Hélène Le Bris : la conteuse de l’oubli

Ayant à cœur d’évoquer une maladie encore très stigmatisée, Hélène Le Bris signe un roman sensible sur Alzheimer. Fable d’aujourd’hui sur la mémoire et l’oubli qui ne tombe jamais dans le misérabilisme, Si je me souviens bien, porte, au contraire, un regard humoristique et dédramatisant sur cette maladie. Le roman met en scène Marthe, une sexagénaire attachante atteinte d’un Alzheimer précoce. Hélène Le Bris était présente dans nos locaux le 26 juin pour une rencontre privilégiée autour de son roman.

CVT_Si-je-me-souviens-bien_6167.jpgMarthe a 60 ans, et l’esprit confus. Elle le sait, se défend, s’organise pour mieux résister à Al – c’est ainsi qu’elle nomme le fauteur de ses troubles : son Alzheimer précoce. Pour retenir ses souvenirs récents, elle les note dans un cahier. Son passé lui échappe : elle ne sait plus pourquoi elle a déménagé, ni ce qu’est devenu le compagnon de sa vie. Le cahier restitue ses efforts pour comprendre, ses doutes, ses émotions qui mêlent frustration, culpabilité et désir de rattraper le temps perdu.
Un indice découvert au hasard dans une revue bouscule son quotidien : elle croit retrouver la piste de son mari disparu… Elle s’improvise alors détective et mène l’enquête à l’insu de ses proches, sa voisine cinéphile et son neveu adoré. 

Dans la peau d’Al

Nous nous en doutions, pour décrire avec autant de précision et de profondeur la maladie d’Alzheimer, Hélène Le Bris a elle-même une histoire avec « Al », cette maladie qui sonne comme le nom d’un bandit : avec un proche atteint de cette maladie implacable, l’auteure a eu envie de traiter ce sujet autrement : « J’avais envie d’en parler d’une manière assez légère, car c’est un sujet insupportable. Et quoi de plus léger qu’une enquête ? » L’auteure, pétillante malgré la gravité du sujet, ajoute en plaisantant : « Marthe est la plus mauvaise enquêtrice du monde ! Dans la plupart des romans policiers, les enquêteurs trouvent la réponse avant nous. Là c’est exactement l’inverse qui se passe : on a la réponse avant l’enquêteurJe voulais amener un peu de fraîcheur à ce sujet ».

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Au fil de l’enquête, nous découvrons l’engrenage infernal de cette maladie, alors que Marthe lutte pour conserver sa mémoire et refuse la perte de son identité : « C’est un effort constant pour s’y retrouver. Elle se lance dans une enquête qui est extrêmement difficile pour elle mais fait preuve d’une incroyable débrouillardise. » Cette lecture plonge le lecteur au cœur de la maladie d’Alzheimer, en se mettant dans la peau de l’héroïne et en livrant ses pensées et ses ressentis les plus intimes : « Pour aborder en profondeur ce qu’elle ressent, le « je » me semblait nécessaire. Certains Alzheimer sont très lents, d’autres beaucoup plus insidieux. J’ai voulu mettre en avant les difficultés qu’elle peut avoir à s’orienter, à se souvenir. La présenter comme une détective pas très douée et atypique était un moyen sympathique de parvenir à alléger ce fardeauCe qui m’impressionne chez elle comme chez beaucoup de malades c’est cette volonté de rester debout, cette attention aux autres. »

L’écriture ciselée est en phase avec l’évolution de la maladie qui provoque des moments de pauses dans la vie de Marthe, la prive de ses repères et lui demande des efforts constants : « Marthe est désemparée. La fin peut paraître improbable, mais elle est véritable. Il arrive un stade de la maladie où on perd toute notion du temps. Elle va croire qu’elle a 50 ans, qu’elle a 20 ans, qu’elle va passer son bac l’année prochaine… Lorsque la douleur est trop forte, le cerveau écarte certaines choses. C’est une façon de se protéger d’écarter les souvenirs trop douloureux. Dans l’histoire de Marthe, à un moment, c’est presque un choix. On souffre forcément de voir une conscience s’éteindre. » Il y a des pauses dans la vie de Marthe, mais aussi des boucles, comme le dit bien Prévert avec son poème « Rappelle-toi Barbara ». Ce poème présent dans le roman est un souvenir d’enfance cher au cœur de l’auteure : « C’est une chanson, dans le sens où il y a un refrain. La chanson se prête très bien à cette maladie lancinante, qui forme une sorte de boucle. » 

Une histoire d’amour avant tout

Singulière combinaison d’enquête policière et de portrait touchant d’une victime de l’Alzheimer, Si je me souviens bien est un roman aux multiples facettes. Mais selon l’auteure, c’est avant tout une histoire d’amour. L’amour de Marthe pour son mari est le moteur qui la guide tout au long du roman. Son acharnement à combattre « Al » peut être valable pour d’autres combats : « Même quand elle perd ses mots, son vocabulaire, elle n’abandonne jamais la recherche de son mari disparu. » 

Cet amour guide les pas hésitants de Marthe, qui peut également compter sur le soutien et la présence de son neveu Vincent et de voisine Annie. En dehors de ces derniers, il y a très peu de personnages dans le roman : « Je devais renforcer la solitude du personnage. Cette maladie est un isolement. Vous avez envie de vous protéger, surtout au début. En voyant les symptômes arriver, vous n’avez pas forcément envie de montrer cet aspect de vous qui vous échappe. Alzheimer est un facteur d’isolement, on perd le sens de l’orientation, on ne peut plus voyager, plus conduire, on ne sort plus de chez soi. »

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A l’image de la couverture, de belles illustrations monochromes parsèment le récit, comme pour offrir des parenthèses d’évasion au lecteur, des respirations. Si je me souviens bien est aussi une lettre d’amour à l’écriture puisque Hélène Le Bris réalise un rêve de petite-fille en sortant ce premier roman : « J’ai toujours voulu écrire. C’est pour ça que j’ai signé de mon nom de jeune fille. Je me suis consacrée à ma vie professionnelle et familiale, et à 50 ans, j’ai eu l’occasion de faire une pause. J’avais enfin l’occasion de commencer ! J’ai un rapport passionnel à l’écriture, j’ai besoin de m’immerger totalement dans une histoire et je ne peux pas écrire entre deux activités. » Plongée actuellement dans l’écriture d’un second roman, l’auteure nous annonce déjà qu’elle « ne [va] pas passer sa vie avec la maladie d’Al ». Son prochain livre traitera d’autre chose. Ne jamais renoncer, c’est le meilleur moyen de réussir pour Hélène Le Bris : « J’ai dû attendre un peu plus de 40 ans pour réaliser mes rêves, comme quoi il ne faut jamais désespérer ! »

Éperdue d’admiration

Hélène Le Bris est admirative du combat de sa narratrice, qui refuse de capituler devant l’implacable. Elle transmet ses émotions et donne chair au personnage : « A la fin du roman, on est dans la peau du personnage, on est perdus, comme elle. J’ai essayé de vous faire vivre ce qu’elle vit. C’est comme une amnésie constante, qui se produirait toutes les 5 minutes. Je suis contente d’avoir réussi à faire éprouver ça à mes lecteurs. » Ce moment où Martha semble tenir les rênes de sa destinée, et où tout s’effondre subitement constitue un moment de rupture dans le récit, qui met fin à l’enquête : « L’enquête n’est pas une fin en soi, c’est surtout une façon d’aborder les choses. L’enquête est une enquête sur elle-même. C’est son identité qu’elle recherche, c’est ce qui fait sa personnalité. » Malgré sa maladie, le personnage de Marthe demeure incroyablement rationnel et logique : « Elle est perturbée mais très forte. » Pour Hélène Le Bris, c’est là toute la complexité des personnes atteintes par Alzheimer : « Ces personnes compensent par une sensibilité exacerbée. On dit souvent que les aveugles ont une meilleure ouïe, etc. Je suis éperdue d’admiration pour ces personnes qui restent dignes et attentives malgré cette maladie ». Marthe est un personnage fondamentalement optimiste, elle a beau se trouver dans un EHPAD, elle reste positive et démontre une résilience et une joie de vivre à toute épreuve. Si je me souviens bien est peut-être finalement tout cela à la fois : une enquête amusante, une histoire d’amour, et un hommage aux personnes victimes de cette terrible maladie.

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Découvrez Si je me souviens bien d’Hélène Le Bris publié aux éditions Eyrolles.

Gilles Gérardin : penser sa mort, pour donner du sens à la vie

Après une carrière de scénariste pour la télévision et le cinéma, Gilles Gérardin signe un premier roman à l’humour mordant et caustique chez Eyrolles. Julien, le Bienfaiteur met en scène un quadragénaire bien décidé à accomplir le sacrifice ultime : préparer sa propre mort pour que sa famille puisse toucher les indemnités. Devenir un héros des temps modernes en offrant sa vie pour sauver les siens, voilà tout le programme de ce roman inclassable, à la fois drame et comédie : un récit osé et rafraîchissant, où on se demande jusqu’où l’auteur va bien pouvoir nous mener. Gilles Gérardin était présent dans nos locaux le 8 juillet dernier pour une rencontre privilégiée avec ses lecteurs.

CVT_Le-bienfaiteur_2986.jpgJulien, la quarantaine, marié, père de famille, est au chômage depuis plus d’un an. Au fil des jours, l’espoir de retrouver un emploi s’amenuise et le trou de ses dettes se creuse. Prenant conscience de l’inutilité de son existence, il décide d’y mettre fin. Mais au moment de passer à l’acte, il découvre que les assurances indemnisent beaucoup mieux le décès accidentel qu’un banal suicide. Julien entreprend donc d’organiser sa mort « accidentelle ».
Ne reste plus qu’à régler quelques petits détails, le choix du cimetière et celui du moyen le plus efficace de passer de vie à trépas. Plus les préparatifs avancent, plus l’échéance fatale se rapproche, plus Julien hésite. Il n’est pas si facile de se résoudre à sa propre mort.
La nouvelle de son généreux sacrifice s’ébruite. L’entourage se ligue alors pour l’aider à accomplir le destin exemplaire qu’il s’est choisi : devenir « le Bienfaiteur », ce héros des temps modernes prêt à offrir sa vie pour sauver sa famille.

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L’écriture littéraire : un nouveau banc d’essai

Durant la rencontre, Gilles Gérardin a eu l’occasion de retracer la manière dont son parcours l’a mené de l’écriture de scénarios pour la télévision, au roman. Pour lui, le roman permet d’aller bien plus loin dans la psychologie des personnages : « Dans un film, les personnages sont ce qu’ils font et disent. Un roman permet d’accéder aux pensées les plus intimes des personnages, et d’étoffer leur psychologie. » Cependant la transition de l’écriture scénaristique à une écriture plus littéraire n’a pas été sans difficultés pour l’auteur, qui a pu compter sur le soutien de son éditrice pour mener à bien ce nouvel exercice : « J’ai longtemps pensé écrire un roman alors que je continuais à écrire un scénario. Mon éditrice m’a aidé à basculer vers une écriture plus littéraire. » L’auteur a pu s’écarter de l’écriture scénaristique lors d’un second jet, mais il en est quand même resté quelques caractéristiques : une structure maîtrisée, une vision claire et compréhensible de l’histoire, et un rythme cardiaque progressant jusqu’au climax : « Je voulais que mon roman soit une surprise, que ce qui précède converge vers cette fin mais qu’elle reste quand même surprenante. C’est là tout l’art du scénariste : créer un suspense insoutenable. C’est Hitchcock qui parle le mieux de la différence entre surprise et suspense : dans une première situation, il y a une bombe sous la table. Ni le public, ni les personnages ne savent qu’il y a une bombe. C’est la surprise. Dans la deuxième situation : le public sait qu’il y a une bombe, mais quand va-t-elle exploser, comment ? C’est ça le suspense. Le suspense est l’attente anxieuse de quelque chose. »

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Jouer avec la mort

Pour écrire ce roman hanté par la mort, un peu sordide mais plein d’humour, Gilles Gérardin a dû beaucoup se documenter : « J’ai même eu affaire à un assureur assez inquiet « Vous êtes sûr que vous allez raconter cette histoire ? Ca ne va pas donner des idées aux gens ?«  ». Jouer avec la mort : c’est l’idée obsédante qui a poursuivi l’auteur durant de nombreuses années et qui lui a inspiré l’écriture de ce roman : « Une bonne idée vous obsède et amène plein d’autres idées dans son sillage. » Le personnage de Julien est au cœur de l’intrigue : homme travailleur, honnête, père de famille exemplaire, Julien a tout du mari parfait. Il cache malgré tout une facette plus sombre de sa personnalité : une certaine fragilité intérieure liée à un doute sur ses origines. 

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Le roman de Gilles Gérardin explore la notion de dualisme moral, la frontière parfois ténue qui peut exister entre morale et moralisme, notamment au travers de personnages ambivalents, dont le romancier adopte le point de vue à tour de rôle. Une manière subtile de suivre le cheminement des personnages et de comprendre au mieux leurs fragilités : « J’avais cette envie d’alterner les points de vue, cela me paraissait être la manière la plus efficace et la plus juste de raconter cette histoire. On a des regards différents sur un même épisode, même le vocabulaire change : plus populaire d’un côté, plus élaboré de l’autre. ». Pour caractériser ses protagonistes, l’auteur fait preuve d’une organisation rigoureuse héritée de son expérience de scénariste : « Je crée des fiches personnages : je détermine les caractéristiques principales de chacun, leurs objectifs mais cela évolue en permanence pour que le personnage reste cohérent tout en conservant sa singularité. Il faut parvenir à leur offrir le maximum d’autonomie. »

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Des personnages en chute libre

Alors qu’ils sont dans la force de l’âge, arrivés à un moment de leur vie où ils sont censés jouir d’une certaine stabilité, les personnages créés par Gilles Gérardin basculent. C’est le cas de Céline, la femme de Julien, qui révèle ses pires côtés une fois appâtée par le gain. Des personnages à première vue détestables qui trouvent pourtant grâce aux yeux de l’auteur : « Céline est une femme odieuse, qui s’est menti à elle-même et aux autres toute sa vie. Elle n’est pas méchante par nature, mais elle a une écharde dans le cœur. Elle s’est raccrochée à Julien car il l’a sauvée d’elle-même, de ce qu’elle avait en elle de plus extrême et de plus violent. Son avidité et son impatience à toucher l’argent s’explique par une amertume qui la dépasse. On n’est jamais méchant par nature. » Tous les personnages ont une voix qui leur est propre, une particularité très marquée, et c’est ce qui fait la force de la narration de ce roman choral. 

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Apprendre à mourir pour mieux vivre sa vie

Trouver le ton juste pour ne pas tomber dans la farce ou dans la tragédie : voici la difficulté principale à laquelle a été confronté l’auteur. C’est un moment clé dans le récit qui fait basculer le récit dans la comédie : « Une fois que Julien n’a plus que 15 jours à vivre, c’est là que commence véritablement la comédie pour moi. C’est lorsqu’il n’a plus que 15 jours à vivre qu’il commence à aimer la vie. » Le récit prend alors des allures déconcertantes d’hymne à la vie : « Comme le roman commence par la mort, on ne s’attend pas à ce que Julien reprenne goût à la vie. Derrière la mort, il y a toujours ce désir de vie. Même si Julien va mourir, c’est la vie qui triomphe. » Avec ses airs de comédie, son caractère poignant, et son optimisme déconcertant, Julien, le bienfaiteur n’entre dans aucune case ! 

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L’auteur nous l’annonce déjà, il n’y aura pas de suite à Julien, le bienfaiteur mais un nouveau roman qui gardera le ton de la comédie. Une affaire à suivre…

Découvrez plus en détails le livre de Gilles Gérardin à travers notre interview vidéo de l’auteur :

Découvrez Julien, le bienfaiteur de Gilles Gérardin, publié aux éditions Eyrolles.

Quand Babelio rencontre Mama Éditions

Fondé par Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain en 2000, Mama Éditions publie des titres sur des thématiques telles que le chamanisme, la spiritualité ou encore le jardinage en essayant d’y apporter un éclairage novateur et singulier. Après 19 années d’existence, la maison propose une soixantaine de titres qui tentent de « décrypter l’ouverture des consciences allant de pair avec les rapides mutations de notre société ». Mama Éditions est aujourd’hui présent à l’étranger, de l’Amérique jusqu’à l’Asie, et publie ses ouvrages dans une dizaine de langues. Nous avons posé quelques questions à Tigrane Hadengue sur sa maison d’édition et sur les domaines du développement personnel et de la spiritualité, qui connaissent un véritable essor ces dernières années.

 

  • Vous fêterez l’année prochaine les 20 années d’existence de Mama Éditions, quel regard portez-vous sur ces années passées et les objectifs que vous vous étiez fixés en créant la maison ?

Je vis une aventure bien plus surprenante que tout ce que j’aurais pu imaginer, où la magie des rencontres permet non seulement de dépasser ses objectifs, mais aussi d’en entrevoir de nouveaux encore plus beaux.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’édition de livres de développement personnel et de spiritualité ? 

L’envie d’amplifier mon bien-être et la soif de vivre une spiritualité dans mon activité même, en mariant mon évolution et ma profession.

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  • Quelles furent les étapes de votre cheminement professionnel, a-t-il été marqué par une rencontre marquante, un déclic ? 

Plusieurs rencontres d’auteurs, de Jeremy Narby à Laurent Huguelit, et d’autrices-éditrices, d’Anne Dufourmantelle à Michka Seeliger-Chatelain, en passant par le déclic de mon premier salon du livre en tant qu’attaché de presse, et où j’ai vu qu’il me fallait créer notre propre maison d’édition.

  • Le développement personnel connaît un succès grandissant depuis quelques années mais personne ne semble savoir exactement ce que c’est. Qu’est-ce que le développement personnel pour vous, quelles promesses d’épanouissement offre-t-il ? 

Le développement personnel regroupe bien des choses, du plus superficiel au plus essentiel, et de ce fait, ses promesses vont des plus creuses aux plus profondes. Dans tous les cas, il s’agit de s’épanouir par un travail intérieur.

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  • Comment expliquer son succès, et est-il symptomatique de notre époque ? 

Il est symptomatique de notre époque, et voué au succès puisque nous sommes plus que jamais déconnectés de la Nature (nous mettant, ainsi qu’elle, en danger), le développement personnel nous y ramène, pour nous permettre de mieux accoucher de nous-même. 

  • Avez-vous observé une évolution des mentalités à propos du développement personnel ? 

Oui : les mêmes personnes, privées ou professionnelles, et les mêmes médias, indépendants ou corporate, qui me traitaient d’utopiste en donnant à Mama Éditions un an d’existence tout au plus au moment de sa naissance, me demandent aujourd’hui consultations et exclusivités.

  • Développement personnel, spiritualité, new age… n’a-t-on pas tendance à tout mélanger dans ce type de littérature ? 

C’est souvent le cas, et c’est pourquoi Mama Éditions a tenu à distinguer clairement plusieurs collections, comme le chamanisme d’une part et les témoignages de guérisseurs d’autre part, ou comme les livres de Seth d’une part et les méthodes pratiques de channeling de l’autre. Ce sont des domaines si riches qu’ils méritent bien le respect de plusieurs avenues distinctes qui cependant s’épaulent les unes les autres, du théorique au pratique, ou du divin au quotidien.

  • Quels conseils donneriez-vous à un lecteur désireux de découvrir le développement personnel, mais qui ne saurait par où commencer pour trouver les livres qui pourraient l’aider, par peur d’être manipulé ? 

De commencer par Seth parle (Les livres de Seth / Jane Roberts), car c’est là qu’un nouveau décryptage, multidimensionnel, du visible et de l’invisible a été révélé pour les lecteurs de la fin du XXe siècle, puis de poursuivre par Abraham parle (Les livres d’Abraham / Esther Hicks), car c’est ensuite ici que l’on a reçu des outils de mise en pratique dévoilés à la portée de tous.

  • Comment partir en quête de sens tout en faisant preuve de discernement ? 

En intégrant aussi des livres pratiques comme La Voie du chamane, ou Caverne et Cosmos (de Michaël Harner), car ils nous guident jusqu’à notre boussole intérieure, le plus sûr des sonars, puis nous apprennent à l’utiliser avec un très grand discernement, fruit de traditions millénaires. 

  • Comment travaillez-vous avec vos auteurs ? 

En leur accordant la plus grande liberté tout en leur suggérant parfois d’approfondir telle ou telle facette.

  • Qu’est-ce qui préside à l’édition d’un texte chez Mama Éditions ?  

Il faut d’abord qu’il y ait un coup de cœur. La décision intellectuelle vient en second.

  • Avez-vous des thématiques qui vous séduisent plus que d’autres pour développer votre catalogue (peut-être regroupées dans vos collections Témoignages, Chamanismes, Mutations…) ou fonctionnez-vous au coup de cœur pour choisir vos manuscrits ? ? 

Nous privilégions les textes personnels, subjectifs, qui racontent un chemin, une découverte.

  • Combien de livres sont édités chaque année par votre maison ?

Douze. Nous avons à cœur de toujours privilégier la qualité sur la quantité, pour accompagner au mieux nos auteurs et nos livres.

  • Il existe encore peu de littérature destinée aux enfants sur ces domaines du développement personnel et de la spiritualité. Aimeriez-vous créer des livres de développement personnel ou de spiritualité pour enfants ? 

C’est fait ! Nous avons plusieurs titres et cycles de livres en préparation sur le sujet.

  • Quels sont les projets de Mama Éditions pour les années à venir ? 

Intégrer le jardinage bio et urbain au cœur de notre quotidien, offrir aux plus jeunes des voies d’accès à leurs propres pouvoirs, pousser plus loin la fabrication de livres écologiques, se développer à l’international comme dans les adaptations audiovisuelles, et porter le livre numérique vers un palier d’interactivité sans précédent.

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  • Si vous deviez nous conseiller trois livres pour découvrir Mama Éditions, quels seraient-ils ?  

Le Chamane & le Psy (de Laurent Huguelit, avec le Dr Olivier Chambon) ; Splendeur des âmes blessées (d’Agnès Stevenin) ; et Lorsque j’étais quelqu’un d’autre (de Stéphane Allix), n°1 des meilleures ventes de l’année 2018 en Ésotérisme et Spiritualité.

Retrouvez le catalogue sur le site Internet de l’éditeur.

Entretien réalisé par Coline Meret.

20 livres de poche à dévorer sans modération cet été

Comme chaque année, Babelio vous présente les livres de poche les plus appréciés des lecteurs. Découvrez notre sélection estivale des meilleurs petits formats à emporter dans vos valises cet été !

Entre science-fiction, essais, sagas familiales et romans feel good, le classement des 20 livres de poche de l’été n’entre dans aucune case et il y a fort à parier que certains titres de ce classement vous permettront de découvrir de nouveaux horizons de lecture. Voici l’occasion idéale pour (re)découvrir ces ouvrages et choisir ceux qui vous accompagneront cet été à l’ombre des palmiers, ou dans le métro parisien…

1 : Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

Couronné récemment par le prix Maison de la presse, l’histoire de Violette, gardienne de cimetière qui fait de ce lieu de tristesse, un immense jardin, a su toucher le cœur des lecteurs. Violette change l’eau des fleurs, et sa vie fleurit à nouveau. L’absence devient une présence silencieuse et bienfaitrice. Avec ce roman, Valérie Perrin livre un hymne au merveilleux des choses simples.

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Pour La_Bibliotheque_de_Juju, la force du récit tient avant tout à son personnage hors du commun : « Violette, c’est de la poésie, c’est la vie qui chante très fort au beau milieu des morts. » Malgré un sujet grave, Valérie Perrin livre un roman lumineux où elle démontre sa capacité incroyable à transcender la tristesse pour en faire une histoire optimiste et vibrante. La mort n’a jamais été si vivante.

Découvrez Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin, publié aux éditions Le Livre de Poche

2 : Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Livre-univers aux résonances multiples, œuvre steampunk décalée, ou hommage vibrant au romantisme slave, Célestopol est un objet littéraire inclassable, aventureux et inventif. Au fil de ce recueil de 15 nouvelles se situant à Célestopol, cité lunaire de l’empire de Russie, nous suivons des habitants en quête d’émancipation, rebelles, insoumis – à l’image de la métropole aux multiples visages -, qui portent en eux des colères intimes et des fêlures profondes.

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Célestopol est un recueil de nouvelles distrayant et unique en son genre qui ravira les amateurs de steampunk, d’uchronies, et d’aventures spatiales dans un cadre original et fabuleux : « Quelle merveilleuse aventure au cœur d’une cité lunaire remplie d’imprévisibles fantaisies ! » (Delap80).

Découvrez Célestopol d’Emmanuel Chastellière, publié aux éditions Libretto 

3 : La Note américaine de David Grann

Cette enquête de David Grann revient sur une série de meurtres qui décima la tribu des Indiens Osage, dans l’Oklahoma des années 1920. Brillant reporter pour le New York Times, David Grann livre ici une enquête rigoureuse racontée avec les armes de la fiction pour mettre au jour la stupéfiante et glaçante vérité.

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David Grann, en digne héritier du new journalism, renoue avec un journalisme littéraire qui se lit comme de la fiction, et livre sa propre résolution sur des enquêtes irrésolues et fascinantes. Pour Bazart, voici « Un livre en tous points captivant et salutaire »

Découvrez La Note américaine de David Grann aux éditions Pocket

4 : Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio

Après le succès du Gang des rêves et des Enfants de Venise, le Romain Luca Di Fulvio signe le troisième chapitre de son triptyque qui consacre plus que jamais son talent de conteur. Le Soleil des rebelles entraîne le lecteur au cœur d’une fresque historique et romanesque d’une rare intensité, sur les pas d’un prince de Saxe.

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Luca Di Fulvio embarque le lecteur dans la construction de cette Europe balbutiante, dans le sang et les larmes. Roman âpre mais lumineux, qui conserve toujours une lueur d’espoir, voilà, selon TheWind « Un roman qui donne envie de trouver le soleil la nuit ».

Découvrez Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio, publié aux éditions Pocket

5 : Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi

Un road-trip en Scandinavie, des portraits de femmes dressés avec humour et sensibilité, des instants de vie sublimés… Il n’en faut pas plus pour succomber au charme de ce roman feel good rafraîchissant, qui nous met le sourire jusqu’aux oreilles, ou plutôt jusqu’aux étoiles.

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« Un zeste d’humour, une pincée d’émotions, le tout agrémentant une famille qui cherche à se trouver et à ne plus se quitter. » Pour Ladybirdy, c’est certain, ce roman est idéal pour les vacances. Partir est parfois la solution idéale pour se retrouver.

Découvrez Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi publié aux éditions Le Livre de Poche

6 : Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase

Un manoir tapis de secrets, aux portes dérobées, un été tragique, des secrets de famille qui ne demandent qu’à être révélés, et quatre vies bouleversées à jamais… Voilà un cocktail prometteur qui ravira les amateurs de sagas familiales.

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Un manoir en Cornouailles est « Une très belle lecture qui se prête merveilleusement bien aux vacances d’été » selon TheBookCarnival, qui le conseille à tous ceux qui voudraient frémir à la lecture d’un roman dans la veine de Daphné du Maurier.

Découvrez Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase publié aux éditions 10/18

7 : Pourquoi écrire ? de Philip Roth

Il y a un peu plus d’un an, six ans après avoir arrêté d’écrire, Philip Roth nous quittait. L’une des figures majeures de la littérature américaine laissait derrière lui une œuvre riche et foisonnante, complexe et provocatrice. Tout au long de sa carrière, Philip Roth a réfléchi sur son art : il nous livre ses réflexions dans cet essai où l’écrivain contemple le fruit d’une vie d’écriture et se prépare au jugement dernier.

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Véritable plongée dans la vie d’écrivain, cette compilation d’essais, d’entretiens, d’articles, est « Un bouquin indispensable à tout amateur de l’écrivain et plus encore, pour tous ceux qui s’intéressent à l’écriture. » (Corboland78) Un livre qui contient également plus d’une centaine de pages jamais traduites en français jusque-là.

Découvrez Pourquoi écrire ? de Philip Roth, publié aux éditions Folio

8 : Tortues à l’infini de John Green

Avec Tortues à l’infini, le dernier roman de John Green, l’heure est une nouvelle fois à l’émotion. Inspiré par ses propres troubles compulsifs pour écrire ce roman, l’auteur décrit la quête d’identité d’une jeune fille souffrant de douleurs psychiques.

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Voici un roman qui nous fait passer du rire aux larmes, les personnages de John Green racontant la propre maladie de l’auteur, au cœur de sujets aussi intimes qu’universels : la peur de vivre, la quête d’identité. « John Green nous livre ici un roman touchant qui remue au plus profond de soi. » Saefiel

Découvrez Tortues à l’infini de John Green publié aux éditions Gallimard Jeunesse

9 : Idaho d’Emily Ruskovich

Ce roman polyphonique nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir au beau milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Les forêts sauvages et hostiles, toujours grandioses, sont la toile de fond de ce drame éloquent. 

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Les lecteurs saluent à l’unanimité ce premier roman d’une rare intensité : « Une tragédie bouleversante et inoubliable. » (marina53)

Découvrez Idaho d’Emily Ruskovich publié aux éditions Gallmeister

10 : Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim

Dans le Paris du début du XXe siècle, Jeanne Hébuterne brave les interdits pour vivre ses passions, artistiques et amoureuses. En nous brossant le portrait d’une femme courageuse et amoureuse jusqu’à la folie, Olivia Elkaim sort de l’oubli celle qui fut la muse de Modigliani.

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Les lecteurs ont apprécié cette immersion dans le Paris des années 1920, la vie de bohème et la passion dévorante des deux amants : « L’espace d’une lecture, elle a transformé mon salon en atelier de peinture, ma petite ville en Ville-Lumière, mon époque en temps de guerre. » (Croquignolle)

Découvrez Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim, publié aux éditions Points

11 : L’Or noir des steppes de Sylvain Tesson et Thomas Goisque 

Accompagné du photographe Thomas Goisque, Sylvain Tesson a entrepris un nouveau voyage étonnant :  il a en effet suivi le réseau des pipelines caspiens “jusqu’à Bakou, puis de Bakou jusqu’à la Turquie orientale via l’Azerbaïdjan et la Géorgie”. L’occasion pour l’écrivain voyageur/cascadeur et le photographe/aventurier de raconter “l’histoire millénaire de l’or noir des steppes”.

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C’est réussi pour Jeanraphael qui estime même que “c’est le meilleur livre de Sylvain Tesson. Un vrai récit de voyage, pur, concentré, affûté, descriptif et précis”.

Découvrez L’Or noir des steppes de Thomas Goisque & Sylvain Tesson publié chez J’ai Lu 

12 : Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez 

Déjà présent dans notre liste des livres les plus populaires de l’année 2018, Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez refait parler de lui pour sa sortie en poche. Il faut dire que ce roman policier dans lequel il est question de mémoire mais aussi d’écriture est parfait pour l’été.

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Comme le rappelle Jeanmarc30, le roman propose, en outre, un dépaysement garanti : “C’est tordu, oppressant entre les paysages de la côte d’Opale et les monts du Vercors ou des Alpes, et c’est savoureux à bien des égards.”

Découvrez Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez publié chez Pocket

13 : Underground Railroad de Colson Whitehead

Véritable phénomène littéraire qui a valu à son auteur une pluie de récompenses prestigieuses à travers le monde dont le prix Pulitzer, Underground Railroad raconte “l’odyssée d’une jeune esclave en fuite dans l’Amérique d’avant la guerre de Sécession« .

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C’est pour Maxun roman historique puissant, nécessaire, intemporel et montrant une facette de l’esclavage que je ne connaissais pas, il n’en faut pas plus pour en faire un très bon récit et l’obtention des diverses récompenses dont le Pulitzer sont amplement mérités. A lire d’urgence.

Découvrez Underground Railroad de Colson Whitehead publié au Livre de Poche.

14 : La Mémoire du thé de Lisa See

On vous propose cet été de partir en Chine à la découverte de l’ethnie des Akha qui vit dans la province du Yunnan depuis plusieurs siècles. Ce peuple vit par et pour le thé. Une vraie découverte pour de nombreux lecteurs. 

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Ce livre dégage cette senteur particulière [nous dit ainsi Asakocelle d’une feuille de thé. L’histoire est aussi profonde que le paysage dans lequel se déroule l’histoire. Cette histoire m’a émue, m’a fait pleurer tellement l’auteur de par ses mots nous fait voyager.

Découvrez La Mémoire du thé de Lisa See publié chez J’ai Lu. 

15 : Complot de Nicolas Beuglet 

Si la France connaît une vague de chaleur, on vous propose avec cette lecture, de vous rafraîchir quelque peu. Le récit commence en effet dans “un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents”. Un cadre idéal pour s’évader.

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Attention cependant, Nicolas Beuglet n’a pas l’intention de vous faire souffler. Complot est aussi et avant tout un thriller haletant, recommandé par de nombreux lecteurs et lectrices comme Sylvie71 : “C’est un thriller addictif, où l’on retrouve tous les codes du genre : secret, complot, violence. Entre fiction et réalité historique, j’ai été happée par cette histoire passionnante.

Découvrez Complot de Nicolas Beuglet publié chez Pocket

16 : Trois filles d’Ève de Elif Shafak 

L’auteure de L’Architecte du Sultan, Soufi, mon amour ou encore La Bâtarde d’Istanbul, autant de grands succès sur Babelio, revient avec un roman sur une femme turque qui plonge dans ses souvenirs. L’occasion pour Elif Shafak d’interroger la société stambouliote d’aujourd’hui. 

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Pour m3lani3, il s’agit d’un roman “riche et fluide qui nous donne à découvrir cette grande ville turque et la position des femmes dans cette société qui oscille entre tradition et modernité”. Pour Fanfanouche24, il s’agit également d’ “un roman haletant qui dit à quel point la littérature est porteuse d’espoir, de liberté et d’indépendance de pensée”.

Découvrez Trois filles d’Ève de Elif Shafak, publié chez J’ai Lu.

17 : La Beauté des jours de Claudie Gallay 

Dans son dernier roman intitulé La Beauté des jours, dans lequel il est notamment question de la célèbre artiste Marina Abramovic, Claudie Gallay interroge la façon dont l’art peut sauver ou sublimer nos vies. Un thème qui ne pouvait qu’intéresser nos lecteurs. 

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Cristy a adoré sa lecture, à la fois pour sa réflexion mais aussi par l’écriture de l’auteure : “Ce qui m’a beaucoup touché, c’est […] la façon dont l’auteur raconte son histoire, il se dégage une douce poésie de ce roman. Ce qui en fait un livre doudou, un livre dans lequel on a envie de se plonger et ne plus en ressortir.” 

Découvrez La Beauté des jours de Claudie Gallay, publié chez Babel

18 : Le Caillou de Sigolène Vinson 

Le pitch du roman de Sigolène Vinson est on ne peut plus simple : “Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.” Dans le texte, ce personnage s’exprime : elle aimerait devenir “Minérale, granitique, chateaubriandesque sur la mer, pour ne plus avoir peur”. Car le personnage, enseignante, a le sentiment de ne plus servir à rien. 

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Le roman, pardon pour le jeu de mot, n’a pas laissé ses lecteurs de marbre. Virginie_Vertigo a été enchantée malgré un thème difficile : “Une fois de plus, je retrouve une Sigolène qui parle de la difficulté d’être, du sens que l’on donne à sa vie. De son écriture sèche, dépouillée de tout artifice et pourtant si belle, elle évoque aussi la solitude, la vieillesse et l’art qui peut transcender une vie. J’aime ce côté absurde qu’elle émaille dans son récit. Et que dire de cette description de la Corse, de ses paysages qui donnent tellement envie d’y jeter l’ancre !

Découvrez Le Caillou de Sigolène Vinson, publié chez Le Tripode  

19 : June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton 

Premier tome d’une trilogie fantasy de la très appréciée Manon Fargetton, June, Tome 1 : Le Souffle a tout pour devenir une référence en la matière. Une quête épique attend en effet June, dernière héritière des Sylphes, et peut-être la seule personne  à pouvoir rétablir l’harmonie dans le monde.

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Le pari est remporté pour EloDesigns : “L’univers et l’atmosphère dans lequel le roman évolue, est à la fois complexe, travaillé et riche. Les créatures dont on parle, les Sylphes, sont originales et font rêver ; elles sortent vraiment de l’ordinaire et nous entraînent vers de nouveaux horizons. Tous les ingrédients sont réunis pour que la magie opère.

Découvrez June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton, publié chez Rageot Poche

20 : Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.” Voilà les premiers mots de la quatrième de couverture de ce roman de fantasy ambitieux. Non il ne s’agit pas de l’empire de Napoléon et Les Seigneurs de Bohen n’est pas un roman historique. Encore que… Si en quelque sorte, car Les Seigneurs de Bohen est l’histoire d’un Empire, le récit de sa gloire, mais aussi celui de sa chute.

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Grande amatrice de littératures de l’imaginaire, Selvegem a adoré cette lecture  : “Estelle Faye nous entraîne dans une histoire dense, solide, et remarquablement écrite du début à la fin ! C’est un récit très dense, mais que j’ai dévoré.” 

Découvrez Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye, publié chez Folio SF

Et vous, quels livres emporterez-vous en vacances ? Partagez vos impressions et coups de cœur poche de l’année 2019 en commentaire ! 

Et pour en savoir plus sur les habitudes des Babelionautes, vous pouvez consulter notre étude sur les lectures d’été, abordant autant le nombre de livres emportés dans la valise, que les genres les plus appréciés l’été, ou encore le format jugé comme le plus pratique. C’est juste ici !

Article rédigé par Pierre Krause et Coline Meret.

Et retrouvez également une sélection de 10 livres de poche à lire cet été en vidéo juste ici :

Marion McGuinness : l’art de se reconstruire

Comment apprendre à vivre avec la mort ? Peut-on survivre au deuil ? En a-t-on seulement le droit ? Avec une plume fluide et délicate, Marion McGuinness signe chez Eyrolles un roman optimiste qui nous invite à sortir du deuil et à réapprendre à vivre pleinement. Ode à la vie, Égarer la tristesse engage la réflexion : à travers l’importance des liens familiaux, amoureux et amicaux, l’auteure nous montre que la vie se fraye toujours un chemin. Nous avons eu le plaisir de recevoir Marion McGuinness dans nos locaux pour une rencontre conviviale avec ses lecteurs, le 11 juin dernier.

CVT_Egarer-la-tristesse_3091.jpgÀ 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?
Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…
Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

La fiction constitue un nouveau banc d’essai exigeant pour l’auteure qui avait publié jusque-là essentiellement des livres pratiques autour de la grossesse et de la petite-enfance. Pour ce premier roman, Marion McGuinness a décidé de revenir sur ses thèmes de prédilection : dans un style sobre qui met en lumière toute la délicatesse des sentiments, elle aborde les sujets de la maternité et de la reconstruction de soi après la perte d’un être cher. A l’origine de ce roman, on trouve une peur viscérale commune à toutes les mères : « Ce roman est né de cette angoisse que toutes les mères peuvent ressentir : la peur d’être seule. Comment pourrais-je élever un bébé si je n’avais pas mon conjoint sur qui compter ? » La couverture donne dès lors le ton : mélancolique et fleurie, la nature y est belle et touchante, une barrière blanche est close, à l’image de la narratrice qui se confine dans l’isolement au début du roman et qui devra s’ouvrir pour aller de l’avant.

Vivre le deuil au jour le jour

Le deuil est au centre du roman de Marion McGuinness : une douleur qu’elle a à cœur d’explorer sous toutes ses formes, avec toutes ses subtilités : « Chacun réagit au deuil différemment. Il y a autant de deuils que de relations. On doit parfois faire le deuil de gens qui ne sont pas morts. J’avais envie d’explorer d’autres douleurs. » Une souffrance que l’on retrouve dans le processus littéraire même, car ce roman, Marion McGuinness l’a porté en elle pendant longtemps. Une gestation lente et douloureuse puisque pour coucher sur le papier des émotions si intenses, l’auteure a dû s’imprégner entièrement des ressentis de son héroïne, jusqu’à atteindre une forme de synchronisation émotionnelle : « Certaines pages ont été très difficiles à écrire. Je me mets à la place de mes personnages. Pour moi, Elise est aussi réelle qu’une amie. Je me suis trouvée à la contempler, j’attendais de voir ce qu’elle faisait et comment elle réagissait au quotidien. C’est comme ça que les autres personnages ont surgi. J’essaye de me placer en observatrice de ce qui se passe dans mon esprit. » Durant tout ce temps où le personnage d’Elise a habité l’auteure, elle a pu évoluer, s’adoucir, grandir avec elle : « Grandir en tant que personne m’a permis de faire grandir mes personnages. Certains de mes personnages sont devenus autonomes et ont pris une existence réelle au fil de l’écriture. »

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Au fil du roman, Marion McGuinness dévoile les étapes incontournables du deuil, détaillant les espoirs, les doutes mais également les souvenirs d’Elise. Ces réminiscences sont omniprésentes dans le roman : les personnages doivent lutter contre leur mémoire, les souvenirs sont douloureux, ils les retiennent : « À un moment de notre vie, on est la somme de tout ce qu’on a vécu, et de toutes les personnes avec qui on a vécu notre vie. On a le choix de notre réaction : se laisser dépasser, ou permettre à ce passé de nous faire grandir. La douleur isole d’un côté et écarte de l’autre. On sait que les autres ne sauront pas dire les mots qu’on a envie entendre, et à l’inverse, l’entourage se sent impuissant à guérir cette douleur chez l’autre. Faire face à ses propres émotions tout en étant là pour l’autre demande une grande maturité. » Elise s’écarte de son entourage, mais renforce plus que jamais ses liens avec son bébé, avec qui elle vit en quasi symbiose : « Elise a besoin de lui comme d’un bouclier contre le monde, elle le porte, le tient contre elle. Il la rassure. Les enfants ont tendance à avoir ce 6e sens : ils sentent ce qu’ils doivent être pour se conformer aux attentes de leurs parents sans en parler. La séparation des corps s’amorce peu à peu : il fait plus de bruits, commence à parler, comme s’il pouvait laisser sa mère aller de l’avant sans crainte. »

Un deuil à vivre entouré

Peu à peu, l’acceptation amorce l’accomplissement du deuil : un processus qui ne peut fonctionner que grâce à l’épanouissement des relations, qu’elles soient amicales, familiales ou amoureuses. Elle se rapproche ainsi de Manou, sa voisine attachante, et de son petit-fils Clément, qui connaît lui aussi la douleur du deuil : « Au départ, il n’y avait pas beaucoup de personnages dans mon roman. Puis, j’ai eu besoin d’entourer Elise. Si on veut revivre et ressentir de la joie, on est obligés de s’attacher à certaines personnes. » La famille est peu présente durant la reconstruction de l’héroïne. Pour l’auteure, plus que les liens du sang, ce qui compte, ce sont les liens du cœur : « Je voulais évoquer le fait qu’Elise est aussi le produit de son enfance. Elle a grandi dans une famille où la violence est omniprésente : violence physique, psychologique, et c’est en partie pour cela qu’elle a moins de résilience pour se remettre de ce qui lui arrive. Elle a besoin d’une nouvelle famille pour passer le cap. Si elle avait eu une famille bienveillante, une famille de comédie américaine, le roman n’aurait même pas existé. On se crée sa famille. » Le cheminement du deuil mène Elise vers la réconciliation. Elle ne recouvre pas ce qu’elle a perdu, mais apprend à vivre avec sa perte dans un monde qui lui est désormais nouveau et inconnu, ouvert à l’imprévu.

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La mer : lieu idéal du lâcher-prise

Une étape cruciale dans la libération de l’héroïne du roman est l’escale en bord de mer. L’horizon, la mer à perte de vue ouvre le champ des possibles : « La mer est un symbole de renaissance mais aussi de danger. C’est presque un personnage dans le livre. Chacun a une relation différente avec elle. Elle est bénéfique pour Elise mais elle ne l’a pas toujours été pour certains personnages du roman. » Quant à la ville, elle est une entité brutale pour l’héroïne : « J’ai quitté Paris il y a longtemps. Je n’aime pas la ville, et je crois que ça se ressent dans mon roman. On essaye toujours de chercher ce qui tient de l’auteur dans le livre : alors oui, ça tient de moi, pour moi la ville est quelque chose de dur. » Référence à la fois à la mer, et aux larmes, le titre du roman était au départ Le Goût du sel. Puis, il a fallu en changer, d’autres titres similaires existaient déjà. L’idée d’égarer sa tristesse est venue à l’esprit de l’auteure : elle ne disparaît pas mais on peut choisir la place qu’elle prend dans notre vie : « Elle est toujours quelque part, mais elle n’est plus tout autour. Elle ne nie pas sa douleur, mais peu à peu, elle arrive à la délocaliser et à la surmonter, presque, à la sublimer. »

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Sortir du deuil et s’ancrer dans le réel passe également par des détails physiques, des petits gestes du quotidien qui semblent à première vue banals mais sont pourtant essentiels : « Quand j’écris, j’ai tendance à être trop dans l’abstrait, à mentaliser, j’essaye de m’ancrer avec des choses réelles, en réfléchissant à la sensation que ça peut faire, capter des sensations, des odeurs, partager des scènes… Ce sont des petites choses toutes simples mais qui rapprochent les personnes qui lisent. » Être sensuel, c’est être vivant pour l’auteure : l’ouverture sensorielle et émotionnelle permettent de se réconcilier avec le monde et de cheminer vers la guérison.

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Marion McGuinness envisage déjà sérieusement la sortie d’un deuxième roman au printemps 2020. L’intrigue sera complètement différente, mais il se pourrait bien qu’on y retrouve certains personnages, d’un roman à l’autre, à la manière d’une carte postale : « Le fait de réussir à aller au bout de celui-ci me donne confiance pour la suite ! » 

Découvrez Égarer la tristesse de Marion McGuinness aux éditions Eyrolles.

Patrice Guirao : la perle noire de Polynésie

En cette ambiance estivale, Patrice Guirao signe un polar exotique où les meurtres les plus macabres côtoient des paysages idylliques. Car figurez vous que derrière chaque paradis, se cache un enfer. Le bûcher de Moorea nous embarque en Polynésie, où le parfum des fleurs de tiaré embaume l’atmosphère, comme pour cacher l’odeur des corps. Patrick Guirao mène sa pirogue avec talent  dans ces eaux cristallines pour nous livrer ce roman « noir azur » : il parvient subtilement à faire frissonner le lecteur, tout en dépeignant la douceur de vivre propre aux polynésiens.

CVT_Le-Bucher-de-Moorea-une-Enquete-de-Lilith-Tereia_3272.jpgDans le lagon de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les cocotiers dansent au vent. Les tiarés exhalent leur parfum. Pourtant, à l’abri de la forêt, des flammes se fraient un chemin vers le ciel. Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le bûcher. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument. Et quatre têtes.
Pour quels dieux peut-on faire aujourd’hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste au quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l’enquête. Les deux vahinés croiseront le chemin d’un homme venu de France chercher une autre vie. Un homme qui tutoie la mort.

Parolier et écrivain, Patrice Guirao vit à Tahiti depuis 1968. Il s’est fait connaitre notamment en publiant une série de romans noirs et humoristiques très populaires mettant en scène un détective tahitien du nom d’Al Dorsey. Changement d’ambiance pour ce nouveau roman qui nous plonge dans une intrigue aux tonalités plus sombres. Sous la surface des sables dorées et des mers azurées, Patrice Guirao nous révèle tout l’envers du décor tahitien : la Polynésie n’est pas seulement un jardin d’Eden, on y trouve aussi de la délinquance, de la criminalité, du dénuement. Bienvenue sur l’île de Moorea !

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L’éloge du chaos créatif

Une folie douce habite les personnages de Guirao, qu’on retrouve également dans toute son approche artistique : « Dans mon roman, il y a un peu de folie, d’abord dans le processus de l’écriture du roman, mais aussi chez un personnage qui est un peu schizophrène. Nous avons tous plusieurs personnalités, et il est possible qu’à un moment donné, une de celle-ci déraille. » Ce personnage particulièrement ambigu dont on ne saurait dévoiler l’identité, peut être l’ami imaginaire, la conscience, la mémoire, ou tout cela à la fois : « C’est cette part de nous qui dérange, qui fait qu’on est tous un peu schizophrènes à notre façon. » L’écriture de Patrice Guirao est semblable à un joyeux chaos qui permet aux personnages de naître d’eux-mêmes et de suivre leurs propres cheminement : « Pour moi l’écriture est vraiment un plaisir, j’adore la feuille blanche, le challenge. Je n’en fais pas un labeur. Je n’ai pas de fiche préparatoire, et ça permet à mes personnages de se révéler eux-mêmes durant l’écriture. Ils m’étonnent parfois par leurs réactions dans des situations précises. Je savais où j’allais, mais je me suis laissée porter ». Certains personnages prennent plus d’ampleur que d’autres, mais pour l’essentiel, l’auteur laisse libre cours à son inspiration, au plaisir des mots.

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Se déployer en ce monde : une quête d’identité profonde

Les figures féminines sont omniprésentes dans le roman de Guirao, pour qui « les femmes sont celles qui mènent le monde. » Lilith, une des héroïnes du roman, est une demi-polynésienne, qui, bien qu’attachée à ses racines maori, poursuit sa quête d’identité et de ses mystérieuses origines européennes. Personnage fort, elle représente bien les problématiques soulevées par le métissage à Haïti, de l’identité personnelle à la question du multiculturalisme : « Comme beaucoup d’haïtiens, Lilith est en quête de ses racines. Elle va chercher à s’identifier avec des tatouages sur le visage. Tatouer le visage est tabou, on touche à quelque chose de presque sacré. Toucher les traits du visage, c’est aller contre nature. Le tatouage est un élément très fort de la culture polynésienne et aujourd’hui la majorité des personnes se tatouent avec élégance. » L’auteur décrit son attachement à son héroïne, avec une certaine intimité et beaucoup de tendresse : « Il y a des personnages dont on tombe amoureux très vite, d’autant plus quand ce sont des personnages du sexe opposé. Je savais qu’on allait vivre une histoire d’amour sur toute une série d’histoires et qu’elle allait m’habiter pendant un moment. »

Les personnages de Guirao sont en quête d’identité, ils traversent un puits obscur dans l’espoir de découvrir l’eau vive, et trouver qui ils sont au plus profond de leurs êtres. Les secrets, les événements heureux ou tragiques marquent la mémoire ancestrale et y laissent des traces indélébiles qui seront transmises générations après générations : « Le thème de la transmission me passionne, l’approche qu’on peut avoir au passé, aux humains qui nous ont porté. Quand on imagine nos parents ou nos grands-parents, on voit des adultes, des vieillards. On imagine qu’ils ont été là uniquement pour conduire nos vies, on oublie qu’ils ont eu leurs propres parcours. Ce qu’ils nous transmettent à nous est peut être le meilleur de leurs cheminements, mais ils ont aussi des côtés sombres, et c’est intéressant de voir ce qu’ils ont pu traverser ». Cette question de l’identité se retrouve également plus largement dans la volonté de reconnaissance des auteurs polynésiens, que Guirao soutient à bout de plume : « La culture polynésienne est d’abord une culture orale, l’écrit est arrivé tardivement, dans les années 1970, avec une dame demi-tahitienne qui a osé l’écriture. Les auteurs polynésiens se battent pour la reconnaissance de leur oeuvre. Tous ces intellectuels locaux revendiquent leur identité et il y a très peu d’auteurs aujourd’hui qui arrivent à se détacher de cette problématique. »

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Des crimes au soleil

Pour Patrice Guiaro, planter l’intrigue de son roman dans la Polynésie de sa jeunesse était une évidence : « Je n’ai jamais quitté réellement la Polynésie, je ne saurai pas écrire un type de roman qui se situerait ailleurs qu’à Haïti ! Je voulais rendre à ce pays ce qu’il m’a donné. Ce pays m’a apporté une certaine vision du monde, j’ai eu la chance d’y élever mes petits-enfants. Je lui dois le bonheur de ma vie, d’aimer le monde. Tout cela, elle me l’a donné pendant des dizaines d’années et c’est ma façon de rendre hommage à ce pays qui m’a tellement donné. » On perçoit une connaissance pointue et un amour profond pour cette terre d’accueil, notamment au travers des traditions tahitiennes et des coutumes polynésiennes distillées ça et là par l’auteur, reflet d’une dolce vita tropicale, qui adoucit la noirceur de la trame narrative. Douceur qui ne fait malheureusement pas obstacle à la misère, et au crime présents sur l’île : « Ce mythe du « bon sauvage » et de la Polynésie merveilleuse est fortement ancré dans l’imaginaire populaire. Tout en démontrant mon attachement profond à cette île, je souhaitais mettre en lumière certaines réalités moins agréables à vivre. ». Comme le chante Charles Aznavour : « Il semble que la misère serait moins pénible au soleil ! »

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Pour Patrice Guirao, il ne suffit pas d’un cadre insulaire tropical pour qu’un roman devienne « noir azur » : « Il faut qu’il s’imprègne de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues. » Pour l’auteur, l’île est une entité merveilleuse, vivante, un symbole de la liberté qui replace l’humain à son échelle. Partout où l’œil se pose, il y a un ailleurs à découvrir, à imaginer, à fantasmer et c’est ce qui fait pour lui le côté merveilleux de la vie insulaire. Il en résulte un ton résolument léger et optimiste, avec quelques touches d’humour, qui balancent la noirceur de la l’intrigue policière.

Une mort bien vivante

La mort est au cœur du roman de Guirao : abordée différemment en fonction des cultures, chacun entretient un rapport singulier avec la mort et peut la réinventer. Elle n’est pas abordée de la même manière en fonction des personnes, de la culture et du vécu de chacun : « C’est une réalité qui nous appartient à tous, c’est le seul héritage qu’on a à la naissance. On ne sait pas quel est ce capital temps. Les maoris ont un rapport particulier à la mort. Le paradis n’existe pas dans la mythologie maori, on s’en va vers l’ailleurs et on ne revient pas. C’est une espèce de grand cycle de la vie où l’âme va partir et revenir, mais ne finit pas. »

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C’est avec une belle énergie et beaucoup d’humilité que Patrice Guirao a conclu cette rencontre : « C’est incommensurable de penser au temps dont on aurait besoin pour lire ; une immensité comme une plage. C’est un plaisir d’être un grain de sable parmi cette grande plage. » Vous savez déjà quelle lecture estivale lire cet été à l’ombre des palmiers, ou dans le métro parisien.

Découvrez le livre grâce à notre interview de l’auteur :

Découvrez Le bûcher de Moorea de Patrice Guirao, publié aux éditions Robert Laffont

Mélanie Guyard : le poids du silence

Inspirée par son village natal, Mélanie Guyard signe une fresque romanesque où les secrets de famille s’érigent en maîtres silencieux de nos existences. Ce roman choral sur la conséquence des non-dits démontre à quel point la grande Histoire peut affecter l’histoire de chacun, et briser des destinées. Les Âmes silencieuses, paru aux éditions du Seuil est le premier roman de littérature générale de l’auteure après de nombreux romans jeunesse. Nous avons eu le plaisir de recevoir Mélanie Guyard dans nos locaux pour une rencontre conviviale avec ses lecteurs, le 9 mai dernier.

415ypcsmMuL._SX195_.jpg1942. Héloïse Portevin a tout juste vingt ans lorsqu’un détachement allemand s’installe dans son village. Avides d’exploits, son frère et ses amis déclenchent un terrible conflit. Pour aider ceux qu’elle aime, Héloïse prend alors une décision aux lourdes conséquences…
2012. Loïc Portevin est envoyé par sa mère au fin fond du Berry pour y vider la maison familiale après le décès de sa grand-mère. Loïc tombe sur une importante correspondance entre cette dernière et un dénommé J. Commence pour lui une minutieuse enquête visant à retrouver l’auteur des lettres.
Entre secrets de famille et non-dits, Loïc et Héloïse font chacun face aux conséquences de leurs décisions, pour le meilleur… et pour le pire.

Mélanie Guyard est fascinée par les notions d’identité, de mémoire, par les liens qui se tissent et les dynamiques qui régissent les familles. Dans Les Âmes silencieuses, elle explore ces concepts complexes d’appartenance à une communauté, d’amour filial et fraternel. L’auteure soulève de nombreux questionnements sur la transmission et la façon dont l’héritage familial peut parfois peser sur un enfant : « La mémoire peut se faire pesante, intrusive, voire même dangereuse… Comment se construire en tant qu’individu, avec un héritage qu’on ne contrôle pas ? Comment l’héritage peut-il peser sur un enfant ? Comment s’émanciper lorsque le mensonge est transmis sur des générations ? » Comment se libérer des secrets de famille et retrouver la paix intérieure ? C’est là tout l’enjeu du roman qui explore deux fils narratifs : celui d’Héloïse en 1942, et celui de son petit-fils Loïc, en 2012.

La mémoire de la terre

L’auteure a fait le choix de planter son intrigue dans le Berry, dans un petit village pittoresque et reculé, perdu au milieu de nulle part et où il est facile d’enterrer un secret : « Je voulais que ça soit comme un autre monde, un endroit où on se perd quand on s’y rend. C’est un non lieu, mais c’est aussi un lieu de passage : le chemin passe par là. C’est un endroit dont il est dur de sortir, loin des océans, loin des frontières, loin de tout. » A cet égard, la jeune auteure nous confie avoir étudié avec plaisir la faune et la flore locale : « J’ai horreur de faire des recherches, je me suis donc cantonnée au minimum vital. Cependant, j’ai aimé rechercher les espèces d’arbres, de fleurs qu’il y a dans les forêts du Berry, ces éléments dont tout le monde se moque mais qui me semblent importants pour donner de l’épaisseur au village. » L’intrigue se situe durant la Seconde Guerre Mondiale ; pour redonner vie à cette période, l’auteure a préféré se tourner vers les témoignages de villageois, bien plus authentiques et précieux selon elle, que  n’importe quel essai historique : « Je trouvais intéressant de chercher les petites histoires pour faire le lien entre les histoires personnelles et l’histoire avec un grand H. Mais je n’ai jamais eu l’intention d’en faire un village réel, j’ai voulu qu’il s’inscrive dans ce grand flou artistique de la guerre. »

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Mélanie Guyard a grandi à la campagne, et même si elle vit actuellement en ville, elle n’a jamais oublié ses racines et la mémoire de la terre l’habite encore. Avec une famille maternelle résistante et une famille paternelle collaboratrice, un mariage pour le moins explosif, la seconde guerre mondiale l’a toujours interpellée. Le regard que porte Mélanie Guyard sur son village natal est à la fois tendre et mordant : « Le droit à l’anonymat n’existe pas dans ces petits villages. Nous naissons avec une étiquette déjà posée sur notre front. Lorsque je retourne dans mon village natal, tout ce qui dort là-bas me revient dessus comme un habit qu’on enfile ». L’auteure évoque une véritable dichotomie entre l’identité d’une personne en ville et à la campagne : « A la campagne, on rencontre des personnalités qu’on ne pourrait pas trouver en ville. Je n’ai pas la même existence là-bas que lorsque je suis en région parisienne, je ne suis pas la même personne.  »

Mettre des mots sur les non dits 

La parole des personnages est une source inépuisable d’émerveillement pour l’auteure qui laisse tour à tour Héloïse et son petit-fils Loïc, s’exprimer. Des paroles qui se font discordantes : jeune homme cynique et désabusé, Loïc, dans une posture défensive et provocatrice, se réfugie dans la joute verbale : « Il cherche à se défendre, c’est un personnage vulnérable, qui se protège par ses épines. Il a en même temps cette incroyable pétillance ! Le personnage qui m’a le plus surpris est Héloïse, qui n’était pas comme je l’avais imaginé. Même à moi, elle m’a caché des choses » Tandis que certaines voix résonnent, d’autres se murent dans le silence ; les douleurs du passé se transforment en non dits, comme pour Héloïse, qui va prendre sur elle et se taire : « C’est un personnage qui ne dit pas. Loïc, lui, n’a plus rien à cacher, tout est par terre, tout est détruit. Il est dans la même position que le lecteur en arrivant dans le village, il est en terrain inconnu, c’était donc plus pertinent que ça soit sa voix à lui qu’on entende. Il a la sensation qu’il lui manque une pièce du puzzle ». Ecrire un roman de littérature générale a représenté un nouveau défi  à relever pour cet auteure qui jusqu’à présent, n’avait écrit que des romans et bandes-dessinées jeune public : « En jeunesse, j’avais toujours le même style, là, en fonction de l’époque, de la personne, la voix à adopter n’était pas la même. Comme la voix de Loïc était très forte, la voix d’Héloïse était plus discrète. » Les personnages créés par Mélanie Guyard ont tous une voix qui leur est propre, une particularité très marquée, et c’est ce qui fait la force de ce roman choral.

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La transmission : à la lisière de nos chemins de vie

Porteuse de cette mémoire, la famille détient ses légendes, ses mythes, ses règles, ses rituels, elle se fait le véhicule de valeurs respectées ou transgressées. Les évènements heureux ou tragiques marquent la mémoire familiale et y laissent des traces qui seront transmises aux générations suivantes. L’auteure nous confie que  créer un personnage, même secondaire, nécessite de lui construire une identité propre. Pour cela, elle doit savoir d’où il vient, qui est sa famille, quelle est sa généalogie : « Chaque personnage doit avoir une identité, une raison d’être là. J’ai besoin de savoir pourquoi ils en sont arrivés là. Je ne pouvais pas créer les frères Bartelin sans créer leur famille. Ces deux frères sont comme ça car ils ont été élevés d’une certaine manière. Lorsque Loïc arrive au village et qu’on lui déballe sa généalogie, il a une réaction de résistance, de rejet, il se dit « Je ne suis pas ci, je ne suis pas ça ! Mais alors qui suis-je ? « ». Une posture qu’il adoptera jusqu’à la délivrance : celle de savoir pourquoi, de comprendre. La révélation d’un secret de famille est ce qui aidera à corriger les blessures du présent.

Les relations humaines sont au centre du roman de Mélanie Guyard : les relations fraternelles entre Héloïse et son frère, mais également les liens qui peuvent se tisser entre deux étrangers, Mathilde et Loïc, deux âmes désœuvrées qui tentent de se reconstruire dans le village du Berry : « La vie de Loïc lui a éclaté entre les mains. Mathilde est au même stade, mais contrairement à Loïc, qui est dans la dérision, le cynisme, Mathilde s’est recroquevillée sur elle-même, elle s’est éloignée de tout, est venue s’enterrer dans le Berry et tenter d’oublier sa responsabilité, son histoire. » Pour l’auteure, il est important de distiller une forme de contemporain dans le roman, de rappeler que certaines choses se produisent toujours : « Le personnage de Mathilde ressemble à Loïc mais ils ont deux façons différentes de réagir quand leurs vies ont éclaté en morceaux. Le fait qu’ils se rencontrent leur permet une reconstruction mutuelle. »

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Les liens fraternels sont également essentiels dans le récit : une relation aussi puissante qu’ambivalente : « Les relations entre frère et sœur sont des relations entre pairs, mais ce n’est pas une relation à égalité. Même si dans une fratrie la relation n’est pas égale, elle a vocation à l’être. C’est la volonté d’équité qui crée des relations qui n’existent pas entre les autres membres de famille. Cette relation frère-sœur contribue à la construction de l’individu. » Les personnages du roman de Mélanie Guyard sont toujours animés par la culpabilité : « J’avais besoin d’une raison pour pousser Héloïse à faire ce qu’elle fait. J’ai choisi la culpabilité, un des moteurs qui pousse les gens à faire ce qu’ils font dans les familles. Je suis une petite sœur, et c’est une relation qui m’a profondément émue. »

De la mémoire collective à l’écriture collective

Mélanie Guyard ne choisit pas vraiment les histoires qu’elle va coucher sur le papier. Elle a plutôt l’habitude de vivre, de penser, de rêver, de laisser les histoires venir à elle : « Les histoires que je rêve sont généralement de la grande aventure, des mondes imaginaires, des choses que j’aimais lire lorsque j’étais enfant. » Et finalement, d’en choisir une : « Celle là, je vais la raconter ». C’est le hasard qui l’a guidée sur le chemin de l’écriture de ce premier roman adulte : « Je ne me suis jamais dit que j’allais écrire un livre pour adultes, un roman historique. J’écoutais de la musique, et j’ai entendu une chanson. Tout s’est imposé à moi subitement. L’histoire est venue en entier et forte. Je ne voulais pas l’abandonner sous prétexte que je n’arrivais pas à l’écrire. » Elle invite les aspirants auteurs à se faire confiance et à poursuivre leur processus créatif, même dans les moments de doutes : « L’histoire a finalement été facile à écrire, les personnages ont fait le gros du travail à ma place. Ce n’est pas la peine d’avoir peur. »

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Pour se lancer pleinement dans l’écriture de son roman, Mélanie Guyard a décidé de relever le challenge du Nanowrimo : un défi d’écriture qui consiste à écrire un roman en un mois seulement : « Soudainement, écrire n’est plus solitaire, c’est collectif. Tout le monde écrit pendant un mois, et on va jusqu’au bout. Il ne faut pas commencer à écrire, il faut finir d’écrire. Une fois qu’on a un produit fini, on peut le retravailler. Dans La Peste de Camus, il y a un personnage qui est aspirant écrivain, et à sa mort, on retrouve chez lui des milliers de pages de la même phrase, travaillée de façon différente, car il cherchait la première phrase parfaite pour commencer son roman. C’est le piège des aspirants écrivains. » Il existe dans la culture française l’idée bien ancrée que la littérature est un don. Dans l’imaginaire populaire, le don en littérature évoque la question du talent, voire même du génie de l’auteur, qui confère à l’individu la capacité de transcender sa condition et d’exceller dans son art, une posture élitiste à laquelle l’auteure s’oppose fermement : « Si on enlevait cette idée, il n y aurait plus de gens qui se diraient « je n’ai pas ce don ». Je suis une grande partisane de l’éducation de l’auteur, des masterclass. Il y a énormément de ressources pour les gens qui souhaitent se lancer dans l’écriture. Les littéraires sont placés sur un piédestal en France : cela empêche les aspirants de créer, qui n’osent même plus essayer. Il est aussi important de permettre à l’auteur de communiquer avec les lecteurs. L’auteur est souvent lu, mais il est rare que le lecteur soit invité à s’exprimer. »

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Nous souhaitons à Mélanie Guyard beaucoup de succès pour cette première incursion dans le roman historique. L’auteure nous le révèle à demi-mot, elle compte continuer à écrire de la littérature pour adultes : « Je visualise l’imaginaire comme un couloir avec plein de portes à ouvrir. J’ai pu en ouvrir une… Donc maintenant je peux le refaire ! » Les barrières sont levées !

Découvrez notre interview vidéo de l’auteure, dans laquelle elle présente son roman à travers 5 mots :

Découvrez Les Âmes silencieuse de Mélanie Guyard publié aux éditions du Seuil.

Christine Michaud : une irrésistible invitation à fleurir

Après de nombreux best-sellers sur la thématique du bien-être, Christine Michaud signe son premier roman-thérapie. Elle traite dans cet ouvrage le thème de la résilience avec beaucoup de douceur et de profondeur. Une irrésistible envie de fleurir vient de paraître aux éditions Eyrolles et promet de procurer des bienfaits surprenants à ses lecteurs ! Inspirée par la psychologie positive, Christine Michaud mêle théorie et pratique et distille de précieux conseils pour parvenir à s’épanouir et à surmonter les épreuves difficiles de l’existence. Elle nous invite à garder espoir dans les périodes sombres et offre des outils propres à favoriser l’épanouissement au quotidien. Cette leçon de vie mêlant psychologie et fiction nous invite à sourire à l’existence, en toutes circonstances. Nous avons eu le plaisir de recevoir la pétillante Christine Michaud dans nos locaux le 26 avril dernier à l’occasion d’une rencontre privilégiée avec 30 Babelionautes.

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« À la manière des fleurs, certains humains prennent plus de temps que d’autres à faire leurs racines. C’est le cas de Juliette. Du jour au lendemain, sa vie bascule, la laissant dépossédée de ce qui faisait son bonheur quotidien. Dévastée par cette « tornade de vie », il lui faudra faire des rencontres inspirantes avant d’être guidée vers Sainte-Pétronille, à l’Île d’Orléans, où elle fait la connaissance d’Adélaïde, une étonnante petite fille de 7 ans, et de Marie-Luce, une femme pétrie de douceur et de sagesse. Au fur et à mesure de leurs conversations, tandis que des liens d’amitié se tissent entre elles trois, Juliette va peu à peu se rapprocher de sa vraie nature et apprendre à fleurir. Dans son premier roman, Christine Michaud met en scène des personnages en quête de sens et nous révèle ce qui contribue à nous rendre davantage créatifs, intuitifs et pleinement vivants. »

L’écriture comme guide

Christine Michaud entretient une relation privilégiée avec l’héroïne de son roman, et partage avec elle de nombreux points communs : à l’instar de Juliette, elle a travaillé pour la télévision en tant que chroniqueuse littéraire. Passionnée par le développement personnel depuis plus de vingt ans, l’auteure a évoqué la naissance de son intérêt pour ce secteur en plein essor : un revirement surprenant pour la jeune femme qui se destinait jusque-là à une carrière dans le droit : « Je voulais faire des études d’art. Mais j’ai dû suivre des études de droit pour faire plaisir à mes parents. A 28 ans j’ai fait un burn-out et j’ai découvert le développement personnel. Je me suis rendu compte que je ne me connaissais pas. » Ce moment décisif a déterminé l’auteure à se découvrir elle-même, guidée en cela par ses lectures les plus marquantes. Remarquée par l’éditeur qui était son principal pourvoyeur de lectures, elle s’est vue très rapidement sollicitée pour la rédaction d’une chronique littéraire : « Quelqu’un a cru en moi, c’était une belle rencontre qui a lancé tout le reste. » En la voyant s’épanouir au fil de ses découvertes littéraires, l’éditeur lui a proposé d’écrire un livre sur son vécu : « Tous les livres sont déjà écrits. Mais il manque le vôtre ! » C’est ce moment crucial, aux allures de destinée, qui a conduit Christine Michaud sur le chemin de l’écriture.

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Pourtant, l’écriture de ce roman fut au début problématique, l’auteure manquait d’assurance et de confiance en elle : « Je souffrais du syndrome de l’imposteur, je ne me sentais pas légitime. J’ai commencé à écrire ce livre en 2008, mais je le mettais sans cesse de côté. Ce fut toutefois une procrastination efficace : j’ai quand même écrit d’autres livres ! Mais quel bonheur d’avoir pu me plonger là-dedans presque à temps plein. » Tout comme Eric-Emmanuel Schmitt, Christine Michaud imagine l’écrivain à la fois comme artiste et artisan : « Ecrire, pour moi, c’est 50 % de bonheur et 50 % de dur labeur. L’artiste va au bout de son premier jet, et dans un deuxième temps, l’artisan peaufine le travail. Lorsque l’histoire est écrite, elle peut juste s’améliorer. » Christine Michaud compte bien continuer sur cette voie qui l’enthousiasme et développer ce plaisir particulier qu’elle a à écrire de la fiction : elle nous confie à demi-mot qu’elle travaille actuellement sur un prochain roman, sur les rêves que l’on porte tous en soi.

Une invitation à fleurir

Au fil des conseils prodigués, le lecteur est invité à suivre son propre cheminement et à reconquérir sa vie. Grâce à un savant dosage de fiction et de psychologie positive, Christine Michaud nous rappelle l’importance des petites choses pour mener une vie heureuse et harmonieuse. Ces propositions bienveillantes restent toutefois une porte ouverte, la liberté demeure primordiale pour que chacun trouve sa propre sa voie vers l’épanouissement : « Quand on lit une histoire, on va s’en imprégner. Certain romans m’ont fait cheminer plus que des livres de développement personnel car l’interprétation y est libre. On va être marqués par des choses différentes. Il existe autant de chemins que d’individus. »

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Pour la création de ce livre, véritable source dans laquelle chacun pourra piocher et picorer ce dont il a besoin, l’auteure s’est inspirée de son expérience de coaching sur 12 semaines : « En suivant ces participants sur 12 semaines, j’ai pu mettre en place des thématiques et des mises en pratique chaque semaine. Je demandais aux participants de témoigner de leurs expériences. On ne répond pas tous aux mêmes choses, on ignore quel va être le point de bascule. » C’est avec une émotion contenue mais perceptible que l’auteure nous a conté une anecdote bouleversante, qui nous rappelle le caractère fondamental de l’impermanence dans la vie humaine : « Une des participantes m’a confié qu’elle avait écrit sa lettre de suicide et que le programme sur 12 semaines était la dernière chance qu’elle se donnait. La 4e semaine est sur le mouvement : tout est mouvement dans la vie, c’est un changement permanent et on doit s’adapter pour survivre. Durant cette semaine, je faisais une danse un peu ridicule sur mon téléphone, et j’invitais les participants à en faire autant. Cette femme m’a confié que c’est en faisant cette danse qu’elle est revenue à la vie. Elle dansait quand elle était enfant. Si on m’avait dit que ma petite danse allait éviter à quelqu’un de se suicider, je ne l’aurais pas cru. » Au fil du roman-thérapie, l’auteure met aussi en place ces thématiques : on y découvre un art martial japonais, la musicothérapie… Autant d’activités à s’approprier et à mettre en pratique dans la vraie vie pour cheminer vers le bonheur.

Le principe de floraison humaine en psychologie positive est à l’origine du titre de ce roman et de cette invitation à fleurir : « On parle de floraison humaine, l’humain doit se réaliser. Pour qu’une fleur puisse sortir de terre et éclore, il ne faut pas la brusquer. La fleur peut être malade, il peut lui manquer un pétale et il faut se demander comment elle pourra continuer à fleurir malgré tout ça. » Et si ce chemin de floraison était au final lui-même la destination ? En gardant une approche souple et accueillante, Christine Michaud guide les lecteurs sur leurs parcours de floraison…

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Des lieux de résonance énergétique

Christine Michaud tire son inspiration du réel et du quotidien : « Quand je suis dans une période d’écriture, je vis des choses, la vie continue. » Son écriture se nourrit de la vie, de moments qui émaillent son existence. C’est en particulier un voyage spirituel qui a nourri la plume de l’auteure et qui l’a poussée à planter une partie de l’intrigue sur les mythiques terres d’Armorique : sa visite de la Bretagne et du Mont Saint-Michel a été pour elle une révélation, un grand moment d’introspection, de méditation et de gratitude. Ancré dans la réalité, le roman se déroule également (et principalement) à Sainte-Pétronille, sur l’île d’Orléans, un village québécois pittoresque où l’auteure vit actuellement : « Quand j’ai découvert ce village, je suis tombée amoureuse, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je le fasse découvrir ! ». Christine Michaud décrit l’île fleurie qui a inspiré son roman avec beaucoup d’admiration et d’exaltation : « Pour moi, c’est une île magique. Autrefois, on l’appelait l’Ile des sorciers. Il y avait des pêcheurs sur les rives, et de loin, cela faisait plein de lumières qui scintillaient, comme des sorciers. De récentes découvertes ont même révélé qu’il y aurait un vortex sur l’île d’Orléans, une énergie particulière… ». La maison de Juliette, l’héroïne du roman, rappelle fortement celle où habite l’auteure, un magnifique atelier d’artiste. Christine Michaud puise ainsi dans ses nombreux voyages et expériences de vie pour écrire, au plus proche de ce qu’elle découvre et souhaite partager.

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Conserver son enfant intérieur bien vivant

Figure marquante du roman, le personnage d’Adelaïde est une fillette mystérieuse qui devient un véritable guide spirituel pour l’héroïne. Elle semble conserver une âme ancienne dans un corps d’enfant et fait preuve d’une incroyable sagesse pour son jeune âge : « Je voulais qu’elle soit spéciale, car c’est plus possible qu’on ne le croit. Ma grand-mère, qui est la personne que j’ai le plus aimé au monde m’a fait découvrir et m’a transmis le développement personnel. A l’âge de 5 ans, j’avais des discussions déjà très profondes avec elle. Pour moi, un enfant, placé dans un contexte particulier, avec des adultes très éveillés et très conscients peut donner quelque chose de bienfaisant, de presque fantastique. Il fallait qu’elle soit ainsi pour transmettre son message. Je rêve qu’il y ait de plus en plus d’êtres humains qui soient éveillés comme ça ! » Pour l’auteure, la naïveté enfantine est étroitement liée à l’éveil de la conscience, et il est important de conserver son enfant intérieur bien vivant, même à l’âge adulte. Par ailleurs, lorsque Juliette souhaite rencontrer Adelaïde dans le roman, cette dernière lui demande un dessin : « Certaines rencontres sont subites et nous apportent énormément. Pour d’autres, il faut se préparer. On arrive parfois avec une posture trop fermée. » Christine Michaud invite le lecteur à bousculer ses valeurs et ses positions, à retirer ses œillères, toujours avec bienveillance. Et vous, succomberez-vous à cette irrésistible invitation à fleurir ?

Pour en savoir plus, nous vous conseillons de regarder notre interview vidéo de l’auteur, lors de laquelle elle a choisi 5 mots pour évoquer son livre.

Découvrez Une irrésistible envie de fleurir de Christine Michaud, paru aux éditions Eyrolles.

Dai Sijie : une fresque historique et féerique

Le nouveau roman de Dai Sijie, L’Évangile selon Yong Sheng, publié chez Gallimard, renoue avec la veine autobiographique qui caractérisait son premier livre, Balzac et la Petite Tailleuse chinoise dont le style remarquable avait ravi les lecteurs du monde entier. Inspiré par la vie de son grand-père, Dai Sijie compose, en français, une fresque historique contée avec une poésie désarmante, œuvre pleine d’émerveillements qui conte le parcours surprenant de Yong Sheng, un des premiers pasteurs protestants sur le sol chinois.

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Conteur extraordinaire, Dai Sijie nous narre le parcours tumultueux du pasteur Yong Sheng, de sa révélation jusqu’à son chemin de croix, avec comme toile de fond la grande histoire de l’Empire du Milieu. Dai Sijie, présent à Paris le 15 avril dernier, a évoqué lors d’une rencontre avec ses lecteurs, dans une parole douce, mesurée mais vibrante d’émotions la mémoire de son grand-père.

41vvASpQl4L._SX339_BO1,204,203,200_.jpg« Dans un village proche de la ville côtière de Putian, en Chine méridionale, au début du vingtième siècle, Yong Sheng est le fils d’un menuisier-charpentier qui fabrique des sifflets pour colombes réputés. Les habitants raffolent de ces sifflets qui, accrochés aux rémiges des oiseaux, font entendre de merveilleuses symphonies en tournant au-dessus des maisons. Placé en pension chez un pasteur américain, le jeune Yong Sheng va suivre l’enseignement de sa fille Mary, institutrice de l’école chrétienne. C’est elle qui fait naître la vocation du garçon : Yong Sheng, tout en fabriquant des sifflets comme son père, décide de devenir le premier pasteur chinois de la ville. Marié de force pour obéir à de vieilles superstitions, Yong Sheng fera des études de théologie à Nankin et, après bien des péripéties, le jeune pasteur reviendra à Putian pour une brève période de bonheur. Mais tout bascule en 1949 avec l’avènement de la République populaire, début pour lui comme pour tant d’autres Chinois d’une ère de tourments – qui culmineront lors de la Révolution culturelle. »

Né en Chine durant la Révolution Culturelle chinoise, Dai Sijie est envoyé en rééducation dans le Sichuan. A la mort de Mao, il part étudier la peinture en France, puis s’y installe pour étudier le cinéma : il a réalisé plusieurs courts métrages, dont Chine, ma douleur, consacré par le prix Jean-Vigo en 1989. Une influence artistique et cinématographique que l’on retrouve dans son écriture visuelle, voire esthétisante, fourmillant de détails et de finesse.

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Après trente ans passés en France, le romancier et réalisateur est retourné en Chine sur les pas de son grand-père, le premier pasteur chinois de Putian. Une vie qu’il a certes romancée pour les besoins du genre, mais sans jamais s’en éloigner ni la dénaturer : « J’avais déjà écrit une première version de ce livre il y a des années. C’était presque une copie de la vie de mon grand-père, mais son côté purement factuel et historique ne m’a pas satisfait. J’ai mis longtemps à comprendre qu’il fallait que j’offre quelque chose de personnel. Quand j’étais enfant, je faisais un parallèle entre la vie du Christ et la sienne, je confondais les deux. J’ai décidé de creuser ce sillon. C’est romancé, mais c’est une partie essentielle de sa vie. »

De la révélation au chemin de croix

Pour écrire la vie romancée de son grand-père, Dai Sijie a dû se replonger dans ses souvenirs d’enfance, de ces quelques années difficiles où il a vécu avec son grand-père mais également étudier des archives d’époque. Dai Sijie fait de son grand-père, fils de charpentier, une figure christique, sa vie fut également un chemin de croix, qu’il traversa avec une résilience peu commune, porté par la force de sa foi. Tel un roseau, Yong Sheng pliera mais ne se brisera jamais : il embrassa sa condition de martyr tout en restant profondément humain.

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Il réhabilite ainsi la figure de son grand-père pasteur et parsème son roman de références bibliques : une foi qu’on imagine partagée par l’auteur, mais il n’en est rien. Si l’auteur revendique avoir été influencé spirituellement par son grand-père et croire en la puissance de l’âme, il n’est nullement religieux : « Lorsque j’étais petit, la seule chose valable dans le monde pour moi était la foi de mon grand-père. » Mais l’auteur a vite pris conscience de sa vocation d’écrivain et décidé d’y consacrer son existence : « Un jour, je me suis interrogée sur le but de ma vie : écrire. J’ai toujours voulu écrire un livre sur mon grand-père. Durant les années 1980, il était enfin possible de se convertir, d’aller à l’église. Mais je me suis dit qu’il valait mieux que je ne sois pas un chrétien pour pouvoir écrire sur lui. »

Conter la passion

Dai Sijie est un conteur dans l’âme : ce qu’il aime par-dessus-tout, c’est raconter des histoires, c’est sa nature profonde, son élan, son plus grand bonheur d’écrivain. Sa découverte de la littérature française l’a bouleversé, l’a métamorphosé mais ne fut pas à l’origine de sa vocation : « J’ai toujours eu envie d’écrire. C’est presque dans le sang. » On a l’impression que l’auteur s’amuse en écrivant, qu’il aime faire rire le lecteur : « C’est un immense plaisir de raconter. Dans mon roman Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, il y a une grande partie de vécu. Dans le village dans lequel nous avions été envoyés pour être rééduqués, le chef du village nous a envoyé marcher deux jours, nous en avions profité pour nous rendre au cinéma. Lorsqu’on revenait, on racontait tout ce qu’on avait vu aux paysans durant la veillée. Les paysans étaient heureux, et nous aussi. » La plume délicate de Dai Sijie enveloppe le lecteur de son atmosphère mystérieuse et de toute la symbolique biblique, qu’il dépeint avec une surprenante sensualité faite de sensations tactiles, visuelles musicales, olfactives…

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Un hymne à la beauté de la création

Dai Sijie nous dépeint un monde empreint de poésie, à la lisière du féérique. L’arrivée d’une colombe blessée qui se réfugie auprès de Yong Sheng est le signe que Dieu lui envoie pour le guider vers la profession de foi. A partir de ce moment, elle ne le quittera plus. Avec son père charpentier qui fabrique des sifflets, ils font chanter les colombes dont les voix se confondent en de merveilleuses symphonies. Un arbre énigmatique pousse devant la maison du pasteur, un arbre qui brûle, tel un phénix, mais qui refuse de mourir. C’était un arbre ordinaire dans la maison du grand-père de l’auteur, sous la plume de l’auteur, il devient un arbre magique, un double végétal, un miraculeux protecteur. Lorsqu’on lui demande s’il y a dans la culture chinoise, une façon de vivre les choses plus terribles avec un certain humour, une certaine distance, l’auteur, complice, répond que « Le poète regarde sa vie de façon poétique parce-qu’il est poète. »

L’espoir en ligne d’horizon

Pendant longtemps, les romans et les films de Dai Sijie n’étaient pas diffusés en Chine. Ce n’est que récemment que son premier roman, Balzac et la Petite Tailleuse chinoise a été traduit et publié, sans soulever de polémiques : « Ce sont des choses que tout le monde a connu dans ma génération. Mon éditeur pensait que c’était un bon témoignage et une déclaration d’amour à la littérature. Mais ça n’a pas eu tant de retentissements que ça. » L’auteur, malicieux, nous confie que des négociations ont été entamées pour adapter ce dernier livre au cinéma, mais que ça ne s’est pas tellement bien passé avec les responsables de la censure : « Ils ne voulaient pas que le héros soit un pasteur, et il ne fallait pas la partie sur la révolution politique. Ils n’ont pas accepté car il n y a pas de personnage positif qui soit communiste ! ». Cependant, pour l’auteur, le traumatisme de la Chine doit être conté : « On essaye tous de trouver du sens à ce qu’on a vécu en Chine. » Avec beaucoup d’humanité, Dai Sijie nous invite à garder espoir dans les périodes les plus tourmentées, parce-que la vie l’emporte toujours.

Découvrez le roman à travers 5 mots choisis par l’auteur :

Découvrez L’Évangile selon Yong Sheng de Dai Sijie, publié aux éditions Gallimard.

 

Tony Cavanaugh : un thriller sanglant dans le bush australien

Le troisième roman de Tony Cavanaugh vient de paraître aux éditions Sonatine : Requiem nous entraîne dans une véritable descente aux enfers australienne. Dans ce thriller nerveux, l’auteur nous révèle l’envers du décor australien. Sous la surface dorée des plages ensoleillées et des restaurants branchés, il nous immerge au cœur d’un trafic humain où les jolies jeunes femmes disparaissent sans laisser de trace. Le bush australien constitue l’immense terrain de jeu exotique de ce thriller noir qui se lit sans relâchement.

41tU6yOreSL._SX195_.jpgRequiem met en scène l’enquêteur favori de Tony Cavanaugh, Darian Richards, un ex policier des homicides de Melbourne qui profite – au début du roman – d’une paisible retraite loin du tumulte des hommes. Un jour, contre toutes attentes, son téléphone sonne : la jeune Ida, une ancienne protégée, est en danger. Sans plus attendre, Darian gagne la Gold Coast, où chaque été, les plages australiennes sont envahies par de jeunes étudiants qui viennent fêter la fin de leurs examens : c’est la saison de tous les excès, de toutes les folies. Mais Darian Richards est encore loin de se douter que la disparition d’Ida n’est que le prémice d’une enquête cauchemardesque, qui le plongera dans le vertige de la folie meurtrière.

Personnage haut en couleurs, à l’énergie communicative, l’auteur australien était présent à Paris le 27 mars dernier pour une rencontre privilégiée avec ses lecteurs. Scénariste et producteur de télévision, il se singularise par sa plume cash et cynique, ses personnages atypiques, ses antihéros attachants et ses justiciers toujours en marge de la légalité.

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Les Schoolies : un terrain de jeu rêvé pour les prédateurs de tout poil

Dans Requiem, l’auteur aborde ce phénomène incroyable qu’on appelle les Schoolies : un rite de passage ambivalent vers l’âge adulte. Ils sont des milliers chaque année à partir sur les plages de la Gold Coast pour trois semaines de festivités censées symboliser le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un rite quasi-initiatique dans l’abandon de soi et la quête absolue de liberté, loin de la tutelle parentale et de la discipline académique. Qu’on perçoive les Schoolies comme une véritable tradition australienne ou un délire adolescent, le phénomène est devenu un moment incontournable pour la jeunesse australienne : « La Gold Coast ressemble à l’idée qu’on se fait de Miami : de belles plages, des hôtels, des restaurants… Ce phénomène des Schoolies n’existait pas encore lorsque je faisais mes études, malheureusement. Désormais, c’est une industrie de 40 millions de dollars par an qui consiste juste à baiser, boire et faire la fête sur la plage ! ». Prise de risque ou folie pure ? Selon Tony Cavanaugh, c’était en tout cas une scène de crime parfaite : « C’est un endroit particulier, très riche, où des personnes de tous horizons sont rassemblés sur une même agglomération. J’ai fait une excursion de Brisbane jusqu’à la côte Est, c’est une excursion que j’ai repris dans mon livre. Quand je croisais les étudiants qui faisaient les Schoolies, qui faisaient les fous derrière les fenêtres des voitures, je me disais, faites attention à vous… ». Pour l’anecdote, Tony Cavanaugh a même reçu un coup de fil de l’office du tourisme de la région, quelque peu préoccupé du tableau très sombre dressé par l’auteur. Et si d’aventure le roman aurait donné envie aux lecteurs de se lancer dans un périple australien, Tony Cavanaugh, se montre plaisantin : « En Australie, nous avons les dix serpents les plus dangereux du monde. Mais sinon c’est très sûr ! »

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Sortir des sentiers battus

Tony Cavanaugh a grandi dans la campagne, où il était déjà destiné à une vie toute tracée au sein de l’entreprise familiale : « Mon père vendait des voitures, mon grand-père vendait des voitures, et moi, j’étais destiné à vendre des voitures ! ». Malgré l’absence d’industrie cinématographique en Australie dans les années 1960 et 1970, l’auteur a toujours su qu’il souhaitait devenir réalisateur : « Je me suis retrouvé à écrire par accident. » Si Cavanaugh dépeint avec brio des personnages atypiques, vivants aux marges de la société, c’est sûrement car lui aussi, a été un enfant à part : « J’ai toujours été l’enfant bizarre qui adorait lire. » C’est également durant une nuit d’insomnie qu’il s’est retrouvé à écrire ce qui allait devenir son premier roman, La Promesse : « Je pensais que ce serait une série, mais c’était beaucoup trop sombre. Et j’ai réalisé que c’était un livre ! Je sortais d’un mariage qui se terminait très mal, je vivais dans une chambre d’hôtel malsaine. J’ai connu beaucoup d’endroits bizarres dans ma vie. » C’est donc un cheminement bien hasardeux qui a mené Tony Cavanaugh à l’écriture. Cette fascination pour les personnages en marge, Cavanaugh la tire de son désir de sonder les abîmes de la psychologie humaine, d’explorer ces décisions qu’on prend dans la vie et ce qui font ce que nous sommes : « J’ai deux lignes directrices dans ma vie : une qui vient de Pete Townshend des Who : “Qui suis-je ? Où vais-je ?” Et l’autre vient des Doors : “Les gens sont étranges”. »

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De la marginalité à la vulnérabilité : célébrer la différence

Darian Richards, l’enquêteur au charme rugueux de Tony Cavanaugh lui est apparu pour la première fois lors d’une longue nuit d’insomnie. L’auteur était alors en pleine réalisation d’un film basé sur des faits réels, et avait passé la majeure partie de son temps avec la police de Melbourne, pour mener des recherches approfondies : « Mes histoires sont toujours ancrées dans le réel ». Le chef de la police de Melbourne enquêtait à ce moment là sur un pyromane qui sévissait dans la région. Cette enquête obsédante à laquelle il avait dédié 18 mois lui collait à la peau : chaque nuit, il rêvait qu’il poursuivait le criminel dans un tunnel rouge. Mystérieux, ce dernier se retournait toujours pour lui lancer un regard de défi. Ce sont ces hommes de l’ombre qui lui ont inspiré le personnage de Darian, l’enquêteur fétiche de Tony Cavanaugh : « Mes trois influences pour Darian sont trois enquêteurs rencontrés au cours de ma carrière : le profiler du meurtre de la jeune fille, le policier de Melbourne qui enquêtait sur le pyromane… Ce sont des hommes qui m’ont marqué : un peu perdus, déchus, désespérés et dangereux. Je crois aussi que je parlais de moi, car à ce moment, j’étais moi aussi un peu perdu. J’imaginais Darian écoutant Led Zeppelin, dans ce lieu paradisiaque, en regardant la rivière devant lui, songeant à ce qu’était sa vie avant sa retraite. Darian est hanté par ce chemin sinueux qu’il ne veut plus emprunter, mais vers lequel il est continuellement poussé par les circonstances de la vie. »

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Pour créer cette galerie de personnages marginaux, sulfureux et vraisemblables, l’auteur puise à la source du réel. Il semble même qu’il voue une fascination aux personnalités à la marge, aux passionnés, à ceux qui vivent perpétuellement dans l’intensité. Ses voyages sont aussi l’occasion, pour lui, de se questionner sur la vie de ces anonymes qui croisent son chemin. C’est ainsi qu’il a imaginé la vénéneuse Starlight, une femme complexe, manipulatrice et pourtant fragile qui se trouve au cœur du récit : « J’ai passé deux semaines à Londres dernièrement. Dans ces grandes villes, nous ne sommes pas forcément connectés aux gens qui nous entourent. C’est dans ces grandes villes qu’il y a le plus de solitude. Je ressens une grande tristesse dans la ville de Londres. Dans les cabines téléphoniques londoniennes, il y a souvent des tracts d’escort girl. J’ai été fasciné par ces photographies de femmes anonymes et je me suis demandé : Qui sont-elles ? D’où viennent-elles ? Où vont-elles ? Quelle sont leurs histoires ? Starlight est un personnage mauvais, mais quand on connaît ses origines, on comprend ce qui a fait d’elle qui elle est. J’éprouve véritablement une fascination pour les forces de mes personnages. »

L’auteur garde d’ailleurs toujours une photographie sur lui, pour se souvenir de ce qui constitue la ligne directrice de tous ses livres : c’est une vieille photographie de classe, que sa mère a pris quand il était à l’école. Au sein de cette assemblée joyeuse, figure un homme chinois, au sourire énigmatique. Tony Cavanaugh s’est toujours demandé ce qui était arrivé à cet homme anonyme : « A-t-il eu du succès, a-t-il eu une vie terrible ? C’est pour ça que je garde toujours cette photo sur moi, où que j’aille, pour me souvenir de ce qui compte vraiment pour moi dans mes livres. »

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Quant à Isosceles, le petit génie de l’informatique qui accompagne le policier dans ses enquêtes, il a été inspiré par son fils Charlie, qui s’appelle maintenant Ruby car il a changé de sexe : « Quand Charlie était un jeune homme, il avait une chambre remplie d’ordinateurs. Il faisait si froid à cause des ventilateurs qu’il portait des gants, et un bonnet comme s’il partait élever des yacks ! Quand je voyais mon fils, pour moi, il faisait vraiment parti d’un autre monde. C’est un enfant très spécial mais très intelligent. Quand il était petit, il était déjà extrêmement éveillé et interpellait sans cesse les gens par la fenêtre : « Hé, je m’appelle Charlie, hé, vous ! » » Ce sont les hommes et les femmes qui ont croisé le chemin de l’auteur qui ont inspiré la galerie de personnages éclectiques présent dans le livre.

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Cavanaugh nous rappelle pourtant qu’il se considère avant tout comme un entertainer, un storyteller et non un écrivain. En tant que passeur d’histoires, ce qui l’intéresse c’est d’honorer le temps du lecteur : « Quand je fais un livre, je n’oublie pas que le temps du lecteur est précieux. Ce temps que l’on prend pour se divertir, ce que l’on choisit de lire, d’écouter, de regarder… C’est pour ça que c’est un honneur pour moi d’être parmi vous ce soir ! » Cavanaugh a un objectif simple : faire passer aux lecteurs un agréable moment de lecture dans des paysages exotiques à souhait…

Découvrez le roman à travers 5 mots choisis par l’auteur :

Découvrez Requiem de Tony Cavanaugh, publié aux éditions Sonatine