Rencontre haute en couleur avec Jean-Gabriel Causse

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Comme l’écrivait Nietzsche, « des goûts et des couleurs on ne discute pas… et pourtant on ne fait que ça ! » Alors forcément, lorsqu’on reçoit pour une rencontre avec des lecteurs un designer spécialiste des pigments comme Jean-Gabriel Causse, également auteur de deux livres sur le sujet, la conversation s’oriente assez vite sur… les couleurs. T-shirt et baskets roses, veste et pantalon de costume gris, l’auteur irradie et s’explique sur ses choix vestimentaires : « Quand je travaillais dans la publicité, j’étais toujours habillé en noir, teinte du chic par excellence dans la culture occidentale. Mais aujourd’hui je me lâche plus, et le rose est la première couleur que j’ai portée médiatiquement parlant, pour une émission chez France Télévisions. Du coup j’ai pris l’habitude de m’habiller comme ça pour toutes les rencontres et interviews. Et puis c’est aussi un peu de la provoc’, vu qu’on dit le rose réservé aux filles. D’ailleurs c’est une couleur qui revient à fond, et l’expression « voir la vie en rose » est confortée par des études scientifiques récentes. Le rose met de meilleure humeur ! »

De l’essai au roman

Déjà auteur d’un essai sur le sujet l’an passé (L’Etonnant pouvoir des couleurs), Jean-Gabriel Causse s’est cette fois laissé tenter par le roman avec Les Crayons de couleur. « Mon essai paru en 2016 a beaucoup plu. Pour autant, je ne m’imaginais pas écrire une sorte de suite, un nouvel essai. Ce serait plutôt une mission pour des scientifiques. Pour mon nouveau livre, j’ai eu le déclic en dînant au restaurant Dans le noir, à Paris : comme son nom l’indique il fait noir dans ce lieu, et vous y êtes servi par des aveugles. Pour moi ça a été un choc. Une fois qu’on sort de l’apitoiement vis-à-vis de ces personnes, on se rend compte qu’elles ont en fait quatre sens beaucoup plus développés que les nôtres, et on se sent presque démunis. C’est ainsi que le personnage de Charlotte, neuroscientifique aveugle spécialiste de la couleur, a germé dans mon esprit. Après, j’ai quand même essayé de garder un équilibre entre le roman et quelque chose de plus informationnel sur les couleurs. »

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Un monde terne : le nôtre

Une fiction donc, qui évoque un monde dont les couleurs auraient disparu du jour au lendemain. « Je fais la satire d’une société aseptisée, la nôtre. J’appuie sur ce qui se passe dans notre pays. Avant, jusque dans les années 1980, il y avait de la couleur partout. Gamins, on ressemblait tous à des perroquets ! Mais aujourd’hui, les architectes ne maîtrisent pas la couleur, les promoteurs immobiliers font des décos blanches, et les gens qui y vivent ne mettent plus de couleur – d’ailleurs des marques très colorées comme Benetton perdent de la vitesse, Desigual restant une exception. Le grand « retour de la couleur » dont parlent sans cesse les magazines de mode n’a en fait pas encore eu lieu. Les gens préfèrent le noir, parfois parce qu’ils pensent que ça amincit, alors que c’est complètement faux : une voiture noire ne paraît pas moins imposante qu’une voiture noire, par exemple. »

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L’enfance de la couleur

Dès sa couverture, le livre de Jean-Gabriel Causse fait appel à notre âme d’enfant. Comme le souligne une lectrice lors de la rencontre, on a immédiatement envie de la colorier, de combler les blancs pour se l’approprier. Et l’auteur de répondre : « Je suis très heureux que ça provoque chez vous cette envie, c’est complètement voulu, jusqu’au choix du papier de couverture. Il aurait été impossible pour moi d’écrire ce livre sans évoquer l’enfance. Les enfants adorent les couleurs, ils vont instinctivement vers ce qui est le plus coloré. Il faut absolument éviter de leur faire des chambres blanches ou ternes, ça pourrait les déprimer. D’ailleurs ma femme trouve que j’ai encore une âme d’enfant. Et de fait, je détesterais devenir adulte. » Une jolie note d’espièglerie pour finir une rencontre haute en couleur, avant de signer son livre lors de la traditionnelle séance de dédicace.

Retrouvez Les Crayons de couleur de Jean-Gabriel Causse, publié aux éditions Flammarion.

Rencontre avec Thomas Raphaël : de la fiction aux chroniques autobiographiques

Il y a des rencontres que l’on pourrait presque confondre avec des conversations entre amis : c’est le cas de l’événement du 21 septembre dernier avec Thomas Raphaël, au cours duquel 30 lecteurs sont venus échanger avec l’auteur de J’aime le sexe mais je préfère la pizza.

« Demain, on reprendrait le bateau, le train, puis Hélène un taxi et l’avion, on quitterait l’odeur de citron. Mais là, seul avec Hélène sur le port de Procida, j’ai eu l’impression que j’étais amoureux. Elle n’avait pas besoin d’un confident, j’ai réalisé, elle avait besoin de quelqu’un qui mangerait ce qu’elle commandait pour lui. Hélène était facile à aimer : il suffisait d’avoir faim. C’était simple et je me sentais important de l’avoir compris. Il y aurait pour Hélène d’autres hommes, qui auraient plus faim que moi, mais ce soir j’étais fier du privilège, dans le cliquetis des bateaux, couteau et fourchette à la main, de terminer avec elle le dernier quart de sa première pizza. »

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Des chroniques autobiographiques

J’aime le sexe mais je préfère la pizza est le quatrième roman de Thomas Raphaël, mais c’est le premier dans lequel il se livre de manière aussi intime : “Ce roman est différent de mes romans précédents dans la mesure où je me mets en scène : il n’y a pas de grande histoire avec du suspens et des rebondissements. J’avais un peu peur de présenter cet ouvrage, c’est pour cela qu’aujourd’hui je demande un peu de bienveillance à mes lecteurs : c’est un livre intime.”

Thomas Raphaël propose ainsi dans ce livre un habile mélange entre anecdotes humoristiques et véritables leçons de vie : “Certaines anecdotes n’ont eu aucune incidence sur ma vie tandis que d’autres ont eu une importance cruciale, mais leur sens ne m’est apparu que quelques années plus tard. Il faut parfois des années pour comprendre la signification d’un événement.”

Si l’auteur, qui a travaillé dans l’écriture de séries télévisées, a écrit ses premiers romans en s’appuyant sur son expérience de la dramaturgie, il s’en distancie petit à petit : pour écrire son dernier livre, il a davantage utilisé ses anciens journaux intimes et a fait appel à sa mémoire pour donner du corps à ses souvenirs incomplets : “J’ai eu l’habitude d’écrire un journal pendant des années. Ça a été une source d’inspiration évidente, mais il m’a été difficile de raconter la vérité car, avec le temps, les souvenirs se sont effacés. La nouvelle avec ma grand-mère est la seule qui soit 100% vraie, mais les autres sont 100% sincères. Ce qui m’importait, c’était de raconter ces histoires avec sincérité.”

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Un format inédit

L’auteur a ensuite expliqué son choix de ne pas présenter ses chroniques dans un ordre chronologique : “Ces petites histoires ne sont pas hiérarchisées et ne se suivent pas de manière cohérente car elles ont toutes leur place dans ce livre. Il y avait plein d’ordres possibles, mais ma principale contrainte était d’éviter l’ordre chronologique : je ne voulais pas que ce soit une démonstration logique, je voulais au contraire que les histoires se répondent entre elles.”

À mi-chemin entre le roman et les nouvelles, le format des chroniques s’est naturellement imposé à Thomas Raphaël : “Je trouve ça dur de m’engager auprès de personnages et de les quitter au bout de quinze pages. Ici, j’avais la satisfaction de retrouver le même personnage d’une histoire à une autre. Et sur un texte d’une dizaine de pages, on peut être plus créatif, il y a moins d’enjeu. Dans une nouvelle, on part d’une petite idée et on la développe pour voir si elle peut mener à quelque chose, la forme est un peu plus libre. Par contre, j’ai du faire très attention à la façon de les conclure. Il faut en effet apporter un soin tout particulier à la fin d’une nouvelle.”

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De l’intimité à la pudeur

De confidence en confidence, l’auteur n’a pas manqué de partager avec ses lecteurs ses craintes lors de la présentation de son roman à ses proches. Il leur a également confié que cette publication a été l’occasion pour lui de renouer avec des amis perdus de vue : Marine et Cécile font ainsi partie de ces amis qui ont donné leur autorisation à Thomas Raphaël pour qu’il utilise leur véritable prénom.

Touchée par ce souci d’authenticité, une lectrice en a ainsi profité pour prendre la parole et saluer le juste équilibre entre confidences et pudeur : “La pudeur n’a pas été un critère de sélection des chroniques. L’important pour moi n’était pas d’être impudique, mais de dire les choses qui ont besoin d’être dites pour me faire comprendre. Je voulais que les lecteurs puissent se mettre dans ma peau.”

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La libération par le rire

Interrogé sur le sens de l’humour et l’autodérision dont il fait preuve dans son dernier roman, Thomas Raphaël a expliqué à ses lecteurs comment l’humour lui était salutaire dans l’écriture : “Ecrire, c’est figer les choses et donner un sens à la vie. Faire rire mes lecteurs à propos de quelque chose dont on n’est pas censé rire, transformer mes mauvaises aventures en blagues, c’est prendre une revanche sur la vie. Au moment où on rit, on prend le dessus sur un événement. L’humour est précieux pour ça.”

L’auteur en a profité pour citer les artistes dont il s’est inspiré pour l’écriture de ce dernier ouvrage : David Sedaris, en un premier temps, qui a convaincu l’auteur de se lancer dans l’écriture de chroniques autobiographiques, et Nora Ephron, dont il apprécie la manière de concevoir le rire.

> Lire l’interview de Thomas Raphaël

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Oser devenir soi

Finalement, il est apparu à l’auteur que le thème essentiel de son livre était l’acceptation de soi : “Je ne l’ai pas fait consciemment, mais le fil rouge de ce livre c’est finalement d’oser devenir soi. Je n’avais pas conscience de ce thème au moment où j’écrivais ce livre, je ne m’étais pas donné de fil rouge, c’est juste le hasard des nouvelles qui prennent forme.”

Maintenant qu’une personnalité a émergé de ce premier ouvrage autobiographique, les lecteurs se sont montrés curieux de savoir ce que cet homme adulte allait devenir : “J’ai encore plein d’histoires à raconter”, les rassure Thomas Raphaël.

Signe qu’il faut sans cesse réapprendre à devenir soi ? Thomas Raphaël a même dû passer un casting pour jouer son propre rôle et être le lecteur de son propre livre pour la version audio de J’aime le sexe mais je préfère la pizza !

Retrouvez J’aime le sexe mais je préfère la pizza de Thomas Raphaël, publié aux éditions Flammarion.

Sur le chemin de nos racines avec Alice Zeniter

Après Sombre Dimanche prix du Livre Inter en 2013 et Juste avant l’oubli prix Renaudot des lycéens en 2015, Alice Zeniter fait son grand retour dans les librairies avec L’art de perdre publié chez Flammarion. L’auteure née à Alençon en 1986 tente de renouer pour son cinquième roman avec ses racines algériennes à travers Naïma, personnage central et énigmatique de ce livre. Récit d’une rencontre entre celle qui voit son nom habiter d’innombrables sélections de prix littéraires et des lecteurs heureux de poser leurs nombreuses interrogations.

 

« L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?

Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.»

 

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Un projet arrivé à maturation

 

Comme souvent dans ce type de rencontre entre auteur et lecteurs, la première question traite de la démarche d’écriture, des raisons qui ont pu pousser Alice Zeniter à se tourner vers l’Algérie. Un déclic ?
« La question du déclic revient énormément. Je ne sais pas si d’autres écrivains ont déjà répondu oui à cette question qui ne me paraît pas vraiment réelle, efficiente par rapport au temps réel de l’écriture. Pour moi, il y a des années entières pendant lesquelles je peux tourner autour d’une question.  Il n’y a pas vraiment de déclic à proprement parler. Il y a surtout une série de petits signes qui s’étalait au cours des années jusqu’à ce moment où je me suis rendu compte que l’Algérie me faisait un peu du pied pour raconter cette histoire. Ensuite, des questions diverses et variées pour savoir quoi écrire et comment se sont posées dans mon esprit. Finalement le processus s’est étalé sur presque dix ans. Le terme de déclic me paraît ainsi mal résumer le long processus d’émergence d’un roman. »

 

C’est donc un travail de longue haleine qui s’est imposé à Alice Zeniter en vue de l’aboutissement de son livre : « A peu près deux ans, en sachant que le travail d’écriture ne se faisait jamais au même rythme. Dans la même journée, je pouvais travailler sur les trois parties, les trois présentant des charmes particuliers et des difficultés différentes. Je passais de l’une à l’autre pour avoir l’impression de commencer une nouvelle journée de travail. »

 

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Une introspection voilée

 

Comme pour Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, qui faisait face aux lecteurs de Babelio à la place d’Alice Zeniter une semaine plus tôt, la question de l’introspection s’est naturellement posée. Quel fragment d’Alice Zeniter peut-on retrouver dans L’art de perdre ?
« C’est un peu moi et en même temps c’est très dur pour moi d’écrire sur des personnages qui soient trop proches. J’ai besoin de les mettre à distance. Quand mes amis lisent, ils ricanent et disent « Tu as vraiment fait ca pour montrer que ce n’est pas toi ! »J’ai besoin de ça pour réussir à m’intéresser à ces personnes.  J’ai besoin d’être éloignée de ces personnages. J’ai tenu Naïma à distance par la fiction. Par ailleurs, j’ai très vite abandonné l’idée initiale d’utiliser le « je » en me disant que ça ne m’intéressait pas que tout gravite autour de moi. À partir de là, c’est très compliqué pour moi de savoir si c’est mon livre le plus personnel. Oui je crois beaucoup à mon histoire et celle de ma famille, mais des livres qui avaient moins d’éléments autobiographiques directs peuvent tout de même avoir une dimension personnelle. Juste avant l’oubli est, par exemple, le récit indirect de ma rupture amoureuse. C’est peut-être avec ce roman que je me suis le plus débattue dans les remous de l’intérieur. Pas avec L’art de perdre. »

 

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La construction d’un personnage

 

Au-delà de la dimension projective de ce roman, c’est toute la construction du personnage de Naïma qui interroge à la lecture de L’art de perdre. Là encore, en découvrant lentement Naïma et son cheminement, cette quête vers ses racines, impossible de ne pas s’interroger sur la manière avec laquelle ce personnage a pu être pensé, peut-être par rapport à un membre de l’entourage d’Alice Zeniter : « La chose la plus concrète que je puisse relier avec le personnage de Naïma c’est la trajectoire de ma petite sœur par rapport à l’Algérie. Autour de ces questions sur le rapport avec le pays, ma sœur a tout de suite eu un rapport artistique et culturel. Elle a rencontré l’Algérie en allant au contact d’intellectuels et d’artistes de la période postindépendance. Elle est partie dans le cadre d’un colloque avec des vieux algériens qui lui parlaient du temps où ils connaissaient Sartre et consorts. C’est celle-là l’Algérie de ses rêves. » Jusqu’à mettre en branle le propre rapport d’Alice Zeniter quant à l’Algérie et ses racines : « Moi à côté, je voulais simplement voir ma famille, je ne pouvais rien partager avec ces gens, rien qu’à cause de la barrière de la langue. Ma sœur a compris qu’on pouvait découvrir un pays en choisissant ses propres passeurs de culture. Au moment de construire Naïma je me suis dit que j’avais envie de cette relation particulière, de ce passeur choisi. »

 

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Une complexité à réhabiliter

 

Sans brandir l’étendard de l’acte politique engagé, Alice Zeniter n’ôte pas pour autant dans son livre la dimension de réhabilitation que certains lecteurs ont pu trouver : « Je pense que s’il y a un acte politique dans le livre c’est plutôt celui de morceler une parole officielle et unique qui a étouffé énormément les trajectoires personnelles. Quand on dit que les harkis ont été virés de l’histoire, ce n’est pas tout à fait vrai. Ils ont été réduits à une version extrêmement simplifiée. Pour l’Algérie ce sont des traîtres et pour la France ils ont fait un choix conscient, le choix de la patrie française et qui tend à prouver pour leurs contradicteurs que la colonisation n’était pas si mauvaise. » Tout cela afin de mettre en lumière, à l’aide du roman, une complexité bien trop oubliée : « J’ai voulu montrer qu’il s’agissait de gens aux trajectoires multiples, bien plus complexes que ce que l’on présente dans l’histoire officielle. »

 

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Un thème universel, des approches diverses

 

Inévitable également, cette interrogation sur le choix du thème de l’Algérie, très prégnant dans cette rentrée littéraire 2017. Brigitte Giraud, Martin Winckler, Jean-Marie Blas de Roblès, Kaouther Adimi , Kamel Daoud et d’autres … Autant d’artisans de la plume qui se sont mis à l’ouvrage pour évoquer l’Algérie. Une envie commune de briser un certain silence ?
« Je n’en suis pas sûre. Lors du Forum Fnac Livres, nous étions réunis avec Kaouther Adimi, Jean-Marie Blas de Roblès et Brigitte Giraud autour d’un plateau sur le thème de l’Algérie. On s’est alors rendu compte avec ces autres auteurs de la rentrée que nous ne partagions pas la même volonté. Kaouther est algérienne et offre ainsi un récit plus direct, pour Brigitte et Jean-Marie,  il y avait comme une urgence de raconter avant la disparition des derniers témoins. Malgré tout, impossible de ne pas se dire ‘’Tiens on arrive au même moment’’. »

La rencontre se prolongera le temps de quelques questions supplémentaires avant d’aboutir sur une séance de dédicaces, là encore ponctuée par les interrogations des lecteurs posées directement à Alice Zeniter.
Découvrez L’art de perdre d’Alice Zeniter, aux éditions Flammarion.

Rencontre avec Graeme Macrae Burnet : de la campagne écossaise au Delaville Café

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Avec son premier livre publié en français chez Sonatine, finaliste du Booker Prize en 2016, Graeme Macrae Burnet investit les tables des librairies déjà auréolé d’une belle réputation outre-Manche. Son deuxième roman L’Accusé du Ross-Shire (His Bloody Project en VO) met en scène un ado de 17 ans arrêté après un triple assassinat, en 1869. Un roman historique bien particulier puisqu’il livre les pièces du procès de son narrateur, nous plongeant dans les déboires d’un village des Highlands, en Ecosse. Une affaire sans doute plus compliquée que son sujet ne le laisse entendre…

Loin de ces terres du Nord mais sous un ciel bas tout de même, c’est au premier étage du Delaville Café de Paris que 30 lecteurs ont pu rencontrer l’écrivain le 20 septembre dernier, pour 1h30 riche en interactions. Lourds rideaux rouges, chandeliers, cheminée (éteinte), photos en noir et blanc et même un chat au poil long : un cadre parfait pour une rencontre à la fois intimiste et vivante, en présence des éditrices de chez Sonatine et animée par la traductrice du livre, Julie Sibony. Et si l’auteur est originaire du village écossais où fut créé le whisky Johnnie Walker, Kilmarnock, son ouvrage a plus la saveur d’un single malt que d’un blend.

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De l’importance des lieux : un village en Ecosse

D’ailleurs la question du cadre géographique est primordiale dans le récit : « Le personnage central du livre, c’est au final le village. Il y a une connexion très importante entre le narrateur, Rodrick, et son environnement. Transposé ailleurs, il serait une autre personne, car on ne peut pas séparer le décor de l’histoire. C’est un jeune homme intelligent, mais comme piégé : il veut voir du pays, et justement sortir de ce cadre restreint. Il y a aussi sans doute un peu d’autobiographie dans le fait de situer l’action dans les Highlands, vu que ma mère en est originaire et que j’ai moi aussi grandi dans une petite ville d’Ecosse. »

Retour au XIXe siècle

Pour faire vivre cette communauté et immerger totalement le lecteur dans l’action, Graeme Macrae Brunet mène un travail de documentation conséquent : « Je fais beaucoup de recherches avant d’écrire. J’adore ça. En préparation de L’Accusé du Ross-Shire, je suis allé aux Archives nationales écossaises pour consulter des documents historiques, parfois fermés par des cachets de cire rouge. Quand on met la main là-dessus, on peut carrément sentir l’odeur de l’Histoire. Mais ce qui m’intéresse le plus, ce sont les détails de la vie des gens à l’époque, leur quotidien. Et donc la langue qu’ils parlaient pour désigner tel ou tel objet. » De l’aveu de Julie Sibony, voilà l’une des principales difficultés à laquelle elle a été confrontée lors de son travail de traduction, en plus de devoir rendre le style des documents (dépositions, articles de journaux, rapports des médecins) qui parsèment le livre. Et l’auteur de saluer la qualité du travail de la traductrice, en même temps que certains lecteurs présents.

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Réel, vraisemblance, véracité, vérité and Co

Si le cadre temporel et spatial auront beaucoup fait parler les lecteurs invités et l’auteur, le sujet le plus longuement abordé aura finalement été celui du rapport entre réalité et fiction. « Le lecteur passe un contrat avec le livre, au fond de lui il désire que ce qu’il lit soit vraiment arrivé, et en tant qu’auteur on joue avec ça : avec ce qui est historiquement avéré, et avec la véracité de l’action. Quand ça marche, c’est que le lecteur est complètement dedans. D’ailleurs l’Irish Times a présenté L’Accusé du Ross-Shire comme un livre sur un vrai crime ! En même temps ce type de réactions est complètement voulu, puisque dès la préface j’utilise un style journalistique académique qui induit le vrai, le réel. Comme au cinéma quand la caméra tremble, c’est juste une question de procédé. »

Ecrire : comment et pour qui ?

Quand un lecteur lui demande s’il a des conseils à donner à un écrivain débutant, Graeme Macrae Burnet, à l’image du proverbe des Highlands qui ouvre le livre (« C’est l’usure qui donne à la meule son mordant »), ne manque ni d’humour ni de mordant : « Mon seul conseil : ne pas écouter les conseils ! Internet fourmille de listes de conseils destinées à de prétendants écrivains. Des listes créées par des gens qui n’ont jamais écrit autre chose que des listes… Je me méfie de cette culture du conseil, justement. Pour moi un auteur se doit d’écrire quelque chose de singulier, d’unique, avec ses propres méthodes. L’écriture est un processus organique, et personnellement j’évite de trop planifier, mes histoires se développent et changent au fil de la plume. Je crois vraiment que c’est en lisant et en pratiquant qu’on devient écrivain. Aussi, j’aime faire lire mon texte à mes proches et leur poser des questions très précises pour savoir ce que je peux améliorer. Mais pour moi, l’écriture reste une lutte, et à chaque fois j’ai l’impression de plonger dans une piscine de merde pour en extraire quelque chose de bien. Alors je me force à écrire le plus possible, je travaille hors de chez moi. »

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Quant à savoir s’il essaie d’anticiper comment il sera lu, l’écrivain écossais précise : « Je n’écris que pour moi : c’est impossible de penser à un lecteur quand on écrit, puisqu’il n’y a que des lecteurs, et autant de sensibilités, d’expériences et donc d’interprétations du livre possibles – qui à mes yeux se valent toutes. Par exemple, un journaliste chinois m’a confié que l’atmosphère lui rappelait celle qui pesait sur son pays durant la révolution culturelle de Mao. Un autre m’a parlé des serfs en Russie, du système féodal, tandis qu’un Australien rapprochait l’histoire de celle des Aborigènes. Alors qu’il n’y a rien de tout ça dans le livre ! » Et la traductrice de conclure : « C’est le pouvoir de la littérature ! »

Bonne nouvelle pour ceux qui ont aimé ce roman : The Disappearence of Adèle Beadeau, premier livre de Graeme Macrae Burnet, sera publié par Sonatine en 2018. Un ouvrage dans lequel il jouait déjà avec le lecteur, puisque le livre présente son auteur, Mr Burnet, comme étant le traducteur d’un livre français. Alors, « nothing but the truth » ?

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Au seuil de l’Histoire franco-algérienne avec Brigitte Giraud

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Nous avions quitté Brigitte Giraud en 2015 avec Nous serons des héros, déjà une histoire de vies entremêlées et d’apprentissage de l’Autre. Celle qui fut récompensée par le Goncourt de la nouvelle en 2007 revient dans les librairies avec Un loup pour l’homme. Pour cette deuxième rencontre de la saison, réalisée dans les locaux de Babelio, Brigitte Giraud nous invite à un voyage du côté de l’Algérie encore française pour un récit filial romanesque.

 

« Printemps 1960. Au moment même où Antoine apprend que Lila, sa toute jeune épouse, est enceinte, il est appelé pour l’Algérie. Engagé dans un conflit dont les enjeux d’emblée le dépassent, il demande à ne pas tenir une arme et se retrouve infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès. À l’étage, Oscar, un jeune caporal amputé d’une jambe et enfermé dans un mutisme têtu, l’aimante étrangement : avec lui, Antoine découvre la véritable raison d’être de sa présence ici. Pour Oscar, « tout est à recommencer » et, en premier lieu retrouver la parole, raconter ce qui l’a laissé mutique. Même l’arrivée de Lila, venue le rejoindre, ne saura le détourner d’Oscar, dont il faudra entendre le récit, un conte sauvage d’hommes devenus loups. Dans ce roman tout à la fois épique et sensible, Brigitte Giraud raconte la guerre à hauteur d’un homme, Antoine, miroir intime d’une époque tourmentée et d’une génération embarquée malgré elle dans une histoire qui n’était pas la sienne. Et avec l’amitié d’Oscar et Antoine, au coeur de ce vibrant roman, ce sont les indicibles ravages de la guerre comme l’indéfectible foi en la fraternité qu’elle met en scène. »

L’accomplissement d’une auteure

 

Face à des lecteurs enthousiastes quant à ce roman en lice pour plusieurs prix littéraires, la première question sonne comme une évidence : pourquoi l’Algérie comme thème de ce treizième ouvrage, un thème qui d’ailleurs résonne fortement dans cette rentrée littéraire 2017 ? «La raison pour laquelle je me suis intéressée à cette histoire, c’est parce qu’elle me concerne. Il fallait que j’aie des épaules d’écrivaine peut-être un peu plus larges pour me sentir autorisée à entrer dans cette période. Il fallait que je puisse parler avec mon père de cette période. Il a fallu que je devienne adulte à mon tour. »

 

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Un récit nécessaire

 

Ainsi, pour l’auteure née à Sidi Bel Abbès, Un loup pour l’homme est une traduction de cette introspection indispensable au processus d’écriture. Ce récit mêle, à la fois, les souvenirs et les connaissances acquises de Brigitte Giraud sur cette période, mais aussi le récit de ses parents, essentiellement de son père, tout cela à la lumière d’une féroce envie d’inscrire dans le marbre une part d’Histoire beaucoup trop tue : « Depuis toujours je me sens très concernée par tout ce qui touche à l’Algérie de près ou de loin, tout ce qui concerne l’art, l’histoire … Même si le rapport à cette guerre d’Algérie est très présent, j’ai essayé dans ce roman de ne pas faire un roman historique, je voulais véritablement faire vivre des personnages qui comprennent petit à petit quels sont les enjeux. En France, personne ne sait véritablement ce qu’il s’est passé, sauf les pieds-noirs rapatriés. Le Français né en France ne sait pas quels étaient les tenants et les aboutissants. Pour autant, les jeunes gens vivants en France et qui faisaient partie d’un classe sociale peu favorisée ne savaient pas vraiment ce qui se passait sur place. Il y avait quand même un récit national qui allait dans le sens de l’Algérie française avant la bascule de 1962 et l’annonce du référendum d’autodétermination. Certains appelés savaient à peine placer l’Algérie sur une carte. Ils savaient à peine que des Français vivaient en Algérie

 

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Un miroir déformant

 

Traité comme un roman, ce livre n’en demeure pas moins un regard sur la propre famille de Brigitte Giraud : « Antoine est un personnage directement inspiré de mon père, qui, lui aussi, en devenant infirmer, affirma son refus de porter les armes. Lila est aussi très proche de ma mère. Je ne voulais pas l’écrire de façon très explicite, je ne voulais pas que ça soit un argument ou un prisme particulier pour lire le livre. Je voulais que ce soit un livre plus universel. » Brigitte Giraud assume pleinement cette écriture romancée, découlant pourtant d’une inspiration filiale qui habite toutes les pages du roman. Les personnages du livre sont, en quelque sorte, le miroir déformant et idéalisé des parents de Brigitte Giraud : « Dans toute histoire, quand on la raconte, il y a toujours un récit qui se fait qui peut devenir fantasme, mensonge sans même qu’on en ait conscience. J’ai imaginé mes personnages de roman autour de ce que j’imaginais être la vie de mes parents à ce moment-là. Ce n’est pas facile d’écrire sur ses parents avant votre naissance, d’imaginer qu’ils ont été jeunes, amoureux, parfois follement amoureux, qu’ils ont eu une vie de jeunes gens modernes, de leur époque. »

 

Le personnage d’Oscar incarne aussi une facette que Brigitte Giraud souhaitait absolument intégrer dans son processus d’écriture : « Pour moi Oscar c’est le double d’Antoine, un miroir que je ne pouvais pas approcher. La façon la plus pudique que j’ai trouvée c’est de faire intervenir un autre personnage qui me permettait de faire entrer en scène mon père sans en parler. »

 

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« Homo homini lupus est »

 

« L’homme est un loup pour l’homme ». C’est avec cette incantation prémonitoire de Thomas Hobbes que Brigitte Giraud a baptisé son roman. Alors que « L’homme debout » aurait pu être le titre de son ouvrage, comme le symbole d’un équilibre permanent à trouver dans nos vies, Brigitte Giraud opte pour autre chose : « J’ai pris la citation à l’envers, la figure du loup qui sauve l’homme (en référence à la troisième partie de l’ouvrage). Il y a ce rapport à la lune et à la nuit qui est exactement cela, le loup peut venir dans la nuit protéger un être humain, cette nuit quand tout s’assombrit. »

 

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Frères d’armes

 

L’histoire du caporal américain Desmond T. Doss qui, en pleine Guerre du Pacifique, prit la voie du front mais refusa le port d’une arme, le duo fraternel de poilus de Au revoir là-haut de Pierre Lemaître … Autant de références que l’on croit deviner en regardant à travers les persiennes de ce roman, un roman qui se tisse autour de la notion de fraternité, chère à l’auteure : « La fraternité parfois ne veut plus rien dire quand elle est pourrie par un lien d’intérêt. La fraternité pour moi c’est être dans une situation où l’autre peut passer avant moi. C’est parce qu’il rencontre Oscar qu’Antoine trouve du sens à sa présence là-bas. C’est un roman pour moi qui parle du don, de ce que c’est de prendre soin de l’autre, de vouloir le faire tenir debout. »

 

Quelques questions plus tard, le rencontre prend fin. Tour à tour, les lecteurs présents feront dédicacer leur ouvrage et prendront le temps d’échanger avec Brigitte Giraud, toujours prompte à offrir de riches éclaircissements supplémentaires sur son ouvrage.
Découvrez Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud, aux éditions Flammarion.

Partez à la chasse au trésor avec Miguel Bonnefoy

C’est Miguel Bonnefoy qui a donné le coup d’envoi des rencontres de la rentrée littéraire. Trente lecteurs Babelio se sont en effet réunis, le mercredi 6 septembre dernier, dans les locaux des éditions Payot-Rivages, pour échanger avec l’auteur franco-vénézuélien à propos de son dernier roman Sucre noir.

Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.

Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, étouffante, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.

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De Caracas à Dunkerque

Difficile de ne pas penser à l’ « or noir », le pétrole, lorsque l’on découvre le titre du roman de Miguel Bonnefoy : “Bien-sûr, Sucre noir fait référence à la tragédie qui a touché le Venezuela dans les années 1920” répond l’auteur, “d’autant plus que c’est difficile de ne pas voir de lien entre la situation actuelle du pays et l’exploitation du pétrole. Après avoir découvert l’existence de gisements, les vénézuéliens ont arrêté toutes leurs productions pour se concentrer sur l’exploitation de cet or noir, qui a été par la suite la cause de l’effondrement économique du pays. Cela m’a fait pensé aux nombreux explorateurs qui se sont succédés pour chercher un trésor, sans s’être rendus compte que le vrai or était sous leurs yeux.”

C’est pourtant après la participation de l’auteur à l’émission Le Verre et la plume, une émission dans laquelle sont invités un auteur et un expert en spiritueux, qu’est né Sucre noir, dont le titre évoque également le rhum, alcool qui fait la fierté de nombreuses îles des Caraïbes. Miguel Bonnefoy s’émerveille devant le champ lexical de l’alcool : “J’ai entendu parler de girofle, de cannelle, d’ananas, de cuir, d’ocre… et je me suis dit “comme j’aimerais que quelqu’un utilise ces mots pour parler de mon livre !””

L’obtention du prix Stendhal, pour la traduction de son précédent roman Le Voyage d’Octavio, lui a alors permis de partir faire des recherches outre-Atlantique pour son prochain roman: “Je suis allé à Caracas, au Venezuela, puis dans un petit village qui s’appelle La Victoria. J’ai traversé la ville, le bidonville et l’arrière-pays avant d’arriver, au bout d’un chemin de fer, dans une ferme-distillerie qui faisait aussi restaurant. J’ai navigué ensuite sur les côtes des Caraïbes avec quelques pêcheurs, sur de petits barques. Ils m’ont fait découvrir de petites grottes dans la mer du parc de mochima, et m’ont fait voir que les églises ne sont pas faites de marbre au milieu des terres, mais de pierres au milieu de la mer.”

Après le temps des recherches est venu celui de l’écriture : c’est dans le silence monacal de la Villa Marguerite Yourcenar, entre Lille et Dunkerque, que Miguel Bonnefoy s’est ensuite consacré à son texte.

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Entre le français et l’espagnol

Justement interrogé sur les raisons pour lesquelles il a choisi d’écrire en français et non pas en espagnol, sa langue maternelle, Miguel Bonnefoy a proposé deux explications à ses lecteurs : son éducation et les mécanismes éditoriaux. “Ma mère étant diplomate, j’ai beaucoup voyagé quand j’étais enfant, et mes parents ont à chaque fois choisi de me scolariser dans des lycées français. Aujourd’hui, c’est pour moi une langue d’art car je ne l’ai connue que dans les livres ou dans la bouche des professeurs. J’ai une certaine distance avec le français, je me permets donc plus de cabrioles. Si j’écrivais en espagnol, je serais plus grossier. L’autre raison, c’est que pour un jeune écrivain, la France est un paradis éditorial. Puisque mon livre a plu a Paris, ce sera plus facile pour moi d’être publié au Venezuela, on s’intéressera à moi.”

Quant à savoir s’il traduirait lui-même ses ouvrages du français vers l’espagnol, Miguel Bonnefoy n’y est pas particulièrement attaché : “de par son étymologie, traduire c’est trahir : le traducteur est un artiste, il respecte la langue, est fidèle, loyal et nuancé. Le traducteur est un metteur en scène qui voit les choses auxquelles l’écrivain ne fait pas attention. C’est un observateur, il a davantage de distance avec le texte car il étudie les différentes manières de raconter.”

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L’effet de réel

Les lecteurs ont également été interpellés par le vocabulaire utilisé dans Sucre noir, et tout particulièrement celui des animaux et des plantes. Sont-ils traduits de l’espagnol, ou choisis en fonction de leur sonorité ? “Pour écrire ce livre, j’ai fait beaucoup de recherches et ai beaucoup lu sur le folklore de la piraterie, les chasses au trésor, le travail du rhum, la faune et la flore… L’animal national du Venezuela, c’est le “guacamaya”, un perroquet à trois couleurs. “Guacamaya” est un mot très visuel, qui évoque instantanément une image à celui qui l’entend. Pour moi, il faut être fidèle à l’imaginaire et s’accorder des licences pour donner un “effet de réel”, selon les mots de Roland Barthes. La traduction française de ce mot, “ara”, ne retranscrit pas du tout l’imaginaire donné par le mot espagnol : j’ai donc choisi de ne pas traduire littéralement les noms des animaux et des plantes mais d’utiliser des mots dont la sonorité me plaisait davantage.”

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Du réalisme magique à la liberté des personnages

Séduits par le premier chapitre du roman, les lecteurs ont ensuite interrogé Miguel Bonnefoy à propos du naufrage qui introduit le récit : “J’ai longtemps hésité à inclure ce premier chapitre dans le roman. À l’origine, c’était une nouvelle indépendante de Sucre noir : je voulais écrire sur l’histoire d’un naufrage, mais je voulais transposer l’univers de la mer à celui de la forêt. C’est ainsi que les poissons sont devenus des oiseaux, les vagues des troncs d’arbre, l’écume du feuillage…”

Le thème de la nouvelle a ainsi naturellement été abordé : “Je viens d’Amérique Latine, où la tradition nouvelliste est très forte. Mais la nouvelle est au roman ce que le ping-pong est au tennis, et on m’a fait comprendre qu’il était temps d’écrire un roman.” L’auteur a toutefois insisté sur sa volonté de rester concis : “Il n’y a rien de pire que de sentir les longueurs, qui sont comme des coups d’épée dans l’eau. Il faut enlever le gras pour ne garder que l’os et sa beauté.”

À propos de ses personnages, Miguel Bonnefoy n’hésite pas à faire appel à Marcel Aymé et à sa nouvelle Derrière chez Martin pour expliquer ses choix : “Les personnages se dressent eux-mêmes au fur et à mesure de l’écriture, et les choses viennent d’anecdotes simples. Je n’avais pas prévu tous les événements qui allaient faire basculer la vie de mes personnages, mais des expériences anodines et des épreuves plus difficiles m’ont permis de construire mon roman et de lui trouver une fin.”

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Le Venezuela d’hier et d’aujourd’hui

Enfin, la conversation s’est achevée autour d’un élément essentiel des romans de Miguel Bonnefoy : le Venezuela. Bien que le pays ne soit jamais cité, pour quelques lecteurs, Sucre noir avait bien pour décor les paysages du Venezuela : “On peut l’imaginer et j’aime le dire, mais j’avais surtout pour idée de ne pas m’enfermer dans des frontières et de donner, au contraire, des limites poreuses à la géographie et à la temporalité afin de donner une universalité à cette histoire et que chacun puisse s’y reconnaître.”

Quant au Venezuela aujourd’hui, l’auteur de Sucre noir s’exprime avec plus de retenue, invitant ses lecteurs à se renseigner sur l’histoire politique du pays et de l’Amérique Latine pour se faire leur propre opinion : “La politique est faite d’une longue maturation et de conséquences sur le long-terme, de telle sorte que c’est parfois plus simple de revenir sur le passé d’un pays pour comprendre sa situation actuelle.”

C’est finalement après une heure de discussion riche en anecdotes que les lecteurs ont pu s’entretenir individuellement avec l’auteur. En plus de repartir avec une dédicace et une photo, ils ont également eu la surprise de se voir offrir Jungle par les éditions Rivages, le troisième ouvrage de Miguel Bonnefoy, réédité dans une nouvelle édition poche.

Découvrez Sucre noir de Miguel Bonnefoy, aux éditions Rivages.

Rendez-vous au Forum Fnac Livres 2017

Le Forum Fnac Livres prendra ses quartiers du côté de la Halle des Blancs Manteaux à Paris, le 15, 16 et 17 septembre 2017. Pour la deuxième année consécutive, le Forum Fnac Livres célèbre la rentrée littéraire et s’ouvrira en présence de la lauréate 2016, Leïla Slimani.
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Les plumes de la rentrée réunies

 

Au programme : un festival littéraire placé sous le signe de la rencontre entre auteurs et lecteurs, et la présence d’une centaine d’écrivains. De Sorj Chalandon à Simon Liberati, en passant par Lola Lafon et Philippe Besson, retrouvez, tout au long du festival, les grands noms de la rentrée littéraire 2017. Au-delà de la littérature, c’est d’ailleurs le livre sous toutes ses formes qui est mis à l’honneur puisque la bande dessinée et les sciences humaines seront également à mises en avant. Découvrez le programme complet des séances de dédicaces et des rencontres sur le site du festival.

 

L’équipe Babelio sera de la fête

 

Durant ce festival, vous pourrez rencontrer l’équipe Babelio qui sera présente sur place. L’équipe animera deux rencontres le samedi 16 septembre :

– à 13 heures autour du thème « Les ficelles du neuvième art » avec Bastien Vivès, Matthieu Sapin et Simon Astier. Ils viendront présenter respectivement leur dernier ouvrage : Une soeurl’épopée « deupardiesque » Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu et le troisième tome de la saga Hero Corp.

 

 

 

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– à 15 heures 30 avec Eric Reinhardt pour échanger autour de « L’art plus fort que la mort ». L’auteur viendra également présenter son nouvel ouvrage La chambre des époux

Eric Reinhardt

 

Rendez vous sur le compte Facebook et Twitter de Babelio pour suivre et vivre l’événement au plus près.

Masse Critique revient (et modifie son calendrier)

Le retour de Masse Critique

Masse Critique est de retour en cette rentrée pour une nouvelle opération spéciale littératures : recevez un livre en échange d’une critique.

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Rendez-vous le mercredi 13 septembre à partir de 7h pour tenter de remporter le livre de votre choix.

Pour info, c’est près de 400 livres qui sont proposés par 131 éditeurs. Rentrée littéraire oblige, de nombreux ouvrages de la rentrée se sont glissés dans la liste !

Vous pouvez d’ores et déjà consulter la sélection.

Attention ! Au vu du nombre grandissant de lecteurs intéressés par l’opération et dans un souci d’équité, nous avons modifié quelque peu le mode de sélection des gagnants. Désormais les lecteurs ayant perdu de nombreuses fois bénéficieront d’un petit avantage par rapport aux lecteurs qui ont déjà gagné à plusieurs opérations.

Un nouveau calendrier

Certains seront peut-être surpris de ne retrouver dans la liste que des ouvrages de littérature. Nous avons en effet réorganisé notre calendrier et vous proposons désormais de nouvelles thématiques.

Il existe cinq types d’opérations :

  • Une dédiée à la littérature (il sera question de littérature française mais aussi étrangère, de théâtre, de poésie ou encore de romance).
  • Une opération consacrée à la non-fiction (nous proposerons des documents, des essais, des manuels et tout ce qui touche au pratique).
  • Une autre autour des « mauvais genres » (c’est à dire des littératures de genre que sont les romans policiers et les littératures de l’imaginaire).
  • Une masse critique graphique (englobant toutes les formes de bandes dessinées, en incluant évidemment les mangas et les comics mais également les beaux-livres).
  • Une opération jeunesse et jeune adulte (inutile de préciser 🙂 ).

Chacune de ces opérations de Masse Critique sera proposée deux fois dans l’année  :

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N’oubliez pas de mettre votre réveil pour la première opération qui commence mercredi à 7h ! 

À la rencontre des membres de Babelio (18)

Avec 490 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

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Rencontre avec Helene1960, inscrite depuis le 17 mai 2014.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai toujours listé mes lectures d’abord sur des carnets, puis sur une application pour tablette numérique. C’est en cherchant des critiques pour de futurs achats de romans pour la bibliothèque où je travaille que j’ai découvert le site Babelio. Je m’y suis intéressée de plus près et ai constaté qu’il offrait de grandes facilités pour créer une bibliothèque virtuelle. Et depuis je l’utilise pour répertorier, citer et critiquer mes lectures loisirs ainsi que mes lectures professionnelles.

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Elle est composée de plusieurs genres. En voici une liste non exhaustive :

  • Romans (classiques ou contemporains)
  • Biographies
  • Témoignages
  • Guides de voyages
  • Livres de cuisine
  • Bandes dessinées
  • Albums jeunesse

Mais… j’emprunte beaucoup en bibliothèque et je me laisse guider par mon instinct pour dénicher une nouvelle lecture.

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Vous lisez beaucoup d’ouvrages sur la spiritualité, qu’aimez-vous dans ces livres en particulier ?

eloge de la faiblesseQuelques événements particuliers m’ont conduite vers la lecture de ce genre d’ouvrage. Tout d’abord, ma participation à une soirée lecture menée par Michael Lonsdale (frère Luc dans le film « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois) m’a incitée à acheter son livre L’amour sauvera le monde. Ensuite, ce fut mon pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. J’ai marché pendant 7 étés (2010-2016) sur le « camino » et je me suis beaucoup intéressée aux témoignages et autres documentaires liés à ce chemin particulier. J’ai également été touchée par le premier livre d’Alexandre Jollien, Eloge de la faiblesse, ce qui m’a amenée à lire ses autres ouvrages.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

moi christiane fC’est sans nul doute Moi, Christiane F., droguée, prostituée,… . J’ai découvert avec stupéfaction la vie de cette jeune allemande qui s’adonnait à la drogue et à la prostitution. Elle était aux antipodes de mon petit train-train quotidien. J’avais dix-huit ans et j’ai été carrément impressionnée par ce témoignage.

le liseur du 6h27Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

C’est le roman de Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6h27. Une histoire surprenante de livres, de lecture, de partage et d’amitié.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

novecentoIl s’agit de Novecento, pianiste d’Alessandro Baricco. C’est d’ailleurs le premier livre que j’ai répertorié sur Babelio. Voici un extrait de ma critique :

Pour moi cette oeuvre est vraiment emblématique, je l’ai découverte sous quatre formes et dans l’ordre suivant : j’ai d’abord lu le livre, puis vu la pièce de théâtre qui était en rodage dans ma région (La Gruyère, en Suisse) avant de « faire » sa saison à Paris. J’ai ensuite écouté la version audio du livre et je l’écoute encore régulièrement simplement pour le plaisir. Et, en dernier, j’ai découvert le film de Giuseppe Tornatore.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous)

Je n’en ai pas vraiment honte, mais je suis passée à côté des grands classiques de la littérature française tels que Proust, Flaubert ou la poésie de Charles Baudelaire. Par contre dans ce registre j’apprécie Victor Hugo, Emile Zola ou Jacques Prévert.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

les rêveurs lunairesLes rêveurs lunaires d’Edmond Baudoin. C’est un roman graphique consacré à quatre scientifiques du début du vingtième siècle : Werner Heisenberg (fondateur de la mécanique quantique), Alan Turing (casseur du code de la machine Enigma durant la seconde guerre mondiale), Leo Szilard (un des initiateurs du laboratoire européen de biologie moléculaire) et Hugh Dowding (spécialiste des liaisons radio air-sol à la RAF). Voici un extrait de ma critique :

Pour connaître un peu mieux les dessous de la deuxième guerre mondiale et les avancées scientifiques qui y sont liées, cet ouvrage est à recommander à tout lecteur qui veut découvrir une facette méconnue de l’histoire du XXème siècle.

Tablette, liseuse ou papier ?

Résolument papier pour ce qui est de la lecture loisir. Par contre je lis régulièrement des documents professionnels sur ma tablette, même si le confort de lecture n’est pas optimum.

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Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Enfant, je me perchais dans les branches du tilleul avec mes bouquins, mais maintenant je préfère le canapé du salon.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Donne à chaque jour la chance d’être le plus beau de ta vie » (Mark Twain). Et, avec un peu de lecture, chaque jour sera un beau jour.

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

deux petits pas sur le sable mouillé anne dauphine julliandL’année dernière j’ai classé deux livres particuliers dans la bibliothèque où je travaille et je me suis promis de les lire : Comme un enfant perdu, l’autobiographie de Renaud Séchan, et Deux petits pas sur le sable mouillé d’Anne-Dauphine Julliand. Et dans ma bibliothèque personnelle, il y a un livre que j’ai hâte de découvrir. Il s’agit d’un bel ouvrage illustré intitulé Chemins de Compostelle : sentiers d’histoire et de spiritualité écrit par Iris Schaper.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Je dirais qu’il est plus facile d’écrire une critique quand on a apprécié la lecture du livre. Et, du coup, je me demande si les critiques négatives sont aussi nombreuses que celles qui sont positives. En tous les cas, je pense qu’il ne faut pas révéler l’intrigue dans une critique mais se contenter de faire un résumé succinct et de parler de son ressenti.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

le chant de la terreComme je suis géographiquement assez éloignée de Paris, je ne participe pas aux rencontres avec les auteurs ou avec les membres de Babelio. Par contre, je participe régulièrement aux actions Masse Critique et c’est dans ce contexte que j’ai découvert l’écrivain Sud-Coréen Seung U-Lee et son livre Le chant de la terre. Voici un extrait de ma critique (du 19 juin 2017) :

Je ne suis pas habituée à lire de la littérature asiatique et ce fut pour moi une vraie découverte. L’écriture de LEE Seung-U laisse transparaître les diverses atmosphères des lieux décrits, entre autre l’ennui qui plane au-dessus du campement des soldats ou l’ambiance feutrée d’un salon de coiffure. Au fil des chapitres, le récit passe de l’ombre (il faut dire que je me suis posée bien des questions sur les divers protagonistes qui apparaissent au détour des pages) à la lumière (enfin… à la page 285), mais n’essayez pas de vous y rendre avant la lecture complète des chapitres précédents, vous n’y comprendriez rien.

Merci à Helene1960 pour ses réponses !

Babelio needs you -itw du mois

Les controverses littéraires : notre feuilleton de l’été

En partenariat avec RetroNews, le site d’archives de presse de la Bibliothèque Nationale de France, nous vous proposons, tout l’été, un cycle d’articles consacrés aux grandes controverses littéraires.

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De l’insulte au chef-d’oeuvre

Certains romans publiés il y a quelques siècles sont aujourd’hui considérés comme des classiques de la littérature : ils sont étudiés à l’école, lus pour le seul plaisir de la lecture et encore grandement appréciés.  Mais comment ces oeuvres ont-elles été reçues initialement ?

Le parcours d’un livre de sa publication à sa « labellisation » en tant que chef-d’oeuvre ressemble parfois à un véritable chemin de croix. Quelques unes des oeuvres les plus appréciées des lecteurs ont d’abord été reçues par des insultes, des procès, des censures avant finalement de faire la gloire de leurs auteurs et de redéfinir le rôle et les possibilités de la littérature.

On vous propose de faire un petit bond dans le temps et de découvrir la réception des quelque unes de ces oeuvres qui font aujourd’hui l’unanimité.

Un feuilleton en neuf articles

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui » disait Jonathan Swift.  Peut-on voir dans les réactions épidermiques qui ont accueilli ces ouvrages le génie de leurs auteurs ?

Hernani de Victor Hugo 

Notre premier article est consacré à Hernani, la pièce de Victor Hugo.

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La représentation de la pièce de Victor Hugo fut tellement chaotique, ses partisans et détracteurs si nombreux -et si bruyants- de chaque côté que c’est en des termes guerriers que l’on parle de la réception initiale de Hernani, comme si se jouait sur scène et pour les nombreux spectateurs autre chose que le « simple » destin tragique d’Hernani, le héro amoureux de Doña Sol qui donne son nom à la pièce. De fait, l’immense succès de celle-ci, malgré les attaques féroces de ses adversaires dans la presse et lors de ses représentations, consacre le théâtre romantique. Une « bataille » comme acte fondateur du romantisme en France ? Victor Hugo et ses fidèles n’auraient pu rêver plus beau récit.

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Indiana de George Sand

Le feuilleton se poursuit avec une étude de la réception d’Indiana de George Sand.

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S’il y a un adjectif qui revient souvent lorsque l’on évoque l’oeuvre ou la vie de George Sand, c’est celui  de « scandaleux ». Ce fut pourtant la première femme écrivain française à vivre de sa plume. Elle a dû prendre un nom d’homme pour s’imposer dans un milieu littéraire tout à la fois machiste et jaloux. Mais en appelant incessamment au scandale, ce milieu n’a-t-il pas participé au succès de son oeuvre ?

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Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire

Que serait un dossier sur les controverses littéraires sans un article sur les Fleurs du mal de Charles Baudelaire ?

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Il est peu d’élèves, aujourd’hui en France, qui ne doivent pas lire, apprendre ou étudier un poème des Fleurs du mal, le recueil de Charles Baudelaire. Il est même quelques établissements scolaires qui portent le nom du poète, dix-huit actuellement pour être précis, ce qui est certes moins impressionnant que pour George Sand ou Victor Hugo qui ont respectivement donné leur nom à 103 et 365 établissements, mais le fait qu’il y en ait ne serait-ce qu’un peut être interprété comme un retournement de situation improbable. Révérée au XXIème siècle, l’oeuvre de Baudelaire fut en 1857 jugée si scandaleuse qu’elle fut l’objet d’un retentissant procès aboutissant à une sévère censure du contenu du recueil. Comment expliquer ce revirement ? Que reprochait-on exactement à Baudelaire et à ses poèmes ?

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Madame Bovary de Gustave Flaubert 

On poursuit avec une oeuvre polémique s’il en est, Madame Bovary de Gustave Flaubert.

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Paru en 1857, soit la même année que Les Fleurs du mal auxquelles nous consacrions notre dernier article, le roman Madame Bovary de Gustave Flaubert a, comme le chef-d’oeuvre de Baudelaire, subi les foudres de la censure et le jugement moral de ses contemporains. Le roman a pourtant, au fil des mois puis des années, conquis lecteurs, auteurs et cinéastes, l’oeuvre étant régulièrement adaptée sur grand écran.

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Les Diaboliques de Jules Barbey d’Aurevilly

Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly méritent-t-elles leur nom ?

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Au cœur de ses romans, l’auteur, pourtant fervent catholique, aimait mettre en scène les sentiments humains les plus noirs, les plaisirs les plus cruels. Quoique remarqués et commentés, ses récits ne lui ont jamais valu d’être inquiétés par la justice. Cela change en 1874 lorsque parait son recueil de nouvelles Les Diaboliques. A peine imprimés, des exemplaires de l’ouvrage sont immédiatement saisis par la justice. Jules Barbey d’Aurevilly était-il jaloux de l’accueil réservé aux Fleurs du mal de son ami Baudelaire ? A-t-il tout fait pour provoquer le scandale ?

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L’assommoir d’Emile Zola

On continue avec le volume des Rougon-Macquart qui a fait couler le plus d’encre dans la presse française : L’assommoir.

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De tous les ouvrages polémiques évoqués pour notre feuilleton de l’été, peu de livres auront provoqué autant de débats dans la presse littéraire et politique française que l’Assommoir, le septième volume de la série Les Rougon-Macquart. Peinture « trop noire » et « misérabiliste » du monde ouvrier d’un côté, « pornographie puante » de l’autre, le roman est l’objet, dès sa prépublication dans le journal Le Bien public, de toutes les conversations, l’auteur de toutes les insultes. Même les soutiens les plus anciens, tels Victor Hugo, désavouent Emile Zola.
Le livre est pourtant aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature française. Que s’est-il exactement passé lors de la publication du livre ? Que disaient les critiques de l’époque et que disent les lecteurs d’aujourd’hui ?

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Les articles à venir

Bel Ami de Maupassant

Maupassant a été plus ou moins épargné par la censure. Son oeuvre a pourtant fait couler beaucoup d’encre…
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Bel-Ami, le second roman de Guy de Maupassant n’a pas été l’objet de censures ni de procès retentissants. L’ouvrage est pourtant de ceux qui ont profondément agité les débats littéraires et moraux du XIXe siècle. En mettant en scène un personnage de journaliste aussi manipulateur et moralement ambigu que Georges Duroy, Guy de Maupassant ne jouait-il pas avec le feu des critiques ? Qu’ a pensé le public de ses aventures ?

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L’oeuvre d’Oscar Wilde

Pour reprendre, plus ou moins, l’une de ses plus célèbres citations, aucun dossier sur les grandes controverses littéraires sans un article sur Oscar Wilde ne semble digne d’un regard.

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Ce n’est pourtant pas tant l’oeuvre de Wilde qui choqua ses contemporains. L’auteur irlandais aimait dire qu’il avait mis son génie dans sa vie que et son talent dans son oeuvre. C’est précisément sa façon de vivre qui précipita sa chute. Mort à 46 ans sous un nom d’emprunt dans une chambre d’hôtel parisienne, l’auteur est aujourd’hui célébré dans le monde entier. Que disaient les journalistes lors de la publication de ses ouvrages ? Quel regard portaient-ils sur l’auteur lors de sa chute ?

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L’amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence

Nous concluons notre dossier avec un article sur L’amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence.

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Le nom de l’écrivain D.H. Lawrence semble à jamais associé à celui de son héroïne, la sulfureuse Lady Chatterley. Publié en Angleterre plus d’une trentaine d’années après sa mort, L’Amant de Lady Chatterley provoqua, des deux côtés de la manche mais également dans à peu près tous les pays où il fut publié, des débats enflammés à propos de la littérature, de la morale et, bien sûr, de la censure. Le livre ne fut pas interdit en France et fit la gloire posthume de son auteur mais les critiques furent sévères. Ce roman tient-il de la pornographie ? La littérature peut-elle tout se permettre ?

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N’hésitez pas à nous dire ce que vous pensez de ces dossiers et, surtout, de ces oeuvres qui sentent le souffre !