Lecteurs de BD de non-fiction : quand les bulles racontent le monde

À mi-chemin de la bande dessinée à l’ouvrage de développement personnel, d’histoire ou de vulgarisation, il y a la BD de non-fiction : ouvrage illustré qui se propose de raconter le monde à coup de traits de crayon, de bulles et d’onomatopées. On compte ainsi parmi elles les Chroniques birmanes ou Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle, Philocomix d’Anne-Lise Combeaud, Jean-Philippe Thivet et Jérôme Vermer, ou la série Tu mourras moins bête de Marion Montaigne.

Pour en savoir plus sur ces lecteurs de bande dessinée de non-fiction, nous avons mené une enquête, du 19 au 30 septembre 2017, auprès de 2878 lecteurs. Pour présenter les résultats de cette étude, Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, et Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, étaient épaulés de Moïse Kissous, dirigeant du groupe Steinkis, et d’Anne-Lise Combeaud, illustratrice de Philocomix, invités à interpréter les résultats de cette étude à la lumière de leurs expériences respectives.

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Moïse Kissous, Anne-Lise Combeaud, Octavia Tapsanji et Guillaume Teisseire

Le lecteur Babelio est-il un lecteur de BD de non-fiction ?

Composée essentiellement de grands lecteurs, dont 94% lisent plus d’un livre par mois et 59% un livre par semaine, la communauté Babelio se démarque également par sa population féminine à 75%. Ces lecteurs sont plutôt jeunes puisque 45% des lecteurs interrogés ont moins de 35 ans.

Les lecteurs Babelio sont d’ailleurs des amateurs de bandes dessinées puisque 99% des répondants en lisent, et 80% d’entre eux en ont lu au cours de 12 derniers mois. Cela reste toutefois un genre minoritaire pour 88% des lecteurs, pour qui les bandes dessinées représentent moins de 50% des lectures.

On compte presque autant de lecteurs de non-fiction : 79% des lecteurs interrogés ont en effet déclaré lire des ouvrages d’histoire, d’art, de sciences humaines, de santé, d’actualité, de philosophie, de science, de religion & spiritualité, de politique ou d’économie.

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Moïse Kissous, directeur du groupe Steinkis, souligne d’ailleurs à ce propos la singularité des lecteurs Babelio : “La particularité de ces lecteurs, c’est qu’ils sont très captifs. Je fais partie du syndicat de l’édition, et nous avons récemment commandé une étude GfK, où le public était différent : en France, moins d’une ou deux personnes sur 3 lit une bande dessinée par an. Parmi les tendances observées, on note toutefois deux choses : une féminisation de la lecture de BD d’une part, et le fait que les lecteurs de BD lisent plus que le lectorat général, c’est un public très curieux et éclectique.”

Finalement, ce sont au total 59% des lecteurs qui lisent de la bande-dessinée de non-fiction. Au top 3 de leurs sous-genres préférés, on compte ainsi l’historique, la biographie dessinée et les témoignages. Ils sont suivis par le documentaire, le reportage et la vulgarisation scientifique.

Un phénomène ancien porté par de nouveaux auteurs

Moïse Kissous relève d’ailleurs que si la bande dessinée de non-fiction est très plébiscitée depuis quelques années, ce n’est pourtant pas un phénomène nouveau : il cite ainsi les éditions Glénat, qui avaient déjà une collection dédiée dans les années 70, ainsi que la collection “l’histoire de France en BD” des éditions Larousse.

Quant à savoir pourquoi ce phénomène revient sur le devant de la scène aujourd’hui, Anne-Lise Combeaud propose une explication : “Aujourd’hui, on est saturé d’information et c’est difficile de faire le tri parmi toutes celles qui nous sont proposées. Je pense qu’on a besoin de nouveaux outils pour ça. C’est d’ailleurs dans cet esprit que l’on a pensé Philocomix : ça répond au besoin des gens d’aller à leur rythme, de faire des pauses quand ils en ont besoin.”

“Des auteurs ont émergé depuis les 15 dernières années, qui ont eu envie de casser les codes de la bande dessinée traditionnelle”, poursuit alors Moïse Kissous, “Les maisons d’édition indépendantes ont su les accompagner et développer de nouvelles approches, tant au niveau du graphisme qu’au niveau du format, elles ont notamment fait sauter le format classique des 54 pages.”

Ce point de vue est partagé par Anne-Lise Combeaud : “De nouveaux auteurs ont émergé via les blogs, et de nouveaux outils ont été créés grâce à la liberté inhérente à ces blogs. Les auteurs ont pu tester de nouveaux formats, comme les histoires verticales par exemple.”

“L’offre ne vient donc plus uniquement des auteurs de BD”, termine Moïse Kissous. “D’autres auteurs, qui viennent d’autres segments de l’édition comme les sciences humaines, ont peut-être plus de mal à trouver leur public, alors qu’au contraire, la caution d’un spécialiste sur une bande dessinée donne envie aux lecteurs de la découvrir : c’est pourquoi la BD va aujourd’hui au contact des sciences humaines et des sciences dures. Les sociologues, politologues, etc., aiment ces nouvelles manières de transmettre et se prêtent volontiers à ce nouvel exercice.”

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Un dessin vaut mille mots

Ce sont quatre motifs principaux qui poussent les lecteurs à s’intéresser à la bande dessinée de non fiction.

L’aspect pédagogique, d’abord, est très apprécié des lecteurs, qui aiment se cultiver de manière didactique. 98% des lecteurs s’entendent ainsi pour dire que la BD de non-fiction a des vertus pédagogiques.

Reste encore à convaincre tous les acteurs de l’éducation nationale de la pertinence des bandes dessinées dans l’apprentissage, fait remarquer Moïse Kissous : “Depuis quelque temps, on constate qu’il y a une évolution de la perception des bandes dessinées par les enseignants. Il n’y a plus de rejet et on apprécie leurs vertus pédagogiques et dans l’apprentissage de la lecture, mais il reste des blocages, notamment au niveau des inspecteurs et des recteurs, qui continuent à trouver les bandes dessinées amusantes et ludiques, mais pas éducatives.”

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Ces bandes dessinées sont également plébiscitées par les lecteurs dans la mesure où elles leur permettent de découvrir de nouveaux thèmes et de se documenter sur de nouveaux sujets. D’autant plus que les bandes dessinées incitent elles-mêmes les lecteurs à découvrir des sujets sur d’autres supports : après avoir lu une BD de non-fiction, ils sont 90% des répondants à déclarer vouloir poursuivre leurs recherches sur la problématique abordée via d’autres oeuvres. De même, ils sont 64% à affirmer qu’une bande dessinée de non-fiction leur a permis de découvrir les autres oeuvres d’un auteur.

Un troisième groupe de lecteurs a ensuite mentionné le pouvoir du dessin, qui exprime parfois davantage d’informations ou d’émotions qu’un texte. Anne-Lise Combeaud met ainsi en évidence les atouts des bandes dessinées : “Le dessin exprime des choses de manière spatiale et visuelle. C’est parfois plus facile et plus pratique de se souvenir des concepts grâce à un détail graphique marquant.”

Enfin, c’est le point de vue sur le réel proposé par ces bandes dessinées qui est également recherché par les lecteurs : c’est un genre dans lequel la subjectivité de l’auteur et le parti pris que permet le dessin sont appréciés. “Les auteurs des témoignages L’Algérie c’est beau comme l’Amérique et Comment comprendre Israël en 60 jours n’avaient jamais été publiés avant la parution de leurs ouvrages respectifs, c’est leur propos et l’intimité de ces récits qui ont séduit les lecteurs et les libraires.”, souligne Moïse Kissous. 54% des lecteurs aiment ainsi lorsque les auteurs traitent leur problématique avec subjectivité.

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Malgré toutes ces vertus, les bandes dessinées semblent toujours souffrir d’un manque de crédibilité. Anne-Lise Combeaud, qui s’est inspirée des Dingodossiers pour travailler sur Philocomix, raconte ainsi son expérience : “La difficulté dans la réception de Philocomix, c’est que le dessin est humoristique : on ne voit pas que l’auteur est agrégé en philosophie et que le fond est sérieux, c’est pourquoi le bandeau mentionnant Frédéric Lenoir a aidé l’ouvrage à trouver son public.”

Un média moins intimidant pour une durée de vie rallongée

Si les lecteurs sont curieux de découvrir des thèmes de non-fiction en bande dessinée, ils sont en revanche 50% à affirmer ne pas être intéressés par les mêmes thèmes en non-fiction et en BD de non-fiction : cela est d’abord dû au fait que la bande dessinée, peut-être moins intimidante qu’un essai classique, encourage les lecteurs à se pencher vers des thématiques différentes. Cela est dû ensuite à l’offre de bandes dessinées de non-fiction, qui est différente de celle proposée par les ouvrages texte.

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Le comportement des lecteurs n’est donc pas le même vis-à-vis des ouvrages de non-fiction que des bandes dessinées de non-fiction. Moïse Kissous fait ressortir cette différence : “La BD L’Algérie c’est beau comme l’Amérique, par exemple, c’est un moyen de dialogue entre des lecteurs qui ont deux visions différentes, et des gens qui ont des intérêts divers pour l’Algérie. Dans ce contexte, le lien entre l’auteur et les lecteurs, et l’intervention des auteurs sont très importants. Les auteurs accompagnent ces livres sur la durée, et leur espérance de vie en est rallongée car la demande de discussion et d’intervention ne tarit pas.”

Les éditeurs de bande dessinée de non-fiction sont cependant encouragés à n’écarter aucun sujet, puisque les lecteurs sont 96% à penser que la bande dessinée peut traiter de tous les sujets.

Vers un décloisonnement dans les librairies

Le sujet de la bande dessinée est le premier critère déterminant le choix des lecteurs lorsqu’ils choisissent une nouvelle bande dessinée de non-fiction, suivi de près par le style graphique, qui est en revanche le premier critère lorsqu’il s’agit de choisir une bande dessinée de fiction.

Si la librairie est le premier lieu dans lequel les lecteurs se procurent de nouvelles bandes dessinées, sa première concurrente est en revanche la bibliothèque, qui est la première source d’acquisition de bandes dessinées pour 43% des lecteurs : de quoi encourager le débat sur le travail de prescription des bibliothécaires.

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Pour ce qui est du travail des libraires, 36% des lecteurs les encouragent à classer les bandes dessinées de non fiction dans les rayons des thématiques qu’elles abordent, et pas uniquement dans le rayon BD… mais, paradoxalement, ils ne sont que 15% à les ranger, dans leurs propres bibliothèques, de manière thématique. 85% des lecteurs les rangent en effet avec leurs autres bandes dessinées.

“Le décloisonnement a déjà commencé”, fait remarquer Moïse Kissous “aujourd’hui la bande dessinée représente environ 10% des rayons dans les librairies, mais ça a vocation à s’élargir. Les libraires prennent peu à peu conscience du potentiel de ce rayon et, nous éditeurs, nous essayons de travailler avec eux dans ce sens, pour susciter la curiosité et l’envie des lecteurs.”

Concernant le prix des bandes dessinées de non-fiction, il est perçu comme étant sensiblement le même que celui des bandes dessinées de fiction, soit de 18€. 80% des réponses situent ainsi le prix moyen d’une bande dessinée entre 10€ et 20€.

Une communication plus créative

Comme nous le constatons habituellement dans nos études de lectorat, le bouche-à-oreille est très important pour les lecteurs de BD de non-fiction lorsqu’il s’agit de découvrir de nouveaux ouvrages ou de choisir leur prochaine lecture.

Anne-Lise Combeaud a d’ailleurs souligné sa volonté de toucher de nouveaux canaux de communication lors de la promotion de Philocomix : “On a voulu sortir des canaux de communication traditionnels, on ne s’est pas contentés de faire appel aux médias BD, on a aussi été voir du côté des médias spécialisés en philosophie, bonheur, et humour. Ca nous a permis de nous retrouver à côté des ouvrages de Frédéric Lenoir dans les rayons des librairies, ou à côté de Giulia Enders et de son livre Le Charme discret de l’intestin. Une BD se remarque tout de suite dans un rayon comme ceux-là !”

Seulement 30% des lecteurs étant attachés à une maison d’édition en particulier, la plupart des lecteurs multiplient ainsi les sources de découverte et se fient également aux conseils de leurs libraires pour choisir une nouvelle bande dessinée de non-fiction.

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Delcourt, Futuropolis et Casterman font toutefois partie du trio de tête des maisons d’édition les plus connues par les lecteurs, suivies ensuite par Glénat, Dargaud et L’Association. Plus particulièrement, certaines collections de bande dessinée de non-fiction jouissent d’une certaine notoriété auprès des lecteurs : “Ils ont fait l’Histoire”, chez Glénat, est connue de 59% des répondants, “La revue XXI” par 46% d’entre eux et “La petite bédéthèque des savoirs”, chez Le Lombard, par 39% des lecteurs.

“On se sent plus intelligent”

“Ce que j’aime avec la bande dessinée, c’est qu’on peut décrypter toute l’actualité. Elle est un outil au service de sujets divers et variés, elle ouvre des portes”, conclut ainsi Anne-Lise Combeaud sans manquer de nous conseiller de lire la revue XXI, “ça a changé ma vie, on se sent plus intelligent.”

“Il n’y a aucune limite aux sujets que l’on peut aborder”, termine quant à lui Moïse Kissous. Il nous a, lui aussi, parler des futurs projets des éditions Steinkis : une bande dessinée avec Marie-Eve Malouines, présidente de la chaîne LCP, une autre sur le Samu Social et une dernière sur la géopolitique du football.

Aux maisons d’édition de prolonger cette vague de non-fiction dans la bande dessinée : “continuez”, les encourage ainsi les lecteurs. Curieux, ces derniers leur demandent également d’élargir les thèmes, d’oser le graphisme et de communiquer davantage.

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Retrouvez l’intégralité de notre étude sur Slideshare :

Dans les tréfonds de la mémoire avec Paul Cleave

De Paris à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, il n’y a parfois qu’un pas. C’est en tout cas ce qu’il a semblé à 30 lecteurs Babelio le 9 octobre dernier, lorsqu’ils sont venus rencontrer Paul Cleave après avoir lu son dernier roman, Ne fais confiance à personne, un polar dans lequel un romancier atteint d’Alzheimer est persuadé d’avoir commis les crimes qu’il raconte lui-même dans ses romans…

Merci à Fabienne Gondrand pour l’interprétation.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Nous ne sommes pas très raisonnables. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes. Leurs ouvrages peuvent nous donner des idées regrettables, favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un Alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ?

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De Paul Cleave à Jerry Grey

À première vue, il semble y avoir quelques similitudes entre Paul Cleave et Jerry Grey, le personnage principal de son dernier roman, et pour cause, l’auteur néo-zélandais a confié avoir des points en commun avec son héros : “Plus que n’importe quel roman, Ne fais confiance à personne est un livre très personnel. Ce personnage, c’est moi en plus jeune et en moins grand. Il a seulement deux choses en plus que je n’ai pas : la maladie d’Alzheimer et une famille. Sinon, on vit dans le même type de maison, on a les mêmes voisins, on écoute la même musique (Springsteen et Pink Floyd, en mettant le volume à fond), on partage la même expérience d’écrivain et on a tous les deux sillonné le monde pour parler de nos livres. En revanche, à l’inverse de Jerry, je ne mets pas de frontières aussi distinctes que lui entre l’écriture et ma vie personnelle : j’écris quand l’idée me vient, et je peux le faire jusqu’à très tard dans la nuit.”

D’ailleurs, l’auteur d’Un employé modèle craint d’avoir de plus en plus de points communs avec son personnage principal : “Jerry a 49 ans, et j’avais moi-même 39 ans lorsque j’écrivais ce livre. À l’époque, 49 ans ça me paraissait loin, mais maintenant que ça se rapproche, j’ai peur de partager de plus en plus de choses avec lui : j’ai peur d’avoir Alzheimer, de ne pas m’en rendre compte, et j’ai surtout peur de tuer des gens !”

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Origines du roman

Rapidement, un lecteur a interrogé l’auteur pour savoir comment lui était venue l’idée de son scénario : “Il y a trois éléments qui m’ont donné l’idée d’écrire ce roman. Le premier, c’est mon père : il a 80 ans et je commence à être inquiet qu’il ne devienne malade. Ensuite, je me suis toujours demandé ce que ça ferait de lire mes propres livres pour la première fois, si j’avais un accident par exemple. J’aimerais bien savoir ce que serait cette expérience unique pour un auteur. Enfin, il y a deux ans, j’aidais la mère d’un ami qui est libraire, lorsqu’un client appelle pour commander quelques livres. Il se trouve que ce client avait Alzheimer, et que la mère de mon ami tenait une liste avec toutes ses commandes pour ne pas qu’il achète deux fois le même livre. Il y a deux ans, j’ai fusionné ces trois éléments et je me suis posé deux questions, qui sont à l’origine du livre : qu’est-ce que ça me ferait si je lisais mes propres livres pour la première fois car j’ai Alzheimer ? Est-ce que je me demanderais si ce sont de vrais crimes que j’ai commis, et comment ferais-je pour découvrir la vérité ?”

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Sa relation à la maladie d’Alzheimer

Paul Cleave a poursuivi en précisant la façon dont il a choisi d’aborder la maladie dans ce roman : “Les gens qui ont Alzheimer sont des gens qui oublient et qui se rappellent de choses qui n’ont pas existé. Ca laisse la place à la peur, la frustration et la paranoïa, on voit d’ailleurs que c’est très dur pour Jerry : il soupçonne sa femme de le tromper, a peur qu’on lui vole des choses chez lui… Mais j’ai tenu à mettre une certaine dimension comique dans ce livre, pour alléger l’histoire. Finalement, c’était assez facile d’écrire sur Alzheimer.”

Concernant les recherches effectuées sur la maladie, l’auteur a expliqué qu’elles ne lui avaient pas demandé beaucoup de temps pour l’écriture de ce roman : “Je mentirais si je disais que je n’ai pas fait de recherches pour ce livre, mais 20 minutes passées sur Wikipedia m’ont suffit. Et encore : en 6 minutes j’avais trouvé ce dont j’avais besoin. Je ne voulais pas trop en savoir sur la maladie pour ne pas que ça vienne contrecarrer mon intrigue, alors dès que j’ai vu que la maladie d’Alzheimer faisait naître la paranoïa et pouvait briser une vie de famille, ça m’a suffit : je me suis imprimé une check-list et me suis basé dessus pour l’écriture. Mon boulot, ce n’est pas d’être véridique mais d’être vraisemblable. J’ai d’ailleurs reçu quelques mails de personnes de 70 ou 80 ans qui n’ont pas aimé le livre : certains ont peur de la maladie ou ont perdu quelqu’un à cause de ça. Le livre joue sur cette peur, et ça pourrait paraître injuste ou malhonnête, mais c’est mon boulot de faire ressentir ces choses intensément.”

En revanche, son regard sur Alzheimer a changé au fur et à mesure de l’écriture du roman : “Depuis l’écriture de ce livre et les recherches que j’ai faites, j’ai plus de respect et une crainte immense envers cette maladie. Dès que j’oublie où j’ai mis mes clés ou mon portefeuille, je me dis que “ça y est, j’ai Alzheimer”. Dès que je conduis, que je prends le train et que j’oublie pendant une seconde où je suis, j’ai l’impression que la maladie a frappé. L’avantage, en revanche, si je me retrouve dans une situation embarrassante, c’est que je pourrais facilement dire “ce n’est pas moi, c’est Alzheimer.””

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Habitudes d’écriture

Rebondissant sur l’humour de Paul Cleave, une lectrice a alors pris la parole pour exprimer le plaisir pris à trouver de l’humour dans un polar : “C’est ma marque de fabrique, je trouve que le comique donne du contraste et du relief à un livre. J’essaie d’écrire des livres différents des autres, et le comique fait partie de ma vie : j’aime faire rire les gens et mes amis. Je ris quand j’écris, et je veux que les lecteurs ressentent cela quand ils lisent le livre.”

L’auteur néo-zélandais en a alors profité pour partager avec ses lecteurs ses habitudes d’écriture : “J’ai l’habitude d’écrire dès que j’ai une idée, mais c’est parfois difficile de démarrer. Après avoir écrit le premier chapitre de Ne fais confiance à personne, je n’ai plus rien écrit pendant 6 mois. Il a fallu que je quitte Londres pour aller en Nouvelle Zélande, et c’est là que j’ai trouvé la solution qui m’a débloqué. Enfin, Ne fais confiance à personne reste l’un des livres que j’ai écrit le plus vite. J’ai rédigé la première moitié en deux semaines seulement, c’était très enthousiasmant !”

De fil en aiguille, et sans révéler le secret de son polar, il s’est alors livré sur la façon dont il amène l’histoire jusqu’à son dénouement final : “Je n’avais aucune idée de la fin lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, je ne savais pas qui serait le coupable. J’avais presque terminé mon premier brouillon quand je me suis dit qu’il serait peut-être temps que je choisisse un coupable. J’ai arrêté mon choix à ce moment-là et ai commencé à retravailler mon texte depuis le début. Je ne prévois pas ce qui va se passer lorsque j’écris, j’ai une visibilité d’un ou deux chapitres maximum.”

Sans dévoiler aucun élément clé de l’intrigue, Paul Cleave a ainsi donné des clés aux lecteurs pour comprendre la fin de son roman : “Je n’ai pas choisi cette fin pour des questions morales, mais je l’ai choisie parce que c’est la plus terrible. De toute façon, le plus important pour moi, c’est que la fin soit pertinente. Elle doit être juste, cohérente, et appropriée à l’histoire. Je n’aime pas les rebondissements de dernière minute, j’aime que les fins soient bouclées et que les personnages restent avec les lecteurs.”

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Des projets effrayants

Pour terminer la rencontre, Paul Cleave a laissé glisser quelques confidences à propos de ses envies d’écriture et de son prochain roman : “J’aime vraiment écrire des polars et je ne pourrais jamais écrire de la science-fiction, de la romance ou de la littérature blanche, mais c’est possible que je penche un peu plus vers l’horreur ou le fantastique. À l’origine, je voulais d’ailleurs écrire des livres d’horreur, j’adore ça ! Mon prochain livre sera légèrement surnaturel, voire fantastique. Ca raconte l’histoire d’un garçon de 16 ans qui est aveugle et dont le père est policier. Il est tué par le tueur en série qu’il traquait, et son fils hérite de ses yeux : après l’opération qui lui redonne la vue, il voit son environnement à travers les yeux d’un détective…”

Attendez-vous toutefois à retrouver l’ambiance lugubre de la ville de Christchurch : “Forcément, ça se passera à Christchurch : j’y suis né et j’y vis : je connais donc très bien cette ville, et c’est plus facile pour moi de mettre mes personnages en situation si je connais l’environnement. Mais je vous rassure : ma version de Christchurch n’est pas la vraie version : je lui donne un petit côté Gotham City qu’elle n’a pas en réalité. Mais j’ai quand même reçu quelques mails de personnes qui voulaient venir visiter la Nouvelle-Zélande et qui ne sont pas passées par Christchurch à cause de mes livres, et ça me plaît de penser que j’ai sauvé quelques vies.”

Retrouvez Ne fais confiance à personne de Paul Cleave, publié aux éditions Sonatine.

À la rencontre des membres de Babelio (19)

Avec 500 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

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Rencontre avec thedoc, inscrite depuis le 17 avril 2014.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai toujours eu l’habitude de prendre des notes de mes lectures sur des bouts de papier, des feuilles volantes…sans vraiment trop savoir quoi en faire. Et la plupart du temps, je les perdais ! Comme ma mémoire en plus n’est pas infaillible, cela m’agaçait profondément de ne pas pouvoir retrouver le nom d’un auteur ou d’un personnage d’un livre que j’avais pourtant lu. Il y avait donc urgence à trouver une solution pour que mes lectures ne partent pas en fumée !

J’ai l’habitude dans mon métier (professeur-documentaliste) d’inventorier les livres via un logiciel et je cherchais donc pour mon utilisation personnelle un outil de ce genre … mais nettement plus convivial ! En surfant sur le web à la recherche de nouveautés littéraires, je tombais souvent sur des pages de Babelio qui m’est apparu finalement comme la bibliothèque virtuelle idéale pour garder une trace de mes lectures. J’ai sauté le pas et hop, je me suis inscrite !

J’utilise désormais Babelio aussi bien pour mon goût personnel que pour mon travail.

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Beaucoup de classiques lus durant mes études : romans, poésie, théâtre, essais philosophiques… On y retrouve aussi essentiellement de la littérature contemporaine française autour de mes auteurs favoris : Le Clézio, Pennac, Philippe Claudel, Sylvie Germain, Delphine Bertholon… Quelques policiers et un peu de bandes dessinées. Beaucoup de romans et récits historiques aussi. Et enfin de la littérature ado que je lis par obligation dans le cadre de mon métier mais surtout par plaisir ! Les livres qui peuplent mes étagères sont vraiment des livres que je possède depuis longtemps, auxquels je tiens ou bien des cadeaux. En fait, je n’ai pas une grande bibliothèque car j’emprunte essentiellement au Centre de Documentation et d’Information où je travaille. C’est un peu comme ma « deuxième » bibliothèque que j’approvisionne selon les goûts des usagers… et les miens ! Et là, vous trouverez en grand nombre des polars d’Henning Mankell, d’Arnaldur Indridason ou encore de Dennis Lehane, mes « chouchous ».

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Vous lisez beaucoup de romans historiques, qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Pour faire court : la littérature a été ma première grande passion, l’Histoire la seconde !

Et maintenant, pour faire long… J’ai pu réunir ces deux centres d’intérêt en faisant après mon bac une Prépa littéraire spécialisation Histoire, ce qui m’a permis de bifurquer ensuite sur une fac d’histoire. Mes études supérieures m’ont comblée dans le sens où j’ai pu découvrir des ouvrages que je n’aurais sûrement jamais lus par ailleurs. Toutes les périodes historiques m’intéressent et m’intriguent, c’est une curiosité jamais assouvie. Je reste assez fascinée par tous ces hommes et femmes qui nous ont précédés, qui ont vécu des choses qui nous paraissent incroyables aujourd’hui. Et puis, il y a des périodes ou des événements qui m’attirent plus… J’ai lu et je lis toujours beaucoup d’ouvrages sur la Shoah. Adolescente, la prise de conscience de ce qu’il s’était passé durant la Seconde guerre mondiale a été un choc pour moi et j’ai ensuite lu tout ce que je pouvais trouver sur cette période. Le conflit, l’Occupation, l’extermination des Juifs… Ce dernier point soulève chez moi une incompréhension totale et je pense que c’est pour cela que je poursuis mes lectures sur ce sujet. Un génocide est une chose insensée. Ce qu’ont pu faire des hommes à d’autres hommes me laisse ébahie et horrifiée. Alors, si je puis dire, je tente de trouver une espèce d’explication. J’ai donc poursuivi mes lectures sur les génocides avec l’occupation des Khmers rouges au Cambodge et plus près de nous sur le génocide des Tutsis et Hutus modérés au Rwanda. Les ouvrages de Rithy Pan, de François Bizot, de Jean Hatzfeld ou encore les romans de Scholastique Mukasonga sont remarquables et sont des témoignages essentiels pour les jeunes générations. Quant à ma tentative d’explication, je n’en ai pas. Je garde en souvenir (merci Babelio !) cette citation tirée de Récits des marais rwandais :

« Ce qui s’est passé à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines, ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels […] Ces gens bien lettrés étaient calmes, et ils ont retroussés leurs manches pour tenir fermement une machette. Alors, pour celui, qui comme moi, a enseigné les Humanités sa vie durant, ces criminels-là sont un terrible mystère. »

récits des marais rwandais

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

la ronde et autres faits diversJean-Marie-Gustave Le Clézio. En classe de Première littéraire, je me souviens encore des lectures à haute voix de Madame Cécillon, professeur de Français (Madame, si vous vous reconnaissez… merci !). Entre deux textes du bac, elle nous lisait des extraits de La Ronde et autres faits divers. Des nouvelles qui me bouleversaient. J’ai ensuite lu Désert, Onitsha, Etoile errante, Poisson d’or, et tant d’autres encore… Je reste toujours sous l’emprise de l’écriture magnifique à l’étrangeté bouleversante de JMG Le Clézio où l’errance, l’exil, les racines et l’adolescence restent les thèmes principaux. Je n’ai pas encore tout lu de Le Clézio, heureusement !

l'enfant méduseEt puis, bien sûr, le tout premier : L’enfant méduse, de Sylvie Germain, découvert au hasard dans les rayonnages du bibliobus. Une révélation pour moi, tant dans l’histoire de Lucie que dans la beauté des mots. Je le qualifierai presque de salvateur pour moi, un livre lu au bon moment.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

les chutesLes Chutes de Joyce Carol Oates. Je connaissais surtout l’auteure pour ses livres à destination des adolescents et je voulais poursuivre cette découverte avec ses livres pour adultes. Mais cette auteure est très prolifique… Lequel choisir ? C’est en lisant des critiques sur Babelio que je me suis lancée à corps perdu dans les Chutes ! J’ai adoré l’histoire, le style, tout. Là encore, j’ai encore de nombreux ouvrages à lire de cette auteure et j’en suis très heureuse !

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

fantômetteJe ne relis jamais les livres que j’ai déjà lu car il y en beaucoup trop à découvrir ! Les livres que j’ai énormément relus sont ceux de mon enfance qui étaient disponibles à la maison : Fantômette, Le club des cinq, Tintin… J’ai lu et relu mes propres livres (bibliothèque rose) avant de m’attaquer à ceux de mes frères (bibliothèque verte) : Les six compagnons, L’étalon noir… Je les ai proposés il y a quelques temps à mes enfants mais l’aspect un peu vieilli ne les a pas emballés (rires)

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

le petit princeLe Petit Prince de Saint-Exupéry et Madame Bovary de Flaubert. C’est surtout le premier qui me fait honte car mon fils l’a lu et son professeur de Français m’a fait une leçon de morale quand je lui ai avoué que je ne l’avais pas lu, du style : « Mais vous avez tout manqué si vous n’avez pas lu Le petit prince ! »

Quant au deuxième, un collègue m’a dit un jour : « Quoi ? Tu as fait une Prépa littéraire et tu n’as pas lu Madame Bovary ?! » Hé bé non… Et je ne le lirai certainement jamais !

Découvrez notre article sur les grandes controverses littéraires consacré à Madame Bovary de Gustave Flaubert.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

La Fin de Mame BabyQuand je vois le mot « perle », je pense au livre La fin de Mame Baby de Gaël Octavia que Babelio m’a envoyé cet été. Cet ouvrage de la rentrée littéraire 2017 mérite que l’on s’y intéresse car l’auteure me paraît très prometteuse. J’apprécie beaucoup les ouvrages de la collection « Continents noirs » de chez Gallimard qui nous font découvrir de très beaux textes.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier, papier et papier. J’aime les livres, pour l’histoire qu’ils nous font vivre et pour l’objet. J’aime tourner les pages et regarder où j’en suis dans ma lecture en regardant l’épaisseur qu’il me reste. J’aime l’odeur que certains dégagent, les vieux et les neufs. J’aime corner (puis décorner) les pages où j’ai relevé une citation. J’aime les ranger dans ma petite bibliothèque. J’aime leur beauté. Car certains sont magnifiques ! Et j’aime y glisser mon marque-page. D’ailleurs, quel avenir pour les marque-pages sur une liseuse ???

Sinon, j’avoue que je n’ai jamais essayé la liseuse. Cela a très certainement un côté pratique mais cela ne m’attire pas plus que cela. La lecture sur écran n’est vraiment pas ce que je préfère – sauf pour Babélio 🙂

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Je lis un peu partout, dès que l’occasion se présente. Mais mon lit reste mon endroit préféré, en soirée, au calme, avec mon chat qui attend ce moment privilégié.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Celle que j’ai mise dans la description de mon profil :

« La lecture élargit l’horizon de la vie, la vie devient plus grande, elle devient autre chose c’est comme si on possédait une chose que personne ne pourra jamais nous enlever, jamais et ça vous rend plus heureux. » (Jon Kalman Stefansson)

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

elena ferrante le nouveau nom l'amie prodigieuseCertainement L’amie prodigieuse, tome 2. J’ai lu le premier tome conseillé par un ami (salut gonewiththegreen !) que j’ai bien aimé et le second volume m’attend depuis un moment dans ma table de chevet.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Je dirais comme la plupart des membres de Babelio : une critique qui tout simplement vous donne envie de lire le livre, peu importe qu’elle soit courte ou longue. Enfin, je dis ça, mais avouons-le, les critiques les plus longues ne sont sûrement pas celles qui sont le plus lues par manque de temps. Dommage pour moi car j’ai dû mal à faire court !

Personnellement, dans une critique, j’aime retrouver un petit rappel de l’intrigue fait par le lecteur (sans tout dévoiler bien sûr !) pour prendre connaissance du sujet. Ensuite, bien sûr, le ressenti et l’avis personnel comptent énormément et c’est là que tout se joue. Je suis sensible à l’écriture au sens où le lecteur nous emporte facilement dans sa critique et nous rend clairement compte de ses impressions sur l’œuvre et les personnages. Certains lecteurs complètent leurs critiques avec des connaissances personnelles et des références, c’est souvent intéressant.

Ceci étant dit, l’exercice n’est pas aussi simple qu’il y paraît. L’essentiel est que chacun y trouve son compte (rédacteur et lecteur) dans le plaisir d’écrire et dans dans celui de lire.

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Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je n’ai pas d’anecdote particulière sur Babelio si ce n’est que je suis devenue addict à ce réseau social littéraire ! J’aime y découvrir des œuvres, retrouver les commentaires des membres, partager avec eux sur nos lectures communes ou à venir, participer aux Masse Critique…. Babelio, c’est tout un monde où se retrouvent les amoureux des livres : il y a de l’humour, de l’émotion , des discussions… Je ne pensais pas à cet effet convivial quand je me suis inscrite mais cela me plaît beaucoup. Babelio, je ne pourrais plus m’en passer…

Merci à thedoc pour ses réponses !

Babelio needs you -itw du mois

Rencontre avec Thomas Raphaël : de la fiction aux chroniques autobiographiques

Il y a des rencontres que l’on pourrait presque confondre avec des conversations entre amis : c’est le cas de l’événement du 21 septembre dernier avec Thomas Raphaël, au cours duquel 30 lecteurs sont venus échanger avec l’auteur de J’aime le sexe mais je préfère la pizza.

« Demain, on reprendrait le bateau, le train, puis Hélène un taxi et l’avion, on quitterait l’odeur de citron. Mais là, seul avec Hélène sur le port de Procida, j’ai eu l’impression que j’étais amoureux. Elle n’avait pas besoin d’un confident, j’ai réalisé, elle avait besoin de quelqu’un qui mangerait ce qu’elle commandait pour lui. Hélène était facile à aimer : il suffisait d’avoir faim. C’était simple et je me sentais important de l’avoir compris. Il y aurait pour Hélène d’autres hommes, qui auraient plus faim que moi, mais ce soir j’étais fier du privilège, dans le cliquetis des bateaux, couteau et fourchette à la main, de terminer avec elle le dernier quart de sa première pizza. »

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Des chroniques autobiographiques

J’aime le sexe mais je préfère la pizza est le quatrième roman de Thomas Raphaël, mais c’est le premier dans lequel il se livre de manière aussi intime : “Ce roman est différent de mes romans précédents dans la mesure où je me mets en scène : il n’y a pas de grande histoire avec du suspens et des rebondissements. J’avais un peu peur de présenter cet ouvrage, c’est pour cela qu’aujourd’hui je demande un peu de bienveillance à mes lecteurs : c’est un livre intime.”

Thomas Raphaël propose ainsi dans ce livre un habile mélange entre anecdotes humoristiques et véritables leçons de vie : “Certaines anecdotes n’ont eu aucune incidence sur ma vie tandis que d’autres ont eu une importance cruciale, mais leur sens ne m’est apparu que quelques années plus tard. Il faut parfois des années pour comprendre la signification d’un événement.”

Si l’auteur, qui a travaillé dans l’écriture de séries télévisées, a écrit ses premiers romans en s’appuyant sur son expérience de la dramaturgie, il s’en distancie petit à petit : pour écrire son dernier livre, il a davantage utilisé ses anciens journaux intimes et a fait appel à sa mémoire pour donner du corps à ses souvenirs incomplets : “J’ai eu l’habitude d’écrire un journal pendant des années. Ça a été une source d’inspiration évidente, mais il m’a été difficile de raconter la vérité car, avec le temps, les souvenirs se sont effacés. La nouvelle avec ma grand-mère est la seule qui soit 100% vraie, mais les autres sont 100% sincères. Ce qui m’importait, c’était de raconter ces histoires avec sincérité.”

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Un format inédit

L’auteur a ensuite expliqué son choix de ne pas présenter ses chroniques dans un ordre chronologique : “Ces petites histoires ne sont pas hiérarchisées et ne se suivent pas de manière cohérente car elles ont toutes leur place dans ce livre. Il y avait plein d’ordres possibles, mais ma principale contrainte était d’éviter l’ordre chronologique : je ne voulais pas que ce soit une démonstration logique, je voulais au contraire que les histoires se répondent entre elles.”

À mi-chemin entre le roman et les nouvelles, le format des chroniques s’est naturellement imposé à Thomas Raphaël : “Je trouve ça dur de m’engager auprès de personnages et de les quitter au bout de quinze pages. Ici, j’avais la satisfaction de retrouver le même personnage d’une histoire à une autre. Et sur un texte d’une dizaine de pages, on peut être plus créatif, il y a moins d’enjeu. Dans une nouvelle, on part d’une petite idée et on la développe pour voir si elle peut mener à quelque chose, la forme est un peu plus libre. Par contre, j’ai du faire très attention à la façon de les conclure. Il faut en effet apporter un soin tout particulier à la fin d’une nouvelle.”

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De l’intimité à la pudeur

De confidence en confidence, l’auteur n’a pas manqué de partager avec ses lecteurs ses craintes lors de la présentation de son roman à ses proches. Il leur a également confié que cette publication a été l’occasion pour lui de renouer avec des amis perdus de vue : Marine et Cécile font ainsi partie de ces amis qui ont donné leur autorisation à Thomas Raphaël pour qu’il utilise leur véritable prénom.

Touchée par ce souci d’authenticité, une lectrice en a ainsi profité pour prendre la parole et saluer le juste équilibre entre confidences et pudeur : “La pudeur n’a pas été un critère de sélection des chroniques. L’important pour moi n’était pas d’être impudique, mais de dire les choses qui ont besoin d’être dites pour me faire comprendre. Je voulais que les lecteurs puissent se mettre dans ma peau.”

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La libération par le rire

Interrogé sur le sens de l’humour et l’autodérision dont il fait preuve dans son dernier roman, Thomas Raphaël a expliqué à ses lecteurs comment l’humour lui était salutaire dans l’écriture : “Ecrire, c’est figer les choses et donner un sens à la vie. Faire rire mes lecteurs à propos de quelque chose dont on n’est pas censé rire, transformer mes mauvaises aventures en blagues, c’est prendre une revanche sur la vie. Au moment où on rit, on prend le dessus sur un événement. L’humour est précieux pour ça.”

L’auteur en a profité pour citer les artistes dont il s’est inspiré pour l’écriture de ce dernier ouvrage : David Sedaris, en un premier temps, qui a convaincu l’auteur de se lancer dans l’écriture de chroniques autobiographiques, et Nora Ephron, dont il apprécie la manière de concevoir le rire.

> Lire l’interview de Thomas Raphaël

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Oser devenir soi

Finalement, il est apparu à l’auteur que le thème essentiel de son livre était l’acceptation de soi : “Je ne l’ai pas fait consciemment, mais le fil rouge de ce livre c’est finalement d’oser devenir soi. Je n’avais pas conscience de ce thème au moment où j’écrivais ce livre, je ne m’étais pas donné de fil rouge, c’est juste le hasard des nouvelles qui prennent forme.”

Maintenant qu’une personnalité a émergé de ce premier ouvrage autobiographique, les lecteurs se sont montrés curieux de savoir ce que cet homme adulte allait devenir : “J’ai encore plein d’histoires à raconter”, les rassure Thomas Raphaël.

Signe qu’il faut sans cesse réapprendre à devenir soi ? Thomas Raphaël a même dû passer un casting pour jouer son propre rôle et être le lecteur de son propre livre pour la version audio de J’aime le sexe mais je préfère la pizza !

Retrouvez J’aime le sexe mais je préfère la pizza de Thomas Raphaël, publié aux éditions Flammarion.

Partez à la chasse au trésor avec Miguel Bonnefoy

C’est Miguel Bonnefoy qui a donné le coup d’envoi des rencontres de la rentrée littéraire. Trente lecteurs Babelio se sont en effet réunis, le mercredi 6 septembre dernier, dans les locaux des éditions Payot-Rivages, pour échanger avec l’auteur franco-vénézuélien à propos de son dernier roman Sucre noir.

Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.

Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, étouffante, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.

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De Caracas à Dunkerque

Difficile de ne pas penser à l’ « or noir », le pétrole, lorsque l’on découvre le titre du roman de Miguel Bonnefoy : “Bien-sûr, Sucre noir fait référence à la tragédie qui a touché le Venezuela dans les années 1920” répond l’auteur, “d’autant plus que c’est difficile de ne pas voir de lien entre la situation actuelle du pays et l’exploitation du pétrole. Après avoir découvert l’existence de gisements, les vénézuéliens ont arrêté toutes leurs productions pour se concentrer sur l’exploitation de cet or noir, qui a été par la suite la cause de l’effondrement économique du pays. Cela m’a fait pensé aux nombreux explorateurs qui se sont succédés pour chercher un trésor, sans s’être rendus compte que le vrai or était sous leurs yeux.”

C’est pourtant après la participation de l’auteur à l’émission Le Verre et la plume, une émission dans laquelle sont invités un auteur et un expert en spiritueux, qu’est né Sucre noir, dont le titre évoque également le rhum, alcool qui fait la fierté de nombreuses îles des Caraïbes. Miguel Bonnefoy s’émerveille devant le champ lexical de l’alcool : “J’ai entendu parler de girofle, de cannelle, d’ananas, de cuir, d’ocre… et je me suis dit “comme j’aimerais que quelqu’un utilise ces mots pour parler de mon livre !””

L’obtention du prix Stendhal, pour la traduction de son précédent roman Le Voyage d’Octavio, lui a alors permis de partir faire des recherches outre-Atlantique pour son prochain roman: “Je suis allé à Caracas, au Venezuela, puis dans un petit village qui s’appelle La Victoria. J’ai traversé la ville, le bidonville et l’arrière-pays avant d’arriver, au bout d’un chemin de fer, dans une ferme-distillerie qui faisait aussi restaurant. J’ai navigué ensuite sur les côtes des Caraïbes avec quelques pêcheurs, sur de petits barques. Ils m’ont fait découvrir de petites grottes dans la mer du parc de mochima, et m’ont fait voir que les églises ne sont pas faites de marbre au milieu des terres, mais de pierres au milieu de la mer.”

Après le temps des recherches est venu celui de l’écriture : c’est dans le silence monacal de la Villa Marguerite Yourcenar, entre Lille et Dunkerque, que Miguel Bonnefoy s’est ensuite consacré à son texte.

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Entre le français et l’espagnol

Justement interrogé sur les raisons pour lesquelles il a choisi d’écrire en français et non pas en espagnol, sa langue maternelle, Miguel Bonnefoy a proposé deux explications à ses lecteurs : son éducation et les mécanismes éditoriaux. “Ma mère étant diplomate, j’ai beaucoup voyagé quand j’étais enfant, et mes parents ont à chaque fois choisi de me scolariser dans des lycées français. Aujourd’hui, c’est pour moi une langue d’art car je ne l’ai connue que dans les livres ou dans la bouche des professeurs. J’ai une certaine distance avec le français, je me permets donc plus de cabrioles. Si j’écrivais en espagnol, je serais plus grossier. L’autre raison, c’est que pour un jeune écrivain, la France est un paradis éditorial. Puisque mon livre a plu a Paris, ce sera plus facile pour moi d’être publié au Venezuela, on s’intéressera à moi.”

Quant à savoir s’il traduirait lui-même ses ouvrages du français vers l’espagnol, Miguel Bonnefoy n’y est pas particulièrement attaché : “de par son étymologie, traduire c’est trahir : le traducteur est un artiste, il respecte la langue, est fidèle, loyal et nuancé. Le traducteur est un metteur en scène qui voit les choses auxquelles l’écrivain ne fait pas attention. C’est un observateur, il a davantage de distance avec le texte car il étudie les différentes manières de raconter.”

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L’effet de réel

Les lecteurs ont également été interpellés par le vocabulaire utilisé dans Sucre noir, et tout particulièrement celui des animaux et des plantes. Sont-ils traduits de l’espagnol, ou choisis en fonction de leur sonorité ? “Pour écrire ce livre, j’ai fait beaucoup de recherches et ai beaucoup lu sur le folklore de la piraterie, les chasses au trésor, le travail du rhum, la faune et la flore… L’animal national du Venezuela, c’est le “guacamaya”, un perroquet à trois couleurs. “Guacamaya” est un mot très visuel, qui évoque instantanément une image à celui qui l’entend. Pour moi, il faut être fidèle à l’imaginaire et s’accorder des licences pour donner un “effet de réel”, selon les mots de Roland Barthes. La traduction française de ce mot, “ara”, ne retranscrit pas du tout l’imaginaire donné par le mot espagnol : j’ai donc choisi de ne pas traduire littéralement les noms des animaux et des plantes mais d’utiliser des mots dont la sonorité me plaisait davantage.”

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Du réalisme magique à la liberté des personnages

Séduits par le premier chapitre du roman, les lecteurs ont ensuite interrogé Miguel Bonnefoy à propos du naufrage qui introduit le récit : “J’ai longtemps hésité à inclure ce premier chapitre dans le roman. À l’origine, c’était une nouvelle indépendante de Sucre noir : je voulais écrire sur l’histoire d’un naufrage, mais je voulais transposer l’univers de la mer à celui de la forêt. C’est ainsi que les poissons sont devenus des oiseaux, les vagues des troncs d’arbre, l’écume du feuillage…”

Le thème de la nouvelle a ainsi naturellement été abordé : “Je viens d’Amérique Latine, où la tradition nouvelliste est très forte. Mais la nouvelle est au roman ce que le ping-pong est au tennis, et on m’a fait comprendre qu’il était temps d’écrire un roman.” L’auteur a toutefois insisté sur sa volonté de rester concis : “Il n’y a rien de pire que de sentir les longueurs, qui sont comme des coups d’épée dans l’eau. Il faut enlever le gras pour ne garder que l’os et sa beauté.”

À propos de ses personnages, Miguel Bonnefoy n’hésite pas à faire appel à Marcel Aymé et à sa nouvelle Derrière chez Martin pour expliquer ses choix : “Les personnages se dressent eux-mêmes au fur et à mesure de l’écriture, et les choses viennent d’anecdotes simples. Je n’avais pas prévu tous les événements qui allaient faire basculer la vie de mes personnages, mais des expériences anodines et des épreuves plus difficiles m’ont permis de construire mon roman et de lui trouver une fin.”

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Le Venezuela d’hier et d’aujourd’hui

Enfin, la conversation s’est achevée autour d’un élément essentiel des romans de Miguel Bonnefoy : le Venezuela. Bien que le pays ne soit jamais cité, pour quelques lecteurs, Sucre noir avait bien pour décor les paysages du Venezuela : “On peut l’imaginer et j’aime le dire, mais j’avais surtout pour idée de ne pas m’enfermer dans des frontières et de donner, au contraire, des limites poreuses à la géographie et à la temporalité afin de donner une universalité à cette histoire et que chacun puisse s’y reconnaître.”

Quant au Venezuela aujourd’hui, l’auteur de Sucre noir s’exprime avec plus de retenue, invitant ses lecteurs à se renseigner sur l’histoire politique du pays et de l’Amérique Latine pour se faire leur propre opinion : “La politique est faite d’une longue maturation et de conséquences sur le long-terme, de telle sorte que c’est parfois plus simple de revenir sur le passé d’un pays pour comprendre sa situation actuelle.”

C’est finalement après une heure de discussion riche en anecdotes que les lecteurs ont pu s’entretenir individuellement avec l’auteur. En plus de repartir avec une dédicace et une photo, ils ont également eu la surprise de se voir offrir Jungle par les éditions Rivages, le troisième ouvrage de Miguel Bonnefoy, réédité dans une nouvelle édition poche.

Découvrez Sucre noir de Miguel Bonnefoy, aux éditions Rivages.

À la rencontre des membres de Babelio (18)

Avec 490 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

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Rencontre avec Helene1960, inscrite depuis le 17 mai 2014.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai toujours listé mes lectures d’abord sur des carnets, puis sur une application pour tablette numérique. C’est en cherchant des critiques pour de futurs achats de romans pour la bibliothèque où je travaille que j’ai découvert le site Babelio. Je m’y suis intéressée de plus près et ai constaté qu’il offrait de grandes facilités pour créer une bibliothèque virtuelle. Et depuis je l’utilise pour répertorier, citer et critiquer mes lectures loisirs ainsi que mes lectures professionnelles.

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Elle est composée de plusieurs genres. En voici une liste non exhaustive :

  • Romans (classiques ou contemporains)
  • Biographies
  • Témoignages
  • Guides de voyages
  • Livres de cuisine
  • Bandes dessinées
  • Albums jeunesse

Mais… j’emprunte beaucoup en bibliothèque et je me laisse guider par mon instinct pour dénicher une nouvelle lecture.

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Vous lisez beaucoup d’ouvrages sur la spiritualité, qu’aimez-vous dans ces livres en particulier ?

eloge de la faiblesseQuelques événements particuliers m’ont conduite vers la lecture de ce genre d’ouvrage. Tout d’abord, ma participation à une soirée lecture menée par Michael Lonsdale (frère Luc dans le film « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois) m’a incitée à acheter son livre L’amour sauvera le monde. Ensuite, ce fut mon pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. J’ai marché pendant 7 étés (2010-2016) sur le « camino » et je me suis beaucoup intéressée aux témoignages et autres documentaires liés à ce chemin particulier. J’ai également été touchée par le premier livre d’Alexandre Jollien, Eloge de la faiblesse, ce qui m’a amenée à lire ses autres ouvrages.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

moi christiane fC’est sans nul doute Moi, Christiane F., droguée, prostituée,… . J’ai découvert avec stupéfaction la vie de cette jeune allemande qui s’adonnait à la drogue et à la prostitution. Elle était aux antipodes de mon petit train-train quotidien. J’avais dix-huit ans et j’ai été carrément impressionnée par ce témoignage.

le liseur du 6h27Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

C’est le roman de Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6h27. Une histoire surprenante de livres, de lecture, de partage et d’amitié.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

novecentoIl s’agit de Novecento, pianiste d’Alessandro Baricco. C’est d’ailleurs le premier livre que j’ai répertorié sur Babelio. Voici un extrait de ma critique :

Pour moi cette oeuvre est vraiment emblématique, je l’ai découverte sous quatre formes et dans l’ordre suivant : j’ai d’abord lu le livre, puis vu la pièce de théâtre qui était en rodage dans ma région (La Gruyère, en Suisse) avant de « faire » sa saison à Paris. J’ai ensuite écouté la version audio du livre et je l’écoute encore régulièrement simplement pour le plaisir. Et, en dernier, j’ai découvert le film de Giuseppe Tornatore.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous)

Je n’en ai pas vraiment honte, mais je suis passée à côté des grands classiques de la littérature française tels que Proust, Flaubert ou la poésie de Charles Baudelaire. Par contre dans ce registre j’apprécie Victor Hugo, Emile Zola ou Jacques Prévert.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

les rêveurs lunairesLes rêveurs lunaires d’Edmond Baudoin. C’est un roman graphique consacré à quatre scientifiques du début du vingtième siècle : Werner Heisenberg (fondateur de la mécanique quantique), Alan Turing (casseur du code de la machine Enigma durant la seconde guerre mondiale), Leo Szilard (un des initiateurs du laboratoire européen de biologie moléculaire) et Hugh Dowding (spécialiste des liaisons radio air-sol à la RAF). Voici un extrait de ma critique :

Pour connaître un peu mieux les dessous de la deuxième guerre mondiale et les avancées scientifiques qui y sont liées, cet ouvrage est à recommander à tout lecteur qui veut découvrir une facette méconnue de l’histoire du XXème siècle.

Tablette, liseuse ou papier ?

Résolument papier pour ce qui est de la lecture loisir. Par contre je lis régulièrement des documents professionnels sur ma tablette, même si le confort de lecture n’est pas optimum.

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Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Enfant, je me perchais dans les branches du tilleul avec mes bouquins, mais maintenant je préfère le canapé du salon.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Donne à chaque jour la chance d’être le plus beau de ta vie » (Mark Twain). Et, avec un peu de lecture, chaque jour sera un beau jour.

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

deux petits pas sur le sable mouillé anne dauphine julliandL’année dernière j’ai classé deux livres particuliers dans la bibliothèque où je travaille et je me suis promis de les lire : Comme un enfant perdu, l’autobiographie de Renaud Séchan, et Deux petits pas sur le sable mouillé d’Anne-Dauphine Julliand. Et dans ma bibliothèque personnelle, il y a un livre que j’ai hâte de découvrir. Il s’agit d’un bel ouvrage illustré intitulé Chemins de Compostelle : sentiers d’histoire et de spiritualité écrit par Iris Schaper.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Je dirais qu’il est plus facile d’écrire une critique quand on a apprécié la lecture du livre. Et, du coup, je me demande si les critiques négatives sont aussi nombreuses que celles qui sont positives. En tous les cas, je pense qu’il ne faut pas révéler l’intrigue dans une critique mais se contenter de faire un résumé succinct et de parler de son ressenti.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

le chant de la terreComme je suis géographiquement assez éloignée de Paris, je ne participe pas aux rencontres avec les auteurs ou avec les membres de Babelio. Par contre, je participe régulièrement aux actions Masse Critique et c’est dans ce contexte que j’ai découvert l’écrivain Sud-Coréen Seung U-Lee et son livre Le chant de la terre. Voici un extrait de ma critique (du 19 juin 2017) :

Je ne suis pas habituée à lire de la littérature asiatique et ce fut pour moi une vraie découverte. L’écriture de LEE Seung-U laisse transparaître les diverses atmosphères des lieux décrits, entre autre l’ennui qui plane au-dessus du campement des soldats ou l’ambiance feutrée d’un salon de coiffure. Au fil des chapitres, le récit passe de l’ombre (il faut dire que je me suis posée bien des questions sur les divers protagonistes qui apparaissent au détour des pages) à la lumière (enfin… à la page 285), mais n’essayez pas de vous y rendre avant la lecture complète des chapitres précédents, vous n’y comprendriez rien.

Merci à Helene1960 pour ses réponses !

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À la rencontre des membres de Babelio (17)

Avec 480 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Colibrille, inscrite depuis le 3 avril 2014.

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Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Cela faisait plusieurs années que je consignais sur des carnets mes citations favorites et mes critiques. Lisant beaucoup et n’ayant pas une mémoire d’éléphant, c’était le moyen pour moi de me souvenir des histoires, de mes impressions, de mes passages favoris etc. Cela répondait plutôt à une logique pratique. Et puis je me suis aperçue que j’aimais écrire ces petites critiques et que j’avais envie de les partager avec d’autres lecteurs. C’est pendant mon DUT Métiers du livre que des amies m’ont parlé de Babelio et de son fonctionnement. J’ai tout de suite su que j’allais aimer ce site. Je me suis donc inscrite et je prends désormais grand plaisir à y poster mes critiques et lire celles des autres lecteurs !

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Ma bibliothèque est assez diversifiée. J’ai des BD (incontournable quand on a un papa collectionneur de BD !), des mangas, beaucoup de littérature fantastique mais aussi des albums jeunesse, de la littérature anglaise du XIXe siècle et des romans policiers. Je fonctionne un peu par « phase ». Mes choix de lecture varient selon mon humeur, les saisons, l’endroit où je me trouve… Il y a des moments où je ne vais avoir envie de lire que des romans policiers, puis le mois suivant, uniquement des romans ados !

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Vous lisez beaucoup de mangas, qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Je dois avouer qu’au départ, j’avais pas mal de préjugés sur les mangas, aussi bien au niveau du graphisme que des histoires. A mes yeux, tous les mangas se ressemblaient alors que je n’avais jamais pris la peine d’en lire un… Par curiosité, j’ai fini par demander à un collègue libraire de me conseiller quelques titres en fonction de mes goûts. Il m’a habilement guidée dans ma découverte des mangas et m’a finalement « convertie » ! De part leur nombre de pages restreint et leur rythme de parution rapide, les mangas ont quelque chose de très addictif. Une fois que l’on débute une série qui nous plaît, on ne peut plus s’arrêter. Et puis j’ai fini par apprendre à apprécier le graphisme japonais, certes codifié, mais très différent d’un auteur à un autre. Ce que j’apprécie aussi dans le manga, c’est leur incroyable diversité : drame, policier, thriller, SF, registre sentimental, fantasy, mais aussi mangas sur des métiers, des sports… Il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les âges !

michel strogoffQuelle est votre première grande découverte littéraire ?

Je pense que ma première grande découverte littéraire est Michel Strogoff de Jules Verne. Je me souviens l’avoir lu lorsque j’avais une douzaine d’années. Je l’ai littéralement dévoré, rien ne pouvait me sortir de ma lecture.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

je suis ton soleilSans hésitation je dirais Je suis ton soleil de Marie Pavlenko. J’ai eu l’occasion de le recevoir un peu avant sa sortie en mars 2017 par le biais d’une masse critique Babelio. Je l’avais choisi par hasard, intriguée par sa couverture dorée décorée de coquillettes ! Dès le premier chapitre, ça a été comme une évidence : ce roman allait me plaire, me faire rire, m’émouvoir, me scotcher, me chambouler. Un véritable coup de cœur. A peine l’avais-je terminé que je n’avais qu’une envie, le relire ! Ce roman m’a fait autant d’effet que le Oh boy de Marie-Aude Murail, un de mes romans préférés.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

la première gorgée de bièreCette question est difficile car j’ai l’habitude de relire mes livres préférés. De mémoire, je dirais qu’il s’agit peut-être du magnifique roman illustré Fleur de jungle de Max Braslavsky ou de La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm, véritable petit bijou.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous) ?

harry potterQuand j’étais plus jeune, je ressentais souvent de la gêne lorsque j’avouais ne pas avoir lu tel ou tel livre. Désormais, je ne culpabilise plus, chacun ses choix de lecture ! Vu le nombre de nouveautés qui sort chaque année, comment s’en vouloir d’être passé à côté d’un titre ou d’un autre ? Bon, il y a bien une série que je n’ai toujours pas lue, fait qui scandalise souvent ceux qui l’ont lue : Harry Potter. Je le dis haut et fort : je n’ai jamais lu les Harry Potter !!! Au moment de la sortie des romans, j’étais plongée dans d’autres lectures et n’étais tout simplement pas attirée par l’univers. Qui plus est, il suffit qu’un livre fasse le « buzz » pour que je ne le lise pas, du moins pas tout de suite. Je me suis toujours dit que je les lirais un jour, mais il y a toujours tellement d’autres livres qui me font envie ! Et puis, ce qui est incontournable pour certains, ne l’est pas forcément pour tout le monde.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésitation : Ici ça va de Thomas Vinau. J’ai découvert ce roman totalement par hasard et sa lecture m’a émerveillée. Du simple récit d’un couple rénovant une maison au bord d’une rivière, Thomas Vinau parvient à créer une histoire d’un éclat rare. Sa prose poétique berce et apaise le cœur. Tel un peintre impressionniste, l’auteur parvient à capter la beauté de l’instant présent et à saisir l’aspect fugitif du temps.

ici ça va

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier exclusivement. Pour moi, avant d’être une histoire, le livre est un objet papier. J’aime les livres, regarder leurs couvertures, les toucher, les feuilleter, sentir l’odeur du papier et même observer la couleur des tranches lorsqu’ils sont rangés sur des étagères ! C’est un objet intime que l’on s’approprie (tout autant que l’histoire qu’il contient) et qui selon moi est révélateur de notre personnalité. En matière de supports de lecture, je suis conservatrice pourrait-on dire ! Tablettes et liseuses prônent un plus large choix dans un seul support. Mais pour moi, l’argument de la quantité ne tient pas en matière de lecture. Certes, il est important d’avoir du choix, mais la quantité garantit-elle la qualité ?

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Dans mon fauteuil avec mon chat sur les genoux ou dans une chaise longue au soleil !

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Cette belle citation de Lamartine : « On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme, l’autre pour l’animal… On a du cœur, ou on n’en a pas. »

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

le jour du chienLe roman policier Le jour du chien de Patrick Bauwen. Je suis cet auteur depuis le début de sa carrière d’écrivain avec le thriller L’œil de Caine que j’avais adoré. Ses trois autres thrillers Seul à savoir, Monster et Les fantômes d’Eden m’ont énormément plu. Je suis donc impatiente de découvrir son dernier roman !

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Pour moi, une bonne critique doit avant tout ne pas se contenter d’être un simple résumé. Cela ne présente pas d’intérêt à mes yeux car nous pouvons le trouver sur la quatrième de couverture et n’importe où sur internet. En revanche, il est plus compliqué de trouver des avis variés, fiables (dans le sens d’honnêtes) et des critiques développées. Personnellement, un « super, j’ai adoré !» ou «  ennuyeux, je n’ai pas aimé du tout » ne suffisent pas à me donner envie ou non de lire un livre. J’aime quand la critique est fournie, quand le lecteur prend le temps de parler des émotions qu’il a pu ressentir, des personnages qu’il a aimé ou non, d’une scène qui l’a marqué, de l’ambiance du livre etc. Babelio est pour cela un formidable espace d’expression et de dialogue. Je sais que certains fuient les critiques un peu longues, moi je les apprécie !

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Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

Babelio est une incroyable bibliothèque virtuelle mais c’est également un formidable lieu d’échange. Par le biais des messages privés, j’ai eu l’occasion d’avoir des conversations passionnantes avec d’autres lecteurs (Luna007, Okka si vous me lisez  😉 sur des sujets aussi variés que l’écologie, la philosophie, le dessin, la nature humaine… tout ça partant d’une simple remarque sur un livre ou d’une citation !

Une autre anecdote : j’ai eu la surprise de recevoir un jour un message d’une auteure suite à une critique que j’avais postée sur le dernier tome de sa trilogie. Si les deux premiers tomes ont été de vrais coups de cœur, je n’ai en revanche pas du tout adhéré au dénouement de la série et l’ai clairement exprimé dans ma critique. J’avoue avoir été terriblement gênée quand j’ai reçu le message de l’auteure qui m’expliquait ses choix. Je respecte énormément le travail des auteurs, quels qu’ils soient, et quand j’écris des critiques négatives j’explique toujours pourquoi et précise bien qu’il s’agit là de mon avis personnel. C’est d’ailleurs ce que j’ai répondu à l’auteure et celle-ci  a été tout à fait compréhensive et ne m’en a pas voulu. Néanmoins, cela m’a mise très mal à l’aise !

Merci à Colibrille pour ses réponses !

À la rencontre des membres de Babelio (16)

Avec 470 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec araucaria, inscrite depuis le 27 juillet 2011.

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Comment êtes-vous arrivée sur Babelio?

Par curiosité sans aucun doute (je suis curieuse de tout dans le bon sens du terme!). J’avais à l’époque un blog à tendance littéraire, et en visitant des blogs amis, j’ai vu plusieurs fois le sigle Babelio, j’ai voulu en savoir plus. J’ai été conquise, trouvant formidable cette idée de bibliothèque virtuelle, offrant citations, critiques et notations et surtout une atmosphère conviviale entre les membres.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque?

Il me semble avoir des goûts très éclectiques, donc ma bibliothèque est à mon image, avec du sérieux et aussi des textes bien plus légers. Je lis beaucoup de romans, mais ne dédaigne pas le théâtre, la poésie, les récits, les essais, les nouvelles, les BD, les livres pour enfants, les manuels de sciences humaines, l’Histoire, les livres de généalogie aussi… Comme je l’ai écrit dans ma présentation, je lis tout ce qui me passe à portée de main. Il y a des romans classiques du 19ème siècle français, anglais, russes… mais aussi des textes du 20ème siècle d’écrivains du monde entier, Europe, Asie, Amérique du Nord et du Sud, Afrique… Y-a-t-il plus formidable moyen de locomotion qu’un bon livre qui vous promène dans l’espace et dans le temps ? Je lis aussi des auteurs contemporains, français et étrangers. Et habitant en Corse, je ne dédaigne pas les écrivains de l’île. Nous en avons d’excellents !

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Vous lisez beaucoup d’ouvrages de psychologie, qu’aimez-vous dans ce genre en particulier?

Oui, j’apprécie le psychologie et les sciences humaines, simplement parce que je me questionne sur l’Homme, sur son ressenti, ses expériences heureuses ou malheureuses, et aussi ses facultés à surmonter ses épreuves, à rebondir… Je pense ici en particulier aux ouvrages de Boris Cyrulnik. J’aime les livres, et avant d’apprécier « la littérature », j’éprouve du plaisir à lire. Mais je lis pour diverses raisons, me divertir, comprendre, réfléchir, m’instruire… C’est une tache de longue haleine mais toujours un immense bonheur et une passion.

Quelle est votre première découverte littéraire?

Il y a eu deux étapes essentielles :

– La première, j’avais deux ou trois ans – n’étais pas inscrite à l’école maternelle – et mon voisin et ami (mon aîné de 7 ans) me lisait régulièrement Blanche-Neige. J’étais fascinée, admirative devant ce grand qui savait faire des choses que j’ignorais ou ne maîtrisais pas encore. J’avais envie « d’apprendre »… J’ai compris que je trouverais le savoir dans les livres, et j’ai donc aimé l’objet livre bien avant d’aller à l’école et de savoir lire. C’est ce « grand garçon » qui m’a inculqué l’amour de la lecture, et je ne l’en remercierai jamais assez.

Les_cles_du_royaume– La seconde, j’étais en CM1 ou CM2, c’était la fin de l’année scolaire et l’institutrice ne faisait plus cours, mais nous avait demandé de venir en classe avec le livre de notre choix. J’avais pris dans la bibliothèque familiale Les clés du royaume de Joseph Cronin (auteur tombé en désuétude, hélas), c’était mon premier livre de « grande », un livre de poche, pas un ouvrage des bibliothèques roses, vertes ou rouge et or. J’ai tout de suite été captivée par l’histoire… mais l’institutrice avait souhaité me dissuader me disant « Ce n’est pas un livre pour toi! » Phrase à ne surtout pas prononcer, car puisqu’il n’était pas pour moi, justement j’allais le lire! Je l’ai lu jusqu’à la dernière ligne, et ai beaucoup aimé cette oeuvre… je l’ai relu plusieurs fois depuis, appréciant toujours autant ce roman… Et je me suis lancée dans la découverte d’autres Cronin, mais aussi de Bazin, Benoit, Daphnée du Maurier, Pagnol, Hemingway, Saint-Exupéry, Colette, et tant d’autres… J’avais attrapé le virus de la lecture. J’étais bel et bien contaminée.

Quel est le plus beau livre que vous avez découvert sur Babelio ?

l'homme de marmaraLa participation à « Masse Critique » m’a permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas : Olivier Bass et son roman L’homme de Marmara. J’ai beaucoup aimé et le style de l’auteur et l’histoire. Et comme je suis attirée par la mer et les bateaux, j’ai vraiment été comblée en recevant ce livre. Ce fut une très belle découverte, offerte sur un plateau par Babelio.

Mais chaque jour en parcourant les citations et les critiques sur Babelio, je découvre de nouveaux auteurs et des titres qui m’inspirent. Donc je note tout cela en « pense-bête ». Et je sais que fatalement je vais faire de très belles rencontres littéraires.

terre des hommesQuel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Il y en a plusieurs, mais celui auquel je me réfère le plus est Terre des Hommes d’Antoine de Saint-Exupéry. J’en relis régulièrement des passages. Ce livre qui est plus récit et essais que roman m’enseigne toujours quelque chose et je m’y replonge régulièrement pour en relire des passages.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Les Misérables de Victor Hugo… par peur justement de capituler devant une oeuvre aussi dense et aussi parce des films tirés du roman ont souvent été diffusés sur le petit écran. Guerre et paix de Tolstoï, impressionnant par la taille également… Et puis, j’ai du mal avec Proust et Du côté de chez Swann que je tente régulièrement de lire… Je suis passée à côté de Cent ans de solitude de Garcia Marquez (je me suis ennuyée avec ce roman) et j’ai abandonné au bout d’une centaine de pages Voyage au bout de la nuit de Céline… Lorsque je passe ainsi à côté d’un livre, reconnu comme étant un chef-d’oeuvre, j’ai toujours honte. Je me sens fautive. Cela me complexe.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

pépé languilleTous les livres qui m’ont bouleversée d’une manière ou d’une autre et que je classe dans mes coups de coeur. Mais puisque j’évoquais la Corse, je vais citer deux romans : Pesciu Anguilla (Pépé l’anguille) de Sebastien Dalzeto auteur mort en 1963. Roman qui fut rédigé en Corse, et traduit en Français, par F.M. Durazzo, il y a quelques années. Le Berger des Morts (Mal’Concilio) de Jean-Claude Rogliano, auteur Corse contemporain.

Tablette, liseuse ou papier ?

J’aime l’objet livre et suis fâchée avec la technologie, alors Papier, essentiellement Papier ! Mais comme je me déplace toujours avec au moins un ouvrage, j’ai une prédilection pour le livre de poche… que je ne maltraite cependant pas, bien au contraire. J’utilise toujours un marque page et déteste qu’un livre soit souillé. Ce n’est pas un objet ordinaire, il doit être respecté.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Rendez-vous incontournable, chaque soir dans mon lit  ! Mais je peux lire partout, dans les salles d’attente, dans les aéroports, sur un banc dans un parc… J’arrive à oublier le monde alentour pendant des heures, bien à l’abri dans ma bulle. Lorsque le monde ambiant s’agite et s’ébroue cela me procure un confort très agréable et je me sens vraiment privilégiée.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Une pièce sans livres, c’est comme un corps sans âme » – Cicéron.

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

C’est toujours un peu compliqué. J’ai du mal à me décider. Disons que là j’ai des priorités : Directs du Droit d’Eric Dupond-Moretti et L’aveuglement de José Saramago. Je les ai empruntés à la bibliothèque municipale…donc j’ai une date limite pour les restituer.
Et puis une amie m’a prêté Les égarés de Saint-Antoine d’Ariane Bilheran, pour que je rédige une note…, donc lecture « professionnelle » en quelque sorte. Mais le livre va m’intéresser j’en suis certaine car il traite de psycho-généalogie.
Après ces trois livres je puiserai dans mes réserves, et ce sera la surprise, espérant toujours tomber sous le charme d’un texte et me prendre de passion pour un auteur.

D’après-vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Quelle soit longue ou courte, la critique ne doit pas être un résumé du livre. Elle doit juste communiquer un ressenti. Elle peut faire partager une émotion, un engouement pour le livre, le style de l’auteur… ou au contraire questionner sur l’intérêt de l’ouvrage ou la conscience professionnelle de l’écrivain… La bonne critique doit donner envie de découvrir une oeuvre ou au contraire mettre en garde. Elle doit ouvrir le débat.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je rencontre régulièrement des membres de Babelio, soit parce qu’ils sont lecteurs, soit parce qu’ils sont auteurs, ou les deux à la fois. J’ai aussi des correspondances privilégiées et amicales avec certains membres que je n’ai jamais rencontrés. Bien involontairement j’ai pu déchaîner la colère ou l’incompréhension de certains membres de cette communauté (heureusement cela se compte sur les doigts d’une seule main) parce que j’ai un nombre très important d’amis. Je m’en explique ici : je porte un regard amical sur toutes les personnes, qui aiment lire, nous faisons partie de la même communauté ! Ces rapprochements amicaux autour d’une même passion, ne peuvent nuire à autrui. Et sous nos latitudes les personnes qui fréquentent librairies ou bibliothèques en viennent très rarement aux mains. C’est bon signe !
Dernière confidence à propos de Babelio, mon PC est allumé une bonne partie de la journée, donc je fais des visites très régulières au site pour découvrir citations et critiques, plus qu’une addiction je vois cela comme une friandise !

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Merci à araucaria pour ses réponses !

Tout quitter avec Antoine Bello

Avez-vous déjà eu l’impression que vous manquiez de temps, et rêvé de tout recommencer à zéro ? C’est l’histoire de Walker, le héros de L’Homme qui s’envola, le dernier roman d’Antoine Bello paru chez Gallimard que l’auteur est venu présenter le 29 mai dernier à trente lecteurs.

Walker a tout pour être heureux. Il dirige une florissante entreprise au Nouveau-Mexique et sa femme, la riche et belle Sarah, lui a donné trois magnifiques enfants. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes de toutes sortes, son temps lui échappe. Une seule solution : la fuite. Walker va mettre en scène sa mort de façon à ne pas peiner inutilement les siens.

Malheureusement pour lui, Nick Shepherd, redoutable détective spécialisé dans les disparitions, s’empare de son affaire et se forge la conviction que Walker est encore vivant. S’engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite sur le territoire des États-Unis. En jeu : la liberté, une certaine conception de l’honneur et l’amour de Sarah.

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Les raisons d’une disparition

D’abord interrogé sur le phénomène de disparition sur lequel est bâti son roman, Antoine Bello a précisé les raisons qui poussent Walker, son personnage principal, à faire croire à sa mort : “La plupart du temps, des hommes disparaissent parce qu’ils ne veulent pas payer de pension alimentaire ou parce qu’ils sont en liberté sous caution, mais ils ne disparaissent pas pour des raisons existentielles. C’est différent pour Walker : son entreprise lui prend beaucoup de temps, il ne sait pas déléguer, et il a l’impression qu’il n’a pas la possibilité de dire ce qu’il ressent car il n’a pas de dialogue avec sa femme Sarah. Il est convaincu que son existence est insoutenable, et sa sensibilité est heurtée par cette vie.”

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Le pouvoir cathartique de l’écriture

Antoine Bello s’est ensuite confié sur les origines autobiographiques de son dernier roman, admettant s’être nourri de son expérience personnelle pour construire son personnage principal, Walker : “Le point de départ est autobiographique, je ne peux pas le nier. Comme beaucoup de monde, j’ai joué avec l’idée de tout recommencer à zéro. C’est ce qu’on a tous rêvé de faire un jour, mais qu’on ne fait pas parce qu’on a des responsabilités. Quand j’étais chef d’entreprise, j’ai moi aussi senti que je ne pouvais plus continuer à vivre comme ça. Je suis un Walker qui a secoué ses chaînes au moment où c’était encore possible de le faire.”

L’auteur a tout de même pris soin de souligner une différence capitale entre son héros et lui, faisant ressortir ainsi un pouvoir de la littérature : “Mes enfants m’ont complètement reconnu dans le personnage de Walker, et c’est d’ailleurs à eux que je dédie ce livre : “À ceux que je ne quitterai jamais”. J’ai pris le temps de leur expliquer que je ne ferai pas comme Walker, que je ne les abandonnerai pas. Parce que j’ai écrit ce livre, je ne partirai pas, c’est un exorcisme. Je pense que c’est une des fonctions de la littérature.”

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La construction des personnages

Si Antoine Bello a trouvé le personnage de Walker rapidement, il a en revanche eu plus de difficultés à construire le personnage de Sarah, sa femme, et à écrire à son propos. “La première scène de Sarah, quand elle est chez son psychologue, je l’ai réécrite trois ou quatre fois, alors que d’habitude le premier jet est souvent quasiment définitif. Bâtir un personnage, c’est bien, mais tant qu’il n’a pas vécu, tant qu’on ne sait pas s’il a de l’humour, comment il réagit, on ne le connaît pas vraiment.” Plus généralement, il s’est exprimé à propos de la difficulté à mettre en scène des personnages féminins : “J’ai peu de personnages féminins dans mes livres, j’en suis conscient et c’est un reproche qu’on me fait souvent, mais c’est un reproche injuste : si j’avais ces personnages, je les livrerais au lecteur, mais je ne les ai pas.”

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À la frontière des genres

Après s’être exprimé sur la symbolique derrière les prénoms de Walker et de Shepherd, Antoine Bello s’est ensuite expliqué sur ce second personnage : “J’adore la figure du détective, parce que le détective cherche le coupable et se cherche aussi lui-même. Depuis Œdipe, l’enquêteur est également à la recherche de son identité, de son passé.”

C’était ainsi l’occasion pour l’auteur d’aborder la question du genre : à la limite entre le roman policier et le roman d’aventure, L’Homme qui s’envola surprend dans la bibliographie de l’auteur : “Dans presque tous les livres que j’écris, il y a la notion de genre. Je me délecte avec ça, j’aime changer de genre entre chaque roman. J’aime déstabiliser mes lecteurs, qui ont une certaine idée de ce que j’écris. Même si c’est une mauvaise stratégie marketing, c’est un luxe absolu de pouvoir changer de registre. Je comprends pourquoi on a besoin de créer des catégories, mais je pense que les amoureux de la littérature piochent indifféremment dans tous les genres.”

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De la documentation à l’intemporalité

Curieux des méthodes de l’auteur, les lecteurs l’ont longuement interrogé sur le processus d’écriture de L’Homme qui s’envola : “Je me suis beaucoup documenté. Il me paraissait inconcevable d’écrire un livre sur un détective et sa proie sans lire sur l’art de ces deux domaines. 98% de ce que je raconte dans L’Homme qui s’envola est authentique. La seule chose à laquelle j’ai voulu faire attention, c’est la date. Je fais attention à ne pas dater mes livres, je ne veux pas qu’ils vieillissent trop. Dans certains romans, les personnages sont surexposés à la technologie, ils ont les derniers gadgets à la mode. J’essaie au contraire de ne pas surcharger mes livres pour tendre à une certaine intemporalité.”

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Un roman américain

S’il est intemporel, L’Homme qui s’envola est toutefois un roman très américain aux yeux des lecteurs, et à juste titre : “Il me semblait que l’histoire devait se passer aux Etats-Unis : le métier de skip-tracer est typiquement américain, tout comme la société que Walker a montée. En Europe, j’avais un problème de frontières et de différences culturelles et judiciaires. Les Etats-Unis, au contraire, c’est un pays-continent, et j’aime la forme rectangle du pays, qui donne l’impression d’être face à un plateau de jeu.”

Les lecteurs ont ainsi rebondi en interrogeant Antoine Bello sur la notion de jeu, très présente dans son dernier roman : “La construction du roman prend la forme d’une partie d’échecs où chaque joueur anticipe ce que l’autre va faire. Cette notion d’anticipation des coups de son adversaire se retrouve dans beaucoup de mes livres. Chaque joueur, que ce soit Walker ou Shepherd, aurait pu gagner, mais ils ont préféré faire match nul. En un sens, ils ont tous les deux gagné.”

Retrouvez L’Homme qui s’envola d’Antoine Bello, publié chez Gallimard.

Où Babelio présente sa nouvelle étude de lectorat sur le polar

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs » et à l’occasion du festival Quais du Polar à Lyon, Babelio a présenté le 31 mars dernier une nouvelle étude sur les lecteurs de polar. Pourquoi lisent-ils des romans policiers ? Font-ils la différence entre roman noir et thriller psychologique ? Qui sont leurs enquêteurs préférés ?

Pour répondre à ces questions et en savoir plus sur ce lecteur accro aux frissons, Babelio a mené une enquête du 20 au 27 février 2017, auprès de 4 771 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs. Les résultats, présentés par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs, et Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, ont notamment été mis en parallèle avec les résultats obtenus grâce à une précédente étude effectuée trois ans plus tôt, en 2014.

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Des lecteurs conquis et curieux

Comme de coutume dans les enquêtes sur le lectorat de Babelio, on trouve chez les répondants une majorité de femmes (80%) et d’adultes : 60% des lecteurs interrogés ont entre 25 et 54 ans. La première chose que l’on constate est que le polar est un genre très répandu auprès des lecteurs puisqu’ils sont 93% des répondants à affirmer en lire. Les 7% qui n’en lisent pas, qui représentent un peu plus de 300 personnes, ont donné plusieurs raisons à cela : alors que certains préfèrent suivre des enquêtes policières à la télévision ou au cinéma, d’autres admettent qu’ils connaissent mal le genre, lui en préfèrent d’autres ou ont un besoin de s’évader auquel les polars ne répondent pas. Quelques critiques ont également été émises concernant le genre policier, qui a été jugé trop lassant et répétitif, et parfois trop violent.

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Les lecteurs interrogés sont également de grands lecteurs : 95% d’entre eux lisent un livre par mois et 40% un par semaine. Pour plus d’un tiers des lecteurs, le polar représente plus de 50% de leurs lectures. Un autre tiers des lecteurs est quant à lui un public curieux, puisque les romans policiers représentent moins de 25% de leurs lectures.

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Pourquoi lire du polar ?

C’est d’abord la construction des romans policiers qu’apprécient les lecteurs, puisqu’ils se dirigent en majorité vers le polar pour le suspense des enquêtes et pour leurs intrigues. En second lieu, ce sont les personnages et leur psychologie atypique qui plaisent aux lecteurs. Ils sont également nombreux à apprécier la dimension sociétale des romans policiers et à aimer se plonger dans des géographies et milieux différents. Enfin, si les lecteurs apprécient ces enquêtes, c’est également parce qu’elles leur permettent de s’évader et leur offrent un vrai divertissement.

Quelques réponses surprenantes ont aussi été relevées, qui reflètent de manière très anecdotique une certaine fascination pour les meurtriers : 1275 âmes m’a aidé à ne tuer personne”, avoue ainsi un répondant.

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Le polar ou les polars ?

Loin d’être un sous-genre, pour 55% des lecteurs interrogés, le polar est devenu un genre littéraire reconnu par tous. Pourtant, 40% des personnes interrogées pensent que sa reconnaissance s’améliore progressivement ou reste à acquérir.

75% des enquêtés font la différence entre les genres et sous-genres de polar : historique, roman noir, thriller psychologique, fantastique… On peut ainsi noter une légère différence de lectorat pour les romans noirs, qui séduisent davantage les hommes que les autres sous-genres.

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Si les polars français sont les plus appréciés des répondants, suivis de près par les polars américains, scandinaves et anglais, c’est surtout la variété que semblent apprécier les lecteurs : quelques pays plus inattendus ont également été mentionnés par les lecteurs, comme le Japon et l’Afrique du Sud.

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Enfin, ce sont essentiellement les grandes figures du polar qui ont introduit les lecteurs aux romans policiers, comme en témoignent les auteurs classiques Mary Higgins Clark, Georges Simenon, et Arthur Conan Doyle, et les auteurs contemporains Fred Vargas et Harlan Coben, qui occupent le haut du classement. Ils sont cependant distancés, et de loin, par Agatha Christie, qui a introduit 1 336 répondants au polar : cela représente près de 10 fois l’auteur qui arrive en seconde position, Mary Higgins Clark (186 citations). Étonnamment, Enid Blyton, l’auteur du Club des cinq, fait également partie des auteurs ayant amené les lecteurs vers le roman policier.

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Des lecteurs de plus en plus tournés vers la lecture numérique

Si les lecteurs Babelio sont des lecteurs connectés, ce sont avant tout de grands lecteurs qui multiplient les lieux d’achat sans être exclusifs : la librairie, les grandes surfaces culturelles et les sites de vente en ligne sont ainsi les trois réseaux d’achat privilégiés par les enquêtés. Cette distribution des ventes est relativement similaire à celle des autres genres.

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur le format de leurs lectures, et notamment sur la part du format poche et numérique. Tandis que deux tiers des lecteurs lisent majoritairement en poche, ils sont 42% à lire du polar en numérique : parmi les différents sujets testés dans l’étude de 2017, c’est celui pour lequel on mesure l’évolution la plus importante en comparaison avec l’étude de 2014, puisqu’ils n’étaient que 28% des répondants il y a trois ans.

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Concernant le prix attendu des romans, on constate tout d’abord que les attentes des lecteurs n’ont pas varié en trois ans : ils s’attendent toujours à acheter un polar en poche au prix de 8 € et en grand format au prix de 19 €. En revanche, il n’y a pas de consensus sur le prix du livre numérique -sinon que les lecteurs ne veulent pas le payer plus cher qu’un grand format.

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L’importance du bouche-à-oreille

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur la façon dont ils découvrent de nouveaux romans policiers. Pour la plupart d’entre eux, c’est le bouche-à-oreille qui est le principal vecteur de découverte, puisqu’ils s’appuient surtout sur Babelio et sur les avis de leur entourage. Les médias traditionnels viennent en troisième position, suivis par la librairie. Les lecteurs de polars de Babelio n’étant pas exclusifs, les sites et forums spécialisés n’ont été que très peu cités.

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Très informés, ces grands lecteurs ne ressentent pas nécessairement le besoin de se fier aux prix littéraires ; de fait, seul un tiers des lecteurs interrogés y est attaché. Si les principaux prix littéraires (Prix Polar SNCF, Prix Quai des Orfèvres, Prix Polar de Cognac, Prix Quais du Polar) sont bien connus des répondants, on note en outre une légère progression dans la connaissance des prix, par rapport à 2014. Le Prix Polar SNCF est ainsi connu de 76% des lecteurs, alors qu’ils étaient 60% à le connaître en 2014.

Finalement, les critères principaux auxquels sont attachés les lecteurs lorsqu’ils choisissent un livre sont l’univers du livre, son sujet, le résumé et le nom de l’auteur. En revanche, la maison d’édition semble avoir peu d’influence sur le choix des lecteurs puisque seul un tiers d’entre eux y accorde de l’importance. Alors que les maisons d’édition et collections emblématiques sont les plus connues des lecteurs (Actes Sud, Rivages, Babel Noir, Points, 10/18 et Sonatine), quelques nouvelles maisons d’édition et collections se distinguent également, notamment La Bête noire de Robert Laffont.

D’Adamsberg à Cormoran Strike

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur une figure emblématique du roman policier : l’enquêteur. Ils sont ainsi 58% à indiquer être attaché à un personnage récurrent. Sur le podium, trois personnages classiques séduisent les lecteurs : Jean-Baptiste Adamsberg, le héros de Fred Vargas, Kurt Wallander, le commissaire créé par Henning Mankell, et le détective belge Hercule Poirot, d’Agatha Christie.

Si plus de la moitié des lecteurs restent attachés à la figure d’un héros récurrent, ce nombre a cependant baissé par rapport à 2014, où ils étaient 66%. Si le succès de certains one shot tels que La Fille du train ou Les Apparences peut expliquer cette baisse, il semblerait tout de même que l’émergence de nouveaux enquêteurs et de nouvelles séries à succès soit encore possible, comme en témoigne l’entrée dans le classement de Yeruldelgger, le héros créé par Ian Manook, et de Cormoran Strike, le détective privé de Robert Galbraith, alias J.K. Rowling.

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Du noir vers la blanche

Enfin, les lecteurs ont été interrogés sur les publications croisées et plus particulièrement la publication d’auteurs de romans policiers dans des collections de littérature blanche. Pour cela, l’exemple de la saga Malaussène de Daniel Pennac, passée en 30 ans de la Série Noire à la Blanche de Gallimard, a été proposé aux lecteurs interrogés. Les réponses sont très partagées : tandis que certains répondants s’accordent à dire que cela peut amener de nouveaux lecteurs vers le polar et apprécient ce décloisonnement des genres ainsi que la légitimité que cela donne aux romans policiers, d’autres regrettent ce manque d’identification. En effet, ils trouvent bon que les polars soient identifiés comme tels et déplorent le manque de caractère des couvertures de littérature générale.

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Suggestions et conclusions

Par rapport à l’étude réalisée en 2014, la progression de la lecture numérique est finalement la principale évolution constatée, puisque le polar s’impose, avec la romance, comme le genre le plus lu sous ce format. Les lecteurs ont par ailleurs souhaité encourager les maisons d’édition de romans policiers à communiquer davantage sur les réseaux sociaux et à y être plus présents.

Très informés et en capacité de choisir entre les différents sous-genres, les lecteurs de polars invitent logiquement les éditeurs à soigner leurs couvertures et quatrièmes de couvertures, à y être éclairants tout en faisant attention à ne pas y dévoiler des éléments clés de l’intrigue.

Enfin, malgré leur préférence persistante pour les polars français, anglo-saxons et scandinaves, ils ont souhaité encourager les éditeurs à publier plus d’auteurs de nationalités moins représentées par le genre.

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de polar