Jessie Burton vous révèle les secrets des Filles au lion

Quel lien peut-il y avoir entre le Londres de 1967 et l’Andalousie des années 1930 ? Rien à première vue, si ce n’est un mystérieux tableau dont Jessie Burton nous révèle les secrets dans son second roman Les filles au lion publié chez Gallimard. Une trentaine de lecteurs de Babelio ont pu rencontrer l’auteure le 29 mars dans les jardins de la maison d’édition pour faire la lumière sur les dernières zones d’ombre qui entouraient cette toile énigmatique.

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l’énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage.

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Mêler histoire, philosophie et émotion

Pour son second roman après Miniaturiste, Jessie Burton tenait à aborder trois sujets différents : “Je voulais d’abord parler de l’héritage de l’époque colonialiste britannique, en particulier des Caraïbes, car c’est un sujet que l’on évoque rarement. Il est très peu enseigné et je voulais le mettre en avant. Ensuite, je souhaitais évoquer la Guerre Civile espagnole, un évènement que j’ai pu approfondir durant mes études hispaniques. C’est aussi un thème qui m‘attirait particulièrement car je me rends régulièrement en Andalousie et partage certaines affinités avec cette culture. Enfin, je tenais à parler de l’art et de sa pulsion destructrice. En somme, je voulais donner un intérêt historique, philosophique et émotionnel à mon récit.”

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Un roman féministe

Jessie Burton place les femmes au centre de son roman, incarnant de fait pour les lecteurs une certaine idée du féminisme : “Le mot “féminisme” est un terme complexe à mon sens. Je suis bien sûr en faveur de l’égalité homme-femme et je pense qu’il y a toujours des inégalités à ce niveau partout dans le monde. Mais j’ai grandi sans le savoir dans un univers qui favorise les idées féministes. Ce que je tenais à montrer, c’est que la femme possède force et ambition dès l’instant où ses histoires de cœur n’occupent pas une position centrale. Dans mon roman, la relation d’Odelle avec le personnage de Lawrie Scott est quelque peu accessoire. Elle n’est pas l’enjeu principal. La vie des personnages féminins est, au contraire, centrée autour de la création.”

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Regagner les clés du pouvoir

“Lorsqu’un homme écrit un livre, on dit qu’il écrit pour l’humanité. Lorsqu’une femme écrit un livre, on pense qu’elle le fait pour son expression personnelle !” C’est forte de ce constat que Jessie Burton a tenté de redonner le pouvoir aux femmes de son récit : “Les hommes ont les clés du pouvoir, les femmes quant à elles vont manipuler le système pour renverser subtilement la tendance. C’est une relation assez complexe car elles doivent chercher protection auprès d’eux tout en devant s’en affranchir. Finalement, la présence des hommes reste assez périphérique dans le roman. Ils ne prennent pas tant de place dans les pages du livre mais ils influencent l’histoire. Il y a un préjugé instauré d’emblée qui veut que l’autorité n’appartienne qu’aux hommes. La grande question, c’est : où plaçons-nous l’autorité ?”

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L’amitié au-delà des classes sociales

On trouve, au sein du roman, deux amitiés très fortes entre deux femmes. A chaque fois, l’une des deux joue un rôle important afin que la seconde puisse s’épanouir – Marjorie Quick pour Odelle et Teresa pour Olive : “Je pense que c’est important de ne pas avancer seule. Moi-même, je ne serais rien sans le soutien que j’ai reçu de mes professeurs ou de mes amis. Le mythe veut que les femmes ne s’entraident pas mais je pense que c’est totalement faux. De plus, dans mes livres, mes personnages sont toujours issus de classes sociales différentes. Je pense sincèrement que l’amitié et l’entraide dépassent cette idée de classe tout autant que les genres.”

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Un rapport à l’art assez traditionnel

Bien que les personnages aient tous une vision très moderne de la vie, leur rapport à l’art reste paradoxalement très traditionnel : “Olive vient de la haute société, Odelle de Trinidad. Toutes les deux sont d’une grande modernité en ce qui concerne leur vie privée mais sont très timorées en art. Je trouvais cela plutôt intéressant. Les tableaux d’Olive sont inspirés d’une peintre portugaise qui faisait dans le figuratif quand la mode était à l’abstrait. Olive a son style, elle l’affirme dans sa peinture. Odelle, quant à elle, a reçu une éducation plus classique, sa façon de parler est plus conventionnelle, son écriture suit le même chemin. Olive est conservatrice picturalement mais ce que je voulais mettre le plus en évidence dans son travail, c’était l’usage des couleurs. Il est vrai, cependant, que les deux entretiennent un rapport à l’art formel et classique.”

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Une continuité avec la peinture espagnole

Tous les tableaux décrits dans l’ouvrage sortent de l’imagination de Jessie Burton. Cependant, elle s’est inspirée d’histoires issues de la culture espagnole : “Lorsque j’ai écrit mon livre, j’avais envie de décrire des tableaux. J’ai cherché l’inspiration sur Internet et je suis tombée sur l’histoire de Justa et Rufina (Santa Justa y Santa Rufina) : une histoire de sœurs qui se dressent contre la société et qui sont aussi deux femmes artistes. Je trouvais le sujet adapté. Plus tard, j’ai découvert que cette histoire avait inspiré d’autres peintres espagnols comme Diego Vélasquez ou Francisco de Goya. De là s’est construite, par le plus grand des hasards, une forme de continuité avec cette tradition ancrée dans la peinture espagnole.”

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D’actrice à écrivain

Même si son premier roman a connu un succès retentissant, Jessie Burton ne rêvait pas de devenir auteur, du moins, pas au début : “J’écris depuis l’âge de cinq ou six ans, mais je n’ai jamais voulu être écrivain. En réalité, je voulais devenir actrice ou vétérinaire… ou tenir un pub ! Mais j’ai toujours écrit : c’était une manière pour moi de gérer ma vie. J’ai toujours pensé qu’écrire était plus difficile que de jouer la comédie. Jouer est plus social, on peut mettre de côté son personnage tandis qu’écrire s’apparente plutôt à de la psychanalyse, cela relève plus d’un engagement avec soi-même. A mes vingt-sept ou vingt-huit ans, ma carrière d’actrice n’avait pas vraiment décollé. Naïvement, j’ai changé mon rêve de devenir actrice pour celui d’être écrivain, sans même imaginer pouvoir en vivre. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire Miniaturiste. Mon manuscrit avait été refusé à plusieurs reprises, mais ce n’était pas grave. J’ai eu de la chance mais j’ai aussi travaillé pour la provoquer.”

Découvrez Les filles au lion de Jessie Burton, publié chez Gallimard.

Passez du rire aux larmes avec Anna McPartlin

Passer du rire aux larmes en lisant un roman sur le deuil est rare mais n’est pas impossible. La preuve, Anna McPartlin a réalisé cette prouesse dans son dernier roman paru en France, Mon midi, Mon minuit, publié au Cherche Midi. Bouleversés par cette lecture, véritable ascenseur émotionnel, une trentaine de lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteure le lundi 27 mars dernier, la tête emplie de questions.

L’interprétariat a été assuré par Fabienne Gondrand.

À la suite d’un drame, le monde d’Emma, jusque-là rempli de promesses, s’effondre. La jeune femme plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre…
Comment survivre à la perte et au chagrin ?
Quel courage l’existence peut-elle parfois exiger de nous ?

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Naissance du roman

Mon midi, Mon minuit est le premier roman qu’a écrit Anna McPartlin. S’il n’arrive que cette année en France, il a en réalité été publié dix ans plus tôt au Royaume-Uni. Mais sa genèse remonte à bien plus loin : “Quand j’étais jeune, un de mes amis, qui était aussi le petit-ami d’une de mes meilleures amies, s’est suicidé. J’ai alors écrit trois pages, que j’ai laissées de côté une dizaine d’années jusqu’à la parution de mon livre. Elles n’ont pas bougées et sont restées telles quelles dans le roman : il s’agit du moment où Emma perd John.” Même si Anna fut inspirée par ce moment tragique, son œuvre n’en reste pas moins que de la fiction : “Je ne parle pas de mon amie dans mon roman, mais je l’ai observée et comprise. C’est d’ailleurs son livre préféré car toute la souffrance est vraie. Elle a l’impression de lire ce qu’elle a vécu. Et quand elle l’ouvre, elle pleure ! La dédicace lui est adressée.”

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Célébrer la vie

La mort est un thème qui revient incessamment chez Anna McPartlin, tant dans ce roman que dans les précédents. Pourtant, c’est bel et bien la vie qui obsède l’auteure : “Le sujet du livre, c’est le décès. Mais mon livre ne se limite pas à cela. C’est aussi un livre qui parle de survie, un livre qui montre comment une épreuve nous fait grandir, comment on doit continuer après un tel choc et comment on doit, malgré tout, trouver la joie. Tous mes livres parlent de mort donc tout le monde pense qu’elle m’obsède. Mais en réalité, je suis obsédée par la vie ! J’ai beaucoup été entourée par la mort ou la maladie dans ma vie et cela m’a appris qu’on a de la chance d’être là. Je veux célébrer l’amour de la vie. Je pense que vivre sa vie pleinement et mourir subitement n’est pas tragique. La vraie tragédie, c’est de passer à côté de sa vie.”

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Le deuil comme une onde de choc

La mort frappe tous les personnages dans le roman, un peu comme si le décès d’un être était à l’image d’une pierre qu’on lance dans l’eau : l’onde de choc atteint peu à peu tout le monde. “C’est exactement cela : je voulais montrer la répercussion du deuil. Ma mère était atteinte de sclérose en plaques et était en fauteuil roulant. A cette époque, elle et son amie Trudy étaient inséparables, elles s’épaulaient beaucoup. Puis, à mes 17 ans, j’ai perdu ma mère et j’ai alors eu l’impression de perdre mon monde entier. Lorsque, six mois après le décès de ma mère, je suis allée rendre visite à Trudy, j’ai réalisé qu’elle aussi avait été affectée par sa perte, tout comme l’étaient mon oncle et ma tante. De la même manière, quand mon amie a perdu son compagnon, moi aussi j’étais affectée. Tout le monde en souffre. Le deuil se départage, se démultiplie chez les gens mais paradoxalement, il les rapproche aussi.”

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Une ode à l’amitié et la famille

Le soutien et l’entraide sont aussi des valeurs clés, à la fois dans l’ouvrage mais aussi pour Anna McPartlin. Chacun de ses personnages est aidé par un autre et ce choix n’a rien d’anodin : “L’entraide est un des thèmes forts du livre. C’est un roman sur l’amitié. En général, je dis toujours que j’ai quatre thèmes forts quand j’écris des scripts ou des livres : l’amour, la perte, l’amitié et la famille. Et par famille, j’entends différents types de famille avec toutes les teintes et les dynamiques qu’elle peut prendre : j’étais fille unique, mes parents se sont séparés dans l’Irlande des années 1970. J’ai alors vécu à Dublin avec ma mère. Quand elle est tombée malade, j’ai vécu avec mon oncle et ma tante, qui avaient 5 enfants qui sont pour moi comme des frères. Puis à 15 ans, j’ai appris que j’avais une demie-soeur. De la même façon, l’amitié est pour moi quelque chose d’aussi important que la famille. Quand la famille s’évapore, l’amitié cristallise. Mes amis sont comme une deuxième famille pour moi.”

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Regard sur la prêtrise

Un des personnages principaux du roman, Nigel, est prêtre. A travers lui, Anna McPartlin a essayé de comprendre les choix qui mène à cette vocation : “Le personnage de Nigel est prêtre car j’ai un ami qui est devenu prêtre. A cette époque, il y a 10 ans donc, j’étais jeune et je ne comprenais absolument pas sa décision ! C’était impossible pour moi de concevoir son choix. C’est à travers Nigel que j’ai essayé de le comprendre. L’athéiste en moi se demandait comment il était possible pour quelqu’un de consacrer sa vie à l’invisible. J’ai donc su dès le début où je voulais aller avec le personnage de Nigel. Etre prêtre est difficile, le regard des autres est lourd. Je voulais lui rendre justice. Je savais que cela allait être dur mais j’ai beaucoup travaillé en ce sens.”

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L’influence de l’Eglise catholique en Irlande

La vision qu’a Anna McPartlin de l’Eglise catholique irlandaise n’est cependant pas des plus tendres. Elle pose au contraire un regard assez critique sur son influence à travers le personnage d’Emma : “Il faut remettre les choses en contexte : En ce temps-là, il y avait beaucoup de problèmes avec l’Eglise catholique et les prêtres en Irlande. Si Emma a cette réaction envers l’Eglise, c’est parce que l’Eglise est contre les femmes. La contraception est arrivée dans les années 1970 mais on n’a commencé à la trouver en pharmacie qu’à partir des années 1980 alors que pour moi c’est un droit fondamental ! D’autre part, l’avortement est toujours illégal en Irlande et l’Eglise le pontifie. Si vous voulez avorter vous devez prendre l’avion et vous rendre en Grande-Bretagne. Cela a aussi engendré beaucoup d’abus dans les années 1950 à 1970 de la part de l’Eglise. Des femmes étaient par exemple dans des centres spéciaux avec des nonnes, leurs bébés mouraient, ceux qui étaient toujours en vie étaient vendus aux Etats-Unis et les femmes formaient une main d’œuvre gratuite. On a retrouvé un véritable charnier à ces endroits de près de 700 corps de bébés et d’enfants. Il y a une véritable souffrance en Irlande. Depuis les années 1970 et l’arrivée de l’Irlande dans la Communauté Économique Européenne (l’ancêtre de l’Union Européenne), les choses se sont un peu améliorées. L’Europe a tiré l’Irlande vers le haut et a permis aux Irlandaises d’obtenir plus de droits.”

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Hommage à W.H. Auden

Le titre original du roman, Pack up the moon, provient d’un éloge funèbre de W.H. Auden. Si l’on peut y voir un clin d’œil au film Quatre mariages et un enterrement dans lequel le poème est lu par John Hannah, il a une signification toute particulière pour Anna McPartlin : “C’est un poème que j’ai étudié quand j’avais 17 ans pour mon diplôme et il m’a réellement marqué. D’ailleurs, quand je suis allée voir le film qui l’a rendu célèbre, je me suis littéralement effondrée dans la salle ! Je n’avais pas vraiment d’idée de titre pour mon roman, tout ce que je voulais dire était dans ce poème.” Et la traduction française est restée fidèle à cette volonté : “Pour la traduction de la version française, le titre a été pioché au sein du même poème. C’est tout ce qui m’importait.”

Retrouvez Mon midi, Mon minuit d’Anna McPartlin, publié au Cherche Midi

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de livres au cinéma

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs », Babelio a présenté le 23 février dernier une nouvelle étude sur les adaptations de livres au cinéma. Quel est le rapport des lecteurs aux adaptations ? Savent-ils toujours qu’un film est tiré d’un livre ? Quel chemin font-ils du livre au film ou du film au livre ?

Adaptations de livres au cinéma

Pour répondre à ces questions et en savoir davantage sur les amoureux du cinquième et du septième art, Babelio a mené une enquête durant la dernière semaine de janvier auprès de 2 262 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs.

table des invités

Quatre intervenants étaient présents pour nous aiguiller et partager leurs avis face aux résultats : Caroline Bismuth-Dardour, présidente de Silenzio (agence de publicité spécialisée dans les sorties cinéma),  Nathalie Cerdin, responsable marketing de Bayard Jeunesse, Manuel Soufflard, chef de groupe marketing chez J’ai Lu ainsi qu’Alexis Mas, président de Condor Entertainment (compagnie d’édition et de distribution cinématographique). L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, puis suivie d’un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio.

Nos participants

De gauche à droite : Caroline Bismuth-Dardour, Manuel Soufflard, Nathalie Cerdin et Alexis Mas

Cinéma et littérature se mêlent et s’entremêlent, si bien que depuis quelques années, on ne peut que constater que le premier a tendance à se nourrir de la seconde, et ce quel que soit le genre de l’œuvre en question. Du fantastique, en passant par la romance ou par le polar, sans oublier les adaptations de bandes dessinées, les livres forment une source d’inspiration intarissable. Pour preuve, parmi les films ayant dépassé les 100 000 entrées en salle en 2016, un sur quatre était adapté d’une œuvre littéraire.

L’enjeu de telles adaptations est double : pour les producteurs et distributeurs, les lecteurs forment un public de fans de l’œuvre à conquérir ; pour les éditeurs, une adaptation peut donner un second souffle à un ouvrage qui trouvera alors un nouveau lectorat. De fait, le lecteur occupe une place prédominante dans la promotion du projet, ce pourquoi il est capital de le connaître un peu plus.

 

Le profil des lecteurs

Une fois encore, la grande majorité des répondants sont des lectrices. Elles sont, pour cette étude, 84% à s’être prêtées au jeu. Cette caractéristique reflète la communauté des inscrits sur Babelio puisqu’on ne compte pas moins de 80% de femmes sur le site et s’accorde avec le lectorat français qui a une forte propension féminine. Néanmoins, cette particularité tend à s’estomper si l’on s’intéresse au trafic du site qui génère « seulement » 60% de femmes.

proportion homme femme

Tous les répondants font partie d’un public adulte mais l’on note tout de même qu’un sur deux a entre 25 et 45 ans. Jeune et féminin, notre panel est aussi composé d’une écrasante majorité de grands lecteurs. 94% d’entre eux déclarent lire plus d’un livre par mois, contre 16% de la population française et près de la moitié (47%) lisent au moins un livre par semaine.

Les interroges sont de grands lecteurs

Près de sept interrogés sur dix sont aussi de précieux prescripteurs qui n’hésitent pas à recommander des ouvrages aux plus jeunes en tant que parents, professeurs, bibliothécaires ou tout simplement en qualité de lecteurs. Ce point est d’autant plus important que près de neuf personnes sur dix (88%) considèrent que les adaptations amènent les enfants à la lecture.

lecteurs prescripteurs

 

Le niveau d’information des lecteurs sur les adaptations

Si l’on sait les grands lecteurs extrêmement bien informés sur les différentes parutions en librairie, qu’en est-il de leur niveau d’information sur les adaptations cinématographiques ? Pour le savoir, ils ont été soumis à une série d’affiches à partir desquelles ils devaient indiquer s’ils savaient ou non que ces films étaient tirés de livres.

On constate d’emblée que même si les lecteurs ne savent pas systématiquement qu’un film est une adaptation, ils sont tout de même plus au fait que les spectateurs. Par exemple, plus de la moitié des répondants (54%) sait que le film d’animation Ma vie de Courgette est tiré d’une œuvre littéraire, mais il y a fort à parier que les résultats n’auraient pas été les mêmes si la question avait été posée à des spectateurs à la sortie du film. Cependant, même chez les grands lecteurs, on note que cette connaissance dépend surtout de la notoriété de l’œuvre originale. D’autre part, pour tester la bonne foi des lecteurs, Mad Max : Fury Road était aussi proposé dans la liste bien que le film ne soit évidemment pas une adaptation… sauf pour 322 lecteurs.

Les lecteurs ne savent pas ce sont des adaptations

On note aussi que les grands lecteurs sont globalement mal informés de la sortie des adaptions quand bien même tout laisse à penser qu’ils forment le public cible. Si l’on met de côté Un sac de billes dont plus de quatre lecteurs sur cinq (83%) savent que le livre a été adapté au cinéma, on constate un flagrant déficit de notoriété auprès du public des grands lecteurs. En effet, moins de 30% d’entre eux savent par exemple que Seul dans Berlin a été adapté sur grand écran. Cela est d’autant plus dommage lorsque l’on sait que 36% de ces lecteurs seraient allés voir le film s’ils avaient eu connaissance de sa sortie.

Les lescteurs sont mal informés des sorties

 

La consommation des lecteurs

Pour les grands lecteurs, lire le livre qui va être ou a été adapté pousse à voir l’adaptation. En effet, neuf lecteurs sur dix déclarent être allés voir un film parce qu’ils avaient appréciés le livre d’origine.

Parmi les films les plus vus après avoir lu l’ouvrage, on trouve une large variété de genres. Nombreux sont ceux à avoir cité des œuvres fantastiques comme les séries Harry Potter, Hunger Games, Le Seigneur des Anneaux ou encore Divergente. Mais la littérature générale avec Elle s’appelait Sarah ou La couleur des sentiments, le polar avec Gone Girl ou la saga Millenium et même la littérature classique avec Jane Eyre ou Gatsby le Magnifique ne sont pas en reste. Exception faite pour les puristes (qui représentent une minorité de 4%), les lecteurs apprécient de savoir qu’un roman qu’ils ont particulièrement aimé va être adapté et sont prêts à aller voir le rendu sur grand écran.

Films les plus vus après la lecture du livre

Réciproquement, la très grande majorité des lecteurs (97%) a déjà lu un livre après avoir vu le film dont il a été adapté. C’est donc un parfait exemple de fertilisation croisée où la découverte se fait dans les deux sens : le public du livre élargit celui du film et inversement.

Livres les plus lus après visionnage du film

La lecture de romans à suspense après le visionnage du film ne semble pas retenir les lecteurs puisqu’ils citent de nombreux thrillers qui ont la particularité d’avoir un twist final important comme Shutter island ou Ne le dis à personne. Toutefois, on note une certaine préférence des lecteurs à lire l’œuvre avant de la voir puisque les trois quarts préfèrent dévorer l’ouvrage avant de foncer dans les salles obscures.

Lire le livre avant le film

 

Et si l’on compare l’original et l’adaptation ?

Lorsque l’on interroge les lecteurs sur les adaptations qui les ont agréablement surpris, on distingue clairement des films qui ne sont pas des adaptations au pied de la lettre du livre mais qui, au contraire, proposent un regard particulier sur celui-ci. C’est le cas par exemple de Shining ou de  Gone Girl qui ont su séduire même si elles étaient éloignées du texte original. Manuel Soufflard va lui aussi dans ce sens : « Je ne pense pas que vous seriez capable de me donner dix titres d’adaptations meilleures que l’original, et si elles le sont, elles sont en général totalement dissociées de l’œuvre. Dans des cas comme cela, où les deux œuvres sont éloignées, est-ce vraiment intéressant pour l’éditeur de faire la filiation ? Après, il s’agit d’un nombre de cas restreints où l’éditeur ne pouvait pas s’appuyer sur le livre, par exemple s’il était très peu lu comme Chuck Palahniuk pour Fight Club. À l’inverse, si le film fonctionne, il peut être intéressant de communiquer dessus pour relancer le livre ».

Bonnes adaptations

À l’inverse, on note parmi les adaptations qui ont le plus déçu les lecteurs de nombreux films fantastiques comme Eragon, Divergente, À la croisée des Mondes ou Miss Peregrine. Ces titres ont en commun le fait d’avoir des univers forts dont la représentation visuelle n’a peut-être pas été à la hauteur des espérances des lecteurs.

Pour Alexis Mas, le point noir est plutôt à chercher du côté du manque de profondeur de ces adaptations : « Ce n’est pas tant la mise en images qui déçoit les lecteurs car le budget alloué à cela est suffisamment conséquent mais la retranscription du récit et des caractérisations du livre. Elles sont souvent ratées et cela donne des films froids, sans âme. »

À noter, le cas particulier de la saga Harry Potter pour qui les lecteurs sont partagés puisqu’elle figure dans les deux catégories.

Mauvaises adaptations

Pourtant, les lecteurs s’accordent à dire que les littératures de genre semblent propices à l’adaptation, en particulier le fantastique et les littératures de l’imaginaire (59%), le polar (79%) et le roman historique (66%). En revanche, la littérature générale se place dans les dernières positions avec 32%, devançant ainsi les BDs, comics et mangas (18%).

Les genres propices à l'adaptation

 

Les changements engendrés par les adaptations

Les éditeurs capitalisent souvent sur la sortie du film pour refaire la couverture d’un livre adapté avec l’affiche de celui-ci. Quel que soit le genre en question (jeune adulte, chick-lit, polar, classique), les grands lecteurs préfèrent la couverture originale à celle reprise de l’affiche bien que certains titres comme Cosmopolis ou Un long dimanche de fiançailles fassent figures d’exception. D’ordinaire, cette reprise est plutôt destinée à conquérir un public de nouveaux lecteurs et cela se confirme dans les réactions des grands lecteurs : 38% d’entre eux n’apprécient pas les couvertures reprises d’un film bien qu’un quart admet tout de même que cela est une bonne chose en plus de pouvoir attirer l’attention.

Les grands lecteurs préfèrent la couverture originale

Pour Manuel Soufflard, la couverture des livres qui ont bien fonctionné a tendance à se figer dans l’esprit du lecteur. Pour ceux qui n’ont pas eu le même succès, la couverture qui reprend l’affiche peut être un vrai levier : « Shining reste très attaché à l’affiche du film par exemple. » Nathalie Cerdin ajoute : « Les droits de conserver la couverture d’un livre sont très courts. On les obtient pour la sortie du film au cinéma, puis pour sa sortie DVD. Mais un an après, dans la majeure partie des cas, on retrouve la couverture d’origine, ce qui devrait consoler les grands lecteurs. » Cependant, elle voit une certaine contradiction entre ce désamour de la couverture tirée de l’affiche et le manque d’informations précédemment abordé dont disposent les grands lecteurs sur les sorties d’adaptation : « La couverture est une vraie vitrine pour faire le relai entre le cinéma et le livre ».

Inversement, voir le titre d’un livre sur l’affiche d’un film n’est pas gage de qualité pour les grands lecteurs mais cela attise la curiosité de près de trois quarts d’entre eux.

Mention du livre sur l'affiche

Pour ce qui est des changements de titres engendrés par une adaptation, les lecteurs ont des avis quelque peu partagés. En général, moins le livre est populaire, moins l’attachement à son nom d’origine est fort. Par exemple, pour le livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck adapté au cinéma sous le nom de La confession par Nicolas Boukhrief, seuls 35% des interrogés auraient préféré que le titre du roman soit conservé tandis que 46% aurait préféré que le film Mister Ove d’Hannes Holm garde son titre d’origine Vieux, râleur et suicidaire.

la confession

mister owe

Les causes de ces changements de noms sont multiples. Pour Nathalie Cerdin, ils sont parfois nécessaires pour ne pas induire en erreur le public qui découvre l’adaptation  : « Pour le film Le septième fils de Sergey Bodro, le titre choisi est différent de celui de la saga d’origine, qui est L’épouvanteur. Ce nom évoquait plutôt un film d’horreur. Puisqu’ils ont été dissociés, cela a été à nous de faire se rejoindre les deux, mais rien n’a été changé sans l’accord de l’auteur. En général, quand il y a un changement de titre, il faut arriver à mettre l’original sur l’affiche. »

Alexis Mas partage cet avis : « Le médecin d’Ispahan, qui a été adapté sous le nom de L’oracle, avait des lecteurs avant sa sortie en salle. Il a fallu les faire revenir, surtout que l’adaptation était bonne, mais sans utiliser le même titre qui ne crée pas d’envie lorsque l’on n’a pas ce rapport au livre. Il y a donc eu un retitrage au niveau français pour le titre du film afin qu’il soit plus large et plus fédérateur. À cela, on a ajouté des informations pour ne pas couper le lectorat d’origine. On a par exemple gardé le même visuel pour le livre et le film, mais pas leur nom ».

Invités

Manuel Soufflard invoque quant à lui une autre raison : « Il y a aussi un effet dû à la mondialisation : quand le titre n’est pas le même en français, il faut réussir à suivre. Depuis peu, on voit s’accentuer le fait de garder le nom anglais, même en français, voire même de mettre les deux titres (français et anglais) sur la couverture. Il vaut quand même mieux garder le titre anglais si le film est plus populaire que le livre ».

 

Les livres que les lecteurs rêveraient de voir adaptés au cinéma

Dans leurs rêves les plus fous, les grands lecteurs aimeraient voir adaptée en salles obscures une gamme de genres, là encore, très variée. On y trouve par exemple La nuit des temps de René Barjavel  ou La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Plus surprenant, on trouve des titres de littérature générale comme L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ou Chanson douce de Leïla Slimani quand bien même les lecteurs n’avaient pas jugé le genre propice à l’adaptation auparavant.

Les livres que les lecteurs rêvent de voir adaptés

 

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat autour de l’enquête.

Caroline Bismuth-Dardour prend la parole la première pour exprimer sa surprise « en bien » de la réciprocité du lien entre livre et film. Pour elle, l’adaptation de film crée une relation entre cinéma et littérature plus forte qu’elle ne l’aurait imaginé. Manuel Soufflard est lui aussi ravi de cet effet double. « Hélas, nous dit-il, cela ne peut pas fonctionner automatiquement. Il n’y a pas de lien systématiquement établi entre les deux mais c’est réjouissant quand ça l’est ». Nathalie Cerdin est, quant à elle, un peu plus catégorique : « Dès la bande annonce, on sent si le lecteur d’origine va accrocher. Et cela permet aussi de faire découvrir le livre à un nouveau lectorat ».

Nos participants

En ce qui concerne le rôle du grand lecteur dans le lancement d’une adaptation, il en est pour Caroline Bismuth-Dardour l’acteur capital : « Les grands lecteurs sont des ambassadeurs qu’on va chercher très tôt et en même temps, on les craint car on a très peur du bouche à oreille défavorable. On commence la communication autour d’un film très tôt. On va donc chercher le public acquis, c’est-à-dire les lecteurs, et il faut le rassurer avec des éléments de communication et des informations distincts. C’est ce qui est fait par exemple autour de la sortie de Valérian où Jean-Claude Mézières accompagne Luc Besson pour créer une filiation autour de la BD. En revanche, lorsque le film est très mauvais, on ne va surtout pas les chercher. »

Manuel Soufflard partage le même avis : « Pour des projets d’adaptations de livres de genre comme l’imaginaire ou le policier, la communication se fait très en amont et repose sur le livre. Ce qui compte pour une sortie cinéma, c’est le jour de la sortie. Il n’y a donc rien de mieux pour démarrer un film que de préparer une communauté de lecteurs acquise en amont. » Il va même plus loin pour le cas particulier des adaptations de long-sellers : « Pour les cas des long-sellers, il ne faut surtout pas perdre la communauté relais mais faire une passerelle entre les deux œuvres. Pour ce faire, il y a de multiples leviers, la couverture n’est que la pointe de l’iceberg : on peut faire des campagnes d’affichage, faire passer l’information sur les réseaux commerciaux, les réseaux sociaux, mettre des affiches en librairie, sur les communs. Tout dépend surtout du budget ».

Notre public

Cependant, selon Alexis Mas, miser uniquement sur le fait que l’œuvre soit une adaptation n’est plus pertinent aujourd’hui : « Les grands lecteurs sont en général au courant de la sortie d’une adaptation. Les mentions « inspiré d’une histoire vraie » ou « adapté de » sont devenues très galvaudées et trop récurrentes pour générer de l’envie. » Manuel Soufflard étaye d’ailleurs cette idée avec ces chiffres : « Au Livre de Poche par exemple, il y a 700 titres sur 6 500 en vue pour être des adaptations. Mais en réalité, à peine 10% de ce chiffre verront le jour. C’est sûrement le même cas sur le catalogue poche de Folio. »

En revanche, tous s’accordent à dire qu’ils doutent que l’œuvre originale puisse être un élément gênant dans la communication autour de tel projet. Il faut toutefois savoir, dans une seconde étape, s’en détacher, comme nous l’explique Manuel Soufflard : « Une fois la filiation rappelée, il faut à un moment donné s’affranchir du livre pour montrer l’apport du film sinon cela n’a pas vraiment d’intérêt. Et puis cela permet aussi de s’élargir à ceux qui n’ont pas lu le livre ou ne le connaissent pas du tout ».

C’est sur ce consensus que s’est terminé le débat, après quoi tous nos participants ont été conviés à un buffet où se sont prolongées les conversations. Merci à nos quatre invités pour leur intervention.

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Où Babelio vous présente ses nouveaux insignes pour les experts

Souvenez-vous, il y a un peu près 5 ans, Babelio vous faisait découvrir ses insignes experts qui récompensent les grands contributeurs et mettent en lumière les lecteurs férus d’un domaine particulier. Ainsi, les amateurs de littérature anglaise se sont vus décorés d’un badge montrant l’étendu de leur maîtrise, tout comme les spécialistes des romans d’amour, de philosophie ou de comics.

A la demande des Babelionautes, la liste des insignes s’est élargie pour s’ouvrir à de nouveaux horizons. Après le XIXème siècle, c’est au tour des siècles antérieurs d’être à l’honneur, ce qui devrait ravir les amateurs de romans historiques ou les amoureux de ces périodes. Les experts du 9ème art ne sont pas en reste puisque trois nouvelles catégories dédiées au manga ont été créées : le shônen, le shôjo et le seinen, le tout accompagné d’un badge consacré au roman graphique. Les autres petits nouveaux se trouvent ci-dessous, nous vous laissons le soin de les découvrir sans plus attendre et de consulter leurs descriptions sur la page dédiée aux experts.

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Si vous pensez que d’autres badges manquent à l’appel, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire. Peut-être seront-ils les prochains à voir le jour sur le site.