut être un formidable moyen de découvrir l’œuvre originale dont elle est issue. Pourtant, seuls 17% des lecteurs interrogés admettent avoir découvert un roman grâce à son adaptation. Ce résultat s’explique surtout du fait que la communauté de grands lecteurs forme un public majoritairement adulte pour qui la BD n’est pas un outil pédagogique permettant de s’initier aux romans.

Néanmoins, en s’intéressant de plus près à ces 17%, on remarque que les adaptations leur ont fait découvrir des romans classiques comme A la recherche du temps perdu de Proust, contemporains par exemple Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel ou bien policiers avec Shutter Island de Dennis Lehane.

Les adaptations en mangas

La bande dessinée ne s’arrête pas aux frontières franco-belges. Avec ses 36 000 critiques, le manga est un genre lui aussi très bien représenté sur Babelio. Si la population de lecteurs de ces œuvres nipponnes est plus réduite que celles des lecteurs de BD, on compte tout de même plus d’un lecteur sur deux (54%) lisant des mangas. 37% annoncent même en avoir lu au cours des douze derniers mois.

Parmi eux, seul un lecteur sur trois lit des adaptations en mangas de romans quand près de la moitié des lecteurs déclarait lire des adaptations BD. Si, au premier abord, ce nombre paraît peu important, il faut tout de même garder en tête que la production de mangas adaptés de romans reste moins importante qu’en BD.

Lorsqu’on interroge ces lecteurs sur ce qui les amènent à lire des mangas adaptés, près de neuf sur dix (89%) déclarent les lire car ils ont apprécié le roman qui en est à l’origine. En règle générale, ces lecteurs sont fans d’un univers et aiment découvrir toutes les formes d’expression autour de celui-ci, de la BD jusqu’au film.

Les forces des adaptations

Contrairement aux idées reçues, la BD n’est pas perçue par les grands lecteurs comme une menace mais bel et bien comme un outil pédagogique auprès du jeune public. Pour sept lecteurs sur dix, une BD adaptée peut conduire les enfants à lire des classiques.

En ce qui concerne la fidélité que doit tenir une BD vis à vis de l’œuvre originale, les avis sont plutôt mitigés. Si 44% préfèrent que la BD reste fidèle au texte du roman, 43% n’y accordent pas d’importance et voient ces adaptations comme des œuvres indépendantes. Il n’y a donc aucune tendance nette sur ce point.

Vincent Brunner tient à souligner cette “tendance qui se contredit” : autant de lecteurs attendent d’une adaptation son émancipation que sa fidélité à l’œuvre d’origine. Pour Cédric Illand, l’adaptation doit s’affranchir du récit original : “Hitchcock disait que pour faire un bon film, il fallait un mauvais roman. Il savait tirer d’un roman sa substantifique moelle et faisait ce qu’il voulait par la suite. Au bout du compte, ce que l’on va voir, c’est un Hitchcock, pas une adaptation. Pour moi, la BD fonctionne de la même manière.” Cependant, Frédéric Lavabre est moins catégorique. Pour lui, certains points du récit doivent subsister, en particulier l’écriture : “Lorsque j’ai adapté L’Astragale, j’ai d’abord lu le roman pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur et où la langue était intéressante. Tout le challenge était là : il fallait malgré tout que l’adaptation devienne autre chose. On a essayé de ramener L’Astragale au monde contemporain en restant fidèle au texte sans que cela donne un ton trop dramatique, mais quand on a la chance d’avoir le texte d’Albertine Sarrazin, c’est dommage de tout mettre de côté.”

En revanche, la tendance est nettement plus dessinée en ce qui concerne l’apport d’informations additionnelles en fin de volume. Plus de trois quarts des lecteurs apprécient les adaptations enrichies de compléments traitant de l’œuvre originale, à l’instar de certaines des publications de la collection Ex-Libris de chez Delcourt.

Les lecteurs et la production de BD

Afin d’en savoir davantage sur le niveau de connaissances des lecteurs sur les adaptations, nous leur avons soumis une liste de romans en leur demandant s’ils savaient si ces œuvres avaient été adaptées en BD ou non. D’emblée, l’on remarque que mise à part le cas de l’adaptation du Petit prince par Joann Sfar, peu de lecteurs sont au fait de la production d’adaptations. Il y a donc une réelle méconnaissance de cette production.

Nous leur avons ensuite demandé quels genres semblaient être pour eux les plus propices à l’adaptation. On retrouve sans conteste les littératures de l’imaginaire et les romans d’aventure, tous deux dotés d’un univers fort, facilement adaptable visuellement. Viennent ensuite les romans policiers, les romans historiques, la littérature classique et contemporaine pour finir avec la romance.

La production actuelle

Nous avons ensuite confronté ces résultats à la production actuelle. Pour ce faire, nous avons extrait les 130 adaptations les plus populaires sur Babelio pour faire ressortir les genres les plus représentés. Arrivent en tête le fantastique et le policier, ce qui conforte le ressenti des lecteurs. En revanche, la littérature classique vient en troisième position quand bien même le genre n’était pas considéré comme véritablement propice à l’adaptation pour les lecteurs auparavant.

Moins surprenant, lorsque l’on s’intéresse à l’origine des romans adaptés, on constate que la majorité de ces 130 titres est tirée de romans français et américains. Autre tendance qui se dessine dans la production actuelle : plus les romans sont récents, plus ils sont adaptés. Même si nous n’avons mentionné jusque là que les classiques, 45% des titres de notre échantillon concernent des œuvres adaptées de romans publiés après 1980.

A première vue, travailler sur l’adaptation d’un auteur récent peut s’avérer compliqué mais Cédric Illand nous prouve le contraire en nous contant la genèse de L’attentat, adapté du roman éponyme de Yasmina Khadra : “Au départ, l’auteur a demandé à avoir la main sur l’adaptation BD. On a alors monté un rendez-vous pour parler de la vision que l’équipe avait de l’adaptation avec les différents partis. Il s’est senti en confiance, rassuré et a finalement laissé carte blanche aux auteurs. Il a même apporté son soutien en venant par exemple aux dédicaces avec les auteurs.”

Quand les lecteurs lisent à la fois le roman et la BD

Nous nous sommes également intéressés aux œuvres que les lecteurs avaient à la fois lues en roman et en BD. De ce classement ressort d’abord un grand nombre de classiques comme Le petit prince ou L’étranger. Mais ces œuvres sont tellement lues que la probabilité qu’un lecteur ait pu lire les deux est très forte. D’autre part, on note aussi beaucoup d’œuvres provenant de la littérature jeunesse ou de l’imaginaire pourvues d’univers forts dont les fans aiment découvrir toutes les productions, comme nous l’avons vu précédemment. C’est par exemple le cas de La quête d’Ewilan, des Chevaliers d’Émeraude, d’Assassin royal ou en ce qui concerne la jeunesse de Quatre sœurs, Cherub ou Léa Olivier.

Toujours en gardant notre échantillon de 130 titres, nous avons comparé la popularité des adaptations avec les romans dont elles sont issues. D’une manière générale, il en ressort que plus le roman est populaire, plus l’adaptation l’est aussi. Nous avons cependant isolé trois groupes distincts.

Le premier groupe rassemble les bandes dessinées adaptées qui ont rencontré plus de succès que le roman dont elles sont issues. C’est par exemple le cas de Largo Winch dont on a oublié la série de romans écrite par Jean Van Hamme à l’origine de la BD ou bien de Mauvais genre tiré d’un essai de Fabrice Virgili et Danièle Voldman sur la question du genre.

Le deuxième cas regroupe les adaptations aussi populaires que le roman d’origine. Cela concerne majoritairement les grands classiques qui ont à la fois connus le succès en roman et en bulles, comme nous l’avons déjà expliqué plus haut. On trouve parmi ceux-là Le petit prince de Joann Sfar ou L’étranger de Jacques Ferrandez, qui ont tous deux la particularité d’avoir été portés par des auteurs dont l’univers graphique est fort et reconnu. Leur notoriété a donc contribué à celle de l’œuvre.

Troisième et dernier groupe : le roman reste plus populaire que l’adaptation qui, elle, a connu un succès plutôt confidentiel. On note par exemple dans cette catégorie La planète des singes ou bien Dracula. Cela montre que le succès de l’œuvre originale ne garantit pas le même destin pour son adaptation.

Frédéric Lavabre nous rappelle à ce propos que le “risque zéro n’existe pas” : “On peut se louper et c’est d’autant plus risqué quand il s’agit d’une adaptation d’un auteur connu ou qui a toujours des ayants droits proches”.

Les adaptations rêvées des lecteurs

Pour conclure cette étude, nous avons demandé aux lecteurs quels étaient les romans qu’ils rêveraient de voir adaptés en bande dessinée. Si leur choix est très varié, c’est sans surprise que la saga désormais culte Harry Potter occupe la première place du podium, suivie d’autres titres jeunesse comme La passe-miroir ou Divergente. Les lecteurs mentionnent aussi de grands classiques comme Les Misérables ou bien Madame Bovary ainsi que des titres de littérature imaginaire tels que Le Seigneur des Anneaux. Néanmoins, on trouve tout de même en septième position dans la liste Les Hauts de Hurle-Vent alors que ce titre a déjà été adapté en 2009 dans la collection Ex-Libris. Ce dernier point confirme qu’il y a bel et bien une méconnaissance de la production et une attente d’une offre qui existe en réalité déjà de la part des lecteurs.

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat en présence de nos différents intervenants. Pas de surprise pour eux au regard de ces résultats, tous partagent le même sentiment de “confirmation”.

Face au nombre de productions qui voient le jour chaque année, on peut se demander quel élément est à l’origine d’une adaptation. Pour certains cas, c’est une volonté proche de l’évidence et motivée par l’éditeur qui lui donne naissance, comme en témoigne Cédric Illand  : “L’attentat de Yasmina Khadra a été pour moi un véritable coup de cœur. Je le lisais en me projetant des images mentales. J’en ai rapidement acheté les droits et ai monté une équipe. C’est une adaptation qui s’est vraiment faite sous le coup de l’impulsion.” D’autres fois, ce sont les auteurs et scénaristes qui viennent le voir avec un projet précis : “La collection autour des adaptations d’H.G. Wells m’a été proposée par un scénariste. Il m’a d’abord proposé une adaptation de La guerre des mondes puis d’autres ont suivi. Tout est né d’une discussion avec les auteurs.”

Toutefois, l’adaptation résiste à toutes les règles : il est difficile de déceler l’ADN du roman adaptable même si certains points ont leur importance. La longueur du récit d’origine d’abord, comme l’évoque Frédéric Lavabre : “La difficulté, c’est la taille du roman d’origine par rapport au volume livré. Cela implique nécessairement des coupures, c’est un choix fort. Certains romans seraient formidables à adapter mais cela aurait un rendu de 1000 pages.”

D’autre part, si Frédéric Lavabre aime l’idée “de ramener une qualité de texte à l’univers graphique” d’une BD qui a par essence une “écriture assez blanche”, comme il l’a fait pour L’Astragale, les romans très littéraires n’ont pour Cédric Illand que peu d’intérêt à être adaptés : “L’intérêt principal de ces romans, c’est leur langue et non l’histoire. C’est précisément ce qui fait leur qualité littéraire qui les rend difficilement adaptable car tout se joue au niveau du texte. Je pense notamment au Nouveau Roman des années 1960/70. Sarrazin possède certes des qualités de langue mais son roman reste une histoire que l’on peut adapter. Alors qu’on imaginerait mal une adaptation de La disparition par exemple.”

En ce qui concerne la part de liberté que doit laisser un auteur au scénariste de l’adaptation elle ne fait aucun doute pour nos intervenants : une adaptation doit nécessairement amener quelque chose à l’œuvre originale. “L’auteur doit disparaître”, commence Vincent Brunner. “Il faut qu’il fasse preuve d’humilité et qu’il sache se mettre au service des idées bien plus que de son égo.” Frédéric Lavabre poursuit en évoquant le cas de Pereira prétend : “Le scénariste tenait à apporter de la poésie au personnage là où d’autres lui auraient donné une couleur nettement plus politique. Il a fait beaucoup de recherches visuelles, il est même parti à Lisbonne pour s’imprégner de la ville. Il s’est réellement emparé de l’œuvre pour en faire la sienne.” Cédric Illand a vécu la même expérience durant l’adaptation de L’attentat : “Le scénariste était autant imprégné du livre mais voulait lui amener au contraire une vision politique. C’est d’ailleurs amusant de comparer les choix menés pour l’adaptation du film avec ceux de la BD quand bien même tous deux suivent le livre.”

Néanmoins, il faut savoir parfois coller au plus près du récit original pour ne pas le trahir. Frédéric Lavabre, qui travaille en ce moment sur l’adaptation de Dans la forêt de Jean Hegland, n’a par exemple pas hésité une seule seconde à contacter l’auteure pour avoir des indications sur un des points clés de l’œuvre : “Dès le début, il y a cette scène où deux filles se cachent dans un séquoia géant. Le dessinateur avait dessiné un séquoia debout, le dessin était très fort mais la symbolique n’était pas là. On a contacté l’auteure pour avoir une image de cette souche de séquoia car c’est la clé du roman. Il s’avère que l’interprétation du dessinateur était mauvaise alors que cette souche est centrale dans l’histoire. L’adaptateur doit être libre lui aussi mais sur certains points de détails, il est important de respecter le roman.”

Vincent Brunner conclut en citant Le rapport de Brodeck adapté par Manu Larcenet qui, selon lui, est un parfait exemple d’adaptation : “Pour moi, il s’agit d’une véritable réussite. J’ai lu le roman de Philippe Claudel après l’adaptation, Manu Larcenet a énormément respecté l’œuvre originale tout en y apportant sa vision.”

C’est sur ces dernières paroles que s’est achevé le débat qui a fait place à un buffet auquel tous les participants ont été conviés. Merci encore à nos trois invités pour leur intervention.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’étude sur SlideShare.

Babelio vous donne rendez-vous au festival Étonnants Voyageurs

Babelio vous donne une nouvelle fois rendez-vous à Saint-Malo pour le festival international du livre et du film Étonnants Voyageurs, qui se tiendra du 3 au 5 juin 2017, où l’équipe organise une série de rencontres. Comme d’habitude, vous pourrez aussi vivre cette 28ème édition depuis votre salon en nous suivant sur Twitter, Snapchat (Babelio_off) et Instagram.

Affiche Etonnants voyageurs

L’édition 2017

Amoureux de voyages et âmes vagabondes, cette 28ème édition aura pour mots d’ordre « Démocratie-littérature : État d’urgence ». A l’heure où la liberté n’a de cesse d’être menacée, Michel Le Bris, fondateur du festival, brandit la littérature comme étendard pour nous rappeler que « nous sommes plus grands que nous ».

C’est autour de ce thème qu’écrivains et cinéastes s’exprimeront au fil des rencontres et des tables rondes pour s’interroger sur l’identité, l’Histoire, la presse ou encore le sens des mots.  Il se déclinera aussi en poèmes et en musique, véritables « hymnes à la résistance », en mettant par exemple à l’honneur Bob Dylan, James Brown, Rimbaud ou Prévert.

Autres thèmes majeurs, le festival a répondu à l’appel de Patrick Chamoiseau pour ses « Frères migrants » et s’intéresse de près à l’espace méditerranéen. Une réflexion sera menée autour du devenir de ce territoire, de la question des frontières et finalement de ce que veut dire « qu’être humain » en ce 21ème siècle.

Palais du grand large

Comme chaque année, de nombreux éditeurs et libraires sont là pour vous accueillir ainsi que des écrivains venus des quatre coins du monde comme Lola Lafon, James McBride, Yann Moix, Russell Banks, Kamel Daoul, Mona Ozouf, Raphaël Glucksmann, Pascal Blanchard, Patrick Boucheron, Simone Schwarz-Bart, Érik Orsenna, Patrick Rambaud, Henriette Walter, Shumona Sinha, Tahar Ben Jelloun, Luis Sepúlveda, Antoine Bello, Bernard Chambaz, Cédric Gras, Laurent Gaudé, Marcus Malte, Tanguy Viel, Sylvain Tesson ou encore Jo Witek. Vous pouvez retrouver la liste dans son intégralité ici.

Quatre rencontres Babelio

Le voyage, vu par Négar Djavadi :

Parmi les nombreuses rencontres qui se tiendront durant ces trois jours, quatre sont animées par l’équipe de Babelio.

  • Samedi 3 juin, à 14h au Nouveau monde : Humeurs noires

Cette première rencontre réunit deux auteurs de romans noirs : Luis Sepúlveda, qui a récemment publié La fin de l’histoire, et Antonin Varenne qui nous invite à le suivre jusqu’en Equateur. Leur point commun ? Aucun des deux ne nous destinent à un avenir radieux… Mais qu’en est-il vraiment ?

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  • Dimanche 4 juin, à 10h15 à l’Hôtel de l’Univers :  Dans quelle France on vit ?

Le philosophe et sociologue Edgar Morin, à qui l’on doit Connaissance, ignorance, mystère, sera aux côtés de la reporter de guerre Anne Nivat qui vient de nous livrer son enquête-vérité Dans quelle France on vit.

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  • Dimanche 4 juin, à 15h45 à l’Ecole Nationale Supérieure Maritime : Chroniques vagabondes

Trois auteurs explorateurs seront réunis autour de Pierre Josse et ses Chroniques vagabondes pour nous faire partager leur carnet de route : Anne Vallaeys et ses Hautes solitudes, Alexandre Trudeau tel Un barbare en Chine nouvelle et Sylvain Tesson qui nous livre sa géographie dans Une très légère oscillation.

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  • Lundi 5 juin, à 10h à l’Hôtel de l’Univers : Voyage en littérature

Cette dernière rencontre convie Gilles Lapouge qui nous invite à relire Maupassant, le sergent Bourgogne et Marguerite Duras, Anna Moï que l’on suit aux confins de l’Asie dans son dernier livre Le venin du papillon ainsi que Azad Ziya Eren qui nous présente Tout un monde.

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Les temps forts du festival

S’il existe beaucoup de façons de voyager, la meilleure est peut-être de se perdre dans les bulles de l’exposition « Voyager à dess(e)in » qui réunit 120 planches de six dessinateurs qui, à leur manière, nous donnent chacun le goût d’ailleurs : Hervé TanquerelleJean-Denis PendanxChristophe MerlinMichèle StandjofskiPhicil et Benjamin Bachelier.

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Étonnants voyageurs, c’est aussi la destination des passionnés de l’imaginaire. Nicolas Fructus y posera ses valises le temps d’une exposition autour de son livre Gotland, dans lequel il rend hommage à l’univers d’H.P. Lovecraft. Une vingtaine d’originaux vous plongeront dans l’esprit de ce maître de l’épouvante, qui fera d’ailleurs l’objet d’une rencontre orchestrée par François Bon et d’un film Le cas Howard Phillips Lovecraft par Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic.

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Outre la littérature et le Salon du livre où vous retrouverez les fameux cartons orange Babelio, le festival fait aussi la part belle au cinéma et à l’image. Une fois n’est pas coutume, les œuvres documentaires sont cette année à l’honneur. Que vous souhaitiez vous envoler au Nicaragua aux côtés d’Antoine de Maximy ou retourner sur les lieux où a vécu Jack London, il y aura forcément une projection pour vous. Des expositions photos se tiendront aussi au cœur de l’événement, parmi lesquelles l’une sera dédiée à Sarah Moon.

Les interviews

Comme chaque année, Babelio s’est armé de son carnet de notes pour aller rencontrer des auteurs présents sur le festival.

Découvrez les interviews du festival :

AVT_Antoine-Bello_8137Antoine Bello 

« L’homme qui s’envola raconte l’histoire de Walker, un homme à qui tout réussit, mais qui choisit de mettre en scène sa mort pour échapper à un quotidien qui l’emprisonne. Comment sont nés ce personnage et cette histoire ?

De mon expérience personnelle. Je vis toute tentative d’appropriation de mon temps comme un viol. Je me méfie des prétendus devoirs que l’on aurait envers sa famille, ses amis, ses relations, les inconnus. Walker a encaissé ces brimades pendant des années, jusqu’au jour où elles lui sont devenues intolérables. Il ne part pas par caprice, mais pour sauver sa peau. »

Chateaureynaud-Georges-OlivierGeorges-Olivier Châteaureynaud 

Le roman raconte l’été de la majorité d’Aymon, un jeune parisien en quête d’aventure. Comment vous est venue l’envie de raconter un été adolescent ? Y a-t-il une part autobiographique dans cette histoire?

Pas tout à fait sa majorité : en 1965, on était majeur à 21 ans. Il n’en a que dix-huit… Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman autobiographique, j’ai été moi-même un adolescent, au milieu des années soixante, alors que la vague beatnik arrivait en Europe. La jeunesse de ce temps-là s’est senti des fourmis dans les jambes… Moi aussi.

Découvrez l’Afghanistan aux côtés de Cédric Bannel

Plus qu’un pays, l’Afghanistan est pour Cédric Bannel un véritable coup de coeur qu’il se plait à partager dans Baad, publié en poche chez Points, et sa suite Kaboul Express, publiée chez Robert Laffont. Une trentaine de lecteurs de Babelio ont eu l’occasion de s’entretenir avec l’auteur afin d’en savoir davantage sur ce territoire que l’on ne connaît que trop peu.

Baad

À Kaboul, le Qomaandaan Kandar, ancien sniper de Massoud et patron de la brigade criminelle, enquête sur des meurtres d’enfant.
À Paris, la commissaire Nicole Laguna, chef de la Brigade nationale de Recherche des Fugitifs, est sur la trace de l’inventeur d’une nouvelle drogue de synthèse.
Deux flics qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Et pourtant…

Kaboul Express

Il a tout prévu, tout calculé.
Ça ne peut pas rater. Zwak, afghan, dix-sept ans et l’air d’en avoir treize, un QI de 160, et la rage au coeur depuis que son père a été une « victime collatérale » des Occidentaux. Devant son ordinateur, il a programmé un jeu d’un genre nouveau. Un jeu pour de vrai, avec la France en ligne de mire. Et là-bas, en Syrie, quelqu’un a entendu son appel…
De Kaboul au désert de la mort, des villes syriennes occupées par les fanatiques de l’État islamique à la Turquie et la Roumanie, la commissaire de la DGSI Nicole Laguna et le qomaandaan Kandar, chef de la Crim de Kaboul, traquent Zwak et ses complices.
Contre ceux qui veulent commettre l’indicible, le temps est compté.

Voir l’Afghanistan autrement

Amoureux de l’Afghanistan, Cédric Bannel tenait à inscrire le pays au coeur de ses livres et à le faire découvrir à ses lecteurs : “Je voulais introduire l’Afghanistan plus qu’en simple toile de fond, ce qui permettait d’une part de décupler l’effet dramatique et d’autre part de faire découvrir ce pays aux lecteurs”. Il y a pour l’auteur une véritable dichotomie autour de ce pays qui nous est proche autant qu’il nous est éloigné : “La violence et la façon dont les femmes sont traitées nous sont étrangères mais d’autres comportements sont universels : les femmes se battent aussi pour leurs droits là-bas. Je tenais à amener un niveau de lecture supplémentaire afin que les lecteurs puissent se poser des questions, s’étonner des différences et traiter des thématiques universelles.”

Des rencontres à l’origine des personnages

Les personnages de Cédric Bannel, à commencer par son héros le Qomaandaan Kandar, se sont dessinés au fil de ses échanges avec le peuple afghan : “L’Afghanistan, c’est un pays de rencontres. Elles m’ont inspiré beaucoup de personnages de romans. J’essaie de les fixer dans mes livres mais cela me permet surtout de donner de la vie à mes personnages secondaires. Après tout, on est tous des personnages secondaires dans la vie de quelqu’un. S’inspirer des gens leur donne de la chair, ils ont une vraie vie, on s’y attache. Je les faisais souvent mourir dans mes précédents romans puis j’ai compris qu’ils étaient importants”.

Décrire le vécu

Très attaché au vécu et fin connaisseur du territoire afghan, Cédric Bannel met un point d’honneur à inscrire son récit dans le réel : “Je ne voulais pas écrire d’essai mais décrire du vécu. Tous les paysages que je décris par exemple sont des paysages que j’ai vus. Pour les parcours, c’est beaucoup plus compliqué car pour les faire, il me faudrait des gardes du corps”. Si l’auteur connaît bien le nord du pays, c’est moins le cas du sud-est : “C’est très compliqué d’y accéder, il y a beaucoup de talibans. Mais mes scènes ne prennent place que dans les lieux dans lesquels je suis déjà allé”.

Retour à la normalité

Dès le début, Cédric Bannel avait une vision plutôt claire du personnage de Nicole Laguna, la commissaire parisienne de ses romans : “A travers ce personnage je voulais montrer comment une femme peut devenir une lionne lorsque l’on s’attaque à sa famille. Cela m’a été inspiré par une phrase d’un des romans de Val McDermid : la femelle de l’espèce est toujours plus dangereuse que le mâle. Et puis j’avais envie de créer un personnage côté français”. Loin des clichés, Nicole Laguna s’ancre dans une certaine normalité : “On voit souvent des personnages féminins avec un côté très masculin dans les romans policiers alors que ces femmes ne sont pas du tout dans la caricature en réalité. Ce sont des personnes parfaitement normales et je voulais donner à Nicole cette normalité. C’est pourquoi son mari est professeur par exemple.”

Polar made in France

Pour Cédric Bannel, le polar français doit se distinguer des modèles nordiques ou anglo-saxons : “Je pense que le polar français doit amener quelque chose en plus. On doit déjà amener le respect des autres cultures, on a tout de même un ministère de la Culture ce que d’autres pays n’ont pas. Le polar à la française en 2017, pour moi, ce doit être autre chose que Maigret : il faut y amener de l’aventure, du réel. On ne doit pas avoir une vision uniquement anglo-saxonne des choses.”

Raconter la menace

Si ses romans sont parfois source d’angoisse pour les lecteurs, en particulier lorsqu’ils évoquent des attentats, ils n’en restent pas moins de purs thrillers pour l’écrivain : “Tous les parents du monde craignent que leurs enfants soient enlevés mais on continue d’écrire des thrillers dessus. Là c’est pareil, on sait que tout cela peut arriver. Aujourd’hui, il y a quand même eu beaucoup d’attentats arrêtés. La menace évolue, nos vies évoluent, pourquoi ne devrait-on pas le raconter ?”

Et la suite ?

L’auteur le confirme : son prochain livre sera définitivement plus afghan que Kaboul Express, qui était “un peu une parenthèse vis à vis de l’actualité”. Cédric Bannel a d’ailleurs vocation à faire de ses deux enquêteurs les héros d’une longue série : “L’homme de Kaboul est plus qu’une trilogie. J’ai envie de continuer la série, comme les auteurs qui écrivent en Laponie !”

Découvrez Baad chez Points et Kaboul Express chez Robert Laffont de Cédric Bannel.

Jessie Burton vous révèle les secrets des Filles au lion

Quel lien peut-il y avoir entre le Londres de 1967 et l’Andalousie des années 1930 ? Rien à première vue, si ce n’est un mystérieux tableau dont Jessie Burton nous révèle les secrets dans son second roman Les filles au lion publié chez Gallimard. Une trentaine de lecteurs de Babelio ont pu rencontrer l’auteure le 29 mars dans les jardins de la maison d’édition pour faire la lumière sur les dernières zones d’ombre qui entouraient cette toile énigmatique.

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l’énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage.

Jessie Burton 1

Mêler histoire, philosophie et émotion

Pour son second roman après Miniaturiste, Jessie Burton tenait à aborder trois sujets différents : “Je voulais d’abord parler de l’héritage de l’époque colonialiste britannique, en particulier des Caraïbes, car c’est un sujet que l’on évoque rarement. Il est très peu enseigné et je voulais le mettre en avant. Ensuite, je souhaitais évoquer la Guerre Civile espagnole, un évènement que j’ai pu approfondir durant mes études hispaniques. C’est aussi un thème qui m‘attirait particulièrement car je me rends régulièrement en Andalousie et partage certaines affinités avec cette culture. Enfin, je tenais à parler de l’art et de sa pulsion destructrice. En somme, je voulais donner un intérêt historique, philosophique et émotionnel à mon récit.”

Jessie Burton 2

Un roman féministe

Jessie Burton place les femmes au centre de son roman, incarnant de fait pour les lecteurs une certaine idée du féminisme : “Le mot “féminisme” est un terme complexe à mon sens. Je suis bien sûr en faveur de l’égalité homme-femme et je pense qu’il y a toujours des inégalités à ce niveau partout dans le monde. Mais j’ai grandi sans le savoir dans un univers qui favorise les idées féministes. Ce que je tenais à montrer, c’est que la femme possède force et ambition dès l’instant où ses histoires de cœur n’occupent pas une position centrale. Dans mon roman, la relation d’Odelle avec le personnage de Lawrie Scott est quelque peu accessoire. Elle n’est pas l’enjeu principal. La vie des personnages féminins est, au contraire, centrée autour de la création.”

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Regagner les clés du pouvoir

“Lorsqu’un homme écrit un livre, on dit qu’il écrit pour l’humanité. Lorsqu’une femme écrit un livre, on pense qu’elle le fait pour son expression personnelle !” C’est forte de ce constat que Jessie Burton a tenté de redonner le pouvoir aux femmes de son récit : “Les hommes ont les clés du pouvoir, les femmes quant à elles vont manipuler le système pour renverser subtilement la tendance. C’est une relation assez complexe car elles doivent chercher protection auprès d’eux tout en devant s’en affranchir. Finalement, la présence des hommes reste assez périphérique dans le roman. Ils ne prennent pas tant de place dans les pages du livre mais ils influencent l’histoire. Il y a un préjugé instauré d’emblée qui veut que l’autorité n’appartienne qu’aux hommes. La grande question, c’est : où plaçons-nous l’autorité ?”

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L’amitié au-delà des classes sociales

On trouve, au sein du roman, deux amitiés très fortes entre deux femmes. A chaque fois, l’une des deux joue un rôle important afin que la seconde puisse s’épanouir – Marjorie Quick pour Odelle et Teresa pour Olive : “Je pense que c’est important de ne pas avancer seule. Moi-même, je ne serais rien sans le soutien que j’ai reçu de mes professeurs ou de mes amis. Le mythe veut que les femmes ne s’entraident pas mais je pense que c’est totalement faux. De plus, dans mes livres, mes personnages sont toujours issus de classes sociales différentes. Je pense sincèrement que l’amitié et l’entraide dépassent cette idée de classe tout autant que les genres.”

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Un rapport à l’art assez traditionnel

Bien que les personnages aient tous une vision très moderne de la vie, leur rapport à l’art reste paradoxalement très traditionnel : “Olive vient de la haute société, Odelle de Trinidad. Toutes les deux sont d’une grande modernité en ce qui concerne leur vie privée mais sont très timorées en art. Je trouvais cela plutôt intéressant. Les tableaux d’Olive sont inspirés d’une peintre portugaise qui faisait dans le figuratif quand la mode était à l’abstrait. Olive a son style, elle l’affirme dans sa peinture. Odelle, quant à elle, a reçu une éducation plus classique, sa façon de parler est plus conventionnelle, son écriture suit le même chemin. Olive est conservatrice picturalement mais ce que je voulais mettre le plus en évidence dans son travail, c’était l’usage des couleurs. Il est vrai, cependant, que les deux entretiennent un rapport à l’art formel et classique.”

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Une continuité avec la peinture espagnole

Tous les tableaux décrits dans l’ouvrage sortent de l’imagination de Jessie Burton. Cependant, elle s’est inspirée d’histoires issues de la culture espagnole : “Lorsque j’ai écrit mon livre, j’avais envie de décrire des tableaux. J’ai cherché l’inspiration sur Internet et je suis tombée sur l’histoire de Justa et Rufina (Santa Justa y Santa Rufina) : une histoire de sœurs qui se dressent contre la société et qui sont aussi deux femmes artistes. Je trouvais le sujet adapté. Plus tard, j’ai découvert que cette histoire avait inspiré d’autres peintres espagnols comme Diego Vélasquez ou Francisco de Goya. De là s’est construite, par le plus grand des hasards, une forme de continuité avec cette tradition ancrée dans la peinture espagnole.”

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D’actrice à écrivain

Même si son premier roman a connu un succès retentissant, Jessie Burton ne rêvait pas de devenir auteur, du moins, pas au début : “J’écris depuis l’âge de cinq ou six ans, mais je n’ai jamais voulu être écrivain. En réalité, je voulais devenir actrice ou vétérinaire… ou tenir un pub ! Mais j’ai toujours écrit : c’était une manière pour moi de gérer ma vie. J’ai toujours pensé qu’écrire était plus difficile que de jouer la comédie. Jouer est plus social, on peut mettre de côté son personnage tandis qu’écrire s’apparente plutôt à de la psychanalyse, cela relève plus d’un engagement avec soi-même. A mes vingt-sept ou vingt-huit ans, ma carrière d’actrice n’avait pas vraiment décollé. Naïvement, j’ai changé mon rêve de devenir actrice pour celui d’être écrivain, sans même imaginer pouvoir en vivre. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire Miniaturiste. Mon manuscrit avait été refusé à plusieurs reprises, mais ce n’était pas grave. J’ai eu de la chance mais j’ai aussi travaillé pour la provoquer.”

Découvrez Les filles au lion de Jessie Burton, publié chez Gallimard.

Passez du rire aux larmes avec Anna McPartlin

Passer du rire aux larmes en lisant un roman sur le deuil est rare mais n’est pas impossible. La preuve, Anna McPartlin a réalisé cette prouesse dans son dernier roman paru en France, Mon midi, Mon minuit, publié au Cherche Midi. Bouleversés par cette lecture, véritable ascenseur émotionnel, une trentaine de lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteure le lundi 27 mars dernier, la tête emplie de questions.

L’interprétariat a été assuré par Fabienne Gondrand.

À la suite d’un drame, le monde d’Emma, jusque-là rempli de promesses, s’effondre. La jeune femme plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre…
Comment survivre à la perte et au chagrin ?
Quel courage l’existence peut-elle parfois exiger de nous ?

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Naissance du roman

Mon midi, Mon minuit est le premier roman qu’a écrit Anna McPartlin. S’il n’arrive que cette année en France, il a en réalité été publié dix ans plus tôt au Royaume-Uni. Mais sa genèse remonte à bien plus loin : “Quand j’étais jeune, un de mes amis, qui était aussi le petit-ami d’une de mes meilleures amies, s’est suicidé. J’ai alors écrit trois pages, que j’ai laissées de côté une dizaine d’années jusqu’à la parution de mon livre. Elles n’ont pas bougées et sont restées telles quelles dans le roman : il s’agit du moment où Emma perd John.” Même si Anna fut inspirée par ce moment tragique, son œuvre n’en reste pas moins que de la fiction : “Je ne parle pas de mon amie dans mon roman, mais je l’ai observée et comprise. C’est d’ailleurs son livre préféré car toute la souffrance est vraie. Elle a l’impression de lire ce qu’elle a vécu. Et quand elle l’ouvre, elle pleure ! La dédicace lui est adressée.”

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Célébrer la vie

La mort est un thème qui revient incessamment chez Anna McPartlin, tant dans ce roman que dans les précédents. Pourtant, c’est bel et bien la vie qui obsède l’auteure : “Le sujet du livre, c’est le décès. Mais mon livre ne se limite pas à cela. C’est aussi un livre qui parle de survie, un livre qui montre comment une épreuve nous fait grandir, comment on doit continuer après un tel choc et comment on doit, malgré tout, trouver la joie. Tous mes livres parlent de mort donc tout le monde pense qu’elle m’obsède. Mais en réalité, je suis obsédée par la vie ! J’ai beaucoup été entourée par la mort ou la maladie dans ma vie et cela m’a appris qu’on a de la chance d’être là. Je veux célébrer l’amour de la vie. Je pense que vivre sa vie pleinement et mourir subitement n’est pas tragique. La vraie tragédie, c’est de passer à côté de sa vie.”

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Le deuil comme une onde de choc

La mort frappe tous les personnages dans le roman, un peu comme si le décès d’un être était à l’image d’une pierre qu’on lance dans l’eau : l’onde de choc atteint peu à peu tout le monde. “C’est exactement cela : je voulais montrer la répercussion du deuil. Ma mère était atteinte de sclérose en plaques et était en fauteuil roulant. A cette époque, elle et son amie Trudy étaient inséparables, elles s’épaulaient beaucoup. Puis, à mes 17 ans, j’ai perdu ma mère et j’ai alors eu l’impression de perdre mon monde entier. Lorsque, six mois après le décès de ma mère, je suis allée rendre visite à Trudy, j’ai réalisé qu’elle aussi avait été affectée par sa perte, tout comme l’étaient mon oncle et ma tante. De la même manière, quand mon amie a perdu son compagnon, moi aussi j’étais affectée. Tout le monde en souffre. Le deuil se départage, se démultiplie chez les gens mais paradoxalement, il les rapproche aussi.”

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Une ode à l’amitié et la famille

Le soutien et l’entraide sont aussi des valeurs clés, à la fois dans l’ouvrage mais aussi pour Anna McPartlin. Chacun de ses personnages est aidé par un autre et ce choix n’a rien d’anodin : “L’entraide est un des thèmes forts du livre. C’est un roman sur l’amitié. En général, je dis toujours que j’ai quatre thèmes forts quand j’écris des scripts ou des livres : l’amour, la perte, l’amitié et la famille. Et par famille, j’entends différents types de famille avec toutes les teintes et les dynamiques qu’elle peut prendre : j’étais fille unique, mes parents se sont séparés dans l’Irlande des années 1970. J’ai alors vécu à Dublin avec ma mère. Quand elle est tombée malade, j’ai vécu avec mon oncle et ma tante, qui avaient 5 enfants qui sont pour moi comme des frères. Puis à 15 ans, j’ai appris que j’avais une demie-soeur. De la même façon, l’amitié est pour moi quelque chose d’aussi important que la famille. Quand la famille s’évapore, l’amitié cristallise. Mes amis sont comme une deuxième famille pour moi.”

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Regard sur la prêtrise

Un des personnages principaux du roman, Nigel, est prêtre. A travers lui, Anna McPartlin a essayé de comprendre les choix qui mène à cette vocation : “Le personnage de Nigel est prêtre car j’ai un ami qui est devenu prêtre. A cette époque, il y a 10 ans donc, j’étais jeune et je ne comprenais absolument pas sa décision ! C’était impossible pour moi de concevoir son choix. C’est à travers Nigel que j’ai essayé de le comprendre. L’athéiste en moi se demandait comment il était possible pour quelqu’un de consacrer sa vie à l’invisible. J’ai donc su dès le début où je voulais aller avec le personnage de Nigel. Etre prêtre est difficile, le regard des autres est lourd. Je voulais lui rendre justice. Je savais que cela allait être dur mais j’ai beaucoup travaillé en ce sens.”

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L’influence de l’Eglise catholique en Irlande

La vision qu’a Anna McPartlin de l’Eglise catholique irlandaise n’est cependant pas des plus tendres. Elle pose au contraire un regard assez critique sur son influence à travers le personnage d’Emma : “Il faut remettre les choses en contexte : En ce temps-là, il y avait beaucoup de problèmes avec l’Eglise catholique et les prêtres en Irlande. Si Emma a cette réaction envers l’Eglise, c’est parce que l’Eglise est contre les femmes. La contraception est arrivée dans les années 1970 mais on n’a commencé à la trouver en pharmacie qu’à partir des années 1980 alors que pour moi c’est un droit fondamental ! D’autre part, l’avortement est toujours illégal en Irlande et l’Eglise le pontifie. Si vous voulez avorter vous devez prendre l’avion et vous rendre en Grande-Bretagne. Cela a aussi engendré beaucoup d’abus dans les années 1950 à 1970 de la part de l’Eglise. Des femmes étaient par exemple dans des centres spéciaux avec des nonnes, leurs bébés mouraient, ceux qui étaient toujours en vie étaient vendus aux Etats-Unis et les femmes formaient une main d’œuvre gratuite. On a retrouvé un véritable charnier à ces endroits de près de 700 corps de bébés et d’enfants. Il y a une véritable souffrance en Irlande. Depuis les années 1970 et l’arrivée de l’Irlande dans la Communauté Économique Européenne (l’ancêtre de l’Union Européenne), les choses se sont un peu améliorées. L’Europe a tiré l’Irlande vers le haut et a permis aux Irlandaises d’obtenir plus de droits.”

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Hommage à W.H. Auden

Le titre original du roman, Pack up the moon, provient d’un éloge funèbre de W.H. Auden. Si l’on peut y voir un clin d’œil au film Quatre mariages et un enterrement dans lequel le poème est lu par John Hannah, il a une signification toute particulière pour Anna McPartlin : “C’est un poème que j’ai étudié quand j’avais 17 ans pour mon diplôme et il m’a réellement marqué. D’ailleurs, quand je suis allée voir le film qui l’a rendu célèbre, je me suis littéralement effondrée dans la salle ! Je n’avais pas vraiment d’idée de titre pour mon roman, tout ce que je voulais dire était dans ce poème.” Et la traduction française est restée fidèle à cette volonté : “Pour la traduction de la version française, le titre a été pioché au sein du même poème. C’est tout ce qui m’importait.”

Retrouvez Mon midi, Mon minuit d’Anna McPartlin, publié au Cherche Midi

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de livres au cinéma

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs », Babelio a présenté le 23 février dernier une nouvelle étude sur les adaptations de livres au cinéma. Quel est le rapport des lecteurs aux adaptations ? Savent-ils toujours qu’un film est tiré d’un livre ? Quel chemin font-ils du livre au film ou du film au livre ?

Adaptations de livres au cinéma

Pour répondre à ces questions et en savoir davantage sur les amoureux du cinquième et du septième art, Babelio a mené une enquête durant la dernière semaine de janvier auprès de 2 262 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs.

table des invités

Quatre intervenants étaient présents pour nous aiguiller et partager leurs avis face aux résultats : Caroline Bismuth-Dardour, présidente de Silenzio (agence de publicité spécialisée dans les sorties cinéma),  Nathalie Cerdin, responsable marketing de Bayard Jeunesse, Manuel Soufflard, chef de groupe marketing chez J’ai Lu ainsi qu’Alexis Mas, président de Condor Entertainment (compagnie d’édition et de distribution cinématographique). L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, puis suivie d’un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio.

Nos participants

De gauche à droite : Caroline Bismuth-Dardour, Manuel Soufflard, Nathalie Cerdin et Alexis Mas

Cinéma et littérature se mêlent et s’entremêlent, si bien que depuis quelques années, on ne peut que constater que le premier a tendance à se nourrir de la seconde, et ce quel que soit le genre de l’œuvre en question. Du fantastique, en passant par la romance ou par le polar, sans oublier les adaptations de bandes dessinées, les livres forment une source d’inspiration intarissable. Pour preuve, parmi les films ayant dépassé les 100 000 entrées en salle en 2016, un sur quatre était adapté d’une œuvre littéraire.

L’enjeu de telles adaptations est double : pour les producteurs et distributeurs, les lecteurs forment un public de fans de l’œuvre à conquérir ; pour les éditeurs, une adaptation peut donner un second souffle à un ouvrage qui trouvera alors un nouveau lectorat. De fait, le lecteur occupe une place prédominante dans la promotion du projet, ce pourquoi il est capital de le connaître un peu plus.

Le profil des lecteurs

Une fois encore, la grande majorité des répondants sont des lectrices. Elles sont, pour cette étude, 84% à s’être prêtées au jeu. Cette caractéristique reflète la communauté des inscrits sur Babelio puisqu’on ne compte pas moins de 80% de femmes sur le site et s’accorde avec le lectorat français qui a une forte propension féminine. Néanmoins, cette particularité tend à s’estomper si l’on s’intéresse au trafic du site qui génère « seulement » 60% de femmes.

proportion homme femme

Tous les répondants font partie d’un public adulte mais l’on note tout de même qu’un sur deux a entre 25 et 45 ans. Jeune et féminin, notre panel est aussi composé d’une écrasante majorité de grands lecteurs. 94% d’entre eux déclarent lire plus d’un livre par mois, contre 16% de la population française et près de la moitié (47%) lisent au moins un livre par semaine.

Les interroges sont de grands lecteurs

Près de sept interrogés sur dix sont aussi de précieux prescripteurs qui n’hésitent pas à recommander des ouvrages aux plus jeunes en tant que parents, professeurs, bibliothécaires ou tout simplement en qualité de lecteurs. Ce point est d’autant plus important que près de neuf personnes sur dix (88%) considèrent que les adaptations amènent les enfants à la lecture.

lecteurs prescripteurs

Le niveau d’information des lecteurs sur les adaptations

Si l’on sait les grands lecteurs extrêmement bien informés sur les différentes parutions en librairie, qu’en est-il de leur niveau d’information sur les adaptations cinématographiques ? Pour le savoir, ils ont été soumis à une série d’affiches à partir desquelles ils devaient indiquer s’ils savaient ou non que ces films étaient tirés de livres.

On constate d’emblée que même si les lecteurs ne savent pas systématiquement qu’un film est une adaptation, ils sont tout de même plus au fait que les spectateurs. Par exemple, plus de la moitié des répondants (54%) sait que le film d’animation Ma vie de Courgette est tiré d’une œuvre littéraire, mais il y a fort à parier que les résultats n’auraient pas été les mêmes si la question avait été posée à des spectateurs à la sortie du film. Cependant, même chez les grands lecteurs, on note que cette connaissance dépend surtout de la notoriété de l’œuvre originale. D’autre part, pour tester la bonne foi des lecteurs, Mad Max : Fury Road était aussi proposé dans la liste bien que le film ne soit évidemment pas une adaptation… sauf pour 322 lecteurs.

Les lecteurs ne savent pas ce sont des adaptations

On note aussi que les grands lecteurs sont globalement mal informés de la sortie des adaptions quand bien même tout laisse à penser qu’ils forment le public cible. Si l’on met de côté Un sac de billes dont plus de quatre lecteurs sur cinq (83%) savent que le livre a été adapté au cinéma, on constate un flagrant déficit de notoriété auprès du public des grands lecteurs. En effet, moins de 30% d’entre eux savent par exemple que Seul dans Berlin a été adapté sur grand écran. Cela est d’autant plus dommage lorsque l’on sait que 36% de ces lecteurs seraient allés voir le film s’ils avaient eu connaissance de sa sortie.

Les lescteurs sont mal informés des sorties

La consommation des lecteurs

Pour les grands lecteurs, lire le livre qui va être ou a été adapté pousse à voir l’adaptation. En effet, neuf lecteurs sur dix déclarent être allés voir un film parce qu’ils avaient appréciés le livre d’origine.

Parmi les films les plus vus après avoir lu l’ouvrage, on trouve une large variété de genres. Nombreux sont ceux à avoir cité des œuvres fantastiques comme les séries Harry Potter, Hunger Games, Le Seigneur des Anneaux ou encore Divergente. Mais la littérature générale avec Elle s’appelait Sarah ou La couleur des sentiments, le polar avec Gone Girl ou la saga Millenium et même la littérature classique avec Jane Eyre ou Gatsby le Magnifique ne sont pas en reste. Exception faite pour les puristes (qui représentent une minorité de 4%), les lecteurs apprécient de savoir qu’un roman qu’ils ont particulièrement aimé va être adapté et sont prêts à aller voir le rendu sur grand écran.

Films les plus vus après la lecture du livre

Réciproquement, la très grande majorité des lecteurs (97%) a déjà lu un livre après avoir vu le film dont il a été adapté. C’est donc un parfait exemple de fertilisation croisée où la découverte se fait dans les deux sens : le public du livre élargit celui du film et inversement.

Livres les plus lus après visionnage du film

La lecture de romans à suspense après le visionnage du film ne semble pas retenir les lecteurs puisqu’ils citent de nombreux thrillers qui ont la particularité d’avoir un twist final important comme Shutter island ou Ne le dis à personne. Toutefois, on note une certaine préférence des lecteurs à lire l’œuvre avant de la voir puisque les trois quarts préfèrent dévorer l’ouvrage avant de foncer dans les salles obscures.

Lire le livre avant le film

Et si l’on compare l’original et l’adaptation ?

Lorsque l’on interroge les lecteurs sur les adaptations qui les ont agréablement surpris, on distingue clairement des films qui ne sont pas des adaptations au pied de la lettre du livre mais qui, au contraire, proposent un regard particulier sur celui-ci. C’est le cas par exemple de Shining ou de  Gone Girl qui ont su séduire même si elles étaient éloignées du texte original. Manuel Soufflard va lui aussi dans ce sens : « Je ne pense pas que vous seriez capable de me donner dix titres d’adaptations meilleures que l’original, et si elles le sont, elles sont en général totalement dissociées de l’œuvre. Dans des cas comme cela, où les deux œuvres sont éloignées, est-ce vraiment intéressant pour l’éditeur de faire la filiation ? Après, il s’agit d’un nombre de cas restreints où l’éditeur ne pouvait pas s’appuyer sur le livre, par exemple s’il était très peu lu comme Chuck Palahniuk pour Fight Club. À l’inverse, si le film fonctionne, il peut être intéressant de communiquer dessus pour relancer le livre ».

Bonnes adaptations

À l’inverse, on note parmi les adaptations qui ont le plus déçu les lecteurs de nombreux films fantastiques comme Eragon, Divergente, À la croisée des Mondes ou Miss Peregrine. Ces titres ont en commun le fait d’avoir des univers forts dont la représentation visuelle n’a peut-être pas été à la hauteur des espérances des lecteurs.

Pour Alexis Mas, le point noir est plutôt à chercher du côté du manque de profondeur de ces adaptations : « Ce n’est pas tant la mise en images qui déçoit les lecteurs car le budget alloué à cela est suffisamment conséquent mais la retranscription du récit et des caractérisations du livre. Elles sont souvent ratées et cela donne des films froids, sans âme. »

À noter, le cas particulier de la saga Harry Potter pour qui les lecteurs sont partagés puisqu’elle figure dans les deux catégories.

Mauvaises adaptations

Pourtant, les lecteurs s’accordent à dire que les littératures de genre semblent propices à l’adaptation, en particulier le fantastique et les littératures de l’imaginaire (59%), le polar (79%) et le roman historique (66%). En revanche, la littérature générale se place dans les dernières positions avec 32%, devançant ainsi les BDs, comics et mangas (18%).

Les genres propices à l'adaptation

Les changements engendrés par les adaptations

Les éditeurs capitalisent souvent sur la sortie du film pour refaire la couverture d’un livre adapté avec l’affiche de celui-ci. Quel que soit le genre en question (jeune adulte, chick-lit, polar, classique), les grands lecteurs préfèrent la couverture originale à celle reprise de l’affiche bien que certains titres comme Cosmopolis ou Un long dimanche de fiançailles fassent figures d’exception. D’ordinaire, cette reprise est plutôt destinée à conquérir un public de nouveaux lecteurs et cela se confirme dans les réactions des grands lecteurs : 38% d’entre eux n’apprécient pas les couvertures reprises d’un film bien qu’un quart admet tout de même que cela est une bonne chose en plus de pouvoir attirer l’attention.

Les grands lecteurs préfèrent la couverture originale

Pour Manuel Soufflard, la couverture des livres qui ont bien fonctionné a tendance à se figer dans l’esprit du lecteur. Pour ceux qui n’ont pas eu le même succès, la couverture qui reprend l’affiche peut être un vrai levier : « Shining reste très attaché à l’affiche du film par exemple. » Nathalie Cerdin ajoute : « Les droits de conserver la couverture d’un livre sont très courts. On les obtient pour la sortie du film au cinéma, puis pour sa sortie DVD. Mais un an après, dans la majeure partie des cas, on retrouve la couverture d’origine, ce qui devrait consoler les grands lecteurs. » Cependant, elle voit une certaine contradiction entre ce désamour de la couverture tirée de l’affiche et le manque d’informations précédemment abordé dont disposent les grands lecteurs sur les sorties d’adaptation : « La couverture est une vraie vitrine pour faire le relai entre le cinéma et le livre ».

Inversement, voir le titre d’un livre sur l’affiche d’un film n’est pas gage de qualité pour les grands lecteurs mais cela attise la curiosité de près de trois quarts d’entre eux.

Mention du livre sur l'affiche

Pour ce qui est des changements de titres engendrés par une adaptation, les lecteurs ont des avis quelque peu partagés. En général, moins le livre est populaire, moins l’attachement à son nom d’origine est fort. Par exemple, pour le livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck adapté au cinéma sous le nom de La confession par Nicolas Boukhrief, seuls 35% des interrogés auraient préféré que le titre du roman soit conservé tandis que 46% aurait préféré que le film Mister Ove d’Hannes Holm garde son titre d’origine Vieux, râleur et suicidaire.

la confession

mister owe

Les causes de ces changements de noms sont multiples. Pour Nathalie Cerdin, ils sont parfois nécessaires pour ne pas induire en erreur le public qui découvre l’adaptation  : « Pour le film Le septième fils de Sergey Bodro, le titre choisi est différent de celui de la saga d’origine, qui est L’épouvanteur. Ce nom évoquait plutôt un film d’horreur. Puisqu’ils ont été dissociés, cela a été à nous de faire se rejoindre les deux, mais rien n’a été changé sans l’accord de l’auteur. En général, quand il y a un changement de titre, il faut arriver à mettre l’original sur l’affiche. »

Alexis Mas partage cet avis : « Le médecin d’Ispahan, qui a été adapté sous le nom de L’oracle, avait des lecteurs avant sa sortie en salle. Il a fallu les faire revenir, surtout que l’adaptation était bonne, mais sans utiliser le même titre qui ne crée pas d’envie lorsque l’on n’a pas ce rapport au livre. Il y a donc eu un retitrage au niveau français pour le titre du film afin qu’il soit plus large et plus fédérateur. À cela, on a ajouté des informations pour ne pas couper le lectorat d’origine. On a par exemple gardé le même visuel pour le livre et le film, mais pas leur nom ».

Invités

Manuel Soufflard invoque quant à lui une autre raison : « Il y a aussi un effet dû à la mondialisation : quand le titre n’est pas le même en français, il faut réussir à suivre. Depuis peu, on voit s’accentuer le fait de garder le nom anglais, même en français, voire même de mettre les deux titres (français et anglais) sur la couverture. Il vaut quand même mieux garder le titre anglais si le film est plus populaire que le livre ».

Les livres que les lecteurs rêveraient de voir adaptés au cinéma

Dans leurs rêves les plus fous, les grands lecteurs aimeraient voir adaptée en salles obscures une gamme de genres, là encore, très variée. On y trouve par exemple La nuit des temps de René Barjavel  ou La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Plus surprenant, on trouve des titres de littérature générale comme L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ou Chanson douce de Leïla Slimani quand bien même les lecteurs n’avaient pas jugé le genre propice à l’adaptation auparavant.

Les livres que les lecteurs rêvent de voir adaptés

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat autour de l’enquête.

Caroline Bismuth-Dardour prend la parole la première pour exprimer sa surprise « en bien » de la réciprocité du lien entre livre et film. Pour elle, l’adaptation de film crée une relation entre cinéma et littérature plus forte qu’elle ne l’aurait imaginé. Manuel Soufflard est lui aussi ravi de cet effet double. « Hélas, nous dit-il, cela ne peut pas fonctionner automatiquement. Il n’y a pas de lien systématiquement établi entre les deux mais c’est réjouissant quand ça l’est ». Nathalie Cerdin est, quant à elle, un peu plus catégorique : « Dès la bande annonce, on sent si le lecteur d’origine va accrocher. Et cela permet aussi de faire découvrir le livre à un nouveau lectorat ».

Nos participants

En ce qui concerne le rôle du grand lecteur dans le lancement d’une adaptation, il en est pour Caroline Bismuth-Dardour l’acteur capital : « Les grands lecteurs sont des ambassadeurs qu’on va chercher très tôt et en même temps, on les craint car on a très peur du bouche à oreille défavorable. On commence la communication autour d’un film très tôt. On va donc chercher le public acquis, c’est-à-dire les lecteurs, et il faut le rassurer avec des éléments de communication et des informations distincts. C’est ce qui est fait par exemple autour de la sortie de Valérian où Jean-Claude Mézières accompagne Luc Besson pour créer une filiation autour de la BD. En revanche, lorsque le film est très mauvais, on ne va surtout pas les chercher. »

Manuel Soufflard partage le même avis : « Pour des projets d’adaptations de livres de genre comme l’imaginaire ou le policier, la communication se fait très en amont et repose sur le livre. Ce qui compte pour une sortie cinéma, c’est le jour de la sortie. Il n’y a donc rien de mieux pour démarrer un film que de préparer une communauté de lecteurs acquise en amont. » Il va même plus loin pour le cas particulier des adaptations de long-sellers : « Pour les cas des long-sellers, il ne faut surtout pas perdre la communauté relais mais faire une passerelle entre les deux œuvres. Pour ce faire, il y a de multiples leviers, la couverture n’est que la pointe de l’iceberg : on peut faire des campagnes d’affichage, faire passer l’information sur les réseaux commerciaux, les réseaux sociaux, mettre des affiches en librairie, sur les communs. Tout dépend surtout du budget ».

Notre public

Cependant, selon Alexis Mas, miser uniquement sur le fait que l’œuvre soit une adaptation n’est plus pertinent aujourd’hui : « Les grands lecteurs sont en général au courant de la sortie d’une adaptation. Les mentions « inspiré d’une histoire vraie » ou « adapté de » sont devenues très galvaudées et trop récurrentes pour générer de l’envie. » Manuel Soufflard étaye d’ailleurs cette idée avec ces chiffres : « Au Livre de Poche par exemple, il y a 700 titres sur 6 500 en vue pour être des adaptations. Mais en réalité, à peine 10% de ce chiffre verront le jour. C’est sûrement le même cas sur le catalogue poche de Folio. »

En revanche, tous s’accordent à dire qu’ils doutent que l’œuvre originale puisse être un élément gênant dans la communication autour de tel projet. Il faut toutefois savoir, dans une seconde étape, s’en détacher, comme nous l’explique Manuel Soufflard : « Une fois la filiation rappelée, il faut à un moment donné s’affranchir du livre pour montrer l’apport du film sinon cela n’a pas vraiment d’intérêt. Et puis cela permet aussi de s’élargir à ceux qui n’ont pas lu le livre ou ne le connaissent pas du tout ».

C’est sur ce consensus que s’est terminé le débat, après quoi tous nos participants ont été conviés à un buffet où se sont prolongées les conversations. Merci à nos quatre invités pour leur intervention.

Retrouvez l’intégralité de l’étude sur SlideShare.

Où Babelio vous présente ses nouveaux insignes pour les experts

Souvenez-vous, il y a un peu près 5 ans, Babelio vous faisait découvrir ses insignes experts qui récompensent les grands contributeurs et mettent en lumière les lecteurs férus d’un domaine particulier. Ainsi, les amateurs de littérature anglaise se sont vus décorés d’un badge montrant l’étendu de leur maîtrise, tout comme les spécialistes des romans d’amour, de philosophie ou de comics.

A la demande des Babelionautes, la liste des insignes s’est élargie pour s’ouvrir à de nouveaux horizons. Après le XIXème siècle, c’est au tour des siècles antérieurs d’être à l’honneur, ce qui devrait ravir les amateurs de romans historiques ou les amoureux de ces périodes. Les experts du 9ème art ne sont pas en reste puisque trois nouvelles catégories dédiées au manga ont été créées : le shônen, le shôjo et le seinen, le tout accompagné d’un badge consacré au roman graphique. Les autres petits nouveaux se trouvent ci-dessous, nous vous laissons le soin de les découvrir sans plus attendre et de consulter leurs descriptions sur la page dédiée aux experts.

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Si vous pensez que d’autres badges manquent à l’appel, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire. Peut-être seront-ils les prochains à voir le jour sur le site.