Prix des Lectrices 2019 : all you need is romance

Que seraient nos vies sans amour ? Pas grand-chose, probablement. D’où sans doute ce besoin de se nourrir autant de romcoms au cinéma, que de romance en littérature. Voilà un genre littéraire qui connaît en effet un succès grandissant ces dernières années, attirant un lectorat fidèle (eh oui !) et très largement féminin (comme souvent quand il s’agit de livres).

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Pour mettre ce genre en avant, et donner la parole à toutes les lectrices, Milady créait en 2014 le Prix des Lectrices. Une distinction qui récompense chaque année un livre ayant reçu le plus de votes parmi une sélection de 10 titres du catalogue Milady parus l’année précédente. En 2019, Jojo Moyes côtoyait ainsi Cecelia Ahern (lauréate du prix en 2018 pour Les Jours meilleurs, lire notre article à ce propos ici) ou Alice Peterson sur la liste des prétendants.

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Du 18 janvier au 24 avril, quelques milliers de votantes ont donc pu faire entendre leur voix sur le site dédié, et ainsi élire la sixième lauréate du Prix des Lectrices. Lors de la remise du prix le mardi 11 juin dans les locaux des éditions Milady (rue d’Hauteville, Paris 10e), Isabelle Varange paraissait particulièrement enthousiaste à l’idée de couronner Colleen Oakley pour La première fois qu’on m’a embrassée, je suis morte. Un avis que partagent d’ailleurs visiblement largement les Babelionautes, puisque ce livre compte 181 lecteurs sur la plateforme, et affiche une note moyenne à faire rougir d’envie pas mal d’auteures : 3,85/5 sur 81 notes.

510Pe2GquyL._SX195_« Jubilee Jenkins souffre d’un mal extrêmement rare : elle est allergique au contact humain. Après avoir été embrassée par un garçon au lycée, elle se retrouve aux urgences à la suite d’un choc anaphylactique. Dès lors, elle décide de ne plus sortir de chez elle pendant des années. Mais à la mort de sa mère, Jubilee doit affronter le monde et les gens. Un jour, à la bibliothèque, elle fait la connaissance d’Eric Keegan et de son fils adoptif, un petit génie perturbé. Bien qu’Eric ne comprenne pas pourquoi Jubilee le tient à distance, il est sous le charme… De manière inattendue, leur rencontre va permettre à ce trio irrésistible de s’ouvrir à la vie et à l’amour. »

Il faut dire que Colleen Oakley a plutôt « du métier » en ce qui concerne l’écriture, puisqu’elle signe de nombreux articles pour la presse américaine, et a été rédactrice en chef du magazine Women’s Health & Fitness. Parmi les critiques enthousiastes on retient sur Babelio ces quelques extraits pour parler de ce livre : « Un roman qui vous prends aux tripes. Une belle aventure humaine » (Samy10), « Ce livre est d’une beauté pure et hors du commun. J’ai pris énormément de plaisir à lire ces pages qui nous plongent dans un récit pour le moins étonnant et inattendu » (LesTentatrices), ou encore « Un magnifique roman, une belle leçon de vie, un livre qui m’a transportée dans la vie d’autrui, une histoire touchante, parfois bouleversante, et surtout teintée d’un humour, et ça, ça lui donne tout son charme » (zorrajess). Et celles et ceux qui ont déjà apprécié celui-ci se précipiteront probablement sur sa dernière parution, La première fois, c’était quand même plus marrant.

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Comme chaque année lors de la remise du prix Milady, l’équipe de la maison d’édition du même nom était aux petits soins pour nous recevoir, proposant notamment les traditionnels cocktails reprenant les titres (et l’esprit) des livres lauréats précédemment. On a ainsi pu déguster cette année un nectar inspiré du livre de Cecelia Ahern primé l’an dernier : Les Jours meilleurs. Avant de goûter l’an prochain au cocktail portant le titre du roman de Colleen Oakley, donc.

Et comme le dit la chanson de Michel Fugain : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est une romance d’aujourd’hui. »

Sandrine Catalan-Massé explique que l’agoraphobie n’est pas une maladie irrémédiable dans son premier roman

Il y a quelques jours, l’auteur Sandrine Catalan-Massé est venue rencontrer une trentaine de lecteurs dans les locaux de Babelio pour présenter son premier roman Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que toi ! publié aux éditions Eyrolles en mars dernier. C’est l’histoire de Stella, femme agoraphobe dont le mari un jour disparaît. Elle qui était totalement dépendante de son mari va devoir apprendre à vivre seule et à affronter le monde extérieur.

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Une maladie commune et peu reconnue

L’écrivaine, également journaliste spécialisée en psychologie depuis plus de vingt ans, a fait le choix d’écrire sur une maladie  très commune qui peut toucher chacun d’entre nous à un moment de la vie. Elle a voulu aussi créer un personnage bloqué par sa peur d’autrui : « Je voulais trouver un frein à tous les désirs de Stella, donc j’ai pensé que l’agoraphobie était une bonne idée ». Pour l’auteur, qui n’est pas atteinte d’agoraphobie, ce n’est pas la maladie en elle-même qui l’intéressait mais le personnage de son héroïne Stella qui ne sort pas de sa zone de confort. L’affubler de cette maladie qui l’empêche de vivre véritablement était un prétexte narratif.

Ses connaissances sur la maladie, elle les doit à son expérience de journaliste durant laquelle elle a pu rencontrer de nombreux psychologues et psychiatres avec qui elle a appris à comprendre l’agoraphobie. Sandrine Catalan-Massé a effectué très peu de recherches, sinon en regardant comment un agoraphobe pouvait se comporter en pleine crise.

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Un renouveau

Pourquoi une journaliste a-t-elle choisi la forme du roman, de la fiction, pour aborder les thèmes de l’ouvrage ? Sandrine Catalan-Massé l’explique par le fait d’avoir ressenti une forme de limite à son premier métier de journaliste. Après avoir écrit de nombreux articles mais aussi des guides, elle a par la suite réfléchi à plusieurs idées de romans. Plusieurs thèmes, tous plus ou moins liés à la psychologie, l’intéressaient mais c’est finalement autour de ce personnage de Stella qu’elle s’est focalisée en se donnant six mois pour écrire l’oeuvre finale. Elle a découvert alors une véritable liberté d’écrivain impensable pour la journaliste qu’elle était : « Ce fut une merveilleuse période. Quitter un cadre strict pour vadrouiller partout et noter pleins d’idées ! ».

La part de Stella dans l’écrivaine

Dès le départ, l’auteur savait que son personnage principal allait s’accomplir, mais n’avait pas décidé par quel chemin cet accomplissement s’effectuerait et quels personnages elle allait croiser sur sa route. Afin de structurer son histoire, elle a commencé à rédiger un plan. Assez vite, le choix de la première personne s’est imposé. « Stella, ce n’est pas totalement moi même si je me reconnais peut-être un peu dans son caractère. Si j’ai choisi la première personne, au risque que les lecteurs me confondent avec Stella, c’est aussi sur les conseils d’une amie également écrivain et journaliste qui me disait également qu’il était important de partir de ce que je connaissais ». Un conseil judicieux : « j’ai immédiatement trouvé la voix de Stella et ai adoré la faire déambuler dans ma ville : Montpellier ».

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Un roman ou un guide ?

Plusieurs lecteurs ont remarqué que le roman se rapprochait du guide mais l’auteur dénie : « pour moi, c’était un roman au départ, et ça devait le rester. » De fait, Stella n’a elle-même pas de guide dans le récit, à part un psychologue qui ne paraît pas réellement bénéfique pour la jeune femme. « Stella, la solution est en elle. Elle est arrivée à un moment de sa vie où elle n’a plus besoin de son mari, de cette zone de confort. Son mari va lui donner le coup de pouce en la quittant ».

Le choix d’une maison d’édition

Les éditions Eyrolles ont été d’un grand soutien pour Sandrine Catalan-Massé et ont joué un grand rôle dans l’écriture de son roman et le développement de ses personnages. Par exemple, le personnage de Djamila n’était pas présent au début et est apparu sous les conseils de son éditrice. « J’ai envoyé des manuscrits à trente éditeurs et obtenu trois réponses positives. J’ai choisi les éditions Eyrolles car les éditrices me parlaient de mes personnages d’une manière incroyable et cela m’a donné sur eux un nouveau regard. »

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Les questions de la vie en couple

Pour l’auteur, le mari est une certaine forme de critique du couple et de la dépendance dans son roman. Elle montre l’image d’un couple qui essaie de durer mais explique que cela est possible à la condition de ne pas rester collé tout le temps, comme le sont Stella et son mari César. « On peut être fusionnels, mais quand on fait tout et toujours les mêmes choses, quelque chose va se briser. » Un lecteur suppute que l’éclatement du couple de Stella est de la faute de la mère, très présente. L’auteur ne confirme pas, mais n’est pas si loin de le penser également : « On comprend d’où viennent tous ces symptômes avec une mère comme celle-ci ! ».

Des projets futurs

A la question d’une suite à son roman, Sandrine Catalan-Massé répond qu’elle n’en a pas pour le moment.  « Stella m’accompagne depuis deux ans, mais pour le moment, je veux qu’elle ne vive que cela. On verra plus tard… ».

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Concernant des projets de nouveaux romans, l’écrivaine en a plusieurs sous la main. Elle souhaite se remettre à écrire bientôt et chérirait même de tenter l’aventure du polar « ce ne sera pas le prochain, mais j’aimerais beaucoup écrire un roman policier. » Pour l’auteur, l’écriture est libérateur et elle a dû vivre des échecs personnels et professionnels pour en arriver là. « Je veux aussi faire du bien aux gens ».

En attendant, si vous ne l’avez pas encore lu, découvrez son roman Dépêche-toi, ta vie n’attend plus que toi !, publié aux éditions Eyrolles. Le livre n’attend plus que vous !

 

Claire Castillon, la tête dans les étoiles

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Malgré le froid et la neige, c’est presque une trentaine de lecteurs qui sont venus rencontrer Claire Castillon ce 9 février pour parler de son dernier livre jeunesse Proxima du Centaure. Ou l’histoire de Wilco, tombé follement amoureux d’une camarade de classe qu’il surnomme Apothéose, mais aussi tombé par la fenêtre en regardant passer l’élue de son cœur. Résultat : le voilà à l’hôpital, cloué au lit, occupé à regarder les étoiles et penser à sa dulcinée.

Ecrire quand on ne peut parler

A l’origine de cette histoire, l’auteur nous confie qu’elle connaît « une petite fille qui est à l’hôpital comme ça, condamnée à l’immobilité. Je vois sa famille de temps à autre, et pour moi c’est complètement intolérable d’en parler avec eux, ou même simplement qu’ils m’en parlent. Je ne sais pas quoi leur dire, c’est une situation très désagréable pour moi. Alors je me suis dit que si je ne pouvais pas l’entendre, je pourrais sans doute l’écrire. Et ça a donné en premier lieu une nouvelle, « Garde bien ta clé autour du cou » (dans le recueil Rebelles, un peu). Mais j’avais des scrupules à laisser cette fille comme ça, j’ai donc dû poursuivre cette situation avec un personnage masculin cette fois : Wilco dans Proxima du Centaure. J’avais aussi très envie de me remettre dans un corps immobile, l’habiter, ce que je ne m’explique pas vraiment. »

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Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles

Plus la rencontre avance et plus on se dit que Claire Castillon ressemble à ses personnages. Un brin de folie douce investit le 38 rue de Malte : « Le réel est toujours la matrice, donc mes livres s’inscrivent là-dedans. Et pourtant j’aime bien rendre le tout bancal, burlesque, fantaisiste. Il y a le cadre, l’amarre de l’histoire, et la folie des personnages. Le réel frôle toujours l’irréel. »

Effectivement, à la lecture de Proxima du Centaure, une lectrice a été marquée par l’importance des détails qui paraissent insignifiants, comme lorsque Wilco chute par la fenêtre, ce à quoi l’auteur répond : « C’est exactement ça : son fils fait une chute grave, et sa mère est obsédée par la crotte de chien qui est là, sur le trottoir, et qu’elle n’arrive pas à lâcher des yeux. On est tous confrontés à ce type de situation au quotidien, quand des détails insignifiants nous happent complètement alors que quelque chose de plus important a lieu juste à côté. »

Il faut trouver la Voix

Mais au fait, comment parvient-elle à faire vivre ses personnages, leur donner une histoire et une subjectivité ? « Chez moi tout part de la voix. Si elle n’est pas là, il n’y a pas de livre. C’est une donnée que je ne peux pas greffer à l’histoire ensuite, et du coup parfois ça me prend pas mal de temps de commencer un nouveau texte. Ca m’est arrivé d’essayer sans ça, mais au final je m’arrêtais d’écrire en plein milieu d’une phrase en me disant : « Au secours, y’a personne là ! » Donc je commence toujours avec le portrait du personnage, sans idée très aboutie de ce qui va lui arriver. D’ailleurs je ne les connais pas forcément très bien physiquement ces personnages, mais je les sais de l’intérieur, je vois à quoi ils ressemblent sous la peau. C’est comme une poche vide dans laquelle je me glisse. D’où le point de vue unique, avec Wilco comme narrateur, enfermé dans cet hôpital. »

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De l’encre au lieu des larmes

Une histoire d’amour à la fois lumineuse et très dure donc, dont l’originalité a frappé voire choqué certains lecteurs : « Dans mes livres on sent certes une volonté de malmener le lecteur, mais aussi de lui faire du bien après. Ca fait mal mais ça fait du bien quand même. Je ne cherche pas ce type de sujet exprès, mais c’est ce que j’ai envie d’écrire à ce moment-là. D’ailleurs j’ai commencé à écrire à l’âge de 12 ans, le jour de l’enterrement de mon grand-père. Je n’avais pas envie de pleurer avec la famille, alors j’ai plié des feuilles en forme de livre, et j’ai laissé courir le stylo dessus. C’est aussi une manière de me couper du réel, ce qui est un point de départ récurrent pour moi. »

Quand une lectrice fait remarquer que ses livres s’étendent toujours sur le même nombre de pages, Claire Castillon précise : « A chaque fois que je commence un livre, je me dis : il va être énorme. Et puis soit rien ne vient, soit j’en fais trop et j’en enlève. J’ai une sorte de format intérieur qui correspond environ à 180 pages. J’ai déjà fait un livre plus long, avec trois points de vue de femmes, mais au final je le trouve raté. »

Et concernant ses projets d’écriture ? « Là j’ai bouclé un nouveau roman pour adultes, Ma grande. Et j’ai un autre roman jeunesse en cours. » De quoi faire vaciller un peu plus le réel ! Mais avant ça, la traditionnelle séance de dédicaces aura permis aux invités de partager plus directement encore leur point de vue sur le livre, et de repartir avec leur exemplaire signé. Des lecteurs nés sous une bonne étoile !

Découvrez Proxima du Centaure de Claire Castillon publié chez Flammarion Jeunesse.