Au cœur de la construction d’un polar avec Anthony Horowitz

La série Alex Rider, L’Île du Crâne, une des suites post Ian Fleming des aventures de James Bond… Anthony Horowitz est un écrivain bien connu des lecteurs à travers la planète pour ses différents faits d’armes. C’est auréolé de tout ce succès que l’auteur britannique est venu présenter dans les locaux de Babelio il y a quelque jours son dernier livre Comptine mortelle en présence de l’interprète Fabienne Gondrand et publié simultanément aux Éditions du Masque et dans une édition jeunesse chez Hachette Romans. L’occasion pour trente lecteurs de rencontrer Anthony Horowitz et en apprendre davantage sur son œuvre, ses inspirations et sa toute dernière publication.  

«  Alan Conway est un auteur de romans policiers à succès. Susan Reynolds, son éditrice, est ravie de lire son nouveau manuscrit, qui a tout pour plaire au plus grand nombre de lecteurs. Mais alors qu’il manque les trois derniers chapitres et le dénouement de l’histoire, Alan met fin à ses jours. »

 

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Une intrigue à plusieurs visages

 

D’emblée, et même si les lecteurs présents n’ont pu découvrir Comptine mortelle qu’à l’issue de la rencontre où un exemplaire leur a été remis, c’est l’intrigue proposée par Anthony Horowitz dans ce livre qui suscite des interrogations. On retrouve en effet deux romans dans le livre ! Le premier, c’est L’épitaphe de la pie, le manuscrit de l’auteur d’enquêtes policières Alan Conway que découvrent à la fois son éditrice Susan Reynolds mais aussi les lecteurs qui plongent en même temps qu’elle dans la dernière enquête d’un détective à la Hercule Poirot nommé Fidèle Staupert. Il y a une surprise, cependant, puisque avant que le meurtre ne soit résolu, Susan – et les lecteurs – découvrent qu’il manque les derniers chapitres et que l’auteur vient de se suicider… C’est le point de départ d’une nouvelle enquête menée cette fois-ci auprès de l’éditrice bien décidée à retrouver les chapitres manquant. Elle découvre rapidement que l’entourage d’Alan Conway a quelques points communs avec ses personnages mis en scène dans L’épitaphe de la pie

Comment l’auteur a-t-il réussi à écrire ce double roman, aux enquêtes imbriquées de la sorte ? « Ce livre à failli me tuer ! J’ai énormément travaillé dans la construction de cette histoire, j’avais avec moi en permanence un petit carnet où je notais les différentes possibilités d’indices qui me passaient par la tête, où je notais des éléments relatifs à des tableaux que je pouvais croiser ici et là, des diagrammes… »

Cette complexité à dénicher les éléments futurs de l’intrigue se retrouvant également dans le temps qu’il a fallu à Anthony Horowitz pour en finir avec l’écriture de son roman : « En général, l’écriture d’un livre me prend sept mois. Pour Comptine mortelle, j’ai mis plus du double pour arriver à un résultat satisfaisant où tous les éléments que je voulais mettre en place parvenaient à s’imbriquer plutôt correctement. »

 

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Un livre hommage

 

Grand amateur de l’œuvre d’Agatha Christie, Anthony Horowitz reconnaît volontiers s’inspirer régulièrement des nombreuses choses qu’il a pu trouver sous la plume de la Reine du crime. Des inspirations qui ont souvent aidé l’auteur dans la construction de ses différents livres, y compris pour Comptine mortelle où la majeure partie de l’enquête qui y est menée va se tenir dans un village reculé de la profonde Angleterre : « Le livre est inspiré par les œuvres d’Agatha Christie, j’adore tout ce qu’elle a construit au cours de sa vie. Peut-être plus qu’ailleurs sur le globe, la mère de Miss Marple est célébrée dans tous les petits villages anglais. J’ai longtemps habité dans cette campagne anglaise, et la différence de la vie à Londres et dans ces petites villages m’intéresse beaucoup, comme c’était le cas, je l’imagine, pour Agatha Christie. Un meurtre dans une grande ville ne se sait pas, la vie suit son cours sans aucun grand changement. Dans un petit village reculé, tout le monde connaît tout le monde, tout le monde devient immédiatement suspect. C’est de ce climat si bien retranscrit dans les livres d’Agatha Christie que je me nourris pour bâtir les miens. »

 

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Une vocation plutôt précoce

 

Quand on l’interroge sur ce qui a pu le pousser à devenir écrivain, Anthony Horowitz nous amène vers sa jeunesse et l’apparition d’une véritable vocation : « J’ai décidé très jeune que je deviendrai écrivain, essentiellement parce que je ne savais faire rien d’autre. J’étais plutôt stupide, j’ai échoué à l’école, les professeurs pensaient que je perdais mon temps dans cet endroit. C’est à ce moment que j’ai découvert que j’adorais les livres, que le seul endroit où j’étais heureux à l’école n’était autre que la bibliothèque. J’étais alors sûr et certain de ce que je voulais devenir. »

 

Une vocation qui apparaît très jeune et pas nécessairement avec les éléments déclencheurs auxquels on pourrait s’attendre :  « Le premier livre que j’ai vraiment adoré et qui m’a poussé vers cette voie de l’écriture, c’était Les aventures de Tintin. J’adorais ces aventures simplement parce qu’à l’époque je n’étais pas suffisamment intelligent pour me plonger dans des livres très sérieux, très longs ! Les gens pensent que Tintin n’est que journaliste, mais il est aussi un peu détective et doit mener de nombreuses enquêtes. C’est après cette heureuse découverte que je me me suis penché sur James Bond et tous les personnages de livres que j’affectionne tant encore aujourd’hui. »

 

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Un rapport si particulier

 

Rompu à l’exercice d’écriture de livres policiers, Anthony Horowitz n’oublie pas d’évoquer la relation particulière qui peut exister entre un auteur et son enquêteur fétiche : « Le rapport entre Conan Doyle et Sherlock Holmes m’a toujours intéressé. Comment Doyle a-t-il pu détester le grand-père de tous les détectives de fiction alors que le monde entier le vénérait et le vénère encore ? Fleming non plus n’aimait pas du tout James Bond. »

Mais Anthony Horowitz, loin de se tenir à distance de cette relation conflictuelle entre un auteur de polars et son enfant de papier, une relation particulière que l’on retrouve d’ailleurs sous un angle différent dans Comptine mortelle, confesse son propre vécu à ce sujet : « Ce rapport particulier, je le comprends, j’ai failli l’avoir avec Alex Rider. Je l’adore, c’est quand même lui qui m’a fait riche et célèbre dans les librairies. Mais Alex a 15 ans, il en avait 14 quand j’ai commencé à écrire sa première aventure. Pendant ce même temps, j’ai accumulé beaucoup plus d’années que lui … Les jeunes l’adorent, il est fort, il a plein d’aventures, il est beau… Alors oui effectivement, je suis jaloux. Pendant qu’Alex vit toutes ses aventures, moi je reste assis dans ma pièce à écrire. »

C’est en ces mots que la rencontre s’est terminée, juste le temps de quelques derniers échanges avec l’auteur avant de passer à une séance de dédicaces où Anthony Horowitz prit, pour le plus grand plaisir des lecteurs présents, le temps de discuter encore un peu plus avec eux.

 

 

 

Découvrez Comptine mortelle d’Anthony Horowitz aux Editions du Masque et chez Hachette Romans.

L’ascension d’une vie avec Maud Ankaoua

C’est face à des lecteurs sélectionnés pour l’occasion que Maud Ankaoua est venue présenter, il y a quelques jours, son dernier livre Kilomètre zéro : Le chemin du bonheur publié aux Editions Eyrolles. L’occasion d’en savoir plus sur l’origine de ce premier roman pour l’auteure, sur les événements qui ont pu la mener vers l’écriture et sur les éléments forts à retenir de cette lecture.

« Maëlle, directrice financière d’une start-up en pleine expansion, vit le rythme effréné de ses journées ; sa vie se résume au travail, au luxe et à sa salle de sport. Ses rêves… quels rêves ? Cette vie bien rodée ne lui en laisse pas la place ; jusqu’au jour où sa meilleure amie, Romane, lui demande un immense service. Question de vie ou de mort.

Maëlle, sceptique, accepte la mission malgré elle. Elle rejoint le Népal, où l’ascension des Annapurnas sera un véritable parcours initiatique.

Quand la jeune femme prend conscience que la réalité n’est peut-être pas celle que l’on a toujours voulu lui faire croire… c’est sa propre quête qui commence.

C’est au cours d’expériences et de rencontres bouleversantes que Maëlle va apprendre les secrets du bonheur profond et transformer sa vie. Mais réussira-t-elle à sauver son amie ? »

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Un parcours tout tracé

La première question posée à Maud Ankaoua sonne comme une évidence : quels liens peut-on établir entre Maud Ankoua et Maëlle, le personnage central de son roman ? Quelle part de Maud Ankaoua peut-on trouver dans ce livre à mi-chemin entre l’ouvrage de développement personnel et le roman ?

« Les relations humaines sont pour moi au cœur de toutes les actions de notre quotidien. En entreprise, dans ces spécialités mais dans toutes les autres, on se rend compte que seules importent les relations humaines, quel que soit votre domaine. J’ai longtemps été payée pour faire des entreprises les meilleures de leur secteur, c’était mon métier pendant plusieurs années. Pour arriver à ce résultat, il faut que les gens puissent parler, exprimer leur créativité, échanger entre eux, c’est véritablement indispensable. Sans ça, il ne se passe plus rien dans une entreprise. Dès que des égos entrent en conflit, tout se bloque et s’enraye même si vous avez le meilleur produit possible. Ce qui me passionne c’est pouvoir avancer, s’améliorer et partager ce que l’on apprend. La base et la racine de ce qui m’anime ce sont les relations humaines et toutes les améliorations que l’on peut envisager. Mon premier voyage au Népal en était une à mon sens, et j’ai eu envie de la raconter. »

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Un élément déclencheur

Ce voyage en terres népalaises a donc été pour Maud Ankaoua le début de nombreuses choses, mais surtout l’élément déclencheur qu’il lui a fallu trouver avant de se lancer corps et âme dans l’écriture. Comme l’épiphanie tant attendue pour donner un nouveau sens à sa carrière, Maud Ankaoua a donc profité de son voyage à l’étranger pour se lancer de nouveaux challenges et donner un coup de fouet à son existence, comme elle le dit en ses mots :

« Je suis partie au Népal à un moment de ma vie où je venais de vendre une société, un moment vraiment particulier de mon existence. J’ai fait ce voyage alors que j’entrais petit à petit dans une phase de burn-out, j’étais en proie à de nombreux doutes aussi bien personnels que professionnels. Ce voyage m’a permis d’apprendre à vivre au présent alors que j’avais été formatée pour toujours avoir dix coups d’avance dans tout ce que je pouvais entreprendre. Il y a beaucoup de ma vie dans ce roman, j’aurais été incapable d’inventer une histoire de toutes pièces. Même si il y a toute la fiction qui va avec et qui enrobe cette histoire vécue, tout cela est le fruit de rencontres, d’expériences, de lectures en tous genres etc. »

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Le partage comme leitmotiv

Au-delà de l’introspection devenue indispensable à Maud Ankaoua pour écrire ce livre, c’est aussi une volonté de partage forte et marquée que l’on doit trouver entre ses pages. Un partage d’abord avec ses proches, mais aussi avec ses lecteurs depuis devenus nombreux :

« J’avais envie de partager avec les gens que j’aime. Ce livre est comme une marque d’affection supplémentaire. Au début c’était une version juste pour mes amis, j’avais seulement eu envie d’écrire ce qui m’avait permis d’être ce que j’étais à ce moment-là, avec toutes mes failles. J’avais envie de remercier les gens du autour de moi, c’est pour cela que j’en avais d’abord fait un livre autoédité. Seuls mes proches et quelques rares intéressés pouvaient se pencher sur mon histoire. Au vu du succès rencontré sur la Toile, j’ai ensuite été contactée par un membre des Editions Eyrolles et une nouvelle aventure est née.»

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Un apprentissage d’abord pour l’auteure

Alors que beaucoup de livres laissent à penser que le lecteur est le premier bénéficiaire des apprentissages possibles, l’auteure reconnaît que la première personne à avoir appris de ce roman n’est autre qu’elle-même. Que ce soit avant, pendant et après la phase d’écriture, Maud Ankaoua concède :

« Je découvre grâce à ce livre un certain nombre d’outils au niveau du développement personnel, que ce soit l’analyse transactionnelle et de nombreuses autres choses encore. On m’invite désormais pour animer des stages de développement personnel et cela me permet d’avoir un angle peut-être plus technique et plus théorique, un angle que je n’avais pas nécessairement avant. Ce livre a aussi été un apprentissage pour moi, que ce soit au moment de l’écriture mais aussi maintenant alors que l’ouvrage est sorti et disponible pour tous les lecteurs. Je découvre des façons d’être, des façons de vivre, des pratiques différentes des miennes. Ce voyage a été le déclencheur de ma démarche mais je suis fière aujourd’hui d’être encore dans une phase d’apprentissage, une phase qui ne laisse pas encore deviner sa finalité. »

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La montagne comme personnage de roman

Parce qu’elle est un élément indispensable de ce Kilomètre zéro : Le chemin du bonheur, Maud Ankaoua n’a pas hésité à revenir sur le rôle de la montagne dans son livre et son histoire personnelle. D’abord, elle insiste sur la motivation nécessaire pour se confronter, physiquement et mentalement, à la montagne :

« Pour ce voyage, il fallait des ressources plein la tête c’est évident. Mais je suis persuadée que tout le monde peut entreprendre ce type de voyage, sans forcément disposer d’un niveau de compétences physiques incroyable. On se rend compte que dépasser ce type d’effort physique est en fait comme dépasser un gros stress dans une situation d’entreprise ou dans la vie de tous les jours. Vous vous dites « Je vais y arriver quand même, même si c’est difficile et même si c’est décourageant. ». Tout se joue finalement dans la tête lorsqu’on affronte la montagne. »

La considération que Maud Ankaoua a pour l’état physique et mental à avoir avant d’aborder ce type de périple est quelque chose que l’on retrouve dans son livre, de façon très marquée. L’auteure aborde donc cela juste avant d’évoquer plus précisément le rôle joué par cet élément, la montagne, dans son ouvrage :

« La montagne est comme un miroir géant. C’est une phrase de mon livre. La montagne est un endroit où l’on est complètement démuni, face à soi-même et à l’immensité de ce qui nous entoure. C’est le reflet de ce que l’on est au plus profond, déjà parce qu’on se trouve dans une situation où l’on est diminué mais aussi parce que l’épreuve est complexe et le corps mis à rude épreuve. La montagne nous ramène à notre toute petite condition, à notre petitesse. On peut alors penser à la possibilité d’apprendre à marcher. Pourtant il s’agit d’une étape très difficile de notre vie, on se lève, on tombe, on se fait mal. Et pourtant, autour de nous, tout le monde nous pousse à réussir et y arriver. Et malgré ce soutien, on ne peut y parvenir que seul, en parfaite autonomie. Et cela est un miroir de l’épreuve traversée dans la montagne. »

 

Quelques derniers échanges sont venus ponctuer cette rencontre avant de laisser place à la séance de dédicaces. L’occasion pour les lecteurs d’adresser leurs dernières interrogations à Maud Ankaoua.

Découvrez Kilomètre zéro : Le chemin du bonheur de Maud Ankaoua publié aux Editions Eyrolles.

 

Sonder les expressions orales avec Philippe Delerm

Philippe Delerm est venu présenter dans les locaux de Babelio son dernier ouvrage publié au Seuil, Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases. Un nouveau recueil de textes courts où l’auteur s’amuse à sonder la langue et ces petites expressions orales, envoyées à l’emporte-pièce, mais qui ne manquent pas de surprendre lorsque l’on tend un peu l’oreille, et l’esprit.

“Est-on sûr de la bienveillance apparente qui entoure la traditionnelle question de fin d’été : « Et… vous avez eu beau temps ? » Surtout quand notre teint pâlichon trahit sans nul doute quinze jours de pluie à Gérardmer…

Aux malotrus qui nous prennent de court avec leur « On peut peut-être se tutoyer ? », qu’est-il permis de répondre vraiment ?

À la ville comme au village, Philippe Delerm écoute et regarde la comédie humaine, pour glaner toutes ces petites phrases faussement ordinaires, et révéler ce qu’elles cachent de perfidie ou d’hypocrisie. Mais en y glissant également quelques-unes plus douces, Delerm laisse éclater son talent et sa drôlerie dans ce livre qui compte certainement parmi ses meilleurs.”

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La première gorgée de succès

Cette rencontre a d’abord été l’occasion de revenir, avec les lecteurs, sur le succès de Philippe Delerm dans les librairies, un succès  initié en 1997 avec La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Une célébrité littéraire imprévue et imprévisible comme le confirme si bien Philippe Delerm lui-même :

« La première gorgée de bière n’était pas un manuscrit entier, un livre déjà établi, mais plutôt une poignée de textes que j’avais envoyée à la NRF à l’époque. J’ai fait cela car je pensais sincèrement qu’ils pouvaient aimer ce que je faisais, que cela pouvait correspondre à leurs publications du moment. Ces textes ont été accueillis avec assez d’enthousiasme pour envisager une publication dans une toute petite collection de Gallimard, encore méconnue à l’époque, la collection L’Arpenteur, qui aujourd’hui publie plusieurs grands noms de la littérature française et étrangère. Ce fut une sorte d’entrée par la petite porte, sans à-valoir par exemple, mais une entrée quand même. »  

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Un succès à travers les années

Une entrée par la petite porte mais qui va très vite valoir à Philippe Delerm un succès dans tout l’Hexagone. Une célébrité littéraire tellement forte et soudaine que l’auteur se surprend encore aujourd’hui du traitement dont ont fait l’objet ses livres, pourtant écrits avant La première gorgée : « Avant le succès que j’ai pu rencontrer, j’avais publié plusieurs ouvrages aux éditions du Rocher, un nom qui n’avait pas forcément encore pignon sur rue dans le monde de l’édition. Mais cette maison avait déjà à l’époque une véritable volonté littéraire qui me séduisait, celle de promouvoir des auteurs peu connus mais avec de véritables aspirations, de véritables projets d’écriture. Tous les livres que j’avais faits avant La première gorgée ont donc eu comme une seconde vie une fois le succès rencontré. Il m’était même parfois reproché de publier des livres tous azimuts alors qui s’agissait simplement de mes anciens livres qui refaisaient surface. »

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La mise en avant du texte court

Aujourd’hui, Philippe Delerm revient en librairie avec un nouveau recueil de textes courts, un genre qui fait toute sa fierté et dans lequel il semble s’épanouir pleinement : « Et vous avez eu beau temps ? est le neuvième recueil de textes courts que je publie. Il s’agit d’un genre vraiment particulier, sans réel formule pour le désigner d’ailleurs. A l’évidence, c’est par ce type de littérature que j’existe le plus. Pour moi ça a été un grand plaisir de pouvoir publier cela. Malgré tout, et avec le recul dont je dispose aujourd’hui, je me rends bien compte que tous ces textes ne sont pas au même niveau, que parfois je rate quelque chose ou que je passe à côté d’une autre. Mais dans tous les cas, je me souviens du plaisir presque physique que j’avais à les faire, à les écrire, à les dessiner dans mon esprit. C’est une divine surprise de voir que j’ai un public fidèle et régulier grâce à ce type si spécifique de littérature, aussi de voir qu’un petit nombre d’auteurs le pratique. Je trouve cela étonnant d’ailleurs que dans les rentrées littéraires on ne parle que de romans comme si c’était la seule et unique forme de littérature. Les textes courts prouvent bel et bien le contraire ! »

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L’écriture comme rythme de vie

L’auteur en profite aussi pour revenir sur ses différentes habitudes d’écriture, lui, l’ancien fainéant devenu travailleur appliqué et véritable touche-à-tout : « Je suis très lent dans l’écriture, j’apprécie prendre tout le temps qu’il me faut pour terminer ce que j’entreprends. J’ai commencé à écrire après avoir digéré les livres de Proust durant mes études de lettres réalisées à la faculté de Nanterre. Je suis ensuite devenu professeur en acquérant, petit à petit, une certaine forme de routine. Au bout d’un moment, voyant que je n’entreprenais rien de très conséquent, j’ai eu envie de faire quelque chose de ma vie, notamment dans l’écriture mais aussi avec la pratique assidue du théâtre, du football et une participation active à la maison des jeunes dans le club de guitare d’accompagnement. Ancien paresseux, je suis devenu très actif même si très tôt dans ma vie j’avais déjà cette habitude d’écrire le matin de 5 heures à 7 heures avant d’aller au collège pour enseigner. Je pense que cette habitude porte ses fruits aujourd’hui. »

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Au contact du réel

A la question de savoir si le contact permanent avec le réel, que l’on retrouve dans ce livre mais plus généralement dans ses recueils de textes courts, n’était pas quelque chose de regrettable quant à l’absence totale de fiction, Philippe Delerm répond : « Je me suis presque fais agresser à Bruxelles par une journaliste qui me disait que les gens ont besoin de s’évader, que le roman et la fiction sont exactement là pour ça. Pour le coup, cela me paraît tout à fait paradoxal de dire qu’on ne peut pas s’évader avec le réel. Il y a forcément une façon réconfortante de pactiser avec ce qui peut sembler banal mais par conséquent il n’est pas forcément nécessaire d’avoir des aventures extraordinaires pour connaître des choses extraordinaires. L’opportunité, de par la faible présence d’auteurs dans le genre, ne permet pas à elle seule d’expliquer le succès rencontré par ce type de livres. Les lecteurs qui me suivent trouvent un intérêt certain à ce sondage du réel. Je trouve qu’aujourd’hui je suis un peu seul à occuper cette niche, et c’est tout à fait dommage. »

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De quoi la suite sera faite ?

Faut-il attendre un nouveau recueil du genre de la part de Philippe Delerm ? La question s’est posée dans la tête de bon nombre  de lecteurs présents à cette rencontre. « Je pense que Et vous avez eu beau temps ? sera le dernier recueil du genre. Je pourrais tout à fait continuer sur ce thème mais j’ai envie maintenant d’être un peu plus archéologue du présent et du réel, moins dans l’observation permanente des mots et des paroles. J’ai envie de travailler en particulier sur les gestes, et surtout sur ceux liés à la technologie. Des technologies de plus en plus nombreuses que je ne maitrise pas du tout d’ailleurs. Tous ces gestes m’intéressent, notamment la façon de téléphoner. Je trouve cela toujours très curieux, ce rapport que l’on peut entretenir avec ces petites boîtes pleines d’images. »

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Un métier pour motif du bonheur

Au sujet de son métier d’écrivain et de toutes ces petites choses qui le poussent à écrire jour après jour, Philippe Delerm confesse son sentiment d’être véritablement chanceux de réussir à vivre de ce qu’il fait : « C’est une chance incroyable de se dire que le sujet que je vais traiter dans mes livres, c’est la vie. J’ai la chance de pouvoir être spectateur du beau, de vivre de ces différents constats, comme lorsque j’étais encore adolescent et que tous les problèmes d’adultes étaient encore trop loin. J’ai le grand plaisir de pouvoir disserter sur le temps qui passe en ayant deux terrains d’observation complètement différents. Je suis pleinement conscient de cela, et j’en profite jour après jour. »

C’est sur ces mots que l’auteur conclut la rencontre, avant de s’adonner à une séance de dédicaces. L’occasion pour les lecteurs de poser leurs dernières questions à Philippe Delerm, sur son dernier livre ou ses précédents succès.
Découvrez Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases de Philippe Delerm publié aux Editions du Seuil.

Survivre à l’hiver avec Christian Guay-Poliquin

C’est à 9 heures 30, une heure peu habituelle pour une rencontre Babelio, que 20 lecteurs plutôt lève-tôt se sont donné rendez-vous dans les locaux des Editions de l’Observatoire pour rencontrer Christian Guay-Poliquin, un jeune auteur québécois en tournée en France pour présenter son ouvrage récemment publié dans l’Hexagone et déjà récompensé du Prix du Gouverneur général 2017. Une rencontre originale sur un autre aspect : le livre a été remis aux lecteurs à l’issue de la rencontre, de quoi donner lieu à une présentation en profondeur de l’auteur et son ouvrage plutôt qu’à des questionnements sur l’intrigue et le final.

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Une nouvelle quête en soi

L’auteur québécois publie son deuxième roman, Le Poids de la neige, qui fait suite à l’ouvrage Le fil des kilomètres publié en 2013. L’occasion d’évoquer avec lui ce nouveau livre et la supposée filiation entretenue avec le premier : « Pour mon second roman, je n’avais pas la volonté de créer un univers qui pourrait prendre la suite du premier, même si certains éléments se ressemblent effectivement. Par exemple, j’ai repris mon personnage mais qui se retrouve maintenant très affaibli à la suite d’un accident de voiture, près de son village  natal, avec les habitants du coin qui se retrouvent dans l’obligation de prendre soin de lui. Tout cela dans un contexte de survie, dans une organisation sociale précise où tous doivent s’organiser pour survivre avant de s’occuper d’un homme gravement blessé. C’est finalement un vieil homme du village qui va le recueillir. Ainsi est né le point de départ du roman, avec cette relation de ces deux hommes contraints de vivre ensemble. »

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Ce qui se trame à l’arrière-plan

Au-delà du récit survivaliste proposé par cet ouvrage, les lecteurs ont retenu à la lecture de la quatrième de couverture, divers éléments qui composent l’arrière-plan du roman. Christian Guay-Poliquin en profitant pour expliquer certains de ses choix comme par exemple au sujet des prénoms des personnages commençant par une même lettre : « C’est un plaisir d’auteur que je me suis accordé. En effet, les prénoms des personnages secondaires commencent tous par la lettre « M » et les prénoms des personnages principaux masculins par la lettre « J ». Ce sont des choix qui visent avant tout à associer et rassembler les personnages sous un même trait. On peut retrouver ça dans nombre de romans où il est question du personnage du « Juge », du « Policier » etc. A noter également que tous les prénoms dans mon livre sont d’origine biblique. A l’image de Matthias, ce vieillard qui a un attachement très particulier et plutôt complexe avec l’héritage judéo-chrétien. Tout cela est fait de façon à donner un arrière-fond au roman par des histoires qui le dépassent. »

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Un huis clos enneigé

Comme dans son premier roman où le cadre n’était autre que l’habitacle d’une voiture, Christian Guay-Poliquin emmène ses lecteurs dans un nouveau huis clos, cette fois dans une maison entourée par la neige. Un cadre contraignant dans le processus d’écriture ? « Tout est histoire de contrainte. Plus on contraint notre univers, plus on doit forcer la mise en scène qu’on met en place pour obtenir un tout cohérent, qui tient en haleine. Le huis clos est un exemple parfait d’une contrainte très forte. Les personnages du village sont aussi de nouvelles contraintes à prendre en compte. Ce rapport à l’autre dans un huis clos n’est pas forcément ferme sur lui-même, et ce même si ces deux personnages sont en attente de quelque chose. J’ai fait ce choix sans vouloir forcément rappeler à chaque page En attendant Godot. Dans Le Poids de la neige, on ne sait plus s’ils attendent quelque chose de réel ou s’ils sont simplement dans une attente infinie pour combler le vide existentiel dans lequel ils se retrouvent. Le huis clos permet cela. Il y a aussi un jeu dans le silence et la parole que ce type de cadre spécifique met en lumière. »

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Un éloge du statique

Christian Guay-Poliquin est également revenu sur un élément central de son procédé d’écriture : cette ferme volonté de laisser toute sa place à l’inaction, au récit statique. « J’ai un plaisir à écrire des histoires où il ne se passe rien. C’est quand rien ne se passe que tout peut arriver. L’importance n’est pas d’avoir une grande action pour nous surprendre à chaque page. Ce sont des petits détails significatifs qui vont nous surprendre. Lorsqu’on est confronté au silence, tout peut avoir son importance. » Mais tout cela ne serait rien sans un sens pointu du cadre narratif : « Avec le recul, j’ai appris au fil du temps à planter avec précision le décor dès la première partie afin d’amener une situation initiale qui ne semble pas créée de toutes pièces. L’art de créer un décor spécifique est quelque chose d’indispensable pour moi dans le but d’amener la suite d’un récit. C’est ce que j’essaie de faire dans chacun de mes romans. »

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Un travail chasse l’autre

Dans les derniers temps de la rencontre, une lectrice s’est intéressée sur le travail de thèse réalisé actuellement par Christian Guay-Poliquin. Un travail spécifique autour de la transmission des récits de chasse à travers l’Histoire. De quoi donner lieu à quelques précisions de la part de l’auteur : « J’écris actuellement une thèse sur les enjeux du récit de chasse dans les arts narratifs au XXème siècle. Mon hypothèse est que le récit de chasse a souvent été utilisé comme prétexte pour parler d’autre chose. Ce récit m’intéresse d’autant qu’on le retrouve dans la fiction que ce soit au cinéma ou dans la littérature, et ce quelle que soit l’époque. Par exemple, le film Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter en anglais ou littéralement « Le chasseur de cerfs ») de Michael Cimino contient quelques brèves scènes de chasse, ce qui tend à montrer que la chasse exprime là encore bien plus qu’elle-même. » Un travail intéressant qui n’a pas manqué d’interpeller les lecteurs quant au rapport entre l’oeuvre de Guay-Poliquin et ses différentes recherches universitaires.

C’est, comme à l’accoutumée, autour d’une séance de dédicaces que prit fin cette rencontre avec Christian Guay-Poliquin. L’occasion pour les lecteurs de poser leurs dernières questions à l’auteur.

Découvrez Le Poids de la neige de Christian Guay-Poliquin publié aux Editions de l’Observatoire.

Un roman pétri de douceur avec Jenny Colgan

Après le succès du livre La Petite Boulangerie du bout du monde, Jenny Colgan est de retour dans les librairies pour Noël à la petite boulangerie, troisième et dernier tome des aventures de Polly publié aux Editions Prisma. De quoi vivre au plus près les nouvelles péripéties de notre chère boulangère-pâtissière et de son amoureux Huckle.

« Maisons en pain d’épices, brioches aux fruits confits, feuilletés au miel… A l’approche des fêtes de fin d’année, Polly est débordée ! Accaparée par sa petite boulangerie, la jeune femme ne souhaite qu’une chose : passer un réveillon romantique avec Huckle, bien au chaud dans leur grand phare.

Mais les bourrasques qui balaient la petite île de Mount Polbearne pourraient bien emporter les doux rêves de Polly et faire resurgir du passé des souvenirs qu’elle croyait enfouis à jamais …

Entre mensonges, surprises et trahisons, Noël cette année s’annonce finalement très mouvementé ! »

Une vocation qui se confirme

L’auteure originaire d’Ecosse, de passage en France après y avoir vécu quelques années, est donc venue présenter son dernier ouvrage, Noël à la petite boulangerie devant des lecteurs Babelio sélectionnés pour l’occasion. Naturellement, la première question à être posée traite de ce goût pour l’écriture développé chez Jenny Colgan depuis bientôt 20 ans.

« J’ai toujours beaucoup lu, j’ai toujours aimé ça. Quand j’étais petite, j’habitais dans un village de pêcheurs en Ecosse. Il n’y avait rien, ou alors vraiment pas grand-chose. A cette époque, l’idée de devenir écrivaine était complètement incongrue. Je ne m’imaginais pas écrire un jour. » C’est le retour positif d’une maison d’édition qui initia pour de bon la nouvelle carrière de Jenny Colgan : « A 25 ans, quand j’ai vraiment commencé à écrire et au moment où je finissais mon premier roman, je l’ai envoyé à une maison d’édition sans grand espoir. Avec ma mère, nous avons vraiment été très surprises lorsque nous avons reçu une réponse positive de la part de la maison d’édition. C’est véritablement ce moment qui a été le déclencheur. » L’auteure complétant sur son rapport à la vocation d’écrire : « Il n’est pas indispensable d’être un génie, d’être né avec une plume magnifique. Tout le monde peut écrire sans être né avec un immense talent. Tout cela se travaille. C’est fluctuant, mobile. »

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Un sens de la construction

L’intérêt s’est porté sur la naissance de cette trilogie et des aventures de Polly. Pourquoi et comment Jenny Colgan est-elle parvenue à écrire ces différentes histoires et d’ailleurs, pourquoi une trilogie ?

« J’aime beaucoup écrire des trilogies. J’aime cette idée de découper un récit en trois parties distinctes où chacune trouve toute son importance. La première partie est toujours pour moi l’occasion de poser un cadre précis, défini, de poser mes personnages, leur contexte d’évolution et les bases de l’histoire à venir. Ensuite, la seconde partie de la trilogie est celle où l’on va retrouver une sorte de crise, un chamboulement dans la continuité de l’histoire. Puis, comme souvent, la troisième partie vient clore le tout avec une fin qui s’impose à moi et qui n’est pas forcément évidente lorsque je commence à écrire. »

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L’île au centre de tout

La figure de l’île de Mount Polbearne, a aussi été au cœur des interrogations. Pourquoi choisir un lieu si isolé du reste du monde pour raconter son histoire ? Est-ce une certaine idée du romantisme à la Jenny Colgan ?

« C’est d’abord cette idée de solitude, d’un endroit éloigné de tout, qui m’a inspiré le roman puis la trilogie. Je voulais raconter une histoire qui se déroulait sur une île, dans un endroit isolé une bonne partie de l’année. Le Saint Michael Mount, qui est une version de poche du Mont Saint Michel était le cadre parfait et m’a beaucoup inspiré pour créer le cadre de ce roman. Lorsque j’étais plus jeune, mes parents habitaient un petit village dans lequel tout le monde se connaissait. Je détestais cela et j’ai vite cherché à vivre dans une grande ville, Édimbourg puis Londres. Aujourd’hui, je vis dans un petit village semblable à celui dans lequel vivaient mes parents ! Je crois que cela me manquait finalement. C’est cette idée de petite communauté assez soudée que j’ai cherché à retranscrire dans ces livres. Dans ces petits villages difficilement accessibles, les secrets ne peuvent pas le rester très longtemps ! »

Le roman est-il pour autant fidèle à la réalité du Saint Michael Mount ? Jenny Colgan a-t-elle cherché à reproduire la vie de ses habitants ?

« Beaucoup de choses sont inventées dans mes romans. Par le passé, j’avais écrit un livre où je décrivais un endroit bien réel, un endroit où j’étais allée plusieurs fois, un endroit que j’appréciais plutôt bien mais qui était vraiment très … moche. Une fois le livre sorti en librairies, les critiques n’ont pas arrêté de pleuvoir sur moi, sur mon livre, des critiques qui provenaient de gens qui me reprochaient le tableau que je rendais de cet endroit qu’eux adoraient. A ce moment-là, j’ai bien compris qu’il était préférable de laisser toute la place à l’imagination, à la fiction pure et ce afin d’éviter toutes les éventuelles incohérences. »

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Les contraires s’attirent

La fin approchant, une dernière question a retenu l’attention des lecteurs présents dans la salle. Une question autour du personnage de Polly :

« Polly ne me ressemble pas du tout ! J’ai aimé faire d’elle un personnage calme, qui réagit avec prudence et sérieux dans toutes les situations, même les plus alarmantes. Elle est tout l’inverse de moi : dans les situations difficiles, je réagis n’importe comment, j’ai plutôt tendance à perdre les pédales ! Il est là aussi ce décalage entre la réalité et la fiction. »

Quelques questions plus tard, les lecteurs ont pu prendre part à une séance de dédicaces avec Jenny Colgan et échanger leur avis sur le livre autour d’un verre.

Découvrez Noël à la petite boulangerie de Jenny Colgan, aux éditions Prisma.

 

(Re)vivre l’adolescence avec Samantha Bailly

Après Nos âmes jumelles et Nos âmes rebelles, Samantha Bailly revient avec Nos âmes plurielles, le troisième et dernier volet  de la saga publiée chez Rageot. Une saga pleine de vie que l’auteure et scénariste française est venue présenter aux lecteurs Babelio.

« Sonia et Lou se sont rencontrées sur un forum autour de leur passion créative : l’écriture pour Sonia, le dessin pour Lou. Leur blog BD, Trames jumelles, a été remarqué par un éditeur qui les a encouragées dans leur vocation. Bac en poche, elles réalisent leur rêve : s’installer à Paris en coloc ! Mais leurs tempéraments sont radicalement opposés… Sonia adore sa nouvelle liberté et les fêtes étudiantes, tandis que Lou s’investit pleinement dans sa formation aux Gobelins. L’année s’annonce électrique ! »

Retour sur une période charnière

La toute première question posée lors de cette rencontre aborde la naissance de ce triptyque dans l’esprit de son auteure et le rapport à l’adolescence personnelle de Samantha Bailly. De quoi en savoir plus sur les raisons qui ont pu la pousser à écrire les péripéties de deux jeunes filles au sortir de l’enfance :

« Cette série est née d’un rendez-vous avec ma précédente éditrice. La question qui se posait à ce moment précis était de savoir ce que j’avais profondément envie d’écrire, de raconter. Peu de temps avant ce fameux rendez-vous, j’avais été bouleversée par le film Le monde de Charlie (adaptation sortie en 2013, par Stephen Chbosky de son livre éponyme), comme emportée par cette histoire de l’adolescence alors que bien trop souvent dans la fiction, on retrouve une retranscription de cette période de la vie très idéalisée, dénaturée. Je voulais proposer d’autres sensations, à l’image de ce que l’on pouvait trouver dans le film, quelque chose de plus proche de que j’avais vraiment vécu. Les adolescents sont dans un paysage particulier de la vie, j’avais envie d’écrire le livre qui m’aurait réconfortée à l’époque. »

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Un apprentissage à refaire

Même si Samantha Bailly s’inspire largement de son vécu comme elle confesse à plusieurs reprises au cours de la rencontre, il lui a tout de même fallu côtoyer des jeunes d’aujourd’hui pour réapprendre l’adolescence, une adolescence 2.0, résolument tournée vers la modernité :

« J’ai utilisé dans Nos âmes jumelles les forums, ces lieux d’échange à la mode à ce moment précis où j’écrivais le livre. J’ai ensuite intégré des choses plus récentes au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire, comme YouTube etc. Pour ce faire, je suis souvent allée au contact de jeunes dans le cadre de mon métier qui est celui de l’écriture. Il m’a quand même fallu apprendre à nouveau ce que les adolescents d’aujourd’hui utilisent avec une facilité déconcertante. Ce n’était pas simple au début avec Instagram et les supports récents, j’ai appris beaucoup de choses. Maintenant je m’en sors très bien ! »

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La construction de deux personnages

Inévitable, la question concernant la construction des personnalités si différentes de Sonia et de Lou a vite été amenée sur la place des débats par une lectrice intéressée. L’occasion de comprendre le lien étroit pouvant exister entre Samantha Bailly et ses personnages :

« J’ai beaucoup en commun avec les deux. Elles-mêmes, entre elles, ont des points communs et des divergences importantes. Leur rapport au corps est difficile par exemple, elles ont cela en commun. Ensuite, leurs petites différences se sont construites au fur et à mesure de l’écriture. Sonia est arrivée avec son extraversion, Lou avec d’autres éléments spécifiques etc. Ce sont des personnages qui, malgré une petite part de moi-même incorporée au fond de chacune d’elles, sont un mélange de beaucoup de choses. La création c’est véritablement savoir comment les rendre vivantes, leur donner chair de façon tout à fait indépendante, avoir la sensation que ce sont des personnages réels que l’on va laisser derrière soi, comme des amies dont on sait qu’il faudra se séparer tôt ou tard. »

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Un procédé d’écriture original

Samantha Bailly a également pris le temps d’expliquer aux lecteurs et lectrices présents l’origine et toute l’importance d’un de ses choix de narration. Un choix qui offre au récit une pluralité de points de vue où chaque chapitre correspond à la visée d’un personnage en présence. Une idée originelle ?

« Je trouve ça toujours très intéressant de croiser les points de vue lorsque deux personnages ou plus sont présents dans la même scène. On a à chaque fois les éléments les plus marquants de chaque point de vue, ces différents « moi » qui se succèdent avec des sauts dans le temps assez rapides et toute une palette d’avis et de points de vue. Je fais une construction presque proche de celle du cinéma, une habitude que j’aie lorsque j’écris des scénarios pour le septième art. Je reste fidèle au déroulement du plan que je vois au départ. Mais cela ne m’empêche pas d’aborder ce plan différemment en fonction de chaque vision des personnages en présence. »

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Une inévitable fin ?

Quant à savoir si toute cette saga devait obligatoirement bien finir, Samantha Bailly offre des pistes de réflexion qui justifient son choix et sa vision de l’évolution des existences communes de Sonia et de Lou :

« Le troisième tome est un peu celui des lecteurs. Beaucoup d’entre eux avaient envie de savoir ce qui allait arriver aux personnages. Ce tome est donc à la frontière entre ados et jeunes adultes. Je voulais passer cette dernière étape. Je me suis régalée en l’écrivant, j’ai adoré retrouver les personnages et les faire évoluer dans un nouveau cadre, dans de nouvelles situations, dont celle des études supérieures etc. C’est une période tellement intéressante, celle de l’émancipation, celle du départ de chez « Papa-Maman ». Les deux amies vont se mettre en colocation,  elles vont vivre ensemble et faire face au monde. Je savais que tout ça n’allait pas forcément bien se passer. J’ai beaucoup aimé l’idée de les confronter à ce nouveau rapport au monde. Donc même si la fin de cette saga s’inscrit dans

un cadre plutôt positif, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’obstacles ont été franchis, ou pas, en amont. »

La rencontre se conclura par une séance de dédicaces et d’échanges plus personnels entre les lecteurs et l’auteur. De quoi poser les dernières questions restées sans réponse et faire un dernier au revoir à Sonia et Lou.

Découvrez Nos âmes plurielles de Samantha Bailly publié chez Rageot.

 

Un thriller où la fin justifie les moyens : rencontre avec Laurent Loison

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Après la publication de son premier livre Charade, Laurent Loison est venu à la rencontre des lecteurs Babelio pour parler de Cyanure, son second thriller fraîchement débarqué dans les librairies et édité chez Hugo & Cie. L’occasion de retrouver le trio de choc formé par le capitaine Loïc Gerbaud, sa collègue Emmanuelle de Quezac et le saillant commissaire Florent Bargamont pour une nouvelle enquête qui s’annonce … pleine de rebondissements.

« Branle-bas de combat au 36, quai des Orfèvres. Toujours assisté de sa complice Emmanuelle de Quezac et du fidèle capitaine Loïc Gerbaud, le célèbre et impétueux commissaire Florent Bargamont se trouve plongé dans une enquête explosive bien différente des habituelles scènes macabres qui sont sa spécialité.

Un ministre vient en effet d’être abattu par un sniper à plus de 1200 mètres. Sachant que seules une vingtaine de personnes au monde sont capables d’un tel exploit, et que le projectile était trempé dans du cyanure, commence alors la traque d’un criminel particulièrement doué et retors.

Les victimes se multiplient, sans aucun lien apparent et n’ayant pas toutes été traitées au cyanure. Balle ou carreau d’arbalète, la précision est inégalée. Ont-ils affaire à un ou plusieurs tueurs ? Un Guillaume Tell diaboliquement efficace se promène-il dans la nature ?

Tandis que Bargamont doit faire face à de perturbantes révélations et se retrouve dans une tourmente personnelle qui le met K.O., les pistes s’entremêlent jusqu’au sommet de l’État, où le président de la République n’est peut-être pas seulement une cible.»

 

L’importance du jugement

 

Laurent Loison est un homme aux multiples facettes. Tour à tour conseiller aux entreprises, tenancier de pub, entrepreneur du Net et bien d’autres choses encore, le voilà désormais auteur à succès. C’est pour parler de ses romans, justement, qu’il se présente, debout, face à des lecteurs avides d’en savoir un peu plus sur l’auteur responsable de quelques unes de leurs nuits blanches. La première salve de questions  porte sur le concept de jugement et le rapport entretenu par Laurent Loison avec cette notion qui est centrale dans Cyanure :
« On juge tous les jours, dans notre quotidien, dans la rue. Mais il faut se poser la question de savoir si on a vraiment ce droit de juger en permanence ? Un enfant qui a une mauvaise note, une queue de poisson sur la route, tout nous pousse à émettre des jugements rapides. Mais est-ce qu’on a vraiment toutes les armes pour juger à chaque fois ? C’est un peu ce que je me suis amusé à faire dans Cyanure. Comment chaque lecteur peut être amené, en plus du plaisir de lecture, à se poser des questions vis-à-vis de lui-même et des autres, sans se prendre trop la tête ? » 

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Le thriller comme vocation

Deuxième livre, deuxième thriller. Laurent Loison semble avoir trouvé sa vocation dans un genre qui, pourtant, s’avère complexe à développer : « Le thriller ne laisse pas beaucoup de place aux émotions, aux descriptions, à l’environnement. Ici, on doit amener le lecteur à ce que dans les cent dernières pages il soit quasiment en apnée. Beaucoup de mes collègues auteurs ont des manières différentes d’écrire un roman. En général, j’ai une idée qui me permet de surprendre le lecteur, du moins d’essayer de le surprendre. Une fois qu’on a ça, il reste à mettre en place ce qu’il faut pour parvenir au résultat définitif. Une fois que les idées sont couchées sur page et qu’on se sent prêt, c’est là que commence l’écriture. » 


Charade, le premier roman de l’auteur avait déjà été remarqué par ses lecteurs qui avaient lu l’ouvrage en un souffle. Rebelote avec Cyanure, dont l’intrigue est pour le moins anxiogène. Prendre le lecteur en otage, serait-ce la marque de fabrique de Laurent Loison dans un genre littéraire pourtant pas avare en romans angoissants ? : « L’idée n’est pas de faire mieux ou d’aller dans la surenchère mais d’essayer de faire légèrement différent avec les mêmes recettes, chercher une petite touche différente. En mettant un fond de réflexion supplémentaire, cela m’oblige à m’employer et faire en sorte d’avoir des éléments d’accroche supplémentaires pour captiver davantage les lecteurs. »

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Le retour des personnages fétiches

 

Cyanure, second roman de Laurent Loison, est aussi l’occasion de retrouver des personnages que l’on avait déjà rencontrés dans Charade. Une volonté de Laurent Loison de faire revenir ses  personnages fétiches, comme un gilet de sauvetage ?
« Faire revenir mes personnages était une évidence, et cela pour plusieurs raisons. Je pense qu’écrire un livre c’est à la portée de n’importe qui. On a tous un passé, des histoires, du vécu. En prenant le temps, on y parvient. La vraie difficulté c’est quand vos lecteurs vous attendent et que vous devez recommencer à zéro. Écrire un deuxième livre, c’est déjà bien plus complexe. Servir à chaque fois le même plat est impossible. Devant cette terreur j’ai trouvé extraordinairement confortable de me reposer sur certaines choses qui avaient fonctionné. Les personnages avaient déjà un passé assez dense, je pouvais continuer à développer leur histoire afin de me concentrer sur la nouvelle, et aussi la nouvelle enquête. »

 

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Une fin en apothéose

Même si nous respecterons le suspens pour les aspirants lecteurs de Cyanure qui n’ont pas encore pu découvrir ce livre de Laurent Loison, il semble que la fin ait été particulièrement appréciée par les lecteurs. Une fin en apothéose et qui revêt une certaine originalité : « De manière très modeste je me suis réveillé une nuit, j’ai réveillé ma femme et je lui ai dit « J’ai une idée de génie ! » On a cherché et on a vu que personne avait eu cette idée jusqu’à présent. La vraie difficulté est de faire que cela fonctionne, pour un lecteur comme pour une lectrice, et que la mise en scène fonctionne de bout en bout. »

 

Découvrez Cyanure de Laurent Loison, aux éditions Hugo & Compagnie.

Sur le chemin de nos racines avec Alice Zeniter

Après Sombre Dimanche prix du Livre Inter en 2013 et Juste avant l’oubli prix Renaudot des lycéens en 2015, Alice Zeniter fait son grand retour dans les librairies avec L’art de perdre publié chez Flammarion. L’auteure née à Alençon en 1986 tente de renouer pour son cinquième roman avec ses racines algériennes à travers Naïma, personnage central et énigmatique de ce livre. Récit d’une rencontre entre celle qui voit son nom habiter d’innombrables sélections de prix littéraires et des lecteurs heureux de poser leurs nombreuses interrogations.

 

« L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?

Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.»

 

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Un projet arrivé à maturation

 

Comme souvent dans ce type de rencontre entre auteur et lecteurs, la première question traite de la démarche d’écriture, des raisons qui ont pu pousser Alice Zeniter à se tourner vers l’Algérie. Un déclic ?
« La question du déclic revient énormément. Je ne sais pas si d’autres écrivains ont déjà répondu oui à cette question qui ne me paraît pas vraiment réelle, efficiente par rapport au temps réel de l’écriture. Pour moi, il y a des années entières pendant lesquelles je peux tourner autour d’une question.  Il n’y a pas vraiment de déclic à proprement parler. Il y a surtout une série de petits signes qui s’étalait au cours des années jusqu’à ce moment où je me suis rendu compte que l’Algérie me faisait un peu du pied pour raconter cette histoire. Ensuite, des questions diverses et variées pour savoir quoi écrire et comment se sont posées dans mon esprit. Finalement le processus s’est étalé sur presque dix ans. Le terme de déclic me paraît ainsi mal résumer le long processus d’émergence d’un roman. »

 

C’est donc un travail de longue haleine qui s’est imposé à Alice Zeniter en vue de l’aboutissement de son livre : « A peu près deux ans, en sachant que le travail d’écriture ne se faisait jamais au même rythme. Dans la même journée, je pouvais travailler sur les trois parties, les trois présentant des charmes particuliers et des difficultés différentes. Je passais de l’une à l’autre pour avoir l’impression de commencer une nouvelle journée de travail. »

 

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Une introspection voilée

 

Comme pour Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, qui faisait face aux lecteurs de Babelio à la place d’Alice Zeniter une semaine plus tôt, la question de l’introspection s’est naturellement posée. Quel fragment d’Alice Zeniter peut-on retrouver dans L’art de perdre ?
« C’est un peu moi et en même temps c’est très dur pour moi d’écrire sur des personnages qui soient trop proches. J’ai besoin de les mettre à distance. Quand mes amis lisent, ils ricanent et disent « Tu as vraiment fait ca pour montrer que ce n’est pas toi ! »J’ai besoin de ça pour réussir à m’intéresser à ces personnes.  J’ai besoin d’être éloignée de ces personnages. J’ai tenu Naïma à distance par la fiction. Par ailleurs, j’ai très vite abandonné l’idée initiale d’utiliser le « je » en me disant que ça ne m’intéressait pas que tout gravite autour de moi. À partir de là, c’est très compliqué pour moi de savoir si c’est mon livre le plus personnel. Oui je crois beaucoup à mon histoire et celle de ma famille, mais des livres qui avaient moins d’éléments autobiographiques directs peuvent tout de même avoir une dimension personnelle. Juste avant l’oubli est, par exemple, le récit indirect de ma rupture amoureuse. C’est peut-être avec ce roman que je me suis le plus débattue dans les remous de l’intérieur. Pas avec L’art de perdre. »

 

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La construction d’un personnage

 

Au-delà de la dimension projective de ce roman, c’est toute la construction du personnage de Naïma qui interroge à la lecture de L’art de perdre. Là encore, en découvrant lentement Naïma et son cheminement, cette quête vers ses racines, impossible de ne pas s’interroger sur la manière avec laquelle ce personnage a pu être pensé, peut-être par rapport à un membre de l’entourage d’Alice Zeniter : « La chose la plus concrète que je puisse relier avec le personnage de Naïma c’est la trajectoire de ma petite sœur par rapport à l’Algérie. Autour de ces questions sur le rapport avec le pays, ma sœur a tout de suite eu un rapport artistique et culturel. Elle a rencontré l’Algérie en allant au contact d’intellectuels et d’artistes de la période postindépendance. Elle est partie dans le cadre d’un colloque avec des vieux algériens qui lui parlaient du temps où ils connaissaient Sartre et consorts. C’est celle-là l’Algérie de ses rêves. » Jusqu’à mettre en branle le propre rapport d’Alice Zeniter quant à l’Algérie et ses racines : « Moi à côté, je voulais simplement voir ma famille, je ne pouvais rien partager avec ces gens, rien qu’à cause de la barrière de la langue. Ma sœur a compris qu’on pouvait découvrir un pays en choisissant ses propres passeurs de culture. Au moment de construire Naïma je me suis dit que j’avais envie de cette relation particulière, de ce passeur choisi. »

 

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Une complexité à réhabiliter

 

Sans brandir l’étendard de l’acte politique engagé, Alice Zeniter n’ôte pas pour autant dans son livre la dimension de réhabilitation que certains lecteurs ont pu trouver : « Je pense que s’il y a un acte politique dans le livre c’est plutôt celui de morceler une parole officielle et unique qui a étouffé énormément les trajectoires personnelles. Quand on dit que les harkis ont été virés de l’histoire, ce n’est pas tout à fait vrai. Ils ont été réduits à une version extrêmement simplifiée. Pour l’Algérie ce sont des traîtres et pour la France ils ont fait un choix conscient, le choix de la patrie française et qui tend à prouver pour leurs contradicteurs que la colonisation n’était pas si mauvaise. » Tout cela afin de mettre en lumière, à l’aide du roman, une complexité bien trop oubliée : « J’ai voulu montrer qu’il s’agissait de gens aux trajectoires multiples, bien plus complexes que ce que l’on présente dans l’histoire officielle. »

 

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Un thème universel, des approches diverses

 

Inévitable également, cette interrogation sur le choix du thème de l’Algérie, très prégnant dans cette rentrée littéraire 2017. Brigitte Giraud, Martin Winckler, Jean-Marie Blas de Roblès, Kaouther Adimi , Kamel Daoud et d’autres … Autant d’artisans de la plume qui se sont mis à l’ouvrage pour évoquer l’Algérie. Une envie commune de briser un certain silence ?
« Je n’en suis pas sûre. Lors du Forum Fnac Livres, nous étions réunis avec Kaouther Adimi, Jean-Marie Blas de Roblès et Brigitte Giraud autour d’un plateau sur le thème de l’Algérie. On s’est alors rendu compte avec ces autres auteurs de la rentrée que nous ne partagions pas la même volonté. Kaouther est algérienne et offre ainsi un récit plus direct, pour Brigitte et Jean-Marie,  il y avait comme une urgence de raconter avant la disparition des derniers témoins. Malgré tout, impossible de ne pas se dire ‘’Tiens on arrive au même moment’’. »

La rencontre se prolongera le temps de quelques questions supplémentaires avant d’aboutir sur une séance de dédicaces, là encore ponctuée par les interrogations des lecteurs posées directement à Alice Zeniter.
Découvrez L’art de perdre d’Alice Zeniter, aux éditions Flammarion.

Au seuil de l’Histoire franco-algérienne avec Brigitte Giraud

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Nous avions quitté Brigitte Giraud en 2015 avec Nous serons des héros, déjà une histoire de vies entremêlées et d’apprentissage de l’Autre. Celle qui fut récompensée par le Goncourt de la nouvelle en 2007 revient dans les librairies avec Un loup pour l’homme. Pour cette deuxième rencontre de la saison, réalisée dans les locaux de Babelio, Brigitte Giraud nous invite à un voyage du côté de l’Algérie encore française pour un récit filial romanesque.

 

« Printemps 1960. Au moment même où Antoine apprend que Lila, sa toute jeune épouse, est enceinte, il est appelé pour l’Algérie. Engagé dans un conflit dont les enjeux d’emblée le dépassent, il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. À l’étage, Oscar, un jeune caporal amputé d’une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, l’aimante étrangement : avec lui, Antoine découvre la véritable raison d’être de sa présence ici. Pour Oscar, « tout est à recommencer » et, en premier lieu retrouver la parole, raconter ce qui l’a laissé mutique. Même l’arrivée de Lila, venue le rejoindre, ne saura le détourner d’Oscar, dont il faudra entendre le récit, un conte sauvage d’hommes devenus loups. Dans ce roman tout à la fois épique et sensible, Brigitte Giraud raconte la guerre à hauteur d’un homme, Antoine, miroir intime d’une époque tourmentée et d’une génération embarquée malgré elle dans une histoire qui n’était pas la sienne. Et avec l’amitié d’Oscar et Antoine, au coeur de ce vibrant roman, ce sont les indicibles ravages de la guerre comme l’indéfectible foi en la fraternité qu’elle met en scène. »

L’accomplissement d’une auteure

 

Face à des lecteurs enthousiastes quant à ce roman en lice pour plusieurs prix littéraires, la première question sonne comme une évidence : pourquoi l’Algérie comme thème de ce treizième ouvrage, un thème qui d’ailleurs résonne fortement dans cette rentrée littéraire 2017 ? «La raison pour laquelle je me suis intéressée à cette histoire, c’est parce qu’elle me concerne. Il fallait que j’aie des épaules d’écrivaine peut-être un peu plus larges pour me sentir autorisée à entrer dans cette période. Il fallait que je puisse parler avec mon père de cette période. Il a fallu que je devienne adulte à mon tour. »

 

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Un récit nécessaire

 

Ainsi, pour l’auteure née à Sidi Bel Abbès, Un loup pour l’homme est une traduction de cette introspection indispensable au processus d’écriture. Ce récit mêle, à la fois, les souvenirs et les connaissances acquises de Brigitte Giraud sur cette période, mais aussi le récit de ses parents, essentiellement de son père, tout cela à la lumière d’une féroce envie d’inscrire dans le marbre une part d’Histoire beaucoup trop tue : « Depuis toujours je me sens très concernée par tout ce qui touche à l’Algérie de près ou de loin, tout ce qui concerne l’art, l’histoire … Même si le rapport à cette guerre d’Algérie est très présent, j’ai essayé dans ce roman de ne pas faire un roman historique, je voulais véritablement faire vivre des personnages qui comprennent petit à petit quels sont les enjeux. En France, personne ne sait véritablement ce qu’il s’est passé, sauf les pieds-noirs rapatriés. Le Français né en France ne sait pas quels étaient les tenants et les aboutissants. Pour autant, les jeunes gens vivants en France et qui faisaient partie d’un classe sociale peu favorisée ne savaient pas vraiment ce qui se passait sur place. Il y avait quand même un récit national qui allait dans le sens de l’Algérie française avant la bascule de 1962 et l’annonce du référendum d’autodétermination. Certains appelés savaient à peine placer l’Algérie sur une carte. Ils savaient à peine que des Français vivaient en Algérie

 

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Un miroir déformant

 

Traité comme un roman, ce livre n’en demeure pas moins un regard sur la propre famille de Brigitte Giraud : « Antoine est un personnage directement inspiré de mon père, qui, lui aussi, en devenant infirmer, affirma son refus de porter les armes. Lila est aussi très proche de ma mère. Je ne voulais pas l’écrire de façon très explicite, je ne voulais pas que ça soit un argument ou un prisme particulier pour lire le livre. Je voulais que ce soit un livre plus universel. » Brigitte Giraud assume pleinement cette écriture romancée, découlant pourtant d’une inspiration filiale qui habite toutes les pages du roman. Les personnages du livre sont, en quelque sorte, le miroir déformant et idéalisé des parents de Brigitte Giraud : « Dans toute histoire, quand on la raconte, il y a toujours un récit qui se fait qui peut devenir fantasme, mensonge sans même qu’on en ait conscience. J’ai imaginé mes personnages de roman autour de ce que j’imaginais être la vie de mes parents à ce moment-là. Ce n’est pas facile d’écrire sur ses parents avant votre naissance, d’imaginer qu’ils ont été jeunes, amoureux, parfois follement amoureux, qu’ils ont eu une vie de jeunes gens modernes, de leur époque. »

 

Le personnage d’Oscar incarne aussi une facette que Brigitte Giraud souhaitait absolument intégrer dans son processus d’écriture : « Pour moi Oscar c’est le double d’Antoine, un miroir que je ne pouvais pas approcher. La façon la plus pudique que j’ai trouvée c’est de faire intervenir un autre personnage qui me permettait de faire entrer en scène mon père sans en parler. »

 

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« Homo homini lupus est »

 

« L’homme est un loup pour l’homme ». C’est avec cette incantation prémonitoire de Thomas Hobbes que Brigitte Giraud a baptisé son roman. Alors que « L’homme debout » aurait pu être le titre de son ouvrage, comme le symbole d’un équilibre permanent à trouver dans nos vies, Brigitte Giraud opte pour autre chose : « J’ai pris la citation à l’envers, la figure du loup qui sauve l’homme (en référence à la troisième partie de l’ouvrage). Il y a ce rapport à la lune et à la nuit qui est exactement cela, le loup peut venir dans la nuit protéger un être humain, cette nuit quand tout s’assombrit. »

 

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Frères d’armes

 

L’histoire du caporal américain Desmond T. Doss qui, en pleine Guerre du Pacifique, prit la voie du front mais refusa le port d’une arme, le duo fraternel de poilus de Au revoir là-haut de Pierre Lemaître … Autant de références que l’on croit deviner en regardant à travers les persiennes de ce roman, un roman qui se tisse autour de la notion de fraternité, chère à l’auteure : « La fraternité parfois ne veut plus rien dire quand elle est pourrie par un lien d’intérêt. La fraternité pour moi c’est être dans une situation où l’autre peut passer avant moi. C’est parce qu’il rencontre Oscar qu’Antoine trouve du sens à sa présence là-bas. C’est un roman pour moi qui parle du don, de ce que c’est de prendre soin de l’autre, de vouloir le faire tenir debout. »

 

Quelques questions plus tard, le rencontre prend fin. Tour à tour, les lecteurs présents feront dédicacer leur ouvrage et prendront le temps d’échanger avec Brigitte Giraud, toujours prompte à offrir de riches éclaircissements supplémentaires sur son ouvrage.
Découvrez Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, aux éditions Flammarion.

Rendez-vous au Forum Fnac Livres 2017

Le Forum Fnac Livres prendra ses quartiers du côté de la Halle des Blancs Manteaux à Paris, le 15, 16 et 17 septembre 2017. Pour la deuxième année consécutive, le Forum Fnac Livres célèbre la rentrée littéraire et s’ouvrira en présence de la lauréate 2016, Leïla Slimani.
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Les plumes de la rentrée réunies

 

Au programme : un festival littéraire placé sous le signe de la rencontre entre auteurs et lecteurs, et la présence d’une centaine d’écrivains. De Sorj Chalandon à Simon Liberati, en passant par Lola Lafon et Philippe Besson, retrouvez, tout au long du festival, les grands noms de la rentrée littéraire 2017. Au-delà de la littérature, c’est d’ailleurs le livre sous toutes ses formes qui est mis à l’honneur puisque la bande dessinée et les sciences humaines seront également à mises en avant. Découvrez le programme complet des séances de dédicaces et des rencontres sur le site du festival.

 

L’équipe Babelio sera de la fête

 

Durant ce festival, vous pourrez rencontrer l’équipe Babelio qui sera présente sur place. L’équipe animera deux rencontres le samedi 16 septembre :

– à 13 heures autour du thème « Les ficelles du neuvième art » avec Bastien Vivès, Matthieu Sapin et Simon Astier. Ils viendront présenter respectivement leur dernier ouvrage : Une soeurl’épopée « deupardiesque » Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu et le troisième tome de la saga Hero Corp.

 

 

 

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– à 15 heures 30 avec Eric Reinhardt pour échanger autour de « L’art plus fort que la mort ». L’auteur viendra également présenter son nouvel ouvrage La chambre des époux

Eric Reinhardt

 

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