Où Babelio présente sa nouvelle étude de lectorat sur le polar

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs » et à l’occasion du festival Quais du Polar à Lyon, Babelio a présenté le 31 mars dernier une nouvelle étude sur les lecteurs de polar. Pourquoi lisent-ils des romans policiers ? Font-ils la différence entre roman noir et thriller psychologique ? Qui sont leurs enquêteurs préférés ?

Pour répondre à ces questions et en savoir plus sur ce lecteur accro aux frissons, Babelio a mené une enquête du 20 au 27 février 2017, auprès de 4 771 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs. Les résultats, présentés par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs, et Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio, ont notamment été mis en parallèle avec les résultats obtenus grâce à une précédente étude effectuée trois ans plus tôt, en 2014.

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Des lecteurs conquis et curieux

Comme de coutume dans les enquêtes sur le lectorat de Babelio, on trouve chez les répondants une majorité de femmes (80%) et d’adultes : 60% des lecteurs interrogés ont entre 25 et 54 ans. La première chose que l’on constate est que le polar est un genre très répandu auprès des lecteurs puisqu’ils sont 93% des répondants à affirmer en lire. Les 7% qui n’en lisent pas, qui représentent un peu plus de 300 personnes, ont donné plusieurs raisons à cela : alors que certains préfèrent suivre des enquêtes policières à la télévision ou au cinéma, d’autres admettent qu’ils connaissent mal le genre, lui en préfèrent d’autres ou ont un besoin de s’évader auquel les polars ne répondent pas. Quelques critiques ont également été émises concernant le genre policier, qui a été jugé trop lassant et répétitif, et parfois trop violent.

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Les lecteurs interrogés sont également de grands lecteurs : 95% d’entre eux lisent un livre par mois et 40% un par semaine. Pour plus d’un tiers des lecteurs, le polar représente plus de 50% de leurs lectures. Un autre tiers des lecteurs est quant à lui un public curieux, puisque les romans policiers représentent moins de 25% de leurs lectures.

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Pourquoi lire du polar ?

C’est d’abord la construction des romans policiers qu’apprécient les lecteurs, puisqu’ils se dirigent en majorité vers le polar pour le suspense des enquêtes et pour leurs intrigues. En second lieu, ce sont les personnages et leur psychologie atypique qui plaisent aux lecteurs. Ils sont également nombreux à apprécier la dimension sociétale des romans policiers et à aimer se plonger dans des géographies et milieux différents. Enfin, si les lecteurs apprécient ces enquêtes, c’est également parce qu’elles leur permettent de s’évader et leur offrent un vrai divertissement.

Quelques réponses surprenantes ont aussi été relevées, qui reflètent de manière très anecdotique une certaine fascination pour les meurtriers : 1275 âmes m’a aidé à ne tuer personne”, avoue ainsi un répondant.

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Le polar ou les polars ?

Loin d’être un sous-genre, pour 55% des lecteurs interrogés, le polar est devenu un genre littéraire reconnu par tous. Pourtant, 40% des personnes interrogées pensent que sa reconnaissance s’améliore progressivement ou reste à acquérir.

75% des enquêtés font la différence entre les genres et sous-genres de polar : historique, roman noir, thriller psychologique, fantastique… On peut ainsi noter une légère différence de lectorat pour les romans noirs, qui séduisent davantage les hommes que les autres sous-genres.

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Si les polars français sont les plus appréciés des répondants, suivis de près par les polars américains, scandinaves et anglais, c’est surtout la variété que semblent apprécier les lecteurs : quelques pays plus inattendus ont également été mentionnés par les lecteurs, comme le Japon et l’Afrique du Sud.

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Enfin, ce sont essentiellement les grandes figures du polar qui ont introduit les lecteurs aux romans policiers, comme en témoignent les auteurs classiques Mary Higgins Clark, Georges Simenon, et Arthur Conan Doyle, et les auteurs contemporains Fred Vargas et Harlan Coben, qui occupent le haut du classement. Ils sont cependant distancés, et de loin, par Agatha Christie, qui a introduit 1 336 répondants au polar : cela représente près de 10 fois l’auteur qui arrive en seconde position, Mary Higgins Clark (186 citations). Étonnamment, Enid Blyton, l’auteur du Club des cinq, fait également partie des auteurs ayant amené les lecteurs vers le roman policier.

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Des lecteurs de plus en plus tournés vers la lecture numérique

Si les lecteurs Babelio sont des lecteurs connectés, ce sont avant tout de grands lecteurs qui multiplient les lieux d’achat sans être exclusifs : la librairie, les grandes surfaces culturelles et les sites de vente en ligne sont ainsi les trois réseaux d’achat privilégiés par les enquêtés. Cette distribution des ventes est relativement similaire à celle des autres genres.

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur le format de leurs lectures, et notamment sur la part du format poche et numérique. Tandis que deux tiers des lecteurs lisent majoritairement en poche, ils sont 42% à lire du polar en numérique : parmi les différents sujets testés dans l’étude de 2017, c’est celui pour lequel on mesure l’évolution la plus importante en comparaison avec l’étude de 2014, puisqu’ils n’étaient que 28% des répondants il y a trois ans.

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Concernant le prix attendu des romans, on constate tout d’abord que les attentes des lecteurs n’ont pas varié en trois ans : ils s’attendent toujours à acheter un polar en poche au prix de 8 € et en grand format au prix de 19 €. En revanche, il n’y a pas de consensus sur le prix du livre numérique -sinon que les lecteurs ne veulent pas le payer plus cher qu’un grand format.

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L’importance du bouche-à-oreille

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur la façon dont ils découvrent de nouveaux romans policiers. Pour la plupart d’entre eux, c’est le bouche-à-oreille qui est le principal vecteur de découverte, puisqu’ils s’appuient surtout sur Babelio et sur les avis de leur entourage. Les médias traditionnels viennent en troisième position, suivis par la librairie. Les lecteurs de polars de Babelio n’étant pas exclusifs, les sites et forums spécialisés n’ont été que très peu cités.

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Très informés, ces grands lecteurs ne ressentent pas nécessairement le besoin de se fier aux prix littéraires ; de fait, seul un tiers des lecteurs interrogés y est attaché. Si les principaux prix littéraires (Prix Polar SNCF, Prix Quai des Orfèvres, Prix Polar de Cognac, Prix Quais du Polar) sont bien connus des répondants, on note en outre une légère progression dans la connaissance des prix, par rapport à 2014. Le Prix Polar SNCF est ainsi connu de 76% des lecteurs, alors qu’ils étaient 60% à le connaître en 2014.

Finalement, les critères principaux auxquels sont attachés les lecteurs lorsqu’ils choisissent un livre sont l’univers du livre, son sujet, le résumé et le nom de l’auteur. En revanche, la maison d’édition semble avoir peu d’influence sur le choix des lecteurs puisque seul un tiers d’entre eux y accorde de l’importance. Alors que les maisons d’édition et collections emblématiques sont les plus connues des lecteurs (Actes Sud, Rivages, Babel Noir, Points, 10/18 et Sonatine), quelques nouvelles maisons d’édition et collections se distinguent également, notamment La Bête noire de Robert Laffont.

D’Adamsberg à Cormoran Strike

Les lecteurs ont ensuite été interrogés sur une figure emblématique du roman policier : l’enquêteur. Ils sont ainsi 58% à indiquer être attaché à un personnage récurrent. Sur le podium, trois personnages classiques séduisent les lecteurs : Jean-Baptiste Adamsberg, le héros de Fred Vargas, Kurt Wallander, le commissaire créé par Henning Mankell, et le détective belge Hercule Poirot, d’Agatha Christie.

Si plus de la moitié des lecteurs restent attachés à la figure d’un héros récurrent, ce nombre a cependant baissé par rapport à 2014, où ils étaient 66%. Si le succès de certains one shot tels que La Fille du train ou Les Apparences peut expliquer cette baisse, il semblerait tout de même que l’émergence de nouveaux enquêteurs et de nouvelles séries à succès soit encore possible, comme en témoigne l’entrée dans le classement de Yeruldelgger, le héros créé par Ian Manook, et de Cormoran Strike, le détective privé de Robert Galbraith, alias J.K. Rowling.

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Du noir vers la blanche

Enfin, les lecteurs ont été interrogés sur les publications croisées et plus particulièrement la publication d’auteurs de romans policiers dans des collections de littérature blanche. Pour cela, l’exemple de la saga Malaussène de Daniel Pennac, passée en 30 ans de la Série Noire à la Blanche de Gallimard, a été proposé aux lecteurs interrogés. Les réponses sont très partagées : tandis que certains répondants s’accordent à dire que cela peut amener de nouveaux lecteurs vers le polar et apprécient ce décloisonnement des genres ainsi que la légitimité que cela donne aux romans policiers, d’autres regrettent ce manque d’identification. En effet, ils trouvent bon que les polars soient identifiés comme tels et déplorent le manque de caractère des couvertures de littérature générale.

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Suggestions et conclusions

Par rapport à l’étude réalisée en 2014, la progression de la lecture numérique est finalement la principale évolution constatée, puisque le polar s’impose, avec la romance, comme le genre le plus lu sous ce format. Les lecteurs ont par ailleurs souhaité encourager les maisons d’édition de romans policiers à communiquer davantage sur les réseaux sociaux et à y être plus présents.

Très informés et en capacité de choisir entre les différents sous-genres, les lecteurs de polars invitent logiquement les éditeurs à soigner leurs couvertures et quatrièmes de couvertures, à y être éclairants tout en faisant attention à ne pas y dévoiler des éléments clés de l’intrigue.

Enfin, malgré leur préférence persistante pour les polars français, anglo-saxons et scandinaves, ils ont souhaité encourager les éditeurs à publier plus d’auteurs de nationalités moins représentées par le genre.

Retrouvez notre étude complète sur les lecteurs de polar

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de livres au cinéma

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs », Babelio a présenté le 23 février dernier une nouvelle étude sur les adaptations de livres au cinéma. Quel est le rapport des lecteurs aux adaptations ? Savent-ils toujours qu’un film est tiré d’un livre ? Quel chemin font-ils du livre au film ou du film au livre ?

Adaptations de livres au cinéma

Pour répondre à ces questions et en savoir davantage sur les amoureux du cinquième et du septième art, Babelio a mené une enquête durant la dernière semaine de janvier auprès de 2 262 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs.

table des invités

Quatre intervenants étaient présents pour nous aiguiller et partager leurs avis face aux résultats : Caroline Bismuth-Dardour, présidente de Silenzio (agence de publicité spécialisée dans les sorties cinéma),  Nathalie Cerdin, responsable marketing de Bayard Jeunesse, Manuel Soufflard, chef de groupe marketing chez J’ai Lu ainsi qu’Alexis Mas, président de Condor Entertainment (compagnie d’édition et de distribution cinématographique). L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, puis suivie d’un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio.

Nos participants

De gauche à droite : Caroline Bismuth-Dardour, Manuel Soufflard, Nathalie Cerdin et Alexis Mas

Cinéma et littérature se mêlent et s’entremêlent, si bien que depuis quelques années, on ne peut que constater que le premier a tendance à se nourrir de la seconde, et ce quel que soit le genre de l’œuvre en question. Du fantastique, en passant par la romance ou par le polar, sans oublier les adaptations de bandes dessinées, les livres forment une source d’inspiration intarissable. Pour preuve, parmi les films ayant dépassé les 100 000 entrées en salle en 2016, un sur quatre était adapté d’une œuvre littéraire.

L’enjeu de telles adaptations est double : pour les producteurs et distributeurs, les lecteurs forment un public de fans de l’œuvre à conquérir ; pour les éditeurs, une adaptation peut donner un second souffle à un ouvrage qui trouvera alors un nouveau lectorat. De fait, le lecteur occupe une place prédominante dans la promotion du projet, ce pourquoi il est capital de le connaître un peu plus.

 

Le profil des lecteurs

Une fois encore, la grande majorité des répondants sont des lectrices. Elles sont, pour cette étude, 84% à s’être prêtées au jeu. Cette caractéristique reflète la communauté des inscrits sur Babelio puisqu’on ne compte pas moins de 80% de femmes sur le site et s’accorde avec le lectorat français qui a une forte propension féminine. Néanmoins, cette particularité tend à s’estomper si l’on s’intéresse au trafic du site qui génère « seulement » 60% de femmes.

proportion homme femme

Tous les répondants font partie d’un public adulte mais l’on note tout de même qu’un sur deux a entre 25 et 45 ans. Jeune et féminin, notre panel est aussi composé d’une écrasante majorité de grands lecteurs. 94% d’entre eux déclarent lire plus d’un livre par mois, contre 16% de la population française et près de la moitié (47%) lisent au moins un livre par semaine.

Les interroges sont de grands lecteurs

Près de sept interrogés sur dix sont aussi de précieux prescripteurs qui n’hésitent pas à recommander des ouvrages aux plus jeunes en tant que parents, professeurs, bibliothécaires ou tout simplement en qualité de lecteurs. Ce point est d’autant plus important que près de neuf personnes sur dix (88%) considèrent que les adaptations amènent les enfants à la lecture.

lecteurs prescripteurs

 

Le niveau d’information des lecteurs sur les adaptations

Si l’on sait les grands lecteurs extrêmement bien informés sur les différentes parutions en librairie, qu’en est-il de leur niveau d’information sur les adaptations cinématographiques ? Pour le savoir, ils ont été soumis à une série d’affiches à partir desquelles ils devaient indiquer s’ils savaient ou non que ces films étaient tirés de livres.

On constate d’emblée que même si les lecteurs ne savent pas systématiquement qu’un film est une adaptation, ils sont tout de même plus au fait que les spectateurs. Par exemple, plus de la moitié des répondants (54%) sait que le film d’animation Ma vie de Courgette est tiré d’une œuvre littéraire, mais il y a fort à parier que les résultats n’auraient pas été les mêmes si la question avait été posée à des spectateurs à la sortie du film. Cependant, même chez les grands lecteurs, on note que cette connaissance dépend surtout de la notoriété de l’œuvre originale. D’autre part, pour tester la bonne foi des lecteurs, Mad Max : Fury Road était aussi proposé dans la liste bien que le film ne soit évidemment pas une adaptation… sauf pour 322 lecteurs.

Les lecteurs ne savent pas ce sont des adaptations

On note aussi que les grands lecteurs sont globalement mal informés de la sortie des adaptions quand bien même tout laisse à penser qu’ils forment le public cible. Si l’on met de côté Un sac de billes dont plus de quatre lecteurs sur cinq (83%) savent que le livre a été adapté au cinéma, on constate un flagrant déficit de notoriété auprès du public des grands lecteurs. En effet, moins de 30% d’entre eux savent par exemple que Seul dans Berlin a été adapté sur grand écran. Cela est d’autant plus dommage lorsque l’on sait que 36% de ces lecteurs seraient allés voir le film s’ils avaient eu connaissance de sa sortie.

Les lescteurs sont mal informés des sorties

 

La consommation des lecteurs

Pour les grands lecteurs, lire le livre qui va être ou a été adapté pousse à voir l’adaptation. En effet, neuf lecteurs sur dix déclarent être allés voir un film parce qu’ils avaient appréciés le livre d’origine.

Parmi les films les plus vus après avoir lu l’ouvrage, on trouve une large variété de genres. Nombreux sont ceux à avoir cité des œuvres fantastiques comme les séries Harry Potter, Hunger Games, Le Seigneur des Anneaux ou encore Divergente. Mais la littérature générale avec Elle s’appelait Sarah ou La couleur des sentiments, le polar avec Gone Girl ou la saga Millenium et même la littérature classique avec Jane Eyre ou Gatsby le Magnifique ne sont pas en reste. Exception faite pour les puristes (qui représentent une minorité de 4%), les lecteurs apprécient de savoir qu’un roman qu’ils ont particulièrement aimé va être adapté et sont prêts à aller voir le rendu sur grand écran.

Films les plus vus après la lecture du livre

Réciproquement, la très grande majorité des lecteurs (97%) a déjà lu un livre après avoir vu le film dont il a été adapté. C’est donc un parfait exemple de fertilisation croisée où la découverte se fait dans les deux sens : le public du livre élargit celui du film et inversement.

Livres les plus lus après visionnage du film

La lecture de romans à suspense après le visionnage du film ne semble pas retenir les lecteurs puisqu’ils citent de nombreux thrillers qui ont la particularité d’avoir un twist final important comme Shutter island ou Ne le dis à personne. Toutefois, on note une certaine préférence des lecteurs à lire l’œuvre avant de la voir puisque les trois quarts préfèrent dévorer l’ouvrage avant de foncer dans les salles obscures.

Lire le livre avant le film

 

Et si l’on compare l’original et l’adaptation ?

Lorsque l’on interroge les lecteurs sur les adaptations qui les ont agréablement surpris, on distingue clairement des films qui ne sont pas des adaptations au pied de la lettre du livre mais qui, au contraire, proposent un regard particulier sur celui-ci. C’est le cas par exemple de Shining ou de  Gone Girl qui ont su séduire même si elles étaient éloignées du texte original. Manuel Soufflard va lui aussi dans ce sens : « Je ne pense pas que vous seriez capable de me donner dix titres d’adaptations meilleures que l’original, et si elles le sont, elles sont en général totalement dissociées de l’œuvre. Dans des cas comme cela, où les deux œuvres sont éloignées, est-ce vraiment intéressant pour l’éditeur de faire la filiation ? Après, il s’agit d’un nombre de cas restreints où l’éditeur ne pouvait pas s’appuyer sur le livre, par exemple s’il était très peu lu comme Chuck Palahniuk pour Fight Club. À l’inverse, si le film fonctionne, il peut être intéressant de communiquer dessus pour relancer le livre ».

Bonnes adaptations

À l’inverse, on note parmi les adaptations qui ont le plus déçu les lecteurs de nombreux films fantastiques comme Eragon, Divergente, À la croisée des Mondes ou Miss Peregrine. Ces titres ont en commun le fait d’avoir des univers forts dont la représentation visuelle n’a peut-être pas été à la hauteur des espérances des lecteurs.

Pour Alexis Mas, le point noir est plutôt à chercher du côté du manque de profondeur de ces adaptations : « Ce n’est pas tant la mise en images qui déçoit les lecteurs car le budget alloué à cela est suffisamment conséquent mais la retranscription du récit et des caractérisations du livre. Elles sont souvent ratées et cela donne des films froids, sans âme. »

À noter, le cas particulier de la saga Harry Potter pour qui les lecteurs sont partagés puisqu’elle figure dans les deux catégories.

Mauvaises adaptations

Pourtant, les lecteurs s’accordent à dire que les littératures de genre semblent propices à l’adaptation, en particulier le fantastique et les littératures de l’imaginaire (59%), le polar (79%) et le roman historique (66%). En revanche, la littérature générale se place dans les dernières positions avec 32%, devançant ainsi les BDs, comics et mangas (18%).

Les genres propices à l'adaptation

 

Les changements engendrés par les adaptations

Les éditeurs capitalisent souvent sur la sortie du film pour refaire la couverture d’un livre adapté avec l’affiche de celui-ci. Quel que soit le genre en question (jeune adulte, chick-lit, polar, classique), les grands lecteurs préfèrent la couverture originale à celle reprise de l’affiche bien que certains titres comme Cosmopolis ou Un long dimanche de fiançailles fassent figures d’exception. D’ordinaire, cette reprise est plutôt destinée à conquérir un public de nouveaux lecteurs et cela se confirme dans les réactions des grands lecteurs : 38% d’entre eux n’apprécient pas les couvertures reprises d’un film bien qu’un quart admet tout de même que cela est une bonne chose en plus de pouvoir attirer l’attention.

Les grands lecteurs préfèrent la couverture originale

Pour Manuel Soufflard, la couverture des livres qui ont bien fonctionné a tendance à se figer dans l’esprit du lecteur. Pour ceux qui n’ont pas eu le même succès, la couverture qui reprend l’affiche peut être un vrai levier : « Shining reste très attaché à l’affiche du film par exemple. » Nathalie Cerdin ajoute : « Les droits de conserver la couverture d’un livre sont très courts. On les obtient pour la sortie du film au cinéma, puis pour sa sortie DVD. Mais un an après, dans la majeure partie des cas, on retrouve la couverture d’origine, ce qui devrait consoler les grands lecteurs. » Cependant, elle voit une certaine contradiction entre ce désamour de la couverture tirée de l’affiche et le manque d’informations précédemment abordé dont disposent les grands lecteurs sur les sorties d’adaptation : « La couverture est une vraie vitrine pour faire le relai entre le cinéma et le livre ».

Inversement, voir le titre d’un livre sur l’affiche d’un film n’est pas gage de qualité pour les grands lecteurs mais cela attise la curiosité de près de trois quarts d’entre eux.

Mention du livre sur l'affiche

Pour ce qui est des changements de titres engendrés par une adaptation, les lecteurs ont des avis quelque peu partagés. En général, moins le livre est populaire, moins l’attachement à son nom d’origine est fort. Par exemple, pour le livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck adapté au cinéma sous le nom de La confession par Nicolas Boukhrief, seuls 35% des interrogés auraient préféré que le titre du roman soit conservé tandis que 46% aurait préféré que le film Mister Ove d’Hannes Holm garde son titre d’origine Vieux, râleur et suicidaire.

la confession

mister owe

Les causes de ces changements de noms sont multiples. Pour Nathalie Cerdin, ils sont parfois nécessaires pour ne pas induire en erreur le public qui découvre l’adaptation  : « Pour le film Le septième fils de Sergey Bodro, le titre choisi est différent de celui de la saga d’origine, qui est L’épouvanteur. Ce nom évoquait plutôt un film d’horreur. Puisqu’ils ont été dissociés, cela a été à nous de faire se rejoindre les deux, mais rien n’a été changé sans l’accord de l’auteur. En général, quand il y a un changement de titre, il faut arriver à mettre l’original sur l’affiche. »

Alexis Mas partage cet avis : « Le médecin d’Ispahan, qui a été adapté sous le nom de L’oracle, avait des lecteurs avant sa sortie en salle. Il a fallu les faire revenir, surtout que l’adaptation était bonne, mais sans utiliser le même titre qui ne crée pas d’envie lorsque l’on n’a pas ce rapport au livre. Il y a donc eu un retitrage au niveau français pour le titre du film afin qu’il soit plus large et plus fédérateur. À cela, on a ajouté des informations pour ne pas couper le lectorat d’origine. On a par exemple gardé le même visuel pour le livre et le film, mais pas leur nom ».

Invités

Manuel Soufflard invoque quant à lui une autre raison : « Il y a aussi un effet dû à la mondialisation : quand le titre n’est pas le même en français, il faut réussir à suivre. Depuis peu, on voit s’accentuer le fait de garder le nom anglais, même en français, voire même de mettre les deux titres (français et anglais) sur la couverture. Il vaut quand même mieux garder le titre anglais si le film est plus populaire que le livre ».

 

Les livres que les lecteurs rêveraient de voir adaptés au cinéma

Dans leurs rêves les plus fous, les grands lecteurs aimeraient voir adaptée en salles obscures une gamme de genres, là encore, très variée. On y trouve par exemple La nuit des temps de René Barjavel  ou La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Plus surprenant, on trouve des titres de littérature générale comme L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ou Chanson douce de Leïla Slimani quand bien même les lecteurs n’avaient pas jugé le genre propice à l’adaptation auparavant.

Les livres que les lecteurs rêvent de voir adaptés

 

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat autour de l’enquête.

Caroline Bismuth-Dardour prend la parole la première pour exprimer sa surprise « en bien » de la réciprocité du lien entre livre et film. Pour elle, l’adaptation de film crée une relation entre cinéma et littérature plus forte qu’elle ne l’aurait imaginé. Manuel Soufflard est lui aussi ravi de cet effet double. « Hélas, nous dit-il, cela ne peut pas fonctionner automatiquement. Il n’y a pas de lien systématiquement établi entre les deux mais c’est réjouissant quand ça l’est ». Nathalie Cerdin est, quant à elle, un peu plus catégorique : « Dès la bande annonce, on sent si le lecteur d’origine va accrocher. Et cela permet aussi de faire découvrir le livre à un nouveau lectorat ».

Nos participants

En ce qui concerne le rôle du grand lecteur dans le lancement d’une adaptation, il en est pour Caroline Bismuth-Dardour l’acteur capital : « Les grands lecteurs sont des ambassadeurs qu’on va chercher très tôt et en même temps, on les craint car on a très peur du bouche à oreille défavorable. On commence la communication autour d’un film très tôt. On va donc chercher le public acquis, c’est-à-dire les lecteurs, et il faut le rassurer avec des éléments de communication et des informations distincts. C’est ce qui est fait par exemple autour de la sortie de Valérian où Jean-Claude Mézières accompagne Luc Besson pour créer une filiation autour de la BD. En revanche, lorsque le film est très mauvais, on ne va surtout pas les chercher. »

Manuel Soufflard partage le même avis : « Pour des projets d’adaptations de livres de genre comme l’imaginaire ou le policier, la communication se fait très en amont et repose sur le livre. Ce qui compte pour une sortie cinéma, c’est le jour de la sortie. Il n’y a donc rien de mieux pour démarrer un film que de préparer une communauté de lecteurs acquise en amont. » Il va même plus loin pour le cas particulier des adaptations de long-sellers : « Pour les cas des long-sellers, il ne faut surtout pas perdre la communauté relais mais faire une passerelle entre les deux œuvres. Pour ce faire, il y a de multiples leviers, la couverture n’est que la pointe de l’iceberg : on peut faire des campagnes d’affichage, faire passer l’information sur les réseaux commerciaux, les réseaux sociaux, mettre des affiches en librairie, sur les communs. Tout dépend surtout du budget ».

Notre public

Cependant, selon Alexis Mas, miser uniquement sur le fait que l’œuvre soit une adaptation n’est plus pertinent aujourd’hui : « Les grands lecteurs sont en général au courant de la sortie d’une adaptation. Les mentions « inspiré d’une histoire vraie » ou « adapté de » sont devenues très galvaudées et trop récurrentes pour générer de l’envie. » Manuel Soufflard étaye d’ailleurs cette idée avec ces chiffres : « Au Livre de Poche par exemple, il y a 700 titres sur 6 500 en vue pour être des adaptations. Mais en réalité, à peine 10% de ce chiffre verront le jour. C’est sûrement le même cas sur le catalogue poche de Folio. »

En revanche, tous s’accordent à dire qu’ils doutent que l’œuvre originale puisse être un élément gênant dans la communication autour de tel projet. Il faut toutefois savoir, dans une seconde étape, s’en détacher, comme nous l’explique Manuel Soufflard : « Une fois la filiation rappelée, il faut à un moment donné s’affranchir du livre pour montrer l’apport du film sinon cela n’a pas vraiment d’intérêt. Et puis cela permet aussi de s’élargir à ceux qui n’ont pas lu le livre ou ne le connaissent pas du tout ».

C’est sur ce consensus que s’est terminé le débat, après quoi tous nos participants ont été conviés à un buffet où se sont prolongées les conversations. Merci à nos quatre invités pour leur intervention.

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