Faites de beaux rêves avec Marilyse Trécourt

« L’art a une vertu thérapeutique qui m’intéresse. Ça peut nous révéler d’une autre façon. » Le mois dernier, Marilyse Trécourt venait chez Babelio pour présenter à trente lecteurs son dernier roman, Une vie plus belle que mes rêves, l’histoire de Louise qui, pour sortir de son quotidien aseptisé, décide de se remettre à sa passion d’enfance : le dessin. Un choix qui risque de bouleverser sa vie… Art, résilience, rêves, peur et choix de vie sont autant de thèmes qui ont été abordés dans une discussion pétillante et inspirante avec l’auteure le 11 juillet dernier.

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Une vie plus belle que nos peurs

« Louise est une jeune-fille qui a peur de tout, c’était ça le petit jeu de départ » nous a expliqué Marilyse Trécourt à propos de son personnage principal. « Elle a peur d’être elle-même. » Le personnage de Louise a 34 ans et semble avancer dans la vie avec des œillères, sans apprendre, sans chercher à panser les blessures du passé, enchaînant les CDD, sans envie ni projet précis, juste pour tranquilliser ses parents et son conjoint, Sam. Ce roman va la voir évoluer, se redécouvrir et changer, permettant ainsi à son auteure d’aborder des thèmes qui lui sont chers. « Je l’ai choisie parce qu’elle m’est familière. […] Je ne suis pas Louise mais les peurs ont été un frein pour moi pendant longtemps et un jour j’ai dit stop ! Le choix, pour moi, est une vraie thématique. La recherche identitaire aussi. Ces thématiques me sont chères parce que je ne saurais faire autre chose. » L’âge des personnages, qui approchent de la quarantaine, n’était par ailleurs pas un choix anodin. « Je pense qu’autour de la quarantaine, on se pose plein de questions, on fait le bilan, c’est un moment charnière ! »

« Je voulais expliquer pourquoi Louise a ces peurs, d’où elle venait. » Dans son roman, en effet, on comprend au fil de l’histoire la façon dont s’est construit ce personnage. Son enfance, d’abord, avec des parents très protecteurs. « Tout dépend du contexte, bien sûr, mais quand on a un enfant, pense Marilyse Trécourt, il ne faut pas lui communiquer sa peur. Sinon, à la première difficulté, ils tombent de haut. Cela n’aide pas à être audacieux. » Son couple, aussi, avec un compagnon parfois étouffant, qui a déplu à certaines lectrices présentes ce soir-là… « Non, ce n’est pas quelqu’un de mauvais ! s’en défend pourtant l’auteure. Il a ses propres peurs. Sam est comme tout le monde : il a ses blessures. Il se réfugie dans ses peurs à lui et les transmet à Louise. » Mais plus que de comprendre Louise, ce roman permet de la sauver : « Ses peurs, elle va pouvoir en faire une force. »

« On a tous peur à un moment donné, reconnaît Marilyse Trécourt, selon qui beaucoup de lecteurs pourraient s’identifier à Louise. Et quand ces peurs sont irrationnelles, c’est dommage, car ce sont des peurs qui peuvent être surmontées. Il faut les voir autrement. Se dire qu’on peut le faire. Et une fois que c’est fait, quand on se retourne, on a un sentiment de joie, de fierté. Donc on peut s’attaquer à une autre peur. »

S’attaquer à ses peurs grâce à la fiction, voilà ce que le roman Une vie plus belle que mes rêves propose. Quant à savoir si cela fonctionne, cela a en tout cas été efficace pour une personne : Marilyse Trécourt elle-même, pour qui l’écriture a bien des vertus : « mes romans me sont aussi thérapeutiques… »

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Une vie plus belle qu’un feel good book

Souvent associée à la littérature feel good, des romans qui vous veulent du bien dont des auteurs comme Raphaëlle Giordano ou Laurent Gounelle sont les figures de proue, Marilyse Trécourt, chez Babelio, est aussi décrite comme auteure de romans d’émancipation. Une description qu’elle rejoint, tout en la nuançant : « Moi, je parlerais plutôt de résilience. » Ce nouveau livre, cependant, n’est pas un roman de développement personnel comme elle a pu le faire avec Viser la lune et au-delà, sa précédente parution, c’est une pure fiction. « J’ai toujours fait des romans. Viser la lune et au-delà, c’était une vraie volonté d’aller dans le développement personnel. Pour Une vie plus belle que mes rêves j’avais peur de décevoir, de perdre les gens, je ne savais pas vers où aller… Donc j’ai fait ce que j’avais envie de faire ! J’ai écrit un roman, mais toujours avec le thème de la résilience. »

Cette idée de résilience, malgré tout teintée de bienveillance et d’idées puisées dans le développement personnel, traverse donc tout le roman. Aussi, vers le début du roman, Louise peint une œuvre étrange représentant une femme, tenant dans ses mains un mystérieux coffret. La finalité du roman va reposer sur ce coffret, et ce qu’il contient. « Quand ils trouvent enfin ce qu’il y a dans cette boîte, les personnages comprennent qu’ils doivent vivre leurs rêves. On peut tous comprendre ce qu’il y a dans notre propre boîte. » Ce personnage qui aide Louise, la pousse à aller vers ses rêves et incarne donc le mieux cette idée de résilience, c’est Claire, un personnage lumineux qui a beaucoup plu aux lecteurs… comme à notre auteure. « Elle est comme un petit lutin, une petite fée, c’est l’antithèse de Louise. J’aime bien avoir quelqu’un comme elle dans mes romans. Si elle fait des choses extraordinaires, « pourquoi pas moi ? », se dit-on. »

Néanmoins, Marilyse Trécourt a quand même voulu intégrer un peu de développement personnel à son livre… Aussi, vous trouverez en terminant le roman quelques exercices pour vous aider à surmonter vos peurs et réaliser vos rêves. « Quand je lis des livres, raconte-t-elle, cela me donne des idées mais arrivée à la fin je passe à autre chose. Ce cahier pratique a marché sur le précédent… et j’avais envie d’ajouter quelque chose à l’histoire de celui-ci. » 

A la fin de l’année, l’auteure va aller encore plus loin puisqu’elle nous a annoncé ce soir-là qu’elle publierait en novembre un guide de développement personnel intitulé : Pas besoin d’être un super-héros pour réaliser mes rêves.

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Une vie plus belle qu’une fiction

Au cours de la rencontre, l’auteure a également beaucoup évoqué sa façon d’écrire et de construire une histoire. Les personnages, pour leur part, sont le pilier de ses romans. « Avant, j’ai la trame générale, même si elle évolue un peu en écriture, mais je fais surtout des fiches personnages : photos, qualités, défauts… » Et si Louise a parfois changé sur certains détails, ses peurs maladives et le parcours qu’elle allait suivre pour les combattre, « ça, c’était écrit depuis le début ». Elle nous a aussi parlé du personnage de Maurice, le chat, qui a fait rire nombre de lecteurs et lectrices. « J’aime bien mettre des petits clowns dans mes histoires. Maurice m’amusait, ce chat moche qui pue la crevette et louche. Quand j’écris un roman, je veux ressentir quelque chose, je veux m’amuser. Si je relis un passage et que je ne ressens rien, nous confie-t-elle enfin, j’efface le passage ! » Les personnages de l’auteure sont si incarnés et appréciés des lecteurs, qu’ils lui ont demandé si elle avait déjà envisagé d’écrire des suites de ses romans, des sagas, voire un crossover de ses livres, dans lequel se rencontreraient ses différents personnages. Ce à quoi elle répond : « Non. Ils ont vécu. Ils sont vieux. Je suis rassurée, ils n’ont plus besoin de moi. Je veux de nouveaux personnages. Là, je suis avec Juliette [NDLR : dont l’histoire paraîtra en 2021]. […] Je n’y avais pas pensé mais les suites sont rarement bonnes. Je préfère aller sur un autre terrain, de découvrir un autre univers. »

Avec désormais deux romans publiés et quelques-uns autoédités, Marilyse Trécourt a évolué. Interrogée sur son rapport à l’écriture et la façon dont il a, ou pas, changé, elle nous avoue qu’il est plus fluide qu’au début : « Il est plus facile, en tout cas. Mon écriture s’est affirmée, je pense. Et même dans la façon de l’aborder, je suis moins dans la caricature. » Dans ce roman-ci, d’ailleurs, elle parle d’art, de ses vertus thérapeutiques et a bien travaillé cet aspect-là de l’histoire : « J’ai fait quelques recherches et une amie a relu le roman. Je me suis inspirée des surréalistes et de l’écriture automatique. Louise peut grâce à ça découvrir quelque chose qui était caché dans son inconscient… »

Mais la vraie particularité de ce roman, c’est qu’il alterne entre le présent, raconté à la première personne, et quelques flashbacks, racontés quant à eux à la troisième personne. « À la première personne, j’aurais eu du mal à changer de point de vue comme je le fais dans le roman, c’est pourquoi j’ai choisi la troisième. » C’est une construction qui a demandé une approche particulière pour l’auteure. « Je me suis mise dans un autre état d’esprit. Je me suis replongée dans mes propres 17 ans : j’ai changé d’atmosphère, mis d’autres musiques… J’avais besoin d’un état psychologique plus dense. » Et si elle a par ce procédé perdu quelques lecteurs en route… c’était en fait volontaire. « Je voulais vous perdre ! affirme-t-elle. Les indices pour vous aider, ce sont les dates indiquées. Mais je voulais rajouter un peu de suspense… »

Quant à savoir ce qui attend les lecteurs déjà en mal d’un roman de cette auteure, sachez que la suite s’annonce déjà intense. Son guide de développement personnel paraîtra en novembre et ses prochains romans en 2020 – « je reviens avec un homme ! » nous a-t-elle seulement avoué – et en 2021 – avec le personnage de Juliette rapidement évoqué pendant la rencontre… « Certains projets sont acceptés sur un simple pitch, Viser la lune et au-delà avait été auto-édité puis repéré… le processus éditorial dépend du livre concerné. Eyrolles s’adapte et me fait confiance. Mon éditrice me dit de faire ce que j’ai envie de faire ! »

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Surmonter vos peurs, croire en vos rêves et progresser personnellement : c’est tout un programme que Marilyse Trécourt et ses romans vous proposent. Et si l’auteure est nouvelliste, romancière, chroniqueuse, coach en communication et adepte d’ouvrages de développement personnel, dont elle est parfois auteure… elle est aussi lectrice, au même titre que le public venu l’écouter ce soir de juillet chez Babelio. « Je lis de tout ! J’aime bien aimé Le Liseur du 6h27. Je lis aussi Joël Dicker… et les copines de chez Eyrolles ! La seule chose que je ne lis pas, c’est de la fantasy, les polars sanguinolents ou trash. Je lis des choses qui m’inspirent et me font vibrer. »

Et si, vous aussi, vous êtes à la recherche de ce genre de lectures, vous pouvez regarder la vidéo « Les 5 mots » que nous avons réalisée avec Marilyse Trécourt juste avant la rencontre et ainsi voir si ses ouvrages peuvent vous faire vibrer :

Petit traité de bienveillance à l’usage des parents par Aurélie Callet et Clémence Prompsy

« Éducation positive » et « bienveillance », voilà des mots qui ont le vent en poupe dans les conversations parentales aujourd’hui. Ils peuvent pourtant faire peur voire culpabiliser les parents sur leurs pratiques. C’est exactement ce qu’Aurélie Callet et Clémence Prompsy, créatrices de Kidz et Family, veulent dédramatiser en brisant quelques idées reçues et surtout en soutenant les parents dans le chemin de la parentalité. Venues fin juin présenter leur livre Je ne veux pas ! à trente lecteurs chez Babelio, elles ont parlé de leur travail sur ce guide pratique et dans leur cabinet de psychologie, et plus largement du développement de l’enfant. Parents inquiets ou grands curieux, nous vous proposons de revivre ici une rencontre placée sous le signe de la bienveillance.

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De mamans à psychologues

« On s’est rencontrées en prison ! » raconte en riant Aurélie Callet. Elle et son associée, Clémence Prompsy, ont effectivement vu leur parcours se croiser alors qu’elles intervenaient en prison et ont même pensé, à l’époque, à faire de la psychologie et du conseil parental en prison, mais n’ont pas pu monter cette idée. Ce qui les a rapprochées, c’est en fait une grossesse. Alors qu’Aurélie attendait son deuxième enfant, Clémence était enceinte du premier. « Nos enfants avaient le même âge, on a donc traversé des choses ensemble » confirme Aurélie, tandis que son amie raconte : « On a rencontré des difficultés en tant que parents, on s’est aidées en tant qu’amies, donc on a voulu aider d’autres parents. »

Pour elles, de nombreux parents ont aujourd’hui encore peur d’aller chez un psychologue. « Ça peut être stigmatisant », affirme en effet Clémence Prompsy. C’est pourquoi la bienveillance est leur maître mot, avec les parents mais surtout les enfants. Cela passe aussi par le fait d’être honnêtes avec les difficultés qu’elles ont elles-mêmes traversées. « J’ai failli divorcer ! » témoigne Clémence, pour qui la bienveillance dans l’éducation passe aussi par la bienveillance dans le couple. « Mon mari ne partageait pas mes convictions éducatives. Mes ouvrages sur ce sujet ont fait beaucoup de mal parce que je faisais sans cesse la maîtresse. Mais le divorce n’est vraiment pas une solution pour l’enfant » conclut-elle.

« On n’a pas vécu toutes les situations, rappelle-t-elle néanmoins, mais on les a au moins croisées au cabinet. » C’est donc une réelle expertise, personnelle et professionnelle, qu’elles cherchent à transmettre dans leur guide.

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Une famille, c’est sans culpabilité

« Dans notre livre, explique Aurélie Callet, on ne voulait pas dire : « ne faites pas ça ». Et on ne juge jamais nos lecteurs et lectrices, tout comme nos clients et clientes. On ne les aide d’ailleurs pas là où ils ne nous sollicitent pas. »

Le thème de la culpabilité est souvent revenu au cours de la rencontre. À la question « En quoi êtes-vous des psychologues modernes ? », nos deux invitées répondent : « Les gens ont encore dans la tête les psys où on dépose ses enfants, on s’en va, et quand on revient le chercher, on n’a pas de debriefing, on comprend juste que c’est sa faute. Nous, on essaye d’être les plus pragmatiques possible, d’accompagner les enfants avec des objectifs pour toute la famille. Si on a un air grave et plombant, cela aggrave le stress. »

Elles rappellent pourtant que la simplicité de leurs solutions n’entraîne pas forcément facilité. Elles-mêmes comprennent les réticences que peuvent avoir certains parents face à l’éducation positive. « Ça a l’air hyper facile dans les livres, reconnaît Aurélie Callet. Puis on essaye de l’appliquer et on se dit : mais en fait, je suis nulle ! » Mais « on plante des petites graines, complète Clémence Prompsy. La bienveillance, ça paye plus tard ! » Une lectrice présente ce soir-là raconte avoir pratiqué l’éducation positive sur ses enfants, « sans douleur ! », et témoigne de l’efficacité de cette méthode. « Ça marche ! Et ça marche aussi sur les enfants adultes. Quel bonheur d’avoir un rapport respectueux et simple avec eux. […] Mais cela demande du temps ! »

Certaines méthodes éducatives elles-mêmes sont culpabilisantes. Isabelle Filliozat, psychothérapeute incontournable en parentalité positive, « est très culpabilisante » note une lectrice dans la salle. De ces méthodes d’éducation à la pression que se mettent eux-mêmes les parents en passant par leur cadre de vie parfois stressant (transports, travail, contraintes du quotidien…), on a donc aujourd’hui des parents anxieux et en difficulté. « Il y en a beaucoup en région parisienne : ce n’est pas normal qu’on se sente comme ça à 30 ans ! » estime d’ailleurs Clémence Prompsy. On les pressurise sans cesse et quand ils ont tout réussi ils se disent : et maintenant ? »

Et pour ceux qui passeraient l’été en famille et voudraient ne pas se mettre la pression, elles recommandent tout simplement de « ne pas hésiter à ne pas tout faire tous ensemble ! Choisir un truc qui plaît de 2 à 12 ans, c’est parfois compliqué. Alors que séparer l’équipe, cela satisfait tout le monde et cela fait aussi remonter son capital patience. »

Et Aurélie Callet d’énoncer : «  Parfois, il suffit de pas grand-chose pour mettre de l’harmonie dans la famille. »

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Je ne veux pas ! Un travail à quatre ou six mains ?

Ce « pas grand-chose » dont parle Aurélie Callet tient dans la plupart de leurs conseils. Simples et efficaces, bienveillantes et positives, les astuces que regroupe le livre Je ne veux pas ! tiennent la plupart du temps du bon sens. « Les gens nous le disent souvent en sortant du cabinet : c’était évident, mais on n’y avait pas pensé. »

Construit sous forme de guide pratique, ce livre est rendu accessible pour les parents afin d’intégrer au mieux ces conseils. « On a voulu être efficaces, affirme Aurélie Callet. L’idée, c’est que les parents devaient s’y retrouver. On s’est rendues compte que les gens n’ont pas d’imagination ! Notre livre permet aux parents d’expérimenter nos idées pour les aider à en trouver eux-mêmes. » Elles insistent néanmoins pour le bon fonctionnement du guide : « Lisez vraiment le mode d’emploi et l’introduction. Ils vous expliqueront bien le livre et comment faire pour que l’éducation positive soit cadrée et dure dans le temps. »

Aurélie raconte qu’écrire un guide aussi clair et efficace a nécessairement demandé beaucoup de travail… et de cheveux arrachés : « Ca a été l’enfer ! On était au signe près parce que c’est un livre au contenu dense. Quand on le lit, il faut y retourner, y revenir, sinon il y a trop de choses. » C’est pourquoi le livre a été rendu léger avec des couleurs pastel et une mise en page dynamique.

Ce travail à quatre mains a ainsi demandé beaucoup de dialogues avec l’éditeur. « On s’est réparti les chapitres, après on se les envoyait, puis on se les re-renvoyait… Et enfin, on l’envoyait à l’éditeur. Il nous corrigeait… et on lui disait non, rigole Aurélie Callet. C’était rigolo ! On a toujours validé tout de l’une ou de l’autre. On ne s’est presque pas embrouillées et on n’a quasiment rien laissé de côté. »

À ceci près, peut-être, une absence remarquée par les lecteurs et lectrices Babelio : celle d’une bibliographie. « L’éditeur a voulu l’enlever, explique Clémence. Ce n’est pas notre livre en fait ! Notre éditeur nous a cassé les pieds en termes de nombre de pages, reprend-elle plus sérieusement, mais finalement, ça nous a obligées à aller à l’essentiel. »

L’enfant : des allers-retours entre cadre et bienveillance

L’essentiel, c’est l’enfant. « On a toutes les deux été contaminées par l’éducation positive ! Et parce que c’est du bon sens la bienveillance » rappelle une fois de plus Clémence Prompsy. Quoi de plus évident, partant de là, que d’impliquer l’enfant dans cette démarche éducative ? « On demande aussi aux enfants, explique Aurélie Callet, de choisir l’option qu’ils trouvent la plus rigolote parmi les solutions que viennent chercher leurs parents. On les implique. » Un schéma qui peut finalement s’adapter à toutes les situations du quotidien. « On peut être bienveillants mais il faut aussi cadrer. Il faut laisser des petits choix aux enfants et se demander comment rendre les contraintes du quotidien plus amusantes. »

Le cadre est une notion qui reviendra souvent dans les discussions avec les deux auteures. Une idée reçue existe selon laquelle ceux qui pratiquent l’éducation positive sont des parents laxistes. Mais selon Aurélie Callet et Clémence Prompsy, c’est juste une manière plus ludique de voir l’éducation. « Et dans tous les jeux, rappelle Pierre, de Babelio, il y a des règles. » « Il faut de l’anticipation, répond effectivement Aurélie Callet. Si on explique avant les règles à l’enfant, il comprendra. Le but, c’est de rester calme. Il faut apprendre à se fâcher sans être fâché. » Rien de simple et laxiste, donc, dans une démarche qui essaye de remettre l’enfant au centre de cette éducation et de lui faire comprendre les conséquences de ses actes. Clémence Prompsy rappelle d’ailleurs un exemple présent dans le livre : celui du « Tu mets ton manteau, et on s’en va ! » Cette phrase cherche à faire obéir l’enfant. Alors plutôt que de l’utiliser et de le punir s’il n’écoute pas, Clémence Prompsy conseille de le laisser expérimenter d’abord le froid, en prenant son manteau dans les bras. Alors, il comprendra. « Il ne faut pas s’éloigner du bon sens et du fondamental » concluent-elles.

La bienveillance passe donc par la compréhension de l’enfant, de ses sentiments et de son intelligence. Deux autres exemples, qui ont surpris certaines lectrices, sont mentionnés ce soir-là. Le premier est une règle d’or mentionnée dans le livre : celle d’autoriser ses enfants à ne pas s’aimer. Ce à quoi Clémence Prompsy répond : « « Vous avez le droit » ne veut pas dire « vous ne vous aimez pas ». C’est dans le champ des possibles de l’enfant. On leur a imposé la présence d’un frère ou d’une sœur, on leur laisse donc le choix de l’aimer et, certains jours, de ne pas l’aimer. Cela ne veut pas dire non plus qu’ils peuvent se disputer violemment, se taper, etc. » C’est une façon d’accepter leur ressentiment, mais de cadrer leur conflit. Le second concerne l’idée d’être « injuste » avec ses enfants. « C’est impossible d’être justes et équitables avec eux, explique Aurélie Callet, d’abord parce qu’ils n’ont pas toujours besoin de vous et votre attention au même moment. Les enfants arrivent très bien à voir que quand l’un a besoin, papa ou maman peut se rendre disponible. »

Enfin, les deux auteures rappellent bien que « la bienveillance commence par soi-même ». Et celles-ci de rappeler la métaphore de l’avion : en cas de crash, il faut d’abord mettre son masque à oxygène avant de mettre celui de son enfant. Un parent qui va mal ne pourra pas aider son enfant.

Quant à ceux qui se demandent si elles peuvent en écrire un pour les adolescents, nos deux psychologues répondent : « Tout s’adapte ! Même au monde de l’entreprise, poursuit Clémence Prompsy. C’est du management, en fait ! De la vraie bienveillance. »

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Une impression de management qu’un lecteur présent à la soirée va jusqu’à leur reprocher tout en comparant leur livre à un célèbre ouvrage de vulgarisation de psychologie sociale : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. « Mais je le dis ouvertement ! répond Clémence Prompsy. L’éducation, c’est de la manipulation. » Mais une manipulation « positive » qui remet l’enfant au centre de cette éducation… Sans pour autant oublier celle des parents, que la pression fatigue et pousse à ne pas assez dormir, témoignent d’ailleurs les deux auteures en fin de rencontre. « Si les gens ne dorment pas, on ne peut rien faire ! conclut Clémence Prompsy. Donc nous allons sûrement faire un livre sur ce sujet. »

Si vous voulez en savoir plus, découvrez ce livre en profondeur à travers notre interview vidéo de ses deux auteures :

Retrouvez Je ne veux pas ! d’Aurélie Callet et Clémence Prompsy, publié aux éditions Au Fil de soi

Rendez-vous avec les cosy mysteries de Julia Chapman

Le mois dernier, nous avions rendez-vous avec le crime. Julia Chapman nous venait tout droit du Yorkshire pour parler avec 30 lecteurs de sa série de romans policiers, publiée dans la collection La Bête Noire de Robert Laffont : Les Détectives du Yorkshire. Au cours d’une discussion qui s’est articulée autour du premier tome de la série, Rendez-vous avec le crime, elle nous a transportés directement dans la campagne anglaise… en nous parlant français. Cette auteure anglaise qui vit et écrit dans cette même région, le Yorkshire, a habité un peu partout dans le monde, et notamment en France, puisqu’elle a tenu avec son mari pendant plusieurs années une auberge dans les Pyrénées. « Je parle un peu le français, mais le français de l’Ariège ! » commence-t-elle avant de se défaire de sa langue natale pendant une heure chaleureuse et remplie de rires en sa compagnie.

61nbh81txfl._sx195_Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais œil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

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De Settle dans le Yorkshire à Bruncliffe

La série de Julia Chapman, comme le désigne son titre – Les Détectives du Yorkshire – se déroule dans le nord de l’Angleterre, dans une petite ville perdue dans la campagne. « Bruncliffe n’est pas une vraie ville » a-t-elle révélé assez tôt pendant la rencontre. « Celle qui m’a inspirée s’appelle Settle. Elle compte à peu près 3 000 habitants et se situe à une heure de Leeds. » Si la ville n’existe pas, sa configuration et ses paysages – dont les descriptions permettent au lecteur de s’immerger dans l’ambiance du roman -, eux, sont réels : champs, petits murs de pierre, l’incontournable pub de la ville, collines, fermes… Partant de ce décor, deux choses ont intéressé l’auteure dans sa démarche. La communauté, d’abord, est un élément « très important » dans ce genre de villes, remarque Julia Chapman. Il n’y a d’ailleurs pas réellement d’anonymat dans ces communautés. Le crime, ensuite, en est relativement absent. « Ce n’est pas normal dans ces régions de mourir ! » Elle s’amuse ainsi à mélanger réalité et roman policier. Par exemple, « il y a deux maisons de retraite dans mon livre. Tout le monde m’a dit après l’avoir lu : en fait, c’est dangereux là-bas ! J’ai une amie qui a 93 ans, poursuit-elle, et qui habite encore dans sa maison. C’est d’ailleurs une lectrice formidable. Pour moi, c’est important de fréquenter des personnes âgées dans la vie et je trouvais l’idée d’une maison de retraite parfaite. »

L’auteure nous a en outre appris que l’histoire du livre n’a même pas été imaginée dans cette région… mais en France ! « Quand j’étais dans les Pyrénées, un jour, j’ai vu un taureau et je me suis simplement demandé ce que j’aurais fait si j’avais été dans les champs avec lui. Puis j’ai vu une ombre, dans ma tête, celle d’une cycliste, et je me suis demandé qui c’était. J’ai eu l’idée de ma série anglaise en France et j’ai fini ma série française en Angleterre ! C’est là, une fois que j’avais déménagé dans le Yorkshire, que j’ai pu commencer à écrire Les Détectives du Yorkshire. »

« J’habite là-bas depuis 8 ans, nous a-t-elle raconté. Pour ma part, je suis cycliste mais c’est très bon de faire de la course là-bas, c’est plus facile que de courir hors de la montagne. Tous mes amis sont dans des clubs de course… ils sont fous ! » C’est pour nous dire que de nombreux éléments sont vrais dans cette série qu’elle nous parle de cette activité sportive que pratique Delilah dans le livre. Des anecdotes comme celle-ci, elle semble en avoir quelques poignées avec elle. Le nom du chien de Delilah, par exemple, a une histoire. S’il s’appelle Caliméro en français, il s’appelle Tolpuddle en anglais. Il s’agit d’une référence aux « Martyrs de Tolpuddle », Tolpuddle étant une petite ville du sud de l’Angleterre. En hommage à ces martyrs qui œuvraient pour un monde meilleur, « ce chien à la tête plaintive porte leurs noms ! » En France, où nous n’avons pas cette référence, ce nom de personnage a entraîné quelques soucis de traduction et beaucoup de questionnements. « On a dû trouver quelque chose qui parle, explique Camille Filhol, l’éditrice, présente ce soir-là. D’où Caliméro ! »

Quant aux habitants du Yorkshire, ressemblent-ils vraiment à ceux de Bruncliffe ? « Quand ils comprennent que j’ai écrit cette série, ils me demandent s’ils sont dans le livre. À ce moment-là, je leur lis généralement une description du livre qui les dit brusques, directs, têtus et suspicieux. Et je leur dis : Si vous pensez être dans mon livre, ça, c’est vous ! » Il existerait même, par hasard, un Richard Hargreaves (le nom de la première victime dans le roman de Julia Chapman)… « mais lui n’est pas mort ! » ajoute-t-elle. Et l’auteure de conclure : « Les personnes réelles sont souvent moins intéressantes dans un roman que des personnages. »

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Personnages : amis ou inconnus ?

Au même titre que Bruncliffe est tissée de réalité, certains personnages de la série s’inspirent de la propre vie de l’auteure. Delilah, l’un de ses deux personnages principaux, aime courir, et a une famille nombreuse. « J’ai moi-même 55 cousins et cousines ! Mon père a 9 frères et sœurs. » Néanmoins, les points communs entre elles deux ne sont pas plus nombreux que ça. Et c’est voulu : « Comme c’est une femme, c’était trop facile de la faire comme moi. Je voulais donc qu’elle soit très différente. » « Ça m’a pris un tome pour créer les personnages, a également confié l’auteure. Maintenant, c’est facile, c’est comme avec des amis ! »

Interrogée sur les noms qu’elle a donnés à ceux-là, elle reconnaît que « le nom du personnage principal est toujours le plus difficile à trouver. Pour les autres (Ida, Troy…), ça a été simple : ce sont des noms du Yorkshire. » Elle nous a ensuite confié quelques secrets de fabrication des prénoms de nos deux héros. Celui de Samson est venu très facilement. Celui de Delilah un peu moins, mais il a une histoire ! « Ce n’est pas raconté dans le livre, mais le prénom de Delilah n’était en fait pas le choix de sa mère. Elle voulait l’appeler comme la cheffe cuisinière Delia Smith, qui est très connue en Angleterre. Mais son père a mal fait l’enregistrement, elle s’est donc appelée Delilah ! »

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Dans sa série, les lecteurs découvrent au fil des tomes la vie de la ville de Bruncliffe, et les tensions ou amitiés qui lient ses différents habitants. Son premier agent littéraire lui a dit qu’elle avait trop de personnages. « Je lui ai dit bye bye ! » avoue-t-elle en rigolant. « C’est important pour moi. Je ne suis pas Charles Dickens, mais lui aussi a beaucoup de personnages, et ce n’est pas un problème ! Grâce à eux, il y a une vraie vie, je le développe beaucoup dans le deuxième tome. »

De plus, c’est cette profusion de personnages qui lui permet de mettre en scène la communauté dont elle parlait au début de la rencontre et de renforcer la solitude de Samson. Ce personnage, en effet, revient dans la ville après des années d’une absence mystérieuse pour y ouvrir une agence de détective privé. C’est un des principaux axes de l’histoire, autour duquel l’auteure ménage beaucoup de suspense, et qui reste encore mystérieux à la fin du premier tome. « Samson est né à Bruncliffe mais est un étranger. Pour moi, c’est vraiment au cœur de la série. » Cette notion d’étranger, en effet, est d’autant plus intéressante que le second personnage principal de la série, Delilah, « connaît tout le monde ! Personnellement, explique Julia Chapman, j’ai vécu dans d’autres pays. C’est très intéressant de voir la vie à travers les yeux d’une étrangère. »

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De la lectrice à l’auteure de polars

« Mon père avait une télé, nous a raconté Julia Chapman lors de la soirée, mais pendant un match, elle s’est cassée. De colère, il a pris la télé et l’a lancée dans le jardin. Donc quand j’étais enfant, je n’avais pas de télé mais beaucoup de livres ! » Son père lisait beaucoup de romans de cowboys, de polars ainsi que des classiques, passions dont l’auteure a elle aussi hérité. « Quand j’écris, explique-t-elle pourtant, j’ai un petit cinéma dans la tête ! » Son écriture, très visuelle, lui permet de raconter ces histoires où le crime et les rebondissements en tous genres ont un rôle important.

En termes de travail préparatoire, l’auteure semble à la fois très organisée et assez instinctive. « Quand je commence une série, j’ai toujours une idée qui va du début à la fin. Mais entre les deux, je ne sais pas. Je connais donc déjà la fin de la série. Je trouve ça très bon d’être à Bruncliffe, avoue-t-elle au sujet de la longueur de la saga. Mais j’ai beaucoup d’autres idées et c’est bien de changer. L’auteur Lee Child a dit un jour : « J’écris dix livres de la série et après, j’arrête »… Il en est à 22 tomes ! Pour moi, il faut toujours un commencement et une fin. »

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Par contre, elle aime particulièrement la phase de recherches qui alimente beaucoup ses histoires. « C’est enthousiasmant. J’adore ! Pour le tome 4, raconte-t-elle, j’ai fait beaucoup de recherches sur le poison. Un jour, j’étais dans un café, et j’ai reçu un appel d’une experte en poison. Nous avons discuté quelques minutes sur différentes méthodes d’empoisonnement et en raccrochant, j’ai vu un couple me regarder effrayé. » Pour sa série se déroulant dans l’Ariège, elle a fait « des recherches sur la politique française. J’étais une experte du code civil ! Mon mari m’a dit qu’il faut cacher mon historique Google, plaisante-t-elle. L’an dernier j’ai fait des recherches sur des sites de rencontres, sur un GPS, sur une balle dans l’épaule… Et tout est gardé dans cet historique ! » C’est une partie de son travail qu’elle aime tellement qu’elle en ressort presque frustrée : « Pour moi, c’est fascinant. Ce n’est par contre pas possible de tout mettre dans mes livres. »

Mais avant d’être auteure, Julia Chapman était comme on l’a déjà remarqué lectrice. Quelqu’un lui a donc demandé son expertise et son avis personnel en lui posant cette question : qu’est-ce qu’un bon livre ? « Oh, je peux vous dire ce qu’est un mauvais livre ! a-t-elle aussi répondu en riant. Mais un bon livre… En anglais, on dit qu’il faut créer un page turner. Par exemple, beaucoup ont dit que les romans de Dan Brown étaient « trop faciles », cousus de fil blanc. Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, mais Da Vinci Code est un livre qui se lit vite et il a créé tout un système ! » Une bonne histoire semble donc être, selon elle, la première clé. « Mais l’écriture, aussi, doit être bonne » ajoute-t-elle.

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Ce soir-là, une lectrice la compare à M.C. Beaton, une autre auteure anglaise de cosy mysteries. « C’est flatteur ! répond Julia Chapman. Mais on me compare sans doute à elle car il n’y a pas beaucoup de femmes auteures de polars. On mentionne parfois Agatha Christie, aussi. Je pense que c’est parce que nous sommes toutes des femmes qui écrivons depuis nos petits villages. Mais M.C. Beaton écrit depuis le sud et moi depuis le nord : les gens y sont très différents ! » Qu’à cela ne tienne : le mystère aussi est entre les mains des femmes, et les lecteurs semblent ravis d’avoir pu voyager dans un sombre mais amusant Yorkshire… Et on compare déjà de nouveaux auteurs de polars à Julia Chapman. Alors en attendant la relève, rendez-vous avec le crime dans les prochains tomes des Détectives du Yorkshire.

Pour en savoir plus sur cette série de livres, vous pouvez visionner notre interview vidéo de l’auteur, où elle présente son travail à travers 5 mots :

Retrouvez Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman, publié aux éditions Robert Laffont/La Bête Noire

Lit-on vraiment plus l’été ?

De 3 à 5 : c’est le nombre d’ouvrages que mettront les lecteurs dans leurs bagages cet été. Ils partent 1 à 3 semaines et prendront en moyenne 4,6 jours pour lire un livre. Mais comme tout bon lecteur, ils auront les yeux plus gros que le ventre, et la plupart ne liront pas tout ce qu’ils emportent avec eux…

3 à 5, c’est en tout cas le nombre de livres que prendront 50 % des lecteurs que nous avons interrogés pour notre étude sur les lectures d’été. Menée pendant trois semaines via un questionnaire de 41 questions, elle nous a permis de nous interroger sur cette période qui rime souvent avec détente et vacances et de mettre en évidence certaines pratiques. Lit-on vraiment plus l’été ? S’agit-il des mêmes genres que d’habitude ? Quelles stratégies adoptent les éditeurs à ce moment de l’année ? Autant de questions auxquelles nous avons tenté de répondre, complétées par l’éclairage de trois professionnels que nous avons reçus le 17 avril, lors de la soirée de présentation de l’étude. Étaient avec nous Catherine Troller, directrice commerciale, marketing et communication du Cherche midi éditeur, Perrine Thérond, directrice à la librairie La Griffe Noire et responsable organisation du salon Saint-Maur en Poche et Willy Gardett, responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche.

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Menée sur près de 5 000 lecteurs et lectrices, cette étude a néanmoins touché une cible particulière : le lectorat de Babelio. Il s’agit d’un public essentiellement féminin, assez jeune (25-34 ans étant la tranche d’âge la mieux représentée), qui lit majoritairement de la fiction contemporaine (la moitié dit lire, entre autres genres, de la littérature française ou étrangère contemporaine !) et, surtout, qui lit beaucoup. 95 % des répondants disent lire (au moins) un livre par semaine, contre 16 % pour la moyenne nationale. « Ça fait rêver ! » commente Catherine Troller.

Tenant compte de ce biais-là et s’appuyant sur les propos de nos trois invités, nous vous proposons une plongée dans cette étude estivale et cette soirée chaleureuse afin de s’interroger sur les livres qui vont peut-être bientôt finir dans vos valises…

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Des achats d’été de moins en moins tardifs

Comme on aurait pu s’y attendre, l’enquête montre que 90 % des achats interviennent avant le départ. Ils anticipent même beaucoup car 41 % des lecteurs se procurent leurs ouvrages en avril et en mai, soit près de la moitié du panel !

« Mais la période avril-mai peut-être concurrencée par de gros vendeurs ! » rappelle Catherine Troller, faisant ainsi référence à de grands vendeurs qui inondent le marché. « C’est tout notre travail [de vendre des livres à ce moment-là], ajoute-t-elle néanmoins. C’est une stratégie. » Pocket aussi a choisi de publier des livres de manière anticipée. La maison se montre ainsi coordonnée avec les dates auxquelles les lecteurs disent acheter leurs lectures d’été : dès avril et jusqu’en juin. « Quand je travaillais chez Albin Michel, raconte Willy Gardett, le moment le plus important était Noël. Chez Univers Poche, cela reste vrai, mais l’été est un moment tout à fait décisif. »

Catherine Troller va encore plus loin dans cette stratégie : « Suite à l’engorgement du marché à cette période-là, on recule cette date pour désengorger mai et publier dès le mois de mars. À partir du mois de mars en fait, affirme-t-elle, tout peut devenir un roman d’été. »

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Il faut cependant remarquer une certaine dichotomie dans ces données. On remarque dans les résultats que l’achat de dernière minute reste minoritaire : 56 % des lecteurs disent ne jamais procéder à ce genre d’achat compulsif. Pourtant, Catherine Troller estime qu’au Cherche midi éditeur, ils publient peu au mois de juin, « mais les achats sont monstrueux ». Une zone de tension qui s’explique peut-être car les répondants à l’enquête sont majoritairement de gros lecteurs, qui semblent donc plus enclins à réfléchir longtemps à l’avance à leurs futures lectures, tandis que les lecteurs plus occasionnels feront leur choix plus tard. « À la librairie La Griffe Noire, les achats se font surtout en juin, confirme Perrine Thérond, d’où la date du salon Saint-Maur en Poche : un week-end mi-juin. On essaye alors de proposer aux clients une offre large et variée. »

L’étude fait en outre remarquer que la majorité des lecteurs ne savent finalement pas ce qu’ils vont emporter en vacances. Ils se les procurent tôt, mais ne sont pas encore décidés sur lesquels vont finir dans leurs bagages. À Saint-Maur en Poche, d’ailleurs, Perrine Thérond révèle que les lecteurs qui viennent « ont un budget assez élevé (avec une moyenne de 57,20 euros). Ils ont des paniers énormes. Certains lecteurs partent avec au moins cinq livres, parfois une trentaine de poches ! » Pour avoir plus de choix, peut-être ?

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Changer de genre

Cette dernière donnée nous amène à nous demander ce qui peut motiver leurs choix. En extrayant quelques verbatim de leurs réponses à la question « Qu’attendez-vous d’une lecture d’été ? », on remarque que les mots « divertissement », « détente » et « évasion » ressortent le plus souvent. Un cinquième des répondants à l’étude confirme d’ailleurs se donner « rendez-vous » chaque année en lisant le même auteur. Parmi ceux-là, on retrouve entre autres Guillaume Musso, Michel Bussi ou Virginie Grimaldi, connus pour être des auteurs de page turners ou de lectures feel good.

Pourtant, les lecteurs restent friands de découverte (63 % aiment découvrir de nouveaux auteurs pendant cette période). « À Saint-Maur en Poche, justement, ils viennent pour les grosses têtes d’affiche mais aussi pour découvrir. Parfois un auteur présent connaît un succès énorme, même s’il n’a qu’un seul livre devant lui. Cela s’explique aussi parce qu’ils sont très mis en avant sur le festival : ce sont souvent des auteurs coups de cœur de l’équipe. »

Notons cependant que dans ces mêmes verbatim, « comme le reste de l’année » est le cinquième mot-clé le plus cité ! S’il y a un net penchant pour des lectures plus légères que le reste de l’année, la plupart des lecteurs sont en fait indécis ou ne modifient pas leurs types de lectures.

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Concernant les genres, l’étude met en évidence quelques variations : le polar est plus lu l’été, la littérature feel good aussi, des genres en accord avec la notion de « lecture plaisir ». « On essaye de faire en sorte que la programmation de Saint-Maur en Poche soit variée au maximum, révèle Perrine Thérond. Mais on fait effectivement attention au feel good et à la romance car ils connaissent une forte croissance et sont importants à ce moment-là de l’année. »

A contrario, le Cherche midi éditeur ne publie pas expressément des livres qui sont aux antipodes de la période, pour se démarquer : « à partir du moment où on est un éditeur généraliste, on ne va pas mettre tous ses textes littéraires à la rentrée, donc il y a une contre-programmation qui se fait sur les autres mois, par exemple l’été, mais de manière naturelle ».

« Historiquement, conclut Catherine Troller, on a hérité du calendrier médiatique : pourquoi on ne publie pas en juin ? Parce qu’avant les médias s’arrêtaient en juin. Aujourd’hui, on réalise que les lecteurs vont aussi en librairie l’été et qu’on peut parler de livre à travers d’autres canaux, mais on hérite complètement de ces calendriers médiatiques. »

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Les librairies : terre conquise ou friche à repeupler ?

« Du côté des librairies, poursuit Perrine Thérond, il n’y pas forcément de genres qui sont préférés aux autres. Le travail du libraire est de répondre à l’attente du client. » Ce qui lui permet de confirmer l’étude en expliquant qu’à Saint-Maur, « l’été, c’est mort de chez mort ! De toute façon, toute notre énergie a été dépensée en juin, donc on est ravis ! »

Les libraires, stars de cette étude, sont très plébiscités par les lecteurs. C’est leur lieu de prédilection d’achat. C’était pareil en septembre 2018, lors de notre précédente étude portant sur “l’objet livre” (dont vous pouvez retrouver le compte-rendu ici). Mais c’est encore plus marquant ici, car elle gagne 3 points. Une autre partie de l’étude interroge les lecteurs sur les sélections d’été proposées par différents professionnels. 60 % estiment y être attachés et, en cumulant les noms cités, les sélections de libraires dominent sur la presse.

Pourtant, quand on leur demande quels conseils ou avis les aident le plus à choisir leurs lectures tout au long de l’année (92 % des lecteurs estimant au passage que ces sources ne changent pas pour l’été), Babelio, le bouche-à-oreille et la presse sont, devant la librairie, les plus cités. « Il y a une dichotomie, remarque Catherine Troller, entre la fréquentation des libraires et la prise en compte de leurs conseils. » Contradiction qui signifie sûrement que, si les lecteurs apprécient de se rendre en librairie pour y faire leurs achats, leurs choix ont souvent été faits ou initiés avant d’en franchir le seuil. Les lectures d’été, selon elle, sont principalement constituées de deux choses : de « gros noms » et des « conseils de libraires ». C’est pourquoi le Cherche midi éditeur, tout comme Pocket, travaille beaucoup avec eux l’été : ils leur envoient des épreuves, organisent des séances de dédicace, etc. « Les libraires de lieux de vacances, ajoute un éditeur du public, manquent de reconnaissance. Certains libraires, comme à Port Maria ou Quiberon, sont méprisés parce qu’ils vendent aussi des accessoires de plage, et tous les éditeurs ne leur envoient pas des auteurs en dédicace. C’est aussi notre chance ! C’est une bonne manière d’utiliser leur emplacement pour toucher les lecteurs en vacances. »

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Capter de nouveaux lectorats : digital, librairie ou médias traditionnels ?

L’été semble par ailleurs une période idéale pour toucher des publics éloignés du livre. « Pour nous, libraires, reprend Perrine Thérond, ça reste une question très ardue car c’est le public le plus difficile à capter, c’est celui qui vient le moins nous voir et qui se débrouille tout seul (par le biais des réseaux sociaux ou du bouche-à-oreille). »

L’étude montre en effet que plus de la moitié des lecteurs interrogés lisent plus l’été – les plus jeunes notamment, qui ont une longue période de vacances. Les lecteurs de Babelio n’augmentent pas forcément leur rythme de lecture l’été, voire le réduisent, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une communauté de grands lecteurs.

Les lieux de vacances, justement, sont peut-être l’endroit idéal pour capter de nouveaux lectorats. Les éditeurs, Le Livre de Poche ou Folio par exemple, en profitent d’ailleurs pour mettre en place des opérations directement sur les plages. « Je crois beaucoup à ces opérations ayant pour cible des lecteurs qui lisent le reste de l’année et sont peut-être plus à même de faire un achat d’impulsion » confie Willy Gardett. Si ce type d’événements – ici, les camions-librairies – fonctionne très bien, les opérations estivales de manière générale ont un réel impact sur les ventes, notamment les lecteurs plus occasionnels, remarque le responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche. « Ce sont des succès, confirme Perrine Thérond. Les goodies aussi marchent très bien, les couvertures à ambiance estivale, pas particulièrement, mais les goodies marketés pour l’été comme les chapeaux ou les éventails fonctionnent bien et sont très identifiés par les clients. »

« Autant à Noël, on a des collectors, reprend Willy Gardett, autant en été, on ne fait pas de travail spécifique sur les couvertures. On garde en tête une certaine saisonnalité, mais pas plus que ça. » Et Catherine Troller d’approuver : « Je ne crois pas non plus. On fait un travail spécifique sur les couvertures tout court – on n’a pas réellement de charte – car on travaille surtout sur l’auteur. » De toutes façons, comme l’indique l’étude, c’est le thème qui reste le plus important dans le choix d’une lecture d’été. Seulement 30 % des répondants sont sensibles aux couvertures, contre près de la moitié pour les 12-24 ans. Si les éditeurs s’adressant à ce public ont vraisemblablement un réel travail à faire de ce côté-là, les autres semblent sur la bonne piste en choisissant de ne pas faire de cette saison un axe graphique primordial.

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Si on a vu jusque-là que l’été n’influait pas fortement sur le programme des éditeurs, cela peut se nuancer sur quelques points qui ont été abordés ce soir-là. « Il y a un effet longue traîne sur certains titres. Mais ce n’est pas sans raison, raconte Perrine Thérond. Par exemple, certains éditeurs publient très tôt leurs auteurs phares. Ils savent que, quoi qu’il arrive, ce sera une lecture d’été, c’est déjà acquis. Donc ils essayent peut-être de capter d’autres lectorats en les publiant plus tôt. » « C’est surtout là qu’on publie des premiers romans, ajoute Catherine Troller. Ou des romans étrangers, pour lesquels on n’a pas l’occasion d’avoir l’auteur en France. Passer par Babelio ou des clubs de lecteurs semble alors la meilleure solution pour créer du mouvement. »

On l’a vu, le bouche-à-oreille et Babelio restent en effet, comme tout au long de l’année, la principale source de recommandations des lecteurs. Seuls 8 % estiment avoir des sources de recommandation différentes au cours de l’été : le Routard, des clubs de lecture, les prix littéraires, les volumes de vente. Or si ces canaux fonctionnent bien sur ces 5 000 répondants, qui rappelons-le sont de gros lecteurs, ce n’est pas nécessairement la meilleure stratégie à avoir pour toucher des lecteurs plus occasionnels. « Les médias sont de moins en moins puissants et de plus en plus difficiles à solliciter, explique Catherine Troller. Mais on travaille d’arrache-pied dès le mois de mars. Le « petit lecteur » aura aussi tendance à aller chercher des prescripteurs traditionnels et il ne faut pas les négliger. » Elle ajoutera plus tard que, pendant l’été, la communication sur le catalogue du Cherche midi éditeur passe beaucoup par la présence en salons ; celle-ci lui permettant également d’engendrer des retombées dans la presse locale. On remarque en outre dans les résultats de l’étude que, concernant les sélections d’été proposées par les professionnels, celles proposées par la télévision et la radio, des médias traditionnels, arrivent loin derrière la librairie. Mais pour se référer de nouveau à la typologie de l’étude (des grands lecteurs), on peut imaginer que les lecteurs occasionnels s’y réfèrent plus et, comme le remarquait Perrine Thérond, sont moins clients des librairies indépendantes.

Enfin, Willy Gardett note que, parfois, une communication plus verticale de la part de l’éditeur peut être tout aussi efficace. Il mentionne l’opération « Coups de cœur Pocket », qui labellise des titres de leur catalogue qu’ils décident ainsi de mettre en lumière, une opération qui « change la donne ». « Ce n’était pas parti pour fonctionner, mais c’est reçu et entendu. Cela se vérifie par les ventes. Cela m’a surpris dans le très bon sens du terme. »

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Le digital au service de la lecture

« Le bouche-à-oreille se fait aussi de manière virale et sociale, affirme Willy Gardett. Nous aussi, éditeurs, avons nos communautés et nos grands lecteurs. Il faut sans cesse recruter de nouveaux fans, et particulièrement chez ceux qui sont peut-être de moins grands lecteurs. C’est toujours agréable de mettre le digital au service de la lecture. »

Le responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche, quant à lui, a défendu l’idée que le digital était le meilleur moyen d’engendrer du bouche-à-oreille, de créer le buzz.

Pourtant, remarque Guillaume Teisseire au cours de la rencontre, « Babelio marche mieux quand il pleut ». Et celui-ci d’interroger Willy Gardett : les réseaux sociaux sont-ils compatibles avec le beau temps ? Sa réponse : globalement, oui. « J’ai animé la communication d’Albin Michel pendant 7 ans, et avant, on n’avait pas du tout la même manière de pousser l’information pendant l’été sur les réseaux sociaux. Ils étaient moins puissants qu’aujourd’hui, donc on laissait les choses en jachère. Maintenant, remarque-t-il, il y a plutôt des moments dans la journée. Les gens les consultent de plus en plus, même l’été ! »

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Quant à savoir ceux qui marchent le mieux, Willy Gardett estime que « Facebook, avant, était plutôt pour les geeks, mais son public est maintenant plus âgé. J’ai dû louper le bon moment, plaisante-t-il. Le public est plus âgé mais par contre, ce sont de plus gros lecteurs. Instagram, lui, est en croissance. »

Catherine Troller, quant à elle, reconnaît les bénéfices du digital mais semble tout de même dubitative sur leur effet, notamment à cette saison. « Cela marche quand même moins l’été ; par exemple, nous nous appuyons sur les blogueurs, qui sont un grand support pour nous. Mais on remarque que les effets du digital et des prescripteurs de manière générale sont moindres l’été : il y a moins de ventes. »

« Aujourd’hui, pour exister sur Facebook, il faut sponsoriser ses publications, reconnaît Willy Gardett, pour qui l’utilisation d’outils numériques n’est pas sans challenge non plus. Sur Instagram, par contre, il faut être plus innovant. »

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Grand format, poche ou numérique : le clash des formats

Sans surprise, l’étude prouve que l’été, les lecteurs achètent surtout des livres de poche, 20 % de plus que le reste de l’année, alors que le grand format chute considérablement. « Comme le reste du marché, l’été est beaucoup plus difficile, confie Catherine Troller. Les opérations poche « trois pour deux » ont vraiment changé la donne. On voit dans l’étude que le grand format n’est plébiscité que par 15 % des lecteurs : c’est assez meurtrier. Il y a une plus grosse consommation des livres de poche au détriment du grand format. »

« C’est tout à fait juste, répond Willy Gardett. Après, je pense que quand on voyage aujourd’hui, on se pose tous au moins une fois la question de prendre une tablette. Mais on voit bien que les grands lecteurs – et on en est très heureux – continuent d’avoir un attachement fort au papier. » Le numérique, lui, connaît effectivement une légère hausse de 3 %, puisque 15 % disent utiliser ce format l’été, contre 12 % le reste de l’année. « L’augmentation est assez faible finalement, commente Willy Gardett. Le poche détrône le grand format, mais on se rend compte que la tablette n’explose pas non plus. » Cette hausse est peut-être due aux offres proposées par les éditeurs, avance Catherine Troller de son côté : « On effectue de très grosses baisses de prix sur le numérique pour contrer le poche, justement. Mais l’impact est très faible sur le chiffre d’affaires, car ces baisses sont très fortes. »

Si les lecteurs font ces choix-là, c’est principalement pour des questions de prix (44 % pour le poche, 6 % pour le numérique) et de place (46 % pour le premier, 82 % pour l’autre). Ils évoquent aussi le poids, le format moins précieux qu’ils ont donc moins peur d’abîmer, ainsi que le confort de lecture.

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S’il fallait, au terme de cette étude, dresser le portrait du lecteur type de l’été, ce serait celui-ci : un jeune lecteur, qui lit au format poche des polars ou des romans feel good, friand de découverte mais plus attiré par les conseils de ses proches ou des autres lecteurs Babelio que par les médias traditionnels. On peut bien sûr nuancer ce portrait en rappelant que ce sont de multiples données de l’étude rassemblées dans un seul schéma, ou encore en évoquant l’indécision de certains lecteurs, qui ne décident qu’au dernier moment leurs lectures d’été ou qui se contentent de poursuivre dans la même lancée que le reste de l’année.

Nuances qui rendent la période parfois difficile à cerner par les maisons d’édition. « La durée des vacances d’été, note une éditrice présente dans le public, est de plus en plus réduite. Avant on partait trois à quatre semaines au milieu de l’année. Mais aujourd’hui, il y a une plus grande linéarité entre l’année et l’été. Faut-il donc réfléchir en termes de juillet-août, interroge-t-elle, ou en termes d’occasions qui peuvent surgir à tout moment ? » Comme l’ont montré nos invités ce soir-là, l’été a encore un sens dans chacune de leurs stratégies. Mais ses limites sont de plus en plus floues et sans cesse à réinterroger.

Il est grand temps de rallumer nos souvenirs avec Virginie Grimaldi

Le mercredi 15 mai, Babelio accueillait trente lecteurs à la Halle aux Oliviers, la grande salle de la Bellevilloise, à Paris. Dans un décor chaleureux et verdoyant qui n’était pas sans rappeler la place aux pruniers du dernier roman de Virginie Grimaldi, Quand nos souvenirs viendront danser, les éditions Fayard organisait avec nous une rencontre en compagnie de la romancière. Venue présenter ce nouveau livre, c’est un véritable moment d’émotions et d’amitié qu’elle a offert à ses lecteurs. Retour sur une soirée qui sera pour eux plus qu’un souvenir parmi d’autres.

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La mémoire et les lieux

La mémoire et les souvenirs, « c’est le thème que j’avais le plus envie d’aborder depuis que j’écris », commence par déclarer Virginie Grimaldi. Son roman, en effet, raconte l’histoire d’une bande de six octogénaires qui vont tout faire pour sauver l’impasse où ils ont vécu quasiment toute leur vie et où leurs souvenirs vivent aussi. « J’ai eu le déclic chez mes grands-parents, qui habitent aussi au 1 rue des Colibris d’une petite ville, où ils ont emménagé dans les années 50. Petit à petit, leurs voisins partent et pour eux aussi, qui vieillissent, la question commence à se poser. Ils ont emménagé tous ensemble et partent maintenant un par un. J’ai trouvé ça bouleversant ! »

« Lorsque nous avons emménagé impasse des Colibris, nous avions vingt ans, ça sentait la peinture fraîche et les projets, nous nous prêtions main-forte entre voisins en traversant les jardins non clôturés.

Soixante-trois ans plus tard, les haies ont poussé, nos souvenirs sont accrochés aux murs et nous ne nous adressons la parole qu’en cas de nécessité absolue. Nous ne sommes plus que six: Anatole, Joséphine, Marius, Rosalie, Gustave et moi, Marceline.

Quand le maire annonce qu’il va raser l’impasse – nos maisons, nos souvenirs, nos vies -, nous oublions le passé pour nous allier et nous battre . Tous les coups sont permis: nous n’avons plus rien à perdre, et c’est plus excitant qu’une sieste devant Motus. »

À travers le récit de leur combat et une plongée dans ses souvenirs, Marceline livre une magnifique histoire d’amour, les secrets de toute une famille et la force des liens qui tissent une amitié.

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Cette émotion de quitter un lieu où on a tant vécu, c’est un sentiment que l’auteure comprend déjà et il lui a donc suffi, pour écrire son roman, d’aller le chercher en elle. « Je viens par exemple de quitter la maison dans laquelle mon fils a vécu ses premiers jours. J’ai ressenti le besoin de dire au revoir à chaque pièce et de les remercier de nous avoir accueillis. Je suis aussi très attachée à la maison de mes grands-parents. » Elle ressent d’ailleurs la même chose pour certains objets. Ne se définissant pas tellement comme quelqu’un de matérialiste, Virginie Grimaldi explique pourtant : « j’ai du mal à me défaire d’objets quand ils sont attachés à des souvenirs. » Elle raconte par exemple que son fils lui rapporte parfois des cailloux, qui ne sont pas particulièrement beaux et qu’elle garde pourtant par tendresse. Et l’auteure d’ajouter en riant, à l’adresse de son fils, présent ce soir-là : « Mais ils sont très beaux ces cailloux, mon chéri ! »

« Ma grand-mère avait Alzheimer et elle perdait ses souvenirs, a-t-elle également confié, justifiant ce choix de thème très intime. C’est la chose la plus terrible qui soit. C’est précieux, les souvenirs. »

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Une écriture instinctive

Virginie Grimaldi est une auteure qui semble avant tout écrire avec ses émotions et sa spontanéité. Elle a demandé à sa grand-mère de témoigner de sa vie et de cette rue des Colibris, « mais j’avais déjà plein de souvenirs, parce que ma grand-mère écrit depuis toujours. » Certains, comme l’anecdote du poulailler, se sont ainsi retrouvés dans le roman ! « Non, il n’y a pas eu de travail particulier, à part plonger dans mes souvenirs. » Les émotions et les histoires qu’elle raconte, c’est donc au fond d’elle-même qu’elle a été les puiser…

Spontanée, Virginie Grimaldi l’est d’autant plus qu’elle fait partie de ces auteurs qui ne connaissent pas au préalable toute la structure de leur roman. « J’ai les grandes lignes. Je sais ce que je veux raconter. Mais pas les chemins par lesquels je vais passer.  Je me laisse surprendre, conclue-t-elle. Il m’est arrivé de faire un plan détaillé, mais je n’ai rien suivi ! » La seule différence de ce roman, c’est que le récit alterne entre l’histoire au présent de ces six octogénaires et leur passé. « Pour ne pas me perdre, j’ai écrit tous les souvenirs d’abord, puis leur présent. » Sans cette construction inédite chez elle, c’est de façon linéaire, comme d’ordinaire, qu’elle aurait déroulé son texte.

« Le premier à me relire, c’est mon mari. Il m’a même donné des idées ! Mais ma grand-mère relit tout également. Je ne pense pas que mes livres soient son genre de lecture, alors quand j’écris, j’ai vraiment envie de lui plaire, de la toucher. » Challenge réussi avec Quand nos souvenirs viendront danser car « celui-là, elle l’a aimé plus que les autres. Elle a été très émue. Elle a beaucoup pleuré. Ça lui a rappelé les lieux de ses souvenirs. »

Pour autant, elle n’a pas besoin de beaucoup de relecture après avoir écrit un roman. « J’ai l’impression que je vais à l’essentiel quand j’écris. Je décris beaucoup. On m’a déjà dit d’aller plus près de l’émotion, d’en dire plus, mais je n’aime pas dire ce que les lecteurs doivent ressentir. Il est dangereux de tomber dans la mièvrerie ou le pathos. »

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Marceline & cie : des personnages plein de vie

L’une des particularités du nouveau roman de Virginie Grimaldi, c’est son personnage principal, Marceline, qui a un franc-parler légendaire et une personnalité haute en couleurs. « Je voulais voir l’histoire à travers un seul personnage et j’avais vraiment envie d’avoir le regard de Marceline pour dévoiler les choses petit à petit. Elle me faisait rire, en fait. Dans un de mes précédents romans, il y avait une grand-mère comme elle et ça m’a plu. J’ai voulu la retrouver. »

Se mettre dans sa peau, malgré ses 80 ans, l’auteure ne semble pas avoir eu de mal à le faire. Au contraire. « C’était naturel. Je crois qu’à 80 ans, on n’est pas si différent que ça. On a les mêmes émotions qu’à mon âge » exprime-t-elle, visiblement aussi touchée par des personnages de son âge que par sa petite bande de personnes âgées,  Anatole, Joséphine, Marius, Rosalie, Gustave et Marceline. « Et je suis une éponge.  J’ai beaucoup d’empathie, ce qui me permet de me mettre dans la position de personnages très différents » comme le prouve par exemple son best-seller Il est grand temps de rallumer les étoiles, dans lequel elle campe trois héroïnes de trois générations différentes (12 ,17 et 37 ans).

Par ailleurs, les personnages semblent très incarnés pour elle. « Je les vois car ils existent en tant que tel. » Ils naissent d’ailleurs très tôt, en même temps que son histoire, si bien qu’elle n’a ni besoin de les chercher, ni besoin qu’ils changent en cours d’écriture. Comme s’ils vivaient depuis toujours en attendant de pouvoir apparaître dans ses romans. « Ils ne changent pas mais ils me surprennent, parfois. »  De plus, ils sont ici assez nombreux, et chacun a son rôle à jouer dans l’histoire. « Il y a une narratrice, mais j’ai besoin de beaucoup de personnages et qu’ils soient tous crédibles et importants. »

« Les personnages restent, avoue-t-elle en fin de rencontre. J’ai besoin d’avoir de leurs nouvelles. Il me faudrait une histoire où on les retrouve tous ! Quand je termine un roman, ils me manquent ; puis il y a une phase où j’ai les premiers retours de mes lecteurs et je me dis alors : ils sont bien chez eux. » 

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Réparer des vies

Virginie Grimaldi aborde des thèmes très importants pour elle et se dévoile beaucoup. « Le temps qui passe m’angoisse terriblement. Je ne me camoufle pas, dans ce livre, je me mets à nu. » Il lui arrive de se rêver en écrivant, de réinventer des choses. Par exemple, quand on lui demande si elle aimerait ressembler à certains de ses personnages, elle répond qu’elle voudrait « le sens de la répartie de Marceline. Son courage. » Mais elle avoue aussi : « il y a certains de leurs défauts que j’aimerais ne pas avoir. Oui, on se raconte une nouvelle vie dans ses propres romans. » Pour l’écriture de ce roman, elle a été, on l’a vu, puiser en elle des choses personnelles. Elle a aussi extrait de son histoire familiale certains points clés de l’histoire. « Je voulais aborder la thématique de la place de la femme dans la société. Ma grand-mère, pour elle, c’était tout à l’ancienne. Aujourd’hui, elle regrette un peu que ça ne soit pas passé autrement, même si elle a surtout beaucoup aimé la période où elle a élevé ses enfants. » Mais, affirme Virginie Grimaldi, « je répare un peu quelque chose avec ce roman ».

Par conséquent, Quand nos souvenirs viendront danser a été un roman difficile à écrire. « Je ris et je pleure en écrivant. J’essaye d’alléger les thèmes durs avec de l’humour ou de la légèreté ; je n’aime pas ajouter des violons car je suis comme ça au quotidien. Là, il y a eu de la souffrance. Je repoussais de l’écrire – je préférais même faire les vitres ! C’était douloureux. Mais après, qu’est-ce que ça fait du bien ! reconnaît-elle. Mes angoisses restent, ne s’effacent pas, mais cela aide un peu. Et quand mes histoires vont toucher quelque chose chez le lecteur, c’est magique. On se sent moins seul, cela allège ! »

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Une auteure sincère et chaleureuse

« Il y a une quinzaine d’année, raconte Virginie Grimaldi, j’avais envoyé un manuscrit de roman. À l’époque, j’écrivais de la chick-lit. Le livre s’appelait Moi, Lisa, maîtresse de Brad Pitt, rigole-t-elle, et a été refusé. Je ne me l’expliquais pas ! Après cela, je croyais même que je ne publierai jamais : je n’avais pas de talent, pas de contact, etc. Puis sur le blog que j’ai créé, on m’a conseillé d’écrire un roman. Je l’ai renvoyé à un éditeur. On m’a dit oui deux jours après. Je n’y croyais pas ! »

De simple lectrice à auteure de romans à succès, Virginie Grimaldi n’en a pour autant pas perdu de sa verve et de son humilité. « Déjà que ce soit édité, je me disais waouh, mais ensuite que d’autres personnes que ma mère l’achètent… ! » finit-elle avec simplicité.

À un moment de la soirée, une lectrice lui demande si elle se verrait écrire des livres pour la jeunesse. Sa réponse, incertaine, l’amène à nous dire : « déjà que j’ai mis du temps à me dire : je suis écrivaine » avant de conclure, riant de sa propre incertitude : « Je dis beaucoup « Je ne sais pas » ! »

C’est cette sincérité qui a rendu la soirée si chaleureuse et qui rend l’auteure si complice avec ses  lecteurs et lectrices. « J’ai de plus en plus de lecteurs, qui attendent mes romans, et j’ai peur de les décevoir. Je n’ai pas peur des critique ou des ventes, mais j’ai peur de les décevoir. »

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À en croire les soixante premières critique du roman, qui lui donnent une note moyenne supérieure à 4/5, les Babelionautes, eux, n’ont pas été déçus ! Ils attendent même déjà de pied ferme, mais amical, les prochains. Actuellement enceinte, Virginie Grimaldi ne prévoit pourtant pas de publier un livre bientôt. « Je suis quelqu’un de très angoissé et imaginer des histoires occupe mon esprit. J’ai donc déjà un début d’idée mais je me dis : ne t’emballe pas ! » En attendant, il va falloir se contenter de faire danser ses souvenirs de ses précédents romans.

Vincent Villeminot : quand révolution rime (peut-être) avec utopie

15 ans de carrière et déjà une cinquantaine de livres publiés, 1400 critiques sur Babelio dont une grande partie sont positives et enthousiastes, des romans denses et généreux qui plongent ses lecteurs dans des histoires immersives : le succès semble sourire de toutes ses dents à Vincent Villeminot, auteur de nombreux romans pour adolescents et jeunes adultes. Lors de sa rencontre avec des lecteurs de Babelio, qui avait lieu mi-avril dans nos locaux, il nous a pourtant bien montré qu’être écrivain, c’est aussi beaucoup de travail, de sueur, de temps, et le tout en équipe. Et comme les efforts paient, l’auteur a aujourd’hui acquis une certaine reconnaissance dans le milieu de l’édition. Venu au livre suite à une demande d’album pour enfants de la part d’un éditeur pour lequel il écrivait alors des guides de voyage, Vincent Villeminot n’a depuis jamais eu à envoyer de manuscrit par la poste pour être publié. Chacun de ses textes est né d’une rencontre. « C’est un luxe insolent » avoue-t-il honnêtement. Une rencontre, comme celle que Babelio proposait à ses lecteurs ce soir-là, et que l’on vous propose de revivre ici.

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2025 : une partie de la jeunesse décide de partir vivre en forêt, dans des villages autonomes. Leurs seules politiques : l’amitié et la liberté.

2061 : Dan, Montana et Judith vivent dans une cabane avec leurs parents. Ils chassent, pêchent et explorent les ruines alentours. Mais un jour, les enfants sont enlevés par d’inquiétants braconniers. Quand leurs parents décident de partir à leur recherche, c’est le passé, le présent et le futur de ce monde qui se racontent et s’affrontent.

Dystopie ou utopie : la littérature de demain pour parler d’aujourd’hui

Dans Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot met en scène de nombreux personnages à différentes époques, parmi lesquelles un futur assez proche qui succède à une révolution. Une utopie est-elle possible ? Voilà la question que pose l’auteur dans un roman qui semble plutôt relever de la dystopie, genre aussi appelé contre-utopie.

« La dystopie est un genre qui imagine un lieu, un temps où tout est poussé au pire pour réfléchir sur la réalité de notre époque, affirme Vincent Villeminot pour la définir. Mais moi, objecte-t-il, je ne pousse pas tout au pire. Je regarde les évolutions de notre époque et me demande où cela nous mènerait. » Moins extrême qu’une dystopie, peut-être plus subtil, en tout cas clairement interrogatif, l’auteur fait donc de Nous sommes l’étincelle un petit laboratoire politique dans lequel il dispose ses personnages et observe ce que le monde devient à leur contact. « On juge une révolution à ses fruits : mes personnages principaux, trois gamins, sont le fruit d’une révolution. Il m’intéressait de mettre en confrontation ceux qui ont fait ces choix et ceux qui en sont le fruit. »

Cela donne un roman dense, rempli de personnages, dans lequel il peut être difficile d’entrer, mais qui explore ainsi une révolution de ses prémices jusqu’à ses conséquences. « Je raconte cette histoire à l’endroit où l’utopie a le plus mal tourné. J’aime l’idée qu’il y a encore des choses à faire et qu’il faut les faire évoluer dans le temps » développe-t-il. « En littérature young adult, on a tendance à exalter la rébellion et à s’arrêter quand elle triomphe. Prenons le temps de la regarder vivre, se transformer, vieillir, s’abîmer. » Ni dystopie, ni véritable utopie, la société que décrit Nous sommes l’étincelle est finalement bien proche de notre monde : imparfaite et en constant mouvement.

« La question de l’utopie m’intéresse », énonce-t-il quand même, se plaçant clairement dans l’un des deux genres, et rejetant la dystopie, qui semble trop tranchée pour lui. « L’action commence avec le manifeste de Thomas – une référence directe à Thomas More ! – que des gens prennent au sérieux et suivent, enclenchant ainsi une utopie. » Mais même s’il imagine un monde nouveau et futuriste, la réalité n’est jamais bien loin. « Avec un roman, j’essaye d’ouvrir toutes les fenêtres possibles. Je décris parfois presque laborieusement les événements. Pour chacun, je m’appuie sur un élément de réel. » Ce n’est donc en rien étonnant de voir que son roman évoque étrangement les manifestations des Gilets Jaunes, pourtant postérieures à l’écriture du roman, ni d’apprendre que ses hooligans sont inspirés de ceux du Printemps Arabe. « Je me dis : prenons cet élément de réel et poussons les choses. À condition que les personnages ne soient pas des caricatures et que mon roman ne devienne pas un roman à thèse », c’est-à-dire porteur d’un message (ici politique) véhiculé sans subtilité.

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Des questions sans réponses : le rôle de la littérature

Pour Vincent Villeminot, en effet, les livres sont le produit de leur auteur : « J’essaye de ne pas avoir de message. J’essaye d’avoir une situation et de la pousser à fond. Mais c’est évidemment tributaire de mes réflexions, de mes opinions politiques, de mes lectures, bien sûr. On est le produit de son histoire. » Même s’il reste conscient de cet aspect-là de la création, il affirme ne pas vouloir donner de réponses à ces questions.

« La littérature, c’est le moment où il se passe quelque chose entre un auteur et son lecteur par le truchement d’un livre. Mais je ne sais pas ce que vont en faire mes lecteurs. Dans Réseaux, je mettais en scène des personnages anarchistes, je me suis donc retrouvé cité sur quelques groupes Facebook très politisés. Ça ne me met pas à l’aise. Mais ils ont le droit. En tant qu’auteur, je ne dois pas chercher à maîtriser cela. » Ainsi, une fois le livre entre les mains de ses lecteurs, c’est à eux de donner réponse aux interrogations que l’ouvrage soulève. Pour Vincent Villeminot, la réalité prime sur le reste. Le rôle de l’écrivain, c’est de lui être fidèle et de laisser le lecteur combler les blancs. « Je suis non-violent. Mais il y a de la violence dans mes livres et les non-violents perdent souvent. Je ne dois pas travestir la réalité pour que ça se passe bien. […] Je suis anarchiste. Mais j’espère que mes livres ne sont pas des bréviaires anarchistes. » La démonstration est faite.

Répondant à une lectrice l’interrogeant sur le « frugalisme », l’écrivain poursuit sur sa lancée et rappelle combien les réflexions de l’auteur et son époque sont le terreau de son histoire. « Quand on publie un texte comme celui-là aujourd’hui, il est évidemment nourri par des réflexions que je me fais. […] Je m’inspire de ma vision du monde. Je recherche une certaine sobriété. Je cherche à apprendre le nom des arbres. » Un livre qui ne délivrerait ni les idées ni un message de l’auteur, est-ce donc un idéal ?

L’essentiel, selon lui, semble donc la remise en question. « Doutons même du doute » écrivait Anatole France, auteur et critique littéraire. Ainsi, à propos de son travail avec son éditeur : « nous nous sommes notamment demandé dans quel ordre raconter l’histoire, raconte Vincent Villeminot. Devais-je la raconter chronologiquement ? Ou à rebours ? On a choisi cette deuxième solution, qui permet de poser la question de cette utopie : est-ce qu’on s’est trompés ? » Si même les personnages s’interrogent, les chances sont grandes pour que le lecteur les écoute, et se mette à interroger le monde qui l’entoure à son tour.

« Les bons livres résistent au temps et aux intentions de l’auteur » conclut Vincent Villeminot. Rendez-vous dans quelques années pour savoir si le pari est réussi ?

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Le texte : un travail d’équipe

Du temps. C’est justement ce qu’il a fallu à l’auteur pour écrire son roman. Beaucoup de temps et de travail. Au cours de la soirée, Vincent Villeminot nous a littéralement plongés dans son travail d’écriture et permis d’entrevoir, de loin, l’atelier dans lequel naissent ses histoires.

« Écrire ce roman, c’était un engagement physique dont je me remets doucement. 18 mois à temps plein, sans vacances, 8 à 12h par jour », énumère-t-il avant de répondre, quand on lui demande une suite : « Laissez-moi me reposer ! »

« Au début, j’avais commencé deux romans. Le premier était un polar dans un campus universitaire. Le second mettait en scène des hooligans. Et puis mon éditeur, Xavier d’Almeida, m’a envoyé un article de géographie qui décrivait les paysages et la Terre si le monde entier devenait vegan. Et m’est apparu le lieu où pouvaient se croiser différentes histoires. Je me suis alors dit qu’avec ces deux romans, il en manquait un troisième. » Cela donne un roman de 500 pages, dont la densité a dérouté plus d’un lecteur. Rien de surprenant, non plus, de voir qu’il est réticent à l’idée d’écrire une suite. « Ce serait possible de raconter d’autres choses, répond-il tout de même. Mais plutôt ce qui se passe dans les campus entre 2042 et 2059. Ou la vie d’un village où ça s’est bien passé. Il faudrait raconter quelque chose dans ce contexte. » Raconter l’avant-révolution ? C’est l’histoire de notre monde telle qu’on la connaît. Et raconter l’après-roman ? « Certains personnages me sont très précieux. Mais là où je les ai laissés, je ne peux pas les reprendre. Et puis, 500 pages, c’est déjà beaucoup. Il faudrait retrouver de l’énergie. Il faudrait que ça ait un sens. Mais ce que j’ai écrit là est figé pour eux. »

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Les personnages, par ailleurs, sont souvent au cœur de son travail. Des recherches, Vincent Villeminot en a fait. Sur Thomas More, sur le survivalisme. « Mon ignorance [sur ce genre de sujet] me sert car mes personnages sont des ignorants ! » Ce sont ces recherches, mais aussi tout ce qu’il a emmagasiné jusqu’à aujourd’hui, qui construisent un livre. « Cela nourrit mon texte. Pour que le réel rentre. Pour que le roman cogne la réalité. Mais le plus gros du travail c’est de développer les personnages » insiste-t-il.

Ce travail, cependant, Vincent Villeminot ne l’a pas accompli seul. Tout au long de la rencontre, il a souvent évoqué son éditeur, Xavier d’Almeida, présent dans la salle ce soir-là. « Ça a été 18 mois d’écriture, de travail à temps plein, mais avec un éditeur avec qui je pouvais dialoguer. Il a lu 8 versions du roman ! Je parle beaucoup de Xavier car un roman comme celui-ci se construit aussi par les couches qu’on enlève. Aux États-Unis, un bouquin sur deux a 20 % de pages en trop. Ce sont les agents qui s’en occupent, donc il y a une absence de travail éditorial. De mon côté, après tout le travail accompli et en dépit de sa taille, j’espère que c’est “à l’os”. »

Paradoxalement, alors même qu’il y a de ce côté de l’Atlantique une grande tradition de l’éditeur qui accompagne son auteur, « c’est un snobisme très français d’oublier l’éditeur. Tout travail artistique ne doit surtout pas sentir la sueur. Pourtant, confirme Vincent Villeminot, beaucoup de gens travaillent comme moi, en lien permanent avec leur éditeur. C’est aussi pour être rassuré ! Pour avoir quelqu’un qui nous dit : je crois que tu es sur les bons rails. Sinon on crève de trouille et on choisit la solution la plus conformiste. Je préfère avoir quelqu’un qui m’accompagne plutôt que de faire un roman qui ait déjà été écrit. »

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Littérature young adult : entre expériences et prises de risque

Ce roman, publié chez PKJ et vendu en librairie au rayon jeunesse, catégorie young adult, a pourtant beaucoup plu aux lecteurs présents ce soir-là, pour la quasi-totalité des adultes. Ils ont d’ailleurs noté que sans cette rencontre, ils ne se seraient peut-être jamais tournés vers ce roman, car il n’est pas vendu en littérature contemporaine, mais du côté des adolescents. « C’est un risque qu’on prend, confirme Vincent Villeminot. Mais je ne suis pas sûr qu’il existe aujourd’hui une place dans la littérature française pour des romans comme celui-ci. Sinon en littérature de genre. »

Au-delà d’un risque, c’est un choix conscient de la part de l’auteur. Un choix pour parler aux jeunes et, à travers eux, parler à tous. « Je publie pour jeunes adultes, ce ne sont pas des adolescents. Dans ma tête, ils ont entre 18 et 20 ans. Je pense toujours à un lecteur quand j’écris. Là, j’ai pensé à mes enfants, qui sont aussi mes premiers lecteurs. Et c’est important d’écrire pour ces jeunes. Il y a un vrai mépris pour les adolescents et donc pour leurs lectures. Mais je peux vous affirmer que certains ados, en rencontre, ont transformé mon travail. Et aujourd’hui j’ai une conviction profonde : si on écrit pour eux avec sérieux, les adultes aussi y trouveront leur compte. »

« Quand j’étais journaliste, je me souviens avoir écrit deux romans très narcissiques car j’oubliais les personnages. Ils parlaient de mes états d’âme. [NDLR : ces romans n’ont jamais été publiés]. Publier en jeunesse me force à m’oublier, c’est ce qui fait de moi un romancier. » Rappelant sa profonde envie de ne pas écrire sur lui, mais sur le monde qui l’entoure, il explique ainsi que les personnages, dont il fait le centre de son travail, l’aident à atteindre ce but. Pourtant, dans Nous sommes l’étincelle, certains de ses personnages les plus importants sont bel et bien des adultes. « C’est quelque chose de nouveau en littérature jeunesse : je peux avoir un personnage plus âgé. »

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Les prises de risque en littérature young adult, au-delà du genre et des questionnements politiques, apparaissent enfin dans la forme. Un lecteur dans la salle note une certaine musicalité de son style. Et l’auteur de répondre : « De plus en plus, je cherche une forme évocatrice. Pour mon nouveau roman, par exemple, je suis bloqué depuis quelques jours. Avant de venir à la rencontre, j’ai écrit à la main, sur du papier, à un café. Naturellement, c’est venu en vers. Tout à coup, j’ai écrit 12 pages. J’ai publié un bouquin en littérature générale, cette année, avec, parfois, des alexandrins. Cela me semblait naturel. On retrouve en eux une évidence de la langue. » C’est la même chose avec Nous sommes l’étincelle. « Si les retours à la ligne peuvent imprimer un rythme chez le lecteur, tant mieux. »

« Aujourd’hui, il y  a des éditeurs qui ont le courage de se lancer dans un très gros travail avec un auteur » rappelle Vincent Villeminot sur son travail avec Xavier d’Almeida. Celui-ci a même eu l’occasion de prolonger ses propos : « Je ne travaille pas toujours comme ça, mais là, c’était exaltant, fatigant, enthousiasmant. Il y a eu des désaccords. Mais en tant qu’éditeur, il faut savoir se mettre en retrait pour permettre à l’auteur d’écrire son roman et l’accompagner. » Il poursuit, parlant du travail de son auteur : « ce roman nous bouscule. C’est une vraie richesse. Et c’est un risque à prendre de le publier, car sinon, le livre va mourir. L’audiovisuel va nous tuer. La littérature jeunesse nous permet de prendre ces risques de genre, d’écriture… Il faut y croire. »

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« Ce n’est pas une lecture qui se donne facilement » avoue finalement Vincent Villeminot, conscient que son texte a laissé et laissera des lecteurs sur la touche. « Ce n’est pas volontaire et hautain, c’est le produit de choix que je ne regrette pas mais qui ont des inconvénients. » Car un travail d’écriture, c’est des choix, des chemins empruntés, des histoires racontées, et elles peuvent bousculer. « Mais est-ce qu’on ne cherche pas toujours à être déstabilisés en tant que lecteur ? » se demandera Xavier d’Almeida peu avant de conclure.

Des lecteurs déstabilisés, il y en avait, ce soir-là, chez Babelio. Mais tous semblaient conquis par leur échange avec l’auteur et sont ressortis des interrogations plein la tête. Il planait dans l’air une ambiance particulière : Vincent Villeminot parlait pour la première fois de ce roman devant ses lecteurs. Comparant son travail de romancier à celui d’un dramaturge, il affirmait pendant la rencontre qu’une « pièce de théâtre est un petit laboratoire », qui a un rôle bien plus théorique et politique que le roman. Pourtant, ce soir-là, la salle fumait comme un laboratoire social et littéraire.

Et pour ceux qui auraient encore des poignées de questions, il vous reste à regarder la vidéo de Vincent Villeminot, dans laquelle il présente son roman à travers cinq mots :

Un air d’Italie avec Serena Giuliano

Le lundi 25 mars dernier, un vent d’Italie soufflait dans les locaux de Babelio. Serena Giuliano, blogueuse passionnée, que vous connaissez peut-être sous le nom de « Wonder Mum », venait présenter son premier roman, Ciao Bella, à trente lecteurs de Babelio. Sélectionnés ce soir-là pour découvrir la première fiction inventée par la jeune écrivaine, ils ont pu lui poser toutes les questions qu’ils souhaitaient sur le livre, sa façon d’écrire, le lien entre celle-ci et son travail de blogueuse mais aussi sur sa vie de maman.

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« J’ai peur du chiffre quatre. C’est une superstition très répandue en Asie. Le rêve ! Enfin des gens qui me comprennent ! Je devrais peut-être déménager…

– Vous avez beaucoup d’autres phobies ?

– Vous avez combien d’années devant vous ? »

Anna a peur – de la foule, du bruit, de rouler sur l’autoroute, ou encore des pommes de terre qui ont germé… Et elle est enceinte de son deuxième enfant. Pour affronter cette nouvelle grossesse, elle décide d’aller voir une psy.

Au fil des séances, Anna livre avec beaucoup d’humour des morceaux de vie. L’occasion aussi, pour elle, de replonger dans le pays de son enfance, l’Italie, auquel elle a été arrachée petite ainsi qu’à sa nonna chérie. C’est toute son histoire familiale qui se réécrit alors sous nos yeux…

À quel point l’enfance détermine-t-elle une vie d’adulte ? Peut-on pardonner l’impardonnable ? Comment dépasser ses peurs pour avancer vers un avenir meilleur ?

Attention, la lecture de Ciao Bella pourrait avoir des conséquences irréversibles : parler avec les mains, écouter avec le cœur, rire de tout (et surtout de soi), ou devenir accro aux pasta al dente.

Quand l’écriture est intuitive

L’écriture, Serena Giuliano y était habituée depuis longtemps, son blog Wonder Mum existant depuis maintenant 6 ans. Pourtant, l’idée d’écrire un roman est bien plus récente, elle croyait même ne pas en avoir les capacités jusqu’à ce qu’elle saute le pas. « J’étais habituée jusque là à écrire des textes courts donc je ne croyais pas être capable d’écrire quelque chose de plus ambitieux. Et au bout du troisième Wonder Mum [NDLR : des recueils d’anecdotes et de chroniques sur sa vie de maman], j’ai eu envie d’autre chose mais je n’avais pas la confiance en moi pour le faire. » Comment a-t-elle trouvé le courage de se lancer ? Grâce à cette même ressource dont elle nous a parlée tout au long de la rencontre et dans son roman : l’amitié. « Mes amies ont été un vrai moteur pour ce roman » affirme-t-elle, avant d’ajouter, un peu plus tard : « Les femmes qui m’entourent sont vraiment importantes pour moi. Sans elles, je n’aurais pas le courage de faire tout ça. C’est important d’être entourée de gens bienveillants et sincères. »

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Finalement, avec des chapitres courts, écrits sous la forme d’un journal intime entrecoupé de dialogues entre le personnage principal et sa psychologue, Serena Giuliano revient à une forme assez ramassée, qui n’est pas sans évoquer son format de prédilection : le blog. Concernant la forme du journal, « j’ai mis longtemps à y venir, raconte-t-elle. Je voulais raconter cette histoire, mais je ne savais pas comment et j’ai finalement trouvé l’idée du journal intime. Après, j’ai eu l’idée des dialogues avec la psychologue, grâce auxquels je pouvais m’amuser. » Ces morceaux de texte courts et spontanés confèrent au roman un rythme entraînant, qui se retrouve notamment dans ce jeu de dialogues : « J’adore ça. Ce sont presque mes passages préférés. J’ai pris du plaisir à les écrire. »

Des journaux, comme beaucoup, elle en a souvent écrits. « J’ai toujours aimé écrire. Mais, insiste-t-elle, je ne pensais pas pouvoir écrire un roman. » Si ses journaux n’ont pas directement inspiré son histoire, il lui est quand même arrivé d’y intégrer des textes qu’elle avait écrits ici et là : « j’ai parfois repris des textes écrits sur mon téléphone. » C’est pourquoi elle a choisi la première personne du singulier. « Le « je » était ce qu’il y a de plus facile pour exprimer les sentiments des autres. Cela me vient aussi du blog. »

Une spontanéité d’écriture qui explique le naturel de sa langue, qui a plu aux lecteurs. « Le style d’écriture frais et moderne donne l’impression qu’Anna est une copine qui se confie, et on se sent aussi écouté » écrit girardmaxime sur Babelio. Le roman a d’ailleurs été écrit très rapidement. « J’ai mis deux ans à le penser, a confié Serena Giuliano lors de la soirée. Puis je l’ai écrit très vite. […] Au moment des corrections, nous avons juste supprimé un chapitre. »  Difficile de croire, en apprenant cela, qu’elle avait si peur d’écrire un roman, alors qu’elle a un style jugé « alerte, spontané, plein d’entrain » (letitbe).

Voilà donc quelqu’un chez qui les mots semblent être une intuition. « Je n’ai pas de modèle en termes d’écriture, répond-elle d’ailleurs quand on lui demande des inspirations. Je lis de tout. Je n’ai pas de style très précis. J’ai peur de copier, donc j’essayais de ne pas lire d’autres choses en écrivant. » Et Serena Giuliano de conclure, authentique : « J’ai fait ce que je sais faire. »

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Quand l’inspiration est autobiographique

Si la lecture n’est pas son inspiration première, il est certain que sa propre vie et son entourage viennent nourrir son écriture. « Au fur et à mesure que l’histoire progresse, on essaie de distinguer ce qui relève du vrai et ce qui est purement fictif. La part de réalité intégrée à l’histoire la rend encore plus touchante et authentique » écrit MissCroqBook à propos du livre. « La partie autobiographique du roman n’était pas particulièrement un jeu pour moi, répond Serena Giuliano. C’est venu naturellement dans le roman. La personnalité d’Anna est assez proche de la mienne. Mais elle n’est pas moi. Ses amis, ses changements professionnels, son passé me ressemblent. Mais tout n’est pas moi. » L’histoire d’Anna fait pourtant écho à celle de l’auteur. « Ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux me verront, me reconnaîtront. »

On la retrouve par ailleurs dans les thèmes qu’elle a choisis d’aborder. La violence conjugale, l’emprise du jeu, le pardon, le racisme, la maternité, la famille, les phobies… sont autant de thèmes douloureux ou intimes qui sont présents dans l’histoire. « Je n’avais pas forcément prévu d’en parler. J’avais envie de parler de chose qui me touchent. Ces thèmes sont venus au cours de l’écriture. » Le choix des dialogues avec la psychologue n’est lui non plus pas anodin. C’est quelque chose que l’auteur a elle-même vécu quand, en détresse, elle avait besoin d’une oreille professionnelle à qui se confier. Aborder cette thérapie dans son roman lui semblait même important pour participer à briser un tabou qui a la peau dure : « c’est difficile de dire qu’on a besoin d’aide, qu’on ne va pas bien. Moi, je le cachais alors qu’il faut en parler. Ça peut vraiment changer la vie. »

Parmi tous ces thèmes, il y en a un prépondérant, c’est l’amitié. Comme nous l’écrivions plus haut, les femmes qui entourent Serena Giuliano sont essentielles pour elle, et sont même son énergie première. Ces « amies indéfectibles » (perette85) présentes dans le roman proviennent sans aucun doute de celles qui entourent l’auteur. « Si je devais choisir entre l’amour et l’amitié… ! » rigole-t-elle avec le public. Ses amis et sa famille, d’ailleurs, on lu le roman et l’ont aimé. « Mais je ne sais pas s’ils étaient sincères ! »

Son écriture, en définitive, semble être à tel point intime qu’elle en devient cathartique. « J’ai un seul regret, confie-t-elle, c’est que je n’ai jamais décrit Anna. Quand on écrit, c’est génial de pouvoir faire ce qu’on veut. Par exemple, le lien entre Anna et sa grand-mère peut continuer d’exister, contrairement à moi. »

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« Ensemble, les femmes peuvent faire de grandes choses »

Largement abordé dans son roman, le thème de la maternité a beaucoup fait parler de lui lors de cette rencontre. Une lectrice présente ce soir-là, pédiatre de profession, a notamment remercié l’auteur pour son histoire qui déculpabilise. « C’est une grande angoisse d’avoir un second enfant, et votre roman délivre une vérité bouleversante et importante pour les mères. […] Et c’est rarement dit dans les livres. » Serena Giuliano, très émue, a répondu que c’est « génial de pouvoir apporter ça aux mères : un peu de soulagement. La société se charge assez souvent de nous mettre la pression. » C’était un sujet très douloureux pour elle, presque viscéral, et cathartique, encore une fois. « On n’a pas toutes cette fibre maternelle, ou pas tout de suite. On est nombreuses dans ce cas. J’avais envie de déculpabiliser ces femmes. De casser ce mythe de la mère parfaite et aimante. Pour moi c’était vraiment libérateur d’en parler, j’en ressors plus légère. » Et la lectrice de conclure : « Il n’y a pas de mauvaise mère et on n’est pas mère automatiquement. »

C’est d’ailleurs un sujet fondateur dans le parcours de Serena Giuliano. En effet, quand elle a commencé à parler sur les réseaux sociaux de son angoisse de devenir mère une deuxième fois, elle a reçu un soutien immense venu de nombreuses femmes. « Elles m’ont dit merci de mettre des mots là-dessus. On a besoin de soutien. Je pensais bien que je n’étais pas seule. Au début ça n’a pas été très facile, on me prenait pour un monstre. Mais cette communauté et ce soutien ont grandi très rapidement.»

Au-delà de ses amies, ce sont donc toutes ses femmes, ses lectrices et ses abonnées sur les réseaux sociaux, qui portent Serena Giuliano. Elle écrit pour elle, et son travail est souvent salvateur pour certaines. Mais « elles me le rendent tellement, déclare l’auteur, visiblement touchée. Nous avons des échanges très drôles. Et il y a une communauté qui s’est créée entre elles. Ensemble, les femmes peuvent faire de grandes choses. J’ai de la chance d’avoir une communauté très bienveillante, très intelligente, très drôle. »

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Ciao Serena !

Enfin, c’est de l’Italie, que l’auteur a largement parlé avec ses lecteurs pendant la rencontre. Originaire de ce pays, qui lui manque beaucoup, elle a fait de son histoire celle de son personnage, Anna. Toutes deux arrachées à leur terre natale alors qu’elles étaient petites, elles ont grandi en France avec l’Italie dans le cœur. Et pourtant, aujourd’hui, c’est en français que Serena Giuliano publie. « Au début, le français, c’était de la science-fiction pour moi ! Les chansons m’ont finalement donné envie de le comprendre et maintenant je suis plus à l’aise à l’écrit en français et à l’oral en italien ! » Il n’y a même « pas eu d’hésitation sur la langue choisie pour écrire. C’est très difficile de jouer avec ses deux langues. Mais c’était évident pour l’écriture. Je ne pouvais pas écrire en italien. »

Même si elle a choisi la langue de Molière pour raconter l’histoire d’Anna, elle a dû aller en Italie pour l’écrire. « J’avais besoin d’être dans l’ambiance, la culture » raconte-t-elle, avant de poursuivre sur son rapport à son pays natal : « Je me sens profondément italienne. Dès que je peux, j’y retourne. J’aimerais un jour vivre entre les deux pays. Mais je sais la chance que j’ai d’être en France et d’avoir deux nationalités. »

Ce qui lui manque le plus ? Les Italiens, sûrement. « La chaleur des gens qui y vivent. Dire bonjour à tout le monde dans la rue. Se tutoyer naturellement… » C’est sans doute pourquoi elle leur a dérobé l’expression « Ciao, bella ! » pour le titre de son roman. « C’est une expression qu’on peut dire à tout le monde en Italie. C’est plein de douceur, de bienveillance. Cela résume bien ce qu’on trouve à l’intérieur de mon roman. »

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De la douceur et de la bienveillance, la chaleur de l’Italie, des thèmes intimes et des doutes, voilà ce que vous trouverez à l’intérieur du roman de Serena Giuliano. Mais ne lui demandez pas de quoi sera fait le prochain. D’abord parce que cela révèlerait en elle une angoisse, la même que celle qui se réveille quand on demande à une jeune mère : « Alors, le deuxième ? » Ensuite parce que même si elle a « un début d’idée », ce ne sera pas une suite de Ciao Bella « J’avais envie de créer le personnage d’Anna. Mais c’est comme une petite sœur qu’on laisse partir. Ça a été très difficile de la lâcher, mais pour elle et moi, ça s’arrête là. »

Autant en emporte le roman avec Laurence Peyrin

Vendredi 8 mars avait lieu la Journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, nous recevions dans les locaux de Babelio Laurence Peyrin, dont les romans sont toujours menés tambour battant par des femmes, des héroïnes qui ne sont pas toujours fortes, mais qui semblent au moins maîtriser leur destin. « Je ne pourrais pas écrire un roman sur un personnage qui ne se rend pas compte qu’il a la maîtrise de sa propre vie » affirmait-elle il y a quelques mois, quand elle venait pour la première fois chez Babelio rencontrer ses lecteurs. Ce soir-là, dans une ambiance chaleureuse où fusaient les questions et rires des lecteurs, elle nous a parlé de la place qu’occupent les femmes dans son œuvre.

La conversation s’est principalement articulée autour de deux romans. L’Aile des vierges, d’abord, son précédent livre, qui vient de paraître au format poche chez Pocket, dans lequel elle raconte une histoire d’amour féministe, le tout sur un fond historique qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de Downton Abbey. Publié il y a près d’un an, il a fait l’objet d’une première rencontre chez Babelio et reçu de très nombreuses notes positives sur le site. Ma Chérie, son dernier ouvrage, qui vient de paraître aux éditions Calmann-Lévy, prend place en Floride, à une toute autre époque : celle de la Ségrégation, en plein cœur des années 1960.

9782702164327.jpgNée dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami. Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ». Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient avec elle hier encore. Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte. Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963… Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie…

Peyrin_aile_vierges.jpgAngleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe. Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

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Les héroïnes

Quand elle commence un roman, c’est souvent sous l’impulsion d’un personnage. « Dans L’Aile des vierges, j’avais envie de parler de ce personnage, Maggie. Mais cela dépend. Tout comme mes romans sont différents les uns des autres, les héroïnes le sont. Dans Ma Chérie, par exemple, c’est plutôt le sujet qui m’a amené au personnage : il me fallait une femme qui soit candide, c’est devenu Gloria. »

Le changement, par contre, est un thème qui réunit toutes ses héroïnes. « Il n’y a pas de roman sans changement, sans parcours. D’où qu’on vienne, quelle qu’on soit, il suffit peut-être de forcer le destin pour qu’il nous arrive des choses extraordinaires aussi » affirme-t-elle. Elle en parlait déjà la dernière fois qu’on l’avait reçue et évoque aussi ce sujet dans la vidéo que nous avons tournée avec elle le 8 mars.

Dans cette même vidéo, elle déclare d’ailleurs que « [ses] héroïnes se construisent toujours avec une rencontre déterminante dans leur vie ». Dans L’Aile des vierges, paru en 2018, c’est la rencontre de Maggie avec John Lyon-Thorpe, le maître de la maison dans laquelle elle travaille, qui va bouleverser sa vie, jusqu’à la faire traverser l’Atlantique direction New York… Dans Ma Chérie, son nouveau roman, le personnage suit une trajectoire un peu différente. « Gloria, à l’inverse de Maggie, va tout perdre. Je voulais me poser cette question : quand tout s’effondre, qu’est-ce qu’il reste ? » Ce personnage assez naïf, qui semble ne pas tenir le premier rôle de sa propre vie, a une histoire paisible voire soumise avec un homme. « Son amant, commente Laurence Peyrin, pour des raisons y ou y – enfin surtout des raisons x ! – ne veut pas la faire voyager avec lui quand il part pour le travail », jusqu’à ce que, dans un bus, elle prenne une décision qui va changer toute sa vie. Alors que Maggie, dans L’Aile des vierges, s’adoucit un peu au contact de John, Gloria, elle, semble complètement se réveiller. « Elle va découvrir la curiosité, l’appétence pour l’inconnu ! C’est une découverte d’elle-même. » C’est un personnage qui se laisse guider, à qui « on montre le chemin », mais qui va quand même, de « Ma Chérie », devenir, enfin, Gloria, celle qu’elle est vraiment.

Trajectoires et destins, femme moderne ou belle indolente, changements et traversées, Laurence Peyrin, assurément, sait écrire et raconter les femmes. « Je voudrais écrire un livre avec le point de vue d’un homme, avoue-t-elle, mais je parle de ce que je connais le mieux. »

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L’amie et l’amoureuse

Si Laurence Peyrin écrit si bien les femmes et parle avec tant de générosité de ses personnages, c’est sûrement parce qu’elle y met beaucoup d’émotion. Semblant puiser dans le monde qui l’entoure, à commencer par ses rapports avec les autres, et dans ses propres sentiments, elle offre des livres sensibles dont elle parle avec passion.

« Quand j’ai terminé L’Aile des vierges, j’étais malade, d’une tristesse insondable. Comme un baby blues. Pour rebondir, il me fallait écrire quelque chose de totalement différent, pour faire le deuil de Maggie. » Pourtant, reconnaît-elle, ce n’est pas forcément pour son personnage, que la séparation avec ce roman était si dure, mais aussi pour son histoire… et « certainement [l’]amant [de Maggie] ! » Si elle en rit généreusement ce soir-là, elle n’en dévoile pas moins les sentiments qui l’habitent, derrière son travail d’écriture : « écrire une passion amoureuse fait appel à quelque chose de profond, d’intime chez l’auteur. »

Créer un personnage n’est pas toujours facile. Son nouveau livre, Ma Chérie, en est la preuve. « Au début je n’aimais pas trop Gloria. Pendant trois semaines, j’ai écrit le livre sans vraiment la supporter. » Ce livre, dont l’histoire, nous a-t-elle déjà confié, est venue en premier, a donc commencé par mettre en scène un personnage que l’écrivaine elle-même jugeait antipathique ! « Mais on a fini par se rencontrer. » Un peu plus tard, une lectrice lui demande si ce n’est pas plus intéressant, finalement, d’écrire sur un personnage qu’on n’apprécie guère. « Je ne sais pas, avoue-t-elle. Dans Ma Chérie, le personnage de l’amant ne me plaît pas. Il est ridicule, pathétique et je passe très vite sur lui car il n’est pas intéressant. Je n’ai donc pas vraiment envie d’écrire sur quelqu’un que je n’aimerais pas. » Pourtant, force est de reconnaître qu’on ne peut pas toujours voir les choses de manière manichéenne. Au même titre qu’on peut adorer un méchant ou qu’un héros peut nous décevoir, un auteur peut construire ses personnages sur différents niveaux. « Mes personnages ont toujours une faille, une excuse, confirme-t-elle. On n’est pas faits d’un bloc. C’est intéressant d’aller trouver quelqu’un et de chercher pourquoi il n’est pas totalement mauvais. »

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L’historienne

Si les personnages sont le moteur de ses écrits, ils sont aussi l’un de ses principaux centres d’intérêt dans l’Histoire. Ses romans ont une dimension historique important parce que ça l’intéresse, en tant qu’auteur, d’aller chercher dans le passé des figures féminines et d’étudier leurs trajectoires. « Les femmes sont leurs propres obstacles dans vos romans » lui déclare Pierre, qui anime l’échange. Et Laurence Peyrin de compléter : « Les femmes. Et la société. » C’est pourquoi elle aime fouiller le passé à la recherche de ces destins de femmes. « A quelles adversités elles avaient à faire, dans la société ? C’est ça qui m’intéresse. »

C’est aussi une anecdote historique, cette fois-ci, plutôt dans l’histoire de l’art, qui inspire l’une de ses prochaines histoires. Une lectrice, avide d’en savoir plus, la questionne sur ses prochains textes et finit par lui soutirer ? quelques informations. « Ce ne sera pas la même ville, ni la même époque. Je peux vous dire un mot : égérie » raconte-t-elle, avant de poursuivre : « ce qui m’a donné envie, c’est d’écouter des chansons qui portent des noms de femmes. »

Écrivant des romans historiques, elle doit faire preuve d’une certaine rigueur et nourrit donc son texte de beaucoup de documentation. « J’ai été journaliste car je voulais écrire. Mais je me suis trompée de métier. J’observe beaucoup, mais n’ai pas la témérité des journalistes qui s’approchent au plus près de l’action ou réalisent des interviews. Mais j’étais persuadée que je n’avais pas assez d’imagination pour devenir romancière. Maintenant que je le suis, je vérifie tout ce que j’écris : voilà ce que je garde du journalisme. Je me demande d’ailleurs comment faisaient les écrivains il y a vingt ans ! Sans Internet, cela devait être bien plus compliqué. »

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La cinéphile

Ce n’est sans doute pas un hasard si, dans la première vidéo que l’on tournait avec Laurence Peyrin, il y a quelques mois, l’un des cinq mots qu’elle avait choisis était « cinéma ». Grande cinéphile dans l’âme, en plus d’être, comme nous tous ce soir-là, une grande lectrice, elle puise dans le 7e art du matériau pour ses propres histoires. Rien de bien étonnant, quand on sait qu’elle a été pendant des années, journaliste et notamment critique de cinéma. « Je tire plutôt mes personnages de la fiction, moins du réel. » Pour L’Aile des vierges, par exemple, elle a été puiser dans le personnage de Scarlett O’Hara, héroïne du roman de Margaret Mitchelle Autant en emporte le vent, porté à de maintes reprises à l’écran, ou encore dans le personnage de Karen Blixen, femme de lettres danoise qui a été interprétée par Meryl Streep dans Out of Africa.

Elle confie d’ailleurs, suite à la question d’une lectrice lui demandant si elle souhaiterait voir ses livres au cinéma, qu’une adaptation est son « rêve absolu ». Au même titre que ses lecteurs, elle dit « voir le film se dérouler devant [s]es yeux » en même temps qu’elle écrit une histoire. « Je vois très bien L’Aile des vierges adapté en série sur Netflix, et Ma chérie en film ! » Malheureusement, ce sont des choses qui prennent beaucoup de temps, voire qui n’arrivent pas. « On n’a pas de prise sur les choses, en tant qu’auteur. Il nous faut susciter le désir. Et, nécessairement, c’est lent. »

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L’écrivaine

De sa vie d’auteur, Laurence Peyrin nous a beaucoup parlé pendant l’événement. « Je n’ai pas de rituel. Je vais à la bibliothèque municipale à côté de chez moi. Comme j’ai six enfants, j’ai dû me trouver un endroit calme pour écrire. J’y vais du mardi au samedi – les horaires de la bibliothèque en fait ! Mais, le plus gros du travail, affirme-t-elle, ce n’est pas l’écriture ». C’est tout le temps que prennent ces moments où elle réfléchit et laisse naître ses histoires, « quand je promène mon chien, n’importe quand ! Quant à l’écriture, j’ai de la chance, chez moi, cela coule tout seul. » Mais la bibliothèque est lieu qui est à la fois essentiel et inspirant pour elle. « A chaque fois que je me réfugiais à la bibliothèque dans ma vie, je n’avais peur de rien. » Et, bien plus qu’un refuge, c’est aussi une manière de se mettre en condition pour l’écriture, comme un employé va au bureau, Laurence Peyrin va à la médiathèque. « Si je travaillais chez moi, je serais en survêtement et sans maquillage ! » rigole-t-elle.

« Je sais ce que je vais raconter, mais absolument pas où je vais ! Je me documente sur Internet et je fais mes recherches au fur et à mesure. Il y a même des personnages qui apparaissent dans certains chapitres dont je ne soupçonnais même pas l’existence. » Ce processus de création est très instinctif et ce jusque dans le travail du titre, qu’elle trouve « tout de suite ! ». Mais cette spontanéité ne gagne pas toutes les couches de son travail (en serait-ce vraiment un, si rien ne la mettait en situation de défi ?) car l’un de ses problèmes majeurs pendant la conception d’un roman, c’est le prénom de ses personnages, et notamment celle qui sera le protagoniste principale. « C’est essentiel pour moi. J’en ai besoin pour pouvoir avancer. Cela peut durer des semaines ! Pour le livre que je suis en train d’écrire, par exemple, ça a été très difficile. Pour Ma Chérie, j’ai réfléchi pendant longtemps. Elle porte finalement trois prénoms : Gloria Mercy Hope. Je me suis aperçue assez tardivement que cela correspondait aux trois parties du romans et de son évolution. C’était totalement inconscient. » Et Laurence Peyrin de conclure, sûre d’elle : « Mais il y a une part de magie dans l’écriture… »

Cette impulsivité explique peut-être l’énergie qui traverse ses romans et rend vivants ses personnages. Alors que ceux-là sont à l’origine de chacun de ses romans, ou presque, c’est l’histoire, pourtant, qui en est la finalité. « Je lis presque uniquement des polars. Mais je ne sais pas s’ils influencent mon écriture, à part peut-être dans la volonté de vouloir raconter une histoire. Dans un polar, il y a une mathématique, une certaine efficacité, une histoire. Je ne pourrais moi-même pas en écrire mais peut-être ai-je le même souffle, le même besoin de dérouler les choses. »

Des histoires, par ailleurs, Laurence Peyrin en a déjà en réserve ! « Je garde parfois des morceaux d’histoires pour une prochaine fois. Au début, dans Ma chérie, le personnage devait traverser l’Amérique en bus, aller à New York et travailler dans un club de striptease. Ce n’est finalement pas le cas, je ne voulais pas compliquer l’histoire, donc tout ça, je le garde pour plus tard. Ce sera le thème d’un prochain roman ! »

Cette passion pour le polar et cette volonté d’énergie expliquent aussi certains de ses choix narratifs. Ses romans, par exemple, ont pour le moment toujours été écrits à la troisième personne, elle n’a jamais osé utiliser le « je ». « En tant que lectrice, j’aime bien les deux, cela dépend. Mais en tant qu’auteur, j’ai l’impression que la troisième personne laisse une part plus libre à la plume, cela donne plus de souffle, peut-être. »

Quant à savoir si elle se relit, elle avoue n’avoir que deux grands moments de relecture : une fois qu’elle a terminé, pour « être sûre de la cohésion de l’ensemble »… et après que ses livres soient sortis ! « J’adore relire mes livres » avoue-t-elle, complice avec les lecteurs qui lui demandent en retour si elle les trouve bien écrit. Et celle-ci de répondre, en riant : « Oui ! Ça me fait plaisir. Mais c’est comme un cuisinier qui goûte ses plats, en fait. Il sait à quel moment c’est bon. »

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L’Américaine

Laurence Peyrin, pourtant bien française, situe nombre de ses romans aux États-Unis, au moins en partie. Passionnée de culture anglo-saxonne – elle situe d’ailleurs L’Aile des vierges dans l’Angleterre de l’époque édouardienne – et allant souvent en Floride pour des raisons familiales, elle porte ces deux pays dans son cœur. « Je suis marquée par les États-Unis à un tel point que j’y étais hier ! » s’amuse-t-elle. Ses différents romans lui permettent cependant d’aborder différentes facettes de l’Amérique. Dans L’Aile des vierges, Maggie finit par se rendre à New York, une ville que l’auteur dit adorer, et « c’est totalement différent du reste du pays ! La Floride, que je mets en scène dans Ma Chérie, est d’une énergie et d’une ouverture d’esprit totalement différentes. » Si le roman n’est donc pas le road trip qu’elle avait initialement imaginé, les lecteurs pourront néanmoins se délecter d’une belle immersion dans cet état américain, avec ses descriptions de la mangrove, des villes comme Tampa, etc.

Peut-on espérer voir un jour un roman de Laurence Peyrin se dérouler en France ? « Oui, quand j’habiterai en Amérique ! » répond-elle, sans une once d’hésitation. « J’ai besoin de distance. La distance est romanesque. Elle engendre le désir. C’est la frustration et ce désir qui me font écrire des histoires. »

Les lieux, dans ses romans, sont très importants et portent le récit. « Il faut que j’écrive sur des lieux que je connais. Les lieux sont presque des personnages ! Miami, par exemple, c’est Gloria au début de Ma Chérie, elle est clinquante. Quand je voyage, je reviens toujours avec des idées de romans. »

Laurence Peyrin ne sait pas si elle sera un jour traduite aux États-Unis, même si elle l’espère. Mais pour l’exprimer, elle revient à cette idée de lenteur, dont elle parlait déjà pour les adaptations cinématographiques. « Quand on est écrivain, on a toujours envie d’avoir un an de plus pour voir ce que son livre est devenu. Mais ça se construit. Le prix Maisons de la presse m’a appris la patience. Alors j’attends, je frémis de voir ce que ça a donné. J’ai tellement hâte que vous lisiez Ma Chérie ! Parce qu’on n’écrit pas pour soi. Je pense à vous quand j’écris, à ce que ça va vous faire. Il faut être généreux quand on écrit. Il faut avoir le bonheur de transmettre. »

Le bonheur de transmettre, Laurence Peyrin l’avait ce soir-là. Pour compléter le souvenir de cette chaleureuse soirée, vous pouvez visionner la vidéo dans laquelle elle a choisi 5 mots pour parler des ses deux derniers ouvrages : XXe, rencontre, changement, liberté, et Amérique :

Aurélie Valognes : la main verte et le cœur sur la main

Nous sommes le 5 mars, la veille de la parution de La Cerise sur le gâteau, le nouveau roman d’Aurélie Valognes. Pour la première fois, elle va le présenter à ses lecteurs. « Je me sens sous pression ! » s’écrie-t-elle en rigolant, visiblement anxieuse de laisser son texte s’envoler vers les mains de ses lecteurs, mais toujours aussi volontaire pour partager avec eux. Ils sont plus de 800 000, en 2018, à avoir acheté l’un de ses romans. Sacrée l’auteure préférée des Français, Aurélie Valognes a pourtant gardé les pieds sur terre ; elle s’est adressée ce soir-là avec générosité et sincérité à la trentaine de lecteurs Babelio qui avaient gagné une place.

La vie est mal faite : à 35 ans, on n’a le temps de rien, à 65, on a du temps, mais encore faut-il savoir quoi en faire…
Bernard et Brigitte, couple solide depuis 37 ans, en savent quelque chose.
Depuis qu’elle a cessé de travailler, Brigitte profite de sa liberté retrouvée et de ses petits-enfants. Pour elle, ce n’est que du bonheur. Jusqu’au drame : la retraite de son mari !
Car, pour Bernard, troquer ses costumes contre des pantoufles, hors de question. Cet hyperactif bougon ne voit vraiment pas de quoi se réjouir. Prêt à tout pour trouver un nouveau sens à sa vie, il en fait voir de toutes les couleurs à son entourage !
Ajoutez à cela des enfants au bord de la crise de nerfs, des petits-enfants infatigables, et surtout des voisins insupportables qui leur polluent le quotidien…
Et si la retraite n’était pas un long fleuve tranquille ?
Un cocktail explosif pour une comédie irrésistible et inspirante.

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Changer de vie : un pari à tout âge

Dans son nouveau roman La Cerise sur le gâteau, Aurélie Valognes explore un changement de vie : un départ à la retraite. Cependant, au même titre que ses précédents romans, pour lesquels elle part toujours d’un sujet intime et personnel, celui-ci n’est pas si éloigné d’elle qu’on pourrait le croire. « C’est vrai que, moi aussi, j’ai eu l’impression de changer de vie. » Il y a quelques années, en effet, pour suivre son mari, elle a quitté son travail, s’est installée à Milan avec sa famille et, en plein babyblues et soudain au chômage, a cherché une nouvelle manière de s’occuper.

« J’avais envie de quelque chose de bien à moi. Et j’avais l’image de ma tombe avec marqué dessus « écrivain ». » Une seule solution s’impose alors à elle : publier au moins un roman. Elle nous raconte d’ailleurs qu’arrivée à Milan, elle commence par s’inscrire à l’Institut Français. « Au moment où on m’a demandé mon métier, je les ai regardés droit dans les yeux, et j’ai menti. J’ai dit écrivain. » Le premier pas vers une carrière réussie dont elle ignorait encore tout…

Récemment, sa famille et elle sont revenues vivre en France. Après des années à courir partout pour un travail qui l’épuisait et lui prenait énormément d’énergie, suivies par quelques années plus apaisées à écrire des romans, elle nous confie avoir été traversée d’une sensation de « grand gâchis ». « Nos aînés ont le temps, mais ne voient pas les petits-enfants, et nous ne l’avons pas. » D’un côté, elle met donc en scène un couple de retraités, Bernard et Brigitte, héros de La Cerise sur le gâteau, tandis que de l’autre côté, leur fils et sa femme courent après le travail, la vie de famille, les préoccupations pragmatiques de la vie. Devant le vertige du temps qui passe, il lui a semblé essentiel, dans ce roman, de reconnecter ses personnages avec des valeurs essentielles : la famille mais aussi l’écologie.

« Sortir du chemin tout tracé, pour moi, ça a été me lancer dans l’écriture » conclue-t-elle. « Au pire, on apprend. On n’échoue jamais. »

« Seriez-vous devenue écrivain, si vous n’aviez pas déménagé en Italie ? » lui demande-t-on justement dans le public. « Je pense que j’aurais écrit un roman… mais à la retraite ! » Une chance, alors, qu’elle ait finalement publié son premier roman, Mémé dans les orties, sur internet, en 2014. « Quand on s’auto édite, on peut se prendre des coups… Mais quand on en rêve, on y va ! »

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Bernard, activiste écologique : un roman d’actualité

Son personnage principal, Bernard, jeune retraité qui le vit mal, va au gré des mois devenir activiste écologique… jusqu’à mettre en danger l’équilibre de sa famille. D’où vient ce personnage ? Son caractère d’abord, semble finalement très inspiré d’une personne que les lecteurs connaissent bien… « J’aime bien les personnages un peu bougons. Bernard est une version masculine de celle que je suis. » Ses décisions, ensuite, n’en sont pas si éloignées non plus. Du changement brutal de vie à la cause écologique, il n’y a qu’un pas ; pour Bernard, comme pour Aurélie Valognes.

« Comment faire pour que le reste du temps qu’on a compte ? » s’est-elle demandée pour Bernard. « J’ai voulu qu’il soit activiste écologique. Mais j’ai eu des difficultés à traverser ce roman. Plus je me renseignais sur ce sujet, plus je me prenais des claques, je n’en dormais plus ! » Ainsi, l’évolution du personnage que suivent les lecteurs, c’est celle que l’auteur elle-même a suivie, alors qu’elle découvrait semaine après semaine nombre de scandales écologiques et données alarmantes. Le roman aussi s’est modelé au gré de l’écriture en épousant l’engagement naissant de Bernard et d’Aurélie Valognes.

« Le sujet m’a rattrapée comme il a rattrapé beaucoup de monde cette année » explique-t-elle, faisant allusion aux multiples manifestations et sujets d’actualité qui ont tourné autour de l’écologie. Elle a donc souhaité, à son tour, en parler à ses lecteurs. « Je ne veux pas seulement divertir mes lecteurs. Je veux raconter des histoires émouvantes, sensibles, avec un message. Je ne dis pas que j’ai une quelconque responsabilité vis-à-vis d’eux, mais c’est quelque chose qui correspond à ma personnalité aujourd’hui et je veux que mes enfants grandissent avec ces valeurs. Alors si je peux en parler dans un roman qui a l’air divertissant mais qui n’est pas moralisateur… Tant mieux !»

Opération réussie ? À en juger les critiques du livre sur Babelio, oui ! « Ce roman donne confiance dans la vie, dans la nature humaine et est une ode à l’écologie dont chacun chacune peut se saisir dorénavant. » (anlixelle)

Et Aurélie Valognes de conclure : « Je ne pouvais pas juste écrire un roman léger. »

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La recette Aurélie Valognes : les émotions comme moteur d’écriture

Ce qui, à coup sûr, déclenche l’écriture chez cette auteur, c’est l’émotion, qu’elle utilise de façon organique comme un moteur pour la propulser dans une histoire. Elle se décrit d’ailleurs comme « hyperactive » et toujours prête à se lancer dans un nouveau roman. Peut-être, justement, parce qu’à l’image de  ses livres, mille émotions la traversent en une journée ? « J’ai un côté hyperactif. Je suis toujours en projet. Après j’ai ma manière à moi d’être hyperactif. On me laisse sur un canapé avec un livre et on me retrouve quelques heures plus tard au même endroit avec trois. » Une description dans laquelle, nous le croyons, beaucoup de Babelionautes se sont retrouvés ce soir-là…

« Je pars toujours d’une injustice pour écrire. » Pour son premier roman, Mémé dans les orties, c’était face à la solitude des personnes âgées, qui la touche profondément, qu’elle a pris la plume. Pour ce roman, « c’était ma colère d’avoir fait deux burn out ». En réponse à ce constat sur sa vie professionnelle et à celui, déjà évoqué, des familles qui laissent le temps leur filer entre les doigts, elle signe La Cerise sur le gâteau. Un roman comme une invitation à retrouver le plaisir des choses simples.

Si un mot devait décrire son parcours d’écrivain, ce serait peut-être l’instinct. Car quand elle nous raconte comment elle s’est auto publiée, on sent que cela s’est fait dans une énergie très spontanée. Elle a par exemple réalisé la couverture de son premier roman « avec quatre bouts de ficelle. J’ai choisi un motif Vichy car cela me rappelait mon grand-père. » Alors quand le livre a été édité par Mazarine, puis au Livre de poche, elle a demandé à conserver le même motif. « C’est la meilleure décision de toute ma vie. »

Et à en entendre les lecteurs et lectrices d’Aurélie Valognes, l’émotion aussi les atteint ! Avant que la rencontre ne se termine, l’un d’eux se lève, s’adresse à l’assemblée et enjoint tout le monde à découvrir ou redécouvrir Mémé dans les orties : « c’est d’un humour ravageur et en même temps un peu dérangeant… ! »

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De la lectrice à l’écrivain

« Je lis plus de 60 livres par an. J’aime me faire surprendre et me faire embarquer ! » Avant d’être auteur, Aurélie Valognes est lectrice. « Une grande lectrice », même ! C’est pourquoi elle a choisi de finir chaque roman par une postface. « Quand on termine un livre, on a envie d’en savoir plus et c’est souvent cause d’une grande frustration chez moi. Dans ma note de fin, j’ai besoin d’expliquer ma démarche, car j’ai besoin de vous tenir la main plus longtemps. C’est une fin plus douce, en fait. »

Les lecteurs lui ont aussi posé toutes sortes de questions sur la façon dont elle travaille. « Il n’y a pas de règle. Il y a autant de façons de construire son histoire que d’écrivains. Moi, je ne commence pas l’écriture – à l’ordinateur – sans avoir le début, le déroulé et la fin. C’est comme un scénario. »

Ils lui ont aussi demandé pourquoi elle utilisait beaucoup d’expressions françaises dans ses titres voire dans son texte. « Tout a commencé par un accident. Pour mon premier roman, je voulais que les lecteurs ne s’arrêtent pas de lire mon roman. » Ainsi utilisait-elle les expressions en noms de chapitre, pour donner envie à ses lecteurs de poursuivre. Au moment de choisir son titre de roman, elle a pioché dedans ! « Elles viennent plutôt après avoir écrit un chapitre, reconnaît-elle pourtant. Par contre, cela peut influencer le ton du chapitre. » Une fois Mémé dans les orties sorti, la machine était lancée. « J’ai continué parce que cela me portait chance. Le premier roman parle de mon grand-père. C’était une évidence que, pour lui rendre hommage, j’utilise, et continue d’utiliser, des expressions françaises. »

Sa famille, d’ailleurs, est sa plus grande source d’inspiration. Ses beaux-parents, par exemple, lui ont inspiré Brigitte et Bernard. Elle nous le raconte quand, amusée, une lectrice lui demande ce que le personnage de Brigitte a pu trouver à Bernard et pourquoi ils sont restés si longtemps ensemble. « Mes beaux-parents ont plus de 60 ans. J’ai du mal à les imaginer plus jeunes. Mais pour moi, c’est quand même une évidence : ils se sont aimés. »

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Quelques mots sur le prochain roman ? lui demande-t-on enfin. « Je n’aime pas la page blanche. J’ai toujours plein d’idées de romans à écrire. Là, j’ai une idée qui me tient à cœur depuis longtemps. Plus ça va avec l’écriture, plus je me dévoile. Cette fois-ci, je vais aller chercher dans ma propre enfance. » Elle sourit, avant d’ajouter, un peu plus énigmatique : « il y a des romans que j’ai déjà écrit dont le personnage principal me tient à cœur… »

Certains lecteurs ont alors peut-être pensé, pendant cette conclusion, à Anne-Laure Bondoux et son roman Valentine. Celle-ci nous racontait en janvier, chez Babelio, qu’elle avait l’habitude de continuer à dialoguer avec ses personnages, même après avoir terminé ses romans. Ce petit rituel ne semble pas totalement étranger à Aurélie Valognes, qui confie : « On a tous l’impression qu’ils existent. Et comme je puise dans ma famille, qu’elle m’inspire, j’ai l’impression qu’ils sont toujours là. »

 

Si vous avez besoin d’une bouffée de printemps, d’un roman léger mais émouvant, d’un mode de vie zéro-déchet, d’un peu de retraite, d’une famille à aimer ou de personnages avec qui dialoguer : le dernier roman d’Aurélie Valognes va peut-être vous ouvrir les bras. En tout cas, ce soir-là, quand l’événement s’est poursuivi par une chaleureuse séance de dédicaces et une festive soirée de lancement avec les équipes de la maison d’édition publiant Aurélie Valognes, son lectorat était comme une grande famille à qui elle avait, visiblement, envie d’ouvrir les bras.

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Anne-Laure Bondoux, ou comment survivre à un secret de famille

Auteur de nombreux romans pour la jeunesse depuis plus de vingt ans, traduite dans une vingtaine de langues et récompensée par de nombreux prix, Anne-Laure Bondoux n’en est pas à ses débuts quand il s’agit d’écrire pour les adolescents ou pour les enfants. Cependant, voilà quelques années qu’elle fait des infidélités à la littérature jeunesse ; d’abord avec Et je danse, aussi, coécrit avec Jean-Claude Mourlevat. Publié aux éditions Fleuve en 2015, le livre a séduit des dizaines de milliers de lecteurs et a déjà fait l’objet d’une rencontre chez Babelio, au moment de sa sortie. Quatre ans plus tard, Anne-Laure Bondoux est de retour « pour les adultes » avec Valentine ou la belle saison.

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A 48 ans et demi, divorcée et sans autre travail que l’écriture d’un manuel sur la sexualité des ados, Valentine décide de s’offrir une parenthèse loin de Paris, dans la vieille demeure familiale. Là-bas, entourée de sa mère Monette et du chat Léon, elle espère faire le point sur sa vie.

Mais à la faveur d’un grand ménage, elle découvre une série de photos de classe barbouillées à coups de marqueur noir. Ce mystère la fait vaciller, et quand son frère Fred débarque, avec son vélo et ses états d’âme, Valentine ne sait vraiment plus où elle en est.

Une seule chose lui semble évident : elle est arrivée au terme de la première moitié de sa vie.

Il ne lui reste plus qu’à inventer – autrement et joyeusement – la seconde.

« Ce soir, c’est contrôle ! » s’écrit Anne-Laure Bondoux en riant quand on demande au public si tout le monde a bien lu le roman. Et cette entrée en matière donne le ton de la soirée. Une soirée où, puisque tout le monde a bien lu l’ouvrage, on parlera en profondeur du roman : les thématiques qu’il aborde, les trajectoires des personnages, les choix de l’auteur, du premier chapitre jusqu’à la fin. On ne gardera dans ce compte-rendu aucun spoiler qui risquerait de vous gâcher votre plaisir de lecture, mais juste l’essence de cette soirée : des réflexions, de la bonne humeur, et la générosité d’une écrivaine qui a répondu longuement à chaque question de ses lecteurs.

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« Je voulais endosser Valentine comme un costume sur une scène de théâtre »

C’est des personnages que naissent les romans d’Anne-Laure Bondoux. Depuis vingt ans qu’elle publie des romans, ce processus créatif n’a pas changé et semble même, à l’entendre, être une condition sine qua non à la création d’un roman. « Un personnage doit cohabiter longtemps avec moi. C’est d’ailleurs le cas en ce moment pour le prochain. Jusqu’à l’écriture, c’est comme si j’avais des silhouettes pas assez charnues, des personnages en carton, ils ne sont pas vivants. »

Certains lecteurs lui ont fait remarquer que son nouveau personnage semblait assez proche d’Adeline, dont elle prenait la plume en face de Jean-Claude Mourlevat dans leur roman épistolaire Et je danse, aussi. Une remarque loin d’être anodine car c’est un peu comme ça qu’elle a été pensée… avec, d’une certaine façon, la complicité d’Adeline elle-même. En effet, les personnages sont, pour Anne-Laure Bondoux, tellement vivants dans son écriture qu’ils continuent de l’habiter longtemps après chaque ouvrage. « J’avais tellement aimé écrire Adeline que j’étais en deuil. Je continue un peu à discuter avec elle dans ma tête » confie-t-elle, amusée, avant de poursuivre : « J’ai voulu lui créer une frangine ! » Le nom même de Valentine a été entre autres choisi en clin d’œil à Adeline. « Par jeu, j’ai cherché un prénom avec la même sonorité. Un matin, j’ai entendu à la radio un extrait d’un film avec Jean Rochefort, Le Cavaleur, dans lequel il court après une certaine Valentine… »

« Fred est venu après. Je voulais raconter une histoire de frères et sœurs et j’ai toujours voulu avoir un grand frère. J’ai adoré cette idée que Fred tienne une sorte de journal intime. » Ce second protagoniste que vous rencontrerez dans le roman, aussi important que Valentine, tient un journal d’entraînement dans lequel il commence par référencer ses performances cyclistes, avant d’y raconter sa vie et ses émotions. « J’ai adoré poser un regard sur Valentine à travers les yeux de son frère. J’avais beaucoup de tendresse possible à travers ce regard-là. Valentine était mon objet, mon sujet mais le regard de Fred m’a permis de construire une sorte de détour. »

Son héroïne, en fait, est un personnage très proche d’elle. Valentine écrit par exemple un livre de commande pour un éditeur. Anne-Laure Bondoux, qui a travaillé au début de sa carrière pour Bayard Presse, s’est ainsi « beaucoup amusée à lui prêter [ses] propres doutes ». Mais écrire le roman à la troisième personne, et les passages du journal de Fred à la première, lui ont permis de prendre un certain recul vis-à-vis de ce personnage.

« Je me suis sentie assez forte pour oser le happy end »

C’est par ses personnages qu’Anne-Laure Bondoux nous a invités dans son atelier d’écrivain en nous parlant de la façon dont elle écrit. Ici, la troisième personne était une astuce pour être plus légère. « C’est venu naturellement. Parler de Valentine à la troisième personne m’a permis de mettre de la distance. De la traiter avec une petite désinvolture, un regard amusé. À la première personne, j’aurais été en prise avec ses émotions » raconte-t-elle, avant de nous dévoiler : « Quand j’écris, je me mets des post-its avec des lignes directrices. Là, j’avais mis : tendresse. »

Le risque de la tendresse, et l’auteur l’avoue elle-même, c’est de tomber dans un texte mièvre. Une peur qui l’a animée de longues années, si bien que certains de ses romans sont assez sombres. Ce dernier livre, remarque une lectrice présente ce soir-là, est plein de bienveillance. Alors pourquoi, aujourd’hui, aller dans quelque chose de tendre ? « Premièrement, je trouve qu’on est dans un monde assez noir », commence-t-elle par expliquer, justifiant ainsi une volonté de respiration, tant pour elle que pour son lecteur. « Deuxièmement, j’ai écrit beaucoup de romans qui se terminent mal ou de façon très ouverte – j’ai toujours reculé devant le happy end pour ne pas tomber dans le mièvre et là je me suis senti assez forte pour oser le happy end. »

Pour autant, rien n’indique qu’Anne-Laure Bondoux savait dès le début de l’écriture quel destin attendait ses personnages. Si chaque ouvrage naît d’un personnage, elle se lance sans forcément connaître toute la trame de son histoire. « Je ne planifie pas, confirme-t-elle. Mais j’essaye de mélanger deux façons d’être écrivain. Il y a ceux qui ont une structure très précise et ceux qui écrivent à l’instinct. Je pars avec les personnages qui doivent être forts, charpentés, et ceux-là vous amènent dans leur univers, parfois avec des surprises : j’adore ça. » Mais dans ses derniers romans, y compris Valentine, elle a cherché à plus organiser ses intrigues pour ménager des effets de suspense ou de surprise, créer différents rythmes et rebondissements, des moments de scénario. Mais elle conclut quand même : « Pendant l’écriture ; ça m’ennuie de trop prévoir ! » Il lui est même arrivé, pour ce roman, de secouer un peu sa structure. Ainsi le journal de Fred, qui est venu plus tardivement, n’était donc pas prévu pour inaugurer le roman, comme c’est le cas dans sa version finale. Il s’agit d’une sorte de montage, comme pour un scénario.

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« C’est aussi ces moments où on n’écrit pas que quelque chose s’écrit »

« Avec Valentine, on voit un écrivain au travail », fait remarquer Pierre, qui anime la rencontre, en parlant de son fameux ouvrage de commande. Or Valentine, dans le roman, bute sur chaque phrase et peine à avancer dans son travail. « La différence, c’est que j’ai écrit Valentine avec une sorte de concentration et régularité qui ne m’étaient pas arrivées depuis longtemps. » Une lectrice lui fait alors remarquer que Katherine Pancol, elle, affirme qu’en écrivant, elle a l’impression que se sont les personnages qui lui parlent, lui soufflent son texte. Cette sensation d’écrire sous la dictée de ses personnages, Anne-Laure Bondoux la décrit comme « des moments de grâce ». « On a un tel lâcher-prise qu’il n’y a pas d’obstacle. C’est le Graal de l’écrivain ! Je ne l’ai pas eu sauf pour Les Larmes de l’assassin. »

Elle ajoute d’ailleurs qu’écrire, c’est aussi ne pas écrire. Cette période préliminaire où le personnage n’existe pas mais se construit en elle est une phase pauvre en mots dans son processus d’écriture. Pourtant, cela en fait bien partie, voire c’est décisif, comme n’importe quel moment où elle n’est pas directement productive. « C’est aussi ces moments où on n’écrit pas que quelque chose s’écrit. Chaque chose de ma journée est susceptible de créer un petit déclic qui va m’amener à l’écriture. »

Pour nourrir ses personnages et déclencher l’écriture, elle a donc « mis en place des stratégies ». La première, c’est le sport. Grâce à la course à pied ou le vélo d’intérieur, elle stimule son imagination en se mettant dans un état de délassement motivant et inspirant. « Cela enlève des nœuds. Cela permet d’arriver à une grande disponibilité d’esprit. » Le sport libère en elle des endorphines qui, en plus de booster son corps, boostent son esprit et l’empêchent de trop douter ou questionner ce qu’elle crée. Un conseil, peut-être, pour tous les apprentis écrivains ? La seconde, c’est bien sûr de nourrir son esprit de plein d’autres choses : des livres, des films, etc.

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« Avec la fiction, j’ai réussi à aller plus loin que la réalité »

Beaucoup verront Valentine comme un roman de la résilience. Ces deux jeunes cinquantenaires – ou en passe de l’être – ont leur lot de casseroles derrière eux. Divorce, deuil, doutes, erreurs, chômage, difficultés familiales… Un peu cabossés par leurs deux parcours, les voilà arrivés à la première moitié de leur vie et forcés d’en inventer la seconde. Ce roman raconte leur histoire et, inévitablement, met du baume au cœur au lecteur, quel que soit le moment de sa propre existence.

Ce roman puise d’ailleurs beaucoup dans les expériences personnelles de son auteur, qui a sans doute trouvé dans l’écriture une catharsis à ses propres angoisses ou questionnements. Interrogée sur l’image du chat, notamment, elle a raconté ce moment où, en visite chez ses propres parents, elle a trouvé dans la salle de bain de sa mère toute sa panoplie de cosmétiques et de soins. Parmi ceux-là, nombre de ces crèmes et lotions dévoilaient une femme en lutte avec l’âge et le temps qui passe. « Dans le livre, j’ai fantasmé le décès comme un exutoire, un talisman et le personnage du chat adoucit, transforme, permet un passage en douceur » pour les personnages, les lecteurs… et l’auteur. « Le chat est considéré dans certaines traditions pour être en lien avec l’au-delà. Pour d’autres romans je m’étais intéressée au chamanisme et à la guérison des corps et des âmes. Alors quand ce chat s’est invité dans mon roman, je l’ai laissé faire. » Elle qui n’a pas été élevée dans la foi d’une quelconque religion, Anne-Laure Bondoux avoue entretenir une relation assez distante avec la mort, comme dans une sorte d’inconscience de son existence. Un peu comme les personnages de son roman ? « Voir le chat, c’est voir le gouffre en soi, ce qu’on ne connaît pas de soi-même, sa fragilité. »

Au-delà même des thématiques, le secret de famille que révèle le livre renvoie à un événement sensiblement pareil que l’auteur a vécu dans son histoire personnelle et qu’elle relate d’ailleurs dans L’Autre Moitié de moi-même, un texte autobiographique publié chez Bayard en 2011. La fiction était un moyen, avec Valentine, de dire des choses qu’elle n’avait peut-être pas pu exprimer dans ce premier texte. « Il y a de l’humour. J’espère en avoir distillé beaucoup plus ici, avec le recul. Je me suis en tout cas moi beaucoup amusée avec Valentine, avec ses fêlures, ce qu’elle trimbale, avec ses difficultés. Ce que j’ai réussi à faire avec la fiction c’est aller plus loin que la réalité. »

Valentine, enfin, est un roman très contemporain, qui se déroule au moment des élections présidentielles de 2017 et traite de certaines interrogations de notre époque. Anne-Laure Bondoux a même, pendant l’écriture, envoyé un questionnaire à ses proches, les interrogeant sur la période électorale, comment ils la vivaient, ce qu’ils observaient autour d’eux, les questions qu’ils se posaient. « Et aujourd’hui, on n’est pas du tout sortis de cette période. D’un côté je trouve ça passionnant, mais aussi un peu dérangeant. On est en tout cas dans un moment singulier de notre histoire collective. » Commencé en octobre 2016, le livre avait pour ambition d’être écrit en même temps que la période électorale, ce qui aurait permis à l’auteur de saisir en direct l’atmosphère de cette époque. « Mais quand on y est arrivé, j’ai un peu cavalé derrière. Il y a des périodes où j’ai beaucoup écrit et d’autres très peu. » Finalement, elle a mis un an et demi à l’écrire, mais cela lui a permis d’attraper les événements au fur et à mesure que le temps passait, et de prendre un peu plus de recul sur cette actualité.

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Commencé il y a plus de deux ans et publié il y a quelques mois, le roman Valentine continue d’entrer dans les librairies françaises avec son auteur, mais celle-ci est maintenant attendue de pied ferme : à quand le prochain roman ? Rien n’est sûr, puisqu’Anne-Laure Bondoux est justement en train de donner vie, de jour en jour, à son prochain personnage, avec qui elle dit cohabiter, mais qu’elle peine encore à incarner. Quand on lui demande si elle souhaite retrouver Valentine, la réponse n’est pas négative, mais pourtant claire. « Adeline et Valentine vont rester des personnages très proches de moi, avec qui je vais continuer de dialoguer. Mais je ne sais pas pour l’instant si je les ferai revenir. Là, je souhaite passer à autre chose, avec une autre thématique que le secret de famille. »

En attendant le prochain, vous pouvez vous replonger dans les précédents romans d’Anne-Laure Bondoux ou encore l’écouter parler de Valentine ou la belle saison en cinq mots :