Quand Babelio rencontre les éditions B2

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L’errance et la curiosité sont les deux mamelles de la découverte. C’est en se laissant guider par celles-ci, en plein pilotage automatique, qu’un jour de mars 2019 nous foulions la piste des éditions B2, au détour du stand Île-de-France du Salon du Livre de Paris. Un éditeur passé sous nos radars jusque-là – mais quoi de plus normal pour une maison au nom de bombardier furtif ?

Après consultation, achat et lecture de quelques-uns de leurs livres, passionnants dans le fond comme dans la forme, nous avons eu envie de vous faire partager un parcours d’éditeur plein de turbulences, celui de Nikola Jankovic. Ou comment relier livre et architecture dans des constellations thématiques toujours plus vastes et étonnantes.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet des éditions B2, son équipe ? Quels sont les territoires couverts et l’idée ayant présidé à la création de cette maison d’édition ?

Nikola Jankovic : Avec presque 100 titres à ce jour et aucun salarié depuis 8 ans, B2 se veut un « cabinet de curiosités architecturales » parcourant le temps et l’espace : du néolithique à nos jours en abscisse, et de Los Angeles à Vladivostok en ordonnée (exception faite de quelques items sur la Lune et l’Espace, date anniversaire oblige)… Cabinet donc, mais aussi bien « cosmogonie portative », un cluster d’espèces d’espaces et d’hétérotopies où l’intention (le projet) et parfois sa réalisation architecturales deviennent l’attestation, entre histoire culturelle et économie matérielle, d’un « ça a été » de nos humanités. Unités de temps, d’espace et d’action délimitent ainsi une myriade d’« histoires » recoupant l’Histoire…

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Ce qui frappe d’emblée quand on découvre les éditions B2, ce sont les choix graphiques très forts des première et quatrième de couverture. Comment avez-vous conçu ces maquettes accroche-rétine, immédiatement reconnaissables ?

Dois-je bien le prendre !?! Bien sûr l’apparence, la première de couverture et l’ergonomie générale de l’extérieur (puis de l’intérieur) ont leur importance ! Mais le contenu en a davantage… j’y reviendrai. Architecte de formation et longtemps pigiste dans la presse magazine art-architecture-design, je ne connaissais rien ou presque au graphisme à la création de B2 en 2011. Par contre, je savais ce que je voulais : garder le meilleur du livre et du périodique. D’abord un rythme de parution de 12 titres par an, mais un dos carré-collé que l’on ne jette pas mais que l’on range dans une bibliothèque ; ensuite, cette cadence devait induire une sérialité proliférante et des codes-couleurs pour l’organiser. Or, partant du constat d’une érosion de la lecture et d’une augmentation des mobilités, le « petit livre de poche » s’est aussi imposé pour répartir les risques en alternative à l’édition d’un gros long seller académique me faisant de suite déposer le bilan. Optimisé au vu des standards d’imprimeur, le format 10×15 s’est ainsi justifié pour devenir réellement à la taille d’une « poche » – à glisser dans une veste, un sac à main voire une poche de pantalon.

Vu le lectorat visé et mon budget, le « chic-et-pas-cher » (évalué à une place de cinéma ou deux bières en terrasse) m’a semblé un critère important : donc couvertures noires – peu onéreux, mais toujours sobre, classe et sérieux. La réponse fut donc très simple : mélange de Pop Art warholien racoleur et du velours utilisé par les diamantaires d’Anvers (pour laisser à une pierre tout loisir d’exprimer sa coloration), les couleurs de l’arc-en-ciel permettaient d’organiser sept « codes-couleurs » thématiques. L’impression offset en bichromie à « couleur directe » serait même plus lumineuse (plutôt qu’une impression en quadrichromie). J’avais pensé à tout – la déclinaison de couleurs et de formats – puis ai fabriqué mes premiers prototypes seul. J’ai proposé à un ancien de mes élèves aux Arts Déco de m’aider, avant de former mon « écurie » de jeunes graphistes. Partant d’une notoriété nulle et d’un catalogue balbutiant, la reconnaissance a démarré lentement ; mais deux ans plus tard, avec une vingtaine d’ouvrages au catalogue et une refonte de l’identité visuelle née des commentaires de lecteurs, 2013 a été l’année de bascule : un célèbre bureau de graphisme a même éhontément « emprunté » (contrefait) mon système original pour le transposer à des guides de voyages d’un célèbre malletier à monogramme. David contre Goliath : choqué, mais plutôt flatté ! Plus tard, ces gens ont poursuivi leur méfait en déclinant ma gamme de formats medium, large et extra-large ; il y a quelques semaines, et sans vergogne, ils m’ont même proposé leurs services !

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Pourquoi avoir choisi le nom de « B2 », tiré du bombardier furtif lancé par l’US Air Force en 1989 – auquel vous consacrez d’ailleurs le livre Fatal Beauty, signé Jan Kovac ?

À cause du groupe U2, de l’Institut national de la propriété intellectuelle, des querelles entre chapelles d’architectes ! Je m’explique : lorsque l’on dépose une marque semi-figurative à l’Institut national de propriété intellectuelle (INPI), on privilégie un nom court, une aisance d’élocution, en français voire en d’autres langues. Côté logo, si le mot « bâtiment » renvoie spontanément à l’architecture terrestre ou navale, la silhouette si iconique du bombardier furtif permettait d’enjamber toute appartenance à telle ou telle chapelle ; en outre, elle me permettait d’embrasser un spectre de conception « architecturale » bien plus vaste… Eh oui, bien que naguère objecteur de conscience, nous avons effectivement consacré à ce superbe appareil de destruction une petite édition numérotée : Jan est un passionné de design spatial et militaire ; fort de 500 visuels d’archives, il vient de sortir un très bel essai sur le programme Apollo, vue de toutes ses infrastructures et bureaux d’études mobilisés pendant quinze ans sur le sol américain, On va marcher sur la Lune. D’ailleurs dès 2016, nous avons décliné le logo unique de la « marque B2 » en des logos propres à chaque format, avec le détourage d’autres appareils furtifs. Le B2 à l’envergure d’A380 est donc resté le logo du plus petit format, mais aussi de la marque protégée !

Comment naissent les projets de livres ? Et comment choisissez-vous les auteurs avec lesquels vous travaillez ?

Il n’existe aucune règle. La feuille de route initiale a été respectée pour les 2 ou 3 premiers titres de chaque code-couleur : un cocktail en trois tiers. 1/3 de titres du domaine public (enrichis par une édition scientifique augmentée justifiant la ressortie d’un sujet ancien) ; 1/3 de titres d’auteurs francophones actuels ; puis 1/3 de traductions, option onéreuse pour de la micro-édition indépendante, mais nécessaire, non seulement pour un cabinet de curiosités, mais aussi pour publier des spécialistes étrangers, souvent enseignants dans de grandes universités nord-américaines. Dans un second temps, il a fallu faire de nouveaux tris, économiques, prioritaires, stratégiques : restreindre les projets coûteux ou sans chance de succès ; oser contacter prioritairement quelques auteurs admirés, confirmés ou en devenir, français (Patrick Boucheron, peu avant sa nomination au Collège de France) ou étrangers (professeurs à Harvard, Columbia, Princeton, UCLA), souvent sollicités pour un article ancien réarrangé et à titre gracieux – je reste admiratif de leur générosité intellectuelle et leur en reste redevable.

Au-delà d’une certaine masse critique, non seulement la « nation arc-en-ciel » des titres du catalogue prenait vie, mais elle permettait désormais une nouvelle étape épistémologique de ce qui n’était alors que de petites briques taxinomiques éparses : l’interconnexion et la prolifération des titres, sujets et auteurs. Cette triangulation pouvait se faire au sein d’une même « collection » ou en arborescences transversales, par capillarité, d’une section l’autre, pour former une « constellation de constellations » interconnectées. Cela complète sa dimension « Galaxie Gutenberg ». Enfin, une troisième étape surgit avec un début de notoriété, consistant à gérer le système, le mettre à jour et l’adapter aux inputs, absents au départ : des auteurs vous sollicitant avec un manuscrit, de prétendues aides ou subventions (environ 10 % de nos titres), gérer la pénurie, le calendrier, les déficits… J’ai une vision très pessimiste de mon avenir professionnel, citoyen, humain…

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Vous semblez avoir une définition très particulière, ou du moins assez large, de ce que peut recouvrir le terme « architecture » – c’est du moins ce que votre catalogue laisse entendre…

Vous trouvez ? À lire le nom des collections, j’y trouve une grande cohérence : tout repose précisément sur cette compréhension extensive de l’« architecture » entre ses tracas du quotidien (art, politique, économie) et ses retombées humaines, sociales voire civilisationnelles. Transposée dans la matrice B2, elle fédère un champ épistémique incluant le design (rouge), l’actualité (orange), toutes sortes de « territoires » (jaune), des aspects plus sociétaux (vert) ou contre-culturels (bleu), mais aussi de patrimoine (rose) et de « fac-similés » attestant de documents oubliés (violet). À quoi il faut ajouter une huitième « couleur », une encre métallique bronze, sur le conseil d’un graphiste qui me dissuada d’utiliser le sépia initialement souhaité pour la collection « Flashback », des monographies-testament d’architectes en fin de vie sur une seule de leur œuvre : pour lui, cette évocation rétro était too much, alors que la seule encre métallique bronze transcendait une carrière d’Immortels ! Et il n’avait vraiment pas tort !

Toutefois il est vrai que le nombre des acceptions du mot « architecture » n’a d’égal que la richesse du verbe to design en anglais, sans même parler des sens plus ou moins extensifs ou spécialisés qu’en auront un artiste, un ingénieur, un philosophe ou informaticien – qui tous donnent au mot « architecture » un sens spécifique. À l’ère du big data et du réchauffement climatique, les trois points de Vitruve « Utilité, Solidité, Beauté » obligent de surcroît à une compréhension plus systémique et environnementale des artefacts intentionnels ou involontaires que nous, humains, habitons et aménageons auprès des non-humains…

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Votre catalogue regroupe pas moins de 15 collections : est-ce que ça n’induit pas un problème de gestion de votre côté, et de segmentation trop importante pour les lecteurs ?

Assurément, vous n’avez pas tort : 15, c’est trop – sauf à hiérarchiser ¾ des titres dans 8 collections thématiques, et le dernier ¼ dans 3 collections de formats et 4 autres vraiment plus marginales. Au départ, la taxinomie des mots et des choses de mon projet était simplement d’agréger des micro-histoires que la restriction pédagogique et temporelle tend à supprimer dans un manuel embrassant l’Architecture « de l’Antiquité à nos jours » : en allant de la pyramide égyptienne à la Renaissance puis à Le Corbusier en 26 leçons/chapitres, on oublie l’histoire culturelle de la « pelouse américaine » ou de l’incidence sur l’« architecture » du Spoutnik et du fondateur de Playboy magazine proposée par Beatriz Colomina ; on zappe le projet cybernétique pour piloter le Chili de Salvador Allende ou l’odyssée des modules Apollo et des combinaisons spatiales Playtex. Et puis, comme la construction méticuleuse d’un Kubrick ou d’un Hergé, j’aime unifier dans un temps rapproché hippies californiens et projets nazis, ikebana post-Hiroshima et bulldozers israéliens, tribu d’Amazonie et architecture corporate IBM, ou bien faire cohabiter Néolithique, Moyen Age, Renaissance et smart cities dans la longue durée. Pour le meilleur comme pour le pire, cela nous montre qui « nous » sommes… ou n’avons pas été.

Les fonctions d’editor et de publisher, qui font de moi un « éditeur » devant rendre public en « publiant », m’ont incité à délaisser une ligne éditoriale par titre/ISBN au profit d’une organisation par collection/ISSN fédérant un système ouvert, croisé et encore en expansion. Structurant, le cloisonnement par collection maintient toutefois encore une démarche encyclopédique apposant des entrées et des renvois transversaux ; et d’un certain point de vue, elle l’est. Mais la finitude des éditions imprimées de l’Universalis est morte le jour où Wikipédia est né et survit difficilement !

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui, forcément, un éditeur est par essence d’abord un lecteur. Mon projet s’est évidemment inspiré des « modèles », à suivre et à ne pas suivre : des Que sais-je ?, des petits livrets Allia ou de l’intéressante expérience (mais avortée) des petits livres de poche Points2 du Seuil dont le très bon spot en ligne moquait les pubs sensuelles de l’iPad. Tous mes projets numériques n’ont jamais démarré, mais j’ai encore des discussions passionnées sur le sujet – et des projets à moyen terme. D’ailleurs, depuis l’invasion de Netflix et le déclin de la télévision linéaire, la « convergence » est décidément d’actualités, y compris dans l’édition – ainsi qu’en témoigne l’étrange stratégie de Vivendi/Editis selon Arnaud de Puyfontaine et dans la continuité de Jean-Marie Messier…

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Après, je le mesure empiriquement : happé par les manuscrits et le flux de la presse écrite, je ne lis quasiment plus de livres. Je regrette cette cadence stakhanoviste de notre quotidien, tout comme l’offre pléthorique et marketée des industries culturelles dictées par les écrans, les forfaits illimités, les lieux d’exposition ou les supports d’éditions textuelles ou audiovisuelles : qu’il était simple le monde analogique d’avant, avec des livres convenus, de jeux de société en bois ou carton, de quelques films de producteurs établis et trois chaînes d’Etat en noir et blanc ! Au départ, en 2011, mon capital social n’était que de 10 000 euros : la sortie d’un seul fiasco immédiat ou long seller de 600 pages invendu sur quinze ans mettait d’emblée fin à l’histoire ; et puis mon projet initial était l’édition électronique pour iPad, acheté dès sa première sortie au printemps 2010. Son, vidéo, agrandissement des images sur un écran tactile, bookmarks, annotations, hyperliens, moteurs de recherche, un monde nouveau s’ouvre… s’est soudainement refermé : à l’instar de mon arrière-grand-oncle Nikola Tesla (dont un B2 raconte l’impasse philanthropique de son rêve de gratuité d’électricité mondiale face à son business angel, le banquier John P. Morgan, féru de compteurs, box et forfaits pour « accès illimités »), les G, A, F et A de Californie ont tout de suite bridé, verrouillé les interfaces et les licences aux consommateurs, imposé leurs diktats à l’édition et aux médias. Les quotidiens, hebdos, mensuels et éditeurs de romans ou de beaux livres ont tous cherché peu ou prou l’équilibre entre potentiel technologique, modèle économique et contrefeu juridique : maigre bilan. We are the world : les hippies du Summer of Love ont donné vie aux libertariens 2.0 et à la nouvelle Silicon Valley, tandis que l’utopie socialiste et éducative a buté à la réalité oligarchique et capitaliste. Donc oui, à court terme il existe des œuvres d’éditeurs et de graphistes à suivre, assurément… mais la nouvelle Frontière n’est pas là !

Quels objectifs vous fixez-vous pour les années à venir ?

Rester vivant ! Autant dire : un vœu-pieu, car c’est impossible sans le parapluie d’un plus puissant que soi. Si l’on exclut les secteurs bien-être / BD-manga-fantasy, le secteur de l’édition au sens traditionnel stagne, voire décline. L’architecture est un sous-genre de l’édition d’art, mais souvent perçue comme trop spécialisée ou technique. En France, les programmes d’aides et subventions ne lui sont guère favorables. Moins de 10 % de mon catalogue a été aidé, jamais par le CNL et aucun dispositif n’existe à la Culture pour l’architecture (sauf à coéditer des ouvrages d’écoles). Quant aux institutions publiques et muséales, elles sont elles mêmes fragiles et sous perfusion… Récemment, les éditions B2 ont bénéficié d’une subvention américaine : elle sera versée trop tard et n’épongera pas le déficit. Avant même d’imprimer, je sais que ce titre me fera perdre de l’argent. Alors, quel objectif ? Gagner au loto ; malheureusement je n’y joue pas…

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition en devenant un de ses acteurs, et plus particulièrement de l’édition d’essais/non-fiction ?

Je viens de vous répondre. Bénéficier des largesses d’un mécène qui n’existe pas (et n’a d’ailleurs pas le droit d’aider une société commerciale) ; vivre sous la protection d’un puissant suzerain qui verrait en B2 ou en son éditeur l’opportunité de renforcer son secteur « architecture » (il en existe moins de trois) ; gagner au loto (à condition de tenter sa chance) ; ou mourir plus ou moins rapidement. Pour le moment, et parce qu’avec aucun salarié mes déficits restent très « raisonnables », j’ai opté par défaut pour cette solution finale…

 

 

Quatre livres (et autant de constellations) pour découvrir les éditions B2

Vous l’avez compris, même si je fraye avec les graphistes et les imprimeurs, je reste un architecte docteur en géographie. À ce titre, je suis, à titre personnel davantage un editor (ou « directeur de collection ») qu’un publisher. L’échelle à laquelle je me sens à l’aide est non pas le « livre » en soi, mais l’agencement de titres s’interconnectant en collections.

Pour filer la métaphore neurologique ou informatique, les livres sont des « terminaux », des unités individuelles ou terminaisons synaptiques. Moi c’est les réseaux qui se prolongent derrière que j’aime passionnément, fiévreusement « collectionner ». Vous citer trois titres pouvant chacun participer d’un rhizome d’un catalogue lui-même en expansion n’a guère d’intérêt ; par contre, articuler l’éloquence architecturale dans la Renaissance italienne (Patrick Boucheron) à la « topologie » des cartes et des territoires de Michel Houellebecq (Clémentin Rachet) ou à l’histoire culturelle de la pelouse américaine (Beatriz Colomina) tout en suivant image par image les treize missions spatiale d’Apollo (Jankovic & Vadé) et d’une émulation intellectuelle – surtout pour penser les prochaines décennies !

 

Merci à Nikola Jankovic pour ses réponses

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

Quand Babelio rencontre les éditions Critic

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2019 est une année très spéciale pour Critic. En plus de fêter ses 10 ans, la maison d’édition rennaise publie le deuxième livre très attendu de l’un de ses auteurs phares : Nécropolitains de Rodolphe Casso. Un deuxième roman qui porte à près de 100 parutions le catalogue de Critic. Pas mal pour un éditeur de l’imaginaire également libraire spécialisé à Rennes, à temps plein ! Nous avons rencontré Eric Marcelin pour en savoir plus sur sa fièvre d’éditer, mais aussi sur ses auteurs et les objectifs poursuivis avec sa maison d’édition. En 10 questions comme autant de bougies à souffler…

L’histoire de Critic a commencé au début du nouveau millénaire, avec l’ouverture en 2000 d’une librairie à Rennes. Neuf ans plus tard, vous lanciez la maison d’édition du même nom avec Simon Pinel. Qu’est-ce qui vous a poussé, en 2009, à tenter l’aventure ?

Pour la petite histoire, lorsque j’ai créé la librairie Critic (spécialisée en bande dessinée et littératures de l’Imaginaire) en août 2000, j’avais déjà cette idée en tête. Après avoir rendu viable cette première entreprise, après avoir commencé à créer une image de marque et après avoir fait la rencontre de Simon Pinel, qui a réalisé son master édition à Rennes, les éléments étaient réunis pour lancer cette maison d’édition, sous le même nom et logo que la librairie. Et puis les éléments étaient parfaitement alignés puisque j’avais déjà le texte à publier, promis par mon libraire et écrivain Xavier Dollo (Thomas Geha).

Pour tout dire, au départ, cette seconde activité ne devait être qu’une marotte. Le truc c’est que l’on se prend vite au jeu et, voilà qu’aujourd’hui, nous allons atteindre les 100 titres au catalogue.

Vous éditez aussi bien des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy et fantastique) que des polars. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces deux pôles (parfois appelés « mauvais genres ») ? Est-il plus fonction de contraintes économiques ou de votre appétit/vos découvertes du moment ?

Nous publions essentiellement des ouvrages sur coup de cœur, par rapport à nos appétences et selon quelques textes reçus. (La sélection est rude et il y a peu d’élus sur les plus de 1000 manuscrits reçus à l’année…) Nous avons essayé à une époque d’équilibrer entre SF, fantasy, polar… Mais il y a des années où il y a plus de science-fiction, ou de fantasy… Soit parce qu’il y a plus de textes de ce genre reçus sur une année soit, comme cela s’est déjà produit, des auteurs dont nous attendions un texte de SF qui ont finalement envie d’essayer un autre genre.

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Si j’ai bien suivi, Critic publie uniquement des auteurs français (francophones ?). Pourquoi ce choix ? Pensez-vous un jour ouvrir votre catalogue à des traductions ?

Oui, effectivement. Cela a tout de suite été la ligne de départ. Nous avons des auteurs français de grand talent, qui n’ont rien à envier aux Anglo-Saxons, et nous nous efforçons au fil des années de convaincre libraires, bibliothécaires et lecteurs de ce fait avéré.

Comme nous fonctionnons beaucoup au coup de cœur, nous ne  nous fermons pas à explorer la possibilité de publier des auteurs venant d’autres pays, du moment que le texte est intelligent, divertissant et qu’il emporte notre imaginaire. D’ailleurs nous sommes très fiers de notre premier texte traduit et de rendre de nouveau disponible à la vente la saga de Brian Stableford, Grainger des étoiles, dont la première intégrale arrive à la fin du mois et la deuxième en novembre.

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Comment découvrez-vous les auteurs que vous publiez ? Avez-vous une ligne éditoriale très arrêtée, au-delà du genre ?

Par connaissances, par connaissances interposées, les manuscrits que nous recevons… La ligne éditoriale est effectivement très arrêtée… Que des coups de cœur ! Ce qui laisse de la place pour des projets un peu à côté du genre, que nous publions en Hors Collection.

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui,  nous étions très inspirés de ce que pouvait faire la collection Fleuve Noir Anticipation, ou encore la collection Rivière Blanche des éditions Black Coat Press, et également de la fougue et créativité des éditions Bragelonne. Et le travers a éviter : ne pas s’emballer trop vite, garder la tête froide et le cap à tenir.

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Ce double métier de libraire et éditeur doit bien remplir vos semaines. Comment gérez-vous le temps passé à la librairie, et sur vos projets de livres ?

C’est un savant équilibre à trouver. Ne jamais paniquer, garder la tête froide (encore), se dire que tout va bien se passer. Il y a un côté schizophrénique que j’ai dû apprendre à gérer car il faut pouvoir passer d’un sujet à un autre en essayant de ne pas perdre le fil, décider quelle urgence à traiter est la plus « urgente »… Et tenter de ne rien oublier.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition, en 10 ans, et plus particulièrement de l’édition de littératures de l’imaginaire ?

Qu’il est toujours difficile de faire émerger de nouveaux talents, qu’il faut beaucoup d’efforts pour réussir à vendre plus de 1000 ex. d’un titre, qu’il faut toujours garder la passion de la découverte et rester curieux, que la littérature de l’Imaginaire est une littérature de niche. C’est un exploit, comme pour  beaucoup d’autres maisons d’édition, de toujours être là. Mais, on sent du changement, ne serait-ce déjà que par la volonté affichée par tous les éditeurs du domaine qui se sont, depuis 3 ans, réunis en association pour défendre et mettre en avant cette littérature lors du Mois de l’Imaginaire.

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Pouvez-vous nous dire quelques mots du nouveau et très attendu livre de Rodolphe Casso, Nécropolitains ? L’enjeu est-il cette fois très différent pour vous, par rapport à son précédent, PariZ ?

Achetez-le ! Offrez-le ! Nous avons décidé avec Simon Pinel d’en faire le livre porte bannière des éditions Critic. Parce que ce livre peut faire bouger les barrières et prouver que la « littérature d’Imaginaire » est tout simplement de la littérature, que l’on peut avoir des zombies dans un roman, qu’il peut y avoir eu l’apocalypse, et que ce ne soit qu’un prétexte à un roman social imaginant 3 modèles de sociétés au travers de 3 communautés qui tentent d’imaginer un avenir après la fin du monde. Le tout en ayant des répliques drôles, un rythme enlevé et un regard sarcastique sur notre monde actuel.

Ce n’est pas toujours ce que nous recherchons dans les livres que nous publions, mais une chose est certaine, comme l’indique notre slogan, nous voulons publier « des romans que vous ne lâcherez pas ! ». Facile à dire.

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Quel bilan tirez-vous de ces 10 ans d’édition, par rapport aux objectifs que vous vous étiez fixés ? Et quels sont vos projets avec Critic pour les années qui viennent ?

Le bilan est plus que positif, puisqu’au départ l’objectif de publier 2 à 3 titres par an, voire pas du tout si rien ne retenait notre attention, s’est transformé en une vraie et reconnue maison d’édition. Il y a 10 ans si une personne m’avait dit qu’il y aurait 100 titres à notre catalogue en 2019 j’aurais pensé qu’elle était folle. Et je pense qu’effectivement il faut être un peu dingue pour mener une librairie et une maison d’édition de front…

C’est pour ça, comme nous avons encore du temps… que pour les années à venir, vous allez voir la naissance dès 2020 de nos premiers titres BD en collaboration avec les Humanoïdes associés sous le double label des 2 maisons d’édition. Adaptation d’une partie de nos romans et quelques projets inédits dont « L’Histoire de la Science-fiction en bande dessinée » réalisée par Xavier Dollo au scénario et Djibril Morissette au dessin. Et, également, le lancement d’une nouvelle collection en numérique, sorte de laboratoire d’expérimentation, terrain de jeu, pour les auteurs.

Quoiqu’il en soit nous allons nous efforcer de continuer à publier des textes que « vous ne lâcherez pas ! ». Enfin, c’est le but.

Trois livres pour découvrir Critic

Alors là, voici une question bien cruelle, et puis cela va faire des jaloux… Je vous ai dit qu’on était un éditeur de coups de cœur… Bon… Puisqu’il faut trancher :

CVT_Des-sorciers-et-des-hommes_5058Je vous aurais bien dit Le Sabre de sang de Thomas Geha, notre premier livre, très emblématique de ce que nous sommes en tant qu’éditeur, mais l’intégrale ne paraîtra au final qu’en novembre 2020, aussi rabattez-vous sur Des sorciers et des hommes du même auteur. Je vous garantis du plaisir à suivre les aventures de Hent Guer et Pic Caram, deux antihéros qui vont entraîneront dans une fantasy sombre et cynique fort plaisante.

 

critic09-2013Point Zéro d’Antoine Tracqui, car ce manuscrit m’a tout de suite emporté par le ton donné. Antoine Tracqui, c’est un peu notre Jules Verne des temps modernes. Il nous entraîne dans des aventures dingues qui mélangent à la fois histoire, science-fiction, voyage et un côté super-héroïque complètement assumé et jubilatoire qui fait que même au bout de 900 pages, on en redemande ! Malheureusement, l’auteur se fait trop rare et nous attendons son troisième et dernier tome des aventures de la Hard Rescue avec impatience. Petite confidence… il arrive fin 2020 !

41aY-DMKdML._SX210_Dominium Mundi de François Baranger parce que lire ce dyptique complètement dingue de plus de 1300 pages, que l’auteur a mis 10 ans à écrire, c’est comme s’installer dans une spacieuse et confortable salle de cinéma, avec son Dolby atmos 7.1, et s’embarquer pour un space-opéra/planète opéra digne des plus grandes superproductions. Rien que le pitch donne envie. Imaginez une terre où le Pape est redevenu tout puissant et a réinstauré le Dominium Mundi… Où nous sommes revenus à un mode de vie médiéval, mais avec une technologie de pointe… Où des missionnaires découvrent, sur une planète indigène, les restes du Christ. Les vrais. Imaginez une nouvelle croisade… Un vaisseau capable d’accueillir un million d’hommes à son bord…Imaginez encore et encore, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

CVT_Gurvan-lintegrale_6534Et… Oui, je sais… Vous aviez dit trois titres mais, juste en quelques mots, car je suis également très heureux de proposer la réédition de l’œuvre de Paul-Jean Hérault. C’est un grand monsieur se la SF populaire française qui a fait les heures de gloire de la mythique collection Fleuve Noir Anticipation. Et, pour notre plus grande joie, il continue à fédérer d’anciens fans et continue de recruter des lecteurs. Quoi vous ne connaissiez pas encore… Eh bien, un conseil entrez dans l’univers P.-J. avec Gurvan ou encore Le Chineur de l’espace.

 

Merci à Eric Marcelin pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

5 romans d’imaginaire pour retourner vers le futur

Elles sont encore trop rares, ces librairies spécialisées dans les littératures de l’imaginaire comme Critic à Rennes, Omerveilles à Grenoble ou L’Octopus à Epinal. Et quand on sait la (minuscule) place laissée à la science-fiction, la fantasy et au fantastique dans les librairies généralistes, il y a vraiment de quoi invoquer Cthulhu… Pourtant, l’intérêt des lecteurs semble inversement proportionnel à ce manque de visibilité dans les circuits traditionnels.

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C’est pourquoi, en ce début de mois d’octobre qui voit s’ouvrir une troisième édition du Mois de l’imaginaire, nous sommes allés rendre visite à une autre fameuse librairie consacrée à ces genres « maudits » : La Dimension Fantastique à Paris. Depuis 2014, cette belle boutique du 10e arrondissement (au 106 rue Lafayette) défend avec conviction la SFFF dans ses rayonnages bien sûr, mais aussi à travers un club de lecture, de nombreuses dédicaces tout au long de l’année, et le salon Imagibière, associant littérature et orge malté, en association avec la Brasserie de l’Etre (réservez votre 19 octobre dès maintenant).

On a donc demandé à Julien de nous conseiller et présenter 5 romans sortis récemment. Auteurs français ou étrangers ; fantastique, SF ou fantasy ; one-shot ou trilogie… voilà une sélection variée qui devrait vous réserver de bonnes heures de lecture.

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Katherine Arden, La Fille dans la tour (Denoël Lunes d’encre)

« C’est le deuxième tome de la Trilogie d’une nuit d’hiver de cette auteure américaine, après son remarqué L’Ours et le Rossignol. On reste dans un récit fantastique qui s’inspire des contes et légendes russes, que Katherine Arden a beaucoup étudiés – elle a d’ailleurs vécu un temps en Russie. C’est vraiment rafraîchissant, bien écrit, on est plongés dans ces univers-là, c’est dépaysant aussi. On parle de trilogie mais chaque tome est indépendant et se lit comme une histoire complète, on ne sent pas forcément que ça donnera lieu à une suite quand on achève sa lecture. Le troisième tome sort l’année prochaine, si mes souvenirs sont bons. »

 

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Franck Ferric, Le Chant mortel du soleil (Albin Michel Imaginaire)

« Voilà un auteur français qu’on suit depuis quelque temps, chez plusieurs éditeurs. Son précédent Trois Oboles pour Charon avait été finaliste du Grand Prix de l’Imaginaire. Franck Ferric revient ici avec un récit autour des dieux, dans lequel on suit un groupe qui ressemble à une peuplade mongole, qui part affronter et tuer le dernier dieu existant. Il y a pas mal d’action et d’aventure, avec en même temps une réflexion métaphysique. C’est riche et bien écrit, plein de surprises, et on est content de retrouver cet auteur, l’un des rares français publiés chez cet éditeur. »

 

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Tade Thompson, Rosewater – Insurrection (Nouveaux Millénaires)

« Et pourquoi ne pas continuer avec un peu de SF, et le deuxième tome d’une trilogie ? L’action se passe en Afrique du Sud, et pour ceux qui l’ont vu ça rappelle immanquablement District 9, le film de Neill Blomkamp. Le premier tome mettait en place l’univers de manière habile, dans un style très fluide et original. Pour moi Tade Thompson fait partie de cette génération d’auteurs étrangers contemporains qui forment une sorte de Nouvelle Vague : dès le premier roman ils se lancent dans une trilogie, et dans le deuxième on a souvent de l’action à fond les ballons. C’est très prenant, on a hâte que le troisième sorte et heureusement l’éditeur ne nous fait pas trop patienter entre chaque volet. Au passage, l’auteur sera aux Utopiales cette année, et il aura certainement pas mal de choses à raconter. »

 

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Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

« Là on est sur une réédition, pas une vraie nouveauté. Pas sûr que ce livre soit très connu d’ailleurs, même des amateurs de l’auteure, puisqu’il était uniquement sorti chez J’ai Lu sous l’ancien nom de Sabrina Calvo, David, avant qu’il change de sexe. On a là un texte très fort, avec une certaine poésie, je suis content de le voir réédité et à nouveau en librairie. Il y a un petit côté roman noir, thriller avec un fond historique, le tout dans un univers fictif. Et toujours un fond étrange. Je le recommande souvent à mes clients. »

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

« Une jolie brique pour finir, qu’on attendait depuis un moment – même si on préfère évidemment que l’auteur prenne son temps pour aller vers un texte abouti. Il sort officiellement le 3 octobre, on fait le lancement le 4 à La Dimension Fantastique. L’éditeur est aussi libraire à Rennes, et fête ses 10 ans cette année, et pour eux c’est LA sortie de leur année anniversaire. On est dans la ligne directe en termes de style de son premier roman PariZ, mais ils peuvent se lire indépendamment sans problème. L’action se passe un an après les conflits qui ont ravagé Paris et l’invasion de zombies qui a secoué le monde. On va suivre trois bastions de survie dans la capitale, dans des quartiers assez différents, ce qui permet à l’auteur de jouer sur les codes et clichés autour de Paris, aussi bien du point de vue des Parisiens eux-mêmes que des provinciaux. Ca va sûrement faire partie des gros coups de cœur de fin d’année dans le genre, un peu partout ! »

 

Poursuivez avec…

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Les 5 BD d’imaginaire sélectionnées par Nicolas de la librairie Refuge

 

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Les 5 livres jeunesse d’imaginaire choisis par Maria de L’Enfant Lyre

Salon Fnac Livres 2019 : du bel ouvrage !

Chaque année, le Salon Fnac Livres ressemble un peu à une pochette surprise de rentrée, à l’image de ce nouveau cartable d’écolier qui pouvait à lui seul nous convaincre de franchir la grille et rejoindre la salle de classe. Alors cette année encore, on poussera avec plaisir les portes de la Halle des Blancs-Manteaux à Paris (48 rue Vieille du Temple, 4e) pour ces trois jours de rencontres, dédicaces et conférences, dans ce superbe bâtiment aux airs de temple de la littérature et de gigantesque librairie éphémère.

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Mais au fait, que trouve-t-on d’alléchant au programme de cette édition 2019 ? Son invité d’honneur, déjà, Bret Easton Ellis himself, de nouveau sous le feu des projecteurs depuis la parution de son dernier livre White en français au printemps dernier. L’auteur d’American Psycho et Lunar Park se prêtera à un grand entretien le vendredi 20 septembre à 20h, avant de s’attabler pour une séance de dédicaces à 21h. Rayon auteurs étrangers toujours, Siri Hustvedt et Jonathan Coe auront eux aussi leur grand entretien, respectivement le samedi 21 à 20h30 et le dimanche 22 à 14h25, en marge de la sortie française de leurs livres Souvenirs de l’avenir et Le Cœur de l’Angleterre.

Un « trio de tête » qui ne doit bien sûr pas nous faire oublier une liste impressionnante de débats et signatures avec des auteurs français de premier plan de cette rentrée littéraire, qu’il soient déjà célèbres et célébrés, ou débutants et déjà repérés. Voici donc pêle-mêle quelques-uns des noms à retenir : Laurent Binet, Brigitte Giraud, Aurélien Bellanger, Monica Sabolo, Boris Cyrulnik, Aurélie Champagne, Guillaume Musso, Nathacha Appanah, Alejandro Jodorowsky (voir ici notre vidéo), Josiane Balasko, Mathieu Palain (voir ici notre vidéo), Karine Tuil, Vincent Message, Cécile Coulon, Fabrice Luchini.

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Impossible de lister ici toutes les rencontres qui valent elles aussi le déplacement jusqu’au cœur de la Ville Lumière, mais sachez tout de même que Pierre de Babelio animera trois rendez-vous sur la scène du Salon : un entretien avec Alexandre Jardin sur le thème « Lire et faire lire » le samedi 21 à 11h25, une autre le même jour avec Fatou Diome autour de « Amour et liberté » à 20h, et enfin une dernière rencontre avec Valentine Goby à 17h10 le dimanche 22 pour « Réparer le corps ».

En ouverture de l’événement le 20 septembre, l’invité d’honneur remettra le 18e prix du Roman Fnac à Bérangère Cournut pour De pierre et d’os paru chez Le Tripode. Sélectionné par 400 libraires et 400 adhérents Fnac, la lauréate 2019 succède ainsi à Adeline Dieudonné, récompensée l’an passé pour La Vraie Vie (L’Iconoclaste) – dont vous pouvez retrouver l’interview sur Babelio ici.

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Autant de bonnes raisons de sortir de chez vous le week-end du 20 au 22 septembre, et de (re)découvrir ce salon littéraire qui a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable en seulement quatre éditions.

Retrouvez ici le programme complet :

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Nos interviews de la rentrée littéraire 2019

En cette rentrée littéraire 2019, vous pouvez découvrir sur les tables des librairies plus de 500 romans français et étrangers parus entre août et octobre. Une moisson de bonnes feuilles impressionnante, dans lesquelles nous nous sommes plongés pour vous proposer une sélection aussi subjective que variée.

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Nous vous proposons ainsi de retrouver dans cet article nos interviews écrites et vidéo des livres que l’on a eu envie de lire et de vous faire (re)découvrir à travers les mots de leurs auteurs. Cet article sera actualisé régulièrement avec de nouvelles interviews et contenus jusqu’à la fin de l’année 2019, donc n’hésitez pas à visiter cette page régulièrement.

Et comme à chaque rentrée, on vous propose de tenter de lire ensemble tous les livres de la rentrée parus et à paraître (!), dans notre défi de lecture annuel. Puisque « l’union fait la force » et que Babelio compte désormais plus de 800 000 membres, voilà une mission qui semble loin d’être impossible. Alors bonnes lectures à vous !

 

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Miriam Toews, Ce qu’elles disent (Buchet-Chastel)

Le 21 juin dernier, nous recevions chez Babelio l’auteure canadienne Miriam Toews pour une soirée autour de son dernier livre. Un roman écrit après la découverte d’un fait divers effroyable : le viol de 130 femmes et filles au sein d’une communauté mennonite bolivienne, par d’autres membres de cette communauté. Avec Ce qu’elles disent, Miriam Toews – elle-même issue d’une famille mennonite – imagine un après pour ces femmes, à travers trois jours de discussions autour de l’avenir qu’elles décident de se choisir : ne rien faire ; rester et se battre ; partir.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette soirée lors de laquelle l’auteure a pu rencontrer 30 de ses lecteurs

 

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Irina Teodorescu, Ni poète ni animal (Flammarion)

 

Comment parler de ce qui fait les révolutions, des ferments qui poussent un peuple à se soulever contre un pouvoir en place ? A cette question, Irina Teodorescu répond dans son dernier livre en mettent en scène trois générations de femmes (une grand-mère, une mère et une fille) dans la Roumanie de 1989, peu avant la chute du couple Ceausescu. Un texte composite fait de comptes-rendus d’enregistrements, d’entretiens, et du récit de souvenirs pour raconter le destin d’un pays et d’une famille.

Retrouvez notre interview d’Irina Teodorescu

 

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Christophe Tison, Journal de L. (Editions Goutte d’Or)

 

Près de 65 ans après la publication en France du célèbre Lolita de Vladimir Nabokov, Christophe Tison donne enfin une voix à son personnage éponyme. Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, l’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 1950, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille. Un changement de perspective qui nous permet d’appréhender ce personnage différemment, loin de ce que le terme « lolita » laisse aujourd’hui entendre.

Retrouvez notre interview de Christophe Tison

 

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Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

 

Dans son premier roman, Olivier Dorchamps présente le deuil comme une sorte de voyage initiatique à travers le personnage d’un fils (Marwan) qui ne comprend pas pourquoi son père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Commence alors pour lui une quête des origines dans un pays qu’il connaît mal, et qui va pourtant lui permettre de comprendre d’où il vient et qui il veut être.

Retrouvez notre interview d’Olivier Dorchamps

 

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Victor Jestin, La Chaleur (Flammarion)

 

Le crissement des tongs sur le sable, la musique minable de la sono. Les couleurs criardes des tentes. Le bonheur factice des vacanciers. Voilà ce que Victor Jestin nous donne à voir d’un camping du Sud de la France, à travers les yeux d’un adolescent en pleine crise, mutique et hermétique aux plaisirs préfabriqués de l’été. Jusqu’à cette nuit durant laquelle il regarde mourir Oscar, avant de l’enterrer. Un premier roman houellebecquien, comme un frisson dans le dos en pleine canicule.

Retrouvez notre interview de Victor Jestin

 

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Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB (Editions de Minuit)

 

La Clé USB ouvre un nouveau cycle romanesque dans l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint. Voilà un livre qui se joue des genres et dévoile d’autres facettes du talent de l’auteur : s’il débute comme un roman policier avec un fonctionnaire de la Commission européenne qui mène l’enquête sur une fraude aux bitcoins, c’est finalement un événement bien plus intime qui clôt le récit. Pour dire le monde contemporain, l’auteur de La Vérité sur Marie choisit une fois de plus de développer les aspects les plus banals de l’existence, en tout cas à première vue.

Retrouvez notre interview de Jean-Philippe Toussaint

 

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Elisabet Benavent, Dans les pas de Valeria (L’Archipel)

 

En parallèle de la publication de nos entretiens habituels, nous vous proposons aussi des traductions des interviews publiées sur la version espagnole de Babelio. Aujourd`hui, la parole est à Elisabet Benavent, auteur du livre Dans les pas de Valeria, une comédie romantique madrilène dans laquelle il est question d’amitié entre filles & de relations amoureuses plus ou moins compliquées…

Retrouvez notre interview d’Elisabet Benavent.

 

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Youssef Abbas, bleu blanc brahms (Jacqueline Chambon/Actes Sud)

 

Comme beaucoup, vous vous rappelez sans doute où et avec qui vous étiez ce 12 juillet 1998, soir de la Coupe du monde de football. Cette soirée très spéciale dans la mémoire des Français, Youssef Abbas l`utilise en toile de fond de son premier roman pour raconter trois destins de banlieusards dont l`histoire va basculer ce jour-là. Ou comment redonner une voix et une histoire à une frange de la population qu`on entend trop peu par ailleurs.

Retrouvez notre interview de Youssef Abbas

 

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Mathieu Palain, Sale gosse (L’Iconoclaste)

Sale gosse, premier roman de Mathieu Palain, est né suite à un reportage à la Police Judiciaire de la Jeunesse à Auxerre, afin de raconter au plus près la vie d’un jeune délinquant qui cherche à s’en sortir. Né de l’envie, aussi, d’humaniser des individus trop souvent perçus uniquement à travers les délits qu’ils ont commis. Un livre qui nous présente comme un instantané de la France en 2019, avec ses problèmes sociaux, sa criminalité, mais aussi la possibilité de se créer une vie meilleure.

 

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Rentrée littéraire jeunesse : Auzou Romans

Le 9 septembre dernier, Auzou Romans venait présenter chez Babelio sa rentrée littéraire 2019. Une rentrée sous le signe des auteurs francophones, puisque l’accent était clairement mis sur la production hexagonale cette année. C’est donc en présence des auteurs Yann Rambaud, Yaël Hassan, Erik L’Homme et Eric Sanvoisin (accompagnés de leur éditrice Krysia Roginski) que l’on a pu en apprendre plus ce matin-là sur les 5 livres publiés en septembre dans cette collection.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette matinée de présentation

 

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Nadine Ribault, Les Ardents (Le Mot et le Reste)

C’est sans doute l’un des livres dont vous entendrez trop peu parler en cette rentrée littéraire 2019, et pourtant : Les Ardents envoûte comme un feu puissant. L’action se situe au XIe siècle, dans un Moyen Age des plus sordides et sombres. Isentraud dirige d’une main de fer le royaume de Gisphild, avec la plus grande cruauté. Quand son fils épouse Goda, une étrangère à l’allure « romaine », la marâtre voit rouge. Pendant ce temps, le mal des Ardents (ergotisme) se répand dans la région et dévore de l’intérieur la population, alors que la guerre s’approche inexorablement. Sous des airs de conte pour adultes terrifiant, Les Ardents peut aussi se lire comme un métaphore politique dans laquelle les royaumes maudits évoquent ces gouvernements qui provoquent leur propre chute, en dépit du bon sens.

Retrouvez notre interview de Nadine Ribault

 

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Marion Brunet, Sans foi ni loi (PKJ)

Bang bang ! Marion Brunet nous revient en cette rentrée littéraire avec un nouveau livre jeunesse, un western féminin intitulé Sans foi ni loi. Loin du rôle de faire-valoir face à des cowboys hirsutes, trop souvent observé dans le genre, les femmes tiennent ici une place centrale et décisive. L’auteure s’est prêtée au jeu de l’interview face caméra à travers 5 mots : « Liberté », « Femme », « Personnage », « Rencontre » et « Cinéma ». Découvrez ce livre à travers les mots de Marion Brunet.

 

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Sofia Aouine, Rhapsodie des oubliés (La Martinière)

Sur les pas d’Antoine Doinel dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, Sofia Aouine nous propose avec Rhapsodie des oubliés, son premier roman, de suivre le quotidien d’Abad, jeune garçon turbulent vivant dans le quartier populaire de la Goutte-d’Or à Paris. A travers des thèmes graves comme la précarité, la prostitution ou l’intégrisme, l’auteure signe une ode à la solidarité et à la part d’enfance qui reste en chacun de nous.

Retrouvez notre interview de Sofia Aouine

 

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Felix Macherez, Au pays des rêves noirs (Editions des Equateurs)

Dépité par le monde contemporain et sa vie parisienne, Felix Macherez décide en 2017 de partir sur les traces d’un de ses auteurs fétiches : Antonin Artaud. Un voyage qui le conduira au fin fond du Mexique, jusque chez les Tarahumaras, peuple qu’Artaud a côtoyé dans les années 1930. Entre récit de voyage et journal intime, Au pays des rêves noirs raconte une quête d’un monde perdu, un chemin spirituel et terrestre vers un absolu forcément inatteignable.

Retrouvez notre interview de Felix Macherez

 

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Jean-Baptiste Andrea, Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste)

Jean-Baptiste Andrea avait séduit de nombreux lecteurs avec son premier roman Ma Reine. L’ancien réalisateur revient en librairie avec un nouveau roman chez L’Iconoclaste intitulé Cent millions d’années et un jour, l’histoire d’un paléontologue qui décide de poursuivre un vieux rêve en gravissant la montagne – jusqu’à tomber dans la folie ? L’auteur nous présente dans cette vidéo son livre à travers 5 mots.

 

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Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail (Eyrolles)

Nous y passons la majorité de notre temps et de notre vie, mais peut-il être compatible avec notre sensibilité ? Le travail et l’ultrasensibilité sont au cœur du nouveau livre de Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail. Le mercredi 19 septembre dernier, l’auteur et psychanalyste est venu échanger autour de ce sujet avec 30 lecteurs Babelio : c’était l’occasion pour lui d’expliquer sa démarche et de donner des conseils pratiques à chacun, pour être plus libre et épanoui au travail.

 

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Jim Fergus, Les Amazones (Le Cherche-Midi)

Dans Les Amazones, ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus raconte la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Il vous propose de plonger dans une nouvelle épopée romanesque où il dresse des portraits de femmes inoubliables. Et si vous n’êtes pas encore convaincu, nous vous invitons à l’écouter en parler, dans cette vidéo réalisée juste avant la rencontre avec l’auteur qui avait lieu à Paris il y a quelques semaines.

 

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Adam Bielecki, Le gel ne me fermera pas les yeux (éditions Paulsen)

« Il y a souvent des gens qui affirment que les grimpeurs ne respectent pas la vie en la risquant pour rien. Je pense tout le contraire : pour apprécier quelque chose vous devez d’abord en sentir le manque. »

A l’occasion de la sortie de son livre Le gel ne me fermera pas les yeux aux Editions Paulsen, nous nous sommes longuement entretenus avec Adam Bielecki, l’un des plus audacieux himalayistes de sa génération. Il est question de sommets aussi bien montagneux que littéraires.

Retrouvez notre interview d’Adam Bielecki

 

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Philippe Delerm, L’Extase du selfie (Seuil)

À l’occasion de la parution de ses derniers « instantanés littéraires », L’Extase du selfie, Philippe Delerm est venu rencontrer 30 lecteurs Babelio le jeudi 26 septembre 2019. Il a ainsi pu échanger avec eux autour de Proust, des gestes qui nous trahissent et de ces instants de la vie quotidienne qu’il aime observer chez ses contemporains.

 

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Stéphane Heuet, A la recherche du temps perdu (Delcourt)

Adapter Marcel Proust en BD, pari impossible ? C’est pourtant celui que tient Stéphane Heuet depuis bientôt 25 ans. A l’occasion de la sortie du pénultième album de cette adaptation publiée chez Delcourt, le dessinateur est revenu sur son travail acharné autour d’une oeuvre réputée pourtant inadaptable. Un travail à découvrir à travers les 5 mots choisis par Stéphane Heuet dans cette vidéo.

 

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Akira Mizubayashi, Âme brisée (Gallimard)

Tokyo, 1938. Quatre musiciens amateurs passionnés de musique classique occidentale (dont trois ressortissants chinois) sont soupçonnés de comploter contre le Japon, et arrêtés. Un enfant assiste à la scène, impuissant. Âme brisée d’Akira Mizubayashi est l’histoire de cet enfant, qui n’arrive pas à oublier cet événement traumatique. L’auteur nous parle de son livre dans cette vidéo, à travers 5 mots.

 

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Olivier Adam, Une partie de badminton (Flammarion)

« Il arrive que des lecteurs ou lectrices se reconnaissent tellement dans certains personnages que survient une forme de transfert. Ils se disent que l’auteur les comprend mieux que quiconque. Et que ça doit se vérifier en dehors des livres, dans la « vraie vie ». Ca peut parfois déraper. »

Dans cette interview à propos de son dernier livre Une partie de badminton, Olivier Adam se confie sur son métier d’écrivain à travers le personnage de Paul, son alter-ego qui cherche l’inspiration en Bretagne pour écrire son prochain livre.

Retrouvez notre interview d’Olivier Adam

 

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Kevin Lambert, Querelle (Le Nouvel Attila)

« Le sexe gai, décrit frontalement, a finalement pour moi une fonction militante : il s’agit de faire entrer dans l’imaginaire et dans le langage une sexualité minoritaire et marginale, dans l’objectif de resignifier la relation sexuelle privilégiée qui existe « naturellement » dans nos esprits et dans notre culture, qui est toujours hétéro. »

Querelle, de l’auteur québécois Kevin Lambert, a fait grand bruit lors de la rentrée littéraire – et remporté au passage le prix Sade. On vous propose dans cette interview de découvrir ce personnage de Querelle, et de comprendre les motivations de l’auteur lors de l’écriture de cette « fiction syndicale » sulfureuse.

Retrouvez notre interview de Kevin Lambert

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Editions Critic)

« Les situations catastrophiques et désespérées n’empêchent pas d’en rire. En fonction des personnages, ce peut être soit l’expression de la folie, soit le signe d’un désir profond de vivre. L’humour est peut-être le dernier rempart de la raison, un outil de survie presque aussi vital que les armes et la nourriture. »

Dans son deuxième roman, Rodolphe Casso poursuit sa description d’un Paris post-apocalyptique entamée dans Pariz. Cette fois, nous suivons le capitaine Franck Masson en mission pour prendre contact avec trois quartiers parisiens résistant aux morts-vivants : Montmartre, les Buttes-Chaumont et l’île de la Cité. Trois quartiers très différents dont l’auteur décrit avec intelligence et humour le destin post-apocalyptique. Nous avons posé quelques questions à l’auteur pour en savoir plus sur ce roman d’aventures dense et jouissif.

Retrouvez notre interview de Rodolphe Casso

Quand Miriam Toews nous fait entendre « ce qu’elles disent »

Si vous avez suivi la récente affaire #metoo (ou sa version française nettement plus directe dans son énoncé, #balancetonporc), vous avez enfin réalisé – s’il en était encore besoin – qu’il y a encore des progrès à faire pour ne serait-ce qu’effleurer un jour une potentielle égalité des sexes. Qu’il s’agisse des conditions de travail et de rémunération, de parité dans les institutions, ou tout simplement de respect dans la rue, les femmes font parfois figure d’êtres humains de seconde zone. Et si vous avez été choqué(e) par les remous de ces accusations de viols et de maltraitance, vous risquez bien de tomber de votre chaise en lisant le dernier roman de Miriam Toews, Ce qu’elles disent.

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Les raisons de la colère

Avant d’entrer dans le vif du sujet de ce livre, une petite précision s’impose : parce qu’il faut bien naître quelque part, Miriam Toews a vu le jour en 1964 dans une communauté mennonite de la province de Manitoba, au Canada. Or naître dans ce type de communauté religieuse implique d’en rester prisonnier à vie. Ou bien d’en partir en abandonnant une partie de ses proches. Autant vous dire que si elle ne l’avait pas quittée à l’âge de 18 ans, l’auteure n’en serait probablement pas devenue une, et aurait eu peu de chances de passer la porte des locaux de Babelio pour nous faire l’honneur de sa présence ce 21 juin 2019 pour cette rencontre avec 30 lecteurs.

En 2011, elle découvre un terrible fait divers touchant une communauté mennonite bolivienne ultra conservatrice : le viol de 130 femmes et filles droguées pour être abusées, de 2005 à 2009. Une communauté qui porte le même nom que sa région d’origine, Manitoba. Ecrire un livre sur ce sujet devient très rapidement une évidence pour elle, et une obsession : « J’ai mis beaucoup de temps à l’écrire, j’en ai beaucoup parlé. Ma sœur est tombée malade, s’est suicidée, et je ne pensais plus pouvoir écrire. Ca a été dur d’en venir à bout. » Car si la colonie de Steinbach où elle a grandi reste sensiblement moins extrémiste que son pendant bolivien ultra orthodoxe et patriarcal, les interdits et la rigidité de ce groupe de personnes l’ont marquée à vie. C’est parce qu’elle aurait pu être l’une de ces femmes que Miriam Toews a senti le besoin impérieux de leur donner une voix, une identité, et de faire connaître leur situation.

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La colonie, cette île sans navire

On a aujourd’hui du mal à imaginer ce que Miriam Toews décrit dans son livre. D’où, peut-être, le recours à la fiction comme passage inévitable pour faire comprendre cet état de fait. Alors lisons et imaginons : être une femme dans cette communauté mennonite bolivienne, la colonie de Molotschna, implique de ne jamais apprendre à lire et à écrire, mais simplement de recevoir en guise d’éducation une lecture biaisée du Nouveau Testament permettant aux hommes d’asseoir leur domination et donc de pérenniser la soumission de l’autre sexe, au-delà de toute considération religieuse ou métaphysique. Evidemment, pour préserver cette ignorance les contacts avec d’autres populations sont limités, voire proscrits. Ces femmes ne connaissent absolument rien du pays dans lequel elles vivent et parlent d’ailleurs une autre langue que l’idiome national : le Plautdietsch, un bas allemand apparu au XVIe siècle en Prusse orientale. Une langue qui les enferme un peu plus dans une intemporalité effrayante, ou du moins un passé qui ne veut pas passer.

Dans ce contexte, le simple fait de se rassembler pour parler va déjà à l’encontre des règles de la communauté – voilà pourquoi elles le font en l’absence des hommes, cachées dans un grenier à foin.

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8 femmes pour un huis clos

Ce qu’elles disent reprend donc un fait divers là où il s’est arrêté, loin des considérations scabreuses de ces crimes en eux-mêmes. Ce qui a intéressé Miriam Toews, c’est de savoir si un avenir est possible pour ces femmes et leurs enfants, si un épanouissement est encore envisageable, que ce soit au sein ou à l’extérieur de cette communauté. Voilà pourquoi le livre nous invite à suivre deux jours de conciliabules entre 8 femmes de tous âges issues de deux familles, les Loewen et les Friesen, pour décider de leur avenir. Dès le début, trois possibilités s’offrent à elle : ne rien faire ; rester et se battre ; partir. Trois alternatives qui posent chacune leur lot de questions, de problèmes, et donnent lieu à de longues discussions philosophiques et métaphysiques.

Et puisque ces femmes ne savent ni lire ni écrire, c’est August Epp, un représentant de sexe masculin (mais pas considéré comme un homme par la communauté), enseignant mennonite ayant fui un temps Manitoba, qui est chargé de rédiger les minutes de ces réunions des 6 et 7 juin 2009. Commencent alors des débats très animés, entre maïeutique (cet art de faire accoucher les esprits) et digressions du narrateur, dont on découvre peu à peu le passé, ainsi que son amour pour une représentante de la famille Friesen : la charismatique Ona.

Ô ironie, un homme chargé d’écrire et de narrer les moments les plus décisifs de la vie de ces femmes, mais aussi de tenter d’éveiller les consciences autour de lui, par l’éducation. Et l’auteure de préciser : « Au final, ce compte-rendu ne leur sert à rien car elles ne lisent pas. Mais elles sentent que quelque chose d’important se passe et elles veulent en garder trace. »

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Crise de foi

Les responsables masculins de la communauté qui les asservissent se reposent essentiellement sur une interprétation des Ecritures. Hors fiction, lorsque ces événements sont survenus en Bolivie, la réaction des hommes a été dans un premier temps de faire croire aux victimes qu’elles avaient incité le Diable à les violer, ou bien qu’il s’agissait de démons et de fantômes agissant la nuit. Or une de ces femmes a réussi une nuit à assommer l’un de ses agresseurs, bien humain, s’apercevant au passage qu’il s’agissait d’un des membres de sa famille.

Le dogme représente une part tellement centrale de leur identité qu’à aucun moment ces femmes ne mettent en cause la religion. Toutes les discussions se fondent sur le cadre strict de leur foi, de leur croyance, comme si elles tentaient de créer un lien plus direct avec Dieu. Une nouvelle religion. Comme si ce qui les asservissait pouvait aussi les libérer, à l’image du langage.

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Prisonnières hors du temps

Si la lecture peut être considérée comme une expérience hors du temps, voilà un roman qui offre un grand moment de lecture. Un temps suspendu comme une corde nouée autour du cou de chaque Loewen et de chaque Friesen, dont la plupart des représentantes ont été violées, et qui sont plus maltraitées que les animaux qui les entourent. L’une d’entre elles précise d’ailleurs : « Nous ne sommes pas des membres de Molotschna, mais des femmes. » On en oublie parfois que le récit ne se déroule pas au XIXe siècle. Alors quand une référence musicale des années 1960 (le morceau California Dreamin des Mamas and the Papas) et une autre des années 1990 (August Epp participant à une rave party en Angleterre) font brusquement écho à notre époque, la claque symbolique est d’autant plus violente.

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Miriam Toews s’est fait une spécialité des sujets durs, voire carrément dramatiques. Son précédent livre Pauvres petits chagrins (2017) racontait la lente dégradation de santé mentale de sa sœur, qui a fini par se suicider (comme son père avant elle) ; des troubles psychiques courants dans la communauté mennonite, d’après l’auteure. Pourtant malgré la noirceur, l’humour est toujours bien présent, en même temps qu’une douceur (ici l’histoire d’amour entre August et Ona) qui rend supportable le pire. On imagine que l’écriture de ce livre a été une dévoration, que comme l’a si bien dit René Char, « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». Pour conclure, on préférera ces quelques mots de Grégoire Lacroix, comme un baume dans la continuité de ce livre : « L’humour, c’est ce qui évite à la lucidité de tomber dans l’amertume. »

Pour découvrir plus en profondeur ce livre, vous pouvez visionner cette vidéo « Les 5 mots de Miriam Toews », dans laquelle l’auteure revient sur son livre et ses intentions :

Un grand merci à Fabienne Gondrand pour avoir interprété nos échanges.

Découvrez Ce qu’elles disent de Miriam Toews, publié aux éditions Buchet Chastel

Ariane Bois et la (dé)raison d’Etat

Nous n’avons pas vraiment l’habitude de citer Mathieu Kassovitz sur le blog de Babelio, pourtant le thème du dernier livre d’Ariane Bois nous rappelle fortement la phrase de conclusion de son film L’Ordre et la Morale (2011) : « Si la vérité blesse, alors le mensonge tue. » Un message lourd de sens à propos d’un autre scandale d’Etat : la prise d’otages en Nouvelle-Calédonie de 27 gendarmes mobiles par des indépendantistes Kanak, en avril 1988, qui s’est achevée dans un bain de sang. Un film polémique qui avait forcément déclenché un débat à sa sortie.

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En sera-t-il de même dans les semaines à venir pour L’Ile aux enfants d’Ariane Bois, paru aux éditions Belfond ? Car si « le mensonge tue », que penser du silence ? Du secret ? De ces années sans savoir, ou sans vouloir dire, pour les exilés de la Creuse (et leur descendance), ces enfants réunionnais transférés de 1963 à 1984 par les autorités françaises (parfois après une transaction, quelquefois suite à un enlèvement pur et simple) en métropole pour repeupler des départements délaissés par les continentaux ? Une histoire à peine imaginable et encore méconnue sous nos latitudes, dans laquelle l’auteure de Le Gardien de nos frères puise une matière romanesque fertile. Jugez plutôt :

« C’est l’histoire de Pauline et Clémence, deux fillettes inséparables, deux sœurs vivant près des champs de cannes à sucre, qui un jour, en allant chercher de l’eau à la rivière, sont enlevées, jetées dans un avion, séparées, et qui devront affronter bien des épreuves avant de comprendre ce qui leur est arrivé. Il ne s’agit pas d’un conte pour enfants, même cruel, mais de la véritable histoire des exilés de la Creuse, un transfert massif d’enfants venus de l’île de la Réunion pour repeupler des départements isolés de la métropole en 1963, contre leur gré et celui de leurs familles, devenue un scandale d’Etat. Dans ce roman, c’est la fille de Pauline, Caroline, qui, trente ans plus tard, mène l’enquête sur l’enfance de sa mère, provoquant ainsi des réactions en chaîne et l’émoi de celle qui pour survivre a dû tout oublier…

Comment devenir soi quand on vous a menti ? Peut-on se reconstruire un arbre généalogique ? Qu’est-ce qu’était l’adoption dans le secret et les non-dits des années 1970 ? L’histoire d’une résilience, d’une reconstruction et une plongée dans un épisode peu glorieux de l’histoire de France à travers les yeux de deux enfants. »

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Ariane Bois était dans les locaux de Babelio le 7 juin 2019 pour une rencontre avec 30 de ses lecteurs, avides d’en apprendre plus sur cette affaire, mais aussi sur le livre qui en découle.

Naissance d’un « romanquête »

Dans ce sixième roman, l’auteure se met donc de nouveau à hauteur d’enfant pour raconter de l’intérieur ce qu’a pu être la séparation d’une famille, puis de deux sœurs, dans ce contexte. Quand Pierre de Babelio lui demande comment elle a découvert ce sujet, elle répond : « Mon père travaillait pour Médecins du monde, et se déplaçait beaucoup dans les territoires et départements d’outre-mer, et partout dans le monde. Il m’avait déjà parlé de peuples déplacés, comme les Hmongs en Guyane. Ou d’autres exilés de Martinique et de Guadeloupe poussés vers la métropole. Et enfin, de ces enfants réunionnais. »

Pour la grande reporter, il est évident qu’écrire sur ce sujet implique d’enquêter en profondeur afin de s’approcher au plus près de ce que ces enfants ont pu vivre : « J’ai une âme de journaliste, donc pour moi c’était très important de rencontrer les acteurs de ce drame intime, les personnes qui ont vraiment vécu ça, que ce soit dans les départements métropolitains ou bien même à la Réunion. Et bien sûr d’éplucher de nombreux documents administratifs, courriers, dossiers d’adoption et autres archives durant 4 mois. Je définis certains de mes livres comme des romanquêtes : le récit de faits réels, tout en gardant la liberté du romancier pour donner du souffle au réel. Il y avait déjà des documentaires, téléfilms et articles sur le sujet ; maintenant il y a aussi mon roman. »

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Afin d’approcher ces exilés et leurs enfants, Ariane Bois contacte l’association des Réunionnais de la Creuse. Le travail d’approche peut commencer, et il s’agit bien souvent de gagner la confiance de chacun en passant du temps avec tous, en expliquant la démarche derrière ce livre. Remuer ce type de souvenirs n’a rien d’évident, d’autant que de nombreux exilés n’en ont jamais parlé à leurs enfants… En tout, l’auteure a ainsi rencontré pas moins de 50 enfants, et en a interviewé longuement 30 pour composer les personnages de Pauline, Clémence et Caroline notamment.

(Dé)raison d’Etat

Séparer les enfants de leur famille, puis séparer les enfants des enfants pour les envoyer chacun dans une famille adoptive : voilà ce qui arrive à Pauline et Clémence, arrivées dans un pays et chez des personnes qu’elles ne connaissent pas. On comprend mieux pourquoi beaucoup de ces exilés n’arriveront jamais à raconter ça à leur descendance, les privant de fait, et bien malgré eux, d’une partie de leurs racines – une lectrice, fille d’exilée, en témoignait durant la rencontre, expliquant avoir découvert le passé de sa mère à travers un reportage. Alors comment expliquer ça ? Et surtout, est-ce que ce type d’agissements de la part d’un Etat pourrait se reproduire ?

Pour certains lecteurs présents ce soir-là, cela ne fait aucun doute : ces déplacements forcés s’inscrivent dans une époque révolue – comme le fait de séparer les fratries à l’adoption, d’ailleurs. D’autres lecteurs sont dubitatifs, et suivis par Ariane Bois qui cite un exemple plus récent d’enfants achetés au Sri Lanka dans les années 1980 par des ressortissants européens, dont des Français – un phénomène visiblement connu de l’Ambassade de France à l’époque. A sujet sensible, soirée aux débats animés.

Impossible retour au « pays » natal

A cette question de « transplantation » s’ajoute évidemment la question de l’habituation à une nouvelle région française, à plus de 9 000 kilomètres de la Réunion. La fille d’une femme exilée explique que sa mère a découvert la neige adolescente, en arrivant à Limoges un soir de décembre. L’accueil des familles pose aussi pas mal de questions : « Pour ces enfants, c’était vraiment la loterie quant au placement dans une famille : certains étaient adoptés par des personnes respectueuses et soucieuses du bien-être de l’enfant ; d’autres les utilisaient comme des esclaves des temps modernes, les battaient ou les abusaient sexuellement parfois. La plupart de ces familles n’étaient pas au courant de l’histoire tragique de ces exilés, pour eux c’était avant out des enfants à adopter, pas des Réunionnais placés là par l’Etat français. »

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Dans un tel contexte, on comprend mieux pourquoi ces enfants en grandissant ont pu développer un syndrome d’attirance-répulsion envers leur terre d’origine, la Réunion. D’autant que le retour au « pays » natal n’a rien d’évident : « Ca a été très compliqué pour ceux qui ont voulu rentrer à la Réunion une fois devenus adultes. Là-bas il y a un tabou énorme autour de tout ça, même si ça commence à changer. Les Réunionnais ont tendance à rejeter ceux qui sont partis, même forcés. Il y a des soupçons de règlements de comptes entre familles, de parents payés pour laisser leurs enfants partir… Certains considèrent là-bas que les exilés ont finalement eu de la chance de partir, et qu’ils ne devraient pas se plaindre – quoi qu’il en soit, on ne peut évidemment pas faire le bonheur d’une personne sans son consentement. Je vais aller visiter des collèges et lycées réunionnais dans quelques semaines pour parler de mon livre et de ce qu’il s’est passé : les jeunes ne sont pas au courant de tout ça. »

Vers la résilience

Ca n’est pas vraiment un hasard si Ariane Bois s’intéresse à cette histoire : durant la rencontre, elle nous confie être elle-même fille d’une mère au lourd passé, une enfant juive cachée pendant la Seconde Guerre mondiale. « Ma mère n’a jamais voulu parler de ça, mais vu les cauchemars qu’elle faisait, disons que je savais sans savoir, avant de l’apprendre officiellement du moins. Cette question de la transmission d’un traumatisme d’une génération à l’autre m’intéresse particulièrement. Est-ce qu’on peut réparer une enfance difficile ? Ou alors, est-ce que les enfants de ces enfants en ont été capables ? Bien sûr il y a encore aujourd’hui des difficultés et des souffrances dans ces familles, mais je ne peux qu’admirer l’élan vital de ces personnes, les forces sur lesquelles elles se sont appuyées pour prendre en main leur destin et bâtir leur propre famille. »

Pour l’auteure c’est clair, en tant qu’écrivain elle a elle aussi une responsabilité dans la cité, ne vit pas dans une tour d’ivoire, et se doit de dénoncer avec ses outils ce qu’elle considère comme injuste. Pour elle, « le roman est l’appareil qui fonctionne le mieux pour ce type d’histoire, ça permet de se placer du côté des personnages, d’humaniser ces acteurs à travers des ressorts psychologiques. Je ne sais pas si mon roman aidera à faire avancer la reconnaissance de ce scandale, mais les choses avancent tout de même : Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de l’Etat dans cette affaire, par exemple. Les associations mobilisées réclament que cet épisode figure dans les manuels d’histoire, car la mémoire commence par la connaissance. On parle même d’un monument pour marquer physiquement cette histoire. »

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Quelques minutes avant la fin de la rencontre, deux lecteurs lancent encore d’autres pistes de réflexion par rapport au thème du livre : un Babelionaute souligne ce sentiment de culpabilité des enfants exilés, en regard avec l’absence de culpabilité de l’Etat et notamment des autorités aux commandes (dont des assistantes sociales, sous la coupe du ministre Michel Debré). Un Etat qui a pu faire beaucoup souffrir, et met décidément un temps long à reconnaître ses torts. Une autre lectrice fait le parallèle avec un autre roman, L’Art de perdre d’Alice Zeniter (que nous avions reçu lors de la parution du livre, voir notre vidéo et notre compte-rendu ici). Pour elle, les harkis ont subi un sort assez comparables, puisqu’après s’être battus pour la France ils ont été relogés à partir de 1962 dans des régions parfois délaissées et dans des conditions parfois limites, comblant des brèches de population. Pas les mêmes méthodes, mais un effet comparable – et sans doute pas mal de souffrances engendrées également.

Pour décompresser en douceur après l’intervention d’Ariane Bois, l’équipe de Babelio proposait comme d’habitude de grignoter quelque chose en buvant un verre, avant ou après avoir fait dédicacer son livre. Un moment privilégié avec l’auteure qui est parfois aussi l’occasion de lui poser des questions plus personnelles.

Pour en savoir plus, visionnez notre interview vidéo de l’auteure, dans laquelle elle présente son roman à travers 5 mots :

Découvrez L’Ile aux enfants d’Ariane Bois, publié aux éditions Belfond.

Prix des Lectrices 2019 : all you need is romance

Que seraient nos vies sans amour ? Pas grand-chose, probablement. D’où sans doute ce besoin de se nourrir autant de romcoms au cinéma, que de romance en littérature. Voilà un genre littéraire qui connaît en effet un succès grandissant ces dernières années, attirant un lectorat fidèle (eh oui !) et très largement féminin (comme souvent quand il s’agit de livres).

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Pour mettre ce genre en avant, et donner la parole à toutes les lectrices, Milady créait en 2014 le Prix des Lectrices. Une distinction qui récompense chaque année un livre ayant reçu le plus de votes parmi une sélection de 10 titres du catalogue Milady parus l’année précédente. En 2019, Jojo Moyes côtoyait ainsi Cecelia Ahern (lauréate du prix en 2018 pour Les Jours meilleurs, lire notre article à ce propos ici) ou Alice Peterson sur la liste des prétendants.

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Du 18 janvier au 24 avril, quelques milliers de votantes ont donc pu faire entendre leur voix sur le site dédié, et ainsi élire la sixième lauréate du Prix des Lectrices. Lors de la remise du prix le mardi 11 juin dans les locaux des éditions Milady (rue d’Hauteville, Paris 10e), Isabelle Varange paraissait particulièrement enthousiaste à l’idée de couronner Colleen Oakley pour La première fois qu’on m’a embrassée, je suis morte. Un avis que partagent d’ailleurs visiblement largement les Babelionautes, puisque ce livre compte 181 lecteurs sur la plateforme, et affiche une note moyenne à faire rougir d’envie pas mal d’auteures : 3,85/5 sur 81 notes.

510Pe2GquyL._SX195_« Jubilee Jenkins souffre d’un mal extrêmement rare : elle est allergique au contact humain. Après avoir été embrassée par un garçon au lycée, elle se retrouve aux urgences à la suite d’un choc anaphylactique. Dès lors, elle décide de ne plus sortir de chez elle pendant des années. Mais à la mort de sa mère, Jubilee doit affronter le monde et les gens. Un jour, à la bibliothèque, elle fait la connaissance d’Eric Keegan et de son fils adoptif, un petit génie perturbé. Bien qu’Eric ne comprenne pas pourquoi Jubilee le tient à distance, il est sous le charme… De manière inattendue, leur rencontre va permettre à ce trio irrésistible de s’ouvrir à la vie et à l’amour. »

Il faut dire que Colleen Oakley a plutôt « du métier » en ce qui concerne l’écriture, puisqu’elle signe de nombreux articles pour la presse américaine, et a été rédactrice en chef du magazine Women’s Health & Fitness. Parmi les critiques enthousiastes on retient sur Babelio ces quelques extraits pour parler de ce livre : « Un roman qui vous prends aux tripes. Une belle aventure humaine » (Samy10), « Ce livre est d’une beauté pure et hors du commun. J’ai pris énormément de plaisir à lire ces pages qui nous plongent dans un récit pour le moins étonnant et inattendu » (LesTentatrices), ou encore « Un magnifique roman, une belle leçon de vie, un livre qui m’a transportée dans la vie d’autrui, une histoire touchante, parfois bouleversante, et surtout teintée d’un humour, et ça, ça lui donne tout son charme » (zorrajess). Et celles et ceux qui ont déjà apprécié celui-ci se précipiteront probablement sur sa dernière parution, La première fois, c’était quand même plus marrant.

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Comme chaque année lors de la remise du prix Milady, l’équipe de la maison d’édition du même nom était aux petits soins pour nous recevoir, proposant notamment les traditionnels cocktails reprenant les titres (et l’esprit) des livres lauréats précédemment. On a ainsi pu déguster cette année un nectar inspiré du livre de Cecelia Ahern primé l’an dernier : Les Jours meilleurs. Avant de goûter l’an prochain au cocktail portant le titre du roman de Colleen Oakley, donc.

Et comme le dit la chanson de Michel Fugain : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est une romance d’aujourd’hui. »

Eric de Kermel : l’évidence écologique

Depuis près de vingt ans, l’écologie et la sauvegarde de la planète Terre sont devenus des sujets dominants dans les médias et les débats d’opinion. Après tout ce temps, on peut légitimement se poser la question de ce qui a vraiment changé dans notre manière d’appréhender notre environnement naturel, de ce que chacun fait au quotidien pour tenter de réduire son empreinte écologique et ainsi éviter d’aggraver une détérioration des conditions de vie sur Terre, conséquence aujourd’hui inévitable de siècles d’exploitation de la nature sans souci du lendemain.

Si les responsables politiques semblent pour la plupart freiner des quatre fers quand il s’agit de réduction des émissions de CO2 (par exemple), une large part de la population semble avoir pris conscience de ces problématiques. Et au-delà du catastrophisme et de la peur, de plus en plus d’écrivains, de journalistes et d’intellectuels développent un discours plus émotionnel pour rappeler avec force le lien simplement organique qui nous relie à la nature – et donc l’évidence de tout faire pour la préserver.

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« A travers un récit initiatique, porté par la tendresse et la foi en l’humain, Eric de Kermel nous propose une expérience susceptible de nous interroger et pourquoi pas de nous transformer. » (Préface de Cyril Dion)

Eric de Kermel fait partie de ces auteurs qui pensent que l’émotion et l’expérience peuvent nous faire changer de regard sur notre environnement, et ainsi agir en profondeur sur nos habitudes. Il était de passage chez Babelio le 27 mai dernier pour rencontrer 30 de ses lecteurs autour de son troisième et dernier livre en date, Mon cœur contre la terre (Eyrolles).

Rendez-vous en terre connue

Parce qu’il faut bien naître quelque part, Eric de Kermel est venu au monde à Ajaccio, un peu par hasard. Du pays, il en a vu assez jeune grâce à un père diplomate, vivant jusqu’à l’adolescence au Maroc (à Rabat) et en Amérique du Sud (en Argentine), avant de rejoindre la France à l’âge de 15 ans. Une expérience pas forcément évidente : « Je n’étais vraiment pas content d’arriver en France, en région parisienne, après toutes ces années passées à arpenter la nature sauvage. Heureusement, mon oncle et ma tante avaient une maison du côté de Briançon, dans les Alpes. Je leur ai assez rapidement rendu visite. C’est cet été là que j’ai vraiment découvert la montagne et la vie qui va avec, ce qu’elle permet et ce qu’elle impose. »

C’est ce coin de France, ses paysages, ses habitants qu’Eric de Kermel raconte dans Mon cœur contre la terre, à travers les yeux d’Ana, écologue quinquagénaire en burn out qui va venir se ressourcer dans cette vallée de la Clarée où elle a grandi, à l’instar de l’auteur : « Cette vallée est frontalière avec l’Italie, et épargnée du tourisme massif car il n’y a pas de station de ski. Le fond de vallée y est très haut, à 1500 mètres d’altitude environ, ce qui la rend assez sombre par rapport aux villages savoyards, par exemple. Elle rappelle vraiment les paysages du Montana décrits par les nature writers américains. » Quand Pierre de Babelio lui demande si le livre a été écrit sur place, dans cette région qu’il connaît bien, Eric de Kermel explique : « J’ai commencé à l’écrire chez moi près d’Uzès, dans le Gard, puis je l’ai terminé à la Clarée, effectivement, où j’ai aussi tout repris. C’est mon côté journaliste, de vouloir documenter au maximum, même si ça n’est franchement pas évident pour moi d’écrire sur ces lieux que je connais bien, et surtout sur ses habitants. J’avais peur de mal faire, mais certains d’entre eux m’ont rassuré sur ce point : selon eux, je n’ai rien dénaturé. »

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Evidence écologique

« Dénaturer » serait d’ailleurs un comble pour ce défenseur ardent de la cause écologique, qui s’échine plutôt à « renaturer » ses lecteurs, notamment à travers son rôle de directeur de la rédaction du magazine mensuel Terre sauvage, engagé dans la redécouverte de la vie sauvage et l’écologie. Et à en croire une expérience récente, il y a selon lui encore pas mal de travail pour éveiller les consciences ou même faire découvrir la nature : « Je faisais visiter mon potager et mon verger à ma filleule il y a quelque temps. C’est une jeune femme éduquée, qui a fait Sciences Po. Pourtant, elle n’a reconnu ni les fraises (parce qu’elles étaient encore vertes), ni le figuier. En fait elle ne savait pas vraiment comment poussent les fruits, à quoi ils ressemblent avant d’arriver dans son assiette. Alors c’est vrai qu’on peut tout à fait avoir envie de protéger la nature intellectuellement, à distance, mais pour moi il faut d’abord la connaître, en faire l’expérience. Mes grands-parents étaient agriculteurs, mais vu qu’il y en a de moins en moins, les jeunes gens perdent cette transmission familiale, et pour certains le lien avec la nature est rompu. »

Cette anecdote fait écho au personnage d’Ana dans le livre, qui défend l’environnement depuis Paris via son métier, mais découvre une réalité assez différente quand elle retourne dans sa région natale des Alpes. L’un des aspects souvent relevés par les lecteurs présents ce soir-là concernait d’ailleurs la vision que l’on a du loup et du débat autour de sa protection ou non : « Le loup est aujourd’hui un vrai problème en France. De nombreux spécimens sont venus d’Italie, en passant par le parc du Mercantour pour aller jusqu’aux Cévennes. On ne sait pas comment ils ont traversé l’autoroute du Sud, mais ils y sont parvenu. J’avais le même avis qu’Ana sur le loup avant de rencontrer ce berger dans la vallée de la Clarée – une anecdote qui a d’ailleurs donné naissance à une scène du livre. Il m’a fait comprendre qu’il ne faut pas forcément protéger le loup à tout prix, surtout que c’est une donnée relativement nouvelle pour les bergers, qui se sentent parfois en danger, démunis. Et peu écoutés alors qu’ils connaissent bien la nature. »

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Le pouvoir du roman

Pour soulever ces problématiques, Eric de Kermel a choisi d’écrire un roman – son premier roman écolo – pas un essai. Pour lui, « certains lecteurs ne sont pas prêts à lire un livre trop précis et documenté, trop sérieux sur ces sujets. Le roman permet une accessibilité plus facile pour le lecteur, avec des thèmes importants que l’on croise dans la fiction. Mais ça autorise aussi à être plus poétique et sensible, à laisser sa place au lecteur et à ses interrogations sans vouloir asséner des vérités à tout prix. Pour moi un bon livre pose des questions plutôt qu’apporter des réponses toutes faites. »

En tant que journaliste, il écrit forcément régulièrement sur ces thèmes. Pourtant ce sont deux activités qu’il distingue largement l’une de l’autre : si le journaliste s’appuie sur l’actualité, dans un magazine qui contient d’autres textes et « caché derrière sa signature », l’écrivain se trouve selon lui plus exposé : « J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans, pour moi. Puis j’ai continué en écrivant des histoires pour mes enfants. Ensuite, j’ai écrit des histoires pour les grands ; mais tout cela était assez secret et intime, une activité très privée. Je n’ai jamais cherché à me faire publier, c’est venu avec une rencontre. Eyrolles sortira encore deux autres de mes livres, dont un qui est déjà écrit. J’ai adoré retravailler le livre avec mon éditrice : alors que l’écologie est mon sujet de prédilection, j’ai dû faire 7 versions de ce texte. Je ne pensais pas le retravailler autant, mais je pense qu’au final il n’en est que meilleur. Elle m’a notamment aidé à me concentrer sur les aspects romanesques justement, et à atténuer un côté journalistique qui pouvait être trop didactique. »

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Part de féminité

Un lecteur présent durant la rencontre était curieux de comprendre pourquoi l’auteur a choisi de mettre en scène un personnage féminin, Ana, d’autant que ce personnage a beaucoup de points communs avec son créateur : « Pour moi il y a un enjeu fort de réconciliation entre le masculin et le féminin, dans mon écriture. Ca ne se passe pas que par la société, mais en nous-même puisque nous avons tous l’un et l’autre en nous. Quand j’écris j’aime explorer ce côté féminin en moi. Et puis aujourd’hui, ce sont les femmes qui font entrer l’écologie dans les foyers. Chez moi, c’était ma mère. Donc ça me pousse aussi à aller chercher cette part de moi-même, que j’aime bien. »

En fait, Eric de Kermel a alterné jusque-là les personnages féminins et masculins : Nathalie dans La Libraire de la place aux Herbes, Paul dans Il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui, et donc Ana dans Mon cœur contre la terre. Visiblement une habitude à laquelle ne dérogera pas son roman suivant, puisqu’il s’agira de l’histoire d’un homme qui a perdu son fils, et va se retrouver à quitter l’Occident pour un ailleurs. Une histoire là encore assez proche de la vie de son auteur.

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En attendant de découvrir cette prochaine parution, les Babelionautes invités ce 27 mai ont pu échanger avec l’auteur directement au cours de la traditionnelle séance de dédicace, et partager un verre avec les membres de l’équipe Babelio présents. Une soirée printanière pour faire bourgeonner des idées donc, et apprécier ce que Dame nature nous offre d’elle-même.

Et comme l’annonce la quatrième de couverture de l’ouvrage : « Au-delà de la communion avec la nature, l’écologie n’est-elle pas ce chemin qui invite à nourrir aussi le lien avec soi-même et avec les autres ? » A bon entendeur…

Pour en savoir plus sur ce livre et son auteur, vous pouvez regarder l’interview vidéo d’Eric de Kermel, où il présente Mon cœur contre la terre à travers 5 mots :


 

Découvrez Mon cœur contre la terre d’Eric de Kermel, paru aux éditions Eyrolles.

Jacques Expert : quand la curiosité est un vilain défaut

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Comme dans le dernier roman de Jacques Expert, Le Jour de ma mort, ce soir du 13 mai 2019 on pouvait côtoyer au Delaville Café un chat et (au moins) une jeune femme blonde. Mais peut-être ne saura-t-on jamais s’il y avait oui ou non un tueur en série dans la salle – heureusement pour nous, il ne s’est en tout cas pas manifesté ! Car celui que met en mots l’auteur dans ce livre choisit ses victimes selon des critères bien précis : couleur des cheveux, présence d’un chat. Autant vous dire qu’un frisson et quelques rires nerveux parcourent l’assistance au moment où les lecteurs invités s’installent pour la rencontre.

Alors que Pierre de Babelio sympathise avec ledit animal, Jacques Expert fait connaissance avec quelques Babelionautes avant de s’installer pour une heure de questions-réponses. Et puisque tous les lecteurs n’avaient pas terminé le livre avant cette soirée, Pierre et Jacques promettent de ne pas trop évoquer la fin de ce thriller.

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Fièvre de l’écriture

Mais revenons un peu en arrière. En avril 2018, Jacques Expert quittait la direction des programmes de RTL pour se consacrer pleinement à son métier d’écrivain. Successivement journaliste, grand reporter et directeur des programmes, l’auteur de La Femme du monstre et Deux gouttes d’eau n’a pourtant pas chômé ces dernières années côté publications, avec pas moins de 6 romans signés chez Sonatine récemment – sur un total de 17 livres.

Nombreux sont les journalistes à se pencher un jour sur la fiction, après avoir rempli les colonnes, écrans et autres ondes de brèves, d’articles, de reportages. Il semblerait que l’on ne se défait pas si facilement de ce virus appelé « roman », et parmi ces journalistes-écrivains Jacques Expert fait figure d’athlète de la plume, d’auteur à la régularité impressionnante. « J’ai la chance d’écrire très vite, ce qui tient sûrement au fait que j’étais journaliste de radio. Cette facilité m’a permis de travailler efficacement dès mes premières années dans le métier. »

Si pour ses reportages, les sujets sont tout trouvés puisqu’ils découlent de faits réels, comment fait-il pour concevoir une œuvre de fiction ? « J’écris à partir d’une idée que je développe, ça vient petit à petit. C’est cette petite étincelle qui fait démarrer l’écriture. Ici c’est tout simplement la lecture d’un horoscope qui m’a mis sur la voie. Ca peut être assez casse-gueule et angoissant, de ne pas faire de plan. Mais moi je ne peux pas connaître toute l’histoire avant de commencer à écrire ; j’ai déjà essayé, et à un moment je cale forcément. »

Mais « pas de plan » ne signifie pas forcément « pas de méthode », et l’auteur avoue tout de même effectuer un travail préparatoire sur au moins un aspect : « J’ai un attrait pour la psychologie des personnages, c’est le seul travail auquel je m’astreins avant de commencer. »

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La curiosité, ce vilain défaut

Il y a ceux qui préfèrent ne pas savoir, et les autres. Le personnage principal de Le Jour de ma mort, Charlotte, est de ces derniers. Alors qu’elle est à Marrakech avec trois amies, elles consultent ensemble un voyant, qui lui prédit le jour de sa mort, trois ans plus tard, et une fin violente. Les prédictions que ses trois amies ont reçues se sont bien réalisées : alors que va-t-il se passer pour Charlotte ce dimanche (en plus !) 28 octobre ? « La question centrale du livre, c’est de savoir si elle est vraiment en danger. Il y a ce tueur qui rôde dans Paris, a déjà fait des victimes, et choisit des proies qui lui ressemblent, soit des femmes blondes amatrices de chats. Je voulais que le lecteur puisse dès le début du livre s’identifier au personnage, à travers une question simple : est-ce que je réagirais comme elle ? »

Bon, une chose est sûre : si un tueur est en activité près de chez vous et qu’on vous a prédit une mort violente, vous risquez fort de vous faire du souci ce jour en question. Et c’est bien sûr exactement ce qui arrive à cette jeune femme banale et sans histoire, dès son réveil ce 28 octobre. Avec sans doute la sensation de se lever d’un pied gauche bientôt dans la tombe. Commence dès lors une sorte de course contre la montre où chaque minute passée jusqu’à minuit est à la fois gagnée, et peut-être l’une des dernières à vivre. « J’aimais bien cette idée binaire : soit elle va survivre, soit elle va mourir. Et à côté de ça il y a une paranoïa qui monte en elle, peut-être à raison. J’ai une passion pour la psychologie des gens, pour la complexité du cerveau, et avec ce livre j’explore des questions assez fondamentales de l’existence. Le journalisme m’a appris à m’intéresser plus aux personnes qu’aux faits, et cette leçon je la mets en pratique dans l’écriture. »

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Première personne du serial killer

Si les deux personnages principaux de ce récit restent Charlotte et son compagnon – qui sont d’ailleurs les deux premiers imaginés par Jacques Expert –, un autre a fait pas mal parler de lui ce soir-là : celui du serial killer, pour la simple et bonne raison que c’est le seul à parler à la première personne. Car si dans ce livre on entre dans un cerveau, c’est bien dans le sien, et pas dans celui de Charlotte : « C’était intéressant pour moi d’écrire ce personnage à la première personne. Il est cynique, intelligent, parfois drôle, et presque plus sympathique que Charlotte finalement. Je me suis éclaté à développer ses processus psychologiques, à trouver les conseils qu’il donne pour devenir un bon tueur. »

Et l’auteur d’expliquer qu’il trouve en effet certains tueurs en série assez fascinants : « Comment on peut tuer autant de personnes ? Etre aussi froid ? En fait ce sont des personnes souvent paradoxales : parfois drôles, aimants, sympathiques, et totalement intégrés dans la société. Pour moi ça révèle des aspects très profonds de la nature humaine. On est au fond tous un peu gris, personne n’est totalement pur ou impur, blanc ou noir. Chacun a une part de monstre en lui. »

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Cercle polar

Pour étayer cette vision somme toute pessimiste (mais néanmoins réaliste) de l’humanité, l’auteur nous raconte quelques-uns des reportages qui l’ont le plus marqué, et l’ont confronté à la violence sans qu’il comprenne parfois pourquoi. Comme lors de ce barbecue en Yougoslavie dans les années 1990, où tout le monde buvait, discutait, riait et dansait ensemble, dans la joie et l’allégresse. Lorsque Jacques Expert repasse par ce village huit jours plus tard et apprend que les Serbes avaient massacré la moitié des Croates présents, il n’en revient pas. Voilà sans doute une expérience qui modifie votre sens des réalités et la perception de vos « semblables » à tout jamais. Même chose en Colombie, quand il voit de ses yeux des familles découper leurs enfants à la scie pour les sortir de la boue…

« Je suis assez habitué à la violence, j’y ai été confronté tôt. Je le vis très bien. Ces souvenirs m’ont construit, m’ont enlevé des illusions sur la nature humaine. C’est sans doute pour ça d’ailleurs que j’écris des romans psychologiques et pas du polar gore. Et si j’écris surtout du polar et pas autre chose, c’est aussi parce que j’en ai toujours lu, et particulièrement des auteurs américains (mais pas seulement bien sûr). Encore aujourd’hui, sur 10 livres je vais lire 7 polars. Pour moi un auteur comme Georges Simenon a réussi à sonder la nature humaine de manière exceptionnelle, surtout dans ses romans non-Maigret. »

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Jacques Expert aime donc écrire des romans noirs, très noirs, et se montre parfois assez cruel avec ses personnages. A l’image de cette Charlotte, une « fille d’à côté » à qui il fait décidément passer une sale journée, et qui a visiblement plus souvent agacé certains lecteurs que provoqué de l’empathie. Mais au fait, « Pourquoi cette date du 28 octobre ? » demande un Babelionaute ayant entamé la lecture du roman le matin même. Et Pierre et Jacques de rire, avant que ce dernier réponde : « La date est fondamentale, il faut le lire jusqu’au bout pour comprendre. » Pas de spoiler donc ce soir-là, mais une envie latente pour ceux qui n’avaient pas encore pu terminer le livre d’avancer dans celui-ci, voire de le dévorer en rentrant chez eux.

Avant ça, ils ont pu profiter de la présence d’un auteur disponible pour discuter avec lui pendant de longues minutes, autour d’un verre. Le chat refait alors son apparition dans la salle du Delaville Café, alors que la dernière lectrice aux cheveux blonds rentre chez elle. On attend encore de ses nouvelles.

Pour en savoir plus, Jacques Expert nous présente son livre à travers 5 mots en vidéo :

Découvrez Le Jour de ma mort de Jacques Expert, paru aux éditions Sonatine.