A la rencontre des membres de Babelio (12)

Avec 300 000 400 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Cronos, inscrit depuis le 24/05/2013.

 

Les bibliothèques de Cronos 

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

A la base je cherchais un logiciel pour pouvoir classer mes lectures et faire une fiche pour chaque. J’ai finalement opté pour une inscription sur Babelio dès que j’ai vu le forum.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Bonne question ! Je pense avoir un peu de tout, j’aime varier mes lectures, principalement depuis le premier défis Multi-challenges alors qu’avant j’étais surtout fan de policier-thriller. Ne lire qu’un genre est devenu quasi impensable.

 

Vous lisez beaucoup de romans classiques: qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Oui en ce moment je lis beaucoup de classiques, surtout grâce à des défis lancés sur le forum (BBC, Top 100). Ce que j’aime le plus dedans, c’est qu’ils sont souvent le début d’un genre nouveau, ils marquent une époque, les références dans la culture actuelle sont nombreuses et qu’ils sont très rarement de mauvaise qualité.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

51h8fx6rd2l-_sx341_bo1204203200_Lulu chez les zog-zog de Daniel Beau… Oui ce n’est pas de la grande littérature mais il fut le premier livre que j’ai lu seul comme un grand. A la fin de cette lecteur j’ai eu un fort sentiment d’accomplissement et depuis, à chaque fois que je termine un livre, j’ai cet apaisement, ce calme intérieur.

 

 

 

 

51o2dykoel-_sx195_Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Le premier est Histoire illustré de l’horreur de Stephen Jones (édition Le pré aux clercs), qui j’ai obtenu lors d’une masse critique. Un véritable livre d’art, une anthologie de l’horreur dans la culture populaire !

 

 

9782226189547-j.jpgJe triche aussi en citant un second livre, L’étrange vie de Nobody Owens par Neil Gaiman. Je suis devenu totalement fan des différentes œuvres de cet auteur, au point d’avoir prévu un prochain rayon pour tous ses écrits. Un gros merci à la personne qui a proposée ce livre lors de la lecture commune de janvier 2014.

 

 

 

 

51wkplxqptl-_sx210_Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Harry Potter à l’école des sorciers de J.K. Rowling. On devait le lire en 6ème lors des cours de français et anglais. Il est arrivé à un moment de ma vie où la lecture ne m’attirait plus, une période difficile également. Sans entrer dans les détails, ce livre était le préféré de mon meilleur ami, décédé suite à une maladie. J’ai grandis avec Harry, Ron et Hermione, ou plutôt, on a grandi ensemble, ils ont eu des moments difficiles quand j’en ai eu, ils m’ont accompagné jusqu’au lycée et encore aujourd’hui, quand je suis malade ou en panne de lecture, c’est toujours ce même vieux livre à la couverture cornée et aux pages volantes. Pour rien au monde je ne m’en séparerait.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

… Bon, il est temps de l’avouer… Je n’ai jamais lu Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry ! Mais, j’ai promis de le lire à la fille d’une amie pour son anniversaire.

 

voyage-d-une-parisienne-a-lhaaQuelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Autant pour le récit que pour la femme : Voyage d’une parisienne à Lhassa d’Alexandra David-Néel. Elle est exceptionnelle et provoque en moi une fascination depuis plusieurs années. Elle va tout tenter pendant 8 mois pour entrer dans la capitale du Tibet, et y arriver. Je la vois vraiment comme une super héroïne que rien ni personne n’arrête.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier. Je tente un peu la lecture numérique mais je mets beaucoup plus de temps pour lire une page, je trouve ça moins pratique pour la lecture mais mes bibliothèques ne sont pas cet avis. Je pense comme beaucoup, ce qui me plaît c’est sentir l’objet sous mes doigts, l’odeur du livre, son vécu.

 

c1-musees6292Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Dans la petite cour du Musée des beaux-arts de Lyon. Les murs épais de l’abbaye empêchent le vacarme de la ville de s’introduire jusqu’à mes oreilles. J’aime aussi lire au Parc de la tête d’or, il y a pleins d’endroits calmes. Pour de question pratique je lis surtout dans un gros fauteuil chez moi.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Une seule ?! Bon, même si j’aime beaucoup celles de Mark Twain, je choisis celle de George Eliot :

« Il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait pu être. »

 

cvt_lappetit-des-ombres_7138Quelle sera votre prochaine lecture ?

En dehors des lectures pour mes challenges en cours ce sera (et je pioche à l’instant) : L’appétit des ombres d’Olivier Saraja.

 

 

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique qui m’indique si je vais aimer le livre ou non, que ne me donne pas trop de détails sur l’histoire mais m’indique les thèmes abordés. C’est très égoïste ce que je vais écrire mais j’écris mes critiques pour moi, pour me remémorer l’histoire ou les raisons pour lesquelles j’avais apprécié tel livre et détesté ce roman.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

J’ai aussi envie d’avoir ce 100% de contribution ! Et enfin participer au pique-nique Babelio. Sinon c’est énormément de découvertes, de motivation pour vaincre ma pile à lire et d’échanges sur les forums.

 

Merci à Cronos pour cet échange et ces conseils de lecture !

 

N’hésitez surtout pas à vous manifester dans les commentaires, si vous aussi vous souhaitez devenir lecteur du mois.

 

 

Soupçons et regards en biais avec B.A. Paris

N’avez-vous jamais croisé de couples bien trop parfaits pour ne rien cacher ? C’est en tous cas ce qui est arrivé à B.A. Paris, l’auteur de Derrière les portes, un thriller psychologique paru chez Hugo Thriller. C’est avec une trentaine de lecteurs Babelio que, le 24 janvier dernier, dans les locaux de Babelio, l’auteur est venue nous montrer que l’herbe n’est que rarement plus verte ailleurs…

 

En apparence, Jack et Grace ont tout pour eux. L’amour, l’aisance financière, le charme, une superbe maison. Le bonheur. Vous connaissez tous un couple comme celui qu’ils forment, le genre de couple que vous aimeriez connaître mieux. Vous adoreriez passer davantage de temps avec Grace, par exemple. L’inviter à déjeuner, seule. Et pourtant, cela s’avère difficile. Vous réalisez que vous ne voyez jamais Jack et Grace l’un sans l’autre. Est-ce cela que l’on appelle le grand amour ? À moins que les apparences ne soient trompeuses. Et que ce mariage parfait ne dissimule un mensonge parfait. Car pourquoi Grace ne répond-elle jamais au téléphone ? Et pourquoi les fenêtres de la chambre sont-elles pourvues de barreaux ?

 

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Un monstre presque vivant

Vous faites erreur si vous pensez que B.A Paris avait l’intention d’écrire le thriller psychologique que vous découvrez aujourd’hui chez votre libraire. Si elle apprécie la dimension psychologique des romans, elle n’avait jusque là aucun attrait particulier pour l’univers du thriller : “J’ai toujours lu des romans psychologiques, sans pour autant qu’ils ne soient des thrillers. J’aime les histoires de famille, de couples… En résumé, tout ce qui traite de l’esprit humain. Lorsque j’ai commencé ce roman, j’avais l’intention de m’intéresser à la psychologie de mes personnages, mais pas du tout de créer un roman à suspens ! Je crois que l’intrigue s’est dotée d’un fort suspens à cause du personnage de Jack, sans que je ne le décide consciemment.” Particulièrement sadique, le personnage de Jack est à l’origine de l’histoire de Derrière les portes. Plus encore, au cours de l’écriture, l’auteur lui a même découvert une certaine autonomie… “Je voulais créer un personnage dur avec sa femme, mais je n’avais jamais imaginé pouvoir créer un tel pervers. J’avais presque l’impression qu’il écrivait le livre à ma place. Je me suis véritablement sentie dépassée par ce personnage.”

 

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S’inspirer du réel

Interrogée par les lecteurs, B.A. Paris confirme que son mari est un homme charmant. Comment donc l’auteur a-t-elle pu mettre en scène un démon tel que Jack ? Comment son imaginaire a-t-il pu créer un si surprenant personnage ? “J’ai rencontré un couple il y a quelques temps, qui avait l’air absolument parfait. J’ai peu à peu remarqué que la femme était systématiquement accompagnée de son mari. J’ai fini imaginer quelque chose de louche entre eux deux, qui s’est transformée en une idée de roman. Ce sont eux qui m’ont inspiré cette histoire de femme prisonnière de son mari ; j’ai voulu essayer de comprendre comment certaines femmes se mettent dans de telles situations alors que tout va plutôt bien dans leur vie jusque là.”

 

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Découvrir sa noirceur

Certains écrivains expérimentent la sensation que leur livre s’écrit sans eux. C’est un peu le cas de B.A. Paris, qui a eu quelquefois l’impression que ses personnages lui échappaient : “Il m’est arrivé de relire les pages écrites la veille et de me demander comment j’avais pu écrire quelque chose d’aussi noir. Alors qu’il est normalement difficile de créer des personnages démoniaques crédibles, j’avais de mon côté l’impression d’être ce personnage. J’ai beaucoup aimé calculer ses différentes techniques pour piéger sa femme Grace. Je n’ai eu aucune difficulté à exprimer sa noirceur ; d’ailleurs la rédaction du livre ne m’a pris que trois mois.” La violence psychologique est une chose mais elle doit bien être dissociée de la violence physique, dont l’auteur de Derrière les portes a horreur : “Si j’ai pu écrire la noirceur d’un esprit, je ne pourrai jamais mettre en scène de violence physique. Je ne la supporte pas du tout et suis du genre à sortir de la pièce lorsqu’un film est trop violent.”

 

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Mettre en avant les minorités

Millie, la soeur du personnage de Grace, est une enfant trisomique, inspirée d’une connaissance de B.A Paris. Sans être véritablement engagée, l’auteur a souhaité donner un vrai rôle à ce personnage : “Lorsque j’étais plus jeune, l’une de mes amies avait une soeur trisomique que j’appréciais. C’est de là qu’est venue l’idée de ce personnage alors que s’en est faisait peu à peu ressentir le besoin en cours d’écriture. Je suis très heureuse aujourd’hui car je reçois des lettres de familles me remerciant d’avoir mis en jeu un tel personnage. J’ai essayé de rendre cette petite aussi réelle que possible.”

De la même manière, l’auteur a découvert que de nombreuses femmes étaient dans le cas de son héroïne et reçoit aujourd’hui des courriers la remerciant d’avoir pointé du doigt ce problème trop peu connu : “Je suis très touchée par ces témoignages, que je n’avais pas imaginé à l’écriture du roman. J’espère aujourd’hui que mon livre va permettre à des gens d’ouvrir les yeux sur cette réalité si difficile à révéler au grand jour que sont les femmes qui vivent sous le joug de leur mari sans pouvoir s’en sortir.”

 

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Un chemin tout tracé

Le roman de B.A. Paris est construit selon le principe d’une narration alternée, entre passé et présent. Cette forme narrative, bien que difficile à manier, lui est venue assez naturellement : “Après l’écriture du premier chapitre, il m’a semblé tout naturel de revenir en arrière afin de fournir des éléments d’explication à mes lecteurs. Cela s’est mis en place sans que j’y réfléchisse vraiment ; je ne me souviens pas m’être posé la question.” La narration alternée n’est pas le seul élément venu naturellement dans l’écriture de B.A Paris. En effet, contrairement à beaucoup d’auteurs s’appuyant sur des plans précis de leur roman, l’écrivain s’est laissée porter par sa plume : “J’ai écrit tous les chapitres à la suite, j’ai tout de suite su où je souhaitais aller. Je ne fais d’ailleurs pas de fiche ni de tableau pour la construction de mes romans. Je ne vous cache pas être très étonnée d’apprendre que les autres auteurs le font ! Je n’ai eu besoin de rien de plus que de mon logiciel de traitement de texte.”

 

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Le soucis de l’étiquette

Le second roman de B.A. Paris sort cette semaine en Angleterre. Il s’agit une nouvelle fois d’un thriller, un genre que l’auteur s’approprie peu à peu : “Je crois que pour quelques années encore je vais devoir écrire des thrillers psychologiques !” De quoi parle ce nouveau roman à paraître ? “Breakdown (NDLR : le titre n’est pas encore traduit en français) est encore une fois raconté par une femme. Cette dernière rentre chez elle alors qu’éclate un terrible orage. Décidant de couper à travers bois, elle trouve une voiture arrêtée, qui abrite une femme. Cette situation pourtant étonnante est directement inspirée d’une aventure personnelle. Le livre présente deux drames parallèles et s’intéresse également à la maladie d’Alzheimer.”

 

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Après une dynamique séance de questions-réponses, l’auteur a échangé avec ses lecteurs lors d’une séance de dédicace où les compliments allaient bon train.


Retrouvez Derrière les portes de B.A. Paris, publié chez Hugo Thriller.

Voyage en terres lybiennes avec Hisham Matar

C’est pour un éprouvant voyage en terres libyennes que les lecteurs de Babelio ont été conviés le mercredi 18 janvier, dans les salons de Gallimard, afin de rencontrer Hisham Matar, l’auteur de La terre qui les sépare. Dominique Chevallier, interprète, s’est chargée d’assurer les échanges entre l’écrivain et le public.

 

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Hisham Matar a dix-neuf ans lorsque son père, Jaballa Matar, disparaît. Celui-ci, après avoir trouvé refuge en Égypte avec ses proches, est enlevé et emprisonné en Libye pour s’être opposé au régime de Kadhafi. Vingt et un ans plus tard, lors de la chute de Kadhafi, en 2011, le peuple prend les prisons d’assaut et libère les détenus. Mais Jaballa Matar est introuvable. A-t-il été exécuté lors du massacre d’Abou Salim qui a fait 1 270 victimes en 1996? La détention l’a-t-elle à ce point affaibli qu’il erre quelque part, libre mais privé de souvenirs et d’identité ? Hisham Matar va mener l’enquête pendant des années, relatant l’histoire de cette disparition dans la presse internationale, se rendant à la Chambre des lords en Angleterre et s’adressant aux personnalités les plus inattendues, de Mandela au fils de Kadhafi.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Un voyage difficile

C’est après 33 années passées loin de sa Libye natale qu’Hisham Matar a pu fouler à nouveau la terre de ses origines. Accompagné de sa femme et de sa mère (disposition certes dangereuse, comme il prend soin de le souligner en souriant), il embarque en 2011 pour un long voyage sur les traces de son père disparu : “Ce voyage a été merveilleux. L’occasion pour moi de replonger au cœur de ma famille et dans mes souvenirs d’enfance. J’ai été littéralement submergé par ces lieux et pour combattre cette forte émotion, j’ai décidé de tenir un journal quotidien.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Un livre qui faillit ne jamais voir le jour

Une fois rentré chez lui après un mois de séjour, Hisham Matar est perturbé : “Pour la première fois de ma vie, je n’ai rien écrit pendant trois mois. Rien, pas même une lettre, ce qui était inconcevable jusqu’alors.” Croyant d’abord à la fin de sa vie d’écrivain, il prend son mal en patience, n’ayant jamais considéré l’écriture comme une carrière. “Peu de temps après, j’ai rendu visite à un ami italien, et sans trop savoir pourquoi, j’ai mis dans ma valise le carnet de mon voyage en Libye. Une fois là-bas, j’ai eu envie de le relire, tout en m’efforçant de l’aborder avec un regard neuf, afin de créer une distance, un espace imaginatif me permettant de retrouver l’enthousiasme et la curiosité d’une première lecture.” S’il  craint un manque d’intérêt pour l’histoire de sa famille  et de son pays, Hisham Matar sent dans son histoire personnelle une propension à l’universel et c’est pour cette raison qu’il décide finalement de se pencher une nouvelle fois sur ses notes.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Du journal au livre

Décidé à exploiter les notes prises pendant son voyage, Hisham Matar s’attaque à la rédaction d’un article. Repéré par le journal le New Yorker, il se rend bien vite compte qu’il doit aller plus loin : “L’éditeur du NewYorker m’a demandé de prolonger mon article de 5 000 mots, ce que j’ai fait. En réalité, nous étions en train d’assister à la naissance d’un livre. C’est là que j’ai su que je devais me lancer.” Hormis les deux premières phrases du roman, ce dernier se détache du journal de voyage, qui n’a en réalité servi par la suite à l’écrivain qu’à se remémorer quelques noms et détails : “Après avoir copié les deux premières phases du carnet je me suis arrêté et demandé ce que pourrait être la troisième phrase si je devais l’inventer. Très vite, le livre s’est naturellement imposé et mon écriture est allée toute seule.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Sauvegarder l’intime

Contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant son récit, Hisham Matar n’est pas à l’aise lorsqu’il s’agit pour lui de raconter ce qui a trait au domaine privé : “Je préfère rester discret sur ce qui relève de l’intime. Je n’apprécie d’ailleurs pas les autobiographies où l’auteur se place au centre de l’attention. Je me suis donc beaucoup demandé comment écrire un tel livre tout en restant personnellement en dehors de la lumière.” On l’imagine, écrire un témoignage sur la disparition de son père n’est évidemment pas chose aisée. L’écrivain précise d’ailleurs les difficultés qu’il a ressenties lors de l’écriture : “Au début, je ressentais de violents élans qui me poussaient à m’arrêter ; je trouvais ce texte beaucoup trop privé. Je ne peux encore aujourd’hui pas relire tous les passages en public, certains m’émeuvent trop.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Apprendre à regarder

C’est avec un regard de photographe qu’Hisham Matar rédige ses descriptions, notamment grâce à son sens aigu du détail. Pourquoi une telle précision dans sa plume ? “Lors de mon premier jour à l’école d’architecture, on m’a donné trois heures pour dessiner un arbre. Je n’avais jamais rien regardé pendant aussi longtemps. Je me suis à cet instant rendu compte qu’il n’était pas si simple de regarder les choses avec une telle attention. Je n’ai depuis jamais perdu cette minutie lorsqu’il s’agit d’observer le monde qui m’entoure.” Scrupuleux, l’écrivain a pourtant dû, dans sa démarche, faire appel à la fiction : “J’ai tenté d’être le plus fiable quant aux faits, mais mon texte est plein d’éléments manquants que je ne pourrai jamais connaître. D’ailleurs mon livre évoque cette notion d’ignorance que les hommes ont vis-à-vis de leur passé. Chaque jour, nous devons tous composer avec une histoire personnelle incomplète. Sauf qu’en Libye, il y a énormément de trous à combler à cause de la dictature dans l’histoire de chacun.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Combler les vides du passé

Malgré des problèmes persistants, Hisham Matar se montre plutôt optimiste quant à l’évolution de son pays d’origine : “ La révolution libyenne a été l’aboutissement d’un enchaînement complexe d’événements. La lenteur du pays à progresser aujourd’hui provient du fait que nous subissons encore les conséquences de la dictature, comme de fortes lacunes dans notre système éducatif, ou encore la malédiction que constitue le constant flux de pétrole qui traverse nos terres.” Fréquentant les artistes et intellectuels de son pays, l’écrivain évoque sa foi en la jeune génération : “Je place un grand espoir dans les jeunes artistes, professeurs et bureaucrates qui travaillent d’arrache-pied et dans de terribles conditions pour relever ce pays.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Fiction ou non-fiction ?

Témoignage personnel empreint de fiction : dans quelle catégorie doit-on placer le dernier ouvrage d’Hisham Matar ? Selon l’écrivain, la catégorie n’a pas grande importance : “J’ai toujours été sceptique quant aux différences entre les genres. Dans mon quotidien de lecteur, je ne sais pas si la distinction entre fiction et non-fiction m’aide véritablement. En littérature, quelle qu’elle soit, j’attends qu’un récit s’occupe des affects tout autant que de la pensée. Si je trouve ces deux dimensions, peu m’importe le genre. Cela dit, en tant qu’auteur, je me considère en mon for intérieur avant tout comme un romancier. ”

 

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Un monde ouvert 

Son souci d’authenticité par rapport aux événements qu’il rapporte, Hisham Matar l’explique par le fait qu’il ne considère pas le monde comme une entité fermée : “Ce que l’on appelle la résolution ne m’intéresse pas vraiment. Les choses du monde sont à mes yeux ouvertes, elles n’ont pas de conclusion définitive et c’est pourquoi j’ai cherché dans mon livre à les rapporter de la façon la plus authentique possible, afin que chacun puisse les entendre de la façon la plus appropriée qui soit. En tant que lecteur, je déteste que l’on me donne trop d’éléments, je préfère comprendre les choses par moi-même et c’est ce que j’ai essayé d’offrir à mes lecteurs dans ce roman.”

 

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Bien que pris par un emploi du temps éminemment chargé, Hisham Matar a malgré tout pris soin d’échanger par la suite rapidement avec chacun de ses lecteurs, lors d’une séance de dédicace emplie d’émotions.
Retrouvez La terre qui les sépare, d’Hisham Matar, publié chez Gallimard.

A la rencontre des membres de Babelio (11)

Avec 300 000 400 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec LiliGalipette, inscrit depuis le 13/05/2009.

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Les bibliothèques papier et virtuelle de Lili_Galipette

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Je n’en ai plus aucune idée. 2009, ça remonte un peu ! Peut-être par hasard, plus probablement via un blog littéraire.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Tous les genres, à l’exception du polar/thriller : allergie totale ! Et très peu de mangas : ça m’intéresse, mais je pense qu’il me manque des codes et une certaine connaissance de l’aire asiatique pour comprendre vraiment ces œuvres. Manger des sushis, ça ne suffit pas !

Sinon, je touche à tout avec bonheur et gourmandise : classique, contemporain, français, étranger, essai, bande dessinée, album jeunesse (si possible avec des lapins dedans !), science-fiction, horreur (surtout si c’est Stephen King), etc. Je lis aussi de la poésie, mais je ne chronique pas ces ouvrages sur Babelio : la poésie, ça relève de l’intime et il est assez vain de vouloir en faire une critique.

 

Vous lisez beaucoup de romans classiques: qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

6217_361922Les classiques, de l’Antiquité au 20e siècle, ne sont pas des machins poussiéreux écrits uniquement pour faire bailler les élèves au collège et au lycée, promis ! Ils reprennent et développent, voire inventent les motifs littéraires en réécrivant les mythes antiques et religieux, tout en nous offrant des éclairages et des pistes de réflexion ou de compréhension de notre époque. Et tout ça me passionne, déformation universitaire après la khâgne et la licence de lettres ! J’ai une préférence un peu plus marquée pour les classiques du 19e siècle qui sont très accessibles, n’en déplaise aux râleurs, et traitent de sujets souvent étonnamment proches des problématiques contemporaines. Lisez L’argent d’Émile Zola et osez me dire que Bernard Madoff est le plus grand filou du monde de la finance ! Les classiques nous montrent que l’histoire se répète toujours, en mieux ou en moins bien.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Tristan et Iseult, lu vers 6 ou 7 ans. Oui, c’est un peu jeune, mais après tout, il n’y a pas d’âge pour goûter aux bonnes choses !

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

419kangckql-_sx195_Il y en a tant !!! Disons La France steampunk : 1871, la grande machine que j’ai reçu grâce à une opération Masse critique. Le mouvement Steampunk me fascine : l’alliance entre mon cher 19e siècle et la science-fiction fonctionne très bien dans ce magnifique roman-album !
Et aussi le personnage de Lapingouin, également grâce à Masse critique : un petit bonhomme moitié pingouin par son papa et moitié lapin par sa maman, on n’a pas fait plus mignon ! Depuis que j’ai reçu le premier album, je complète ma collection pour avoir toute la série.41cfc3s6cml-_sx195_

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?51fchh0p1ml-_sx195_

Sans aucun doute, Félicie la souris d’Enid Blyton quand j’étais toute petite et Madame Bovary à partir de 13 ans. Je pense que je l’ai relu au moins 4 fois.

 

cvt_le-maitre-et-marguerite_1494Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

C’est tout récent : Le maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Pourtant, il a tout pour me plaire : la Russie, une rencontre entre Ponce Pilate et Jésus, le diable et une histoire d’amour. Mais rien à faire, ça m’ennuie prodigieusement. J’ai abandonné au bout de 105 pages.

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

41u7z8id3l-_sx195_Ce serait Journal d’une femme adultère de Curt Leviant. L’histoire d’un trio amoureux entre deux amis et une femme mystérieuse, le tout saupoudré de beaucoup d’humour juif, de sensualité et de psychanalyse. C’est un pavé qui se mérite un peu, mais totalement jouissif !

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Ma tablette est en fin de vie et s’allume 1 fois sur 5, donc non. Papier depuis toujours et pour toujours. Et je me suis remis à la liseuse en février dernier. Ma première était tombée en panne avant que j’aie le temps de vraiment l’apprivoiser. Ma nouvelle liseuse est parfaite : légère, pratique, facile d’emploi et avec une capacité de stockage épatante. J’alterne papier et liseuse en fonction de ce que je veux lire et des trajets : je suis très souvent dans les transports en commun et il faut bien dire qu’un roman de 1800 pages, ça se trimballe mieux en liseuse qu’en papier ! Et comme je ne peux pas pousser les murs de mon petit appartement, je bénis la lecture numérique qui me permet de stocker autre chose que des livres chez moi.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Mon lit est l’endroit le plus confortable, mais je choisis le train. Lire dans le train, c’est magique ! Voyage deux en un, vers un ailleurs physique et un ailleurs intellectuel. Mais je lis partout, tout le temps, dans toutes les conditions. Debout sur un pied dans le métro à une heure de pointe, je sors ma liseuse !

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J’en ai à peu près 12 carnets, vous avez la place pour ça ?

 

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

41j3c6wvo5l-_sx195_Ce sera très certainement L’excellence de nos aînés d’Ivy Compton-Burnett. C’est publié chez Phébus : premier bon point. Ça parle d’aristocratie anglaise et de familles bizarres : deuxième bon point. Je dois le rendre à l’amie qui me l’a prêté : troisième bon point, et ça urge !

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique sincère. Peu importe qu’elle fasse 3 lignes ou 5 paragraphes, du moment que le lecteur essaie de transmettre son émotion. Et si possible, pas un simple résumé.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

J’essaie désespérément d’atteindre le 100 % absolu de contribution sur mes livres. Mais il me manque une citation pour un livre que j’ai perdu et que je n’arrive pas à trouver d’occasion à un prix décent. Mais j’y arriverai !
Sinon, le plus important, grâce à Babelio, j’ai rencontré beaucoup de monde et certaines personnes sont devenues de vraies amies. Moralité : on vient pour les livres, on reste pour les hommes. C’est à ça que doit servir la littérature : à nous rapprocher.

 

Un grand merci à Lili_Galipette pour sa contribution ! Et une nouvelle fois, n’hésitez pas à vous manifester si vous souhaitez vous aussi devenir lecteur du mois !

Des interviews Babelio dans le prix BD Fnac

Les 6 finalistes du 5e prix de la BD Fnac ont été rendus publics et nous avons eu la joie d’y retrouver trois auteurs que nous connaissons bien :

Thierry Smolderen, l’auteur de L’été Diabolik

Arno Monin, l’auteur de L’adption

Lolita Séchan, l’auteur des Brumes de Sapa

 

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Du coup, on s’est dit qu’il serait sympathique de se replonger dans leurs interviews et pourquoi pas directement dans leurs albums. Dans tous les cas, on leur souhaite bonne chance pour le prix !

 

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Rendez-vous le 17 janvier 2017 pour connaître le nom du lauréat.

 

Assassin’s Creed© : de l’écran au papier

Connaissez-vous Assassin’s Creed©, la série de jeux vidéo créée par Ubisoft en 2007 qui met en scène la guerre indirecte et secrète entre les Assassins et les Templiers ? La série a séduit au fil des épisodes près de 80 millions de joueurs et s’apprête aujourd’hui à envahir le grand écran avec un premier film qui sort le 14 décembre au cinéma. C’est pourtant autour d’un livre que se sont réunis une trentaine de lecteurs qui ont délaissé leurs écrans pour venir dans nos locaux afin de rencontrer Matthew J. Kirby, l’auteur d’Assassin’s Creed, Last descendants, publié chez Bayard jeunesse, le premier tome d’une trilogie inspirée de l’univers du jeu vidéo cultissime d’Ubisoft.

Rien ne va plus dans la vie d’Owen depuis que son père est mort, accusé d’un crime qu’il n’aurait pas commis. Au lycée, il fait la connaissance d’un informaticien, Monroe, qui lui propose d’utiliser l’Animus, une machine qui permet d’explorer le passé de ses ancêtres. Au cours de l’expérience, il découvre l’existence de la dague d’Hernan Cortès, un fragment d’Eden aux pouvoirs mystérieux. Monroe lui explique que, depuis la nuit des temps, deux organisations secrètes – la Confrérie des Assassins et l’Ordre des Templiers – sont prêtes à tout pour s’emparer de cette relique. Pour empêcher que celle-ci ne tombe entre leurs mains, Monroe envoie Owen et 5 autres adolescents dans le passé avec un objectif : récupérer la dague d’Hernan Cortès. C’est ainsi que le petit groupe se retrouve en plein coeur de New York, en 1863 à la veille des violentes émeutes qui ont secoué la ville… Mais attention : influer sur le passé peut avoir de terribles conséquences sur le présent…

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Un écrivain gameur

Qui a dit qu’on ne pouvait aimer à la fois les livres et les jeux vidéos ? Certainement pas Matthew J. Kirby ! En effet, alors qu’il s’attaque pour la première fois en tant qu’écrivain à l’univers du célèbre jeu Assassin’s Creed©, il avoue être un grand amateur de jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance : “Le premier ordinateur de mes parents était un Atari ST, pas la console, mais bien un ordinateur qui ne possédait même pas de disque dur. Dessus, je jouais à des jeux tels que King’s Quest ou Quest of Glory. Je suis également un grand joueur d’Assassin’s Creed©, dont j’apprécie particulièrement l’aspect historique très immersif, qui fait du monde passé un immense terrain de jeu.”

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Le candidat idéal

Auteur de séries historiques pour adolescents, Matthew Kirby apparaît comme un candidat idéal à Ubisoft, créateur du jeu, d’autant plus qu’il aime incorporer dans ses histoires, des twists fantastiques. Pourtant, lorsqu’on l’interroge à propos de son recrutement par Ubisoft, l’auteur évoque un gros coup de chance : “Il est vrai que lorsque j’écris des fictions historiques, l’univers du jeu n’est jamais bien loin dans ma tête et m’influence toujours un peu. Mais j’ai eu beaucoup de chance d’être choisi, et cette chance vient principalement de mon éditeur américain. Ce qui est certain, c’est qu’en tant que grand gamer, je n’ai pas réfléchi bien longtemps lorsqu’on m’a fait cette proposition !” Contrairement à ce qu’il pensait, l’éditeur de jeu vidéo ne lui a pas donné de consigne particulière : “J’ai rencontré Ubisoft à New-York et ils m’ont seulement fait part de trois souhaits : que l’histoire soit appropriée aux jeunes, que je conserve l’esprit du jeu et que mes héros soient des adolescents. A part cela, j’étais totalement libre du point de vue de l’histoire.”

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Concevoir son univers

L’intrigue du roman de Matthew Kirby repose autour de la recherche de reliques, provenant d’une civilisation ancienne, appelées les “fragments d’Eden”. Ces reliques, que l’on trouve déjà dans les jeux vidéo, sont à l’origine de tout l’univers du romancier : “Je savais que je voulais utiliser des reliques pour faire le lien avec l’histoire d’Assassin’s Creed©. J’ai utilisé le concept de fragments d’Eden à qui j’ai décidé de donner la forme d’une trident dont trois morceaux sont éparpillés ans le monde pour adapter cette quête aux trois tomes prévus de la série. Une fois cette structure trouvée, tout s’est créé naturellement dans mon esprit.” Pour ce qui est des personnages, l’écrivain a choisi de créer les siens et de ne pas reprendre ceux du jeu : “L’un des personnages que l’on retrouve dans mon roman est lié aux jeux vidéos puisqu’il s’agit du petit fils de Shay Kormak dont le nom devrait dire quelque chose aux joueurs les plus aguerris.”

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Scientifique en herbe

Les jeux Assassin’s Creed© laissent quelques flous scientifiques que l’écrivain américain a décidé d’expliquer à sa manière dans son roman : “J’ai étudié la psychologie à l’université et cela m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de mon roman. Dans l’univers du jeu, les personnages peuvent visiter les souvenirs de leurs ancêtres, ce qui leur permet d’endosser une partie de la mémoire de ces derniers et de bénéficier de certaines de leurs appétences. Ce phénomène s’appelle “l’effet de transfert” dans le jeu mais les créateurs ne l’ont pas précisément expliqué d’un point de vue scientifique et c’est pourquoi j’ai décidé d’émettre une théorie à ce sujet, évoquant la modification des gènes de mes personnages par cet “effet de transfert”. Ubisoft m’a laissé totalement libre sur ce sujet et j’en suis très heureux !”

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Du jeu au livre

Si le roman reste fidèle aux thèmes et à l’univers général des jeux, Matthew Kirby a souhaité opter pour une trame narrative tout de même assez éloignée de celles que l’on retrouve sur consoles et ordinateurs. C’est dans cette démarche qu’il a choisi d’évoquer la question éthique qui sépare les deux camps qui s’affrontent dans Assassin’s Creed©: les Templiers et les Assassins. En effet pour l’écrivain, l’un des thèmes centraux du jeu a toujours été la question du passé et de son rôle dans notre libre arbitre : “ Savoir quel camp choisir entre les Templiers et les Assassins est une question qui fait réfléchir et chacun, suivant ses expériences, est susceptible de changer d’avis.” C’est pour répondre de la façon la plus large possible à cette question que l’auteur a créé toute une galerie de personnages avec des histoires tout à fait différentes, complexifiant ainsi beaucoup la question : “Il n’y a pas de bons et de méchants, il y a simplement plusieurs camps qui veulent la même chose et qui possèdent des manières différentes pour y arriver. Nous sommes tous le héros de notre propre histoire.”

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Faire prendre conscience

Si Matthew Kirby a choisi de situer son roman pendant les émeutes de 1863 aux Etats-Unis, c’est parce que ces dernières constituent pour lui un moment trop souvent oublié de l’Histoire de son pays : “Trop peu d’Américains ont conscience de l’importance de cet événement qui a pris place pendant la guerre de Sécession.” En effet, Abraham Lincoln, à la recherche de nouveaux soldats, avait mis en place un système de conscription. Ce système permettait cependant aux plus riches de s’acquitter de cette tâche en échange d’une somme considérable pour l’époque. Cette conscription obligatoire mis le feu aux poudres et New-York devint rapidement un champ de bataille entre les forces de l’ordre rapidement submergés et les contestataires : “Cette révolte possède également une forte dimension raciale puisque les pauvres partis au combat craignaient que les esclaves du sud ne leur prennent leur travail. Émeutes raciales, méfiance envers le gouvernement et un pouvoir entre les mains de quelques hommes très riches : cela ressemble beaucoup à l’Amérique d’aujourd’hui…”

Évoquer cette période de l’histoire, c’est pour Matthew Kirby non seulement l’occasion de la faire connaître auprès des plus jeunes, mais aussi d’apprendre de son passé : “Pour éviter les erreurs, il faut déjà avoir conscience de celles que l’on a commises par le passé et j’aimerais que les USA aient une conscience de leur Histoire, ce qui n’est pas souvent le cas aujourd’hui.”

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Adapter la violence

Les connaisseurs du jeu se sont sans doute posé la question de la violence : comment l’adapter en un roman pour adolescent ? Matthew Kirby a sa vision des choses : “ J’ai toujours écrit pour la jeunesse et je sais que les jeunes sont beaucoup plus intelligents qu’on ne veut bien le penser et peuvent encaisser beaucoup. Ils veulent, comme nous, la vérité et tout est à mes yeux question de présentation. Des choses affreuses arrivent dans la vraie vie et ils doivent savoir les affronter. Pour cette raison, je n’ai rien contre les livres sur la Seconde Guerre mondiale et sur les massacres en général : nos jeunes ont besoin de s’y confronter pour apprendre. Il suffit simplement de leur présenter de façon abordable. Le livre est dur mais je n’aborde pas la violence d’une manière graphique ni gratuite, c’est ma règle.”

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Retrouvez Assassin’s Creed, The last descendant, de Matthew J. Kirby, publié chez Bayard jeunesse.

 

Découvrez l’entretien vidéo de Matthiew J. Kirby :

Quand Babelio rencontre les éditions Scrineo

Les éditions Scrineo fêtent cette année leurs 10 ans. C’est dans le cadre du salon de la littérature et de la presse jeunesse que nous avons rencontré leur fondateur et éditeur, Jean-Paul Arif, dans les locaux de la maison, dans le 2e arrondissement de Paris

Maison généraliste, elle élargit depuis sa création le spectre de ses publications et n’a pas fini de nous surprendre. Rencontre avec ces grands aventuriers de l’édition.

 

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La maison Scrineo a été fondée en 2005. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de sa création ?

2005, 2016… Notre maison commence à être vieille ! En réalité, nous ne nous sommes pas toujours appelés Scrineo. Les premiers ouvrages sont en effet parus sous le label « Les carnets de l’info ». D’ailleurs, le tout premier objet que j’ai édité n’a même pas été un livre puisqu’il s’agissait d’un jeu de piste pour téléphone portable, intitulé Via Temporis. Lorsque l’on y réfléchit, nous avons fait le cheminement inverse de la plupart des maisons : nous sommes passés du numérique au papier. Nous avons commencé par publier des essais, des documents pour adultes comme les livres de Pierre Kosciusko-Morizet, de Robert Guédiguian  ou encore des guides comme Je suis débordé(e) à la maison. Ce premier label est d’ailleurs toujours vivant à l’heure actuelle et nous continuons à l’exploiter avec certains titres, dont Portraits au travail, qui sera publié en janvier 2017. L’entité à l’origine de la maison est finalement devenue une collection au sein du Scrineo actuel.

 

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Comment êtes-vous passé des Carnets de l’Info à Scrineo ? Quelles ont été les grandes étapes de la maison jusqu’à aujourd’hui ?

En 2010, nous nous sommes lancés dans la fiction. Dès lors, le label de la maison ne convenait plus à notre nouvelle ligne éditoriale et c’est pourquoi nous avons choisi de changer de nom. Scrineo, c’est le nom que portait notre société à l’époque et c’est celui que nous avons choisi d’adopter. Changer de label est un moment risqué dans la vie d’une maison et nous avons eu la chance de publier des titres qui ont connu un succès public, comme par exemple Les Hauts Conteurs, lauréat à l’époque du Prix des Incorruptibles. Cela nous a vraiment permis de nous lancer dans la fiction jeunesse et jeune adulte et petit à petit dans les littératures de genre.

L’année 2013 constitue la dernière grande étape de notre évolution jusqu’à aujourd’hui puisque c’est l’année où nous avons lancé la revue de culture générale l’éléphant.

 

Vous êtes le fondateur de cette maison, au sein de laquelle vous jouez également le rôle d’éditeur. Quel a été votre parcours jusque-là ?

Tout remonte sans doute à mes rêves d’enfant ! A l’âge de 10 ans, j’avais décidé d’avoir plusieurs vies : une première « d’homme d’affaire » et une vie davantage artistique. C’était très inconscient mais bel et bien présent en moi. Je suis donc devenu ingénieur chez Matra (aujourd’hui Airbus), pendant 17 ans, où je m’occupais du pôle imagerie spatiale. J’avais oublié cette promesse d’enfant, jusqu’au jour où j’ai senti qu’il était temps pour moi de me tourner vers ma deuxième vie. J’aurais pu décider de devenir artiste moi-même, mais j’ai finalement choisi de travailler avec eux, en devenant éditeur. Je me suis orienté vers l’édition parce qu’elle permet de créer une identité propre : nous avons le sentiment, en tant qu’éditeur, que notre travail s’inscrit dans la durée, et que nous bâtissons jour après jour notre ligne éditoriale, année après année notre maison d’édition.

 

Aujourd’hui, quels sont les différents pôles de la maison ?
Nous sommes une maison toujours généraliste, mais avec deux axes principaux aujourd’hui : la littérature jeunesse et jeune adulte, et la culture générale autour de la revue l’éléphant. Si je devais résumer notre promesse, je dirais Scrineo c’est « le savoir et l’imagination ».

Nous nous appuyons sur trois directeurs de collection pour développer notre programme. Agnès Marot dirige une collection destinée au public jeune adulte. On y trouve des titres comme Zalim, de Carina Rozenfeld, une aventure à la frontière des genres, entre possession, steampunk, magie et fantasy médiévale, ou Sim Survivor, une dystopie signée Loïc Le Borgne qui nous surprend avec des échos trompeurs à des univers fantastiques connus.

simsurvivor_une-ok-386x600Un premier roman, L’Aura noire, de Ruberto Sanquer, ouvrira l’année 2017 sur ce segment jeune adulte : les aventures d’une apprentie sorcière frappée d’une malédiction, et entourée de sa bande de copines, dans un univers post apocalyptique baigné de magie et d’écologie.

couv_walden-395x600Nous éditons également une collection adressée aux collégiens, dirigée par Arthur Ténor. Elle propose des titres comme Le Monde selon Walden, de Luc Blanvillain,  un conte moderne sur les réseaux sociaux, mettant en scène un enfant différent par son style et sa façon d’être. Filmé en cachette par des camarades moqueurs, il devient l’objet d’un buzz internet, faisant réfléchir ses lecteurs sur la notion de notoriété. Nous développons activement cette collection qui s’intéresse à des sujets contemporains dans un spectre adolescent. Je suis CharLiberté !, d’Arthur Ténor, en est un titre fort : un charliberteune-398x600garçon décide, à la suite des attentats contre Charlie hebdo, de monter un journal satirique dans son collège. Ce roman aborde pour les jeunes lecteurs le thème épineux de la liberté d’expression, qui sera prolongé début janvier par celui de la laïcité, avec Guerre des idées au collège – Laïcité en danger, du même auteur.

 

Arthur Ténor dirige deux autres collections chez Scrineo à l’attention des collégiens.

« Roman d’horreur » est destinée aux adolescents amateurs de sensations fortes, avec notamment Seuls les alligators vous entendront crier, de Nadia Coste, ou l’aventure cauchemardesque d’une classe de 3e en voyage en Louisiane, et victime du vaudou.

quand-joseph-meister-fut-sauve-par-pasteur-402x600« Il était un jour » est quant à elle une collection de récits historiques racontés du point de vue des enfants. Cet automne, on a pu découvrir l’histoire de l’invention du vaccin contre la rage du point de vue du premier cobaye humain de Pasteur : le jeune Joseph Meister, dans Quand Joseph Meister fut sauvé par Pasteur, de Lorris Murail.

Notre troisième directrice de collection est Stéphanie Nicot, avec qui nous lançons une collection de Science-Fiction pour un public adulte, avec une forte composante space opera, même si nous restons ouverts aux autres genres. Le premier titre de la collection, Les Océans stellaires, de Loïc Henry, est paru en octobre, et sera suivi par Étoiles sans issues, de Laurent Genefort, en février 2017.oceans-stellaires_une-386x600

 

Si la littérature de genre figure majoritairement dans votre catalogue, vous publiez également des titres de littérature générale. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avons effectivement une collection que nous avons baptisée « Grand écran », et dont les auteurs sont pour la plupart issus d’univers visuels (théâtre, cinéma, télévision, BD). Avec sept titres au catalogue, trois options d’adaptation audiovisuelle ont été signées, et deux sont en cours de discussion. Le dernier roman en date dans cette collection est Crise et châtiment, de Bertrand Fitoussi. Il s’agit d’un roman truculent et cruel sur la chute d’un trader londonien.
Scrineo s’est démarquée à sa création grâce à son intérêt tout particulier pour les jeunes auteurs. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Cette démarche d’ouverture aux jeunes auteurs était effectivement une volonté de ma part. Nous sommes toujours très heureux de pouvoir lancer de nouvelles plumes ; cela fait partie des aspects passionnants du métier d’éditeur. J’aime rencontrer des auteurs, travailler avec eux sur leur texte. Il y a une vraie satisfaction quand un jeune auteur vous remercie parce que vous l’avez aidé à transformer ses intentions en écriture et à faire émerger son œuvre.

img_20161125_110104Certains auteurs ont débuté chez nous et sont installés aujourd’hui dans le paysage littéraire français ; je pense notamment à Gabriel Katz, Oliver Peru, Patrick Mc Spare, Marie Pavlenko, Aurélie Wellenstein…  qui ont su imposer leur personnalité et sont aujourd’hui des auteurs phares du monde de l’imaginaire. Beaucoup de nos auteurs, comme Estelle Faye, primée trois fois pour La Voie des Oracles (Prix des Imaginales 2015, Prix Elbakin 2015, Prix ActuSF de l’Uchronie pour le tome 3 en 2016), ont été couronnés par des prix importants, ce qui est toujours très encourageant pour une jeune maison d’édition.

Début 2017, nous accueillerons deux jeunes auteures dans notre catalogue « Jeune adulte » : Ruberto Sanquer pour son premier roman L’Aura noire, et Louise Revoyre, qui s’ouvre à un nouveau genre avec Mon futur en replay, après avoir co-écrit chez Scrineo une série pour la jeunesse.

 

 

En effet, une spécificité de votre catalogue est que vous ne publiez que des auteurs français. Pour quelle raison ?

Il s’agit effectivement de l’une de nos particularités depuis la création de la maison. Il ne s’agit pas d’une démarche chauvine, mais  plutôt d’une histoire de goût. Il existe en France énormément de bons auteurs que j’ai envie de faire connaître. Ils ont leur particularité, une façon originale d’aborder les sujets que l’on pourrait qualifier de « french touch ». Ce qui me motive, c’est de les découvrir, de les promouvoir, d’accompagner autant que faire se peut ceux qui nous rejoignent. Nous publions peu et tous nos auteurs sont importants.

img_20161125_110100Je ne suis pas attiré par l’importation de succès anglo-saxons, et suis même assez inquiet par la progression de la culture main stream, tirée par des budgets marketing colossaux et des approches à 360 degrés incluant le livre, le film et le jeu vidéo, et que je juge passablement écrasante. Mon rôle d’éditeur, et tout particulièrement d’éditeur indépendant, est plutôt dans la défense de la diversité.  D’abord avec des auteurs français, mais pourquoi pas demain, hongrois, suédois ou allemands… Nous y viendrons sans doute un jour !

 

 

En parlant d’évolution, des nouveautés sont-elles prévues dans votre catalogue ?

Comme je l’ai dit, nous lançons une collection SF qui vient enrichir notre catalogue « Imaginaire adulte », comprenant les titres de Gabriel Katz et Rod Marty, notre révélation de l’année pour Les Enfants de Peakwood (Prix des Halliennales 2016).

zalim-386x600-1Nous lançons également un nouveau projet de Régis Delpeuch intitulé Mamie Polar, adressé aux jeunes de 9 ans et plus. L’héroïne est une grand-mère énergique et sans tabous qui, accompagnée de ses deux petits-enfants, mène des enquêtes survoltées et drôles, et toujours formatrices. Les deux premiers titres de la série paraîtront en mars et viendront rejoindre les rangs de notre segment 9-10 ans, avec la série Les Avatars de Gaspard, de Louise Revoyre et Sylvain Lignac, et FBI Animaux disparus, de Gérard Lecas, dont nous publierons un nouveau titre en janvier, Le Chien des neiges.

De plus, l’année 2017 sera marquée par des publications « jeune adulte » avec des auteurs confirmés, comme par exemple, au printemps, Béatrice Bottet (Le Secret de la dame en rouge), Agnès Marot (Pour quelques pas de plus), Loïc Le Borgne (Agence mysterium) et Jean-Luc Marcastel (le tome 2 de Tellucidar) ; et à l’automne, Carina Rozenfeld (le tome 2 de Zalim) et Cindy Van Wilder (Ce soir le ciel nous appartient)… et bien d’autres surprises !

 

En parallèle de la littérature, vous publiez également une revue de culture générale intitulée l’Éléphant. Pouvez-vous nous parler de sa création ?

L’envie de publier une revue faisait partie de mon projet depuis la création de la maison. Comme expliqué un peu plus tôt, le jeu sur téléphone portable qui a marqué le lancement de Scrineo, avait pour thématique la mémoire et l’apprentissage. Ces deux thèmes m’intéressent depuis toujours et sont les mots clés de la ligne éditoriale de la revue.

L’occasion de créer la revue s’est présentée lorsque Guénaëlle le Solleu, la rédactrice en chef, a quitté La Tribune et s’est montrée intéressée par le projet. Le rythme trimestriel nous semblait idéal car la culture générale est quelque chose qui se travaille sur le long terme, par petites doses régulières. Nous avons rencontré un laboratoire de sciences cognitives pour nous aider à appliquer l’état de l’art théorique sur la mémoire à notre magazine, en termes de charte d’écriture pour les auteurs, de maquette, de rythme entre dossiers longs et rubriques courtes, etc. Voilà les questions que nous nous sommes posées au moment de la conception de l’éléphant.

Une fois le concept trouvé, il s’agissait d’un véritable challenge pour passer du concept à la réalisation. Après une première version vraiment trop scolaire, nous avons finalement trouvé un directeur artistique, Gilles Le Nozahic qui a réussi à mettre parfaitement en forme nos intentions dans une maquette à la fois élégante, ludique et sobre. Nous sommes vraiment allés de surprise en surprise avec cette revue. Alors que la presse est de plus en plus organisée par segments, nous sommes arrivés avec une revue transversale, qui traite d’histoire, de sciences, de littérature, d’art, etc., avec un prix élevé pour le réseau Presse, c’est pourtant sur ce réseau que nous avons connu le plus fort développement. En réalité, nous n’avons vraiment pas raisonné en termes de marché ni de cible et a posteriori on peut se dire que nous avons eu de la chance !

 

Etant donné votre parcours mi-scientifique, mi-littéraire, quel regard portez-vous sur les livres numériques ?

Il n’y a, à mon avis, pas de débat à ce sujet et la question tourne surtout autour du type de contenu. Aujourd’hui, le papier est un excellent support pour des contenus « premium », ceux que l’on ne peut pas trouver gratuitement sur le Net. Le lecteur est prêt à payer pour avoir un bel objet. Tant qu’il en vaut la peine, le papier ne sera pas abandonné. Bien sûr, le numérique offre une facilité d’usage et certains gros lecteurs peuvent favoriser ce type de support, mais cela varie beaucoup en fonction de la cible. Par exemple, nous avons remarqué que le marché était plus faible pour les romans jeunesse : les parents n’achètent pas de livres numériques à leurs enfants, qui ne peuvent pas non plus se les procurer seuls en ligne.  Chez les adolescents et les adultes à l’inverse, nous avons quelques Best Sellers numériques.

Pour l’instant, nous avons été surpris de constater que les lecteurs n’attendaient pas de contenu supplémentaire avec le numérique. Nous avons fait des essais de bonus interactifs dans des livres et pour la revue,  sans aucun impact sur les ventes, et malgré des surcoûts de production des ePub parfois importants. En résumé, le livre numérique fonctionne aujourd’hui de façon homothétique avec le papier.

En revanche, cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de stratégie digitale. De notre côté, elle est traduite par l’existence de sites Scrineo et l’éléphant, d’une application sur tablettes et smartphones et d’une présence grandissante sur les réseaux sociaux. Pour l’éléphant, par exemple, la démarche est fondamentalement complémentaire de la version papier car la revue étant trimestrielle, le site nous permet de faire le lien entre les numéros, d’offrir aux visiteurs des informations sur l’actualité, des conseils de sortie ou de lectures, et aussi de s’évaluer sur notre plateforme de jeux de culture générale. Une nouvelle version du site, plus vivante et ergonomique est attendue début 2017.

 

Nous nous rencontrons dans le cadre du Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil. Est-ce pour vous une habitude de vous y rendre ? Quels auteurs seront présents sur votre stand ?

Nous sommes effectivement des réguliers du salon de Montreuil, personnellement je l’aime beaucoup et aujourd’hui c’est devenu notre vrai rendez-vous en région parisienne : nous y rencontrons notre public et pas seulement des lecteurs mais également des enseignants, des libraires et des documentalistes. Ces échanges sont hautement enrichissants pour un éditeur.

Au global, nous sommes présents dans beaucoup de salons littéraires chaque année, environ une cinquantaine. Nous n’avons pas toujours de stand en propre, bien sûr, mais il est important pour nos auteurs de pouvoir se rendre à ce genre de manifestations. Nous sommes d’ailleurs à leur écoute et c’est avec eux que nous décidons de réitérer l’expérience l’année suivante. Bien sûr, notre démarche est commerciale, mais certains petits salons offrent une telle visibilité que même sans vendre beaucoup, il est important d’y aller.

Cette année, plusieurs de nos auteurs seront présents sur le salon. Vous trouverez par exemple Luc Blanvillain, Béatrice Bottet, Nadia Coste, Régis Delpeuch, Estelle Faye, Gabriel Katz, Loïc Le Borgne, Jean-Luc Marcastel, Rod Marty, Carina Rozenfeld et Aurélie Wellenstein.

 

Un grand merci à Jean-Paul Arif des éditions Scrineo pour cet entretien.

 

 

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Meg Cabot

Devenir une princesse, voilà un rêve sans doute bien répandu chez les petites filles. C’est ce qui arrive à Mia, l’une des héroïnes de Meg Cabot, dont les aventures viennent d’être rééditées aux éditions Hachette Romans, alors que paraît Le carnet d’Allie, tome 7 chez le même éditeur. Adapté en film par les studios Disney en 2001, le Journal de Mia a bercé l’adolescence de beaucoup de jeunes lecteurs, venus en nombre le mardi 28 novembre dernier pour rencontrer l’auteur dans les locaux de Babelio.

 

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Résumé du Journal de Mia :  

La vie de Mia est celle d’une collégienne comme les autres jusqu’à ce qu’une nouvelle fasse tout voler en éclats : son père est en fait le Prince de Génovia, la voici donc devenue Mia, princesse héritière!

Résumé du Carnet d’Allie, tome 7 :

Allie se prépare à passer le pire Noël de sa vie ! Ses parents l’emmènent à Paris. Comment peut-elle, en pleines vacances, laisser derrière elle ses meilleures amies – et abandonner son chat, Micha ? Pire encore, ont-ils le père Noël en France ? Pourtant, même en partageant sa chambre d’hôtel avec son insupportable petit frère, Allie tombe sous le charme de la ville. Impossible de résister aux paillettes de la tour Eiffel, aux vitrines illuminées des grands magasins et au chocolat chaud…

 

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Des dortoirs au livre

Romans historiques, thrillers sanglants ou encore fan-fictions de Star Wars, l’écrivain a touché à tout avant de trouver sa voix dans la littérature jeunesse et s’amuse aujourd’hui de cette diversité. En, effet, si les aventures de la princesse Mia ont depuis quelques années trouvé leur public, cela n’a pas été le cas des tous premiers écrits de Meg Cabot : “J’ai étudié l’illustration à l’école dans l’Indiana où je vivais, mais j’ai malheureusement eu beaucoup de mal à trouver du travail. J’ai alors décidé au bout de quelques mois de tenter ma chance à New-York, mais là encore, le succès n’était pas au rendez-vous. Persuadée de ne jamais parvenir à me faire publier, j’ai travaillé dix ans dans un dortoir d’université. C’est là, en regardant les jeunes gens vivre, que j’ai commencé à trouver l’inspiration.”

 

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L’âge des choix

Auteur de plusieurs séries jeunesse, Meg Cabot a créé de nombreuses héroïnes âgées d’une dizaine d’années. Cet âge, c’est pour l’auteur celui des grandes décisions, et c’est pour cette raison particulière qu’elle aime le mettre en scène dans ses romans : “J’écris sur les jeunes filles car elles vivent ce moment charnière où elles découvrent qui elles sont et ce qu’elles veulent faire de leur vie.” Bien sûr, toutes les fillettes n’aspirent pas à devenir des princesses comme Mia, mais par ce chamboulement, Meg Cabot cherche à symboliser le passage à l’âge adulte, où l’on découvre ses points forts et où l’on choisit ce qu’elle appelle son “chemin de vie.”

 

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Carnets intimes

Tout comme ses héroïnes, Meg Cabot a toujours tenu un journal intime : “J’en tiens depuis mes sept ans. Au début, j’écrivais principalement sur tous les grands drames de ma vie, comme par exemple lorsque mon frère venait m’ennuyer. L’élément déclencheur a été le début de la relation entre ma mère et l’un de mes professeurs…” Les lecteurs de la saga Mia auront sans doute remarqué le clin d’oeil : en effet, le premier tome de la série s’ouvre sur la découverte par Mia de la relation entre sa mère et son professeur. Et pour cause, Meg Cabot s’est directement inspirée de sa vie pour raconter l’histoire de la jeune princesse : “Mes personnages sont basés sur mon entourage. Je vois les personnes dans la vraie vie, et je rédige les dialogues comme si je les écoutais parler avec moi.”

 

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Conseil d’ami

Pour bien raconter ses histoires, il ne suffit pas selon l’auteur américaine, d’avoir de bonnes idées, il faut avant tout savoir écouter : “Si vous voulez être écrivain, un conseil, ne parlez pas trop et écoutez plutôt ! Pour moi, cela est très difficile étant donné que je suis une grande bavarde !” Lorsqu’elle prenait des cours d’écriture et qu’elle ne parvenait pas à faire publier ses histoires, Meg Cabot a rencontré un professeur qui a changé sa vie : “Un jour, un professeur d’écriture m’a dit que le problème venait de mes dialogues, manquant de réalisme. C’est lui qui m’a poussé à sortir pour écouter les gens, dans les bars et dans la rue. C’était un excellent conseil et j’ai publié mes premiers livres peu de temps après cette révélation.”

 

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Incognito

Bien sûr, Meg Cabot n’a pas vécu l’intégralité des aventures de ses héroïnes et sa principale source d’inspiration se trouve juste derrière sa porte : “J’ai la chance d’avoir des voisins et des amis parents, car je n’ai pas d’enfants moi-même. Il est facile pour moi de mettre en scène des enfants puisque j’en vois quotidiennement. Je les écoute, je prête une grande attention à leurs problèmes ainsi qu’à leur façon de parler et je vole ensuite leurs manies ! Je suis une véritable espionne.” S’inspirer de ses amis est une chose pour un écrivain, mais il en est tout autrement lorsque l’on oublie de s’en cacher… “N’oubliez jamais de modifier les prénoms de vos personnages s’ils sont inspirés de votre entourage. Cela m’est arrivé pour mon dernier roman. Imaginez la tête de la fille que j’appelle “the biggest bitch ever” dans le roman lorsqu’elle a vu son prénom accolé à l’expression…”

 

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Ecrire, un défi permanent

Ecrire a toujours été un plaisir pour Meg Cabot, mais lorsqu’elle a décidé d’en faire son métier, elle a découvert une réalité toute autre : “A partir du moment où l’on a des deadlines, l’exercice devient beaucoup moins drôle. Avec l’une de mes amies, pour nous motiver, nous avons établi la règle du 5x5x5 : chaque jour, nous devons écrire 5 pages avant 5h ou bien nous devons donner 5$ à Donald Trump ! Une plaisanterie pour dire simplement que tout le monde, du banquier à l’écrivain, en passant par le serveur, doit faire son travail quoi qu’il arrive.” Comme tous les auteurs, l’écrivain américaine se voit parfois confrontée au fameux syndrome de la page blanche. Sa technique pour s’en sortir ? “Lorsque j’ai une panne d’inspiration, c’est très simple : je fais le ménage, je sors, je vais au cinéma…Tout convient tant que cela n’a rien à voir avec le livre. Parfois il me suffit d’en parler pour que l’inspiration revienne, mais d’autres fois, il suffit simplement de ne plus s’en occuper jusqu’au coucher. Ainsi, après une bonne nuit, on se réveille souvent avec de bonnes idées !”

 

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Douce France

Dans le dernier tome des aventures d’Allie, la jeune héroïne passe ses vacances en France, à Paris.  Selon Meg Cabot, l’Hexagone exerce un attrait indéniable sur les lecteurs outre-Atlantique : “Je suis venue en France l’année de mes sept ans, car mon père avait été muté à Grenoble. J’en garde de merveilleux souvenirs et j’aime toujours autant y passer des vacances depuis. Je suis loin d’être seule car aujourd’hui, aux Etats-Unis, une grande partie de la population a envie de venir s’installer ici. Mon éditeur m’a d’ailleurs demandé d’écrire cette aventure en France pour Allie ; cela tombait bien car je rêvais de raconter mon expérience sur le sujet. D’ailleurs, mes premières lectures ont été les livres de Martine ! ”

 

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Réédition

Le premier tome des aventures de Mia, paru cet été, est en réalité une réédition d’une série parue entre 2000 et 2009. Certains lecteurs assidus remarqueront quelques changements dans le texte, notamment au niveau des références culturelles. Ces évolutions du texte, c’est l’auteur qui les a voulues : “Certaines références avaient besoin d’être mises à jour car je crois qu’il faut savoir s’adapter aux lecteurs. Dans ce tome, j’évoquais par exemple un bipper mais aujourd’hui aucun enfant ne sait ce dont il s’agit ! Cela n’avait pas de sens à mes yeux de le laisser ; tout comme des références à des acteurs désormais décédés, je trouvais cela un peu maladroit.”

Comme toujours trop court pour les lecteurs, cet échange a ensuite été poursuivi par une séance de dédicace où les lecteurs étaient plusieurs à avoir apporté leurs séries complètes de romans pour les faire signer par l’auteur.

 

L’entretien vidéo avec Meg Cabot :

 

Retrouvez Journal de Mia, tome 1 et Le carnet d’Allie, tome 7, de Meg Cabot, publiés chez Hachette jeunesse.

A la rencontre des membres de Babelio (10)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos utilisateur.

 

Rencontre avec alex_jed, inscrite depuis le 28/06/2015.

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La bibliothèque d’alex_jed

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Je cherchais un site web qui me permettait de lister tous mes romans. En naviguant sur le site, j’ai aussi découvert que c’était une grande communauté. J’étais donc ravie de voir que je pourrai échanger avec des passionnés de lecture.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Au début, ma bibliothèque contenait surtout des thrillers. Mais depuis que j’ai découvert les 50 nuances de Grey, j’y ai ajouté beaucoup de livres de new romance. 50% thrillers, 50% new romance.

 

Vous lisez beaucoup de littérature young adult : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Ce que j’aime avant tout dans ce style, c’est l’histoire d’amour qui est au centre du récit. Les auteurs écrivent sans tabous des scènes de la vie intime.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

41dsaihoxll-_sx195_Ma première grande découverte, c’est le tout premier thriller que j’ai lu :

L’ombre de la chute de Mark Henshaw .

Un thriller bien gore qui raconte l’histoire de morceaux d’enfants, envoyés aux parents des victimes. Avec un deal, l’enfant est relâché si la maman se suicide. Ce roman mêle torture psychologique et physique. La recette exacte pour un super thriller.

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

bm_cvt_les-sirenes-noires_6227Le plus beau livre que j’ai découvert grâce à Babelio c’est Les Sirènes Noires de Jean-Marc Souvira.

Ce livre est écrit par un homme de la police judiciaire. Il s’est servi de sa propre expérience pour écrire un thriller sur des meurtres d’albinos. Un inspecteur attachant mène l’enquête. Ce roman est bien écrit et est très percutant sachant qu’il s’agit d’une sombre réalité.

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je ne suis pas du genre à relire un livre. Mais si je devais relire un livre, ce serait After d’Anna Todd. C’est l’histoire de new romance qui m’a fait passer par de nombreux états, avec une histoire d’amour compliquée mais magnifique. Et c’est aussi grâce à cette saga que j’ai fait de supers rencontres.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous)

J’avoue que je n’ai lu aucun classique et c’est un peu la honte. Une lecture à me conseiller?

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

41xkrnhyosl-_sx195_Je souhaiterai faire connaître le livre de Sandrine Dos Santos, La gardienne de l’anneau. Il s’agit d’une trilogie qui est très bien écrite. Si vous aimez le monde des vampires, allez-y les yeux fermés.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Tablette ça jamais ! La luminosité n’est pas bonne pour les yeux et me donnerai facilement mal à la tête.

La liseuse est tellement pratique dans les transports en commun. Mais c’est vrai que le contact avec le papier est bien mieux.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Je lis beaucoup dans les transports en commun mais j’aime aussi me poser sur mon canapé ou mon lit.

 

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Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

61ine8vxy5l-_sx195_Une citation qui m’a marquée est extrait du livre Lontano de Jean-Christophe Grangé

« – Hollande est un connard, une fiotte, une couille molle ! clamait Morvan. Bon dieu, mais quand est-ce qu’un président aura des burnes dans ce pays? […] – Il a jamais été foutu de faire tourner le PS et on lui donne les clés du pays? On s’attendait à quoi? Les Français sont des sales cons, et en un sens, ils ont ce qu’ils méritent ! »

 

Quel sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

cvt_hors-de-question_8749Ma prochaine lecture sera Hors de Contrôle de Georgia Caldera qui est la suite de Hors De Question que je lis en ce moment.

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

C’est une critique sans spoil, sans le résumé qui est en 4ème de couverture. La critique décrit les sentiments par lesquels le lecteur est passé et si le lecteur a apprécié sa lecture.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

Je remercie Babelio grâce à qui j’ai passé de bons moments grâce aux rencontres. L’ambiance lors de ces rencontres était très bonne avec une équipe Babelio au top (boissons et amuses bouches offerts).

 

Un grand merci à alex_jed pour sa participation !

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent DOA

Souvenez-vous, il y a un an, une réunion toute particulière avait lieu dans les salons de Gallimard : une rencontre où avaient été évoqués sociétés militaires privées, talibans et trafics de drogues… Cette rencontre avec une trentaine de lecteurs Babelio, c’était celle de DOA, dont le roman Pukhtu venait de paraître dans la célèbre Série Noire. Cette année, à l’occasion de la sortie du tome 2, Pukhtu Secundo, nous avons décidé de nous plonger une nouvelle fois dans l’aventure afghane, le 9 novembre dernier chez l’éditeur du roman. Retour sur une rencontre aux allures clandestines.

 

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Une seule histoire en deux tomes

Si Pukhtu a été publié en deux tomes, son auteur l’a bel et bien conçu comme un seul et même roman : “D’après mon éditeur, mon histoire était trop longue pour tenir en un seul tome. D’ailleurs, plus que la suite de Pukthu, Secundo est avant tout la conclusion d’un cycle entier, débuté avec Citoyens clandestins, paru en 2007, dans lequel sont nés les personnages que l’on retrouve dans Pukhtu.” En effet, ce roman en deux tomes a été l’occasion pour DOA de faire revenir certains des héros de Citoyens clandestins : “J’ai été surpris par l’accueil réservé aux personnages de ce roman comme Lynx par exemple. J’ai donc réfléchi à un cadre romanesque qui me permettrait de les retrouver sans pour autant trop forcer le destin et tomber dans l’absurde. Lorsque j’ai pris connaissance des conflits en Afghanistan, j’ai pensé qu’il s’agissait de l’occasion idéale. C’est ainsi que Pukhtu est né.”
Tentation correctrice

On l’imagine assez bien, publier la seconde partie d’un roman plusieurs mois après la première pourrait faire naître la tentation chez l’auteur de modifier son texte en fonction des retours du public. Surtout si, comme chez DOA, le point final d’un roman n’est définitif qu’une fois son manuscrit envoyé à l’éditeur : “Secundo a toujours été prévu ainsi, il n’a pas évolué depuis la sortie du premier tome.” De toute manière, DOA nous confie ne pas avoir eu grandement l’intention de suivre les retours de ses lecteurs : “L’expérience m’a montré que si je commençais à m’intéresser à ce que dit mon public je n’écrirais plus de livre. Les critiques négatives sont très saines pour les écrivains. Ce livre était une proposition forte, un roman dense sur un sujet encore peu populaire, il était normal qu’il désarçonne certains lecteurs. Je suis par conséquent très content de voir que la plupart d’entre eux sont satisfaits.”

 

Pas un héros, mais des personnages

A l’encontre des tendances actuelles, les romans de DOA ne mettent pas en scène de héros, simplement des personnages, les plus humains possible : “Il n’y a pas de héros dans mon roman, mais plusieurs protagonistes. Il me semble évident qu’à partir du moment où on l’on aborde des problèmes complexes, comme le trafic de drogue ou la guerre en Afghanistan, un seul héros ne peut pas tout savoir ni tout comprendre. C’est une veine cinématographique et littéraire que de créer un seul héros qui sert de guide à tout le monde. Je considère pour ma part qu’aucun de mes personnages n’aurait pu tout prévoir dans Pukhtu.” Pour rendre ses personnages encore plus réalistes, DOA n’hésite pas à leur donner des traits humains, à les rendre imparfaits : “Les “bons” personnages doivent avoir leurs moment d’humanité ; ils doivent par exemple pouvoir se tromper. Je porte une grande attention à ce que mes personnages fassent des erreurs, comme nous pouvons en faire nous-mêmes, afin de les rendre plus crédibles.”

 

 

Un long projet

Six. Voilà combien d’années de la vie de DOA ont été consacrées à ce projet colossal. Une longue période, mais il y a bien une raison à ceci ; le roman a été écrit deux fois : “Lorsque j’ai commencé à me pencher sur le projet, tout était encore très confus dans mon esprit et cela s’est évidemment répercuté sur mon texte. Arrivé à 90% de la rédaction, je me suis aperçu que l’intrigue n’était pas assez claire ni précise. Je l’ai donc tout simplement mis à la poubelle avant de recommencer.” Bien sûr, on pourrait penser qu’un écrivain comme DOA subit moins cette pression de la réussite qu’un écrivain débutant, et c’est pourquoi il a pris soin de nous expliquer le contraire : “Si l’on réfléchit bien, je n’avais écrit que deux livres avant Citoyens clandestins qui ne se sont pas bien vendus. Je n’existais donc que peu en librairie. Pukhtu représentait donc un assez fort enjeu pour mon éditeur et pour moi. Je savais à l’époque que je n’avais pas vraiment le droit à l’erreur sur ce livre. Je pense aujourd’hui que nous avons réussi notre coup.”

 

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Faire ressentir le lecteur

Pukhtu est un roman du genre réaliste et fait vivre à ses lecteurs les combats et intrigues de l’intérieur. La vraisemblance est en effet l’une des priorités de DOA : “Lorsque le lecteur traverse les scènes de mon roman, je veux qu’il ait l’impression d’y être. Mes descriptions n’ont pas besoin d’être hautement naturalistes, mais j’ai besoin de détails pour écrire, je suis un expert en petits détails. L’idée est que mon roman soit suffisamment précis pour que lorsque l’un de mes personnages se prend une bombe dans la gueule, le lecteur se la prenne aussi.” S’il veut faire passer un maximum de sensations, l’écrivain n’est pas du genre à jouer avec son public :”Pour gagner en authenticité, il faut travailler le rythme, la structure, le vocabulaire ; je veux que le lecteur ressente tout, comme dans la vie, sans théâtre. Je n’aime pas les romans où la mort d’un héros est préparée pendant 15 chapitres. Dans la vraie vie, quand on meurt, c’est sans prévenir et c’est ainsi que je veux que mes histoires soient écrites.”

 

 

Le dessous des cartes

Comment s’y prendre pour rédiger une fresque de près de mille pages sans omettre le moindre détail ? Les frises, voilà le secret de l’auteur de Pukhtu : “Je réalise des frises chronologiques, une par année et par personnage. J’ai par exemple réalisé 8×12 frises pour Pukhtu, puisque 12 de mes personnages constituent des points d’entrée pour l’intrigue. Chacun des événements est ensuite répertorié dans un cahier dédié pour chacun des personnages, détaillant jour par jour le contexte, le décor ainsi que toutes les références documentaires disponibles sur cette date, et enfin les points d’entrée et de sortie du personnage dans la scène où il intervient.” Une fois ce socle constitué, DOA peut ensuite commencer à rédiger. “Je suis un grand angoissé dans le travail et c’est pour cette raison que j’élimine un maximum de zones d’ombre avant de me lancer dans l’écriture. Une documentation efficace me permet de fermer certaines perspectives à l’intrigue, la rédaction du plan élimine mes incertitudes et l’écriture résout enfin mes soucis avec la psychologie des personnages.”

 

Multiplier les sources

Documentaires, essais, récits historiques : DOA ne laisse rien au hasard lorsqu’il s’agit de construire le cadre ses romans : “J’ai lu énormément de théories sur les populations pachtounes, des livres assez pointus ainsi que des comptes-rendus d’échanges entre experts, qui m’ont permis de bien comprendre la psychologie des habitants, leur vision des choses et leur façon de penser ces événements que je mets en scène dans mon roman.” Finalement, la difficulté pour l’écrivain n’a pas tant été de rassembler et de croiser ces multiples sources, mais bien de prendre du recul vis à vis de ces dernières : “La difficulté de la création, c’est de prendre du recul sur son œuvre. C’est finalement une chance pour moi que d’avoir mis un an à construire le plan de Pukhtu, car ainsi, j’ai bénéficié d’un important recul sur les choses, me permettant d’éliminer toutes les phases qui ne sont pas essentielles à mon intrigue. J’ai supprimé énormément de phrases et de scènes redondantes dans le roman. C’est particulièrement vrai pour les scènes de crime qui se répétaient inutilement dans le second tome.”

 

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Suite à cet échange, la soirée s’est poursuivie par une séance de dédicaces, pendant laquelle les lecteurs ont pu échanger directement avec l’auteur.

 

Retrouvez Pukhtu et Pukthu secundo de DOA chez Gallimard.