Assassin’s Creed© : de l’écran au papier

Connaissez-vous Assassin’s Creed©, la série de jeux vidéo créée par Ubisoft en 2007 qui met en scène la guerre indirecte et secrète entre les Assassins et les Templiers ? La série a séduit au fil des épisodes près de 80 millions de joueurs et s’apprête aujourd’hui à envahir le grand écran avec un premier film qui sort le 14 décembre au cinéma. C’est pourtant autour d’un livre que se sont réunis une trentaine de lecteurs qui ont délaissé leurs écrans pour venir dans nos locaux afin de rencontrer Matthew J. Kirby, l’auteur d’Assassin’s Creed, Last descendants, publié chez Bayard jeunesse, le premier tome d’une trilogie inspirée de l’univers du jeu vidéo cultissime d’Ubisoft.

Rien ne va plus dans la vie d’Owen depuis que son père est mort, accusé d’un crime qu’il n’aurait pas commis. Au lycée, il fait la connaissance d’un informaticien, Monroe, qui lui propose d’utiliser l’Animus, une machine qui permet d’explorer le passé de ses ancêtres. Au cours de l’expérience, il découvre l’existence de la dague d’Hernan Cortès, un fragment d’Eden aux pouvoirs mystérieux. Monroe lui explique que, depuis la nuit des temps, deux organisations secrètes – la Confrérie des Assassins et l’Ordre des Templiers – sont prêtes à tout pour s’emparer de cette relique. Pour empêcher que celle-ci ne tombe entre leurs mains, Monroe envoie Owen et 5 autres adolescents dans le passé avec un objectif : récupérer la dague d’Hernan Cortès. C’est ainsi que le petit groupe se retrouve en plein coeur de New York, en 1863 à la veille des violentes émeutes qui ont secoué la ville… Mais attention : influer sur le passé peut avoir de terribles conséquences sur le présent…

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Un écrivain gameur

Qui a dit qu’on ne pouvait aimer à la fois les livres et les jeux vidéos ? Certainement pas Matthew J. Kirby ! En effet, alors qu’il s’attaque pour la première fois en tant qu’écrivain à l’univers du célèbre jeu Assassin’s Creed©, il avoue être un grand amateur de jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance : “Le premier ordinateur de mes parents était un Atari ST, pas la console, mais bien un ordinateur qui ne possédait même pas de disque dur. Dessus, je jouais à des jeux tels que King’s Quest ou Quest of Glory. Je suis également un grand joueur d’Assassin’s Creed©, dont j’apprécie particulièrement l’aspect historique très immersif, qui fait du monde passé un immense terrain de jeu.”

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Le candidat idéal

Auteur de séries historiques pour adolescents, Matthew Kirby apparaît comme un candidat idéal à Ubisoft, créateur du jeu, d’autant plus qu’il aime incorporer dans ses histoires, des twists fantastiques. Pourtant, lorsqu’on l’interroge à propos de son recrutement par Ubisoft, l’auteur évoque un gros coup de chance : “Il est vrai que lorsque j’écris des fictions historiques, l’univers du jeu n’est jamais bien loin dans ma tête et m’influence toujours un peu. Mais j’ai eu beaucoup de chance d’être choisi, et cette chance vient principalement de mon éditeur américain. Ce qui est certain, c’est qu’en tant que grand gamer, je n’ai pas réfléchi bien longtemps lorsqu’on m’a fait cette proposition !” Contrairement à ce qu’il pensait, l’éditeur de jeu vidéo ne lui a pas donné de consigne particulière : “J’ai rencontré Ubisoft à New-York et ils m’ont seulement fait part de trois souhaits : que l’histoire soit appropriée aux jeunes, que je conserve l’esprit du jeu et que mes héros soient des adolescents. A part cela, j’étais totalement libre du point de vue de l’histoire.”

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Concevoir son univers

L’intrigue du roman de Matthew Kirby repose autour de la recherche de reliques, provenant d’une civilisation ancienne, appelées les “fragments d’Eden”. Ces reliques, que l’on trouve déjà dans les jeux vidéo, sont à l’origine de tout l’univers du romancier : “Je savais que je voulais utiliser des reliques pour faire le lien avec l’histoire d’Assassin’s Creed©. J’ai utilisé le concept de fragments d’Eden à qui j’ai décidé de donner la forme d’une trident dont trois morceaux sont éparpillés ans le monde pour adapter cette quête aux trois tomes prévus de la série. Une fois cette structure trouvée, tout s’est créé naturellement dans mon esprit.” Pour ce qui est des personnages, l’écrivain a choisi de créer les siens et de ne pas reprendre ceux du jeu : “L’un des personnages que l’on retrouve dans mon roman est lié aux jeux vidéos puisqu’il s’agit du petit fils de Shay Kormak dont le nom devrait dire quelque chose aux joueurs les plus aguerris.”

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Scientifique en herbe

Les jeux Assassin’s Creed© laissent quelques flous scientifiques que l’écrivain américain a décidé d’expliquer à sa manière dans son roman : “J’ai étudié la psychologie à l’université et cela m’a beaucoup aidé dans l’élaboration de mon roman. Dans l’univers du jeu, les personnages peuvent visiter les souvenirs de leurs ancêtres, ce qui leur permet d’endosser une partie de la mémoire de ces derniers et de bénéficier de certaines de leurs appétences. Ce phénomène s’appelle “l’effet de transfert” dans le jeu mais les créateurs ne l’ont pas précisément expliqué d’un point de vue scientifique et c’est pourquoi j’ai décidé d’émettre une théorie à ce sujet, évoquant la modification des gènes de mes personnages par cet “effet de transfert”. Ubisoft m’a laissé totalement libre sur ce sujet et j’en suis très heureux !”

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Du jeu au livre

Si le roman reste fidèle aux thèmes et à l’univers général des jeux, Matthew Kirby a souhaité opter pour une trame narrative tout de même assez éloignée de celles que l’on retrouve sur consoles et ordinateurs. C’est dans cette démarche qu’il a choisi d’évoquer la question éthique qui sépare les deux camps qui s’affrontent dans Assassin’s Creed©: les Templiers et les Assassins. En effet pour l’écrivain, l’un des thèmes centraux du jeu a toujours été la question du passé et de son rôle dans notre libre arbitre : “ Savoir quel camp choisir entre les Templiers et les Assassins est une question qui fait réfléchir et chacun, suivant ses expériences, est susceptible de changer d’avis.” C’est pour répondre de la façon la plus large possible à cette question que l’auteur a créé toute une galerie de personnages avec des histoires tout à fait différentes, complexifiant ainsi beaucoup la question : “Il n’y a pas de bons et de méchants, il y a simplement plusieurs camps qui veulent la même chose et qui possèdent des manières différentes pour y arriver. Nous sommes tous le héros de notre propre histoire.”

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Faire prendre conscience

Si Matthew Kirby a choisi de situer son roman pendant les émeutes de 1863 aux Etats-Unis, c’est parce que ces dernières constituent pour lui un moment trop souvent oublié de l’Histoire de son pays : “Trop peu d’Américains ont conscience de l’importance de cet événement qui a pris place pendant la guerre de Sécession.” En effet, Abraham Lincoln, à la recherche de nouveaux soldats, avait mis en place un système de conscription. Ce système permettait cependant aux plus riches de s’acquitter de cette tâche en échange d’une somme considérable pour l’époque. Cette conscription obligatoire mis le feu aux poudres et New-York devint rapidement un champ de bataille entre les forces de l’ordre rapidement submergés et les contestataires : “Cette révolte possède également une forte dimension raciale puisque les pauvres partis au combat craignaient que les esclaves du sud ne leur prennent leur travail. Émeutes raciales, méfiance envers le gouvernement et un pouvoir entre les mains de quelques hommes très riches : cela ressemble beaucoup à l’Amérique d’aujourd’hui…”

Évoquer cette période de l’histoire, c’est pour Matthew Kirby non seulement l’occasion de la faire connaître auprès des plus jeunes, mais aussi d’apprendre de son passé : “Pour éviter les erreurs, il faut déjà avoir conscience de celles que l’on a commises par le passé et j’aimerais que les USA aient une conscience de leur Histoire, ce qui n’est pas souvent le cas aujourd’hui.”

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Adapter la violence

Les connaisseurs du jeu se sont sans doute posé la question de la violence : comment l’adapter en un roman pour adolescent ? Matthew Kirby a sa vision des choses : “ J’ai toujours écrit pour la jeunesse et je sais que les jeunes sont beaucoup plus intelligents qu’on ne veut bien le penser et peuvent encaisser beaucoup. Ils veulent, comme nous, la vérité et tout est à mes yeux question de présentation. Des choses affreuses arrivent dans la vraie vie et ils doivent savoir les affronter. Pour cette raison, je n’ai rien contre les livres sur la Seconde Guerre mondiale et sur les massacres en général : nos jeunes ont besoin de s’y confronter pour apprendre. Il suffit simplement de leur présenter de façon abordable. Le livre est dur mais je n’aborde pas la violence d’une manière graphique ni gratuite, c’est ma règle.”

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Retrouvez Assassin’s Creed, The last descendant, de Matthew J. Kirby, publié chez Bayard jeunesse.

 

Découvrez l’entretien vidéo de Matthiew J. Kirby :

Quand Babelio rencontre les éditions Scrineo

Les éditions Scrineo fêtent cette année leurs 10 ans. C’est dans le cadre du salon de la littérature et de la presse jeunesse que nous avons rencontré leur fondateur et éditeur, Jean-Paul Arif, dans les locaux de la maison, dans le 2e arrondissement de Paris

Maison généraliste, elle élargit depuis sa création le spectre de ses publications et n’a pas fini de nous surprendre. Rencontre avec ces grands aventuriers de l’édition.

 

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La maison Scrineo a été fondée en 2005. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de sa création ?

2005, 2016… Notre maison commence à être vieille ! En réalité, nous ne nous sommes pas toujours appelés Scrineo. Les premiers ouvrages sont en effet parus sous le label « Les carnets de l’info ». D’ailleurs, le tout premier objet que j’ai édité n’a même pas été un livre puisqu’il s’agissait d’un jeu de piste pour téléphone portable, intitulé Via Temporis. Lorsque l’on y réfléchit, nous avons fait le cheminement inverse de la plupart des maisons : nous sommes passés du numérique au papier. Nous avons commencé par publier des essais, des documents pour adultes comme les livres de Pierre Kosciusko-Morizet, de Robert Guédiguian  ou encore des guides comme Je suis débordé(e) à la maison. Ce premier label est d’ailleurs toujours vivant à l’heure actuelle et nous continuons à l’exploiter avec certains titres, dont Portraits au travail, qui sera publié en janvier 2017. L’entité à l’origine de la maison est finalement devenue une collection au sein du Scrineo actuel.

 

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Comment êtes-vous passé des Carnets de l’Info à Scrineo ? Quelles ont été les grandes étapes de la maison jusqu’à aujourd’hui ?

En 2010, nous nous sommes lancés dans la fiction. Dès lors, le label de la maison ne convenait plus à notre nouvelle ligne éditoriale et c’est pourquoi nous avons choisi de changer de nom. Scrineo, c’est le nom que portait notre société à l’époque et c’est celui que nous avons choisi d’adopter. Changer de label est un moment risqué dans la vie d’une maison et nous avons eu la chance de publier des titres qui ont connu un succès public, comme par exemple Les Hauts Conteurs, lauréat à l’époque du Prix des Incorruptibles. Cela nous a vraiment permis de nous lancer dans la fiction jeunesse et jeune adulte et petit à petit dans les littératures de genre.

L’année 2013 constitue la dernière grande étape de notre évolution jusqu’à aujourd’hui puisque c’est l’année où nous avons lancé la revue de culture générale l’éléphant.

 

Vous êtes le fondateur de cette maison, au sein de laquelle vous jouez également le rôle d’éditeur. Quel a été votre parcours jusque-là ?

Tout remonte sans doute à mes rêves d’enfant ! A l’âge de 10 ans, j’avais décidé d’avoir plusieurs vies : une première « d’homme d’affaire » et une vie davantage artistique. C’était très inconscient mais bel et bien présent en moi. Je suis donc devenu ingénieur chez Matra (aujourd’hui Airbus), pendant 17 ans, où je m’occupais du pôle imagerie spatiale. J’avais oublié cette promesse d’enfant, jusqu’au jour où j’ai senti qu’il était temps pour moi de me tourner vers ma deuxième vie. J’aurais pu décider de devenir artiste moi-même, mais j’ai finalement choisi de travailler avec eux, en devenant éditeur. Je me suis orienté vers l’édition parce qu’elle permet de créer une identité propre : nous avons le sentiment, en tant qu’éditeur, que notre travail s’inscrit dans la durée, et que nous bâtissons jour après jour notre ligne éditoriale, année après année notre maison d’édition.

 

Aujourd’hui, quels sont les différents pôles de la maison ?
Nous sommes une maison toujours généraliste, mais avec deux axes principaux aujourd’hui : la littérature jeunesse et jeune adulte, et la culture générale autour de la revue l’éléphant. Si je devais résumer notre promesse, je dirais Scrineo c’est « le savoir et l’imagination ».

Nous nous appuyons sur trois directeurs de collection pour développer notre programme. Agnès Marot dirige une collection destinée au public jeune adulte. On y trouve des titres comme Zalim, de Carina Rozenfeld, une aventure à la frontière des genres, entre possession, steampunk, magie et fantasy médiévale, ou Sim Survivor, une dystopie signée Loïc Le Borgne qui nous surprend avec des échos trompeurs à des univers fantastiques connus.

simsurvivor_une-ok-386x600Un premier roman, L’Aura noire, de Ruberto Sanquer, ouvrira l’année 2017 sur ce segment jeune adulte : les aventures d’une apprentie sorcière frappée d’une malédiction, et entourée de sa bande de copines, dans un univers post apocalyptique baigné de magie et d’écologie.

couv_walden-395x600Nous éditons également une collection adressée aux collégiens, dirigée par Arthur Ténor. Elle propose des titres comme Le Monde selon Walden, de Luc Blanvillain,  un conte moderne sur les réseaux sociaux, mettant en scène un enfant différent par son style et sa façon d’être. Filmé en cachette par des camarades moqueurs, il devient l’objet d’un buzz internet, faisant réfléchir ses lecteurs sur la notion de notoriété. Nous développons activement cette collection qui s’intéresse à des sujets contemporains dans un spectre adolescent. Je suis CharLiberté !, d’Arthur Ténor, en est un titre fort : un charliberteune-398x600garçon décide, à la suite des attentats contre Charlie hebdo, de monter un journal satirique dans son collège. Ce roman aborde pour les jeunes lecteurs le thème épineux de la liberté d’expression, qui sera prolongé début janvier par celui de la laïcité, avec Guerre des idées au collège – Laïcité en danger, du même auteur.

 

Arthur Ténor dirige deux autres collections chez Scrineo à l’attention des collégiens.

« Roman d’horreur » est destinée aux adolescents amateurs de sensations fortes, avec notamment Seuls les alligators vous entendront crier, de Nadia Coste, ou l’aventure cauchemardesque d’une classe de 3e en voyage en Louisiane, et victime du vaudou.

quand-joseph-meister-fut-sauve-par-pasteur-402x600« Il était un jour » est quant à elle une collection de récits historiques racontés du point de vue des enfants. Cet automne, on a pu découvrir l’histoire de l’invention du vaccin contre la rage du point de vue du premier cobaye humain de Pasteur : le jeune Joseph Meister, dans Quand Joseph Meister fut sauvé par Pasteur, de Lorris Murail.

Notre troisième directrice de collection est Stéphanie Nicot, avec qui nous lançons une collection de Science-Fiction pour un public adulte, avec une forte composante space opera, même si nous restons ouverts aux autres genres. Le premier titre de la collection, Les Océans stellaires, de Loïc Henry, est paru en octobre, et sera suivi par Étoiles sans issues, de Laurent Genefort, en février 2017.oceans-stellaires_une-386x600

 

Si la littérature de genre figure majoritairement dans votre catalogue, vous publiez également des titres de littérature générale. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avons effectivement une collection que nous avons baptisée « Grand écran », et dont les auteurs sont pour la plupart issus d’univers visuels (théâtre, cinéma, télévision, BD). Avec sept titres au catalogue, trois options d’adaptation audiovisuelle ont été signées, et deux sont en cours de discussion. Le dernier roman en date dans cette collection est Crise et châtiment, de Bertrand Fitoussi. Il s’agit d’un roman truculent et cruel sur la chute d’un trader londonien.
Scrineo s’est démarquée à sa création grâce à son intérêt tout particulier pour les jeunes auteurs. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Cette démarche d’ouverture aux jeunes auteurs était effectivement une volonté de ma part. Nous sommes toujours très heureux de pouvoir lancer de nouvelles plumes ; cela fait partie des aspects passionnants du métier d’éditeur. J’aime rencontrer des auteurs, travailler avec eux sur leur texte. Il y a une vraie satisfaction quand un jeune auteur vous remercie parce que vous l’avez aidé à transformer ses intentions en écriture et à faire émerger son œuvre.

img_20161125_110104Certains auteurs ont débuté chez nous et sont installés aujourd’hui dans le paysage littéraire français ; je pense notamment à Gabriel Katz, Oliver Peru, Patrick Mc Spare, Marie Pavlenko, Aurélie Wellenstein…  qui ont su imposer leur personnalité et sont aujourd’hui des auteurs phares du monde de l’imaginaire. Beaucoup de nos auteurs, comme Estelle Faye, primée trois fois pour La Voie des Oracles (Prix des Imaginales 2015, Prix Elbakin 2015, Prix ActuSF de l’Uchronie pour le tome 3 en 2016), ont été couronnés par des prix importants, ce qui est toujours très encourageant pour une jeune maison d’édition.

Début 2017, nous accueillerons deux jeunes auteures dans notre catalogue « Jeune adulte » : Ruberto Sanquer pour son premier roman L’Aura noire, et Louise Revoyre, qui s’ouvre à un nouveau genre avec Mon futur en replay, après avoir co-écrit chez Scrineo une série pour la jeunesse.

 

 

En effet, une spécificité de votre catalogue est que vous ne publiez que des auteurs français. Pour quelle raison ?

Il s’agit effectivement de l’une de nos particularités depuis la création de la maison. Il ne s’agit pas d’une démarche chauvine, mais  plutôt d’une histoire de goût. Il existe en France énormément de bons auteurs que j’ai envie de faire connaître. Ils ont leur particularité, une façon originale d’aborder les sujets que l’on pourrait qualifier de « french touch ». Ce qui me motive, c’est de les découvrir, de les promouvoir, d’accompagner autant que faire se peut ceux qui nous rejoignent. Nous publions peu et tous nos auteurs sont importants.

img_20161125_110100Je ne suis pas attiré par l’importation de succès anglo-saxons, et suis même assez inquiet par la progression de la culture main stream, tirée par des budgets marketing colossaux et des approches à 360 degrés incluant le livre, le film et le jeu vidéo, et que je juge passablement écrasante. Mon rôle d’éditeur, et tout particulièrement d’éditeur indépendant, est plutôt dans la défense de la diversité.  D’abord avec des auteurs français, mais pourquoi pas demain, hongrois, suédois ou allemands… Nous y viendrons sans doute un jour !

 

 

En parlant d’évolution, des nouveautés sont-elles prévues dans votre catalogue ?

Comme je l’ai dit, nous lançons une collection SF qui vient enrichir notre catalogue « Imaginaire adulte », comprenant les titres de Gabriel Katz et Rod Marty, notre révélation de l’année pour Les Enfants de Peakwood (Prix des Halliennales 2016).

zalim-386x600-1Nous lançons également un nouveau projet de Régis Delpeuch intitulé Mamie Polar, adressé aux jeunes de 9 ans et plus. L’héroïne est une grand-mère énergique et sans tabous qui, accompagnée de ses deux petits-enfants, mène des enquêtes survoltées et drôles, et toujours formatrices. Les deux premiers titres de la série paraîtront en mars et viendront rejoindre les rangs de notre segment 9-10 ans, avec la série Les Avatars de Gaspard, de Louise Revoyre et Sylvain Lignac, et FBI Animaux disparus, de Gérard Lecas, dont nous publierons un nouveau titre en janvier, Le Chien des neiges.

De plus, l’année 2017 sera marquée par des publications « jeune adulte » avec des auteurs confirmés, comme par exemple, au printemps, Béatrice Bottet (Le Secret de la dame en rouge), Agnès Marot (Pour quelques pas de plus), Loïc Le Borgne (Agence mysterium) et Jean-Luc Marcastel (le tome 2 de Tellucidar) ; et à l’automne, Carina Rozenfeld (le tome 2 de Zalim) et Cindy Van Wilder (Ce soir le ciel nous appartient)… et bien d’autres surprises !

 

En parallèle de la littérature, vous publiez également une revue de culture générale intitulée l’Éléphant. Pouvez-vous nous parler de sa création ?

L’envie de publier une revue faisait partie de mon projet depuis la création de la maison. Comme expliqué un peu plus tôt, le jeu sur téléphone portable qui a marqué le lancement de Scrineo, avait pour thématique la mémoire et l’apprentissage. Ces deux thèmes m’intéressent depuis toujours et sont les mots clés de la ligne éditoriale de la revue.

L’occasion de créer la revue s’est présentée lorsque Guénaëlle le Solleu, la rédactrice en chef, a quitté La Tribune et s’est montrée intéressée par le projet. Le rythme trimestriel nous semblait idéal car la culture générale est quelque chose qui se travaille sur le long terme, par petites doses régulières. Nous avons rencontré un laboratoire de sciences cognitives pour nous aider à appliquer l’état de l’art théorique sur la mémoire à notre magazine, en termes de charte d’écriture pour les auteurs, de maquette, de rythme entre dossiers longs et rubriques courtes, etc. Voilà les questions que nous nous sommes posées au moment de la conception de l’éléphant.

Une fois le concept trouvé, il s’agissait d’un véritable challenge pour passer du concept à la réalisation. Après une première version vraiment trop scolaire, nous avons finalement trouvé un directeur artistique, Gilles Le Nozahic qui a réussi à mettre parfaitement en forme nos intentions dans une maquette à la fois élégante, ludique et sobre. Nous sommes vraiment allés de surprise en surprise avec cette revue. Alors que la presse est de plus en plus organisée par segments, nous sommes arrivés avec une revue transversale, qui traite d’histoire, de sciences, de littérature, d’art, etc., avec un prix élevé pour le réseau Presse, c’est pourtant sur ce réseau que nous avons connu le plus fort développement. En réalité, nous n’avons vraiment pas raisonné en termes de marché ni de cible et a posteriori on peut se dire que nous avons eu de la chance !

 

Etant donné votre parcours mi-scientifique, mi-littéraire, quel regard portez-vous sur les livres numériques ?

Il n’y a, à mon avis, pas de débat à ce sujet et la question tourne surtout autour du type de contenu. Aujourd’hui, le papier est un excellent support pour des contenus « premium », ceux que l’on ne peut pas trouver gratuitement sur le Net. Le lecteur est prêt à payer pour avoir un bel objet. Tant qu’il en vaut la peine, le papier ne sera pas abandonné. Bien sûr, le numérique offre une facilité d’usage et certains gros lecteurs peuvent favoriser ce type de support, mais cela varie beaucoup en fonction de la cible. Par exemple, nous avons remarqué que le marché était plus faible pour les romans jeunesse : les parents n’achètent pas de livres numériques à leurs enfants, qui ne peuvent pas non plus se les procurer seuls en ligne.  Chez les adolescents et les adultes à l’inverse, nous avons quelques Best Sellers numériques.

Pour l’instant, nous avons été surpris de constater que les lecteurs n’attendaient pas de contenu supplémentaire avec le numérique. Nous avons fait des essais de bonus interactifs dans des livres et pour la revue,  sans aucun impact sur les ventes, et malgré des surcoûts de production des ePub parfois importants. En résumé, le livre numérique fonctionne aujourd’hui de façon homothétique avec le papier.

En revanche, cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de stratégie digitale. De notre côté, elle est traduite par l’existence de sites Scrineo et l’éléphant, d’une application sur tablettes et smartphones et d’une présence grandissante sur les réseaux sociaux. Pour l’éléphant, par exemple, la démarche est fondamentalement complémentaire de la version papier car la revue étant trimestrielle, le site nous permet de faire le lien entre les numéros, d’offrir aux visiteurs des informations sur l’actualité, des conseils de sortie ou de lectures, et aussi de s’évaluer sur notre plateforme de jeux de culture générale. Une nouvelle version du site, plus vivante et ergonomique est attendue début 2017.

 

Nous nous rencontrons dans le cadre du Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil. Est-ce pour vous une habitude de vous y rendre ? Quels auteurs seront présents sur votre stand ?

Nous sommes effectivement des réguliers du salon de Montreuil, personnellement je l’aime beaucoup et aujourd’hui c’est devenu notre vrai rendez-vous en région parisienne : nous y rencontrons notre public et pas seulement des lecteurs mais également des enseignants, des libraires et des documentalistes. Ces échanges sont hautement enrichissants pour un éditeur.

Au global, nous sommes présents dans beaucoup de salons littéraires chaque année, environ une cinquantaine. Nous n’avons pas toujours de stand en propre, bien sûr, mais il est important pour nos auteurs de pouvoir se rendre à ce genre de manifestations. Nous sommes d’ailleurs à leur écoute et c’est avec eux que nous décidons de réitérer l’expérience l’année suivante. Bien sûr, notre démarche est commerciale, mais certains petits salons offrent une telle visibilité que même sans vendre beaucoup, il est important d’y aller.

Cette année, plusieurs de nos auteurs seront présents sur le salon. Vous trouverez par exemple Luc Blanvillain, Béatrice Bottet, Nadia Coste, Régis Delpeuch, Estelle Faye, Gabriel Katz, Loïc Le Borgne, Jean-Luc Marcastel, Rod Marty, Carina Rozenfeld et Aurélie Wellenstein.

 

Un grand merci à Jean-Paul Arif des éditions Scrineo pour cet entretien.

 

 

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Meg Cabot

Devenir une princesse, voilà un rêve sans doute bien répandu chez les petites filles. C’est ce qui arrive à Mia, l’une des héroïnes de Meg Cabot, dont les aventures viennent d’être rééditées aux éditions Hachette Romans, alors que paraît Le carnet d’Allie, tome 7 chez le même éditeur. Adapté en film par les studios Disney en 2001, le Journal de Mia a bercé l’adolescence de beaucoup de jeunes lecteurs, venus en nombre le mardi 28 novembre dernier pour rencontrer l’auteur dans les locaux de Babelio.

 

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Résumé du Journal de Mia :  

La vie de Mia est celle d’une collégienne comme les autres jusqu’à ce qu’une nouvelle fasse tout voler en éclats : son père est en fait le Prince de Génovia, la voici donc devenue Mia, princesse héritière!

Résumé du Carnet d’Allie, tome 7 :

Allie se prépare à passer le pire Noël de sa vie ! Ses parents l’emmènent à Paris. Comment peut-elle, en pleines vacances, laisser derrière elle ses meilleures amies – et abandonner son chat, Micha ? Pire encore, ont-ils le père Noël en France ? Pourtant, même en partageant sa chambre d’hôtel avec son insupportable petit frère, Allie tombe sous le charme de la ville. Impossible de résister aux paillettes de la tour Eiffel, aux vitrines illuminées des grands magasins et au chocolat chaud…

 

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Des dortoirs au livre

Romans historiques, thrillers sanglants ou encore fan-fictions de Star Wars, l’écrivain a touché à tout avant de trouver sa voix dans la littérature jeunesse et s’amuse aujourd’hui de cette diversité. En, effet, si les aventures de la princesse Mia ont depuis quelques années trouvé leur public, cela n’a pas été le cas des tous premiers écrits de Meg Cabot : “J’ai étudié l’illustration à l’école dans l’Indiana où je vivais, mais j’ai malheureusement eu beaucoup de mal à trouver du travail. J’ai alors décidé au bout de quelques mois de tenter ma chance à New-York, mais là encore, le succès n’était pas au rendez-vous. Persuadée de ne jamais parvenir à me faire publier, j’ai travaillé dix ans dans un dortoir d’université. C’est là, en regardant les jeunes gens vivre, que j’ai commencé à trouver l’inspiration.”

 

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L’âge des choix

Auteur de plusieurs séries jeunesse, Meg Cabot a créé de nombreuses héroïnes âgées d’une dizaine d’années. Cet âge, c’est pour l’auteur celui des grandes décisions, et c’est pour cette raison particulière qu’elle aime le mettre en scène dans ses romans : “J’écris sur les jeunes filles car elles vivent ce moment charnière où elles découvrent qui elles sont et ce qu’elles veulent faire de leur vie.” Bien sûr, toutes les fillettes n’aspirent pas à devenir des princesses comme Mia, mais par ce chamboulement, Meg Cabot cherche à symboliser le passage à l’âge adulte, où l’on découvre ses points forts et où l’on choisit ce qu’elle appelle son “chemin de vie.”

 

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Carnets intimes

Tout comme ses héroïnes, Meg Cabot a toujours tenu un journal intime : “J’en tiens depuis mes sept ans. Au début, j’écrivais principalement sur tous les grands drames de ma vie, comme par exemple lorsque mon frère venait m’ennuyer. L’élément déclencheur a été le début de la relation entre ma mère et l’un de mes professeurs…” Les lecteurs de la saga Mia auront sans doute remarqué le clin d’oeil : en effet, le premier tome de la série s’ouvre sur la découverte par Mia de la relation entre sa mère et son professeur. Et pour cause, Meg Cabot s’est directement inspirée de sa vie pour raconter l’histoire de la jeune princesse : “Mes personnages sont basés sur mon entourage. Je vois les personnes dans la vraie vie, et je rédige les dialogues comme si je les écoutais parler avec moi.”

 

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Conseil d’ami

Pour bien raconter ses histoires, il ne suffit pas selon l’auteur américaine, d’avoir de bonnes idées, il faut avant tout savoir écouter : “Si vous voulez être écrivain, un conseil, ne parlez pas trop et écoutez plutôt ! Pour moi, cela est très difficile étant donné que je suis une grande bavarde !” Lorsqu’elle prenait des cours d’écriture et qu’elle ne parvenait pas à faire publier ses histoires, Meg Cabot a rencontré un professeur qui a changé sa vie : “Un jour, un professeur d’écriture m’a dit que le problème venait de mes dialogues, manquant de réalisme. C’est lui qui m’a poussé à sortir pour écouter les gens, dans les bars et dans la rue. C’était un excellent conseil et j’ai publié mes premiers livres peu de temps après cette révélation.”

 

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Incognito

Bien sûr, Meg Cabot n’a pas vécu l’intégralité des aventures de ses héroïnes et sa principale source d’inspiration se trouve juste derrière sa porte : “J’ai la chance d’avoir des voisins et des amis parents, car je n’ai pas d’enfants moi-même. Il est facile pour moi de mettre en scène des enfants puisque j’en vois quotidiennement. Je les écoute, je prête une grande attention à leurs problèmes ainsi qu’à leur façon de parler et je vole ensuite leurs manies ! Je suis une véritable espionne.” S’inspirer de ses amis est une chose pour un écrivain, mais il en est tout autrement lorsque l’on oublie de s’en cacher… “N’oubliez jamais de modifier les prénoms de vos personnages s’ils sont inspirés de votre entourage. Cela m’est arrivé pour mon dernier roman. Imaginez la tête de la fille que j’appelle “the biggest bitch ever” dans le roman lorsqu’elle a vu son prénom accolé à l’expression…”

 

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Ecrire, un défi permanent

Ecrire a toujours été un plaisir pour Meg Cabot, mais lorsqu’elle a décidé d’en faire son métier, elle a découvert une réalité toute autre : “A partir du moment où l’on a des deadlines, l’exercice devient beaucoup moins drôle. Avec l’une de mes amies, pour nous motiver, nous avons établi la règle du 5x5x5 : chaque jour, nous devons écrire 5 pages avant 5h ou bien nous devons donner 5$ à Donald Trump ! Une plaisanterie pour dire simplement que tout le monde, du banquier à l’écrivain, en passant par le serveur, doit faire son travail quoi qu’il arrive.” Comme tous les auteurs, l’écrivain américaine se voit parfois confrontée au fameux syndrome de la page blanche. Sa technique pour s’en sortir ? “Lorsque j’ai une panne d’inspiration, c’est très simple : je fais le ménage, je sors, je vais au cinéma…Tout convient tant que cela n’a rien à voir avec le livre. Parfois il me suffit d’en parler pour que l’inspiration revienne, mais d’autres fois, il suffit simplement de ne plus s’en occuper jusqu’au coucher. Ainsi, après une bonne nuit, on se réveille souvent avec de bonnes idées !”

 

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Douce France

Dans le dernier tome des aventures d’Allie, la jeune héroïne passe ses vacances en France, à Paris.  Selon Meg Cabot, l’Hexagone exerce un attrait indéniable sur les lecteurs outre-Atlantique : “Je suis venue en France l’année de mes sept ans, car mon père avait été muté à Grenoble. J’en garde de merveilleux souvenirs et j’aime toujours autant y passer des vacances depuis. Je suis loin d’être seule car aujourd’hui, aux Etats-Unis, une grande partie de la population a envie de venir s’installer ici. Mon éditeur m’a d’ailleurs demandé d’écrire cette aventure en France pour Allie ; cela tombait bien car je rêvais de raconter mon expérience sur le sujet. D’ailleurs, mes premières lectures ont été les livres de Martine ! ”

 

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Réédition

Le premier tome des aventures de Mia, paru cet été, est en réalité une réédition d’une série parue entre 2000 et 2009. Certains lecteurs assidus remarqueront quelques changements dans le texte, notamment au niveau des références culturelles. Ces évolutions du texte, c’est l’auteur qui les a voulues : “Certaines références avaient besoin d’être mises à jour car je crois qu’il faut savoir s’adapter aux lecteurs. Dans ce tome, j’évoquais par exemple un bipper mais aujourd’hui aucun enfant ne sait ce dont il s’agit ! Cela n’avait pas de sens à mes yeux de le laisser ; tout comme des références à des acteurs désormais décédés, je trouvais cela un peu maladroit.”

Comme toujours trop court pour les lecteurs, cet échange a ensuite été poursuivi par une séance de dédicace où les lecteurs étaient plusieurs à avoir apporté leurs séries complètes de romans pour les faire signer par l’auteur.

 

L’entretien vidéo avec Meg Cabot :

 

Retrouvez Journal de Mia, tome 1 et Le carnet d’Allie, tome 7, de Meg Cabot, publiés chez Hachette jeunesse.

Où l’on vous donne rendez-vous au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil

C’est un rendez-vous incontournable pour les jeunes, les adultes ayant conservé une âme d’enfant mais aussi pour l’équipe de Babelio ! Le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil ouvre ses portes le mercredi 30 novembre 2016 et nous vous proposons de suivre ici-même (ainsi que sur Twitter et Instagram) non seulement l’actualité du salon au jour le jour mais également notre propre programme. Deux rencontres seront en effet animées par Babelio pendant le festival.

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L’édition 2016

« Sens dessus dessous », voilà le thème de cette 32é édition 2016. Une volonté de tout renverser, que l’on retrouve sur l’affiche du festival mais également dans son programme. Le Salon souhaite en effet « mettre en lumière les nouvelles formes créatives de la littérature jeunesse mais aussi la place du lecteur, son imagination et son pouvoir sur le sens du récit. » Les différentes rencontres et expositions refléteront également le grand chambardement que représente l’enfance : « Un thème qui permettra également d’aborder les chamboulements de l’enfance et les bouleversements du monde tels qu’ils sont perçus dans les livres pour la jeunesse ».

Au total, pas moins de 450 exposants sont attendus cette année. Outre les traditionnelles séances de dédicaces et la grande exposition intitulée « La règle et le jeu », 700 rencontres réparties en 4 scènes sont programmées. Il est à noter d’ailleurs qu’une toute nouvelle scène consacrée aux Pépites et à la rentrée littéraire jeunesse sera inaugurée cette année.

Les visiteurs devraient une nouvelle fois être au rendez-vous. Ils étaient 130 000 l’année dernière dans un contexte pourtant difficile.

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Plusieurs membres de l’équipe seront présents pour assister à certaines rencontres, live-twitter et prendre des photos. Si vous êtes également présent, n’hésitez pas à vous faire connaître et à live-tweeter également avec le hashtag officiel #. Et si vous assistez à nos rencontres, on serait également très heureux que vous les tweetiez également et que vous veniez nous dire bonjour 🙂

Retour en vidéo sur le festival :

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Les rencontres Babelio

Deux rencontres estampillées Babelio vous attendent au Salon cette année. Une autour de la bande dessinée et l’autre de la littérature jeunesse.

Mickey sort du cadre !

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Rencontre décalée et ludique autour de la célèbre petite souris de Disney à l’occasion des albums édités chez Glénat. Pour découvrir ses histoires inédites de Mickey et ses compagnons, imaginées par de grands auteurs de BD. Humour et aventure garantis ! Avec les auteurs Régis Loisel et Tébo.

Après Cosey, qui publiait l’année dernière Une mystérieuse mélodie, et Lewis Trondheim & Nicolas Keramidas qui proposaient eux Mickey’s craziest adventuresRégis Loisel et Tébo font partie des auteurs français qui ont repris le personnage de Mickey sur l’initiative de l’éditeur Glénat. Vous pouvez d’ailleurs retrouver nos impressions de l’exposition consacrée à Mickey proposée au festival Quai des Bulles.

La rencontre sera l’occasion de voir certaines de leurs planches (qui seront projetées sur l’écran) ainsi que de les écouter parler de leur travail et de leur rapport à Mickey.

Rendez-vous le 3 décembre à 18h30 sur la Scène BD (K16)

Meg Cabot au rendez-vous

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Qu’elles s’appellent Mia ou Allie, la vie des héroïnes de Meg Cabot n’est pas de tout repos ! L’auteur leur réserve bien des péripéties au fil de ses romans. Entretien exclusif avec la romancière qui n’a pas son pareil pour raconter les grandes aventures du quotidien.

C’est autour de ses romans les plus récents comme le tome 7 des carnets d’Allie ou le premier tome du journal de Mia mais aussi de son oeuvre en général et de ses nombreuses héroïnes que nous parlerons avec l’auteur américain sur la scène des Pépites. Vous êtes ou avez été lecteur/lectrice de l’auteur ? Venez nous rejoindre pour cette master class !

Rendez-vous le dimanche 4 décembre à 11h, Scène des Pépites (A18)

Journée pro : Dehors-dedans : les couvertures des romans ados ou « la traversée du miroir »

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Organisée en partenariat avec le réseau des consultants du livre Axiales, une table ronde autour des couvertures jeunesse est proposée aux professionnels le 5 décembre dans le cadre de la journée professionnelle du Salon du livre. Elle se tiendra de 11 h 30 à 12 h 45

Rendez-vous le lundi 5 décembre à 11h30, Scène vocale (E7)

L’exposition La règle et le jeu

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Est-ce une exposition,  ou plutôt un « laboratoire »  qui sera proposé aux visiteurs du salon ? C’est quoi qu’il en soit une expérience interactive qui attend le public : il sera en effet question de l’objet livre sous toutes ses formes : applications numériques, encre fluorescente, lunette 3D, leporello (ou livre accordéon)… Une vraie invitation à la découverte des différentes formes de lecture.

Près d’une vingtaine d’artistes (des  « savants plus ou moins fous » pour reprendre les termes des organisateurs du Salon) proposeront leurs oeuvres comme l’artiste contemporain français Paul Cox qui présentera Cependant… décrit comme le livre le plus court du monde. Matthias Picard vous invitera à porter des lunettes 3D pour lire son Jim Curious.

D’autres auteurs issus de pays européens ont eu pour défi d’écrire des textes sous contraintes comme celle d' »écrire entre les lignes ». Voici la présentation de cette exposition : « A travers les supports proposés par Olivier Douzou, scénographe de cette exposition, vous pourrez découvrir les œuvres, aussi différentes, que les définitions apportées par chaque artiste. Comme celle proposée par Isidro Ferrer : « Lire entre les lignes, c’est remplir les espaces vides, les remplir du sens et du temps. » »

Beaucoup d’autres surprises seront proposées aux visiteurs du salon. Nous prendrons des photos de celles qui nous plaisent le plus et les partagerons ici ainsi que sur notre page Twitter ou sur Instagram. Vous pouvez en attendant découvrir le programme sur le site du salon.

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Nos impressions de l’exposition : 

C’est une exposition originale qui s’est tenue dans les sous-sol du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Ce ne sont en effet pas des livres que l’on a l’habitude de voir qui se sont dévoilés aux yeux des jeunes et moins jeunes visiteurs du salon.

Les visiteurs sont tout d’abord accueillis par une étrange et très stylisée colonne lumineuse postée à l’entrée de l’exposition. Oeuvre de l’artiste contemporain Paul Cox, également auteur de livres pour enfants ludiques et originaux, ce « livre » lumineux donc mais aussi sonore change d’intensité et de son au gré des passages. Une installation qui a beaucoup plu aux plus jeunes.

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« Cette exposition met l’accent sur la « physicalité » du livre » a déclaré l’artiste pour Culturebox. L’exposition invite en effet à regarder, à interpréter et à toucher différemment les livres qui prennent les formes les plus diverses et les plus inattendues.
Situé juste derrière le « livre » de Paul Cox, un écran reproduisant les images du livre en  3D de Matthias Picard Jim Curious : Voyage au coeur de l’océan. Vision 3D attire l’oeil des curieux.
L’écran semble en effet bouger en fonction des mouvements de la main des participants. Un capteur enregistre les gestes de ces derniers pour leur permettre de manipuler l’image, jouer avec la 3D du livre, zoomer, afficher des détails qui se dérobaient à leurs yeux jusqu’alors.
Le livre papier est également consultable sur place, avec lunettes 3D fournies.
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Sur une fresque dessinée géante, Matthias Picard explique ses choix et ce que  représente la 3D dans son travail.
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sens-vr-coverNon loin de là, une expérience de réalité virtuelle attend le public. Il s’agit d’une adaptation en jeu vidéo de la BD Sens de Marc-Antoine Matthieu. Le curieux enfile un casque Samsung VR et plonge directement dans un impressionnant monde tout en blanc à la recherche d’une flèche noir qui se faufile dans le décor. Ses lecteurs connaissent le goût de Marc-Antoine Mathieu pour l’expérimentation, le récit par l’absurde. Sens prend tous son sens (pardon) en réalité virtuelle, une technologie qui permet de perdre son utilisateur dans un récit à la fois maîtrisé par l’auteur mais dans lequel l’utilisateur peut volontiers se perdre.
En reposant le casque et reprenant son chemin, le visiteur découvre une série de livres pour enfants aux formats étonnants, tel des livres-accordéon géants ou des livres infinis.
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Une installation attire l’œil des plus jeunes. Ils voient tout d’abord la queue jaune d’une souris inoffensive. Sauf que la souris se transforme rapidement en lacet ou en langue de serpent.
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De dizaines d’autres installations toutes plus ludiques les unes que les autres s’offrent ainsi au yeux public, qui en ressort enchanté.

Les conférences

De nombreuses conférences sont organisées tout au long de la durée du salon. Vous pouvez avoir la liste exhaustive ici.  Nous proposerons un live-tweet de quelques-unes d’entre elles.
Difficile d’en choisir quelques unes parmi les 700 proposées par les organisateurs.

Avez-vous l’intention de participer à certaines d’entre elles ?

lumiereMercredi, si vous avez raté notre rencontre avec Stéphane Michaka à propos de son roman Cité 19 dans nos locaux, sachez que vous pourrez tout de même vous rattraper à 9h30 à Montreuil.  Les lecteurs de Lumière, pourront redécouvrir l’ouvrage de Carole Trebor avec une lecture musicale de l’ouvrage par la comédienne Sophie Forte (à 14h mercredi). Le calendrier intégral de cette journée est à retrouver ici.

U4 : Histoire à la carte

Le 30 novembre, les quatre auteurs de la série  U4 Yves Grevet, Florence Hinckel, Carole Trébor, et Vincent Villemot, se sont retrouvés sur la Scène Littéraire du Festival pour un jeu de création littéraire bien particulier.

Après avoir brièvement résumé les romans à l’attention des collégiens du public, l’animatrice Victoria Jacob explique les règles du jeu : les collégiens piochent quelques contraintes dont les auteurs doivent tenir compte pour imaginer un récit post-apocalyptique, se déroulant dans l’univers des quatre romans. Ces contraintes prennent la forme de mots à insérer dans l’histoire. Au cours de cette rencontre, six histoires sont ainsi inventées, certaines tragiques, d’autres témoignant d’un bel optimisme sur l’humanité. Babelio se propose de vous raconter l’une d’entre elles.

LES REMORDS D’UN RAT :

Eléments à insérer dans l’historie: « Un rat, aux premières heures de la contagion, affectée par le virus, dans un laboratoire.  « Arrête de te débattre ou je vais être obligée de te faire mal » » 

Après que deux collégiens aient été choisis pour rejoindre les duos des écrivains, Vincent Villemot, Florence Hinckel, et un élève se succèdent pour raconter leur histoire à trois voix.

« Je suis un rat gourmand, je grignote beaucoup. Ma situation s’est beaucoup améliorée depuis que le virus a balayé la terre : désormais j’ai beaucoup plus de nourriture. Un jour, alors que je me trouve caché dans un laboratoire, je vois une jeune fille malade suffoquant, sans doute affectée par ce virus qui en a fait tant de victimes au-dehors dès les premières heures de la contagion. Rancunier, j’ai une pensée triste pour mes frères, qui ont tous été exterminés par les hommes dans les laboratoires pour leurs expériences avant que la maladie n’affecte la terre entière. Mon raisonnement est obscurcit par la colère. Après tout, cette jeune fille n’a que ce qu’elle mérite. Mais je ne peux m’empêcher d’avoir de la compassion en la voyant agoniser. Je m’approche, je vois que sa situation est critique. L’enfant se débat vainement. Je prends soudain conscience que cette fille n’a rien fait pour mériter une telle souffrance. Je sors de ma cachette et je cherche l’antidote parmi les fioles qui jonchent les étagères du laboratoire. Je l’ai trouvé ! Je m’approche de la fille, mais elle remue tant que ne peut lui administrer l’antidote. Arrête de te débattre, je lui murmure, ou je vais être obligé de te faire mal. Mais il est trop tard, la jeune fille succombe. Avant même que puisse lui verser le liquide dans la bouche, elle gît inerte, morte à même le sol » (…) 

Jhugoeudi, les visiteurs pourront rencontrer Bertand Santini, l’auteur du livre Hugo de la nuit (à 13h30), en apprendre plus sur la fabrication de Science et vie Junior avec Olivier Voizeux, rédacteur en chef du magazine (à 13h30 également).  Le calendrier intégral de cette journée est à retrouver ici.

harry-potter2Vendredi à 15h15, ce sont les coulisses du Journal de Mickey qui se dévoilent avec Edith Rieubon, rédactrice en chef et Alexandre Ruyer, dessinateur et concepteur de jeux. Vous pourrez également vous mettre dans la peau d’Harry Potter le temps d’une séance de cosplay à 18h30. Le calendrier intégral de cette journée est à retrouver ici.

Conférence : Quand le surnaturel s’invite dans l’Histoire

Le vendredi 1er décembre, Catherine Cuenca, l’auteur de La prophétie des runes , Carole Trébor, l’auteur de Lumière  et Flore Vesco, l’auteur de Louis Pasteur contre les loups garous, se sont retrouvées au Festival du livre et de la presse jeunesse de Montreuil pour une discussion autour des liens entre histoire et fantastique dans leurs romans.

51dt1juixpl-_sx195_Une période de l’histoire choisie avec soin

A tour de rôle, les auteurs expliquent leur choix pour la période historique qu’ils ont choisi d’aborder dans leur roman.

Carole Trébor a choisi cette période avant tout par admiration pour l’esprit d’indépendance intellectuelle qui voit le jour avec le mouvement des Lumières : «  Jusqu’au XVIIIème siècle, il n’y avait pas d’autonomie de la pensée mais on assiste lors de cette période à un renouveau de la réflexion mené par des philosophes favorables à l’émancipation de la pensée. Je trouve intéressant de confronter cet essor de la liberté de la pensée avec la culture, que j’évoque dans mon roman, encore très traditionnelle et cloisonnée ».

Pour Catherine Cuenca, son choix tire son origine d’un intérêt tout particulier pour cette période de l’histoire : « L’histoire des Huns et des Francs est très peu présente dans les médias et dans les livres, bien qu’elle soit fondatrice de la culture médiévale. J’ai souhaité mettre en lumière ce sujet peu connu mais passionnant ».

Flore Vesco, de son côté, a tâché d’exploiter l’histoire d’un personnage marquant dans le monde de la science pour laisser libre cours à son imagination : « D’un point de vue purement biographique, j’ai tenu compte de toutes les découvertes de Pasteur, mais d’un point de vue chronologique, je dois avouer que j’ai tout arrangé à ma sauce ! Dans mon roman, Pasteur découvre en 6 mois ce sur quoi il a travaillé l’ensemble de sa vie… En fait, mon objectif était surtout de reprendre un élément historique (en l’occurrence, la découverte du vaccin grâce à des chiens enragés) et de prendre son pendant surnaturel, en remplaçant les chiens enragés par des…loups garous ! »

51nfj-ysh5l-_sx195_Concilier histoire et fantastique

Carole Trébor met l’accent sur l’importance du travail de documentation de ses romans, indispensable pour rendre l’univers plausible jusque dans ses moindres détails : « Que ce soit pour les couverts utilisés à table ou bien les vêtements que portent les protagonistes, il est important d’éviter les anachronismes et de rester aussi près que possible de la réalité. Il faut complètement s’immerger dans l’époque. Pour y insérer du fantastique, j’essaie de faire preuve de rigueur, car plus l’aspect surnaturel est important, plus il faut l’aborder avec minutie pour respecter toutes les contraintes que l’on s’est fixées. Pour ma part, j’aime que le fantastique soit lié d’une façon ou d’une autre à la culture du pays. De cette manière, il en devient plus plausible. Dans Lumière, c’est ainsi que j’ai procédé pour évoquer l’aspect surnaturel de la culture russe, qui possède une certaine dimension magique. »

Si Carole Trébor aime concilier culture régionale et fantastique, Catherine Cuenca préfère associer une époque historique dans sa généralité à ses éléments magiques : « Je pars d’une période précise en y insérant directement les éléments surnaturels, puis j’insère d’autres éléments magiques petits à petits selon la façon dont se déroule l’histoire »

Quant à Flore Vesco,  elle ne s’attache, dans ce premier roman qu’est Louis Pasteur contre les loups garous, ni à une culture ou une période de l’histoire, mais à un personnage précis ayant réellement existé. Elle se permet cependant de prendre beaucoup de liberté par rapport à l’histoire réelle : « J’ai beaucoup étudié la biographie de Pasteur afin d’insérer toutes ses inventions, mais je n’ai pas perçu l’histoire comme une contrainte narrative puisque je réorganisais certains événements selon mon récit ».

51byqc4f5nl-_sx195_Trouver l’équilibre entre les deux thèmes

L’animatrice constate que les trois écrivains choisissent toujours la période de leur récit avant de réfléchir à son aspect fantastique. Elle les interroge donc le motif de ce choix.

Carole Trébor explique qu’elle souhaitait parler d’une religion qui a une grande importance dans l’histoire : « Je désirais évoquer les dieux anciens moins connus, ceux pour qui avaient été édifiés des temples et qui recevaient des offrandes dans toute la Russie. Je trouvais intéressant d’opposer le paganisme russe à l’émancipation française des Lumières ».

Flore Vesco et Catherine Cuenca sont du même avis : elles trouvent important de se pencher sur l’époque en premier lieu afin d’en refléter l’état d’esprit et l’univers unique. Le fantastique peut être amené dans un second temps.

Afin de situer au mieux leurs livres dans l’Histoire, on peut constater dans les trois romans la présence de documents annexes. Les auteurs se sont-ils conformés en cela aux exigences de leurs éditeurs, ou bien s’agissaient-ils d’un choix personnel ? Les trois auteurs sont unanimes, il s’agissait d’un choix de leur part. Catherine Cuenca précise qu’elle aurait aimé avoir un supplément d’information si elle avait été à la place du lecteur : « Je trouve cela nécessaire pour la compréhension du récit. En fait, j’avais déjà fait la demande d’insérer de tels documents dans mes livres précédents, mais on n’avait pas accepté ma proposition » dit-elle avec une pointe de regret. Flore Vesco, qui partage son avis, ajoute : « Après avoir trituré l’histoire de Pasteur dans tous les sens avec mes loups-garous, je me devais de restituer la vérité sur la biographie de l’homme qui nous a donné le vaccin ! »

Les élèves ont la parole

L’animatrice propose ensuite aux élèves de poser les questions qu’ils avaient préalablement préparés. Certains font le choix de poser des questions générales sur l’écriture, tandis que d’autres souhaitent obtenir des informations précises sur le livre de l’un des auteurs. Voici quelques unes de ces questions :

D’où vous vient l’inspiration ?

Catherine Cuenca énumère ses diverses sources d’inspiration : « Cela peut provenir d’un inconnu croisé dans la rue, d’un ami, de mes lectures, ou  même d’une personne aperçue l’espace d’un instant. Tout est bon pour donner des idées ! » Flore Vesco ne trouve pas l’inspiration aussi aisément : « En général, je trouve mes idées en me documentant et en faisant beaucoup de recherches. Lorsque je suis bloquée, je me force à sortir me promener en ne m’autorisant à revenir seulement une fois que j’ai trouvé une idée ou une solution à mon problème… Ce qui est très efficace ! ».

Comment devient-t-on écrivain ?

« Il s’agissait un rêve d’enfant. J’ai tenté ma chance auprès des éditeurs et l’un de mes livres a été accepté, je suis contente de m’être lancée », explique Catherine Cuenca. Pour Carole Trébor, ce métier coulait moins de source : « En fait, tout est partie d’une histoire, je ne savais pas précisément où cela allait me mener. J’avais simplement ce besoin de la raconter. Cela a donné mon premier livre. J’ai continué ». Flore Vesco est pour sa part moins certaine de sa vocation « Il m’est difficile de me prononcer sur ce point, je suis toute nouvelle écrivain pour le moment, mais cela me plait beaucoup ! »

Après de nombreuses questions, les élèves remercient les auteurs avec des applaudissements reconnaissants, heureux d’en savoir davantage sur le métier d’écrivain.

hsSamedi, nous vous invitons fortement à découvrir le monde de Billy Brouillard de (nous vous parlions déjà de sa très belle expo pour le festival Quai des Bulles) à travers une rencontre avec Guillaume Bianco son auteur à 15h15. A 15h30 deux auteurs majeurs se rencontrent pour la première fois pour échanger autour de leur expérience : Jeff Kinney et Julien Neel ! Le calendrier intégral de cette journée est à retrouver ici.

51reukgxcvl-_sx195_Dimanche, Winshluss et la comédienne Stéphanie Bourguignon vous invitent dans la forêt sombre et mystérieuse. L’équipe du magazine Lire vous propose quant à elle de redécouvrir Roald Dahl à 17h. Le calendrier intégral de cette journée est à retrouver ici.

Lundi, pour la journée réservée aux professionnels, il sera question de la maison d’édition Bayard qui fête ses 50 ans, de la série U4 ou encore du partenariat qui lie la maison d’édition de BD Delcourt et le musée du Louvre. Le calendrier intégral de cette journée est à retrouver ici.

 

Les interviews 

Comme à notre habitude , nous avons réalisé une série d’interviews d’auteur sélectionnés pour Les Pépites du salon, et d’éditeur présents sur le salon. Vous pourrez les retrouver ici, mises à jour tout au long de la durée du salon.

Bertrand Santini pour Hugo de la nuit, chez Grasset jeunesse.

51fjd22i3gl-_sx210_Hugo, votre héros, est un petit garçon vif et curieux. Comment s’y prend-on pour se remettre dans la peau d’un jeune personnage lorsque l’on est un adulte ? Dans quel état d’esprit étiez-vous en lui donnant forme dans le roman ?

La production d’une histoire est assez mystérieuse et je ne saurais pas vraiment la décrire. Les histoires cheminent dans votre esprit, malgré vous… Un jour, elle vous semblent prêtes à être écrites, retranscrites (…)

Winshluss pour Dans la forêt sombre et mystérieuse, chez Gallimard jeunesse.

51-4vizzlxl-_sx210_Alex Cousseau, pour Le fils de l’ombre et de l’oiseau, chez Le Rouergue.

Votre roman met en scène Poki et ses descendants sur plusieurs générations. L’aventure prend place en Amérique du sud, et plus précisément autour de la Patagonie. Vos héros visitent tour à tour l’île de Pâques, Sala y Gomez, ou encore la ville de Valparaiso. Pourquoi avoir choisi cette région du globe ? De quoi vous êtes-vous inspiré pour décrire ces décors exotiques ?

Tout a commencé par un autre roman, Les trois vies d`Antoine Anacharsis, où pour sa troisième vie mon personnage faisait une escale par Valparaiso avant de revenir là où il est né, près de Madagascar. Pour le faire passer de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique, je le faisais alors traverser rapidement le continent sud américain au dix neuvième siècle. Mais en faisant des recherches sur cette époque et ce continent, j’ai découvert qu’il y avait là matière à un autre roman. C’est devenu Le fils de l`ombre et de l`oiseau.

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Claudine Desmarteau, pour Jan, chez thierry Magnier.

Jan est une jeune fille à la vie de famille compliquée, entre une mère déprimée et un père alcoolique. Heureusement pour elle, la violence qu’elle porte en elle est contenue par l’amour qu’elle porte à son petit frère, Arthur. Comment est né le personnage de Jan ?

Après Le petit Gus — qui décrit la vie quotidienne d’un garçon d’une dizaine d’années —, j’ai eu envie de mettre en scène une fille, plus écorchée, plus téméraire. Un personnage plus romanesque, aussi. Jan ne vit pas dans le même confort que le petit Gus. Elle doit puiser en elle la force d’affronter les épreuves qui font voler en éclats son cadre de vie.

arifAinsi que Jean-Paul Arif, le fondateur des éditions Scrinéo.

La maison Scrineo a été fondée en 2005. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de sa création ?

2005, 2016… Notre maison commence à être vieille ! En réalité, nous ne nous sommes pas toujours appelés Scrineo. Les premiers ouvrages sont en effet parus sous le label « Les carnets de l’info ». D’ailleurs, le tout premier objet que j’ai édité n’a même pas été un livre puisqu’il s’agissait d’un jeu de piste pour téléphone portable, intitulé Via Temporis. Lorsque l’on y réfléchit, nous avons fait le cheminement inverse de la plupart des maisons : nous sommes passés du numérique au papier (…)

Vos critiques 

C’est désormais un classique des festivals : vous pourrez une nouvelle fois retrouver vos critiques sur les stands de nombreux éditeurs. Comme pour les manifestations précédentes, nous avons sélectionné avec soin des extraits de critiques de nos membres pour mettre en avant les titres présentés par les éditeurs et inciter les visiteurs à découvrir leur prochaine lecture !

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Voici nos éditeurs partenaires : 

Alice Editions, Au Diable Vauvert, Auzou, Balivernes, Bayard Editions, Boule De Neige, Bragelonne, Bruno Doucey, Belin, Courtes Et Longues, Dada, Didier Jeunesse, Dupuis, Ecole Des Loisirs, Elan Vert, Esperluete, Fei Editions, Grund, Fleurus, Mame Editions, Frimousse, Marmaille Et Compagnie, Gulf Stream Editeur, Hachette Jeunesse, Jasmin, Kaleidoscope, La Joie De Lire, La Martiniere – Seuil Jeunesse, Kana, Larousse, Lattes, Le Muscadier, Le Pommier, Le Rouergue, Les P’tits Berets, Magnard, Ofelbe, Philippe Picquier, Place Des Editeurs, Rageot Editeur, Robert Laffont, Samir Editeur, Scrineo, Thierry Magnier, Usborne.

Si vous tombez sur une de vos critiques ou celle d’un membre que vous connaissez, prenez là en photo et partagez là avec nous sur notre page Twitter ou sur Instagram !

Geekmequiz, le jeu de société culturel et geek contre-attaque avec Babelio

Ceux qui n’ont pas perdu le fil savent que l’année dernière déjà, Babelio était partenaire amical de Geekmequiz, le jeu de société pour les geeks, par les geeks. Par un geek en particulier : Sébastien Moricard, créateur du site Geekmemore et directeur d’ouvrage rencontré dans les locaux de Bragelonne qui, lassé de réécrire les questions de jeux culturels traditionnels pour leur donner des colorations fantastiques, comics ou stello-belliqueuses, a décidé de refaire le jeu lui-même.

Inspiré du bien connu Time’s Up, Geekmequiz revient donc avec une nouvelle version « Contre-Attaque » qui inclut 700 nouvelles questions dans 6 catégories (Comics, Japanimation et manga, Cinéma, Jeux vidéo, Littérature et Séries TV) et 130 nouveaux défis.

Babelio est toujours partenaire pour les questions Littérature. Ce n’est pas pour tout le monde mais si vous êtes fan de SF, Fantasy et autres comics et que la culture geek est en vous, profitez-en c’est bientôt Noël ! Le jeu est distribué en ligne sur Amazon ici.

 

A la rencontre des membres de Babelio (10)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos utilisateur.

 

Rencontre avec alex_jed, inscrite depuis le 28/06/2015.

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La bibliothèque d’alex_jed

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Je cherchais un site web qui me permettait de lister tous mes romans. En naviguant sur le site, j’ai aussi découvert que c’était une grande communauté. J’étais donc ravie de voir que je pourrai échanger avec des passionnés de lecture.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Au début, ma bibliothèque contenait surtout des thrillers. Mais depuis que j’ai découvert les 50 nuances de Grey, j’y ai ajouté beaucoup de livres de new romance. 50% thrillers, 50% new romance.

 

Vous lisez beaucoup de littérature young adult : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

Ce que j’aime avant tout dans ce style, c’est l’histoire d’amour qui est au centre du récit. Les auteurs écrivent sans tabous des scènes de la vie intime.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

41dsaihoxll-_sx195_Ma première grande découverte, c’est le tout premier thriller que j’ai lu :

L’ombre de la chute de Mark Henshaw .

Un thriller bien gore qui raconte l’histoire de morceaux d’enfants, envoyés aux parents des victimes. Avec un deal, l’enfant est relâché si la maman se suicide. Ce roman mêle torture psychologique et physique. La recette exacte pour un super thriller.

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

bm_cvt_les-sirenes-noires_6227Le plus beau livre que j’ai découvert grâce à Babelio c’est Les Sirènes Noires de Jean-Marc Souvira.

Ce livre est écrit par un homme de la police judiciaire. Il s’est servi de sa propre expérience pour écrire un thriller sur des meurtres d’albinos. Un inspecteur attachant mène l’enquête. Ce roman est bien écrit et est très percutant sachant qu’il s’agit d’une sombre réalité.

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je ne suis pas du genre à relire un livre. Mais si je devais relire un livre, ce serait After d’Anna Todd. C’est l’histoire de new romance qui m’a fait passer par de nombreux états, avec une histoire d’amour compliquée mais magnifique. Et c’est aussi grâce à cette saga que j’ai fait de supers rencontres.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous)

J’avoue que je n’ai lu aucun classique et c’est un peu la honte. Une lecture à me conseiller?

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

41xkrnhyosl-_sx195_Je souhaiterai faire connaître le livre de Sandrine Dos Santos, La gardienne de l’anneau. Il s’agit d’une trilogie qui est très bien écrite. Si vous aimez le monde des vampires, allez-y les yeux fermés.

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Tablette ça jamais ! La luminosité n’est pas bonne pour les yeux et me donnerai facilement mal à la tête.

La liseuse est tellement pratique dans les transports en commun. Mais c’est vrai que le contact avec le papier est bien mieux.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Je lis beaucoup dans les transports en commun mais j’aime aussi me poser sur mon canapé ou mon lit.

 

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Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

61ine8vxy5l-_sx195_Une citation qui m’a marquée est extrait du livre Lontano de Jean-Christophe Grangé

« – Hollande est un connard, une fiotte, une couille molle ! clamait Morvan. Bon dieu, mais quand est-ce qu’un président aura des burnes dans ce pays? […] – Il a jamais été foutu de faire tourner le PS et on lui donne les clés du pays? On s’attendait à quoi? Les Français sont des sales cons, et en un sens, ils ont ce qu’ils méritent ! »

 

Quel sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

cvt_hors-de-question_8749Ma prochaine lecture sera Hors de Contrôle de Georgia Caldera qui est la suite de Hors De Question que je lis en ce moment.

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

C’est une critique sans spoil, sans le résumé qui est en 4ème de couverture. La critique décrit les sentiments par lesquels le lecteur est passé et si le lecteur a apprécié sa lecture.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

Je remercie Babelio grâce à qui j’ai passé de bons moments grâce aux rencontres. L’ambiance lors de ces rencontres était très bonne avec une équipe Babelio au top (boissons et amuses bouches offerts).

 

Un grand merci à alex_jed pour sa participation !

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent DOA

Souvenez-vous, il y a un an, une réunion toute particulière avait lieu dans les salons de Gallimard : une rencontre où avaient été évoqués sociétés militaires privées, talibans et trafics de drogues… Cette rencontre avec une trentaine de lecteurs Babelio, c’était celle de DOA, dont le roman Pukhtu venait de paraître dans la célèbre Série Noire. Cette année, à l’occasion de la sortie du tome 2, Pukhtu Secundo, nous avons décidé de nous plonger une nouvelle fois dans l’aventure afghane, le 9 novembre dernier chez l’éditeur du roman. Retour sur une rencontre aux allures clandestines.

 

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Une seule histoire en deux tomes

Si Pukhtu a été publié en deux tomes, son auteur l’a bel et bien conçu comme un seul et même roman : “D’après mon éditeur, mon histoire était trop longue pour tenir en un seul tome. D’ailleurs, plus que la suite de Pukthu, Secundo est avant tout la conclusion d’un cycle entier, débuté avec Citoyens clandestins, paru en 2007, dans lequel sont nés les personnages que l’on retrouve dans Pukhtu.” En effet, ce roman en deux tomes a été l’occasion pour DOA de faire revenir certains des héros de Citoyens clandestins : “J’ai été surpris par l’accueil réservé aux personnages de ce roman comme Lynx par exemple. J’ai donc réfléchi à un cadre romanesque qui me permettrait de les retrouver sans pour autant trop forcer le destin et tomber dans l’absurde. Lorsque j’ai pris connaissance des conflits en Afghanistan, j’ai pensé qu’il s’agissait de l’occasion idéale. C’est ainsi que Pukhtu est né.”
Tentation correctrice

On l’imagine assez bien, publier la seconde partie d’un roman plusieurs mois après la première pourrait faire naître la tentation chez l’auteur de modifier son texte en fonction des retours du public. Surtout si, comme chez DOA, le point final d’un roman n’est définitif qu’une fois son manuscrit envoyé à l’éditeur : “Secundo a toujours été prévu ainsi, il n’a pas évolué depuis la sortie du premier tome.” De toute manière, DOA nous confie ne pas avoir eu grandement l’intention de suivre les retours de ses lecteurs : “L’expérience m’a montré que si je commençais à m’intéresser à ce que dit mon public je n’écrirais plus de livre. Les critiques négatives sont très saines pour les écrivains. Ce livre était une proposition forte, un roman dense sur un sujet encore peu populaire, il était normal qu’il désarçonne certains lecteurs. Je suis par conséquent très content de voir que la plupart d’entre eux sont satisfaits.”

 

Pas un héros, mais des personnages

A l’encontre des tendances actuelles, les romans de DOA ne mettent pas en scène de héros, simplement des personnages, les plus humains possible : “Il n’y a pas de héros dans mon roman, mais plusieurs protagonistes. Il me semble évident qu’à partir du moment où on l’on aborde des problèmes complexes, comme le trafic de drogue ou la guerre en Afghanistan, un seul héros ne peut pas tout savoir ni tout comprendre. C’est une veine cinématographique et littéraire que de créer un seul héros qui sert de guide à tout le monde. Je considère pour ma part qu’aucun de mes personnages n’aurait pu tout prévoir dans Pukhtu.” Pour rendre ses personnages encore plus réalistes, DOA n’hésite pas à leur donner des traits humains, à les rendre imparfaits : “Les “bons” personnages doivent avoir leurs moment d’humanité ; ils doivent par exemple pouvoir se tromper. Je porte une grande attention à ce que mes personnages fassent des erreurs, comme nous pouvons en faire nous-mêmes, afin de les rendre plus crédibles.”

 

 

Un long projet

Six. Voilà combien d’années de la vie de DOA ont été consacrées à ce projet colossal. Une longue période, mais il y a bien une raison à ceci ; le roman a été écrit deux fois : “Lorsque j’ai commencé à me pencher sur le projet, tout était encore très confus dans mon esprit et cela s’est évidemment répercuté sur mon texte. Arrivé à 90% de la rédaction, je me suis aperçu que l’intrigue n’était pas assez claire ni précise. Je l’ai donc tout simplement mis à la poubelle avant de recommencer.” Bien sûr, on pourrait penser qu’un écrivain comme DOA subit moins cette pression de la réussite qu’un écrivain débutant, et c’est pourquoi il a pris soin de nous expliquer le contraire : “Si l’on réfléchit bien, je n’avais écrit que deux livres avant Citoyens clandestins qui ne se sont pas bien vendus. Je n’existais donc que peu en librairie. Pukhtu représentait donc un assez fort enjeu pour mon éditeur et pour moi. Je savais à l’époque que je n’avais pas vraiment le droit à l’erreur sur ce livre. Je pense aujourd’hui que nous avons réussi notre coup.”

 

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Faire ressentir le lecteur

Pukhtu est un roman du genre réaliste et fait vivre à ses lecteurs les combats et intrigues de l’intérieur. La vraisemblance est en effet l’une des priorités de DOA : “Lorsque le lecteur traverse les scènes de mon roman, je veux qu’il ait l’impression d’y être. Mes descriptions n’ont pas besoin d’être hautement naturalistes, mais j’ai besoin de détails pour écrire, je suis un expert en petits détails. L’idée est que mon roman soit suffisamment précis pour que lorsque l’un de mes personnages se prend une bombe dans la gueule, le lecteur se la prenne aussi.” S’il veut faire passer un maximum de sensations, l’écrivain n’est pas du genre à jouer avec son public :”Pour gagner en authenticité, il faut travailler le rythme, la structure, le vocabulaire ; je veux que le lecteur ressente tout, comme dans la vie, sans théâtre. Je n’aime pas les romans où la mort d’un héros est préparée pendant 15 chapitres. Dans la vraie vie, quand on meurt, c’est sans prévenir et c’est ainsi que je veux que mes histoires soient écrites.”

 

 

Le dessous des cartes

Comment s’y prendre pour rédiger une fresque de près de mille pages sans omettre le moindre détail ? Les frises, voilà le secret de l’auteur de Pukhtu : “Je réalise des frises chronologiques, une par année et par personnage. J’ai par exemple réalisé 8×12 frises pour Pukhtu, puisque 12 de mes personnages constituent des points d’entrée pour l’intrigue. Chacun des événements est ensuite répertorié dans un cahier dédié pour chacun des personnages, détaillant jour par jour le contexte, le décor ainsi que toutes les références documentaires disponibles sur cette date, et enfin les points d’entrée et de sortie du personnage dans la scène où il intervient.” Une fois ce socle constitué, DOA peut ensuite commencer à rédiger. “Je suis un grand angoissé dans le travail et c’est pour cette raison que j’élimine un maximum de zones d’ombre avant de me lancer dans l’écriture. Une documentation efficace me permet de fermer certaines perspectives à l’intrigue, la rédaction du plan élimine mes incertitudes et l’écriture résout enfin mes soucis avec la psychologie des personnages.”

 

Multiplier les sources

Documentaires, essais, récits historiques : DOA ne laisse rien au hasard lorsqu’il s’agit de construire le cadre ses romans : “J’ai lu énormément de théories sur les populations pachtounes, des livres assez pointus ainsi que des comptes-rendus d’échanges entre experts, qui m’ont permis de bien comprendre la psychologie des habitants, leur vision des choses et leur façon de penser ces événements que je mets en scène dans mon roman.” Finalement, la difficulté pour l’écrivain n’a pas tant été de rassembler et de croiser ces multiples sources, mais bien de prendre du recul vis à vis de ces dernières : “La difficulté de la création, c’est de prendre du recul sur son œuvre. C’est finalement une chance pour moi que d’avoir mis un an à construire le plan de Pukhtu, car ainsi, j’ai bénéficié d’un important recul sur les choses, me permettant d’éliminer toutes les phases qui ne sont pas essentielles à mon intrigue. J’ai supprimé énormément de phrases et de scènes redondantes dans le roman. C’est particulièrement vrai pour les scènes de crime qui se répétaient inutilement dans le second tome.”

 

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Suite à cet échange, la soirée s’est poursuivie par une séance de dédicaces, pendant laquelle les lecteurs ont pu échanger directement avec l’auteur.

 

Retrouvez Pukhtu et Pukthu secundo de DOA chez Gallimard.

 

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Christina Lamb

Tout juste revenue d’Alep, en Syrie, la journaliste britannique Christina Lamb a passé quelques heures en compagnie d’une trentaine de lecteurs de Babelio le 7 novembre dernier, pour échanger autour de Nujeen, l’incroyable périple, témoignage qu’elle a écrit à quatre mains avec la jeune Syrienne Nujeen Mustafa, et publié en France chez Harper Collins.

À 16 ans, elle a fui la Syrie ravagée par la guerre en fauteuil roulant. 

Le témoignage exceptionnel et poignant d’une jeune fille qui a choisi la voie de l’espoir.

En 2015, Fergal Keane, journaliste à la BBC, repère dans la foule des migrants une adolescente en fauteuil roulant. Emu et admiratif devant tant de cran, il recueille son témoignage. Aussitôt, les medias et les réseaux sociaux s’enflamment.

Avec la collaboration de Christina Lamb, Nujeen raconte comment elle a trouvé le courage de s’engager dans ce dangereux périple de 6 000 kilomètres, depuis la Syrie jusqu’à l’Allemagne en passant par la Grèce et la Hongrie.

Un récit porté par l’incroyable détermination de Nujeen et le principe auquel elle n’a pas dérogé : ne jamais être une victime.

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Diplômée d’Harvard, d’Oxford, grand reporter pour le Sunday Times, couronnée par de nombreux prix, dont le prix Bayeux-Calvados qui récompense le meilleur correspondant de guerre européen, la biographie de Christina Lamb a de quoi intimider les lecteurs. Elle est notamment le coauteur de Moi, Malala, qui a fait connaître au monde le combat de Malala Yousafzai pour l’éducation au Pakistan, combat qui a valu à la jeune Pakistanaise le Prix Nobel de la Paix en 2014.

Le destin d’une jeune fille

Après Malala, Christina Lamb a voulu se faire le porte-voix de Nujeen, une Syrienne de 16 ans, handicapée, qui a réussi à fuir son pays en guerre en 2014. Par ce témoignage, Nujeen et Christina Lamb ont souhaité faire passer un message : les migrants ne sont ni une maladie, ni une statistique. Ce sont des gens comme vous et moi.

Christina Lamb a choisi de consacrer un livre à Nujeen, plutôt qu’un simple portrait dans un journal. Cela lui permettait de rendre son histoire dans le détail, dans un souffle plus long, a fortiori sur un sujet complexe comme la situation en Syrie.

Depuis 28 ans qu’elle couvre des conflits, Christina Lamb aime écrire à hauteur d’homme, en relayant le point de vue d’acteurs impliqués, que ce soit dans ses articles ou dans ses livres. Cela facilite l’identification pour le lecteur, surtout lorsque l’on parle de territoires et de situations éloignés de son quotidien.

Ce livre, c’est l’histoire de Nujeen, son vécu. Née en 1999, elle a connu la dictature, la révolution, et la guerre. Son destin est intimement lié à l’histoire de son pays.

A l’origine, Nujeen n’était pas sûre que son histoire intéresserait qui que ce soit. Mais pour quelqu’un qui a grandi avec le sentiment d’être un fardeau, d’être inutile pour sa famille, écrire un livre c’était avoir enfin quelque chose à dire.

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La fabrique d’un témoignage à quatre mains

La rédaction du livre s’est faite sous la forme d’une série d’interviews. Une fois que Nujeen s’est installée en Allemagne, la communication s’en est vue simplifiée, notamment grâce à Skype. Christina Lamb a également mené des entretiens avec ses frères et sœurs réfugiés avec elle en Allemagne, ainsi qu’avec ses parents et son autre frère établis dans le sud de la Turquie.

Nujeen étant cantonnée dans son appartement, la guerre venait à elle à travers les yeux de son frère et sa sœur, qui sortaient pour étudier. C’est pourquoi leurs témoignages à eux aussi étaient essentiels pour le livre. C’est à travers eux que Nujeen a pris conscience de l’histoire et de l’actualité de son pays.

En tant que correspondante de guerre, Christina Lamb a été confrontée à l’horreur toute sa carrière. L’indéfectible optimisme de Nujeen a été pour elle particulièrement rafraîchissant. Son optimisme, mais également sa curiosité sans limite. Nujeen a toujours été avide d’apprendre. Elle a même fini par en remontrer à Christian Lamb sur des faits obscurs de l’histoire de l’Angleterre…

De par son métier, l’auteur connaissait bien le sujet, les zones traversées par Nujeen. Elle avait à cœur de montrer dans ce livre la logistique, toute l’organisation que demande un projet d’émigration. Comment on trouve un passeur, comment on se débrouille pour charger son téléphone etc. Le seul endroit du périple de Nujeen où elle n’était jamais allée, c’était le point de départ, la ville d’Alep, et elle a justement fini par pouvoir s’y rendre la veille de la rencontre.

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A propos de la Syrie et des migrants

Interrogée sur la guerre en Syrie, Christina Lamb rappelle que le printemps arabe est né en Tunisie, puis s’est étendu à l’Egypte et à d’autres pays de la région avant d’arriver en Syrie en mars 2011. Mais le régime de Bachar al Assad a étouffé le mouvement dans l’œuf, en lui opposant immédiatement une réponse militaire.

« De toute ma carrière, je n’ai jamais vu une ville aussi détruite qu’Alep. Bachar al Assad est très confiant : il estime que pour le citoyen syrien, le seul choix possible est entre son régime et l’Etat Islamique, et que pris dans cet étau, le citoyen choisira el Assad plutôt que Daesh

À ses yeux, le terrorisme actuel prend racine dans le soutien apporté aux djihadistes afghans par les occidentaux dans les années 80 (la CIA, le MI6, le renseignement français.) En ces temps de guerre froide, toute opposition à l’URSS était bonne à prendre. Le retrait des troupes soviétiques en 1989 a laissé 45 000 combattants armés livrés à eux-mêmes, sous le commandement d’Oussama Ben Laden. C’est parmi eux qu’on trouvera les promoteurs d’Al-Qaïda hier, et de l’Etat Islamique aujourd’hui.

Si Nujeen est aujourd’hui en Allemagne, c’est qu’elle a suivi le même parcours que beaucoup de migrants après l’engagement d’Angela Merkel d’ouvrir les portes du pays à un million de réfugiés. La plupart de ceux qui fuient la Syrie souhaitent se rendre en Allemagne ou dans les pays scandinaves, où ils espèrent être accueillis et aidés. La France et la Grande-Bretagne ont en revanche mauvaise réputation : « Je n’ai jamais rencontré un seul migrant qui rêvait d’aller en France. »

« En tant qu’Européenne couvrant la crise des migrants, j’ai éprouvé un sentiment de honte. Sur un continent qui compte 500 millions d’habitants, il ne devrait pas être si compliqué d’accueillir un ou deux millions de réfugiés. L’Europe aurait pu mettre en place des infrastructures pour les accueillir dignement, ne pas les laisser dormir dans des champs boueux ou se faire tabasser par la police. C’est honteux. » Elle rappelle que le flux de migrants s’est tari car l’Europe a fermé ses portes. Ils se retrouvent aujourd’hui bloqués en Italie et en Grèce, qui n’ont pas les moyens de les accueillir. Et la voie terrestre étant fermée, beaucoup choisissent de passer par la mer, s’exposant aux tragédies que l’on connaît.

La télévision, fenêtre sur le monde

Condamnée par son handicap a rester enfermée au 5ième étage toute sa jeunesse (sans ascenseur, elle ne pouvait sortir que dans les bras de son frère), Nujeen a appris l’anglais grâce aux feuilletons américains qu’elle regardait en boucle à la télévision, en particulier Des Jours et des Vies (diffusé en France sur France 2) Elle dit d’ailleurs parler « un anglais de soap opera ».

Christina Lamb souligne le rôle clé de la télévision dans le développement de Nujeen. C’est paradoxal pour une mère occidentale qui n’a aucune envie de voir son fils planté devant le petit écran du matin au soir. Et pourtant, pour Nujeen, la télévision était la seule fenêtre sur le monde, dispensant à la fois divertissement et éducation. Elle a initié la jeune fille l’anglais grâce à Des jours et des vies, « cet horrible feuilleton », mais aussi à l’histoire, à la science, à l’actualité etc. Tout une vision du monde informée par la télévision : «En arrivant en Europe, Nujeen a été très déçue de voir que la nourriture était bien différente de celle qu’on voyait dans Master Chef… »

Lorsqu’un journaliste l’ayant rencontrée à la frontière serbe lui a demandé pourquoi elle parlait un si bon anglais, c’est tout naturellement que Nujeen a répondu que les acteurs de Des jours et des vies avaient été ses professeurs. La presse s’est évidemment emparée de l’anecdote. Si bien que les acteurs de la série ont fini par tourner une séquence dédiée à Nujeen, diffusée dans le talk-show de John Oliver. Au départ, elle était très excitée de voir ces acteurs qui l’avaient tant obsédée parler d’elle. Mais finalement, elle a été un peu déçue : d’une part de voir son intimité ainsi dévoilée à l’écran, et d’autre part parce qu’elle jugeait totalement irréaliste de voir les personnages de Des Jours et des vies parler de la question des réfugiés…

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Un mot de la traductrice

Exceptionnellement, l’interprétariat de la rencontre était assurée par la traductrice du livre, Fabienne Gondrand, qui a accepté de dire quelques mots de son travail sur ce livre : « Traduire un témoignage, c’est avoir la responsabilité de porter une voix unique, sincère, touchante. On n’a pas le droit de la trahir. Il faut tâcher d’être le plus juste possible, surtout lorsqu’il s’agit comme Nujeen d’une jeune fille pleine d’espoir et d’humour. Pour tout vous dire, il m’est arrivé à plusieurs reprises de pleurer d’émotion devant mon écran. »

Un livre, et après ?

À une lectrice l’interrogeant sur la vie de Nujeen en Allemagne, Christina Lamb répond que même s’il y a évidemment « beaucoup de choses à réparer », elle a pu aller à l’école pour la première fois, se faire des amis, avoir un fauteuil adapté. Lorsqu’elle l’a vue deux semaines plus tôt, la jeune fille était ravie car elle venait de se faire poser des bagues dentaires ! Elle est donc plus heureuse qu’à Alep, même si son pays lui manque, tout comme ses parents, qui sont toujours en Turquie.

Concernant ses relations actuelles avec Nujeen et Malala, les deux jeunes femmes dont elle a porté le témoignage, Christina Lamb estime qu’il serait horrible d’écrire sur la vie de quelqu’un et de couper les liens une fois le livre sorti. Elle reste très proche des deux. Elle a tout récemment visité le zoo de Cologne avec Nujeen, toujours aussi curieuse de tout, qui n’a pas manqué de lui raconter mille anecdotes sur la vie des animaux. Et elle rapporte cette anecdote à propos de Malala, devenue une amie de sa famille : « Lorsqu’elle a reçu le prix de Nobel de la Paix, mon fils m’a dit : ‘Mais Maman, ils ne peuvent pas lui donner : elle est toujours en train de se battre avec son frère !’ »

De manière générale, Christina Lamb explique que les communications ont bien changé depuis ses premières années de journaliste. Il était autrefois plus difficile de rester en contact avec quelqu’un rencontré à l’occasion d’un reportage à l’autre bout du monde. Aujourd’hui, tous les migrants sont sur WhatsApp : « Je reste en contact avec tous ceux que je rencontre. Et ils passent même mes coordonnées à d’autres migrants. Je reçois régulièrement des messages d’inconnus qui me disent ‘Je suis coincé en Croatie ! Que faire ?’. Je suis devenue un vrai service de renseignements ! »

Sur ce sourire s’achève une rencontre qui a traité de sujets d’actualité parfois difficiles, mais transcendés par l’optimisme de cette jeune syrienne de 16 ans. Les lecteurs ont pu poursuivre leurs échanges avec Christina Lamb à l’occasion d’une séance de dédicace.

Retrouvez Nujeen, l’incroyable périple de Nujeen Mustafa et Christina Lamb, publié chez Harper Collins.

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Retrouvez notre interview en vidéo avec l’auteur ainsi qu’un aperçu de la rencontre :

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Dominique Sylvain

Imaginez des néons éblouissants, d’innombrables affiches aux couleurs flamboyantes et une multitude de petits bars sombres où le champagne coule à flot… Vous y êtes ? Bienvenue à Kabukicho, le Pigalle japonais, dans lequel se sont projetés les lecteurs de Dominique Sylvain, l’auteur du roman éponyme, publié chez Viviane Hamy. Le mardi 8 novembre dernier, intrigués par cet étrange quartier japonais, les lecteurs sont venus rencontrer la célèbre auteur de polar dans les locaux de Babelio.

À la nuit tombée, Kabukicho devient le quartier le plus sulfureux de la capitale nipponne. Au cœur de ce théâtre, les faux-semblants sont rois, et l’art de séduire se paye à coup de gros billets. Deux personnalités entrent en jeu : Yudai, dont les clientes goûtent la distinction et l’oreille attentive, et Kate Sanders, la plus recherchée des hôtesses du Club Gaïa, l’un des derniers lieux où les fidèles apprécient plus le charme et l’exquise compagnie féminine que les plaisirs charnels.

Pourtant, sans prévenir, la jeune femme disparaît. Le piège de Kabukicho s’est-il refermé ?

Entre mensonges et pseudo-vérités, il sera difficile de démêler les fils d’une manipulation démoniaque ; pour le plus grand plaisir du lecteur.

 

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Nuits nippones

Il suffit parfois d’un rien pour faire poindre l’idée d’un roman chez un écrivain. Pour Kabukicho, c’est une phrase prononcée lors d’un reportage qui a initié son écriture : “J’ai vu il y a longtemps un reportage très intéressant sur un hôte japonais à Osaka, qui racontait les coulisses de son métier. A force de flatter ses clientes nuit après nuit, ce dernier expliquait que le mensonge lui faisait perdre pied : quelquefois, il ne savait plus très bien qui il était. En entendant cette phrase, je me suis dit qu’elle pourrait être l’occasion d’un roman à propos de l’identité.” Il n’existe pas de véritable équivalent de ces hôtes japonais en France puisque pour ces derniers, le sexe n’est absolument pas obligatoire et qu’il n’est donc pas question de prostitution : les femmes viennent se faire complimenter et cherchent à entretenir d’intéressantes conversations, un peu à la manière des geishas. “Cela faisait 20 ans que je n’avais pas écrit sur le Japon et je tenais à y situer celui-ci. Lorsque j’ai découvert cet aspect de la nuit japonaise, j’ai créé mes personnages et me suis lancée. “

 

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La nuit du mensonge

D’une traite, voilà comment Dominique Sylvain souhaite que ses lecteurs lisent son livre : “Je voulais qu’ils entrent dans la nuit de Kabukicho et n’en sortent qu’à l’aube. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’y a pas plus de trois personnages principaux, afin de fluidifier au maximum le roman.” L’intrigue du roman est par ailleurs inspirée d’une affaire criminelle réelle : “Je me suis intéressée au cas Lucie Blackman, une jeune hôtesse de l’air anglaise criblée de dettes, expatriée au Japon afin d’y devenir hôtesse et assassinée par un mystérieux tueur. Cette affaire a été résumée dans un ouvrage dont la lecture m’a beaucoup aidé pour la rédaction de Kabukicho.”

 

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Le roman de soi

Interrogée sur ses sources d’inspiration, l’écrivain française explique que l’état d’esprit de l’auteur influence selon elle grandement l’écriture d’un roman. En effet, l’écriture de Kabukicho, roman qui traite de l’identité, s’est apparentée pour elle à un exercice schizophrénique : “L’intégralité du roman tourne autour de la question de l’identité. Cela est dû au fait que je me trouve aujourd’hui dans une période de ma vie où je me questionne beaucoup sur ce que je fais. Je suis depuis quelques temps éminemment touchée par les histoires de réel, de fiction et tous ces états d’âmes se retrouvent dans mon roman.”

 

 

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Légitimité

Si les protagonistes du roman de Dominique Sylvain sont majoritairement européens, alors même que son roman se déroule au Japon, c’est pour des raisons de légitimité : “Je ne me permettrai jamais d’écrire un roman composé uniquement de narrateurs japonais ; mes personnages français sont là pour me légitimer. Je ne peux pas parler à la place d’un Japonais que je ne suis pas. Je déteste ces auteurs qui se permettent de s’accaparer une culture, je prends donc garde de décrire mes personnages avec le plus grand réalisme possible.” Cependant, de ce réalisme, Dominique Sylvain s’autorise parfois à s’en affranchir : “J’aime quand mes personnages sont défoncés ou saouls, parce qu’ils me permettent alors quelques paragraphes de poésie. J’aime ajouter des moments lyriques à mes romans noirs, malgré l’intrigue, afin de faire des pauses. Bien sûr, un roman ne doit pas être entièrement fait de poésie, mais j’aime me le permettre, je trouve cela très amusant.”

 

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Polar pour tous

Si Tokyo est si présent dans l’oeuvre de DS, c’est loin d’être un hasard :  cette ville, elle la porte dans son coeur : “Il faut admettre que j’ai toujours aimé Tokyo, c’est pour moi la ville ultime. Paris, Londres, Rome, sont pour moi des villes musées. Tokyo au contraire est ultra moderne ; j’aime son esthétique à la Blade Runner. C’est une ville vraiment très inspirante. Les Japonais détruisent avec une incroyable facilité car chez eux, un building des années 80 est déjà une antiquité. Je trouve magnifique la façon qu’ils ont d’embrasser la modernité tout en conservant leurs traditions.”

 

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Le swing du polar

Cela fait désormais plus de vingt  ans que Dominique Sylvain écrit des romans policiers : “J’ai écrit beaucoup de polars parce que j’aime en lire mais aussi parce que ce genre correspond le mieux à mon projet.” Pourtant, Kabukicho s’apparente davantage à un roman noir qu’à un polar. A ce sujet, Dominique Sylvain s’explique : “J’ai ressenti une sorte de lassitude à l’abord de ce nouveau roman. Je ne voulais pas mettre en scène de policiers traditionnels ni créer une enquête classique où l’on découvre le meurtrier à la dernière page. J’apprécie les genres du polar et plus largement du roman noir mais je dirais pour ma part qu’il s’agit plutôt, avec Kabukicho, d’une enquête dramatique.” Plus encore que l’aspect contemporain du polar, c’est aussi son cadre qui a poussé l’écrivain à s’y consacrer : “C’est un peu par peur que je me suis orientée vers le roman. J’ai toujours été effrayée par la littérature générale car tout y est possible. Le genre du polar possède quant à lui un cadre et fait appel à certaines règles. Tout en me sentant assez libre de détourner ces règles en intercalant une scène lyrique ou drôle dans mes intrigues, je me sens rassurée par ce cadre.”

Suite à cet échange riche en questions et considérations sur le monde japonais, la soirée s’est poursuivie par une séance de dédicace pendant laquelle les lecteurs ont pu profiter d’un verre de l’amitié pour échanger plus amplement sur leur analyse du roman.

 

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Retrouvez Kabukicho de Dominique Sylvain, publié chez Viviane Hamy.

Découvrez l’interview vidéo de la rencontre :

Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Karine Tuil

“Dans une société où les gens lisent de moins en moins, on se pose la question de l’utilité de l’écriture. Rencontrer des lecteurs donne confiance aux écrivains et ce lien avec vous, est très précieux. Je suis très heureuse de cette initiative”. Voilà les mots de Karine Tuil, l’auteur de L’insouciance, publié chez Gallimard, à son arrivée dans les salons de son éditeur, le 13 octobre dernier devant une trentaine de lecteurs Babelio.

De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée, il a une liaison avec la jeune Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami de Romain, Osman Diboula, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

 

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La rupture du 11 septembre

Si les attentats du 11 septembre ont profondément remué la société américaine et changé les perspectives de nombreux écrivains américains, il ne faut pas sous-estimer non plus leur impact sur les écrivains français : “Le 11 septembre est un élément très important de l’Histoire, il incarne une véritable cassure car dès lors, le monde est entré en guerre.” A l’origine, le roman de Karine Tuil démarrait quelques années après les attentats qui ont frappé le sol américain avant qu’un prologue ne s’impose finalement à elle : “En écrivant, je me suis rendu compte qu’il fallait évoquer cet épisode qui marque pour beaucoup de monde la fin d’une période d’insouciance. C’est à travers cet épisode que certains ont ouvert les yeux sur les questions de terrorisme. J’ai connu le cas d’un français décédé dans les tours jumelles et dans l’Insouciance, un roman sur la perte, il m’a semblé évident de devoir évoquer les choix de vie et les conséquences de ces décisions sur notre destin.”

 

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Miroir du monde

Karine Tuil a écrit l’Insouciance afin de mettre ses mots sur une épreuve, intime et collective. Le titre du roman, c’est la presse qui lui a soufflé, il y a presque un an maintenant : “Le titre m’est venu en 2015. Ce mot d’insouciance a été beaucoup prononcé pendant les attentats, où les médias évoquaient souvent une “perte de l’innocence” et la “fin de l’insouciance” pour les français.” Dur et jamais rose, le roman de Karine Tuil se veut lucide sur la société, simplement parce que l’auteur ne souhaite pas raconter d’histoire à ses lecteurs : “Les fragments de bonheur sont rares pour tout le monde, il faut savoir les apprécier. Mon roman est clairvoyant, j’ai souhaité retranscrire la réalité de la brutalité de notre société. Cette brutalité, je ne peux pas la comprendre ni l’expliquer, mais je dois la raconter, c’est pour moi le rôle de l’écrivain que d’être le miroir du monde.”

 

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Mise en danger

L’Insouciance débute à proprement parler avec l’embuscade d’Uzbin, près de Kaboul, où une dizaine de français ainsi que leur interprète ont été tués par des talibans : “J’ai été très marquée par cet événement et j’ai eu l’impression que l’on en parlait très peu.” La France ne propose d’ailleurs aucune littérature à propos du retour des soldats, contrairement aux Etats-Unis et c’est l’une des raisons pour lesquelles Karine Tuil a choisi de s’y intéresser. Sujet évidemment risqué, elle s’est laissé le temps de la réflexion -elle a écrit un autre roman entre temps, et s’est lancée sur ce tortueux chemin : “J’ai rencontré un soldat rentré indemne du combat et cet échange m’a permis de me lancer. Je me suis autorisé beaucoup de libertés sur le sujet, il me semblait important d’en parler. J’aime l’idée de se mettre en danger lorsque l’on écrit. Je pense que s’il n’y a pas la possibilité de tout perdre en écrivant un texte, alors il n’a pas grande utilité pour l’auteur. J’aime beaucoup les défis.”  

 

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Au plus près de la réalité

L’une des spécificités des romans de Karine Tuil est l’immense travail documentaire qu’elle effectue en amont de ses récits : “Le détail est pour moi très important en littérature et il m’arrive de devoir rencontrer deux ou trois personnes afin de faire évoluer un petit détail dans ma narration.” Proche d’un travail journalistique, cette démarche s’en détache pour Karine Tuil qui évoque la force d’empathie de l’écrivain : “Les gens parlent très librement aux écrivains, ils n’ont pas peur d’être trahis, car nous ne sommes pas des journalistes. J’ai tenté d’être au plus près de la réalité des familles de soldats. C’est l’aspect qui m’a le plus tenu à cœur dans ce livre.”

 

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Des personnages au service de l’intrigue

Dans les romans de Karine Tuil, les personnages sont créés en fonction des besoins de l’intrigue : “Tous mes personnages découlent de mon héros, le soldat Romain Roller, le premier sorti de mon imagination. Les conflits sont essentiels aux romans, sans eux il n’y aurait pas d’intrigue ! Dans mon roman, mes personnages ont des différends politiques, des visions antagonistes de la vie, c’est ainsi qu’ils s’affrontent même s’ils ne se croisent pas à toutes les pages. Chacun a été créé en fonction du personnage de Romain, comme des contrepoints. Et si certains sont amoureux, c’est parce que je souhaitais apporter un peu de lumière dans le roman, permettre une reconstruction à mes personnages, insérer un peu d’espoir dans mon univers.

 

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L’exercice de la solitude

Comme on pourrait s’en douter, l’écriture est un grand moment de solitude pour les auteurs et la solitude pour Karine Tuil, c’est aussi le moment où ses doutes font surface : “Malgré le fait que les médias parlent de nous et nous convoquent quelquefois, le moment de l’écriture est un moment que l’on vit seul. Lorsque j’écris, les seules choses dont j’ai conscience sont ma solitude et mes doutes. Chaque jour à ma table de travail, je suis confrontée au fait de ne pas parvenir à écrire les choses comme je le voudrais.” D’ailleurs, être isolé du monde n’est pas toujours un exercice facile, surtout en périodes troubles : “Je n’ai pas pu écrire pendant les attentats de Paris. Je pense que cette vulnérabilité nouvelle que j’ai ressenti à cette période se sent dans mon roman. Ces attentats m’ont beaucoup fait réfléchir car lorsque vous êtes assis seul chez vous, la littérature perd de son sens : pourquoi s’enfermer alors que le monde s’écroule ? Si je n’avais pas été aussi avancée dans le roman, j’aurais sans doute abandonné.”

 

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Inspirations

Michel Houellebecq, Marie Ndiaye, Maylis de Kerangal, Emmanuel Carrère ou encore Philip Roth, voilà les auteurs qui inspirent au quotidien l’écriture de Karine Tuil : “Les obsessions de Philip Roth sont très similaires aux miennes, comme tout ce qui tourne autour des questions d’identité. David Simon, l’un des créateurs de la série The Wire m’a également beaucoup influencé dans son traitement de la société américaine. En effet, les américains ont une vision plus sociale de leurs écrits, ce qui est souvent moins le cas en France. Pourtant, la dimension sociale est passionnante dans un roman.”

 

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Après ce riche échange, les lecteurs ont eu la chance de pouvoir échanger directement avec l’auteur lors d’une séance de dédicace.

Retrouvez L’Insouciance de Karine Tuil, publié chez Gallimard.

 

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