Au plus profond de soi avec Xavier Péron

Quelques jours avant le début de la Coupe du monde 2018, le 5 juin précisément, Babelio recevait pour une rencontre avec ses lecteurs Xavier Péron, venu parler de son dernier livre Tu ne peux pas presser la déesse en lui donnant un coup de coude ! (éditions Eyrolles). Derrière ce long titre énigmatique se cache en fait l’histoire d’un jeune footballeur, Skender Murati, transféré au PSG pour une somme astronomique. Oui mais voilà, le sport, l’argent, les conquêtes féminines finissent par lui laisser un goût amer, et le voilà bientôt en quête de quelque chose d’autre – car la vie ne peut décidément pas se limiter à ça. C’est alors qu’il rencontre un jeune Maasaï, qui va le guider sur le chemin de la spiritualité et d’une compréhension plus large de l’existence et de ses enjeux.

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Comme une envie d’ailleurs

Cette histoire est née de l’envie de l’auteur, anthropologue et spécialiste des Massaï, de partager les enseignements qu’il a lui-même reçus de première main. Fasciné depuis son plus jeune âge par cette culture, il aura suivi une initiation auprès de ce peuple durant 30 ans en tout. « Je suis issu d’une famille de voyageurs bretons, et je ne me reconnaissais pas dans mon éducation brestoise bourgeoise. A l’âge de 6 ans, j’ai fait une expérience de mort imminente après une noyade. Heureusement, une de mes sœurs a réussi à me sauver. Suite à ce traumatisme, j’ai commencé à faire des rêves étranges, durant lesquels je voyais deux aigles noirs voler ensemble, avant qu’ils se transforment en un homme noir drapé de rouge et en un petit garçon… J’ai en fait été attiré par cette culture malgré moi au début. »

Bien vite, l’attirance devient obsession : « Je lisais tout ce que je trouvais sur les Massaï, j’étais fasciné par la liberté, la noblesse et la beauté de ces hommes. Je savais que quelque chose m’attendait là-bas, et la première fois que je me suis rendu au Kénya, invité par ma sœur pour un safari, ça a été un choc : il fallait que j’aille vivre avec eux ! Après le bac j’ai donc commencé des études d’anthropologie, puis des études de langue à Cambridge. Et j’ai fini par aller vivre 3 ans avec eux, chez eux, où j’ai été accueilli à bras ouverts. Et je m’y suis découvert. »

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Racine de 9

Si Skender Murati, l’alter ego sportif de Xavier Péron, porte le numéro 9 sur le terrain, ça n’est pas un hasard du tout. « Le 9 est un chiffre sacré chez les Maasaï, car leur spiritualité peut se résumer en neuf principes transposables dans la vie de tous les jours. Parmi les plus importants, on trouve l’idée d’avoir l’œil clair (car le regard est le miroir de l’âme) et la démarche alerte (je connais mon chemin et n’empiète pas sur le tien). Aussi, ils considèrent qu’il n’y a pas de différence entre le « dire » et le « faire » ; il faut donc considérer la parole comme un acte. Egalement, l’idée que nous vivons tous dans un champ énergétique. Et enfin, l’idée qu’il ne faut pas aimer les autres plus que soi-même. »

L’auteur a d’ailleurs écrit plusieurs essais sur ces principes de vie, dont Les Neuf Leçons du guerrier Maasaï et Les Quatre Cercles Maasaï du bonheur. Mais nouveauté aussi pour l’auteur, cette fois c’est bien à travers un roman qu’il a voulu transmettre : « Je voulais parler à un public plus large, à travers une histoire très contemporaine. L’idée était dès le départ de m’adresser au cerveau droit, émotionnel, du lecteur, et pas au cerveau gauche. D’où le prisme de la fiction, avec pourquoi pas une part d’identification à ce héros en quête de sens. Pour moi c’était la meilleure manière de parler à des esprits occidentaux peut-être éloignés de ce type de traditions. »

Les lecteurs présents ce soir-là ont d’ailleurs pu apprécier les qualités d’orateur (voire de conteur) de Xavier Péron, en tant qu’ex-maître de conférence à la Sorbonne et à l’île de la Réunion, toujours très porté sur la transmission et le partage de connaissances et de sagesses. Et sa disponibilité lors de la traditionnelle séance de dédicaces.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la Coupe du monde 2018 bat son plein, ce qui présage peut-être d’un succès pour ce livre résolument d’actualité. C’est en tout cas ce qu’a prédit un voyant à l’auteur. Pour conclure, citons un proverbe (maasaï évidemment), qui dit : « La sagesse n’a pas les cheveux blancs. » En somme, le bonheur n’attend pas les années !

Aspirine : cure de jouvence pour Joann Sfar

Mercredi 6 juin, Joann Sfar est venu dans les locaux de Babelio à la rencontre de ses lecteurs pour présenter sa nouvelle bande dessinée Aspirine, publiée aux éditions Rue de Sèvres.

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Joann Sfar est auteur et scénariste de nombreuses bandes dessinées, dont les séries Professeur Bell, Petit Vampire, Pacsin et Le chat du rabbin, publiées respectivement chez  Delcourt, L’Association et Dargaud. Il est aussi le réalisateur du film Gainsbourg, vie héroïque (2010), Le chat du rabbin (2011 en film d’animation et 2018 en film), Petit Vampire (2018), etc., mais aussi écrivain de romans et de nouvelles.

L’artiste est né à Nice et dit avoir commencé à se sentir comme un vrai parisien après avoir représenté un Paris contemporain à travers sa bande dessinée Le chat du rabbin. Il a suivi des cours à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris qui se situe en face du Quai Malaquais sur lequel il était facile de trouver de l’inspiration pour dessiner. « J’ai commencé à dessiner Paris comme quelqu’un qui y habite, et c’est à ce moment-là que je m’y suis senti chez moi ».  

Résumé de Aspirine :

Aspirine, étudiante en philosophie à la Sorbonne a la rage, elle ne supporte plus de revivre sans cesse les mêmes épisodes de sa vie pourrie. Et ça fait 300 ans que ça dure car Aspirine est vampire, coincée dans son état d’adolescente de 17 ans. Elle partage un appartement avec sa sœur Josacine, heureuse et sublime jeune femme de 23 ans, qui elle au moins, a eu l’avantage de devenir vampire au bon âge. En perpétuelle crise d’adolescence, elle passe ses nerfs sur son prof, sa sœur et tous les hommes «relous » qui croisent sa route. Assoiffée de sang, elle n’hésite pas à les dévorer (au sens propre) ou les dépecer. C’est même devenu un rituel avec les amants que sa jolie grande sœur collectionne. Malgré tout, elle attise la curiosité d’Yidgor ado attardé, un étudiant de type « no-life » : vaguement gothique, légèrement bigleux et mal peigné… avec comme kiff dans la vie, le fantastique et la légende de Cthulhu…

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Les personnages d’Aspirine et de sa sœur Josacine

Le personnage d’Aspirine n’est pas nouveau et a déjà été croisé dans d’autres œuvres de Joann Sfar. « J’ai commencé à écrire sur Aspirine lorsque j’avais vingt ans. Elle représentait le pur cliché gothique et je m’amusais à la dessiner en train de se mettre des coups de couteau avec sa sœur ». Et comme c’est parfois le cas avec les personnages abandonnés en cours de route par certains auteurs, Aspirine commençait à lui manquer.  « J’avais inventé ce cliché de l’adolescente qui avait le même âge depuis 300 ans et je voulais la faire revenir aujourd’hui dans un quotidien plus compliqué. Je n’ai jamais vu une jeunesse qui aime aussi peu son époque. C’est une génération qui s’adapte mais dont tous les débats qu’on lui fait tomber sur les chaussures la dégoûtent. J’essaie de faire l’album le plus léger et drôle possible et que mon héroïne parvienne à gérer cette colère permanente contre sa société. » Aspirine est une bonne représentation de l’adolescente épuisée et combattante du XXIe siècle.

Joann Sfar a évoqué la difficulté de se mettre dans la tête d’une adolescente, et surtout d’aborder la question des règles féminines. « Ma fille me dit toujours que je ne comprends rien ; imaginez un vampire qui a ses règles depuis 300 ans ! Moi-même n’étant pas une femme, il m’est difficile de décrire ce phénomène naturel ».

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Concernant Josacine, la sœur d’Aspirine qui apparaît aussi dans d’autres histoires antérieures de l’auteur, elle n’a pas été choisie comme héroïne de la bande dessinée car « elle  a ‘trop peu de problèmes’ pour en faire le protagoniste central d’une histoire. Elle est coincée à un âge où tout va bien, donc il est ardu de créer une situation intéressante autour de son personnage ». Pour créer ces deux sœurs, Joann Sfar dit s’être inspiré des films de Jean Rollin dans lesquels les thèmes du vampirisme et de l’érotisme étaient prédominants et où l’on pouvait voir de jeunes femmes tuer des messieurs.  

Egalité homme-femme : un débat compliqué pour les auteurs

Dans Aspirine, Joann Sfar a souhaité faire apparaître de nouveaux personnages, comme celui de Yidgor , qu’il a créé en s’inspirant du personnage de fiction Albator de Leiji Matsumoto, et ceux des amants de Josacine, la sœur d’Aspirine, car il éprouve de l’attachement et un grand intérêt aux polémiques d’aujourd’hui sur l’égalité des sexes, même s’il s’interroge sur la liberté des auteurs à pouvoir écrire sur les sujets de leur choix. « Nous vivons en ce moment un combat important pour l’égalité homme-femme, pour lequel je participe activement. En revanche, ce même combat est un peu une chasse à la sauvagerie de l’imaginaire car un auteur doit contrôler tout ce qu’il écrit. Il est dommage que nous ne puissions plus rédiger ce qui nous passe par la tête, de manière fictive, sans que cela ait un impact direct sur les problèmes de la société et que des gens soient touchés personnellement ».    

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Procédé d’écriture

L’auteur retire généralement de ses récits les dix premières pages pour rentrer dans le vif du sujet, aller directement au cœur des choses. Même si c’est peut-être une erreur car elles représentent l’instantanéité et les idées irréfléchies de son créateur, ce qui rend souvent le début d’un récit plus brut et spontané. De plus, Joann Sfar dit devoir se focaliser sur seulement un seul interlocuteur lorsqu’il écrit et dessine, et c’est son éditrice, Charlotte. Joann Sfar indique ne pas avoir de réelle méthode d’écriture mais essaie de se mettre le plus possible dans la peau de ses personnages. « Lorsque j’écris une BD, j’improvise page après page. Pour un roman, j’écris deux fois plus de pages que celles qui vont être retenues pour le résultat final. Il y a une bizarrerie dans la bande dessinée qui consiste à écrire 46 pages. Ce que j’aime dans cette nouvelle collection de chez Rue de Sèvres dans laquelle Aspirine est publiée, c’est qu’il n’y a pas de limite de pages, c’est open-bar ! »

Procédé de création artistique

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L’artiste, qui dessine huit à dix heures par jour, propose ses dessins sans couleurs à sa coloriste fétiche Brigitte Findakly, qui parvient à raconter ce que l’auteur veut transmettre dans sa bande dessinée en jouant avec les couleurs. « J’ai compris depuis longtemps que l’intérêt dans une bande dessinée est le mouvement dans le dessin et pas seulement le dessin en lui-même. La révolte que j’essaie d’exprimer à travers les personnages de mes bandes dessinées ressort grâce au mouvement animé que les couleurs vont leur attribuer ». Joann Sfar, qui réalise ses œuvres généralement en utilisant de l’encre et une plume, a été obligé pendant une période de changer de procédé car son chat jouait sans cesse avec ses outils de travail. Il a depuis un endroit fermé où il peut dessiner tranquillement.      

Une fascination pour les vampires

L’écrivain est fasciné par les monstres depuis toujours, et le fait que certains, comme par exemple les vampires ou les zombies, puissent revenir à la vie le subjugue. Cette fascination s’explique par le fait que l’auteur a perdu sa mère à un âge très jeune et il a voulu se sentir entouré en créant des monstres imaginaires qui étaient ses amis et complices. « Avoir de tels personnages imaginaires autour de soi peut remplir une vie très avantageusement, et de ce fait, on peut se sentir moins seul. Normalement, le monstre est celui que l’on montre du doigt et sur qui l’on veut s’acharner, la norme sociale l’exigeant. Or l’artiste britannique Clive Barker a bercé mon enfance en donnant la parole à ces monstres et en les rendant ainsi attachants et plus réels ».

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L’auteur souhaite dorénavant écrire « fin » lorsqu’il termine d’écrire et de dessiner une bande dessinée car il ne veut plus promettre à ses lecteurs qu’il y aura une suite. « Je ne souhaite plus me retrouver dans la situation d’être forcé à faire quelque chose que je ne veux pas faire ».

Les lecteurs qui ont aimé la bande dessinée Aspirine peuvent s’attendre à retrouver leur héroïne vampire dans un second tome, sur lequel Joann Sfar est déjà en train de travailler. Petit aperçu : le personnage d’Yidgor sera coiffé d’une façon très différente… ».

 

Prix Milady 2018 : les lectrices à l’honneur

Comme vous le savez certainement, les femmes lisent nettement plus que les hommes – 7 lecteurs de romans sur 10 sont des lectrices, selon une étude récente du Centre national du livre. Problème : elles restent aujourd’hui sous-représentées dans les jurys de prix littéraires, notamment les plus prestigieux. C’est d’ailleurs ce constat qui a poussé les prix Femina et Elle à réunir des jurys exclusivement féminins pour désigner leurs lauréats.

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Du côté des éditeurs, Milady organise depuis 2014 son prix des Lectrices, donnant la possibilité à des non-professionnelles de prendre la parole et donner leur voix au roman qu’elles ont préféré, parmi une sélection de 10 titres parus chez l’éditeur, écrits par des femmes et déjà plébiscités. En 2017, Phaedra Patrick recevait des mains de son éditrice française Isabelle Varange, le fameux trophée pour son livre Les Fabuleuses Tribulations d’Arthur Pepper, l’histoire d’un veuf qui va sortir de sa vie bien rangée pour enquêter sur sa femme décédée, et la redécouvrir. 

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Ce mardi 12 juin, une partie de l’équipe de Babelio était donc rue d’Hauteville, Paris 10e, pour découvrir dans les bureaux de Milady le nom de la lauréate 2018, et donner la primeur de l’information aux abonnés Instagram. Si vous suivez le compte Babelio sur ce réseau social, vous savez donc déjà que c’est Cecelia Ahern qui est repartie cette année avec le trophée transparent, pour Les Jours meilleurs ! L’histoire de Kitty – journaliste people en pleine détresse professionnelle, qui va se confronter au mystère d’une liste de 100 noms donnée avant sa mort par Constance, son mentor – a visiblement plu aux nombreuses votantes (plus de 5 000 !), et devancé sur le podium La Petite Librairie des cœurs brisés d’Annie Darling (2e) et Pourvu que la nuit s’achève de Nadia Hashimi (3e).

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, le nom de l’auteur ne vous est peut-être pas pour autant inconnu. Cecelia Ahern a également écrit en 2004 un best-seller international, adapté au cinéma : P.S. : I Love You. Et contrairement à ses personnages – souvent antipathiques au début de l’histoire, et que l’on apprend à aimer au fil des pages – l’auteur se montre très disponible, drôle et sympathique avec les lecteurs et blogueurs présents, posant pour de nombreuses photos et dédicaçant ses livres.

L’occasion aussi pour ses fans de discuter avec elle longuement autour d’un cocktail au nom des titres primés les années précédentes (plutôt « Jamais deux sans toi » ou « La Perle et la Coquille » ?), ou d’un verre de champagne. Avant de goûter l’an prochain au cocktail « Les Jours meilleurs », donc.

 

Découvrez le livre Les Jours meilleurs :

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« À force de traquer le scoop et de dévoiler la vie privée des gens dans les colonnes de la presse à scandale, Kitty est dans l’impasse. Sa carrière de journaliste piétine, et ses frasques lui valent une réputation désastreuse. Tout s’effondre quand elle apprend que Constance, la femme qui lui a tout appris, vit ses derniers instants. Elle se rend à son chevet et lui demande quelle histoire elle a toujours rêvé d’écrire. Mais la réponse arrive trop tard, sous la forme d’une liste de cent noms, sans aucune explication. Bien décidée à percer le mystère, Kitty tente de comprendre ce qui relie entre eux ces inconnus. En allant à leur rencontre, elle va découvrir des aspects pour le moins inattendus de la vie de Constance et peut-être même trouver un sens à la sienne. »

Détour par les États-Unis avec Valentin Musso

Valentin Musso avait jusqu’ici habitué ses lecteurs à des décors français : la Bretagne, les Pyrénées, la Marne… pourtant, depuis un peu plus d’un an, ce sont les Etats-Unis que l’auteur a choisi comme cadre pour ses deux derniers thrillers psychologiques : La Femme à droite sur la photo, disponible en format poche aux éditions Points, et Dernier été pour Lisa, publié aux éditions du Seuil. C’est à l’occasion d’une rencontre dans les locaux de Babelio qu’il en a profité pour échanger avec trente lecteurs à propos de ces deux détours américains.

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Parenthèse américaine

Avant d’écrire La Femme à droite sur la photo, Valentin Musso n’avait en réalité jamais ressenti le besoin de situer ses intrigues ailleurs qu’en France : Maxime Chattam et Claire Favan, par exemple, situent leurs intrigues aux Etats-Unis. Ils font cela très bien et je n’avais pas envie de les singer.” C’est le sujet de ce roman, le cinéma hollywoodien des années 1940 et 1950 qui, en s’imposant à l’auteur, lui a également dicté son cadre : “J’aime beaucoup le cinéma hollywoodien de ces années-là, avec Marilyn Monroe et Jean Seberg, et je voulais lui rendre hommage dans un roman. Logiquement, ça ne pouvait pas se passer ailleurs qu’aux Etats-Unis.”

Passionné par le milieu du cinéma hollywoodien, Valentin Musso voulait également montrer ce que le glamour cachait de glauque : “La fin des années 1950 aux Etats-Unis était très marquée par le maccarthysme, avec la chasse aux homosexuels et aux communistes. Le milieu hollywoodien a beaucoup subi cela, car c’était un milieu politiquement très à gauche. On a découvert, dès années plus tard lorsque les dossiers ont été rendus publics, que Ray Bradbury et Frank Sinatra étaient sur écoute. Leurs dossiers étaient complètement creux.”

“Les endroits clinquants de L.A. -ils ne manquent pas- m’ont toujours déprimé, on dirait qu’ils ont été inventés que pour dissimuler aux yeux des gens les rêves brisés et les échecs dont se repaît cette ville.” David Badina, le narrateur de La Femme à droite sur la photo.

À l’image de La Femme à droite sur la photo, l’auteur avait également besoin d’utiliser le système judiciaire américain pour écrire Dernier été pour Lisa. C’est pour cela qu’il a choisi la côte du lac Michigan, dans le Wisconsin, comme décor pour son dernier roman.

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L’envers du décor

Après avoir montré la féerie et le sordide d’Hollywood, Valentin Musso a souhaité prendre le contre-pied de ce milieu et parler de la campagne américaine. Après la côte Ouest, direction les bords du lac Michigan, dans l’état du Wisconsin : Dernier été pour Lisa a été écrit en réaction à La Femme à droite sur la photo. J’ai vu qu’il y avait un décalage entre les grandes villes et la campagne. Lorsque les gens reviennent dans leur ville natale après avoir fait des études ou commencé leur carrière dans une métropole, il y a un décalage : ils ne comprennent plus les gens du coin.”

« La bourgade du Wisconsin m’apparaît comme une personnalité à part entière, avec ses ragots, ses secrets, la peur du qu’en dira-t-on, sa mise à l’index de ceux qui n’entrent pas dans la norme. Chacun doit rester dans sa « caste », on ne se mélange pas, ou alors… advienne que pourra ! J’ai envie de dire que l’histoire n’aurait pas pu exister ailleurs que dans un endroit semblable à celui-ci. » critique de Domeva

Ce que Domeva fait remarquer dans sa critique correspond justement à l’intention de l’auteur, qui a souhaité aborder les thèmes d’exclusion et de fragilité dans Dernier été pour Lisa : “Même si ces thèmes ont déjà été abordés dans des romans précédents, j’avais envie de les traiter de manière différente, en parlant de cet adolescent qui veut s’élever socialement par exemple, mais qui n’y parvient pas. J’avais besoin de situer cette histoire dans une Amérique profonde pour l’écrire, car elle n’était pas transposable dans la campagne française.”

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Une déclaration d’amour au polar et au cinéma

Ce ne sont pourtant pas des problématiques sociales qui sont au cœur de ces deux romans, Valentin Musso s’est plutôt nourri de ses passions et découvertes adolescentes pour écrire ces deux livres : “Ce qui m’intéresse en réalité, c’est moins l’Amérique réelle que celle imaginaire, fantasmée. Dans La Femme à droite sur la photo, j’ai voulu rendre hommage au cinéma, alors que Dernier été pour Lisa est un hommage à la littérature que j’ai découvert quand j’étais adolescent.”

C’est en effet à cet âge que l’auteur a découvert les classiques du polar : “Ma mère m’a fait découvrir Arthur Conan Doyle et ses Sherlock Holmes, et c’est grâce à mon père que j’ai découvert Georges Simenon. C’est aussi à ce moment-là que j’ai lu Agatha Christie, Gaston Leroux, Stephen King… et que j’ai découvert le cinéma américain grâce au Cinéma de minuit : j’ai regardé des films d’Orson Welles, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick La Femme à droite sur la photo, c’est une déclaration d’amour au polar et à ce cinéma !”

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Détourner les codes du polar

Si Valentin Musso a souhaité rendre hommage aux polars qui ont rythmé son adolescence, il n’hésite pas à se détourner de leurs schémas parfois classiques pour s’inscrire dans des genres plus contemporains. Il avoue d’ailleurs préférer le registre du thriller psychologique : “Je préfère quand il n’y a pas de sang, c’est la violence psychologique qui m’intéresse. Comme dans Sans faille, l’un de mes précédents romans dans lequel j’ai voulu parler de la violence de classe, c’est d’une histoire d’amitié dont je suis parti pour Dernier été pour Lisa, puis ça a dérivé vers une histoire policière.”

L’auteur n’a ainsi jamais réutilisé de personnage pour en faire une figure récurrente : “j’ai besoin d’une nouvelle aventure à chaque fois, c’est ce qui me motive.” À la figure classique du détective tel que Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, Valentin Musso préfère des personnages plus anonymes, que l’on pourrait croiser tous les jours : “C’est vrai que je connais mal le monde de la police, mais je préfère surtout m’inspirer du cinéma des années 1940, dans lequel le personnage du flic était un personnage secondaire. Dans mes romans, l’enquêteur est souvent incarné par un détective privé ou un journaliste, rarement par une institution. J’aime le fait que mes personnages principaux, comme ceux d’Alfred Hitchcock, soient des antihéros. Il y a d’ailleurs une citation d’André Gide, “il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant”, qui représente exactement l’idée que je me fais de mes personnages.” Une lectrice a d’ailleurs fait remarqué que le personnage de Lisa n’était pas attachante : “La mort ne rend pas les gens meilleurs, c’est pour cela que j’ai voulu faire de Lisa un personnage qui ne soit pas parfait et dont on découvre les secrets petit à petit.”

Enfin, le passé est également l’un des thèmes de prédilection de Valentin Musso : “Que ce soit dans les films, les livres et même dans les émissions du type “Faites entrer l’accusé”, j’aime beaucoup les affaires classées sans suite, qui datent de plusieurs années. J’aime cette coexistence du passé et du présent, le fait de revenir en arrière, de creuser dans des souvenirs et de se dire que le passé ne nous a pas tout dit.” Pour écrire sur ces affaires passées, l’auteur adapte ainsi son écriture pour résoudre l’intrigue tout en restant crédible : “C’est intéressant de jouer sur la multiplication des points de vue, d’insérer des passages en flash-back. Dans Dernier été pour Lisa, c’était une évidence d’inclure des scènes de passé, alors que cela n’était pas nécessaire dans La Femme à droite sur la photo. La vérité ne peut pas venir des preuves matérielles ou scientifiques, il faut la faire surgir d’autre part.”

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La famille : au coeur du roman policier

Au-delà de ses références littéraires et cinématographiques, Valentin Musso s’est également confié sur les événements dont il s’inspire pour écrire ses romans : “Il ne suffit pas de grand chose pour avoir l’idée d’une intrigue policière : un fait divers, des secrets de famille, un article de journal… C’est par exemple après avoir lu un article sur les Lebensborn (programme du IIIe Reich qui avait pour objectif de créer une race aryenne parfaitement pure et dominante) dans L’Express que j’ai eu l’idée d’écrire Les Cendres froides. L’auteur n’hésite pas non plus à puiser dans des faits personnels ou familiaux : “Il y a très souvent des éléments autobiographiques dans le polar et le roman noir”, dit-il avant de préciser : “Je me souviens des histoires que me racontait mon grand-père, qui est mort à 104 ans. Il habitait près de Nice et a grandi près des terrains d’aviation. Je m’en suis servi pour écrire Le Murmure de l’ogre.”

La famille est d’ailleurs un terreau particulièrement fertile, selon Valentin Musso, pour bâtir une intrigue policière : “aux sources mêmes de l’intrigue policière, je pense qu’il y a une histoire de famille”, explique l’auteur, “la première histoire policière en date, c’est bien celle d’Œdipe qui, souhaitant découvrir d’où vient la malédiction qui s’abat sur Thèbes, découvre qu’il en est à l’origine. La famille est un terrain de jeu privilégié, et fournit une matière narrative incroyable à un polar.”

L’époque de l’adolescence, mise en scène dans Dernier été pour Lisa, n’a pas non plus été choisie au hasard. Valentin Musso le voit comme l’âge de toutes les possibilités, riche en attentes et en tensions : “J’aime cet âge car c’est celui où tout est encore possible. On a du potentiel et des qualités, et parfois la réussite ou l’échec ne tiennent à pas grand chose, il n’y a pas d’explication au succès de l’un ou à la malchance d’un autre. La question qui hante les adolescents, tout l’enjeu, c’est de savoir si les promesses seront tenues.”

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De nouveaux défis d’écriture

Pour Valentin Musso, il ne suffit pourtant pas d’avoir une bonne idée pour se mettre à l’écriture : il faut également qu’elle arrive au bon moment . “Pour La Femme à droite sur la photo, j’avais pris des notes lorsque je passais des vacances en Bretagne, mais j’ai retardé l’écriture de ce livre car ce n’était pas le bon moment”.

Une fois que l’auteur a l’intrigue en tête, il ne tarde pas à se mettre à écrire : “Faire un plan, c’est une idée à double tranchant. Ca peut guider l’auteur, mais ça peut aussi le brider. Je préfère partir avec une idée grossière de l’histoire, et avancer petit à petit. J’ai besoin de me mettre à l’écriture rapidement, de me laisser porter pour trouver le point de vue adapté à chaque histoire. Le choix de la tonalité narrative est très important pour moi.” Il lui est d’ailleurs déjà arrivé de réécrire un manuscrit, commencé à la première personne, et de changer de point de vue pour lui donner plus de crédibilité : “En relisant ce que j’avais écrit, je trouvais que ça ne marchait pas, alors j’ai décidé de tout réécrire à la troisième personne. Le narrateur que j’avais choisi au départ faisait de la rétention d’information, et ça ne me semblait pas cohérent. Cette expérience m’a appris qu’il faut toujours se relire, et voir si on croit soi-même à ce que l’on a écrit.”

L’écriture de Dernier été pour Lisa a d’ailleurs donné son lot de défis à l’auteur. L’alternance entre présent et retours dans le passé, pour commencer : “J’écris mes livres dans l’ordre de lecture. Pour écrire mon dernier roman, j’ai donc alterné entre l’écriture de chapitres du présent et ceux dans le passé. Les choses se sont faites naturellement, je sentais qu’il fallait insérer une scène du passé au fur et à mesure de l’écriture, pour équilibrer le récit.” Le personnage de Lisa a également été difficile à représenter. Si Valentin Musso a l’habitude de prendre des notes sur ses personnages avant d’écrire, le cas de Lisa a été une exception : “j’avais juste son prénom quand j’ai commencé à écrire, car je m’identifiais davantage à Nick, le narrateur de l’histoire : on a le même âge, on est tous les deux écrivains… À tel point que quand j’écrivais les dialogues entre le narrateur et Lisa, j’attendais moi aussi les répliques de Lisa !”

Enfin, le dernier défi qui s’est imposé à l’auteur lors de l’écriture de ce roman a été de se mettre dans la peau d’une adolescente : “j’étais plus prudent lorsque j’écrivais le journal intime de Lisa, car j’avais peur de faire des erreurs. Je faisais donc lire des passages à ma femme pour savoir si j’étais sur la bonne voie.”

Après Hollywood et le Wisconsin, Valentin Musso quittera les Etats-Unis pour son prochain roman. Le lieu n’aura d’ailleurs pas d’importance puisque l’intrigue pourra se dérouler n’importe où. Soyez donc prêts à découvrir un nouveau décor !

Jeunesse éternelle, ou quand Frédéric Rébéna adapte Françoise Sagan en BD

En 1954, Françoise Sagan crée le scandale avec son premier roman Bonjour Tristesse, alors qu’elle n’a que 18 ans. Tandis que François Mauriac la décrit comme un « charmant petit monstre », formule restée célèbre, certains critiques fustigent les actions et comportements des personnages, notamment Cécile, qui « consomme » un garçon avant de rompre, à l’image de l’attitude de son père, Raymond, avec les femmes qu’il fréquente. Or dans les années 1950, représenter une telle relation allait à l’encontre du schéma classique, invitant les amants à se fiancer, à se marier et avoir des enfants en cas de rapport charnel.

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Mai 2018. Bonjour Tristesse est enfin adapté en bande dessinée, comme une évidence. Frédéric Rébéna est au stylo et au crayon, et Rue de Sèvres édite la BD. A cette occasion, 30 Babelionautes ont pu rencontrer l’auteur-dessinateur le vendredi 25 mai, ainsi que le fils de Françoise Sagan, Denis Westhoff, exécuteur testamentaire de son œuvre.

L’amour impossible

L’un des thèmes majeurs du roman, et donc de cette adaptation, c’est la difficulté des personnages à sortir de leur isolement, de leur solitude, et de s’ouvrir aux sentiments, notamment à l’amour. « C’est un roman sur l’impossibilité de l’amour, explique Frédéric Rébéna. Le père a une attitude très consumériste avec les femmes, et orientée sur le sexe. La fille est dans des contorsions d’adolescente, et a pour seul exemple ce père et ses nombreuses et brèves conquêtes. Finalement, elle adopte vite son attitude… » Et, plus loin encore dans la tristesse, « le seul personnage amoureux, c’est Anne, l’amie de la femme décédée, et une relation un temps heureuse qui va déboucher sur le drame, et lui donner un statut de victime. »

Sagan : hier, aujourd’hui, demain

Dès le début de la rencontre, les lecteurs n’ont pas hésité à poser des questions pour avoir un éclairage sur certains aspects, autant du roman que de la bande dessinée. Et notamment pour savoir si le livre, initialement paru chez Julliard, rencontre toujours un public aujourd’hui – à défaut de choquer la morale contemporaine. « Oui, ça se vend de manière encore très régulière, et à toutes les classes d’âges, précise Denis Westhoff. Le livre est d’ailleurs étudié dans les écoles en Chine, au Japon… j’ai même eu une demande venant d’Iran récemment. »

Frédéric Rébéna a, de son côté, choisi de garder une esthétique faisant largement référence aux années 1950, « pour garder la filiation avec le livre », mais de vieillir un peu les personnages : « En 2018, à 50 ans on est encore jeune. Ca me paraissait utile pour ancrer le récit dans le temps présent. » Et pour bâtir graphiquement la fameuse villa, il avoue avoir « compulsé beaucoup de livres. J’ai recensé des lieux, étudié l’architecture de l’époque, et malgré les jalons visuels codifiés années 1950, je voulais garder quelque chose d’universel et d’intemporel. Vous n’y trouverez pas de date (sauf une mention discrète à la toute fin), j’aimais bien cette idée de temporalité flottante. »

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Un dessinateur en quête de personnages

En plus de ses talents de dessinateur, Frédéric Rébéna a cette fois dû s’adonner à l’écriture. « Je n’imaginais pas travailler avec quelqu’un d’autre là-dessus, je voulais faire cette adaptation seul, puisque c’était possible. Avant même de dessiner, j’ai passé beaucoup de temps à écrire, ce qui était très nouveau pour moi. C’est une phase exigeante, un plaisir et une douleur, qui m’a pris deux tiers du temps de réalisation de cette bande dessinée. »

Et visiblement, voilà une œuvre qui lui tenait très à cœur, d’où le soin apporté à ce travail : « C’est un livre que j’associais à mes parents, coincé entre les mémoires de De Gaulle et de Pompidou. Un petit livre isolé dans cette bibliothèque, entre deux figures autoritaires, un livre forcément magnétique pour moi. A 15 ans, je n’ai pas bien compris ce qui m’était raconté. Ma deuxième lecture a été complètement différente. A 50 ans j’ai une lecture plus analytique, plus intelligente sans doute. Je l’ai relu dans de nombreuses éditions, des plus simples aux plus luxueuses, et celle que je préfère est une édition pour lycéens que j’ai bien malmenée à force de l’utiliser. »

D’ailleurs, à force de le lire, l’auteur-dessinateur semble avoir développé une affection particulière pour Cécile : « C’est un livre sur la solitude d’une ado qui rentre dans l’âge adulte. Quitter l’âge d’enfant est une douleur pour elle. Dans la BD elle ressemble énormément à Jean Seberg, qui avait été choisie pour l’adaptation hollywoodienne d’Otto Preminger en 1958. C’est pour moi la meilleure incarnation. » Quand une lectrice très observatrice lui fait remarquer que ses personnages ne sourient jamais, il répond : « On me fait le reproche dans la vie aussi, et je n’arrive pas à traduire le sourire en dessin. Je suis moi-même triste, mélancolique, associé à quelque chose de pas drôle. Mais c’est surtout un problème plus global de représentation. »

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Habiter Sagan

Quand on lui demande comment il a abordé ce travail, Frédéric Rébéna a une métaphore toute personnelle : « On m’a confié les clés d’une maison, je l’ai investie en locataire, j’ai respecté le lieu, le bail, en m’autorisant quand même quelques aménagements. Au début je suis entré dans des transes d’inquiétude, en me disant que c’était impossible de l’adapter. Une fois à l’aise entre ces meubles, c’était très agréable. » Ce à quoi Denis Westhoff réagit par un « pas de dégradation » rassurant.

Ce qui implique parfois des « choix assez autoritaires, nécessaires pour la dynamique du récit » selon le dessinateur, comme de garder ce qui est représentable par le dessin, et donc d’enlever une séquence. Une modification assez importante aussi du côté de la chronologie du récit, qui voit l’issue tragique du roman représentée dans les premières planches de la bande dessinée : « Ce choix a été dicté par des obligations de dramatisation, et pour se repérer dans le récit. Techniquement, c’était la meilleure des introductions pour évoluer en tant que lecteur dans cette histoire. »

Par contre du côté du texte, « garder celui-ci mot pour mot était pour moi une question de respect ». Ce que ne contredit pas le fils de Françoise Sagan, qui a d’ailleurs lancé un prix littéraire en 2010 portant le nom de sa mère, et récompensant des auteurs passés généralement sous les radars de la critique.

Et les Babelionautes enthousiastes et ravis, de repartir avec une dédicace chacun, patiemment exécutées par l’auteur de la bande dessinée. Alors finalement, bonsoir gaieté !

Découvrez plus en profondeur l’adaptation de Bonjour Trsitesse en bande dessinée, à travers cette vidéo « Les 5 mots de Frédéric Rébéna » :

Dans la peau d’un enfant avec Julien Aranda

Faut-il faire des sacrifices pour réaliser ses rêves d’enfants ? C’est la question que se pose Julien Aranda dans son dernier roman, Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare, publié aux éditions Eyrolles. Il était d’ailleurs présent dans les locaux de Babelio le 31 mai dernier, pour échanger avec 30 lecteurs à propos de ce dernier ouvrage.

Quand un souvenir d’enfance donne naissance à une fiction

C’est l’aspect autobiographique du Jour où maman m’a présenté Shakespeare qui a été abordé en premier par les lecteurs, mais Julien Aranda a rapidement mis de côté cette idée, insistant sur le fait que son troisième roman est d’abord une fiction : “certains aspects sont autobiographiques, mais je me suis surtout nourri de mon imagination pour écrire cette histoire”. L’auteur a ainsi expliqué aux lecteurs comment il avait puisé dans ses souvenirs d’enfance et dans son imaginaire pour inventer une histoire et des personnages : “Après avoir écrit mes deux premiers romans, j’avais la sensation d’être arrivée au bout d’un cycle. Je ne savais pas comment repartir, alors j’ai repensé aux livres qui m’avaient marqué pendant mon enfance : La Gloire de mon père et Le Château de ma mère de Marcel Pagnol, et La Vie devant soi de Romain Gary. Le point commun qui réunit ces trois livres, c’est le point de vue enfantin du narrateur. Je me suis dit que c’était une aventure que j’avais envie de tenter, alors pour me lancer, je suis parti de mon premier souvenir : la mort de mon chien, un caniche noir qui s’appelait Roméo. J’ai ensuite utilisé mon imagination et mon expérience personnelle pour inventer une histoire autour de ce souvenir : j’ai fait beaucoup de théâtre, alors je me suis servi de cette expérience pour rebondir sur ce vieux souvenir, et je me suis dit que si ce chien s’appelait Roméo, c’est parce que ma mère était fan de William Shakespeare, et c’est comme ça qu’est né le personnage de cette mère farfelue.”

Comme un poisson dans l’eau

Dans un quotidien contraignant et bien rempli, la lecture est souvent un moyen de s’échapper de la réalité. Pour Julien Aranda, il en est de même pour l’écriture, qui est pour lui un moyen d’évasion : “Quand on a un enfant en bas âge, de multiples activités et un travail prenant, c’est parfois difficile de faire une pause. L’écriture m’a permis de souffler et de prendre du recul par rapport à la réalité. J’ai toujours eu de l’affection pour le théâtre, j’ai voulu être comédien, et ce n’est d’ailleurs pas un projet que j’ai complètement abandonné : pendant l’écriture, j’ai eu l’impression de faire partie de cette troupe de théâtre.”

En plus de se vêtir d’un costume de comédien, Julien Aranda s’est également mis dans la peau d’un enfant, de ses cinq à ses vingt ans. Loin d’avoir été une expérience difficile, c’est au contraire un exercice qui a plu à l’auteur ; ce dernier en a profité pour se confier sur les raisons qui l’ont poussé à choisir un narrateur qui soit un enfant : “L’adolescence est, pour moi, beaucoup plus proche du monde des adultes que du monde de l’enfance, car on comprend beaucoup de choses. Je garde un souvenir magique de mes années de primaire : tout allait bien, je me sentais comme dans un cocon. Au contraire, l’arrivée au collège a sonné pour moi comme la fin de l’enfance et de l’insouciance. J’ai senti qu’il y avait une cassure entre le monde de l’enfance et celui de l’adolescence. Écrire du point de vue d’un enfant m’a permis de renouer avec l’enfant qui est en moi.”

Une lectrice en a d’ailleurs profité pour souligner la justesse du langage de l’enfant au centre du Jour où maman m’a présenté Shakespeare, et du ton utilisé par l’auteur. Pour trouver sa propre voix, Julien Aranda s’est avant tout inspiré des auteurs classiques cités précédemment, mais il admet qu’il s’est aussi inspiré de quelques auteurs contemporains tels que Michel Houellebecq et Sylvain Tesson. “On m’a également parlé d’En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut comme référence à Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare.”, poursuit l’auteur. “C’est vrai que j’y ai trouvé des ressemblances en le lisant, même si la mère d’En attendant Bojangles est plus farfelue et plus fantasque et, qu’à l’opposé de mon roman, elle ne poursuit aucun but.”

La tête dans les étoiles, les pieds sur terre

Parmi ses références, Julien Aranda a également cité Un Taxi mauve de Michel Déon : “en le lisant, j’ai eu envie d’écrire un roman dans lequel il y aurait des jeux de mots, j’aime d’ailleurs beaucoup Stéphane de Groodt. Dispersés aux quatre coins du roman, ces calembours tels que “l’huissier d’injustice”, “les réseaux asociaux” ou “les forces du désordre” ont ainsi interpellé les lecteurs par leur fantaisie. “L’humour est pour moi la capacité suprême de l’homme à ne pas se prendre au sérieux”, précise alors Julien Aranda, “c’est un moyen d’aborder des thèmes difficiles de manière plus légère. Face à une situation compliquée, l’humour est, comme la poésie, une échappatoire à la réalité. L’humour et la poésie sont pour moi comme un kaléidoscope : ce sont deux manières de voir le monde.”

Pour compléter cette touche d’humour, Julien Aranda a souhaité y ajouter une dimension poétique, “je voulais écrire un roman musical, qui sonne bien et que l’on puisse écouter”, et construire une ambiance onirique : “j’ai conscience de ne pas avoir été rigoureux ni réaliste dans tous les aspects de ce roman, mais j’ai choisi de privilégier cette atmosphère poétique au réalisme. On écrit pour le lecteur que l’on est et, en tant que lecteur, tant que l’histoire est belle et qu’elle me fait rêver, ça me suffit. Je ne voulais pas étouffer le récit, car la littérature est pour moi une bulle d’oxygène.” Et c’est justement à mi-chemin entre la figure poétique et la figure paternelle que se trouve Georges Brassens, le chanteur préféré du héros.

Mais l’auteur ne s’est pas contenté de s’affranchir des contraintes imposées par le réalisme, puisqu’il avait pour objectif d’écrire un roman qui serait “complètement paradoxal”, à l’image de ses personnages construits à l’opposé les uns des autres, tels que la mère et Tata Myriam. “Je comprends que la mère ait pu être agaçante, car elle heurte des valeurs fondamentales. Quel est le prix à payer pour la réussite ? Comment être un artiste responsable lorsque l’on a des enfants ? Ce sont des questions que l’on peut se poser au travers du personnage de la mère. Il faut parfois faire des sacrifices pour réaliser ses rêves d’enfant.”

“Je n’aime pas écrire, j’aime avoir écrit.” Paul Morand

Avant de quitter Julien Aranda, les lecteurs ont toutefois souhaité lui dérober quelques conseils et techniques d’écriture, “Je comprends complètement votre question”, confesse l’auteur, “j’ai moi-même passé des années à me renseigner sur les méthodes d’écriture des écrivains avant d’oser me lancer !”

L’auteur du Jour où maman m’a présenté Shakespeare s’est alors confié sur l’expérience d’écriture, qui relève pour lui “d’un alignement des planètes et de l’instinct : Je ne fais pas de plan, ni de fiche de personnage. Fiodor Dostoïevski, John Steinbeck et Romain Gary écrivaient d’ailleurs sans plan ! Si j’en concevait un, ça me donnerait l’impression que tout est déjà fait, et ça me découragerait. Ce que j’aime dans la littérature, c’est lorsque le narrateur se retrouve face à ses personnages et que le champ des possibles s’ouvre. J’aime le fait de ne pas savoir où je vais.”

Julien Aranda admet toutefois se reconnaître dans la citation de Paul Morand, “je n’aime pas écrire, j’aime avoir écrit” : “je trouve cela très difficile d’écrire. C’est pour cela que je m’aide d’un fichier excel et que je me fixe des objectifs quotidiens et mensuels. Je me force à mettre en place un processus d’écriture très rigoureux et, après tout, tous les arts sont soumis à la rigueur, l’écriture autant que la musique.”

Le devoir de se renouveler

Malgré les mystères non résolus qui subsistent dans Le jour où maman m’a présenté Shakespeare, tels que l’identité du père ou le prénom du petit garçon, Julien Aranda assure qu’il n’écrira pas de suite à ce troisième roman : “J’en ai eu l’idée mais j’ai finalement décidé de ne pas le faire. Je ne suis pas un lecteur de séries, et je trouve cela trop facile. J’ai envie de me renouveler, et je pense qu’on en a même le devoir. J’ai un million d’idées pour mes prochains romans, je n’ai plus qu’à me poser et à les coucher sur papier.”

Pour en dévoiler davantage à propos du Jour où maman a rencontré Shakespeare, Julien Aranda s’est livré à l’exercice des 5 mots et vous en dit un peu plus en vidéo :

Voyage en terre malazéenne avec Steven Erikson

Près de 20 ans après le début de la publication de la saga Le Livre des martyrs de Steven Erikson, le premier tome de la série, Les Jardins de la lune, s’offre une nouvelle traduction française aux éditions Leha. À l’occasion de cette réédition et avant de partir pour les Imaginales, l’auteur canadien a fait un détour par les locaux de Babelio pour échanger avec trente lecteurs à propos du premier volume de sa décalogie.

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Un plateau de jeu de rôle

C’est dans les années 1980 qu’est né le monde malazéen. À l’époque, Steven Erikson et Ian Cameron Esslemont sont deux étudiants canadiens qui aiment partager des parties de jeu de rôle tels que Donjons & Dragons. Difficile de dire qui des personnages ou de l’univers est venu en premier aux créateurs de cet univers “Je suppose que les personnages nous sont venus en premier car, dans un jeu de rôle, les caractères des personnages sont essentiels pour faire avancer l’histoire. Mais je me souviens aussi des grandes cartes que l’on trouvait dans chaque boîte de jeu, et qui décrivent les terres où les humains et les nains habitent. Pour s’amuser, on a voulu étudier ces cartes dans le détail, et on a remarqué quelques erreurs un peu agaçantes, comme un fleuve qui allait à contre-sens par exemple. Nous avons alors décidé de créer notre propre univers pour héberger nos parties.”

Lors de la conception de cet univers, les auteurs se sont cependant imposés la contrainte de proposer autant de niveaux d’interprétation que possible : “Pour cela, nous avons été très vigilants et avons veillé à concevoir un univers cohérents à tous les niveaux : géographiquement, politiquement, ou encore historiquement. L’une des questions essentielles que nous nous sommes posées concernait le fonctionnement d’un monde où la magie existe. Pour cela, nous sommes partis du fait que la magie est quelque chose qui s’acquiert sur la base du mérite. Une fois que nous avions posé les ramifications de son fonctionnement et ses répercussions sur l’intrigue et l’environnement, nous nous sommes retrouvés avec un système dans lequel il n’y a pas de différence entre les genres et les sexes : nous avons donc une écriture égalitaire dans laquelle le langage du sexisme n’existe pas.”

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D’une aventure en duo à une aventure solitaire

Un peu de temps est toutefois passé entre la pose des fondations de cet univers et la première publication des Jardins de la lune (en 1999). Avant d’en faire un livre, Steven Erikson et Ian Esslemont ont d’abord voulu transposer cet univers dans un scénario pour le cinéma : “Pour écrire le synopsis, nous nous sommes inspirés des souvenirs que nous avaient laissés nos parties de jeu de rôle – mais nous en avons laissé une bonne partie de côté : il faut garder à l’esprit qu’elles ressemblaient plus à des discussions qu’à des quêtes pleines de monstres et de trésors. En réalité elles nous ont surtout permis de développer les personnages : cela nous a permis d’obtenir une grande compréhension de leur caractère et de leur histoire, et de leur insuffler de la vie. Ça a l’air ennuyeux, dit comme ça, deux personnes qui jonglent entre trois personnages et qui ne font que discuter pendant des parties de jeu de rôle, mais ces conversations nous ont apporté une grande richesse linguistique et beaucoup d’éléments tragiques.”

Ce n’est pourtant pas dans les salles obscures que l’univers malazéen a finalement pris forme, mais entre les pages d’un livre : “Dès que le scénario a été refusé, nous nous sommes mis d’accord et avons décidé de nous lancer individuellement pour en faire chacun un livre. Si l’écriture d’un scénario se prête bien à l’écriture à distance, c’est plus compliqué lorsqu’il s’agit d’écrire un roman : il faut trouver son propre style et sa propre voix. Or nous n’étions pas au même endroit : Ian était en Alaska, et moi sur une île en Colombie-Britannique. Mais nous avons quand même énormément communiqué, pour éviter de faire des erreurs et pour garder une histoire cohérente. Nous avons chacun retravaillé le scénario d’origine à notre manière, et avons rapidement laissé nos parties de Donjons & Dragons de côté. Nous avions pris beaucoup de notes à partir de ces parties de jeu de rôle, mais il y a toujours un risque à prendre trop de notes et à en savoir trop sur une histoire : il faut garder l’esprit ouvert pour savoir comment on va en arriver là, et il faut garder de la spontanéité pour ne pas étouffer l’écriture.”

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La nouvelle la plus longue du monde

C’est dans une bataille de longue haleine que s’est alors lancé Steven Erikson, puisque la saga du Livre des martyrs ne compte pas moins de 10 ouvrages : “Lorsque j’ai commencé l’écriture, j’avais les 10 volumes en tête, et notamment des scènes de bataille du tome final ; c’est d’ailleurs ça qui m’a permis de tenir pendant onze ans et de continuer à écrire, j’avais hâte d’arriver jusque là ! Mais je n’en ai pas parlé tout de suite à mon éditeur, car je voulais que chaque livre soit une histoire à lui tout seul, sauf le tome 9 dont la fin avait pour objectif de tenir le lecteur en haleine avant le tome final. Pour moi, le tome 9 et le tome 10 ne sont en réalité qu’un unique et énorme ouvrage.”

Malgré la longueur de ses romans, c’est en écrivant des nouvelles que l’auteur déclare avoir appris à écrire : “D’ailleurs, je n’ai peut-être jamais écrit de romans, car Le Livre des martyrs est parfois décrit comme “la nouvelle la plus longue du monde”. Je pense que si le roman survit à la relecture, c’est grâce à ses différents niveaux d’interprétation.” Steven Erikson admet toutefois s’être inspiré de grands classiques de la science-fiction pour écrire Le Livre des martyrs : “Ce n’est pas une oeuvre unique, structurellement parlant, car elle repose sur le roman Dune de Frank Herbert, dans lequel le lecteur est propulsé directement dans l’histoire. Nous avons fait la même chose ! En fait, j’écris surtout pour me faire plaisir, pour un lectorat duquel je ferais partie.”

Les films La Ligne rouge (Terrence Malick), comme suggéré par un lecteur, et Au-delà de la gloire (Samuel Fuller), font également partie des influences de l’auteur : “J’ai beaucoup appris de ces deux films, qui s’attachent à trouver un petit geste d’humanité, aussi petit soit il, au coeur d’événements tragiques qui incluent des milliers de personnes. Dans Le Livre des martyrs, il y a du bon chez les méchants et du mauvais chez les bons personnages. Notre approche était de rendre les personnages aussi humains que possible, même s’ils ne l’étaient pas. C’est sûrement l’une des raisons pour lesquelles les lecteurs aiment les personnages.”

En parlant des personnages, celui de Kruppe a particulièrement marqué les lecteurs : décalé et impertinent, il détonne parmi les autres personnages. “J’avais en tête l’image de quelqu’un qui aurait toujours un mouchoir détrempé à la main pour s’éponger le front, et qui s’exprime dans un langage fleuri, mais attendez de découvrir Iskaral dans le deuxième tome !”

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Au-delà de la fantasy

Si Le Livre des martyrs est devenu un classique de la fantasy, il n’en reprend pourtant pas les grands codes : Steven Erikson et Ian Esslemont ont en effet créé un univers original duquel les elfes sont par exemple absents. Cet univers n’a pourtant pas été créé par opposition à la fantasy des années 1990, mais s’inscrit plutôt dans une vision postmoderne du genre : “Nous avons remarqué qu’il y avait deux manières d’approcher la fantasy : d’un côté il y avait l’epic fantasy de J.R.R. Tolkien et Terry Brooks, et de l’autre la dark fantasy de Michael Moorcock et Glen Cook. Nous étions plus attirés par des ouvrages tels que La Compagnie noire de Glen Cook et nous sommes spontanément orientés vers cette voie.”

Le Livre des martyrs ne se limite pas pour autant au seul cercle de la fantasy. Pour écrire son histoire, Steven Erikson s’est nourri de différents registres : “Au fur et à mesure du développement de l’histoire, les personnages se posent de plus en plus de questions qui dépassent largement le cadre de la fantasy : les pensées philosophiques des personnages alternent avec les scènes violentes de guerre, et finalement ce n’est plus de la fantasy avec des accents tragiques, mais une tragédie teintée d’éléments de fantasy.”

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Une quête éditoriale

Douze ans après la publication du premier tome, les lecteurs anglo-saxons avaient enfin le dernier tome entre les mains. Mais si la dernière page a pu être difficile à tourner pour quelques lecteurs, Steven Erikson n’a pas tardé à reprendre la plume : “Quand j’ai fini d’écrire cette saga, j’étais à Plymouth en Cornouailles, en Angleterre. Je l’ai terminée en ayant la sensation d’être arrivé là où je voulais aller. Si j’avais été renversé par un bus à ce moment-là, je serais mort satisfait. J’ai fait une petite pause pour me reposer, mais ça n’a duré que sept jours : je me suis tout de suite remis à écrire. Avec du recul, c’était peut-être une erreur, car mes lecteurs et mes lectrices étaient sûrement autant épuisés que moi.”

Enfin, cette rencontre avec des lecteurs était également l’occasion pour l’auteur de revenir sur son parcours et sur les obstacles qu’il a rencontré il y a vingt ans, alors qu’il envoyait des manuscrits à des maisons d’édition : “Il m’a fallu huit ans avant de trouver un éditeur. J’ai commencé par envoyer le manuscrit complet à un éditeur new-yorkais. Il est resté chez eux pendant 18 mois avant de m’être retourné. Je l’ai alors renvoyé à un autre éditeur, Tor books. Après plusieurs mois, je les ai appelés pour savoir ce qu’il en était : ils étaient intéressés mais attendaient la dernière fiche de lecture d’un auteur. Ils m’ont rappelé quelques mois plus tard, pour me renvoyer mon manuscrit : ils avaient finalement décidé de le refuser car ils pensaient qu’il était trop compliqué.
Ce double refus était frustrant pour moi, j’ai donc décidé de tenter ma chance en Angleterre, en me donnant cinq ans pour signer un contrat. Trois ans plus tard, j’avais un agent et un éditeur, et trois ans encore plus tard, les éditions Tor rachetaient les droits de la saga. L’ironie de cette histoire, c’est que j’ai vendu plus de livres aux Etats-Unis que n’importe où ailleurs, et sa morale, c’est que les éditeurs peuvent parfois se tromper à propos de leur lectorat.”

En attendant de découvrir le deuxième tome de la saga en novembre, nous vous proposons de retrouver Steven Erikson en vidéo, dans laquelle il a choisi six mots pour parler de sa saga Le Livre des martyrs, publié aux éditions Leha.

Rendez-vous le 8 juillet pour le pique-nique annuel de Babelio !

Comme tous les ans en été, nous invitons membres du site, amis virtuels et simples lecteurs à partager un moment convivial autour des livres (et d’un repas, cela va de soi !).

Le pique-nique aura lieu le 8 juillet dans plusieurs villes du monde :

L’année dernière, nous avions exporté le pique-nique aux quatre coins de la France. Cette année, Babelio voit plus grand et propose aux lecteurs des quatre coins du monde (ou presque) de participer à la 7e édition de ce festin littéraire.

Après Lille, Lyon, Marseille, Montpellier et Nantes, les lecteurs de Montréal, Bruxelles, Toulouse, Bordeaux, Casablanca, Rennes, Tunis, Genève et Strasbourg sont également invités à se joindre à l’événement !

Au programme : une loterie de livres, des sessions de quiz, et un grand festin !

Inscrivez-vous ci-dessous si vous souhaitez participer à l’un de ces pique-niques, pour que nous puissions vous contacter et vous tenir informés de son déroulement.

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Bordeaux

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Bruxelles

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Casablanca

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Genève

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Lille

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>>Inscrivez-vous au pique-nique de Montréal

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Nantes

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>>Inscrivez-vous au pique-nique de Rennes

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Strasbourg

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Toulouse

>>Inscrivez-vous au pique-nique de Tunis

Entrez dans l’univers de l’écrivain Kim Leine qui manipule ses victimes, ou plutôt ses lecteurs…

Kim Leine, auteur qui a la particularité d’avoir la double nationalité dano-norvégienne, a rencontré ses lecteurs à la Maison du Danemark, dont une trentaine de Babelio. Son éditeur, traducteur et ami Alain Gnaedig était en charge de l’animation de la rencontre.

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Le roman de Kim Leine L’abîme, qui compte 640 pages, vient d’être édité chez Gallimard.

Mars 1918. Les frères jumeaux Ib et Kaj Gottlieb quittent le Danemark pour la guerre civile en Finlande. Ils sont volontaires du côté blanc, participent à la prise de Tampere et aux brutales opérations de «nettoyage» contre les communistes. Après cette première rencontre avec la guerre et le difficile retour à la vie civile, on les suit, ensemble ou individuellement, dans la période de l’entre-deux-guerres. Au Danemark et en Europe, ils sont les témoins des grandes crises et de la montée du nazisme. Dans leurs vies personnelles, ils sont engagés dans la médecine et le journalisme, et ils expérimentent les ivresses les plus différentes. Soudain, avec l’occupation allemande du Danemark, ils replongent dans la guerre. Ils rejoignent les rangs de la Résistance, et ce sera une lutte à mort contre la Gestapo dans les rues de Copenhague

Un parcours atypique

Kim Leine né en Norvège, est parti vivre au Danemark où il a suivi des études d’infirmier, puis a fait le choix d’aller vivre pendant quinze ans au Groenland. Il est ensuite revenu au Danemark où il a publié son premier roman Kalak (2007). « J’ai 56 ans, j’ai été témoin de Jéhovah, entouré de gens fous et j’ai longtemps côtoyé de véritables personnages de romans. Malheureusement, nombre d’entre eux étaient morts depuis une centaine d’années ». L’auteur, qui avait honte d’écrire, a d’abord préféré exercer le métier d’infirmier d’un point de vue existentiel. « Le Groenland a fait de moi un écrivain. Ce pays m’offrait le temps de m’asseoir et d’écrire. C’est un endroit reculé qui permet de produire de bonnes histoires où la rencontre avec la nature nous suit pendant longtemps ». En revanche, Kim Leine explique être devenu toxicomane au Groenland pendant les trois dernières années qu’il a passées dans le pays. « Je suis rentré au Danemark pour me sevrer, puis j’ai réellement commencé à écrire. Un premier roman autobiographique est né en 2007 puis sept autres ont suivi et me permettent aujourd’hui de vivre de ma plume ».

Passage du roman autobiographique au roman historique

Pour Kim Leine, le fait de passer d’un récit autobiographique à un récit historique part d’une envie de prouver qu’il est un vrai écrivain. Il a choisi pour s’exprimer le roman épique, genre généreux, qui lui permet d’inclure des formes diverses : lettres, poèmes ou encore journaux intimes. « Le genre épique est pour moi celui qui ressemble le plus à la nature humaine ».

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Après une lecture en danois d’un passage du roman, Kim Leine raconte pourquoi le thème de la guerre occupe une place si importante dans L’abîme. « Ce texte était à l’origine conçu pour un projet de documentaire, mais lorsque j’ai commencé à écrire, j’ai découvert la guerre civile finlandaise, assez méconnue des danois. J’ai été saisi par une réflexion sur la guerre qui m’a conduit à me demander à maintes reprises pourquoi j’étais autant fasciné par cette dernière, qui occupe une place importante dans mes lectures et dans les films que je regarde. C’est d’ailleurs la question de savoir pourquoi la guerre est si fascinante que je me suis posée dans ce roman. L’intrigue se déroule au XXe siècle, qui s’avère être le siècle de la colère, surtout masculine. Je dis souvent que tous les hommes au plus profond d’eux-mêmes rêvent de tuer quelqu’un, et c’est cette définition de la violence de la mort que j’appelle l’abîme. L’abîme, c’est aussi la perdition dans la violence que je reconnais comme une libération, une tentation. Beaucoup d’hommes marchent au bord de l’abîme et on sait que si l’on fait un pas de côté, nous pouvons tomber. Nous sommes fascinés mais en avons peur, et quand la pression est trop importante, la chute dans l’abîme est inévitable ! Finalement, c’était ma colère à moi et la colère du siècle qui m’ont motivé à écrire ce roman ».

Utiliser le passé pour exprimer au présent ce qui n’aurait pas pu être extériorisé

Ce qui satisfait Kim Leine dans le fait d’écrire sur des époques déjà passées,  c’est la distance que permet de prendre le roman avec la période actuelle. C’est ainsi au XVIIIe siècle qu’il a situé l’intrigue des Prophètes du fjord de l’éternité publié chez Gallimard en 2015. « Au XVIIIe siècle, tout est différent, les gens mangent, parlent et s’habillent différemment. En revanche, les thématiques humaines sont toujours les mêmes : l’amour, le sexe, le désir… C’est pour cela que le lecteur contemporain peut se reconnaître dans ces personnages de romans historiques qui renvoient certaines choses communes au lecteur d’aujourd’hui ». L’auteur apprécie la distance temporelle et géographique que peut procurer la lecture, et c’est pour cela qu’il lit beaucoup de littérature américaine, russe et française.

Kim Leine : romancier épique ou matérialiste ?

Épique ou matérialiste, l’auteur se reconnaît dans les deux adjectifs. Pour Kim Leine, un roman peut être à la fois les deux, car il y a toujours deux forces qui luttent. Ce sont souvent deux antagonistes : le médecin et le pasteur. « Dans Les prophètes du fjord de l’éternité, les deux personnages étaient dans un seul protagoniste. C’était le pasteur qui voulait être médecin. Dans L’abîme, les deux personnages sont des frères jumeaux, et sont donc séparés physiquement en deux individus. Ces racines se retrouvent dans ma propre enfance car je suis un athée qui aime bien l’église, mais je suis devenu infirmier ». Cet antagonisme peut aussi être une fascination de l’un des personnages pour ce que fait l’autre. « Je les vois comme des contraires difficiles à réunir dans une seule et même personnalité. C’est une figure de style littéraire facile à utiliser qui montre les rêves que nous avons dans la vie et propose une opposition entre la vie physique et morale ».   

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Une volonté de divertir en même temps que d’écrire sur un sujet sérieux

Le travail sur l’intrigue est central dans les romans de Kim Leine. Il peut multiplier les détours pour tenir le lecteur en haleine.

Mais une documentation très précise est également essentielle. Elle permet au lecteur une réelle immersion dans l’histoire. L’écrivain utilise un procédé d’écriture original : « J’ai appris avec le temps qu’il faut écrire un roman avec une documentation de base et faire les recherches plus précises sur le sujet central postérieurement. Ces recherches se font après, lors de voyages, de discussions avec des historiens, et j’apporte ces éléments nouveaux à mon roman. De plus, concernant la documentation, il ne s’agit pas de lire beaucoup de livres, mais plutôt d’en lire quelques-uns seulement et de relever le détail important, puis de savoir où le placer dans le roman ».

Un écrivain hypnotiseur et psychopathe

Ib Gottlieb, l’un des frères jumeaux de L’abîme, est un psychiatre qui devient hypnotiseur. Kim Leine va plus loin sur son personnage, qu’il qualifie de psychopathe et dit qu’un écrivain l’est aussi généralement. « On pourrait d’ailleurs appeler Ib ‘psychopathe’, comme tout écrivain est obligé de l’être lorsqu’il manipule ses victimes (les lecteurs et les lectrices). J’ai découvert qu’en écrivant d’horribles choses d’une manière froide, je pouvais créer un effet plus fort chez le lecteur. Un écrivain, c’est un psychopathe manipulateur ! ».

L’auteur va encore plus loin dans sa façon bien à lui de rédiger ses romans, car il écrit chacun d’entre eux en deux langues pour un double public : norvégien et danois. « Il y a beaucoup d’identité dans une langue et lorsque j’écris le livre en norvégien, je le fais d’une manière différente de si j’écrivais en danois, comme si j’avais une autre personnalité. En effet, le regard norvégien sur les choses et la vie est différent du regard danois. De plus, la langue norvégienne représente pour moi ma vie émotionnelle, liée aux dix-sept premières années de ma vie, tandis que le danois représente l’école, l’éducation, la formation, la vie d’adulte et le travail. Le danois est la langue rationnelle et le norvégien est la langue irrationnelle. Je me qualifierais de ‘linguistiquement schizophrène’ ».    

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Les lectures françaises de l’auteur dano-norvégien sont diverses, et autant classiques que contemporaines. Il apprécie par exemple Guy de Maupassant dans une traduction danoise qui date de cent ans, mais aussi Gustave Flaubert, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Delphine de Vigan, et le plus récent livre français qu’il a lu est HHhH de Laurent Binet, Prix Goncourt du premier roman publié chez Grasset en 2010. D’ailleurs, l’auteur suit le Prix Goncourt de très près.   

L’abîme est à lire au plus vite, et nous attendons la prochaine traduction d’un éventuel roman avec impatience !

Partir à l’aventure dans le Maroc d’enfance d’Emmanuelle Jappert

Emmanuelle Jappert a rencontré trente lecteurs de Babelio à l’occasion de la sortie de son premier roman Le scarabée bleu : Une invitation aux voyages, publié chez Eyrolles.

L’histoire originale est celle d’Anicha, jeune fille solitaire qui grandit dans le désert marocain et dont les amis sont les personnages de ses romans. Un jour, elle rencontre un scarabée bleu qui l’incite à partir à la conquête de la vie et de la ville. Un grand voyage commence alors, durant lequel la jeune adolescente va faire la connaissance de nombreux animaux et lieux tous plus improbables les uns des autres.

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Les inspirations de l’auteure : un voyage dans sa propre enfance

L’histoire du roman est née dans la voiture familiale au retour de vacances passées à Pornic. Emmanuelle Jappert a laissé libre cours à son imagination et a inventé ce récit en conversant avec ses enfants et son mari. « L’histoire devait initialement se passer en Egypte, mais j’ai préféré la situer au Maroc, c’était plus fort que moi ». Un choix de pays de la part de l’auteure qui ne nous surprend pas, lorsque l’on sait qu’elle a vécu au Maroc jusqu’à l’âge de cinq ans. Son œuvre est d’ailleurs qualifiée par certains lecteurs de conte oriental dans lequel Jappert a voulu faire ressortir l’atmosphère marocaine, le goût des épices et les senteurs orientales. « Je me suis laissée complètement porter par une histoire de conte, et j’ai joué avec l’enfant intérieur qui est en moi ». Durant son enfance en Afrique, elle explique que son père lui racontait qu’elle s’amusait avec des scarabées, et c’est de là que débute son souhait d’intégrer cet insecte significatif à son récit.  

Un roman à visée/portée universelle

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L’objectif de l’auteure a été de faire ressortir la part d’enfance en chacun de ses lecteurs. « C’est un livre tout public, mais je voulais vraiment m’adresser à l’enfant qu’il y a en chacun de nous. C’est un livre intemporel qui peut être lu par tout le monde, quelque soit l’âge et le sexe ». En entamant la lecture de Le scarabée bleu : Une invitation aux voyages, certains lecteurs ont d’abord cru que c’était exclusivement un livre de littérature jeunesse, et en ont parfois été surpris. Mais c’est après avoir lu quelques pages qu’ils ont compris le choix d’Emmanuelle Jappert de vouloir plonger ses lecteurs dans leur enfance. Le Petit Prince, les contes des Milles et une nuits, et même Candide de Voltaire ont été évoqués par les lecteurs pour qualifier le roman de l’écrivaine et justifier ce paradoxe entre un livre de littérature jeunesse qui peut convenir à de très jeunes personnes et qui peut s’avérer aussi touchant pour un lectorat plus mûr.

Le scarabée bleu est une allégorie à la sagesse

Comme l’explique Emmanuelle Jappert, le scarabée bleu n’est pas n’importe quel insecte car il est sacré en Egypte. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle avait initialement situé son récit dans le pays des pyramides. « Le scarabée bleu est un dieu sacré car il joue avec les bouses, et pour les égyptiens de l’Antiquité, ces scarabées étaient une représentation de Dieu qui pousse le monde. C’est cela qui est jubilatoire pour un écrivain : jouer avec ces idées, ces mythes. De plus, je voulais montrer un autre aspect du petit peuple à travers ce bel insecte ». De plus, Emmanuelle Jappert étant au départ une lectrice assidue d’ouvrages sur le développement personnel, elle compare le scarabée à un guide de la vie qui par sa petite taille s’avère plus sage et discret et rappelle à chacun qu’il ou elle n’est jamais seul(e).

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Le personnage d’Anicha  

Emmanuelle Jappert s’interroge sur le fait de passer de l’ombre à la lumière, comme le vit son héroïne en décidant de s’ouvrir au monde extérieur lorsqu’elle s’éloigne des personnages imaginaires de ses livres. « L’adolescence que j’ai eue est peut-être un miroir de ce que j’ai écrit dans le livre. Est-ce que l’on va passer du côté de l’obscurité à celui de la luminosité ? Ce moment vient-il durant le passage à l’âge adulte ? La lumière m’intéresse beaucoup et quelqu’un m’a dit un jour que la lumière présente pendant les deux premières années de la vie marque une personne pour toute les années qui vont suivre ». Être tout le temps en train de courir, c’est aussi une manière pour Anicha d’aller vers la lumière. « Notre société aujourd’hui est très sédentaire, d’où l’importance de changer ses habitudes. Le mouvement et le sport sont indispensables au bien-être mental de quelqu’un ».

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A propos de son héroïne, Jappert reconnaît qu’elle connaissait son destin et le chemin qu’elle allait emprunter avant même d’entamer l’écriture de son roman. « Anicha se fait plus de mal que de bien dans sa solitude. Ce qui lui manque, c’est du lien, et elle montre une maturité trop adulte pour son jeune âge. Le lien social est fondamental pour moi car on va plus loin dans ses objectifs et dans sa vie que grâce aux autres. Anicha est d’ailleurs assez mal accompagnée pendant son adolescence par deux filles qui font ressortir son côté obscur ». Un lecteur a reconnu avoir éprouvé un fort pouvoir d’identification à l’héroïne en ressentant ses doutes, ses joies et ses interrogations, et c’est cela que l’auteure a voulu transmettre. Son objectif était de faire référence dans son roman à tous les adolescents d’aujourd’hui ainsi que de faire ressortir la part d’enfant chez les adultes.
Un prochain roman est prévu qui sera plus contemporain et dont le plan et le fil conducteur sont déjà élaborés par l’auteure. « J’ai envie d’ancrer mon prochain livre dans l’air du temps et de laisser tout de même une grande place au développement personnel ».