Prix Milady 2018 : les lectrices à l’honneur

Comme vous le savez certainement, les femmes lisent nettement plus que les hommes – 7 lecteurs de romans sur 10 sont des lectrices, selon une étude récente du Centre national du livre. Problème : elles restent aujourd’hui sous-représentées dans les jurys de prix littéraires, notamment les plus prestigieux. C’est d’ailleurs ce constat qui a poussé les prix Femina et Elle à réunir des jurys exclusivement féminins pour désigner leurs lauréats.

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Du côté des éditeurs, Milady organise depuis 2014 son prix des Lectrices, donnant la possibilité à des non-professionnelles de prendre la parole et donner leur voix au roman qu’elles ont préféré, parmi une sélection de 10 titres parus chez l’éditeur, écrits par des femmes et déjà plébiscités. En 2017, Phaedra Patrick recevait des mains de son éditrice française Isabelle Varange, le fameux trophée pour son livre Les Fabuleuses Tribulations d’Arthur Pepper, l’histoire d’un veuf qui va sortir de sa vie bien rangée pour enquêter sur sa femme décédée, et la redécouvrir. 

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Ce mardi 12 juin, une partie de l’équipe de Babelio était donc rue d’Hauteville, Paris 10e, pour découvrir dans les bureaux de Milady le nom de la lauréate 2018, et donner la primeur de l’information aux abonnés Instagram. Si vous suivez le compte Babelio sur ce réseau social, vous savez donc déjà que c’est Cecelia Ahern qui est repartie cette année avec le trophée transparent, pour Les Jours meilleurs ! L’histoire de Kitty – journaliste people en pleine détresse professionnelle, qui va se confronter au mystère d’une liste de 100 noms donnée avant sa mort par Constance, son mentor – a visiblement plu aux nombreuses votantes (plus de 5 000 !), et devancé sur le podium La Petite Librairie des cœurs brisés d’Annie Darling (2e) et Pourvu que la nuit s’achève de Nadia Hashimi (3e).

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, le nom de l’auteur ne vous est peut-être pas pour autant inconnu. Cecelia Ahern a également écrit en 2004 un best-seller international, adapté au cinéma : P.S. : I Love You. Et contrairement à ses personnages – souvent antipathiques au début de l’histoire, et que l’on apprend à aimer au fil des pages – l’auteur se montre très disponible, drôle et sympathique avec les lecteurs et blogueurs présents, posant pour de nombreuses photos et dédicaçant ses livres.

L’occasion aussi pour ses fans de discuter avec elle longuement autour d’un cocktail au nom des titres primés les années précédentes (plutôt « Jamais deux sans toi » ou « La Perle et la Coquille » ?), ou d’un verre de champagne. Avant de goûter l’an prochain au cocktail « Les Jours meilleurs », donc.

 

Découvrez le livre Les Jours meilleurs :

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« À force de traquer le scoop et de dévoiler la vie privée des gens dans les colonnes de la presse à scandale, Kitty est dans l’impasse. Sa carrière de journaliste piétine, et ses frasques lui valent une réputation désastreuse. Tout s’effondre quand elle apprend que Constance, la femme qui lui a tout appris, vit ses derniers instants. Elle se rend à son chevet et lui demande quelle histoire elle a toujours rêvé d’écrire. Mais la réponse arrive trop tard, sous la forme d’une liste de cent noms, sans aucune explication. Bien décidée à percer le mystère, Kitty tente de comprendre ce qui relie entre eux ces inconnus. En allant à leur rencontre, elle va découvrir des aspects pour le moins inattendus de la vie de Constance et peut-être même trouver un sens à la sienne. »

Jeunesse éternelle, ou quand Frédéric Rébéna adapte Françoise Sagan en BD

En 1954, Françoise Sagan crée le scandale avec son premier roman Bonjour Tristesse, alors qu’elle n’a que 18 ans. Tandis que François Mauriac la décrit comme un « charmant petit monstre », formule restée célèbre, certains critiques fustigent les actions et comportements des personnages, notamment Cécile, qui « consomme » un garçon avant de rompre, à l’image de l’attitude de son père, Raymond, avec les femmes qu’il fréquente. Or dans les années 1950, représenter une telle relation allait à l’encontre du schéma classique, invitant les amants à se fiancer, à se marier et avoir des enfants en cas de rapport charnel.

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Mai 2018. Bonjour Tristesse est enfin adapté en bande dessinée, comme une évidence. Frédéric Rébéna est au stylo et au crayon, et Rue de Sèvres édite la BD. A cette occasion, 30 Babelionautes ont pu rencontrer l’auteur-dessinateur le vendredi 25 mai, ainsi que le fils de Françoise Sagan, Denis Westhoff, exécuteur testamentaire de son œuvre.

L’amour impossible

L’un des thèmes majeurs du roman, et donc de cette adaptation, c’est la difficulté des personnages à sortir de leur isolement, de leur solitude, et de s’ouvrir aux sentiments, notamment à l’amour. « C’est un roman sur l’impossibilité de l’amour, explique Frédéric Rébéna. Le père a une attitude très consumériste avec les femmes, et orientée sur le sexe. La fille est dans des contorsions d’adolescente, et a pour seul exemple ce père et ses nombreuses et brèves conquêtes. Finalement, elle adopte vite son attitude… » Et, plus loin encore dans la tristesse, « le seul personnage amoureux, c’est Anne, l’amie de la femme décédée, et une relation un temps heureuse qui va déboucher sur le drame, et lui donner un statut de victime. »

Sagan : hier, aujourd’hui, demain

Dès le début de la rencontre, les lecteurs n’ont pas hésité à poser des questions pour avoir un éclairage sur certains aspects, autant du roman que de la bande dessinée. Et notamment pour savoir si le livre, initialement paru chez Julliard, rencontre toujours un public aujourd’hui – à défaut de choquer la morale contemporaine. « Oui, ça se vend de manière encore très régulière, et à toutes les classes d’âges, précise Denis Westhoff. Le livre est d’ailleurs étudié dans les écoles en Chine, au Japon… j’ai même eu une demande venant d’Iran récemment. »

Frédéric Rébéna a, de son côté, choisi de garder une esthétique faisant largement référence aux années 1950, « pour garder la filiation avec le livre », mais de vieillir un peu les personnages : « En 2018, à 50 ans on est encore jeune. Ca me paraissait utile pour ancrer le récit dans le temps présent. » Et pour bâtir graphiquement la fameuse villa, il avoue avoir « compulsé beaucoup de livres. J’ai recensé des lieux, étudié l’architecture de l’époque, et malgré les jalons visuels codifiés années 1950, je voulais garder quelque chose d’universel et d’intemporel. Vous n’y trouverez pas de date (sauf une mention discrète à la toute fin), j’aimais bien cette idée de temporalité flottante. »

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Un dessinateur en quête de personnages

En plus de ses talents de dessinateur, Frédéric Rébéna a cette fois dû s’adonner à l’écriture. « Je n’imaginais pas travailler avec quelqu’un d’autre là-dessus, je voulais faire cette adaptation seul, puisque c’était possible. Avant même de dessiner, j’ai passé beaucoup de temps à écrire, ce qui était très nouveau pour moi. C’est une phase exigeante, un plaisir et une douleur, qui m’a pris deux tiers du temps de réalisation de cette bande dessinée. »

Et visiblement, voilà une œuvre qui lui tenait très à cœur, d’où le soin apporté à ce travail : « C’est un livre que j’associais à mes parents, coincé entre les mémoires de De Gaulle et de Pompidou. Un petit livre isolé dans cette bibliothèque, entre deux figures autoritaires, un livre forcément magnétique pour moi. A 15 ans, je n’ai pas bien compris ce qui m’était raconté. Ma deuxième lecture a été complètement différente. A 50 ans j’ai une lecture plus analytique, plus intelligente sans doute. Je l’ai relu dans de nombreuses éditions, des plus simples aux plus luxueuses, et celle que je préfère est une édition pour lycéens que j’ai bien malmenée à force de l’utiliser. »

D’ailleurs, à force de le lire, l’auteur-dessinateur semble avoir développé une affection particulière pour Cécile : « C’est un livre sur la solitude d’une ado qui rentre dans l’âge adulte. Quitter l’âge d’enfant est une douleur pour elle. Dans la BD elle ressemble énormément à Jean Seberg, qui avait été choisie pour l’adaptation hollywoodienne d’Otto Preminger en 1958. C’est pour moi la meilleure incarnation. » Quand une lectrice très observatrice lui fait remarquer que ses personnages ne sourient jamais, il répond : « On me fait le reproche dans la vie aussi, et je n’arrive pas à traduire le sourire en dessin. Je suis moi-même triste, mélancolique, associé à quelque chose de pas drôle. Mais c’est surtout un problème plus global de représentation. »

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Quand on lui demande comment il a abordé ce travail, Frédéric Rébéna a une métaphore toute personnelle : « On m’a confié les clés d’une maison, je l’ai investie en locataire, j’ai respecté le lieu, le bail, en m’autorisant quand même quelques aménagements. Au début je suis entré dans des transes d’inquiétude, en me disant que c’était impossible de l’adapter. Une fois à l’aise entre ces meubles, c’était très agréable. » Ce à quoi Denis Westhoff réagit par un « pas de dégradation » rassurant.

Ce qui implique parfois des « choix assez autoritaires, nécessaires pour la dynamique du récit » selon le dessinateur, comme de garder ce qui est représentable par le dessin, et donc d’enlever une séquence. Une modification assez importante aussi du côté de la chronologie du récit, qui voit l’issue tragique du roman représentée dans les premières planches de la bande dessinée : « Ce choix a été dicté par des obligations de dramatisation, et pour se repérer dans le récit. Techniquement, c’était la meilleure des introductions pour évoluer en tant que lecteur dans cette histoire. »

Par contre du côté du texte, « garder celui-ci mot pour mot était pour moi une question de respect ». Ce que ne contredit pas le fils de Françoise Sagan, qui a d’ailleurs lancé un prix littéraire en 2010 portant le nom de sa mère, et récompensant des auteurs passés généralement sous les radars de la critique.

Et les Babelionautes enthousiastes et ravis, de repartir avec une dédicace chacun, patiemment exécutées par l’auteur de la bande dessinée. Alors finalement, bonsoir gaieté !

Découvrez plus en profondeur l’adaptation de Bonjour Trsitesse en bande dessinée, à travers cette vidéo « Les 5 mots de Frédéric Rébéna » :

A la rencontre des membres de Babelio (25)

Avec plus de 600 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Et en ce mois de mai 2018, le voyage est à l’honneur sur Babelio, à l’occasion du festival Etonnants Voyageurs qui se tiendra à Saint-Malo du 19 au 21 mai. Nous avons cette fois choisi de donner la parole à l’un de ses nombreux voyageurs immobiles, qui n’ont pas l’occasion d’explorer le monde autant qu’ils le voudraient, et qui s’évadent à l’année en lisant.

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Rencontre avec le_Bison, inscrit depuis le 27 janvier 2012.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

Si je dis « je ne sais plus »… c’est que j’ai l’impression de l’avoir toujours connu. Non, je crois que si je rassemble mes souvenirs, j’ai dû lire sur un blog que l’on pouvait avoir des livres gratuits, j’ai compris qu’il s’agissait des opérations Masse Critique. Non, l’intérêt principal fut d’avoir facilement une bibliothèque en ligne, consultable n’importe où, du moment que le réseau fonctionne… Et se prendre par la suite au jeu de lire les critiques des autres, d’ajouter des livres à son pense-bête, des critiques et des tas de citations pour guider ou faire réagir le lecteur ou la lectrice…

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Il doit y avoir un peu de tout… Mais en règle générale, essentiellement de la littérature moderne. Peu de classiques, cependant… j’ai du mal à me passionner pour les vieux écrits bien que je ne leur porte aucun préjugé. Mais je suis dans le contemporain. Beaucoup de littérature japonaise, américaine et sud-américaine. Un peu de polar, de temps en temps. Seuls absents, les essais et la science-fiction dont je suis totalement ignare – malheureusement – dans ce domaine.  Autre oublié, les romans historiques. Mais de toujours, j’ai préféré la géographie à l’histoire, alors cela se ressent forcément dans mes lectures.

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Vous lisez beaucoup de récits de voyage et de littérature du monde. Comment y êtes-vous venu ? Qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

Pour moi, la littérature est synonyme de voyage. Je lis pour voyager. Et plus je lis, plus je voyage. C’est moins cher qu’un billet d’avion, même si le dépaysement est un peu moindre. C’est surtout cela que je recherche, m’imaginer dans un autre monde, une lointaine contrée, seul ou accompagné, avec un verre de la boisson du cru. Lire c’est voir le monde, et ainsi découvrir des gens, des cultures, des paysages. Lire, c’est partir en vacances juste en tournant des pages.

Si tu me parles de récits de voyage, je te refais aussitôt la route de la soie avec la longue marche de Bernard Ollivier. Sa trilogie représente tout ce que j’aimerais être. Quelqu’un qui voyage et qui part à la rencontre des autres. Je sais que cela ne sera jamais le cas. Alors, je garde en mémoire ses rencontres.

Quelle contrée littéraire n’avez-vous pas explorée jusque-là ? Un pays, une région du monde, une culture que vous aimeriez découvrir à travers l’écrit ?

camaraJe crois que je ne suis jamais allé au Luxembourg. Mais d’ailleurs, est-ce qu’il a des auteurs luxembourgeois qui conjuguent autant avec les livres de comptes qu’avec les livres de littérature ? J’aime beaucoup l’Afrique. Énormément, même. Mais je ne connais pas trop ses auteurs, ses contes, ses récits qui doivent mêler musique et sueur, sourire et noirceur. L’Afrique noire, je dois m’y pencher plus, et Babelio aura certainement des choix littéraires à me proposer. J’ai en souvenir un fabuleux roman de l’Ivoirien Camara Nangala, Le Printemps de la liberté. Voilà exactement ce que je peux chercher dans la littérature africaine, avec aussi la truculence et le soleil d’un Alain Mabanckou.


Que lisez-vous, quand vous voyagez ?

Je voyage tous les jours sur la ligne 13. A travers les livres, les odeurs de transpiration, les aérations des quais de métro parfumés à l’urine. C’est tout un monde souterrain qui s’ouvre lorsque je sors mon livre, et là mon esprit s’envole de la rame de métro. Je m’évade de ces vapeurs pour découvrir de nouveaux parfums, d’aventure, d’amour et de passion, ou de frisson.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Le Bison et PaulJ ‘étais sur un quai de bateau, faire mon quart, minuit-4h, heures solitaires dans ma guérite, un pompon rouge sur la tête, je faisais mon service militaire et lorsque je descendais du bateau pour prendre mon service le long du quai, j’avais emporté dans ma poche mon premier Actes Sud Babel. Un livre que j’avais choisi presqu’au hasard la veille. Et là, ce fut le choc. C’est à partir de ce roman que je suis devenu un véritable lecteur, qui maintenant ne sort jamais sans son livre. Ce fut aussi le début d’une immense passion pour cet auteur, et pour la littérature américaine. Depuis, j’ai dû tout lire ou presque. Je l’ai relu. J’en relirai d’autres aussi. Mais sans ce roman, sans cet auteur, il n’y aurait probablement jamais eu de bison ici. Certains diront, dommage, l’on aurait pu s’en passer…

Voilà, c’était ma grande découverte. Paul Auster, la Trilogie new-yorkaise.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Avec le temps, difficile de dire si j’ai découvert un auteur par hasard ou par Babelio. Quoique, c’est au final un peu pareil, juste le destin d’une rencontre entre un auteur et un lecteur. Peu importe les intermédiaires. En y réfléchissant, je me souviens de quelques sublimes Masse Critique reçues. Et parmi celles-ci, il y a eu Tous les diamants du ciel de Claro. Depuis, je suis à la recherche de tout, ses romans et ses traductions aussi qui tournent souvent autour de la littérature américaine déjantée que j’apprécie éternellement. Comme quoi les diamants sont éternels. Tiens, « Lucy in th sky » passe à la radio…

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

J’ai tellement de livres en attente que j’ai arrêté de relire les anciens, même si je me les garde pour les vieux jours. Cependant, je ne vais pas t’en citer un mais trois. Trois, parce que de mémoire, je les ai lus chacun trois fois.

On peut donc dire que ces trois livres-là ont une histoire particulière avec le bison-lecteur. Et une saveur de nostalgie, de mélancolie et de bonheur quand je me les remémore en tête.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Il y en a un auquel j’ai toujours eu peur de m’atteler. Cette peur de la déception. J’ai toujours pensé que ce roman devait faire partie de moi, mais j’ai toujours cette crainte de ne pas l’apprécier à sa juste valeur. Peut-être qu’un jour, j’oserai franchir ce pas, en ouvrant ce livre. Peut-être qu’un jour, je me dirai que j’ai été trop con d’avoir tant attendu avant d’oser plonger dans ce chef-d’œuvre. Peut-être… mais en attendant, aujourd’hui, celui que j’ai honte d’avouer de n’avoir pas lu, c’est Sur la route de Jack Kerouac.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

A partir de combien de lecteurs, peut-on qualifier la perle de méconnue ? Et comme je ne suis pas avare en découvertes, je vais mettre à l’honneur deux romans dans mes domaines de prédilections, la littérature américaine et la littérature japonaise.

William T. Vollmann, La Famille royale, 125 lecteurs sur Babelio, mais seulement 3 critiques, dont la plus célèbre, celle d’un tout jeune bison à l’époque. L’histoire d’un privé neurasthénique à la recherche de la glorieuse « reine des putes ». Plus qu’une histoire policière, c’est une descente dans les rues de San Francisco, au plus profond du cœur de ville, de ses taudis et de ses caniveaux. On ne peut pas tomber plus bas… Mais quelle plume ! La nouvelle bible de San Francisco. Indispensable !

Ayako Miura, Au col du mont Shiokari, 51 lecteurs sur Babelio.  Seul roman de l’auteure japonaise traduit. Sans trop en dire, il est question de spiritualité et de foi chrétienne sur les terres nippones. Un roman qui amène des réflexions sur sa propre foi et sur la spiritualité en général. L’abandon de soi, avec un livre et un verre, il ne devrait y avoir que ça pour définir l’âme humaine.

Tablette, liseuse ou papier ?

J’ai essayé de lire sur une tablette, deux ou trois romans, mais j’ai eu quand même du mal pour m’accrocher à l’histoire. J’ai besoin de tourner les pages. J’ai besoin de sentir le papier, de respirer l’encre ou l’odeur de cigarette de ces vieux livres jaunis que l’on trouve parfois chez les bouquinistes. Et j’aime tant me balader au milieu des étals de livres, ce que le format dématérialisé ne peut me proposer.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

L’été, deux arbres, un hamac. Une petite brise pour me bercer, quelques bruits d’oiseaux – chut, ils sont quand même dérangeants ces oiseaux –, une bière à mes pieds, et un livre. Je me balance, tourne les pages. C’est un peu le paradis. Mais attention à l’endormissement. Pas grave, je lirai mieux cette nuit.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Ma préférée, que je conserve au fond de moi comme un fétichiste garde les petites culottes de ses « victimes », est signée Charles Bukowski :

« Qu’il me pique ma femme si ça lui chante, mais pas touche à mon whisky ! »

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

J’ai toujours trois ou quatre choix qui me viennent spontanément à l’esprit. Le choix définitif se fera au dernier moment. Mais, pour raison professionnelle, je vais pas mal prendre le train ce mois-ci, cela me semble le moment idéal d’attaquer le pavé de 1016 pages du dernier Paul Auster, 4 3 2 1.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Je n’aime pas les critiques un peu trop classiques ou scolaires. Je n’ai même pas envie de lire les résumés. Ce que je cherche avant tout dans une critique, c’est l’âme de celui qui a écrit cette critique – d’ailleurs, je parle plus volontiers de chroniques parce que peu importe si le membre de Babelio critique ou pas le roman j’ai envie juste qu’il y mette sa sueur, son sang, son sperme pourquoi pas. Qu’il me fasse vivre à travers son petit billet. Et si je vis, j’ai envie de découvrir le roman en question.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

les hommesMa plus grande fierté peut-être depuis que je suis membre. Un jour, dans une petite boutique d’occasion, je tombe sur un livre, auteur pas connu, un titre bien étrange et je me dis « pourquoi pas ». Et là, ce fut un moment sublime, magique, une plume d’un onirisme rêveur. C’est dire… Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Je me dois de lui écrire un petit billet, sachant que je ne serai jamais à la hauteur de l’auteur. 5 étoiles, c’est le minimum, mais avec mes mots j’essaie d’en ajouter encore plus.

Et puis, après, une membre l’a lu suite à ma chronique. Elle a aussi très bien aimé. Ouf, je ne me suis pas trompé. Puis une deuxième membre. Idem. Et encore une troisième. Je le savais. Ce roman est magnifique. Et me dire que j’ai pu modestement contribuer à promouvoir cette plume – je crois que pour le moment c’est toujours son seul roman traduit –, ça me  donne des frétillements dans les tripes. Parce que ce livre a du cœur, de l’âme et de la poésie.

Pour ceux que cela intéresse, il s’agit de Les hommes n’appartiennent pas au ciel de Nuno Camarneiro. Ma plus belle fierté en tant que chroniqueur sur Babelio.

Merci au Bison pour ses réponses !

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A la rencontre des membres de Babelio (24)

Avec près de 585 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Comme vous le savez sûrement, le festival Quais du polar se déroulera du 6 au 8 avril, alors Babelio a décidé de se mettre au diapason, et de décréter le mois d’avril, mois du polar ! Voici donc le portrait livresque d’un Babelionaute expert en polar.

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Rencontre avec encoredunoir, inscrit depuis le 6 septembre 2011.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

À vrai dire, je ne m’en souviens pas vraiment. Certainement en cherchant des critiques sur Internet, tout simplement. Et puis j’ai trouvé que c’était un bon moyen de partager les chroniques que j’écrivais pour mon blog, d’échanger avec d’autres lecteurs et de découvrir de nouveaux auteurs.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

 Ma bibliothèque, sans surprise, est très fournie en polars – notamment des romans noirs – mais aussi en westerns, un peu en fantastique et science-fiction. Il y a aussi pas mal de classiques, beaucoup de bandes dessinées et un grand nombre d’essais historiques. L’histoire, c’est mon autre grande passion et mon métier.

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Vous lisez beaucoup de roman policier, polar, roman noir. Comment y êtes-vous venu ? Qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

Je ne sais pas exactement comment je suis venu au polar. Je crois que c’est une littérature populaire très attrayante, tout simplement. J’ai certainement commencé par des livres des bibliothèques rose et verte, Club des cinq, Fantômette, Alice détective, Les Six Compagnons… j’avais une voisine un peu plus âgée que moi qui en possédait des tonnes et je lui en empruntais régulièrement. En grandissant, j’ai continué à m’intéresser à ce genre. Je garde un souvenir particulier de la lecture des Histoires extraordinaires, d’Edgar Allan Poe, quand j’étais au collège, de divers recueils de nouvelles de Guy de Maupassant – c’est de la vraie littérature noire, Maupassant – et aussi de la découverte, sur les conseils de mon professeur de français de seconde, de Fantasia chez les ploucs, de Charles Williams. J’avais à ce moment-là déjà commencé à me passionner pour le noir après une lecture très marquante, mais je la réserve pour la question suivante.

Ensuite, j’ai commencé à lire aussi Donald Westlake, que j’adore. Comme je suis un tantinet obsessionnel, après avoir lu un premier roman de Westlake – Histoire d’os, en l’occurrence – il a fallu que je trouve TOUS les romans de Westlake, y compris ceux écrits sous ses divers pseudonymes – notamment ceux signés Richard Stark – et qui étaient devenus assez difficiles à trouver chez les bouquinistes que j’ai écumés pendant des années. Comme la plupart des romans de Westlake étaient édités chez Rivages et à la Série Noire, j’ai, de fil en aiguille, commencé à éplucher les catalogues de ces deux maisons et tout un monde s’est ouvert à moi : Elmore Leonard, Jim Thompson, James Lee Burke, James Crumley, Kem Nunn, Allan C. Weisbecker, Tim Dorsey, Harry Crews

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Donald Westlake

Le polar c’est aussi ça, cette énorme variété de livres et de genres. On y trouve des histoires très sombres, des choses très feutrées, d’autres bourrées d’humour… des tas de façons de parler du monde dans lequel on vit et de son histoire. Bon… il y a aussi une grosse production et tout un tas de livres très mauvais, hein… C’est même certainement la majorité de ce qui est édité aujourd’hui, au gré des modes. Après Thomas Harris, il y a eu la grande mode du thriller avec serial killer qui n’en finit pas de s’autoparodier, utilisant toujours les mêmes ressorts, se complaisant dans la violence gratuite et les scènes insoutenables pour abreuver un lectorat devenu accro aux histoires de psychopathes qui dépècent des femmes en violant des chiots labradors. Et puis après Millénium, la grande mode du polar scandinave qui a permis à un certain nombre d’auteurs médiocres d’être surévalués… aujourd’hui c’est au tour du « rural noir », nouveau label pour tout et n’importe quoi du moment qu’il y a deux ploucs attardés et trois arbres. Au milieu de tout ça, il faut se frayer un chemin et trouver les perles qui se cachent dans le fumier d’Ennius (je dis ça pour montrer que j’ai une culture classique, ça impressionne toujours) : les Daniel Woodrell, Ron Rash ou Gabriel Tallent

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Si on exclut la découverte fondamentale des aventures de Jojo Lapin au début de l’école primaire, c’est incontestablement L.A. Confidential, de James Ellroy. Je l’avais emprunté à la bibliothèque de mon village parce que j’avais bien aimé la couverture. J’étais en troisième. Je me suis lancé dans la lecture du bouquin et il y a des tas de choses que je ne suis pas arrivé à comprendre sur le moment, mais je me souviens très bien de la sensation profonde que j’ai eu à ce moment-là de lire quelque chose d’exceptionnel, de totalement différent de tout ce que je connaissais. Je l’ai relu un ou deux ans plus tard et j’ai enchaîné avec le reste du Quatuor de Los Angeles et tous les autres romans d’Ellroy.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Je pense que c’est La Peur des bêtes, d’Enrique Serna. Un roman noir mexicain extrêmement âpre mais aussi bourré d’humour. C’est Pecosa, qui m’avait donné envie de le lire. Je vous signale au passage que si vous avez besoin d’interviewer une lectrice sur la littérature hispanophone, vous pouvez vous adresser à elle.

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Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

J’ai relu certains livres un grand nombre de fois, mais je crois que celui que j’ai le plus lu est Florida Roadkill, de Tim Dorsey. C’est une histoire complètement folle de poursuite en Floride. Les personnages sont tous plus dingues les uns que les autres. Je ne m’en lasse pas.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je ne connais pas la honte en termes de lecture. Que ce soit pour les livres que je lis (je peux par exemple dire sans rougir que j’adore lire des romans de Lee Child ou Jonathan Kellerman) ou pour ceux que je n’ai pas lus. Mais il faut vraiment que je lise William Faulkner. Tout le monde me dit que c’est génial. Et puis comme un éditeur sur deux, dès qu’il publie un auteur américain, le qualifie de « nouveau Faulkner », il faudrait que je voie à quoi ça peut ressembler, quand même. J’ai déjà acheté les livres. Je n’ai plus qu’à prendre le temps de les lire.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésiter, Triggerfish Twist de Tim Dorsey. Si ce n’est pas celui que j’ai le plus relu, c’est juste parce qu’il est sorti plusieurs années après Florida Roadkill. Dorsey met en scène un personnage récurrent, Serge Storms, qui est un psychopathe schizophrène paranoïaque qui refuse de prendre ses médicaments et qui écume la Floride avec ses amis drogués jusqu’aux yeux. Au passage il zigouille tout un tas de personnes… mais comme il ne tue que des gens détestables, on y prend un réel plaisir. Et puis il le fait avec une véritable capacité d’invention. Il se renouvelle sans cesse. Dans Triggerfish Twist, un promoteur lui a loué une maison en se disant que ça ferait fuir les voisins et qu’il pourrait ainsi racheter leurs maisons à bas prix pour y construire un complexe de luxe. Mais Serge décide de prendre sous son aile un brave père de famille qui vient de s’installer là. Tout cela donne lieu à tout un tas de quiproquos, de rencontres improbables, et c’est extrêmement rythmé jusqu’à l’explosion finale.

Tablette, liseuse ou papier ?

Je n’ai ni tablette ni liseuse. Je n’ai a priori rien contre. Mais comme je n’ai rien pour non plus, je m’en tiens au papier. C’est confortable.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Ça dépend totalement des circonstances. J’aime lire en général, où que je sois. En ce moment j’aime vraiment bien lire dans le train, mais pour peu qu’il fasse beau la semaine prochaine ça sera peut-être dans mon jardin. Sinon, dans ma bibliothèque.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« All things in moderation… including moderation itself. » C’est de Serge Storms, le héros de Tim Dorsey (je vous ai dit que j’étais un peu obsessionnel ?).

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Ça sera Les Ombres de Montelupo, de Valerio Varesi, aux éditions Agullo. Le choix a été assez rapide : ça vient de sortir et je l’attendais depuis un moment. Les éditions Agullo, qui ont tout juste deux ans, ont commencé à publier Varesi dès leurs débuts, avec Le Fleuve des brumes. Ce qui est marrant, c’est que Varesi a un grand succès en Italie, mais qu’aucun éditeur n’a réussi à publier l’intégralité de sa série consacrée au commissaire Soneri ailleurs en Europe. J’espère qu’Agullo fera exception. Les romans de Varesi sont vraiment originaux. Ce sont des romans d’ambiance qui se situent dans le nord de l’Italie et qui ont – pour ce que j’en ai lu en tout cas jusqu’à présent – souvent une trame historique en arrière-plan, de la Seconde Guerre mondiale aux années de plomb. À travers Soneri, Varesi parle de l’histoire contemporaine de son pays ; une histoire qui a encore du mal à passer, que l’Italie n’a pas complètement digérée, et qui suscite encore haines et frustrations. Derrière l’enquête de Soneri, il y a donc cette analyse très fine de la société italienne et de son évolution, et Varesi le fait de manière très émouvante car tout est toujours lié, à un moment ou un autre, à la propre histoire de Soneri.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une bonne critique, sur Babelio ou ailleurs, c’est une critique qui évite le résumé fastidieux du livre et qui dit ce que le lecteur a réellement pensé du livre en argumentant. C’est éviter les laconiques « C’est un coup de cœur ! », ou « J’ai vraiment adoré » voire le plus rare « J’ai détesté », mais expliquer pourquoi on a aimé ou pas. Bref, c’est prendre le temps de dire les choses. Sans pour autant que ça soit aussi long que le roman, tout de même.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je suis depuis quelques années un auteur niçois. C’est un écrivain vraiment très curieux, avec une approche très particulière de l’orthographe, de la syntaxe et de la ponctuation. Il a à sa manière érigé la médiocrité au rang d’art. Et j’aime aller sur Babelio voir les chroniques dithyrambiques qu’il écrit sous divers pseudonymes à propos de ses propres romans.

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Du 6 au 8 avril 2018 se tient le festival Quais du polar à Lyon. Y avez-vous déjà participé ? Y a-t-il d’autres salons littéraires, ayant trait au polar ou non, que vous appréciez particulièrement ?

Oui, j’ai déjà participé à Quais du Polar. J’y vais tous les ans, en fait. C’est une manifestation impressionnante par son ampleur, c’est l’occasion de rencontrer des auteurs exceptionnels au milieu d’un plateau très éclectique et aussi celle de retrouver des amis. D’autres festivals, bien moins exubérants, certes, méritent aussi le détour. Je pense en particulier à Toulouse Polars du Sud, au Festival International du Roman Noir de Frontignan, à Un Aller-Retour dans le Noir, à Pau, au festival Le Polar se met au vert de Vieux Boucau et à mon préféré, Du Rouge au Noir, à Lunel, qui allie roman noir et vin dans une ambiance extrêmement détendue grâce au travail de Delphine, de la librairie AB, et à toute une équipe de bénévoles formidables. Je trouve d’ailleurs qu’on ne parle pas assez des bénévoles qui font tourner tous ces salons. Sans eux, il n’y aurait pas grand-chose. Il faut une bonne dose de passion pour organiser ce genre de manifestation.

Merci à encoredunoir pour ses réponses !

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Aurélie Valognes : motif familial

Quoi de mieux qu’une maison de famille en plein Paris, au bord du canal de l’Ourcq, pour rencontrer Aurélie Valognes un soir de mars ensoleillé ? C’est donc au Pavillon des canaux que 30 chanceux lecteurs invités par les éditions Mazarine et Babelio ont pu passer un moment plein d’émotions avec l’auteur de Minute, papillon !, En voiture, Simone !, et Mémé dans les orties, qui a justement fait de la famille son sujet de prédilection. Une émotion palpable dès les premières minutes de la rencontre, tant le sujet de son dernier livre Au petit bonheur la chance !, publié aux éditions Mazarine, est personnel et sensible.

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Au nom du père

Car l’histoire du petit Jules, 6 ans, qui va être abandonné par sa mère à sa grand-mère, n’est autre que celle du père d’Aurélie Valognes, ce qu’elle nous confie la gorge nouée. « En lisant La Vie devant soi d’Emile Ajar/Romain Gary, j’ai eu comme une révélation : ce livre décrivait pour moi la vie de mon père ! Pour mon quatrième livre, j’avais donc cette histoire en stock, qui me trottait dans la tête depuis un moment. Il a fallu que j’attende avant de l’écrire, et de décrire cette enfance pas facile. Je ne sais plus comment ni quand mon père me l’a racontée, c’est comme si je l’avais toujours sue. Et d’ailleurs, je ne sais plus exactement ce qui est vrai ou des souvenirs inventés dans le livre… Une chose est sûre : j’étais soulagée et satisfaite d’avoir terminé ce texte très personnel. Et ravi qu’il plaise à des lecteurs. Mon père a d’ailleurs adoré ! »

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Duo de choc

Nous voilà donc plongés à la fin des années 1960, dans une France encore dirigée par De Gaulle, puis dans les années 1970. Une époque qu’Aurélie Valognes n’a pas connue, et dont elle se plaît à imaginer les détails. « Pour moi il s’agissait d’explorer mon histoire familiale à travers la fiction, et tous les souvenirs du quotidien, que ce soit une marque de biscottes ou de voiture. Des petits détails qui recréent un cadre, comme le langage que j’utilise, avec des expressions d’époque comme « au petit bonheur la chance ! » justement. Tout ça parle bien sûr à ceux qui l’ont vécue, mais aussi à leurs enfants et petits-enfants. »

« On ne peut pas réécrire le passé, mais on peut écrire des livres. »

 

 

En parlant de petits-enfants, quand mémé Lucette voit débarquer le petit Jules, déposé par sa mère Marie, elle ne comprend pas bien ce qui se passe, et ne s’imagine pas que cet enfant va rester. « Au début Lucette est dure, fermée, mais elle s’ouvre peu à peu, et elle finit par former un duo étonnant avec le petit Jules, qui lui non plus n’a pas demandé ça et regarde le monde avec ses yeux d’enfant. Finalement ils se soutiennent l’un l’autre, apprennent chacun de l’autre, et Lucette ne remplace pas Marie, mais donne l’amour nécessaire à Jules pour grandir, qui finalement aura été heureux. »

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La vie en rose, ou presque

Car c’est bien là l’une des forces des romans d’Aurélie Valognes : l’espoir, et malgré les difficultés, une bonne dose de tendresse et de joie. « J’essaye de toujours voir le verre rempli, de positiver. Quand on est face à une difficulté, il faut se demander ce qu’on peut encore faire, et tenter de trouver le chemin vers son propre bonheur. Rien ne sert de se lamenter indéfiniment ! Alors j’aime rendre hommage à ces héros ordinaires, honorer ceux qui ne reçoivent pas de médaille, mais qui n’en sont pas moins valeureux dans leurs attitudes et actions. Pour moi c’est une joie de passer du temps avec mes personnages, d’entrer en intimité avec eux pour faire passer des émotions, parler au cœur plus qu’à l’intellect. »

Et visiblement, ses lecteurs témoignent de cette réussite, tant ils paraissent touchés par les mots de l’auteur. Des lecteurs qui s’identifient aux personnages, à ce qu’ils traversent, ou reconnaissent en eux des membres de leur famille.

Installée depuis 2014 en Italie, à Milan, avec son mari et ses deux fils, Aurélie Valognes projette de revenir vivre en France prochainement. L’occasion de rencontres plus fréquentes avec ses lecteurs ? En attendant, nous vous proposons une vidéo tournée plus tôt lors de cette soirée, où l’auteur a choisi 5 mots pour parler de ses livres, et notamment de Au petit bonheur la chance !.

Retrouvez Au petit bonheur la chance ! d’Aurélie Valognes, aux éditions Mazarine.

A la rencontre des membres de Babelio (23)

Avec près de 580 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Et puisque le Salon du livre de Paris met en 2018 à l’honneur la Russie, du 16 au 19 mars, voici le portrait livresque de l’une des lectrices-utilisatrices du site, experte en littérature russe.

Nastasia-B

Rencontre avec Nastasia-B, inscrite depuis le 8 mars 2012.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Pour être franche, je ne suis pas une aventurière d’Internet, des réseaux sociaux ni du numérique en général. Cela faisait quelques années que j’écrivais des avis sur Amazon, principalement, au départ, pour garder le souvenir de mes lectures. Pendant plusieurs années, tout allait bien, de plus en plus de gens lisaient mes avis à propos de livres ou de films, m’adressaient des commentaires sympas, intéressants et/ou encourageants. Je me prenais au jeu, j’essayais d’affiner un peu, d’être originale si possible, de pousser toujours plus loin ma réflexion. Puis, après trois ans, il y eut un effet pervers des classements : j’ai atteint une assez incompréhensible 10e place, ce qu’ils appellent dans leur jargon amazonien « le tableau d’honneur des commentateurs » ou quelque chose dans ce genre. Et à partir de là, tout a changé. Si je postais une critique (qui m’avait réclamé du temps et de la réflexion), paf ! dans les 30 secondes chrono, je recevais 10, parfois 20 votes négatifs de commentateurs d’équipement électrique et de mousse à raser, qui n’avaient manifestement pas lu une traître ligne de ce que j’avais écrit mais dont l’objectif était de me passer devant dans ledit classement, dont je doute qu’il puisse revêtir une quelconque signification. Cela n’aurait affecté que ce classement sans queue ni tête, cela m’aurait été bien égal mais évidemment, pour chaque livre que je critiquais, ma contribution se trouvait reléguée bonne dernière et avec très peu de chance d’être lue un jour par des lecteurs intéressés. Déçue par ce sabotage volontaire, j’ai donc arrêté cette activité et effacé toutes mes critiques d’Amazon. C’est un contributeur commun d’Amazon et de Babelio, Finitysend (pour ne pas le citer et pour le remercier au passage amicalement), qui m’a contactée en m’indiquant qu’il trouvait dommage que j’abandonne et qu’il y avait peut-être un site qui répondrait mieux à mes attentes qualitatives : Babelio. J’ai tout de suite trouvé le site génial. Et le jour même, je crois, j’étais addicte ! D’ailleurs méfiez-vous de Babelio, il sera bientôt inscrit sur la liste du ministère des Principes actifs aux propriétés addictives suscitant de la dépendance !

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Beaucoup, beaucoup de classiques de la littérature mondiale dite « blanche » (qu’est-ce que ça veut dire classique ?). Beaucoup de théâtre aussi. Ensuite des essais sociologiques, politiques, historiques divers, des livres scientifiques, de la philosophie, des livres pour enfants, des grands livres d’art et de photographie, tout ça en assez grande quantité. En portion plus congrue des policiers, des BD ou romans graphiques, de la SF, de la poésie, des guides. Enfin, le parent pauvre de ma bibliothèque est assurément la fantasy. Vous n’y trouverez pas (sauf exception) de manga ou de ces trucs en « lit » comme bit-lit, chick-lit, etc.

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Vous lisez beaucoup de littérature russe. Comment y êtes-vous venue ? Qu’aimez-vous particulièrement chez les écrivains russes ?

J’ai grandi dans un monde (les années 1980) où généralement, dans les média, l’U.R.S.S. incarnait l’image de la désolation et du mal absolu. Danger, dictature, missiles, Tchernobyl… Dans tous les films que je pouvais voir, le Russe tenait toujours le rôle du dangereux sanguinaire, détraqué atavique, intéressé uniquement par la domination et par ma mort, et, bien entendu, dépourvu de tout sentiment humain. Heureusement, un gentil Américain courageux et désintéressé venait toujours sauver le monde à la fin. Ouf ! On avait eu chaud ! Dans mes livres d’histoire, même chose, on me farcissait le crâne avec la Seconde Guerre mondiale : ceux qui avaient souffert étaient les Juifs, et ceux qui nous avaient libérés des nazis étaient les Américains. Rien de plus à ajouter. Et les Russes ? Quels Russes ? 20 millions de morts ? Quels 20 millions de morts ? On évoquait vaguement Stalingrad comme une sorte de léger contretemps (à cause du froid) qu’avaient connu les nazis dans leur avancée. Point à la ligne. En somme, la Russie n’avait rien de séduisant : c’était une Sibérie emblizzardée peuplée de fous sanguinaires et esclavagistes.

Finalement, c’est grâce à mes oreilles que ma vision a commencé à changer. Tout d’abord, il y eut la chanson de Sting, « The Russian », qu’avec mon niveau d’anglais de l’époque j’avais mal interprétée et que je croyais beaucoup plus pro-russe qu’elle ne l’est réellement. Mais peu importe, l’huis était fracturé. Il y eu ensuite ma découverte de la musique de Prokofiev, Borodine, Chostakovitch, Tchaïkovski, Moussorgski, Stravinski, etc. Il y avait comme une dissonance : moi je trouvais leurs musiques sublimes, très colorées… or, ils étaient russes, donc, par définition, malsains, bourrus et psychopathes. Et puis les choses en restèrent là un bon moment car pendant très longtemps, je n’ai pratiquement pas lu. Puis, quand je me suis mise à lire (c’était pour mes études), je ne lisais que des articles scientifiques et des essais.

Tolstoi.inddAussi improbable que cela puisse paraître, mon amour pour la littérature russe est né ici, suite à la lecture, au début des années 2000, d’un essai scientifique écrit par un Américain. Il s’agissait du livre de Jared Diamond, De l’inégalité parmi les sociétés. Au chapitre 9, il évoque l’incipit d’Anna Karénine de Léon Tolstoï : « Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. » J’ai adoré cette phrase ; je me suis alors jetée chez mon bouquiniste favori, et j’ai commencé Anna Karénine. Et là, BAM !, la grosse claque ! J’ai vécu un bonheur littéraire comme rarement j’ai revécu par la suite. Il y avait tout : émotion, intelligence, raffinement et surtout, surtout, la très, très grande classe littérairement parlant. J’ai été subjuguée. J’ai enchaîné avec La Guerre et la Paix : fantastique ! Il y avait, de plus, dans ce livre des clefs de compréhension sur la vision que l’on peut avoir l’un de l’autre, Occidentaux et Russes. Du point de vue français, les Russes, assez lâchement, ont brûlé Moscou pour damer le pion àNapoléon. Du point de vue russe, les Français ont brûlé Moscou parce que ce sont des fous sanguinaires, psychopathes, avides de domination et de destruction. (Tiens, ça me rappelle quelque chose !) Et Tolstoï de conclure qu’en fait ce n’est ni l’un ni l’autre : des incendies avaient lieu à l’époque à Moscou quasi quotidiennement (chauffage au bois, fumeurs, maréchaux-ferrants, forgerons, etc.) et que, dès lors que la majorité de la population avait déserté la ville, avec l’occupation française, un incendie se déclencherait nécessairement et comme les habitants ne seraient plus là pour le circonscrire, il se propagerait fatalement à toute la ville. C’était mathématique. En fait, cette anecdote est pour moi comme une sorte d’allégorie du malentendu de point de vue qui préside à la vision qu’on m’a inculquée de la Russie.

Imaginez, si je vous présentais les États-Unis uniquement sous l’angle des agissements de Goldman-Sachs, Pfizer, Guantanamo, du napalm au Viêt-Nam ou de la famille Bush. Si j’oubliais sciemment Martin Luther King, John Steinbeck, Bob Dylan ou William Carlos Williams, qu’en penseriez-vous ? Eh bien c’est malheureusement encore aujourd’hui l’image que véhiculent bon nombre de médias à propos de la Russie. C’est très simpliste, très manichéen : on ne nous parle que de Poutine et de Gazprom. Qu’il y ait des gens vraiment peu recommandables en Russie, je n’en doute absolument pas. Mais peut-on me citer un pays où tel n’est pas le cas ?

La littérature russe est d’une richesse incroyable. Et l’on a tort de la cantonner à Tolstoï et à Fiodor Dostoïevski, qui sont certes, des séquoias géants mais dans le dos desquels, si l’on y regarde avec un peu d’attention, pousse une forêt d’immenses talents littéraires très diversifiés. Je me limiterai à un seul exemple : je vois ici ou là des amateurs de dystopies, dans le sillage du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou de 1984 de George Orwell. C’est un poncif de le rappeler mais le genre « dystopie » est à mettre au crédit d’un fabuleux écrivain russe, Evgueni Zamiatine avec Nous autres (qu’Actes Sud vient intelligemment de retraduire et de rééditer sous le titre Nous). Or, si je ne m’abuse, il n’y a eu que deux innovations vraiment majeures au XXe quant aux genres littéraires : la fantasy de J. R. R. Tolkien et la dystopie de Zamiatine. (On m’accordera que le Nouveau Roman ou l’autofiction ne sont pas forcément assimilables à des courants majeurs de la littérature.)

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Viktor Pelevine

Après j’ai eu envie de découvrir le théâtre russe des Nikolaï Gogol, Anton Tchekhov ou encore Maxime Gorki ; ce fut toujours avec intérêt. Puis sont venus les incontournables Dostoïevski, Mikhaïl Boulgakov & Cie jusqu’au plus récent Viktor Pelevine. Tous m’ont démontré qu’il y avait des auteurs de génie au pays des Soviets. Lors d’un échange, un lecteur (que les anciens de Babelio connaissent sous le nom de Gurevitch et qui depuis officie sous divers pseudonymes) a attiré mon attention sur La Mort du Vazir-Moukhtar de Iouri Tynianov : il en a résulté une très belle découverte d’un roman historique qui m’aide à comprendre certaines données géopolitiques actuelles. D’autres lecteurs du site sont très calés en littérature russe. Je pense par exemple à seblac qui est très au fait de ce qui se fait en poésie russe notamment, ou encore à Aela qui a proposé de nombreuses critiques pour un panel très diversifié d’auteurs russophones. Je suis heureuse si nos critiques peuvent inciter de nouveaux lecteurs à aller goûter aux infinies saveurs de cette littérature qui parfois effraie alors qu’elle sait aussi se rendre très abordable (Le Révizor de Gogol, La Dame de pique d’Alexandre Pouchkine, La Mort d’Ivan Illitch de Tolstoï, à titre d’exemples, sont de petits livres très faciles à lire).

Personnellement, ce que je recherche avec les écrivains russes, c’est une certaine façon de se donner à fond qui confine parfois à la folie, c’est une sensibilité, un genre de délicatesse, une espèce de synthèse entre l’esthétique japonaise et l’énergie vitale à la Jack Kerouac dont ils sont tous plus ou moins animés. Mais j’aime aussi beaucoup les régionalistes russes qui sont pour moi le pendant oriental d’un écrivain américain que j’adore, John Steinbeck.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

J’exclus du mot « découverte » ce que l’école m’a imposé et que d’ailleurs, bien souvent, je n’ai pas lu à l’époque et « redécouvert » seulement à l’âge adulte. Je viens d’une famille où l’on ne lisait pas du tout, je n’ai pas suivi d’études littéraires donc j’ai cheminé dans les premiers temps au petit bonheur. Je me suis beaucoup intéressée, à un moment de ma vie, au cinéma italien des années 1950-60. Dans une interview d’époque de Sergio Leone, celui-ci parlait de sa grande passion pour Voyage au bout de la nuit. Inculte comme je l’étais, j’ignorais tout de Louis-Ferdinand Céline et de la fameuse controverse qui lui est associée. (Il n’y avait pas encore Internet à l’époque et ce n’était pas toujours simple d’obtenir des informations, surtout si vous habitiez à la campagne.) J’entame, vers 22 ans je crois, ma carrière d’apprentie lectrice en ouvrant Voyage au bout de la nuit en toute ingénuité. Et là, c’est comme si je mettais les doigts dans la prise et que je recevais un coup de courant inimaginable ! Oui, quand j’y repense, encore maintenant, c’est ça ma première grande découverte littéraire.

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Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Il y en a énormément mais mon vrai grand puissant coup de cœur ira à Tout s’effondre de l’auteur nigérian Chinua Achebe.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Si j’exclus ma première BD et un livre sur les animaux de ma jeunesse, que j’ai usés l’un et l’autre jusqu’à la reliure, je crois qu’il s’agit d’une pièce de théâtre : Montserrat d’Emmanuel Roblès.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Il y en a des millions ! Ce n’est pas vraiment de la honte que j’éprouve mais plutôt une contrainte temporelle évidente et une salle d’attente pleine à craquer ! Puisque vous me demandez de parler plutôt de littérature russe, rien que chez elle, il y en a des tas qui me font de l’œil et qui me font mal juste parce que je ne les ai pas encore découverts : Les Frères Karamazov, Le Docteur Jivago, Les Âmes mortes, L’Archipel du Goulag, Oblomov

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Iouri Kazakov et Valentin Raspoutine

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

J’ai évoqué plus haut les régionalistes russes, doués d’un lyrisme, d’une grande sensibilité psychologique, d’une infinie délicatesse. Je vais vous donner deux noms : Iouri Kazakov et Valentin Raspoutine. Kazakov a écrit des nouvelles dont certaines m’émeuvent aux larmes, tout en sobriété, tout en retenue, tout en pudeur. Elles n’ont malheureusement pas toutes été traduites en français mais on en trouve quand même pas mal dans les trois recueils suivants : La Petite Gare, La Belle Vie et Ce Nord maudit. Je vous conseille, en première approche, « Le Bleu et le Vert », « Martha l’ancienne » et « La Laide ». Quant à Valentin Raspoutine, c’est un écrivain sibérien dont j’ai beaucoup aimé les romans que j’ai lus jusqu’à présent. Je vous indique, par exemple, De l’argent pour Maria.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier, papier et papier quoique je ne dédaigne pas de lire aussi de temps en temps sur du papier. J’ai un rapport quasi fétichiste aux objets et les livres, pour moi, ont une âme, une odeur, une histoire. Je me revois à les tenir à tel ou tel endroit, à tel ou tel instant de mon existence ou qui me les a offerts. Si un jour je me convertis à la taseuse ou à la liblette, ce sera uniquement pour des raisons physiologiques d’affaiblissement irréversible de ma vue qui rendra impossible toute forme de lecture sur un support papier. J’aime l’idée de la durée, du passage du temps contenu dans les pages jaunies d’un livre, me dire que quelqu’un de cher et disparu a tenu cet objet dans ses mains ; j’aime aussi l’idée de pouvoir transmettre ma bibliothèque après moi. Qu’irais-je transmettre une liseuse ? Bien évidemment, mes filles s’empresseront peut-être d’aller mettre tout cela à la poubelle, mais je ne le crois pas. (Laissez-moi encore quelques illusions !)

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

L’endroit qui colle le mieux à l’essence du livre que je suis en train de lire. J’ai lu Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez en Colombie, Le Nom de la Rose d’Umberto Eco dans un ermitage et Marcel Proust sur la côte normande. À chaque fois, le livre et l’endroit résonnaient parfaitement et j’avais l’impression d’être témoin de leur dialogue : c’était magique !

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« La vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. » Jean Anouilh (Antigone)

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

J’ai toujours une dizaine de livres en cours. Dès que j’en finis un, j’en commence deux… Conseils d’ami(e)s, recherches personnelles et bien entendu Babelio. En ce moment je lis Le Parfum de Patrick Süskind, Le Cœur et la Raison de Jane Austen, L’Orateur de Cicéron, Une vie française de Jean-Paul Dubois, L’Illusion économique d’Emmanuel Todd, Le Capitalisme a-t-il un avenir ? d’Immanuel Wallerstein, Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust, Capitale de la douleur de Paul Éluard et trois autres encore.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Tout d’abord une critique qui se mouille, qui ne se contente pas juste de faire un résumé de l’œuvre. Je dirais, à la limite, il y a les 4e de couverture pour cela. Ensuite, s’il y a bien une chose qui m’agace sur Babelio, c’est quand je lis « Alerte spoiler ». C’est presque assimilable à un péché capital de la recension d’après moi. L’auteur de la critique imagine peut-être, par ces seuls mots, se dédouaner de toute responsabilité, s’immuniser contre tout reproche vis-à-vis du Babelionaute : « Ah ! Je vous avais prévenu, c’était à vos risques et périls ! » Moi j’y vois surtout un effort qui n’a pas été consenti, ne serait-ce que par égard pour l’œuvre que la critique s’apprête à déflorer sans vergogne. Cet effort qui doit justement s’appliquer à susciter l’envie de la lire, raconter exactement ce qu’il faut pour appâter, frustrer même au besoin le lecteur de la critique, effectuer des choix dans ce qu’elle décide de dévoiler en conscience de l’œuvre. Mais jamais, jamais une critique ne doit raconter platement tout le contenu d’un livre, au moins par respect pour le travail de l’auteur.

Une bonne critique, pour moi, c’est aussi une critique qui dit « merde » quand elle pense merde et qui dit « super » uniquement si elle pense super. Une critique qui ne tremble pas devant le qu’en dira-ton (beaucoup de critiques, malheureusement, s’autocensurent lorsqu’ils n’ont pas aimé une œuvre), qui n’a jamais peur d’aller à contre-courant mais qui ne se fait pas non plus un devoir d’aller à contre-courant. Bref, une critique qui exprime bien toute la subjectivité de celui ou celle qui l’a rédigée. Charles Baudelaire, qui était un fin critique, dit à ce propos : « Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique ; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n’a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament » Je partage totalement cette vision ; j’aime les critiques typées sur Babelio, comme celles du lecteur Crossroads (anciennement Lehane-fan), si je dois donner un exemple (vous voyez, je me mouille, je lâche des noms !).

Mais selon moi, une bonne critique doit également être argumentée. En soi, si je vous dis « j’aime le melon et je déteste les anchois », très bien, on est content pour moi, mais on s’en fiche éperdument. C’est un peu la même chose d’après moi quand on écrit : « j’ai adoré ce livre » ou « trop nul ce bouquin ! ». Peu importe qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est le pourquoi qui vaut la peine d’être exprimé. Le lecteur ou la lectrice critique doit, soit relater une expérience (la sienne vis-à-vis de l’œuvre), soit essayer de décrire par la comparaison. Si, par exemple, vous n’avez jamais mangé de feijoa, vous trouverez peut-être de l’intérêt à ce que quelqu’un vous dise « c’est un peu comme un kiwi qui aurait le genre de goût et de texture de la poire. Sa peau m’évoque celle de la courgette ». Vous pouvez trouver cette description totalement farfelue, car d’autres peuvent y percevoir une ressemblance beaucoup plus marquée avec de la goyave, mais peu importe, cette description comparative vous a permis de chausser des lunettes et d’y voir au travers le monde d’une certaine façon. Certes, toutes les paires de lunettes ne conviennent pas à notre vue mais l’essentiel est d’avoir le choix d’un type de paire et d’une diversité de corrections. En soi, un avis, tout le monde en a un et ce n’est pas cela qui est intéressant mais plutôt comment la subjectivité exprimée dans une critique peut s’accorder avec la mienne. Il y a toujours plein de gens qui s’échinent dans les commentaires à reprocher à celui ou à celle qui a rédigé une critique honnête qu’il ou elle aurait dû écrire plutôt cela, penser plutôt ceci, qu’elle n’a sûrement pas envisagé tel aspect, etc. Ça me dépasse. Pourquoi ces commentateurs, à qui, manifestement ce verre de lunette ne convient pas, n’écrivent-ils pas eux-mêmes une critique alternative qui deviendrait pour le coup un nouveau verre auquel des lecteurs compatibles pourraient se référer ? Car je le martèle, c’est d’éventail critique dont nous avons besoin sur Babelio, du maximum de représentativité à propos du maximum de diversité d’opinion. De la sorte, tout lecteur pourra y trouver la paire de lunettes critique qui conviendra à sa vue.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Il y a un lecteur, Andman que je salue très chaleureusement, qui, une fois m’a proposé de m’envoyer un livre qui faisait écho à l’un des avis que je venais de poster. J’avais déjà trouvé ce geste plein de gentillesse. Mais ceci n’était rien encore. Plusieurs mois plus tard, au moment de Noël, il m’a envoyé un livre et une carte postale vraiment sympa. Il a recommencé au Noël suivant. J’ai été touchée au plus haut point par cette attention.

Il y a aussi des lectrices et lecteurs qui m’ont fait des retours critiques ultra précieux à propos de quelques embryons de texte que je leur avais soumis. Je voudrais les en remercier tous et toutes. (Je pense notamment à une lectrice qui porte le même prénom que moi et qui se reconnaîtra, j’espère.)

Vous nous avez confié avoir récemment débuté un travail d’écriture. Pourriez-vous nous en dire plus ?

J’envisage l’écriture comme un artisanat d’art, un peu comme devenir luthier, maître verrier ou des métiers de ce genre. On commence un compagnonnage auprès de maîtres et l’on essaie d’assimiler leur technique (ça, en soit, c’est déjà difficile) mais ce n’est malheureusement qu’une étape du parcours. Encore faut-il être capable, après avoir côtoyé de nombreux maîtres, de réaliser une synthèse de tout leur art et de trouver son identité propre. C’est long, très long, ça peut courir sur des années…

En ce qui me concerne, j’ai deux projets sur le feu. L’un a pour héroïne une jeune femme un peu paumée dans l’existence. Il abordera, entre autres, la notion de fétichisme. L’autre projet met en scène des chiens et possède un rapport étroit avec la Russie. Je ne pense pas qu’il faille que j’en dise beaucoup plus. C’est captivant à faire mais véritablement épuisant, sachant que les contraintes de la vie active et de la vie familiale me laissent finalement peu de temps pour m’y consacrer pleinement. Voilà pourquoi j’avance lentement, lentement, à tout petits pas (ça c’est une formule de Maupassant). Voilà aussi pourquoi je déserte régulièrement Babelio depuis un an car si je m’y remets, l’écriture ne progresse plus du tout.

Merci à Nastasia-B pour ses réponses !

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Claire Castillon, la tête dans les étoiles

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Malgré le froid et la neige, c’est presque une trentaine de lecteurs qui sont venus rencontrer Claire Castillon ce 9 février pour parler de son dernier livre jeunesse Proxima du Centaure. Ou l’histoire de Wilco, tombé follement amoureux d’une camarade de classe qu’il surnomme Apothéose, mais aussi tombé par la fenêtre en regardant passer l’élue de son cœur. Résultat : le voilà à l’hôpital, cloué au lit, occupé à regarder les étoiles et penser à sa dulcinée.

Ecrire quand on ne peut parler

A l’origine de cette histoire, l’auteur nous confie qu’elle connaît « une petite fille qui est à l’hôpital comme ça, condamnée à l’immobilité. Je vois sa famille de temps à autre, et pour moi c’est complètement intolérable d’en parler avec eux, ou même simplement qu’ils m’en parlent. Je ne sais pas quoi leur dire, c’est une situation très désagréable pour moi. Alors je me suis dit que si je ne pouvais pas l’entendre, je pourrais sans doute l’écrire. Et ça a donné en premier lieu une nouvelle, « Garde bien ta clé autour du cou » (dans le recueil Rebelles, un peu). Mais j’avais des scrupules à laisser cette fille comme ça, j’ai donc dû poursuivre cette situation avec un personnage masculin cette fois : Wilco dans Proxima du Centaure. J’avais aussi très envie de me remettre dans un corps immobile, l’habiter, ce que je ne m’explique pas vraiment. »

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Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles

Plus la rencontre avance et plus on se dit que Claire Castillon ressemble à ses personnages. Un brin de folie douce investit le 38 rue de Malte : « Le réel est toujours la matrice, donc mes livres s’inscrivent là-dedans. Et pourtant j’aime bien rendre le tout bancal, burlesque, fantaisiste. Il y a le cadre, l’amarre de l’histoire, et la folie des personnages. Le réel frôle toujours l’irréel. »

Effectivement, à la lecture de Proxima du Centaure, une lectrice a été marquée par l’importance des détails qui paraissent insignifiants, comme lorsque Wilco chute par la fenêtre, ce à quoi l’auteur répond : « C’est exactement ça : son fils fait une chute grave, et sa mère est obsédée par la crotte de chien qui est là, sur le trottoir, et qu’elle n’arrive pas à lâcher des yeux. On est tous confrontés à ce type de situation au quotidien, quand des détails insignifiants nous happent complètement alors que quelque chose de plus important a lieu juste à côté. »

Il faut trouver la Voix

Mais au fait, comment parvient-elle à faire vivre ses personnages, leur donner une histoire et une subjectivité ? « Chez moi tout part de la voix. Si elle n’est pas là, il n’y a pas de livre. C’est une donnée que je ne peux pas greffer à l’histoire ensuite, et du coup parfois ça me prend pas mal de temps de commencer un nouveau texte. Ca m’est arrivé d’essayer sans ça, mais au final je m’arrêtais d’écrire en plein milieu d’une phrase en me disant : « Au secours, y’a personne là ! » Donc je commence toujours avec le portrait du personnage, sans idée très aboutie de ce qui va lui arriver. D’ailleurs je ne les connais pas forcément très bien physiquement ces personnages, mais je les sais de l’intérieur, je vois à quoi ils ressemblent sous la peau. C’est comme une poche vide dans laquelle je me glisse. D’où le point de vue unique, avec Wilco comme narrateur, enfermé dans cet hôpital. »

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De l’encre au lieu des larmes

Une histoire d’amour à la fois lumineuse et très dure donc, dont l’originalité a frappé voire choqué certains lecteurs : « Dans mes livres on sent certes une volonté de malmener le lecteur, mais aussi de lui faire du bien après. Ca fait mal mais ça fait du bien quand même. Je ne cherche pas ce type de sujet exprès, mais c’est ce que j’ai envie d’écrire à ce moment-là. D’ailleurs j’ai commencé à écrire à l’âge de 12 ans, le jour de l’enterrement de mon grand-père. Je n’avais pas envie de pleurer avec la famille, alors j’ai plié des feuilles en forme de livre, et j’ai laissé courir le stylo dessus. C’est aussi une manière de me couper du réel, ce qui est un point de départ récurrent pour moi. »

Quand une lectrice fait remarquer que ses livres s’étendent toujours sur le même nombre de pages, Claire Castillon précise : « A chaque fois que je commence un livre, je me dis : il va être énorme. Et puis soit rien ne vient, soit j’en fais trop et j’en enlève. J’ai une sorte de format intérieur qui correspond environ à 180 pages. J’ai déjà fait un livre plus long, avec trois points de vue de femmes, mais au final je le trouve raté. »

Et concernant ses projets d’écriture ? « Là j’ai bouclé un nouveau roman pour adultes, Ma grande. Et j’ai un autre roman jeunesse en cours. » De quoi faire vaciller un peu plus le réel ! Mais avant ça, la traditionnelle séance de dédicaces aura permis aux invités de partager plus directement encore leur point de vue sur le livre, et de repartir avec leur exemplaire signé. Des lecteurs nés sous une bonne étoile !

Découvrez Proxima du Centaure de Claire Castillon publié chez Flammarion Jeunesse.

Sandrine Collette : l’humanité face à la catastrophe

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Peu avant la rencontre avec ses lecteurs dans les locaux de Babelio le 1er février 2018, Sandrine Collette nous confiait sa phobie de l’eau et des fonds marins, dévorante. Mais alors comment lui est venue l’idée de mettre en scène dans Juste après la vague un océan déchaîné, une montée des eaux terrifiantes qui ravage tout sur son passage et met en danger une famille jusqu’alors épargnée, obligée de faire des choix lourds de conséquences ? Et n’était-ce pas trop douloureux pour elle de décrire la puissance dévastatrice de cet élément ? « Mon gros atout pour écrire quoi que ce soit, c’est que j’ai peur de beaucoup de choses. Ca me permet au moins de trouver des idées de départ assez facilement pour mes romans, même si l’écriture n’a aucune vertu thérapeutique dans ce cas. Donc pour moi écrire cette histoire a été à la fois très facile, et très douloureux. Et je me disais que si ça marchait sur moi, ça pouvait aussi fonctionner sur d’autres lecteurs. »

Quand Mère Nature rejette ses enfants

Qu’on l’aime ou qu’on la craigne (ou encore les deux), la nature prend parfois des airs de bourreau, ou de justicier impitoyable. C’est le cas lors des catastrophes naturelles, qui effraient toujours autant les êtres humains, et contre lesquelles nous semblons bien démunis. « L’idée du décor pour ce livre m’est venue lors d’un festival littéraire dans le Sud de la France. Il était censé faire beau, mais on a au final eu des pluies diluviennes pendant des jours, que rien ne semblait pouvoir arrêter. Plus généralement, je suis fascinée depuis toujours par la force et la démesure de la nature, dans ses manifestations brutales comme dans ses aspects les plus rassurants. Et j’ai été très marquée par la tempête de 1999, à laquelle je pense encore souvent. La nature est le seul tueur en série que personne ne peut arrêter : vous pouvez envoyer les commissaires, les flics et même l’armée, sans aucun effet. Vous devez juste attendre que ça s’arrête. »

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Une famille dans la tourmente

Mais Juste après la vague est-il pour autant un roman à morale écologique ? Un avertissement lancé à la figure du lecteur ? « Clairement non, je ne voulais pas faire un roman écolo ou catastrophiste. Pour moi c’est avant tout un cadre pour développer une intrigue, et ici l’aspect intimiste m’intéressait avant tout, pas le spectacle hollywoodien de la vague qui déferle. Le vrai sujet du livre reste la famille, et les deux faces de cette même médaille : l’amour et l’abandon, ce dernier étant un thème nouveau pour moi. »

Il faut dire que les parents de cette famille nombreuse de 9 enfants doivent faire un choix drastique : l’eau monte inexorablement sur les flancs de la montagne devenue île, où ils sont réfugiés. Mais problème, il n’y a de place que pour 8 passagers sur l’embarcation qui doit leur permettre de survivre. Ils doivent donc laisser 3 enfants derrière eux. Un dilemme qui semble avoir choqué certains lecteurs présents lors de la rencontre : « Je comprends tout à fait que cela questionne à ce point, et c’est même le but. En entamant l’écriture, je ne sais jamais exactement où je vais, j’ai simplement une situation et des personnages. Je ne porte pas de regard moral sur eux, sur leurs actions, l’idée c’est avant tout de les mettre dans des situations extrêmes, pour pousser l’humanité dans ses retranchements et voir ce qui en ressort. Ca permet aussi au lecteur de faire des comparaisons par rapport à sa propre histoire. La famille est un thème très riche, car on ne peut pas se défaire de sa prégnance, comme prison ou comme salut. »

Aux sources de l’écriture

D’ailleurs, même si elle écrit des romans noirs et des thrillers, Sandrine Collette ne se réclame pas d’une culture policière : « J’écris avant tout des romans, pas des thrillers. C’est l’éditeur qui décide de faire entrer dans une catégorie mes textes. A la publication de mon premier livre, Des nœuds d’acier (2013), je me suis même fait la réflexion : « Ma vie est foutue, j’ai écrit un polar ! » A l’origine je ne lisais même pas de polars. Et puis j’ai découvert des auteurs comme Ron Rash, et je me suis laissé embarquer. Mais ce qui m’intéresse avant tout, c’est les gens que je rencontre au quotidien. »

Comme beaucoup d’auteurs, elle aime donc observer le monde qui l’entoure pour s’en inspirer. Mais est-ce que certains livres l’ont influencée pour l’écriture de celui-ci ? « J’avais Robinson Crusoé de Daniel Defoe en tête, mais plus encore Sa majesté des mouches de William Golding. Un récit où des enfants échouent sur une île et se réorganisent, ce qui les oblige à devenir de petits adultes, même si on sent bien qu’au fond, à travers certaines actions, ils restent des enfants. Les enfants dégagent une force, une énergie monumentale que je trouve admirable, et que j’aime observer. »

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Faire face à la catastrophe : une situation, des réactions

Si la fin du monde nous fascine tant, c’est certainement parce qu’elle en dit long sur notre manière d’appréhender le présent, et la vision que l’on se fait du monde que l’on aimerait laisser à nos enfants, comme le faisait remarquer Christian Guay-Poliquin lors d’une précédente rencontre. De son côté, Sandrine Collette semble plus s’intéresser à l’aspect purement humain et comportemental du phénomène : « Comment peut-on rendre les gens ordinaires intéressants ? En les confrontant à des situations extrêmes, et en observant comment ils réagissent. J’ai encore en tête l’expérience psychologique de Milgram, qui autorisait des sujets à pratiquer une forme de torture, en leur garantissant que la personne torturée était consentante. Ca me fascine, car les bourreaux sont en fait des gens ordinaires, qui deviennent captivants au moment où ils basculent dans l’horreur. » « Une autre question que je me suis posée, c’est tout simplement : Et si ça arrivait ? Qui serait capable de survivre ? Qui sait encore chasser, pêcher, etc. ? Et moi, qu’est-ce que je ferais dans cette situation ? »

Et juste avant la traditionnelle séance de dédicace pour clôturer cette agréable soirée, qui a également permis aux lecteurs invités de poser d’autres questions, l’auteur nous a confié en quelques mots travailler sur son prochain roman, qui prendra cette fois place au Kamtchatcka. Et dans lequel il sera évidemment question de nature.

Nuit de la lecture 2018 : rendez-vous le samedi 20 janvier

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Parfois, lorsqu’on découvre une bonne idée, on se demande pourquoi personne n’y a pensé plus tôt – et surtout pourquoi pas nous ! Il en va ainsi de cette (seulement) deuxième édition de la Nuit de la lecture, qui mobilise plus de 2 000 lieux culturels de proximité, dont une majorité de bibliothèques, dans toute la France.

On dit que la lecture est une activité solitaire ? Si vous suivez Babelio, vous savez déjà que le livre rapproche au contraire les êtres, en se faisant souvent le miroir de leur condition et de leur époque. Et voilà que cette passion, on la partagera en chair et en pages ce samedi 20 janvier, au grand jour (enfin, de nuit), on la transmettra aux plus jeunes pour les voir eux aussi se frayer un chemin à travers les mots tout au long de leur vie. Au programme donc, des lectures à voix haute, pratique très chère au parrain de l’édition 2018 Daniel Pennac, et beaucoup d’ateliers et loisirs autour du livre. Avec 3 500 événements prévus, il y en a forcément un près de chez vous (découvrez le programme ici).

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Daniel Pennac et Françoise Nyssen © NH/Babelio

Vendredi 12 janvier, lors de la conférence de presse au ministère de la Culture présentant l’événement, Françoise Nyssen en a profité pour rappeler son engagement auprès des acteurs du livre en France, qu’ils soient auteurs, éditeurs, bibliothécaires ou libraires. Pour la fille du fondateur des éditions Actes Sud, Hubert Nyssen, « la promotion de la culture est un enjeu démocratique de premier plan ». D’importants projets sont selon elle en cours, notamment suite au dépôt par Erik Orsenna de son rapport sur les bibliothèques. La ministre de la Culture aura aussi eu à cœur d’insister, comme Daniel Pennac, sur l’importance de la gratuité de la lecture publique, s’opposant ainsi au projet de redevance demandée par la SCELF (Société civile des éditeurs de langue française) pour toute lecture publique en bibliothèque d’une œuvre publiée par un éditeur qu’elle défend. Voilà qui est, avant nouvelle péripétie, plutôt rassurant. Et promet de beaux moments de partage ce 20 janvier.

Alors oui, comment ne pas y avoir pensé plus tôt, à cet événement autour du livre ? La musique a sa Fête depuis 1982, le cinéma est largement célébré à travers différentes manifestations (cinéma en plein air, rétrospectives, etc.), alors pourquoi ne pas imaginer que cette Nuit de la lecture devienne effectivement une grande manifestation populaire, pérenne, dont on verra les grands développements au fil des ans ? C’est tout le bien qu’on lui souhaite, ainsi qu’à tous les bénévoles et participants de cette deuxième Nuit de la lecture.

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Françoise Nyssen © NH/Babelio

A la rencontre des membres de Babelio (22)

Avec plus de 550 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un des lecteurs-utilisateurs du site – un homme, pour une fois ! – tout particulièrement amateur de bande dessinée.

Photo Présence

Rencontre avec Presence, inscrit depuis le 15 novembre 2014.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

En tant que gros lecteur, je cherche souvent sur Internet des sites contenant des critiques ou des commentaires sur une bande dessinée précise. J’ai fini par remarquer que le site Babelio revenait régulièrement et j’ai suivi ma curiosité naturelle qui me poussait à aller voir. Je suis tombé sur une caverne d’Ali Baba d’une profondeur infinie, recelant des trésors pour plusieurs vies.

Vous lisez beaucoup de bande dessinée et de roman graphique. Comment y êtes-vous venu ? Avez-vous toujours été spécialisé BD ou lisiez vous aussi des romans, essais, etc. ?

Il y avait des bandes dessinées dans la bibliothèque de mes parents, essentiellement des Tintin, des Lucky Luke et des Astérix. J’y avais libre accès et j’étais curieux de découvrir ces lectures avec des dessins. Je n’ai jamais décroché depuis.

Dans le même temps, ma mère veillait à ce que je ne lise pas que des cochonneries, et elle a exigé pendant des années que je lise un ou deux classiques pendant les grandes vacances. À la fin de mes études, j’avais conservé ce goût pour les livres et je me suis mis à lire un livre par semaine, aussi bien des romans de genre (policier, science-fiction, horreur) que des classiques français ou anglo-saxons. Depuis plusieurs années, je me concentre sur la bande dessinée pour mes loisirs.

PAL BD

Une PAL BD bien garnie…

Quelle est votre première grande découverte en bande dessinée ?

Tintin, d’Hergé. C’est aussi classique que banal, aussi facile à lire que sophistiqué et élégant dans sa construction. Je m’intéresse maintenant à la vie de Georges Rémi, au travers d’articles expliquant ce qu’il a apporté à la bande dessinée, la manière dont il a retravaillé ses premiers albums pour leur réédition, en corrigeant des défauts parfois pointés par des lecteurs : de l’interactivité participative des décennies avant Internet !

Quelle est la plus belle BD que vous ayez découverte sur Babelio ?

Plein. C’est toute la richesse de Babelio que d’avoir accès à la bibliothèque d’autres personnes, que de pouvoir consulter leurs critiques pour un domaine donné, à partir de leurs insignes. Pour la bande dessinée, il suffit de cliquer sur l’insigne pour découvrir les lecteurs ayant le plus écrit dans ce domaine, puis d’aller passer en revue leurs critiques pour plonger dans des collections toujours différentes, toujours inédites. À titre d’exemple, je pourrais citer la découverte de la bibliographie de Zidrou (Benoît Drousie).

PAL Comics

…et une PAL comics qui n’a pas à rougir

Quelle est la bande dessinée que vous avez relue le plus souvent ?

À nouveau Tintin, puisque je les ai lues à plusieurs reprises dans mon enfance. Puis je les ai lues à mon fils. Puis je les ai lues à ma fille. Lorsque le temps viendra pour moi d’avoir des petits enfants, ils n’ont qu’à bien se tenir.

Quelle bande dessinée avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Plein, mais il y en a une en particulier qui continue de m’intimider, même si j’ai lu toutes les critiques présentes sur Babelio : Maus d’Art Spiegelman. Je ne suis pas sûr d’être à la hauteur en tant que lecteur face à ce sommet réflexif sur la Shoah.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

dernier brame

Plein, il suffit de consulter tous mes articles. En 2017, il y en a une qui est plus sortie du lot : Le Dernier Brame, de Jean-Claude Servais, un drame, avec étude de caractère, dimension psychologique, rapport à la nature, ambition. J’y ajouterais bien la série du Moine Fou (de Vink) qui fut une révélation de sensibilité et sophistication discrète. J’ai également récemment créé un blog où je vais concentrer mes commentaires sur les BD franco-belges, en commençant par le cycle des Cités Obscures, de Benoît Peeters & François Schuiten, l’un des sommets de la bande dessinée à mes yeux.

Tablette, liseuse ou papier ?

Même si cela nécessite un combat sans cesse renouvelé pour la place et des choix déchirants, je continue d’être papier. Au vu de la taille des bandes dessinées, il n’existe pas de support adapté. En outre, la bande dessinée permet des effets complexes sur des pages en vis-à-vis, ou sur des dispositions géométriques qui ne peuvent pas être transcris sous forme dématérialisée, sans même aller jusqu’aux quelques ouvrages qui jouent avec la forme en trouant une page, ou en intégrant des pages à déplier.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

C’est un lieu duquel je ne peux pas sortir, où je dois rester un certain temps, et où il est possible de s’isoler en lisant. Ce ne sont pas les toilettes, mais les transports en commun. Ça peut paraître paradoxal, mais hors jour de grève ou d’affluence exceptionnelle, il est possible de tenir un ouvrage, et ainsi de s’isoler pendant cette obligation pendulaire.

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Double-page issue du Salammbô de Philippe Druillet

Avez-vous une citation fétiche issue de la BD/une scène ou une planche particulièrement marquante ?

Plein. La bande dessinée est un média très particulier qui associe mots et images dans la narration, tout en laissant au lecteur le rythme de sa lecture. Je suis fasciné par le gigantisme des mondes imaginés par Philippe Druillet (dans Salammbô par exemple), par les réactions absurdes des personnages d’Edika, par les motifs visuels récurrents de Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons, par le minimalisme de Scott Adams pour Dilbert, par la précision de Martin Jamar dans Les Voleurs d’empires de Jean Dufaux (au point que le lecteur peut se projeter dans chaque case), par la chaleur comique des comics de Sergio Aragonés (sa série Groo avec Mark Evanier par exemple), etc.

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Plein. J’ai découvert sur Babelio le concept de PAL (pile à lire), un défi visiblement relevé par de nombreux Babelionautes. Je choisis mes prochaines lectures en suivant la carrière de certains auteurs (l’intégrale de Jean-Claude Servais, les ouvrages de Pat Mills, les collaborations d’Éric Warnauts & Guy Raives) ou certaines séries (Animal lecteur de Sergio Salma & Libon, Usagi Yojimbo de Stan Sakai, The Walking Dead de Robert Kirkman & Charlie Adlard, etc.) ou en découvrant des critiques dithyrambiques pour Emma G. Wildford (de Zidrou & Edith) ou La Malédiction de Gustave Babel (Gess) qui sont dans le dessus de ma PAL.

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Planche issue de Animal lecteur (tome 5) de Sergio Salma et Libon 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

L’une des richesses de Babelio est qu’il n’y a pas d’exigence formelle. En fonction de mon envie, du temps dont je dispose, je peux bien avaler une poignée de critiques courtes en lecture rapide, pour élargir mes horizons et papillonner sur des ouvrages très divers. Si je cherche à me décider sur une lecture précise, ou comparer mon expérience de lecture sur un ouvrage, je vais alors traquer les critiques longues et prendre le temps de découvrir l’avis argumenté et copieux d’un autre lecteur. Une bonne critique de lecteur peut aussi bien être un avis tranché et concis, qu’une longue analyse argumentée et comparative.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Ayant longtemps rédigé mes articles dans mon coin, la découverte de tous les Babelionautes a été une « confortation » (il y en a qui sont aussi obsessionnels que moi), une épreuve d’humilité (quel savoir ainsi formalisé), une expérience de diversité, et l’occasion de remettre en cause ma propre manière d’écrire. La découverte de la possibilité de laisser des citations m’a incité à regarder autrement les phylactères, à être plus sensible aux bons mots, ou aux réflexions des auteurs. La possibilité de construire des quizz était une option inédite que je n’avais pas rencontrée sur d’autres sites avec une qualité ludique irrésistible.

Angouleme

Le 45e Festival de bande dessinée d’Angoulême commence dans quelques jours : fréquentez-vous les salons et festivals ? Pour obtenir des dédicaces ? Suivre les conférences ?

Non, je ne fréquente pas les festivals par manque de goût. Par contre j’en suis les nominations et les palmarès pour y trouver des idées de lecture. Je suis également l’évolution du statut des auteurs au travers des billets de Denis Bajram, et d’un pan de l’édition au travers du site DU9.

Merci à Presence pour ses réponses !

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