Prix des lectrices Milady 2017 : on y était

« Jamais je n’ai serait-ce que regardé une autre femme. Nous nous sommes fiancés, puis mariés deux ans à peine après notre rencontre. C’était comme si je suivais la route invisible que le chemin avait tracée pour moi. Il existait bien d’autres sentiers de vie qui filaient en d’autres lieux, vers d’autres avenirs, mais jamais je ne me suis posé la question de savoir ce qu’ils avaient à m’offrir. J’allais mon chemin tout simplement. »

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Phaedra Patrick, lauréate 2017

Après Nadia Hashimi et son roman La perle et la coquille, sacré en 2016 par le Prix des Lectrices, c’est au tour de Phaedra Patrick, écrivain anglaise, de recevoir cette récompense, grâce au vote de plusieurs milliers de lectrices, 5 672 pour être exact, qui ont fait leur choix parmi les nouveautés parues chez Milady littérature en 2016.

 

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A l’occasion de la remise du Prix, journalistes, blogueurs et les deux partenaires du Prix, Babelio et Mademoizelle.com se sont rendus dans les locaux des éditions Bragelonne/Milady pour une soirée pas comme les autres. Annoncé par Aurélia Chesneau, l’attachée de presse de la maison d’édition, le prix a ensuite été commenté par l’éditrice de Phaedra Patrick, Isabelle Varange, qui a souligné son émotion suite à la récompense de ce titre qui lui tenait à cœur.

 

Loin d’être timide, l’auteur nous a fait le plaisir d’un petit discours en français, pour remercier son auditoire et exprimer sa surprise. Elle nous a par la suite accordé une petite interview, dans laquelle elle revient sur la genèse du roman et sur ses motivations à l’écriture.

Découvrez l’interview de Phaedra Patrick :

 

Si c’est le livre de Phaedra Patrick qui a cette année remporté le prix, quelques autres ouvrages ont récolté un bon nombre de voix, puisque derrière Phaedra Patrick et ses 21,5% des voix, Jojo Moyes a récolté 15% des voix et Amanda Prowse, 13,5%.

 

Après la remise du Prix, nous avons eu la joie de découvrir un bar à cocktails, aux noms évoquant des titres des éditions Milady, comme le Loin de toi ou La Perle et la coquille. De la glace carbonique au jus de maracuja, il y avait de quoi surprendre !

 

Si vous n’avez pas encore lu Les fabuleuses tribulations d’Arthur Pepper, sachez que le roman vient tout juste de paraître en format poche chez Milady. D’ici là, voici son résumé :

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Sans être un conformiste forcené, Arthur Pepper est anglais. Il puise donc un certain réconfort dans l’idée que chaque chose est à sa place et boit du thé à heure fixe. Quand il a rencontré Miriam, il a tout de suite su que c’était la bonne. Ils se sont mariés, ont eu des enfants. Lorsque sa femme meurt après quarante ans d’un vie sans histoire, Arthur se calfeutre chez lui pour échapper aux visites de sa voisine, championne du monde de la tourte, qui, faute de pouvoir le réconforter, s’est mis en tête de le nourrir. Le voilà condamné à vivre seul avec ses souvenirs et la plante verte dont sa femme a pris soin pendant des années. Ses proches lui conseillent d’aller de l’avant. Aller de l’avant ? Mais pour aller où bon sang ?

Lorsque Arthur consent enfin à se séparer des affaires de Miriam, il trouve un mystérieux bracelet. Huit breloques sont suspendues aux épaisses mailles en or massif : un éléphant, un tigre, un livre, une palette de peinture, un anneau, une fleur, un dé à coudre et un cœur. Ces charmes constituent autant d’énigmes qui lui donnent envie de mener l’enquête. Que sait-il vraiment de celle avec qui il a partagé sa vie ? En entreprenant ce voyage sur les traces de sa femme, Arthur va au-devant de surprenantes révélations. Et contre toute attente, d’aventure en aventure, il va en devenir le héros.

Un conte drôle et émouvant qui se savoure jusqu’à la dernière page.

A la rencontre des membres de Babelio (15)

Avec 450 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Mladoria, inscrite depuis le 18/09/2013

 

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Bibliothèque de Mladoria

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’étais déjà inscrite sur un site communautaire de lecteurs mais l’interface forum ainsi que la lisibilité du site ne me convenait pas. Je suis tombée sur Babelio par le biais de critiques et citations de lecture et ça a de suite été le coup de cœur pour le design, le bordereau rouge bordeaux, le menu très lisible, le renseignement de la bibliothèque hyper simple et l’accessibilité du forum (en bbcode) dans un format que je pratiquais déjà depuis de nombreuses années. J’ai sauté le pas et enregistré l’intégralité de ma bibliothèque. Depuis, je suis devenue accro.

 

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Bibliothèque de Mladoria

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Absolument de tout. Des genres de l’imaginaire très largement représentés (science-fiction, fantastique et fantasy), à la littérature de jeunesse, en passant par les mangas et bandes dessinées. J’aime découvrir des auteurs peu connus et tous les horizons, j’ai un penchant pour la littérature asiatique, néanmoins, même la littérature nordique, française (les classiques de mes années d’étude et des auteurs plus contemporains), américaine (nord et sud), anglaise. Bref j’aime lire de tout. Les genres sur lesquels j’accroche un peu moins sont peut-être la littérature dite « chick-lit », le « bit-lit » et certains best-sellers de littérature générale teintés de trop de romance à mon goût.

 

Vous lisez beaucoup de Fantasy qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

J’ai découvert le genre grâce à Mr Tolkien et son Seigneur des Anneaux alors que j’étais adolescente et depuis je ne me suis plus arrêtée. Les univers, les créatures, la complexité des intrigues, les relations des personnages, l’imagination foisonnante des auteurs me fascine et me happe à chaque lecture. Le seul soucis c’est que je suis une lectrice dissipée et je mets parfois plusieurs mois (voir années) à finir un cycle. Mais j’en redemande quand même.

 

71E-OdfdWoLQuelle est votre première grande découverte littéraire ?

J’ai été très tôt initiée aux contes par ma mère mais s’il s’agit d’une découverte littéraire au sens du premier livre que j’ai pu lire seule et que j’aime particulièrement je pense immédiatement aux Contes de la Rue Broca de Pierre Gripari qui a été pour moi une découverte de la réécriture de contes, genre galvaudé aujourd’hui mais que j’apprécie toujours autant.

 

 

51XR2-4NKHL._SX210_Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

J’en citerais trois, connus de trois façons différentes : La beauté du diable de Radhika JHA, reçu dans le cadre d’une opération Masse critique il y a trois ans et que je ne cesse de conseiller depuis pour sa puissance stylistique et son histoire originale et dramatique qui m’avait émue profondément. Le second est le recueil de nouvelles Serpentine de Mélanie FAZI connue grâce aux membres du club de lecture Imaginaire sur le forum de Babelio. Atypique, dérangeant et délicieusement fantastique ce recueil m’a scotché et permis de découvrir une auteure. Les échanges sur le forum de Babelio permettent des découvertes 51iBJXGmpCL._SX210_parfois fortuites mais très souvent très agréables, tant pour ce qui est des personnes que des œuvres. Et le dernier, Lucie Corvus et Mister Poiscaille, roman jeunesse de Nico BALLY. L’auteur, membre de Babelio, m’a envoyé trois de ses livres dont cette (en)quête palpitante qui m’a fait rire. C’est ça aussi Babelio, la rencontre avec des auteurs de talent, fort sympathiques de surcroît.

 

9782013224116FSQuel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Sans conteste, A la poursuite d’Olympe d’Annie JAY, roman historique jeunesse étudié en 4ème et relu une bonne quinzaine de fois depuis. Il m’a même servi pour m’entraîner à la vitesse de frappe sur clavier à une époque c’est dire si je l’ai parcouru de long en large. Ses personnages m’imprègnent encore aujourd’hui.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? 

Il y a tant de livres que je n’ai pas lus mais je n’ai pas honte car je ne les ai pas ENCORE lus, chaque chose en son temps et chacun son tour.

J’évoquerai donc un classique à côté duquel je suis complètement passé, qui m’a laissée de marbre, où je me suis profondément ennuyée (je m’en excuse pour les adorateurs) mais La nuit des temps de BARJAVEL, eh bien un gros « bof » pour ma part. En amatrice de SF, je m’attendais à plus palpitant mais je l’ai trouvé laborieux, froid et sans intérêt. Néanmoins, je pense que ce livre n’a pas eu besoin de moi pour trouver des défenseurs. Les goûts et les couleurs ça ne s’explique pas.

 

41YGH3845TL._SX195_Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Une pièce de théâtre jeunesse parue à L’école des loisirs il y a 12 ans mais ça n’a pas pris une ride. Pour les amateurs du genre théâtral, la littérature jeunesse recèle des petites pépites telle que Erwin et Grenouille de Bettina WEGENAST. Drôle de conte initiatique aux accents mêlant La belle au bois dormant et Shrek. Désopilant à lire à haute voix.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Majoritairement papier (avec plus de 2000 livres papier dans mes bibliothèques, je ne peux le nier), j’aime l’odeur, le grain, le bruit du papier. Mais aussi liseuse (un peu plus de 300 ebooks) car mes murs ne sont pas extensibles, je partage beaucoup en numérique notamment des séries Young Adult et autres romans (classiques et contemporains), le côté pratique de la liseuse permet de la transporter partout. Généralement, j’ai ma liseuse et mon livre papier du moment dans le sac quand je sors.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

J’aime beaucoup lire en marchant, la lecture en déplacement me convient bien (en train, en voiture (en tant que passagère je précise)). Sinon chez moi, mon endroit préféré est allongée sur le tapis de mon salon avec une tasse de thé à portée de main.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Que d’autres se targuent des pages qu’ils ont écrites ; moi je suis fier de celles que j’ai lues. » Alberto MANGUEL dans son poème « Un lecteur »

 

CVT_La-passe-miroir--Les-fiances-de-lhiver_1267Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Beaucoup de lectures en cours en ce moment. Du coup, je dirai que le prochain livre que je finirai sera sans doute Le premier tome de La passe-miroir de Christelle DABOS, relu et toujours autant adoré.

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Efficace, une critique doit pour moi donner le ressenti de la lecture. On doit sentir la personne qui parle derrière les mots. Pas de résumé de l’intrigue (et surtout pas de la fin) mais quelques mots d’introduction qui donnent envie et un avis sur les aspects du livre. Il m’est arrivé d’apprécier des critiques simplement drôles même si elles n’ont aucun rapport avec le livre parce que certains membres ont de vrais talents d’écrivain. Mais généralement les critiques trop longues me lassent. Concision et passion sont les maîtres mots d’une « bonne » critique sur Babelio, en tout cas ce sont celles que je lis et apprécie le plus.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’ai tant partagé en bientôt 4 ans sur ce site. Un pique-nique sur Paris par une journée de grosse chaleur, des conversations Skype, des mails échangés avec des auteurs, une floppée de messages privés et surtout le forum, ses challenges et ses clubs qui font ma joie chaque jour. Je voudrais en profiter pour faire une petite dédicace aux Dévoileuses du forum qui se reconnaîtront, aux membres du Club imaginaire et à tous les participants des challenges que j’ai pu créer au fil de ces années et à tous celles qui les ont repris après moi et qui m’aident à les maintenir à flots. Merci à tous ses lecteurs avec qui je partage ma passion chaque jour et à Babelio de permettre à de telles expériences de vie d’exister.

 

Merci à Mladoria pour sa participation à l’interview du lecteur du mois !

 

 

 

Visitez le monde merveilleux de Christophe Ono-Dit-Biot

S’ils le connaissaient tous pour ses chroniques dans l’hebdomadaire Le Point ou à travers son émission télévisée Au fil des mots, certains lecteurs de Babelio ont découvert Christophe Ono-dit-Biot écrivain, le 27 avril dernier, dans les locaux de son éditeur Gallimard. Auteur de six romans, il est venu présenter son petit dernier, Croire au merveilleux, à des lecteurs bien curieux de découvrir une nouvelle facette de cette personnalité publique pour les uns, et impatients de retrouver les personnages de Plonger, pour les autres.

« Je veux bien avoir été distrait ces temps-ci, mais je sais que si j’avais croisé cette fille-là dans l’ascenseur ou le hall d’entrée, je m’en serais souvenu. Et puisque je me souviens d’elle, c’est que je l’ai vue ailleurs. » César a décidé de mourir. Mais une jeune femme sonne à sa porte et contrarie ses plans. Étudiante en architecture, grecque, elle se prétend sa voisine, alors qu’il ne l’a jamais vue. En est-il si sûr ? Pourquoi se montre-t-elle si prévenante envers lui, quadragénaire en deuil de Paz, la femme aimée, persuadé qu’il n’arrivera pas à rendre heureux l’enfant qu’ils ont eu ensemble, et qui lui ressemble tant ? Pourquoi est-elle si intéressée par sa bibliothèque d’auteurs antiques ? D’un Paris meurtri aux rivages solaires de l’Italie en passant par quelques îles proches et lointaines, Croire au merveilleux, en dialogue intime avec Plonger, est l’histoire d’un homme sauvé par son enfance et le pouvoir des mythes. Un homme qui va comprendre qu’il est peut-être temps, enfin, de devenir un père. Et de transmettre ce qu’il a de plus cher.

 

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Vie rêvée

Écrivain oui, mais avant tout adorateur de la fiction, Christophe Ono-dit-Biot préfère inventer des histoires qui jouent avec sa vie en s’y entremêlant : “Je n’aime pas écrire directement à propos de moi, je préfère faire appel à mon imagination comme élément perturbateur tout en m’amusant à glisser des éléments vrais dans mes livres pour inventer « une autre vérité ». Le roman permet cette incursion du réel dans des récits imaginés et par ce biais de convoquer des sensations passées pour pouvoir les revivre. Tout ce que le personnage de César, mon héros, goûte et sent dans mes romans, je l’ai moi-même goûté et senti. C’est le deal entre nous. César, apparu dans mon premier roman « Désagrégé(e) » n’est pas mon double, mais je partage un certain nombre de choses avec lui. Il me permet de me détacher de ma propre biographie tout en exploitant pour mes romans un certain nombre d’événements, obsessions, crises et surprises, de cette biographie. Mais César est autonome. » L’écrivain reconnaît ensuite la vie comme une véritable source d’inspiration, tant il lui est arrivé d’être surpris par ses aléas : “La vie est plus inventive que les romans. Certaines rencontres relèvent parfois de telles coïncidences qu’il m’aurait été impossible, et inutiles de les inventer !”

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Porte ouverte

Plonger, le dernier roman que Christophe Ono-dit-Biot a publié avant Croire au merveilleux raconte la disparition de Paz, la femme de César. La suite de ce roman, l’écrivain ne l’avait pas prévue, mais elle s’est imposée : “Beaucoup de lecteurs m’ont demandé si, dans Plonger, Paz avait prévu de revenir avant que son accident ne l’en empêche. Moi je connaissais la réponse, mais je ne l’avais pas indiquée car je ne veux rien imposer au lecteur, j’aime faire la première partie du chemin et qu’il fasse la seconde et qu’il s’approprie l’histoire. Il se trouve aussi que j’ai une grande tendresse pour mes personnages et particulièrement pour le couple que forment César et Paz, et face à cette question récurrente des lecteurs, je me suis autorisé à retrouver mes personnages : si les lecteurs se posaient cette question, c’est que César se la posait aussi.” Ayant laissé son héros dans un état avancé de désespoir, l’auteur décide alors de l’accompagner dans sa résurrection et dans l’acceptation de son rôle de père. « J’avais envie que César, qui s’en voulait, aille mieux » dit simplement Christophe Ono-dit-Biot à ses lecteurs. « Le sauver, sans doute. Et retrouver aussi ce petit garçon et voir comment ils allaient se débrouiller tous les deux. Inventer un autre personnage de femme aussi, très différent de Paz. »

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Enfance merveilleuse

En amont de l’écriture, longtemps après, en plein milieu… L’idée d’un titre surgit bien souvent lorsque l’on ne s’y attend pas. A Christophe Ono-dit-Biot, il a fallu un lever de soleil en Espagne pour commencer à entrevoir le merveilleux : “Le titre m’est venu à la fin de l’écriture, faisant suite à un précédent titre – que je garderai mystérieux si vous le permettez-  que j’ai gardé pendant toute la rédaction. Croire au merveilleux m’est venu l’été dernier, à l’aube, en pleine séance d’écriture. Plongé dans mes rêveries, j’ai pensé à la notion de croyance qui nous est essentielle, et qui n’est pas forcément liée à une religion particulière. Pour ce qui est du merveilleux, cela fait appel à l’enfance, à notre âge d’or, aux histoires qu’on nous raconte quand on est petit et auxquelles on veut croire. Le merveilleux c’est aussi le fait de croire que la vie peut recommencer après la douleur, c’est l’invention et beauté de la vie, qui m’avait encore une fois frappé dans ce décor matinal, dans les parfums et les lumières de l’aube. La vie est chaotique mais elle est aussi merveilleuse. Elle provoque des sensations, des émois forts et passionnants, véhicule aussi de la beauté qui fait sens. Et même si elle est parfois difficile, elle donne envie de renaître, tous les jours. La possibilité d’une Renaissance, c’est aussi l’un des messages que je souhaite faire passer dans le livre. D’où l’irruption de Nana… ”

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Contes et mythologie

Les références à la mythologie et à ses nombreux contes habitent les romans de Christophe Ono-dit-Biot, dont l’enfance a été bercée par ces histoires fantastiques : “Ces récits m’ont guidé toute mon enfance et en particulier la figure d’Athéna, pour qui j’entretiens une véritable passion ; j’aimerais beaucoup, qu’elle me rende visite, à moi aussi, un jour.” Pour l’écrivain, les mythes, ancrés dans des histoires de famille, de jalousie, de guerre, de désir, d’exploits, de passions amoureuses où les dieux se mêlent aux hommes, sont plus que de simples histoires et jouent un rôle important dans le développement de l’esprit. C’est un instrument de compréhension du monde : “Bien sûr que la mythologie n’est pas réaliste, mais c’est une exceptionnelle grille de lecture des événements qui nous arrivent. Un sens s’y cache. Plusieurs sens, même. C’est de la même manière, il me semble, qu’il faut aborder mon dernier roman. Je suis d’ailleurs un fervent défenseur du grec et du latin à l’école, car ces langues m’ont permis de découvrir des textes incroyables, un certain goût de la liberté et de l’étonnement, et m’ont ouvert un chemin vers la Méditerranée, territoires d’histoires et de sensations fascinantes. Un pur endroit pour aimer l’autre. ”

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Résister au monde

Le sens de l’extraordinaire que les enfants possèdent et qui leur fait la vie si belle ne se perd pas forcément avec le temps, mais se cultive, d’après l’auteur de Croire au merveilleux. La culture nous y aide : “Je souhaite que les gens retrouvent le sens du merveilleux et pour y parvenir, il faut lire des romans, aller au cinéma, au musée… mais aussi être attentif au monde qui nous entoure et qui n’est pas uniquement celui que nous filtrent les chaînes d’info – que je regarde aussi – et leurs nouvelles cauchemardesques. Il faut savoir écouter les autres bruits du monde, écouter les vagues et les oiseaux dans les feuillages, la respiration de l’autre, sentir sur soi la caresse du soleil, cela fait tout autant partie de la vie.” Ses romans, il les écrit et les voit comme des actes de « résistance » même si le mot lui paraît un peu fort  : “Face à la dure réalité que nous infligent les médias, il faut se défendre en se frottant à l’art, sous toutes ses formes, pour convoquer les forces de la vie et s’étonner au permanence. Je crois que la beauté fait sens. Le parcours qu’effectue César dans « Croire au merveilleux » peut se lire comme une célébration de la vie, des territoires de l’ombre à la lumière. Le sang bat à nouveau dans ses artères, réchauffe tout. ”

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Ruptures

Mêler les références de la culture populaire et celles de la culture classique est un jeu auquel Christophe Ono-dit-Biot aime beaucoup se prêter : “J’ai aimé pouvoir placer des calligrammes dans le texte pour dire la joie de ce qui relève d’un simple amusement entre un père et son fils, l’été. J’aime les changements et les ruptures dans les registres, passer de l’évocation d’Ulysse et ses sirènes à un dessin animé regardé par l’enfant, alterner des passages très lyriques et d’autres où l’écriture se fait plus incisive. Notre vie est un perpétuel changement de registre, nous ne sommes pas toujours beaux, bien coiffés et en forme, ce qu’essaient de nous faire croire les publicités. J’avais très envie qu’on ressente ces changements de température dans « Croire au merveilleux », et que mes personnages puissent à la fois se gaver de sucreries dans un Aqualand ultra-contemporain et qu’un peu plus loin on puisse les voir s’émerveiller devant une fresque antique qui a plus de deux millénaires. Pour moi, ces époques communiquent. On peut être de son époque, complètement dans son époque, et aimer se promener dans l’histoire de ceux qui sont venus avant nous, et qui ont parfois réfléchi aux mêmes questions que nous sur l’amour, le couple, le sens de la vie. ”

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Ecriture et cinéma

Les lecteurs de Christophe Ono-dit-Biot soulignent souvent la dimension visuelle de son écriture romanesque, une remarque qui correspond aux envies de l’auteur : “Je vois les scènes de façon très détaillée avant de les écrire. J’aime beaucoup rêvasser et faire renaître en moi des sensations passées. J’ai envie de les faire partager au lecteur. Quand César se baigne en Italie, boit un verre de vin, regarde les citronniers dans la montagne, je veux que le lecteur soit dans les vagues avec lui, boive avec lui, sente le parfum des citrons. Qu’il sente et qu’il voie. C’est l’un des bonheurs de l’écrivain, de faire sentir tout cela à son lecteur, tout en étant l’une des difficultés majeures.” Dès lors, qu’en est-il de l’adaptation de son dernier roman, Plonger ?  “Le film est réalisé par Mélanie Laurent et il sortira  en novembre. Elle avait vraiment bien lu le livre, on était sur la même longueur d’ondes. Parler de transmission était fondamental pour elle. Quelles histoires on laisse à nos enfants ? Je n’ai pas voulu prendre part à l’écriture du scénario mais je me suis tenu à leur disposition. J’avais accès aux différentes étapes du scénario, on discutait, mais je voulais la laisser libre. J’ai hâte que ce film sorte car c’est une vraie réussite à mes yeux. C’est un film très fort, intense. Un vrai film sur l’amour et la liberté, aussi. ”

Retrouvez Croire au merveilleux de Christophe Ono-dit-Biot, publié chez Gallimard.

Dans les coulisses de la PJ avec Hervé Jourdain

Le quotidien et le fonctionnement de la police judiciaire relèvent du mystère pour le commun des mortels. Par chance, le mardi 2 mai dernier, Hervé Jourdain, l’auteur de Femme sur écoute, publié chez Fleuve éditions, a décidé de faire pénétrer une trentaine de lecteurs Babelio dans les coulisses de cette institution aux secrets bien gardés. Attention, document confidentiel…  

Manon est strip-teaseuse et escort girl dans le quartier du Triangle d’or à Paris. Elle vit avec sa soeur, étudiante en philo, et le bébé qu’elle a eu avec Bison, incarcéré en préventive pour un braquage raté. Manon ne mène qu’une bataille, celle de son avenir. Le plan : racheter une boutique sur les Champs-Élysées et par la même occasion, sa respectabilité. Mais ça, c’était avant qu’on pirate sa vie.

Pôle judiciaire des Batignolles. Les enquêteurs de la brigade criminelle, tout juste délogés du légendaire 36 quai des Orfèvres pour un nouveau cadre aseptisé, s’escriment à comprendre pourquoi chacune des enquêtes en cours fuite dans la presse. Compostel et Kaminski sont à la tête d’une jeune garde, qu’a récemment rejointe Lola Rivière. Absences répétées, justifications aux motifs évasifs… La réputation de l’experte en cybercriminalité n’est pas brillante. Compostel a malgré tout décidé de lui accorder sa confiance en lui remettant pour dissection l’ordinateur de son fils, suicidé trois ans plus tôt.
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Une famille qui déménage

Après 15 ans de service au sein de la police judiciaire, Hervé Jourdain considère l’institution comme sa deuxième famille : “Je suis très attaché à la police judiciaire ; après y avoir passé 4 ans à la brigade des mineurs et près de 10 ans à la criminelle. Elle est devenue une véritable famille pour moi et c’est donc un grand moment que son déménagement du mythique 36 Quai des Orfèvres vers le 36 rue du Bastion. En tant que policier, je voulais être l’un des premiers à mettre en scène ce nouveau lieu de façon réaliste. J’ai évidemment pris un risque, puisque j’ai écrit le roman il y a un an et jusqu’à il y a à peine un mois, on parlait encore de repousser le déménagement d’un an.”  

Grâce à son ancienneté, l’écrivain a pu accéder à de nombreux documents confidentiels, lui permettant de décrire les nouveaux quartiers de la police parisienne dans les moindres détails : “Mes descriptions sont à 90% exactes. J’ai évidemment dû prendre un peu d’avance sur certains aspects, comme l’ouverture des portes par reconnaissance digitale, mais globalement, c’est très proche de la réalité.”

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Sur écoute

Les écoutes téléphoniques gardent un fonctionnement relativement flou aux yeux du public et c’est ce qui a poussé Hervé Jourdain à les placer au coeur de son roman : “Tout a commencé avec l’envie de travailler autour des écoutes, il y a 5 ans. Je n’avais encore jamais lu de retranscriptions de cette nature dans un polar et c’est ce qui m’a poussé à me lancer. Il s’agit d’objets amusants, à la frontière entre l’oral et l’écrit. Bien sûr, il y a eu un énorme travail de nettoyage, car bruts, ces documents sont très difficiles à lire.” Inspiré par plusieurs écoutes auxquelles il a été confronté en exerçant son métier, l’écrivain décide d’en faire un scénario. Envoyé à plusieurs boîtes de productions, il est cependant systématiquement refusé : “Le manipulateur qui écoute les bandes, a un statut bien particulier dans mon récit et cela ne collait pas avec la télévision. Face à ces échecs, j’ai décidé de reprendre mon idée, il y a un an et demi, et d’en faire un roman, en mêlant à mon intrigue, à la fois le déménagement de la police judiciaire et les élections présidentielles françaises, afin d’y ajouter une dimension politique.”

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Travail d’enquête

Intéressé par les débats autour de la sécurité, Hervé Jourdain a choisi d’utiliser le contexte politique pour poser des questions : “J’ai cherché à opposer la droite dure, qui se positionne comme hautement sécuritaire et la gauche, dite bien plus angélique à ce sujet. L’idée n’était pas du tout d’inquiéter les gens mais plutôt de décrire, d’une façon réaliste, comment ce questionnement autour de la sécurité est vécu au sein de la police avec l’émergence des agences de sécurité et la politisation de cette thématique devenue centrale dans le débat public. Pour être crédible, je suis allé à la pêche aux anecdotes et je m’en suis inspiré pour créer des histoires. L’écrivain est une sorte d’enquêteur dans son travail de préparation. J’ai également beaucoup consulté internet, où l’on trouve beaucoup de renseignements assez fiables sur le sujet.”
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Écriture et liberté

Lorsqu’un policier se lance dans l’écriture d’un roman, on imagine bien qu’il n’est pas totalement libre de ses propos. Pour publier Femme sur écoute, Hervé Jourdain a, comme toutes les autres fois, dû promettre de ne pas abuser de sa position : “Les policiers sont tenus d’informer leur hiérarchie de ce genre de démarche. Ils doivent également certifier par écrit, que le roman ne portera pas préjudice à l’institution judiciaire, ni la tourner en dérision. Ces restrictions  n’empêchent bien sûr pas de faire passer des messages.” Face à ces règles strictes, le temps est un bon remède : “Lorsque j’ai reçu le prix littéraire Quai des Orfèvres, j’ai fortement gagné en liberté de parole. La liberté n’est pas un dû au sein de la police car l’on est très souvent soumis au secret. Ce prix m’a permis de me légitimer et de me permettre de publier des ouvrages comme Femme sur écoute, un peu plus politique que les précédents. J’avoue m’être un peu lâché sur celui-ci.”

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Une réalité romancée

La dimension humaine est au cœur du travail de policier, si l’on en croit les dires d’Hervé Jourdain : “Je tenais à mettre en avant la relation forte qui existe entre les policiers. Je parlais plus tôt de famille et c’est exactement ainsi que je considère la police. Il était important pour moi de montrer au public toute cette palette de personnages, certains sympathiques, discrets, d’autres plus durs, que je côtoie chaque jour. De plus il nous arrive de fonctionner en binôme sur des affaires précises. La relation qui se forme alors est très forte ; avoir travaillé en duo avec une autre enquêtrice a été l’une de mes meilleures expériences professionnelles jusqu’à aujourd’hui.”

Bien sûr, s’il veut montrer la police comme elle est, l’écrivain doit également déformer la réalité afin d’emporter le lecteur : “J’écris de façon réaliste mais je dois également savoir rompre avec le réel, inventer des faiblesses chez mes personnages pour créer des rebondissements à mon histoire. Dans la vraie vie, un policier ne se retrouve jamais seul. Si cela arrive dans mes romans, c’est uniquement pour servir l’intrigue. Sans défauts, mes romans ressembleraient davantage à des documentaires et perdraient en intérêt.”

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Sous terre

Si tout le monde connaît l’existence des catacombes de Paris, peu nombreux sont ceux à en avoir visité les parties fermées au public. Comme pour les autres lieux évoqués dans son roman, Hervé Jourdain a pris soin de s’y rendre pour gagner en  réalisme : “Les catacombes fermées au public sont gérées par des cataphiles, un réseau de policiers qui en ont la charge sur leur temps libre. J’ai eu la chance de pouvoir les visiter en rentrant par les égouts dans le XVe arrondissement. Nous avons progressé dans l’eau, en rampant dans le sable, nous avons pu voir des abris créés à l’époque pour protéger le maréchal Pétain. Les souterrains de Paris sont passionnants !”

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Naissance d’une vocation

Si Hervé Jourdain entretient un rapport viscéral à son métier, c’est après avoir découvert les écrits de Thierry Jonquet qu’il a décidé de se lancer dans l’écriture : “J’ai lu Moloch et plus tard Les Orpailleurs. C’était là le premier contact que j’avais avec la littérature policière. J’ai beaucoup apprécié de voir mise en scène la brigade des mineurs, d’une façon hyper réaliste. C’est l’écriture de Thierry Jonquet et sa haute fidélité à notre métier qui m’ont donné envie d’écrire à mon tour.”

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Découvrez Femme sur écoute d’Hervé Jourdain, publié chez Fleuve éditions

Crédit photo : Steve Wells

Amours et tromperies chez les Hemingway, avec Naomi Wood

Nous avons tous une image relativement figée d’Ernest Hemingway, homme à femmes, libérateur du Ritz, correspondant de guerre aux premières lignes du débarquement des troupes Alliées en France pendant la Seconde Guerre mondiale et prix Nobel de littérature.

Invités à lire Mrs Hemingway, à paraître aux éditions de la Table ronde, et à rencontrer son auteur Naomi Wood dans les locaux de Babelio, une trentaine de lecteurs ont découvert un aspect méconnu de la personnalité et de la vie d’Hemingway à travers son rapport non pas aux femmes mais à ses femmes, qui furent quatre à porter le disputé mais ô combien cher titre Mrs Hemingway.

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Durant l’été éclatant de 1926, Ernest Hemingway et sa femme Hadley partent de Paris pour rejoindre leur villa dans le Sud de la France. Ils nagent, jouent au bridge et boivent du gin. Mais où qu’ils aillent, ils sont accompagnés de l’irrésistible Fife, la meilleure amie de Hadley, et l’amante d’Ernest…

Hadley est la première Mrs. Hemingway, mais ni elle ni Fife ne sera la dernière. Au fil des décennies, alors que chaque mariage est animé de passion et de tromperie, quatre femmes extraordinaires apprendront ce que c’est que d’aimer – et de perdre – l’écrivain le plus célèbre de sa génération.

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Entre les lettres

Admiratrice de longue date de l’écrivain, c’est tout naturellement que Naomi Wood, après avoir dévoré romans et nouvelles d’Ernest Hemingway, s’est tournée vers sa correspondance : “Lorsque j’ai pour la première fois lu cette correspondance amoureuse, j’ai découvert quelque chose de vraiment intéressant. L’écriture n’avait rien à voir avec tout ce que j’avais pu lire de l’auteur du Vieil Homme et la mer jusque là, le ton, l’écriture, la texture des textes était vraiment surprenante.” Intriguée, Naomi Wood décide de se rendre à la bibliothèque de l’université de Boston afin de lire les réponses aux lettres qu’elle avait déjà lues : “Je savais qu’il existait une édition de la correspondance complète d’Hemingway dans cette bibliothèque. C’est vraiment la curiosité qui m’a poussé à lire ces textes et à finalement me lancer dans l’écriture d’un roman.”

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L’homme privé

Si l’on connaît tous l’écrivain viril et sûr de lui tel qu’il a souvent été décrit, le personnage abritait en lui une véritable dualité, ce qu’explique Naomi Wood à ses lecteurs: “En analysant cette correspondance, j’ai compris qu’elle dévoilait un aspect de la personnalité d’Hemingway que ses lecteurs n’ont jamais eu l’occasion de voir et qui contraste avec son image publique. Chez lui, dans sa relation avec les femmes de sa vie, on découvre un être fragile qui ne joue pas la comédie. Il se sentait en sécurité et sa façon d’être n’avait plus rien à voir avec l’homme bourru que l’on pouvait connaître. »

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Pourquoi rester ?

Aux yeux de Naomi Wood, Ernest Hemingway était un véritable aimant à femme, capable de les attirer tout autant que de les repousser : “Il déstabilisait les femmes, j’en suis persuadée. Autrement, comment expliquer que ces quatre femmes soient restées autour de lui pendant si longtemps, tout en étant ouvertement au courant de la présence des autres ? Intelligentes, elles avaient toutes la capacité intellectuelle et les moyens pécuniers de partir, de le laisser. Elles ont toutes cependant fait le choix de rester et de souffrir ensemble et c’est en partie ce qui m’a poussé à écrire ce roman.”

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L’art du roman

Le cadre du roman est basé sur les lettres d’Hemingway et de ses femmes : « Ces documents m’ont servis à construire le cadre de mon roman, à rendre mon scénario crédible et relativement fidèle à l’histoire ». En revanche, l’écrivain a ajouté des éléments inventés afin de combler les vides laissés par cette correspondance : « Personne n’était là pour entendre ce que se disaient réellement les personnages, et j’ai seulement pu lire ce qu’ils ont bien voulu écrire. C’est mon rôle d’auteur d’arriver à imaginer ces détails. J’avais une structure et j’ai rajouté un décor. C’est un roman, pas une biographie, ou peut-être est-ce même à la frontière entre les deux…”

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Ne pas juger

Juger ses personnages est selon Naomi Wood un écueil à éviter lorsque l’on se lance dans l’écriture d’un roman : “Je ne crois pas qu’il faille avoir d’avis définitif sur ses personnages avant de commencer à écrire sur eux ; sinon ils en deviennent ennuyeux. Il faut plutôt essayer de comprendre les motivations cachées derrière les actes et faire preuve de bonté. C’est exactement ce que j’ai fait avec Hemingway, pourtant bien connu pour n’être pas vraiment sympathique.” Hemingway, victime de lui-même ? “Au départ, je m’indignais devant son comportement et puis j’ai commencé à comprendre que tout était loin d’être facile pour lui, avec ces quatre femmes qui tournaient toujours autour de lui. Je me suis finalement demandé si il n’était pas la première victime du mythe qu’il avait lui-même créé autour de sa personnalité.”

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Prêter la voix

Sur les quatre femmes de l’écrivain, Naomi Wood confie avoir pris beaucoup de plaisir à mettre en scène le personnage de Fife : “Il s’agit je crois de mon personnage préféré avant tout parce que dans les écrits de son mari, elle apparaît comme le diable incarné ! Je me suis donc beaucoup amusée à lui donner vie. Par ailleurs, une autre motivation m’a animée lors de l’écriture. Je sais que les trois autres femmes de l’écrivain ont eu l’occasion dans leur vie de raconter leurs expériences avec Hemingway, au travers de biographies ou de divers écrits publics. Toutes, sauf Fife, décédée trop vite. J’étais ravie et honorée de pouvoir lui prêter une voix dans mon roman.”

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Triangle et coeur

Le triangle amoureux, voilà une situation bien difficile à vivre et qu’Ernest Hemingway a pourtant reproduit avec chacune de ses femmes. Intriguée par cette surprenante redondance, Naomi Wood s’en est inspirée pour construire son roman : “Le but dans Mrs Hemingway était de mettre en scène ces triangles, qui ont existé à chaque moment où une nouvelle femme arrivait dans la vie de l’écrivain. Dans le roman, chaque chapitre est dédié à la dissolution d’un couple. Ces quatre périodes constituent en réalité quatre fins et c’est ce qui m’a beaucoup plu dans cette histoire. Dramaticalement très intéressante, la répétition de ce schéma permet de faire rentrer immédiatement le lecteur dans le drame et dès lors d’obtenir une structure propice au roman.”

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Retrouvez Mrs Hemingway de Naomi Wood, à paraître aux éditions de La Table Ronde

A la rencontre des membres de Babelio (14)

À la rencontre des membres de Babelio

Avec 400 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

Rencontre avec Eve-Yeshe, inscrite depuis le 18/12/2012.

 

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La bibliothèque de Eve-Yeshe

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Grâce à une amie, Hibernatus il y a quelques années et depuis je suis devenue assidue, j’ai découvert des auteurs en échangeant avec des amis,  j’ai commencé par écrire des critiques basiques puis un blog…

Ce site a changé ma vie car je m’étais désocialisée à cause d’une maladie chronique, il m’a permis de trouver de nouveaux types de lecture, nouveaux auteurs… de sortir de ma grotte.

 

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Quels genres contient votre bibliothèque ?

Absolument tout : beaucoup d’auteurs du XIX e siècle mon siècle fétiche, des auteurs contemporains, des polars, des livres de psychiatrie, des biographies, notamment des rois et reines de France, ou d’écrivains, des livres sur le Bouddhisme, quelques BD et manga…

Je suis boulimique et éclectique…

Vous lisez beaucoup de romans historiques : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier

J’aime beaucoup connaître les événements qui ont marqué la vie des auteurs que j’aime, que ce soit d’ordre psychologique, familial et surtout le contexte historique qui entoure leur œuvre.513WmdZE-rL._SX210_

Quand un auteur me plaît, je fouille car il éveille ma curiosité. J’ai une soif d’apprendre toujours.

L’intérêt pour l’Histoire est lié à une prof de terminale géniale puis à la découverte des « Rois maudits » de Maurice Druon.

Je préfère les vraies biographies aux biographies romancées qui me laissent toujours sur ma faim.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

9782253003861FSUn coup de foudre pour « Eugénie Grandet » que j’avais reçu en prix (à l’époque il y avait distribution des prix en fin d’année scolaire !!!) ce livre a changé ma vie car je suis entrée dans la cours des grands et ma passion pour Balzac a débuté à ce moment-là, j’ai rêvé avec Lucien de Rubempré et le père Goriot entre autres… Je dis souvent que je suis « Balzacolâtre » ce mot n’existe pas mais il me plaît !!!

Depuis mon attachement au XIXe siècle s’est encore renforcé et étendu à d’autres pays, en particulier les auteurs russes : Dostoïevski entre autres…

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

C’est difficile de répondre à cette question car il y en a plusieurs

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« L’être de sable » de Sonia Frisco m’a beaucoup touchée,

« Les demeurées » de Jeanne Benameur

« Dîtes aux loups que je suis chez moi » de Caroll Rifka Brunt que j’ai découvert via une opération masse critique

Au passage, « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon, auteur que je ne connaissais pas…

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Il y en a au moins 3 : « Les illusions perdues » de Balzac,

51kRgpTZMsL._SX210_« Léon l’Africain » d’Amin Maalouf que j’ai lus déjà 2 ou 3 fois et que je relirai

et le collector « Les rois maudits » de Maurice Druon.

J’aime bien feuilleter des recueils de poésies : Baudelaire, Verlaine notamment sont sur ma table de chevet.

C’est dur de choisir…

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

41CWH6QZRQL._SX210_Je suis passée complètement à côté d’Alexandre Dumas (père) je connais ses romans via le cinéma ou les feuilletons mais je n’ai jamais ouvert un de ses livres…  J’ai « Le comte de Monte-Cristo » en projet….

Réflexion faite, j’ai lu « La reine Margot » quand le film est sorti et déception…

Je suis nulle ou presque, en littérature américaine exception faite de Philip Roth, mais je ne désespère pas…

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

51CAtWWSN4L._SX210_« Les quatrains » d’Omar Khayyam, un poète persan que j’ai découvert via le roman « Samarcande » d’Amin Maalouf

Et aussi un auteur ukrainien découvert via le challenge XIXe siècle : Vladimir Korolenko avec en particulier « Le musicien aveugle »

Tablette, liseuse ou papier ?

J’aime beaucoup le support papier, mais j’ai des problèmes rhumato avec mes mains alors ça devient difficile de lire des gros pavés alors j’utilise régulièrement ma liseuse car je peux télécharger des livres libres de droit et comme j’adore le XIXe … et en vacances c’est bien pratique cela évite la valise de livres qui pèse plus lourd que celle contenant les vêtements….

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Un bon fauteuil : au salon l’hiver, dans le jardin l’été ou dans mon lit…

En fait, n’importe où car il y a des livres partout dans ma maison… je rêve de remplacer les meubles par des murs entiers de livres du sol au plafond.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Longtemps, ma phrase fétiche a été : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » de Friedrich Nietzsche

Depuis quelques temps, je l’ai remplacée par « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé » de Voltaire

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

CVT_Le-bal-mecanique_6111Je vais récupérer 2 livres à la médiathèque : « Le bal mécanique » de Yannick Grannec sur les conseils de ma bibliothécaire qui m’a fait découvrir il n’y a pas longtemps « Le fracas du temps » de Julian Barnes

Et « Ce dont on rêvait » de François Le Roux parce que j’ai beaucoup aimé « Le bonheur national brut »

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Sans hésitation, une critique qui éveille ma curiosité et me donne immédiatement envie de lire le livre, de le rajouter à ma PAL qui va finir par s’écrouler !!!!

Ce n’est pas forcément une critique étoffée, cela peut être d’ordre émotionnel, parce que le lecteur a su faire passer son ressenti …

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’ai fait la connaissance (épistolaire hélas seulement) avec une auteure que j’aime beaucoup, via le premier livre que j’ai lu d’elle, elle m’a permis de découvrir son œuvre et son écriture me touche énormément…. Sonia Frisco

Et deuxième rencontre épistolaire via nos blogs et nos mails, avec une lectrice dont j’aime beaucoup les critiques sur babelio.com et qui est aussi auteure LydiaB

Elles se reconnaîtront.

Un grand merci à Eve-Yeshe pour ses réponses ! 

Pénétrez les coulisses de la police écossaise avec Val McDermid

Cyber harcèlement, meurtre en série… Les femmes des romans de Val McDermid sont loin de voir la vie en rose. Pourtant, c’est avec un très grand sens de l’humour que l’auteur des Suicidées, et d’Une victime idéale au format poche, respectivement publiés chez Flammarion et J’ai Lu, a rencontré une trentaine de lecteurs Babelio, dans les locaux de son éditeur.

Merci à Fabienne Gondrand pour l’interprétation.

Mise en page 1

Les Suicidées

Tony Hill fait à nouveau équipe avec Carol Jordan sur une affaire de meurtres en série maquillés en suicide. Les victimes, des féministes actives sur Internet, ont été l’objet de cyber harcèlement et des livres de Sylvia Plath et Virginia Woolf sont retrouvés près de leurs corps. Une brillante hackeuse vient en aide au duo pour traquer le tueur.

Une victime idéale

Dans une petite ville du Yorkshire, des femmes qui se ressemblent sont retrouvées mortes. Leur point commun : elles sont toutes blondes aux yeux bleus. Ce tueur pas comme les autres cherche en chacune de ses victimes la femme parfaite, amante soumise et ménagère accomplie, avant de les massacrer avec la plus grande cruauté. Au moment où le meurtrier se prépare à fondre sur sa future proie, Tony Hill se retrouve au cœur de l’enquête mais cette fois sur le banc des accusés. Le célèbre profiler serait-il passé de l’autre côté du miroir ? Dans ce thriller psychologique à glacer le sang, le duo formé par Tony Hill et Carol Jordan est plus que jamais mis en péril.

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Maternité et roman

Lorsqu’elle a écrit Le chant des sirènes en 1995,Val McDermid ne pensait pas qu’il serait le premier tome d’une série, dont un nouveau volume, Les Suicidées, vient de paraître en France : “La seule différence que j’ai senti avec mes autres livres, c’est que l’histoire m’est venue d’un coup. Un roman commence généralement pour moi par une petite idée et grandit ensuite pendant une longue période de gestation. Pour le premier tome de ma série de romans, Le chant des sirènes, l’idée m’est venue alors que je conduisais et m’a tellement saisie que je me suis arrêtée sur le bas-côté pour l’écrire, de peur de l’oublier !” Une fois le roman écrit, l’évidence apparaît à l’auteur : “Je me suis rendue compte que mes deux personnages avaient un grand potentiel. En revanche, je n’ai pas pour autant écrit la suite immédiatement ; je me laisse toujours un moment entre deux livres, afin de conserver un regard frais sur mon intrigue et pour garder mon enthousiasme !”

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Des personnages vivants

Carol et Tony Hill sont les deux héros de la série de romans de Val McDermid, qui nous explique la naissance de ce duo : “Mes deux personnages sont nés ensemble. Il existe une différence de statut entre profiler et policiers en Angleterre et je souhaitais mettre à profit cette tension qui existe entre les deux métiers en la mettant en scène dans un duo.” Par ailleurs, l’auteur nous explique porter une attention toute particulière à l’évolution de ses personnages récurrents : “Je pense à Miss Marple qui est absolument immuable dans toutes ses aventures ; ce qui permet bien sûr aux gens de lire les livres dans le désordre. Mais Miss Marple ne se soucie guère des personnages autour d’elle. Ce n’est pas le cas dans ma série, et c’est volontaire. Je crois qu’avec le temps, les lecteurs se sont sophistiqués et il est important selon moi que l’écriture se sophistique aussi. Par conséquent, il me semble nécessaire de faire évoluer mes personnages en fonction des histoires que j’écris, au fil des tomes.”

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Etude de terrain

Tout bon lecteur le sait, un écrivain  renseigné est un bien meilleur conteur. Pour Val McDermid, le travail d’investigation est un passage obligé : “J’ai rencontré plusieurs policiers au fil du temps à tel point que je suis au courant de choses qu’ils ne laissent pas filtrer auprès du grand public. Pour créer Tony Hill, le héros de ma série, j’étais en terrain inconnu car je ne connaissais rien du métier de profiler. Par chance, à l’époque, je suis tombée sur un reportage à propos d’un profiler. J’ai noté son nom et j’ai décidé de l’appeler pour qu’il me donne des conseils. L’homme a été très suspicieux et pour lui prouver que je n’étais pas folle, je lui ai proposé de lire deux de mes romans.  Ce qu’il a fait, avant de décider de m’aider.  Nous nous sommes très bien entendus, il m’a fait des remarques, m’a tout expliqué en détail, il a vraiment été très généreux. Il m’a même fait visiter l’hôpital psychiatrique où il travaillait et m’a expliqué chaque étape du processus.”

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Femmes et nouvelle vague

Avant de prendre la plume pour écrire ses romans, Val McDermid ne trouvait pas son compte dans la littérature policière qu’elle avait jusqu’alors étudié : “Un point noir reliait tous les thrillers que j’avais pu lire : les détectives étaient toujours esseulées, isolées, et ça ne correspondait pas à l’image que j’avais du monde, moi qui ai toujours été entourée d’amis. Dès lors, j’ai voulu écrire autre chose, je voulais que mes personnages aient des relations et travaillent en équipe, qu’ils créent un esprit de camaraderie comme je sais que cela existe dans ce milieu. C’est alors que je me suis lancée.” Très inspirée par la nouvelle vague de polars féministe qui se développait aux Etats-Unis à l’époque, elle choisit de défendre les femmes dans ses livres : “ Je crois très fort que les sociétés européennes ont un gros problème avec les femmes et surtout relativement aux violences domestiques. Elles sont tout simplement ignorées.  Certaines de mes amies se sont fait sérieusement victimisées sur internet, à coup de menaces de mort sur elles et leurs enfants. C’est horrible et la plupart du temps, cela part de choses très triviales. On pensait que les questions d’homophobie et de racisme étaient réglées et que ces débats n’avaient plus rien à faire sur la place publique. Sauf qu’entre temps, internet est arrivé et a permis à des gens, sous couvert d’anonymat, de dire des horreurs. Alors oui, il y a du progrès, mais la route à parcourir est encore longue.”

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Respecter les victimes

Alors que nombre d’écrivains se targuent de baser leurs histoires sur des faits réels, Val McDermid ne partage pas cette volonté : “Je n’utilise pas de vraies affaires pour écrire mes livres. Mes années de journalisme m’ont montré les conséquences de la mort sur l’entourage des victimes d’actes de violences.  Je ne veux pas m’exprimer sur des choses dont je n’ai pas entièrement connaissance. Pour ce qui est des affaires en cours, je ne veux surtout pas perturber le travail des policiers, je pourrais gêner les enquêtes ou alors gêner les familles des victimes. Je ne veux pas, ça me gêne d’intervenir. Voilà pourquoi je ne pioche pas dans les faits-divers pour écrire mes histoires. J’ai bien assez d’imagination pour inventer des histoires de toutes pièces !”

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Exorcisme

Romancière avant tout, Val McDermid ne revendique pas de rôle de messager auprès de ses lecteurs, qu’elle cherche avant tout à divertir : “Tout comme dans les montagnes russes, les lecteurs aiment se faire peur tout en étant en sécurité avec les polars : on crie, mais on y retourne car au fond, c’est amusant d’avoir peur alors que l’on sait que l’on ne craint rien. Et puis entre nous, nous avons tous eu envie un jour de tuer une garce ou un ex-petit ami pour se venger, mais comme nous sommes bien élevés, on ne le fait pas. Le polar nous permet d’exorciser cela, de passer à autre chose. En revanche je n’en dirai pas davantage car je pense que dès lors qu’un auteur de polar pense qu’il a un message à faire passer, alors c’est un terrain miné. Toute motivation de message est délicate : mon travail d’auteur est de vous divertir, de construire des personnages bien construits et rien d’autre !

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Retrouvez Les Suicidées, chez Flammarion et Une victime idéale, chez J’ai Lu, de Val McDermid.

Janis Otsiemi nous guide dans les bas-fonds de Libreville

Drogue, violence, jeux, vengeance… Le tableau du Gabon peint par Janis Otsiemi dans son dernier roman, Tu ne perds rien pour attendre, qui inaugure la nouvelle collection Sang Neuf de chez Plon, est bien peu reluisant. C’est surpris par cette sombre peinture et par ailleurs intrigués par la culture africaine que les lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteur, dans les locaux de son éditeur, le jeudi 16 mars dernier.

 

Flic à Libreville, Jean-Marc a perdu sa mère et sa sœur dans un accident dont le coupable n’a jamais été poursuivi. Jean-Marc est entré dans la police à cause de ce drame pour condamner à sa manière ce meurtrier. Mais, fatigué des magouilles de ses collègues de la PJ, il a demandé à être muté à la Sûreté urbaine de Libreville ; un service où il a le temps de préparer une vengeance qui le fait tenir au quotidien. En attendant le jour où il fondra sur son ennemi juré comme un prédateur, tel un Dexter à la mode gabonaise, il nettoie les rues de Libreville des voyous, violeurs, politiciens véreux et génocidaires rwandais qui y sont planqués…

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Entre la magie et le réel

Pour saisir la profondeur des romans de Janis Otsiemi, il faut garder en tête que la frontière entre le réel et le fantastique est bien plus floue en Afrique qu’en Europe : “La notion de mérite n’existe pas en tant que telle chez nous. Pour réussir dans la vie, mes compatriotes ont recours à des fétiches et des marabouts, pas directement au travail.” A ce cadre particulier s’ajoutent malheureusement d’importants soucis judiciaires, qui ont inspiré à l’écrivain son dernier roman : “ Si l’on  partage quelque chose en Afrique, c’est bien l’impunité. Notre société judiciaire est au service du pouvoir et pas à celui de la société civile. Mon héros est justement désabusé par cette justice et c’est la haine envers ce système qui le pousse à se venger.”

 

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Imaginer pour dénoncer

S’il a décidé de créer un “Dexter” africain, l’écrivain a bien l’intention de mettre le doigt sur les nombreux problèmes qui sévissent dans son pays : “Mes histoires sont en elles-mêmes relativement banales, mais elles sont souvent un prétexte pour dénoncer ce qui me dérange. Je parle notamment dans ce livre des casinos corses qui constituent selon moi un véritable fléau qui touche toute la société gabonaise.” Le jeu n’est pas le seul mal dont souffrent les habitants de la capitale gabonaise selon Janis Otsiemi, qui y vit encore aujourd’hui : “Aux côtés du jeu, la corruption fait également de nombreux ravages, sans parler de la drogue, dont les routes traversent notre capitale depuis que la lutte anti-terroriste menée au Sahel, les a déplacées. L’Afrique est un véritable polar à ciel ouvert.”

 

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Une langue d’adoption

Les romans de Janis Otsiemi constituent également à leur manière une réflexion autour de la langue française. En effet, l’écrivain entretient un rapport plutôt complexe avec notre langue, vue comme un héritage forcé datant de la colonisation : “La langue française n’est de base pas la mienne, elle ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Le français traduit vos soucis et votre quotidien, mais il ne peut pas raconter toute mon histoire.” A cet héritage difficile s’ajoute au Gabon l’absence de langue nationale, qui rend le langage toujours plus complexe : “Chaque ethnie triture la langue pour se l’approprier. D’ailleurs, c’est une belle vengeance vis à vis du colonisateur que de transformer son langage alors qu’il était venu nous l’imposer ! ”

 

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Un polar gabonais

Lassé par la production, à ses yeux très monotone, des romans policiers, Janis Otsiemi a voulu proposer une série d’enquêtes dans un cadre nouveau : “J’en avais assez de retrouver Paris et New-York dans tous les polars que je lisais. Libreville, la capitale du Gabon où je vis, possède une vraie matière romanesque, car derrière les paysages de carte postale, se trouve une réalité bien plus sombre qu’il est important de ne pas cacher ; c’est là que se trouve ma vie. De plus, les écrivains africains ne se préoccupent pas de vraisemblance : pour plaire à un public étranger, ils mettent souvent en scène des médecins légistes, propres aux enquêtes américaines, alors que cette profession n’existe même pas chez nous.” Résidant dans l’un des plus grands bidonvilles de sa région, Janis Otsiemi a choisi d’écrire pour ses amis : “Les premières fois, mes amis trouvaient que j’écrivais comme un bourgeois, or, je voulais qu’ils se reconnaissent dans mes romans. C’est pour cela que je suis venu au polar et que j’ai choisi d’y mettre en scène mon quotidien.”

 

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Lutter pour sa liberté

Triste réalité, dire la vérité sur son pays n’est pas toujours une décision facile à prendre pour les écrivains. S’il ne s’est encore jamais senti directement en danger, Janis Otsiemi confie son inquiétude au sujet du devenir de sa liberté d’expression : “J’ai reçu des appels du président du Gabon qui me demandait de cesser de faire de la mauvaise publicité pour le pays. Je subis également une pression extérieure. Je joue au chat et à la souris avec le gouvernement et sais que je dois faire attention.” En revanche, Janis Otsiemi n’est pas prêt de céder à la pression ou à se cacher  : “Je n’use pas de pseudonyme car j’assume totalement mes choix ; c’est ma liberté dont il s’agit et je refuse catégoriquement d’y renoncer.”

 

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Apprentissage sur le terrain

Afin de rendre ses personnages crédibles, et notamment ses policiers, rien de mieux que d’aller les trouver directement où ils se trouvent. C’est en effet sur le terrain que Janis Otsiemi amasse la matière nécessaire pour écrire ses romans : “Tout commence souvent par une histoire inventée. Je vais voir la police en expliquant que j’ai perdu mon petit frère et que je souhaite aller voir dans la prison s’il s’y trouve. Une fois sur place, je peux récolter toutes les informations dont j’ai besoin, auprès des prisonniers comme des agents de sécurité.” Ce travail de terrain, Janis Otsiemi le soigne afin de gagner en réalisme : “Je veux que le Gabon de mes livres soit le vrai et que les habitants se reconnaissent dans mes écrits. Lorsque j’évoque un lieu dans mes romans, je commence toujours par m’y rendre afin de rester au plus proche de la vérité dans mes descriptions.”

 

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Autodidacte

Avec neuf soeurs, Janis Otsiemi s’est longtemps contenté de romans photographiques à l’eau de rose : “J’aimais bien ces romans, mais à 15 ans, j’ai découvert le poème Le Lac d’Alphonse de Lamartine et c’est alors que je me suis mis à dévorer tous les classiques.” Dans une région où l’accès à l’éducation demeure difficile à une grande partie de la population, Janis Otsiemi s’est formé en autodidacte à l’écriture : “J’ai arrêté l’école en classe de troisième. Pour apprendre à écrire, j’ai donc copié des pages et des pages de Balzac, pour en saisir le style et développer ensuite le mien.” Comme expliqué plus tôt, Janis Otsiemi ne fait pas partie de la classe privilégiée de Libreville et la littérature semble avoir joué un grand rôle dans son élévation sociale : “La littérature m’a sauvé. Je vivais dans un quartier violent et la plupart de mes amis de l’époque sont aujourd’hui en prison. Personnellement, la littérature m’a ouvert les yeux et m’a permis de ne pas foncer dans le mur.”

 

 

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Découvrez Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi, publié chez Sang Neuf.

Tombez amoureux de Munch avec Lisa Stromme

Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient nés certains tableaux de maîtres ? Lisa Stromme, l’auteur anglaise qui vient de publier Car si l’on nous sépare chez HarperCollins, a été interloquée lorsqu’elle a découvert Le Cri, le célèbre tableau d’Edvard Munch. Dès lors, elle a décidé d’imaginer l’histoire de cette fameuse peinture. Le mercredi 1er mars dernier, une trentaine de lecteurs Babelio se sont réunis au Cercle Norvégien de Paris, afin de discuter avec elle du destin énigmatique de ce peintre pas comme les autres…

L’interprétation a été assurée par Jean-Marie Doury.

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1893 : Le petit village de pêcheurs d’Åsgardstrånd, en Norvège, se prépare à l’arrivée de la noblesse mais aussi à celle d’un cercle d’artistes très controversés, la Bohême de Kristiania. Tous viennent profiter du fjord, dont la lumière estivale décuple la beauté. Johanne Lien, la fille d’un modeste fabricant de voiles, devient le temps d’une saison la servante de l’impétueuse Tullik Ihlen. La jeune femme l’entraîne dans sa passion pour Edvard Munch, dont les toiles scandalisent les estivants. Johanne est captivée par l’émotion brute qui se dégage de l’oeuvre du peintre et accaparée par la liaison secrète qu’il entretient avec Tullik. Mais très vite, elle comprend qu’elle devra dissimuler bien plus que des rendez-vous amoureux…

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Un vieux mari

Lisa Stromme ne se souvient plus exactement de la première fois où elle a été confrontée à l’oeuvre de Munch, véritable monument de la peinture du XXe siècle : “Je vivais avec sa peinture comme j’aurais vécu avec un vieux mari depuis trop longtemps : je connaissais son oeuvre, mais je n’y prêtais véritablement attention. C’est quelqu’un que je portais en moi sans m’en rendre compte.” Pourtant, alors qu’elle croise pour la énième fois le célèbre tableau du peintre, Le Cri, l’écrivain perçoit pour la première fois la force qui en émane, alors que ce dernier est vendu pour 120 millions de dollars aux Etats-Unis et décide de lui consacrer un ouvrage.

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Le plus bel endroit du monde

Décidée à en savoir plus sur la vie de Munch, Lisa Stromme se rend dans la ville que le peintre occupait chaque été, en Norvège : “Lorsque j’ai découvert la petite ville de Åsgardstrånd, j’ai appelé mon mari et je lui ai dit que j’avais trouvé l’endroit le plus beau du monde. Le paysage, la lumière, tout est particulier dans cette région où il fait, contre toute attente, très beau l’été ! Et mes parents qui pensaient que les Norvégiens vivaient avec les ours polaires !” Séduite par l’endroit, Lisa Stromme décide de s’installer dans les environs de ce lieu magique pour mieux saisir l’histoire du célèbre peintre et mener à bien son projet.

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Raillé

Munch n’était pas le seul à vivre dans la province norvégienne. En effet, la petite ville d’Åsgardstrånd abrite au XIXe siècle de très nombreux artistes et bohémiens : “La ville a attiré beaucoup d’artistes, les soirées y étaient folles à l’époque de Munch.“ Au loin de ces agitations, le peintre du Cri est une personnalité très calme et extrêmement timide. Si cette population qui s’agite autour de lui, lui a permis d’exprimer sa créativité, elle l’a également beaucoup brimé. En effet, si Munch est considéré comme un maître aujourd’hui, il a commencé par être moqué par ses contemporains, qui pensaient qu’il était dangereux de regarder ses peintures”

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Changement de plan

Au départ, c’est le tableau Le Cri qui intéresse particulièrement l’écrivain anglais. En effet, le projet initial de son roman était d’en raconter l’épopée : “Je me suis intéressée au tableau lorsqu’il a été vendu aux Etats-Unis pour une somme affolante; je me suis demandé d’où venait cet engouement. J’ai alors commencé mes recherches et suis progressivement tombée amoureuses de cette peinture jusqu’à ce qu’elle devienne une véritable obsession.” Fort de ces lectures et de son voyage à  Åsgardstrånd, le projet de l’écrivain bascule : “Lorsque je suis arrivée là bas, tout est devenu plus simple pour moi. J’ai donc finalement décidé de simplifier mon idée de départ et d’écrire l’histoire d’amour entre Munch et sa muse ; c’est ce que ce lieu magique m’a inspiré.” S’inspirant de personnages réels, l’écrivain se lance alors dans la peinture de cette bohème norvégienne, et enquête sur la supposée relation du peintre avec une “fille de bonne famille”, qui devient peu à peu la pierre angulaire de son roman.

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Roman et histoire

La vie de Munch demeure relativement méconnue et Lisa Stromme a effectué un énorme travail documentaire pour pouvoir se permettre de la mettre en scène : “C’était effrayant de se frotter à un personnage si connu. J’avais tellement lu à son sujet que j’avais l’impression de partager ses idées, que ses émotions passaient à travers moi et c’est précisément ce que j’ai essayé de retranscrire dans le livre.” Si elle est parvenue à incarner à ce point le peintre, c’est grâce à son écriture : “Ses textes m’ont littéralement traversée. Munch aurait été un excellent écrivain. Ses journaux sont magnifiques, extrêmement poétiques. Il aimait d’ailleurs beaucoup écrire et inventer des histoires autour de ses peintures.” Portée par ces histoires, l’écrivain a choisi la forme du roman, plutôt que le document historique pour son avantage  indéniable du point de vue des émotions : “L’important avec la fiction est qu’elle permet de faire naître des questions et surtout d’ajouter de l’émotion, bien davantage que dans un travail universitaire, soumis à l’historicité des faits.”

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La muse histoire

Par-delà un fort intérêt pour la peinture, si Lisa Stromme s’est tournée vers la vie du peintre, c’est avant tout par passion pour l’histoire : “L’histoire est ma muse. Lorsque je regarde de vieilles photos, je ressens l’envie d’écrire à leur sujet. Dès que je touche un objet ancien, qu’il s’agisse d’un tissu ou d’un meuble, des histoires me viennent en tête ; les temps anciens m’inspirent beaucoup.”

De ce roman est né chez l’écrivain un intérêt tout particulier pour le XIXe siècle, qu’elle a décidé d’explorer une nouvelle fois dans son prochain roman : “Mon prochain ouvrage porte sur Alfred Nobel. Il a écrit son testament ici, au Cercle Norvégien. J’ai découvert qu’il s’agissait d’un homme extrêmement intelligent et relativement incompris par la société de son époque, tout comme Munch, j’ai l’impression d’être attirée par ces génies incompris.”

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C’est sur cette amusante note que se clôture la séance de questions-réponses avec l’écrivain, suivie d’une séance de dédicace pendant laquelle les lecteurs ont eu la chance de pouvoir échanger directement avec l’auteur.
Retrouvez Car si l’on nous sépare de Lisa Stromme, publié chez HarperCollins.

A la rencontre des membres de Babelio (13)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

 

Rencontre avec Ninaalu, inscrit depuis le 03/05/2015

 

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Bibliothèque de Ninaalu

 

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

A force de chercher des idées de lecture et de tomber sur Babelio, j’ai fini par m’y inscrire. Mais je n’ai pas été très active tout de suite !  C’est lorsque j’ai créé mon petit blog littéraire l’été dernier que je suis devenue une participante régulière.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Enormément de romans avec une prédilection pour les auteurs anglophones, beaucoup de thrillers,  de la BD, des livres d’art et des essais féministes.

 

Vous lisez beaucoup de témoignages : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

J’en lis surtout en BD, je trouve que le roman graphique  est un format qui s’y prête particulièrement. Un énorme livre en N&B sur un sujet sérieux peut me rebuter, alors que l’alliance de l’image et du texte sert particulièrement les biographies et témoignages.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

L’impertinence des personnages de La Comtesse de Ségur et les envies d’évasion de Jack London, deux choses qui me définissent bien.

 

bm_33090_1532990Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, un vrai coup de cœur  que je conseille à toutes et à tous ! Un beau roman d’apprentissage, merveilleusement bien écrit, sur la tolérance.

 

 

 

51wkPLxqpTL._SX210_Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Harry Potter, les 7 tomes, souvent en commençant par le 4 ou 5  (moins enfantins), au moins une fois par an ! Ce qui rend ma mère assez folle, puisque je les relis uniquement chez mes parents. Une vraie #potterhead.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je n’ai lu aucun livre des Sœurs Brontë, je ne suis pas assez romantique, mais j’y pense de plus en plus, ayant beaucoup d’amatrices dans mon entourage.

 

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Pas complètement « méconnue », mais pour toutes les personnes qui pensent que la BD n’est pas de la vraie lecture, je conseille Habibi de Craig Tompson aux éditions Casterman, un vrai bijou de poésie sur la jeunesse de deux esclaves.

 

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier d’abord, mais je suis convaincue de l’utilité des liseuses. C’est incontournable pour les éditeurs et auteurs, il faut proposer les livres en version papier et numérique. Le numérique ne tue pas le papier, c’est une offre complémentaire.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ? 

Dehors, sous le soleil exactement.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l’horizon » de Jack London dans Martin Eden, une citation parfaite pour une bibliophile !

 

51DU8iYuy0L._SX210_Quel sera votre prochaine lecture ?

California Girls  de Simon Liberati aux éditions Grasset, j’en avais entendu beaucoup de bien  pendant la Rentrée littéraire de Septembre, et je trouve que cette immersion  dans la folie Manson est fascinante !

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

Une critique sincère qui va plus loin que « c’est de la merde » ou « c’est génial », quelque chose de constructif qui peut intéresser d’autres lecteurs.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’incite toutes les personnes inscrites à (essayer de) participer aux Masses critiques, cela permet de lire des livres qu’on aurait peut-être pas choisi  autrement, et c’est un très bon exercice de lecture et d’écriture  ! J’en ai d’ailleurs une en cours L’Autre Paris aux éditions Parigramme.

Merci à Ninaalu pour sa participation !