Pénétrez les coulisses de la police écossaise avec Val McDermid

Cyber harcèlement, meurtre en série… Les femmes des romans de Val McDermid sont loin de voir la vie en rose. Pourtant, c’est avec un très grand sens de l’humour que l’auteur des Suicidées, et d’Une victime idéale au format poche, respectivement publiés chez Flammarion et J’ai Lu, a rencontré une trentaine de lecteurs Babelio, dans les locaux de son éditeur.

Merci à Fabienne Gondrand pour l’interprétation.

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Les Suicidées

Tony Hill fait à nouveau équipe avec Carol Jordan sur une affaire de meurtres en série maquillés en suicide. Les victimes, des féministes actives sur Internet, ont été l’objet de cyber harcèlement et des livres de Sylvia Plath et Virginia Woolf sont retrouvés près de leurs corps. Une brillante hackeuse vient en aide au duo pour traquer le tueur.

Une victime idéale

Dans une petite ville du Yorkshire, des femmes qui se ressemblent sont retrouvées mortes. Leur point commun : elles sont toutes blondes aux yeux bleus. Ce tueur pas comme les autres cherche en chacune de ses victimes la femme parfaite, amante soumise et ménagère accomplie, avant de les massacrer avec la plus grande cruauté. Au moment où le meurtrier se prépare à fondre sur sa future proie, Tony Hill se retrouve au cœur de l’enquête mais cette fois sur le banc des accusés. Le célèbre profiler serait-il passé de l’autre côté du miroir ? Dans ce thriller psychologique à glacer le sang, le duo formé par Tony Hill et Carol Jordan est plus que jamais mis en péril.

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Maternité et roman

Lorsqu’elle a écrit Le chant des sirènes en 1995,Val McDermid ne pensait pas qu’il serait le premier tome d’une série, dont un nouveau volume, Les Suicidées, vient de paraître en France : “La seule différence que j’ai senti avec mes autres livres, c’est que l’histoire m’est venue d’un coup. Un roman commence généralement pour moi par une petite idée et grandit ensuite pendant une longue période de gestation. Pour le premier tome de ma série de romans, Le chant des sirènes, l’idée m’est venue alors que je conduisais et m’a tellement saisie que je me suis arrêtée sur le bas-côté pour l’écrire, de peur de l’oublier !” Une fois le roman écrit, l’évidence apparaît à l’auteur : “Je me suis rendue compte que mes deux personnages avaient un grand potentiel. En revanche, je n’ai pas pour autant écrit la suite immédiatement ; je me laisse toujours un moment entre deux livres, afin de conserver un regard frais sur mon intrigue et pour garder mon enthousiasme !”

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Des personnages vivants

Carol et Tony Hill sont les deux héros de la série de romans de Val McDermid, qui nous explique la naissance de ce duo : “Mes deux personnages sont nés ensemble. Il existe une différence de statut entre profiler et policiers en Angleterre et je souhaitais mettre à profit cette tension qui existe entre les deux métiers en la mettant en scène dans un duo.” Par ailleurs, l’auteur nous explique porter une attention toute particulière à l’évolution de ses personnages récurrents : “Je pense à Miss Marple qui est absolument immuable dans toutes ses aventures ; ce qui permet bien sûr aux gens de lire les livres dans le désordre. Mais Miss Marple ne se soucie guère des personnages autour d’elle. Ce n’est pas le cas dans ma série, et c’est volontaire. Je crois qu’avec le temps, les lecteurs se sont sophistiqués et il est important selon moi que l’écriture se sophistique aussi. Par conséquent, il me semble nécessaire de faire évoluer mes personnages en fonction des histoires que j’écris, au fil des tomes.”

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Etude de terrain

Tout bon lecteur le sait, un écrivain  renseigné est un bien meilleur conteur. Pour Val McDermid, le travail d’investigation est un passage obligé : “J’ai rencontré plusieurs policiers au fil du temps à tel point que je suis au courant de choses qu’ils ne laissent pas filtrer auprès du grand public. Pour créer Tony Hill, le héros de ma série, j’étais en terrain inconnu car je ne connaissais rien du métier de profiler. Par chance, à l’époque, je suis tombée sur un reportage à propos d’un profiler. J’ai noté son nom et j’ai décidé de l’appeler pour qu’il me donne des conseils. L’homme a été très suspicieux et pour lui prouver que je n’étais pas folle, je lui ai proposé de lire deux de mes romans.  Ce qu’il a fait, avant de décider de m’aider.  Nous nous sommes très bien entendus, il m’a fait des remarques, m’a tout expliqué en détail, il a vraiment été très généreux. Il m’a même fait visiter l’hôpital psychiatrique où il travaillait et m’a expliqué chaque étape du processus.”

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Femmes et nouvelle vague

Avant de prendre la plume pour écrire ses romans, Val McDermid ne trouvait pas son compte dans la littérature policière qu’elle avait jusqu’alors étudié : “Un point noir reliait tous les thrillers que j’avais pu lire : les détectives étaient toujours esseulées, isolées, et ça ne correspondait pas à l’image que j’avais du monde, moi qui ai toujours été entourée d’amis. Dès lors, j’ai voulu écrire autre chose, je voulais que mes personnages aient des relations et travaillent en équipe, qu’ils créent un esprit de camaraderie comme je sais que cela existe dans ce milieu. C’est alors que je me suis lancée.” Très inspirée par la nouvelle vague de polars féministe qui se développait aux Etats-Unis à l’époque, elle choisit de défendre les femmes dans ses livres : “ Je crois très fort que les sociétés européennes ont un gros problème avec les femmes et surtout relativement aux violences domestiques. Elles sont tout simplement ignorées.  Certaines de mes amies se sont fait sérieusement victimisées sur internet, à coup de menaces de mort sur elles et leurs enfants. C’est horrible et la plupart du temps, cela part de choses très triviales. On pensait que les questions d’homophobie et de racisme étaient réglées et que ces débats n’avaient plus rien à faire sur la place publique. Sauf qu’entre temps, internet est arrivé et a permis à des gens, sous couvert d’anonymat, de dire des horreurs. Alors oui, il y a du progrès, mais la route à parcourir est encore longue.”

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Respecter les victimes

Alors que nombre d’écrivains se targuent de baser leurs histoires sur des faits réels, Val McDermid ne partage pas cette volonté : “Je n’utilise pas de vraies affaires pour écrire mes livres. Mes années de journalisme m’ont montré les conséquences de la mort sur l’entourage des victimes d’actes de violences.  Je ne veux pas m’exprimer sur des choses dont je n’ai pas entièrement connaissance. Pour ce qui est des affaires en cours, je ne veux surtout pas perturber le travail des policiers, je pourrais gêner les enquêtes ou alors gêner les familles des victimes. Je ne veux pas, ça me gêne d’intervenir. Voilà pourquoi je ne pioche pas dans les faits-divers pour écrire mes histoires. J’ai bien assez d’imagination pour inventer des histoires de toutes pièces !”

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Exorcisme

Romancière avant tout, Val McDermid ne revendique pas de rôle de messager auprès de ses lecteurs, qu’elle cherche avant tout à divertir : “Tout comme dans les montagnes russes, les lecteurs aiment se faire peur tout en étant en sécurité avec les polars : on crie, mais on y retourne car au fond, c’est amusant d’avoir peur alors que l’on sait que l’on ne craint rien. Et puis entre nous, nous avons tous eu envie un jour de tuer une garce ou un ex-petit ami pour se venger, mais comme nous sommes bien élevés, on ne le fait pas. Le polar nous permet d’exorciser cela, de passer à autre chose. En revanche je n’en dirai pas davantage car je pense que dès lors qu’un auteur de polar pense qu’il a un message à faire passer, alors c’est un terrain miné. Toute motivation de message est délicate : mon travail d’auteur est de vous divertir, de construire des personnages bien construits et rien d’autre !

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Retrouvez Les Suicidées, chez Flammarion et Une victime idéale, chez J’ai Lu, de Val McDermid.

Passez du rire aux larmes avec Anna McPartlin

Passer du rire aux larmes en lisant un roman sur le deuil est rare mais n’est pas impossible. La preuve, Anna McPartlin a réalisé cette prouesse dans son dernier roman paru en France, Mon midi, Mon minuit, publié au Cherche Midi. Bouleversés par cette lecture, véritable ascenseur émotionnel, une trentaine de lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteure le lundi 27 mars dernier, la tête emplie de questions.

L’interprétariat a été assuré par Fabienne Gondrand.

À la suite d’un drame, le monde d’Emma, jusque-là rempli de promesses, s’effondre. La jeune femme plonge dans le désespoir. Ses amis font alors bloc autour d’elle pour tenter de lui redonner le goût de vivre…
Comment survivre à la perte et au chagrin ?
Quel courage l’existence peut-elle parfois exiger de nous ?

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Naissance du roman

Mon midi, Mon minuit est le premier roman qu’a écrit Anna McPartlin. S’il n’arrive que cette année en France, il a en réalité été publié dix ans plus tôt au Royaume-Uni. Mais sa genèse remonte à bien plus loin : “Quand j’étais jeune, un de mes amis, qui était aussi le petit-ami d’une de mes meilleures amies, s’est suicidé. J’ai alors écrit trois pages, que j’ai laissées de côté une dizaine d’années jusqu’à la parution de mon livre. Elles n’ont pas bougées et sont restées telles quelles dans le roman : il s’agit du moment où Emma perd John.” Même si Anna fut inspirée par ce moment tragique, son œuvre n’en reste pas moins que de la fiction : “Je ne parle pas de mon amie dans mon roman, mais je l’ai observée et comprise. C’est d’ailleurs son livre préféré car toute la souffrance est vraie. Elle a l’impression de lire ce qu’elle a vécu. Et quand elle l’ouvre, elle pleure ! La dédicace lui est adressée.”

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Célébrer la vie

La mort est un thème qui revient incessamment chez Anna McPartlin, tant dans ce roman que dans les précédents. Pourtant, c’est bel et bien la vie qui obsède l’auteure : “Le sujet du livre, c’est le décès. Mais mon livre ne se limite pas à cela. C’est aussi un livre qui parle de survie, un livre qui montre comment une épreuve nous fait grandir, comment on doit continuer après un tel choc et comment on doit, malgré tout, trouver la joie. Tous mes livres parlent de mort donc tout le monde pense qu’elle m’obsède. Mais en réalité, je suis obsédée par la vie ! J’ai beaucoup été entourée par la mort ou la maladie dans ma vie et cela m’a appris qu’on a de la chance d’être là. Je veux célébrer l’amour de la vie. Je pense que vivre sa vie pleinement et mourir subitement n’est pas tragique. La vraie tragédie, c’est de passer à côté de sa vie.”

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Le deuil comme une onde de choc

La mort frappe tous les personnages dans le roman, un peu comme si le décès d’un être était à l’image d’une pierre qu’on lance dans l’eau : l’onde de choc atteint peu à peu tout le monde. “C’est exactement cela : je voulais montrer la répercussion du deuil. Ma mère était atteinte de sclérose en plaques et était en fauteuil roulant. A cette époque, elle et son amie Trudy étaient inséparables, elles s’épaulaient beaucoup. Puis, à mes 17 ans, j’ai perdu ma mère et j’ai alors eu l’impression de perdre mon monde entier. Lorsque, six mois après le décès de ma mère, je suis allée rendre visite à Trudy, j’ai réalisé qu’elle aussi avait été affectée par sa perte, tout comme l’étaient mon oncle et ma tante. De la même manière, quand mon amie a perdu son compagnon, moi aussi j’étais affectée. Tout le monde en souffre. Le deuil se départage, se démultiplie chez les gens mais paradoxalement, il les rapproche aussi.”

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Une ode à l’amitié et la famille

Le soutien et l’entraide sont aussi des valeurs clés, à la fois dans l’ouvrage mais aussi pour Anna McPartlin. Chacun de ses personnages est aidé par un autre et ce choix n’a rien d’anodin : “L’entraide est un des thèmes forts du livre. C’est un roman sur l’amitié. En général, je dis toujours que j’ai quatre thèmes forts quand j’écris des scripts ou des livres : l’amour, la perte, l’amitié et la famille. Et par famille, j’entends différents types de famille avec toutes les teintes et les dynamiques qu’elle peut prendre : j’étais fille unique, mes parents se sont séparés dans l’Irlande des années 1970. J’ai alors vécu à Dublin avec ma mère. Quand elle est tombée malade, j’ai vécu avec mon oncle et ma tante, qui avaient 5 enfants qui sont pour moi comme des frères. Puis à 15 ans, j’ai appris que j’avais une demie-soeur. De la même façon, l’amitié est pour moi quelque chose d’aussi important que la famille. Quand la famille s’évapore, l’amitié cristallise. Mes amis sont comme une deuxième famille pour moi.”

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Regard sur la prêtrise

Un des personnages principaux du roman, Nigel, est prêtre. A travers lui, Anna McPartlin a essayé de comprendre les choix qui mène à cette vocation : “Le personnage de Nigel est prêtre car j’ai un ami qui est devenu prêtre. A cette époque, il y a 10 ans donc, j’étais jeune et je ne comprenais absolument pas sa décision ! C’était impossible pour moi de concevoir son choix. C’est à travers Nigel que j’ai essayé de le comprendre. L’athéiste en moi se demandait comment il était possible pour quelqu’un de consacrer sa vie à l’invisible. J’ai donc su dès le début où je voulais aller avec le personnage de Nigel. Etre prêtre est difficile, le regard des autres est lourd. Je voulais lui rendre justice. Je savais que cela allait être dur mais j’ai beaucoup travaillé en ce sens.”

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L’influence de l’Eglise catholique en Irlande

La vision qu’a Anna McPartlin de l’Eglise catholique irlandaise n’est cependant pas des plus tendres. Elle pose au contraire un regard assez critique sur son influence à travers le personnage d’Emma : “Il faut remettre les choses en contexte : En ce temps-là, il y avait beaucoup de problèmes avec l’Eglise catholique et les prêtres en Irlande. Si Emma a cette réaction envers l’Eglise, c’est parce que l’Eglise est contre les femmes. La contraception est arrivée dans les années 1970 mais on n’a commencé à la trouver en pharmacie qu’à partir des années 1980 alors que pour moi c’est un droit fondamental ! D’autre part, l’avortement est toujours illégal en Irlande et l’Eglise le pontifie. Si vous voulez avorter vous devez prendre l’avion et vous rendre en Grande-Bretagne. Cela a aussi engendré beaucoup d’abus dans les années 1950 à 1970 de la part de l’Eglise. Des femmes étaient par exemple dans des centres spéciaux avec des nonnes, leurs bébés mouraient, ceux qui étaient toujours en vie étaient vendus aux Etats-Unis et les femmes formaient une main d’œuvre gratuite. On a retrouvé un véritable charnier à ces endroits de près de 700 corps de bébés et d’enfants. Il y a une véritable souffrance en Irlande. Depuis les années 1970 et l’arrivée de l’Irlande dans la Communauté Économique Européenne (l’ancêtre de l’Union Européenne), les choses se sont un peu améliorées. L’Europe a tiré l’Irlande vers le haut et a permis aux Irlandaises d’obtenir plus de droits.”

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Hommage à W.H. Auden

Le titre original du roman, Pack up the moon, provient d’un éloge funèbre de W.H. Auden. Si l’on peut y voir un clin d’œil au film Quatre mariages et un enterrement dans lequel le poème est lu par John Hannah, il a une signification toute particulière pour Anna McPartlin : “C’est un poème que j’ai étudié quand j’avais 17 ans pour mon diplôme et il m’a réellement marqué. D’ailleurs, quand je suis allée voir le film qui l’a rendu célèbre, je me suis littéralement effondrée dans la salle ! Je n’avais pas vraiment d’idée de titre pour mon roman, tout ce que je voulais dire était dans ce poème.” Et la traduction française est restée fidèle à cette volonté : “Pour la traduction de la version française, le titre a été pioché au sein du même poème. C’est tout ce qui m’importait.”

Retrouvez Mon midi, Mon minuit d’Anna McPartlin, publié au Cherche Midi

En direct du festival Quais du polar à Lyon

Après avoir parcouru les allées de Bruxelles et de Livre Paris, l’équipe de Babelio n’allait pas manquer la scène du crime la plus importante de la littérature policière, Quais du polar à Lyon qui se tiendra du 31 mars au 2 avril 2017. Vous pourrez, comme toujours, retrouver nos photos et actualités sur Twitter, Instagram et Snapchat.

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L’édition 2017

La 13 ème édition de ce rendez-vous incontournable de tout amateur de noir sera notamment consacrée à l’Europe, d' »Est en Ouest ». Si le festival ne tourne pas le dos à l’Amérique, grande terre du polar, ce sont les terres encore peu explorées d’Europe que nous invitent à découvrir les organisateurs. De nombreux auteurs issus d’Allemagne, de Roumanie, d’Ukraine, d’Estonie, de Pologne ou encore de Serbie seront à l’honneur pour partager leurs visions respectives du polar et témoigner de la façon dont le genre permet de parler de leurs pays.

La notion de genre sera également au cœur des discussions avec la présence d’auteurs issus d’horizons littéraires a priori éloignés du polar mais qui interrogent ce genre littéraire à travers leurs oeuvres et les sujets qu’ils abordent. Et comme le genre, c’est également la question de la place des hommes et des femmes dans cette littérature, les festivaliers seront invités à réfléchir au rôle de la femme dans le polar, qu’elle soit « auteure, personnage ou lectrice ».

Enfin, si la littérature occupe une place de choix dans la programmation, le festival n’oublie pas le cinéma, les séries TV ou encore la musique avec une programmation qui mettra à l’honneur chacun de ces arts tout au long du festival.

Un riche et éclectique programme que vous pouvez retrouver en intégralité sur le site du festival.

Les auteurs invités

De nombreux auteurs sont bien évidemment attendus. Parmi ceux qui seront présents, vous retrouverez Marc Fernandez, que nous avions rencontré à l’occasion de la sortie de son roman Mala vida et qui vient de lancer une nouvelle collection de polar intitulée « Sang neuf » chez Plon. Les lecteurs de Babelio ont d’ailleurs rencontré récemment Janis Otsiemi, l’une des premières signature de cette collection avec Tu ne perds rien pour attendre. Janis Otsiemi sera également présent au festival.

Arnaldur Indriðason fait partie des stars de ce salon. L’auteur Islandais de La femme en vertLa cité des jarres ou plus récemment du roman Dans l’ombre sera présent pour plusieurs rencontres autour de L’Islande et de l’Europe.

Caryl Férey, qui avait présenté son livre Condor aux lecteurs de Babelio lors d’une rencontre sera également présent pour trois rencontres dont une autour de la présidence de Trump.

Clare MacKintosh a passé plusieurs années dans la police anglaise avant de se retirer pour prendre la plume. Elle a créé la sensation avec son premier roman Te laisser partir. Elle présentera à Quais du polar son deuxième roman Je te vois.

Dominique Sylvain qui avait séduit les lecteurs venus la rencontrer pour son récent Kabukicho, DOAHenri Loevenbruck, Marcus Malte, ou encore Michel Bussi sont quelques unes des grandes figures du polar qui vous donnent rendez-vous au festival lyonnais. Les rater serait un crime…

Vous pouvez voir sur le site du festival l’intégralité de la liste des auteurs invités.

Deux rencontres « Babelio »

Parmi les très nombreuses rencontres et tables-rondes proposées pendant le festival, deux seront animées par l’équipe de Babelio.

  • Samedi à 10h00, dans le Grand Salon de l’Hôtel de Ville : Faire du neuf avec du vieux : les ficelles du suspense littéraireNotre première rencontre réunira Barbara Abel, qui vient de publier un terrifiant Je sais pas,  M.C. Beaton, créatrice du personnage d’Agatha Raisin, présentée par l’éditeur comme une « Miss Marple d’aujourd’hui »,  Lisa Gardner qui invite ses lecteurs à faire un Saut de l’ange et enfin Val McDermid qui dans son dernier roman Les Suicidées s’attaque au harcèlement en ligne.Ces quatre auteurs seront invitées à évoquer la question du polar dans le monde moderne : « Art de l’intrigue bien ficelée, le polar est l’art du suspense. Dans un monde hyperconnecté, à l’heure où tout un chacun peut avoir un drone à domicile, est-il aussi aisé de faire du pur suspense psychologique et littéraire ? « 

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    Si ce thème ou ces auteurs vous intéressent, n’hésitez pas à venir assister à la rencontre.

 

  • Samedi à 15h30, dans la Salle Tony Garnier du Palais de la Bourse : Quand le polar devient manuel d’histoire Thierry Bourcy & François-Henri Soulié qui mettent notamment en scène Shakespeare dans leur dernier ouvrage écrit à quatre mains La conspiration du Globe, Éric Fouassier qui dans Le piège de verre situe l’action du roman dans la France de 1503,  Indrek Hargla dont les aventures de son héros Melchior l’apothicaire se déroulent en pleine Estonie du quinzième siècle et enfin Jacques Ravenne co-auteur des célèbres aventures du commissaire Antoine Marcas, maître maçon parti, un peu malgré lui, sur la piste du Graal dans L’Empire du Graal discuteront tous les cinq de leur rapport à l’Histoire, pour certains, au croisement entre le polar et le roman historique. »Le polar historique, c’est faire entrer une intrigue dans la grande Histoire. C’est aussi montrer au lecteur d’aujourd’hui de quoi il est le produit. C’est aussi, pour certains, l’occasion d’adopter une nouvelle grille de lecture… »

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     Venez nombreux à cette rencontre placée sour le signe de la fiction et de l’Histoire. 

 

Des sessions de Quiz


Cela fait quelques années que des milliers de membres de Babelio s’amusent à créer des quiz et à s’affronter les uns les autres autour de la littérature. Piéger ses amis ou les lecteurs de passage autour du polar scandinave, des héros de polar français ou encore de la saga Millenium.

Pour Quais du polar, nous invitons les festivaliers à jouer en live à des quiz sur le thème du polar ! Des cadeaux sont à gagner pour les meilleurs participants.

  • Vendredi à 16h à l’Hôtel de ville
  • Samedi à 12h à l’Hôtel de ville.
  • Dimanche à 12h, toujours à l’Hôtel de ville

Il vous sera possible de jouer seul ou en équipe contre d’autres joueurs. Pour réviser, rendez-vous sur Babelio !

Vous allez à Quais du Polar, venez nous rejoindre pour les rencontres et les quiz ! Sinon, n’oubliez pas de nous suivre sur Twitter, Instagram et Snapchat (@babelio_off) !

Où l’on vous donne rendez-vous au salon Livre Paris 2017

C’est une nouvelle édition de Livre Paris qui ouvre ses portes vendredi, Porte de Versailles. Comme chaque année, l’équipe de Babelio y sera présente. Vous pourrez retrouver nos photos et actualités sur Twitter, Instagram et Snapchat (@babelio_off) !

Retrouvez vos critiques sur les stands des éditeurs

Comme lors de chaque édition ainsi que de nombreux festivals, nous serons de nouveau présents sur les stands de nombreux éditeurs ! En partenariat avec près d’une centaine de maisons d’édition, nous avons en effet distribué 520 extraits de critiques issues de Babelio. Saurez-vous retrouver la vôtre ? Parcourez les allées du salon pour découvrir vos cartons.

 

Les stands des éditeurs partenaires :

Addictives, Albin Michel, Allary Editions, Arthaud-Autrement, Audiolib, Aux Forges De Vulcain, Auzou, Balivernes, Belin, Bragelonne, Bruno Doucey, Ça Et La, Chandeigne, Christophe Lucquin, Critic, De Boeck Superieur S.A., Decrescenzo, Didier Jeunesse, Dupuis, Ecole Des Loisirs, Edb Editions, Edi8, Editions De La Gouttiere, Editions Du Chat Noir, Elidia, Faton, Fei Editions, First, Fleurus, Formulette, Geste Editions, Glenat Editions, Gulf Stream Editeur, Harlequin, J’ai Lu, Jouvence, Kana, L’aube, La Palissade, Larousse, Lattes, Le Castor Astral, Le Mot Et Le Reste, Le Pommier, Le Rouergue Jeunesse, Le Temps Des Cerises, Le Verger, Leduc S., Les Ardents, Les Editions Des Braques, Les Impressions Nouvelles, Libella, Livre De Poche, Locus Solus, Louison Editions, Memo, Nevicata, Palemon, Passiflore, Payot Et Rivages, Philippe Picquier, Place Des Editeurs, Points, Pygmalion, Robert Laffont, Rue De Sevres, Salvator Editions, Serge Safran, Tensing, Vert Pomme.

Si vous tombez nez à nez avec une de vos critiques ou avec celle d’un autre membre de Babelio, prenez la en photo et partagez là sur notre fil Twitter, ou sur Instagram !

Au programme des festivités

Le Maroc à l’honneur

Cette année, c’est le Maroc qui est le pays invité. Ce sera l’occasion pour les lecteurs de découvrir la littérature marocaine et ses auteurs. Nous vous proposons d’ailleurs via cette liste de retrouver les auteurs présents. De nombreux auteurs déjà bien connus des lecteurs français comme Tahar Ben Jelloun ou Leïla Slimani côtoieront des auteurs émergeant afin de montrer toute la richesse et la diversité du paysage littéraire marocain.

De nombreuses rencontres et tables rondes sont au programme. Si la plupart des animations ont lieu au sein du Salon, d’autres sont prévues hors les murs.

Rendez-vous sur Babelio pour en savoir plus sur la littérature marocaine ou le Maroc dans la littérature.

 

De nombreuses scènes littéraires

La scène littéraire

C’est sur cette scène que se rendront les plus grands auteurs français et internationaux. Voici quelques uns des auteurs invités et amenés à parler de leur travail :  Michel Bussi, David BoscPhilip KerrDelphine de Vigan, Véronique OvaldéJoann SfarGaël FayeDaniel Pennac,… le programme complet est à retrouver sur le site du salon.

Rendez-vous espace M15

 

La scène BD, manga, comics

La bande dessinée sous toutes ses formes ne sera évidemment pas oubliée lors du salon. Editeurs, auteurs et dessinateurs  se donnent rendez-vous sur la scène BD pour discuter du neuvième art et présenter leurs dernières créations. De nombreuses questions seront abordées : « La littérature est-elle soluble dans la BD et inversement ? », « Héros d’hier, succès de demain ? », « Mythologie, bande dessinée, mêmes combats ? »

Si ces thèmes vous intéressent et si ces questions vous turlupinent, direction emplacement S61.

La scène cuisine et bien-être

Ateliers et tables-rondes seront le quotidien de cette scène qui met à l’honneur « le corps et l’esprit ». Des concours seront même organisés.
Des écrivains, chefs pâtissier, grands chefs se succéderont sur scène.  Il sera ainsi question de la gastronomie chez Michel Houellebecq (!),de dégustation de vin, de buffet marocain ou corse…

Vous pouvez retrouver le programme complet ici. Et si ces thèmes vous passionnent, n’oubliez pas de consulter nos listes sur la gastronomie dans la littérature ou sur le bien-être.

La scène Cuisine et bien-être se trouve emplacement U68.

D’autres espaces et scènes sont proposées lors du salon, comme l’Agora, la scène professionnelle, la scène science pour tous, ou la scène CNL.  

Des expositions et des animations

Voici quelques unes des grandes expositions et animations proposées par le festival cette année.

Le Masque, 90 ans de polar

 

Les lecteurs de polars connaissent bien cette maison d’édition responsable de nombre de leurs nuits blanches ! Pour fêter ses 90 ans, le Masque vous invite à découvrir son histoire et ses auteurs phares : « Une reconstitution des faits de gloire de la maison s’affiche sur les murs, des tables vitrines exposent, telles des pièces à conviction, des éditions originales, pour certaines dédicacées par les auteurs les plus prestigieux dont Agatha Christie. »

Dix petits nègres - Fac similé 'prestige' par Christie

Vous croyez tout savoir sur le polar ? Alors testez vos connaissances sur le genre avec notre interrogatoire de police !

 

Jirô Taniguchi , le passeur

Décédé le 11 février dernier à l’âge de 69 ans, Jirô Taniguchi laisse derrière lui une oeuvre immense sur laquelle a décidé se pencher le salon Livre Paris : « Pour lui rendre hommage, une exposition sera présentée autour de trois thèmes centraux de son oeuvre : le Japon éternel, la Nature, et l’intime ».


Avez-vous déjà lu ses mangas ? Quel est votre oeuvre préférée du mangaka japonais Quartier Lointain aux Gardiens du Louvre, en passant par Le Journal de mon père ou Le Sommet des Dieux,

La dictée pour les Nuls

C’est une tradition, les visiteurs sont invités à tester leur connaissance de la langue française à travers une dictée géante.

« Trois catégories sont mises en place cette année : juniors (jusqu’à 15 ans), amateurs et experts. La remise des prix aura lieu sur le stand Édi8 en H47 à 15h00 le samedi 25 mars ».

Les rencontres premiers chapitres

Proposées par Babelio, ces rencontres invitent les lecteurs à s’entretenir avec des auteurs autour de leur dernier roman, certes, mais plus particulièrement autour du premier chapitre de celui-ci. Est-ce le chapitre le plus important du roman ? Le premier que les auteurs ont en tête ? Les lecteurs poseront directement leurs questions aux auteurs invités pour ces ateliers-rencontres, Orianne Charpentier, Marco Peano & Nino Haratischwili.

Vous rendez-vous au salon Livre Paris cette année ? N’hésitez pas à nous donner vos impressions ici-même !

Janis Otsiemi nous guide dans les bas-fonds de Libreville

Drogue, violence, jeux, vengeance… Le tableau du Gabon peint par Janis Otsiemi dans son dernier roman, Tu ne perds rien pour attendre, qui inaugure la nouvelle collection Sang Neuf de chez Plon, est bien peu reluisant. C’est surpris par cette sombre peinture et par ailleurs intrigués par la culture africaine que les lecteurs de Babelio sont venus rencontrer l’auteur, dans les locaux de son éditeur, le jeudi 16 mars dernier.

 

Flic à Libreville, Jean-Marc a perdu sa mère et sa sœur dans un accident dont le coupable n’a jamais été poursuivi. Jean-Marc est entré dans la police à cause de ce drame pour condamner à sa manière ce meurtrier. Mais, fatigué des magouilles de ses collègues de la PJ, il a demandé à être muté à la Sûreté urbaine de Libreville ; un service où il a le temps de préparer une vengeance qui le fait tenir au quotidien. En attendant le jour où il fondra sur son ennemi juré comme un prédateur, tel un Dexter à la mode gabonaise, il nettoie les rues de Libreville des voyous, violeurs, politiciens véreux et génocidaires rwandais qui y sont planqués…

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Entre la magie et le réel

Pour saisir la profondeur des romans de Janis Otsiemi, il faut garder en tête que la frontière entre le réel et le fantastique est bien plus floue en Afrique qu’en Europe : “La notion de mérite n’existe pas en tant que telle chez nous. Pour réussir dans la vie, mes compatriotes ont recours à des fétiches et des marabouts, pas directement au travail.” A ce cadre particulier s’ajoutent malheureusement d’importants soucis judiciaires, qui ont inspiré à l’écrivain son dernier roman : “ Si l’on  partage quelque chose en Afrique, c’est bien l’impunité. Notre société judiciaire est au service du pouvoir et pas à celui de la société civile. Mon héros est justement désabusé par cette justice et c’est la haine envers ce système qui le pousse à se venger.”

 

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Imaginer pour dénoncer

S’il a décidé de créer un “Dexter” africain, l’écrivain a bien l’intention de mettre le doigt sur les nombreux problèmes qui sévissent dans son pays : “Mes histoires sont en elles-mêmes relativement banales, mais elles sont souvent un prétexte pour dénoncer ce qui me dérange. Je parle notamment dans ce livre des casinos corses qui constituent selon moi un véritable fléau qui touche toute la société gabonaise.” Le jeu n’est pas le seul mal dont souffrent les habitants de la capitale gabonaise selon Janis Otsiemi, qui y vit encore aujourd’hui : “Aux côtés du jeu, la corruption fait également de nombreux ravages, sans parler de la drogue, dont les routes traversent notre capitale depuis que la lutte anti-terroriste menée au Sahel, les a déplacées. L’Afrique est un véritable polar à ciel ouvert.”

 

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Une langue d’adoption

Les romans de Janis Otsiemi constituent également à leur manière une réflexion autour de la langue française. En effet, l’écrivain entretient un rapport plutôt complexe avec notre langue, vue comme un héritage forcé datant de la colonisation : “La langue française n’est de base pas la mienne, elle ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Le français traduit vos soucis et votre quotidien, mais il ne peut pas raconter toute mon histoire.” A cet héritage difficile s’ajoute au Gabon l’absence de langue nationale, qui rend le langage toujours plus complexe : “Chaque ethnie triture la langue pour se l’approprier. D’ailleurs, c’est une belle vengeance vis à vis du colonisateur que de transformer son langage alors qu’il était venu nous l’imposer ! ”

 

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Un polar gabonais

Lassé par la production, à ses yeux très monotone, des romans policiers, Janis Otsiemi a voulu proposer une série d’enquêtes dans un cadre nouveau : “J’en avais assez de retrouver Paris et New-York dans tous les polars que je lisais. Libreville, la capitale du Gabon où je vis, possède une vraie matière romanesque, car derrière les paysages de carte postale, se trouve une réalité bien plus sombre qu’il est important de ne pas cacher ; c’est là que se trouve ma vie. De plus, les écrivains africains ne se préoccupent pas de vraisemblance : pour plaire à un public étranger, ils mettent souvent en scène des médecins légistes, propres aux enquêtes américaines, alors que cette profession n’existe même pas chez nous.” Résidant dans l’un des plus grands bidonvilles de sa région, Janis Otsiemi a choisi d’écrire pour ses amis : “Les premières fois, mes amis trouvaient que j’écrivais comme un bourgeois, or, je voulais qu’ils se reconnaissent dans mes romans. C’est pour cela que je suis venu au polar et que j’ai choisi d’y mettre en scène mon quotidien.”

 

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Lutter pour sa liberté

Triste réalité, dire la vérité sur son pays n’est pas toujours une décision facile à prendre pour les écrivains. S’il ne s’est encore jamais senti directement en danger, Janis Otsiemi confie son inquiétude au sujet du devenir de sa liberté d’expression : “J’ai reçu des appels du président du Gabon qui me demandait de cesser de faire de la mauvaise publicité pour le pays. Je subis également une pression extérieure. Je joue au chat et à la souris avec le gouvernement et sais que je dois faire attention.” En revanche, Janis Otsiemi n’est pas prêt de céder à la pression ou à se cacher  : “Je n’use pas de pseudonyme car j’assume totalement mes choix ; c’est ma liberté dont il s’agit et je refuse catégoriquement d’y renoncer.”

 

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Apprentissage sur le terrain

Afin de rendre ses personnages crédibles, et notamment ses policiers, rien de mieux que d’aller les trouver directement où ils se trouvent. C’est en effet sur le terrain que Janis Otsiemi amasse la matière nécessaire pour écrire ses romans : “Tout commence souvent par une histoire inventée. Je vais voir la police en expliquant que j’ai perdu mon petit frère et que je souhaite aller voir dans la prison s’il s’y trouve. Une fois sur place, je peux récolter toutes les informations dont j’ai besoin, auprès des prisonniers comme des agents de sécurité.” Ce travail de terrain, Janis Otsiemi le soigne afin de gagner en réalisme : “Je veux que le Gabon de mes livres soit le vrai et que les habitants se reconnaissent dans mes écrits. Lorsque j’évoque un lieu dans mes romans, je commence toujours par m’y rendre afin de rester au plus proche de la vérité dans mes descriptions.”

 

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Autodidacte

Avec neuf soeurs, Janis Otsiemi s’est longtemps contenté de romans photographiques à l’eau de rose : “J’aimais bien ces romans, mais à 15 ans, j’ai découvert le poème Le Lac d’Alphonse de Lamartine et c’est alors que je me suis mis à dévorer tous les classiques.” Dans une région où l’accès à l’éducation demeure difficile à une grande partie de la population, Janis Otsiemi s’est formé en autodidacte à l’écriture : “J’ai arrêté l’école en classe de troisième. Pour apprendre à écrire, j’ai donc copié des pages et des pages de Balzac, pour en saisir le style et développer ensuite le mien.” Comme expliqué plus tôt, Janis Otsiemi ne fait pas partie de la classe privilégiée de Libreville et la littérature semble avoir joué un grand rôle dans son élévation sociale : “La littérature m’a sauvé. Je vivais dans un quartier violent et la plupart de mes amis de l’époque sont aujourd’hui en prison. Personnellement, la littérature m’a ouvert les yeux et m’a permis de ne pas foncer dans le mur.”

 

 

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Découvrez Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi, publié chez Sang Neuf.

Tombez amoureux de Munch avec Lisa Stromme

Vous êtes-vous déjà demandé comment étaient nés certains tableaux de maîtres ? Lisa Stromme, l’auteur anglaise qui vient de publier Car si l’on nous sépare chez HarperCollins, a été interloquée lorsqu’elle a découvert Le Cri, le célèbre tableau d’Edvard Munch. Dès lors, elle a décidé d’imaginer l’histoire de cette fameuse peinture. Le mercredi 1er mars dernier, une trentaine de lecteurs Babelio se sont réunis au Cercle Norvégien de Paris, afin de discuter avec elle du destin énigmatique de ce peintre pas comme les autres…

L’interprétation a été assurée par Jean-Marie Doury.

 

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1893 : Le petit village de pêcheurs d’Åsgardstrånd, en Norvège, se prépare à l’arrivée de la noblesse mais aussi à celle d’un cercle d’artistes très controversés, la Bohême de Kristiania. Tous viennent profiter du fjord, dont la lumière estivale décuple la beauté. Johanne Lien, la fille d’un modeste fabricant de voiles, devient le temps d’une saison la servante de l’impétueuse Tullik Ihlen. La jeune femme l’entraîne dans sa passion pour Edvard Munch, dont les toiles scandalisent les estivants. Johanne est captivée par l’émotion brute qui se dégage de l’oeuvre du peintre et accaparée par la liaison secrète qu’il entretient avec Tullik. Mais très vite, elle comprend qu’elle devra dissimuler bien plus que des rendez-vous amoureux…

 

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Un vieux mari

Lisa Stromme ne se souvient plus exactement de la première fois où elle a été confrontée à l’oeuvre de Munch, véritable monument de la peinture du XXe siècle : “Je vivais avec sa peinture comme j’aurais vécu avec un vieux mari depuis trop longtemps : je connaissais son oeuvre, mais je n’y prêtais véritablement attention. C’est quelqu’un que je portais en moi sans m’en rendre compte.” Pourtant, alors qu’elle croise pour la énième fois le célèbre tableau du peintre, Le Cri, l’écrivain perçoit pour la première fois la force qui en émane, alors que ce dernier est vendu pour 120 millions de dollars aux Etats-Unis et décide de lui consacrer un ouvrage.

 

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Le plus bel endroit du monde

Décidée à en savoir plus sur la vie de Munch, Lisa Stromme se rend dans la ville que le peintre occupait chaque été, en Norvège : “Lorsque j’ai découvert la petite ville de Åsgardstrånd, j’ai appelé mon mari et je lui ai dit que j’avais trouvé l’endroit le plus beau du monde. Le paysage, la lumière, tout est particulier dans cette région où il fait, contre toute attente, très beau l’été ! Et mes parents qui pensaient que les Norvégiens vivaient avec les ours polaires !” Séduite par l’endroit, Lisa Stromme décide de s’installer dans les environs de ce lieu magique pour mieux saisir l’histoire du célèbre peintre et mener à bien son projet.

 

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Raillé

Munch n’était pas le seul à vivre dans la province norvégienne. En effet, la petite ville d’Åsgardstrånd abrite au XIXe siècle de très nombreux artistes et bohémiens : “La ville a attiré beaucoup d’artistes, les soirées y étaient folles à l’époque de Munch.“ Au loin de ces agitations, le peintre du Cri est une personnalité très calme et extrêmement timide. Si cette population qui s’agite autour de lui, lui a permis d’exprimer sa créativité, elle l’a également beaucoup brimé. En effet, si Munch est considéré comme un maître aujourd’hui, il a commencé par être moqué par ses contemporains, qui pensaient qu’il était dangereux de regarder ses peintures”

 

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Changement de plan

Au départ, c’est le tableau Le Cri qui intéresse particulièrement l’écrivain anglais. En effet, le projet initial de son roman était d’en raconter l’épopée : “Je me suis intéressée au tableau lorsqu’il a été vendu aux Etats-Unis pour une somme affolante; je me suis demandé d’où venait cet engouement. J’ai alors commencé mes recherches et suis progressivement tombée amoureuses de cette peinture jusqu’à ce qu’elle devienne une véritable obsession.” Fort de ces lectures et de son voyage à  Åsgardstrånd, le projet de l’écrivain bascule : “Lorsque je suis arrivée là bas, tout est devenu plus simple pour moi. J’ai donc finalement décidé de simplifier mon idée de départ et d’écrire l’histoire d’amour entre Munch et sa muse ; c’est ce que ce lieu magique m’a inspiré.” S’inspirant de personnages réels, l’écrivain se lance alors dans la peinture de cette bohème norvégienne, et enquête sur la supposée relation du peintre avec une “fille de bonne famille”, qui devient peu à peu la pierre angulaire de son roman.

 

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Roman et histoire

La vie de Munch demeure relativement méconnue et Lisa Stromme a effectué un énorme travail documentaire pour pouvoir se permettre de la mettre en scène : “C’était effrayant de se frotter à un personnage si connu. J’avais tellement lu à son sujet que j’avais l’impression de partager ses idées, que ses émotions passaient à travers moi et c’est précisément ce que j’ai essayé de retranscrire dans le livre.” Si elle est parvenue à incarner à ce point le peintre, c’est grâce à son écriture : “Ses textes m’ont littéralement traversée. Munch aurait été un excellent écrivain. Ses journaux sont magnifiques, extrêmement poétiques. Il aimait d’ailleurs beaucoup écrire et inventer des histoires autour de ses peintures.” Portée par ces histoires, l’écrivain a choisi la forme du roman, plutôt que le document historique pour son avantage  indéniable du point de vue des émotions : “L’important avec la fiction est qu’elle permet de faire naître des questions et surtout d’ajouter de l’émotion, bien davantage que dans un travail universitaire, soumis à l’historicité des faits.”

 

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La muse histoire

Par-delà un fort intérêt pour la peinture, si Lisa Stromme s’est tournée vers la vie du peintre, c’est avant tout par passion pour l’histoire : “L’histoire est ma muse. Lorsque je regarde de vieilles photos, je ressens l’envie d’écrire à leur sujet. Dès que je touche un objet ancien, qu’il s’agisse d’un tissu ou d’un meuble, des histoires me viennent en tête ; les temps anciens m’inspirent beaucoup.”

De ce roman est né chez l’écrivain un intérêt tout particulier pour le XIXe siècle, qu’elle a décidé d’explorer une nouvelle fois dans son prochain roman : “Mon prochain ouvrage porte sur Alfred Nobel. Il a écrit son testament ici, au Cercle Norvégien. J’ai découvert qu’il s’agissait d’un homme extrêmement intelligent et relativement incompris par la société de son époque, tout comme Munch, j’ai l’impression d’être attirée par ces génies incompris.”

 

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C’est sur cette amusante note que se clôture la séance de questions-réponses avec l’écrivain, suivie d’une séance de dédicace pendant laquelle les lecteurs ont eu la chance de pouvoir échanger directement avec l’auteur.
Retrouvez Car si l’on nous sépare de Lisa Stromme, publié chez HarperCollins.

Où Babelio vous donne rendez-vous à la Foire du Livre de Bruxelles

Après avoir sillonné les routes de France, s’être rendue à Brive, Saint-Malo, Montreuil ou encore Lyon, l’équipe de Babelio se rend cette année pour la première fois à Bruxelles pour la 47ème édition de sa Foire du Livre qui ouvre ses portes du 9 au 13 mars.
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Cette édition est placée sous le signe du « réenchantement du monde ». Plus qu’un thème, il s’agit d’une véritable mission que se sont donnée les organisateurs de cette foire où les livres et leurs pouvoirs (magiques ?) seront célébrés : « Les auteurs sont des (ré)enchanteurs qui, grâce à l’imaginaire, l’action ou la réflexion, nous aident à construire ensemble un projet d’avenir avec la diversité comme dénominateur commun ».

Au programme, dés dédicaces naturellement (on parle de plus de 1000 auteurs présents) mais également des rencontres, tables-rondes, débats, ateliers-lecture, expositions, bar caché (!), escape room et de nombreux autres rendez-vous qui permettront à tous les lecteurs de se remettre un peu de baume au cœur dans ce monde « chahuté » de toute part. On rappelle d’ailleurs que l’entrée du festival est gratuite. Vous pouvez télécharger une place ici.

Les rencontres Babelio

L’équipe de Babelio vous donne quant à elle rendez-vous en deux (belles) occasions :

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Vous avez lu et aimé ces ouvrages ? Vous souhaitez découvrir ces deux auteurs ? Venez nous rejoindre au Théâtre des Mots dès 16h pour une rencontre « Feel Good » !

  • Rencontre avec les lauréats belges du Fauve d’or d’Angoulême, Eric Lambé et Philippe de Pierpont (Dimanche 12 mars à 17h à la Grand-Place du Livre).Avec Paysage après la bataille, Eric Lambé et Philippe de Pierpont ont signé un ouvrage très original, illustrant le renouveau de la bande dessinée belge, et qui leur a valu de rapporter en Belgique le prestigieux Fauve d’Or d’Angoulême !

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Vous avez aimé cette bande dessinée qui sort de l’ordinaire ? Vous souhaitez rencontrer leurs auteurs ? RDV dimanche 12 mars à 17h à la Grand-Place du Livre !

Le Quiz Babelio

  • Samedi de 18h à 19h sur la Grand-Place du Livre, on vous propose de tester vos connaissances littéraires autour d’une session de quiz. De nombreux cadeaux à la clé !
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Une séance de quiz lors du festival Quai des Bulles à Saint-Malo

De nombreux cadeaux sont à gagner lors de cette séance de questions. Vous pouvez vous entraîner dès maintenant !

Etude de Lectorat : Les livres adaptés au cinéma

Lundi 13 mars de 14h30 à 15h30 au studio La Première.
Il y a quelques semaines, Babelio a interrogé ses membres sur leur rapport aux adaptations. Savent-ils toujours qu’un film est tiré d’un livre? Quel chemin font-ils du livre au film ou du film au livre? La mention de l’oeuvre originale est-elle un label de qualité ?

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Octavia Tapsanji, responsable relations éditeurs de Babelio présentera les conclusions de cette enquête. Guillaume Teisseire, cofondateur de Babelio, animera ensuite un débat avec  des spécialistes du sujet : Guillaume Missonnier, responsable relations libraires et bibliothèques des Editions Bragelonne et Laurent Duvault, directeur du développement et de l’audiovisuel de Media Participations.

Sur les réseaux sociaux

A noter qu’au delà de ses rencontres et de la session de quiz, Babelio vous donne naturellement rendez-vous tout au long de la Foire sur Twitter et Instagram pour partager ses impressions, ses photos et vous rappeler les moments importants de la Foire.

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Les autres rencontres

De très nombreuses rencontres sont organisées tout au long de la Foire du livre. Si nous ne pourrons suivre la plupart d’entre elles, certaines nous intéressent fortement.

Vous pouvez consulter l’ensemble des rencontres ici. Parmi les auteurs que les visiteurs auront la chance de rencontrer, citons par exemple Timothée de FombelleDany LaferrièreBenoît PeetersHarlan CobenEric-Emmanuel SchmittGrégoire DelacourtGaël FayeEmilie Frèche et beaucoup beaucoup beaucoup d’autres

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Les expositions

Exposition #JeSuisHumain – Amnesty International

Le réenchantement du monde est naturellement au cœur des différentes expositions de la Foire. Amnesty International propose une expo de photo intitulée  #JeSuisHumain. On ne peut plus dans l’actualité, l’expo montre « la faculté de résilience de ces hommes, femmes et enfants contraints de fuir les violences et les persécutions, et de partir chercher protection, ailleurs. »

 

Image(s)inaire – Editions Bragelonne

Les éditions Bragelonne, que les lecteurs de Babelio connaissent bien, proposent également une exposition consacrée aux nombreux artistes qui se cachent derrière les somptueuses couvertures des romans de l’imaginaire.

Un exemple ci-dessous avec la très appréciée couverture du livre Pays Rouge de Joe Abercrombie.

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Vous pouvez retrouver l’ensemble des expositions proposées sur le site de la foire.
A bientôt à Bruxelles et n’oubliez pas de suivre nos aventures au plat-pays sur TwitterInstagram ou à commenter cet article.  Vous venez à Bruxelles également ? Venez vous manifester !

A la rencontre des membres de Babelio (13)

Avec 300 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est à l’honneur, nous avons décidé de vous donner la parole. Puisqu’un lecteur n’est jamais las de conseils de lecture, voici le portrait livresque de l’un de nos lecteurs.

 

Rencontre avec Ninaalu, inscrit depuis le 03/05/2015

 

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Bibliothèque de Ninaalu

 

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

A force de chercher des idées de lecture et de tomber sur Babelio, j’ai fini par m’y inscrire. Mais je n’ai pas été très active tout de suite !  C’est lorsque j’ai créé mon petit blog littéraire l’été dernier que je suis devenue une participante régulière.

 

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Enormément de romans avec une prédilection pour les auteurs anglophones, beaucoup de thrillers,  de la BD, des livres d’art et des essais féministes.

 

Vous lisez beaucoup de témoignages : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier ?

J’en lis surtout en BD, je trouve que le roman graphique  est un format qui s’y prête particulièrement. Un énorme livre en N&B sur un sujet sérieux peut me rebuter, alors que l’alliance de l’image et du texte sert particulièrement les biographies et témoignages.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

L’impertinence des personnages de La Comtesse de Ségur et les envies d’évasion de Jack London, deux choses qui me définissent bien.

 

bm_33090_1532990Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, un vrai coup de cœur  que je conseille à toutes et à tous ! Un beau roman d’apprentissage, merveilleusement bien écrit, sur la tolérance.

 

 

 

51wkPLxqpTL._SX210_Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Harry Potter, les 7 tomes, souvent en commençant par le 4 ou 5  (moins enfantins), au moins une fois par an ! Ce qui rend ma mère assez folle, puisque je les relis uniquement chez mes parents. Une vraie #potterhead.

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je n’ai lu aucun livre des Sœurs Brontë, je ne suis pas assez romantique, mais j’y pense de plus en plus, ayant beaucoup d’amatrices dans mon entourage.

 

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Pas complètement « méconnue », mais pour toutes les personnes qui pensent que la BD n’est pas de la vraie lecture, je conseille Habibi de Craig Tompson aux éditions Casterman, un vrai bijou de poésie sur la jeunesse de deux esclaves.

 

 

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier d’abord, mais je suis convaincue de l’utilité des liseuses. C’est incontournable pour les éditeurs et auteurs, il faut proposer les livres en version papier et numérique. Le numérique ne tue pas le papier, c’est une offre complémentaire.

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ? 

Dehors, sous le soleil exactement.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l’horizon » de Jack London dans Martin Eden, une citation parfaite pour une bibliophile !

 

51DU8iYuy0L._SX210_Quel sera votre prochaine lecture ?

California Girls  de Simon Liberati aux éditions Grasset, j’en avais entendu beaucoup de bien  pendant la Rentrée littéraire de Septembre, et je trouve que cette immersion  dans la folie Manson est fascinante !

 

D’après vous qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio?

Une critique sincère qui va plus loin que « c’est de la merde » ou « c’est génial », quelque chose de constructif qui peut intéresser d’autres lecteurs.

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’incite toutes les personnes inscrites à (essayer de) participer aux Masses critiques, cela permet de lire des livres qu’on aurait peut-être pas choisi  autrement, et c’est un très bon exercice de lecture et d’écriture  ! J’en ai d’ailleurs une en cours L’Autre Paris aux éditions Parigramme.

Merci à Ninaalu pour sa participation !

 

Où Babelio présente une étude sur les adaptations de livres au cinéma

Dans le cadre de son cycle de conférences sur les « pratiques des lecteurs », Babelio a présenté le 23 février dernier une nouvelle étude sur les adaptations de livres au cinéma. Quel est le rapport des lecteurs aux adaptations ? Savent-ils toujours qu’un film est tiré d’un livre ? Quel chemin font-ils du livre au film ou du film au livre ?

Adaptations de livres au cinéma

Pour répondre à ces questions et en savoir davantage sur les amoureux du cinquième et du septième art, Babelio a mené une enquête durant la dernière semaine de janvier auprès de 2 262 répondants au sein de sa communauté d’utilisateurs.

table des invités

Quatre intervenants étaient présents pour nous aiguiller et partager leurs avis face aux résultats : Caroline Bismuth-Dardour, présidente de Silenzio (agence de publicité spécialisée dans les sorties cinéma),  Nathalie Cerdin, responsable marketing de Bayard Jeunesse, Manuel Soufflard, chef de groupe marketing chez J’ai Lu ainsi qu’Alexis Mas, président de Condor Entertainment (compagnie d’édition et de distribution cinématographique). L’étude a été présentée par Octavia Tapsanji, responsable des relations éditeurs de Babelio, puis suivie d’un débat animé par Guillaume Teisseire, co-fondateur de Babelio.

Nos participants

De gauche à droite : Caroline Bismuth-Dardour, Manuel Soufflard, Nathalie Cerdin et Alexis Mas

Cinéma et littérature se mêlent et s’entremêlent, si bien que depuis quelques années, on ne peut que constater que le premier a tendance à se nourrir de la seconde, et ce quel que soit le genre de l’œuvre en question. Du fantastique, en passant par la romance ou par le polar, sans oublier les adaptations de bandes dessinées, les livres forment une source d’inspiration intarissable. Pour preuve, parmi les films ayant dépassé les 100 000 entrées en salle en 2016, un sur quatre était adapté d’une œuvre littéraire.

L’enjeu de telles adaptations est double : pour les producteurs et distributeurs, les lecteurs forment un public de fans de l’œuvre à conquérir ; pour les éditeurs, une adaptation peut donner un second souffle à un ouvrage qui trouvera alors un nouveau lectorat. De fait, le lecteur occupe une place prédominante dans la promotion du projet, ce pourquoi il est capital de le connaître un peu plus.

 

Le profil des lecteurs

Une fois encore, la grande majorité des répondants sont des lectrices. Elles sont, pour cette étude, 84% à s’être prêtées au jeu. Cette caractéristique reflète la communauté des inscrits sur Babelio puisqu’on ne compte pas moins de 80% de femmes sur le site et s’accorde avec le lectorat français qui a une forte propension féminine. Néanmoins, cette particularité tend à s’estomper si l’on s’intéresse au trafic du site qui génère « seulement » 60% de femmes.

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Tous les répondants font partie d’un public adulte mais l’on note tout de même qu’un sur deux a entre 25 et 45 ans. Jeune et féminin, notre panel est aussi composé d’une écrasante majorité de grands lecteurs. 94% d’entre eux déclarent lire plus d’un livre par mois, contre 16% de la population française et près de la moitié (47%) lisent au moins un livre par semaine.

Les interroges sont de grands lecteurs

Près de sept interrogés sur dix sont aussi de précieux prescripteurs qui n’hésitent pas à recommander des ouvrages aux plus jeunes en tant que parents, professeurs, bibliothécaires ou tout simplement en qualité de lecteurs. Ce point est d’autant plus important que près de neuf personnes sur dix (88%) considèrent que les adaptations amènent les enfants à la lecture.

lecteurs prescripteurs

 

Le niveau d’information des lecteurs sur les adaptations

Si l’on sait les grands lecteurs extrêmement bien informés sur les différentes parutions en librairie, qu’en est-il de leur niveau d’information sur les adaptations cinématographiques ? Pour le savoir, ils ont été soumis à une série d’affiches à partir desquelles ils devaient indiquer s’ils savaient ou non que ces films étaient tirés de livres.

On constate d’emblée que même si les lecteurs ne savent pas systématiquement qu’un film est une adaptation, ils sont tout de même plus au fait que les spectateurs. Par exemple, plus de la moitié des répondants (54%) sait que le film d’animation Ma vie de Courgette est tiré d’une œuvre littéraire, mais il y a fort à parier que les résultats n’auraient pas été les mêmes si la question avait été posée à des spectateurs à la sortie du film. Cependant, même chez les grands lecteurs, on note que cette connaissance dépend surtout de la notoriété de l’œuvre originale. D’autre part, pour tester la bonne foi des lecteurs, Mad Max : Fury Road était aussi proposé dans la liste bien que le film ne soit évidemment pas une adaptation… sauf pour 322 lecteurs.

Les lecteurs ne savent pas ce sont des adaptations

On note aussi que les grands lecteurs sont globalement mal informés de la sortie des adaptions quand bien même tout laisse à penser qu’ils forment le public cible. Si l’on met de côté Un sac de billes dont plus de quatre lecteurs sur cinq (83%) savent que le livre a été adapté au cinéma, on constate un flagrant déficit de notoriété auprès du public des grands lecteurs. En effet, moins de 30% d’entre eux savent par exemple que Seul dans Berlin a été adapté sur grand écran. Cela est d’autant plus dommage lorsque l’on sait que 36% de ces lecteurs seraient allés voir le film s’ils avaient eu connaissance de sa sortie.

Les lescteurs sont mal informés des sorties

 

La consommation des lecteurs

Pour les grands lecteurs, lire le livre qui va être ou a été adapté pousse à voir l’adaptation. En effet, neuf lecteurs sur dix déclarent être allés voir un film parce qu’ils avaient appréciés le livre d’origine.

Parmi les films les plus vus après avoir lu l’ouvrage, on trouve une large variété de genres. Nombreux sont ceux à avoir cité des œuvres fantastiques comme les séries Harry Potter, Hunger Games, Le Seigneur des Anneaux ou encore Divergente. Mais la littérature générale avec Elle s’appelait Sarah ou La couleur des sentiments, le polar avec Gone Girl ou la saga Millenium et même la littérature classique avec Jane Eyre ou Gatsby le Magnifique ne sont pas en reste. Exception faite pour les puristes (qui représentent une minorité de 4%), les lecteurs apprécient de savoir qu’un roman qu’ils ont particulièrement aimé va être adapté et sont prêts à aller voir le rendu sur grand écran.

Films les plus vus après la lecture du livre

Réciproquement, la très grande majorité des lecteurs (97%) a déjà lu un livre après avoir vu le film dont il a été adapté. C’est donc un parfait exemple de fertilisation croisée où la découverte se fait dans les deux sens : le public du livre élargit celui du film et inversement.

Livres les plus lus après visionnage du film

La lecture de romans à suspense après le visionnage du film ne semble pas retenir les lecteurs puisqu’ils citent de nombreux thrillers qui ont la particularité d’avoir un twist final important comme Shutter island ou Ne le dis à personne. Toutefois, on note une certaine préférence des lecteurs à lire l’œuvre avant de la voir puisque les trois quarts préfèrent dévorer l’ouvrage avant de foncer dans les salles obscures.

Lire le livre avant le film

 

Et si l’on compare l’original et l’adaptation ?

Lorsque l’on interroge les lecteurs sur les adaptations qui les ont agréablement surpris, on distingue clairement des films qui ne sont pas des adaptations au pied de la lettre du livre mais qui, au contraire, proposent un regard particulier sur celui-ci. C’est le cas par exemple de Shining ou de  Gone Girl qui ont su séduire même si elles étaient éloignées du texte original. Manuel Soufflard va lui aussi dans ce sens : « Je ne pense pas que vous seriez capable de me donner dix titres d’adaptations meilleures que l’original, et si elles le sont, elles sont en général totalement dissociées de l’œuvre. Dans des cas comme cela, où les deux œuvres sont éloignées, est-ce vraiment intéressant pour l’éditeur de faire la filiation ? Après, il s’agit d’un nombre de cas restreints où l’éditeur ne pouvait pas s’appuyer sur le livre, par exemple s’il était très peu lu comme Chuck Palahniuk pour Fight Club. À l’inverse, si le film fonctionne, il peut être intéressant de communiquer dessus pour relancer le livre ».

Bonnes adaptations

À l’inverse, on note parmi les adaptations qui ont le plus déçu les lecteurs de nombreux films fantastiques comme Eragon, Divergente, À la croisée des Mondes ou Miss Peregrine. Ces titres ont en commun le fait d’avoir des univers forts dont la représentation visuelle n’a peut-être pas été à la hauteur des espérances des lecteurs.

Pour Alexis Mas, le point noir est plutôt à chercher du côté du manque de profondeur de ces adaptations : « Ce n’est pas tant la mise en images qui déçoit les lecteurs car le budget alloué à cela est suffisamment conséquent mais la retranscription du récit et des caractérisations du livre. Elles sont souvent ratées et cela donne des films froids, sans âme. »

À noter, le cas particulier de la saga Harry Potter pour qui les lecteurs sont partagés puisqu’elle figure dans les deux catégories.

Mauvaises adaptations

Pourtant, les lecteurs s’accordent à dire que les littératures de genre semblent propices à l’adaptation, en particulier le fantastique et les littératures de l’imaginaire (59%), le polar (79%) et le roman historique (66%). En revanche, la littérature générale se place dans les dernières positions avec 32%, devançant ainsi les BDs, comics et mangas (18%).

Les genres propices à l'adaptation

 

Les changements engendrés par les adaptations

Les éditeurs capitalisent souvent sur la sortie du film pour refaire la couverture d’un livre adapté avec l’affiche de celui-ci. Quel que soit le genre en question (jeune adulte, chick-lit, polar, classique), les grands lecteurs préfèrent la couverture originale à celle reprise de l’affiche bien que certains titres comme Cosmopolis ou Un long dimanche de fiançailles fassent figures d’exception. D’ordinaire, cette reprise est plutôt destinée à conquérir un public de nouveaux lecteurs et cela se confirme dans les réactions des grands lecteurs : 38% d’entre eux n’apprécient pas les couvertures reprises d’un film bien qu’un quart admet tout de même que cela est une bonne chose en plus de pouvoir attirer l’attention.

Les grands lecteurs préfèrent la couverture originale

Pour Manuel Soufflard, la couverture des livres qui ont bien fonctionné a tendance à se figer dans l’esprit du lecteur. Pour ceux qui n’ont pas eu le même succès, la couverture qui reprend l’affiche peut être un vrai levier : « Shining reste très attaché à l’affiche du film par exemple. » Nathalie Cerdin ajoute : « Les droits de conserver la couverture d’un livre sont très courts. On les obtient pour la sortie du film au cinéma, puis pour sa sortie DVD. Mais un an après, dans la majeure partie des cas, on retrouve la couverture d’origine, ce qui devrait consoler les grands lecteurs. » Cependant, elle voit une certaine contradiction entre ce désamour de la couverture tirée de l’affiche et le manque d’informations précédemment abordé dont disposent les grands lecteurs sur les sorties d’adaptation : « La couverture est une vraie vitrine pour faire le relai entre le cinéma et le livre ».

Inversement, voir le titre d’un livre sur l’affiche d’un film n’est pas gage de qualité pour les grands lecteurs mais cela attise la curiosité de près de trois quarts d’entre eux.

Mention du livre sur l'affiche

Pour ce qui est des changements de titres engendrés par une adaptation, les lecteurs ont des avis quelque peu partagés. En général, moins le livre est populaire, moins l’attachement à son nom d’origine est fort. Par exemple, pour le livre Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck adapté au cinéma sous le nom de La confession par Nicolas Boukhrief, seuls 35% des interrogés auraient préféré que le titre du roman soit conservé tandis que 46% aurait préféré que le film Mister Ove d’Hannes Holm garde son titre d’origine Vieux, râleur et suicidaire.

la confession

mister owe

Les causes de ces changements de noms sont multiples. Pour Nathalie Cerdin, ils sont parfois nécessaires pour ne pas induire en erreur le public qui découvre l’adaptation  : « Pour le film Le septième fils de Sergey Bodro, le titre choisi est différent de celui de la saga d’origine, qui est L’épouvanteur. Ce nom évoquait plutôt un film d’horreur. Puisqu’ils ont été dissociés, cela a été à nous de faire se rejoindre les deux, mais rien n’a été changé sans l’accord de l’auteur. En général, quand il y a un changement de titre, il faut arriver à mettre l’original sur l’affiche. »

Alexis Mas partage cet avis : « Le médecin d’Ispahan, qui a été adapté sous le nom de L’oracle, avait des lecteurs avant sa sortie en salle. Il a fallu les faire revenir, surtout que l’adaptation était bonne, mais sans utiliser le même titre qui ne crée pas d’envie lorsque l’on n’a pas ce rapport au livre. Il y a donc eu un retitrage au niveau français pour le titre du film afin qu’il soit plus large et plus fédérateur. À cela, on a ajouté des informations pour ne pas couper le lectorat d’origine. On a par exemple gardé le même visuel pour le livre et le film, mais pas leur nom ».

Invités

Manuel Soufflard invoque quant à lui une autre raison : « Il y a aussi un effet dû à la mondialisation : quand le titre n’est pas le même en français, il faut réussir à suivre. Depuis peu, on voit s’accentuer le fait de garder le nom anglais, même en français, voire même de mettre les deux titres (français et anglais) sur la couverture. Il vaut quand même mieux garder le titre anglais si le film est plus populaire que le livre ».

 

Les livres que les lecteurs rêveraient de voir adaptés au cinéma

Dans leurs rêves les plus fous, les grands lecteurs aimeraient voir adaptée en salles obscures une gamme de genres, là encore, très variée. On y trouve par exemple La nuit des temps de René Barjavel  ou La passe-miroir, tome 1 : Les fiancés de l’hiver de Christelle Dabos. Plus surprenant, on trouve des titres de littérature générale comme L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante ou Chanson douce de Leïla Slimani quand bien même les lecteurs n’avaient pas jugé le genre propice à l’adaptation auparavant.

Les livres que les lecteurs rêvent de voir adaptés

 

Le débat

Guillaume Teisseire a fait suite à la présentation d’Octavia Tapsanji pour animer un débat autour de l’enquête.

Caroline Bismuth-Dardour prend la parole la première pour exprimer sa surprise « en bien » de la réciprocité du lien entre livre et film. Pour elle, l’adaptation de film crée une relation entre cinéma et littérature plus forte qu’elle ne l’aurait imaginé. Manuel Soufflard est lui aussi ravi de cet effet double. « Hélas, nous dit-il, cela ne peut pas fonctionner automatiquement. Il n’y a pas de lien systématiquement établi entre les deux mais c’est réjouissant quand ça l’est ». Nathalie Cerdin est, quant à elle, un peu plus catégorique : « Dès la bande annonce, on sent si le lecteur d’origine va accrocher. Et cela permet aussi de faire découvrir le livre à un nouveau lectorat ».

Nos participants

En ce qui concerne le rôle du grand lecteur dans le lancement d’une adaptation, il en est pour Caroline Bismuth-Dardour l’acteur capital : « Les grands lecteurs sont des ambassadeurs qu’on va chercher très tôt et en même temps, on les craint car on a très peur du bouche à oreille défavorable. On commence la communication autour d’un film très tôt. On va donc chercher le public acquis, c’est-à-dire les lecteurs, et il faut le rassurer avec des éléments de communication et des informations distincts. C’est ce qui est fait par exemple autour de la sortie de Valérian où Jean-Claude Mézières accompagne Luc Besson pour créer une filiation autour de la BD. En revanche, lorsque le film est très mauvais, on ne va surtout pas les chercher. »

Manuel Soufflard partage le même avis : « Pour des projets d’adaptations de livres de genre comme l’imaginaire ou le policier, la communication se fait très en amont et repose sur le livre. Ce qui compte pour une sortie cinéma, c’est le jour de la sortie. Il n’y a donc rien de mieux pour démarrer un film que de préparer une communauté de lecteurs acquise en amont. » Il va même plus loin pour le cas particulier des adaptations de long-sellers : « Pour les cas des long-sellers, il ne faut surtout pas perdre la communauté relais mais faire une passerelle entre les deux œuvres. Pour ce faire, il y a de multiples leviers, la couverture n’est que la pointe de l’iceberg : on peut faire des campagnes d’affichage, faire passer l’information sur les réseaux commerciaux, les réseaux sociaux, mettre des affiches en librairie, sur les communs. Tout dépend surtout du budget ».

Notre public

Cependant, selon Alexis Mas, miser uniquement sur le fait que l’œuvre soit une adaptation n’est plus pertinent aujourd’hui : « Les grands lecteurs sont en général au courant de la sortie d’une adaptation. Les mentions « inspiré d’une histoire vraie » ou « adapté de » sont devenues très galvaudées et trop récurrentes pour générer de l’envie. » Manuel Soufflard étaye d’ailleurs cette idée avec ces chiffres : « Au Livre de Poche par exemple, il y a 700 titres sur 6 500 en vue pour être des adaptations. Mais en réalité, à peine 10% de ce chiffre verront le jour. C’est sûrement le même cas sur le catalogue poche de Folio. »

En revanche, tous s’accordent à dire qu’ils doutent que l’œuvre originale puisse être un élément gênant dans la communication autour de tel projet. Il faut toutefois savoir, dans une seconde étape, s’en détacher, comme nous l’explique Manuel Soufflard : « Une fois la filiation rappelée, il faut à un moment donné s’affranchir du livre pour montrer l’apport du film sinon cela n’a pas vraiment d’intérêt. Et puis cela permet aussi de s’élargir à ceux qui n’ont pas lu le livre ou ne le connaissent pas du tout ».

C’est sur ce consensus que s’est terminé le débat, après quoi tous nos participants ont été conviés à un buffet où se sont prolongées les conversations. Merci à nos quatre invités pour leur intervention.

Retrouvez l’intégralité de l’étude sur SlideShare.

 

Visitez le cabaret du camp de Gurs avec Diane Ducret

Si l’on vous disait qu’en France, en 1940, un camp emprisonnant plusieurs milliers de femmes sans raison avait existé dans les Pyrénées, et qu’au sein de ce camp, se tenait un cabaret… Y croiriez-vous ? C’est ébahis par leur lecture que, le lundi 27 février dernier, une trentaine de lecteurs Babelio sont venus rencontrer Diane Ducret, l’auteur des Indésirables, publié chez Flammarion, afin d’en apprendre plus sur ce fait historique méconnu et pourtant bien réel.

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Un cabaret dans un camp au milieu des Pyrénées, au début de la Seconde Guerre mondiale. Deux amies, l’une aryenne, l’autre juive, qui chantent l’amour et la liberté … cela semble inventé ! C’est pourtant bien réel. Eva et Lise font partie des milliers de femmes « indésirables » internées par l’État français. À Gurs, l’ombre de la guerre plane au-dessus des montagnes. Il faut aimer, chanter, danser plus fort, pour rire au nez de la barbarie.

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Qui sont les Indésirables ?

C’est grâce à un ami que Diane Ducret a découvert l’existence du camp de Gurs : “Un ami m’a offert un livre contenant le témoignage de l’une de ces Indésirables, ces prisonnières enfermées dans un camp du sud de la France et n’ayant pour seul point commun de n’avoir pas d’enfant. Je me suis demandée pourquoi, en tant qu’historienne, je n’avais jamais eu connaissance de ces faits.” Dans ce livre, Vivre à Gurs de Barbara Vormeier, l’écrivain découvre pour la première fois le terme d’Indésirable : “ Paradoxalement, j’ai trouvé que ce terme avait un écho à la fois historique et en même temps très actuel. Je me suis demandé si ce concept n’avait pas tout simplement traversé les siècles : est-ce que la femme n’a pas été une potentielle indésirable tout au long de son histoire ? ”

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Survivre par amour

Diane Ducret avait déjà écrit sur la Seconde Guerre mondiale, mais ça n’est pas un goût particulier pour cette époque qui l’a poussée à s’y replonger avec Les Indésirables : “J’avais tout prévu, sauf de réécrire un livre sur la Seconde Guerre mondiale. Mon propos était cette fois davantage tourné vers l’amour et en particulier celui qui permet de survivre. Le contexte de la guerre s’est finalement peu à peu imposé à moi, du fait de ce sujet.” Plus qu’un simple détail, cette période historique porte malgré tout en elle une dimension chère à l’auteur : “On parle beaucoup de réfugiés fuyant la guerre ou les totalitarismes. La question de déporter ces gens, souvent perçus comme une menace, est un débat hautement actuel, qu’il était bon de remettre sur la table en ce contexte politique agité.”

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La fiction pour donner corps

En dehors de détails très matériels, portant principalement sur l’hygiène, Diane Ducret n’a bénéficié que de peu d’éléments romanesques pour écrire son histoire : “La plupart des archives du camp ont été brûlées, on ne sait même pas exactement combien de femmes ont été enfermées là bas et nous avons seulement les noms de celles qui en sont sorties en même temps que Hannah Arendt. Il a donc fallu donner corps à toutes ces informations prosaïques, et c’est là que les témoignages entrent en jeu.” Historienne, Diane Ducret a hésité à faire de cette découverte un essai : “J’ai finalement opté pour le roman car ce n’est pas tant le cas de ces quelque 3000 femmes qui m’importe, mais surtout le fait de se battre, de garder espoir malgré les difficultés : pourquoi ces femmes continuaient à tomber enceintes, à manger ou à se coiffer, alors qu’elles ne savaient même pas si elles seraient vivantes le lendemain. C’est en résumé cet espoir dont est capable l’Homme lorsqu’il aime qui m’a intéressé dans ce roman.”

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Poésie et chanson

Le dernier roman de Diane Ducret contient plusieurs poèmes et chansons, écrits par l’auteur. Ces chansons, elle les voit comme un personnage, venu donner une dimension symbolique à son récit : “Il est difficile de croire qu’il y avait bel et bien de la musique dans ce camp, mais c’est là que réside tout le paradoxe des années 1940 où se sont multipliés les cabarets. Il fallait rire au lieu de pleurer ! De plus, les poèmes sont là pour incarner ces moments d’espoir qui naissent sans raison logique, lorsque le cœur parvient à s’accrocher à quelque chose et à nous y faire croire très fort. J’ai finalement varié mes formes narratives comme est capable de varier le sentiment humain.”

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Être seulement soi

Diane Ducret le souligne : enfermer une femme de 35 ans pendant cinq années de guerre, peut avoir des conséquences terribles sur sa féminité : “Est-ce suffisant d’être simplement soi-même sans être mère ? Peut-on être mère sans avoir donné la vie ? C’est tout une réflexion autour de la maternité que j’ai voulu proposer dans ce roman, une réflexion forte sur les femmes et sur leur place vis à vis de la maternité. Pourquoi a-t-on considéré des femmes comme Indésirables sous prétexte qu’elles n’étaient pas mères ? Aujourd’hui, alors que l’on avorte beaucoup et que les possibilités de maternité se développent, on montre que la maternité ne va pas de soi et je trouve qu’il est très bon de le rappeler.”

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Histoire et féminisme

“L’histoire de France est-elle encore l’histoire des hommes ? J’aimerai vous dire que non”, déclare Diane Ducret, afin de préciser sa démarche à l’égard de la cause féminine. “Je ne fais pas partie de ces féministes qui souhaitent réécrire l’Histoire. Forcer la chose avec des quotas ou déformer la vérité, est une insulte à notre rôle de femme. Je suis écrivain et ne ressens pas du tout le besoin d’être écrivaine.” En revanche, l’historienne souhaite porter le regard vers des éléments ignorés de l’histoire des femmes, comme le rôle important qu’elles ont pu jouer auprès des dictateurs pendant la guerre : “Il ne faut pas oublier que les femmes avaient le droit de vote en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur rôle pendant la guerre et notamment auprès des dictateurs n’a simplement pas été traité par les historiens, voilà pourquoi j’en parle, mais pas en tant que féministe, simplement parce qu’il s’agit là d’une réalité.”

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Poser le cadre

Le travail documentaire est un passage obligé pour tout romancier qui s’intéresse à l’histoire. Pour Diane Ducret, celui-ci est entièrement séparé du processus d’écriture :”Je vais au bout de ce que je peux trouver en termes de documentation avant de me lancer dans l’écriture.  Il me faut un cadre géographique précis pour planter mon histoire correctement. Il me semble qu’il s’agit là presque d’un moyen d’honorer notre devoir de mémoire.” Ce devoir de mémoire, la France n’a pas souhaité l’honorer déplore l’écrivain : “Je suis allée sur les lieux du camp. Il n’y a aucun musée, simplement une forêt de pins extrêmement dense, afin de cacher les traces de cette histoire. On perçoit quelques dalles de béton, une baraque ainsi qu’une latrine, mais le tout est entièrement recouvert de pins. Il n’y a eu aucun travail de mémoire, contrairement aux camp polonais par exemple, et je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en arrivant. La visite n’en a été que plus émouvante.”

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Vérité universelle

La musique, et plus particulièrement le piano, a accompagné l’écriture du roman de Diane Ducret : “J’ai écrit en écoutant en boucle trois compositeurs de piano solo et notamment Yann Tiersen. J’ai beaucoup pleuré en écrivant, mais c’est l’un des rôles du roman que de permettre de faire partager ses émotions.” Accoutumée aux essais historiques, l’écrivain explique avoir découvert, grâce à ce roman, une nouvelle forme de vérité : “”Jusqu’ici, je considérais les essais comme se rapprochant davantage de la vérité, puisqu’ils ne portent que très peu de l’âge ou du sexe de leur auteur. Pourtant, les témoignages de ces femmes m’ont tellement parlé, que je voyais dans leurs histoires quelque chose d’extrêmement universel : j’ai eu l’impression de vivre à travers leurs mots et c’est une forme de vérité finalement tout aussi forte que l’approche historique.”

C’est encore plein de questions que les lecteurs ont ensuite retrouvé l’auteur lors d’une séance de dédicace, pendant laquelle ils ont pu échanger directement avec elle.

Retrouvez Les Indésirables de Diane Ducret, publié chez Flammarion.

Découvrez l’entretien vidéo avec Diane Ducret :