Vincent Villeminot : quand révolution rime (peut-être) avec utopie

15 ans de carrière et déjà une cinquantaine de livres publiés, 1400 critiques sur Babelio dont une grande partie sont positives et enthousiastes, des romans denses et généreux qui plongent ses lecteurs dans des histoires immersives : le succès semble sourire de toutes ses dents à Vincent Villeminot, auteur de nombreux romans pour adolescents et jeunes adultes. Lors de sa rencontre avec des lecteurs de Babelio, qui avait lieu mi-avril dans nos locaux, il nous a pourtant bien montré qu’être écrivain, c’est aussi beaucoup de travail, de sueur, de temps, et le tout en équipe. Et comme les efforts paient, l’auteur a aujourd’hui acquis une certaine reconnaissance dans le milieu de l’édition. Venu au livre suite à une demande d’album pour enfants de la part d’un éditeur pour lequel il écrivait alors des guides de voyage, Vincent Villeminot n’a depuis jamais eu à envoyer de manuscrit par la poste pour être publié. Chacun de ses textes est né d’une rencontre. « C’est un luxe insolent » avoue-t-il honnêtement. Une rencontre, comme celle que Babelio proposait à ses lecteurs ce soir-là, et que l’on vous propose de revivre ici.

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2025 : une partie de la jeunesse décide de partir vivre en forêt, dans des villages autonomes. Leurs seules politiques : l’amitié et la liberté.

2061 : Dan, Montana et Judith vivent dans une cabane avec leurs parents. Ils chassent, pêchent et explorent les ruines alentours. Mais un jour, les enfants sont enlevés par d’inquiétants braconniers. Quand leurs parents décident de partir à leur recherche, c’est le passé, le présent et le futur de ce monde qui se racontent et s’affrontent.

Dystopie ou utopie : la littérature de demain pour parler d’aujourd’hui

Dans Nous sommes l’étincelle, Vincent Villeminot met en scène de nombreux personnages à différentes époques, parmi lesquelles un futur assez proche qui succède à une révolution. Une utopie est-elle possible ? Voilà la question que pose l’auteur dans un roman qui semble plutôt relever de la dystopie, genre aussi appelé contre-utopie.

« La dystopie est un genre qui imagine un lieu, un temps où tout est poussé au pire pour réfléchir sur la réalité de notre époque, affirme Vincent Villeminot pour la définir. Mais moi, objecte-t-il, je ne pousse pas tout au pire. Je regarde les évolutions de notre époque et me demande où cela nous mènerait. » Moins extrême qu’une dystopie, peut-être plus subtil, en tout cas clairement interrogatif, l’auteur fait donc de Nous sommes l’étincelle un petit laboratoire politique dans lequel il dispose ses personnages et observe ce que le monde devient à leur contact. « On juge une révolution à ses fruits : mes personnages principaux, trois gamins, sont le fruit d’une révolution. Il m’intéressait de mettre en confrontation ceux qui ont fait ces choix et ceux qui en sont le fruit. »

Cela donne un roman dense, rempli de personnages, dans lequel il peut être difficile d’entrer, mais qui explore ainsi une révolution de ses prémices jusqu’à ses conséquences. « Je raconte cette histoire à l’endroit où l’utopie a le plus mal tourné. J’aime l’idée qu’il y a encore des choses à faire et qu’il faut les faire évoluer dans le temps » développe-t-il. « En littérature young adult, on a tendance à exalter la rébellion et à s’arrêter quand elle triomphe. Prenons le temps de la regarder vivre, se transformer, vieillir, s’abîmer. » Ni dystopie, ni véritable utopie, la société que décrit Nous sommes l’étincelle est finalement bien proche de notre monde : imparfaite et en constant mouvement.

« La question de l’utopie m’intéresse », énonce-t-il quand même, se plaçant clairement dans l’un des deux genres, et rejetant la dystopie, qui semble trop tranchée pour lui. « L’action commence avec le manifeste de Thomas – une référence directe à Thomas More ! – que des gens prennent au sérieux et suivent, enclenchant ainsi une utopie. » Mais même s’il imagine un monde nouveau et futuriste, la réalité n’est jamais bien loin. « Avec un roman, j’essaye d’ouvrir toutes les fenêtres possibles. Je décris parfois presque laborieusement les événements. Pour chacun, je m’appuie sur un élément de réel. » Ce n’est donc en rien étonnant de voir que son roman évoque étrangement les manifestations des Gilets Jaunes, pourtant postérieures à l’écriture du roman, ni d’apprendre que ses hooligans sont inspirés de ceux du Printemps Arabe. « Je me dis : prenons cet élément de réel et poussons les choses. À condition que les personnages ne soient pas des caricatures et que mon roman ne devienne pas un roman à thèse », c’est-à-dire porteur d’un message (ici politique) véhiculé sans subtilité.

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Des questions sans réponses : le rôle de la littérature

Pour Vincent Villeminot, en effet, les livres sont le produit de leur auteur : « J’essaye de ne pas avoir de message. J’essaye d’avoir une situation et de la pousser à fond. Mais c’est évidemment tributaire de mes réflexions, de mes opinions politiques, de mes lectures, bien sûr. On est le produit de son histoire. » Même s’il reste conscient de cet aspect-là de la création, il affirme ne pas vouloir donner de réponses à ces questions.

« La littérature, c’est le moment où il se passe quelque chose entre un auteur et son lecteur par le truchement d’un livre. Mais je ne sais pas ce que vont en faire mes lecteurs. Dans Réseaux, je mettais en scène des personnages anarchistes, je me suis donc retrouvé cité sur quelques groupes Facebook très politisés. Ça ne me met pas à l’aise. Mais ils ont le droit. En tant qu’auteur, je ne dois pas chercher à maîtriser cela. » Ainsi, une fois le livre entre les mains de ses lecteurs, c’est à eux de donner réponse aux interrogations que l’ouvrage soulève. Pour Vincent Villeminot, la réalité prime sur le reste. Le rôle de l’écrivain, c’est de lui être fidèle et de laisser le lecteur combler les blancs. « Je suis non-violent. Mais il y a de la violence dans mes livres et les non-violents perdent souvent. Je ne dois pas travestir la réalité pour que ça se passe bien. […] Je suis anarchiste. Mais j’espère que mes livres ne sont pas des bréviaires anarchistes. » La démonstration est faite.

Répondant à une lectrice l’interrogeant sur le « frugalisme », l’écrivain poursuit sur sa lancée et rappelle combien les réflexions de l’auteur et son époque sont le terreau de son histoire. « Quand on publie un texte comme celui-là aujourd’hui, il est évidemment nourri par des réflexions que je me fais. […] Je m’inspire de ma vision du monde. Je recherche une certaine sobriété. Je cherche à apprendre le nom des arbres. » Un livre qui ne délivrerait ni les idées ni un message de l’auteur, est-ce donc un idéal ?

L’essentiel, selon lui, semble donc la remise en question. « Doutons même du doute » écrivait Anatole France, auteur et critique littéraire. Ainsi, à propos de son travail avec son éditeur : « nous nous sommes notamment demandé dans quel ordre raconter l’histoire, raconte Vincent Villeminot. Devais-je la raconter chronologiquement ? Ou à rebours ? On a choisi cette deuxième solution, qui permet de poser la question de cette utopie : est-ce qu’on s’est trompés ? » Si même les personnages s’interrogent, les chances sont grandes pour que le lecteur les écoute, et se mette à interroger le monde qui l’entoure à son tour.

« Les bons livres résistent au temps et aux intentions de l’auteur » conclut Vincent Villeminot. Rendez-vous dans quelques années pour savoir si le pari est réussi ?

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Le texte : un travail d’équipe

Du temps. C’est justement ce qu’il a fallu à l’auteur pour écrire son roman. Beaucoup de temps et de travail. Au cours de la soirée, Vincent Villeminot nous a littéralement plongés dans son travail d’écriture et permis d’entrevoir, de loin, l’atelier dans lequel naissent ses histoires.

« Écrire ce roman, c’était un engagement physique dont je me remets doucement. 18 mois à temps plein, sans vacances, 8 à 12h par jour », énumère-t-il avant de répondre, quand on lui demande une suite : « Laissez-moi me reposer ! »

« Au début, j’avais commencé deux romans. Le premier était un polar dans un campus universitaire. Le second mettait en scène des hooligans. Et puis mon éditeur, Xavier d’Almeida, m’a envoyé un article de géographie qui décrivait les paysages et la Terre si le monde entier devenait vegan. Et m’est apparu le lieu où pouvaient se croiser différentes histoires. Je me suis alors dit qu’avec ces deux romans, il en manquait un troisième. » Cela donne un roman de 500 pages, dont la densité a dérouté plus d’un lecteur. Rien de surprenant, non plus, de voir qu’il est réticent à l’idée d’écrire une suite. « Ce serait possible de raconter d’autres choses, répond-il tout de même. Mais plutôt ce qui se passe dans les campus entre 2042 et 2059. Ou la vie d’un village où ça s’est bien passé. Il faudrait raconter quelque chose dans ce contexte. » Raconter l’avant-révolution ? C’est l’histoire de notre monde telle qu’on la connaît. Et raconter l’après-roman ? « Certains personnages me sont très précieux. Mais là où je les ai laissés, je ne peux pas les reprendre. Et puis, 500 pages, c’est déjà beaucoup. Il faudrait retrouver de l’énergie. Il faudrait que ça ait un sens. Mais ce que j’ai écrit là est figé pour eux. »

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Les personnages, par ailleurs, sont souvent au cœur de son travail. Des recherches, Vincent Villeminot en a fait. Sur Thomas More, sur le survivalisme. « Mon ignorance [sur ce genre de sujet] me sert car mes personnages sont des ignorants ! » Ce sont ces recherches, mais aussi tout ce qu’il a emmagasiné jusqu’à aujourd’hui, qui construisent un livre. « Cela nourrit mon texte. Pour que le réel rentre. Pour que le roman cogne la réalité. Mais le plus gros du travail c’est de développer les personnages » insiste-t-il.

Ce travail, cependant, Vincent Villeminot ne l’a pas accompli seul. Tout au long de la rencontre, il a souvent évoqué son éditeur, Xavier d’Almeida, présent dans la salle ce soir-là. « Ça a été 18 mois d’écriture, de travail à temps plein, mais avec un éditeur avec qui je pouvais dialoguer. Il a lu 8 versions du roman ! Je parle beaucoup de Xavier car un roman comme celui-ci se construit aussi par les couches qu’on enlève. Aux États-Unis, un bouquin sur deux a 20 % de pages en trop. Ce sont les agents qui s’en occupent, donc il y a une absence de travail éditorial. De mon côté, après tout le travail accompli et en dépit de sa taille, j’espère que c’est “à l’os”. »

Paradoxalement, alors même qu’il y a de ce côté de l’Atlantique une grande tradition de l’éditeur qui accompagne son auteur, « c’est un snobisme très français d’oublier l’éditeur. Tout travail artistique ne doit surtout pas sentir la sueur. Pourtant, confirme Vincent Villeminot, beaucoup de gens travaillent comme moi, en lien permanent avec leur éditeur. C’est aussi pour être rassuré ! Pour avoir quelqu’un qui nous dit : je crois que tu es sur les bons rails. Sinon on crève de trouille et on choisit la solution la plus conformiste. Je préfère avoir quelqu’un qui m’accompagne plutôt que de faire un roman qui ait déjà été écrit. »

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Littérature young adult : entre expériences et prises de risque

Ce roman, publié chez PKJ et vendu en librairie au rayon jeunesse, catégorie young adult, a pourtant beaucoup plu aux lecteurs présents ce soir-là, pour la quasi-totalité des adultes. Ils ont d’ailleurs noté que sans cette rencontre, ils ne se seraient peut-être jamais tournés vers ce roman, car il n’est pas vendu en littérature contemporaine, mais du côté des adolescents. « C’est un risque qu’on prend, confirme Vincent Villeminot. Mais je ne suis pas sûr qu’il existe aujourd’hui une place dans la littérature française pour des romans comme celui-ci. Sinon en littérature de genre. »

Au-delà d’un risque, c’est un choix conscient de la part de l’auteur. Un choix pour parler aux jeunes et, à travers eux, parler à tous. « Je publie pour jeunes adultes, ce ne sont pas des adolescents. Dans ma tête, ils ont entre 18 et 20 ans. Je pense toujours à un lecteur quand j’écris. Là, j’ai pensé à mes enfants, qui sont aussi mes premiers lecteurs. Et c’est important d’écrire pour ces jeunes. Il y a un vrai mépris pour les adolescents et donc pour leurs lectures. Mais je peux vous affirmer que certains ados, en rencontre, ont transformé mon travail. Et aujourd’hui j’ai une conviction profonde : si on écrit pour eux avec sérieux, les adultes aussi y trouveront leur compte. »

« Quand j’étais journaliste, je me souviens avoir écrit deux romans très narcissiques car j’oubliais les personnages. Ils parlaient de mes états d’âme. [NDLR : ces romans n’ont jamais été publiés]. Publier en jeunesse me force à m’oublier, c’est ce qui fait de moi un romancier. » Rappelant sa profonde envie de ne pas écrire sur lui, mais sur le monde qui l’entoure, il explique ainsi que les personnages, dont il fait le centre de son travail, l’aident à atteindre ce but. Pourtant, dans Nous sommes l’étincelle, certains de ses personnages les plus importants sont bel et bien des adultes. « C’est quelque chose de nouveau en littérature jeunesse : je peux avoir un personnage plus âgé. »

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Les prises de risque en littérature young adult, au-delà du genre et des questionnements politiques, apparaissent enfin dans la forme. Un lecteur dans la salle note une certaine musicalité de son style. Et l’auteur de répondre : « De plus en plus, je cherche une forme évocatrice. Pour mon nouveau roman, par exemple, je suis bloqué depuis quelques jours. Avant de venir à la rencontre, j’ai écrit à la main, sur du papier, à un café. Naturellement, c’est venu en vers. Tout à coup, j’ai écrit 12 pages. J’ai publié un bouquin en littérature générale, cette année, avec, parfois, des alexandrins. Cela me semblait naturel. On retrouve en eux une évidence de la langue. » C’est la même chose avec Nous sommes l’étincelle. « Si les retours à la ligne peuvent imprimer un rythme chez le lecteur, tant mieux. »

« Aujourd’hui, il y  a des éditeurs qui ont le courage de se lancer dans un très gros travail avec un auteur » rappelle Vincent Villeminot sur son travail avec Xavier d’Almeida. Celui-ci a même eu l’occasion de prolonger ses propos : « Je ne travaille pas toujours comme ça, mais là, c’était exaltant, fatigant, enthousiasmant. Il y a eu des désaccords. Mais en tant qu’éditeur, il faut savoir se mettre en retrait pour permettre à l’auteur d’écrire son roman et l’accompagner. » Il poursuit, parlant du travail de son auteur : « ce roman nous bouscule. C’est une vraie richesse. Et c’est un risque à prendre de le publier, car sinon, le livre va mourir. L’audiovisuel va nous tuer. La littérature jeunesse nous permet de prendre ces risques de genre, d’écriture… Il faut y croire. »

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« Ce n’est pas une lecture qui se donne facilement » avoue finalement Vincent Villeminot, conscient que son texte a laissé et laissera des lecteurs sur la touche. « Ce n’est pas volontaire et hautain, c’est le produit de choix que je ne regrette pas mais qui ont des inconvénients. » Car un travail d’écriture, c’est des choix, des chemins empruntés, des histoires racontées, et elles peuvent bousculer. « Mais est-ce qu’on ne cherche pas toujours à être déstabilisés en tant que lecteur ? » se demandera Xavier d’Almeida peu avant de conclure.

Des lecteurs déstabilisés, il y en avait, ce soir-là, chez Babelio. Mais tous semblaient conquis par leur échange avec l’auteur et sont ressortis des interrogations plein la tête. Il planait dans l’air une ambiance particulière : Vincent Villeminot parlait pour la première fois de ce roman devant ses lecteurs. Comparant son travail de romancier à celui d’un dramaturge, il affirmait pendant la rencontre qu’une « pièce de théâtre est un petit laboratoire », qui a un rôle bien plus théorique et politique que le roman. Pourtant, ce soir-là, la salle fumait comme un laboratoire social et littéraire.

Et pour ceux qui auraient encore des poignées de questions, il vous reste à regarder la vidéo de Vincent Villeminot, dans laquelle il présente son roman à travers cinq mots :

François Rochet : un techno-thriller mené tambour battant

Réalité augmentée, intelligence artificielle, robotique… Peut-on mesurer l’impact de toutes ces nouvelles technologies sur notre mode de vie : quelles opportunités nous offrent-elles, et avec quelles limites ? Pour son premier roman, François Rochet signe une dystopie ludique et surprenante qui confronte l’être humain à sa relation à l’innovation technologique qui semble croître à une vitesse exponentielle.

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C’est dans les locaux lumineux du collectif de codesigners où il travaille que François Rochet nous a accueillis le mardi 26 mars pour une rencontre privilégiée autour de son roman Agence 42, tome 1 : Terrans paru aux éditions Hachette, mélange détonnant entre Tom Clancy, Aldous Huxley et Philip K. Dick. Les lecteurs ont été nombreux à échanger avec l’auteur lors de cette rencontre particulièrement chaleureuse. Le récit ne s’adresse pourtant pas uniquement aux amateurs de romans d’action, d’espionnage, ou de jeux vidéo : parmi les membres Babelio présents à la rencontre, les néophytes se sont également avérés conquis. Riche en rebondissements saisissants, écrit dans un style fluide, Agence 42 a toutes les qualités d’un véritable page-turner, ce qui séduit autant les curieux que les passionnés.

Terrans.jpgDécembre 2020. Nouvel attentat aux États-Unis. Le gouvernement est décimé et le pays privé des leaders de ses grandes entreprises high-tech.
Six mois plus tard, Franck Goodo est chargé de reprendre l’enquête. Julia Telco, à la tête de l’Agence 42, a des doutes sur l’identité des responsables de l’attaque.
En parallèle, le véritable auteur de l’attentat est à l’affût. Il lui reste encore un coup à jouer sur l’échiquier de son vaste plan. Les premiers indices d’un complot bien plus alarmant, qui dépasse la logique, font rapidement surface.
Franck Goodo tentera de percer le mystère, quitte à mettre son existence en danger…

Agence 42 plonge le lecteur dans un monde d’agents secrets, de conflits géopolitiques et de cyber-espionnage. L’intrigue, qui débute comme un thriller classique, bascule rapidement dans l’anticipation, ébranle les certitudes du lecteur et invite à la réflexion : Le libre arbitre est-il une réalité ou une illusion ? Nos sens sont-ils aisément manipulables, peuvent-ils nous abuser ? Faut-il nécessairement croire ce que nous voyons ? Qu’est-ce que la réalité ? Voici quelques-uns des grands questionnements qui jalonnent le récit de François Rochet.

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D’abord publié en autoédition chez Librinova, le premier roman de François Rochet est finalement arrivé entre les mains d’Hachette Romans. Passionné de science-fiction depuis sa plus tendre enfance, inspiré par Matrix et la thématique des réalités alternatives, c’est à 45 ans que François Rochet s’est décidé à écrire. L’auteur évoque un véritable déclic : « Tu as 45 ans, si tu ne profites pas de ton temps pour écrire un livre, ça ne se produira jamais. Initialement, je ne comptais pas écrire d’autre livre. »

L’illusion du jeu qui rapproche de la réalité


Aux lecteurs qui n’auraient pas encore lu le livre, nous vous déconseillons de lire cette sous-partie qui risquerait de vous dévoiler des éléments clés de l’intrigue

 

Joueur dans la vraie vie, François Rochet a voulu restituer dans le roman l’attachement de Julia aux personnages qu’elle contrôle dans le jeu de simulation : « Certain jeux font l’objet d’une narration aboutie et extrêmement complexe, proche de ce qu’on peut trouver dans les livres. Julia s’est attachée à ses personnages en prenant conscience que ceux-ci sont de vrais êtres, au fonctionnement différent, mais pour lesquels elle ressent tout de même de l’empathie. » L’auteur entretient en permanence l’ambiguïté : si les personnages deviennent conscients, cela pose des questions éthiques, morales et juridiques. On pourrait même se demander s’ils ont une âme, s’ils sont soumis à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Ces questionnements sont extrêmement actuels. Cela m’intéresse d’autant plus que cela va devenir une réalité, les IA se développent, prennent de plus en plus d’autonomie. Si l’âme peut exister sans corps, à partir de quel moment peut-on considérer l’autre comme un être doté de sensibilité, un être vivant ? Quels sont les droits de ces entités ? Ce sont de vraies questions qui vont se poser dans les décennies à venir. » François Rochet semble animé par une véritable volonté d’explorer une science-fiction positive, notamment au travers de toute la partie sur le système éducatif du monde de Julia : « Le monde que les IA vont façonner, c’est nous qui le créons aujourd’hui ! » Il ajoute en plaisantant : « Si on découvre à notre tour qu’on est manipulés, je vais booster mes ventes ! »

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Pour créer son univers, ou plutôt ses deux univers (le monde d’en haut, celui de Julia, et le monde de la simulation, du jeu) François Rochet tire son inspiration de la réalité et s’informe en permanence sur l’innovation : « Je me concentre sur des choses qui existent ou qui pourraient exister dans un monde idéal. Si l’humanité n’avait pas fait tant d’erreurs, le monde de Julia pourrait être. Je suis persuadé que si l’Afrique n’avait pas subi certaines choses, ce serait un continent idéal. C’est une projection idéale de ce continent, et non une utopie. »

Une déclaration d’amour aux jeux vidéo

Directement influencé par sa passion pour les jeux vidéo, François Rochet propose une expérience interactive en lien avec son livre et invite le lecteur à oublier les frontières entre réel et virtuel. Plus qu’un « simple » livre, François Rochet a voulu créer un véritable jeu de piste avec une « Eggs Hunt » : une chasse aux œufs dans laquelle l’auteur a décidé de jouer avec l’esprit des lecteurs. Des indices ont été dissimulés à l’intérieur du roman, dix indices pour dix œufs à retrouver un peu partout en ligne : sur des sites internet, des réseaux sociaux et des objets digitaux. « Au moment où j’ai créé le bouquin, je souhaitais que le livre soit plus qu’un livre et ait un véritable écho avec le monde réel, une vraie résonance avec le livre et son monde réel et actuel. » Les lecteurs se sont livrés avec enthousiasme à cette chasse aux trésors !

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Lorsqu’il évoque la relation qu’il entretient avec ses personnages, François Rochet dresse un parallèle étonnant entre le lien qu’entretient Julia avec ses personnages et le rapport de l’écrivain à ses protagonistes. Il était difficile pour lui de se représenter les personnages dans toute leur complexité et leur matérialité : « J’avais beaucoup de mal à me les représenter physiquement. J’ai donc pensé à des proches, comme mon ami Laurent. Il m’a d’ailleurs engueulé car je le tue au bout de trois pages ! Beaucoup de mes personnages sont des gens que je connais. » Si les personnages de François Rochet sont si attachants, c’est probablement car ils sont tirés du réel. Nombre d’auteurs affirment que leurs personnages ont leur propre autonomie, comme s’ils prenaient, eux aussi, à l’instar de ceux que Julia contrôle, conscience de leur existence. Lorsqu’on lui demande s’il reste tout de même le maître du jeu, François Rochet affirme que « Certains personnages ont pris, dans le deuxième tome, des parcours que je n’aurais jamais imaginés au départ. Je me suis laissé porter, et j’ai été heureux de les retrouver. »

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En plus d’être le principal protagoniste de son récit, Julia est également un « hommage » à une personne bien réelle, que l’auteur a rencontrée dans le monde des jeux vidéo. En effet, il a nommé ainsi l’héroïne de son roman car c’était son maître de guilde dans le jeu en ligne World of Warcraft. Il l’évoque comme une joueuse extrêmement investie : « Sans être un roman féministe, c’est un récit où les femmes sauvent le monde. Ce cliché des gamers et d’un monde du jeu vidéo essentiellement masculin demeure, mais n’est plus tout à fait vrai à l’heure actuelle. J’ai voulu détourner les choses pour créer une coopération. Julia existe, comme tous les autres. Et le personnage de Ben, c’est complètement moi : je me suis fait plaisir avec ce chapitre, en citant les jeux auxquels j’ai joué, à l’époque où je faisais du développement sur calculatrice ! ».

Du grand spectacle

Le roman de Rochet s’ouvre sur une scène choc, qui prend le lecteur à la gorge : « J’avais envie d’instaurer une tension dramatique dès le départ. Le premier chapitre s’ouvre comme une nouvelle. J’ai présenté le personnage en le décrivant suffisamment pour laisser penser qu’il puisse être le héros, puis, contre toutes attentes, il meurt. » Un procédé très visuel qu’il emprunte au cinéma : « J’aime en avoir plein les yeux, j’aime les blockbusters. La scène de l’île, du désert, sont des scènes très visuelles qui renvoient à la littérature et au cinéma de genre (espionnage, action). Je pense être meilleur sur la description de l’action que sur la caractérisation des personnages. J’ai envie qu’on lise mon livre comme on regarderait un film. »

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Pour s’imprégner de l’ambiance qui règne dans les lieux décrits dans le roman, François Rochet a utilisé les ressources qu’offre Internet : il a arpenté durant de longues heures l’Alaska sauvage, les îles tropicales, a sillonné les allées des cimetières du Paris fantasmatique de Julia grâce à Google Maps : « C’est une ressource infinie. Je suis même allé voir l’Irak, les lieux clés où des attentats terroristes ont été perpétrés. Je pense que maintenant mon PC doit être surveillé ! Je risque d’avoir des problèmes avec la CIA. » Ecrire un roman très documenté, sans que le lecteur ne s’y sente submergé requiert un soin particulier : le divertissement reste au cœur de ce livre : « J’avais envie d’aborder des points techniques, de faire grandir le lecteur. J’ai passé du temps à me renseigner sur certains enjeux : qu’arriverait-il si on coupait Internet ? On ne pourrait par exemple, plus retirer d’argent. Le roman Ravage de Barjavel aborde également ce thème de la coupure. J’adore Barjavel. Le Grand Secret explique également l’histoire du monde par un élément tenu secret. C’est une relecture de phénomènes qu’on n’a pas pu expliquer. J’aime cet aspect de relecture. »

Nous attendons avec curiosité le second tome d’Agence 42 qui devrait explorer davantage l’univers de Julia, et ancrer définitivement les personnages introduits par le premier tome.

Par ailleurs, François Rochet serait ravi de voir son roman adapté sur les écrans : « Je verrais bien Scarlett Johansson dans le rôle de Marie, Joseph Gordon-Levitt dans le rôle de Chris, et pour Ben, ce serait mon ancien lead developer, un grand chauve ! ». « Depuis que Spielberg a réalisé Ready Player One, j’attends qu’il m’appelle ! ». L’appel à candidatures est donc lancé !

Découvrez Agence 42, tome 1 : Terrans de François Rochet, publié aux éditions Hachette Romans.

Emmanuelle Han : quand les voyages forment la sagesse

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Le 17 octobre, c’est une grande voyageuse qui a posé ses valises chez Babelio pour rencontrer ses lecteurs. Si Emmanuelle Han connaît bien Paris – elle y est née et y vit toujours -, cette première soirée consacrée à l’un de ses livres avait tout de même un petit goût d’aventure. L’occasion pour elle de nous en dire plus sur ce qui a présidé à l’écriture du tome 1 de La Sublime Communauté : Les Affamés, paru chez Actes Sud Junior.

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D’abord connue pour son travail de réalisatrice de l’émission Les Nouveaux Explorateurs sur Canal +, Emmanuelle Han a toujours eu de l’appétit pour la découverte d’autres horizons et cultures, l’exploration à la fois de manières de penser différentes et des territoires sur lesquels elles se déploient. « Pour écrire ce premier roman, je me suis principalement inspirée de mes voyages, des lieux que j’ai pu visiter lors de mes déplacements professionnels. C’est une manière très privilégiée de voyager, dans le sens où pour réaliser des documentaires, on doit forcément prendre le temps de s’acclimater pour rendre compte, et donc de partir pour un temps assez long, rencontrer un maximum de personnes sur place. Des lieux comme les chutes d’Iguazu ou l’Himalaya m’ont totalement subjuguée quand j’ai pu les admirer. Et certaines personnes croisées durant ces périples sont même devenues des personnages à part entière dans La Sublime Communauté. »

Si l’image reste un outil efficace pour partager ces aventures, l’écriture s’impose rapidement comme un médium minimaliste, aux possibilités infinies : « Durant ces voyages j’écrivais beaucoup, j’ai d’ailleurs toujours écrit. J’étais un peu frustrée par les formats, le calibrage qu’impose forcément une émission télé pour transmettre tout ce que je voulais partager. Le voyage est une expérience tellement riche ! Il faut plusieurs « boîtes à outils » pour en rendre vraiment compte. »

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Quand la fiction sert le réel

Mais pourquoi choisir de passer par la fiction quand un essai ou un document, à l’image de la plupart des récits de voyage, auraient pu convenir à cette mission ? « Quand j’ai eu l’idée d’écrire un livre, j’avais dès le départ décidé d’en faire un récit fantastique. J’ai toujours adoré la SF, les dystopies, les contes, les mythes : pour moi tout ça se recoupe, et au fond c’est un peu la même chose. Je craignais quand même que ce mélange ne fonctionne pas, et j’ai mis du temps à trouver un équilibre. Mais pour moi, il était clair que le passage par la fiction me permettrait de mieux approcher la réalité, de l’utiliser comme filtre pour infuser le réel. Il faut parfois savoir s’écarter de la réalité pour mieux la saisir et lui rendre justice. »

Car si elle invente un univers aux multiples portes qui nous fait nous aussi voyager, Emmanuelle Han tient à délivrer un discours sur le monde qui nous entoure. Un propos qu’elle espère fertile : « Peu importe la raison qui mène à l’apocalypse dans mon récit. C’est toutes les raisons qu’on peut déjà deviner aujourd’hui, que j’ai juste poussées à l’extrême. L’épuisement des ressources naturelles est une raison largement suffisante, par exemple. Pour autant, je n’ai jamais été vraiment militante écologiste, je le suis devenue par la force des choses en voyageant. C’est simplement une question de bon sens quand on espère que soit préservée la beauté de la nature. Et c’est aussi un humanisme. Pour autant, je ne suis pas pessimiste, l’envie de faire autrement vient quand on est touché par la beauté des choses. Comme cette flamme éternelle, dont s’occupent seuls les Intouchables en Inde, utilisée pour allumer le bûcher lors de cérémonies funéraires. Alors oui la situation est alarmante, mais pas désespérée. Et je place tout mon espoir dans les générations futures aussi. C’était donc important pour moi que La Sublime Communauté soit lue par des lecteurs jeunes, même si le livre s’adresse aussi bien aux adultes, et qu’il contient certaines scènes assez violentes. Les enfants sont d’ailleurs très lucides sur la situation actuelle, et tout est encore possible. »

 

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Une adaptation au cinéma ?

Plusieurs lecteurs présents à la rencontre ont relevé que la couverture de ce premier tome de La Sublime Communauté avait des airs d’affiche de film. L’auteur avoue elle-même : « J’ai dû m’habituer à ce visuel proposé par mon éditeur. Au départ, je pensais plutôt à quelque chose d’assez mystérieux, sans personnage, pour ne pas trop influencer le lecteur, et aussi car je ne me représente pas toujours visuellement les protagonistes que j’imagine. Là on a trois personnages face à l’objectif, mais qui gardent leur part de mystère, on ne voit pas tout d’eux puisqu’ils sont en partie dans l’ombre. » Si pour l’instant rien n’est prévu, on ne peut que souhaiter à Emmanuelle Han et son éditeur qu’un jour un studio daigne adapter ce roman au cinéma.

En tout cas, l’enthousiasme autour de la séance de dédicace laisse présager un beau succès pour le prochain tome, sur lequel l’auteur travaille en ce moment. « Je connais la fin de cette histoire, je sais où je veux en venir. Ce que je ne maîtrise pas encore, c’est le chemin pour arriver là. J’adore cette indétermination dans le processus d’écriture. J’ai moi aussi besoin d’être surprise par cette histoire. »

Retrouvez La Sublime Communauté d’Emmanuelle Han, publié aux éditions Actes Sud Junior.