Janis Otsiemi nous guide dans les bas-fonds de Libreville

Drogue, violence, jeux, vengeance… Le tableau du Gabon peint par Janis Otsiemi dans son dernier roman, Tu ne perds rien pour attendre, qui inaugure la nouvelle collection Sang Neuf de chez Plon, est bien peu reluisant. C’est surpris par cette sombre peinture et par ailleurs intrigués par la culture africaine que les lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteur, dans les locaux de son éditeur, le jeudi 16 mars dernier.

 

Flic à Libreville, Jean-Marc a perdu sa mère et sa sœur dans un accident dont le coupable n’a jamais été poursuivi. Jean-Marc est entré dans la police à cause de ce drame pour condamner à sa manière ce meurtrier. Mais, fatigué des magouilles de ses collègues de la PJ, il a demandé à être muté à la Sûreté urbaine de Libreville ; un service où il a le temps de préparer une vengeance qui le fait tenir au quotidien. En attendant le jour où il fondra sur son ennemi juré comme un prédateur, tel un Dexter à la mode gabonaise, il nettoie les rues de Libreville des voyous, violeurs, politiciens véreux et génocidaires rwandais qui y sont planqués…

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Entre la magie et le réel

Pour saisir la profondeur des romans de Janis Otsiemi, il faut garder en tête que la frontière entre le réel et le fantastique est bien plus floue en Afrique qu’en Europe : “La notion de mérite n’existe pas en tant que telle chez nous. Pour réussir dans la vie, mes compatriotes ont recours à des fétiches et des marabouts, pas directement au travail.” A ce cadre particulier s’ajoutent malheureusement d’importants soucis judiciaires, qui ont inspiré à l’écrivain son dernier roman : “ Si l’on  partage quelque chose en Afrique, c’est bien l’impunité. Notre société judiciaire est au service du pouvoir et pas à celui de la société civile. Mon héros est justement désabusé par cette justice et c’est la haine envers ce système qui le pousse à se venger.”

 

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Imaginer pour dénoncer

S’il a décidé de créer un “Dexter” africain, l’écrivain a bien l’intention de mettre le doigt sur les nombreux problèmes qui sévissent dans son pays : “Mes histoires sont en elles-mêmes relativement banales, mais elles sont souvent un prétexte pour dénoncer ce qui me dérange. Je parle notamment dans ce livre des casinos corses qui constituent selon moi un véritable fléau qui touche toute la société gabonaise.” Le jeu n’est pas le seul mal dont souffrent les habitants de la capitale gabonaise selon Janis Otsiemi, qui y vit encore aujourd’hui : “Aux côtés du jeu, la corruption fait également de nombreux ravages, sans parler de la drogue, dont les routes traversent notre capitale depuis que la lutte anti-terroriste menée au Sahel, les a déplacées. L’Afrique est un véritable polar à ciel ouvert.”

 

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Une langue d’adoption

Les romans de Janis Otsiemi constituent également à leur manière une réflexion autour de la langue française. En effet, l’écrivain entretient un rapport plutôt complexe avec notre langue, vue comme un héritage forcé datant de la colonisation : “La langue française n’est de base pas la mienne, elle ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Le français traduit vos soucis et votre quotidien, mais il ne peut pas raconter toute mon histoire.” A cet héritage difficile s’ajoute au Gabon l’absence de langue nationale, qui rend le langage toujours plus complexe : “Chaque ethnie triture la langue pour se l’approprier. D’ailleurs, c’est une belle vengeance vis à vis du colonisateur que de transformer son langage alors qu’il était venu nous l’imposer ! ”

 

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Un polar gabonais

Lassé par la production, à ses yeux très monotone, des romans policiers, Janis Otsiemi a voulu proposer une série d’enquêtes dans un cadre nouveau : “J’en avais assez de retrouver Paris et New-York dans tous les polars que je lisais. Libreville, la capitale du Gabon où je vis, possède une vraie matière romanesque, car derrière les paysages de carte postale, se trouve une réalité bien plus sombre qu’il est important de ne pas cacher ; c’est là que se trouve ma vie. De plus, les écrivains africains ne se préoccupent pas de vraisemblance : pour plaire à un public étranger, ils mettent souvent en scène des médecins légistes, propres aux enquêtes américaines, alors que cette profession n’existe même pas chez nous.” Résidant dans l’un des plus grands bidonvilles de sa région, Janis Otsiemi a choisi d’écrire pour ses amis : “Les premières fois, mes amis trouvaient que j’écrivais comme un bourgeois, or, je voulais qu’ils se reconnaissent dans mes romans. C’est pour cela que je suis venu au polar et que j’ai choisi d’y mettre en scène mon quotidien.”

 

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Lutter pour sa liberté

Triste réalité, dire la vérité sur son pays n’est pas toujours une décision facile à prendre pour les écrivains. S’il ne s’est encore jamais senti directement en danger, Janis Otsiemi confie son inquiétude au sujet du devenir de sa liberté d’expression : “J’ai reçu des appels du président du Gabon qui me demandait de cesser de faire de la mauvaise publicité pour le pays. Je subis également une pression extérieure. Je joue au chat et à la souris avec le gouvernement et sais que je dois faire attention.” En revanche, Janis Otsiemi n’est pas prêt de céder à la pression ou à se cacher  : “Je n’use pas de pseudonyme car j’assume totalement mes choix ; c’est ma liberté dont il s’agit et je refuse catégoriquement d’y renoncer.”

 

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Apprentissage sur le terrain

Afin de rendre ses personnages crédibles, et notamment ses policiers, rien de mieux que d’aller les trouver directement où ils se trouvent. C’est en effet sur le terrain que Janis Otsiemi amasse la matière nécessaire pour écrire ses romans : “Tout commence souvent par une histoire inventée. Je vais voir la police en expliquant que j’ai perdu mon petit frère et que je souhaite aller voir dans la prison s’il s’y trouve. Une fois sur place, je peux récolter toutes les informations dont j’ai besoin, auprès des prisonniers comme des agents de sécurité.” Ce travail de terrain, Janis Otsiemi le soigne afin de gagner en réalisme : “Je veux que le Gabon de mes livres soit le vrai et que les habitants se reconnaissent dans mes écrits. Lorsque j’évoque un lieu dans mes romans, je commence toujours par m’y rendre afin de rester au plus proche de la vérité dans mes descriptions.”

 

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Autodidacte

Avec neuf soeurs, Janis Otsiemi s’est longtemps contenté de romans photographiques à l’eau de rose : “J’aimais bien ces romans, mais à 15 ans, j’ai découvert le poème Le Lac d’Alphonse de Lamartine et c’est alors que je me suis mis à dévorer tous les classiques.” Dans une région où l’accès à l’éducation demeure difficile à une grande partie de la population, Janis Otsiemi s’est formé en autodidacte à l’écriture : “J’ai arrêté l’école en classe de troisième. Pour apprendre à écrire, j’ai donc copié des pages et des pages de Balzac, pour en saisir le style et développer ensuite le mien.” Comme expliqué plus tôt, Janis Otsiemi ne fait pas partie de la classe privilégiée de Libreville et la littérature semble avoir joué un grand rôle dans son élévation sociale : “La littérature m’a sauvé. Je vivais dans un quartier violent et la plupart de mes amis de l’époque sont aujourd’hui en prison. Personnellement, la littérature m’a ouvert les yeux et m’a permis de ne pas foncer dans le mur.”

 

 

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Découvrez Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi, publié chez Sang Neuf.

Tombez amoureux de Munch avec Lisa Stromme

Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient nés certains tableaux de maîtres ? Lisa Stromme, l’auteur anglaise qui vient de publier Car si l’on nous sépare chez HarperCollins, a été interloquée lorsqu’elle a découvert Le Cri, le célèbre tableau d’Edvard Munch. Dès lors, elle a décidé d’imaginer l’histoire de cette fameuse peinture. Le mercredi 1er mars dernier, une trentaine de lecteurs Babelio se sont réunis au Cercle Norvégien de Paris, afin de discuter avec elle du destin énigmatique de ce peintre pas comme les autres…

L’interprétation a été assurée par Jean-Marie Doury.

 

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1893 : Le petit village de pêcheurs d’Åsgardstrånd, en Norvège, se prépare à l’arrivée de la noblesse mais aussi à celle d’un cercle d’artistes très controversés, la Bohême de Kristiania. Tous viennent profiter du fjord, dont la lumière estivale décuple la beauté. Johanne Lien, la fille d’un modeste fabricant de voiles, devient le temps d’une saison la servante de l’impétueuse Tullik Ihlen. La jeune femme l’entraîne dans sa passion pour Edvard Munch, dont les toiles scandalisent les estivants. Johanne est captivée par l’émotion brute qui se dégage de l’oeuvre du peintre et accaparée par la liaison secrète qu’il entretient avec Tullik. Mais très vite, elle comprend qu’elle devra dissimuler bien plus que des rendez-vous amoureux…

 

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Un vieux mari

Lisa Stromme ne se souvient plus exactement de la première fois où elle a été confrontée à l’oeuvre de Munch, véritable monument de la peinture du XXe siècle : “Je vivais avec sa peinture comme j’aurais vécu avec un vieux mari depuis trop longtemps : je connaissais son oeuvre, mais je n’y prêtais véritablement attention. C’est quelqu’un que je portais en moi sans m’en rendre compte.” Pourtant, alors qu’elle croise pour la énième fois le célèbre tableau du peintre, Le Cri, l’écrivain perçoit pour la première fois la force qui en émane, alors que ce dernier est vendu pour 120 millions de dollars aux Etats-Unis et décide de lui consacrer un ouvrage.

 

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Le plus bel endroit du monde

Décidée à en savoir plus sur la vie de Munch, Lisa Stromme se rend dans la ville que le peintre occupait chaque été, en Norvège : “Lorsque j’ai découvert la petite ville de Åsgardstrånd, j’ai appelé mon mari et je lui ai dit que j’avais trouvé l’endroit le plus beau du monde. Le paysage, la lumière, tout est particulier dans cette région où il fait, contre toute attente, très beau l’été ! Et mes parents qui pensaient que les Norvégiens vivaient avec les ours polaires !” Séduite par l’endroit, Lisa Stromme décide de s’installer dans les environs de ce lieu magique pour mieux saisir l’histoire du célèbre peintre et mener à bien son projet.

 

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Raillé

Munch n’était pas le seul à vivre dans la province norvégienne. En effet, la petite ville d’Åsgardstrånd abrite au XIXe siècle de très nombreux artistes et bohémiens : “La ville a attiré beaucoup d’artistes, les soirées y étaient folles à l’époque de Munch.“ Au loin de ces agitations, le peintre du Cri est une personnalité très calme et extrêmement timide. Si cette population qui s’agite autour de lui, lui a permis d’exprimer sa créativité, elle l’a également beaucoup brimé. En effet, si Munch est considéré comme un maître aujourd’hui, il a commencé par être moqué par ses contemporains, qui pensaient qu’il était dangereux de regarder ses peintures”

 

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Changement de plan

Au départ, c’est le tableau Le Cri qui intéresse particulièrement l’écrivain anglais. En effet, le projet initial de son roman était d’en raconter l’épopée : “Je me suis intéressée au tableau lorsqu’il a été vendu aux Etats-Unis pour une somme affolante; je me suis demandé d’où venait cet engouement. J’ai alors commencé mes recherches et suis progressivement tombée amoureuses de cette peinture jusqu’à ce qu’elle devienne une véritable obsession.” Fort de ces lectures et de son voyage à  Åsgardstrånd, le projet de l’écrivain bascule : “Lorsque je suis arrivée là bas, tout est devenu plus simple pour moi. J’ai donc finalement décidé de simplifier mon idée de départ et d’écrire l’histoire d’amour entre Munch et sa muse ; c’est ce que ce lieu magique m’a inspiré.” S’inspirant de personnages réels, l’écrivain se lance alors dans la peinture de cette bohème norvégienne, et enquête sur la supposée relation du peintre avec une “fille de bonne famille”, qui devient peu à peu la pierre angulaire de son roman.

 

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Roman et histoire

La vie de Munch demeure relativement méconnue et Lisa Stromme a effectué un énorme travail documentaire pour pouvoir se permettre de la mettre en scène : “C’était effrayant de se frotter à un personnage si connu. J’avais tellement lu à son sujet que j’avais l’impression de partager ses idées, que ses émotions passaient à travers moi et c’est précisément ce que j’ai essayé de retranscrire dans le livre.” Si elle est parvenue à incarner à ce point le peintre, c’est grâce à son écriture : “Ses textes m’ont littéralement traversée. Munch aurait été un excellent écrivain. Ses journaux sont magnifiques, extrêmement poétiques. Il aimait d’ailleurs beaucoup écrire et inventer des histoires autour de ses peintures.” Portée par ces histoires, l’écrivain a choisi la forme du roman, plutôt que le document historique pour son avantage  indéniable du point de vue des émotions : “L’important avec la fiction est qu’elle permet de faire naître des questions et surtout d’ajouter de l’émotion, bien davantage que dans un travail universitaire, soumis à l’historicité des faits.”

 

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La muse histoire

Par-delà un fort intérêt pour la peinture, si Lisa Stromme s’est tournée vers la vie du peintre, c’est avant tout par passion pour l’histoire : “L’histoire est ma muse. Lorsque je regarde de vieilles photos, je ressens l’envie d’écrire à leur sujet. Dès que je touche un objet ancien, qu’il s’agisse d’un tissu ou d’un meuble, des histoires me viennent en tête ; les temps anciens m’inspirent beaucoup.”

De ce roman est né chez l’écrivain un intérêt tout particulier pour le XIXe siècle, qu’elle a décidé d’explorer une nouvelle fois dans son prochain roman : “Mon prochain ouvrage porte sur Alfred Nobel. Il a écrit son testament ici, au Cercle Norvégien. J’ai découvert qu’il s’agissait d’un homme extrêmement intelligent et relativement incompris par la société de son époque, tout comme Munch, j’ai l’impression d’être attirée par ces génies incompris.”

 

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C’est sur cette amusante note que se clôture la séance de questions-réponses avec l’écrivain, suivie d’une séance de dédicace pendant laquelle les lecteurs ont eu la chance de pouvoir échanger directement avec l’auteur.
Retrouvez Car si l’on nous sépare de Lisa Stromme, publié chez HarperCollins.

A la rencontre des membres de Babelio (13)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

 

Rencontre avec Ninaalu, inscrit depuis le 03/05/2015

 

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Bibliothèque de Ninaalu

 

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

A force de chercher des idées de lecture et de tomber sur Babelio, j’ai fini par m’y inscrire. Mais je n’ai pas été très active tout de suite !  C’est lorsque j’ai créé mon petit blog littéraire l’été dernier que je suis devenue une participante régulière.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Enormément de romans avec une prédilection pour les auteurs anglophones, beaucoup de thrillers,  de la BD, des livres d’art et des essais féministes.

 

Vous lisez beaucoup de témoignages : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

J’en lis surtout en BD, je trouve que le roman graphique  est un format qui s’y prête particulièrement. Un énorme livre en N&B sur un sujet sérieux peut me rebuter, alors que l’alliance de l’image et du texte sert particulièrement les biographies et témoignages.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

L’impertinence des personnages de La Comtesse de Ségur et les envies d’évasion de Jack London, deux choses qui me définissent bien.

 

bm_33090_1532990Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, un vrai coup de cœur  que je conseille à toutes et à tous ! Un beau roman d’apprentissage, merveilleusement bien écrit, sur la tolérance.

 

 

 

51wkPLxqpTL._SX210_Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Harry Potter, les 7 tomes, souvent en commençant par le 4 ou 5  (moins enfantins), au moins une fois par an ! Ce qui rend ma mère assez folle, puisque je les relis uniquement chez mes parents. Une vraie #potterhead.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je n’ai lu aucun livre des Sœurs Brontë, je ne suis pas assez romantique, mais j’y pense de plus en plus, ayant beaucoup d’amatrices dans mon entourage.

 

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Pas complètement « méconnue », mais pour toutes les personnes qui pensent que la BD n’est pas de la vraie lecture, je conseille Habibi de Craig Tompson aux éditions Casterman, un vrai bijou de poésie sur la jeunesse de deux esclaves.

 

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier d’abord, mais je suis convaincue de l’utilité des liseuses. C’est incontournable pour les éditeurs et auteurs, il faut proposer les livres en version papier et numérique. Le numérique ne tue pas le papier, c’est une offre complémentaire.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ? 

Dehors, sous le soleil exactement.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l’horizon » de Jack London dans Martin Eden, une citation parfaite pour une bibliophile !

 

51DU8iYuy0L._SX210_Quel sera votre prochaine lecture ?

California Girls  de Simon Liberati aux éditions Grasset, j’en avais entendu beaucoup de bien  pendant la Rentrée littéraire de Septembre, et je trouve que cette immersion  dans la folie Manson est fascinante !

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

Une critique sincère qui va plus loin que « c’est de la merde » ou « c’est génial », quelque chose de constructif qui peut intéresser d’autres lecteurs.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’incite toutes les personnes inscrites à (essayer de) participer aux Masses critiques, cela permet de lire des livres qu’on aurait peut-être pas choisi  autrement, et c’est un très bon exercice de lecture et d’écriture  ! J’en ai d’ailleurs une en cours L’Autre Paris aux éditions Parigramme.

Merci à Ninaalu pour sa participation !

 

Visitez le cabaret du camp de Gurs avec Diane Ducret

Si l’on vous disait qu’en France, en 1940, un camp emprisonnant plusieurs milliers de femmes sans raison avait existé dans les Pyrénées, et qu’au sein de ce camp, se tenait un cabaret… Y croiriez-vous ? C’est ébahis par leur lecture que, le lundi 27 février dernier, une trentaine de lecteurs Babelio sont venus rencontrer Diane Ducret, l’auteur des Indésirables, publié chez Flammarion, afin d’en apprendre plus sur ce fait historique méconnu et pourtant bien réel.

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Un cabaret dans un camp au milieu des Pyrénées, au début de la Seconde Guerre mondiale. Deux amies, l’une aryenne, l’autre juive, qui chantent l’amour et la liberté … cela semble inventé ! C’est pourtant bien réel. Eva et Lise font partie des milliers de femmes « indésirables » internées par l’État français. À Gurs, l’ombre de la guerre plane au-dessus des montagnes. Il faut aimer, chanter, danser plus fort, pour rire au nez de la barbarie.

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Qui sont les Indésirables ?

C’est grâce à un ami que Diane Ducret a découvert l’existence du camp de Gurs : “Un ami m’a offert un livre contenant le témoignage de l’une de ces Indésirables, ces prisonnières enfermées dans un camp du sud de la France et n’ayant pour seul point commun de n’avoir pas d’enfant. Je me suis demandée pourquoi, en tant qu’historienne, je n’avais jamais eu connaissance de ces faits.” Dans ce livre, Vivre à Gurs de Barbara Vormeier, l’écrivain découvre pour la première fois le terme d’Indésirable : “ Paradoxalement, j’ai trouvé que ce terme avait un écho à la fois historique et en même temps très actuel. Je me suis demandé si ce concept n’avait pas tout simplement traversé les siècles : est-ce que la femme n’a pas été une potentielle indésirable tout au long de son histoire ? ”

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Survivre par amour

Diane Ducret avait déjà écrit sur la Seconde Guerre mondiale, mais ça n’est pas un goût particulier pour cette époque qui l’a poussée à s’y replonger avec Les Indésirables : “J’avais tout prévu, sauf de réécrire un livre sur la Seconde Guerre mondiale. Mon propos était cette fois davantage tourné vers l’amour et en particulier celui qui permet de survivre. Le contexte de la guerre s’est finalement peu à peu imposé à moi, du fait de ce sujet.” Plus qu’un simple détail, cette période historique porte malgré tout en elle une dimension chère à l’auteur : “On parle beaucoup de réfugiés fuyant la guerre ou les totalitarismes. La question de déporter ces gens, souvent perçus comme une menace, est un débat hautement actuel, qu’il était bon de remettre sur la table en ce contexte politique agité.”

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La fiction pour donner corps

En dehors de détails très matériels, portant principalement sur l’hygiène, Diane Ducret n’a bénéficié que de peu d’éléments romanesques pour écrire son histoire : “La plupart des archives du camp ont été brûlées, on ne sait même pas exactement combien de femmes ont été enfermées là bas et nous avons seulement les noms de celles qui en sont sorties en même temps que Hannah Arendt. Il a donc fallu donner corps à toutes ces informations prosaïques, et c’est là que les témoignages entrent en jeu.” Historienne, Diane Ducret a hésité à faire de cette découverte un essai : “J’ai finalement opté pour le roman car ce n’est pas tant le cas de ces quelque 3000 femmes qui m’importe, mais surtout le fait de se battre, de garder espoir malgré les difficultés : pourquoi ces femmes continuaient à tomber enceintes, à manger ou à se coiffer, alors qu’elles ne savaient même pas si elles seraient vivantes le lendemain. C’est en résumé cet espoir dont est capable l’Homme lorsqu’il aime qui m’a intéressé dans ce roman.”

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Poésie et chanson

Le dernier roman de Diane Ducret contient plusieurs poèmes et chansons, écrits par l’auteur. Ces chansons, elle les voit comme un personnage, venu donner une dimension symbolique à son récit : “Il est difficile de croire qu’il y avait bel et bien de la musique dans ce camp, mais c’est là que réside tout le paradoxe des années 1940 où se sont multipliés les cabarets. Il fallait rire au lieu de pleurer ! De plus, les poèmes sont là pour incarner ces moments d’espoir qui naissent sans raison logique, lorsque le cœur parvient à s’accrocher à quelque chose et à nous y faire croire très fort. J’ai finalement varié mes formes narratives comme est capable de varier le sentiment humain.”

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Être seulement soi

Diane Ducret le souligne : enfermer une femme de 35 ans pendant cinq années de guerre, peut avoir des conséquences terribles sur sa féminité : “Est-ce suffisant d’être simplement soi-même sans être mère ? Peut-on être mère sans avoir donné la vie ? C’est tout une réflexion autour de la maternité que j’ai voulu proposer dans ce roman, une réflexion forte sur les femmes et sur leur place vis à vis de la maternité. Pourquoi a-t-on considéré des femmes comme Indésirables sous prétexte qu’elles n’étaient pas mères ? Aujourd’hui, alors que l’on avorte beaucoup et que les possibilités de maternité se développent, on montre que la maternité ne va pas de soi et je trouve qu’il est très bon de le rappeler.”

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Histoire et féminisme

“L’histoire de France est-elle encore l’histoire des hommes ? J’aimerai vous dire que non”, déclare Diane Ducret, afin de préciser sa démarche à l’égard de la cause féminine. “Je ne fais pas partie de ces féministes qui souhaitent réécrire l’Histoire. Forcer la chose avec des quotas ou déformer la vérité, est une insulte à notre rôle de femme. Je suis écrivain et ne ressens pas du tout le besoin d’être écrivaine.” En revanche, l’historienne souhaite porter le regard vers des éléments ignorés de l’histoire des femmes, comme le rôle important qu’elles ont pu jouer auprès des dictateurs pendant la guerre : “Il ne faut pas oublier que les femmes avaient le droit de vote en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur rôle pendant la guerre et notamment auprès des dictateurs n’a simplement pas été traité par les historiens, voilà pourquoi j’en parle, mais pas en tant que féministe, simplement parce qu’il s’agit là d’une réalité.”

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Poser le cadre

Le travail documentaire est un passage obligé pour tout romancier qui s’intéresse à l’histoire. Pour Diane Ducret, celui-ci est entièrement séparé du processus d’écriture :”Je vais au bout de ce que je peux trouver en termes de documentation avant de me lancer dans l’écriture.  Il me faut un cadre géographique précis pour planter mon histoire correctement. Il me semble qu’il s’agit là presque d’un moyen d’honorer notre devoir de mémoire.” Ce devoir de mémoire, la France n’a pas souhaité l’honorer déplore l’écrivain : “Je suis allée sur les lieux du camp. Il n’y a aucun musée, simplement une forêt de pins extrêmement dense, afin de cacher les traces de cette histoire. On perçoit quelques dalles de béton, une baraque ainsi qu’une latrine, mais le tout est entièrement recouvert de pins. Il n’y a eu aucun travail de mémoire, contrairement aux camp polonais par exemple, et je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en arrivant. La visite n’en a été que plus émouvante.”

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Vérité universelle

La musique, et plus particulièrement le piano, a accompagné l’écriture du roman de Diane Ducret : “J’ai écrit en écoutant en boucle trois compositeurs de piano solo et notamment Yann Tiersen. J’ai beaucoup pleuré en écrivant, mais c’est l’un des rôles du roman que de permettre de faire partager ses émotions.” Accoutumée aux essais historiques, l’écrivain explique avoir découvert, grâce à ce roman, une nouvelle forme de vérité : “”Jusqu’ici, je considérais les essais comme se rapprochant davantage de la vérité, puisqu’ils ne portent que très peu de l’âge ou du sexe de leur auteur. Pourtant, les témoignages de ces femmes m’ont tellement parlé, que je voyais dans leurs histoires quelque chose d’extrêmement universel : j’ai eu l’impression de vivre à travers leurs mots et c’est une forme de vérité finalement tout aussi forte que l’approche historique.”

C’est encore plein de questions que les lecteurs ont ensuite retrouvé l’auteur lors d’une séance de dédicace, pendant laquelle ils ont pu échanger directement avec elle.

Retrouvez Les Indésirables de Diane Ducret, publié chez Flammarion.

Découvrez l’entretien vidéo avec Diane Ducret :

A la rencontre des membres de Babelio (12)

Avec 300 000 400 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Cronos, inscrit depuis le 24/05/2013.

 

Les bibliothèques de Cronos 

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

A la base je cherchais un logiciel pour pouvoir classer mes lectures et faire une fiche pour chaque. J’ai finalement opté pour une inscription sur Babelio dès que j’ai vu le forum.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Bonne question ! Je pense avoir un peu de tout, j’aime varier mes lectures, principalement depuis le premier défis Multi-challenges alors qu’avant j’étais surtout fan de policier-thriller. Ne lire qu’un genre est devenu quasi impensable.

 

Vous lisez beaucoup de romans classiques: qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Oui en ce moment je lis beaucoup de classiques, surtout grâce à des défis lancés sur le forum (BBC, Top 100). Ce que j’aime le plus dedans, c’est qu’ils sont souvent le début d’un genre nouveau, ils marquent une époque, les références dans la culture actuelle sont nombreuses et qu’ils sont très rarement de mauvaise qualité.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

51h8fx6rd2l-_sx341_bo1204203200_Lulu chez les zog-zog de Daniel Beau… Oui ce n’est pas de la grande littérature mais il fut le premier livre que j’ai lu seul comme un grand. A la fin de cette lecteur j’ai eu un fort sentiment d’accomplissement et depuis, à chaque fois que je termine un livre, j’ai cet apaisement, ce calme intérieur.

 

 

 

 

51o2dykoel-_sx195_Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Le premier est Histoire illustré de l’horreur de Stephen Jones (édition Le pré aux clercs), qui j’ai obtenu lors d’une masse critique. Un véritable livre d’art, une anthologie de l’horreur dans la culture populaire !

 

 

9782226189547-j.jpgJe triche aussi en citant un second livre, L’étrange vie de Nobody Owens par Neil Gaiman. Je suis devenu totalement fan des différentes œuvres de cet auteur, au point d’avoir prévu un prochain rayon pour tous ses écrits. Un gros merci à la personne qui a proposée ce livre lors de la lecture commune de janvier 2014.

 

 

 

 

51wkplxqptl-_sx210_Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Harry Potter à l’école des sorciers de J.K. Rowling. On devait le lire en 6ème lors des cours de français et anglais. Il est arrivé à un moment de ma vie où la lecture ne m’attirait plus, une période difficile également. Sans entrer dans les détails, ce livre était le préféré de mon meilleur ami, décédé suite à une maladie. J’ai grandis avec Harry, Ron et Hermione, ou plutôt, on a grandi ensemble, ils ont eu des moments difficiles quand j’en ai eu, ils m’ont accompagné jusqu’au lycée et encore aujourd’hui, quand je suis malade ou en panne de lecture, c’est toujours ce même vieux livre à la couverture cornée et aux pages volantes. Pour rien au monde je ne m’en séparerait.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

… Bon, il est temps de l’avouer… Je n’ai jamais lu Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry ! Mais, j’ai promis de le lire à la fille d’une amie pour son anniversaire.

 

voyage-d-une-parisienne-a-lhaaQuelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Autant pour le récit que pour la femme : Voyage d’une parisienne à Lhassa d’Alexandra David-Néel. Elle est exceptionnelle et provoque en moi une fascination depuis plusieurs années. Elle va tout tenter pendant 8 mois pour entrer dans la capitale du Tibet, et y arriver. Je la vois vraiment comme une super héroïne que rien ni personne n’arrête.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier. Je tente un peu la lecture numérique mais je mets beaucoup plus de temps pour lire une page, je trouve ça moins pratique pour la lecture mais mes bibliothèques ne sont pas cet avis. Je pense comme beaucoup, ce qui me plaît c’est sentir l’objet sous mes doigts, l’odeur du livre, son vécu.

 

c1-musees6292Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Dans la petite cour du Musée des beaux-arts de Lyon. Les murs épais de l’abbaye empêchent le vacarme de la ville de s’introduire jusqu’à mes oreilles. J’aime aussi lire au Parc de la tête d’or, il y a pleins d’endroits calmes. Pour de question pratique je lis surtout dans un gros fauteuil chez moi.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Une seule ?! Bon, même si j’aime beaucoup celles de Mark Twain, je choisis celle de George Eliot :

« Il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait pu être. »

 

cvt_lappetit-des-ombres_7138Quelle sera votre prochaine lecture ?

En dehors des lectures pour mes challenges en cours ce sera (et je pioche à l’instant) : L’appétit des ombres d’Olivier Saraja.

 

 

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique qui m’indique si je vais aimer le livre ou non, que ne me donne pas trop de détails sur l’histoire mais m’indique les thèmes abordés. C’est très égoïste ce que je vais écrire mais j’écris mes critiques pour moi, pour me remémorer l’histoire ou les raisons pour lesquelles j’avais apprécié tel livre et détesté ce roman.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

J’ai aussi envie d’avoir ce 100% de contribution ! Et enfin participer au pique-nique Babelio. Sinon c’est énormément de découvertes, de motivation pour vaincre ma pile à lire et d’échanges sur les forums.

 

Merci à Cronos pour cet échange et ces conseils de lecture !

 

N’hésitez surtout pas à vous manifester dans les commentaires, si vous aussi vous souhaitez devenir lecteur du mois.

 

 

Soupçons et regards en biais avec B.A. Paris

N’avez-vous jamais croisé de couples bien trop parfaits pour ne rien cacher ? C’est en tous cas ce qui est arrivé à B.A. Paris, l’auteur de Derrière les portes, un thriller psychologique paru chez Hugo Thriller. C’est avec une trentaine de lecteurs Babelio que, le 24 janvier dernier, dans les locaux de Babelio, l’auteur est venue nous montrer que l’herbe n’est que rarement plus verte ailleurs…

 

En apparence, Jack et Grace ont tout pour eux. L’amour, l’aisance financière, le charme, une superbe maison. Le bonheur. Vous connaissez tous un couple comme celui qu’ils forment, le genre de couple que vous aimeriez connaître mieux. Vous adoreriez passer davantage de temps avec Grace, par exemple. L’inviter à déjeuner, seule. Et pourtant, cela s’avère difficile. Vous réalisez que vous ne voyez jamais Jack et Grace l’un sans l’autre. Est-ce cela que l’on appelle le grand amour ? À moins que les apparences ne soient trompeuses. Et que ce mariage parfait ne dissimule un mensonge parfait. Car pourquoi Grace ne répond-elle jamais au téléphone ? Et pourquoi les fenêtres de la chambre sont-elles pourvues de barreaux ?

 

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Un monstre presque vivant

Vous faites erreur si vous pensez que B.A Paris avait l’intention d’écrire le thriller psychologique que vous découvrez aujourd’hui chez votre libraire. Si elle apprécie la dimension psychologique des romans, elle n’avait jusque là aucun attrait particulier pour l’univers du thriller : “J’ai toujours lu des romans psychologiques, sans pour autant qu’ils ne soient des thrillers. J’aime les histoires de famille, de couples… En résumé, tout ce qui traite de l’esprit humain. Lorsque j’ai commencé ce roman, j’avais l’intention de m’intéresser à la psychologie de mes personnages, mais pas du tout de créer un roman à suspens ! Je crois que l’intrigue s’est dotée d’un fort suspens à cause du personnage de Jack, sans que je ne le décide consciemment.” Particulièrement sadique, le personnage de Jack est à l’origine de l’histoire de Derrière les portes. Plus encore, au cours de l’écriture, l’auteur lui a même découvert une certaine autonomie… “Je voulais créer un personnage dur avec sa femme, mais je n’avais jamais imaginé pouvoir créer un tel pervers. J’avais presque l’impression qu’il écrivait le livre à ma place. Je me suis véritablement sentie dépassée par ce personnage.”

 

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S’inspirer du réel

Interrogée par les lecteurs, B.A. Paris confirme que son mari est un homme charmant. Comment donc l’auteur a-t-elle pu mettre en scène un démon tel que Jack ? Comment son imaginaire a-t-il pu créer un si surprenant personnage ? “J’ai rencontré un couple il y a quelques temps, qui avait l’air absolument parfait. J’ai peu à peu remarqué que la femme était systématiquement accompagnée de son mari. J’ai fini imaginer quelque chose de louche entre eux deux, qui s’est transformée en une idée de roman. Ce sont eux qui m’ont inspiré cette histoire de femme prisonnière de son mari ; j’ai voulu essayer de comprendre comment certaines femmes se mettent dans de telles situations alors que tout va plutôt bien dans leur vie jusque là.”

 

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Découvrir sa noirceur

Certains écrivains expérimentent la sensation que leur livre s’écrit sans eux. C’est un peu le cas de B.A. Paris, qui a eu quelquefois l’impression que ses personnages lui échappaient : “Il m’est arrivé de relire les pages écrites la veille et de me demander comment j’avais pu écrire quelque chose d’aussi noir. Alors qu’il est normalement difficile de créer des personnages démoniaques crédibles, j’avais de mon côté l’impression d’être ce personnage. J’ai beaucoup aimé calculer ses différentes techniques pour piéger sa femme Grace. Je n’ai eu aucune difficulté à exprimer sa noirceur ; d’ailleurs la rédaction du livre ne m’a pris que trois mois.” La violence psychologique est une chose mais elle doit bien être dissociée de la violence physique, dont l’auteur de Derrière les portes a horreur : “Si j’ai pu écrire la noirceur d’un esprit, je ne pourrai jamais mettre en scène de violence physique. Je ne la supporte pas du tout et suis du genre à sortir de la pièce lorsqu’un film est trop violent.”

 

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Mettre en avant les minorités

Millie, la soeur du personnage de Grace, est une enfant trisomique, inspirée d’une connaissance de B.A Paris. Sans être véritablement engagée, l’auteur a souhaité donner un vrai rôle à ce personnage : “Lorsque j’étais plus jeune, l’une de mes amies avait une soeur trisomique que j’appréciais. C’est de là qu’est venue l’idée de ce personnage alors que s’en est faisait peu à peu ressentir le besoin en cours d’écriture. Je suis très heureuse aujourd’hui car je reçois des lettres de familles me remerciant d’avoir mis en jeu un tel personnage. J’ai essayé de rendre cette petite aussi réelle que possible.”

De la même manière, l’auteur a découvert que de nombreuses femmes étaient dans le cas de son héroïne et reçoit aujourd’hui des courriers la remerciant d’avoir pointé du doigt ce problème trop peu connu : “Je suis très touchée par ces témoignages, que je n’avais pas imaginé à l’écriture du roman. J’espère aujourd’hui que mon livre va permettre à des gens d’ouvrir les yeux sur cette réalité si difficile à révéler au grand jour que sont les femmes qui vivent sous le joug de leur mari sans pouvoir s’en sortir.”

 

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Un chemin tout tracé

Le roman de B.A. Paris est construit selon le principe d’une narration alternée, entre passé et présent. Cette forme narrative, bien que difficile à manier, lui est venue assez naturellement : “Après l’écriture du premier chapitre, il m’a semblé tout naturel de revenir en arrière afin de fournir des éléments d’explication à mes lecteurs. Cela s’est mis en place sans que j’y réfléchisse vraiment ; je ne me souviens pas m’être posé la question.” La narration alternée n’est pas le seul élément venu naturellement dans l’écriture de B.A Paris. En effet, contrairement à beaucoup d’auteurs s’appuyant sur des plans précis de leur roman, l’écrivain s’est laissée porter par sa plume : “J’ai écrit tous les chapitres à la suite, j’ai tout de suite su où je souhaitais aller. Je ne fais d’ailleurs pas de fiche ni de tableau pour la construction de mes romans. Je ne vous cache pas être très étonnée d’apprendre que les autres auteurs le font ! Je n’ai eu besoin de rien de plus que de mon logiciel de traitement de texte.”

 

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Le soucis de l’étiquette

Le second roman de B.A. Paris sort cette semaine en Angleterre. Il s’agit une nouvelle fois d’un thriller, un genre que l’auteur s’approprie peu à peu : “Je crois que pour quelques années encore je vais devoir écrire des thrillers psychologiques !” De quoi parle ce nouveau roman à paraître ? “Breakdown (NDLR : le titre n’est pas encore traduit en français) est encore une fois raconté par une femme. Cette dernière rentre chez elle alors qu’éclate un terrible orage. Décidant de couper à travers bois, elle trouve une voiture arrêtée, qui abrite une femme. Cette situation pourtant étonnante est directement inspirée d’une aventure personnelle. Le livre présente deux drames parallèles et s’intéresse également à la maladie d’Alzheimer.”

 

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Après une dynamique séance de questions-réponses, l’auteur a échangé avec ses lecteurs lors d’une séance de dédicace où les compliments allaient bon train.


Retrouvez Derrière les portes de B.A. Paris, publié chez Hugo Thriller.

Voyage en terres lybiennes avec Hisham Matar

C’est pour un éprouvant voyage en terres libyennes que les lecteurs de Babelio ont été conviés le mercredi 18 janvier, dans les salons de Gallimard, afin de rencontrer Hisham Matar, l’auteur de La terre qui les sépare. Dominique Chevallier, interprète, s’est chargée d’assurer les échanges entre l’écrivain et le public.

 

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Hisham Matar a dix-neuf ans lorsque son père, Jaballa Matar, disparaît. Celui-ci, après avoir trouvé refuge en Égypte avec ses proches, est enlevé et emprisonné en Libye pour s’être opposé au régime de Kadhafi. Vingt et un ans plus tard, lors de la chute de Kadhafi, en 2011, le peuple prend les prisons d’assaut et libère les détenus. Mais Jaballa Matar est introuvable. A-t-il été exécuté lors du massacre d’Abou Salim qui a fait 1 270 victimes en 1996? La détention l’a-t-elle à ce point affaibli qu’il erre quelque part, libre mais privé de souvenirs et d’identité ? Hisham Matar va mener l’enquête pendant des années, relatant l’histoire de cette disparition dans la presse internationale, se rendant à la Chambre des lords en Angleterre et s’adressant aux personnalités les plus inattendues, de Mandela au fils de Kadhafi.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Un voyage difficile

C’est après 33 années passées loin de sa Libye natale qu’Hisham Matar a pu fouler à nouveau la terre de ses origines. Accompagné de sa femme et de sa mère (disposition certes dangereuse, comme il prend soin de le souligner en souriant), il embarque en 2011 pour un long voyage sur les traces de son père disparu : “Ce voyage a été merveilleux. L’occasion pour moi de replonger au cœur de ma famille et dans mes souvenirs d’enfance. J’ai été littéralement submergé par ces lieux et pour combattre cette forte émotion, j’ai décidé de tenir un journal quotidien.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Un livre qui faillit ne jamais voir le jour

Une fois rentré chez lui après un mois de séjour, Hisham Matar est perturbé : “Pour la première fois de ma vie, je n’ai rien écrit pendant trois mois. Rien, pas même une lettre, ce qui était inconcevable jusqu’alors.” Croyant d’abord à la fin de sa vie d’écrivain, il prend son mal en patience, n’ayant jamais considéré l’écriture comme une carrière. “Peu de temps après, j’ai rendu visite à un ami italien, et sans trop savoir pourquoi, j’ai mis dans ma valise le carnet de mon voyage en Libye. Une fois là-bas, j’ai eu envie de le relire, tout en m’efforçant de l’aborder avec un regard neuf, afin de créer une distance, un espace imaginatif me permettant de retrouver l’enthousiasme et la curiosité d’une première lecture.” S’il  craint un manque d’intérêt pour l’histoire de sa famille  et de son pays, Hisham Matar sent dans son histoire personnelle une propension à l’universel et c’est pour cette raison qu’il décide finalement de se pencher une nouvelle fois sur ses notes.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Du journal au livre

Décidé à exploiter les notes prises pendant son voyage, Hisham Matar s’attaque à la rédaction d’un article. Repéré par le journal le New Yorker, il se rend bien vite compte qu’il doit aller plus loin : “L’éditeur du NewYorker m’a demandé de prolonger mon article de 5 000 mots, ce que j’ai fait. En réalité, nous étions en train d’assister à la naissance d’un livre. C’est là que j’ai su que je devais me lancer.” Hormis les deux premières phrases du roman, ce dernier se détache du journal de voyage, qui n’a en réalité servi par la suite à l’écrivain qu’à se remémorer quelques noms et détails : “Après avoir copié les deux premières phases du carnet je me suis arrêté et demandé ce que pourrait être la troisième phrase si je devais l’inventer. Très vite, le livre s’est naturellement imposé et mon écriture est allée toute seule.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Sauvegarder l’intime

Contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant son récit, Hisham Matar n’est pas à l’aise lorsqu’il s’agit pour lui de raconter ce qui a trait au domaine privé : “Je préfère rester discret sur ce qui relève de l’intime. Je n’apprécie d’ailleurs pas les autobiographies où l’auteur se place au centre de l’attention. Je me suis donc beaucoup demandé comment écrire un tel livre tout en restant personnellement en dehors de la lumière.” On l’imagine, écrire un témoignage sur la disparition de son père n’est évidemment pas chose aisée. L’écrivain précise d’ailleurs les difficultés qu’il a ressenties lors de l’écriture : “Au début, je ressentais de violents élans qui me poussaient à m’arrêter ; je trouvais ce texte beaucoup trop privé. Je ne peux encore aujourd’hui pas relire tous les passages en public, certains m’émeuvent trop.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Apprendre à regarder

C’est avec un regard de photographe qu’Hisham Matar rédige ses descriptions, notamment grâce à son sens aigu du détail. Pourquoi une telle précision dans sa plume ? “Lors de mon premier jour à l’école d’architecture, on m’a donné trois heures pour dessiner un arbre. Je n’avais jamais rien regardé pendant aussi longtemps. Je me suis à cet instant rendu compte qu’il n’était pas si simple de regarder les choses avec une telle attention. Je n’ai depuis jamais perdu cette minutie lorsqu’il s’agit d’observer le monde qui m’entoure.” Scrupuleux, l’écrivain a pourtant dû, dans sa démarche, faire appel à la fiction : “J’ai tenté d’être le plus fiable quant aux faits, mais mon texte est plein d’éléments manquants que je ne pourrai jamais connaître. D’ailleurs mon livre évoque cette notion d’ignorance que les hommes ont vis-à-vis de leur passé. Chaque jour, nous devons tous composer avec une histoire personnelle incomplète. Sauf qu’en Libye, il y a énormément de trous à combler à cause de la dictature dans l’histoire de chacun.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Combler les vides du passé

Malgré des problèmes persistants, Hisham Matar se montre plutôt optimiste quant à l’évolution de son pays d’origine : “ La révolution libyenne a été l’aboutissement d’un enchaînement complexe d’événements. La lenteur du pays à progresser aujourd’hui provient du fait que nous subissons encore les conséquences de la dictature, comme de fortes lacunes dans notre système éducatif, ou encore la malédiction que constitue le constant flux de pétrole qui traverse nos terres.” Fréquentant les artistes et intellectuels de son pays, l’écrivain évoque sa foi en la jeune génération : “Je place un grand espoir dans les jeunes artistes, professeurs et bureaucrates qui travaillent d’arrache-pied et dans de terribles conditions pour relever ce pays.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Fiction ou non-fiction ?

Témoignage personnel empreint de fiction : dans quelle catégorie doit-on placer le dernier ouvrage d’Hisham Matar ? Selon l’écrivain, la catégorie n’a pas grande importance : “J’ai toujours été sceptique quant aux différences entre les genres. Dans mon quotidien de lecteur, je ne sais pas si la distinction entre fiction et non-fiction m’aide véritablement. En littérature, quelle qu’elle soit, j’attends qu’un récit s’occupe des affects tout autant que de la pensée. Si je trouve ces deux dimensions, peu m’importe le genre. Cela dit, en tant qu’auteur, je me considère en mon for intérieur avant tout comme un romancier. ”

 

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Un monde ouvert 

Son souci d’authenticité par rapport aux événements qu’il rapporte, Hisham Matar l’explique par le fait qu’il ne considère pas le monde comme une entité fermée : “Ce que l’on appelle la résolution ne m’intéresse pas vraiment. Les choses du monde sont à mes yeux ouvertes, elles n’ont pas de conclusion définitive et c’est pourquoi j’ai cherché dans mon livre à les rapporter de la façon la plus authentique possible, afin que chacun puisse les entendre de la façon la plus appropriée qui soit. En tant que lecteur, je déteste que l’on me donne trop d’éléments, je préfère comprendre les choses par moi-même et c’est ce que j’ai essayé d’offrir à mes lecteurs dans ce roman.”

 

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Bien que pris par un emploi du temps éminemment chargé, Hisham Matar a malgré tout pris soin d’échanger par la suite rapidement avec chacun de ses lecteurs, lors d’une séance de dédicace emplie d’émotions.
Retrouvez La terre qui les sépare, d’Hisham Matar, publié chez Gallimard.

A la rencontre des membres de Babelio (11)

Avec 300 000 400 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec LiliGalipette, inscrit depuis le 13/05/2009.

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Les bibliothèques papier et virtuelle de Lili_Galipette

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Je n’en ai plus aucune idée. 2009, ça remonte un peu ! Peut-être par hasard, plus probablement via un blog littéraire.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Tous les genres, à l’exception du polar/thriller : allergie totale ! Et très peu de mangas : ça m’intéresse, mais je pense qu’il me manque des codes et une certaine connaissance de l’aire asiatique pour comprendre vraiment ces œuvres. Manger des sushis, ça ne suffit pas !

Sinon, je touche à tout avec bonheur et gourmandise : classique, contemporain, français, étranger, essai, bande dessinée, album jeunesse (si possible avec des lapins dedans !), science-fiction, horreur (surtout si c’est Stephen King), etc. Je lis aussi de la poésie, mais je ne chronique pas ces ouvrages sur Babelio : la poésie, ça relève de l’intime et il est assez vain de vouloir en faire une critique.

 

Vous lisez beaucoup de romans classiques: qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

6217_361922Les classiques, de l’Antiquité au 20e siècle, ne sont pas des machins poussiéreux écrits uniquement pour faire bailler les élèves au collège et au lycée, promis ! Ils reprennent et développent, voire inventent les motifs littéraires en réécrivant les mythes antiques et religieux, tout en nous offrant des éclairages et des pistes de réflexion ou de compréhension de notre époque. Et tout ça me passionne, déformation universitaire après la khâgne et la licence de lettres ! J’ai une préférence un peu plus marquée pour les classiques du 19e siècle qui sont très accessibles, n’en déplaise aux râleurs, et traitent de sujets souvent étonnamment proches des problématiques contemporaines. Lisez L’argent d’Émile Zola et osez me dire que Bernard Madoff est le plus grand filou du monde de la finance ! Les classiques nous montrent que l’histoire se répète toujours, en mieux ou en moins bien.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Tristan et Iseult, lu vers 6 ou 7 ans. Oui, c’est un peu jeune, mais après tout, il n’y a pas d’âge pour goûter aux bonnes choses !

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

419kangckql-_sx195_Il y en a tant !!! Disons La France steampunk : 1871, la grande machine que j’ai reçu grâce à une opération Masse critique. Le mouvement Steampunk me fascine : l’alliance entre mon cher 19e siècle et la science-fiction fonctionne très bien dans ce magnifique roman-album !
Et aussi le personnage de Lapingouin, également grâce à Masse critique : un petit bonhomme moitié pingouin par son papa et moitié lapin par sa maman, on n’a pas fait plus mignon ! Depuis que j’ai reçu le premier album, je complète ma collection pour avoir toute la série.41cfc3s6cml-_sx195_

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?51fchh0p1ml-_sx195_

Sans aucun doute, Félicie la souris d’Enid Blyton quand j’étais toute petite et Madame Bovary à partir de 13 ans. Je pense que je l’ai relu au moins 4 fois.

 

cvt_le-maitre-et-marguerite_1494Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

C’est tout récent : Le maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Pourtant, il a tout pour me plaire : la Russie, une rencontre entre Ponce Pilate et Jésus, le diable et une histoire d’amour. Mais rien à faire, ça m’ennuie prodigieusement. J’ai abandonné au bout de 105 pages.

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

41u7z8id3l-_sx195_Ce serait Journal d’une femme adultère de Curt Leviant. L’histoire d’un trio amoureux entre deux amis et une femme mystérieuse, le tout saupoudré de beaucoup d’humour juif, de sensualité et de psychanalyse. C’est un pavé qui se mérite un peu, mais totalement jouissif !

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Ma tablette est en fin de vie et s’allume 1 fois sur 5, donc non. Papier depuis toujours et pour toujours. Et je me suis remis à la liseuse en février dernier. Ma première était tombée en panne avant que j’aie le temps de vraiment l’apprivoiser. Ma nouvelle liseuse est parfaite : légère, pratique, facile d’emploi et avec une capacité de stockage épatante. J’alterne papier et liseuse en fonction de ce que je veux lire et des trajets : je suis très souvent dans les transports en commun et il faut bien dire qu’un roman de 1800 pages, ça se trimballe mieux en liseuse qu’en papier ! Et comme je ne peux pas pousser les murs de mon petit appartement, je bénis la lecture numérique qui me permet de stocker autre chose que des livres chez moi.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Mon lit est l’endroit le plus confortable, mais je choisis le train. Lire dans le train, c’est magique ! Voyage deux en un, vers un ailleurs physique et un ailleurs intellectuel. Mais je lis partout, tout le temps, dans toutes les conditions. Debout sur un pied dans le métro à une heure de pointe, je sors ma liseuse !

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J’en ai à peu près 12 carnets, vous avez la place pour ça ?

 

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

41j3c6wvo5l-_sx195_Ce sera très certainement L’excellence de nos aînés d’Ivy Compton-Burnett. C’est publié chez Phébus : premier bon point. Ça parle d’aristocratie anglaise et de familles bizarres : deuxième bon point. Je dois le rendre à l’amie qui me l’a prêté : troisième bon point, et ça urge !

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique sincère. Peu importe qu’elle fasse 3 lignes ou 5 paragraphes, du moment que le lecteur essaie de transmettre son émotion. Et si possible, pas un simple résumé.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

J’essaie désespérément d’atteindre le 100 % absolu de contribution sur mes livres. Mais il me manque une citation pour un livre que j’ai perdu et que je n’arrive pas à trouver d’occasion à un prix décent. Mais j’y arriverai !
Sinon, le plus important, grâce à Babelio, j’ai rencontré beaucoup de monde et certaines personnes sont devenues de vraies amies. Moralité : on vient pour les livres, on reste pour les hommes. C’est à ça que doit servir la littérature : à nous rapprocher.

 

Un grand merci à Lili_Galipette pour sa contribution ! Et une nouvelle fois, n’hésitez pas à vous manifester si vous souhaitez vous aussi devenir lecteur du mois !

Des interviews Babelio dans le prix BD Fnac

Les 6 finalistes du 5e prix de la BD Fnac ont été rendus publics et nous avons eu la joie d’y retrouver trois auteurs que nous connaissons bien :

Thierry Smolderen, l’auteur de L’été Diabolik

Arno Monin, l’auteur de L’adption

Lolita Séchan, l’auteur des Brumes de Sapa

 

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Du coup, on s’est dit qu’il serait sympathique de se replonger dans leurs interviews et pourquoi pas directement dans leurs albums. Dans tous les cas, on leur souhaite bonne chance pour le prix !

 

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Rendez-vous le 17 janvier 2017 pour connaître le nom du lauréat.

 

Assassin’s Creed© : de l’écran au papier

Connaissez-vous Assassin’s Creed©, la série de jeux vidéo créée par Ubisoft en 2007 qui met en scène la guerre indirecte et secrète entre les Assassins et les Templiers ? La série a séduit au fil des épisodes près de 80 millions de joueurs et s’apprête aujourd’hui à envahir le grand écran avec un premier film qui sort le 14 décembre au cinéma. C’est pourtant autour d’un livre que se sont réunis une trentaine de lecteurs qui ont délaissé leurs écrans pour venir dans nos locaux afin de rencontrer Matthew J. Kirby, l’auteur d’Assassin’s Creed, Last descendants, publié chez Bayard jeunesse, le premier tome d’une trilogie inspirée de l’univers du jeu vidéo cultissime d’Ubisoft.

Rien ne va plus dans la vie d’Owen depuis que son père est mort, accusé d’un crime qu’il n’aurait pas commis. Au lycée, il fait la connaissance d’un informaticien, Monroe, qui lui propose d’utiliser l’Animus, une machine qui permet d’explorer le passé de ses ancêtres. Au cours de l’expérience, il découvre l’existence de la dague d’Hernan Cortès, un fragment d’Eden aux pouvoirs mystérieux. Monroe lui explique que, depuis la nuit des temps, deux organisations secrètes – la Confrérie des Assassins et l’Ordre des Templiers – sont prêtes à tout pour s’emparer de cette relique. Pour empêcher que celle-ci ne tombe entre leurs mains, Monroe envoie Owen et 5 autres adolescents dans le passé avec un objectif : récupérer la dague d’Hernan Cortès. C’est ainsi que le petit groupe se retrouve en plein coeur de New York, en 1863 à la veille des violentes émeutes qui ont secoué la ville… Mais attention : influer sur le passé peut avoir de terribles conséquences sur le présent…

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Un écrivain gameur

Qui a dit qu’on ne pouvait aimer à la fois les livres et les jeux vidéos ? Certainement pas Matthew J. Kirby ! En effet, alors qu’il s’attaque pour la première fois en tant qu’écrivain à l’univers du célèbre jeu Assassin’s Creed©, il avoue être un grand amateur de jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance : “Le premier ordinateur de mes parents était un Atari ST, pas la console, mais bien un ordinateur qui ne possédait même pas de disque dur. Dessus, je jouais à des jeux tels que King’s Quest ou Quest of Glory. Je suis également un grand joueur d’Assassin’s Creed©, dont j’apprécie particulièrement l’aspect historique très immersif, qui fait du monde passé un immense terrain de jeu.”

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Le candidat idéal

Auteur de séries historiques pour adolescents, Matthew Kirby apparaît comme un candidat idéal à Ubisoft, créateur du jeu, d’autant plus qu’il aime incorporer dans ses histoires, des twists fantastiques. Pourtant, lorsqu’on l’interroge à propos de son recrutement par Ubisoft, l’auteur évoque un gros coup de chance : “Il est vrai que lorsque j’écris des fictions historiques, l’univers du jeu n’est jamais bien loin dans ma tête et m’influence toujours un peu. Mais j’ai eu beaucoup de chance d’être choisi, et cette chance vient principalement de mon éditeur américain. Ce qui est certain, c’est qu’en tant que grand gamer, je n’ai pas réfléchi bien longtemps lorsqu’on m’a fait cette proposition !” Contrairement à ce qu’il pensait, l’éditeur de jeu vidéo ne lui a pas donné de consigne particulière : “J’ai rencontré Ubisoft à New-York et ils m’ont seulement fait part de trois souhaits : que l’histoire soit appropriée aux jeunes, que je conserve l’esprit du jeu et que mes héros soient des adolescents. A part cela, j’étais totalement libre du point de vue de l’histoire.”

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Concevoir son univers

L’intrigue du roman de Matthew Kirby repose autour de la recherche de reliques, provenant d’une civilisation ancienne, appelées les “fragments d’Eden”. Ces reliques, que l’on trouve déjà dans les jeux vidéo, sont à l’origine de tout l’univers du romancier : “Je savais que je voulais utiliser des reliques pour faire le lien avec l’histoire d’Assassin’s Creed©. J’ai utilisé le concept de fragments d’Eden à qui j’ai décidé de donner la forme d’une trident dont trois morceaux sont éparpillés ans le monde pour adapter cette quête aux trois tomes prévus de la série. Une fois cette structure trouvée, tout s’est créé naturellement dans mon esprit.” Pour ce qui est des personnages, l’écrivain a choisi de créer les siens et de ne pas reprendre ceux du jeu : “L’un des personnages que l’on retrouve dans mon roman est lié aux jeux vidéos puisqu’il s’agit du petit fils de Shay Kormak dont le nom devrait dire quelque chose aux joueurs les plus aguerris.”

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Scientifique en herbe

Les jeux Assassin’s Creed© laissent quelques flous scientifiques que l’écrivain américain a décidé d’expliquer à sa manière dans son roman : “J’ai étudié la psychologie à l’université et cela m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de mon roman. Dans l’univers du jeu, les personnages peuvent visiter les souvenirs de leurs ancêtres, ce qui leur permet d’endosser une partie de la mémoire de ces derniers et de bénéficier de certaines de leurs appétences. Ce phénomène s’appelle “l’effet de transfert” dans le jeu mais les créateurs ne l’ont pas précisément expliqué d’un point de vue scientifique et c’est pourquoi j’ai décidé d’émettre une théorie à ce sujet, évoquant la modification des gènes de mes personnages par cet “effet de transfert”. Ubisoft m’a laissé totalement libre sur ce sujet et j’en suis très heureux !”

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Du jeu au livre

Si le roman reste fidèle aux thèmes et à l’univers général des jeux, Matthew Kirby a souhaité opter pour une trame narrative tout de même assez éloignée de celles que l’on retrouve sur consoles et ordinateurs. C’est dans cette démarche qu’il a choisi d’évoquer la question éthique qui sépare les deux camps qui s’affrontent dans Assassin’s Creed©: les Templiers et les Assassins. En effet pour l’écrivain, l’un des thèmes centraux du jeu a toujours été la question du passé et de son rôle dans notre libre arbitre : “ Savoir quel camp choisir entre les Templiers et les Assassins est une question qui fait réfléchir et chacun, suivant ses expériences, est susceptible de changer d’avis.” C’est pour répondre de la façon la plus large possible à cette question que l’auteur a créé toute une galerie de personnages avec des histoires tout à fait différentes, complexifiant ainsi beaucoup la question : “Il n’y a pas de bons et de méchants, il y a simplement plusieurs camps qui veulent la même chose et qui possèdent des manières différentes pour y arriver. Nous sommes tous le héros de notre propre histoire.”

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Faire prendre conscience

Si Matthew Kirby a choisi de situer son roman pendant les émeutes de 1863 aux Etats-Unis, c’est parce que ces dernières constituent pour lui un moment trop souvent oublié de l’Histoire de son pays : “Trop peu d’Américains ont conscience de l’importance de cet événement qui a pris place pendant la guerre de Sécession.” En effet, Abraham Lincoln, à la recherche de nouveaux soldats, avait mis en place un système de conscription. Ce système permettait cependant aux plus riches de s’acquitter de cette tâche en échange d’une somme considérable pour l’époque. Cette conscription obligatoire mis le feu aux poudres et New-York devint rapidement un champ de bataille entre les forces de l’ordre rapidement submergés et les contestataires : “Cette révolte possède également une forte dimension raciale puisque les pauvres partis au combat craignaient que les esclaves du sud ne leur prennent leur travail. Émeutes raciales, méfiance envers le gouvernement et un pouvoir entre les mains de quelques hommes très riches : cela ressemble beaucoup à l’Amérique d’aujourd’hui…”

Évoquer cette période de l’histoire, c’est pour Matthew Kirby non seulement l’occasion de la faire connaître auprès des plus jeunes, mais aussi d’apprendre de son passé : “Pour éviter les erreurs, il faut déjà avoir conscience de celles que l’on a commises par le passé et j’aimerais que les USA aient une conscience de leur Histoire, ce qui n’est pas souvent le cas aujourd’hui.”

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Adapter la violence

Les connaisseurs du jeu se sont sans doute posé la question de la violence : comment l’adapter en un roman pour adolescent ? Matthew Kirby a sa vision des choses : “ J’ai toujours écrit pour la jeunesse et je sais que les jeunes sont beaucoup plus intelligents qu’on ne veut bien le penser et peuvent encaisser beaucoup. Ils veulent, comme nous, la vérité et tout est à mes yeux question de présentation. Des choses affreuses arrivent dans la vraie vie et ils doivent savoir les affronter. Pour cette raison, je n’ai rien contre les livres sur la Seconde Guerre mondiale et sur les massacres en général : nos jeunes ont besoin de s’y confronter pour apprendre. Il suffit simplement de leur présenter de façon abordable. Le livre est dur mais je n’aborde pas la violence d’une manière graphique ni gratuite, c’est ma règle.”

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Retrouvez Assassin’s Creed, The last descendant, de Matthew J. Kirby, publié chez Bayard jeunesse.

 

Découvrez l’entretien vidéo de Matthiew J. Kirby :