Cali ou le vin de la jeunesse

En 2018, on découvrait Cali écrivain à travers son premier roman Seuls les enfants savent aimer. L’histoire du petit Bruno, 6 ans, orphelin depuis peu. Un texte comme un cri, dans lequel l’enfant raconte avec ses mots la perte de sa mère et sa terrible absence. Une histoire douloureuse qui rappelle celle de son auteur, Cali ayant lui-même perdu sa mère très jeune.

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La Babelionaute saphoo soulignait d’ailleurs dans sa critique, peu après la parution du livre : « Ce n’est pas un artiste de plus qui sort son bouquin, c’est un être humain qui partage une part de lui, un besoin de mettre de la lumière sur cette ombre qui le poursuit. Mettre des mots sur des maux, ça ne résout sans doute pas tout, mais ça peut aider à avancer. » Voilà certainement l’une des raisons qui a pu pousser Bruno Caliciuri, plus connu sous le nom de Cali, à aller au-delà du format de la chanson pour pousser son écriture plus loin, et aller sonder cette blessure d’enfance. Même si lui avance une raison plus simple : « Je n’aurais jamais pensé écrire un roman, c’est une dame qui m’a demandé ça, elle aimait bien lire mes chansons sur l’enfance, du coup je l’ai fait pour elle. »

Vers l’adolescence

Ce 18 mars 2019, nous recevions donc le célèbre auteur-compositeur-interprète et écrivain dans les locaux de Babelio pour une rencontre avec ses lecteurs, dont la grande majorité avait lu son premier livre. L’occasion de prendre des nouvelles des deux Bruno, et de parler de cet enfant que l’on retrouve adolescent dans Cavale, ça veut dire s’échapper. Et puisque Bruno a grandi, sa manière de s’exprimer à travers les mots de Cali aussi a changé, même si la rage, la fragilité et la douceur se côtoient toujours :

« Un instant, j’ai voulu vous suivre, vous voir, respirer ce que j’aurais dû respirer. Mais je suis resté sur la pente. Et j’ai pleuré, pas fort non, mais ruisselant à l’intérieur.

J’entendais des gouttes tomber de très haut, une à une, au fond de mes entrailles déchiquetées. Mon ventre pleurait et mon cœur hurlait, comme quand un cœur hurle à la fin du tout.

Est-ce qu’on meurt d’amour ? »

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Ce deuxième roman (car pour Cali cette dénomination de « roman » a toute son importance) était pour beaucoup de lecteurs une évidence, tant ils avaient envie de retrouver ce personnage, le voir évoluer et comprendre qui il pourrait devenir. Mais pour l’auteur, était-ce si évident d’écrire une « suite » ? « Ca m’avait déjà fait un bien fou d’écrire le premier, et là j’ai pris autant de plaisir avec celui-ci. J’aime écrire de la chanson bien sûr, ce format permet de raconter son humeur en trois minutes – même si ça n’est réussi que quand les autres peuvent se l’approprier. Mais le roman c’est encore plus libre, tu vas où tu veux, quand tu veux, comme tu veux. T’as le temps de raconter. » Pourtant : « Ecrire un livre, c’est comme nager vers Manhattan, se retourner dans l’océan, et ne plus avoir de terre derrière. Ca peut être flippant, aussi. Après, ça reste une jouissance absolue : j’ai été en plus aidé par mon ami Mathias Malzieu (lire notre interview de l’auteur pour son livre Une sirène à Paris), qui m’a donné de bons conseils. Dont celui de ne jamais coucher sur le papier tout ce qu’on a dans la tête, mais de toujours en garder de côté, pour avoir de la réserve le lendemain… C’était quand même un tout petit peu plus dur pour le deuxième, car le premier livre a bien plu. Il fallait faire au moins aussi bien. » Un pari réussi, si l’on en croit les commentaires très enthousiastes des lecteurs tout au long de la soirée.

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On est trop sérieux, quand on a 15 ans

L’adolescence donc, période de transition par excellence, que Cali nous fait vivre au plus près puisque la première personne du singulier est encore une fois de mise. « Pour moi c’était une évidence d’écrire à la première personne : dans le premier roman ce petit garçon parlait à sa mère ; ici l’ado parle au lecteur avec l’énergie de cet âge. » Ce moment de la vie où tout est possible, où tout explose en nous, et où tout est à la fois très léger et bien grave. Pour Bruno, ça passe par les filles (Fabienne, Sylvia, Patricia), le rock (les Clash, Patti Smith, U2) et les potes, dont certains qu’il connaît depuis ses plus jeunes années et qu’on croise déjà dans Seuls les enfants, comme Alec.

Et que fait-on, à 15-16 ans ? Des conneries, sûrement. Monter un groupe de rock, pourquoi pas. Et l’appeler Pénétration Anale ? Plus rare. Voilà qui ressemble en tout cas beaucoup à ce qu’on s’imagine de Cali durant ses plus jeunes années, même s’il se plaît justement à brouiller les pistes pour préserver la pureté de son personnage : « Quand on me demande si j’ai vécu moi aussi tout ce que Bruno et sa bande traversent dans Cavale, je m’amuse à mentir, à dire parfois que oui ou non. C’est un roman, et l’important pour moi c’est que le lecteur s’y retrouve : c’est l’histoire de tout le monde, quelque part. Je n’ai pas voulu écrire mon autobiographie, mais l’histoire d’un enfant qui veut en rester un. Je veux que chacun puisse mettre son prénom sur ce personnage. »

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Comment rester un enfant, leçon numéro 1

C’est sûr, Cali n’est plus un ado. Et pourtant ce soir de mars, il se dégageait de lui une énergie tout à fait juvénile, presque de la naïveté, et en tout cas une forme de fraîcheur que l’on voit rarement chez les adultes. Déjà, dans sa manière de tutoyer les lecteurs présents, dans ses réponses allant droit au but, et dans ses amours musicales jamais reniées, rock forcément. « Ca fait un bien fou d’écrire un gamin de 15 ans, car je retrouve cet âge. D’ailleurs quand je revois mes vieux potes, on a 15 ans direct quand on se parle, dans nos expressions et nos réflexes de langage. Et quand j’écrivais le livre, il me fallait presque un sas pour me réhabituer à mon âge et ma situation d’adulte. De toute façon pour moi il faut que l’écriture reste une jouissance simple, que ça me fasse du bien de sortir ça. »

L’écriture comme cure de jouvence, voilà tout un programme. « C’est sûr, j’ai vieilli, j’ai même fêté mes 50 ans ! Je pensais que ça me ferait rien, mais quand même ! Mais j’essaie de vivre au maximum dans le présent : quand je passe une soirée avec mes potes, je leur dis souvent qu’on peut très bien mourir le lendemain, et qu’il faut profiter à fond de cette nuit. Je pratique aussi une forme de méditation du souvenir, très personnelle, comme un jeu, où j’essaie de me rappeler de ce que j’ai fait la veille, la semaine d’avant, le mois d’avant, et ainsi de suite. »

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Voilà en tout cas un artiste qui semble avoir largement pris goût à l’écriture de livres, et on imagine très bien Cali suivre la voix de son ami et confrère Mathias Malzieu, dorénavant presque plus occupé par le métier d’écrivain que celui de musicien. Car en plus d’y prendre du plaisir, Cali a un objectif simple : donner du bonheur. « Quand un lecteur me dit que mon roman lui a fait du bien, pour moi c’est la plus belle des récompenses. » Pour le reste, comme le disait Joe Strummer des Clash : « La prochaine seconde n’a jamais été vécue par personne. » A vous de la vivre comme vous l’entendez.

Découvrez Cavale, ça veut dire s’échapper de Cali, publié aux éditions du Cherche-Midi.

A la rencontre des membres Babelio (31)

Avec près de 730 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. En ce mois de février nous donnons la parole à Rabanne, inscrite assez récemment sur Babelio et déjà très active.

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Rencontre avec rabanne, inscrite depuis le 11 octobre 2015

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai connu l’existence de Babelio par le biais de mon travail, mais je ne l’ai réellement découvert qu’en septembre 2015, en inscrivant nos classes de seconde à un défi lecture. Avec ma collègue, nous avons alors créé un compte pour le CDI du lycée et, après le défi, nous avons continué d’alimenter notre bibliothèque et de retranscrire les critiques des élèves comme celles des enseignants.

Je me suis vraiment prise au jeu, appréciant l’interface et les multiples fonctionnalités du site. Naturellement, j’ai voulu me créer un compte personnel… Et c’était parti pour l’aventure Babelio !

Vous êtes inscrite sur le site depuis fin 2015, et comptabilisez déjà sur votre compte près de 900 critiques et 1300 citations, ce qui est assez impressionnant ! Combien de temps passez-vous sur Babelio chaque semaine ? Quel usage en faites-vous ?

Je crois qu’il y a sûrement plus « impressionnant » que mon profil (rires) ! Déjà, noter que plus d’un tiers de ces critiques concernent des livres lus bien avant d’arriver sur le site…

Chacun sait que Babelio c’est carrément ad-dic-tif, surtout au temps de la découverte ! (« Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre »…). Le concept fait que l’on ne décroche jamais réellement : une recherche sur la date de sortie d’un roman ou sur la bio d’un auteur ; une lecture en cours ou une critique à lire/écrire ; des livres à noter dans son pense-bête, etc. etc. Et puis, surtout, il y a le partage et l’émulation entre lecteurs qui donne toute sa raison d’être à Babelio, n’est-ce pas ? Et comme je suis bavarde, ça tombe bien (veuillez me pardonner d’avance) !

Mon expérience personnelle ? Une fréquentation quasi-quotidienne durant la première année, puis plus ou moins espacée selon que je suis en repos, en week-end, en vacances… Aujourd’hui, je n’en fais pas un drame si je ne consulte pas mon « fil d’actualités » pendant 3-4 jours, ou si je ne publie une citation ou une critique qu’au bout de 5 ou 10 jours !

FB_IMG_1541183377419Mais c’est impossible à « comptabiliser » en réalité, cela reste inhérent à nos disponibilités, nos goûts, nos besoins, notre humeur… D’où le choix personnel d’une liste d’amis raisonnable et d’avoir spécifiquement paramétré mon compte (ex : suivre uniquement les critiques et citations de mes amis).

Sinon, je consulte davantage Babelio sur mon smartphone que sur l’ordinateur. Mon usage est autant professionnel que personnel, mais j’adopte alors une approche assez différente du site (beaucoup plus spontanée et ludique dans mon usage personnel).

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ? Vous semblez avoir des goûts assez éclectiques…

Oui, hormis le théâtre, le développement personnel, les thrillers et la SF, je lis un peu de tout… Mais peut-être davantage de littérature contemporaine aujourd’hui.

Ma préférence va vers tout ce qui touche à l’humanité, la femme, la société, l’histoire, le témoignage, la jeunesse (mon métier, encore), la psychologie (mais pas trop de psychanalyse ni de philosophie !).

Par ailleurs, ma bibliothèque s’est enrichie de bandes dessinées et de mangas, et je commence à l’étoffer de quelques romans policiers, de littérature étrangère, dont japonaise et coréenne (tout récemment).

Pouvez-vous commenter en quelques mots vos choix de « Livres pour une île déserte » ? Est-ce qu’ils reflètent ce que vous aimez lire à longueur d’année, ou bien est-ce des coups de cœur plus « isolés » ?

Oui, ils reflètent pour chacun mes goûts littéraires. Ce sont, également, des coups de cœurs isolés et mémorables.

Sur une « île déserte », on est censé être tout seul (et avec soi-même !), avoir tout le temps et l’espace devant soi… Il s’agit donc de choix de livres plus ou moins introspectifs, que je pourrais relire et relire, inlassablement, tout en les redécouvrant à chaque fois (!).

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Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Tout dépend de l’âge et où se situe le degré de la « découverte » ?… Mais si je remonte à ma tendre jeunesse, ce fut vers 10-11 ans : Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. Premier roman coup-de-poing et infiniment poétique ; première fois que je pleurais tout en lisant !

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Le terme « beau » reste assez subjectif et, encore, il y en a plus d’un !… Mais celui découvert grâce à mes amis babéliotes, et qui m’aura littéralement happée, comme par un film : Nous rêvions juste de liberté de Henri Loevenbruck.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Pareil, il y en a plus d’un… Peut-être alors l’un de mes favoris : Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buck.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (tenté plusieurs fois, abandonné à chaque fois, mais je ne désespère pas !).

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Ma perle rare : Séraphin Verre de Christian Pernath (deux critiques sur Babelio, dont la mienne).

Tablette, liseuse ou papier ?

Le bon vieux livre en « 2D » aura toujours ma préférence ! L’objet, les pages qui se tournent, sur lesquelles on revient, l’odeur. Irremplaçable.

J’ai déjà lu quelques ouvrages sur la liseuse de ma fille. L’aspect positif que je lui concède est son espace pratique de stockage. J’adhère moins en matière de confort de lecture.

Sinon, je ne fustige aucunement la pratique de la lecture numérique, souvent bien secourable pour les personnes/élèves en difficulté (déficients visuels, dyslexiques, dysorthographiques, etc.).

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Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Le soir : bien calée dans mon lit, sous un gros édredon…

La journée : si je le peux, de préférence allongée sur un transat, les gambettes au soleil !!

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Antoine de Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Issu de son roman inachevé Citadelle (publication posthume, 1948)

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Rêves oubliés de Léonor de Récondo.

Je l’ai choisi lors d’une rencontre toute récente avec l’auteure, dans une librairie de ma région ! (J’avais lu deux de ses romans, mais pas encore son deuxième.)

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

D’après moi, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » critique en soi, mais il y a des critiques plus intéressantes, attrayantes, que d’autres… J’apprécie les avis, les retours de lecture qui me donnent envie de découvrir un livre que je ne connais pas. Et pour l’envie, c’est au ressenti personnel du lecteur que je me fie.

J’avoue apprécier une certaine concision et précision (genre de récit, thèmes abordés, intention de l’auteur). J’aime que les critiques soient un tant soit peu étayées et argumentées, mais pas sur des kilomètres non plus… Que cela ne verse pas dans une analyse alambiquée du texte, et qu’on y perde finalement son latin ! Totalement rédhibitoire, bien sûr, le résumé (« spoil ») complet du livre chroniqué !

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Il y en a évidemment des tas !… Telles de jolies rencontres avec mes amis lecteurs, de belles affinités livresques, de riches discussions, de nombreux moments complices, quelques échanges de livres, de surprenantes et inoubliables découvertes littéraires…

Mais celle que je retiendrais dernièrement, donc en particulier, est l’unique rencontre réelle que j’ai faite d’un ami babéliote… Ou comment passer de « l ‘autre côté du miroir », avec un soupçon d’appréhension et un brin d’intimidation , puis avec beaucoup plus de naturel, dès lors que l’on se rejoint sur ce terrain qui nous réunit tous ici : la lecture !

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Pouvez-vous nous parler un peu de votre métier d’enseignante-documentaliste ? Est-ce que Babelio est un outil qui vous aide aussi dans votre profession ?

Ce métier a bien évolué à l’heure du numérique, ainsi que l’image d’Épinal que l’on peut encore s’en faire !…

Être « professeur-documentaliste » aujourd’hui requiert de multiples compétences (validées par un CAPES de Documentation depuis 1989) : l’accueil de la communauté éducative, l’animation et la gestion du centre documentaire de l’établissement (CDI), l’ouverture culturelle et, enfin, les missions pédagogiques spécifiques propres à l’EMI (Éducation aux médias et à l’information).

« La promotion de la lecture » fait partie intégrante de mes missions pédagogiques d’enseignante documentaliste, se situant précisément dans le domaine de l’ouverture culturelle… Alors oui, Babelio est devenu une ressource utile et un outil précieux dans ma pratique professionnelle au quotidien !!!

Merci à rabanne pour ses réponses !

Marie Pavlenko : la résilience à bras le corps

Et si l’écriture avait des propriétés curatives ? Chaque lecteur a sans doute déjà éprouvé ça : de page en page, on a l’impression tenace que ce livre nous parle directement, qu’il a compris dans quelle situation l’on se trouve à cet instant précis, et qu’il pourrait bien nous aider à avancer dans notre vie. Car en plus d’être un art, la littérature reste un vecteur émotionnel très puissant.

IMG_6931Mais l’écriture dans tout ça ? On peut écrire pour se soulager, même si cela ne fait pas toujours un livre, et encore moins un livre intéressant. On peut aussi écrire pour dépasser une expérience traumatique, et là ça devient nettement plus captivant. Avec Un si petit oiseau (Flammarion Jeunesse), Marie Pavlenko signe sans doute l’un de ses livres les plus intimes, tout en publiant une véritable fiction : si le sujet du livre est directement lié à son histoire familiale, elle en modifie les contours pour en faire quelque chose d’autre, quelque chose qui dépasse sa vie. C’est ce pas de côté qu’elle nous a expliqué lors d’une rencontre avec 30 de ses lecteurs le 7 février 2019, pour sa deuxième rencontre dans les locaux de Babelio (retrouvez le compte-rendu de la soirée autour de son roman La mort est une femme comme les autres ici).

Irréversible

Des mots qui explosent au visage, font mal et peur : derrière son titre tout mignon, voilà un roman qui cache des premières pages terribles, où la rupture de normalité intervient très vite sous la forme d’un terrible accident. La jeune Abi, 20 ans, est avec sa mère en voiture, insouciante, quand soudain survient l’irréversible. Un accident qui va la traumatiser à vie et lui coûter (littéralement) un bras. En plus de toutes ces choses qu’« Abi ne verra plus jamais comme avant ».

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« Avec ce livre j’ai voulu apprivoiser ce qui est réellement arrivé à ma mère, j’ai voulu me mettre à sa place. Ca, c’était le point de départ. Mais le processus d’écriture de celui-ci a été particulièrement lent et difficile pour moi. Ma mère, alors à l’hôpital après son accident, fatiguée et sous médicaments, m’avait donné une sorte d’accord implicite pour écrire sur cette histoire. Ca, c’était en 2015. Et puis j’ai commencé à écrire à la première personne, mais je ne le sentais pas. Tout ça nous mettait trop proche de ce personnage, et j’avais envie d’un peu de distance, élargir le regard que l’on porte sur elle. »

Mais alors, comment fait-on une fiction avec un point de départ aussi intime et douloureux ? Et pourquoi choisir d’en faire un livre de littérature jeunesse ? « Pour moi, la fiction va chercher autre chose, plus loin que le réel. C’est l’inconscient d’un écrivain qui rencontre l’inconscient d’un lecteur, sur le terrain des mots. Pour autant, il n’a jamais été question pour moi de faire de l’autofiction ; certains font ça très bien, mais ça n’est pas pour moi. D’où cette idée de mettre en scène une jeune femme de 20 ans, Abi, et de m’adresser aux adolescents dans ce livre. 20 ans, c’est l’âge où tout est possible, où en même temps on est dans une sorte de barque qui tangue sans arrêt, en pleine quête de son identité, au seuil de la vie d’adulte. Et vlan, un jour, son destin lui joue un tour, et certains de ses espoirs se voient brisés, sa vie changée à jamais, à l’image de ce bras amputé. »

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Vivre sans, vivre avec

Dans le public, une lectrice avoue qu’elle n’avait pas mesuré, avant de lire Un si petit oiseau, toutes les complications quotidiennes qu’engendre le handicap : « En fait, je me suis rendue compte qu’on vit dans un monde conçu pour les valides. » Et l’auteur de répondre : « Oui, avec le handicap chaque seconde devient complexe. D’autant plus lorsqu’on est une jeune femme, avec ce que cela suppose d’exigences quant à sa féminité. L’amputation suppose, aussi, d’avoir mal tout le temps. Et de sentir encore ce membre devenu fantôme. »

Au lieu de verser dans le pathos le plus dégoulinant, Marie Pavlenko fait place à des respirations et de l’humour dans le récit, pour évoquer plus sereinement et justement un sujet déjà bien grave : « Pour moi les scènes de paradis perdu sont essentielles dans ce livre : ils peuvent paraître banals, ces moments en famille, mais au moins ils sont vivants, plein de bruits et de rires, encore loin du silence auquel Abi doit ensuite faire face. Voilà pourquoi j’ai imaginé une famille équilibrée, où l’amour est très présent et salvateur, et non pas une famille dysfonctionnelle qui aurait encore plus assombri ce tableau. Je n’avais pas non plus envie de m’acharner sur mon personnage. Quant à l’humour, ça me paraissait essentiel, de l’ordre de la survie. D’ailleurs je trouve que la comédie est souvent très dévalorisée en France, alors qu’elle remplit une fonction importante. C’est aussi une manière de dépasser ses problèmes. Pour l’anecdote, ça me fait penser à une phrase que ma mère m’a dite quand une amie me demandait comment allait son bras, et qu’elle a répondu : « T’as qu’à lui dire qu’il repousse ! » Elle est comme ça, ma mère. »

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Se reconstruire

Quand quelqu’un dans l’assistance lui demande pourquoi ce titre et cet intérêt pour les oiseaux, l’auteur répond : « Je suis passionnée d’oiseaux depuis quelques années, et ça m’a apporté beaucoup de choses. Il y a quelque chose de l’ordre du symbolique (l’envol, la liberté), c’est un monde à portée de main et pourtant inatteignable. Ca m’a ouvert plein de portes, de m’émerveiller sur des choses simples. J’ai redécouvert le mot « bienveillance », par exemple. Pour cette histoire je me suis dit : Abi a besoin de douceur pour se reconstruire et elle peut trouver ça dans la nature, et chez les oiseaux. » Et dans l’art aussi, si l’on en croit la citation de Blaise Cendrars en ouverture du livre, auteur ayant également perdu un membre, et qu’Abi elle-même lit : « Ma main coupée brille au ciel dans la constellation d’Orion. » « Oui, pour moi ce type qui survit à ça en 1915, et en fait une partie de son œuvre, est un exemple pour les amputés d’aujourd’hui. »

Mais au fait, en parlant de rémission, qu’est-ce qu’en a pensé la mère de Marie Pavlenko, de ce livre ? « Ma mère ne pouvait pas le lire en cours d’écriture, elle a attendu. Après lecture, elle m’a simplement dit : « Je suis emballée. » Aujourd’hui, ça reste compliqué d’en parler avec elle. »

Les lecteurs, eux, étaient plus que ravis de pouvoir en parler en détail avec l’auteur, qui malgré ce sujet grave n’oublie jamais de placer un bon mot ou de raconter une anecdote pour amuser le public. Des lecteurs qui ont pu lui poser des questions également pendant la traditionnelle séance de dédicace.

Pour en savoir un peu plus sur Un si petit oiseau, découvrez l’entretien vidéo Les 5 mots de Marie Pavlenko, tourné quelques minutes avant la rencontre chez Babelio :

En 2019, participez à notre défi de lecture en vous fixant un objectif de livres à lire

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La passion de la lecture est à la fois une chance et une malédiction : on voit les livres s’accumuler au fil des semaines, la PAL (pile à lire) atteindre une hauteur stratosphérique, sans trouver le temps pour enfin ouvrir ce livre mis de côté depuis quelques mois (dans lequel on avait pourtant glissé un marque-page prêt à l’emploi). 

Pas de panique, Babelio vous aide à lire davantage avec un nouvel outil : le défi personnel annuel. Ou comment vous fixer un objectif correspondant au nombre de livres que vous pensez pouvoir lire dans ces prochains mois. Pour l’activer, il vous suffit d’accéder à votre Profil et de définir votre objectif de lecture annuel (en colonne de droite).

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Chaque fois que vous terminez un livre, vous devez ajouter une date de fin de lecture pour que cette lecture soit comptabilisée.

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Votre progression est mise à jour à chaque fois que vous ajoutez une date de fin de lecture, et vous pourrez vous amuser à la suivre tout au long de l’année sur votre compte :

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Alors, prêts pour une année riche en découvertes livresques ?

Et pourquoi pas participer aussi à des défis collectifs cette année ? Ils sont nombreux et variés sur Babelio, et vous pouvez en découvrir toutes les facettes dans cet article. Bonnes lectures !

Stephen Carrière, ou le sens des histoires

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S’il y a une question qui revient à chaque fois qu’un auteur publie un roman, c’est bien de savoir si son œuvre s’est nourrie de sa vie – comme si le contraire était possible – et surtout, comment ? Une interrogation somme toute légitime pour une humanité (se) racontant des histoires depuis des millénaires, et soucieuse depuis quelques siècles de distinguer plus nettement le mythe de la réalité. Mais aussi désireuse de savoir ce qu’il y a de l’auteur dans son livre, au-delà d’un travail d’imagination parfois très révélateur de la personnalité de l’écrivain.

Venu rencontrer trente de ses lecteurs inscrits sur Babelio le 21 janvier 2019, Stephen Carrière est très clair sur ce point. En tant qu’éditeur et traducteur baignant dans les livres depuis son plus jeune âge, il met forcément de ses influences et de sa vie dans ses écrits ; mais tout cela n’est que le terreau sur lequel se déploie son imaginaire. Il en va ainsi de L’Enchanteur, son premier roman classé « littérature jeunesse » et publié chez Pocket Jeunesse, véritable mise en abyme de la fiction, à travers un emboîtement malin et vertigineux.

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La lecture comme processus initiatique

L’Enchanteur est l’histoire d’une bande d’adolescents, dont l’un d’eux, Daniel, sait qu’il va mourir d’une maladie. Dès lors, il demande à ses amis de faire de sa mort un spectacle pour la sublimer : une mission pour Stan, « l’Enchanteur » de la bande, un type qui manipule la réalité comme personne. Epaulé de Jenny, David et Moh, il décide de reprendre Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, pour permettre à Daniel d’effleurer un instant d’immortalité à travers l’art.

Voici donc un livre écrit par Stephen Carrière, avec pour narrateur le personnage de Moh, racontant l’histoire de Stan, lui-même raconteur d’histoires (et menteur) hors pair, avec pour contexte la reprise d’une autre fiction, un classique de la littérature même. Vous suivez toujours ? « Je voulais écraser une histoire négative par une histoire collective positive, en mettant en scène des « personnages en quête d’auteur », en quelque sorte. Personnellement je considère que la fiction nous aide dans nos vies. J’ai beaucoup lu, et même après toutes ces pages je reste toujours troublé par l’art romanesque. Il y a quelque chose d’unique dans la littérature, par rapport aux autres arts : c’est juste un espace blanc avec des traits noirs, qui pourtant nous éduque et nous construit. Pour moi, ça reste une pratique magique, faisant appel à la conceptualisation par le biais de la puissance de représentation. »

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Et l’auteur d’aller plus loin, sur un fil entre réalité et fiction, en demandant à l’assistance : « Qui dans votre famille a autant d’importance pour vous que votre personnage de roman préféré ? J’ai énormément pleuré en découvrant la mort d’Owen dans Une prière pour Owen de John Irving, comme si c’était un membre de ma famille qui venait de me quitter. Dans mon livre, Stan est comme l’écrivain qui s’amuse à prendre le réel et à le façonner, fait du mensonge une fiction, et donne un sens à ce qui se passe. » Et au sujet de la reprise de Shakespeare ? « Jusque-là, je n’avais jamais compris pourquoi la tirade de fin de Puck dans Le Songe d’une nuit d’été me faisait pleurer à chaque fois. J’ai eu besoin d’en écrire ma propre version pour comprendre pourquoi il oppose deux mondes, pourquoi les comédiens sont vus comme un défouloir. »

« Si nous, les ombres que nous sommes,
Vous avons un peu outragés,
Dites-vous pour tout arranger
Que vous venez de faire un somme
Avec des rêves partagés.
Ce thème faible et qui s’allonge
N’a d’autre rendement qu’un songe.
Pardon, ne nous attrapez pas,
Nous ferons mieux une autre fois,
Aussi vrai que Puck est mon nom,
Si cette chance nous avons
D’éviter vos coups de sifflet,
Vite nous nous amenderons
Ou Puck n’est qu’un menteur fieffé.
Sur ce, à vous tous bonne nuit,
Que vos mains prennent leur essor
Si vraiment nous sommes amis
Robin réparera ses torts. »

 

(Tirade finale de Puck, William Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été)

Ecrire pour la jeunesse

Si L’Enchanteur a toutes les apparences du méta-roman, il s’adresse aussi à un public jeune, et reste donc tout à fait abordable dans la forme. « J’essaie de ne pas écrire pour un public trop spécifique, même si j’ai quand même l’espoir secret que des ados flashent sur ce livre. J’écris d’abord pour moi, ma fille de 13 ans, et quiconque voudra bien me lire. Ce que je veux dire, c’est que je n’essaie pas de séduire consciemment le lecteur. La seule règle que je me suis fixée durant l’écriture, c’est de ne pas ennuyer les lecteurs les plus jeunes, ce qui implique un gros travail sur le rythme : aujourd’hui les ados sont intolérants à l’ennui, car sans cesse sollicités, contrairement aux enfants des années 1970-80. C’est une contrainte que j’ai facilement intégrée, et je me suis amusé à faire en sorte qu’il se passe toujours quelque chose. Au passage, je pense qu’on ne peut plus faire un livre sérieux, de plus de 100 pages, sur les ados sans parler de ce qu’ils vivent vraiment aujourd’hui, en se mettant à leur place ; et ça va de leur manière de voir le monde, jusqu’à leur apprentissage sexuel via des sites prono comme Youporn. Je suis sûr que Roland Barthes travaillerait sur ça et le jeu vidéo Fortnite, s’il était encore vivant. »

Vu la moyenne d’âge et l’enthousiasme des lecteurs présents dans la salle, le livre de Stephen Carrière semble loin de se limiter au public-cible des romans young adult. Ce qui semble être le cas pour la littérature jeunesse en général d’ailleurs, autant lue par les enfants que leurs parents. « De toute façon, il me semble qu’on ne peut plus mettre dos à dos les générations comme dans les années 1990. Aujourd’hui, la bataille n’est plus là. C’est pourquoi je voulais des personnages adultes crédibles et complexes dans le livre. J’aime notamment beaucoup le commissaire, et les parents de Stan. »

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La jeunesse par la bande

Mais alors comment incarner cette jeunesse ? Comment rester accessible, au-delà du rythme, à un public effectivement très sollicité, et rarement par des livres ?

« J’adore les jeunes d’aujourd’hui, je les trouve intelligents et intéressants. Par contre, je ne supporte pas cette essentialisation à l’extrême très en vogue, où chacun va se conformer à des clichés pour se forger une identité. Ça manque complètement d’universalisme, un véritable cauchemar pour Martin Luther King, pour qui la couleur de peau ou l’origine ne déterminaient pas la personnalité. D’ailleurs je joue avec ça dans le livre, avec ces clichés en mettant en scène une bande de personnages d’origines différentes, mais pour mieux recentrer sur leur personnalité, et justement pas les réduire à un archétype. Voilà comment j’ai abordé ce livre, à travers des personnages, car selon moi, et contrairement aux psychanalystes qui disent que tout se joue avant 6 ans, je pense que les amitiés développées à l’adolescence forgent autant la destinée et le caractère que l’éducation familiale. Et déjà, dans la bande on trouve une mécanique narrative, à travers l’identité qu’on se construit, le rôle que l’on se donne. En plus, il y a une forme de perfection dans la bande. C’est comme un corps collectif, qui bougerait mieux que la somme de ses parties. Ça a de la gueule ! »

Une bande que Stephen Carrière voit aussi comme une manifestation magique, elle aussi : « En tant qu’éditeur, j’ai publié pas mal de livres sur l’ésotérisme et souvent parlé avec l’auteur Philippe Cavalier de la magie égrégorique, ou magie des foules. Pour moi, la question n’est pas de savoir si l’on croit à la magie, mais si elle est opérante. Et cette magie égrégorique peut donner lieu à de très belles choses quand elle est spontanée (dans un concert par exemple), mais aussi à des choses terribles lorsqu’elle est manipulée : c’est à cette dernière que la bande de Stan va être confrontée dans le livre. »

Du roman young adult certes, mais avec une belle part de fantastique aussi. « L’un des points de départ de mon bouquin, c’est une série très contemporaine que j’ai regardée avec ma fille de 13 ans : Stranger Things. Elle attendait les nouveaux épisodes comme un millenial (enfant né dans les années 2000) ne sait plus attendre, avec d’autant plus de ferveur. J’ai aussi lu beaucoup de Stephen King à cet âge, et mon écrivain préféré reste Arthur Machen. Pour autant, je voulais un livre qui parle de notre époque, donc je n’ai pas suivi le côté rétro de la série. » Il faut aussi dire que la fille de Stephen Carrière est une grande lectrice, et partage avec son père des lectures, et ses avis sur celles-ci. Peut-être est-elle même l’une de ses premières lectrices…

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Voilà une rencontre durant laquelle on a pu observer un bel égrégore, avec un auteur ravi de rencontrer 30 lecteurs ayant lu son roman, lui permettant de l’aborder dans les détails et d’en évoquer jusqu’à la dernière page – comme de coutume lors des rencontres Babelio. Un auteur qui sera d’ailleurs resté discuter avec l’équipe à l’issue de la rencontre et de la séance de dédicace, pour notamment nous raconter une étrange fête païenne sud-américaine, dont on ne vous dira pas plus…

En attendant de futurs (probables ?) romans jeunesse de Stephen Carrière, on vous propose de visionner cette vidéo tournée quelques minutes avant la rencontre dans nos locaux, où l’auteur présente L’Enchanteur à travers 5 mots : Littérature jeunesse, Fantastique, Contemporain, Monstre et Aventure.

Découvrez L’Enchanteur de Stephen Carrière aux éditions Pocket Jeunesse.

Brigitte Bouchard de Notabilia : l’édition comme une fenêtre sur le monde

photo brigitte bouchard (c) Jacek Jarnuszkiewicz

En seulement 5 ans d’activité et quelque 46 livres publiés, Notabilia a su s’octroyer une place de choix dans l’édition française. A travers des textes originaux, souvent dénichés dans des contrées littéraires encore peu explorées (Serbie, Taïwan, Norvège, Uruguay…), et une identité graphique bien affirmée, cette collection adossée à la maison d’édition Noir sur Blanc assume depuis ses débuts un rôle de défricheur. Et pour cause : sa directrice Brigitte Bouchard n’en est plus vraiment à son coup d’essai. Après avoir créé en 2001 Les Allusifs (dont elle partira en 2012 suite au rachat par Leméac), l’éditrice québécoise a su poursuivre chez le groupe Libella une ligne éditoriale curieuse et passionnée. En guise de bougies à souffler, nous lui avons posé 10 questions, soit 5×2 façons de souhaiter à sa collection longue vie.

Vous fêtez cette année les 5 ans de Notabilia. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos années passées aux Allusifs, et les objectifs artistiques que vous vous étiez fixés en créant la collection Notabilia chez Noir sur Blanc en 2013 ?

Quand Vera Michalski m’a proposé de créer une collection dans sa maison d’édition Noir sur Blanc, j’étais ravie qu’elle voie Notabilia comme une continuation de mon engagement aux Allusifs : une terre d’accueil pour écrivains visionnaires, capables de réinventer la langue et de réfléchir sur les dérives de ce monde.

Si beaucoup d’auteurs vous ont suivie des Allusifs jusque chez Notabilia (Sylvain Trudel, Antonio Ungar, Sophie Divry, Eveline Mailhot, Pierre Jourde), vous avez également le souci constant d’en découvrir d’autres. Comment les découvrez-vous ?

Sans doute, par ma curiosité insatiable qui m’amène hors des sentiers battus. Il m’est important de suivre mes auteurs mais aussi de découvrir de nouvelles voix qui me font vibrer. Un exercice d’émerveillement et de vertige littéraire qui me passionne.

Vos auteurs sont français, serbes, italiens, taïwanais, uruguayens, norvégiens… D’où vous vient ce goût pour la littérature internationale, et donc forcément traduite ?

Un goût de lectrice qui, grâce à des maisons d’éditions qui publient de la littérature étrangère, m’ont permis d’ouvrir des portes sur des univers dont je ne soupçonnais pas l’existence. Alors, quand j’ai créé les Allusifs à Montréal en 2001, j’avais en tête de ne pas miser seulement sur la littérature nationale et j’ai gardé le cap chez Notabilia.

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Comment travaillez-vous avec vos auteurs ?

Chez Notabilia, je mets plus l’accent sur la littérature française et ça me permet de travailler directement avec mes auteurs. Une fois le manuscrit accepté, je questionne l’auteur sur son œuvre et je vois si elle peut être augmentée ou transformée en leur apportant mes points de vue.  Je les interroge et m’interroge. Je remets en question des passages et s’ensuivent des strates superposées de dialogues avec l’auteur mais je ne perds jamais de vue que celui-ci maîtrise son univers romanesque.

Concernant, les romans en traduction, il s’agit de bien connaître les traducteurs et de s’informer de la place de l’auteur dans son pays. Et si l’auteur est vivant, je rentre en contact avec ce dernier afin de mieux cerner son univers romanesque.

Depuis 2014 vous publiez exactement 8 livres par an. Est-ce un rythme qui vous convient, et qui doit autant au budget alloué à Notabilia, qu’au temps que prend chaque projet ?

C’est un rythme qui convenait parfaitement les cinq premières années, le temps de faire connaître Notabilia, mais il est difficile à contenir car les auteurs de Notabilia sont prolifiques !

9782882503473-14e18L’aspect esthétique des livres Notabilia est à la fois très soigné et épuré : qu’est-ce qui préside au choix d’une illustration de couverture ?

L’atelier de design graphique Paprika a créé cette charte graphique facilement reconnaissable qui donne le ton aux livres publiés : des singularités narratives qui se distinguent par leur endurance. Car ce visuel construit et épuré traversera les années.

Est-ce que certaines maisons d’édition ou éditeurs continuent de vous inspirer aujourd’hui ?

Bien sûr, sans arrêt, je suis toujours ravie devant la grande diversité éditoriale offerte. Heureusement, car il y a tellement de pépites à découvrir.

Comment voyez-vous l’évolution de votre métier, et de l’édition en général depuis vos débuts dans les années 1990 ?

Malheureusement, le métier a pris, depuis plusieurs années, une tangente très commerciale et la lutte est féroce pour trouver une place sur les tables des libraires. Nous devons occuper le plus possible le terrain avec des soirées de lancement ou de présences des auteurs dans des festivals. Mais, en étant hébergée chez Noir sur Blanc, et plus largement chez Libella, j’ai la chance de travailler avec une équipe commerciale et de fabrication qui me permet de me concentrer plus sur mon travail éditorial.

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Vous dirigez également le festival Week-end à l’est, qui met à l’honneur chaque année une ville d’Europe de l’est à travers ses manifestations culturelles. Est-ce une respiration nécessaire à votre travail d’éditrice ?

Le festival a été créé avec Vera Michalski, fondatrice et directrice éditoriale de Noir sur Blanc et puisque mon bureau est situé à la Librairie Polonaise, c’était d’une certaine façon une adéquation entre mon lieu de travail et les éditions Noir sur Blanc qui se consacrent à la littérature de l’Est. Et oser des incursions dans des champs d’action qui m’échappent devient un défi qui convoque mes doutes et me motive, encore plus, à jouer mon rôle de passeur.

Quels sont vos projets avec Notabilia pour les années qui viennent ?

De continuer la route avec des auteurs qui nous aident à garder les yeux ouverts dans ce monde chaotique et de nous éloigner de tout dogmatisme.

 

Trois livres pour découvrir Notabilia

couv baumeDans la baie fauve de Sara Baume

J’ai découvert Sara Baume grâce à un libraire irlandais qui a su me convaincre de lire ce roman séance tenante et quel choc ! Sara Baume traque l’âme humaine comme personne dans cette  histoire d’amour atypique d’un homme, qui vit dans la marge, avec son chien borgne. Et pourtant même si le topo ne s’annonce pas des plus rêveurs, on se laisse happer totalement par cette histoire poignante, magnifiquement racontée, qui se déroule sur quatre saisons et évoque le sort ingrat des cabossés de la vie. Sara Baume est une écrivaine audacieuse qui invente de nouveaux territoires et sait conduire son récit avec beaucoup d’empathie et un sens du rythme inégalé.

Couv RobitailleDernier voyage à Buenos Aires de Louis-Bernard Robitaille (disponible au format poche chez Libretto)

Un roman envoûtant passé presque inaperçu parce qu’il faisait partie des premières publications de Notabilia. Jefferson Woodbridge  raconte son Paris des années soixante et son amour épisodique pour Magdelena, une allemande solaire, sosie de Jean Seberg, fantasque et insaisissable. Comme dans un rêve, il se souvient d’avoir vécu avec Magda la vie de bohème à Paris. Un jour elle avait disparu. Une plongée dans cette période de la Nouvelle Vague.

couv malmquistÀ tout moment la vie de Tom Malmquist

Le propos a dérouté les lecteurs car le speech n’est pas facile mais quel roman lumineux et profond sur la vie et la mort. Voici un livre sur l’énigme indéchiffrable de l’existence. À mille lieues du pathos et des poncifs sentimentaux, Tom Malmquist a ciselé un texte fort et vrai. Grâce à ses observations justes et fines, il évoque toute la gamme des nuances et des sensations qui restituent l’être aimé dans la mémoire et même dans la chair des jours.

 

Merci à Brigitte Bouchard pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

A la rencontre des membres de Babelio (29)

Avec plus de 680 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Et puisque Noël approche à grands pas, ce mois-ci les beaux-livres sont à l’honneur, à travers la bibliothèque très fournie de notre lectrice du mois. Si pour vous la forme et le fond vont de pair, si vous avez rêvé durant des heures en lisant des livres richement illustrés, ou si vous cherchez encore ce que vous allez offrir sous le sapin, voici une interview qui devrait vous plaire.

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Rencontre avec Alzie, inscrite depuis le 16 octobre 2013.

 

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Une de mes sœurs m’a fait connaître le site il y a cinq ans au temps du Babelio old school et de son forum. Depuis j’y suis fidèle avec quelques éclipses de temps en temps. Babelio est un lieu de curiosités livresques multiples, les goûts et les couleurs les plus divers s’y mélangent, ce n’est pas si mal ; chacun y fait ses emplettes (listes) ou circule comme il veut, on s’y amuse aussi (je pense aux quiz)…

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Ma bibliothèque a évolué au fil du temps, au gré de mes nombreux déménagements. J’ai dû parfois me séparer de certains livres, j’en ai acquis de nouveaux avec toujours auprès de moi quelques compagnons essentiels (Marcel Proust, Stendhal, Milan Kundera). Pour ce qui touche à la littérature, sont majoritairement représentés les romanciers et nouvellistes français et européens, russes, nord-américains des XIXe, XXe et XXIe siècles, un peu les poètes. A côté de ces incontournables mes étagères accueillent aussi des essais, quelques textes philosophiques, des récits de voyages ou d’aventures, beaucoup de livres appartenant à tous les domaines de l’histoire de l’art et des arts déco (architecture, peinture, sculpture, dessin, design, etc.), des catalogues d’expositions, des monographies d’artistes. L’histoire du livre qui me passionne depuis longtemps, la reliure et l’histoire de l’estampe que j’ai étudiées sont en bonne place.

Grâce à Babelio les romans prenant l’œuvre d’art ou la création artistique pour sujet s’ajoutent maintenant au reste. Bandes dessinées, bouquins chinés ici et là sur des marchés aux livres, au marché Georges Brassens ou sur les quais à Paris, dictionnaires, atlas et encyclopédies diverses et bizarres, quelques collections ont aussi leurs coins dans cet ensemble en perpétuel remaniement.

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Vous semblez avoir une attirance particulière pour les beaux-livres et autres livres d’art, assez largement représentés dans votre bibliothèque. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Beaucoup de livres d’art, oui. Beaux-livres souvent. Je garde des souvenirs précis d’émois d’enfance pour des reproductions de gravures (Gustave Doré) ou de pages aquarellées dans des beaux-livres illustrés. L’association image/texte qui est le propre de la plupart des livres d’art m’est restée presque nécessaire. C’est une puissante source d’évasion, de rêverie, de réconfort, de beauté tout simplement. J’aime le tumulte de l’art.

Noël est un moment clé pour ce type de livres et les éditeurs d’art savent en tirer parti. Il faut juste choisir (Hazan, Taschen, Somogy, Diane de Selliers, Faton, Les Belles Lettres, Bnf, Gallimard, Rmn éditions, etc). Je n’avais pas su résister l’année dernière aux illustrations d’Alvim Corrêa pour la Guerre des mondes de H.G. Wells (Omnibus), cette année c’est le livre de Michel Pastoureau qui a mes faveurs : Le Loup : une histoire culturelle ! Approche historique et transversale très imagée d’une figure animalière qui me renvoie explicitement à des livres précocement aimés.

Les beaux-livres ont malheureusement la réputation d’être plus décoratifs qu’autre chose, finalement plus souvent déplacés de la table-basse à la bibliothèque que lus. Quel usage faites-vous de ce type d’ouvrages : vous les picorez, ou bien les dévorez du début à la fin ?

Quoi de plus mortel que ces visions de beaux-livres disposés sur un bout de canapé pour faire « joli » ! Je suis personnellement le genre de lectrice à ne jamais les laisser tranquilles. Dans un souci de conservation « l’armoire de grand-mère » a été la solution trouvée à leurs formats disparates et plutôt grands. J’aime m’immerger, depuis mes études, dans ce type de livres. Je les lis d’un bout à l’autre et de fond en comble pour ce qu’ils sont le plus souvent : des sources documentaires textuelles et iconographiques infinies (dans le cas par exemple des meilleurs catalogues d’expos).

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Comme tout m’intéresse dans les arts : les techniques autant que les débats qu’ils soulèvent, je suis une bonne cible pour les éditeurs de beaux-livres ! La lecture de ces livres est chronophage mais ne me déçoit que rarement. L’originalité et la nouveauté d’un sujet traité, le désir d’en approfondir un autre, le plaisir d’une recherche, la curiosité pour un artiste, un tableau, une visite d’expo etc., orientent mes choix. L’expérience me guide aussi : si la connaissance des auteurs est une aide, la lecture attentive des sommaires en est une autre. Bref si j’emprunte ou achète un livre d’art ou ce que l’on appelle un beau-livre c’est pour le lire, pas forcément immédiatement et, en supposant que je ne le fasse pas et que sa contemplation me suffise, je n’y vois aucun problème.

Etes-vous également amatrice de livres rares ?

Je ne recherche pas particulièrement les livres rares mais par goût des arts décoratifs j’acquiers quand je peux, pour le plaisir, un de ces petits cartonnages NRF (couverts de reliures souples aux décors exécutés par deux artistes actifs au XXe siècle, Paul Bonet et Mario Prassinos), produits par Gallimard, entre 1941 et 1967, reprenant de nombreux titres de leur catalogue de classiques de la littérature mondiale. Cette année, le même éditeur honore Guillaume Apollinaire et publie avec la Bnf, en coffret, un fac simile d’Alcools comportant les illustrations, très rares, de Louis Marcoussis pour cette œuvre. Le cadeau de Noël royal pour ceux qui aiment la poésie.

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Quel est le livre dont vous ne vous sépareriez pour rien au monde ?

La trilogie Nos ancêtres d’Italo Calvino (Le Vicomte pourfendu, Le Baron perché, Le Chevalier inexistant).

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Difficile de nommer ma première grande découverte littéraire. Je ne sais trop quoi répondre tant la formule prête à discussion. Je sais dater mon premier grand plaisir de lecture, c’est plus facile, avec les albums de Tintin. Les aventures du reporter à la houppette sont aussi parmi les premières à m’avoir rivée à des pages écrites et colorées. J’ai souvent pensé qu’Hergé m’avait enseigné la lecture : ce repli salutaire qui ouvre sur le monde. Je me suis retrouvée dans le livre de Michel Serres Hergé mon ami, un très beau livre.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Les Trois Bergers : du conte perdu au mythe retrouvé, pour une anthropologie de l’art rupestre sahariende Michel Barbaza. L’accès à un art que je méconnaissais et à une culture néolithique saharienne dont j’ignorais tout, reçu dans le cadre d’une opération Masse Critique en 2015.

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Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je relis souvent Milan Kundera mais ces derniers temps c’est La Place de l’Etoile (Patrick Modiano) que j’ai relu plusieurs fois, je ne sais pas pourquoi, j’y cherche quelque chose. Mais quoi ?

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Il y en a trop. Je voudrais lire plus certains auteurs sud-américains ou asiatiques. Pour la France, je crois être passée à côté de Gustave Flaubert à ma grande honte !

20181205_095323Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Noël approche. J’ai envie de parler d’un livre en rapport avec ce moment particulier de l’année où l’hiver arrive : Histoire de Tönle de Mario Rigoni Stern. Une histoire rude entre Tyrol et Dolomites, en rapport également avec une période funèbre de l’histoire commune européenne, la Première Guerre mondiale, dont on vient juste de  célébrer le centenaire de la fin. La vie de Tönle, passée aux confins de l’Italie du nord et de l’Empire austro-hongrois, a pour moi une forte résonance actuelle. A travers l’écriture splendide et poétique de Rigoni Stern, le berger transhumant Tönle, contrebandier, soldat, colporteur d’estampes et paysan, questionne le rapport aux frontières et la folie guerrière des hommes. Mieux que n’importe quel plaidoyer humaniste pour la paix. Lisez Tönle, c’est un récit montagnard chavirant, court et magnifique, une méditation profonde, qui mérite d’être beaucoup plus largement connue.

Tablette, liseuse ou papier ?

Je suis principalement « papier » pour son histoire, sa diversité, sa souplesse, sa légèreté de transport (édition de poche), son confort visuel dans mes lectures de longue haleine. Mais cela n’exclut pas que j’utilise une tablette pour d’autres types de lectures moins intensives. Je n’ai pas d’a priori négatif envers la liseuse électronique.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

J’aime lire sur mon balcon lorsqu’il fait beau. Dans ma chambre en hiver.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Ovide : « Rien ne meurt, tout change. »

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Après le moment qu’Haruki Murakami vient de me faire passer en sa compagnie (Le Meurtre du Commandeur, livre I, Une Idée apparaît), la suite sans hésiter : Livre II, La Métaphore se déplace. C’est le livre que j’aimerais trouver au pied du sapin, entre autres.

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D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une lecture étant chose éminemment subjective et personnelle, parler de « bonne critique » me semble périlleux. Je ne sais pas s’il y a des standards en cette matière. L’un des charmes de Babelio est de justement permettre l’expression de très nombreux points de vue de lecteurs. Certaines fines critiques passent inaperçues, d’autres ont beaucoup plus de visibilité. J’aime sentir un tempérament de lecteur dans une critique. Longue ou courte peu m’importe.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Une anecdote Babelio : l’année dernière je suis allée au pique-nique et j’ai attrapé un lumbago en restant trop longtemps assise par terre sur l’herbe. Merci aux organisateurs de prévoir des lieux avec des bancs pour les personnes âgées !

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Avez-vous une idée du ou des livres que vous allez offrir à Noël ? Et d’un livre que vous aimeriez trouver pour vous au pied du sapin ?

Au pied du sapin : outre le tome II du dernier Murakami, l’anthologie illustrée de poèmes Tout terriblement de Guillaume Apollinaire.

Merci à Alzie pour ses réponses !

A la rencontre des membres de Babelio (28)

Avec plus de 660 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Ce mois-ci, nous avons contacté une Babelionaute amatrice de new romance pour découvrir plus en profondeur ses lectures et ce genre. Par ici pour une traversée sous le signe de l’amour, de l’érotisme et du couple.

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Rencontre avec FiftyShadesDarker, inscrite depuis le 12 novembre 2015.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Babelio est un site, un réseau social livresque que j’ai découvert quelque temps après avoir ouvert mon blog livresque fin 2014 et début 2015. En effet, j’en ai beaucoup entendu parler sur les réseaux sociaux et sur les autres plateformes livresques où j’étais déjà inscrite. J’en ai parlé avec quelques personnes, qui ne m’en ont dit que du bien.

Après de nombreuses recommandations, je me suis donc inscrite et rapidement, j’ai apprécié ce site, notamment pour les citations que l’on peut ajouter et retrouver facilement pour toutes nos anciennes lectures. J’ai trouvé cela juste génial et je m’en sers encore pour les cours aujourd’hui.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Actuellement, il y a plus de huit cents romans qui sont de genres très différents. Mais il y a majoritairement de la new romance, de la romance ou encore de l’érotisme. Ce sont des genres que j’apprécie énormément notamment lorsque je veux des lectures sans prise de tête pendant les cours ou les révisions. Mais il y aussi beaucoup de bit-lit et de dark romance, deux genres que j’ai découverts récemment.

A côté de cela, j’ai aussi de la jeunesse, de la fantasy, du fantastique ou encore de la dystopie et des classiques. Ce sont des genres que je lis moins, mais que j’aime redécouvrir quand j’ai du temps devant moi.

Vous lisez beaucoup de new romance. Comment est né cet intérêt, et quels sont les livres incontournables dans ce genre selon vous ?

Depuis quelques années, la new romance est vraiment un genre que je lis super souvent. J’ai découvert ce genre avec la saga After d’Anna Todd lors de sa sortie en 2014. Et en ouvrant le blog cette année-là, j’en ai découvert de plus en plus et du coup, j’en ai énormément lu vu que j’avais eu de gros coups de cœur. Et je continue à en lire car je trouve ce genre très addictif par rapport à la romance plus classique.

Au niveau conseil, j’en aurais plein ! Mais je retiendrais les différents romans de Colleen Hoover, notamment Maybe Someday, Ugly Love et Confess. Ensuite, même si je ne pense pas l’apprécier pareil aujourd’hui, je dirais la saga After d’Anna Todd. Et enfin, je choisirais en dernier une saga dont j’ai longtemps entendu parler et que je suis en train de lire : la saga des Jeux de Jennifer L. Armentrout. Actuellement, j’en suis au troisième tome et j’ai vraiment eu deux coups de cœur pour les deux premiers tomes.

Quelle est la particularité de la new romance, par rapport à des romances plus classiques, ou même à la littérature érotique ?

C’est une question très compliquée, surtout que les avis divergent sur la question ! Pour moi, une romance est simplement un roman qui raconte une histoire d’amour entre les deux personnages principaux. Et la new romance est plus une histoire qui raconte le passage à l’âge adulte avec tout ce que cela entraîne : la découverte de la sexualité, les choix qui s’imposent ou encore les sacrifices, sur fond d’histoire d’amour. A l’heure actuelle, j’aime bien lire les deux genres. Mais quand j’étais plus jeune, je préférais la new romance, car j’arrivais mieux à m’identifier. Aujourd’hui, j’ai grandi et j’adore ces deux genres que j’alterne volontiers dans mes choix de lecture.

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Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Encore une question pas facile. Mais je choisirais ici le roman qui m’a permis de découvrir la lecture, mais surtout qui m’a donné envie de lire d’autres choses. Et ce roman, c’est Fascination de Stephenie Meyer, le premier tome de la saga Twilight, que j’ai découvert alors que j’étais en quatrième au collège. Ce n’était pas vraiment de la romance pure, mais il y en avait dedans et je dois dire que cela m’a donné envie d’en découvrir d’autres, d’abord avec des romans pour ados, puis, quand j’ai grandi, avec des romans plus adultes. Cela reste un des romans qui a marqué ma vie de lectrice, car sans lui, je n’aurais sans doute pas découvert tous les romans que j’ai lus après.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

les-heritiers-tome-1-la-princesse-de-papier-1023709-264-432Alors j’en choisis deux dans deux genres différents que j’ai découvert grâce aux Masses Critiques organisées par Babelio. Tout d’abord, il y a eu Les Héritiers, tome 1 : La Princesse de papier d’Erin Watt, qui a été un coup de cœur et qui m’a permis de découvrir une saga hors du commun que j’ai adoré suivre de tome en tome. Et c’est une new romance en plus ! Autant dire que ce genre me poursuit !

 

 

CVT_Interfeel_6118Mais il y a aussi Interfeel d’Antonin Atger, qui est un roman jeunesse plein de réflexions autour notamment de la place des réseaux sociaux dans notre vie actuellement. C’est une lecture que je recommande souvent à mon entourage et qui plaît énormément. Je suis ravie que Babelio me l’ait proposée.

 

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Alors là, je pense directement à Cinquante nuances plus sombres de E.L. James que j’ai lu au moins une centaine de fois depuis que je l’ai découvert. C’est mon préféré de la saga Cinquante nuances, mais surtout, c’est un roman que je trouve intéressant et il participe à mon appréciation de la romance érotique aujourd’hui. Mais, je dois dire que, dernièrement, il a laissé sa place à Darker de la même auteure, et qui reprend la même histoire que l’autre mais du point de vue de Christian Grey. Ce dernier, je l’ai même en audio livre sur mon portable, même si je n’ai pas encore fini mon écoute !

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Au départ, je dirais la saga des Jeux de Jennifer L. Armentrout. J’en entendais parler, mais je ne m’étais jamais lancée dedans, vu que j’étais en train de lire la saga Lux de la même auteure. Mais je l’ai commencée à l’été 2018 et elle est toujours en cours dans mes lectures. Et je ne peux que la recommander tellement elle est géniale ! Deux tomes de lus, deux coups de cœur.

Aujourd’hui, je dirais donc que j’ai honte de ne pas avoir lu Je te hais… passionnément de Sara Wolf. J’en entends beaucoup parler sur la blogosphère, mais je ne me suis pas encore lancée… Honte à moi ! J’espère y remédier en 2019.

Pam Godwin

Pam Godwin

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Je lis souvent des romans que l’on voit partout sur les réseaux sociaux, sur les blogs ou sur les réseaux livresques. Mais il y en a un qui avait marqué mon été 2018 et que je n’ai vu quasiment nulle part. Il s’agit de Notes noires de Pam Godwin, qui est une romance érotique que je ne recommanderais pas aux plus jeunes, mais plutôt à un public averti. Cette lecture m’a vraiment bouleversée autant par son histoire que ses personnages attachants. J’ai énormément aimé découvrir la relation entre les deux personnages principaux, mais j’ai encore plus apprécié les thématiques reprises par cette histoire, qui tourne autour des études et de la musique. Bref, Notes noires est un coup de cœur que je recommande !

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier à 100 % ! En fait, j’ai du mal à lire sur liseuse – je n’en ai pas – et sur tablette. Je préfère donc les romans papier et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’adore le principe d’avoir dans ma bibliothèque toutes mes lectures réunies. La mienne comporte actuellement plus de 800 bouquins. Ensuite, c’est toujours un plaisir d’aller en libraire pour acheter ces romans et je le fais au moins une fois par semaine, car cela me fait beaucoup de bien. Enfin, j’adore lire des livres papier, les sentir et pouvoir les ouvrir facilement. Bref, je suis pour le papier et cela pour bien longtemps.

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Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Question difficile, car je lis vraiment partout : dans les transports en commun, dans les amphis, dans les couloirs, dans mon salon, au bord de la piscine, dans ma chambre… Mais j’ai clairement une préférence pour mon lit quand il fait froid, notamment en hiver et j’aime plutôt être à l’extérieur et à l’ombre l’été, ou au bord de la piscine quand je suis en vacances. Mais après, c’est vrai que je peux lire n’importe où. Qu’il y ait du bruit ou non, quand je suis plongée dans ma lecture plus rien ne me perturbe.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Je relève souvent des citations dans mes lectures, que je mets d’ailleurs sur Babelio, car j’adore cela : j’en fais des articles…

Mais ici, je citerai une citation de Royal Saga, tome 2 : Captive-moi de Geneva Lee : « L’amour ne triomphe pas de toutes les difficultés, mais de moi, si. » J’avais beaucoup aimé cette citation, qui se trouve d’ailleurs sur mon blog. Je ne saurais dire pourquoi, mais voilà c’est celle-là et je trouve qu’elle représente bien ma vision de l’amour et j’aime retrouver cet esprit dans mes romances encore à l’heure actuelle, alors que cela fait des mois que j’ai lu cela.

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Au moment où j’écris cette interview, je sais que je vais lire The Covenant, tome 3 : Eveil de Jennifer L. Armentrout. Et je l’ai choisi, car c’est celui qui me tentait le plus : j’avais hâte de le découvrir après avoir lu les deux premiers tomes à leur sortie il y a quelques mois.

En fait, je choisis toujours mes lectures par rapport aux romans qui me tentent le plus dans ma PAL. Parfois, cela n’est pas facile, alors je fais un peu au pif. Et encore heureusement, ma PAL n’est pas énorme, sinon je ne sais pas comment je ferais.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

C’est une question très complexe ! Je recherche, dans les critiques que je lis, à savoir si je vais apprécier un roman quand je ne l’ai pas lu. Ainsi, cela me permet de choisir certains de mes futurs achats quand plusieurs critiques semblent dire la même chose et que l’histoire semble me plaire.

Et quand j’ai déjà lu un roman, j’aime bien savoir ce qu’une personne en a pensé en positif ou en négatif pour pouvoir en parler avec lui/elle. Cela permet d’avoir une base pour débattre du roman et pour comprendre les avis de tout le monde.

Mais je trouve qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise critique, chacun recherche des choses différentes et donc chacun doit les écrire comme il le souhaite.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je dois dire que je n’en ai pas vraiment… Mais à chaque fois que je vais lire des articles ou bien des avis sur ce site, ma wish-list augmente et je ne suis jamais déçue de ces lectures. Du coup, je le recommande vraiment à tous ceux qui veulent faire des découvertes originales quel que soit votre genre de lecture !

Et comme je l’ai dit au-dessus, ce sont les lectures que je découvre pendant les Masses Critiques qui sont souvent d’excellentes lectures et qui me permettent de découvrir de nouveaux genres, de nouvelles maisons d’édition, de nouveaux auteurs. Et pour cela, je ne remercierai jamais assez Babelio et son équipe de faire vivre cela à leurs lecteurs.

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Pouvez-vous nous parler un peu de votre blog ?

Comme je l’ai dit un peu plus haut, j’ai créé mon blog Fifty Shades Darker en 2014 sur Skyrock pour passer sur Blogger en 2015 ; Depuis, j’écris régulièrement des chroniques sur toutes mes lectures, surtout sur des romances pendant l’année scolaire et sur de nombreux genres différents l’été. En plus, j’écris des articles divers autour de la lecture, mais pas que, il y en a sur ma vie, mes études, le sport… Bref, j’essaye de varier !

Ce blog, c’est mon bébé. Je l’ai créé pour ceux qui me lisent, mais surtout pour moi, pour me détendre. Car oui, je prends du plaisir à le mettre à jour et à écrire dessus. Et ce même si mon but au départ était de partager avec un maximum de personnes, de faire des rencontres, de me détendre notamment.

Ce qu’il faut savoir c’est que mon blog est juste mon petit univers et qu’il me représente.

Merci à FiftyShadesDarker pour ses réponses !

Roberto Saviano et la mafia : du menu fretin aux gros poissons

Si la question « Quel livre a changé votre vie ? » lui était posée, on imagine aisément Roberto Saviano répondre : « Gomorra. » A l’instar d’un auteur comme Salman Rushdie, cible en 1989 d’une fatwa déclenchée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini suite à la publication des Versets sataniques, l’auteur italien connaît le poids des mots et la violence que la libération de la parole peut déclencher. Paru en 2006, son essai sur la Camorra a défrayé la chronique en Italie en raison de l’exactitude des faits qui y sont relatés. Il poursuivra son travail courageux d’investigation dans Extra pure : voyage dans l’économie de la cocaïne (2013).

C’est donc inévitablement paré de cette aura – et toujours escorté d’un (discret) service de protection policière – que Roberto Saviano rencontrait 30 lecteurs de la communauté Babelio et des libraires, ce lundi 8 octobre, soit trois jours après le viol et l’assassinat de la journaliste Viktoria Marinova suite à la diffusion d’un reportage sur des fraudes aux fonds européens en Bulgarie. Une information d’ailleurs relayée par Roberto Saviano lors de cette matinée, rappelant que le climat ne s’est pas adouci pour les journalistes et écrivains de sa trempe ces dernières années.

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Le réel, le fictionnel et la vérité

Accompagné de son éditeur chez Gallimard, Matteo Cavanna, l’auteur de Gomorra était certes venu présenter un nouveau livre, mais dans un registre inhabituel. Cette fois, Roberto Saviano s’éloigne de l’enquête journalistique et signe son premier roman paru chez Gallimard en français sous le titre Piranhas. Le roman de Roberto Saviano s’inscrit au cœur du débat qui agite le milieu littéraire et qui consiste à distinguer ce qui relève de la fiction ou du réel dans la création littéraire. Pur roman d’invention, « narrative non fiction », enquête journalistique ? Roberto Saviano surprend en précisant : « Mes deux précédents livres sont des romans… mais qui sont de la non-fiction. » A contrario, il insiste sur l’aspect fictionnel de Piranhas et tient à le distinguer de ses précédents ouvrages : « Pour moi ce livre est le contraire de Gomorra, ici je pars de la réalité pour en tirer de l’émotion, développer la relation entre le lecteur et les personnages. Je voulais entrer dans la tête de ces gamins qui fondent leur gang, leur paranza. Dépasser le factuel de mes autres livres pour faire un pacte propre au roman avec le lecteur : si tu me fais confiance, je te fais découvrir ce monde. Je te montre comment ça marche de l’intérieur, comment ils pensent et agissent. »

Si l’on en croit les critiques sur Babelio et ailleurs, voilà un contrat rempli : nombre de lecteurs, dont celui qui écrit ces lignes, ont été captivés par le cauchemar représenté par ces jeunes de 10 à 19 ans prêts à tout pour fonder leur propre « famille » et se tailler une (large) part du gâteau, le plus vite possible. «Évidemment je suis parti de sources tout à fait véridiques, d’écoutes téléphoniques pour écrire les dialogues, et d’entretiens avec les survivants de cette histoire. » Car cette histoire, celle d’une bande de gamins du quartier Forcella de Naples, est tout à fait réelle : en 2016, quelques dizaines d’entre eux tentent de prendre le contrôle du quartier à coups d’assassinats, d’extorsions et de trafics de drogues. Or « les membres de ces baby-gangs (comme on les appelle en Italie) n’ont plus le temps de connaître un parcours criminel classique, balisé, ils veulent avoir la fortune et le pouvoir le plus rapidement possible, puisque ce sont aujourd’hui les indicateurs de réussite les plus valorisés dans nos sociétés ».

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La mafia : l’autre nom de l’ultralibéralisme

En effet, on constate que ces enfants sont le pur produit de leur époque. Loin des demi-clichés habituels sur la mafia, « presque aucun d’entre eux n’est fils de mafieux ; aucun ne souffre de la faim ; ils sont tous les enfants d’une petite bourgeoisie qui s’écroule ». Ils sont fascinés dès leur plus jeune âge par la mort et la violence, par ce que l’argent peut offrir immédiatement. « Ils veulent tout et tout de suite » à l’image de leur chef de gang, Nicolas Fiorillo (dit « Maharaja »), qui a su faire sien les préceptes d’un autre Nicolas, Nicolas Machiavel. Pour lui, il n’y a que deux camps : « les baiseurs et les baisés ». On est « baiseur ou baisé dès la naissance », et c’est plus une question de caractère que de classe sociale. Moins familièrement, pour lui comme pour les autres, « la seule chose à choisir, c’est si tu vas faire ou subir l’injustice. Le reste, c’est de l’hypocrisie. »

Comme dans Gomorra, Roberto Saviano dénonce dans Piranhas l’influence du capitalisme dans les comportements humains, l’argent et le pouvoir devenant des carburants. On est frappé par les parallèles entre les multinationales les plus viciées, et les baby-gangs : « Peu importe l’autorité, pour eux il n’y a que la concurrence contre laquelle on doit lutter. Le sacrifice est une nécessité. Je veux que le lecteur comprenne ce qu’il y a de ces gamins en eux. Ça ne concerne pas que la mafia, mais plutôt le fait de vivre à notre époque. »

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Appétit pour la destruction

Pas étonnant après ça de lire sous la plume de Roberto Saviano le meurtre d’un parrain par un enfant de 10 ans, de voir le baby-gang faire une descente à scooter dans le centre ville de Naples pour tirer des rafales sur les vitrines en plein jour, ou encore de découvrir l’humiliation qu’un membre du gang va subir pour avoir commis une faute. La façon qu’ont ces enfants de tuer sans frémir avant de rentrer chez papa-maman vous glace les sangs. « Ces gamins tuent puis vont dormir chez leurs parents. La mort est plus une nécessité qu’un risque pour eux, ça ressemble assez à du suicide. D’ailleurs dans le livre il y a un passage où certains s’extasient devant des photos de jeunes djihadistes partis mourir au combat. Pour moi le lien est évident. On ne comprendra jamais les djihadistes si on ne comprend pas ces bandits qui aiment Daesh parce qu’il tue tout le monde et fait peur à tout le monde. »

À cet égard, Naples apparaît comme un terroir propice à une certaine morbidité, vu la vitesse à laquelle les enfants sont confrontés à des cadavres. On trouve cette phrase dans Piranhas : « À Naples, on ne grandit pas : on naît dans la réalité et on la découvre peu à peu. » Et l’auteur d’expliciter : « Je suis né à Naples en 1979, mon premier mort je l’ai vu à 12 ans, un type tué dans une voiture à la kalachnikov. Avec mes amis, on se sentait grands de voir ça, et après on cherchait à voir plus souvent des victimes de mort violente. On essayait de comprendre quelle arme avait servi, par exemple. Au passage, souvent le cinéma donne une image fausse ; dans la réalité, la mort est très rapide, il n’y a pas de mise en scène dans la réalité. Ces enfants vivent ces dynamiques de mort comme moi, mais en y ajoutant un désir de mort. La culture italienne est une culture de guerre. Je me souviens de ces mots du juge Falcone pour dire qu’il n’avait pas peur, quelques semaines avant d’être assassiné par la mafia : « Moi je suis sicilien, et ma vie vaut moins qu’un bouton de ma veste. »

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Violence dans la culture = culture de la violence ?

Lorsqu’un lecteur lui demande si justement ses livres et ses adaptations, notamment Gomorra lu et vu en série jusque dans les cités françaises, ne participent pas de cette culture de la violence, l’écrivain napolitain répond : « Ma seule préoccupation, c’est l’authenticité. Je ne veux pas vous faire aimer ces personnages, mais cherche au contraire à démonter l’effet de fascination à travers l’horreur de certaines situations, auxquels les membres du gang sont eux-mêmes confrontés du fait de leurs actes. Ça n’est pas parce qu’on lit un livre sur la mafia que l’on devient mafieux. Je suis d’accord pour dire qu’il y a une fascination pour la violence largement partagée par la jeunesse, qu’elle soit riche ou pauvre. Mais là où les plus bourgeois continuent à vivre leur vie normalement, les plus défavorisés vivent effectivement dans une réalité proche de ce qu’ils voient à la télé. Donc cette culture de la violence fonctionne là où la société ne fait pas son travail ! »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le premier roman de Roberto Saviano n’aura pas laissé indifférents les lecteurs présents, et que ces « Piranhas » aux dents aiguisées ont marqué les esprits.  On n’en attendait pas moins d’un auteur qui ne cesse de se mettre en danger pour défendre ses idées et continuer à résister aux attaques permanentes de ceux qui préféreraient qu’il se taise. Après une séance de dédicace rapide (car imprévue), l’auteur nous aura laissés avec autant de réponses que de questions, et au moins aussi troublés qu’après avoir tourné la dernière page de son premier roman.

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Découvrez Piranhas de Roberto Saviano, paru aux éditions Gallimard (collection Du monde entier).

A la rencontre des membres de Babelio (27)

Avec plus de 650 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. En ce Mois de l’imaginaire, nous avons le plaisir de vous faire rencontrer un lecteur passionné de science-fiction, fantasy, fantastique, et toutes leurs déclinaisons.

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Rencontre avec fnitter, inscrit depuis le 31 janvier 2012.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

Je cherchais des livres à lire sur un grand site marchand et j’étais fasciné par les critiques écrites par finitysend, un modèle d’érudition en SF. Je m’étais dit à l’époque : Et pourquoi pas, donner envie moi aussi, à d’autres lecteurs ? Et me voilà embarqué dans la critique à tout va. Mais le côté mercantile et surtout la tendance de certains à descendre des critiques, juste pour monter en réaction dans le classement, ou peut-être même pour le plaisir, m’agaçait prodigieusement. C’est en cherchant sur Internet un site qui n’avait pas ces inconvénients que je suis tombé sur Babelio. J’ai tout de suite été séduit. Facile d’utilisation, convivial et si quelqu’un n’aimait pas mes critiques, il pouvait le dire, mais il fallait argumenter. Je n’en suis plus jamais reparti. (Et j’y ai même amené finitysend.)

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Essentiellement de la science-fiction de tous les genres et sous-genres possibles et imaginables du plus bourrin au plus poétique. Je n’ai lu que cela pendant des années. Et doucettement, je me suis rendu compte que la fantasy pouvait m’apporter aussi ce que je recherchais tant dans la SF et des ouvrages de cet autre genre sont venus grossir les rangs. Je suis un fan inconditionnel et presque absolu de la littérature de l’imaginaire. Presque, parce qu’on peut depuis quelques années maintenant, retrouver  dans ma bibliothèque de l’aventure maritime ou historique. Je vous passe toutes les BD d’enfance que je relis encore et toujours.

Vous lisez beaucoup de littératures de l’imaginaire et participez activement au Groupe dédié sur Babelio. Comment est né cet intérêt, et qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

fondationPar hasard. J’avais 13 ans. Je ne lisais pas (ou plus), en dehors des romans scolaires imposés bien rébarbatifs – j’ai développé depuis une sorte d’allergie à la littérature blanche. Un catalogue France Loisirs plus tard (imposé par mes parents ? Étais-je volontaire ?) je découvrais Fondation d’Isaac Asimov. Une révélation. Je n’ai plus jamais quitté la SF.

La réponse à la seconde question tient en un seul mot : Évasion…

Mais argumentons un peu : Quel « genre » permet de lire un jour, un roman d’espionnage, une autre un roman de guerre, un polar, un roman d’amour, un essai philosophique (ou presque) tout en conservant une part de merveilleux et surtout cette capacité à surprendre ? À rêver ? À frissonner ? À s’évader ? Mais aussi à s’instruire ? La SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique, pour les intimes). Pour moi, la littérature de l’imaginaire reste la meilleure littérature de loisirs et n’est pas (ou plus ? ) un refuge pour ado un peu geek.

Je critique pour les convaincus, mes billets sur Babelio permettent de les orienter vers un titre précis. Mais ma plus grande joie, c’est de convertir (bon allez, disons « décider », « amadouer ») un « allergique » au genre. Et quand un Babelionaute me dit que grâce à ma critique, il s’est laissé tenter par un livre de SFFF et qu’il a adoré, ça me transporte et me convainc de continuer. (Bon ça flatte aussi sauvagement mon ego et c’est toujours bon à prendre.)

Quels sont les livres de l’imaginaire qui vous semblent incontournables, et pourquoi ceux-ci ?

Il y en a tellement. (Et j’ai fait des listes d’ailleurs sur ce thème.)

Raison pour laquelle je vais me contenter de deux :

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En SF : Dune de Frank Herbert (et s’il doit y avoir une couverture d’illustration, je veux celle de l’édition Pocket de 1987).  Je devais donc avoir 16 ans si je calcule bien. Et si j’ai adoré mes premiers livres de SF, Dune est probablement la première et l’une de mes plus grandes claques littéraires. Un livre-univers, un space opera (et un planet opera), un roman d’aventure, de guerre, d’amour, politique, religieux. Ce livre mérite tous les superlatifs  laudatifs que je pourrais lui trouver. La quintessence de la SF. (Tiens, il faudra que j’en réécrive la critique sur Babelio un de ces quatre.)

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Et s’il y a UN titre qui peut concurrencer Dune en matière de giroflée à cinq pétales, on va faire dans l’éclectisme et choisir de la fantasy, française de surcroît (puisqu’il faut bien l’avouer j’ai une petite prédilection pour la littéraire américaine et anglo-saxonne), c’est La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Une œuvre qu’on adore ou qu’on déteste, (il n’y a souvent pas de juste milieu) et qui m’a laissé sur le carreau. Une œuvre forte, poignante, prenante, on ne ressort pas indemne de cette histoire. Mais au contraire de Dune que j’ai lu de multiples fois, je n’ai jamais osé relire celle-ci.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Ça peut paraître bête après tout ce que je viens d’écrire mais ma première grande découverte littéraire c’est : Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Un classique parmi les classiques. On est d’accord. Mais mais mais… Ne serait-ce pas de la littérature de l’imaginaire ?

On peut le qualifier de livre pour enfant ou de littérature jeunesse, de conte philosophique, de livre fantastique (mais pas de SF, certes). On peut le lire avec plusieurs niveaux de compréhension mais avec une constante, le rêve, l’évasion et le merveilleux. Lu enfant, lu adolescent, lu adulte. C’est l’un des livres qui m’a le plus marqué, ne serait-ce que parce que c’est l’un des plus anciens dont je me souviens. (Je vous passe les Oui-oui et le Club des cinq.) Raison pour laquelle peut-être, je ne l’ai jamais critiqué ou cherché à argumenter dessus.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Franchement ? Aucune espèce d’idée. Aussi vais-je vous faire découvrir mon dernier coup de cœur associé à Babelio puisque c’est un livre que j’ai pu obtenir grâce à l’opération Masse Critique (et que je n’aurais probablement jamais acheté d’initiative) : Le Peuple de la brume de José Eduardo Agualusa. Un magnifique voyage au pays des rêves, à mille lieux des récits post-apocalyptiques pleins de fatalisme, de violence, de haine et de triste réalité (que j’affectionne par ailleurs), un voyage initiatique résolument optimiste et léger qu’on lit la tête dans les nuages et des étoiles plein les yeux.

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David Weber © DR

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Et là, après l’envolée lyrique de la question précédente, on redescend sur Terre, mais on se ré-envole dans l’espace. Mission basilic de David Weber. Même, en fait,  probablement  les 11 premiers tomes de la série qui doit compter plus d’une vingtaine de titres (en comptant les spin off). LE livre qui m’a fait prendre conscience que la science-fiction militaire, dont je suis si friand, était un genre à part entière et qui m’a fait découvrir, grâce aux recherches avec ces mots-clés, l’univers bien plus trash de Warhammer 40.000 et Fantômes de Gaunt de Dan Abnett.

Pour les néophytes, la SF militaire c’est la science-fiction qui met en scène, la plupart du temps, des militaires, avec comme corollaire le plus fréquent : la guerre. Les titres les plus emblématiques de cette sous-catégorie : Étoiles, garde à vous de Heinlein, La Stratégie Ender de Card, La Guerre éternelle de Haldeman.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Aucun. Si j’ai envie de livre un livre, je le lis et sinon, je n’ai aucune espèce de remord à laisser de côté un livre qui ne m’intéresse pas. Honte d’avoir lu certains livres ? Oui très probablement (et même sûrement), mais je ne donnerai aucun titre. Mais le contraire ? Non. Je dois avoir 1 500 titres dans ma PAL (dont la plupart restent à acquérir d’ailleurs). J’ai de quoi satisfaire ma soif de lire pour plusieurs vies, vu que cette PAL ne cesse de grossir.

Bon, pour essayer de répondre à la question, tout en collant à l’actualité , je dirais : La Servante écarlate de Margaret Atwood, plusieurs fois en tête de PAL, mais que je repousse à chaque fois pour un titre plus léger.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Tiens, changeons totalement de registre (et après tout, j’ai dit tout en haut que je m’ouvrais au roman d’aventure historique). Seulement 41 petits lecteurs sur Babelio : L’Aigle de Sharpe de Bernard Cornwell.  Un époustouflant roman d’aventure guerrière sur fond historique durant les guerres napoléoniennes en Espagne. Un régal totalement addictif.

Tablette, liseuse ou papier ?

Tablette, non. Je n’en ai même pas. Longtemps papier (avant l’invention des liseuses), longtemps réfractaire à la liseuse, avec les mêmes arguments que tout le monde (l’odeur du papier, la page qu’on tourne, l’objet sacré, etc.). Et puis j’ai découvert… la liseuse. C’est quand même vachement pratique ce truc. Ça s’emmène partout, ça tient dans la poche. Et quand on est à l’extérieur, qu’on a presque fini son bon gros pavé et qu’on doit en attaquer un autre ? Deux kilos de paperasses dans le bahut ou un peu d’électronique ? Et au final, au risque de m’aliéner les puristes adeptes de la secte du papier, dans un bouquin, c’est l’histoire qui compte.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Là où je me trouve. J’emmène toujours un livre avec moi. Mais l’endroit où je lis le plus souvent reste quand même mon canapé. MA place sur la canapé. Celle avec le trou pile poil à la taille de mes fesses. Normal ce sont elles qui l’ont fait, ce trou. Un peu de musique et le tour est joué.

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George R.R. Martin © DR

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Et bien je vous avoue que non, rien de spirituel ou de marquant qui ne me vienne spontanément à l’esprit. Donc pour tricher un peu je suis allé sur les citations que j’avais postées sur Babelio et je suis tombé sur une citation plutôt très à propos :

« L’esprit a autant besoin de livres qu’une épée de pierre à aiguiser pour conserver son tranchant. » (George R.R. Martin, Le Trône de fer).

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

J’ai toujours une bonne dizaine de titres en réserve, plus ou moins classés, qui varient souvent en raison de mes derniers achats coup de cœur. Mais sauf à vouloir absolument lire le dernier David Weber sorti, L’Ombre de la victoire (très décevant d’ailleurs), c’est plutôt : « Chérie, donne-moi un chiffre entre 1 et 5. »

Bon, pour ce mois-ci, j’ai un impératif (très agréable d’ailleurs) : Le Trésor des Américains de Fabien Clauw, une histoire d’aventure maritime à la fin du XVIIIe, côté français (pour une fois), mon dernier livre gagné, grâce encore à la Masse Critique.

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Fabien Clauw © DR

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Même s’il m’arrive d’en lire et de les apprécier, je n’aime pas les critiques trop longues. Souvent trop descriptives. (Je fais exception de quelques Babelionautes qui se reconnaîtront sûrement s’ils lisent cette interview.) 30 lignes c’est un maximum, mais j’avoue qu’il m’est arrivé de dépasser. Je n’aime pas non plus les « critiques » qui tiennent en 20 mots (en est-ce d’ailleurs?). Un résumé n’est pas nécessaire non plus. Une phrase d’accroche, un petit aperçu du pitch du livre, un ou deux, j’ai aimé parce que, ou j’ai détesté parce que. Une ch’tite conclusion et le tour est joué. Comment ça, c’est ce que je fais ?

Blague à part : une bonne critique c’est celle qui donne envie de lire le livre ou qui explique pourquoi on n’a pas aimé, sans forcément donner d’avis péremptoire (bien que cela me soit déjà arrivé). Point.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

On écrit des billets ici, pour orienter un lecteur potentiel, mais aussi, on ne va pas jouer les faux-culs, pour être lu et reconnu. (Sinon on se désinscrirait tous des insignes Babelio.) Et quand il m’arrive IRL de discuter SFFF, je demande toujours à la personne si elle connaît et/ou si elle est inscrite sur Babelio. Et là Paf ! Fnitter, c’est moi. C’est toujours gratifiant de se voir reconnu en dehors des amis « réseaux sociaux ».

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Du 31 octobre au 5 novembre se tiendra à Nantes l’édition 2018 des Utopiales : y êtes-vous déjà allé ? Est-ce que vous êtes attaché à certains festivals/salons littéraires, liés à l’imaginaire ou non ?

Non, parce que c’est très très loin à la nage. Mais sinon j’avoue n’avoir jamais fréquenté un festival ou salon littéraire. Plus jeune je trouvais mon inspiration dans une grande librairie de livres d’occasion que tout Parisien lecteur de ma génération a connu ou dans Le Science-fictionnaire de Stanislas Barets. Maintenant, mon inspiration, c’est tout bêtement Internet. Babelio bien sûr, mais aussi nooSFere.

Merci à fnitter pour ses réponses !