Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Olivier Truc

Mardi 11 octobre, une trentaine de lecteurs avait rendez-vous avec Olivier Truc et son éditrice Anne-Marie Métailié chez Babelio. S’ils n’avaient pas besoin de porter écharpes, bottes et lourds manteaux, c’est bien au-delà du cercle polaire arctique que les lecteurs furent emmenés et plus exactement au nord de la Suède, dans le sillage de la « police des rennes ».  L’auteur vient de publier, dans la collection Noir de MétailiéLa Montagne rouge, troisième volet d’une trilogie entamée avec Le dernier Lapon et poursuivi avec Le Détroit du Loup

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 Enclos de la Montagne rouge, sud de la Laponie. Sous une pluie torrentielle, les éleveurs procèdent à l’abattage annuel de leurs rennes. Mais dans la boue, on retrouve des ossements humains.
Qui est ce mort dont la tête a disparu ? Son âge va le mettre au centre d’un procès exceptionnel qui oppose forestiers suédois et éleveurs lapons à la Cour suprême de Stockholm : à qui appartiennent les terres ? À ceux qui ont les papiers ou à ceux qui peuvent prouver leur présence originelle ?
Klemet et Nina, de la police des rennes, sont chargés de l’enquête. Ils découvrent une mystérieuse vague de disparition d’ossements et de vestiges samis. Ils croisent des archéologues aux agendas obscurs, mais aussi Petrus, le chef sami à la poursuite des rêves de son père dans les forêts primaires de la Laponie, Bertil l’antiquaire, Justina l’octogénaire et son groupe de marche nordique et de bilbingo.  Les sombres secrets d’une Suède fascinée par l’anthropologie raciale sont distillés sur fond de paysages grandioses et désolés, par des personnages de plus en plus complexes et attachants.

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Du journalisme au polar
Immédiatement interrogé sur son rapport au roman et plus particulièrement au roman noir, Olivier Truc concède n’avoir jamais eu le fantasme de devenir écrivain. Pour ce journaliste de profession, écrire des romans policiers est une suite logique, une prolongation de son métier qui serait presque née d’une frustration, celle de devoir se retenir dans le cadre de ses reportages : « Le polar a été inventé par des journalistes frustrés ! » Pour Olivier Truc, le travail est pourtant presque identique. Le roman policier, comme le journalisme, est un genre qui permet d’explorer les dessous de la société : « Que ce soit pour mon travail de journaliste ou mes romans, je fais beaucoup de terrain, de reportages, de rencontres avec les gens ». L’ambition est également la même : « aller là où les gens ne vont pas. »

C’est ainsi qu’est née son envie de raconter l’histoire de la Laponie. « J’y vais depuis plus 20 ans. Je me suis rendu compte que cette région occupée par un peuple autochtone, les Samis, n’intéressait pas la plupart des journalistes ». C’est d’ailleurs au cours d’un reportage que l’écrivain-reporter découvre l’existence de la police des rennes, une unité chargée de veiller à la bonne entente entre les différents éleveurs de rennes situés en Laponie, un territoire du nord de la Scandinavie qui s’étend entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie : « J’ai partagé le quotidien de ces policiers, j’ai dormi avec eux, je les ai suivis au jour le jour. Je savais qu’en les suivant dans leurs enquêtes pendant un certain temps, je découvrirais l’Histoire du Grand Nord, et notamment son côté sombre ». Le constat a été immédiat : « en même temps que je découvrais la police des rennes, je m’apercevais que celle-ci était mal considérée par la population suédoise car vue comme la police des Samis mais qu’elle était également jugée avec méfiance par les Samis. Je découvrais donc de nombreuses tensions entre les Suédois et les Samis ». Une tension mise en scène dans le roman à travers l’affrontement entre les éleveurs de rennes Samis (« Si seulement 10% des Samis sont éleveurs de rennes, tous les éleveurs de rennes sont Samis ») et les forestiers qui chacun revendiquent la propriété de la terre qu’ils occupent.

Les Français auraient-ils une image faussée, peut-être un peu enjolivée, de la Scandinavie ? « On considère les pays du Nord comme des pays modèles. La Laponie, qui représente par exemple 40% de la Suède, est une région très riche avec des industries forestières et halieutiques florissantes. Comme partout en Europe, la question de l’identité est pourtant au cœur de débats qui déchirent la société ».dsc04423
Un roman sur l’identité
Sami norvégien par son père et Suédois par sa mère, Klemet, le personnage principal du roman est métis. Un choix motivé, depuis le premier tome de la trilogie entamée avec Le dernier Lapon, par l’envie d’évoquer ces questions d’identité. Plus qu’une histoire de crime, c’est en effet l’histoire des déchirements de la société suédoise qui intéressait Olivier Truc : « La procédure policière ne m’intéressait pas en tant que telle et je comprends que les lecteurs qui s’attendent à un polar pur et dur dans la lignée des Métailié Noir soient surpris. Ce sont les interrogations, les défis, les conflits qui traversent cette région que je souhaitais aborder ». Un ouvrage plus difficile d’accès que Le dernier Lapon, son premier ouvrage, mais rendu possible grâce à celui-ci : « Je n’aurais pas pu écrire La Montagne Rouge si je n’avais pas écrit Le Dernier Lapon avant. Il m’a fallu deux livres pour aborder plus en profondeur la question de l’identité samie et les problèmes que ce peuple autochtone endure au quotidien avec les différents pays dans lesquels il se trouve ». Les Samis aujourd’hui héritent d’une situation difficile créée par l’état suédois : « On leur a dit que les territoires dans lesquels ils vivaient depuis des siècles n’était pas les leurs, qu’ils n’étaient pas chez eux ». Les territoires des Samis ont ainsi été le théâtre d’une acculturation forcée de la part de la Suède. Les pasteurs luthériens ont notamment interdit le « joik », le chant traditionnel des Samis qu’ils ont qualifié de « chant du diable ». Cette diabolisation a perduré jusqu’au milieu des années 1970 lorsqu’un pasteur sami (sic) a finalement réintroduit le chant joik dans les églises, non sans lever quelques sourcils parmi la population.

La situation des Samis aujourd’hui n’est certes pas la pire des peuples autochtones à travers le monde. Les Samis sont des citoyens de plein droit qui sont bien mieux lotis que d’autres peuples aborigènes. Ils ne connaissent pas la misère sociale bien que la Suède se fasse régulièrement reprendre par l’ONU qui dénonce des maltraitance envers cette minorité. Le terme de « Lapon » utilisé jusqu’il y a peu de temps pour désigner ce peuple en Suède est lui-même péjoratif car signifie en suédois « porteur de haillons ». Ce n’est que très récemment que le terme a été délaissé pour le terme neutre de « sami ». Olivier Truc a reflété cette évolution de la désignation des Samis dans son roman. Ils sont appelés Lapons par les personnes âgées qui sont habituées à utiliser ce terme -pourtant insultant- depuis l’enfance ainsi que par les personnes qui justement pensent du mal de cette population.

Des questions anciennes, toujours pertinentes
Si la question de la place d’une certaine catégorie de personnes dans une société est un thème si important dans le récit et les interrogations de l’auteur, c’est que ce dernier voit certaines pratiques anciennes, que l’on pensait oubliées, resurgir dans l’actualité. En 2015, la Suède a été l’objet d’environ 170 000 demandes d’asile. Le cas s’est parfois posé d’expulser certains immigrés clandestins. Mais comment determiner l’âge de certains immigrés sachant qu’il est interdit d’expulser les mineurs ? Il a été ainsi question de réintroduire des mesures physiques pour évaluer l’âge des migrants. Des mesures polémiques car déjà pratiquées au XIXème puis au XXème siècle dans un souci d’eugénisme. Il y avait alors la volonté de prouver physiquement la supériorité de certaines « races » au détriment de certains peuples comme les Samis :  « On découvre, en travaillant sur ce genre de sujets, que l’Histoire est une matière hautement politique. L’homme tente en permanence de réécrire son Histoire. »

dsc04432-1Olivier Truc et ses personnages
Olivier Truc travaille beaucoup en amont de l’écriture du roman proprement dit, en se documentant énormément. De même, sa phase d’élaboration des personnages est pour lui aussi longue qu’essentielle. C’est d’ailleurs sa phase d’écriture préférée : « J’écris beaucoup sur mes personnages, sans que ces passages ne se retrouvent forcément dans le livre. Cela me permet de les voir grandir, de les connaître mieux. Est-ce qu’ils peuvent me surprendre ? non, mais ils peuvent essayer ! ». Quand il écrit une scène, il l’écrit toujours à travers les yeux de ses personnages : « Je découvre la scène en même temps qu’eux. » Cela veut-il dire qu’Olivier Truc écrit ses romans au jour le jour, sans avoir de plans de ses intrigues ? « J’ai toujours un plan, précise-t-il, mais je me réserve des zones grises. Je veux savoir où je vais mais je ne m’inquiète pas d’avoir des trous. »

Le mot de l’éditrice
Une fois n’est pas coutume, c’est l’éditrice du livre Anne-Marie Métailié qui conclut la soirée en racontant comment elle a découvert le premier ouvrage de cette trilogie : « J’ai commencé les cinquante premières pages d’un manuscrit assez long et je me suis immédiatement retrouvée sur un scooter des neiges au milieu des Samis, je suis tombée amoureuse d’un personnage… Passé ces cinquante pages, je me suis dit que l’auteur allait s’essouffler, et bien non ! Cela a continué ainsi jusqu’au bout. Pour le livre final on a simplement réduit le nombre de pages. »

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Pour se réchauffer après cette exploration de la société suédoise et des terres samies, un apéritif fut proposé aux lecteurs. L’occasion de discuter plus chaleureusement avec l’auteur et son éditrice de cet ouvrage mais également de toutes les interrogations qu’il soulève.

Retrouvez notre entretien vidéo avec l’auteur :

Découvrez le site consacré à l’ouvrage : www.lamontagnerouge.com

Le festival America comme si vous y étiez

Le festival America revient à Vincennes du 8 au 11 septembre pour sa 8ème édition.

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L’édition 2016

Le rêve américain est-il encore d’actualité 240 ans après l’indépendance des États-Unis ? Par quoi se définit la culture américaine ? Quel regard les écrivains portent-ils sur leur pays ? Cette année, c’est non moins de 50 écrivains, autant que d’États composant les États-Unis d’Amérique, qui tâcheront lors du festival, de répondre à ces questions, à quelques semaines de la fin du second mandat de Barack Obama.

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Concordant avec le 15e anniversaire des attentats du 11 septembre, l’édition de cette année sera également l’occasion pour les écrivains de discuter les conséquences de cet événement sur le monde d’aujourd’hui et d’évoquer aussi les guerres que mène l’Amérique actuellement. Pour les organisateurs du festival et pour nous, les lecteurs, les écrivains ont toujours figuré parmi les meilleurs observateurs de leur temps et c’est pour cette raison que le festival leur accorde une place de choix, afin de saisir et de croiser leurs regards sur le monde contemporain afin de l’éclairer.

Côté auteurs, des plumes confirmées comme des nouvelles voix seront présentes pour des séances de dédicaces mais aussi pour des rencontres ou des conférences tout au long du festival. Retrouvez notamment : James Ellroy, Garth Risk Hallberg, Laura Kasischke, Megan Kruse, Colum McCann, Dan O’Brien, Don Winslow ou encore Meg Wolitzer.

Le programme complet des activités est à retrouver ici.

L’Amérique des écrivains

L’Amérique représente un important vivier d’écrivains. De toutes les littératures étrangères présentes sur Babelio, c’est d’ailleurs la littérature américaine qui comporte le plus de lecteursPour cette raison, entre autres, nous avons décidé de nous rendre pour la première fois sur les lieux du festival America qui est entièrement consacré à la littérature américaine et de prendre part à l’aventure en tant que partenaires officiels. Notre équipe éditoriale fera, comme à son habitude, de son mieux pour vous permettre, ici, de retrouver un maximum d’informations au jour le jour.

“Chacun a son Amérique à soi, et puis des morceaux d’une Amérique imaginaire qu’on croit être là mais qu’on ne voit pas.”
Andy Warhol

Plus encore, nous animerons plusieurs tables rondes et conférences lors du week-end. Vous trouverez tous les détails ci-dessous. N’hésitez surtout pas à venir nous rencontrer à cette occasion, nous nous ferons un plaisir de vous saluer. De plus, nous organisons plusieurs rencontres avec des auteurs pendant la durée du festival. Si vous n’avez pas la possibilité d’y accéder, nous vous proposerons des retranscriptions en live tweet de ces rencontres.  Sur Twitter, vous pourrez suivre le @Babelio pour accéder au programme en direct des conférences ainsi qu’au live tweet de certaines d’entre elles tout au long de la durée du festival.

Vous pourrez également nous retrouver sur Instagram Babelio

Le sommaire

L’article étant amené à s’enrichir au fil du festival, vous pouvez directement accéder à la partie qui vous intéresse grâce au sommaire :

Programme du vendredi 9 septembre

Programme du samedi 10 septembre

Programme du dimanche 11 septembre

Nos live-tweets

Revue de presse du festival

Quelques listes

Quelques quiz

Le festival au jour le jour

« Il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines. »
F. Scott Fitzgerald 

Vendredi 9 septembre

Amérique, des écrivains en liberté

« Il n’avait nulle part, c’est à dire partout, où aller, alors il roulait sa bosse sans trêve sous les étoiles » écrivait Jack Kerouac dans son fameux roman Sur la route. Pour de nombreux lecteurs, la littérature américaine est synonyme de grands voyages à travers l’immensité du territoire américain, des villes « démentes et ténébreuses » de l’Est jusqu’aux grands espaces de l’Ouest sauvage.

C’est en fonçant le long des highways (près de quarante mille kilomètres parcourus), s’arrêtant aux portes des maisons de grands écrivains (Jim Harrison, Laura Kasischke…) qu’Alexandre Thiltges et Jean-Luc Bertini ont entrepris leur voyage. Alors que sort Amérique des écrivains en liberté leur ouvrage racontant leur périple, une exposition de photo retrace leur parcours et leurs rencontres.

photos2Rendez-vous Rue Eugène-Renaud (le long de l’Hôtel de ville), du 5 au 11 septembre

Voici quelques photos de l’exposition :

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Donald Ray Pollock

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Laura Kasischke

Detroit, ville sauvage

Elle a souvent été l’emblème des années fastes des Etats-Unis. Détroit a abrité le siège de la Motown, la puissante compagnie discographique consacrée à la musique soul et a longtemps été le cœur de  l’industrie automobile. Puis, la ville a rapidement sombré dans la dépression avant de se déclarer en faillite en 2013, passant de 1,5 millions d’habitants à 700 000. Que signifie ce déclin sans précédant dans l’histoire des Etats-Unis ?

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C’est à cette question que tente de répondre Florent Tillon dans son documentaire Détroit Wild City projeté à Vincennes dans le cadre du festival. Une rencontre avec les écrivains Thomas B. Reverdy et  Marianne Rubinstein ainsi qu’avec le réalisateur du documentaire Florent Tillon suivra la projection.

Rendez-vous à 14h à 16h30 au Cœur de ville – Auditorium Jean-Pierre Miquel / Ernest Hemingway

Le café (noir) des libraires

De toutes les littératures américaine, le roman noir est l’une des plus populaires, des plus reconnues et certainement l’une des plus passionnantes. C’est donc très logiquement que cette littérature est mise à l’honneur tout au long du festival America. Dans les salons de l’hôtel de ville, dans une salle des fêtes pour l’occasion rebaptisée salle William Faulkner se sont réunis deux experts du genre, Thomas H. Cook auteur de Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur, et Hector Tobar, un journaliste également auteur d’un roman noir intitulé Jaguar. Don Winslow devait venir mais a au dernier moment été retenu aux Etats-Unis.

Qu’est-ce qui a poussé ces auteurs à tremper leur plume dans les encres les plis sombres, dans les eaux les plus troubles des passions les plus viles ?
C’est à cette question posée par Renaud Junillon qu’ont tenté de répondre ces deux auteurs américains.

tobarPour Hector Tobar, journaliste de profession, il était important de décrire la réalité de la ville de Los Angeles où ses parents ont émigré depuis le Guatemala. Le livre Jaguar, publié chef Belfond, a en effet été écrit en réaction à ce que Los Angeles était devenu dans les années 1990. Alors que la ville représentait celle de tous les possibles seulement quelques années auparavant, elle est devenue dans les années 1990  celle de la pauvreté et de la délinquance.
tobarHector Tobar avait constaté cela en tant que journaliste mais il voulait également y apporter une réponse littéraire.

L’action de Jaguar se déroule dans des endroits méconnus de Los Angeles, des territoires très éloignés de Hollywood, dans tous les sens du terme. Je connais le Los Angeles glamour, nous dit Hector Tobar, mais j’ai vécu également le Los Angeles capitale d’un empire décédant où les fusillades et les pillages sont fréquents. »

Pour comprendre cette situation, il était important pour Hector Tobar, dans son roman Jaguar, de se plonger dans le passé, de comprendre comment on a pu en arriver là. Il est ainsi question de l’immigration, la grande histoire tue des Etats-Unis : « Chaque ville américaine est peuplée de gens qui viennent d’ailleurs, de gens qui ont fui la guerre, fui la pauvreté. Mon livre était un moyen de leur rendre hommage. Ce sont des gens très courageux. »

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Dans Sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur (éditions du Seuil) de Thomas Cook qui succède dans les salons de l’hôtel de ville de Vincennes à Hector Tobar, il est également question du passé des Etats-Unis.

De nombreux allers-retours entre le présent (le roman a été écrit dans les années 1990) et les années 1960 constituent la trame du récit  : « Il y avait dans les années 1960 une atmosphère de violence qui existait partout aux Etats-Unis et plus particulièrement dans le sud. » Une partie de l’action de déroule en effet dans une petite ville d’Alabama en pleine période de lutte pour les droits civiques. Une époque émaillée d’actes de violences envers les Noirs même si d’après Thomas H Cook, « des milliers d’actes courageux ont été faits dans le sud profond. Je voulais raconter un de ces actes héroïques dans le cadre d’une histoire d’amour. On dit parfois que si vous voulez devenir communiste il suffit de tomber amoureux d’une communiste ! Je pense qu’une passion personnelle peut refléter une passion politique. »

h cook.jpgUne histoire d’amour compliquée et de nombreuses questions qui laisseront les lecteurs sans répit avant le dénouement final : « Qu’allait faire Kelli sur le mont Crève-Cœur ce jour-là ? Qu’allait-elle chercher, seule dans la profondeur de ces bois ? »

Et si le roman navigue entre les rives du passé et du présent sur les hauteurs du Mont Crève-Coeur , c’est que pour l’auteur « les répercussions d’une mauvaise action ne sont pas toujours immédiates, elles peuvent se matérialiser longtemps après. Je voulais un personnage qui puisse réfléchir à ses actions passées ».

Interrogé sur son style, sur sa façon d’écrire des romans policiers, le romancier avoue qu’il n’avait pas conscience d’avoir écrit un polar avant qu’on lui donne un jour un prix dans cette catégorie : « J’en ai lu après coup mais j’ai souvent été déçu par la résolution des énigmes. Quand tout le roman vous pousse à vous interroger sur l’identité du tueur, à construire une tension jusqu’au dénouement final, on est souvent déçu par les résolutions des intrigues. Moi, je donne souvent l’identité du tueur assez rapidement dans mes récits. Je change un peu la dynamique du suspens : la question qui va intéresser le lecteur n’est pas de savoir qui est le tueur mais pourquoi il a tué ».
Quant à son style, il se dit incapable d’écrire de façon linéaire : « J’écris comme on épluche un oignon, j’épluche couche après couche jusqu’à plonger le lecteur au centre de l’intrigue et des questionnements ».

Le roman a été écrit et publié aux Etats-Unis dans les années 1990 mais n’est publié en France qu’aujourd’hui. L’auteur en est satisfait : « Ecrire beaucoup de livres c’est comme avoir beaucoup d’enfants, on ne les aime pas tous pareils, plaisante-t-il (à moitié). Celui-ci je l’aime particulièrement. »

Du réalisme en littérature

C’est pour présenter leurs oeuvres, inscrites dans un certain réalisme social que sont invités Anne Beattie, Alice McDermott et Willy Vlautin dans les salons de l’hôtel de Ville de Vincennes pour un café des libraires.

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Qu’y-a-t-il de plus fort que la littérature pour raconter le maillage des vies ? Il n’y a pas d’histoire ordinaire pour un bon écrivain. Ce qui semble de prime abord banal peut s’avérer un formidable matériau romanesque à même d’éclairer sans tour de passe-passe la société dans laquelle nous vivons.

annInterrogée sur son recueil L’état où nous sommes – nouvelles du Maine, publié chez Christian Bourgois, Anne Beattie déclare qu’elle n’avait au départ pas forcément l’objectif d’écrire un recueil de nouvelles. Installée, seule dans sa nouvelle maison du Maine, elle écrivait simplement une histoire par jour, principalement centrées sur un personnage, Kate : « j’avais écrit cinq ou six nouvelles sur elle ce qui représentait à peu près 85 pages. » Peu à peu, une cohérence s’installe dans ses différents textes : « J’avais écrit d’autres nouvelles, d’autres personnages. J’avais conclu le recueil autour de l’histoire de Kate mais finalement mon mari m’a donné l’idée d’entremêler ses histoires à d’autres récits consacrés à d’autres personnages. C’est ainsi qu’elle est devenue le fil rouge de ce recueil.  »

etatY-a-t-il une différence entre écrire un roman et des nouvelles. L’un demande-t-il plus d’imagination que l’autre ? « Non, répond Anne. Je ne pense pas qu’il y ait une différence de cette sorte. La différence est dans la façon dont on va déployer les mots. Le rythme n’est pas le même : une histoire courte doit développer une certaine profondeur assez rapidement alors que le roman peut prendre plus de temps. »

someoneDans Someone publié aux éditions de la Table ronde, Alice McDermott met en scène la vie de Marie, une ménagère, dans le New-York des années 1930. Qu’est-ce qui intéressait l’auteur dans ce personnage ? « C’est une femme ordinaire qui vit dans contexte ordinaire. Ce qui m’intéresse c’est que même dans ce contexte pour le moins ordinaire il existe des distinctions. Elle, essaie tout du moins de se distinguer. »

aliceL’action est située à Brooklyn, lieu d’arrivée de tous les immigrants européens :  » C’était l’endroit ou les émigrants arrivaient, ces gens qui ont eu le courage de quitter leur foyer, de traverser l’Océan. Ce lieu, ce quartier, incarne cette inspiration à mieux faire. »

« Je parle de ce personnage mais j’espère qu’on ne pense pas seulement à Marie. Elle incarne quelque chose de plus universel. C’est d’ailleurs ce que permet le roman, de parler de quelques individus pour refléter une situation plus globale. »

willyUn sentiment partagé par Willy Vlautin qui met en scène dans son roman Ballade pour Leroy des personnages « paumés » :

willy2« J’ai écrit ce roman par culpabilité, par colère et par amour. Par culpabilité parce que je n’avais jamais pensé à ces soldats partis en Irak, en Afghanistan ou au Moyen Orient. Je n’avais jamais pensé à leur souffrance.
Je l’ai également écrit sous le coup de la colère car la personne que j’aime le plus au monde, ma petite amie, quoi que’elle fasse, ne pouvait pas avoir de couverture maladie.  »

« Enfin, poursuit-il, je l’ai écrit par amour car j’aime les infirmières qui s’occupent de ceux qui souffrent. Je voulais parler d’elle à travers un des personnages de mon roman. Elles ont tout vu et vous aident à vous débrouiller. J’ai d’ailleurs dédicacé ce livre à la sainte-patronne des infirmières. »

Le forum des écrivains : de nouveaux territoires littéraires (14h-15h)

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. Les auteurs Rachel Kushner, Ben Lerner, et de Virginia Reeves, lauréate du prix Page/América prennent place sur leurs sièges pour  cette première rencontre de l’après-midi : De nouveaux territoires littéraires.

L’animateur Steven Sampson présente les auteurs présents puis échange quelques plaisanteries sur la vocation du métier d’écrivain.  Il  entre ensuite dans le vif du sujet en s’interrogeant sur la double visée du roman : le livre est-il à la fois le reflet de l’auteur et d’un territoire ?

 

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Crédit photo : Suzanne Koett

Virginia Reeves prend la parole la première. Dans Un travail comme un autre, la primo-romancière situe son roman au cœur de l’Alabama en raison de son profond attachement pour cet état au passé aussi riche que lourd. En ce lieu où résonnent encore les conflits de la ségrégation raciale se mêle à la fois la résilience, la fierté, et l’espoir des habitants.
C’est dans cet état brisé que Virginia Reeves met en scène un-travail-comme-un-autreun homme qui dédie sa vie à l’électricité dans les années 1920.
Ce cadre permet de mettre en lumière un état secoué par la mécanisation et l’électricité même jusque dans les prisons, où le protagoniste échoue suite à un accident avec l’un de ses branchements.… Cet arrière plan historique contribue à faire de son roman le reflet marquant d’un Alabama en proie aux souffrances et aux progrès du début du siècle.

rachel-kushnerTout autant attachée aux lieux qu’elle évoque, la romancière Rachel Kushner cherche dans Les lances flammes à établir un parallélisme entre le New-York artistique des années 1970 et celui, plus rude, de l’Italie révolutionnaire. D’après cette écrivaine originaire de l’Oregon, l’identité d’un individu n’est pas dictée par son attachement à un territoire, mais par une affinité à une culture. Pour cette raison, Rachel Kushner, passionnée de politique italienne, se rend régulièrement en Italie et y entretient de très bonnes relations avec ses amis du pays. les-lances-flammesGrâce à eux, la romancière a pu donner un compte-rendu poignant de réalisme des grèves ouvrières massives qui ont bouleversé l’Italie à partir de 1969. D’ailleurs, les critiques élogieuses reçues par son dernier roman témoignent de la méticulosité avec laquelle sont relatés des évènements pourtant peu évoqués dans la littérature. L’auteure nous apprend d’ailleurs fièrement que son confrère Nanni Balestrini, également fidèle défenseur de l’Italie des années 1960, l’a récemment contacté pour échanger sur leur passion commune.

Après quelques pérégrinations sur le sujet, l’animateur s’interroge sur la construction d’un roman : est-il possible de dissocier espace et personnages ?

Ben Lerner

Adam Lerner / AP Images for Home Front Communications

Ben Lerner s’empresse de démentir cette hypothèse, d’ailleurs il juge plus pertinent de placer les héros dans un monde différent du sien pour analyser leur comportement. L’intérêt de ce procédé, qu’il utilise dans son roman 10:04, repose d’après lui sur la résonance entre l’art et le réel, dont le parallélisme permet de mettre en lumière un décalage de l’écoulement du temps selon le milieu où l’on se situe.
C’est d’ailleurs ce que ce jeune auteur cherche à faire dans sa métafiction 10 :04 10h04en y insérant un clin d’œil au clocher du film culte Back to the Future. Dans ce film se déroulant en grande partie dans le passé, on découvre l’ironie de l’éventualité de la présidence de Reagan ou encore le mythe des blancs d’être les inventeurs du rock … Tant d’éléments nous paraissant décalés aujourd’hui, mais dont l’éventualité avait tout son sens quelques décennies plus tôt, témoignant ainsi du changement de perception découlant de la diversité des espaces temporels.

Rachel Kushner rebondit sur ces propos pour évoquer sa passion pour la vitesse, et plus particulièrement l’automobile. Elle explique à son auditoire que la De Lorean, la fameuse voiture du héro Back to the Future, est en vérité une parenthèse tragique de l’industrie automobile créée par un ingénieur de General Motors et faisant écho aux enjeux socialistes du début de siècle.

Sur ces mots, l’animateur remercie les auteurs de leur présence et conclut la rencontre, pressé par le temps mais satisfait des propos échangés malgré les quelques digressions de la fin.

Le Forum des écrivains : La fabrique des personnages (15h à 16h)

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Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. Cette fois-ci, c’est l’animatrice Christine Marcadier  qui prend le relai pour cette seconde rencontre de l’après-midi avec pour thème La fabrique des personnages. Après avoir brièvement présenté les œuvres des trois auteurs Eddie Joyce, Jane Smiley et Meg Wolitzer et leurs œuvres, elle s’interroge sur la vocation des personnages d’un roman à incarner des moments de l’histoire.

 jane-smileyAvec beaucoup d’humour, Jane Smiley énumère les différents éléments qui lui ont permis de comprendre la profondeur de l’âme humaine, que ce soit pour des personnages de romans ou ou des individus de la vie réelle. C’est avec les commérages que la romancière a découvert de la complexité des personnes qui l’entouraient, mais c’est surtout en ayant des enfants qu’elle a pris conscience de l’unicité de chaque être humain dès sa naissance. Dans son ouvrage Nos premiers jours, l’écrivaine relate l’enfance, nos-premiers-jpursl’adolescence, puis l’âge adulte d’un dénommé Franck… jusqu’à ce que ce dernier prenne son envol et fasse un jour quelque chose d’inattendu. Car après tout, admet la romancière en riant, ce n’est parce qu’il est né de sa plume que Franck ne possède pas sa propre volonté.

Satisfaite de cette réponse qui se termine sur un rire général, l’animatrice pose une seconde question. Le personnage de roman est-il nécessairement une projection autobiographique de son auteur ?
Someg-wollitzerurire aux lèvres, l’écrivaine Meg Wollitizer admet que tout comme son héroïne, elle s’est également rendue à de nombreux summer camp étant jeune. Mais c’est d’après elle
sa seule ressemblance avec son héroïne, bien qu’elle avoue tenter au mieux de « d’imposer sa façon d’être dans le monde » comme l’a si bien dit Zedy Smith.

 

Plus pragmatique, Eddie Joyce, à qui l’on doit le roman Les petites consolations, affirme vouloir non pas dépeindre son moi intérieur à travers ses personnages, mais plutôt une communauté dans sa généralité.

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Crédit Photo – Kerry Keho

Il fait ainsi des habitants du quartier des immigrés de Staten Island un peuple à part entière. Dans cette portion de ville exilée de New-York, où les métiers de fonctionnaires (pompiers, instituteurs) sont ancrés dans les mœurs, le personnage principal fait un pied de nez aux valeurs de sa famille et décide de devenir avocat. Seulement, le monde du dehors s’avère plus rude qu’il ne le croyait, d’autant que cet ancien de Staten Island ne se sentira jamais chez lui à Manhattan malgré sa réussite. En parallèle, l’écrivain évoque le deuil de la famille suite au décès tragique du fils Bobby dans l’attentat du 11 septembre.

Christine Marcadier rebondit sur cette précision sur un événement marquant de l’histoire pour demander aux auteurs comment procèdent-ils pour raconter des personnages incarnant à la fois un devenir et une temporalité.

 En établissant un parallélisme entre deux personnages tout aussi talentueux l’un que l’autre, mais auxquels le destin a réservé des sorts différents, Meg Wollitzer se penche sur les répercussions du talent sur la vie au fil des années dans son roman Les intéressants.  Tandis que l’un des protagonistes se distingue en créant une série télévisée similaire aux Simpson, on suit la décadence d’une actrice déchue qui peine à joindre les deux bouts. En situant ses personnages dans un New-York des années 1980, l’écrivaine aspire à mettre en lumière les évolutions qu’a connue la ville ces dernières décennies non seulement par son œil de narratrice, mais aussi à travers le prisme de ses protagonistes.

Quant à Jane Smiley, elle confirme vouloir dans son roman Nos premiers jours faire le portrait d’une époque en parlant de l’évolution de l’industrie agraire en Iowa au début du siècle. Un progrès en appelant un autre, la romancière évoque le souvenir de l’apparition de la publicité dans les années 1950, alors que les industries vantaient les mérites de produits dont les mauvais effets sur la santé seraient mis en lumière plus tardivement. Toutefois, la romancière admet avoir délibérément commencé son récit dans les années vingt, ne désirant pas aborder le sujet épineux de la première guerre mondiale.

Après quelques rires échangés entre Jane Smiley et Meg Wollitzer, l’animatrice conclut la rencontre sur une note d’humour et remercie les auteurs pour le bonne humeur.

Le forum des écrivains : un zest d’humour (16h – 17h)

Avec Derf Backderf, l’auteur de Trashed, Iain Levison, l’auteur du livre Ils savent tout de vous et Sam Lipsyte, l’auteur de Demande et tu recevras.

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Pendant quatre jours, le Festival America met en lumière les auteurs emblématiques de la littérature américaine contemporaine. Face à la morosité évidente qui se retrouve largement dans les romans publiés ces dernières années, quelques écrivains au sourire facile ont préférés mettre en exergue critique sociale et gris portrait du monde en usant d’un zeste d’humour.

Compte-rendu de la rencontre

Vincennes, Hôtel de Ville, salle des mariages. La troisième table ronde du Forum des écrivains débute. Son thème : l’humour. Animée par Michel Bazin, la rencontre réunit Derf Backderf, Iain Levison et Sam Lipsyte, trois auteurs américains qui ont choisi l’humour – et plus précisément l’humour noir – pour parler des conséquences de la
crise mais aussi des désillusions humaines et sociétales

trashedTrès fier de partager ce moment avec ceux qu’il a lu et apprécié, Michel Bazin les présente et parle de leurs œuvres. D’abord, il revient sur Trashed de Derf Backderf, qui offre au lecteur une plongée dans une année de la vie d’un éboueur américain. ilssaventtoutPuis il enchaîne avec Ils savent tout de vous de Iain Levison, un roman légèrement policier et largement fou où un détective télépathe poursuit un condamné à mort doté du même pouvoir que lui. Enfin, il évoque Demande et tu recevras de Sam Lipsyte, qui raconte l’histoire d’un artiste raté quarantenaire bien décidé à porter plainte contre son ancienne université pour lui avoir donné l’espoir d’accomplir ce qu’il n’a su réaliser. demandePour Michel Bazin, ces œuvres, bien que très différentes ont pourtant des points communs indéniables : tous trois mettent en lumière les inégalités d’une société où la lutte des classes est visible et palpable. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces trois textes mettent en scène « l’Amérique d’en  bas » proposant une critique de l’american way of life dévoré par les médias où le travail n’apporte pas satisfaction à la majorité.

Au cours de cette rencontre, les trois auteurs ont échangé sur une série de questions les interrogeant sur la place de l’humour dans les textes et ses limites.

Je ne pense pas que l’on puisse aller trop loin dans la critique. 

S. Lipsyte

Quel a été le point de départ de votre livre et pourquoi avoir choisi d’y insérer l’humour ?

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©Ceridwen Morris

Sam Lipsyte prend la parole : « Quand j’ai commencé à penser à ce roman, je me suis souvenu d’un ami d’université qui voulait être peintre. Lorsqu’il n’a pas réussi, il a voulu faire un procès à la fac où il avait étudié car elle lui avait fait croire qu’il pouvait réussir. J’avais ce souvenir dans un coin de ma tête ». Michel Bazin lui demande si la critique présente dans le roman ne serait pas un peu trop virulente à l’égard de la réalité, et de la personne dont s’inspire l’histoire. « Je ne pense pas que l’on puisse aller trop loin dans la critique, surtout lorsqu’il s’agit du capitalisme. Le livre n’est pas qu’une critique de cet artiste raté, je n’aime pas me moquer des gens sans pouvoir comme lui. D’ailleurs, à mesure que l’histoire se développe, j’évoque différents personnages d’américains types ». Michel Bazin hoche la tête et se tourne vers Iain Levinson.

Dans votre livre, la prison où est enfermé l’un des personnages principaux recrute des chefs étoilés pour réaliser le dernier repas des condamnés à mort. N’avez-vous pas poussé les choses un peu loin ?

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©Daniel Fouray

Iain Levinson : « Vous savez  j’ai bien conscience du pouvoir qu’à la télé réalité et de comment elle influence les gens. J’ai été juré récemment et j’ai pu voir comment les gens se projetaient déjà dans le spectacle avant même d’avoir pensé à rendre un verdict ». Il n’a pas vraiment répondu à la question, mais Michel Bazin poursuit.

Dans plusieurs de vos livres, vous critiquez la télévision et la puissance prise aujourd’hui par les médias. Est-ce qu’utiliser l’humour est pour vous une arme vous permettant de dénoncer ces dérives ?

Iain Levinson : « Oui, l’humour est une bonne façon de montrer les dérives, de montrer le ridicule de ce constat. On a qu’à regarder la façon dont les médias montrent actuellement les élections américaines, les présentant comme un véritable succès démocratique, alors même que rien ne ressort des débats, que rien n’y est vraiment dit. C’est complètement ridicule. Mais voilà le pouvoir des médias ». Michel Bazin interroge ensuite Derf Backderf et lui demande ce qu’il pense de la télévision et de son pouvoir. « Je ne sais pas trop quoi penser de la télévision. Mais j’ai déjà été la cible des médias avec l’affaire Dahmer (rires). Vous savez, Dahmer, Jefferey Dahmer, le serial killer. Nous étions dans le même lycée et lorsque cela s’est su, les médias ne m’ont pas lâché ». Sans faire plus de commentaires, Michel Bazin enchaîne, le questionnant cette fois-ci sur son roman.

J’aime le contraste entre le drôle et la réalité plus grave. 

D. Backderf

Et pour vous, l’humour était-il indispensable pour écrire Trashed ?

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©gonzai.com

Derf Backderf sourit : « Dans le livre, on rit mais l’histoire est aussi bouleversante. J’ai passé un an à ramasser les ordures. Le livre c’est vraiment le récit de ce que je voyais à l’arrière du camion ». Entre deux éclats de rire, l’auteur ajoute : « J’aime le contraste entre le drôle et la réalité plus grave ». Michel Bazin acquiesce, et l’interroge sur le thème de la surveillance constante qui est développé dans le roman. Derf Backderf hoche la tête, puis déclare, assuré : « Dans tous les pires boulots, on vous surveille. Vous savez ce que l’on dit, Job de merde, patron de merde« . Iain Levison appuie ses propos : « Oui. Plus un boulot est merdique, plus les patrons vont être capables d’investir pour surveiller, juste pour s’assurer que le boulot est bien fait ».

Encore des rires : c’est Sam Lipstyte qui manifeste son accord avec ses deux camarades.

Vous pensez que l’humour peut permettre de parler de toutes les situations ?

L’auteur acquiesce : « Je pense, oui. Par exemple, lorsque ce que l’on a voulu ne se réalise pas, l’humour permet d’aborder cela ». Mais il change rapidement de sujet : « Et puis pour rebondir sur les propos de Derf Backderf, je dois dire qu’aujourd’hui oui, on est surveillé, partout, jusque dans nos ordinateurs de bureau ». Derf Backderf dit d’un air désabusé : « La nouvelle génération est foutue, et c’est à cause de nous ».  Iain Levison ajoute, plus grave : « La technologie éloigne aujourd’hui l’argent des travailleurs. Avec ce système, on est foutu « . À Sam Lipsyte de reprendre : « Et la situation ne fait qu’empirer ».

Moi, je suis un anticapitaliste qui ne plaît pas aux Etats-Unis.

 I. Levison

Vous êtes tous d’accord pour dénoncer le capitalisme et son fonctionnement ?

S’ensuite un court silence. Derf Backderf est le premier à oser reprendre la parole : « Je ne sais pas vraiment », dit-il, « en fait, je voulais surtout raconter une bonne histoire, avec de bons personnages. L’humour a finalement rendu le texte assez différent de l’intention de départ ».  Iain Levison : « Vous savez, mon livre a été mieux accueillit en France, même si tous les gens avec qui je travaille adorent mes romans. Mais, moi, je suis un anticapitaliste qui ne plaît pas aux Etats-Unis » conclut-il avec un sourire.

L’heure tourne. Comme ces trois romans parlent de l’Amérique et de sa société, Michel Bazin lance le sujet des élections américaines, que tous les médias évoquent et qui s’achèvent bientôt. Sam Lipsyte dit : « sur le sujet des élections, je pense qu’il y a beaucoup à dire. Mais tout d’abord, on va pleurer ! » La salle éclate de rire. Imperturbable, il continue : « Parce que bon, de toute façon, une fois qu’Hilary Clinton sera élue, on sera dans la même merde qu’avant ». Derf Backderg donne aussi son avis ; lui s’insurge un peu, quoique avec le sourire, contre les commentaires qu’il a pu lire en France sur les américains et leur « folie » d’avoir mis Trump comme candidat : « Les Français, vous critiquez beaucoup le fait que Donald Trump soit candidat aux élections présidentielles…Vous me faites rire ! Parce qu’en vrai, vous avez le même type de personne chez vous, c’est Marine Le Pen. Et regardez aussi, en Autriche : ils ont élus un président d’extrême droite. On a le même problème partout ». C’est à Iain Levinson d’avoir le mot de la fin : « En fait, les élections sont généralement un beau spectacle. Regardez en France : aucune chance que François Hollande soit réélu, pourtant tout le monde en parle et les médias le donnent gagnant. Mais en fait c’est juste un spectacle médiatique qui amuse les journalistes. »

Je voulais surtout raconter une bonne histoire, avec de bons personnages. L’humour a finalement rendu le texte assez différent de l’intention de départ…

D. Backderf

Dans la salle des fêtes, les gens rient, et on entend des murmures d’assentiment, les dernières paroles des auteurs ont fait mouche. Par-dessus le brouhaha, on entend Michel Bazin qui s’efforce de conclure cette rencontre qui fut trop rapide, rappelant les titres des romans et l’actualité des auteurs. Il remercie enfin ses invités, et l’assistance applaudit, car bien que les sujets abordés furent sérieux, l’humour était là et c’était tout ce qui comptait.

Samedi 10 septembre

  • Table ronde Babelio : DU ROMAN À L’ÉCRAN

Avec Laura Kasischke, l’auteur d’Esprit d’hiverStewart O’Nan, l’auteur de Derniers feux sur Sunset et Marlon James, l’auteur de Brève histoire de sept meurtres.

Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville), Samedi 14h-15h

Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ? Voilà quelque unes des questions auxquelles tenteront de répondre nos invités qui ont tous les trois, à des degrés divers, eu affaire avec Hollywood.


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riverTrois romans de Laura Kasischke ont pour l’instant été adaptés au cinéma. C’est d’ailleurs son premier roman A Suspicious River, publié en 1996 aux Etats-Unis, qui fut le premier à être porté sur grand écran. C’était en 2000 par la réalisatrice canadienne Lynne Stopkewich. Pour notre membre Rexregis le roman, publié en France chez Christian Bourgois est “gorgé d’une poésie mélancolique absolument sublime dans toutes les descriptions, aussi bien dans de ce qui se passe que quand il ne se passe rien, c’est-à-dire qu’elle réussit à décrire l’invisible, l’atmosphère de vide éblouissant et magnifique qui entoure l’héroïne”. La réalisatrice a-t-elle su conserver cette poésie ? Par quels moyens ?

vie devant ses yeux livreLa seconde adaptation fut celle de son troisième roman La vie devant ses yeux, l’histoire de Diana McFee, une quarantenaire qui a tout pour être heureuse mais qui sombre pourtant dans la folie. Ce sont deux stars du cinéma Evan Rachel Wood et Uma Thurman qui incarnent successivement le personnage de Diana jeune et adulte dans un film réalisé en 2007 par Vadim Perelman, un réalisateur américano-canadien qui fut impressionné par la qualité du roman : « Le livre est comme une magnifique chanson sur deux filles, il a vraiment quelque chose de magique. Laura Kasischke est une poétesse et ce livre est l’une de ses premières oeuvres en prose. Il n’a pas de structure linéaire, pas de narration conventionnelle. Il a une qualité onirique. Mais c’est justement ce qui m’a attiré : le défi de l’adapter à l’écran. »

oiseauWhite Bird est la troisième adaptation d’un roman de Kasischke, en l’occurrence son deuxième roman Un oiseau blanc dans le blizzard, publié en France en 2000 chez Christian Bourgois. Pour la lectrice Marple,“Ce livre confirme le talent de Laura Kasischke pour créer des ambiances étouffantes, nous y laisser mariner quelques centaines de pages, puis nous en donner la clé, toujours inattendue et bien trouvée”. L’ambiance est-elle tout aussi étouffante dans l’adaptation signée Gregg Araki ? Pour le réalisateur, qui n’a pas voulu rester entièrement fidèle au roman, « Laura Kasischke a une façon impressionniste d’appréhender le monde. C’est très cinématographique”.

Stewart O’Nansnow est un écrivain américain dont le premier roman, Des anges dans la neige, publié en France en 1997 chez l’Olivier a été adapté au cinéma près de dix ans plus tard par David Gordon Green avec Kate Beckinsale et Sam Rockwell dans les rôles principaux. Pour le lecteur Loutre des Rivières, “Stewart O’Nan parvient à nous embarquer dans un récit poignant, réaliste où l’horreur côtoie la routine et le quotidien.” L’adaptation, qui reçu un excellent accueil critique et fut saluée par l’auteur lui-même.

onan2Son dernier ouvrage, Derniers feux sur Sunset, un roman biographique sur les dernières années de Francis Scott Fitzgerald, devrait également être adapté au cinéma. Aura-t-il un rôle dans la production de son ouvrage ?

meurtreMarlon James n’a pas encore vu ses romans prendre vie sur grand écran mais l’écrivain américain planche en ce moment sur l’adaptation de son roman fleuve Brève histoire de sept meurtres publié chez Albin Michel. Il s’agit d’une plongée en apnée dans la Jamaïque de Bob Marley avant, pendant et après la tentative d’assassinat du chanteur. Un roman qui a permis à son auteur de remporter le prestigieux Man Booker Prize en 2015. Ce n’est cependant pas sur le grand écran que sera adapté le livre mais dans une série télé produite par HBO. Il faut dire qu’avec 800 pages et près de 70 personnages, c’est probablement le format qui permet de rester le plus fidèle au roman.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/forum-des-%C3%A9crivains/du-roman-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9cran.html

Le lieu : Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville),
La date : Samedi 14h-15h

Table ronde Du roman à l’écran – Compte rendu

Samedi 10 septembre 2016 de 14h00 à 15h00

Avec Marlon James, Laura Kasischke, Stewart O’Nan

Un bon livre donne-t-il nécessairement lieu à un bon film ? Quels sont à vos yeux les livres qui ont été le mieux adaptés au cinéma ? Est-ce important pour un écrivain de voir son œuvre sur grand écran ?

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Interrogé sur le rapport faustien entre les écrivains et Hollywood, Stewart O’Nan rappelle que pour un auteur, Hollywood est toujours une opportunité, ne serait-ce que parce que cela permet de payer les factures. Il souligne que des auteurs comme Aldous Huxley ou Dorothy Parker ont acquis une plus large notoriété grâce à leur travail pour le cinéma.  Et c’est le Faulkner scénariste qui assurait la paix financière du Faulkner écrivain.

Fitzgerald, dont l’expérience à la Mecque du cinéma est le sujet de Dernier feux sur Sunset, le dernier roman de Stewart O’Nan, était fasciné par le cinéma, comme il l’était par tout ce qui était neuf et semblait pouvoir changer son époque : l’automobile, l’aviation etc. Il s’est rendu trois fois à Hollywood. Les deux premières furent des échecs. Et juste avant son troisième essai, en 1937, alors que Gatsby le magnifique allait être publié, il écrivait à son éditeur Max Perkins : « Si celui-là ne marche pas, j’irai à Hollywood et j’apprendrai à écrire des films. »

Laura Kasischke, elle, raconte que lorsqu’elle a été contactée pour la première adaptation de l’un de ses romans, elle a été flattée et honorée, mais qu’elle a eu la prudence de ne pas se laisser aller à trop d’enthousiasme, échaudée par l’expérience de nombreux amis écrivains dont les livres avaient été optionnés par des producteurs, et dont les adaptations n’ont jamais vu le jour. D’autant plus que même lorsque le film se fait, le temps peut être très long entre l’option sur un roman et la première projection de l’adaptation. Il est plus sage de ne pas sabrer le champagne trop tôt.

« Une série n’est pas un livre, c’est  un autre genre d’animal »

Marlon James

Le cas de Marlon James diffère un peu : son roman est en cours d’adaptation pour la télévision, sous la forme d’une série. Il a d’ailleurs écrit le scénario du premier épisode. Mais même après l’avoir écrit, il n’est pas encore certain de vouloir s’impliquer totalement et garder le contrôle créatif de la série. Une série n’est pas un livre, c’est « un autre genre d’animal ». Il y a beaucoup d’exemples d’adaptations sur lesquelles l’auteur de l’œuvre original a voulu exercer un contrôle sans partage, et qui se sont avérées être catastrophiques à l’arrivée. Il faut savoir lâcher la bride. On raconte d’ailleurs qu’à Hollywood, lorsque un auteur veut réaliser lui-même l’adaptation de son livre, on le sent rien qu’à la lecture du scénario, et ce n’est généralement pas de très bon augure.

Laura Kasischke le confesse : s’impliquer dans l’adaptation de ses romans ne lui a jamais traversé l’esprit. Elle ne saurait absolument pas comment s’y prendre. Et de toute façon, collaborer, ce n’est pas vraiment pour elle : enfant solitaire, sans frère ni sœur, elle n’a jamais été une championne du travail de groupe…

Revenant sur la question des écrivains à Hollywood, Stewart O’Nan rappelle qu’au-delà de l’adaptation, certains auteurs ont produit de très belles choses en écrivant directement pour l’écran, tel Graham Greene avec Le Troisième homme ou Kazuo Ishiguro avec The Saddest Music in the world. Il tient le travail de scénariste de Fitzgerald en haute estime : la qualité de ses dialogues, en particulier ceux des personnages féminins, est indéniable, et compte pour beaucoup dans l’Oscar reçu par Maragaret Sullivan dans Trois Camarades. Et, on le sait moins, son talent de dialoguiste a également été mis à contribution pour Autant en emporte le vent. Mais comme Laura Kasischke, il n’était pas vraiment fait pour le travail de groupe.

Cette dernière a-t-elle apprécié les films tirés de ses livres ? Elle était si honorée d’être adaptée à trois reprises qu’elle s’est toujours gardée de porter un regard trop critique. Elle n’a vu chacun des films qu’une seule fois, mais raconte que dans son œil, l’adaptation est un objet à part, dissocié de l’œuvre originale, dans lequel elle s’étonne toujours de retrouver au détour d’une scène ou d’un dialogue quelque chose qu’elle avait voulu mettre dans son livre. Et elle est toujours impressionnée par le travail et les apports propres au medium cinématographique, à commencer par les décors et les costumes.

Marlon James n’est pas inquiet de la simplification qu’induit parfois l’adaptation. Le format de la série permet au contraire de densifier l’œuvre originale. Une tapisserie comme The Wire, par exemple, ne pouvait être qu’une série, pas un film. Par certains aspects, le scénario qu’il a écrit pour le premier épisode était plus dense que le roman lui-même. Certains personnages secondaires du roman ont été plus développés. Et l’artifice par lequel des personnages s’adressent directement à l’auteur ne pouvant être transposé de manière satisfaisante à l’écran, il a fallu ajouter d’autres personnages à qui ils puissent faire leurs confidences. Stewart O’Nan renchérit en expliquant qu’en un sens, des séries de qualité comme The Wire ou Deadwood ont repris le flambeau d’un genre que la littérature avait un peu délaissé : la fresque sociale. Autre intérêt de la série selon Marlon James, la possibilité qu’elle donne à des comédiens de talent d’être en lumière. Si son roman avait été adapté au cinéma, il est possible que le personnage principal, une femme noire dans la trentaine, ait plu à Julia Roberts, et que les spectateurs se soient retrouvés avec une Julia Roberts au mauvais accent jamaïcain à l’écran. Dans une série, le rôle aura plus de chance d’échoir à un interprète approprié. James Gandolfini, qui incarne avec maestria Tony Soprano dans la série Les Sopranos, n’aurait sans doute jamais eu ce rôle au cinéma.

Aurait-il refusé de voir son roman adapté en film plutôt qu’en série ? Pas forcément. Il y a d’excellentes adaptations cinématographiques de gros romans, comme ceux de Dickens, par exemple. Il y en évidemment beaucoup de très mauvaises aussi. Il avoue avoir préféré l’adaptation du Docteur Jivago par David Lean au roman de Pasternak.

Sur la question de la fidélité à l’œuvre originale, Laura Kasischke explique qu’en ce qui concerne ses romans, une fois que les choses sont signées, elle est ouverte à tout. Elle aime être surprise, et la seule chose qui importe, c’est qu’elle soit touchée par le film. Sans connaître les réalisateurs ou les acteurs des adaptations de ses livres, elle y a retrouvé à chaque fois une parenté, une atmosphère propre à ses romans.

« Dans certains cas, comme celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, par exemple, le film va jusqu’à prendre la place du livre dans la culture populaire. »

Stewart O’Nan

Stewart O’Nan a eu la chance de voir son livre Des anges dans la neige adapté par un auteur réalisateur, David Gordon Green, qui avait du fait de cette double casquette un vrai contrôle créatif sur le film. Et pour avoir vu les précédents films de David Gordon Green, il savait déjà que le ton de son livre, l’univers des petites villes américaines qu’il explore, seraient bien présents à l’écran. Il rappelle que certains écrivains ont détestés les adaptations de leurs livres : Anthony Burgess pour Orange Mécanique, Stephen King pour Shining ou Ken Kesey pour Vol au-dessus d’un nid de coucou. (Marlon James souligne que Stephen King, qui a salué à l’inverse les médiocres adaptations de Cujo ou de Salem, est certainement meilleur auteur que critique de cinéma.) Stewart O’Nan estime que dans ces exemples, les films constituent des œuvres en elles-mêmes, qui existent en tant que telles indépendamment du matériau original, et il s’en félicite. Laura Kasischke a été plutôt satisfaite des adaptations de ses romans, qui restituent à ses yeux sa propre sensibilité, même si elle s’est parfois trouvée face à certains de ses lecteurs estimant qu’elle avait dû être très déçue. Sa principale inquiétude, c’était d’être incomprise, que l’adaptation conduise les spectateurs à des contresens. C’est cette même inquiétude qu’elle a face à la critique, quand elle lit par exemple : « Laura Kasischke aime la violence et voir mourir les animaux.». Elle s’en défend : « J’aime les animaux ! Parfois, ils meurent, c’est vrai. Mais ce n’est pas de ma faute ! » Stewart O’Nan rebondit en expliquant que le message du livre est parfois modifié par l’adaptation. Et que dans certains cas, comme celui de Vol au-dessus d’un nid de coucous, par exemple, le film va jusqu’à prendre la place du livre dans la culture populaire. A l’inverse, certains livres bénéficient d’une reconnaissance a posteriori grâce à leur adaptation. Marlon James prend ainsi l’exemple d’American Psycho de Bret Easton Ellis.

En résumé, Stewart O’Nan voit trois destins possibles pour une adaptation :

  • Un film si bon qu’il occulte le livre
  • Un film si mauvais que le livre en pâtit par contagion (Cloud Atlas, par exemple)
  • Un bon film, tiré d’un bon livre, et comme tout le monde est payé à la fin, on ne va pas se plaindre…

« Dans un scénario, on ne peut pas écrire « Elle est perplexe. » Il faut trouver un équivalent : « Elle fronce les sourcils. » »

Marlon James

Pensent-ils à une potentielle adaptation lorsqu’ils écrivent ? Pas nécessairement pour Stewart O’Nan, mais il lui est arrivé d’être influencé par le cinéma dans son écriture. Il a ainsi écrit Speed Queen juste après avoir vu Pulp Fiction et Créatures Célestes, de Peter Jackson, ce qui l’a conduit à inclure dans le roman de nombreux éléments de l’imaginaire cinématographique américain, notamment la vitesse et la violence propres au road movie. Laura Kasischke, elle, n’est pas en mesure de penser à un comédien pour incarner le personnage du roman qu’elle est en train d’écrire : elle n’est déjà pas capable de penser à son futur lecteur ou son futur éditeur. Marlon James a grandi en Jamaïque dans les années 70, où il était plus facile de tomber sur une VHS du Parrain ou de Blade Runner que sur un roman de Toni Morrisson. Son imaginaire a été informé par le cinéma plus que par la littérature. Et il en a gardé une écriture cinématographique, plus tournée vers les actes que vers l’introspection. Il a appris avec le cinéma une règle simple, qu’il rappelle souvent à ses étudiants : « Un coucher de soleil est beau en soi. Il n’a pas besoin de vous. N’en rajoutez pas. » Abordant l’écriture de scénario, il explique à quel point elle est différente du roman. Dans un scénario, on ne peut pas écrire « Elle est perplexe. » Il faut trouver un équivalent : « Elle fronce les sourcils. » Mais son écriture littéraire étant déjà relativement dans cet esprit, son roman se prêtait sans doute plus que d’autres à une adaptation.

Laura Kasischke rappelle que l’écriture pour la télévision a beaucoup changé avec les années. Changé en bien. Petite, elle passait des heures devant les soap opéras, et le constat était sans appel : c’était terriblement mal écrit.  Dialogues, personnages, rien ne tenait debout. Et c’est en ouvrant son premier bon roman que, par comparaison, elle a réalisé qu’il était aussi possible de bien écrire. La télévision s’est grandement améliorée depuis cette période, et elle ne désespère d’ailleurs pas de mettre un jour son mari, qui a 68 ans, devant Breaking Bad, en dépit de son hostilité inflexible envers le petit écran.

«L’intérêt principal de l’adaptation est avant tout d’avoir pu m’offrir une maison avec des toilettes qui fonctionnent. »

Laura Kasischke

En conclusion, tous s’accordent à dire que, pour être flatteuse, l’adaptation n’est absolument pas un objectif ou une case à cocher dans la carrière d’un écrivain. Si cela arrive, tant mieux, mais Marlon James explique que certains auteurs écrivent aujourd’hui en anticipant une potentielle adaptation, et que la qualité de leur texte, plus proche d’un scénario que d’un livre, s’en ressent. Pour Laura Kasischke, il y a un décalage entre les gens qui ne sont pas forcément lecteurs, qui vous félicitent quand ils apprennent que vous allez être adapté, et les grands lecteurs, qui voient parfois ça d’un mauvais œil, comme une compromission. Elle aura le mot de la fin en rappelant que dans son cas, comme pour beaucoup d’auteurs, l’intérêt principal de l’adaptation est avant tout d’avoir pu s’offrir une maison avec des toilettes qui fonctionnent…

  • Table ronde Babelio :  LITTÉRATURE & JOURNALISME

avec Héctor Tobar, l’auteur de Jaguar,  Alysia Abbott, l’auteur de Fairyland et John Jeremiah Sullivan, l’auteur de Pulphead.

Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville), Samedi 17h-18h

À l’heure des réseaux sociaux et de l’accélération globale du débit de l’information, y a-t-il encore une place pour le journalisme littéraire ? Le journaliste est-il nécessairement un écrivain en puissance ? De quelle manière un sujet, une idée deviennent-ils un essai ou un roman plutôt qu’un article ? Du journaliste ou de l’écrivain, qui prend le pas sur l’autre ?

Pour discuter du journalisme et de ses liens (encore existants ?) avec la littérature, on vous propose une rencontre avec trois auteurs aux profils très variés mais dont les oeuvres et les approches se situent au croisement entre ces deux activités que sont la littérature et le journalisme.

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FairylandIl existe plusieurs facettes au livre Fairyland d’Alysia Abbott. Il s’agit d’une part de la biographie du propre père de l’auteur, Steve Abbott, un écrivain homosexuel victime du sida en 1992, une autobiographie dans laquelle l’auteur comment elle a grandi avec cet unique père comme parent et enfin un riche témoignage de la vie à San Francisco, alors capitale de la culture hippie dans les années 1970.

Gage de sa qualité d’écriture, le livre a également reçu le Prix Marie Claire du meilleur roman féminin en 2015. Il sera par ailleurs adapté au cinéma par Sofia Coppola.

Hector Tobarjaguar est quant à lui un journaliste né à Los Angeles de parents immigrés guatémaltèques. Sa couverture des émeutes de Los Angeles en 1990 a été saluée par le prestigieux prix Pulitzer. Ce sont d’ailleurs ces émeutes qui ont inspiré son premier roman Jaguar.

Comment passe-t-on de journaliste à écrivain ? Pourquoi passer par le genre de la fiction ? Reste-t-il toujours un journaliste quand il écrit un roman ? Ce sont autant de questions que nous lui poserons lors de la rencontre.

sullivanLa littérature et le journalisme sont au coeur des textes de John Jeremiah Sullivan, auteur de auteur de nombreuses chroniques et essais parus dans des magazines tels GQ, The Paris Review ou encore Harper’s Magazine. Également rédacteur en chef de la section littérature du sud des États-Unis de la revue littéraire The Paris Review, John Jeremiah Sullivan s’intéresse tout particulièrement à ce qui constitue l’âme de l’Amérique. Il a ainsi écrit de longs articles sur Michael Jackson, le Tea Party, le Mississippi post-Katrina ou encore sur un festival de rock chrétien.

Ces articles, on peut aujourd’hui les retrouver dans le recueil Pulphead, publié chez Calmann-Levy en 2013 et qui regroupe quelque unes de ses plus célèbres chroniques.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/forum-des-%C3%A9crivains/litt%C3%A9rature-journalisme-2.html
Le lieu : Auditorium Ernest-Hemingway (Cœur de Ville)
La date : Samedi 17h-18h

Table ronde Littérature et journalisme  – Compte rendu

Samedi 10 septembre 2016 de 17h00 à 18h00

Avec Alysia Abbott, John Jeremiah Sullivan, Héctor Tobar

À l’heure des réseaux sociaux et de l’accélération globale du débit de l’information, y a-t-il encore une place pour le journalisme littéraire ? Le journaliste est-il nécessairement un écrivain en puissance ? De quelle manière un sujet, une idée deviennent-ils un essai ou un roman plutôt qu’un article ? Du journaliste ou de l’écrivain, qui prend le pas sur l’autre ?

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Interrogé sur ce qui l’a conduit à choisir la narrative non fiction, John Jeremiah Sullivan commence par un souvenir : son père adulait Mark Twain, au point de porter le même costume blanc que lui. Cette familiarité avec l’œuvre de Twain, à cheval entre fiction et journalisme, l’a poussé à embrasser le genre sans appréhension, car il savait que ce fameux « nouveau journalisme » avait en fait toujours existé. Bien avant David Foster Wallace, Daniel Defoe avait déjà inventé à la fois le roman anglais et le magazine. Bien sûr, chaque genre a ses libertés et ses limites. Et lorsqu’il lit un grand roman, il lui arrive de trouver la non-fiction frustrante, en découvrant des vérités humaines profondes que seule la fiction est en mesure d’atteindre. Mais l’avantage du journalisme, c’est qu’il oblige à mener l’enquête, à se défaire de ses préjugés.

Héctor Tobar, lui, est devenu écrivain grâce au journalisme. Il est issu d’une famille pauvre, où l’on n’imaginait même pas qu’écrivain puisse être une profession. Mais le journalisme lui a donné un passeport pour utiliser la langue, pour explorer le monde, pour raconter des histoires. Et plus il a avancé dans son parcours de journaliste, plus il a compris qu’il avait besoin de personnages dans ses histoires, qu’il allait avoir besoin de la beauté de la langue, d’infuser l’art dans le journalisme  pour lui donner une autre dimension. Le journalisme lui a appris que les mots ne sont pas innocents, que l’on est comptable de ce que l’on écrit. Que toute écriture est la recherche d’une vérité. Avec une différence de taille, cependant : quand on est journaliste, on écrit pour être lu immédiatement. Il confesse d’ailleurs ne s’être jamais perçu comme un artiste jusqu’à sa première visite au Festival America quatre ans plus tôt, lorsqu’il a entendu des lecteurs français le qualifier du beau nom de « romancier »…

Alysia Abbott voulait parler de son père, de ses dernières années pendant lesquelles ils échangeaient des lettres, de sa mort et de ses conséquences. Plus encore après avoir trouvé ses journaux intimes. C’était une mission. Mais elle a mis des décennies pour trouver le bon angle. Elle ne voulait pas écrire un récit personnel, mais quelque chose de plus large, qui soit représentatif des queer et de leurs familles. C’est là que le journalisme est intervenu. Les mémoires sont un genre souvent égocentrique. C’est pourquoi elle a effectué un lourd travail de documentation et d’interviews pour dépasser le récit personnel et en faire une histoire sociale.

Son père était un poète, très expérimental, et elle s’est demandé un temps si elle devait suivre cette voie pour raconter son histoire. Mais elle cherchait quelque chose de plus stable à titre personnel que la poésie. Et au-delà de ça, la réalité la stimule, elle n’aime pas inventer. Elle souhaitait que les lecteurs puissent s’identifier à elle en tant que personnage, quelque chose que ne permet pas le journalisme traditionnel. Au vu du sujet, sans cette identification, le récit aurait pu leur paraître trop étrange.

Pour Héctor Tobar, l’empathie est l’un des outils les plus puissants à la disposition du journaliste. La fiction permet de mettre à jour des vérités que les personnes interviewées ne peuvent ou ne savent pas dire. L’imagination permet de combler les lacunes. Le journaliste n’a pas le droit d’utiliser cet outil, mais l’écrivain le peut.

«Le piège, c’est de trop insister sur son propre point de vue, de se mettre en scène au détriment du sujet, et de finalement perdre le lecteur. »

John Jeremiah Sullivan

A propos de l’empathie, John Jeremiah Sullivan explique qu’il ne faut pas cacher au lecteur que, aussi documentée et honnête soit-elle, toute histoire reflète la perspective de son auteur, qui a ses propres problèmes et préjugés. Il ne recule donc pas devant l’usage de la première personne du singulier dans ses livres. Mais le piège, c’est de trop insister sur son propre point de vue, de se mettre en scène au détriment du sujet, et de finalement perdre le lecteur. C’est un équilibre délicat. Sa règle d’écriture, c’est de n’utiliser la première personne que dans les cas où ça lui permet de poursuivre son travail de journaliste plus loin qu’en gardant une position neutre. Sinon, quand ça n’est pas utile, ça tourne à la dérive narcissique.

Il rappelle ensuite qu’en lui, le journaliste et l’auteur sont parfois en conflit. Il lui arrive régulièrement en écrivant de se dire que s’il pouvait y ajouter des choses à sa fantaisie, l’histoire pourrait être géniale ! Mais il s’en garde. Il aime la réalité. Elle a une texture, une luminosité bien à elle. Et en non-fiction, on a la charge du réel. Cela dit, une bonne histoire finit toujours par réconcilier par elle-même le journaliste et l’auteur.

« Mes romans sont écrits par un journaliste, mais par un journaliste fou. »

Héctor Tobar

Héctor Tobar donne une définition de ses romans : « ils sont écrits par un journaliste, mais par un journaliste fou. » Ou par un écrivain qui veut utiliser les instruments que lui offre le journalisme : l’observation, la langue, la capacité à se projeter dans un personnage, ou encore le sens du détail. Gabriel Garcia Marquez disait que c’était le détail qui donnait au à l’écriture sa crédibilité. Si Héctor Tobar dit « J’ai vu des chevaux voler au-dessus de Vincennes », on peut le croire, mais on sera plus tentés de le croire encore s’il ajoute « l’un d’eux avait un fer rouillé ».

Interrogé sur la nécessité de lire des romans pour être un bon journaliste, John Jeremiah Sullivan répond qu’au-delà des étiquettes ou des compartiments, l’écriture est un tout, qu’il s’est nourri autant de fiction que non-fiction sans nécessairement tracer de frontière claire entre les deux. Héctor Tobar a le sentiment qu’écrire de la fiction a fait de lui un meilleur journaliste. Il n’aurait pas été capable d’écrire Les 33, son enquête sur les mineurs chiliens enterrés, s’il n’avait pas publié deux romans auparavant.

Alysia Abbott ne fait elle non plus pas de distinction nette entre la narrative non fiction et la fiction dont elle s’est approprié les outils. Elle est également attirée par le genre des mémoires, à cause de la mise en danger de l’auteur, qui cherche à dévoiler sa vérité émotionnelle. Elle aime la fiction, mais trouve stimulant qu’une histoire doive sans tenir aux seuls faits, sans possibilité d’invention. Comme Héctor Tobar et Gabriel Garcia Marquez, elle souligne l’importance du détail, en rappelant ce critique du New Yorker qui, dans un livre sur les mécanismes de la fiction, disait qu’un seul détail pouvait suffire à détruire l’abstraction, à faire advenir la beauté.

Héctor Tobar explique que plus il avance dans sa carrière de journaliste, plus il prend conscience de sa responsabilité. Il cherche sans cesse de meilleurs outils pour rendre la vérité. Mais s’il faut être un bon technicien, un bon journaliste se doit aussi d’être une bonne personne, même si cela conduit à écrire des choses qui peuvent blesser ou indisposer. On ne peut se contenter d’être un artisan, il faut aussi être un homme de bien, un mensch comme on dit en yiddish.

John Jeremiah Sullivan brosse pour conclure un tableau de l’évolution du journalisme ces vingt dernières années. Son métier a radicalement changé. Le web est devenu le canal de lecture principal. Mais il voit là quelque chose de plus excitant que déprimant. Bien sûr, cette évolution a ses aspects négatifs, que chacun connaît. Il veut garder l’esprit qu’il a vu à l’œuvre au New York Times Magazine lorsqu’il y a travaillait : plutôt que résister au changement, ou capituler devant lui, les journalistes cherchaient constamment comment utiliser ces nouveaux outils de manière créative pour mieux faire leur métier. S’il devait résumer cette transformation, il dirait qu’il ne fait aujourd’hui plus du journalisme, mais plutôt de l’art documentaire.

 Dimanche 11 septembre

  • Table ronde Babelio : PROTEST SONGS

Avec Marlon James, l’auteur de Brève histoire de sept meurtres, Gyasi Ross, et Willy Vlautin, l’auteur de Ballade pour Leroy.
Espace Truman-Capote (Magic Mirrors), Dimanche 12h-13h

On dirait presque qu’elle est née avec l’Amérique, cette tradition de la protest song ou comment signifier son désaccord en chanson. Depuis la période coloniale, elle sert à s’élever contre l’injustice. On a ainsi chanté pour réclamer l’indépendance, demander l’abolition de l’esclavage ou la paix (de la guerre de Sécession à celle d’Irak), obtenir une meilleure justice sociale ou l’égalité des droits, clamer son opposition à la mondialisation … De Woody Guthrie et Bob Seger à Bob Dylan, Joan Baez et Bob Marley sans oublier Neil Young, Bruce Springsteen et Eminem, la protest song a vraiment conquis ses lettres de noblesse littéraire.
Que représente pour eux cette façon particulière de protester ? La chanson atteint-elle davantage le public qu’un livre ? Est-ce important pour un écrivain de s’engager ? Écrit-on différemment quand il s’agit des paroles d’une chanson ?

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Marlon James, Gyasi Ross et Willy Vlautin sont trois auteurs qui ont une chose en commun : la musique, ou tout du moins, une certaine forme de musique : celle qui a quelque chose à dire.

Willy Vlautinvlautin2, est un écrivain américain auteur de quatre romans mais également un chanteur, celui du groupe de rock Richmond Fontaine qui a déjà une dizaine d’albums à son actif. Vous pouvez d’ailleurs écouter leurs oeuvres sur leur site internet.
Ses romans et ses chansons sont intrinsèquement liées : ils parlent parfois des mêmes personnages, des mêmes lieux, font références les uns aux autres. Autre point commun, ce sont toujours les laissés-pour-compte de la société américaine qui sont au centre de ses textes.

meurtreLes laissés-pour-compte sont également au centre de l’oeuvre de Marlon James et plus précisément de son livre coup de poing Brève histoire de sept meurtres. Long de près de 800 pages, l’auteur a fait couler autant d’encre sur le papier que ses personnages de sang sur le trottoir. C’est que les laissés-pour-compte parfois s’organisent et deviennent des gangsters. Marlon James s’est inspiré de la tentative d’assassinat de Bob Marley en Jamaïque le 2 décembre 1976 pour brosser le portrait d’un pays au bord du gouffre. La musique de Bob Marley est omniprésente, comme un incessant -et inutile ?- appel à la paix.

gyasiCe sont d’autres laissés-pour-compte auxquels Gyasi Ross a prêté sa voix et sa plume, celle des indiens d’Amérique. Né dans une tribu Blackfeet, Gyasi Ross est avocat diplômé de la Columbia Law School. Ecrivain (ces oeuvres ne sont pas encore traduites en français), auteur de chroniques mais également rappeur, Gyasi Ross consacre son oeuvre à défendre la cause des indiens et plus généralement des minorités toujours opprimées aux Etats-Unis. Le rap est -il une forme à part entière du protest songs ?

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/protest-songs.html
Le lieu : Espace Truman-Capote (Magic Mirrors)
La date : Dimanche 12h-13h

Table ronde Protest Songs  – Compte rendu

Dimanche 11 septembre 2016 de 12h00 à 13h00

Avec Marlon James, Gyasi Ross, Willy Vlautin

On dirait presque qu’elle est née avec l’Amérique, cette tradition de la protest song ou comment signifier son désaccord en chanson. Depuis la période coloniale, elle sert à s’élever contre l’injustice. On a ainsi chanté pour réclamer l’indépendance, demander l’abolition de l’esclavage ou la paix (de la guerre de Sécession à celle d’Irak), obtenir une meilleure justice sociale ou l’égalité des droits, clamer son opposition à la mondialisation … De Woody Guthrie et Bob Seger à Bob Dylan, Joan Baez et Bob Marley sans oublier Neil Young, Bruce Springsteen et Eminem, la protest song a vraiment conquis ses lettres de noblesse littéraire. Marlon James fait revivre Bob Marley dans son roman et, au-delà de la soif de justice et d’égalité du mouvement reggae, Gyasi Ross écrit et chante du rap, la forme moderne de la protest song, pour célébrer et défendre sa culture, celle des Indiens d’Amérique, tandis que Willy Vlautin, le leader du groupe country-rock Richmond Fontaine, célèbre dans ses textes les humbles et les laissés-pour-compte du rêve américain, tel un héritier de John Steinbeck.

Que représente pour eux cette façon particulière de protester ? La chanson atteint-elle davantage le public qu’un livre ? Est-ce important pour un écrivain de s’engager ? Écrit-on différemment quand il s’agit des paroles d’une chanson ?

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Enfant déjà, Willy Vlautin, bien que très romantique, était plus attiré par les chansons engagées que par les chansons d’amour, notamment parce qu’elles semblaient dire la vérité. Et il constate que ce sont les jeunes qui écrivent des chansons engagées, tandis que les vieux écrivent des chansons d’amour. Peut-être parce que lorsqu’on est jeune on pense tout savoir, et qu’on a une forme de combativité, alors que lorsqu’on vieillit, si l’on aime et qu’on est aimé en retour, on juge que c’est déjà bien suffisant.

Gyasi Ross a une révélation à faire : il est Amérindien depuis longtemps. Et d’ailleurs, ses parents l’étaient aussi… Son père avait été enrôlé pour le Viet Nâm, et très jeune, il manifestait avec ses parents contre cette guerre. Il a toujours baigné dans une éthique de protestation. A l’époque, il écoutait le groupe de rock amérindien XIT. La radicalité des paroles lui échappait, mais elle s’est inscrite de manière souterraine dans son esprit, comme dans Inception.

Si bien que quelques années plus tard, lorsqu’à 14 ans, arrivé à Washington State, il a découvert sur le câble le clip de Fight the power, de Public Enemy, il y a immédiatement vu le même esprit, la même énergie. C’est cet esprit qu’il essaie de retrouver dans ses chansons et ses livres. Voilà 500 ans que les Amérindiens vivent sous la même pression, qu’on leur explique qu’ils ne devraient pas être là où ils sont. Chanson et littérature engagées sont une même manière d’affirmer son droit à l’existence, sa propre beauté, de réinventer une narration dans laquelle on a sa place.

Marlon James a grandi en Jamaïque dans les années 70, et s’étonne toujours d’entendre des non-jamaïcains dire qu’ils apprécient Bob Marley pour son message de paix et d’amour. Mais ils parlent de trois chansons ! Toutes les autres sont révolutionnaires ! Beaucoup de Jamaïcains détestaient Bob Marley et le rastafarisme. Il dérangeait. A l’époque, en Jamaïque, on aspirait surtout à la normalité, à devenir une version chocolatée du colon blanc. Le message rastafari, qui disait qu’il ne fallait pas attendre de sauveur blanc, allait à contre-courant. Donc oui, le reggae était une musique engagée. En tant qu’écrivain, cependant, même s’il a grandi dans le reggae, Marlon James dirait qu’il a été plus influencé dans la forme et dans le fond par le hip hop, par NWA et des chansons comme Night of the Living Baseheads de Public Enemy. Il se rappelle d’ailleurs que lorsqu’on grandit dans une famille de policiers, il vaut mieux avoir un casque pour écouter NWA crier « Fuck the Police »…

Pourquoi Gyasi Ross a-t-il choisi le rap pour s’exprimer ? Parce qu’il ne sait pas chanter ! Il raconte qu’à l’université, il a suivi un cours sur l’histoire du rock and roll, qui s’est avéré être le plus passionnant de son cursus. Il a découvert Dylan, Sam Cooke, et toutes ces chansons qui constituaient la bande-son de la révolution. Et s’il pouvait chanter One Tin Soldier ou Come together des Beatles, il le ferait avec enthousiasme, mais il n’a pas ce talent-là.

Willy Vlautin, lui, écrit surtout sur ce qui l’empêche de dormir. L’engagement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan l’a empêché de dormir. Le fait que sa copine n’ait pas pu obtenir d’assurance maladie l’a empêché de dormir. Il écrit sur les sujets qui le dérangent, mu par sa colère. Toute sa vie, il  a voulu écrire des chansons d’amour, mais il n’a pu se retenir d’écrire des chansons engagées. Et il en va de même pour les livres.

« On écrit de la littérature engagée pour ne plus avoir à en écrire. »

Marlon James

Pour Marlon James aussi, il y a toujours de la colère au cœur du roman. Il rappelle cette maxime d’un de ses professeurs : « Il faut toujours écrire à propos de ce qu’on aime, de ce qu’on déteste, de ce avec quoi on n’est pas d’accord. » Et dans le fond, on écrit de la littérature engagée pour ne plus avoir à en écrire. Dans Sunday, bloody Sunday, Bono pose la question « How long must we sing this song ? » Pete Seeger serait effaré d’apprendre que malheureusement, ses chansons ne sont pas moins pertinentes aujourd’hui. Car on écrit toujours des textes engagés pour changer les choses, pour que ces textes mêmes ne soient plus pertinents à l’avenir.

Lorsqu’on lui demande si un roman peut changer les choses, Willy Vlautin répond qu’il n’oserait imaginer changer quoi que soit avec un livre. Ses cicatrices, ses obsessions, c’est tout ce qu’il a à offrir. Et s’il écrit, c’est aussi pour se pencher sur certaines peurs, les examiner sous toutes les coutures, en espérant pouvoir ainsi s’en exorciser. Avec un succès mitigé pour l’instant.

« Mes livres, mes disques, sont des signaux de fumée envoyés aux victimes d’injustices »

Gyasi Ross

Gyasi Ross expose le concept du gaslighting, une forme d’abus mental qui consiste à faire douter quelqu’un de sa propre santé psychique. C’est précisément ce que subissent aux Etats-Unis les communautés noire ou amérindienne au sujet du racisme. On dit qu’ils sont trop sensibles, qu’ils exagèrent. Jusqu’au jour où la vidéo d’un jeune noir désarmé abattu par la police oblige les Blancs à une prise de conscience brutale : « Mais alors, vous disiez vrai ! » Marlon James acquiesce : c’est en voyant le documentaire de Netflix intitulé Making a murderer que ses amis blancs ont réalisé que ce que chantaient NWA il y 25 ans n’était pas de la paranoïa, mais bien la réalité. Ce que Gyasi Ross cherche à faire avec ses disques et ses livres, c’est envoyer des signaux de fumées aux victimes d’injustices sociales ou universitaires. Qu’à le lire ou l’entendre, ils se disent qu’ils ne sont pas fous, et qu’ils ne sont pas seuls.

Sur la question de son soutien politique à Bernie Sanders pour la primaire démocrate, Gyasi Ross répond qu’il se définit comme un révolutionnaire pragmatique. Il fait entendre son soutien car il estime qu’il est toujours utile de dénoncer un système politique discriminatoire. Socialement, il est privilégié. Il sait qu’il sera moins affecté directement par les choix politiques d’un Trump que les éléments les plus défavorisés de sa communauté. Et c’est justement pour eux qu’il a l’obligation de soutenir Hillary Clinton ou Bernie Sanders, s’il estime que leur politique peut améliorer un peu leur quotidien.

Willy Vlautin est obsédé par la manière donc ceux qui ont le pouvoir traitent ceux qui en ont moins. Il suffit de regarder le mari qui bat sa femme, ou même le client qui engueule la serveuse, l’employé de McDonald’s humilié par son patron. Ce sont les histoires de ces gens là qu’il veut écrire, ceux qui sont du mauvais côté du bâton. Il veut donner à voir la cruauté de ces dominations secrètes et quotidiennes. Quant à savoir s’il est plus facile de faire passer un message dans un livre ou dans une chanson, les deux sont difficiles à faire. On écrit un roman comme on creuse une tranchée. Alors qu’écrire une chanson, c’est plutôt marcher dans la rue en espérant en attraper une et la tenir fermement. A choisir, le travail ingrat de l’écriture est peut-être celui qui lui plait le plus.

A la question du choix du medium, Gyasi Ross répond par une citation du braqueur Willie Sutton. Lorsqu’on lui demandait pourquoi il braquait les banques, il répondait « C’est là où se trouve l’argent. » Ross, lui, se dit indifférent à l’argent, mais aussi au medium : il choisit le plus approprié pour porter son message. Il travaille ainsi actuellement sur un projet de dessin animé, autour d’une jeune amérindienne qui se révèle être plus intelligente que son professeur.

Pour Marlon James, la volonté de toucher un public large pour répandre un message n’oblige pas à la compromission. Il est très actif politiquement sur son profil Facebook, et il ne supporte pas plus les commentaires stupides ou haineux que par le passé. Il milite contre l’inaction. Il n’est pas suffisant de ne pas être raciste. Il faut être antiraciste, de manière active. Pour faire un parallèle, aujourd’hui, la plupart des gens peuvent se déclarer « non-violeurs ». Ils n’ont pas d’amis violeurs. Ils ne votent pas pour des violeurs. N’achètent pas de disques de violeurs. Et pourtant, des femmes se font encore violer. L’inaction ne suffit pas.

«J’ai longtemps cru que certaines chansons de Dylan étaient des titres reggae. »

Marlon James

Le genre des protest songs est-il américain par essence ? Marlon James reconnaît que la sensibilité politique des chanteurs jamaïcains vient de l’écoute des américains. Il a d’ailleurs longtemps cru que certaines chansons de Dylan étaient des titres reggae, ne les connaissant qu’au travers des reprises qu’avaient pu en faire des chanteurs jamaïcains… Cela dit, chacun peut dire la vérité dans sa propre langue, il suffit d’ouvrir la bouche et de gueuler.

Pour Gyasi Ross, l’hymne américain est la plus connue des chansons engagées. Il rappelle que beaucoup d’Amérindiens sont encore sensibles au pouvoir incantatoire des mots. Traditionnellement, c’est par les mots qu’on communique avec les esprits.  Alors on les manie avec précaution. C’est d’ailleurs pour ça que les pow wow songs ne contiennent que des onomatopées et non des paroles. La chanson engagée résonne donc particulièrement avec la culture indienne, dans laquelle on a la conviction que lorsqu’on parle on va créer quelque chose.

« N’importe qui dans l’assistance peut écrire une bonne chanson engagée. Il faut juste en écrire 1000 mauvaises avant. »

Willy Vlautin

Willy Vlautin conclut en expliquant qu’à ses yeux, la chanson engagée est celle des classes ouvrières, qu’elles soient américaines ou pas. Leadbelly, NWA, les protest singers irlandais, ils ont tous en commun d’utiliser ce qu’ils ont, leur colère. N’importe qui dans l’assistance peut écrire une bonne chanson engagée. Il faut juste en écrire 1000 mauvaises avant. C’est la beauté de la chanson engagée. Elle est accessible à tous. Pas besoin d’être Beethoven. Pas besoin de quoi que ce soit. On y met ce qu’on a.

Willy Vlautin a conclu la rencontre avec un très beau showcase de quelques chansons :

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  • Like a Rolling Stone: Grand entretien Babelio avec GREIL MARCUS

Salle Carlos-Fuentes (Cœur de Ville), Dimanche 14h-15h

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Né en 1945, Greil Marcus est un auteur, journaliste musical et critique culturel américain. Il est connu notamment pour avoir publié des essais littéraire et scientifique qui rendent au rock une place légitime au sein de la culture et de la politique.

galaadeSes livres décrivent souvent une histoire souterraine qui joint des événements éloignés parfois de plusieurs siècles, comme on peut par exemple le voir dans l’ouvrage Lipstick Traces, publié chez Allia. Si la rencontre s’intitule Like a Rolling Stone, qui fait autant référence à la célèbre chanson de Bob Dylan qu’à son propre livre dans lequel il analyse finement l’importance de ce titre, c’est que le chanteur américain a une place particulière dans l’oeuvre de Greil Marcus qui lui a consacré de nombreux livres et conférences.rock

Dylan ne sera cependant pas la seule figure évoquée lors de cette rencontre. Le dernier livre du critique américain est ainsi consacré à 10 chansons qui ont fait selon lui l’histoire du rock de Buddy Holly à Joy Division.

Toutes les informations sur l’événement : 

Le lien : http://www.festival-america.org/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/rolling-stone-grand-entretien-avec-greil-marcus.html
Le lieu : Salle Carlos-Fuentes (Cœur de Ville)
La date : Dimanche 14h-15h

Like a Rolling Stone : grand entretien avec Greil Marcus  – Compte rendu

Dimanche 11 septembre 2016 de 14h00 à 15h00

Greil Marcus est né en 1945 à San Francisco. Diplômé de sciences politiques à Berkeley, journaliste pour le magazine Rolling Stone entre 1975 et 1980, il est l’auteur du célèbre Lipstick Traces, de Mystery Train, de Dead Elvis, et de Like a Rolling Stone : Bob Dylan à la croisée des chemins, de L’Amérique et ses prophètes et de Bob Dylan by Greil Marcus. Greil Marcus enseigne à la New School (New York). Considéré comme l’un des plus grands spécialistes de la culture populaire de son pays, il a passé sa vie à étudier la société américaine à travers la musique, le cinéma et la littérature.

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« Qu’est ce qui fait qu’une chanson prétendument banale parle à celui qui l’écoute ? »

Greil Marcus commence par dire qu’il n’a jamais eu d’intérêt pour le concept de pop culture en tant que tel. Il aimait le rock, les films, les polars. Il n’a jamais conceptualisé ça en termes de culture légitime ou illégitime. C’était juste des choses qu’il aimait, et dont il avait envie de parler. Certains sont doués pour la musique ou l’image. Lui, c’était l’écriture. Et c’est pourquoi il  a commencé à écrire sur ces choses qu’il aimait. Sa mission : expliquer aux gens que ce qu’ils aiment peut être profond et riche de sens, même si les gardiens du temple déclarent que c’est sans intérêt. Si ça parle aux gens, il n’y a pas de raison de ne pas s’y intéresser. C’est d’ailleurs là tout le mystère philosophique derrière son œuvre : qu’est ce qui fait qu’une chanson prétendument banale parle à celui qui l’écoute ?

Deux chansons ont fondé sa vocation de critique. La première, c’est Don’t be cruel, enregistrée par Elvis Presley en 1956. Il avait alors 11 ou 12 ans, et il a été frappé par un détail : pourquoi y avait-il un téléphone dans la chanson ? Qu’est-ce qui avait poussé l’auteur à inclure quelque chose d’aussi moderne ? Quelques années plus tard, en 1964, il vivait en colocation, et écoutait en boucle la reprise de Money de Barrett Strong par les Beatles. Excédés par la répétition, ses colocataires l’interrogent : pourquoi perd-il son temps avec sa chanson. Il leur rétorque qu’il ne perd pas son temps, et pour plaisanter, se lance dans une analyse grandiloquente du morceau, supposé symboliser l’homme moderne écartelé par l’ordre industriel, les cris de Lennon résonnant comme un manifeste social. Tous éclatent de rire, mais à bien y réfléchir, Greil Marcus se dit que son analyse tient debout, qu’elle est convaincante. C’est ainsi qu’il est devenu critique.

«  La première impulsion du critique, c’est le partage : « Tu dois absolument écouter ça ! » »

Etudiant en sciences politiques à Berkeley, il y a acquis un bagage intellectuel et les outils de la pensée critique : savoir d’où l’on parle, lire les structures sous-jacentes, remettre en question ses préjugés etc. L’association de cet outillage et de son enthousiasme pour le sujet lui a permis de se lancer dans la critique musicale. La passion est un élément fondamental. La première impulsion du critique, c’est le partage : « Tu dois absolument écouter ça ! »

Concernant les aspects politiques de la musique, il estime que pour les identifier, il faut avoir le système de références correspondant. Il  tient son credo de la grande critique de cinéma Pauline Kael : « La critique est excitante parce il faut y mettre tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez. Vous ne pouvez pas y consacrer telle ou telle part de vous. Elle se nourrit de tout ce qui vous constitue, de toute votre histoire et vos références. » Si par exemple la connexion entre un blues des années trente et le sermon d’un père puritain de 1750 échappe à l’auditeur, ce n’est pas grave. Le travail de Greil Marcus, c’est précisément de faire le lien entre les deux, d’en parler, et de donner au lecteur l’envie d’écouter la chanson, et peut-être même de lire le sermon.

Greil Marcus retrace ensuite l’histoire du magazine Rolling Stone, lancé en 1967 par Jann Wenner, un de ses anciens camarades de Berkeley. C’était le journal que les gens attendaient. Le premier à dire : voilà ce qui se passe aujourd’hui dans la musique, la littérature, le cinéma, et dont les grands media ne parlent pas. C’était si stimulant que beaucoup de lecteurs voulaient  écrire pour le magazine, à commencer par Marcus lui-même. Il n’y avait aucune règle, le magazine s’inventait au fil des numéros. Un soir, dans une fête à Berkeley, Greil Marcus est tombé sur un rédacteur du magazine. Il lui a expliqué que leur rubrique musicale était nulle, qu’elle traitait le rock comme on parlait de la folk, en s’attachant uniquement aux paroles et en faisant fi de la musique. Le lendemain, Jan Wenner l’appelait : si la rubrique était si mauvaise, pourquoi ne viendrait-il pas s’en occuper directement ? C’est comme ça que Greil Marcus a commencé à écrire dans Rolling Stone.

Il ne pensait pas en faire une carrière, pour la simple raison que critique rock n’était pas une profession, à l’époque. On écrivait des choses en espérant les voir publiées, pas pour en faire un métier. Il s’orientait vers l’enseignement. Mais lorsqu’on lui a confié son premier cours à la fac, il a rapidement réalisé qu’il était très mauvais professeur, et détesté l’expérience.

En 1975, il publie son premier livre, Mystery Train. Michèle Bernstein, cofondatrice de l’Internationale Situationniste, lui a dit un jour que pour toute chose il y a deux raisons : la bonne raison et la vraie raison. La bonne raison de Mystery Train, c’était le projet de dire que dans le rock and roll on peut trouver des choses aussi belles et aussi profondes que dans n’importe quel mode d’expression artistique. La vraie raison, c’est qu’il voulait écrire un livre, pour voir s’il en était capable. Et la seule chose sur laquelle il pouvait écrire, c’était le rock. Mais en écrivant, il a découvert que ce qu’il produisait avait un sens, et c’est ainsi que la bonne raison est arrivée.

Comparé à l’écriture pour la presse, le livre est un formidable terrain de jeu. On continue à écrire jusqu’à ce que la fin arrive, un peu comme Schéhérazade. C’est un champ ouvert. Au fil de l’écriture, des choses imprévus apparaissent, que l’on peut choisir d’intégrer ou de laisser de côté. Dans un article, une critique, il faut aller d’un point A à un point B, rapidement, en respectant une forme et une direction. C’est un exercice bien plus cadré.

«  Mon livre n’a pas fait bouger les lignes. Il a tracé les lignes. »

Lorsqu’on lui demande si son livre a fait bouger les lignes, il répond en souriant que son livre a tracé les lignes. Personne n’avait mis autant d’ambition dans un texte sur le rock and roll. Il pensait d’ailleurs ouvrir une voie. Il imaginait que son livre encouragerait d’autres auteurs à s’attaquer avec la même liberté à d’autres sujets, mais il n’a finalement pas eu tant d’héritiers.

Côté influences, il cite Hemingway, Pauline Kael ou le critique littéraire Leslie Fiedler. Il n’a pas eu tellement d’influences issues de la critique rock, mais il faut dire que les plus anciens dans le métier n’avaient que deux ans de plus que lui… Il cite également D.H. Lawrence, auteur en 1923 de Studies in Classic American Literature, dont le style libre, hors de toute politesse ou convention, et semblant découvrir au fil des lignes l’objet de son étude, l’a profondément inspiré.

Greil Marcus raconte ensuite sa rencontre avec Bob Dylan, artiste au centre de son œuvre critique. En août 1963, à Philadelphie, il a emmené sa petite amie du moment à un concert de Joan Baez, pensant l’impressionner. Comme Marcus, Joan Baez venait de Menlo Park, en Californie, et il l’avait déjà croisée là-bas. Le concert avait lieu sous un chapiteau, dans un champ. Arrive un moment ou John Baez fait monter sur scène un type, qui semblait couvert de poussière. Il entonne sa chanson, With God on Our Side, et Marcus est frappé : il n’a jamais rien entendu de pareil.  C’était comme une réécriture de tous les manuels d’histoire et des épisodes glorieux de l’Amérique, avec des points d’interrogation ajoutés derrière chacun d’entre eux. Il oublie John Baez. Il oublie sa petite amie. Il est submergé. A la sortie du concert, il aperçoit le chanteur derrière la tente, qui s’efforce d’allumer une cigarette en plein vent. Marcus se lance : « Vous étiez génial ! » Sans même relever la tête, le chanteur répond « Non, j’étais à chier, mec. » Marcus s’éloigne, et demande à quelqu’un le nom de ce jeune chanteur : Bob Dylan.

Dans son livre Like a Rolling Stone, il a souhaité comprendre pourquoi cette chanson était à part. Pourquoi, bien qu’il l’ait entendue mille fois, elle semble toujours nouvelle. Pour lui, cette chanson est un accident incroyable, qu’il aurait été impossible d’orchestrer. C’est un saut dans l’inconnu. Plus largement, il a longtemps été obsédé par Dylan. Et il reste fasciné par son œuvre, par ce qu’il produit maintenant, et ce qu’il produira demain. Il a écrit trois livres sur Dylan. Il sait que c’est bien assez, mais régulièrement, il ne peut s’empêcher de se dire qu’il aurait des tas de choses à dire dans un quatrième… Dylan lui a d’ailleurs fait l’amitié d’apprécier un de ces trois livres : La République Invisible (en anglais : The Old Weird America.) C’est un livre sur les « Basement Tapes », ces morceaux  que Dylan et ses musiciens ont enregistrés dans la cave d’une vieille maison pendant neuf mois en 1967. Ces bandes n’étaient pas destinées à être écoutées. Au départ, ils s’amusent à reprendre de vieilles chansons, puis les choses dérivent vers des compositions originales. Mais ces bandes devaient être des démos pour d’autres artistes, rien de plus. En 1968, douze titres ont fuités, et sont immédiatement passés dans le circuit pirate. Douze titres incroyables, des morceaux qui semblaient avoir toujours existé.  Puis en 1994 quelqu’un a envoyé à Greil Marcus 5 CD qui contenaient plus de cent chansons issues des « basement tapes ». Il a écouté les CD dans sa voiture, à l’occasion d’un aller-retour avec sa femme de la Californie au Montana. En descendant de la voiture, il a déclaré : « Je vais écrire un livre là-dessus ! » Là encore, sans grand dessein derrière, juste l’envie d’écrire.

« Dylan a créé une musique intemporelle, universelle, ni veille ni neuve. »

Nick Toshes a prétendu un jour que Marcus lui avait confié que les « Basement Tapes » n’étaient qu’un prétexte pour écrire sur Dock Boggs, un joueur de banjo blanc des années 20 qui l’a toujours fasciné. Et c’est vrai qu’il y a dans le livre 60 pages sur Dock Boggs. 1920, 1967, 1994, les « Basement Tapes » condensent le temps. Dylan a créé une musique intemporelle, universelle, ni veille ni neuve.

Greil Marcus reconnaît qu’il aime trouver des liens occultes et inattendus entre les œuvres. Il a un goût pour ce qui est mystérieux, spectral, inatteignable. Comme toujours, il voit là une bonne raison, et une vraie raison. La bonne, c’est le dévoilement des sens cachés du monde. La vraie,  c’est qu’il agit sous l’emprise d’une compulsion névrotique. Et il est convaincu que chacun devrait utiliser ses propres névroses comme source d’énergie.

« La critique est un art très prétentieux : on se moque du projet de l’artiste. »

Concernant le discours des artistes sur leur propre œuvre, il explique qu’il lui arrive de s’appuyer sur ce matériel et sur les interviews menées par d’autres, mais essentiellement pour recueillir des informations factuelles. Car dans le fond, la critique est un art très prétentieux : on se moque du projet de l’artiste, de ce qu’il voulait dire via son œuvre, pour se concentrer sur le récit de sa propre réception. Marcus ne demande jamais aux artistes ce qu’ils veulent exprimer. Lorsqu’il a écrit Like a Rolling Stone, il voulait demander à Dylan des détails sur l’organisation et le déroulé de l’enregistrement. Son manager lui a répondu que ça ne savait à rien, que Dylan n’en avait aucun souvenir, et il a donc laissé tomber. Un peu plus tard, lorsqu’il a remis les épreuves corrigées du livre à son éditeur, celui-ci lui donné une copie des mémoires de Dylan, qui devaient paraître quelques semaines plus tard. Greil Marcus était terrorisé : si Dylan y donnait sa version de Like a Rolling Stone, alors celle-ci serait définitive, et rendrait son propre livre totalement superflu. Il a feuilleté frénétiquement le livre, pour se rendre compte avec soulagement que Dylan n’avait en fait pas écrit une ligne sur sa plus grande chanson…

Pour finir, Greil Marcus dit un mot de son tout dernier livre, L’histoire du rock en dix chansons. Pourquoi ces dix-là ? Peut-on condenser l’histoire du rock en dix morceaux seulement ? Marcus explique qu’il a choisi ces chansons sans plan. Il n’a pas voulu écrire à tout prix sur des tubes, ou des stars, ou des morceaux influents. Il a commencé par écrire sur une chanson, qui lui a fait penser à une autre, sur laquelle il a écrit, et ainsi de suite. Dans le fond, n’importe quelle chanson de rock qui vous touche contient en elle toute l’histoire du rock and roll. Un autre aurait pu écrire le même livre en choisissant d’autres chansons.

Nos live-tweets

L’équipe de Babelio sera présente tout au long du festival pour rendre compte de l’ambiance des échanges et relayer certaines conférences et expositions.
De même deux rencontres avec deux jeunes auteurs américains auront lieu en dehors de Vincennes. Si les inscriptions sont closes pour participer à ces rencontres, vous pourrez ainsi suivre nos échanges avec ces auteurs sur notre compte twitter. Des compte-rendus de ces rencontres vous seront par la suite proposés sur le blog.

Rencontre Babelio avec Megan Kruse à Paris

A l’occasion de la venue de Megan Kruse à Paris, nous vous proposons un livetweet de notre rencontre avec l’auteur  dès 20h.  Publié chez Denoël, De beaux jours à venir est le premier roman de cet auteur américain.

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Le résumé du livre :  « Je t’aime, je te déteste, je suis désolé. » Voilà l’éternelle litanie des disputes, gifles, cris et réconciliations qui a secoué l’enfance de Jackson et Lydia. Jusqu’au jour où Amy, leur mère, reçoit le coup de trop et leur demande de rassembler leurs affaires au plus vite. Cette fois, c’est sûr, ils s’en vont afin de fuir Gary, homme violent et froid…

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Rencontre Babelio avec Emily St John Mandel

Emily St John Mandel vient rencontrer les lecteurs Babelio et discuter avec eux de son dernier roman Station Eleven, publié chez Rivages. Un livetweet vous sera proposé dès 20h sur @babelio ainsi qu’un compte rendu complet dans les jours suivants.

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Le résumé du livre : Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.

Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

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Revue de presse du festival

Retrouvez ci-dessous, tout au long du festival, des liens ou extraits d’articles de presse qui ont retenu notre attention.

Dans son article Festival America à Vincennes 9-11 septembre. Cultures d’Amériques du Nord, l’Agence Bretagne Presse vous présente le festival, insistant sur les grandes thématiques abordées par cette 8e édition, notamment la « complexité et la diversité des Etats-Unis à un moment important de leur histoire ».

Dans sa rubrique culture, le journal Les Echos préfère, lui, insister sur le tour Road trip américain proposé par America, annonçant au passage quelques noms d’auteurs mis en lumière au cours du festival : Road trip littéraire à Vincennes.

De son côté, le journal Le parisien vous propose la liste de tous les auteurs qui seront à Vincennes pour le festival : 50 écrivain états-uniens pour le festival America. Les journalistes du Parisien ont également sélectionné les romans qui les ont le plus touché : Festival America : notre sélection de romans.

james_ellroy_11Le magazine littéraire Livres Hebdo se focalise quant à lui sur l’auteur James Ellroy, invité d’honneur du festival avec deux articles, James Ellroy, tête d’affiche du prochain Festival America de Vincennes et Comment James Ellroy voit le monde du livre.

l-ecrivain-jamaicain-marlon-james-au-choeur-des-tenebres-ok-sr,M364416.pngL’hebdomadaire Télérama choisit lui aussi de vous présenter un auteur en particulier : l’article L’écrivain Marlon James, au chœur des ténèbres jamaïcaines vous offre un focus sur le très beau roman Brève histoire de sept meurtres où Marlon James revient sur la tentative d’assassinat qui frappa le chanteur Bob Marley  en décembre 1976.

Quelques listes

Voici quelques listes qui vous donneront une autre image de l’Amérique. Concoctées par nos membres, elles risques de rallonger significativement votre PAL !

Le Texas vu par les écrivains : http://www.babelio.com/liste/4479/Texas

L’Amérique dans tous ses états : http://www.babelio.com/liste/299/LAmerique-dans-tous-ses-etats

Un panorama de la littérature contemporaine des Etats-Unis : Les carnets de route de François Busnel http://www.babelio.com/liste/4146/Un-panorama-de-la-litterature-contemporaine-des-Et

Quelques quiz

En attendant les festivités et les rencontres, nous vous proposons une sélection de quiz autour de l’Amérique et de la littérature américaine.

Voulez-vous jouer à un quiz qui vous emmènera sur les routes américaines ? ou bien à un autre qui vous permettra de découvrir ou de redécouvrir les indiens d’Amérique du nord ? A moins que vous ne préfériez jouer à celui-ci qui vous replongera dans l‘Histoire des Etats-unis ?

Dans celui-ci, ce sont 21 questions correspondant à 21 états qui vous feront réviser autant votre géographie que vos connaissances en littérature américaine.

Deuxième partie de notre jeu de l’été : Bons baisers de Babelio

Vous avez été très nombreux à participer à la première partie de notre jeu de l’été (on comptabilise près de… 2000 réponses en tout et un record de pages vues pour le blog battu le 12 juillet !). Ce jeu vous a permis de recevoir une carte postale (même virtuelle) de 25 écrivains. Le facteur vient de passer, il a de nouveau une carte pour vous !

Header

Comme lors de la session de juillet, nous vous présentons ci-dessous 25 cartes postales écrites par de célèbres écrivains*, toutes époques confondues. L’idée, c’est qu’elles n’ont pas été signées (quels étourdis ces auteurs) et c’est à vous de retrouver qui les a écrites ! Sur la droite de chaque carte, vous avez une image de la résidence de l’écrivain auteur de la carte, et sur la gauche, son texte.

Pour jouer, c’est très simple. Sous chaque carte vous pouvez écrire votre réponse ou bien nous indiquer en commentaire de cet article, la liste de vos réponses en veillant à bien indiquer le numéro de la carte. Ces cartes prennent directement la suite de celles de juillet, elles commencent donc avec le numéro 26.

Exemple :
26- Tolkien
30-Marguerite Yourcenar
43- Richard Brautigan

Pour pouvoir gagner, il vous suffit de participer, pas besoin de trouver l’intégralité des bonnes réponses. Vous pouvez simplement proposer des noms pour quelques cartes postales, vous aurez autant de chance d’être tiré au sort que les autres. Nous tirerons au sort un participant par session (celle de juillet et celle d’août) et les deux gagnants se verront envoyer un livre !

Pour que tout le monde puisse jouer les commentaires seront masqués jusqu’à la fin août.

Alors, prêt pour le grand voyage ?

Voici la seconde série de cartes postales (cliquez sur les images pour les agrandir) :

EDIT :
Bonjour à tous !
Le jeu prend fin aujourd’hui. Merci à tous les nombreux participants qui ont fait de ce jeu un grand succès (il y a eu un record d’audience sur le blog lors du lancement du jeu début juillet \o/ ). 
On compte près de 2000 réponses pour l’édition de juillet et 1600 pour celle d’août. Beaucoup de bonnes réponses parmi les suggestions qui seront accessibles aujourd’hui. 

Le gagnant recevra un mail dans la journée 🙂

Voici les bonnes réponses de notre jeu de l’été

Session de juillet
1 Victor Hugo installé à Guernesay dans sa maison appelée Hauteville House. Le recueil en question est les Contemplations.
2 Alexandre Dumas père. Plusieurs indices vous permettaient de l’identifier : les « feuilletons » pour lesquels il était célèbre et « Auguste Maquet », son nègre littéraire. Le nom du chateau ? Le Château de Monte-Cristo, bien sûr !
3 George Sand qui ne tient pas tant à revoir son amant Musset à Nohant-Vic.
4 Boris Vian dans son appartement situé dans l’enceinte du Moulin-Rouge. Tout le monde a compris l’allusion aux pianocktails ? 🙂
5 Agatha Christie en train de concocter un nouveau crime tout en se baladant dans sa propriété de Greenway House.
6 Francis Scott Fitzgerald qui organise des fêtes à Antibes, comme son héros dans Gatsby le Magnifique.
7 Robert Louis Stevenson parti vivre (et mourir) sur l’île Samoa. Henry James, un ami, lui écrivit : « Mon cher Louis, Vous êtes trop loin, vous êtes trop absent, trop
invisible. La vie est trop brève et l’amitié un sujet trop délicat pour jouer de tels tours. Donc, revenez, arrêtez-moi tout cela -noyez-moi tout cela et revenez ». Il répondra ceci : Mon cher James, Oui, je l’avoue, je faillis à l’amitié […] Mais jugez-moi avec clémence. J’ai retiré plus de plaisir et d’amusement de ces derniers mois que je n’en ai jamais eu auparavant, et ma santé n’a jamais été meilleure depuis dix ans. […] bien que la mer soit pleine de périls mortels, j’aime à vivre ici, et j’aime les tornades (quand elles sont passées) ; et je ne puis dire combien ce m’est une joie que d’arriver en vue d’une île inconnue.  »
8 Descartes qui vous a envoyé ce mot depuis la ville de… Descartes (bien qu’elle fut en son temps connue sous le nom de  La Haye-en-Touraine.)
9 Sylvain Tesson qui a rôdé un temps près du lac Baïkal, un peu avant d’entamer le trajet de la retraite de Russie menée par Napoléon Ier qui sera racontée dans le livre Berezina.
10 Ian Fleming qui vivait en Jamaïque dans sa propriété Golden Eye, nom qui sera repris pour une (excellente) avanture cinématographique de James Bond.
11 Philippe Sollers, qui aime passer du temps sur l’île de Ré, même si on l’associe souvent, il est vrai, à Venise.
12 Maurice Leblanc qui vivait à Etretat. Avez-vous été mis sur la piste grâce à notre indice ?
13 Marguerite Duras en Indochine  et qui aurait pu vous présenter son amant à qui nous avons fait subtilement (hum…) référence !
14 Karen Blixen qui travaille dur pour faire pousser quoi que ce soit sur les plantations de son mari au Kenya.
15 J.K Rowling qui écrivit une grande partie des aventures d’Harry Potter dans les cafés d’Edimburg dont The Elephant House. 
16 Edmond Rostand vous a envoyé sa lettre d’Arnaga dans le pays basque.
17 Ernest Hemingway qui écume les bars de La Havane. (Certes, il ne fit pas que ça !)
18 Rudyard Kipling dans sa jungle (si ce n’est pas un indice !), pardon dans le jardin de sa maison à Burwash en Grande-Bretagne.
19 Franz Kafka à Prague qui lutte contre l’idée de se métamorphoser en un monstrueux insecte!
20 Lewis Carroll à Oxford qui semble avoir déjà quelques idées pour son roman Alice aux pays des merveilles.
21 Jules Verne qui veut s’échapper de son quotidien à Nantes.
22 Marguerite Yourcenar qui vous écrit depuis Saint Jans Cappel dans le Nord pas de Calais.
23 Jean Giono à Manosque qui a connu un grand succès avec son premier roman Colline, mentionné dans la carte.
24 William Faulkner depuis Oxford dans le Mississippi. Monnaie de singe devait vous mettre sur la piste.
25 Gérard de Nerval en pleine balade bucolique à Mortefontaine, St Germain en Laye.
Session d’août : 
26 Virginia Woolf qui a écrit sa carte depuis Lewes en Grande-Bretagne.
27 Johann Goethe depuis Weimar.
28 Leon Tolstoï de Toula en Russie.
29 Jacques Prévert avec un clin d’oeil à Boris Vian, qui était présent dans notre session de Juillet. C’est cependant d’Omonville-la-petite qu’il écrit cette carte.
30 Théophile Gautier qui prépare des plats à Neuilly.
31 Voltaire qui ne signe pas une Lettre (un indice qui n’aura échappé à personne ) mais une carte postale depuis  son Château de Cirey  en Haute Marne
32 Mme de Sévigné qui prend la pluie bretonne l’air breton à Vitré.
33 Paul Claudel qui évoque sa soeur sculptrice dans cette carte envoyée de Brangues en Isère.
34 Pierre de Ronsard vous a écrit depuis le Prieuré St Cosme près de Tours.
35 Jean-Paul Sartre qui écrit depuis son immeuble parisien du 14ème arrondissement. Ou bien écrit-il sa carte du Flore ?
36 Honoré de Balzac en son appartement rue Raynouard à Paris
37 Olivier Adam qui écrit des remparts de Saint-Malo alors qu’il fait ses premiers pas au cinéma.
38 Colette qui partage sa joie d’être acceptée à l’Académie française depuis St Sauveur en Puisaye.
39 Mary Higgins Clark qui entre l’écriture de deux romans policiers vous a écrit depuis sa ville natale de New-York.
40 Pierre Loti a eu le temps, avant de repartir en voyage de vous écrire depuis Rochefort.
41 Jean-Jacques Rousseau.  Oui il y avait bien un jeu de mot : les Charmettes lieu de sa résidence/ Vous charmer ;).
42 Antonin Artaud parti en Irlande. Voici d’ailleurs le commentaire de son médecin : « Mégalomanie syncrétique: part en Irlande avec la canne de Confucius et la canne de St Patrick. Mémoire parfois rebelle. Toxicomanie depuis 5 ans (héroïne, cocaïne, laudanum). Prétentions littéraires peut-être justifiées dans la limite où le délire peut servir d’inspiration. À maintenir.  » (On a essayé de reproduire cette idée du délire dans notre carte.)
43 Jack London inconsollable depuis l’incendie qui a ravagé sa maison de Glen Ellen en Californie.
44 Mark Twain dans son incroyable maison à Hartford dans le Connecticut, avant qu’il ne soit ruiné et obligé de la quitter.
45 Lord Byron depuis l’une des centaines de pièces qui constituent cette impressionnante demeure située à Newstead Abbey dans le Nottinghamshire.
46 Stephen King, qui ne semble jamais quitter le Maine, une région du nord-est des Etats-Unis.
47 Edgar Allan Poe, qui vivait dans une toute petite maison d’un quartier pauvre du Bronx. Un maison qu’il adorait :  » C’était le plus doux petit cottage qu’on puisse imaginer. Oh, comme nous étions suprêmement heureux dans notre cher cottage ».
48 William Shakespeare qui, s’il a véritablement vécu, serait né à Stratford-upon-Avon, une ville du centre de l’Angleterre.
49 George Orwell, qui vivait dans une partie totalement isolée (!) d’une île (!!) écossaise, Jura.
50 Jack Kerouac qui dormait au Chelsea Hotel à New-York. Certes, de nombreux auteurs sont passés par cet hôtel devenu un symbôle des années 1960 mais le « fichu manuscrit » était un indice pour l’identifier, La Route ayant été écrit en un seul jet sur un seul et unique rouleau de papier.

*Enfin, faisons comme si

Où l’on remercie les lecteurs présents à notre pique-nique annuel !

C’est devenu, au fil des ans, le rendez-vous des plus fidèles membres de Babelio mais aussi des lecteurs curieux (ou gourmands) : le pique-nique Babelio se tenait pour la cinquième année consécutive, dans le parc de Bercy à Paris mais aussi, pour la première fois de son histoire, au Parc de la Tête d’Or à Lyon !


Un cinquième pique-nique sous le signe de la nouveauté

A Paris, cette année était celle des nouveautés. Pour proposer aux pique-niqueurs de nouvelles choses, l’équipe de Babelio, avec à sa tête un duo féminin composé de Marie-Delphine et d’Octavia, a décidé de sortir le grand jeu en ce 3 juillet 2016, date retenue pour les festivités : gobelets estampillés Babelio, thés glacés de bienvenue et tombola attendaient les participants à l’accueil.

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La tombola a permis à de nombreux participants de repartir avec un sac contenant un livre de la rentrée littéraire. Encore un grand merci aux éditeurs participants (Denoël, Héloïse d’Ormesson, Libella, Place des éditeurs, Seuil, Albin Michel, Allary Editions, Calmann-Lévy, Gaïa, Grasset, Metailié, Payot/Rivages, Piranha).

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Que les heureux réceptionnaires des ouvrages n’hésitent pas à publier leur critique du livre reçu en avant-première !


Un repas convivial

Qui dit pique-nique, dit nourriture à partager. Une nouvelle fois, nos lecteurs nous ont proposé différents plats préparés tels qu’une fougasse, des cakes, des tartes et de nombreuses choses salées ou sucrées proposées à toutes les personnes présentes.

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Un moment convivial qui a permis à chacun de discuter de ses plus beaux coups de cœur littéraires, ses dernières critiques ou bien ses scores à notre compétition de L’Euro 2016 🙂


Deux quiz, quatre gagnantes

Comme chaque année, ce rendez-vous annuel a été l’occasion d’organiser deux quiz permettant aux meilleurs de repartir avec une Babelio Box remplie de livres et de goodies. Cette fois-ci ce sont deux groupes de deux femmes qui ont chacun remporté la partie.
Les voici ci-dessous en train de joyeusement déballer leurs Box. Le plus dur sera le partage de leurs contenus :

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Bravo à elles quatre ! Il n’était pas facile de répondre à toutes les questions issues des différents quiz publiés sur Babelio par l’ensemble des membres. Révisez en jouant à ceux-ci et vous aurez peut-être une chance l’année prochaine.


Une loterie 

Autre moment incontournable de nos pique-niques, la loterie de livre qui permet à tous les participants de partager un coup de coeur dédicacé ainsi que de repartir avec un nouveau livre conseillé par un membre. Il était en effet demandé à tous les participants de venir avec un livre de poche dédicacé puis emballé. Tous les livres ont été placés dans un panier dans lequel il fallait ensuite piocher pour repartir avec un livre ! N’hésitez pas d’ailleurs à nous dire avec quel livre vous êtes repartis en commentaire.

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Ce fut au final une très belle journée malgré la pluie et les nuages qui recouvraient le parc de Bercy.


Grande première, les pique-niques Babelio se sont pour la première fois exportés en province !

C’est la pelouse du Parc de la Tête d’or à Lyon qu’a eu lieu le premier pique-nique Babelio hors de Paris. Une expérience qui devrait ouvrir la voie à d’autres rendez-vous en dehors de la capitale. Merci à tous les participants (une trentaine, belle réussite !)  et plus particulièrement à Amandine et Hélène qui ont pris le relais, sur place, pour organiser le pique-nique. Les locaux de Babelio étant situés à Paris, il ne nous était en effet as possible de nous joindre aux participants lyonnais mais ce n’est que partie remise. Eux ont en tout cas eu le soleil, contrairement aux parisiens.

Voici les photos prises par Amandine. Encore un très grand merci à elle.

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Bref, un grand merci à tous ceux qui, à Lyon ou à Paris, ont fait de ces pique-niques littéraires et gourmands de vraies réussites.

Notre jeu de l’été : Bons baisers de Babelio

Et c’est parti pour un nouveau grand jeu de l’été !

Du 1er juillet au 31 août 2016, Babelio vous propose un grand voyage dans la littérature. Vous n’avez pas réservé de billet de train ? Vous n’avez pas fait vos valises ? Pour une fois, ça n’est pas grave du tout…

Exemplecartepostale.png

Nous allons vous proposer deux séries de cartes postales. La première (ci-dessous) et la seconde au début du mois d’août. Ces cartes postales ont été écrites par de célèbres écrivains*, toutes époques confondues. L’idée, c’est qu’elles n’ont pas été signées (quels étourdis ces auteurs! ) et c’est à vous de retrouver qui les a écrites ! Sur la gauche de chaque carte, vous aurez une image de la résidence de l’écrivain auteur de la carte, et sur la droite, leur texte. Avec ça, il sera difficile de ne pas trouver !

Pour jouer, c’est très simple. Chaque carte postale est numérotée et il vous suffit, en commentaire à ce post, de nous écrire vos réponses.

Exemple :
1- Tolkien
6-Marguerite Yourcenar
13- Richard Brautigan

Pour pouvoir gagner, il vous suffit de participer, pas besoin de trouver l’intégralité des bonnes réponses. Vous pouvez simplement proposer des noms pour quelques cartes postales, vous aurez autant de chance d’être tiré au sort que les autres. Nous tirerons au sort un participant par session (celle de juillet et celle d’août) et les deux gagnants se verront envoyer un livre !

Alors, prêt pour le grand voyage ?

Voici la première série de cartes postales (cliquez sur les images pour les agrandir) :

*Enfin, faisons comme si

Edit : Bonjour à tous et merci d’avoir été si nombreux à jouer à la première partie de notre jeu de l’été !

Voici les bonnes réponses ci-dessous. Nous allons contacter un participant au jeu dans la journée.

Session de juillet : 
1 Victor Hugo installé à Guernesay dans sa maison appelée Hauteville House. Le recueil en question est les Contemplations.
2 Alexandre Dumas père. Plusieurs indices vous permettaient de l’identifier : les « feuilletons » pour lesquels il était célèbre et « Auguste Maquet », son nègre littéraire. Le nom du chateau ? LeChâteau de Monte-Cristo, bien sûr !
3 George Sand qui ne tient pas tant à revoir son amant Musset à Nohant-Vic.
4 Boris Vian dans son appartement situé dans l’enceinte duMoulin-Rouge. Tout le monde a compris l’allusion aux pianocktails ?🙂
5 Agatha Christie en train de concocter un nouveau crime tout en se baladant dans sa propriété de Greenway House.
6 Francis Scott Fitzgerald qui organise des fêtes à Antibes, comme son héros dans Gatsby le Magnifique.
7 Robert Louis Stevenson parti vivre (et mourir) sur l’île Samoa. Henry James, un ami, lui écrivit : « Mon cher Louis, Vous êtes trop loin, vous êtes trop absent, trop
invisible. La vie est trop brève et l’amitié un sujet trop délicat pour jouer de tels tours. Donc, revenez, arrêtez-moi tout cela -noyez-moi tout cela et revenez ». Il répondra ceci : Mon cher James, Oui, je l’avoue, je faillis à l’amitié […] Mais jugez-moi avec clémence. J’ai retiré plus de plaisir et d’amusement de ces derniers mois que je n’en ai jamais eu auparavant, et ma santé n’a jamais été meilleure depuis dix ans. […] bien que la mer soit pleine de périls mortels, j’aime à vivre ici, et j’aime les tornades (quand elles sont passées) ; et je ne puis dire combien ce m’est une joie que d’arriver en vue d’une île inconnue.  »
8 Descartes qui vous a envoyé ce mot depuis la ville de… Descartes (bien qu’elle fut en son temps connue sous le nom de  La Haye-en-Touraine.)
9 Sylvain Tesson qui a rôdé un temps près du lac Baïkal, un peu avant d’entamer le trajet de la retraite de Russie menée par Napoléon Ier qui sera racontée dans le livre Berezina.
10 Ian Fleming qui vivait en Jamaïque dans sa propriété Golden Eye, nom qui sera repris pour une (excellente) avanture cinématographique de James Bond.
11 Philippe Sollers, qui aime passer du temps sur l’île de Ré, même si on l’associe souvent, il est vrai, à Venise.
12 Maurice Leblanc qui vivait à Etretat. Avez-vous été mis sur la piste grâce à notre indice ?
13 Marguerite Duras en Indochine  et qui aurait pu vous présenter son amant à qui nous avons fait subtilement (hum…) référence !
14 Karen Blixen qui travaille dur pour faire pousser quoi que ce soit sur les plantations de son mari au Kenya.
15 J.K Rowling qui écrivit une grande partie des aventures d’Harry Potter dans les cafés d’Edimburg dont The Elephant House. 
16 Edmond Rostand vous a envoyé sa lettre d’Arnaga dans le pays basque.
17 Ernest Hemingway qui écume les bars de La Havane.(Certes, il ne fit pas que ça !)
18 Rudyard Kipling dans sa jungle (si ce n’est pas un indice !), pardon dans le jardin de sa maison à Burwash en Grande-Bretagne.
19 Franz Kafka à Prague qui lutte contre l’idée de se métamorphoser en un monstrueux insecte!
20 Lewis Carroll à Oxford qui semble avoir déjà quelques idées pour son roman Alice aux pays des merveilles.
21 Jules Verne qui veut s’échapper de son quotidien à Nantes.
22 Marguerite Yourcenar qui vous écrit depuis Saint Jans Cappel dans le Nord pas de Calais.
23 Jean Giono à Manosque qui a connu un grand succès avec son premier roman Colline, mentionné dans la carte.
24 William Faulkner depuis Oxford dans le Mississippi. Monnaie de singe devait vous mettre sur la piste.
25 Gérard de Nerval en pleine balade bucolique à Mortefontaine, St Germain en Laye.

Session d’août : https://babelio.wordpress.com/2016/08/01/deuxieme-partie-de-notre-jeu-de-lete-bons-baisers-de-babelio/#comment-8345

Où l’on fête la musique (avec des livres)

A l’occasion de la fête de la musique, nous vous proposons une liste aussi bien musicale que littéraire. 

De nombreux livres se sont en effet inspirés de diverses chansons et oeuvres musicales et, inversement, certains chanteurs et musiciens ont allègrement puisé dans la littérature pour proposer leur propre oeuvre. Ce sont donc près de 30 chansons que nous vous présentons ci-dessous. Certaines sont inspirées de romans, d’autres ont influencé des auteurs pour leurs oeuvres.

feteOn ne prétend pas à l’exhaustivité et on attend vos suggestions et conseils musicaux ! Si vous connaissez d’autres livres inspirés par une oeuvre musicale ou des chansons (de n’importe quel genre, rock, rap, raggae, chanson française, musique classique…) qui font explicitement référence à une oeuvre littéraire, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire.

N’oubliez pas de cliquer sur les liens pour découvrir en musique les oeuvres mentionnées.

♫ C’est notre manière aujourd’hui, de célébrer la musique. ♫ 

Lettres à Miléna d’Art Mengo

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Issue de La vie de château, quatrième album de l’auteur, compositeur et interprète Art Mengo, « Lettres à Milena » s’inspire de la correspondance passionnée qu’entretinrent Franz Kafka et Milena Jesenska.

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Journaliste et écrivain tchèque, Milena Jesenska rencontre Franz Kafka en 1919, au détour d’une de ses nouvelles qu’elle voulu traduire. De cette rencontre littéraire naquit une profonde passion, qu’ils vécurent pendant plusieurs mois.

Il disait « Dites-moi au moins « tu » une fois
Alors, je serai comme le plus heureux des hommes
Dans cette intimité seule connue de nous
Vos lèvres de papier sauront me rendre fou »

Dans « Lettres à Milena », Art Mengo fait revivre cet amour le temps de quelques vers, entre poésie, tendresse et tristesse ; car sa chanson parle surtout de la rupture.

Il s’agit pour Art Mengo,  de « l’une des plus belles correspondances de la littérature ».
Ecouter la chanson « Lettres à Milena », Art Mengo sur Youtube.

Come fly with me de Frank Sinatra

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Chanson populaire, Come Fly With Me, titre phare de l’album éponyme, fut enregistrée en 1957. Dans le ton d’un album entièrement consacré au voyage, cette chanson conte une aventure exotique qui transporte l’auditeur des plages d’Acapulco aux bars de Bombay, en passant par le Pérou.

You may hear the angels cheer because we’re together.
Weather-wise it’s such a lovely day
Just say the words and we’ll beat those birds down to Acapulco Bay
It’s perfect for a flying honeymoon, they say
So come with me, let’s fly, let’s fly away

Chantée de très nombreuses fois par Frank Sinatra, elle fut aussi reprise dans maintes œuvres. La chanson a aussi inspiré des auteurs de fiction. Dans All I want for Christmas, Emily Blaine place ses chapitres sous l’égide des chansons de Frank Sinatra. Plus encore, dans le second chapitre, « Come Fly With Me », l’héroïne, plongée par cette chanson dans une douce mélancolie, se remémore les Noëls de son enfance.

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De nouveau, Sinatra capta mon attention. « Come fly with me » résonna dans la cuisine et je chantonnai doucement, me  perdant dans les souvenirs de Noël de mon enfance. C’était la première fois en vingt-cinq ans que j’allais passer Noël loin d’eux. Les larmes me montèrent spontanément aux yeux. 

Ecouter « Come Fly with me » de Frank Sinatra sur Youtube.

Osez Joséphine d’Alain Bashung

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Issue d’Osez Joséphine, huitième album d’Alain Bashung, la chanson a été écrite par le chanteur en collaboration avec son parolier Jean Fauque d’après une histoire familiale entre Joséphine Draï et Alain Bashung. Parce qu’il voulait aider la fille timide, le chanteur lui répétait sans cesse « Ah si j’osais, Joséphine »…

Osez, osez Joséphine,
Plus rien ne s’oppose à la nuit
Rien ne justifie 

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En 2011, Delphine De Vigan reprend les paroles de la chanson et s’en inspire pour trouver le titre de son roman Rien ne s’oppose à la nuit. Dans son livre, lauréat de quatre prix entre 2011 et 2012, l’auteur raconte l’enfance, la maladie et le suicide de sa mère, osant porter à l’écrit l’indicible perte de l’être cher.

Ecouter « Osez Joséphine » d’Alain Bashung sur Youtube.

Killing an arab de The Cure

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Premier single du groupe The Cure, Killing an Arab paraît pour la première fois (en 45 tours !) en 1978. Vendu à 15 000 exemplaires, il est réédité en février 1979. La chanson, à cause de son titre, fait polémique et Robert Smith, auteurs des paroles, dû se justifier. Il déclara que ses paroles n’étaient qu’une courte et poétique tentative pour retranscrire les émotions qu’il avait ressenti à la lecture de L’étranger d’Albert Camus. Le meurtre fait référence à celui perpétré par le narrateur du roman d’Albert Camus. 

 Standing on the beach
With a gun in my hand
Staring at the sea
Staring at the sand

Lors de la promotion du single, pour éviter les interprétations douteuses du texte, le disque était envoyé aux médias … accompagné du livre d’Albert Camus ! Du fait cependant de l’incompréhension de certains et de la récupération de la chanson par des partis extrémistes, Robert Smith a regretté avoir choisi ce titre.

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Ecouter « Killing an Arab » de The Cure sur YouTube. 

Dr. Jekyll and Mr. Hide de Serge Gainsbourg 

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En 1968, Serge Gainsbourg chante Dr. Jekyll and Mr. Hide, chanson très largement inspirée du livre éponyme écrit par Robert Louis Stevenson.

Docteur Jekyll il avait en lui
Un Monsieur Hyde qui était son mauvais génie
Mister Hyde n’disait rien
Mais en secret n’en pensait pas moins 

A posteriori et avec un regard critique sur la carrière et la vie du chanteur français, on peut aisément comprendre le choix de l’artiste de s’inspirer d’un tel texte. La double personnalité du héros qui lutte contre les parties les plus sombres de lui-même à chaque instant du livre n’est pas sans rappeler la complexe personnalité du chanteur lui-même qui, au fil du temps, s’est façonné en « Gainsbarre », poète maudit ivre et provocateur.  

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Ecouter « Dr. Jekyll and Mr. Hide » de Serge Gainsbourg sur YouTube.

Rue des Blancs-Manteaux de Juliette Greco

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A l’origine, cette chanson fut écrite par Jean-Paul Sartre, sur une composition musicale du compositeur hongrois Joseph Kozma, pour le personnage d’Inès qu’il met en scène dans sa pièce de théâtre Huis clos (1944). Cette pièce, qui se réfère à la Révolution Française, évoque les outils de la mise à mort révolutionnaire, l’échafaud et le bourreau notamment.  

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Quelques années plus tard, Jean-Paul Sartre offre à la jeune Juliette Gréco, dont la carrière n’est encore qu’à ses débuts, la chanson Rue des Blancs-Manteaux. « Je vous fait cadeau, [dit-il], c’est une chanson que j’ai écrite pour Huis clos, parole et musique. La musique ne me plaît pas ».

A sa sortie en novembre, la chanson ne fut pas un grand succès, mais elle acquit sa notoriété au fil des ans, grâce aux autres interprétations du titre (notamment celle des Frères Jacques) mais aussi grâce à la réédition, en 1963, du titre historique de Juliette Greco.

Dans la rue des Blancs-Manteaux
Ils ont élevé des tréteaux
Et mis du son dans un seau
Et c’était un échafaud
Dans la rue des Blancs-Manteaux 

Ecouter « Rue des Blancs-Manteaux » de Juliette Greco sur YouTube.

Norwegian Wood, des Beatles

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Titre issu de l’album Rubber Soul, « Norwegian Wood » fut écrit en 1965 par John Lennon.

Les paroles tracent les contours de la relation amoureuse, de la douceur de la rencontre à la rage de la fin et l’amertume de l’absence :

 I once had a girl, or should I say, she once had me…
She showed me her room, isn’t it good, norwegian wood
And when I awoke, I was alone, this bird had flown
So I lit a fire, isn’t it good, norwegian wood. 

L’histoire veut que John Lennon écrivit cette chanson pour l’un de ses maîtresses, la journaliste Maureen Cleave.

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Vingt ans plus, tard, Haruki Murakami s’inspira directement de cette chanson pour écrire son roman La ballade de l’impossible (dont le titre anglais est d’ailleurs Norwegian Wood).

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Au cours d’un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles : Norwegian Wood. […] il replonge dans le souvenir d’un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami, Kizuki, s’est suicidé. Kizuki avait une amie, Noko. Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l’aime ainsi. Une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît.

Oeuvres jumelles, chanson et texte se mêlent et résonnent alors l’une avec l’autre, hommages aux amours enfuis qui ont marqué les deux artistes.

Ecouter « Norwegian Wood » des Beatles sur YouTube.

Murder in the Rue Morgue de Iron Maiden

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Nouvelle écrite par Edgar Allan Poe, Double assassinat dans la Rue Morgue (1841) met en scène, pour la première fois, le détective Auguste Dupin. Dans le Paris du XIXe siècle, l’enquêteur va résoudre une affaire pour le moins énigmatique : deux femmes, une mère et sa fille, ont été sauvagement tués, sans mobile pour le crime et sans explication plausible…

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La nouvelle influence de nombreux artistes, dans la littérature ou au cinéma, mais aussi dans la musique. Le groupe de heavy metal Iron Maiden s’inspira ainsi du texte d’Edgar Allan Poe pour sa chanson Murders in the Rue Morgue (extraite de l’album Killers). Notons que la nouvelle est également citée dans une chanson de Bob Dylan « Just Like Tom Thumb’s Blues » qui comporte également une référence à Arthur Rimbaud, poète que Dylan appréciait particulièrement.

Ecouter « Murders in the Rue Morgue » d’Iron Maiden sur YouTube.

Wuthering Heights de Kate Bush

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C’est à 16 ans et après avoir vu les dernières minutes de l’adaptation cinématographique de 1970 des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë que Kate Bush écrivit la chanson Wuthering Heights dont le nom, reprise direct du titre en version originale du livre, atteste immédiatement de son inspiration.

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Cette chanson, dont elle aurait composé les paroles en seulement quelques heures en regardant la lune depuis la fenêtre de sa chambre, s’inspire des pensées de Catherine Earnshaw, personnage principal du roman.

Bad dreams in the night
You told me I was going to lose the fight
Leave behind my wuthering, wuthering, wuthering heights
Heathcliff, it’s me, Cathy, I’ve come home I’m so cold
Let me in your window
Heathcliff, it’s me, Cathy, I’ve come home I’m so cold
Let me in your window

Grâce à cette chanson, Kate Bush devint la première femme à voir une chanson qu’elle a écrite et chanté elle-même atteindre la première place du « UK singles Chart », classement hebdomadaire des singles britanniques.

Ecouter « Wuthering Heights  » de Kate Bush sur YouTube.

Bonjour tristesse d’Alain Souchon

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« Bonjour tristesse » est  une chanson extraite de l’album La vie de Théodore, véritable hommage à Théodor André Monod, explorateur, érudit et humaniste français.

Best-seller historique de l’édition française (en 2011, on dénombrait près de deux millions d’exemplaires vendus depuis sa première parution en 1954), Bonjour tristesse est l’oeuvre d’une adolescente, car Françoise Sagan n’a alors que 17 ans. Ecrit rapidement, le livre fut envoyé à un éditeur qui, séduit par le style soigné de la jeune fille, le publiera.

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Comme
Je suis l’homme élégant,
Pour conduire je mets les gants
Dans les bolides extravagants
De Françoise Sagan

Dans ses romans, dans ses nouvelles,
Cette dame-demoiselle mêle
De jolies mélancolies frêles
Et je chante ma ritournelle
A la gloire d’elle

La chanson, qui fait référence à la maturité mêlée de jeunesse de l’auteur, est un véritable hommage à Françoise Sagan et à ses oeuvres et, plus particulièrement, à son premier roman Bonjour Tristesse dont elle reprend le titre.

Ecouter « Bonjour Tristesse » d’Alain Souchon sur YouTube


Mr Bojangles de Nina Simone

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Avec son premier roman intitulé En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut a séduit l’ensemble des lecteurs. Au coeur de ce roman publié par une petite maison d’édition bordelaise, une histoire d’amour et de folie avec Nina Simone en bande sonore.

Pourquoi Nina Simone et cette chanson en particulier, devenue personnage du roman ? Dans un entretien qu’il nous avait accordé lors de la publication du livre, il est revenu sur l’influence de cette chanson dans l’écriture e ce roman : « Je l’ai découverte en marchant dans les rues de Paris sous la pluie et le froid. Elle m’a beaucoup touchée. Je l’ai donc écoutée en boucle pendant quinze jours. Et puis, lorsque je me suis mis à écrire les premiers paragraphes elle est passée sur mon ordinateur. Au début j’ai souhaité la mentionner sans penser que Bojangles deviendrait un personnage aérien du roman. »

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Ce n’est que 5 ans après la publication, en 1968, de « Mr Bojangles » par le chanteur de country Jerry Jeff Walker que Nina Simone enregistre sa propre version de cette chanson inspirée par un vagabond rencontré en prison. Depuis, des centaines d’artistes ont repris « Mr Bojangles », sur scène comme Robbie Williamsà la télé comme Sammy Davis Jr ,  sur disque comme Neil Diamond ou lors d’une session d’enregistrement comme Bob Dylan. C’est pourtant bien la version de Nina Simone qui est au coeur du roman d’Olivier Bourdeaut.

Vous avez écouté la chanson ? Quelle est votre version préférée ?

Ecouter Mr Bojangles de Nina Simone sur Youtube.

Schizophrenia de Sonic Youth

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L’histoire de la musique rock est parsemée d’albums-concepts c’est à dire d’albums dont les chansons sont liées par une thématique commune. Dans l’album Sister (1987), le groupe Sonic Youth innove en rendant hommage à un grand auteur, l’écrivain de science-fiction Philip K. Dick décédé cinq ans plus tôt. Si les chansons présentes sur le disque ne lui sont pas toutes entièrement consacrées, il est tout de même au cœur de l’album. Ainsi, le titre même du disque est un hommage à la sœur jumelle de Philip, Jane Charlotte, décédée 6 semaines après sa naissance et dont l’absence a hanté sa vie autant que son oeuvre.

k dick

La schizophrénie diagnostiquée sur Philip K. Dick est l’objet de la chanson « Schizophrenia » qui ouvre l’album :

I had a dream
And it split the scene
But I got a hunch
It’s coming back to me

Preuve de l’intérêt du groupe non seulement pour l’oeuvre mais également pour la vie de l’écrivain de science-fiction, le titre d’une biographie de ce dernier écrite par Paul Williams –Only apparently, real to irreal– est citée dans les paroles de la chanson Stereo Sanctity.

Ecouter l’album Sister de Sonic Youth sur YouTube.

1984 de David Bowie

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C’est une véritable adaptation télévisée de l’ouvrage de George Orwell 1984 que devait réaliser David Bowie en 1974, ou disons, s’il ne s’agissait pas d’une fidèle transposition, d’une interprétation personnelle de la fameuse dystopie. Comme des milliers de lecteurs à travers le monde, Bowie est fasciné par le roman. Peut-être le chanteur anglais se retrouvait-il dans les thèmes abordés par l’écrivain. Peut-être, comme cela se murmurait alors dans les pages des magazines et des
newspapers, était-il devenu paranoïaque. En somme, il était donc parfaitement en phase avec la tonalité de ce sombre roman mettant en scène un régime totalitaire et policier.

1984
L’adaptation, pourtant, ne se fit pas. Les ayant droits refusèrent finalement que la star cocainée n’utilise l’oeuvre de George Orwell. On ne sait quelle fut la réaction de Bowie. On sait en revanche que chez lui, rien ne se perd mais que tout se transforme. Il se lança alors immédiatement dans un autre projet totalement imprégné, d’une part de sa propre paranoïa et d’autre part de l’oeuvre de George Orwell.

L’album Diamond Dogs sort en 1974. On y retrouve un univers oppressant (il s’agit d’un album-concept, les chansons racontent une histoire), une dictature totalitaire… et certains titres qui nous rappellent quelque chose…

Someone to lead us, someone to follow
Someone to fool us, some brave Apollo
Someone to save us, someone like you
We want you, Big Brother
Big Brother!


Au delà de l’atmosphère très orwelliennes de l’album on retrouve deux allusions directes à son oeuvre : une chanson intitulée « Big Brother » et une autre intitulée “1984”. Deux résidus du projet initial de Bowie.

Au delà de l’influence d’Orwell, on peut également citer l’influence de l’écrivain William S. Burroughs dans la méthode d’écriture des chansons de David Bowie. Ce dernier a en effet emprunté au parrain de la Beat Generation la technique du “cut up” qui consiste, pour citer le magazine Rolling Stones à un “genre littéraire où un texte est découpé au hasard, mélangé avec d’autres, pour produire un ensemble inédit.”

Ecouter « 1984 » de David Bowie sur YouTube.

Hey Jack Kerouac de 10 000 maniacs

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C’est directement au pionnier de la Beat Generation Jack Kerouac mais aussi aux autres auteurs associés au mouvement que s’adresse le groupe américain 10 000 Maniacs dans la chanson (au titre équivoque) “Hey Jack Kerouac”.

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Auteur du livre culte Sur la route, livre de chevet de toute une génération, Jack Kerouac a inspiré de nombreux chanteurs et auteurs-compositeurs comme Bob Dylan ou Tom Waits. Il était normal qu’un groupe rende un jour hommage à celui qui se considérait comme un “poète jazz”. La chanson “Hey Jack Kerouac” du groupe 10 000 Maniacs est cependant un hommage en demi-teinte. La chanson ne tient à aucun moment d’une légende dorée, la chanteuse Natalie Merchant n’éludant aucun aspect de la vie mouvementée des auteurs de cette génération. De fait, c’est un regard doux amère qu’elle semble porter sur Jack Kerouac et son entourage littéraire :

Hey Jack, now for the tricky part
When you were the brightest star
Who were the shadows
Of the San Francisco beat boys ?
You were the favorite
Now they sit and rattle their bones
And think of their blood stoned days


Faire la liste de tous les liens entre Jack Kerouac et le monde de la musique relève d’une tâche presque impossible. Notons simplement brièvement qu’une scène du festival Les Vieilles Charrues en Bretagne porte son nom, que le groupe de hip hop Tiron & Ayomari a également composé une chanson intitulée Jack Kerouac, que le titre d’un de ses romans, Satori à Paris a inspiré Etienne Daho ou encore que le personnage principal du roman Sur la route a été utilisé comme nom par un groupe franco américain de country-blues.

Ecouter « Hey, Jack Kerouac » de  10 000 Maniacs sur YouTube.

La Sonatine de Diabelli

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C’est par la savoureuse scène d’une leçon de piano pour le moins compliquée que commence le huitième roman de Marguerite Duras. L’élève semble n’avoir que faire des conseils de son professeur : « Quand même, […], tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. » Le morceau que doit jouer l’élève est une sonatine de Diabelli, plus exactement celle-ci :

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Anton Diabelli est un musicien autrichien du 19ème siècle. Il est surtout connu pour son travail d’éditeur. Il a demandé à plusieurs grands compositeurs allemands et autrichiens de composer des variations de ses valses. Ces variations sont à l’origine de l’un des grands chefs-d’oeuvre de Beethoven : les 33 Variations sur une valse de Diabelli.

Ecouter la Sonatine de Diabello sur YouTube.

Tear in Your Hand de Tori Amos

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La chanteuse américaine Tori Amos n’a jamais caché son admiration pour la bande dessinée The Sandman de Neil Gaiman. Cette Bd raconte les aventures du marchand de sable, Morphée, le roi des Rêve. Il a pour famille La Mort, le Délire, le Désir ou encore le Destin. The Sandman est une oeuvre de comics ambitieuse dans laquelle chaque histoire fait office de conte. Les influences de l’auteur sont multiples et ont attiré de nombreux lecteurs et lectrices pourtant réfractaires au genre du comics.

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Parmi les lecteurs fidèles de cette BD, on retrouve une certaine Tori Amos. Dans la chanson « Tear in your hand », la chanteuse fait ainsi explicitement référence au personnage créé par Neil Gaiman et à Neil lui-même :

Let me take a deep breath babe
If you need me
Me and Neil’ll be hangin’ out with the dream king

Certains lecteurs de The Sandman et/ou fans de Tori Amos sont même allés jusqu’à penser que cette dernière avait inspiré le personnage Délire créé par Neil Gaiman. Ceci est faux même si l’amitié qui a rapidement lié les deux artistes a effectivement en partie influencé l’évolution du personnage Délire : « Délire a été créée avant que je ne rencontre Tori, mais elles se sont effrontément plagiées l’une l’autre ».

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Ecouter « Tear in your Hand » de Tori Amos sur YouTube


La Sonate à Kreutzer de Léon Tolstoï

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Publié en 1889, mais immédiatement censuré par les autorités russes, La sonate à Kreutzer est un court roman de Léon Tolstoï qui fait référence dans son titre à l’une des plus célèbres mais aussi des plus longues sonates pour piano et violon de Beethoven, oeuvre que doit jouer l’un des protagonistes du roman.

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https://www.youtube.com/watch?v=COGcCBJAC6I

A travers ce roman dans lequel un homme raconte ce qui l’a poussé à tuer sa femme, Tolstoï promeut l’idée de l’abstinence sexuelle. Oeuvre forcément polémique, elle poussa sa femme Sophie Tolstoï puis son fils Léon Tolstoï fils (dans un ouvrage intitulé Le prélude de Chopin)  à défendre les positions de l’écrivain.

Trois poèmes pour Annabel Lee d’Hubert Félix Thiéfaine

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Présente dans son album à succès Suppléments de mensonge, la chanson « Trois poèmes pour Annabel Lee » évoque un personnage de l’oeuvre d’Edgar Allan Poe, Annabel Lee.

Annabel lee
pas un seul cheveux blanc
n’a poussé sur mes rêves
Annabel lee
au roman des amants
je feuillette tes lèvres

poemes

Dans le poème d’Edgar Allan Poe, qui ne fut publié qu’après sa mort et qui fut traduit par Stéphane Mallarmé en France, Annabel Lee est une jeune femme dont est profondément épris le narrateur. Les anges, jaloux de cet amour, tuent la jeune femme :

Les anges, moitié moins heureux dans le ciel,
S’étaient pris à nous jalouser, moi et elle –
Si ! – et c’est la raison pour laquelle (tout le monde sait cela
Dans ce royaume du bord de la mer)
Le vent est parti du nuage, la nuit,
Glaçant et tuant mon ANNABEL LEE.

Ecouter « Trois poèmes pour Annabel Lee »d’Hubert-Félix Thiéfaine sur YouTube. 

Les variations Goldberg de Bach

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Les variations Goldberg représentent une œuvre pour clavecin composée par Johann Sebastian Bach, aux alentours de l’année 1740, c’est à dire vers la fin de sa vie.

Le critique Patrick Szersnovicz témoigne de l’importance de cette oeuvre : “Recueil touffu, fantasque, d’une rare densité contrapuntique, les Variations Goldberg […] ne partent pas d’un point pour arriver à un autre, mais tournent autour d’un thème, une paisible aria en forme de sarabande tirée du second Clavierbüchlein que Bach composa pour sa femme Anna-Magdalena en 1725.”

Le pianiste Glenn Gould interpréta quatre fois les variations au piano, les rendant célèbres auprès du grand public.

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Les variations Golberg est également le nom du premier roman de Nancy Huston. Voici comme elle explique le principe de ce livre dans lequel les variations ont une place centrale :  

Si tu invitais trente personnes chez toi, des êtres que tu as aimés et que tu aimes, pour t’écouter jouer au clavecin, pendant une heure et demie, Les Variations Goldberg de Bach, et si ce concert se déroulait comme un songe d’une nuit d’été, c’est-à-dire si toi, Liliane, tu parvenais à faire vibrer ces trente personnes comme autant de Variations, chacune à un diapason différent — (il te faudrait pour cela osciller entre le souvenir et la spéculation ; il te faudrait surtout maîtriser tes peurs) — peut-être alors tous tes fragments de musique s’animeraient-ils enfin dans une même coulée, et cela s’appellerait Les Variations Goldberg, romance.


Ecouter les variations Goldberg de Bach intrerprétées par Glenn Gould sur YouTube

Scentless Apprentice de Nirvana

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Kurt Cobain disait volontiers qu’il s’agissait de l’une de ses chansons préférées. Celle-ci s’inspire directement du célèbre roman de Patrick Süskind, le Parfum, histoire d’un meurtrier.

Il s’agit, dans ce roman, de l’histoire d’un homme amoral, Jean-Baptiste Grenouille, qui possède un odorat extrêmement développé, bien que n’ayant lui-même aucune odeur. Il n’a qu’une obsession, créer le parfum parfait.

I promise not to sell your perfumed secrets
There are countless formulas for pressing flowers

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Dans plusieurs interviews le chanteur confirme que Le Parfum de Patrick Süskind était un roman qu’il affectionnait particulièrement : “J’ai lu le Parfum une dizaine de fois dans ma vie, et je ne peux m’empêcher de le relire. […] C’est un roman qui ne me quitte pas.”

Si vous cherchez une bande son à la lecture de ce livre, celle-ci pourrait donc aisément en faire partie, tout comme la chanson  “Du riecht so gut” (“Tu sens si bon”) du groupe berlinois Rammstein, également inspirée de l’oeuvre de Süskind.


Ecouter Scentless Apprentice de Nirvana sur YouTube

La Symphonie pastorale de Beethoven

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La Symphonie pastorale est un roman d’André Gide paru en 1919. Il s’agit pour Kittiwake, du “récit qui mène une jeune aveugle de l’ombre à la lumière. Mais […] aussi les confidences de l’homme [le pasteur] qui l’accompagne et la guide sur ce chemin, pour le malheur de tous.”

Le roman tire son nom d’une symphonie de Beethoven. Au début du roman, le pasteur emmène la jeune aveugle écouter cette symphonie. Le concert émeut profondément la jeune fille :

Longtemps après que nous eûmes quitté la salle de concert, Gertrude restait encore silencieuse et comme noyée dans l’extase. — Est-ce que vraiment ce que vous voyez est aussi beau que cela ? dit-elle enfin. — Aussi beau que quoi, ma chérie ? — Que cette « scène au bord du ruisseau ». Je ne lui répondis pas aussitôt, car je réfléchissais que ces harmonies ineffables peignaient, non point le monde tel qu’il était, mais bien tel qu’il aurait pu être, qu’il pourrait être sans le mal et le péché. Et jamais encore je n’avais osé parler à Gertrude du mal, du péché, de la mort. Ceux qui ont des yeux, dis-je enfin, ne connaissent pas leur bonheur. Mais moi qui n’en ai point, s’écria-t-elle aussitôt, je connais le bonheur d’entendre. 


Ecouter La Symphonie pastorale de Beethoven sur YouTube.

Venus in Furs du Velvet Underground

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Chanteur lettré, Lou Reed a souvent cherché dans les livres son inspiration. Grand lecteur d’Hubert Selby Jr, qui lui a inspiré de nombreux personnages, ou encore de Vaclav Havel, écrivain héros de la révolution de Velours (sic) devenu Président de la première République tchèque, Lou Reed a également été fasciné par un roman sulfureux de Leopold von Sacher-Masoch, La Venus à la fourrure. L’auteur a donné son nom au “masochisme”, soit la recherche du plaisir dans la douleur.

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Ce roman érotique, semi-autobiographique, publié en 1870, raconte la relation amoureuse entre Séverin von Kusiemski et Wanda von Dunajew . Voici comment en parle le membre de Babelio Marti94 : “Séverin von Kusiemski, raconte comment, aux termes d’un contrat conclu avec sa maîtresse, Wanda von Dunajew, il s’est engagé à être son esclave, contraint de subir toutes les humiliations qu’elle jugerait bon de lui infliger. le bonheur alterne sans fin avec la douleur, comme si l’un ne pouvait venir que de l’autre : « Si je ne peux jouir pleinement et parfaitement du bonheur de l’amour, je veux boire jusqu’à la lie la coupe de ses souffrances et de ses tourments ; je veux être maltraité et trahi par la femme que j’aime. Plus elle sera cruelle, mieux cela vaudra. C’est aussi une jouissance ! ».”

On retrouve chacun de ces éléments dans la chanson éponyme du Velvet Underground :

Au delà des références explicites et sexuelles à l’oeuvre de Sacher-Masoch, on retouve également une belle poésie :

I am tired, I am weary
I could sleep for a thousand years
A thousand dreams that would awake me
Different colors made of tears 

Lou Reed a repris cette chanson dans de nombreux concerts, même après la fin de son groupe The Velvet Underground comme par exemple ici lors de sa tournée Animal Serenade.

Ecouter « Venus in Furs » du Velvet Underground sur YouTube.

King de Mike G.

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A qui une chanson intitulée « King » peut-elle bien faire penser ? Pour vous aider, voici un extrait des paroles de la chanson :

My Shining will never stop,
fuck runnin’ from every cop
Wait ’til the sun goes down
and have a showdown out in Salem’s Lot

Vous l’aurez compris, cette chanson est un hommage à l’oeuvre du maître de l’horreur Stephen King !

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Avec des centaines de romans à son actif, presque autant de prestigieux prix littéraires, un succès populaire aussi bien que critique, il eut été étonnant que Stephen King ne soit pas l’objet de diverses hommages de la part du monde des arts.

Le rappeur Mike G., auteur de cette chanson est originaire de Miami aux Etats-Unis et fait partie du collectif de hip-hop californien Odd Future. La chanson tient presque de la performance oulipienne : retrouverez-vous toutes les références à Stephen King cachées dans la chanson ?

Ecouter « King » de Mike G sur YouTube.

The Catcher in the Rye de Guns’n’Roses

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L’Attrape-Coeurs de J.D. Salinger est un roman culte qui a inspiré de nombreux artistes et notamment de nombreux chanteurs. De fait, sur la page Wikipedia francophone du livre, on retrouve une vingtaine de chansons qui y font explicitement référence. Ces artistes se sont sans doute retrouvés dans les interrogations du jeune Holden Caulfield. Le groupe français Holden par exemple, s’est ainsi nommé en hommage au jeune héros du roman.

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On aurait pu citer de nombreuses chansons. Nous avons choisi celle-ci, du groupe de rock américain The Guns’N’Roses qui fait non seulement référence au livre mais à l’assassinat de John Lennon par Mark Chapman. Ce dernier venait en effet de se faire dédicacer ce livre par le membre des Beatles avant de l’assassiner. Axl Rose se demande comment un tel livre (l’un de ses livres de chevet) peut amener des lecteurs à commettre de tels gestes :

When all is said and done
We’re not the only ones
Who look at life this way
That’s what the young folks say
But every time I see them
Makes me wish I had a gun

Ecouter The Catcher in The Rye des Guns’n’Roses

Avez-vous d’autres couples « ouvrage/ chanson » à nous recommander ? Postez vos suggestions en commentaire !

Retrouvez la liste des livres cités sur Babelio dans notre liste.  

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Une librairie

Situé au 56 ème étage de la Tour Montparnasse, Paris se Livre est un événement littéraire entièrement dédié à la capitale et à sa région. De nombreux écrivains, philosophes, dessinateurs ou artistes, français et étrangers, se sont penchés sur cette ville et ont en fait sinon un personnage à part entière, tout du moins un cadre pour leurs oeuvres.
Ce sont ces ouvrages, qu’il s’agisse de romans, de bandes dessinées, de catalogues d’expositions, des essais ou des guides, qui seront proposés au public entre deux vues sur la Capitale depuis les hauteurs de la tour.

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Cette année, le parrain n’est nul autre qu’Alain Rey : « Linguiste, lexicologue, philosophe du langage, homme de télévision et de radio, figure emblématique de la rédaction des Dictionnaires Le Robert, Alain Rey a publié de nombreux ouvrages sur la langue, la sémiotique et la littérature. »

Un lieu de débats

Des débats modérés par Mohamed Aissaoui du Figaro Littéraire auront également lieu avec Paris pour thématique commune . Il sera question de cafés, d’urbanisme, du Paris « coquin » mais aussi du Paris « révolté » avec de nombreux écrivains présents pour l’occasion.

Découvrez le programme des rencontres.

Un concours avec des livres à gagner !

A l’occasion de ce salon dont nous sommes partenaire, nous vous proposons un concours de listes avec, à la clef, les trois livres lauréats du Prix Tour Montparnasse à gagner (un roman ou un essai, un livre de beaux-arts et un ouvrage jeunesse). Ce sont deux lots de trois livres qui sont mis en jeu. les deux vainqueurs seront tirés au sort parmi les participants.

Les règles sont simples : créez une liste avec le hashtag #Parisselivre dans le titre et constituée de vos ouvrages préférés sur et autour de la ville de Paris. Il peut s’agir de fictions comme des ouvrages de non-fiction.

Fin du concours le vendredi 3 juin à 10h !

Le Prix Tour Montparnasse

Les livres à gagner pour notre concours seront les lauréats du Prix Tour Montparnasse. Ce sont en fait trois prix qui sont attribués : le premier récompense une fiction ou un essai, le second un livre classé dans la catégorie des Beaux-Art et le troisième un livre jeunesse. A votre avis, quels sont les livres qui vont, dans chacune de ces trois catégories, remporter le prix ?

Prix FICTION/ESSAI
« Dans la catégorie « Fiction/essai », le Prix Tour Montparnasse – Prix de la vie artistique parisienne cherche à promouvoir chaque année un ouvrage qui fera revivre une période, un lieu ou une actualité parisienne. En 2015, l’œuvre récompensée fut Paris intérieur, de Philippe Le Guillou publié chez Gallimard. »

« Victor Hugo vient de mourir » de Judith Perrignon, éditions L’Iconoclaste
« La Grande Arche » de Laurence Cossé, éditions Gallimard
« Le Dictionnaire amoureux » de Nicolas Estienne d’Orves, éditions Plon
« Au rendez-vous des Mariniers » de Frédéric Vitoux, éditions Fayard
« Mathias et la révolution » de Leslie Kaplan, éditions P.O.L
« Evangile pour un gueux » de Alexis Ragougneau, éditions Viviane Hamy

Prix BEAUX-ARTS
« Le quartier Montparnasse est idéal pour récompenser les ouvrages d’art car il a plus d’une fois fait rêver les artistes du monde entier et bien des amateurs d’art et collectionneurs. Les rues, les immeubles, les jardins, les cafés de Montparnasse sont la mémoire vivante des peintres, écrivains, poètes ou sculpteurs… qui ont immortalisé le quartier. En 2015, le prix fut attribué à François Schuiten et Benoît Peeters pour leur bande dessinée Revoir Paris, l’exposition aux éditions Casterman. »

« Albert Marquet, Peintre du temps suspendu« , éditions Paris Musées
« L’âme de Paris, Histoires d’une ville » de Marie-Hélène Westphalen, éditions Les Arènes
« Rodin intime, La villa des Brillants à Meudon » de Bénédicte Garnier, éditions du Chêne
« La Génération perdue, Des américains à Paris, 1917-1939 » de Vincent Bouvet, éditions Cohen&Cohen

Prix JEUNESSE
« Le jury du Prix Jeunesse récompense tout autant la créativité des thématiques choisies que l’originalité de l’écriture ou des illustrations. En 2015, ce prix avait été attribué à Ramona Badescu et Joëlle Jolivet pour À Paris, publié chez des Grandes Personnes. »

« Paris, ABC book » de Michel Bouvet, éditions Parigramme
« Paris, mes p’tites questions » de Stéphane Frattini et Aurélie Grand, éditions Milan
« Mister Poulet visite Paris » de Leigh Hobbs, éditions ABC Melody
« 750 ans à Paris » de Vincent Mahé, éditions Actes sud junior
« Monsieur Chocolat » de Bénédicte Rivière et Bruno Pilorget, éditions Rue du monde
« Mon poney de Paris » de Béatrice Fontanel et Sun Hsin-Yu, éditions ABC Melody
« Paris au fil du temps » de Jean-Michel Billioud et Simone Massoni, éditions Gallimard jeunesse

Vos critiques

Comme nous le faisons dorénavant pour de nombreux salons comme la Foire de Brive, le Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil, le Salon du Livre de Paris ou le festival Étonnants Voyageurs, nous proposons, lors du salon, de nombreux avis de lecteurs sur les stands des éditeurs.

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Et si jamais vous trouvez l’une de vos critiques sur le salon, n’hésitez pas à nous la partager sur les réseaux sociaux !

 Toutes les informations sur le salon Paris se Livre sont disponibles sur le site officiel.

Rejoignez la Compagnie des Auteurs à Saint-Malo

Pour la deuxième année consécutive, l’équipe de Babelio se rendra au festival Etonnants Voyageurs. Avant de découvrir toutes les festivités de ce grand rendez-vous malouin dans un prochain article, c’est un voyage sur les ondes que nous vous proposons !

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A l’occasion de ce grand festival dédié à la littérature et au cinéma, Babelio va en effet participer à l’émission “La Compagnie des auteurs” qui sera diffusée la semaine suivante (c’est à dire du 16 au 19 mai) sur France Culture.

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Cette nouvelle émission littéraire, dont nous sommes partenaires et à laquelle nous participons régulièrement, se penche chaque semaine sur un grand auteur du patrimoine littéraire mondial en compagnie de biographes, chercheurs, écrivains, traducteurs ou éditeurs qui ont chacun travaillé sur l’oeuvre de l’auteur en question.

Après avoir consacré quelques émissions à des auteurs tels qu’Anton Tchekhov, Dashiell Hammett, Jules Verne, Herman Melville ou encore Honoré de Balzac, c’est à l’écrivain bourlingueur Nicolas Bouvier que va s’intéresser l’émission pendant le festival Etonnants Voyageurs avec la participation de l’historien François Laut et des écrivains Nadine Laporte, Gilles Lapouge, Catherine Poulain, David Lefèvre et… Vous ?

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L’équipe de Babelio sera en effet présente à l’antenne pour relayer vos questions et vos critiques ou remarques à ces différents auteurs à propos de l’oeuvre et de la vie de Nicolas Bouvier. Pour cela, il vous suffit d’ajouter votre question en commentaire de cet article ou de nous l’envoyer à p.krause@Babelio.com.

Nous vous proposons par ailleurs un petit jeu : on offre un livre consacré au voyage à un lecteur au hasard qui aura publié une critique de l’un des livres  de Nicolas Bouvier d’ici le vendredi 13 mai !

Quais du polar comme si vous y étiez

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Cette année encore, vivez le festival Quais du Polar à Lyon, entre le 1 et le 3 avril, comme si vous y étiez.

L’édition 2016 de Quais du Polar

Nous ne fêtons, en 2016, que le douzième anniversaire du festival Quais du polar, le rendez-vous annuel de tous les amoureux du roman noir. Douze ans, ce n’est la majorité dans aucun pays du monde (à notre connaissance). Pourtant, cela fait de nombreuses années que le festival lyonnais est devenu un rendez-vous incontournable et a depuis quelques années atteint, sinon sa majorité, tout du moins une grande maturité. C’est un festival au succès public toujours croissant qui ne s’adresse d’ailleurs pas seulement aux lecteurs les plus assidus de la littérature policière. Amateurs mais aussi curieux, lecteurs ou cinéphiles, français ou étrangers, tout le monde est cordialement invité à cette grande fête de roman noir dans son sens le plus large.

Côté auteurs, des plumes confirmées comme des nouvelles voix seront présentes. David Lagercrantz, Alexis Aubenque, William Boyde, Paul ColizeSandrine Collette, J.J. Connolly, Ingrid Desjours, Caryl Férey, Karine GiébelAnthony Horowitz, Arnaldur Indriðason, Deon Meyer, Jax Miller, Jo NesbøOlivier Truc, Romain Slocombe, Franck Thilliez ou encore Irvine Welsh seront présents pour des séances de dédicaces mais aussi pour des rencontres ou des conférences.

Le programme complet des activités est à retrouver en intégralité ici.

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Babelio présent sur les Quais

jax-miller-colourSur Babelio, on retrouve de grands lecteurs de polars, thrillers, romans policiers historiques, pulp fictions, page-turners, thrillers psychologiques, romans noirs ou de romans à suspens tout simplement inclassables. Il s’agit même de l’une des communautés les plus actives sur le site.

AdS, auteurs et autrices de SuisseL’équipe de Babelio n’aurait ainsi pour rien au monde voulu manquer l’appel et sera donc présente à Lyon pour la deuxième année consécutive (vous pouvez retrouver notre compte-rendu de l’année dernière ici).

De nombreux membres de Babelio ont d’ailleurs eu la chance de s’entretenir, lors de nos rencontres, avec certains illustres ou récents représentants du genre comme Jax Miller, Paul Colize, Marc Fernandez ou encore Ingrid Desjours.

Sommaire :
L’article étant amené à s’enrichir au fil du festival, vous pouvez directement accéder à la partie qui vous intéresse en utilisant les ancres WordPress :
Le programme
Au delà des livres
Nos entretiens
Notre revue de presse
Nos listes
Nos quiz
Notre Bilan

Au programme du festival

C’est un riche programme, forcément très noir, qui attend les festivaliers à Lyon du 1er au 3 avril 2016. L’équipe de Babelio vous propose, sur cette même page, différents comptes-rendus et, sur le Twitter de Babelio, un “live-tweet” des différentes rencontres organisées dans le cadre du festival. Vous pouvez également suivre l’actualité du festival avec le hashtag #Quaisdupolar ou en suivant le compte officiel @QuaisPolar.

Voici ci-dessous une sélection non exhaustive des rencontres auxquelles nous pensons nous rendre.

Vendredi 1er avril

Écrire pour la jeunesse : un plaisir ou un devoir ?

Le polar n’est pas seulement un genre à destination des adultes. De nombreux jeunes lecteurs s’y initient très tôt à travers quelques collections qui leurs sont dédiés. Réunis autour de Daniel Picouly, Stéphanie Benson, Benoît Séverac et Benoît Minville vont s’intéresser à la littérature jeunesse et toutes ses contraintes et richesses. Rendez-vous à 15h à l’Opéra de Lyon.

Notre compte rendu de la rencontre

Confortablement installés dans l’Opéra de Lyon, nous assistons à une conférence autour du roman jeunesse. Autour de la table, Stephanie Benson, Daniel Picouly Benoît Séverac et Benoît Mainville, qui échangent autour d’une série de questions.
Avez-vous une façon particulière d’aborder un roman pour les jeunes ?

Daniel Picouly est le premier à intervenir : « Cette idée qu’il existerait des motivations différentes lorsque l’on écrit pour la jeunesse m’amuse beaucoup. Nous ne sommes pas des schizophrènes, nous, les écrivains. Tout le monde se lamente que les jeunes ne lisent plus, tout en dénigrant les écrivains qui écrivent pour eux. Si personne n’écrit de choses intéressantes pour eux, comment voulez-vous qu’ils aiment la lecture ? La cission entre les auteurs jeunesse et adultes ne devrait pas exister. » Benoît Mainville abonde en son sens :  « J’ai grandi avec la lecture mais jamais avec les livres qu’il fallait. Concernant la littérature pour adolescents, je travaille exactement de la même façon que lorsque j’écris pour les adultes. On dit que les adolescents ne lisent plus mais étant libraire je peux vous dire que les adolescents viennent en librairie et si cette littérature que l’on dit « ado » permet de faire le pont entre les lectures jeunesses et celle pour les adultes alors c’est très bien qu’elle existe. » Stephanie Benson  est également d’accord avec ces différents propos : « Je suis le produit de cette différenciation entre littérature jeunesse et adulte et pourtant je suis d’accord avec vous. J’écrivais des romans très noirs, très très noir. Lorsque l’on m’a demandé de faire de la littérature pour enfants, je me suis souvenue de mon parcours personnel de lectrice, où je suis passée directement du Club des 5 à Dickens, à 10 ans à peine. Cette division est en réalité complètement artificielle, les jeunes ne sont pas plus choqués que les adultes face à la même littérature. Concernant la violence que l’on veut leur cacher, laissez-moi vous rappeler que les enfants ont très facilement accès à la télévision, et qu’y a-t-il de plus violent qu’un journal de 20h aujourd’hui ? Pas un livre en tout cas. »

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Benoît Séverac conclut ce premier tour de table : « J’ai ressenti l’écart entre la séparation des éditeurs et la réalité en allant à la rencontre avec des jeunes lecteurs en milieu scolaire. Je sais qu’en tant qu’écrivain, nous avons une sorte de responsabilité car on ne sait jamais ce que l’on sème dans la tête des autres par nos mots. Il faut donc faire attention. Mais les jeunes aiment lire, ils aiment aussi les histoires. Je n’aime pas que l’on dise à un auteur qu’il « passe » en littérature jeunesse, non, j’écris et c’est tout. La différence se fait dans le message que je délivre. Personnellement, les adolescents m’intéressent beaucoup car je cherche par mes livres à consoler l’adolescent que j’étais. Les propos de l’écrivain changent en fonction du propos mais en ce qui concernant les difficultés techniques, elles sont identiques, du moment bien sûr que l’on ne prend pas ses lecteurs pour des idiots. »

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Sait-on déjà à quel public on s’adresse avant de commencer ?

Benoît Mainville est le premier à intervenir sur cette question: « J’ai rencontré mon éditeur, Sarbacane, et je ne savais pas à l’époque à qui allaient s’adresser mes histoires. Le secteur jeunesse était en train d’exploser et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai voulu m’y essayer. Les jeunes sont un vivier de lecteurs incroyable. Et puis lorsque j’ai eu envie de faire du roman noir, j’ai tout simplement rencontré un autre éditeur. Les frontières existent effectivement en librairie car il faut bien choisir sur quelle étagère ranger tel livre, mais les auteurs écrivent simplement des histoires que l’on voit réparties par des tiers, sans que l’on puisse intervenir.

Stéphanie Benson : « D’un point de vue éditorial, c’est plus facile de jouer avec les genres : dans la littérature adulte, il y a des cases à respecter: le polar, l’imaginaire, la romance etc… Mais il n’existe pas de catégories en littérature jeunesse, ce qui nous laisse une liberté énorme et c’est très motivant pour les auteurs. Par conséquent, lorsque je découvre un univers que j’ai envie d’exploiter, je peux faire à la fois un roman genré pour adultes, et traiter un autre pan de l’univers en jeunesse. Enfin je voulais également souligner qu’énormément d’adulte, et pas seulement les professionnels, lisent de la littérature jeunesse! » C’est une bonne raison pour ne pas aller vers la simplification exacerbée des textes jeunesse, mais simplement faire une différence en termes de référents culturels. Ce mouvement de simplification de la part des éditeurs, qu’en pensez-vous ?

Daniel Picouly quant à lui n’y va pas de main morte: « Les éditeurs nous font chier. Je suis consterné que l’on face passer des messages particuliers aux adolescents dans le but de leur inculquer des « bonnes valeurs ». Lorsque j’étais jeune, je détestais que l’on me donne des ordres, qu’on me dise quoi faire ou quoi penser. Je résistais sytématiquement et je pense que je ne suis pas le seul. ll ne faut pas utiliser la littérature pour faire passer des valeurs de force. Concernant les changements textuels, je suis sidéré que l’on supprime les passés simples pour les remplacer par du présent et que l’on supprime trop de mots compliqué sous prétexte qu’il faut pouvoir toucher un maximum d’enfants. Vous êtes-vous détournés du Petit Chaperon rouge sous prétexte que vous ne compreniez pas exactement ce qu’était la « bobinette cherra » ? Non, bien sûr, car il y a une beauté dans cette incompréhension, car elle contient le fait que l’on va grandir. Ces livres qui touchent tout le monde comme Harry Potter, Games of Thrones ou Le Seigneur des anneaux, c’est fondamentalement de la littérature jeunesse et c’est très bien écrit ! Cela prouve bien que les enfants, si ils sont entraînés par l’histoire, peuvent tout lire. »

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95% des narrateurs de littérature jeunesse ont l’âge de leurs lecteurs. Cette littérature jeunesse que vous écrivez, n’est-elle pas celle que vous auriez aimé lire enfant ? Stéphanie Benson : « Je ne crois pas. J’ai lu ce qui était à ma portée à l’âge que j’avais et j’ai très vite lu de la grande littérature sans me demander à qui elle s’adressait. On écrit toujours un livre que l’on aimerait lire : si l’histoire ne nous attire pas alors il y a peu de chances pour que le lecteur soit lui-même emporté ! Mais en vérité, je suis aujourd’hui incapable de me souvenir ce que j’aurais aimé lire adolescente. D’ailleurs c’est un biais qu’il ne faut pas prendre, car adulte, on peut se tromper sur ses souvenirs du passé. » Daniel Picouly : « Oui, on ne savait pas à l’école ce que l’on voulait lire. Personne ne m’a jamais guidé dans mes lectures et je lisais principalement les livres que lisaient les filles avec qui je voulais discuter, souvent sans regarder le titre. Je pense que la seule motivation qui anime les enfants c’est de trouver un héros qui leur ressemblent. »

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Stéphanie Benson conclut cette table ronde : « Je suis entièrement d’accord, il faut savoir désacraliser cette grande littérature qui effraie les parents et simplement chercher à offrir de grandes histoires à nos enfants. J’ai très longtemps eu peur des classiques, jusqu’à ce que je me mette à en lire ! »

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Savoir tirer des mots comme des balles : une question de style

On a longtemps considéré le roman noir comme un « sous-genre » de la littérature ou disons, une littérature « mineure ». Ses auteurs ne pouvaient rivaliser, pour certains, avec les grands noms de l’écriture. Au XXIème siècle heureusement, ce constat a fait long feu. Réunis à l’Opéra de Lyon, les écrivains Irvine Welsh, Janis Otsiemi, Patrick Delperdange et Carlos Zanón tenteront de démontrer à quel point le polar est, pour de nombreux auteurs, une question de style. Rendez-vous à l’Opéra de Lyon vendredi à 16h30

Notre compte rendu de la rencontre
Il était question de style et d’écriture à l’Opéra de Lyon. C’est cependant sur le succès du genre du polar dans leurs pays respectifs qu’ont été interrogés les auteurs présents à cette table ronde animée par Philippe Manche.

Pour l’auteur belge Patrick Delperdange, le succès populaire et critique que connaît le genre actuellement doit beaucoup à celui de Millenium, l’oeuvre de Stieg Larsson : « Le phénomène Millenuim est en un sens comparable à Harry Potter qui avait mis un éclairage sur la littérature jeunesse. Grâce à Harry Potter, le public, les lecteurs et les journalistes ont compris qu’il se passait beaucoup de choses fantastiques dans la littérature jeunesse. Avec Millenuim, les lecteurs ont compris que le polar pouvait être intéressant, qu’il ne s’agissait pas d’un genre de série B ». Un constat partagé par Carlos Zanón :  » Avec Millenium, Larsson a fait entrer le polar dans le XXIeme siècle. Il a donné une explication à ce qui se passait dans la rue et a réussi à mettre les lecteurs en relation avec le monde. » Des propos dans lesquels Irvine Welsh se retrouve : « Le polar est un genre qui permet de parler des thèmes très actuels. Cela permet aux lecteurs assez sages d’aborder des thèmes durs ». Pour Janis Otsiemi, le succès des romans policiers au Gabon tient dans la relation que ce genre tisse avec ses lecteurs : « A Libreville, derrière la carte postale, il y a un monde oublié, celui des bidonvilles. Avec les polars, les lecteurs, dont beaucoup sont issus de ces quartiers défavorisés, lisent quelque chose qui leur correspond. Je parle de leur vie dans mes romans noirs alors que « la vraie littérature » ne s’intéresse pas à eux ». Est-ce la raison pour laquelle il écrit des polars, pour s’adresser d’une certaine manière à cette population défavorisée ?  » J’ai choisi ce genre, répond-il, car j’avais envie d’explorer les cercles interlopes du monde dans lequel je vis. La dimension sociale du polar m’intéressait. Il existe un lectorat aux polars en Afrique mais l’offre locale était faible jusqu’à très récemment. » Irvine Welsh, l’auteur écossais, se retrouve dans ces propos : « J’ai toujours été frappé par le fait que persone ne parlait des gens que je connaissais et des lieux que je fréquentais. Les romans ne parlaient jamais d’eux. Mon idée n’était pas de leur donner la voix mais de raconter des histoires, et leur histoires étaient fascinantes ».
Selon Patrick Delperdange, il faut cependant faire attention à ne pas s’attarder uniquement à l’aspect social du polar : « Le polar n’est pas un genre unique. On essaie avec nos romans de montrer la violence des gens qui se retrouvent à la rue, la violence de la société. On s’attache tous ici à montrer des choses mais ce n’est pas le cas de tous les auteurs de polar. Heureusement tous les polars ne sont pas des polars sociaux. »
Pour Carlos Zanón également, les raisons du succès international du polar sont multiples. L’une des raisons repose sur la diversité des auteurs et la façon dont les auteurs se sont chacun emparés du genre : « Les auteurs ne se prennent pas au sérieux. Ils ne se prennent pas pour Thomas Mann ! »
Interrogé sur la langue française et la façon dont celle-ci a façonné son style, Janis Otsiemi est prolixe : « La langue française est presque « devenue » ma langue maternelle. Mon style est né de mon rapport compliqué à la langue française qui a été imposée aux Gabonais. L’histoire de la langue française n’est pas la mienne mais est devenue « MA » langue. C’est l’Académie française qui a imposé les mots que j’utilise alors qu’ils ne correspondent pas toujours à ce que je vis ou à ce que je vois au quotidien. C’est certainement mon jeu avec cette langue qui a donné mon style. Il y a dans la rue au Gabon, un français qui est très différent de la langue fançaise. « Verber » une fille, par exemple, c’est la draguer. Dans la rue comme dans mes romans, on retrouve donc un vrai jeu sur la langue. J’utilise ce français dans le récit, pas seulement dans les dialogues. En France, il n’aurait pas été possible de publier mes romans sans des notes de bas de page. C’est un français tordu. »
« Mais c’est le français tordu qui est le plus intéressant, lui répond Patrick Delperdange, très intéressé par les mots utilisés par son compère Gabonais. J’utilise beaucoup moi aussi un français assez tordu, une expression que j’aime décidemement beaucoup ! De toute façon, les écrivains ne suivent pas toujours les recomandations « officielles » de la langue française. Que des Belges parlent et écrivent français, c’est presque une transgression, c’est utiliser une langue impériale alors que nous sommes un petit peuple -mais brave ! En tant que Belges, nous somes confrontés à cette question : est-ce qu’on écrit en belge ou en français ? Est-ce juste une langue qu’on utilise ? c’est une question intéressante ».
Irvine Welsh est également très intéressé par cette question de la langue et de l’influence de celle-ci sur son style : « La langue n’est pas forcément dans le dictionaire, elle respire et vit dans la rue. Elle évolue en permanance. J’ai commencé pour ma part à écrire en anglais « classique » mais j’ai trouvé que c’était très prétentieux. Mes personnages parlaient un mélange de viel écossais, de langage de rue et d’anglais. C’était très dur d’attribuer un langage à mes personnages car l’anglais est une langue très précise, impériale, qui n’a pas beaucoup de rythme et ne me permetait pas de rendre vivants mes personnages. Je leur ai donc donné un anglais qui n’est pas un anglais standard. On retrouve ainsi un vrai bordel sur la page. C’était la seule façon de rendre vivants ces personnages, de leur rendre justice en quelque sorte. »
Janis Otsiemi se retrouve dans cette idée d’une langue qui s’adapte à ses personnages : « Quand je parle des bidonvilles, de là d’où je viens, je ne peux pas utiliser une autre langue que celle que j’ai utilisée dans mes romans. C’est un choix probablement aussi esthétique mais en vérité, je ne pouvais pas faire autrement. On me reproche parfois de vouloir faire de l’exotisme quand j’utilise cette langue mais ce n’est pas le cas. Pour parler véritablement de ces quartiers et de ces gens, je dois utiliser cette langue. »
La langue a également eu une importance particulière dans le style de l’auteur catalan Carlos Zanón : « Je suis bilingue, mes parents sont bilingues. On parlait espagnol à la maison. Je n’avais pas de conflits particuliers avec le catalan mais toutes mes lectures étaient en espagnol et quand j’ai pensé commencé à écrire, cela s’est naturellement fait en espagnol. Pourtant, en Catalogne, les écrivains catalans qui écrivent en espagnol sont assez critiqués. »

La ville, les lieux dont ces auteurs sont originaires ont-ils eu une influence sur leur oeuvre et leur style ?
Pour le belge Patrick Delperdange, Charleroi, dont il est originaire, est une « ville qu’on adore quitter ! Quand j’ai quitté Charleroi pour m’établir à Bruxelles, à 18 ans, je ne savais pas que j’allais écrire des romans ! Je ne me suis pas posé la question de savoir si la ville avait eu une influence sur mon écriture. J’espère qu’on ne retrouve pas Charleroi dans mon écriture ! J’écris une littérature sur la campagne, une campagne qui m’inquiète, qui me fait peur, à moi qui suis quelqu’un d’urbain. La vue de trois arbres regroupés me fait trembler. Je ne pense pas pour autant être un écrivian de terroir. »

La musique a-t-elle de son côté eu une influence sur leur oeuvre? « La musique a toujours été présente chez moi, répond Janis Otsiemi. Elle n’a pas déclenché ma carrière d’écrivain mais elle a toujours été présente. je cite souvent quelques extraits dans mes romans. J’aime beaucoup le rap français, par exemple. J’y trouve des échos avec ce que vivent les jeunes dans les bidonvilles. J’aime aussi la rumba. Lorsque j’écris, il y a toujours de la musique. »
« J’ai pour ma part été batteur dans un groupe punk mais je ne pense pas que cela ait influencé mon écriture, reprend Patrick Delperdange. Contraiement à Janis, je ne peux pas écrire en écoutant de la musique. L’effet de l’âge sans doute ! La musique peut vous donner envie d’écrire sur un certain rythme. Bach vous donne envie d’écrire. C’est une sensation, pas un message.Elle peut vous donner des frissons, vous donner envie de vous transcander. »
« La musique est pour beaucoup de gens un premier rapport avec l’art, poursuit Irvine Welsh. La musique a été mon tramplin. Je n’aurais pas été écrivain si je n’avais pas travaillé autour de la musique. David Bowie est quelqu’un a changé ma vie. C’était tres inspirant de l’écouter et de le voir rentrer dans ses personnages. Pour répondre à la question, quand j’écris, j’établis une playlist pour tous mes personnages, j’essaie de deviner quelle musique ils pouvaient écouter. »

Carlos Zanon conclut : « Quand je mettais la radio, j’écoutais de la musique créée à des milliers de kilomètres de moi. Cela a créé quelquechose que mes parents ne comprenaient pas. J’essayais de comprendre les paroles. j’ai joué moi même dans un groupe. Cette immédiateté m’a conduit à écrire. Ce qui est important pour moi ce n’est pas de dire quelquechose mais la façon de l’exprimer.

 

Irvine Welsh

Des espions d’antan à wikileaks

L’espionnage étant au coeur de cette édition 2016 de Quais du Polar, il sera intéressant de découvrir comment les auteurs envisagent les outils modernes de l’espionnage dans leur processus de création. C’est une assemblée aussi hétéroclite qu’internationale qui se penchera, dans le grand salon de l’hôtel de ville sur la question de l’espionnage moderne, incarné par Wikileaks et l’émergence des drônes. On retrouvera ainsi les auteus James Grady, Arnaldur Indriðason, Percy Kemp, David Lagercrantz et Jean Van Hamme vendredi à 17h30 dans le grand salon de l’hôtel de ville.

Conférence placée sous le signe de l’espionnage, c’est non sans humour que les auteurs invités à cette rencontre ont abordé la question de la construction de leurs romans ainsi que de leurs inspirations.

James Grady a tout d’abord évoqué la question des bouleversement que connaît le monde d’aujourd’hui pour aborder leurs conséquences sur l’univers de l’espionnage : « Le monde a changé en deux façons. La technologie est le premier facteur de différenciation, suivi par la toute puissance du libéralisme. Les questions de liberté et de sécurité, elles, sont aussi vieilles que le monde mais la réalité les concernant n’est plus du tout la même aujourd’hui. »

Percy Kemp ajoute : « Chez les auteurs de romans d’espionnage, il existe effectivement une nostalgie de la période de la Guerre Froide. S’il nous faut toujours vaincre un ennemi aujourd’hui, il n’est plus diabolisé. Aujourd’hui, nous avons seulement des nuances de gris pour qualifier les autres, ce qui donne beaucoup moins matière à faire un bon roman d’espionnage que lorsque l’on pouvait comparer l’ennemi totalitaire au mal incarné. C’est une des raisons pour lesquelles les romanciers d’espionnage font très souvent mention à cette période de Guerre Froide. L’autre élément fondamental de changement est que nous sommes passés au temps court à cause des technologies alors que l’espionnage a besoin d’un temps long pour se développer. Aujourd’hui, les espions sont dépendants de l’action, ce qui n’était pas du tout le cas auparavant. »

Jean Van Hamme explique ensuite : « Pendant la Guerre Froide, les choses étaient plus faciles. Il y avait nous contre les méchants, mais tout d’un coup, la Russie est devenue un pays amical et nous n’avions plus d’entité ennemie clairement définie. L’espoir qui consistait à aller chercher des informations en territoire ennemi n’avait plus raison d’être. D’ailleurs aujourd’hui on ne parle plus d’espionnage mais de « renseignements ». Le vrai espionnage qui persiste encore aujourd’hui est l’espionnage industriel qui est d’ailleurs très fleurissant parce qu’il nécessite de s’informer sur une entité dite concurrente définie.

Arnaldur Indridason prend ensuite la parole : « Je comprends parfaitement cette nostalgie de cette époque, surtout car il s’agissait d’une période bien plus simple qu’aujourd’hui, bien moins floue: il n’y avait ni internet, ni twitter et les gens devaient même se rencontrer pour échanger des informations ! On ne peut pas dire qu’en Islande nous ayons connu de grands scandales d’espionnage mais peut-être car nous sommes 300 000 enfermés sur une île au milieu de nulle part et que tout le monde se connaît ! J’ai en réalité l’impression aujourd’hui de vivre dans une histoire d’espionnage infinie. Lorsque j’utilise ma carte de crédit je donne des informations sur moi, lorsque j’allume mon téléphone je dis où je suis et lorsque je vais acheter du lai une caméra me filme : tout le monde espionne tout le monde désormais. J’ai la nostalgie du temps où les espions devaient se retrouver dans de petits coins sombres pour échanger des informations en cachette… »

David Lagercrantz ajoute :  » La bonne chose avec le monde des espions c’est la paranoïa. Avant, il y avait la CIA, et Big Brother alors que maintenant nous avons un milliard de Little Brothers qui nous observent chaque jour. Nous avons raison d’être tous paranoïaques car je pense que l’on ne peut pas imaginer la capacité d’espionnage d’un ordinateur : le mien en sait plus sur moi que moi-même ! Nous vivons vraiment dans un monde très étrange ; un monde très étrange où nous avons besoin de Lisbeth Salander pour nous en sortir.

Percy Kemp explique à son tour : « Nous n’avons plus d’ennemis car nous traitons désormais de menaces totalement désincarnées, qui s’apparentent à des virus avec lesquels on ne peut pas négocier. Nous ne sommes d’ailleurs pas espionnés en tant que nous mais en tant que comportement. Ce ne sont pas nos identités qui intéressent mais plutôt les comportements divergents. L’individu tel qu’il est n’intéresse personne, d’ailleurs il n’existe plus aux yeux du monde, je ne crois plus en l’existence d’une intégrité individuelle. Nous vivons une véritable tyrannie des ides qui font que les gens adoptent des comportements qu’ils n’auraient jamais pris auparavant. Dans les mondes post apocalyptiques que je mets en scène dans mes romans, les hommes s’entre-tuent pour la survie, pas pour des idées. J’entends souvent parler de régression mais j’y vois plutôt du progrès… »

David Lagerkrantz poursuit : « Lorsque je me suis renseigné sur Alan Turing, j’ai pris conscience qu’effectivement, en parlant de comportement, nous avions tous peur de la différence. Alan Turing a été décrié pour sa différence alors qu’il avait un esprit extraordinairement brillant. J’ai peur que nous allions vers un monde d’intolérance totale. Regardez dans le métro, tout le monde se détaille des yeux. Alors que nous avons toujours eu besoin de gens différents car ce sont souvent eux qui ont les meilleures idées. Nous devons apprendre à vivre avec tout le monde.

Samedi 2 avril

Quand le polar rencontre l’Histoire

Courant toujours très populaire parmi les amateurs de romans noirs, les polars historiques ont le vent en poupe sur Babelio. Pour évoquer ce genre particulier qui mêle petites et grande Histoire, Jacques Côté, Viviane Moore, Jean-François Parot, Romain Slocombe et John Lawton sont attendus dans le Grand Salon de l’Hôtel de Ville dès 10h.

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A écouter ici et en intégralité, les propos des différents intervenants sur ce thème.

Plus belle la ville ? comment le roman noir demeure un genre urbain

Présenté par le festival comme un “genre urbain par excellence”, le polar a régulièrement mis en scène des villes jusqu’en faire parfois les personnages principaux de certains romans. Ce sont des auteurs qui sont nés, qui ont vécu ou qui ont écrit sur des villes les plus diverses qui sont invités dès 10h30 dans la Chapelle de la Trinité, à parler de cette si particulière relation entre le polar et la ville. La table ronde réunira l’italien Donato Carrisi, l’hollandais Walter Lucius, la sud-africaine Michèle Rowe, l’américain Richard Price et l’espagnol Carlos Zanón.

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Sur ce thème, nous vous proposons d’écouter la captation de la conférence réalisée par le festival lui-même.

La résurrection des héros ( redonner vie à des héros créés par d’autres)

Les héros ne meurent jamais. De James Bond à Blake et Mortimer, tous survivent à la mort de leurs auteurs et parviennent, au fil des années, à rester pertinents aux yeux du public. David Lagercrantz, qui a repris, avec succès, les aventures de Lisbeth Salander pourra en témoigner en compagnie d’Anthony Horowitz, Sophie Hannah et Jean Van Hamme. La rencontre aura lieu à 11h à la Comédie Odéon.

Notre compte rendu de la rencontre

De nombreuses icônes de la littérature et de la bande dessinée ont survecu à leurs auteurs-créateurs. D’autres auteurs ont pris le relais de leurs créateurs et ont proposé de nouvelles aventures à ces héros. Anthony Horowitz, David Lagercrantz, Sophie Hannah et Jean Van Hamme font partie de ces auteurs. Le premier a apporté de nouvelles enquêtes aux CV déjà bien chargés de Sherlock Holmes et de James Bond. Le suédois, auteur du livre de Zlatan Ibrahimovic à quant à lui poursuivi l’oeuvre de Stieg Larsson en ajoutant un quatrième tome à la saga Millenium. L’anglaise Sophie Hannah, passionnée par l’oeuvre d’Agatha Christie, a proposé aux lecteurs de retrouver Hercule Poirot. Enfin, Jean Van Hamme, scénarist de BD, a en son temps repris les personnages de Blake et Mortimer avec l’Affaire Francis Blake qui a relancé ‘intérêt du public pour l’oeuvre de Edgar P. Jacobs.
Comment s’attaque-t-on à de tels personnages ? Pour Sophie Hannah, grande lectrice de l’oeuvre d’Agathe Christie, cela était presque comme un évidence : « Si ça avait été un autre écrivain, j’aurais refusé, avance-t-elle d’emblée. Agatha Christie est le premier auteur que j’ai lu. J’avais alors 12 ans. C’était Le corps de la bibliothèque. A 14 ans, j’avais tout lu (c’est à dire près de 80 livres). Quand on m’a demandé de poursuivre son oeuvre, je me suis rendu compte que mes polars psychologiques prenaient directement leur insipration dans ses romans. C’est un peu comme si elle avait été ma mentor sans que je ne m’en rende compte ; qu’il y avait, cachés dans mes propres romans, des romans d’Agatha Christie. En réalisant cela, j’ai pensé que je pourrais peut-être reprendre le flambeau. »


Anthony Horowitz confirme qu’il n’a pas hésité longtemps avant de reprendre le personnage de Sherlock Holmes: « Cet héros faisait partie de moi, de mon enfance. C’est un privilège de pouvoir écrire des histoires autour de lui. Je ne pense pas avoir hésité plus de cinq minutes. Je rejoins également Sophie sur un point : je pense qu’Il y avait beaucoup de Conan Doyle dans mes romans.  » David Lagercrantz réfute l’idée qui voudrait qu’il y ait une forme de cynisme dans le fait de reprendre ses personnages qui ne leur appartiennent pas : « Je ne vois pas de cynisme dans la reprise des personnages. Ces derniers disent des choses intéressantes sur notre époque, pourquoi ne devrait-on pas continuer leurs aventures ? Je pense qu’on peut faire tout ce que l’on veut en littérature, tant qu’on le fait bien ». Sophie Hannah pensait elle qu’il pouvait éventuellement y avoir une forme de cynisme de la part des éditeurs mais toutes ses idées négatives sur cette question se sont envollées quand elel a lu La maison de soie d’Anthony Horowitz. Elle devait le lire et publier une critique sur ce livre pour un journal. En le lisant, cela a été un choc :  » J’ai adoré ce livrequi m’a convaincu que les livres de continuation d’oeuvre avaient leur place tant que l’histoire était bonne. Les personnages sont plus grands que leurs auteurs. La seule et unique question qui s’est posé c’est de savoir quelle bonne histoire de Poirot je voulais raconter. »

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Comment travaille-t-on autour de tels personnages si appréciés du public se demande alors Macha Séry qui anime la rencontre. La pression de décevoir n’est-elle pas trop forte ? David Lagercrantz confirme qu’il y a bien une forme de pression mais que celle-ci est plutôt bénéfique : « Stieg Larsson est très respecté en Suède et j’avais naturellement peur qu’on me dise que je ne lui rende pas justice. J’avais peur que Lisbeth elle même me reproche cela ! Ceci étant dit, j’aime avoir peur, cela me motive. D’autre part, j’aime les commandes et ce genre de défis. Je suis un ancien journaliste et ce qui m’intéresse particulièrement dans l’écriture est de pouvoir me pencher sur des choses très différentes ». La question ne s’est en revanche absolument pas posé pour Sophie Hannah : « Agatha Christie est le meileur écrivain de polar dans le monde et cela enlève donc une certaine pression. On savait que je ne serais pas aussi bonne qu’elle, cela aurait été comme être aussi forte que Dieu. »
Jean Van Hamme a découvert Blake et Mortimer à six ans et demie dans le Journal de Tintin avant de tout oublier de longues années durant. Quand l’éditeur lui a proposé de reprendre le flambeau de E.P. Jacobs, il n’a pas hésité une seconde : « On m’a demandé de jouer Jacobs, en quelque sorte, de me mettre dans sa peau. Sa façon de travailler n’est pas du tout la mienne. C’était ainsi un vrai plaisir de devoir proposer quelque chose aux antipodes de mon travail habituel. Cela s’est passé très simplement, avec d’autant moins de pression que les albums ont connu un véritable succès et ont relancé les ventes des anciens albums de E.P. Jacobs. »

Le rôle de l’auteur est-il de se conformer le plus possible au style des créateurs des personnages repris ? Ou bien, s’il le faut, de réiventer les personnages ? Pour Anthony Horowitz, le travail consiste a être « invisible » :  » il faut que les lecteurs pensent que c’est Doyle qui écrit le livre. Pour cela j’ai beaucoup relu son oeuvre. Je voulais connaitre ses astuces, ses maniérismes ». Réponse assez similaire de Sophie Hannah :  » Je ne réinventais pas Hercule Poirot, je reprenais simplement un personnage existant, je lui ai juste apporté un nouveau dossier ». Une impression également partagée par David Lagercrantz qui concède peut-être mettre tout de même de sa patte dans les personnages : « J’ai profité de la mythologie des personnages pour les developper à ma façon ». Du côté d’Anthony Horowitz , le personnage de James Bond, tout droit sorti d’une autre époque, lui a tout de même posé quelques problèmes : « Il y a beaucoup d’éléments de l’oeuvre de Ian Fleming que je ne voualis pas reprendre. Si James Bond est un personnage assez misogyne et homophobe, il fallait, dans mon récit, que les lecteurs se rendent compte que cela n’est pas bien. Il y a de ma part une forme de jeu avec les textes et les personnages d’origine, sans les changer forcément. J’ai ainsi créé un ami de James Bond qui est gay ».

Le mot de la fin revient à David Lagercrantz. Un membre du public lui demande en effet si les auteurs n’ont pas peur de perdre leur style en « s’appropriant » ainsi celui des autres. « Cela revient à poser la question éternelle qui est « Qui suis-je ? », lui répond l’auteur suédois avec amusement. « Je pense que l’on se retrouve plus facilement quand on se confronte aux autres. Emprunter la voix des autres permet de trouver in fine la sienne ».

Écrire après « ça » : 11 septembre, Charlie, 13 novembre

A la sources de nombreux romans, on retrouve quelques grands drames et catastrophes. Comment les auteurs s’emparent-ils des événements tels que les attentats du 11 septembre 2001 ou du 13 novembre 2015 ? Ce sont les écrivains Leye Adenle, James Grady, Benoît Séverac, Ingrid Desjours, et Deon Meyer qui tenteront de répondre à cette question à 14h au théâtre des Célestins.

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Le noir leur va si bien : quand des écrivains hors-genres s’inspirent du polar

Ce sont des auteurs que l’on ne classerait pas forcément dans le registre du polar qui sont invités par le festival pour parler justement de l’influence de ce genre sur leur oeuvre. S’ils n’écrivent pas toujours des romans policiers, Laurent Binet, Jérémy Fel, Philippe Jaenada ou encore Irvine Welsh empruntent tous les quatre certains codes du genre. Ils en parlent dans le grand salon de l’hôtel de ville à 17h.

Vous pouvez retrouver les différentes interventions des invités sur le site de Quais du Polar.

Au delà des livres

Le noir n’occupe pas seulement les pages des livres, il investit également les écrans de télévision ou de cinéma. De nombreuses activités liées au séries et au cinéma plus ou moins liées au genre du « polar » sont ainsi proposées aux festivaliers. Au programme, par exemple, un hommage à Jean-Pierre Melville, un ciné-concert autour de film Ghost Dog de Jim Jarmush, une master-class données par un amoureux du genre Bertrand Tavernier, une présentation de la série Occupied par l’auteur son créateur et scénariste Jo Nesbo et autres événements à découvrir ici.

Si ce sont les dédicaces qui vous intéressent particulièrement, vous pouvez retrouver le planning complet ici.

Entretiens,au cours du festival

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Entretien avec Sandrine Collette, autour de son livre Il reste la poussière, publié chez Denoël

Il reste la poussière se déroule au sein d’une estancia, une exploitation animale, en Patagonie. Pourquoi avoir choisi ce lieu si particulier ? Avez-vous voyagé afin d’écrire ce roman ?

Pour moi, l’histoire précède le lieu précis. Quand j’ai « tenu » le fil de Il reste la poussière, j’ai cherché après coup où l’implanter : forcément dans des grands espaces, mais lequel ? J’ai regardé du côté de l’Europe (Espagne, Portugal et leurs haciendas), de la France même (la Camargue ?) mais cela restait trop petit pour voyager cinq, six jours à cheval sans croiser une ville. Le grand Ouest américain – mais déjà tellement mis en valeur par les auteurs américains, évidemment. La Patagonie a été mon coup de cœur. Mais comme je ne voyage pas, tout est basé sur de la recherche documentaire.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur Babelio

AVT_Thierry-Smolderen_7234Entretien avec Thierry Smolderen, autour de son album L’été Diabolik, publié chez Dargaud

L’été Diabolik, qui met en scène le jeune Antoine l’été de ses 15 ans, est à la frontière entre le polar et le roman d’apprentissage. Pourquoi vous être orienté vers le policier pour cet album ? Comment est né le roman ?

L`idée est née de l`envie de faire album dans le même esprit, mais centré sur les années 60. Alexandre était alors à mi-parcours de la réalisation de Souvenirs de l`empire de l`atome. C`est le film Danger : Diabolik de Mario Bava , d`inspiration très pop et psychédélique, qui m`a inspiré le point de départ du scénario : l`ambiance d`espionnage, et la figure d`un super-criminel sorti tout droit des fumetti bon marché qui s`affichaient à la devanture des kiosques à journaux quand j`avais treize ou quatorze ans. Le thème du « roman d`apprentissage » m`est venu tout naturellement du travail de réminiscence que j`ai fait alors pour retrouver les sensations visuelles (surtout graphiques) liées aux années-clés de mon adolescence (je suis né en 1954).

 Retrouvez l’interview complète de Thierry Smolderen sur Babelio 

Revue de presse du festival

Retrouvez ci-dessous, tout au long du festival, des liens ou des extraits d’articles de presse qui ont retenu notre attention.

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Le magazine “Lire” propose un numéro consacré au polar avec, au sommaire, une sélection des 10 meilleurs romans policiers de l’année. Si vous deviez en choisir 10 également, lesquels feraient partie de votre liste ?


Le journal “20minutes” vous propose quant à lui une dizaine de bons plans liés au festival : Discussion avec Frank Thilliez, une enquête grandeur nature dans la ville et pourquoi pas, une visite des musées de la ville.

Le magazine “Marie France” a de son côté demandé à sept auteurs de polars d’où venait leur inspiration. Réponses ici.

Quelques Listes

En attendant le festival, par simple curiosité ou pour en savoir plus sur le genre du polar, nous vous proposons quelques listes de livres en lien avec le festival.

agathaÊtes-vous d’accord avec cette liste des polars incontournables signée la_fleur_des_mots ? Lesquels aimeriez-vous ajouter à la liste ?

Par quels romans policiers commencer ? Les romans d’Agatha Christie sont-elles toujours une valeur sûre ?

Les héros seront à l’honneur lors du festival. Voici une liste d’un certains nombre de personnages particulièrement durs à cuire :

Deon Meyer et Caryl Férey seront au festival. Avant de les écouter parler de leurs oeuvres, nous vous proposons de redécouvrir l’Afrique à travers leurs polars.

Quelques quiz

Pour jouer autour du roman noir, nous vous proposons ces quelques quiz créés par l’équipe ou les membres du site. Evidemment, les organisateurs de festival auront toute latitude pour refuser l’entrée aux auteurs des scores les plus honteux 😉mill

L’interrogatoire de police !  Connaissez-vous les bases du roman policier ? Petit retour sur l’histoire du genre en quinze questions à travers un quiz à la difficulté progressive.


Les festivaliers auront la chance de rencontrer l’auteur Jo Nesbo. 
Dilou37 vous invite à jouer autour de cet auteur et de son célèbre héros Harry Hole.

David Lagercrantz sera interrogé sur la façon dont il a repris la saga Millenium. Avez-vous apprécié ce nouveau tome ? Et surtout, qu’en avez-vous retenu ?

William Boyd a repris les aventures de James Bond. Si vous avez bien lu son ouvrage, vous devriez pouvoir répondre à ces quelques questions !

Notre bilan

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Le bilan de cette nouvelle édition de Quais du polar semble très positif. Les auteurs étaient nombreux, très accessibles et les thèmes des différentes conférences variés.

Côté visiteur, le festival et la ville de Lyon ont de quoi se réjouir. Plus de 80 000 visiteurs se sont en effet rendus à  cette manifestation. Le journal Libération souligne le côté festif de Quais du polar et le caractère chaleureux des invités : « le milieu du polar, censément au chevet des côtés les plus dark de l’humanité, avait décidé d’apporter un peu de tendresse dans ce monde de brutes. »

Les éditeurs et auteurs doivent également être ravis. Il y avait du monde pour les dédicaces et il est dit que près de 35 000 livres ont été vendus.

Etes-vous d’accord avec ce bilan ? Avez-vous également apprécié cette nouvelle édition du plus célèbre festival consacré au polar ?

A la rencontre de Philippe Picquier

La Corée est à l’honneur de Livre Paris, l’édition 2016 du Salon du Livre. Encore peu connue sous nos latitudes, la littérature coréenne a pris une véritable ampleur ces dernière années, en partie grâce au pari de certains éditeurs tels que Philippe Picquier. Au sein de sa maison éponyme, ce dernier se consacre en effet entièrement aux littératures asiatiques en publiant de nombreux auteurs japonais, chinois, indiens et coréens. A l’occasion de la tenue de ce salon, nous avons voulu en savoir un peu plus sur cet éditeur qui fête cette année ses 30 ans.

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Nous fêtons cette année les trente ans de votre maison d’édition. Quel regard portez-vous sur les premiers romans publiés  et comment voyez-vous l’évolution de votre maison d’édition ?

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L’une des qualités de notre maison d’édition est d’avoir  construit un catalogue sur la durée. Certains de nos titres comme La Tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka, publié en France en 1988 ou Les Bébés de la consigne automatique de Ryû Murakami, publié en 1996, sont toujours au catalogue. Ils sont publiés au format poche et se vendent encore très bien aujourd’hui. Certains de ces titres génèrent d’ailleurs encore des articles dans la presse et intéressent toujours davantage de nouveaux lecteurs. Cela prouve que nos livres traversent le temps. Bien sûr, nous changeons de temps en temps les couvertures, nous adaptons les chartes graphiques. Mais une des grandes particularités de la maison est d’attacher une très grande importance à notre catalogue. Et ce, alors qu’il est de plus en plus difficile à supporter aujourd’hui en termes de coût,les livres restant très peu de temps en librairie. Nous avons quelques best sellers mais notre production est surtout constituée de long sellers, ces livres qui se vendent bien sur du long terme.

Votre lectorat a-t-il changé depuis les années 1980 ?

Une autre de nos particularités est d’avoir accompagné un lectorat sur plusieurs générations Entre nos premiers salons du livre et les plus récents, nous avons fait découvrir différentes littératures asiatiques et avons constaté que les lecteurs avaient pris des repères. Avec la collection de poche,parue en 1993, nous avons pu ouvrir d’autant plus notre lectorat. Nous avons ainsi remarqué par la suite, que nous pouvions faire preuve de beaucoup plus d’audace dans nos choix éditoriaux, que nous pouvions non plus seulement présenter des livres importants culturellement ou historiquement, mais également des auteurs nouveaux, dans des domaines différents.

Ayant toujours souhaité aborder des genres différents, des auteurs nouveaux, nous avons constaté en parallèle, que notre lectorat rajeunissait.

Vous publiez de la littérature contemporaine, des classiques mais aussi des romans jeunesse et de la poésie. Cette diversité a-t-elle toujours fait partie de l’identité de votre maison d’édition ?

Oui, c’est comme cela que j’ai toujours envisagé le métier d’éditeur. En tant que lecteur, je lis des genres variés, de la poésie comme de la littérature contemporaine ou classique. Je ne crois pas que les lecteurs restent cloisonnés dans un seul genre littéraire.

Pour ce qui est de notre maison d’édition, je dirais que nous ne sommes pas un éditeur spécialisé mais pluraliste. En créant la maison, j’ai parié sur l’intelligence des lecteurs et imaginé que si nous créions des passerelles entre les genres, les lecteurs nous suivraient. Je pense que c’était un bon choix et les ventes de mes livres le prouvent.

Vous disiez dans un entretien il y a quelques années qu’il avait fallu « faire un peu de pédagogie pour préparer le lecteur, rendre sa lecture intelligente. » Ce travail de pédagogie est-il toujours d’actualité ?

Les lecteurs, il faut aller les chercher et les convaincre, et heureusement d’ailleurs. Cela est la base de notre métier d’éditeur : les goûts changent, les lecteurs aussi. Grâce aux libraires, aux bibliothécaires ou aux médias, il faut pouvoir par exemple expliquer aux lecteurs que tel texte, publié il y a trente ans, est encore pertinent aujourd’hui.

Vous parlez du rôle des libraires, des bibliothécaires ou des médias. Ont-ils tous été immédiatement intéressés par votre approche ?

pic4Ils ont en effet tout de suite été curieux et intéressés par notre production tournée vers l’Asie. Puis, comme nos titres rencontraient le succès, ils n’ont cessé de nous accompagner, de mettre en avant nos différentes publications, même si cela a peut-être été plus compliqué avec les bibliothécaires, qui sont parfois plus traditionnels dans leurs choix.

Nous publions différentes littératures et il est naturel que toutes nos publications n’aient pas le même écho. Certaines sont très exigeantes.

Certains genres sont-ils tout de même plus difficiles à faire découvrir auprès du public français ?

Les romans nouveaux surprennent toujours en littérature étrangère et certains genres sont en effet plus difficiles à vendre, comme la poésie, que nous publions malgré tout.  Nous nous exposons pour certaines publications, nous prenons des risques. Mais c’est aussi cela, le métier d’éditeur.

Certains genres sont par ailleurs moins développés en Extrême-Orient, et si nous aimerions publier par exemple davantage de romans policiers, nos recherches sont parfois un peu difficiles voire infructueuses. La littérature policière n’existe quasiment pas en Corée et est très segmentée au Japon.

Pouvez-vous nous parler du processus de production de vos ouvrages ? Comment ces derniers naissent-ils ?

yanParfois, j’arrive en Corée ou au Japon avec une idée en tête, l’envie de trouver tel type de livres ou de romanciers. J’arrive en ayant en quelque sorte une direction. Je me lance ensuite dans les recherches en flânant en librairie, en rencontrant des traducteurs, des critiques, des éditeurs. Je finis par me faire une idée. On m’envoie également des rapports de lecture, des conseils qui me permettent de m’orienter.

Il y a aussi les « livres de hasard » que l’on trouve tout simplement en librairie.

Une édition peut naître aussi d’une recommandation d’écrivains. Je me retrouve régulièrement autour d’une table avec d’autres auteurs, des critiques et ma directrice de collection pour parler de livres. On se réunit autour de certaines idées, autour de certains textes, c’est un travail de lecture, de critique et d’approche.

Ce que j’aime, c’est aller à la rencontre des textes.

A quel moment du processus éditorial arrive le traducteur ?

C’est rare qu’un traducteur arrive à la fin du processus. Il faut qu’il soit présent le plus tôt possible pour comprendre, au-delà du texte, l’esprit et la tonalité du livre. Pour en avoir une sorte d’image mentale.

L’une des forces de notre maison c’est que l’on se connait tous assez bien. Quand on se parle à demi-mot, on se comprend en fait parfaitement.

Certains auteurs sont également attachés à certains écrivains. Je serais par exemple dépité si j’apprenais qu’une traductrice comme Sylvie Gentil ne voulait plus traduire Yan Lianke. Elle connait intimement son oeuvre, sa façon d’écrire et cela rend évidemment ses traductions formidables.

Le voyage fait donc partie intégrante de votre métier ?

Il fut un temps où je voyageais davantage que maintenant, mais cela reste une partie importante et très intéressante de mon travail en effet. J’aime aller à la rencontre des auteurs et des textes. Ce sont cependant mes collaborateurs qui peuvent y rester plus longuement que moi aujourd’hui.

Quels pays n’avez-vous pas encore abordés ?  Regrettez-vous d’avoir fait l’impasse sur certains d’entre eux?

pic7Je pense qu’il faut savoir faire des choix. Je travaille sur quatre régions :  le Japon qui est très présent dans notre catalogue, la Chine, la Corée, que l’on développe beaucoup depuis quelques années, et l’Inde. Je me concentre sur ces zones, ne souhaitant pas devenir un globe-trotteur de l’édition.

Combien de personnes travaillent pour votre maison d’édition ?

Nous sommes une petite maison, mais une multitude de personnes extérieures travaillent très étroitement avec nous, notamment les directeurs et directrices de collection, comme Feng Chen qui s’occupe de la Chine. Au final, nous formons une sorte de grande famille élargie et internationale partie de Marseille pour aller en Asie !

En 1993 vous avez lancé une collection de poche. Votre objectif était-il  de démocratiser l’accès à la littérature asiatique ? Le pari a-t-il été réussi ?

Oui, tout à fait. C’est ce qui a permis à la maison de se démocratiser, de s’ouvrir à un plus large public, ce qui correspondait à nos envies de départ. Nous ne souhaitions pas nous adresser à une niche mais à tous les lecteurs.  Cette collection a été un accélérateur énorme. Elle nous a permis de véritablement réaliser notre projet.

Le succès des éditions Philippe Picquier a-t-il changé le regard des autres maisons sur la littérature asiatique ? Sont-elles plus ouvertes sur l’Asie et cela a-t-il entraîné une certaine concurrence ?

Je n’ai pas mesuré de véritable “impact” auprès des autres éditeurs, non. Nous ne nous battons jamais pour les mêmes titres. De fait, je n’ai pas l’impression de partager les mêmes goûts que les autres éditeurs de littérature étrangère et je ne me que retrouve très rarement dans leurs choix.

Je me souviens avoir pris un jour l’avion pour l’Inde avec une éditrice d’une autre maison d’édition. On s’est rendu compte assez vite que nous ne partagions aucune lecture, que nous n’avions jamais lu les mêmes écrivains !

Vous lanciez en 2003 une collection jeunesse. L’idée était-elle de rajeunir un peu plus votre lectorat ? De le diversifier en publiant également des mangas ?

picquierbdLa publication de nos mangas a été un semi-échec malheureusement. D’autres le font mieux que moi et la marché est saturé.

Le constat est en revanche très différent pour notre collection jeunesse qui est à plus de 50% constituée de créations. Des textes français sont ajoutés au catalogue et côtoient nos traductions.

C’est un domaine stimulant et amusant, j’aime l’idée d’associer des textes à des illustrations, un auteur à un peintre ou à un illustrateur. C’est un travail que j’ai appris et qui m’a plu. J’aime toucher aussi bien les parents que leurs enfants qui sont ainsi sensibilisés un peu plus tôt à ces différentes cultures asiatiques.

La Corée est à l’honneur du Salon Livre Paris. Pouvez-vous nous parler des auteurs présents ? Est-ce un événement important pour votre maison ?

Oui, c’est un moment médiatique important. Cela nous permet de mesurer l’importance de la maison d’édition et de voir nos lecteurs, de pouvoir discuter avec eux, de découvrir leurs attentes. Je sais aussi que certains lecteurs découvrent nos productions et nos auteurs grâce à ce type d’événements. A chaque fois qu’il y a eu la Chine, le Japon ou un autre pays asiatique à l’honneur d’un salon, nous avons mesuré de réelles progressions dans nos chiffres de vente. Ce n’est pas un phénomène de mode, les salons ne nous apportent pas que des lecteurs passagers : certains découvrent ces auteurs à l’occasion d’un salon puis explorent l’ensemble de notre catalogue.

C’est également important pour nos auteurs coréens. Pas moins de sept d’entre eux seront présents et pourront discuter avec leurs lecteurs. Nous pourrons compter sur la présence de Eun Hee-kyung, Hwang Sok-yong,  KIM Ae-ran,  Kim Young-ha, auteur notamment de L’Empire des lumières, un ouvrage important, Oh Jung-hi et Kim Jae-hong.

palpitanteAu delà de la littérature, je pense que plus on emmène les gens en Corée, plus on leur fait découvrir ces pays, plus ils ont envie d’en savoir plus, de découvrir leurs cultures. Ainsi, toutes les manifestations autour de ces pays sont bonnes à prendre,abaissent les barrières, aiguisent les appétits.

Que représente la Corée dans votre catalogue ?

La Corée représente une part beaucoup plus faible que le Japon, qui est presque à l’origine de la création de la maison d’édition, ou que la Chine. Nous avions publié des ouvrages coréens il y a une vingtaine d’années, puis nous avons stoppé la collection, qui a été relancée il y a 8 ans avec Lim Yeong-hee comme directrice de collection.

Comment le public français voit-il la littérature coréenne ?

Secrets.inddJe crois que ce salon du Livre sera une sorte de mise à niveau. Il ne s’agit pas de l’irruption de la littérature coréenne mais elle a été trop longtemps négligée par les éditeurs. Aujourd’hui, il y a une plus grande diversité d’écrivains, différentes tonalités d’écriture, des générations plus jeunes. Dans ce salon, plusieurs générations vont se télescoper : celle des Hwang Sok-yong, plus ancienne, et celle des jeunes trentenaires, comme Kim Ae-ran par exemple.

Je pense que les Français sont en train de se rapprocher de la littérature coréenne. Ce n’est pas un hasard si le Salon du Livre est cette année en partie consacré à la Corée.

Enfin, je dirais que les ventes de la littérature coréenne sont un peu plus au niveau des autres littératures. Elle se vend beaucoup mieux aujourd’hui qu’il y a 8 ans.

Sortons un peu de l’actualité ! Quelles sont vos lectures du moment ?

Je lis en ce moment les petits essais d’Umberto Eco comme ceux sur la traduction ou Comment voyager avec un saumon.

Je lis également des polars. J’ai des goûts très éclectiques !

Quelle a été votre rencontre la plus marquante en tant qu’éditeur ?

Grâce à ce métier, j’ai fait beaucoup de très belles rencontres.

J’ai retrouvé une photo d’Akiyuki Nosaka, l’auteur de la Tombe des Lucioles, décédé il y a deux mois. Lorsque j’avais publié son livre, il était venu à Paris. Revoir cette photo m’a renvoyé à ces années où nous construisions encore la maison. J’avais avec Nosaka une sorte d’amitié sobre ; nous ne parlions pas la même langue mais pendant deux ou trois ans nous nous voyions souvent et passions des nuits mémorables. J’ai eu beaucoup de rencontres de ce type.

Enfin, quelles seront vos prochaines sorties importantes dans les semaines à venir ?

On va bientôt publier Comment s’apprendre à s’aimer, un roman d’une nouvelle auteur japonaise qui s’appelle Motoya. Elle a écrit une série de récits de différents moments de sa vie écrits dans le désordre, le tout dans une tonalité extrêmement sensible.

Merci à Philippe Picquier et à Isabelle Lacroze !

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