Les livres du moment #4 – jeudi 23 avril 2020

Connaissez-vous les pages de recommandations par genre sur Babelio ? Chaque jour, l’équipe du site trie et sélectionne les livres les plus appréciés des Babelionautes pour vous faire découvrir des parutions récentes, agrémentées d’une critique de lecteur. Et chaque semaine nous vous proposons désormais sur le blog de retrouver une liste de dix ouvrages, soit un par catégorie, afin de suivre l’actualité littéraire au plus près.

Littérature française : Christophe Matho, Orazio (Ramsay)

Derrière ce titre évoquant un très célèbre poète latin se cache en fait le premier roman de Christophe Matho. Et de la Rome antique à l’Italie moderne, il n’y a parfois qu’un trait de plume, puisque Orazio raconte l’histoire rocambolesque d’un manuscrit découvert par un jeune Italien fuyant le fascisme dans les années 1930, un manuscrit contenant une énigme, et dont l’auteure a souhaité la découverte tardive pour s’assurer une postérité. De la Toscane à la Creuse, des horizons proches de Florence aux paysages de la Vallée Noire, on retrouve le goût de Christophe Matho pour les traditions populaires, l’Histoire, et le voyage entre les époques.

Un livre qui a enchanté Dominique-Joelle, auquel elle a tout simplement mis la note de 5/5 : « Nous sentons que l’auteur a pris plaisir à écrire ce roman, qu’il s’est amusé même, c’est sans doute pour cette raison que le livre est aussi léger, alerte même et cela joue étonnamment pour la tension narrative. La maîtrise parfaite de son sujet donne à l’auteur une agréable liberté qui rejaillit sur le lecteur et fait d’Orazio un roman solide. »  

Littérature étrangère : Zhenyun Liu, Un parfum de corruption (Gallimard)

Si l’on entend beaucoup de choses à propos de la Chine ces derniers temps – notamment au sujet de sa puissance économique et donc de son emprise politique sur le monde, mais aussi de son rôle dans l’apparition d’une pandémie actuelle dont vous avez certainement entendu parler -, c’est souvent à travers un regard étranger, et fréquemment journalistique. Pour découvrir de l’intérieur ce gigantesque pays et ses mœurs contemporaines, on avait bien envie cette semaine de se plonger dans le nouveau roman de Zhenyun Liu, visiblement aussi drôle qu’instructif sur les déboires et pérégrinations d’une jeune femme suite au vol de la dot promise à son frère par sa fiancée. Ou quand les mots « mensonge », « hypocrisie », « corruption » prennent une coloration plus intime dans l’Empire du Milieu.

Voilà qui a convaincu Squirelito : « Sexe, corruption et vidéo. Trois vocables pour résumer simplement le nouveau roman de Zhenyun Liu qui s’avère aussi complexe que captivant sur la Chine contemporaine et ses dérives. »  

Polar et thriller : Sylvie Baron, Un coin de parapluie (Calmann-Lévy)

Ils vous protègent hiver comme automne (sans parler des averses le reste de l’année), mais connaissez-vous vraiment les fabricants de parapluies ? Sylvie Baron nous invite à en savoir plus avec cette plongée dans une famille investie dans le pébroc depuis plusieurs générations. A sa tête, une femme d’affaires au caractère bien trempé (sic), Hélène Vitarelle, dont les excès font une cible idéale. Elle est effectivement assassinée, et tout porte à croire que c’est son gendre Jacques Naucelle qui a fait le coup ; mais Nina en doute, et demande à sa tante Joséfa de mener l’enquête, de l’intérieur.

Entre polar rural mettant en scène le Cantal et intrigues familiales, ce cocktail a séduit Enya75 : « J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce cosy mystery auvergnat. La psychologie des personnages est bien marquée, surtout celle des plus attachants. La campagne du Cantal est joliment décrite, l’exactitude de ses paysages et de ses atmosphères sait charmer… Le suspense est habilement entretenu, distillé par petites touches. » 

Bande dessinée : Stéphane Tamaillon (scénario) et Priscilla Horviller (dessin), La Baronne du jazz (Steinkis)

Une biographie en bande dessinée, ça vous tente ? Le duo Stéphane Tamaillon et Priscilla Horviller font résonner le jazz haut et fort avec cet album consacré à la mécène, amie et muse de très grands noms de ce style musical : Pannonica de Koenigswarter. Aujourd’hui largement méconnue, elle fut pourtant au centre de la scène new-yorkaise bebop particulièrement bouillonnante des années 1950-1960. Mais qu’en coûte-t-il à une femme émancipée et sortie du sérail de la famille Rotschild, de côtoyer Art Blakey, Dizzy Gillespie, Charlie Parker et Thelonious Monk ? Sans doute sa réputation de femme vue comme un peu trop libérée, entre les joints qu’elle fume et les personnes de couleur qu’elle fréquente, dans une Amérique encore très pudibonde.

Un hommage en bande dessinée dont Sdlmag nous parle avec enthousiasme dans sa critique : « Une biographie saisissante d’une grande dame aussi libre que flamboyante dont le destin nous entraîne dans les coulisses du jazz… Impossible de refermer l’album sans être pris de la furieuse envie de réécouter les standards évoqués dans ses pages. » 

Manga : Gou Tanabe, La Couleur tombée du ciel (Ki-Oon)

Quand l’Est et l’Ouest se rencontrent, cela donne une série de mangas consacrée aux chefs-d’oeuvre de l’immense Howard Phillips Lovecraft. Et qui de plus compétent que Gou Tanabe, déjà auteur d’adaptations d’œuvres d’Anton Tchekhov et Maxime Gorki pour s’atteler à la mise en images des textes de l’homme de Providence ? Ou comment illustrer l’effroi le plus cru, la terreur la plus glacée, dans de beaux livres de quelques centaines de pages à chaque fois. Pour ce quatrième tome de la série, voici donc La Couleur tombée du ciel, nouvelle dans laquelle Lovecraft « s’amuse » à imaginer une représentation tout à fait inhumaine d’une vie extraterrestre, dans son style si caractéristique. Petit conseil : n’oubliez pas de fermer la porte et d’allumer toutes les lumières chez vous avant de vous plonger dans cette lecture.

Et à lire sa critique, on a l’impression que la Babelionaute Tachan a quelque peu frissonné : « L’ambiance du récit est toujours aussi sombre, mystérieuse et dérangeante. Il n’y a pas à dire, Lovecraft sait nous inquiéter avec des événements qui sortent du commun et viennent bousculer notre quotidien. »  

Jeunesse : Sylvie Baussier et Auriane Bui, Mystères à Versailles (Nathan)

Ces jours-ci, vos enfants ont du temps, notamment pour vous solliciter toute la journée. C’est donc LE MOMENT OU JAMAIS de les mettre à la lecture. Et pourquoi ne pas les intéresser à l’Histoire de France avec ce court roman illustré signé Sylvie Baussier et Auriane Bui ? Dans ce premier tome d’une série consacrée à l’époque du Roi-Soleil, Louise et Nicolas enquêtent sur la mystérieuse nouvelle servante, Margot. Un moyen ludique d’apprendre et de se représenter une époque, pour les 7 à 11 ans.

Un livre qui emballe visiblement les plus grands, si l’on en croit les bonnes notes recueillies, et la critique d’Analire : « Un roman historique jeunesse, magnifiquement illustré, qui permet aux plus jeunes d’aborder de façon ludique et divertissante l’époque du Roi-Soleil. J’ai beaucoup aimé et attend les prochains tomes avec impatience ! » 

Jeune adulte : Brooke Skipstone, Embrasser mes blessures (Skipstone Publishing)

On ne pouvait pas ne pas vous parler cette semaine de Embrasser mes blessures de Brooke Skipstone, livre jeunesse auto-édité disponible en numérique qui affiche pour le moment la note moyenne de 5/5. Soit un thriller pour jeunes adultes dans lequel on suit Hunter, victime d’un effacement de son passé par un docteur, à la demande de son père. Mais bientôt resurgissent en lui les souvenirs violents d’autres personnes, qu’il va pouvoir aider à ses risques et périls. Heureusement, son amie Jazz est là pour le soutenir dans ce qui s’annonce comme une plongée dans la souffrance pour en sortir plus forts.

Un roman dont Morganemz fait l’éloge, à l’instar d’autres lecteurs : « Les paysages alaskans symbolisent à la perfection la dynamique qui traverse tout le roman, tantôt noir, sombre, froid tantôt doux et plein de poésie. De la violence à l’amour, de l’horreur au sublime, Embrasser mes blessures n’a cessé de me surprendre. » 

Imaginaire : Dawn Kurtagich, The Dead House (Le Chat noir)

Il y a des livres horrifiques qui sont comme des labyrinthes pour l’esprit, des œuvres auxquelles on pourrait prêter une vie autonome, et qui semblent exister pour ouvrir des portes dans nos subconscients. A titre d’exemple, des textes comme La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski ou L’Alphabet de flammes de Ben Marcus sont d’indéniables réussites. A la lecture de son résumé (et des avis dithyrambiques sur Babelio), on sent que le premier roman de Dawn Kurtagich suit la même trajectoire : « Une vingtaine d’années s’est écoulée depuis que l’enfer s’est abattu sur le lycée Elmbridge, emportant la vie de trois élèves et laissant Carly Johnson portée disparue. La principale suspecte : Kaitlyn, « la fille de nulle part ». Le journal de Kaitlyn, découvert dans les ruines, révèle un esprit perturbé. Ses pages racontent une nouvelle version de l’histoire, bien plus sinistre et tragique, et la fille de nulle part se retrouve au centre de tout. Beaucoup disent qu’elle n’existe pas, et d’une certaine manière, c’est vrai – elle est l’alter ego de Carly Johnson. Carly est là le jour, laissant place à Kaitlyn la nuit. Et c’est durant la nuit que le mystère de la Maison Morte se dévoile, fruit d’une magie sombre et dangereuse. » Intriguant, n’est-ce pas ?

D’autant que Moonstone l’évoque en ces mots forts alléchants : « Un roman ultra original par sa forme (des extrait de journaux, des rapports de police et des compte-rendus psychiatriques) et par ses personnages (deux âmes se partageant un même corps). J’ai adoré suivre cette histoire qui brouille habilement la frontière entre réel et fantastique, vous faisant tout le temps douter, et je dois dire que l’autrice est très forte pour camper des personnages crédibles et attachants. » 

Roman d’amour : Valérie Cohen, Depuis, mon cœur a un battement de retard (Flammarion)

« All you need is love », chantaient les Beatles. J’imagine qu’en cette période, on est autorisés à prendre une double ration ? Alors c’est parti pour deux fois plus d’amour et le dernier roman de Valérie Cohen (bientôt disponible au format poche chez J’ai Lu), nous racontant l’histoire d’Emma, une femme épanouie et talentueuse. Pourtant, Emma repense chaque année au jour où son amour de jeunesse l’a quittée. Et quand elle retrouve sa trace vont se poser des questions existentielles et des choix décisifs à propos de l’importance d’un premier amour et de la personne avec qui elle souhaite partager sa vie…

Une lecture ayant réchauffé le cœur d’Anais16 : « Quel doux roman ! Enveloppant comme une tasse de chocolat en plein hiver ! Un mélange judicieux entre Sparks et Kinsella, entre le feel-good et le Chick-lit. Une magnifique plume avec une bonne dose d’humour. Un joli théâtre humain avec comme tableau de fond les espoirs et les peines d’un amour de jeunesse non abouti. J’ai passé un excellent moment, et je vous le conseille fortement. »

Non-fiction : Michael Petkov-Kleiner, Le Rôle fondamental du plombier dans le porno (Anne Carrière)

– Qui c’est ? – C’est l’plombier ! Quel lien entre Fernand Raynaud (oui, on n’est plus tout jeunes chez Babelio) et les films pornographiques ? Le rôle incontournable du plombier donnant son titre à cet essai de Michael Petkov-Kleiner. Et justement derrière ce titre aux airs de manifeste cinématographique, on trouve en fait des réponses plus ou moins sérieuses à des questions largement délirantes concernant la sexualité et sa représentation : « Existe-t-il des points communs entre un godemiché et Daniel Cohn-Bendit ? Quels sont les bons conseils avant de copuler avec un extra-terrestres ? L’auto-fellation peut-elle sauver l’Humanité ? Qu’a donc à nous confier un anus d’actrice X ? Les poupées sexuelles vont-elles nous réduire en esclavage ? » Des miscellanées toutes nues, en somme, pour se laisser doucement emporter vers un prochain déconfinement. What else ?, comme dirait le célèbre marchand de café.

Sandy1007 semble s’être autant amusé à lire ce livre que l’auteur à l’écrire : « Ce livre est drôle, divertissant, sociologique voire politique. Sans aucun doute progressiste. » 

Vous avez vous aussi des livres récents à recommander ? N’hésitez pas à partager vos lectures en commentaire de cet article !

Le Prix Babelio de retour sur vos écrans

Article mis à jour le 18 mai 2020

Les Babelionautes les plus fidèles se souviennent sans doute des premières pierres posées pour bâtir la fameuse tour, en 2007, année de lancement du site. Après des centaines de projets, d’événements, d’améliorations de la plateforme et même la naissance d’une application, toute l’équipe se mobilisait en 2019 pour organiser le premier Prix Babelio. Une étape historique pour notre communauté, et l’occasion, encore et toujours, de vous donner la parole.

Vous avez donc pu voter pour vos 10 livres préférés parus entre octobre 2018 et mai 2019, dans 10 catégories différentes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que vous étiez au rendez-vous, avec un total de 6 000 participants et 29 000 votes pour désigner les vainqueurs de l’édition 2019. Au palmarès du prix, on retrouvait 10 livres très appréciés de la communauté (et souvent, des lecteurs en général), dont certains n’avaient pas encore été distingués par un prix et reconnus à leur juste valeur.

Les 10 lauréats du Prix Babelio 2019

Ou comment faire se côtoyer une révélation du roman (noir) français, Franck Bouysse avec Né d’aucune femme (La Manufacture des livres), un haut gradé du polar français en la personne d’Olivier Norek (pour Surface chez Michel Lafon), ou encore la plume du Si petit oiseau (Flammarion Jeunesse) de Marie Pavlenko et les flocons plein de bons sentiments de Cécile Chomin dans Laisse tomber la neige ! (J’ai Lu).

>>> Pour les plus curieux, vous pouvez retrouver l’intégralité du palmarès 2019 en détail ici.

Votez du 18 mai au 2 juin pour le Prix Babelio

Suite au franc succès de cette première édition, et malgré la situation quelque peu hasardeuse due au confinement, nous maintenons en 2020 la deuxième édition du Prix des lecteurs Babelio. Le principe reste le même, alors pour ceux qui n’auraient pas suivi, voici quelques précisions :

Tous les lecteurs inscrits sur Babelio seront invités à participer en votant pour les livres les plus marquants, les plus incroyables, ou tout simplement les plus touchants publiés entre le 1er octobre 2019 et le 1er mai 2020.

Chaque catégorie, au nombre de 10, est constituée des 10 livres les plus populaires sur le site de Babelio, c’est à dire ceux qui ont été les plus ajoutés dans les bibliothèques des lecteurs et qui ont été les plus appréciés/les mieux notés. On aurait bien sûr aimé inclure plus de livres et de catégories ou étendre la période de publication des livres mais il a fallu faire un choix pour se limiter à tout de même, déjà, 100 ouvrages.

Chaque lecteur ne peut par ailleurs voter que pour un seul livre par catégorie.

Nous avons déterminé 10 catégories :

  • Littérature Française
  • Littérature Étrangère
  • Polar et thriller
  • Bande dessinée
  • Manga
  • Imaginaire (Science-fiction & Fantasy)
  • Roman d’amour
  • Jeunesse
  • Jeune adulte
  • Non-fiction

Les votes sont ouverts du 18 mai au 2 juin 2020 sur cette page dédiée. N’hésitez pas à élire vos favoris dès maintenant.

Et pour ne rien rater du prix, de la sélection ou des votes, vous pouvez continuer à nous suivre sur FacebookTwitterInstagram et Youtube.

Les livres du moment #1 – jeudi 2 avril 2020

Connaissez-vous les pages de recommandations par genre sur Babelio ? Chaque jour, l’équipe du site trie et sélectionne les livres les plus appréciés des Babelionautes pour vous faire découvrir des parutions récentes, agrémentées d’une critique de lecteur. Et chaque semaine nous vous proposons désormais sur le blog de retrouver une liste de dix ouvrages, soit un par catégorie, afin de suivre l’actualité littéraire au plus près.

Littérature française : Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube (Rivages poche)

Publié en mars 2019, le dixième livre d’Emmanuel Ruben se voit repris au format poche début avril 2020. Un format idéal pour suivre les traces de l’auteur et d’un ami avec lequel il a parcouru 4 000 kilomètres à vélo, d’Odessa à Strasbourg. Une aventure à contre-courant (au sens propre) sur les rives du Danube, pour raconter l’histoire du continent Europe, et rencontrer les populations y vivant aujourd’hui.

Voilà qui a bien emballé MarcoPolo85 : « Vous, qui voulez arpenter les presque 2 900 kilomètres de ce grand fleuve, n’oubliez pas de mettre dans vos sacoches du Ruben. Et les autres, comme moi, qui ne feront pas ce périple, n’hésitez pas à dévorer Sur la route du Danube, car là vous allez goûter à ce « pays mouvant, sans racines, sans mémoire, sans identité, sans idéologie, un archipel inachevé… » »  

Littérature étrangère : Salvatore Scibona, Le Volontaire (Christian Bourgois)

Avec une note moyenne aussi bonne (4,5/5), difficile de passer à côté du deuxième roman de l’Américain Salvatore Scibona traduit en français par Eric Chédaille, joli pavé de 448 pages au propos non moins épais. Tout commence par l’abandon d’un enfant letton à l’aéroport d’Hambourg. Mais bien vite, des années 1960 à aujourd’hui, du Vietnam au Nouveau-Mexique en passant par le Queens, se dessine une histoire à la fois dense, énigmatique et pleine d’humour pour évoquer les relations filiales et la vie de ses protagonistes.

Voici ce qu’en dit Givry dans sa critique : « Rares sont les livres avec une si bonne histoire et un héros pareil. Pour aller plus loin, cette fiction amène à réfléchir sur la filiation, la place de l’argent, l’absurdité de la guerre, le besoin d’amour… Scibona s’amuse parfois à changer son style en fonction de la situation, à nous offrir des dialogues surréalistes. En bref, c’est brillant et plein d’humour. Rêve de lectrice. » 

Polar et thriller : Eva Dolan, Les Oubliés de Londres (Liana Lévi)

Polar, thriller, roman policier, roman noir : peu importe l’étiquette qu’on lui accole, puisque le dernier livre en date d’Eva Dolan (traduit par Lise Garon) a visiblement de quoi nous faire retenir notre souffle – et surtout nous permettre d’enfin découvrir l’auteure anglaise, lauréate du Grand Prix des lectrices Elle en 2018 pour Les Chemins de la haine. Jugez plutôt : alors qu’elles fêtent la sortie de leur livre dans un immeuble à moitié occupé, Hella (écrivaine) et Molly (photographe) tombent sur un cadavre dont elles décident de se débarrasser. A travers des flashbacks, on découvre alors le passé de ces deux femmes, dont l’une dit avoir été victime du macchabée. Soit une plongée dans les quartiers populaires de Londres, sur fond de spéculation immobilière et d’intrigues psychologiques.

Une lecture qui a emballé Bazart : « Deux formidables portraits de femmes, une vraie étude sociologique et politique d’une ville dans son époque : une intrigue déjà alléchante sans compter la construction romanesque diabolique et complètement addictive. » 

Bande dessinée : Martin Quenehen (scénario) et Bastien Vivès (dessin), Quatorze Juillet (Casterman)

Après s’être fait un nom ces dernières années avec des albums comme Polina, Le Goût du chlore ou Une sœur, le très prolifique Bastien Vivès revient sur les planches (de BD) accompagné cette fois de l’auteur/scénariste Martin Quenehen. Les deux auteurs ont choisi le Vercors comme cadre de l’histoire, pour parler d’une France traumatisée par le terrorisme et soulever de nombreuses interrogations contemporaines. Jimmy, un jeune gendarme, rencontre Vincent et sa fille Lisa, alors que ces derniers débarquent dans la région suite au décès de leur femme/mère dans un attentat. Alors qu’il prépare son examen d’officier, Jimmy va être obsédé par l’idée de protéger ces nouveaux arrivants, persuadé qu’une nouvelle attaque terroriste est imminente…

Une BD au final paraît-il tout à fait surprenant, et qui a largement convaincu PtitVincent : « Une bande dessinée totalement maîtrisée, qui emmène le lecteur dans le quotidien de gendarmes, dans une France profonde traumatisée par les attentats, mais aussi une population aux relents racistes avec une banlieue, proche et pourtant inconnue de la plupart, synonyme de peur et d’inquiétudes. »

Manga : Aoki Kotomi, Don’t Fake Your Smile tome 1 (Akata)

L’éditeur de mangas Akata est souvent décrit comme « engagé » ou « militant ». Et de fait, les titres que l’on trouve à son catalogue traitent très souvent par la fiction de sujets de société largement débattus actuellement, comme l’homosexualité, le polyamour, la dépression adolescente, le handicap, etc. (lire notre interview de Bruno Pham ici pour en savoir plus). Le premier tome de Don’t Fake Your Smile d’Aoki Kotomi (traduit par Jordan Sinnes) s’inscrit dans cette continuité éditoriale, avec l’histoire d’une adolescente agressé sexuellement, Niji, et des répercussions sur sa vie quotidienne et son entourage – et notamment un garçon amoureux d’elle.

La Babelionaute Marlene_lmedml nous a en tout cas donné envie de nous pencher sur cette série : « Ce premier opus est excellent. On s’attache très rapidement à Gaku, Niji et Hiyori. Gaku est amoureux de Niji en secret et les événements de ce tome vont bouleverser l’univers de nos trois héros. Le coup de crayon de la mangaka est subtil, tout en finesse. Il y a peu de dialogues et les illustrations parlent d’elles-mêmes. » 

Jeunesse : Dan Gemeinhart, L’Incroyable Voyage de Coyote Sunrise (Pocket Jeunesse)

Bon, et si on sortait du confinement quelques heures, pour un road trip aux Etats-Unis avec Coyote et son père Rodeo ?! Allez hop, embarquons dans le bus scolaire dans lequel ils vivent à l’année, pour traverser le pays à toute vitesse, urgence oblige : Coyote veut sauver le parc de son enfance, menacé de destruction. Problème : son père s’est juré de ne jamais retourner sur les lieux de son passé douloureux…

Le deuxième roman de Dan Gemeinhart (traduit en français par Catherine Nabokov) semble confirmer le talent que Colibrille avait décelé en lisant son précédent livre jeunesse : « Ce roman est beaucoup de choses : un road trip un brin loufoque, une aventure humaine touchante, un voyage de résilience émouvant. C’est tout simplement une belle histoire et rien que pour ça, il veut la peine d’être lu ! »

Jeune adulte : Eléonore Devillepoix, La Ville sans vent tome 1 (Hachette romans)

Vous prendrez bien un peu de fantasy ? Car dès la couverture, on sait que le premier livre d’Eléonore Devillepoix va nous emporter loin dans l’imaginaire. « Vous êtes ici » donc, dans la ville d’Hyperborée, alors que le mentor de Lastyanax vient d’être assassiné. Notre jeune mage de 19 ans va tout faire pour retrouver le coupable, aidé d’Arka, une guerrière intrépide qui cherche son père.

De quoi émerveiller Milie-Baker : « Un suspense prenant, construit astucieusement dès le premier chapitre et qui nous tient en haleine jusqu’aux dernières pages. Une ville où se trament les pires complots et les pires ruses en secret par les mages, dans le but de gagner toujours plus de pouvoir. Excellent ! »

Imaginaire : Olga Ravn, Les Employés (La Peuplade)

Pour les amateurs de science-fiction pure et dure, un livre se dégage des critiques de lecteurs cette semaine : ce premier roman traduit (son second en VO) de la poétesse, journaliste et traductrice danoise Olga Ravn, qui développe ici un univers tout à fait singulier. Voici ce qu’en dit l’éditeur : « A des millions de kilomètres de la Terre, des employés travaillent sur le vaisseau d’une puissante compagnie. Il y a les humains et il y a les ressemblants. Ceux qui ont été enfantés et ceux qui ont été créés. Ceux qui vont mourir et ceux qui ne mourront pas. Une commission compile une série de témoignages au sujet des relations et de la production à bord du vaisseau où l’activité consiste souvent à surveiller d’étranges objets bourdonnants, qui améliorent l’humeur, fécondent les rêves et hallucinent les consciences. »

Il n’en fallait pas plus pour séduire le très expert JustAWord : « Aussi froid et radical que dense et déroutant, Les Employés invite le lecteur à une balade intergalactique d’une originalité renversante et bien souvent hermétique. Olga Ravn trouve pourtant dans cette épopée spatiale le chaînon manquant entre Solaris et 2001 où l’art sert à définir l’homme et non l’inverse. Fascinant jusqu’au bout des angles. » 

Roman d’amour : Katy Evans, Fight for Love : Racer (Hugo Roman)

Ne vous méprenez surtout pas : malgré sa couverture assez olé-olé, il s’agit bien ici d’un roman d’AMOUR (ce qui n’empêche pas un langoureux câlin jean contre mini-short sur le capot d’un bolide rutilant, me direz-vous). Il s’agit ici en fait d’un spin off de la série à succès Fight For Love de l’Américaine Katy Evans, dans lequel on découvre Lana, patronne d’une petite écurie de Formule 1 qui va recruter un pilote mystérieux et sexy : Racer – en fait le fils de Remi, héros d’autres tomes de la série, et qui comme lui souffre de bipolarité. Alors, l’amour triomphera-t-il ?

Luxnbooks dit un grand « OUI » dans sa critique : « J’ai tellement aimé l’alchimie entre les personnages, et chaque scène est plus intense que la précédente. On a un bon équilibre entre une romance légère avec une pointe d’humour, tout en mettent en avant des sujets tel que la maladie, le deuil ou encore le besoin d’être aimé. »

Non-fiction : Emmanuelle Richard, Les Corps abstinents (Flammarion)

Changement total d’ambiance par rapport au livre précédent, avec cette fois cet essai d’Emmanuelle Richard sur l’abstinence sexuelle. Un sujet que la romancière (et désormais essayiste) connaît bien pour avoir largement enquêté sur le sujet, mais aussi (non-)pratiqué elle-même durant 5 ans. Une question encore assez taboue abordée via les témoignages de près de quarante personnes s’étant confiées à l’auteure, loin des stéréotypes et des idées approximatives. Et bien sûr, si le sexe reste le sujet principal, l’amour n’est jamais loin.

Une lecture tout à fait convaincante selon puchkina : « Avec tact et sensibilité, l’autrice nous raconte son parcours personnel et les destins de ces dizaines d’anonymes qui ont bien voulu se confier sur leur intimité, quelquefois sur leur incapacité, l’absence ou l’intermittence de la libido, le recours à la masturbation, la séparation ou pas de l’amour et de la sexualité, le couple. »

Vous avez vous aussi des livres récents à recommander ? N’hésitez pas à partager vos lectures en commentaire de cet article !

Les 25 plus belles couvertures de livres de 2019

Cette année, en parallèle de nos classements habituels, on avait envie de vous proposer une rétrospective plus visuelle de 2019. D’où l’idée de réunir dans cet article 25 couvertures de romans qui ont particulièrement marqué nos rétines. Voici donc un top très subjectif, avec seulement trois constantes : tous ces livres sont des romans ou récits, (re)parus en France dans l’année, dont les couvertures sont des œuvres graphiques excluant la photographie.

Vous trouverez donc ici des éditeurs indépendants et des mastodontes du secteur, des auteurs français et étrangers, plus ou moins célèbres, tous réunis pour le soin apporté aux couvertures des ouvrages présentés. Ces livres sont classés par ordre alphabétique d’auteur, et agrémentés à chaque fois d’une critique d’un(e) Babelionaute.

Pour une fois, on s’est donc permis de juger un livre à sa couverture, et on espère que cela vous fera également découvrir de très bons textes ! N’hésitez pas à partager en commentaire vos couvs coup de cœur de cette année…

Nina Allan, La Fracture (Tristram)

La Fracture

Illustrations Tissen/Shutterstock

L’avis de Charybde2 :
« Nina Allan […] nous offre un magnifique roman, placé résolument sous le signe conjoint d’Henry James et de Joseph Conrad, irrigué par une profonde connaissance pratique et technique de la grande science-fiction et de toute une pop culture foisonnante, pour nous rappeler, en abîme, que, comme les rongeurs de taille inhabituelle, « l’ordinaire, je ne crois pas que ça existe ». »

Maïlys de Babelio vous parle de ce livre dans notre vidéo d’actus de décembre 2019

Nathalie Bernard, Sauvages (Thierry Magnier)

Sauvages

Illustration signée Tom Haugomat

L’avis de ogmios :
« C’est un prodigieux roman qui a valeur de témoignage historique sur l’existence de ces sinistres lieux qui ont participé à l’éradication des Amérindiens canadiens. Une plaie ouverte dans l’histoire du Québec pour lequel le 1er ministre Justin Trudeau à demandé pardon au peuple autochtone en 2015. Outre le fonds historique, ce qui fait l’intérêt de ce roman, c’est la qualité de l’écriture de Nathalie Bernard et son talent pour bâtir une intrigue qui prend aux tripes… et ce n’est pas qu’une façon de parler ! »

Laurent Binet, Civilizations (Grasset)

Civilizations

Illustration d’après Charles de Habsbourg dit Charles Quint (1605)
par Juan Pantoja de la Cruz

L’avis de LiliGalipette :
« Et si les Vikings s’étaient installés en Amérique du Sud ? Et Si Christophe Colomb n’était jamais revenu de son voyage vers les Indes ? Et si les Incas avaient traversé l’Atlantique avant les conquistadors ? Et s’ils avaient établi leur domination sur l’Europe ? […] Saga nordique, journal intime, épopée élégiaque, correspondance entre grands de ce monde, narration au long court, Laurent Binet explore divers genres littéraires pour constituer son Histoire inventée de l’Europe. C’est brillant, souvent jouissif tant on se régale des trouvailles historiques de l’auteur. »

Julien Blanc-Gras, Comme à la guerre (Stock)

Comme à la guerre

Illustration signée Marysia Machulska

L’avis de Sallyrose :
« Julien est un jeune papa de presque 40 ans. Alors qu’il assiste émerveillé à l’éclosion de la vitalité de son enfant, les journalistes de Charlie Hebdo sont massacrés. Quelques mois plus tard ce sera plus d’une centaine de quidams, au Bataclan et sur les terrasses de certains cafés parisiens. […] L’auteur a un talent de haut niveau dans le maniement de l’humour, de l’ironie et du cynisme (pas très grinçant malgré tout). Son style est très fluide, celui des pensées qui vagabondent en apparence mais qui montre du doigt les turpitudes de l’homme occidental contemporain en usant les ficelles de l’argumentation. C’est donc un portrait tout en nuances que l’auteur brosse avec un rire, une pensée profonde, une mise en perspective. »

Cathy Bonidan, Chambre 128 (La Martinière)

Chambre 128

Illustration signée Jeanne Pois-Fournier

L’avis de Zabouille :
« Après avoir lu ce livre, la prochaine fois que vous irez séjourner dans une chambre d’hôtel, vous penserez à cette histoire. Et en ouvrant le tiroir de votre table de chevet, peut-être vous amuserez-vous à espérer y trouver un manuscrit. Ce fut ainsi que débuta la quête fabuleuse d’Anne-Lise. A travers ce roman épistolaire, genre littéraire que j’affectionne, Cathy Bonidan lance son personnage principal dans une sacrée aventure. […] J’ai terminé ma lecture, enchantée, charmée par cette histoire et son intrigue. »

Jamey Bradbury, Sauvage (Gallmeister)

Sauvage

Illustration signée Andrey Spiry

L’avis de Kirzy :
« Fin fond de l’Alaska, Tracy, 17 ans, en colère, rebelle, renvoyée de son établissement scolaire pour s’être battue avec un camarade, mère décédée, un père qui tente de la canaliser en lui interdisant ce pour quoi elle vit : prendre soin de ses chiens de traîneau, faire du mushing, sortir dans les bois, chasser. Ce n’est pas seulement une envie d’être à l’extérieur, elle en a organiquement besoin. […] Entre thriller psychologique, conte initiatique avec une pointe de fantastique. Un incroyable roman, original, intense et hypnotique qui palpite encore une fois ses pages refermées. Une bombe ! »

Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

Délius

Illustration signée Cindy Canévet

L’avis de ileane :
« Le résumé de ce roman pourrait ressembler à une blague : un tueur en série, un botaniste, des fées et Arthur Conan Doyle entrent dans un bar… Personnellement, c’était plutôt pour m’attirer, et je peux dire que je n’ai pas été déçue, bien au contraire. […] Il y avait longtemps que je ne m’étais pas délectée autant d’une lecture, prise par surprise et entraînée dans cette aventure, je ne lâchai le livre qu’à contrecœur. Je ne saurais trop vous conseiller de sauter le pas et de vous laisser tenter par ce voyage, vous laisser guider par la prose de Sabrina Calvo. »

Mircea Cartarescu, Solénoïde (Noir sur Blanc)

Solénoïde

L’avis de EtienneF :
« Solénoïde est le journal des « anomalies » d’un homme dont l’existence n’est qu’un labyrinthe de souvenirs pour les uns vécus, pour les autres hallucinés, et enfin pour certains rêvés. […] Ce journal est une expérience de littérature comme il y en a peu. On rentre dans la tête d’un homme qui a décidé d’aller au bout de sa folie et, si le chemin peut paraître repoussant et difficile, il renverse toutes nos certitudes établies, nos frontières du réel. Dans la lignée de Kafka et de Proust, une langue exceptionnelle, instinctive, hallucinée : un auteur d’exception. »

Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

Nécropolitains

Illustration signée Aurélien Police

L’avis de Dup :
« J’ai adoré ce roman, englouti ces 700 pages avec avidité, oui, moi qui n’aime pas les zombies. Il faut dire qu’on a peu à faire avec eux. Ils sont là, ils sont une donne qu’on ne peut oublier car omniprésents de l’autre côté des barricades, mais hormis les trajets de Franck, tout le roman se passe loin d’eux. Et on se rend très vite compte que les plus grands dangers viennent de l’homme… »

Découvrez notre interview de Rodolphe Casso à propos de Nécropolitains

Fabrice Colin, La Bonne Aventure (Talents Hauts)

La Bonne Aventure

L’avis de Les_lectures_de_Sophie :
« La Bonne Aventure est un roman à l’univers très fort. Un roman d’ambiance qui met en scène deux personnages un peu perdus, très touchants, dans un Paris fantasmé. Tout au long de ma lecture, je n’ai souhaité que deux choses : que la vie d’Ondine et Pierre s’éclaire enfin, et ne pas quitter cet univers incroyable. Fabrice Colin a créé un écrin de rêve pour son histoire. Une aventure immersive à tenter. »

Bérengère Cournut, De pierre et d’os (Le Tripode)

De pierre et d'os

Illustration signée Juliette Maroni

L’avis de sandrine57 :
« Roman initiatique, écologique, poétique, onirique, ethnologique, chamanique mais aussi roman envoûtant, hypnotique, magnifique… De pierre et d’os est tout cela mais c’est aussi un voyage dans le Grand Nord, aux confins du monde, dans un paysage blanc et glacial et une totale immersion dans la culture inuit au côté d’une femme parmi les hommes et les esprits. C’est un monde cruel que nous présente Bérengère Cournut, où l’on tue pour ne pas être tué, où il faut lutter contre les éléments mais on y trouve aussi de la poésie dans la façon d’appréhender la nature, dans les chants et les rites. »

Christelle Dabos, La Passe-Miroir tome 4 : La Tempête des échos (Gallimard Jeunesse)

La Passe-Miroir La Tempête des échos

Illustration signée Laurent Gapaillard

L’avis de Latetedansleslivres :
« Si le premier tome me faisait beaucoup penser à plein d’univers déjà connus comme ceux des films d’animation de Miyazaki l’auteure a su totalement créer ses propres références et faire vivre un monde unique au fil des pages et des tomes. C’est le genre de saga qu’il faut lire et relire car chaque relecture est un enchantement et des moments qui passent inaperçus au premier abord prennent ensuite un nouveau sens. »

Carys Davies, West (Seuil)

west

L’avis de liberliber :
« Roman qu’on pourrait rapprocher du genre « nature writing », West est un joli livre sur la liberté, le sens de la vie, la réalisation de soi… A la manière d’un conte, le récit de Carys Davies évoque un magnifique amour entre une fille, formidable et courageuse Bess, et un père. L’enfant puise sa force dans l’espoir du retour de Bellman, trompant l’attente en inventant des rituels qui seraient autant d’heureux présages. C’est juste, sensible et émouvant.

Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

Ceux que je suis

L’avis de SophieLesBasBleus :
« Pudeur et délicatesse caractérisent ce récit écrit tout simplement, tout joliment, sans aucune affectation, et j’ai beaucoup apprécié cette manière subtile et légère d’aborder un sujet grave. Car, l’air de rien, le roman d’Olivier Dorchamps soulève des vagues d’interrogations essentielles et y répond avec générosité et humanisme. Certes, il y est question d’exil, de nationalité et d’intégration, mais Ceux que je suis sonde les répercussions individuelles et familiales de ces questions incessamment posées par l’actualité, dramatisées par les médias. En privilégiant la simplicité et la clarté de la narration et de l’écriture pour traiter le thème inextricablement complexe de l’identité, l’auteur parvient à nous émouvoir, mais surtout il réussit à nous faire appréhender l’irréductible paradoxe de l’unicité d’un être malgré (grâce à ?) l’hétérogénéité des éléments qui le composent et des histoires dont il hérite. Un roman plein d’humanité et de douceur dont la lecture m’a procuré un grand plaisir. »

Découvrez notre interview d’Olivier Dorchamps à propos de Ceux que je suis

Laura Fernandez, Connerland (Actes Sud)

connerland

Illustration signée Léa Chassagne

L’avis de Shan-Ze :
« Voss van Conner, un écrivain de science-fiction, est mort alors qu’il utilisait son sèche-cheveux dans sa salle de bains. Tel est le point de départ de ce roman complètement farfelu. […] C’est ce genre d’histoire que j’aime lire, comme dans Bienvenue à Rovaniemi, où les personnages sont nombreux et avec une intrigue tout de même prenante. Il faut un certain talent pour cela. Connerland est un hommage à Kurt Vonnegut et Philip K. Dick, écrivains américains de science-fiction très connus. »

Jon McGregor, Réservoir 13 (Christian Bourgois)

Réservoir 13

Illustration signée Daniel Horowitz

L’avis de LePamplemousse :
« Une jeune fille disparaît dès le début du roman, et son souvenir, telle une odeur légère mais tenace, va imprégner tout le roman, malgré de vaines recherches. […] Avec une écriture simple mais puissante, l’auteur nous décrit la vie de tout un village, nos vies, faites de tout petits riens, à la fois complètement insignifiantes mais tellement fragiles et précieuses. Je me suis laissée entraîner dans cette litanie lancinante qui égrène les jours, qui décrit le cycle de la nature, qui nous révèle les failles et les espoirs de chacun, qui nous montre ce que peut être la joie mais aussi la douleur, le chagrin tout autant que le désir. Un roman que j’ai dégusté en prenant mon temps pour mieux le savourer. »

Patrick McSpare, Totem Tom : Necropolis (Gulf Stream)

Totem Tom Nécropolis

Illustration signée Marie Bergeron

L’avis de verauxinelle :
« Tom, ado vivant à Londres, se retrouve sur une terre ravagée et désolée. Cauchemar…ou réalité ? Paysage apocalyptique, cavaliers noirs, le mystérieux Styx et sa bande armée jusqu’au dents, un monstre terrifiant… à qui se fier ? […] Il s’agit cette fois du premier tome d’une trilogie dark fantasy urbaine dystopique (rien que ça 😛). Une quête de liberté contre un pouvoir maléfique, entre guérilla et mythologie celtique… L’univers est très riche (et j’espère le découvrir plus en profondeur dans le tome 2…), et très hostile, très fantasy, avec je trouve un petit côté Mad Max très sympa. Efficace et toujours à 100 à l’heure, on ne souffle pas une seconde ! »

Valérie Nimal, Nous ne sommes pas de mauvaises filles (Anne Carrière)

nous ne sommes pas de mauvaies filles

L’avis de audeLOUISETROSSAT :
« Un livre sur les relations mères/filles si difficiles, qui peuvent être si destructrices. J’ai beaucoup aimé la plume de Valérie Nimal, elle est juste, pleine d’émotion, fluide et tellement triste par moment. Comment une mère peut à ce point délaisser ses enfants ? Comment se construire avec une mère qui ne pense qu’à elle ? Pour se rendre compte qu’au final elles ne sont pas de mauvaises filles et arriver à pardonner. Un livre sur la résilience, plein de réalisme, percutant et bouleversant. »

Ada Palmer, Terra Ignota, tome 1 : Trop semblable à l’éclair (Le Bélial’)

Trop semblable à l'éclair

Illustration signée Victor Mosquera

L’avis de JustAWord :
« En l’état, Trop semblable à l’éclair est une promesse. Pensé comme le premier opus d’un dyptique (qu’il forme avec Sept redditions), le roman pose une myriade de questions, donne quelques pistes au lecteur… mais laisse tout le reste en suspens. Ada Palmer se doit donc de tenir toutes ses promesses avec la suite pour que son récit soit pleinement convaincant. Pourtant, inutile de tergiverser, ce premier opus de la série Terra Ignota est un coup de génie au worldbuilding fabuleux, à l’érudition vertigineuse et à l’audace de tous les instants. Une entrée en matière éblouissante. »

Sylvia Plath, Mary Ventura et le neuvième royaume (La Table Ronde)

Mary Ventura

Illustration signée Cheeri

L’avis de lecottageauxlivresFanny :
« Sylvia Plath qualifiait cette nouvelle de « vague conte symbolique ». Ce récit qui semble tout d’abord assez léger se complexifie au fil des pages pour s’enrichir d’une lecture symbolique. Ce voyage en train d’une jeune fille devient la métaphore de diverses interprétations. Mary Ventura et le neuvième royaume est une nouvelle captivante dont la chute est inattendue. Le lecteur trouve déjà en germe les qualités et la complexité de La Cloche de détresse. La plume de Sylvia Plath ne laisse pas le lecteur au repos, il retient son souffle et lit d’une traite ce récit. Mary Ventura et le neuvième royaume est une très belle lecture pour les amoureux de Sylvia Plath et pour ceux qui voudraient la découvrir. »

Branimir Scepanovic, La Bouche pleine de terre (Tusitala)

La Bouche pleine de terre

Illustration signée Bruno Tolić

L’avis de AugustineBarthelemy :
« Avec La Bouche pleine de terre, Branimir Šćepanović propose un texte puissant et inquiétant, entre le roman allégorique et la fable, sur le rapport entre l’individu et la collectivité. Dans une écriture implacable de simplicité, il décrit l’effrayant mécanisme de haine qui se met en place entre « Il » et « Nous », une foule rendue hystérique sur un simple malentendu et qui, même consciente de l’absurdité de la tâche, n’arrive pas à surmonter sa déraison et poursuit sa traque. Au plus près des personnages grâce à la double narration qui alterne les points de vue, le récit nous dévoile toute la complexité de l’âme humaine. Seul face à lui-même, l’individu s’approche alors dangereusement de la vérité de son être. »

Diane Schmidt, L’Autre Chambre (Envolume)

L'Autre Chambre

Illustration signée Diane Schmidt

L’avis de paroles :
« Voilà un court roman inclassable, une écriture poétique et violente, des phrases lancées comme des flèches piquantes et acérées. Deux personnages de femmes aux destins douloureux, mal dans leur peau, luttant pour leur survie. C’est formidablement triste et bien écrit ! C’est un roman très court et très pudique malgré le sujet abordé, le désir ou son absence et sa place dans nos vies. C’est un texte que j’ai lu puis relu à voix haute pour mieux ressentir les douleurs partagées. L’absence de désir pour l’une (Marine) mais l’envie de vivre malgré tout qui est là, différente certes mais tellement présente et douloureuse, et encore plus après l’avoir connue. Et pour la plus jeune (Ondine), l’envie d’être aimée et d’aimer malgré les coups portés à l’âme et au corps par sa famille d’abord et par son amant ensuite qui l’a placée comme danseuse dans un night-club. »

Allan Stratton, La Maison des oiseaux (Milan)

La Maison des oiseaux

L’avis de Lire-une-passion :
« C’est un roman qui a su me toucher par la justesse de ses mots, par ses messages et par l’amour qu’il véhicule. C’est une histoire belle, touchante, qui m’a autant bouleversée qu’ému. Un roman que je conseille à tous de découvrir. Pour le combat que mène cette adolescente pour ne pas voir sa grand-mère dépérir dans une maison de retraite et pour comprendre ce que peut vivre une personne âgée quand tout le monde (ou presque) est contre elle. Lisez-le. »

Tade Thompson, Rosewater Insurrection (Nouveaux Millénaires)

Rose Water Insurrection

Illustration signée Ernst Haeckel

L’avis de SagnesSy :
« Ce deuxième volet de la trilogie Rosewater est encore meilleur que le premier (si tant est que cela soit possible) et une fois la dernière page tournée on se voit en train d’écumer le net pour connaître la date de parution de la suite (pas trouvé), tout en se réjouissant de l’idée de pouvoir se replonger un jour dans cet univers extrêmement captivant. […] Sur un rythme vif et nerveux, on passe d’un protagoniste à un autre et on ne trouve tout simplement pas de bon moment pour faire une pause. On veut la suite, tout le temps, les pages s’ajoutent les unes aux autres et quand on relève le nez, des heures se sont enfuies sans qu’on les aie senties. C’est tellement rare ! Une SF comme je les aime. »

Stuart Turton, Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle (Sonatine)

Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle

L’avis de Sosoominouxxx :
« Atypique et passionnant. Si ce premier roman de Stuart Turton répond à ces deux adjectifs, ils sont loin de suffire à le définir. Commençons par les ingrédients : une sinistre demeure laissée à l’abandon où doit se tenir un bal, une famille pleine de secrets, des invités tous plus étranges les uns que les autres, une pièce de jeu d’échecs, un médecin de peste énigmatique, un valet de pied effrayant, et des trahisons échafaudées derrière chaque porte. Ajoutez-y un meurtre qui n’a pas encore eu lieu, des disparitions inquiétantes, une météo effroyable, une forêt inquiétante… et une journée qui n’en finit pas. Ou, pour être plus exacte, qui ne cesse de recommencer… Et vous obtenez l’ovni littéraire que l’auteur nous offre. […] Ce n’est pas seulement un premier roman époustouflant, c’est une oeuvre qui pourrait devenir un classique du genre. À lire absolument et à garder précieusement, comme l’objet livre qui le renferme. »

C’est tout pour cette année ! Et en attendant le top des couvertures de livres 2020, n’hésitez pas à partager vos coups de cœur graphiques en commentaire…

Et si en 2020 vous participiez à un challenge de lecture ?

En 2019, vous avez beaucoup lu. Oui, mais parfois, vous auriez aimé partager plus en profondeur vos lectures avec un cercle de passionnés, et sortir de votre « zone de confort » ; si Babelio propose bien sûr toute l’année de suivre des lecteurs à travers leurs livres en cours et leurs critiques notamment, le site regorge d’autres fonctionnalités pour découvrir des auteurs, et surtout envisager ses lectures de manière ludique.

bookaddict

Si vous êtes adepte des défis et que vous avez envie d’étendre vos horizons littéraires, les challenges Babelio sont là pour vous. Mais qu’est-ce que les challenges Babelio ? Le principe est simple : pour chacun d’entre eux, vous avez un objectif de lecture et/ ou de critiques à rédiger. Les thèmes et les règles des challenges sont divers et variés, et sont animés par des Babelionautes très actifs et motivés – chacun y trouvera son compte, et pourquoi pas de nouvelles relations à entretenir sur le site. En 2020, prenez une bonne résolution accessible et utile à votre passion : participer à au moins un challenge de lecture.

Au passage, toute l’équipe de Babelio tient à remercier encore une fois chaleureusement tous les organisateurs de challenges qui font vivre la communauté, et qui passent beaucoup de temps à remplir les tableaux de suivi des avancées de chacun des participants. C’est grâce à votre bonne humeur, votre inventivité et votre disponibilité que les défis Babelio sont aussi stimulants et amusants !

Avec ce petit guide des challenges, trouvez dès maintenant LE défi littéraire qui vous correspond.

Vous êtes un(e) « bibliophage » ? Ces défis où il faut lire beaucoup dans un temps donné sont pour vous

 

Le Challenge XIXe siècle (animé par Allantvers) : évaluez combien d’œuvres parues entre 1800 et 1913 vous pouvez critiquer sur Babelio en une année. Plusieurs niveaux de difficulté sont proposés, comme le “Sorel” à 5 livres, le “Rougon” à 20 livres ou le « Rostov” à 40 livres pour les plus gourmands. Le Challenge 1901-1999 : les Couleurs du temps (toujours proposé par Allantvers) est sur le même principe.

Pour les férus d’Histoire, Phoenicia vous invite à la rejoindre dans son Challenge A travers l’Histoire, auquel vous pourrez participer via un parcours personnel et un parcours en équipe. De quoi se refaire une culture !

Au fait, combien de livres de plus de 500 pages vous sentez-vous capable de lire et de critiquer en un (peu plus d’un) an ? Avec le Challenge Pavés (Gwen21 et sarahbarbier2008), qui existe depuis de nombreuses années sur Babelio, et est devenu un classique. Nouveauté cette année : ce challenge devient thématique, avec pas moins de 40 thèmes proposés ! A l’autre bout du spectre, la même Gwen21 propose également le Challenge Riquiqui, concernant les romans de moins de 200 pages.

Si vous préférez les défis encore plus précis, attaquez-vous au Challenge Plumes féminines 2020 (Gwen21 et Laehb80) qui met à l’honneur les écrivaines à travers 30 items thématiques tels que “Un roman adapté à l’écran”, “Un premier roman”,  ou encore “Un végétal dans le titre ou sur la couverture de ce livre”… Pour ce défi, le niveau fixé ne pourra pas évoluer en cours d’année. Fort de son succès, il sera reconduit cette année pour une quatrième édition.

L’infatigable Gwen21 vous propose également un Challenge Solidaire, idéal pour vous motiver à lire en participant à une bonne cause. Pour chaque classique de la littérature lu par chaque participant, 0,10 € seront reversés à l’association Savoirs pour Réussir Paris, qui lutte contre l’illettrisme. Et, comme en 2019, Babelio s’engage à doubler la somme récoltée !

Si vous préférez les livres illustrés, ou que vous souhaitez découvrir les différents genres que l’expression recouvre (BD, manga, comics, romans graphiques…) attaquez-vous au Challenge BD (jamiK) : de nombreux niveaux de difficultés sont proposés, tels que “Bachi-Bouzouk” pour 15 livres lus, “Moule à gaufres” pour 30 lectures ou “Ectoplasme à roulettes” pour 1150 lectures ! Le principe est simple : 1 lecture = 1 bulle.

Les amateurs de SFFF et de polars ne sont bien sûr pas oubliés, avec le Challenge Mauvais Genres (Phoenicia et basileusa), orienté donc sur les lectures de l’imaginaire et le « noir ». Attention, veillez bien à vous inscrire avant le 1er juillet. Et si vous êtes motivé(e) pour commencer dès maintenant, Phoenicia et basileusa vous proposent jusqu’au 31 juillet un Challenge Bragelonne/Milady, 100% imaginaire et consacré à un éditeur en particulier. Sans oublier le Challenge Séries, organisé par les mêmes Babelionautes pour vous aider à terminer les cycles et autres sagas en cours.

Dans le même (mauvais) genre, Fifrildi vous propose quant à elle deux challenges : le Trio d’auteurs SFFF pour lire cette année les œuvres de David Gemmell, Serge Brussolo et A.E. Van Vogt ; le Challenge Multi-auteures SFFF pour (re)découvrir l’imaginaire conjugué au féminin !

globtro.pngVous avez des envies de voyage immobile ? Les organisateurs de challenges ont ce qu’il faut pour vous. Évadez-vous par exemple avec Les Globe-trotteurs, saison 2 (Myrinna et Norlane). Les lectures sont comptabilisées en fonction des nationalités des auteurs. Pour chaque continent, plusieurs grades sont proposés par continent : Promeneur, Touriste, Voyageur, Aventurier et Guide. Vous avez jusqu’au 30/11/2020 pour faire vos preuves en tant que globe-trotter. Et si vous êtes plutôt un « voyageur lent » passionné par un continent en particulier, Allantvers vous invite à découvrir les Etats-Unis autrement avec son Challenge USA, illimité dans le temps et en variant au maximum les Etats parcourus. Autre possibilité : embarquer pour le Voyage Littéraire avec LauCeae. Attention, retour prévu le 30 juin 2020 !

Pour ceux qui sont particulièrement friands de prix littéraires, badpx vous attend avec le Challenge Atout Prix, qui comme son nom l’indique concerne les livres ayant reçu au moins un prix.

Tout ça est bien trop complexe pour vous ? Avec le Challenge ABC (sandrine57), il s’agit de lire 26 auteurs dont les noms commencent par les 26 lettres de l’alphabet. Simple comme bonjour. Il débute chaque année le 13 septembre, et est donc en cours actuellement pour la saison 2019-2020.

Si vous n’arrivez pas à vous décider, tournez-vous vers le Multi-défis (Gwen21 et SabiSab28), qui vous proposera une sélection de livres très éclectique.

Certains de ces challenges sont déjà relancés, d’autres le seront à partir du 1er janvier 2020 : l’occasion de prendre de bonnes résolutions littéraires ! D’autres défis à thème sont actuellement en cours, et seront relancés pendant l’année. Avec tout ça, vous avez déjà de quoi vous occuper.

Si avoir une date butoir vous met trop la pression… jetez un coup d’œil à la liste des challenges illimités dans le temps

 

Le Challenge BBC (Gwen21) : le but de ce challenge est de lire la sélection des 110 œuvres préférées des Anglais, établie par la BBC.

Le Challenge Goncourt (Gwen21) consiste à lire tous les Goncourt attribués depuis la remise du célèbre prix.

Si vous êtes plutôt Nobel, Meps propose le Challenge Nobel pour lire les écrivains détenteurs de ce prix prestigieux : alors serez-vous plutôt Dylan (5 Nobel lus) ou bien Lagerlof (110 Nobel lus) ?

Le Challenge XXe siècle (Gwen21) consiste à lire la sélection de 200 œuvres majeures établie par Le Monde.

Le Challenge Fleuve Noir Anticipation (jamiK) : pour les amateurs de science-fiction, ou ceux qui souhaiteraient découvrir ce genre sous-estimé.

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Le Challenge Agatha Christie (Gwen21 et Laehb80) ou Les Déductions élémentaires (Sallyrose) plairont aux férus de romans policiers.

Gwen21 a mis en place cette année, suite à l’incendie qui a ravagé la célèbre cathédrale, le Challenge Notre-Dame de Paris, soit un hommage visant à reconstruire symboliquement celle-ci avec vos lectures

Le Challenge Pratchett (Phoenicia et basileusa) conviendra aux fans de fantasy. Attaquez-vous à un des maîtres du genre : l’objectif est de lire et de critiquer tous les ouvrages du Disque-Monde.

Le Challenge Monopoly (Ranine) : faites le tour d’un plateau de jeu en répondant à des consignes.

En complément de ce guide des challenges 2020, Gwen21 – qui coordonne plusieurs d’entre eux – a eu la gentillesse de répondre l’an dernier à quelques questions sur l’organisation des défis, pour vous aider à y voir encore plus clair et vous convaincre de sauter le pas.

Quand Babelio rencontre les éditions Akata

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Si le manga souffre encore d’un manque de légitimité en France – malgré un nombre de lecteurs toujours plus conséquent -, certains acteurs n’hésitent pas à prendre des risques et proposer des parutions sur des sujets de société ultra-contemporains, à la manière japonaise. Akata est de ces éditeurs qui, comme le précise l’éditeur/directeur de collection Bruno Pham, « aime[nt] beaucoup publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies » ». Et ça réussit visiblement bien à cette maison d’édition devenue indépendante en 2013.

Alors qu’Akata s’est lancé depuis quelques mois dans l’édition de romans à travers deux collections, nous avons voulu en savoir plus sur ce secteur et ses enjeux, en interviewant Bruno Pham. Il nous a répondu longuement ci-dessous.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet et l’équipe des éditions Akata, depuis sa prise d’indépendance vis à vis de Delcourt en 2013 ? Quel bilan faites-vous aujourd’hui de ces quelques années en tant qu’éditeur de manga indépendant ?

Akata est une maison d’édition indépendante, installée dans la campagne du Limousin. La prise d’indépendance a été, d’une certaine manière, faite d’un commun accord. Nous n’avions plus les mêmes envies, éditorialement parlant. Nous, on se sentait à l’étroit – ce qui est assez paradoxal – en travaillant avec un grand groupe, et finalement ne pas renouveler le contrat avec les Editions Delcourt est une des meilleures choses qui a pu nous arriver. Cela nous a redonné une grande liberté, aussi bien au niveau du choix des ouvrages à publier que du ton à adopter pour le faire. Le projet, c’était surtout d’être « libre » et de faire de partager des livres qui nous tiennent à cœur, d’être nous-mêmes sans trahir nos convictions. Souvent, quand je parle avec des éditeurs japonais qui ne nous connaissent pas encore, je dis qu’on aime beaucoup publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies ». Ça peut faire un peu pompeux, dit comme ça, mais je crois profondément dans le soutien émotionnel que peut apporter la Culture, au sens large du terme… Et du coup, je crois que tout notre éditorial est inspiré de cette volonté.

En 2019, on finit donc notre sixième année en tant qu’éditeur indépendant. Le bilan est de notre côté très positif. Même si le quotidien d’un éditeur indépendant est, on ne va pas se le cacher, épuisant, et que c’est souvent une lutte quotidienne. Mais on aime les livres qu’on publie, on reçoit des retours très positifs, autant des lecteurs que des journalistes, des libraires ou les documentalistes. Des éditeurs japonais m’ont dit, à plusieurs reprises, que quand on publiait un manga chez Akata, souvent, peu de temps après, ils avaient des demandes de publication pour d’autres pays européens… Des gros éditeurs de mangas commencent à lancer des collections qui ressemblent « étrangement » à ce qu’on peut proposer… Je crois que ça veut bien dire ce que ça veut dire… En tout cas, on est très contents des ouvrages qu’on publie, de ce qu’ils racontent et de comment ils sont accueillis… Les mois qui viennent s’annoncent très excitants, et on a hâte de dévoiler nos nouveautés de 2020.

Quel est votre rôle au quotidien chez Akata ?

Je suis officiellement « directeur de collection », c’est à dire que je « choisis » les ouvrages que nous publions. Mais en réalité, cela se déroule souvent de manière assez collégiale, et on en discute toujours en équipe. Au-delà de ça, parce qu’on est une petite équipe, nous sommes tous multi-tâches. Je touche à beaucoup de choses… En premier, évidemment, tous les rapports avec les ayant-droits japonais (auteurs ou éditeurs), qui est une partie centrale de mon travail. Mais je gère aussi une partie des rapports avec notre distributeur-diffuseur, avec l’imprimeur, en partie avec les équipes de freelances (traducteurs, graphistes…). Ca m’arrive de traduire ponctuellement certains mangas aussi, et je m’occupe des réseaux sociaux d’Akata, ainsi que du contenu du site web, et globalement d’une partie de la communication publique. Les journées sont souvent très différentes les unes des autres.

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Ces derniers mois vous avez décidé d’étoffer les parutions de romans, via les collections So Shôjo (light novels illustrées) ou Young Novel (romans jeunes adultes). D’où est venue cette idée et quel est l’objectif ? L’ADN d’Akata est visiblement en train de muter…

Je pense que cette volonté s’est faite en deux étapes. Tout a commencé quand le manga orange (notre gros best seller) a été adapté au Japon en roman jeunesse. Du coup, forcément, on s’est posé des questions… De ce que j’ai pu constater, il y a encore des parents qui sont réfractaires au format « manga », qui considèrent ça comme un « sous-produit » culturel, et qui rechignent à en acheter pour leurs enfants. Mais comme je le disais, on aime proposer des livres qui peuvent sauver des vies, et orange fait littéralement partie de ceux-là. C’est un titre rare, et vraiment précieux, généreux. Et d’une certaine manière, c’était assez frustrant de se dire que son impact pourrait être limité. L’adaptation en roman était une superbe opportunité de toucher un autre lectorat, avec ce contenu si précieux. Et était aussi une porte d’entrée vers l’univers du manga, pour des parents qui auraient encore pu y être réfractaires.

Et après ça, tout s’est enchaîné. Il fallait bien créer une collection pour publier des romans, d’où la création du label « So Shôjo » (destiné à un lectorat à partir de 12-13 ans). Suite à ça, très vite, on a trouvé d’autres ouvrages, mais qui s’adressaient à un public âgé. Il fallait créer le cadre adapté pour les proposer. Ce que je dis souvent, c’est que chez Akata, on ne crée pas des collections « marketing » pour les remplir au forceps et de manière souvent artificielle, mais plutôt l’inverse : on a des coups de cœur sur des ouvrages, et on essaie de créer le cadre adéquat pour les proposer. C’est exactement ce qui s’est passé pour les romans.

Dans le fond, je ne crois pas du tout que notre « ADN » soit en train de muter. Au contraire, je crois qu’il s’affirme. Parce que justement, ce qui compte et a toujours compté pour Akata, c’est le fond des histoires et ce qu’elles racontent. Notre éditorial invite justement à exploser les limites, à ne pas coller des étiquettes enfermantes, à mettre plus d’importance sur l’intériorité que l’apparence… De ce point de vue-là, donc, le fond des mangas qu’on publie ou des romans qu’on publie est assez proche et cohérent. D’ailleurs, les mangas comme la littérature « young adult » souffrent d’une même image de « sous-culture ». Les problématiques à ce niveau-là sont donc assez connexes.

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Akata a une image assez militante et engagée parmi les éditeurs de manga, notamment à travers les sujets traités dans les parutions ; une caractéristique que l’on retrouve dans les romans (par exemple avec Je ne suis pas un gay de fiction de Naoto Asahara qui parle d’homosexualité ou Ce qu’il n’est pas de Bingo Morihashi sur un homme transgenre). Est-ce le reflet d’une volonté éditoriale, ou plutôt d’une production japonaise très étendue sur les problématiques contemporaines ?

C’est un reflet des deux, je pense. L’éditorial japonais a toujours été très dense et aborde presque tous les sujets possibles. Il y a peu de tabou… Il y en a, mais j’ai l’impression qu’il y en a moins qu’en France. Et du coup, c’est un éditorial très riche. Mais évidemment, si on publie et qu’on réunit plusieurs ouvrages de société et engagés, c’est bien parce qu’on a envie de le faire. On pourrait aller sur ce qui est plus « tendance » et « facile à vendre » (j’insiste sur les guillemets). Mais on envisage la publication de nos romans avec la même démarche que nos mangas. Comme je l’ai dit, on aime publier des ouvrages qui peuvent « sauver des vies ».

De fait, on est convaincu de l’importance de la « représentation » dans les œuvres de « fiction ». Des plus ou moins jeunes lecteur.ices ont besoin de pouvoir se retrouver dans des personnages variés, moins uniformisés et monolithiques que ce qu’on peut trouver trop souvent. Et ce qui est super stimulant, quand on travaille sur des romans japonais, c’est que d’emblée, on est sur des personnages asiatiques. Il y a un vrai manque de représentation de personnes asiatiques en France, et c’est souvent assez… Hmm… Pour être gentil, on va dire assez « fantasmé ». En tout cas, cette volonté de représentation passe donc aussi par des personnages LGBTQ+. De toute façon, globalement, notre éditorial invite souvent à comprendre « l’altérité », la différence, à dépasser les clichés et l’ignorance, à aller vers l’autre et lui tendre la main. Ça passe aussi par des thématiques comme le racisme (Un pont entre les étoiles), mais aussi le validisme (Perfect World, Running Girl).

Comment naissent les projets de romans ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

On ne travaille pas en direct avec les auteurs japonais. Mais toujours via leurs agents des services droits internationaux des éditeurs japonais. Il peut arriver qu’on trouve un ouvrage nous-mêmes, et qu’on leur en parle (aux agents). Et parfois, c’est l’inverse. Je dois avouer que sur les romans, ils ont été très pertinents… Ils nous connaissaient déjà très bien, avec notre éditorial manga, et ils savaient parfaitement le genre d’ouvrages qu’on aime et qu’on a vocation à publier. Du coup, ils sont arrivés avec les valises pleines en me présentant plein de choses très stimulantes. Mais forcément, on a dû faire un gros tri. D’abord parce qu’on doit avancer très prudemment, sur ce secteur encore très fragile, et aussi parce qu’on reste une petite structure. Il y énormément de sagas avec des volumes « à n’en plus finir ». Ça nous a semblé d’emblée rédhibitoire et trop risqué.

On a pris ce risque simplement sur Ce qu’il n’est pas, car l’histoire se déroule dans le même univers que notre manga Celle que je suis, et ça faisait un complément vraiment parfait. Avec 6 tomes, ça reste relativement raisonnable. En tout cas, le choix se fait de la même manière que pour nos mangas : les thématiques portées par les ouvrages, et le traitement de celles-ci. Après, on essaie de voir si le risque (financier) de publication n’est pas trop élevé. Car c’est toujours un risque. Ce qui est compliqué, c’est que souvent, sur les « light novels » japonais, le lectorat cible est masculin-hétéro, alors qu’en France, il semblerait que sur le « young adult », on est plutôt sur un public féminin. Ça peut paraître bête, mais avec des narrateurs désabusés, assez représentatifs du désarroi d’une génération de lecteurs japonais, je crois que ça peut rebuter certain.es lecteur.ices en France. Ces personnages, au premier abord, peuvent paraître assez antipathiques. Puis ils se dévoilent, ils évoluent, ils grandissent. Parfois trop tard mais… Enfin bref, tout ça pour dire qu’on essaie de voir si ce type de personnages va quand même « parler » un minimum aux personnes ici.

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La plupart des titres sont traduits du japonais, mais vous avez aussi sorti récemment Run Away de Mathieu Guibé (dont vous pouvez retrouver notre interview à propos de ce livre ici), illustré par Sinath. Pouvez-vous nous parler un peu de la genèse de cette light novel ?

Alors ça, c’est toute une aventure ! A l’origine, Run Away était un projet très différent… Mais être éditeur, ça suppose d’être flexible, et de savoir s’adapter. Run Away, c’est vraiment une succession d’évènements, de petites choses, d’heureux hasards et de rencontres, de transformations et d’êtres humains qui grandissent. D’un côté, il y avait Sinath et Mathieu Guibé, qui se connaissaient depuis longtemps, et qui un jour se sont retrouvés par hasard en salon, et de là est née leur envie de réaliser ensemble un projet de « manga ». D’un autre côté, à mon retour du Japon, quand je me suis installé en France pour travailler pour Akata, j’ai rencontré Sinath dans une médiathèque de banlieue parisienne où je donnais une conférence. On s’est très vite entendu… Puis entre temps, Akata est devenu indépendant. Ca nous a donné la possibilité de faire de la « création », et on a donc signé le projet Run Away avec Mathieu et Sinath, alors sous la forme de manga. Mais après ça, Sinath a eu une remise en cause artistique, et ses envies ont changé. Pendant ce temps, Mathieu, lui, se faisait une place aux côtés de Nine Gorman avec leur bestseller Ashes falling for the sky. De notre côté, le « hasard » faisait qu’on se lançait avec notre première collection de roman. Et comme on s’était attaché au projet, à ses personnages, et à ce qu’ils véhiculaient, qu’on avait envie de continuer à le porter, l’idée de transformer Run Away en roman a fini par germer. A la base, de toute façon, Mathieu avait pensé le scénario comme une très courte nouvelle (qu’on avait prévu d’inclure dans une version collector du « manga »). Il a réalisé un travail exceptionnel pour le transformer en récit bien plus long. Bref, comme vous le voyez, tout a été question de timing. Dans un timing différent, avec le moindre grain de sable dans la machine, le projet n’aurait jamais vu le jour. D’une certaine manière, il y a quelque chose d’assez fluide, presque magique, dans tout ça.

Avez-vous prévu de faire plus de créations de romans directement en français dans les années à venir ?

Pour le moment, nous n’avons rien de « signé », mais comme je l’expliquais, l’édition est une aventure, et je pense qu’il est important de rester ouvert d’esprit. On est complètement ouvert à cette idée, si les projets qu’on reçoit sont en phase avec ce qu’on publie. Peu importe l’origine, en réalité. Ce qui compte, c’est d’abord le fond. Donc affaire à suivre… Rien de concret, mais la porte est entrouverte !

Pouvez-vous nous expliquer les enjeux de la traduction de romans, le travail avec les traducteurs du japonais au français et leurs implications culturelles ? Est-ce une tâche très différente pour vous lorsqu’il s’agit de manga ou de roman ?

Les problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes. Sur le manga, on a des contraintes liées à la taille des bulles, au découpage des cases… Et comme le japonais et le français ont des structures grammaticales très inversées, il faut parfois se torturer l’esprit pour avoir une phrase qui dévoile la bonne information au bon moment. Le style d’un auteur est moins dans le texte que dans la narration, et dans un manga, il peut y avoir une foultitude de niveaux de langages différents. Comme si les personnages et leurs manières de parler prenaient le dessus sur la manière de parler de l’auteur. Il y a des auteurs de mangas chez qui les mots (et notamment les monologues de pensées) ont un impact plus important que chez d’autres.

Pour un roman qui aurait moins de dialogues, c’est moins les personnages qui parlent que l’auteur. Mais sur ce qu’on appelle pour des raisons « marketing » le « light novel » (expression que je n’aime pas beaucoup), il y a tout de même beaucoup de dialogues. Donc, on est vraiment sur un entre-deux qui est assez complexe à gérer. Surtout que les langues japonaises et françaises ne fonctionnent pas du tout sur la même dynamique, la même poésie, et les mêmes types de rythme ou de sous-entendus. C’est très complexe. Parfois, sur les romans, il faut vraiment fusionner plusieurs phrases, mais aussi supprimer des répétitions de vocabulaire. La langue japonaise aime beaucoup la répétition, en français, ça peut vite devenir très lourd. Donc, il faut trouver un vrai juste équilibre, et c’est un exercice différent pour chaque ouvrage. Car chaque ouvrage a un ton différent. En tout cas, on s’efforce de cherche des traducteur.ices flexibles et ouvert.es d’esprit, qui comprendront les problématiques des personnages, sans les juger, pour les exprimer en français. En tout cas, si les lecteur.ices veulent des textes qui ressembleraient à la littérature française, je ne suis pas sûr qu’ils s’y retrouvent. Quand on prend un roman étranger, je crois qu’on doit être prêt à accepter une marge « d’inconnu », ou en tout cas d’être déstabilisé. Que ce soit par le ton, le contenu, le texte… Au final, je trouve les réactions de lecture très intéressantes. Sur le tome 1 de Ce qu’il n’est pas, j’ai vu un avis qui disait que le style était trop pompeux, et un autre qui disait qu’il trouvait ça écrit de manière trop sommaire. Ça prouve parfaitement mon propos, je crois…

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Lorsqu’Akata est devenu indépendant, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement, des modèles ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

On est devenu indépendant car ça devenait compliqué de publier en restant nous-mêmes et de manière libre. Donc, c’était ça le seul objectif. Plutôt que d’écouter « l’extérieur », et le bruit parasite qui peut aller avec, je crois que c’est important d’être à l’écoute de soi-même. De ce qu’on souhaite vraiment, et je ne parle pas de faux désirs. Devenir indépendant, c’était d’abord cette quête-là, ce besoin viscéral de se sentir plus « libre », plus en accord avec soi. Même si ça n’a pas été un choix simple, à bien des niveaux. Mais du coup, avoir des « modèles », non, je ne crois pas… Bien sûr, dit comme ça, ça peut paraître très égocentrique. Ce n’est pas du tout ce que je veux exprimer. Tout ça, c’est une question d’équilibre. En fait, c’est un peu comme un auteur… A travers son œuvre, il se livre. Mais s’il ne touche aucun lecteur, c’est qu’il y a eu un problème quelque part. Donc, même si je dis que notre modèle, c’était plutôt « être soi-même », à l’inverse, ce qui est à éviter, c’est de rester dans « l’entre-soi ». Parce qu’en tant qu’éditeur, on publie d’abord pour les lecteur.ices. Ce jonglage-là, qui consiste à trouver l’équilibre entre un soi authentique sans se fermer aux autres, je crois que c’est ça qui nous anime.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition de mangas et de romans young adult ?

On connaissait déjà le monde de l’édition de manga. A ce niveau-là, ça ne nous a pas appris tant de choses que ça. Enfin, on s’est formé sur le tas dans certains métiers quand même. Mais on n’a pas eu de surprises sur les dessous du manga ou les fonctionnements. On était déjà des acteurs très actifs de ce « milieu ».

Pour le roman… c’est une toute autre histoire par contre ! C’est encore récent, et en réalité, on est encore en apprentissage là-dessus. De mon impression, le secteur global du « young adult », ou plus généralement de la littérature « jeunes adultes » (au sens très large) est encore très mal défini. Pour le moment, il y a « la littérature générale », et la « littérature jeunesse », qui est un gros fourre-tout parfois assez incompréhensible. Les catégories usuelles sont assez segmentantes, et bizarrement trop larges. Si on regarde les « romans jeunesse », on voit trois segmentations : « romans tout-petits », « romans 8-12 ans » et « romans 13+ ». La plus compliquée, à mes yeux, c’est vraiment le « romans 13+ ». Parce que dans les bases de données officielles, la catégorie « young adult » rentre dans cette catégorie. Et entre 13 ans et 20 ans, la différence est énorme. C’est probablement la période de sa vie où on change le plus vite. Donc je crois que sur cet aspect bien précis, toute la profession (enfin, toutes les professions) ont un énorme chantier à mettre en route.

Sinon, de mon ressenti, j’ai l’impression qu’il y a une espèce d’hypocrisie assez forte sur ce qu’on peut aborder dans la « littérature jeunesse ». Dans le manga, on aborde assez facilement tous les sujets. Mais dans la littérature jeunesse, il y a clairement des tabous… Pour moi, rien n’est tabou, tout est question de traitement. La sexualité, notamment, semble faire grincer des dents. Avec l’évocation des parties génitales, par exemple. Si on parle de maladie, on peut décrire le corps de manière très détaillée, y compris de manière parfois très « dégoûtante ». Pareil pour la violence, j’ai la sensation qu’il y a une certaine forme de tolérance, y compris dans la description de tout ce qui est gore. Ça peut aller très loin parfois, y compris de manière gratuite… Par contre, dès qu’on parle de sexualité, ça bloque. Il faut évoquer les choses avec un « langage fleuri ». Ce que je trouve assez malhonnête, en fait. Comme si on prenait les lecteurs et lectrices pour des idiots attardés. Mais avec le développement d’Internet et de la pornographie gratuite pas toujours très saine, je crois profondément que la littérature jeunesse doit s’emparer de ce genre de sujets. Mais je vois bien comment ça réagit quand j’évoque certains livres ou certaines thématiques. Certains librairies jeunesse refusent d’emblée des livres qui abordent des thématiques LGBT, par exemple. Je trouve ça grave, et profondément problématique à la fois.

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Globalement, comment voyez-vous l’évolution du marché du manga ces dernières années ? Quels objectifs vous fixez-vous ?

Je l’envisage en tout cas avec vigilance. Il y a beaucoup de nouveaux acteurs, et beaucoup de livres qui sortent. On parle d’une augmentation du marché sur l’année 2019, mais j’avoue que je n’aime pas trop parler comme ça. En fait, ce qui compte le plus pour moi, c’est de savoir si les projets sont rentables, au cas par cas. Le « marché » étant en augmentation, c’est censé être positif. Mais l’écart entre ce qui se vend et ce qui ne se vend pas peut être énorme, et les bides commerciaux peuvent se faire parfois aux dépends des lecteurs et des auteurs. Ça, ça m’inquiète. Et avec l’ultra-concurrence (pour l’achat des licences, pour la visibilité, etc.), tout devient plus cher, plus compliqué, et donc plus risqué financièrement. On reste une petite structure indépendante, et donc, plus que les grosses entreprises, on doit être particulièrement vigilants. Je ne suis pas foncièrement inquiet, justement parce que plus que quiconque, on a conscience du risque. Donc, on réfléchit à tous nos choix. Même si ça ne se voit pas forcément. Mais du coup, en gros, notre objectif est simple : continuer à publier des ouvrages qu’on aime et qu’on a envie de partager, sans trahir notre vision éditoriale et nos convictions intimes. Si possible, en réussissant à se reposer un peu aussi pour trouver un équilibre dans nos vies personnelles… Ça, ce n’est hélas pas encore gagné…

Trois livres pour découvrir Akata

pour-trois-jours-miakiPour trois jours de bonheur, j’ai vendu le reste de ma vie, de Sugaru Miaki

Un héros au premier abord très imbu de lui-même, mais qui après avoir enchaîné les pires choix possible, va réaliser le sens de ce qu’est vraiment le « bonheur ». Je pense que c’est un ouvrage qui arrive à capter un vrai malaise générationnel, avec des jeunes qui ont grandi en entendant quotidiennement que l’avenir ne leur réserve rien de positif. Il y a des gros twists dans l’histoires, et cette romance aux airs parfois fantastiques gagne vraiment en puissance au fil des pages…

je-ne-suis-pas-gay-fictionJe ne suis pas un gay de fiction, de Naoto Asahara

A ne pas mettre entre toutes les mains, car les thématiques abordées sont parfois dures et très frontales, mais c’est un ouvrage important. L’auteur est lui-même gay (#OwnVoice), et il parle du quotidien d’un jeune gay au Japon. Mais aussi de la fétichisation qu’ils subissent parfois à travers les boy’s love et homo-romances. C’est assez cru, assez frontal, et il y a des relations pas très saines, mais qui ne sont pas idéalisées. On ressent le mal-être du héros, très profondément, mais pas seulement le sien. Le personnage féminin qui l’accompagne est aussi (d)écrit avec intelligence. Ca parle de la pression sociale, du moule, de la « normalité », du bonheur…

vie-devant-toiLa vie devant toi, de Hideki Arai et Taichi Yamada

J’ai quand même eu envie de mettre un manga… Pas forcément le plus connu, mais qui est une œuvre si généreuse. On suit la vie et les interactions de trois délaissés de la société. Un jeune adulte aide-soignant qui a démissionné de son travail, une assistante sociale quadragénaire et célibataire,  et un vieux retraité malade en fin de vie. La rencontre de ces trois-là va faire des miracles, d’une certaine manière. Ca regarde sans détourner les yeux les défauts des personnages, mais c’est une vraie invitation à tendre la main vers autrui. Un gros one-shot qui ne peut pas laisser indifférent !

Merci à Bruno Pham pour ses réponses.

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

Quand Babelio rencontre les éditions B2

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L’errance et la curiosité sont les deux mamelles de la découverte. C’est en se laissant guider par celles-ci, en plein pilotage automatique, qu’un jour de mars 2019 nous foulions la piste des éditions B2, au détour du stand Île-de-France du Salon du Livre de Paris. Un éditeur passé sous nos radars jusque-là – mais quoi de plus normal pour une maison au nom de bombardier furtif ?

Après consultation, achat et lecture de quelques-uns de leurs livres, passionnants dans le fond comme dans la forme, nous avons eu envie de vous faire partager un parcours d’éditeur plein de turbulences, celui de Nikola Jankovic. Ou comment relier livre et architecture dans des constellations thématiques toujours plus vastes et étonnantes.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet des éditions B2, son équipe ? Quels sont les territoires couverts et l’idée ayant présidé à la création de cette maison d’édition ?

Nikola Jankovic : Avec presque 100 titres à ce jour et aucun salarié depuis 8 ans, B2 se veut un « cabinet de curiosités architecturales » parcourant le temps et l’espace : du néolithique à nos jours en abscisse, et de Los Angeles à Vladivostok en ordonnée (exception faite de quelques items sur la Lune et l’Espace, date anniversaire oblige)… Cabinet donc, mais aussi bien « cosmogonie portative », un cluster d’espèces d’espaces et d’hétérotopies où l’intention (le projet) et parfois sa réalisation architecturales deviennent l’attestation, entre histoire culturelle et économie matérielle, d’un « ça a été » de nos humanités. Unités de temps, d’espace et d’action délimitent ainsi une myriade d’« histoires » recoupant l’Histoire…

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Ce qui frappe d’emblée quand on découvre les éditions B2, ce sont les choix graphiques très forts des première et quatrième de couverture. Comment avez-vous conçu ces maquettes accroche-rétine, immédiatement reconnaissables ?

Dois-je bien le prendre !?! Bien sûr l’apparence, la première de couverture et l’ergonomie générale de l’extérieur (puis de l’intérieur) ont leur importance ! Mais le contenu en a davantage… j’y reviendrai. Architecte de formation et longtemps pigiste dans la presse magazine art-architecture-design, je ne connaissais rien ou presque au graphisme à la création de B2 en 2011. Par contre, je savais ce que je voulais : garder le meilleur du livre et du périodique. D’abord un rythme de parution de 12 titres par an, mais un dos carré-collé que l’on ne jette pas mais que l’on range dans une bibliothèque ; ensuite, cette cadence devait induire une sérialité proliférante et des codes-couleurs pour l’organiser. Or, partant du constat d’une érosion de la lecture et d’une augmentation des mobilités, le « petit livre de poche » s’est aussi imposé pour répartir les risques en alternative à l’édition d’un gros long seller académique me faisant de suite déposer le bilan. Optimisé au vu des standards d’imprimeur, le format 10×15 s’est ainsi justifié pour devenir réellement à la taille d’une « poche » – à glisser dans une veste, un sac à main voire une poche de pantalon.

Vu le lectorat visé et mon budget, le « chic-et-pas-cher » (évalué à une place de cinéma ou deux bières en terrasse) m’a semblé un critère important : donc couvertures noires – peu onéreux, mais toujours sobre, classe et sérieux. La réponse fut donc très simple : mélange de Pop Art warholien racoleur et du velours utilisé par les diamantaires d’Anvers (pour laisser à une pierre tout loisir d’exprimer sa coloration), les couleurs de l’arc-en-ciel permettaient d’organiser sept « codes-couleurs » thématiques. L’impression offset en bichromie à « couleur directe » serait même plus lumineuse (plutôt qu’une impression en quadrichromie). J’avais pensé à tout – la déclinaison de couleurs et de formats – puis ai fabriqué mes premiers prototypes seul. J’ai proposé à un ancien de mes élèves aux Arts Déco de m’aider, avant de former mon « écurie » de jeunes graphistes. Partant d’une notoriété nulle et d’un catalogue balbutiant, la reconnaissance a démarré lentement ; mais deux ans plus tard, avec une vingtaine d’ouvrages au catalogue et une refonte de l’identité visuelle née des commentaires de lecteurs, 2013 a été l’année de bascule : un célèbre bureau de graphisme a même éhontément « emprunté » (contrefait) mon système original pour le transposer à des guides de voyages d’un célèbre malletier à monogramme. David contre Goliath : choqué, mais plutôt flatté ! Plus tard, ces gens ont poursuivi leur méfait en déclinant ma gamme de formats medium, large et extra-large ; il y a quelques semaines, et sans vergogne, ils m’ont même proposé leurs services !

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Pourquoi avoir choisi le nom de « B2 », tiré du bombardier furtif lancé par l’US Air Force en 1989 – auquel vous consacrez d’ailleurs le livre Fatal Beauty, signé Jan Kovac ?

À cause du groupe U2, de l’Institut national de la propriété intellectuelle, des querelles entre chapelles d’architectes ! Je m’explique : lorsque l’on dépose une marque semi-figurative à l’Institut national de propriété intellectuelle (INPI), on privilégie un nom court, une aisance d’élocution, en français voire en d’autres langues. Côté logo, si le mot « bâtiment » renvoie spontanément à l’architecture terrestre ou navale, la silhouette si iconique du bombardier furtif permettait d’enjamber toute appartenance à telle ou telle chapelle ; en outre, elle me permettait d’embrasser un spectre de conception « architecturale » bien plus vaste… Eh oui, bien que naguère objecteur de conscience, nous avons effectivement consacré à ce superbe appareil de destruction une petite édition numérotée : Jan est un passionné de design spatial et militaire ; fort de 500 visuels d’archives, il vient de sortir un très bel essai sur le programme Apollo, vue de toutes ses infrastructures et bureaux d’études mobilisés pendant quinze ans sur le sol américain, On va marcher sur la Lune. D’ailleurs dès 2016, nous avons décliné le logo unique de la « marque B2 » en des logos propres à chaque format, avec le détourage d’autres appareils furtifs. Le B2 à l’envergure d’A380 est donc resté le logo du plus petit format, mais aussi de la marque protégée !

Comment naissent les projets de livres ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

Il n’existe aucune règle. La feuille de route initiale a été respectée pour les 2 ou 3 premiers titres de chaque code-couleur : un cocktail en trois tiers. 1/3 de titres du domaine public (enrichis par une édition scientifique augmentée justifiant la ressortie d’un sujet ancien) ; 1/3 de titres d’auteurs francophones actuels ; puis 1/3 de traductions, option onéreuse pour de la micro-édition indépendante, mais nécessaire, non seulement pour un cabinet de curiosités, mais aussi pour publier des spécialistes étrangers, souvent enseignants dans de grandes universités nord-américaines. Dans un second temps, il a fallu faire de nouveaux tris, économiques, prioritaires, stratégiques : restreindre les projets coûteux ou sans chance de succès ; oser contacter prioritairement quelques auteurs admirés, confirmés ou en devenir, français (Patrick Boucheron, peu avant sa nomination au Collège de France) ou étrangers (professeurs à Harvard, Columbia, Princeton, UCLA), souvent sollicités pour un article ancien réarrangé et à titre gracieux – je reste admiratif de leur générosité intellectuelle et leur en reste redevable.

Au-delà d’une certaine masse critique, non seulement la « nation arc-en-ciel » des titres du catalogue prenait vie, mais elle permettait désormais une nouvelle étape épistémologique de ce qui n’était alors que de petites briques taxinomiques éparses : l’interconnexion et la prolifération des titres, sujets et auteurs. Cette triangulation pouvait se faire au sein d’une même « collection » ou en arborescences transversales, par capillarité, d’une section l’autre, pour former une « constellation de constellations » interconnectées. Cela complète sa dimension « Galaxie Gutenberg ». Enfin, une troisième étape surgit avec un début de notoriété, consistant à gérer le système, le mettre à jour et l’adapter aux inputs, absents au départ : des auteurs vous sollicitant avec un manuscrit, de prétendues aides ou subventions (environ 10 % de nos titres), gérer la pénurie, le calendrier, les déficits… J’ai une vision très pessimiste de mon avenir professionnel, citoyen, humain…

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Vous semblez avoir une définition très particulière, ou du moins assez large, de ce que peut recouvrir le terme « architecture » – c’est du moins ce que votre catalogue laisse entendre…

Vous trouvez ? À lire le nom des collections, j’y trouve une grande cohérence : tout repose précisément sur cette compréhension extensive de l’« architecture » entre ses tracas du quotidien (art, politique, économie) et ses retombées humaines, sociales voire civilisationnelles. Transposée dans la matrice B2, elle fédère un champ épistémique incluant le design (rouge), l’actualité (orange), toutes sortes de « territoires » (jaune), des aspects plus sociétaux (vert) ou contre-culturels (bleu), mais aussi de patrimoine (rose) et de « fac-similés » attestant de documents oubliés (violet). À quoi il faut ajouter une huitième « couleur », une encre métallique bronze, sur le conseil d’un graphiste qui me dissuada d’utiliser le sépia initialement souhaité pour la collection « Flashback », des monographies-testament d’architectes en fin de vie sur une seule de leur œuvre : pour lui, cette évocation rétro était too much, alors que la seule encre métallique bronze transcendait une carrière d’Immortels ! Et il n’avait vraiment pas tort !

Toutefois il est vrai que le nombre des acceptions du mot « architecture » n’a d’égal que la richesse du verbe to design en anglais, sans même parler des sens plus ou moins extensifs ou spécialisés qu’en auront un artiste, un ingénieur, un philosophe ou informaticien – qui tous donnent au mot « architecture » un sens spécifique. À l’ère du big data et du réchauffement climatique, les trois points de Vitruve « Utilité, Solidité, Beauté » obligent de surcroît à une compréhension plus systémique et environnementale des artefacts intentionnels ou involontaires que nous, humains, habitons et aménageons auprès des non-humains…

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Votre catalogue regroupe pas moins de 15 collections : est-ce que ça n’induit pas un problème de gestion de votre côté, et de segmentation trop importante pour les lecteurs ?

Assurément, vous n’avez pas tort : 15, c’est trop – sauf à hiérarchiser ¾ des titres dans 8 collections thématiques, et le dernier ¼ dans 3 collections de formats et 4 autres vraiment plus marginales. Au départ, la taxinomie des mots et des choses de mon projet était simplement d’agréger des micro-histoires que la restriction pédagogique et temporelle tend à supprimer dans un manuel embrassant l’Architecture « de l’Antiquité à nos jours » : en allant de la pyramide égyptienne à la Renaissance puis à Le Corbusier en 26 leçons/chapitres, on oublie l’histoire culturelle de la « pelouse américaine » ou de l’incidence sur l’« architecture » du Spoutnik et du fondateur de Playboy magazine proposée par Beatriz Colomina ; on zappe le projet cybernétique pour piloter le Chili de Salvador Allende ou l’odyssée des modules Apollo et des combinaisons spatiales Playtex. Et puis, comme la construction méticuleuse d’un Kubrick ou d’un Hergé, j’aime unifier dans un temps rapproché hippies californiens et projets nazis, ikebana post-Hiroshima et bulldozers israéliens, tribu d’Amazonie et architecture corporate IBM, ou bien faire cohabiter Néolithique, Moyen Age, Renaissance et smart cities dans la longue durée. Pour le meilleur comme pour le pire, cela nous montre qui « nous » sommes… ou n’avons pas été.

Les fonctions d’editor et de publisher, qui font de moi un « éditeur » devant rendre public en « publiant », m’ont incité à délaisser une ligne éditoriale par titre/ISBN au profit d’une organisation par collection/ISSN fédérant un système ouvert, croisé et encore en expansion. Structurant, le cloisonnement par collection maintient toutefois encore une démarche encyclopédique apposant des entrées et des renvois transversaux ; et d’un certain point de vue, elle l’est. Mais la finitude des éditions imprimées de l’Universalis est morte le jour où Wikipédia est né et survit difficilement !

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui, forcément, un éditeur est par essence d’abord un lecteur. Mon projet s’est évidemment inspiré des « modèles », à suivre et à ne pas suivre : des Que sais-je ?, des petits livrets Allia ou de l’intéressante expérience (mais avortée) des petits livres de poche Points2 du Seuil dont le très bon spot en ligne moquait les pubs sensuelles de l’iPad. Tous mes projets numériques n’ont jamais démarré, mais j’ai encore des discussions passionnées sur le sujet – et des projets à moyen terme. D’ailleurs, depuis l’invasion de Netflix et le déclin de la télévision linéaire, la « convergence » est décidément d’actualités, y compris dans l’édition – ainsi qu’en témoigne l’étrange stratégie de Vivendi/Editis selon Arnaud de Puyfontaine et dans la continuité de Jean-Marie Messier…

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Après, je le mesure empiriquement : happé par les manuscrits et le flux de la presse écrite, je ne lis quasiment plus de livres. Je regrette cette cadence stakhanoviste de notre quotidien, tout comme l’offre pléthorique et marketée des industries culturelles dictées par les écrans, les forfaits illimités, les lieux d’exposition ou les supports d’éditions textuelles ou audiovisuelles : qu’il était simple le monde analogique d’avant, avec des livres convenus, de jeux de société en bois ou carton, de quelques films de producteurs établis et trois chaînes d’Etat en noir et blanc ! Au départ, en 2011, mon capital social n’était que de 10 000 euros : la sortie d’un seul fiasco immédiat ou long seller de 600 pages invendu sur quinze ans mettait d’emblée fin à l’histoire ; et puis mon projet initial était l’édition électronique pour iPad, acheté dès sa première sortie au printemps 2010. Son, vidéo, agrandissement des images sur un écran tactile, bookmarks, annotations, hyperliens, moteurs de recherche, un monde nouveau s’ouvre… s’est soudainement refermé : à l’instar de mon arrière-grand-oncle Nikola Tesla (dont un B2 raconte l’impasse philanthropique de son rêve de gratuité d’électricité mondiale face à son business angel, le banquier John P. Morgan, féru de compteurs, box et forfaits pour « accès illimités »), les G, A, F et A de Californie ont tout de suite bridé, verrouillé les interfaces et les licences aux consommateurs, imposé leurs diktats à l’édition et aux médias. Les quotidiens, hebdos, mensuels et éditeurs de romans ou de beaux livres ont tous cherché peu ou prou l’équilibre entre potentiel technologique, modèle économique et contrefeu juridique : maigre bilan. We are the world : les hippies du Summer of Love ont donné vie aux libertariens 2.0 et à la nouvelle Silicon Valley, tandis que l’utopie socialiste et éducative a buté à la réalité oligarchique et capitaliste. Donc oui, à court terme il existe des œuvres d’éditeurs et de graphistes à suivre, assurément… mais la nouvelle Frontière n’est pas là !

Quels objectifs vous fixez-vous pour les années à venir ?

Rester vivant ! Autant dire : un vœu-pieu, car c’est impossible sans le parapluie d’un plus puissant que soi. Si l’on exclut les secteurs bien-être / BD-manga-fantasy, le secteur de l’édition au sens traditionnel stagne, voire décline. L’architecture est un sous-genre de l’édition d’art, mais souvent perçue comme trop spécialisée ou technique. En France, les programmes d’aides et subventions ne lui sont guère favorables. Moins de 10 % de mon catalogue a été aidé, jamais par le CNL et aucun dispositif n’existe à la Culture pour l’architecture (sauf à coéditer des ouvrages d’écoles). Quant aux institutions publiques et muséales, elles sont elles mêmes fragiles et sous perfusion… Récemment, les éditions B2 ont bénéficié d’une subvention américaine : elle sera versée trop tard et n’épongera pas le déficit. Avant même d’imprimer, je sais que ce titre me fera perdre de l’argent. Alors, quel objectif ? Gagner au loto ; malheureusement je n’y joue pas…

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition d’essais/non-fiction ?

Je viens de vous répondre. Bénéficier des largesses d’un mécène qui n’existe pas (et n’a d’ailleurs pas le droit d’aider une société commerciale) ; vivre sous la protection d’un puissant suzerain qui verrait en B2 ou en son éditeur l’opportunité de renforcer son secteur « architecture » (il en existe moins de trois) ; gagner au loto (à condition de tenter sa chance) ; ou mourir plus ou moins rapidement. Pour le moment, et parce qu’avec aucun salarié mes déficits restent très « raisonnables », j’ai opté par défaut pour cette solution finale…

 

 

Quatre livres (et autant de constellations) pour découvrir les éditions B2

Vous l’avez compris, même si je fraye avec les graphistes et les imprimeurs, je reste un architecte docteur en géographie. À ce titre, je suis, à titre personnel davantage un editor (ou « directeur de collection ») qu’un publisher. L’échelle à laquelle je me sens à l’aide est non pas le « livre » en soi, mais l’agencement de titres s’interconnectant en collections.

Pour filer la métaphore neurologique ou informatique, les livres sont des « terminaux », des unités individuelles ou terminaisons synaptiques. Moi c’est les réseaux qui se prolongent derrière que j’aime passionnément, fiévreusement « collectionner ». Vous citer trois titres pouvant chacun participer d’un rhizome d’un catalogue lui-même en expansion n’a guère d’intérêt ; par contre, articuler l’éloquence architecturale dans la Renaissance italienne (Patrick Boucheron) à la « topologie » des cartes et des territoires de Michel Houellebecq (Clémentin Rachet) ou à l’histoire culturelle de la pelouse américaine (Beatriz Colomina) tout en suivant image par image les treize missions spatiale d’Apollo (Jankovic & Vadé) et d’une émulation intellectuelle – surtout pour penser les prochaines décennies !

 

Merci à Nikola Jankovic pour ses réponses

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

Quand Babelio rencontre les éditions Critic

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2019 est une année très spéciale pour Critic. En plus de fêter ses 10 ans, la maison d’édition rennaise publie le deuxième livre très attendu de l’un de ses auteurs phares : Nécropolitains de Rodolphe Casso. Un deuxième roman qui porte à près de 100 parutions le catalogue de Critic. Pas mal pour un éditeur de l’imaginaire également libraire spécialisé à Rennes, à temps plein ! Nous avons rencontré Eric Marcelin pour en savoir plus sur sa fièvre d’éditer, mais aussi sur ses auteurs et les objectifs poursuivis avec sa maison d’édition. En 10 questions comme autant de bougies à souffler…

L’histoire de Critic a commencé au début du nouveau millénaire, avec l’ouverture en 2000 d’une librairie à Rennes. Neuf ans plus tard, vous lanciez la maison d’édition du même nom avec Simon Pinel. Qu’est-ce qui vous a poussé, en 2009, à tenter l’aventure ?

Pour la petite histoire, lorsque j’ai créé la librairie Critic (spécialisée en bande dessinée et littératures de l’Imaginaire) en août 2000, j’avais déjà cette idée en tête. Après avoir rendu viable cette première entreprise, après avoir commencé à créer une image de marque et après avoir fait la rencontre de Simon Pinel, qui a réalisé son master édition à Rennes, les éléments étaient réunis pour lancer cette maison d’édition, sous le même nom et logo que la librairie. Et puis les éléments étaient parfaitement alignés puisque j’avais déjà le texte à publier, promis par mon libraire et écrivain Xavier Dollo (Thomas Geha).

Pour tout dire, au départ, cette seconde activité ne devait être qu’une marotte. Le truc c’est que l’on se prend vite au jeu et, voilà qu’aujourd’hui, nous allons atteindre les 100 titres au catalogue.

Vous éditez aussi bien des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy et fantastique) que des polars. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces deux pôles (parfois appelés « mauvais genres ») ? Est-il plus fonction de contraintes économiques ou de votre appétit/vos découvertes du moment ?

Nous publions essentiellement des ouvrages sur coup de cœur, par rapport à nos appétences et selon quelques textes reçus. (La sélection est rude et il y a peu d’élus sur les plus de 1000 manuscrits reçus à l’année…) Nous avons essayé à une époque d’équilibrer entre SF, fantasy, polar… Mais il y a des années où il y a plus de science-fiction, ou de fantasy… Soit parce qu’il y a plus de textes de ce genre reçus sur une année soit, comme cela s’est déjà produit, des auteurs dont nous attendions un texte de SF qui ont finalement envie d’essayer un autre genre.

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Si j’ai bien suivi, Critic publie uniquement des auteurs français (francophones ?). Pourquoi ce choix ? Pensez-vous un jour ouvrir votre catalogue à des traductions ?

Oui, effectivement. Cela a tout de suite été la ligne de départ. Nous avons des auteurs français de grand talent, qui n’ont rien à envier aux Anglo-Saxons, et nous nous efforçons au fil des années de convaincre libraires, bibliothécaires et lecteurs de ce fait avéré.

Comme nous fonctionnons beaucoup au coup de cœur, nous ne  nous fermons pas à explorer la possibilité de publier des auteurs venant d’autres pays, du moment que le texte est intelligent, divertissant et qu’il emporte notre imaginaire. D’ailleurs nous sommes très fiers de notre premier texte traduit et de rendre de nouveau disponible à la vente la saga de Brian Stableford, Grainger des étoiles, dont la première intégrale arrive à la fin du mois et la deuxième en novembre.

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Comment découvrez-vous les auteurs que vous publiez ? Avez-vous une ligne éditoriale très arrêtée, au-delà du genre ?

Par connaissances, par connaissances interposées, les manuscrits que nous recevons… La ligne éditoriale est effectivement très arrêtée… Que des coups de cœur ! Ce qui laisse de la place pour des projets un peu à côté du genre, que nous publions en Hors Collection.

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui,  nous étions très inspirés de ce que pouvait faire la collection Fleuve Noir Anticipation, ou encore la collection Rivière Blanche des éditions Black Coat Press, et également de la fougue et créativité des éditions Bragelonne. Et le travers a éviter : ne pas s’emballer trop vite, garder la tête froide et le cap à tenir.

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Ce double métier de libraire et éditeur doit bien remplir vos semaines. Comment gérez-vous le temps passé à la librairie, et sur vos projets de livres ?

C’est un savant équilibre à trouver. Ne jamais paniquer, garder la tête froide (encore), se dire que tout va bien se passer. Il y a un côté schizophrénique que j’ai dû apprendre à gérer car il faut pouvoir passer d’un sujet à un autre en essayant de ne pas perdre le fil, décider quelle urgence à traiter est la plus « urgente »… Et tenter de ne rien oublier.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition, en 10 ans, et plus particulièrement de l’édition de littératures de l’imaginaire ?

Qu’il est toujours difficile de faire émerger de nouveaux talents, qu’il faut beaucoup d’efforts pour réussir à vendre plus de 1000 ex. d’un titre, qu’il faut toujours garder la passion de la découverte et rester curieux, que la littérature de l’Imaginaire est une littérature de niche. C’est un exploit, comme pour  beaucoup d’autres maisons d’édition, de toujours être là. Mais, on sent du changement, ne serait-ce déjà que par la volonté affichée par tous les éditeurs du domaine qui se sont, depuis 3 ans, réunis en association pour défendre et mettre en avant cette littérature lors du Mois de l’Imaginaire.

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Pouvez-vous nous dire quelques mots du nouveau et très attendu livre de Rodolphe Casso, Nécropolitains ? L’enjeu est-il cette fois très différent pour vous, par rapport à son précédent, PariZ ?

Achetez-le ! Offrez-le ! Nous avons décidé avec Simon Pinel d’en faire le livre porte bannière des éditions Critic. Parce que ce livre peut faire bouger les barrières et prouver que la « littérature d’Imaginaire » est tout simplement de la littérature, que l’on peut avoir des zombies dans un roman, qu’il peut y avoir eu l’apocalypse, et que ce ne soit qu’un prétexte à un roman social imaginant 3 modèles de sociétés au travers de 3 communautés qui tentent d’imaginer un avenir après la fin du monde. Le tout en ayant des répliques drôles, un rythme enlevé et un regard sarcastique sur notre monde actuel.

Ce n’est pas toujours ce que nous recherchons dans les livres que nous publions, mais une chose est certaine, comme l’indique notre slogan, nous voulons publier « des romans que vous ne lâcherez pas ! ». Facile à dire.

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Quel bilan tirez-vous de ces 10 ans d’édition, par rapport aux objectifs que vous vous étiez fixés ? Et quels sont vos projets avec Critic pour les années qui viennent ?

Le bilan est plus que positif, puisqu’au départ l’objectif de publier 2 à 3 titres par an, voire pas du tout si rien ne retenait notre attention, s’est transformé en une vraie et reconnue maison d’édition. Il y a 10 ans si une personne m’avait dit qu’il y aurait 100 titres à notre catalogue en 2019 j’aurais pensé qu’elle était folle. Et je pense qu’effectivement il faut être un peu dingue pour mener une librairie et une maison d’édition de front…

C’est pour ça, comme nous avons encore du temps… que pour les années à venir, vous allez voir la naissance dès 2020 de nos premiers titres BD en collaboration avec les Humanoïdes associés sous le double label des 2 maisons d’édition. Adaptation d’une partie de nos romans et quelques projets inédits dont « L’Histoire de la Science-fiction en bande dessinée » réalisée par Xavier Dollo au scénario et Djibril Morissette au dessin. Et, également, le lancement d’une nouvelle collection en numérique, sorte de laboratoire d’expérimentation, terrain de jeu, pour les auteurs.

Quoiqu’il en soit nous allons nous efforcer de continuer à publier des textes que « vous ne lâcherez pas ! ». Enfin, c’est le but.

Trois livres pour découvrir Critic

Alors là, voici une question bien cruelle, et puis cela va faire des jaloux… Je vous ai dit qu’on était un éditeur de coups de cœur… Bon… Puisqu’il faut trancher :

CVT_Des-sorciers-et-des-hommes_5058Je vous aurais bien dit Le Sabre de sang de Thomas Geha, notre premier livre, très emblématique de ce que nous sommes en tant qu’éditeur, mais l’intégrale ne paraîtra au final qu’en novembre 2020, aussi rabattez-vous sur Des sorciers et des hommes du même auteur. Je vous garantis du plaisir à suivre les aventures de Hent Guer et Pic Caram, deux antihéros qui vont entraîneront dans une fantasy sombre et cynique fort plaisante.

 

critic09-2013Point Zéro d’Antoine Tracqui, car ce manuscrit m’a tout de suite emporté par le ton donné. Antoine Tracqui, c’est un peu notre Jules Verne des temps modernes. Il nous entraîne dans des aventures dingues qui mélangent à la fois histoire, science-fiction, voyage et un côté super-héroïque complètement assumé et jubilatoire qui fait que même au bout de 900 pages, on en redemande ! Malheureusement, l’auteur se fait trop rare et nous attendons son troisième et dernier tome des aventures de la Hard Rescue avec impatience. Petite confidence… il arrive fin 2020 !

41aY-DMKdML._SX210_Dominium Mundi de François Baranger parce que lire ce dyptique complètement dingue de plus de 1300 pages, que l’auteur a mis 10 ans à écrire, c’est comme s’installer dans une spacieuse et confortable salle de cinéma, avec son Dolby atmos 7.1, et s’embarquer pour un space-opéra/planète opéra digne des plus grandes superproductions. Rien que le pitch donne envie. Imaginez une terre où le Pape est redevenu tout puissant et a réinstauré le Dominium Mundi… Où nous sommes revenus à un mode de vie médiéval, mais avec une technologie de pointe… Où des missionnaires découvrent, sur une planète indigène, les restes du Christ. Les vrais. Imaginez une nouvelle croisade… Un vaisseau capable d’accueillir un million d’hommes à son bord…Imaginez encore et encore, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

CVT_Gurvan-lintegrale_6534Et… Oui, je sais… Vous aviez dit trois titres mais, juste en quelques mots, car je suis également très heureux de proposer la réédition de l’œuvre de Paul-Jean Hérault. C’est un grand monsieur se la SF populaire française qui a fait les heures de gloire de la mythique collection Fleuve Noir Anticipation. Et, pour notre plus grande joie, il continue à fédérer d’anciens fans et continue de recruter des lecteurs. Quoi vous ne connaissiez pas encore… Eh bien, un conseil entrez dans l’univers P.-J. avec Gurvan ou encore Le Chineur de l’espace.

 

Merci à Eric Marcelin pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

5 romans d’imaginaire pour retourner vers le futur

Elles sont encore trop rares, ces librairies spécialisées dans les littératures de l’imaginaire comme Critic à Rennes, Omerveilles à Grenoble ou L’Octopus à Epinal. Et quand on sait la (minuscule) place laissée à la science-fiction, la fantasy et au fantastique dans les librairies généralistes, il y a vraiment de quoi invoquer Cthulhu… Pourtant, l’intérêt des lecteurs semble inversement proportionnel à ce manque de visibilité dans les circuits traditionnels.

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C’est pourquoi, en ce début de mois d’octobre qui voit s’ouvrir une troisième édition du Mois de l’imaginaire, nous sommes allés rendre visite à une autre fameuse librairie consacrée à ces genres « maudits » : La Dimension Fantastique à Paris. Depuis 2014, cette belle boutique du 10e arrondissement (au 106 rue Lafayette) défend avec conviction la SFFF dans ses rayonnages bien sûr, mais aussi à travers un club de lecture, de nombreuses dédicaces tout au long de l’année, et le salon Imagibière, associant littérature et orge malté, en association avec la Brasserie de l’Etre (réservez votre 19 octobre dès maintenant).

On a donc demandé à Julien de nous conseiller et présenter 5 romans sortis récemment. Auteurs français ou étrangers ; fantastique, SF ou fantasy ; one-shot ou trilogie… voilà une sélection variée qui devrait vous réserver de bonnes heures de lecture.

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Katherine Arden, La Fille dans la tour (Denoël Lunes d’encre)

« C’est le deuxième tome de la Trilogie d’une nuit d’hiver de cette auteure américaine, après son remarqué L’Ours et le Rossignol. On reste dans un récit fantastique qui s’inspire des contes et légendes russes, que Katherine Arden a beaucoup étudiés – elle a d’ailleurs vécu un temps en Russie. C’est vraiment rafraîchissant, bien écrit, on est plongés dans ces univers-là, c’est dépaysant aussi. On parle de trilogie mais chaque tome est indépendant et se lit comme une histoire complète, on ne sent pas forcément que ça donnera lieu à une suite quand on achève sa lecture. Le troisième tome sort l’année prochaine, si mes souvenirs sont bons. »

 

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Franck Ferric, Le Chant mortel du soleil (Albin Michel Imaginaire)

« Voilà un auteur français qu’on suit depuis quelque temps, chez plusieurs éditeurs. Son précédent Trois Oboles pour Charon avait été finaliste du Grand Prix de l’Imaginaire. Franck Ferric revient ici avec un récit autour des dieux, dans lequel on suit un groupe qui ressemble à une peuplade mongole, qui part affronter et tuer le dernier dieu existant. Il y a pas mal d’action et d’aventure, avec en même temps une réflexion métaphysique. C’est riche et bien écrit, plein de surprises, et on est content de retrouver cet auteur, l’un des rares français publiés chez cet éditeur. »

 

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Tade Thompson, Rosewater – Insurrection (Nouveaux Millénaires)

« Et pourquoi ne pas continuer avec un peu de SF, et le deuxième tome d’une trilogie ? L’action se passe en Afrique du Sud, et pour ceux qui l’ont vu ça rappelle immanquablement District 9, le film de Neill Blomkamp. Le premier tome mettait en place l’univers de manière habile, dans un style très fluide et original. Pour moi Tade Thompson fait partie de cette génération d’auteurs étrangers contemporains qui forment une sorte de Nouvelle Vague : dès le premier roman ils se lancent dans une trilogie, et dans le deuxième on a souvent de l’action à fond les ballons. C’est très prenant, on a hâte que le troisième sorte et heureusement l’éditeur ne nous fait pas trop patienter entre chaque volet. Au passage, l’auteur sera aux Utopiales cette année, et il aura certainement pas mal de choses à raconter. »

 

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Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

« Là on est sur une réédition, pas une vraie nouveauté. Pas sûr que ce livre soit très connu d’ailleurs, même des amateurs de l’auteure, puisqu’il était uniquement sorti chez J’ai Lu sous l’ancien nom de Sabrina Calvo, David, avant qu’il change de sexe. On a là un texte très fort, avec une certaine poésie, je suis content de le voir réédité et à nouveau en librairie. Il y a un petit côté roman noir, thriller avec un fond historique, le tout dans un univers fictif. Et toujours un fond étrange. Je le recommande souvent à mes clients. »

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

« Une jolie brique pour finir, qu’on attendait depuis un moment – même si on préfère évidemment que l’auteur prenne son temps pour aller vers un texte abouti. Il sort officiellement le 3 octobre, on fait le lancement le 4 à La Dimension Fantastique. L’éditeur est aussi libraire à Rennes, et fête ses 10 ans cette année, et pour eux c’est LA sortie de leur année anniversaire. On est dans la ligne directe en termes de style de son premier roman PariZ, mais ils peuvent se lire indépendamment sans problème. L’action se passe un an après les conflits qui ont ravagé Paris et l’invasion de zombies qui a secoué le monde. On va suivre trois bastions de survie dans la capitale, dans des quartiers assez différents, ce qui permet à l’auteur de jouer sur les codes et clichés autour de Paris, aussi bien du point de vue des Parisiens eux-mêmes que des provinciaux. Ca va sûrement faire partie des gros coups de cœur de fin d’année dans le genre, un peu partout ! »

 

Poursuivez avec…

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Les 5 BD d’imaginaire sélectionnées par Nicolas de la librairie Refuge

 

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Les 5 livres jeunesse d’imaginaire choisis par Maria de L’Enfant Lyre

Salon Fnac Livres 2019 : du bel ouvrage !

Chaque année, le Salon Fnac Livres ressemble un peu à une pochette surprise de rentrée, à l’image de ce nouveau cartable d’écolier qui pouvait à lui seul nous convaincre de franchir la grille et rejoindre la salle de classe. Alors cette année encore, on poussera avec plaisir les portes de la Halle des Blancs-Manteaux à Paris (48 rue Vieille du Temple, 4e) pour ces trois jours de rencontres, dédicaces et conférences, dans ce superbe bâtiment aux airs de temple de la littérature et de gigantesque librairie éphémère.

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Mais au fait, que trouve-t-on d’alléchant au programme de cette édition 2019 ? Son invité d’honneur, déjà, Bret Easton Ellis himself, de nouveau sous le feu des projecteurs depuis la parution de son dernier livre White en français au printemps dernier. L’auteur d’American Psycho et Lunar Park se prêtera à un grand entretien le vendredi 20 septembre à 20h, avant de s’attabler pour une séance de dédicaces à 21h. Rayon auteurs étrangers toujours, Siri Hustvedt et Jonathan Coe auront eux aussi leur grand entretien, respectivement le samedi 21 à 20h30 et le dimanche 22 à 14h25, en marge de la sortie française de leurs livres Souvenirs de l’avenir et Le Cœur de l’Angleterre.

Un « trio de tête » qui ne doit bien sûr pas nous faire oublier une liste impressionnante de débats et signatures avec des auteurs français de premier plan de cette rentrée littéraire, qu’il soient déjà célèbres et célébrés, ou débutants et déjà repérés. Voici donc pêle-mêle quelques-uns des noms à retenir : Laurent Binet, Brigitte Giraud, Aurélien Bellanger, Monica Sabolo, Boris Cyrulnik, Aurélie Champagne, Guillaume Musso, Nathacha Appanah, Alejandro Jodorowsky (voir ici notre vidéo), Josiane Balasko, Mathieu Palain (voir ici notre vidéo), Karine Tuil, Vincent Message, Cécile Coulon, Fabrice Luchini.

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Impossible de lister ici toutes les rencontres qui valent elles aussi le déplacement jusqu’au cœur de la Ville Lumière, mais sachez tout de même que Pierre de Babelio animera trois rendez-vous sur la scène du Salon : un entretien avec Alexandre Jardin sur le thème « Lire et faire lire » le samedi 21 à 11h25, une autre le même jour avec Fatou Diome autour de « Amour et liberté » à 20h, et enfin une dernière rencontre avec Valentine Goby à 17h10 le dimanche 22 pour « Réparer le corps ».

En ouverture de l’événement le 20 septembre, l’invité d’honneur remettra le 18e prix du Roman Fnac à Bérangère Cournut pour De pierre et d’os paru chez Le Tripode. Sélectionné par 400 libraires et 400 adhérents Fnac, la lauréate 2019 succède ainsi à Adeline Dieudonné, récompensée l’an passé pour La Vraie Vie (L’Iconoclaste) – dont vous pouvez retrouver l’interview sur Babelio ici.

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Autant de bonnes raisons de sortir de chez vous le week-end du 20 au 22 septembre, et de (re)découvrir ce salon littéraire qui a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable en seulement quatre éditions.

Retrouvez ici le programme complet :

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fnac livres rencontres

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