Jessie Burton vous révèle les secrets des Filles au lion

Quel lien peut-il y avoir entre le Londres de 1967 et l’Andalousie des années 1930 ? Rien à première vue, si ce n’est un mystérieux tableau dont Jessie Burton nous révèle les secrets dans son second roman Les filles au lion publié chez Gallimard. Une trentaine de lecteurs de Babelio ont pu rencontrer l’auteure le 29 mars dans les jardins de la maison d’édition pour faire la lumière sur les dernières zones d’ombre qui entouraient cette toile énigmatique.

En 1967, cela fait déjà quelques années qu’Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s’y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d’art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire.
Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n’est qu’il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l’air d’en savoir plus qu’elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d’Odelle.
La jeune femme décide de déchiffrer l’énigme des Filles au lion. Sa quête va révéler une histoire d’amour et d’ambition enfouie au cœur de l’Andalousie des années trente, alors que la guerre d’Espagne s’apprête à faire rage.

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Mêler histoire, philosophie et émotion

Pour son second roman après Miniaturiste, Jessie Burton tenait à aborder trois sujets différents : “Je voulais d’abord parler de l’héritage de l’époque colonialiste britannique, en particulier des Caraïbes, car c’est un sujet que l’on évoque rarement. Il est très peu enseigné et je voulais le mettre en avant. Ensuite, je souhaitais évoquer la Guerre Civile espagnole, un évènement que j’ai pu approfondir durant mes études hispaniques. C’est aussi un thème qui m‘attirait particulièrement car je me rends régulièrement en Andalousie et partage certaines affinités avec cette culture. Enfin, je tenais à parler de l’art et de sa pulsion destructrice. En somme, je voulais donner un intérêt historique, philosophique et émotionnel à mon récit.”

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Un roman féministe

Jessie Burton place les femmes au centre de son roman, incarnant de fait pour les lecteurs une certaine idée du féminisme : “Le mot “féminisme” est un terme complexe à mon sens. Je suis bien sûr en faveur de l’égalité homme-femme et je pense qu’il y a toujours des inégalités à ce niveau partout dans le monde. Mais j’ai grandi sans le savoir dans un univers qui favorise les idées féministes. Ce que je tenais à montrer, c’est que la femme possède force et ambition dès l’instant où ses histoires de cœur n’occupent pas une position centrale. Dans mon roman, la relation d’Odelle avec le personnage de Lawrie Scott est quelque peu accessoire. Elle n’est pas l’enjeu principal. La vie des personnages féminins est, au contraire, centrée autour de la création.”

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Regagner les clés du pouvoir

“Lorsqu’un homme écrit un livre, on dit qu’il écrit pour l’humanité. Lorsqu’une femme écrit un livre, on pense qu’elle le fait pour son expression personnelle !” C’est forte de ce constat que Jessie Burton a tenté de redonner le pouvoir aux femmes de son récit : “Les hommes ont les clés du pouvoir, les femmes quant à elles vont manipuler le système pour renverser subtilement la tendance. C’est une relation assez complexe car elles doivent chercher protection auprès d’eux tout en devant s’en affranchir. Finalement, la présence des hommes reste assez périphérique dans le roman. Ils ne prennent pas tant de place dans les pages du livre mais ils influencent l’histoire. Il y a un préjugé instauré d’emblée qui veut que l’autorité n’appartienne qu’aux hommes. La grande question, c’est : où plaçons-nous l’autorité ?”

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L’amitié au-delà des classes sociales

On trouve, au sein du roman, deux amitiés très fortes entre deux femmes. A chaque fois, l’une des deux joue un rôle important afin que la seconde puisse s’épanouir – Marjorie Quick pour Odelle et Teresa pour Olive : “Je pense que c’est important de ne pas avancer seule. Moi-même, je ne serais rien sans le soutien que j’ai reçu de mes professeurs ou de mes amis. Le mythe veut que les femmes ne s’entraident pas mais je pense que c’est totalement faux. De plus, dans mes livres, mes personnages sont toujours issus de classes sociales différentes. Je pense sincèrement que l’amitié et l’entraide dépassent cette idée de classe tout autant que les genres.”

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Un rapport à l’art assez traditionnel

Bien que les personnages aient tous une vision très moderne de la vie, leur rapport à l’art reste paradoxalement très traditionnel : “Olive vient de la haute société, Odelle de Trinidad. Toutes les deux sont d’une grande modernité en ce qui concerne leur vie privée mais sont très timorées en art. Je trouvais cela plutôt intéressant. Les tableaux d’Olive sont inspirés d’une peintre portugaise qui faisait dans le figuratif quand la mode était à l’abstrait. Olive a son style, elle l’affirme dans sa peinture. Odelle, quant à elle, a reçu une éducation plus classique, sa façon de parler est plus conventionnelle, son écriture suit le même chemin. Olive est conservatrice picturalement mais ce que je voulais mettre le plus en évidence dans son travail, c’était l’usage des couleurs. Il est vrai, cependant, que les deux entretiennent un rapport à l’art formel et classique.”

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Une continuité avec la peinture espagnole

Tous les tableaux décrits dans l’ouvrage sortent de l’imagination de Jessie Burton. Cependant, elle s’est inspirée d’histoires issues de la culture espagnole : “Lorsque j’ai écrit mon livre, j’avais envie de décrire des tableaux. J’ai cherché l’inspiration sur Internet et je suis tombée sur l’histoire de Justa et Rufina (Santa Justa y Santa Rufina) : une histoire de sœurs qui se dressent contre la société et qui sont aussi deux femmes artistes. Je trouvais le sujet adapté. Plus tard, j’ai découvert que cette histoire avait inspiré d’autres peintres espagnols comme Diego Vélasquez ou Francisco de Goya. De là s’est construite, par le plus grand des hasards, une forme de continuité avec cette tradition ancrée dans la peinture espagnole.”

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D’actrice à écrivain

Même si son premier roman a connu un succès retentissant, Jessie Burton ne rêvait pas de devenir auteur, du moins, pas au début : “J’écris depuis l’âge de cinq ou six ans, mais je n’ai jamais voulu être écrivain. En réalité, je voulais devenir actrice ou vétérinaire… ou tenir un pub ! Mais j’ai toujours écrit : c’était une manière pour moi de gérer ma vie. J’ai toujours pensé qu’écrire était plus difficile que de jouer la comédie. Jouer est plus social, on peut mettre de côté son personnage tandis qu’écrire s’apparente plutôt à de la psychanalyse, cela relève plus d’un engagement avec soi-même. A mes vingt-sept ou vingt-huit ans, ma carrière d’actrice n’avait pas vraiment décollé. Naïvement, j’ai changé mon rêve de devenir actrice pour celui d’être écrivain, sans même imaginer pouvoir en vivre. C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire Miniaturiste. Mon manuscrit avait été refusé à plusieurs reprises, mais ce n’était pas grave. J’ai eu de la chance mais j’ai aussi travaillé pour la provoquer.”

Découvrez Les filles au lion de Jessie Burton, publié chez Gallimard.

Dans le métro londonien avec Clare MacKintosh

Que feriez-vous si vous voyiez votre photo publiée dans les petites annonces d’un journal ? C’est ce qui arrive à Zoé Walker, l’héroïne de Je te vois, le dernier roman de Clare MacKintosh. Après l’avoir suivie dans son enquête de plus de 400 pages, ce sont dans les locaux de Babelio que se sont retrouvés trente lecteurs le jeudi 30 mars dernier, pour échanger avec l’auteur autour de cet angoissant thriller psychologique.

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Une ancienne flic fan de polars

Grande lectrice de polars et peut-être légèrement parano, Clare MacKintosh est surtout une ancienne flic qui se nourrit de cette expérience pour construire ses romans : “Quand j’étais flic, j’écrivais les histoires des victimes et essayais de les écrire avec mes mots. Le livre, c’est comme un procès, sauf que je ne donne pas mon bouquin à un juge.” Après avoir passé douze ans dans la police de Londres, elle se consacre maintenant à l’écriture de thrillers, qu’elle juge d’ailleurs beaucoup plus intéressants que les polars : “Je veux savoir pourquoi on commet un crime et quels sont ses effets, je ne veux pas savoir qui l’a commis.”

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Du métro parisien au Tube londonien

Bien que le roman se déroule à Londres, c’est à Paris qu’en est née l’idée : “Quand j’habitais dans le 9e arrondissement de Paris, je travaillais aux Champs-Elysées et je prenais le métro tous les matins. Un jour, j’ai remarqué que je passais toujours les portiques entre une femme et un homme, et que si j’étais en retard, je brisais cette routine.” Des années plus tard, à Londres, c’est une de ses amies qui lui indique à quel endroit du quai se placer pour être face aux portes lorsqu’elles s’ouvriront. Clare MacKintosh prend alors conscience des habitudes quotidiennes qui nous entourent et du sens que l’on met dans chacun de nos gestes : Je te vois est né.

Entre quelques balades avec son chien qui lui ont permis de trouver le ton du roman et la voix de son personnage principal, une mère de famille sans histoire, Clare MacKintosh n’a pas hésité à se rendre dans le métro londonien pour mener ses recherches, ce qui lui a d’ailleurs valu quelques anecdotes amusantes : “Quand je faisais des recherches dans le métro à Londres, je prenais des notes sur la personne en face de moi et je décrivais tout ce que je voyais. Une fois, mon voisin m’a pris en flagrant délit, j’étais tellement gênée que j’ai écrit “je suis écrivaine” sur mon cahier !”

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Des thèmes contemporains

Si ce second roman est un pur produit de son imagination, Clare MacKintosh s’est en revanche inspirée de ses rencontres avec des victimes de harcèlement : “J’ai vu les effets que peuvent avoir ce crime. On a tendance à le négliger alors que de nombreuses personnes en sont victimes et sont terrorisées.” Le réalisme et la précision sont ainsi les deux critères qu’elle s’impose dans son écriture : “Je ne suis pas agacée par les erreurs de procédures mais par les personnages invraisemblables : c’est important de créer un monde authentique.”

Davantage que les personnages, c’est le sujet du livre qui s’est d’abord imposé à l’auteur : “J’avais l’histoire en tête et je savais ce qui allait se passer.” Les lecteurs ont d’ailleurs été très interpellés par les thèmes actuels qui jalonnent le roman, tels que le harcèlement, un crime particulièrement difficile à prouver, la surveillance quotidienne via les caméras de surveillances, et les réseaux sociaux. Sans en avoir peur, Clare MacKintosh reconnaît être agacée des situations confuses dans lesquelles ces nouvelles technologies du quotidien nous mettent parfois “On peut nous prendre en photo facilement et sans qu’on le sache, cela a un côté énervant.”

Parmi ses influences, Clare MacKintosh cite volontiers la vague de séries télé dramatiques venues du Nord telles que The Killing ainsi que celles produites par la BBC comme Happy Valley ou Line of Duty, des séries noires très réalistes.

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Pas de James Bond en jupe

Une fois l’intrigue posée, Clare MacKintosh s’est alors intéressée aux personnages : “Je crée les personnages en me demandant quelles seraient leurs motivations pour commettre le crime, puis je parsème les indices.”

Pour incarner cette histoire, c’était une femme « normale » que voulait Clare MacKintosh, pas une héroïne à talons ni une “James Bond en jupe”, c’est pour cela qu’elle a choisi Zoé pour personnage principal. Puisque c’était la victime, Clare MacKintosh voulait alors la faire parler à la première personne afin de créer un récit plus immersif et pour que le lecteur ait l’impression d’être dans sa tête. Pari réussi pour l’auteur s’il on en croit les commentaires des lecteurs présents : “j’étais en panique complète”, témoigne une lectrice Babelio, “comme elle, on a l’impression d’être suivi”, avoue une autre, “On a peur car c’est plausible, ça sonne juste”, résume enfin un lecteur.

Quant à Kelly, la policière torturée et poursuivie par son passé, elle n’était pas dans la première version du roman dans laquelle c’était un homme qui enquêtait : “Je n’aimais pas, ça ne marchait pas. J’ai quand même envoyé le roman à mon éditrice, qui m’a dit que si le personnage ne fonctionnait pas, c’est parce qu’il s’en foutait, qu’il n’était pas lié au cas. Kelly était déjà là, mais elle était en retrait. J’ai décidé de réécrire le roman avec Kelly, et je suis fan, j’adore. Si je devais faire une série, ce serait avec elle.”

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Une fin en apothéose

De nombreux lecteurs se sont entendus sur le fait que la fin déconcertante appelait une suite. Pour Clare MacKintosh en revanche, l’histoire de Kelly s’arrête là : “C’est frustrant, mais j’aime bien laisser les lecteurs imaginer la suite.” L’écriture d’une série qui mettrait en scène Kelly comme personnage récurrent n’est donc pas d’actualité : “C’est dur d’écrire une série, il faut une nouvelle histoire à chaque fois. Je suis jalouse des autres écrivains qui ne repartent pas de zéro à chaque fois, tout en faisant évoluer leurs personnages.”

Il faut croire que le twist final de Je te vois a beaucoup marqué les lecteurs ! Ceux-ci ont d’ailleurs demandé à l’auteur si elle connaissait la fin avant d’écrire le roman : “Oui, mais je l’ai changée. Quand on a l’histoire dans sa tête, c’est simple, mais quand on écrit, les personnages deviennent réels et ne veulent pas faire ce qu’on leur dit de faire, ils se rebellent. Un de mes personnages ne voulait pas faire quelque chose, alors j’ai dû changer la fin.”

Si Paris a une place spéciale dans son coeur, son prochain roman se déroulera en revanche près de la mer. Au programme : des grandes falaises et une femme dont les parents se sont suicidés, et qu’on empêche d’accéder à la vérité…

Avant de repartir, les lecteurs ont enfin pu échanger directement avec l’auteur et faire dédicacer leur exemplaire de leur livre.

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Retrouvez Je te vois de Clare MacKintosh, publié aux éditions Marabout.

Pénétrez les coulisses de la police écossaise avec Val McDermid

Cyber harcèlement, meurtre en série… Les femmes des romans de Val McDermid sont loin de voir la vie en rose. Pourtant, c’est avec un très grand sens de l’humour que l’auteur des Suicidées, et d’Une victime idéale au format poche, respectivement publiés chez Flammarion et J’ai Lu, a rencontré une trentaine de lecteurs Babelio, dans les locaux de son éditeur.

Merci à Fabienne Gondrand pour l’interprétation.

Mise en page 1

Les Suicidées

Tony Hill fait à nouveau équipe avec Carol Jordan sur une affaire de meurtres en série maquillés en suicide. Les victimes, des féministes actives sur Internet, ont été l’objet de cyber harcèlement et des livres de Sylvia Plath et Virginia Woolf sont retrouvés près de leurs corps. Une brillante hackeuse vient en aide au duo pour traquer le tueur.

Une victime idéale

Dans une petite ville du Yorkshire, des femmes qui se ressemblent sont retrouvées mortes. Leur point commun : elles sont toutes blondes aux yeux bleus. Ce tueur pas comme les autres cherche en chacune de ses victimes la femme parfaite, amante soumise et ménagère accomplie, avant de les massacrer avec la plus grande cruauté. Au moment où le meurtrier se prépare à fondre sur sa future proie, Tony Hill se retrouve au cœur de l’enquête mais cette fois sur le banc des accusés. Le célèbre profiler serait-il passé de l’autre côté du miroir ? Dans ce thriller psychologique à glacer le sang, le duo formé par Tony Hill et Carol Jordan est plus que jamais mis en péril.

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Maternité et roman

Lorsqu’elle a écrit Le chant des sirènes en 1995,Val McDermid ne pensait pas qu’il serait le premier tome d’une série, dont un nouveau volume, Les Suicidées, vient de paraître en France : “La seule différence que j’ai senti avec mes autres livres, c’est que l’histoire m’est venue d’un coup. Un roman commence généralement pour moi par une petite idée et grandit ensuite pendant une longue période de gestation. Pour le premier tome de ma série de romans, Le chant des sirènes, l’idée m’est venue alors que je conduisais et m’a tellement saisie que je me suis arrêtée sur le bas-côté pour l’écrire, de peur de l’oublier !” Une fois le roman écrit, l’évidence apparaît à l’auteur : “Je me suis rendue compte que mes deux personnages avaient un grand potentiel. En revanche, je n’ai pas pour autant écrit la suite immédiatement ; je me laisse toujours un moment entre deux livres, afin de conserver un regard frais sur mon intrigue et pour garder mon enthousiasme !”

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Des personnages vivants

Carol et Tony Hill sont les deux héros de la série de romans de Val McDermid, qui nous explique la naissance de ce duo : “Mes deux personnages sont nés ensemble. Il existe une différence de statut entre profiler et policiers en Angleterre et je souhaitais mettre à profit cette tension qui existe entre les deux métiers en la mettant en scène dans un duo.” Par ailleurs, l’auteur nous explique porter une attention toute particulière à l’évolution de ses personnages récurrents : “Je pense à Miss Marple qui est absolument immuable dans toutes ses aventures ; ce qui permet bien sûr aux gens de lire les livres dans le désordre. Mais Miss Marple ne se soucie guère des personnages autour d’elle. Ce n’est pas le cas dans ma série, et c’est volontaire. Je crois qu’avec le temps, les lecteurs se sont sophistiqués et il est important selon moi que l’écriture se sophistique aussi. Par conséquent, il me semble nécessaire de faire évoluer mes personnages en fonction des histoires que j’écris, au fil des tomes.”

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Etude de terrain

Tout bon lecteur le sait, un écrivain  renseigné est un bien meilleur conteur. Pour Val McDermid, le travail d’investigation est un passage obligé : “J’ai rencontré plusieurs policiers au fil du temps à tel point que je suis au courant de choses qu’ils ne laissent pas filtrer auprès du grand public. Pour créer Tony Hill, le héros de ma série, j’étais en terrain inconnu car je ne connaissais rien du métier de profiler. Par chance, à l’époque, je suis tombée sur un reportage à propos d’un profiler. J’ai noté son nom et j’ai décidé de l’appeler pour qu’il me donne des conseils. L’homme a été très suspicieux et pour lui prouver que je n’étais pas folle, je lui ai proposé de lire deux de mes romans.  Ce qu’il a fait, avant de décider de m’aider.  Nous nous sommes très bien entendus, il m’a fait des remarques, m’a tout expliqué en détail, il a vraiment été très généreux. Il m’a même fait visiter l’hôpital psychiatrique où il travaillait et m’a expliqué chaque étape du processus.”

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Femmes et nouvelle vague

Avant de prendre la plume pour écrire ses romans, Val McDermid ne trouvait pas son compte dans la littérature policière qu’elle avait jusqu’alors étudié : “Un point noir reliait tous les thrillers que j’avais pu lire : les détectives étaient toujours esseulées, isolées, et ça ne correspondait pas à l’image que j’avais du monde, moi qui ai toujours été entourée d’amis. Dès lors, j’ai voulu écrire autre chose, je voulais que mes personnages aient des relations et travaillent en équipe, qu’ils créent un esprit de camaraderie comme je sais que cela existe dans ce milieu. C’est alors que je me suis lancée.” Très inspirée par la nouvelle vague de polars féministe qui se développait aux Etats-Unis à l’époque, elle choisit de défendre les femmes dans ses livres : “ Je crois très fort que les sociétés européennes ont un gros problème avec les femmes et surtout relativement aux violences domestiques. Elles sont tout simplement ignorées.  Certaines de mes amies se sont fait sérieusement victimisées sur internet, à coup de menaces de mort sur elles et leurs enfants. C’est horrible et la plupart du temps, cela part de choses très triviales. On pensait que les questions d’homophobie et de racisme étaient réglées et que ces débats n’avaient plus rien à faire sur la place publique. Sauf qu’entre temps, internet est arrivé et a permis à des gens, sous couvert d’anonymat, de dire des horreurs. Alors oui, il y a du progrès, mais la route à parcourir est encore longue.”

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Respecter les victimes

Alors que nombre d’écrivains se targuent de baser leurs histoires sur des faits réels, Val McDermid ne partage pas cette volonté : “Je n’utilise pas de vraies affaires pour écrire mes livres. Mes années de journalisme m’ont montré les conséquences de la mort sur l’entourage des victimes d’actes de violences.  Je ne veux pas m’exprimer sur des choses dont je n’ai pas entièrement connaissance. Pour ce qui est des affaires en cours, je ne veux surtout pas perturber le travail des policiers, je pourrais gêner les enquêtes ou alors gêner les familles des victimes. Je ne veux pas, ça me gêne d’intervenir. Voilà pourquoi je ne pioche pas dans les faits-divers pour écrire mes histoires. J’ai bien assez d’imagination pour inventer des histoires de toutes pièces !”

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Exorcisme

Romancière avant tout, Val McDermid ne revendique pas de rôle de messager auprès de ses lecteurs, qu’elle cherche avant tout à divertir : “Tout comme dans les montagnes russes, les lecteurs aiment se faire peur tout en étant en sécurité avec les polars : on crie, mais on y retourne car au fond, c’est amusant d’avoir peur alors que l’on sait que l’on ne craint rien. Et puis entre nous, nous avons tous eu envie un jour de tuer une garce ou un ex-petit ami pour se venger, mais comme nous sommes bien élevés, on ne le fait pas. Le polar nous permet d’exorciser cela, de passer à autre chose. En revanche je n’en dirai pas davantage car je pense que dès lors qu’un auteur de polar pense qu’il a un message à faire passer, alors c’est un terrain miné. Toute motivation de message est délicate : mon travail d’auteur est de vous divertir, de construire des personnages bien construits et rien d’autre !

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Retrouvez Les Suicidées, chez Flammarion et Une victime idéale, chez J’ai Lu, de Val McDermid.

Passez du rire aux larmes avec Anna McPartlin

Passer du rire aux larmes en lisant un roman sur le deuil est rare mais n’est pas impossible. La preuve, Anna McPartlin a réalisé cette prouesse dans son dernier roman paru en France, Mon midi, Mon minuit, publié au Cherche Midi. Bouleversés par cette lecture, véritable ascenseur émotionnel, une trentaine de lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteure le lundi 27 mars dernier, la tête emplie de questions.

L’interprétariat a été assuré par Fabienne Gondrand.

À la suite d’un drame, le monde d’Emma, jusque-là rempli de promesses, s’effondre. La jeune femme plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre…
Comment survivre à la perte et au chagrin ?
Quel courage l’existence peut-elle parfois exiger de nous ?

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Naissance du roman

Mon midi, Mon minuit est le premier roman qu’a écrit Anna McPartlin. S’il n’arrive que cette année en France, il a en réalité été publié dix ans plus tôt au Royaume-Uni. Mais sa genèse remonte à bien plus loin : “Quand j’étais jeune, un de mes amis, qui était aussi le petit-ami d’une de mes meilleures amies, s’est suicidé. J’ai alors écrit trois pages, que j’ai laissées de côté une dizaine d’années jusqu’à la parution de mon livre. Elles n’ont pas bougées et sont restées telles quelles dans le roman : il s’agit du moment où Emma perd John.” Même si Anna fut inspirée par ce moment tragique, son œuvre n’en reste pas moins que de la fiction : “Je ne parle pas de mon amie dans mon roman, mais je l’ai observée et comprise. C’est d’ailleurs son livre préféré car toute la souffrance est vraie. Elle a l’impression de lire ce qu’elle a vécu. Et quand elle l’ouvre, elle pleure ! La dédicace lui est adressée.”

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Célébrer la vie

La mort est un thème qui revient incessamment chez Anna McPartlin, tant dans ce roman que dans les précédents. Pourtant, c’est bel et bien la vie qui obsède l’auteure : “Le sujet du livre, c’est le décès. Mais mon livre ne se limite pas à cela. C’est aussi un livre qui parle de survie, un livre qui montre comment une épreuve nous fait grandir, comment on doit continuer après un tel choc et comment on doit, malgré tout, trouver la joie. Tous mes livres parlent de mort donc tout le monde pense qu’elle m’obsède. Mais en réalité, je suis obsédée par la vie ! J’ai beaucoup été entourée par la mort ou la maladie dans ma vie et cela m’a appris qu’on a de la chance d’être là. Je veux célébrer l’amour de la vie. Je pense que vivre sa vie pleinement et mourir subitement n’est pas tragique. La vraie tragédie, c’est de passer à côté de sa vie.”

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Le deuil comme une onde de choc

La mort frappe tous les personnages dans le roman, un peu comme si le décès d’un être était à l’image d’une pierre qu’on lance dans l’eau : l’onde de choc atteint peu à peu tout le monde. “C’est exactement cela : je voulais montrer la répercussion du deuil. Ma mère était atteinte de sclérose en plaques et était en fauteuil roulant. A cette époque, elle et son amie Trudy étaient inséparables, elles s’épaulaient beaucoup. Puis, à mes 17 ans, j’ai perdu ma mère et j’ai alors eu l’impression de perdre mon monde entier. Lorsque, six mois après le décès de ma mère, je suis allée rendre visite à Trudy, j’ai réalisé qu’elle aussi avait été affectée par sa perte, tout comme l’étaient mon oncle et ma tante. De la même manière, quand mon amie a perdu son compagnon, moi aussi j’étais affectée. Tout le monde en souffre. Le deuil se départage, se démultiplie chez les gens mais paradoxalement, il les rapproche aussi.”

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Une ode à l’amitié et la famille

Le soutien et l’entraide sont aussi des valeurs clés, à la fois dans l’ouvrage mais aussi pour Anna McPartlin. Chacun de ses personnages est aidé par un autre et ce choix n’a rien d’anodin : “L’entraide est un des thèmes forts du livre. C’est un roman sur l’amitié. En général, je dis toujours que j’ai quatre thèmes forts quand j’écris des scripts ou des livres : l’amour, la perte, l’amitié et la famille. Et par famille, j’entends différents types de famille avec toutes les teintes et les dynamiques qu’elle peut prendre : j’étais fille unique, mes parents se sont séparés dans l’Irlande des années 1970. J’ai alors vécu à Dublin avec ma mère. Quand elle est tombée malade, j’ai vécu avec mon oncle et ma tante, qui avaient 5 enfants qui sont pour moi comme des frères. Puis à 15 ans, j’ai appris que j’avais une demie-soeur. De la même façon, l’amitié est pour moi quelque chose d’aussi important que la famille. Quand la famille s’évapore, l’amitié cristallise. Mes amis sont comme une deuxième famille pour moi.”

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Regard sur la prêtrise

Un des personnages principaux du roman, Nigel, est prêtre. A travers lui, Anna McPartlin a essayé de comprendre les choix qui mène à cette vocation : “Le personnage de Nigel est prêtre car j’ai un ami qui est devenu prêtre. A cette époque, il y a 10 ans donc, j’étais jeune et je ne comprenais absolument pas sa décision ! C’était impossible pour moi de concevoir son choix. C’est à travers Nigel que j’ai essayé de le comprendre. L’athéiste en moi se demandait comment il était possible pour quelqu’un de consacrer sa vie à l’invisible. J’ai donc su dès le début où je voulais aller avec le personnage de Nigel. Etre prêtre est difficile, le regard des autres est lourd. Je voulais lui rendre justice. Je savais que cela allait être dur mais j’ai beaucoup travaillé en ce sens.”

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L’influence de l’Eglise catholique en Irlande

La vision qu’a Anna McPartlin de l’Eglise catholique irlandaise n’est cependant pas des plus tendres. Elle pose au contraire un regard assez critique sur son influence à travers le personnage d’Emma : “Il faut remettre les choses en contexte : En ce temps-là, il y avait beaucoup de problèmes avec l’Eglise catholique et les prêtres en Irlande. Si Emma a cette réaction envers l’Eglise, c’est parce que l’Eglise est contre les femmes. La contraception est arrivée dans les années 1970 mais on n’a commencé à la trouver en pharmacie qu’à partir des années 1980 alors que pour moi c’est un droit fondamental ! D’autre part, l’avortement est toujours illégal en Irlande et l’Eglise le pontifie. Si vous voulez avorter vous devez prendre l’avion et vous rendre en Grande-Bretagne. Cela a aussi engendré beaucoup d’abus dans les années 1950 à 1970 de la part de l’Eglise. Des femmes étaient par exemple dans des centres spéciaux avec des nonnes, leurs bébés mouraient, ceux qui étaient toujours en vie étaient vendus aux Etats-Unis et les femmes formaient une main d’œuvre gratuite. On a retrouvé un véritable charnier à ces endroits de près de 700 corps de bébés et d’enfants. Il y a une véritable souffrance en Irlande. Depuis les années 1970 et l’arrivée de l’Irlande dans la Communauté Économique Européenne (l’ancêtre de l’Union Européenne), les choses se sont un peu améliorées. L’Europe a tiré l’Irlande vers le haut et a permis aux Irlandaises d’obtenir plus de droits.”

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Hommage à W.H. Auden

Le titre original du roman, Pack up the moon, provient d’un éloge funèbre de W.H. Auden. Si l’on peut y voir un clin d’œil au film Quatre mariages et un enterrement dans lequel le poème est lu par John Hannah, il a une signification toute particulière pour Anna McPartlin : “C’est un poème que j’ai étudié quand j’avais 17 ans pour mon diplôme et il m’a réellement marqué. D’ailleurs, quand je suis allée voir le film qui l’a rendu célèbre, je me suis littéralement effondrée dans la salle ! Je n’avais pas vraiment d’idée de titre pour mon roman, tout ce que je voulais dire était dans ce poème.” Et la traduction française est restée fidèle à cette volonté : “Pour la traduction de la version française, le titre a été pioché au sein du même poème. C’est tout ce qui m’importait.”

Retrouvez Mon midi, Mon minuit d’Anna McPartlin, publié au Cherche Midi

Janis Otsiemi nous guide dans les bas-fonds de Libreville

Drogue, violence, jeux, vengeance… Le tableau du Gabon peint par Janis Otsiemi dans son dernier roman, Tu ne perds rien pour attendre, qui inaugure la nouvelle collection Sang Neuf de chez Plon, est bien peu reluisant. C’est surpris par cette sombre peinture et par ailleurs intrigués par la culture africaine que les lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteur, dans les locaux de son éditeur, le jeudi 16 mars dernier.

 

Flic à Libreville, Jean-Marc a perdu sa mère et sa sœur dans un accident dont le coupable n’a jamais été poursuivi. Jean-Marc est entré dans la police à cause de ce drame pour condamner à sa manière ce meurtrier. Mais, fatigué des magouilles de ses collègues de la PJ, il a demandé à être muté à la Sûreté urbaine de Libreville ; un service où il a le temps de préparer une vengeance qui le fait tenir au quotidien. En attendant le jour où il fondra sur son ennemi juré comme un prédateur, tel un Dexter à la mode gabonaise, il nettoie les rues de Libreville des voyous, violeurs, politiciens véreux et génocidaires rwandais qui y sont planqués…

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Entre la magie et le réel

Pour saisir la profondeur des romans de Janis Otsiemi, il faut garder en tête que la frontière entre le réel et le fantastique est bien plus floue en Afrique qu’en Europe : “La notion de mérite n’existe pas en tant que telle chez nous. Pour réussir dans la vie, mes compatriotes ont recours à des fétiches et des marabouts, pas directement au travail.” A ce cadre particulier s’ajoutent malheureusement d’importants soucis judiciaires, qui ont inspiré à l’écrivain son dernier roman : “ Si l’on  partage quelque chose en Afrique, c’est bien l’impunité. Notre société judiciaire est au service du pouvoir et pas à celui de la société civile. Mon héros est justement désabusé par cette justice et c’est la haine envers ce système qui le pousse à se venger.”

 

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Imaginer pour dénoncer

S’il a décidé de créer un “Dexter” africain, l’écrivain a bien l’intention de mettre le doigt sur les nombreux problèmes qui sévissent dans son pays : “Mes histoires sont en elles-mêmes relativement banales, mais elles sont souvent un prétexte pour dénoncer ce qui me dérange. Je parle notamment dans ce livre des casinos corses qui constituent selon moi un véritable fléau qui touche toute la société gabonaise.” Le jeu n’est pas le seul mal dont souffrent les habitants de la capitale gabonaise selon Janis Otsiemi, qui y vit encore aujourd’hui : “Aux côtés du jeu, la corruption fait également de nombreux ravages, sans parler de la drogue, dont les routes traversent notre capitale depuis que la lutte anti-terroriste menée au Sahel, les a déplacées. L’Afrique est un véritable polar à ciel ouvert.”

 

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Une langue d’adoption

Les romans de Janis Otsiemi constituent également à leur manière une réflexion autour de la langue française. En effet, l’écrivain entretient un rapport plutôt complexe avec notre langue, vue comme un héritage forcé datant de la colonisation : “La langue française n’est de base pas la mienne, elle ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Le français traduit vos soucis et votre quotidien, mais il ne peut pas raconter toute mon histoire.” A cet héritage difficile s’ajoute au Gabon l’absence de langue nationale, qui rend le langage toujours plus complexe : “Chaque ethnie triture la langue pour se l’approprier. D’ailleurs, c’est une belle vengeance vis à vis du colonisateur que de transformer son langage alors qu’il était venu nous l’imposer ! ”

 

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Un polar gabonais

Lassé par la production, à ses yeux très monotone, des romans policiers, Janis Otsiemi a voulu proposer une série d’enquêtes dans un cadre nouveau : “J’en avais assez de retrouver Paris et New-York dans tous les polars que je lisais. Libreville, la capitale du Gabon où je vis, possède une vraie matière romanesque, car derrière les paysages de carte postale, se trouve une réalité bien plus sombre qu’il est important de ne pas cacher ; c’est là que se trouve ma vie. De plus, les écrivains africains ne se préoccupent pas de vraisemblance : pour plaire à un public étranger, ils mettent souvent en scène des médecins légistes, propres aux enquêtes américaines, alors que cette profession n’existe même pas chez nous.” Résidant dans l’un des plus grands bidonvilles de sa région, Janis Otsiemi a choisi d’écrire pour ses amis : “Les premières fois, mes amis trouvaient que j’écrivais comme un bourgeois, or, je voulais qu’ils se reconnaissent dans mes romans. C’est pour cela que je suis venu au polar et que j’ai choisi d’y mettre en scène mon quotidien.”

 

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Lutter pour sa liberté

Triste réalité, dire la vérité sur son pays n’est pas toujours une décision facile à prendre pour les écrivains. S’il ne s’est encore jamais senti directement en danger, Janis Otsiemi confie son inquiétude au sujet du devenir de sa liberté d’expression : “J’ai reçu des appels du président du Gabon qui me demandait de cesser de faire de la mauvaise publicité pour le pays. Je subis également une pression extérieure. Je joue au chat et à la souris avec le gouvernement et sais que je dois faire attention.” En revanche, Janis Otsiemi n’est pas prêt de céder à la pression ou à se cacher  : “Je n’use pas de pseudonyme car j’assume totalement mes choix ; c’est ma liberté dont il s’agit et je refuse catégoriquement d’y renoncer.”

 

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Apprentissage sur le terrain

Afin de rendre ses personnages crédibles, et notamment ses policiers, rien de mieux que d’aller les trouver directement où ils se trouvent. C’est en effet sur le terrain que Janis Otsiemi amasse la matière nécessaire pour écrire ses romans : “Tout commence souvent par une histoire inventée. Je vais voir la police en expliquant que j’ai perdu mon petit frère et que je souhaite aller voir dans la prison s’il s’y trouve. Une fois sur place, je peux récolter toutes les informations dont j’ai besoin, auprès des prisonniers comme des agents de sécurité.” Ce travail de terrain, Janis Otsiemi le soigne afin de gagner en réalisme : “Je veux que le Gabon de mes livres soit le vrai et que les habitants se reconnaissent dans mes écrits. Lorsque j’évoque un lieu dans mes romans, je commence toujours par m’y rendre afin de rester au plus proche de la vérité dans mes descriptions.”

 

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Autodidacte

Avec neuf soeurs, Janis Otsiemi s’est longtemps contenté de romans photographiques à l’eau de rose : “J’aimais bien ces romans, mais à 15 ans, j’ai découvert le poème Le Lac d’Alphonse de Lamartine et c’est alors que je me suis mis à dévorer tous les classiques.” Dans une région où l’accès à l’éducation demeure difficile à une grande partie de la population, Janis Otsiemi s’est formé en autodidacte à l’écriture : “J’ai arrêté l’école en classe de troisième. Pour apprendre à écrire, j’ai donc copié des pages et des pages de Balzac, pour en saisir le style et développer ensuite le mien.” Comme expliqué plus tôt, Janis Otsiemi ne fait pas partie de la classe privilégiée de Libreville et la littérature semble avoir joué un grand rôle dans son élévation sociale : “La littérature m’a sauvé. Je vivais dans un quartier violent et la plupart de mes amis de l’époque sont aujourd’hui en prison. Personnellement, la littérature m’a ouvert les yeux et m’a permis de ne pas foncer dans le mur.”

 

 

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Découvrez Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi, publié chez Sang Neuf.

Tombez amoureux de Munch avec Lisa Stromme

Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient nés certains tableaux de maîtres ? Lisa Stromme, l’auteur anglaise qui vient de publier Car si l’on nous sépare chez HarperCollins, a été interloquée lorsqu’elle a découvert Le Cri, le célèbre tableau d’Edvard Munch. Dès lors, elle a décidé d’imaginer l’histoire de cette fameuse peinture. Le mercredi 1er mars dernier, une trentaine de lecteurs Babelio se sont réunis au Cercle Norvégien de Paris, afin de discuter avec elle du destin énigmatique de ce peintre pas comme les autres…

L’interprétation a été assurée par Jean-Marie Doury.

 

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1893 : Le petit village de pêcheurs d’Åsgardstrånd, en Norvège, se prépare à l’arrivée de la noblesse mais aussi à celle d’un cercle d’artistes très controversés, la Bohême de Kristiania. Tous viennent profiter du fjord, dont la lumière estivale décuple la beauté. Johanne Lien, la fille d’un modeste fabricant de voiles, devient le temps d’une saison la servante de l’impétueuse Tullik Ihlen. La jeune femme l’entraîne dans sa passion pour Edvard Munch, dont les toiles scandalisent les estivants. Johanne est captivée par l’émotion brute qui se dégage de l’oeuvre du peintre et accaparée par la liaison secrète qu’il entretient avec Tullik. Mais très vite, elle comprend qu’elle devra dissimuler bien plus que des rendez-vous amoureux…

 

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Un vieux mari

Lisa Stromme ne se souvient plus exactement de la première fois où elle a été confrontée à l’oeuvre de Munch, véritable monument de la peinture du XXe siècle : “Je vivais avec sa peinture comme j’aurais vécu avec un vieux mari depuis trop longtemps : je connaissais son oeuvre, mais je n’y prêtais véritablement attention. C’est quelqu’un que je portais en moi sans m’en rendre compte.” Pourtant, alors qu’elle croise pour la énième fois le célèbre tableau du peintre, Le Cri, l’écrivain perçoit pour la première fois la force qui en émane, alors que ce dernier est vendu pour 120 millions de dollars aux Etats-Unis et décide de lui consacrer un ouvrage.

 

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Le plus bel endroit du monde

Décidée à en savoir plus sur la vie de Munch, Lisa Stromme se rend dans la ville que le peintre occupait chaque été, en Norvège : “Lorsque j’ai découvert la petite ville de Åsgardstrånd, j’ai appelé mon mari et je lui ai dit que j’avais trouvé l’endroit le plus beau du monde. Le paysage, la lumière, tout est particulier dans cette région où il fait, contre toute attente, très beau l’été ! Et mes parents qui pensaient que les Norvégiens vivaient avec les ours polaires !” Séduite par l’endroit, Lisa Stromme décide de s’installer dans les environs de ce lieu magique pour mieux saisir l’histoire du célèbre peintre et mener à bien son projet.

 

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Raillé

Munch n’était pas le seul à vivre dans la province norvégienne. En effet, la petite ville d’Åsgardstrånd abrite au XIXe siècle de très nombreux artistes et bohémiens : “La ville a attiré beaucoup d’artistes, les soirées y étaient folles à l’époque de Munch.“ Au loin de ces agitations, le peintre du Cri est une personnalité très calme et extrêmement timide. Si cette population qui s’agite autour de lui, lui a permis d’exprimer sa créativité, elle l’a également beaucoup brimé. En effet, si Munch est considéré comme un maître aujourd’hui, il a commencé par être moqué par ses contemporains, qui pensaient qu’il était dangereux de regarder ses peintures”

 

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Changement de plan

Au départ, c’est le tableau Le Cri qui intéresse particulièrement l’écrivain anglais. En effet, le projet initial de son roman était d’en raconter l’épopée : “Je me suis intéressée au tableau lorsqu’il a été vendu aux Etats-Unis pour une somme affolante; je me suis demandé d’où venait cet engouement. J’ai alors commencé mes recherches et suis progressivement tombée amoureuses de cette peinture jusqu’à ce qu’elle devienne une véritable obsession.” Fort de ces lectures et de son voyage à  Åsgardstrånd, le projet de l’écrivain bascule : “Lorsque je suis arrivée là bas, tout est devenu plus simple pour moi. J’ai donc finalement décidé de simplifier mon idée de départ et d’écrire l’histoire d’amour entre Munch et sa muse ; c’est ce que ce lieu magique m’a inspiré.” S’inspirant de personnages réels, l’écrivain se lance alors dans la peinture de cette bohème norvégienne, et enquête sur la supposée relation du peintre avec une “fille de bonne famille”, qui devient peu à peu la pierre angulaire de son roman.

 

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Roman et histoire

La vie de Munch demeure relativement méconnue et Lisa Stromme a effectué un énorme travail documentaire pour pouvoir se permettre de la mettre en scène : “C’était effrayant de se frotter à un personnage si connu. J’avais tellement lu à son sujet que j’avais l’impression de partager ses idées, que ses émotions passaient à travers moi et c’est précisément ce que j’ai essayé de retranscrire dans le livre.” Si elle est parvenue à incarner à ce point le peintre, c’est grâce à son écriture : “Ses textes m’ont littéralement traversée. Munch aurait été un excellent écrivain. Ses journaux sont magnifiques, extrêmement poétiques. Il aimait d’ailleurs beaucoup écrire et inventer des histoires autour de ses peintures.” Portée par ces histoires, l’écrivain a choisi la forme du roman, plutôt que le document historique pour son avantage  indéniable du point de vue des émotions : “L’important avec la fiction est qu’elle permet de faire naître des questions et surtout d’ajouter de l’émotion, bien davantage que dans un travail universitaire, soumis à l’historicité des faits.”

 

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La muse histoire

Par-delà un fort intérêt pour la peinture, si Lisa Stromme s’est tournée vers la vie du peintre, c’est avant tout par passion pour l’histoire : “L’histoire est ma muse. Lorsque je regarde de vieilles photos, je ressens l’envie d’écrire à leur sujet. Dès que je touche un objet ancien, qu’il s’agisse d’un tissu ou d’un meuble, des histoires me viennent en tête ; les temps anciens m’inspirent beaucoup.”

De ce roman est né chez l’écrivain un intérêt tout particulier pour le XIXe siècle, qu’elle a décidé d’explorer une nouvelle fois dans son prochain roman : “Mon prochain ouvrage porte sur Alfred Nobel. Il a écrit son testament ici, au Cercle Norvégien. J’ai découvert qu’il s’agissait d’un homme extrêmement intelligent et relativement incompris par la société de son époque, tout comme Munch, j’ai l’impression d’être attirée par ces génies incompris.”

 

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C’est sur cette amusante note que se clôture la séance de questions-réponses avec l’écrivain, suivie d’une séance de dédicace pendant laquelle les lecteurs ont eu la chance de pouvoir échanger directement avec l’auteur.
Retrouvez Car si l’on nous sépare de Lisa Stromme, publié chez HarperCollins.

Visitez le cabaret du camp de Gurs avec Diane Ducret

Si l’on vous disait qu’en France, en 1940, un camp emprisonnant plusieurs milliers de femmes sans raison avait existé dans les Pyrénées, et qu’au sein de ce camp, se tenait un cabaret… Y croiriez-vous ? C’est ébahis par leur lecture que, le lundi 27 février dernier, une trentaine de lecteurs Babelio sont venus rencontrer Diane Ducret, l’auteur des Indésirables, publié chez Flammarion, afin d’en apprendre plus sur ce fait historique méconnu et pourtant bien réel.

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Un cabaret dans un camp au milieu des Pyrénées, au début de la Seconde Guerre mondiale. Deux amies, l’une aryenne, l’autre juive, qui chantent l’amour et la liberté … cela semble inventé ! C’est pourtant bien réel. Eva et Lise font partie des milliers de femmes « indésirables » internées par l’État français. À Gurs, l’ombre de la guerre plane au-dessus des montagnes. Il faut aimer, chanter, danser plus fort, pour rire au nez de la barbarie.

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Qui sont les Indésirables ?

C’est grâce à un ami que Diane Ducret a découvert l’existence du camp de Gurs : “Un ami m’a offert un livre contenant le témoignage de l’une de ces Indésirables, ces prisonnières enfermées dans un camp du sud de la France et n’ayant pour seul point commun de n’avoir pas d’enfant. Je me suis demandée pourquoi, en tant qu’historienne, je n’avais jamais eu connaissance de ces faits.” Dans ce livre, Vivre à Gurs de Barbara Vormeier, l’écrivain découvre pour la première fois le terme d’Indésirable : “ Paradoxalement, j’ai trouvé que ce terme avait un écho à la fois historique et en même temps très actuel. Je me suis demandé si ce concept n’avait pas tout simplement traversé les siècles : est-ce que la femme n’a pas été une potentielle indésirable tout au long de son histoire ? ”

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Survivre par amour

Diane Ducret avait déjà écrit sur la Seconde Guerre mondiale, mais ça n’est pas un goût particulier pour cette époque qui l’a poussée à s’y replonger avec Les Indésirables : “J’avais tout prévu, sauf de réécrire un livre sur la Seconde Guerre mondiale. Mon propos était cette fois davantage tourné vers l’amour et en particulier celui qui permet de survivre. Le contexte de la guerre s’est finalement peu à peu imposé à moi, du fait de ce sujet.” Plus qu’un simple détail, cette période historique porte malgré tout en elle une dimension chère à l’auteur : “On parle beaucoup de réfugiés fuyant la guerre ou les totalitarismes. La question de déporter ces gens, souvent perçus comme une menace, est un débat hautement actuel, qu’il était bon de remettre sur la table en ce contexte politique agité.”

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La fiction pour donner corps

En dehors de détails très matériels, portant principalement sur l’hygiène, Diane Ducret n’a bénéficié que de peu d’éléments romanesques pour écrire son histoire : “La plupart des archives du camp ont été brûlées, on ne sait même pas exactement combien de femmes ont été enfermées là bas et nous avons seulement les noms de celles qui en sont sorties en même temps que Hannah Arendt. Il a donc fallu donner corps à toutes ces informations prosaïques, et c’est là que les témoignages entrent en jeu.” Historienne, Diane Ducret a hésité à faire de cette découverte un essai : “J’ai finalement opté pour le roman car ce n’est pas tant le cas de ces quelque 3000 femmes qui m’importe, mais surtout le fait de se battre, de garder espoir malgré les difficultés : pourquoi ces femmes continuaient à tomber enceintes, à manger ou à se coiffer, alors qu’elles ne savaient même pas si elles seraient vivantes le lendemain. C’est en résumé cet espoir dont est capable l’Homme lorsqu’il aime qui m’a intéressé dans ce roman.”

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Poésie et chanson

Le dernier roman de Diane Ducret contient plusieurs poèmes et chansons, écrits par l’auteur. Ces chansons, elle les voit comme un personnage, venu donner une dimension symbolique à son récit : “Il est difficile de croire qu’il y avait bel et bien de la musique dans ce camp, mais c’est là que réside tout le paradoxe des années 1940 où se sont multipliés les cabarets. Il fallait rire au lieu de pleurer ! De plus, les poèmes sont là pour incarner ces moments d’espoir qui naissent sans raison logique, lorsque le cœur parvient à s’accrocher à quelque chose et à nous y faire croire très fort. J’ai finalement varié mes formes narratives comme est capable de varier le sentiment humain.”

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Être seulement soi

Diane Ducret le souligne : enfermer une femme de 35 ans pendant cinq années de guerre, peut avoir des conséquences terribles sur sa féminité : “Est-ce suffisant d’être simplement soi-même sans être mère ? Peut-on être mère sans avoir donné la vie ? C’est tout une réflexion autour de la maternité que j’ai voulu proposer dans ce roman, une réflexion forte sur les femmes et sur leur place vis à vis de la maternité. Pourquoi a-t-on considéré des femmes comme Indésirables sous prétexte qu’elles n’étaient pas mères ? Aujourd’hui, alors que l’on avorte beaucoup et que les possibilités de maternité se développent, on montre que la maternité ne va pas de soi et je trouve qu’il est très bon de le rappeler.”

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Histoire et féminisme

“L’histoire de France est-elle encore l’histoire des hommes ? J’aimerai vous dire que non”, déclare Diane Ducret, afin de préciser sa démarche à l’égard de la cause féminine. “Je ne fais pas partie de ces féministes qui souhaitent réécrire l’Histoire. Forcer la chose avec des quotas ou déformer la vérité, est une insulte à notre rôle de femme. Je suis écrivain et ne ressens pas du tout le besoin d’être écrivaine.” En revanche, l’historienne souhaite porter le regard vers des éléments ignorés de l’histoire des femmes, comme le rôle important qu’elles ont pu jouer auprès des dictateurs pendant la guerre : “Il ne faut pas oublier que les femmes avaient le droit de vote en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur rôle pendant la guerre et notamment auprès des dictateurs n’a simplement pas été traité par les historiens, voilà pourquoi j’en parle, mais pas en tant que féministe, simplement parce qu’il s’agit là d’une réalité.”

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Poser le cadre

Le travail documentaire est un passage obligé pour tout romancier qui s’intéresse à l’histoire. Pour Diane Ducret, celui-ci est entièrement séparé du processus d’écriture :”Je vais au bout de ce que je peux trouver en termes de documentation avant de me lancer dans l’écriture.  Il me faut un cadre géographique précis pour planter mon histoire correctement. Il me semble qu’il s’agit là presque d’un moyen d’honorer notre devoir de mémoire.” Ce devoir de mémoire, la France n’a pas souhaité l’honorer déplore l’écrivain : “Je suis allée sur les lieux du camp. Il n’y a aucun musée, simplement une forêt de pins extrêmement dense, afin de cacher les traces de cette histoire. On perçoit quelques dalles de béton, une baraque ainsi qu’une latrine, mais le tout est entièrement recouvert de pins. Il n’y a eu aucun travail de mémoire, contrairement aux camp polonais par exemple, et je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en arrivant. La visite n’en a été que plus émouvante.”

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Vérité universelle

La musique, et plus particulièrement le piano, a accompagné l’écriture du roman de Diane Ducret : “J’ai écrit en écoutant en boucle trois compositeurs de piano solo et notamment Yann Tiersen. J’ai beaucoup pleuré en écrivant, mais c’est l’un des rôles du roman que de permettre de faire partager ses émotions.” Accoutumée aux essais historiques, l’écrivain explique avoir découvert, grâce à ce roman, une nouvelle forme de vérité : “”Jusqu’ici, je considérais les essais comme se rapprochant davantage de la vérité, puisqu’ils ne portent que très peu de l’âge ou du sexe de leur auteur. Pourtant, les témoignages de ces femmes m’ont tellement parlé, que je voyais dans leurs histoires quelque chose d’extrêmement universel : j’ai eu l’impression de vivre à travers leurs mots et c’est une forme de vérité finalement tout aussi forte que l’approche historique.”

C’est encore plein de questions que les lecteurs ont ensuite retrouvé l’auteur lors d’une séance de dédicace, pendant laquelle ils ont pu échanger directement avec elle.

Retrouvez Les Indésirables de Diane Ducret, publié chez Flammarion.

Découvrez l’entretien vidéo avec Diane Ducret :

Soupçons et regards en biais avec B.A. Paris

N’avez-vous jamais croisé de couples bien trop parfaits pour ne rien cacher ? C’est en tous cas ce qui est arrivé à B.A. Paris, l’auteur de Derrière les portes, un thriller psychologique paru chez Hugo Thriller. C’est avec une trentaine de lecteurs Babelio que, le 24 janvier dernier, dans les locaux de Babelio, l’auteur est venue nous montrer que l’herbe n’est que rarement plus verte ailleurs…

 

En apparence, Jack et Grace ont tout pour eux. L’amour, l’aisance financière, le charme, une superbe maison. Le bonheur. Vous connaissez tous un couple comme celui qu’ils forment, le genre de couple que vous aimeriez connaître mieux. Vous adoreriez passer davantage de temps avec Grace, par exemple. L’inviter à déjeuner, seule. Et pourtant, cela s’avère difficile. Vous réalisez que vous ne voyez jamais Jack et Grace l’un sans l’autre. Est-ce cela que l’on appelle le grand amour ? À moins que les apparences ne soient trompeuses. Et que ce mariage parfait ne dissimule un mensonge parfait. Car pourquoi Grace ne répond-elle jamais au téléphone ? Et pourquoi les fenêtres de la chambre sont-elles pourvues de barreaux ?

 

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Un monstre presque vivant

Vous faites erreur si vous pensez que B.A Paris avait l’intention d’écrire le thriller psychologique que vous découvrez aujourd’hui chez votre libraire. Si elle apprécie la dimension psychologique des romans, elle n’avait jusque là aucun attrait particulier pour l’univers du thriller : “J’ai toujours lu des romans psychologiques, sans pour autant qu’ils ne soient des thrillers. J’aime les histoires de famille, de couples… En résumé, tout ce qui traite de l’esprit humain. Lorsque j’ai commencé ce roman, j’avais l’intention de m’intéresser à la psychologie de mes personnages, mais pas du tout de créer un roman à suspens ! Je crois que l’intrigue s’est dotée d’un fort suspens à cause du personnage de Jack, sans que je ne le décide consciemment.” Particulièrement sadique, le personnage de Jack est à l’origine de l’histoire de Derrière les portes. Plus encore, au cours de l’écriture, l’auteur lui a même découvert une certaine autonomie… “Je voulais créer un personnage dur avec sa femme, mais je n’avais jamais imaginé pouvoir créer un tel pervers. J’avais presque l’impression qu’il écrivait le livre à ma place. Je me suis véritablement sentie dépassée par ce personnage.”

 

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S’inspirer du réel

Interrogée par les lecteurs, B.A. Paris confirme que son mari est un homme charmant. Comment donc l’auteur a-t-elle pu mettre en scène un démon tel que Jack ? Comment son imaginaire a-t-il pu créer un si surprenant personnage ? “J’ai rencontré un couple il y a quelques temps, qui avait l’air absolument parfait. J’ai peu à peu remarqué que la femme était systématiquement accompagnée de son mari. J’ai fini imaginer quelque chose de louche entre eux deux, qui s’est transformée en une idée de roman. Ce sont eux qui m’ont inspiré cette histoire de femme prisonnière de son mari ; j’ai voulu essayer de comprendre comment certaines femmes se mettent dans de telles situations alors que tout va plutôt bien dans leur vie jusque là.”

 

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Découvrir sa noirceur

Certains écrivains expérimentent la sensation que leur livre s’écrit sans eux. C’est un peu le cas de B.A. Paris, qui a eu quelquefois l’impression que ses personnages lui échappaient : “Il m’est arrivé de relire les pages écrites la veille et de me demander comment j’avais pu écrire quelque chose d’aussi noir. Alors qu’il est normalement difficile de créer des personnages démoniaques crédibles, j’avais de mon côté l’impression d’être ce personnage. J’ai beaucoup aimé calculer ses différentes techniques pour piéger sa femme Grace. Je n’ai eu aucune difficulté à exprimer sa noirceur ; d’ailleurs la rédaction du livre ne m’a pris que trois mois.” La violence psychologique est une chose mais elle doit bien être dissociée de la violence physique, dont l’auteur de Derrière les portes a horreur : “Si j’ai pu écrire la noirceur d’un esprit, je ne pourrai jamais mettre en scène de violence physique. Je ne la supporte pas du tout et suis du genre à sortir de la pièce lorsqu’un film est trop violent.”

 

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Mettre en avant les minorités

Millie, la soeur du personnage de Grace, est une enfant trisomique, inspirée d’une connaissance de B.A Paris. Sans être véritablement engagée, l’auteur a souhaité donner un vrai rôle à ce personnage : “Lorsque j’étais plus jeune, l’une de mes amies avait une soeur trisomique que j’appréciais. C’est de là qu’est venue l’idée de ce personnage alors que s’en est faisait peu à peu ressentir le besoin en cours d’écriture. Je suis très heureuse aujourd’hui car je reçois des lettres de familles me remerciant d’avoir mis en jeu un tel personnage. J’ai essayé de rendre cette petite aussi réelle que possible.”

De la même manière, l’auteur a découvert que de nombreuses femmes étaient dans le cas de son héroïne et reçoit aujourd’hui des courriers la remerciant d’avoir pointé du doigt ce problème trop peu connu : “Je suis très touchée par ces témoignages, que je n’avais pas imaginé à l’écriture du roman. J’espère aujourd’hui que mon livre va permettre à des gens d’ouvrir les yeux sur cette réalité si difficile à révéler au grand jour que sont les femmes qui vivent sous le joug de leur mari sans pouvoir s’en sortir.”

 

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Un chemin tout tracé

Le roman de B.A. Paris est construit selon le principe d’une narration alternée, entre passé et présent. Cette forme narrative, bien que difficile à manier, lui est venue assez naturellement : “Après l’écriture du premier chapitre, il m’a semblé tout naturel de revenir en arrière afin de fournir des éléments d’explication à mes lecteurs. Cela s’est mis en place sans que j’y réfléchisse vraiment ; je ne me souviens pas m’être posé la question.” La narration alternée n’est pas le seul élément venu naturellement dans l’écriture de B.A Paris. En effet, contrairement à beaucoup d’auteurs s’appuyant sur des plans précis de leur roman, l’écrivain s’est laissée porter par sa plume : “J’ai écrit tous les chapitres à la suite, j’ai tout de suite su où je souhaitais aller. Je ne fais d’ailleurs pas de fiche ni de tableau pour la construction de mes romans. Je ne vous cache pas être très étonnée d’apprendre que les autres auteurs le font ! Je n’ai eu besoin de rien de plus que de mon logiciel de traitement de texte.”

 

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Le soucis de l’étiquette

Le second roman de B.A. Paris sort cette semaine en Angleterre. Il s’agit une nouvelle fois d’un thriller, un genre que l’auteur s’approprie peu à peu : “Je crois que pour quelques années encore je vais devoir écrire des thrillers psychologiques !” De quoi parle ce nouveau roman à paraître ? “Breakdown (NDLR : le titre n’est pas encore traduit en français) est encore une fois raconté par une femme. Cette dernière rentre chez elle alors qu’éclate un terrible orage. Décidant de couper à travers bois, elle trouve une voiture arrêtée, qui abrite une femme. Cette situation pourtant étonnante est directement inspirée d’une aventure personnelle. Le livre présente deux drames parallèles et s’intéresse également à la maladie d’Alzheimer.”

 

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Après une dynamique séance de questions-réponses, l’auteur a échangé avec ses lecteurs lors d’une séance de dédicace où les compliments allaient bon train.


Retrouvez Derrière les portes de B.A. Paris, publié chez Hugo Thriller.

Voyage en terres lybiennes avec Hisham Matar

C’est pour un éprouvant voyage en terres libyennes que les lecteurs de Babelio ont été conviés le mercredi 18 janvier, dans les salons de Gallimard, afin de rencontrer Hisham Matar, l’auteur de La terre qui les sépare. Dominique Chevallier, interprète, s’est chargée d’assurer les échanges entre l’écrivain et le public.

 

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Hisham Matar a dix-neuf ans lorsque son père, Jaballa Matar, disparaît. Celui-ci, après avoir trouvé refuge en Égypte avec ses proches, est enlevé et emprisonné en Libye pour s’être opposé au régime de Kadhafi. Vingt et un ans plus tard, lors de la chute de Kadhafi, en 2011, le peuple prend les prisons d’assaut et libère les détenus. Mais Jaballa Matar est introuvable. A-t-il été exécuté lors du massacre d’Abou Salim qui a fait 1 270 victimes en 1996? La détention l’a-t-elle à ce point affaibli qu’il erre quelque part, libre mais privé de souvenirs et d’identité ? Hisham Matar va mener l’enquête pendant des années, relatant l’histoire de cette disparition dans la presse internationale, se rendant à la Chambre des lords en Angleterre et s’adressant aux personnalités les plus inattendues, de Mandela au fils de Kadhafi.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Un voyage difficile

C’est après 33 années passées loin de sa Libye natale qu’Hisham Matar a pu fouler à nouveau la terre de ses origines. Accompagné de sa femme et de sa mère (disposition certes dangereuse, comme il prend soin de le souligner en souriant), il embarque en 2011 pour un long voyage sur les traces de son père disparu : “Ce voyage a été merveilleux. L’occasion pour moi de replonger au cœur de ma famille et dans mes souvenirs d’enfance. J’ai été littéralement submergé par ces lieux et pour combattre cette forte émotion, j’ai décidé de tenir un journal quotidien.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Un livre qui faillit ne jamais voir le jour

Une fois rentré chez lui après un mois de séjour, Hisham Matar est perturbé : “Pour la première fois de ma vie, je n’ai rien écrit pendant trois mois. Rien, pas même une lettre, ce qui était inconcevable jusqu’alors.” Croyant d’abord à la fin de sa vie d’écrivain, il prend son mal en patience, n’ayant jamais considéré l’écriture comme une carrière. “Peu de temps après, j’ai rendu visite à un ami italien, et sans trop savoir pourquoi, j’ai mis dans ma valise le carnet de mon voyage en Libye. Une fois là-bas, j’ai eu envie de le relire, tout en m’efforçant de l’aborder avec un regard neuf, afin de créer une distance, un espace imaginatif me permettant de retrouver l’enthousiasme et la curiosité d’une première lecture.” S’il  craint un manque d’intérêt pour l’histoire de sa famille  et de son pays, Hisham Matar sent dans son histoire personnelle une propension à l’universel et c’est pour cette raison qu’il décide finalement de se pencher une nouvelle fois sur ses notes.

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Du journal au livre

Décidé à exploiter les notes prises pendant son voyage, Hisham Matar s’attaque à la rédaction d’un article. Repéré par le journal le New Yorker, il se rend bien vite compte qu’il doit aller plus loin : “L’éditeur du NewYorker m’a demandé de prolonger mon article de 5 000 mots, ce que j’ai fait. En réalité, nous étions en train d’assister à la naissance d’un livre. C’est là que j’ai su que je devais me lancer.” Hormis les deux premières phrases du roman, ce dernier se détache du journal de voyage, qui n’a en réalité servi par la suite à l’écrivain qu’à se remémorer quelques noms et détails : “Après avoir copié les deux premières phases du carnet je me suis arrêté et demandé ce que pourrait être la troisième phrase si je devais l’inventer. Très vite, le livre s’est naturellement imposé et mon écriture est allée toute seule.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Sauvegarder l’intime

Contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant son récit, Hisham Matar n’est pas à l’aise lorsqu’il s’agit pour lui de raconter ce qui a trait au domaine privé : “Je préfère rester discret sur ce qui relève de l’intime. Je n’apprécie d’ailleurs pas les autobiographies où l’auteur se place au centre de l’attention. Je me suis donc beaucoup demandé comment écrire un tel livre tout en restant personnellement en dehors de la lumière.” On l’imagine, écrire un témoignage sur la disparition de son père n’est évidemment pas chose aisée. L’écrivain précise d’ailleurs les difficultés qu’il a ressenties lors de l’écriture : “Au début, je ressentais de violents élans qui me poussaient à m’arrêter ; je trouvais ce texte beaucoup trop privé. Je ne peux encore aujourd’hui pas relire tous les passages en public, certains m’émeuvent trop.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Apprendre à regarder

C’est avec un regard de photographe qu’Hisham Matar rédige ses descriptions, notamment grâce à son sens aigu du détail. Pourquoi une telle précision dans sa plume ? “Lors de mon premier jour à l’école d’architecture, on m’a donné trois heures pour dessiner un arbre. Je n’avais jamais rien regardé pendant aussi longtemps. Je me suis à cet instant rendu compte qu’il n’était pas si simple de regarder les choses avec une telle attention. Je n’ai depuis jamais perdu cette minutie lorsqu’il s’agit d’observer le monde qui m’entoure.” Scrupuleux, l’écrivain a pourtant dû, dans sa démarche, faire appel à la fiction : “J’ai tenté d’être le plus fiable quant aux faits, mais mon texte est plein d’éléments manquants que je ne pourrai jamais connaître. D’ailleurs mon livre évoque cette notion d’ignorance que les hommes ont vis-à-vis de leur passé. Chaque jour, nous devons tous composer avec une histoire personnelle incomplète. Sauf qu’en Libye, il y a énormément de trous à combler à cause de la dictature dans l’histoire de chacun.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

Combler les vides du passé

Malgré des problèmes persistants, Hisham Matar se montre plutôt optimiste quant à l’évolution de son pays d’origine : “ La révolution libyenne a été l’aboutissement d’un enchaînement complexe d’événements. La lenteur du pays à progresser aujourd’hui provient du fait que nous subissons encore les conséquences de la dictature, comme de fortes lacunes dans notre système éducatif, ou encore la malédiction que constitue le constant flux de pétrole qui traverse nos terres.” Fréquentant les artistes et intellectuels de son pays, l’écrivain évoque sa foi en la jeune génération : “Je place un grand espoir dans les jeunes artistes, professeurs et bureaucrates qui travaillent d’arrache-pied et dans de terribles conditions pour relever ce pays.”

 

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Francesca Mantovani © Gallimard

 

Fiction ou non-fiction ?

Témoignage personnel empreint de fiction : dans quelle catégorie doit-on placer le dernier ouvrage d’Hisham Matar ? Selon l’écrivain, la catégorie n’a pas grande importance : “J’ai toujours été sceptique quant aux différences entre les genres. Dans mon quotidien de lecteur, je ne sais pas si la distinction entre fiction et non-fiction m’aide véritablement. En littérature, quelle qu’elle soit, j’attends qu’un récit s’occupe des affects tout autant que de la pensée. Si je trouve ces deux dimensions, peu m’importe le genre. Cela dit, en tant qu’auteur, je me considère en mon for intérieur avant tout comme un romancier. ”

 

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Un monde ouvert 

Son souci d’authenticité par rapport aux événements qu’il rapporte, Hisham Matar l’explique par le fait qu’il ne considère pas le monde comme une entité fermée : “Ce que l’on appelle la résolution ne m’intéresse pas vraiment. Les choses du monde sont à mes yeux ouvertes, elles n’ont pas de conclusion définitive et c’est pourquoi j’ai cherché dans mon livre à les rapporter de la façon la plus authentique possible, afin que chacun puisse les entendre de la façon la plus appropriée qui soit. En tant que lecteur, je déteste que l’on me donne trop d’éléments, je préfère comprendre les choses par moi-même et c’est ce que j’ai essayé d’offrir à mes lecteurs dans ce roman.”

 

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Bien que pris par un emploi du temps éminemment chargé, Hisham Matar a malgré tout pris soin d’échanger par la suite rapidement avec chacun de ses lecteurs, lors d’une séance de dédicace emplie d’émotions.
Retrouvez La terre qui les sépare, d’Hisham Matar, publié chez Gallimard.

Assassin’s Creed© : de l’écran au papier

Connaissez-vous Assassin’s Creed©, la série de jeux vidéo créée par Ubisoft en 2007 qui met en scène la guerre indirecte et secrète entre les Assassins et les Templiers ? La série a séduit au fil des épisodes près de 80 millions de joueurs et s’apprête aujourd’hui à envahir le grand écran avec un premier film qui sort le 14 décembre au cinéma. C’est pourtant autour d’un livre que se sont réunis une trentaine de lecteurs qui ont délaissé leurs écrans pour venir dans nos locaux afin de rencontrer Matthew J. Kirby, l’auteur d’Assassin’s Creed, Last descendants, publié chez Bayard jeunesse, le premier tome d’une trilogie inspirée de l’univers du jeu vidéo cultissime d’Ubisoft.

Rien ne va plus dans la vie d’Owen depuis que son père est mort, accusé d’un crime qu’il n’aurait pas commis. Au lycée, il fait la connaissance d’un informaticien, Monroe, qui lui propose d’utiliser l’Animus, une machine qui permet d’explorer le passé de ses ancêtres. Au cours de l’expérience, il découvre l’existence de la dague d’Hernan Cortès, un fragment d’Eden aux pouvoirs mystérieux. Monroe lui explique que, depuis la nuit des temps, deux organisations secrètes – la Confrérie des Assassins et l’Ordre des Templiers – sont prêtes à tout pour s’emparer de cette relique. Pour empêcher que celle-ci ne tombe entre leurs mains, Monroe envoie Owen et 5 autres adolescents dans le passé avec un objectif : récupérer la dague d’Hernan Cortès. C’est ainsi que le petit groupe se retrouve en plein coeur de New York, en 1863 à la veille des violentes émeutes qui ont secoué la ville… Mais attention : influer sur le passé peut avoir de terribles conséquences sur le présent…

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Un écrivain gameur

Qui a dit qu’on ne pouvait aimer à la fois les livres et les jeux vidéos ? Certainement pas Matthew J. Kirby ! En effet, alors qu’il s’attaque pour la première fois en tant qu’écrivain à l’univers du célèbre jeu Assassin’s Creed©, il avoue être un grand amateur de jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance : “Le premier ordinateur de mes parents était un Atari ST, pas la console, mais bien un ordinateur qui ne possédait même pas de disque dur. Dessus, je jouais à des jeux tels que King’s Quest ou Quest of Glory. Je suis également un grand joueur d’Assassin’s Creed©, dont j’apprécie particulièrement l’aspect historique très immersif, qui fait du monde passé un immense terrain de jeu.”

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Le candidat idéal

Auteur de séries historiques pour adolescents, Matthew Kirby apparaît comme un candidat idéal à Ubisoft, créateur du jeu, d’autant plus qu’il aime incorporer dans ses histoires, des twists fantastiques. Pourtant, lorsqu’on l’interroge à propos de son recrutement par Ubisoft, l’auteur évoque un gros coup de chance : “Il est vrai que lorsque j’écris des fictions historiques, l’univers du jeu n’est jamais bien loin dans ma tête et m’influence toujours un peu. Mais j’ai eu beaucoup de chance d’être choisi, et cette chance vient principalement de mon éditeur américain. Ce qui est certain, c’est qu’en tant que grand gamer, je n’ai pas réfléchi bien longtemps lorsqu’on m’a fait cette proposition !” Contrairement à ce qu’il pensait, l’éditeur de jeu vidéo ne lui a pas donné de consigne particulière : “J’ai rencontré Ubisoft à New-York et ils m’ont seulement fait part de trois souhaits : que l’histoire soit appropriée aux jeunes, que je conserve l’esprit du jeu et que mes héros soient des adolescents. A part cela, j’étais totalement libre du point de vue de l’histoire.”

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Concevoir son univers

L’intrigue du roman de Matthew Kirby repose autour de la recherche de reliques, provenant d’une civilisation ancienne, appelées les “fragments d’Eden”. Ces reliques, que l’on trouve déjà dans les jeux vidéo, sont à l’origine de tout l’univers du romancier : “Je savais que je voulais utiliser des reliques pour faire le lien avec l’histoire d’Assassin’s Creed©. J’ai utilisé le concept de fragments d’Eden à qui j’ai décidé de donner la forme d’une trident dont trois morceaux sont éparpillés ans le monde pour adapter cette quête aux trois tomes prévus de la série. Une fois cette structure trouvée, tout s’est créé naturellement dans mon esprit.” Pour ce qui est des personnages, l’écrivain a choisi de créer les siens et de ne pas reprendre ceux du jeu : “L’un des personnages que l’on retrouve dans mon roman est lié aux jeux vidéos puisqu’il s’agit du petit fils de Shay Kormak dont le nom devrait dire quelque chose aux joueurs les plus aguerris.”

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Scientifique en herbe

Les jeux Assassin’s Creed© laissent quelques flous scientifiques que l’écrivain américain a décidé d’expliquer à sa manière dans son roman : “J’ai étudié la psychologie à l’université et cela m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de mon roman. Dans l’univers du jeu, les personnages peuvent visiter les souvenirs de leurs ancêtres, ce qui leur permet d’endosser une partie de la mémoire de ces derniers et de bénéficier de certaines de leurs appétences. Ce phénomène s’appelle “l’effet de transfert” dans le jeu mais les créateurs ne l’ont pas précisément expliqué d’un point de vue scientifique et c’est pourquoi j’ai décidé d’émettre une théorie à ce sujet, évoquant la modification des gènes de mes personnages par cet “effet de transfert”. Ubisoft m’a laissé totalement libre sur ce sujet et j’en suis très heureux !”

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Du jeu au livre

Si le roman reste fidèle aux thèmes et à l’univers général des jeux, Matthew Kirby a souhaité opter pour une trame narrative tout de même assez éloignée de celles que l’on retrouve sur consoles et ordinateurs. C’est dans cette démarche qu’il a choisi d’évoquer la question éthique qui sépare les deux camps qui s’affrontent dans Assassin’s Creed©: les Templiers et les Assassins. En effet pour l’écrivain, l’un des thèmes centraux du jeu a toujours été la question du passé et de son rôle dans notre libre arbitre : “ Savoir quel camp choisir entre les Templiers et les Assassins est une question qui fait réfléchir et chacun, suivant ses expériences, est susceptible de changer d’avis.” C’est pour répondre de la façon la plus large possible à cette question que l’auteur a créé toute une galerie de personnages avec des histoires tout à fait différentes, complexifiant ainsi beaucoup la question : “Il n’y a pas de bons et de méchants, il y a simplement plusieurs camps qui veulent la même chose et qui possèdent des manières différentes pour y arriver. Nous sommes tous le héros de notre propre histoire.”

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Faire prendre conscience

Si Matthew Kirby a choisi de situer son roman pendant les émeutes de 1863 aux Etats-Unis, c’est parce que ces dernières constituent pour lui un moment trop souvent oublié de l’Histoire de son pays : “Trop peu d’Américains ont conscience de l’importance de cet événement qui a pris place pendant la guerre de Sécession.” En effet, Abraham Lincoln, à la recherche de nouveaux soldats, avait mis en place un système de conscription. Ce système permettait cependant aux plus riches de s’acquitter de cette tâche en échange d’une somme considérable pour l’époque. Cette conscription obligatoire mis le feu aux poudres et New-York devint rapidement un champ de bataille entre les forces de l’ordre rapidement submergés et les contestataires : “Cette révolte possède également une forte dimension raciale puisque les pauvres partis au combat craignaient que les esclaves du sud ne leur prennent leur travail. Émeutes raciales, méfiance envers le gouvernement et un pouvoir entre les mains de quelques hommes très riches : cela ressemble beaucoup à l’Amérique d’aujourd’hui…”

Évoquer cette période de l’histoire, c’est pour Matthew Kirby non seulement l’occasion de la faire connaître auprès des plus jeunes, mais aussi d’apprendre de son passé : “Pour éviter les erreurs, il faut déjà avoir conscience de celles que l’on a commises par le passé et j’aimerais que les USA aient une conscience de leur Histoire, ce qui n’est pas souvent le cas aujourd’hui.”

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Adapter la violence

Les connaisseurs du jeu se sont sans doute posé la question de la violence : comment l’adapter en un roman pour adolescent ? Matthew Kirby a sa vision des choses : “ J’ai toujours écrit pour la jeunesse et je sais que les jeunes sont beaucoup plus intelligents qu’on ne veut bien le penser et peuvent encaisser beaucoup. Ils veulent, comme nous, la vérité et tout est à mes yeux question de présentation. Des choses affreuses arrivent dans la vraie vie et ils doivent savoir les affronter. Pour cette raison, je n’ai rien contre les livres sur la Seconde Guerre mondiale et sur les massacres en général : nos jeunes ont besoin de s’y confronter pour apprendre. Il suffit simplement de leur présenter de façon abordable. Le livre est dur mais je n’aborde pas la violence d’une manière graphique ni gratuite, c’est ma règle.”

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Retrouvez Assassin’s Creed, The last descendant, de Matthew J. Kirby, publié chez Bayard jeunesse.

Découvrez l’entretien vidéo de Matthiew J. Kirby :