Retour en Italie avec Mélanie Taquet

Un an après avoir présenté son premier roman dans les locaux de Babelio, Mélanie Taquet est revenue, le jeudi 21 mars 2019, à la rencontre de 30 Babelionautes pour échanger autour de son nouveau roman. Reviens quand tu veux fait ainsi suite à Reste aussi longtemps que tu voudras, et raconte les nouvelles aventures de Nina, une jeune femme en quête de son identité qui revient en Italie trois ans après s’y être réfugiée une première fois, alors qu’elle avait du mal à se remettre d’un récent traumatisme. Quelles nouvelles réponses lui apportera ce second séjour en Italie ?

reviens quand tu veuxC’est avec appréhension que Nina retourne en Italie à l’occasion du mariage de son meilleur ami Marco. Trois ans plus tôt, une fuite éperdue l’avait conduite à Florence où elle s’était égarée pour mieux se retrouver. Ce séjour cathartique avait réconcilié Nina avec son rôle de mère, au prix de ruptures qui lui avaient laissé un goût amer.

En revenant sur ses pas, Nina espère obtenir le pardon des êtres qu’elle a blessés et poursuivre sa quête identitaire.

Au contact de la jeune femme, les souvenirs se ravivent, les anciennes passions se réveillent, les non-dits se révèlent. Alors que les certitudes des uns et des autres chancellent, les chemins qu’on pensait tout tracés prennent un cours imprévu.

Retour en Italie

Il y a deux ans, à Londres, Mélanie Taquet posait le point final à Reste aussi longtemps que tu voudras, et avait déjà envie de savoir ce qu’il allait se passer pour Nina, Marco, Hannah, et tous les personnages de ce premier roman. C’était pourtant d’abord une évidence pour l’auteur de ne pas reprendre l’histoire de ses personnages immédiatement là où elle les avait laissés : “Après son premier voyage en Italie, Nina est repartie en France pour se reconnecter à son enfant. C’est un moment qui n’appartient qu’à elle et dans lequel je n’avais pas envie de m’imposer. Je préférais la retrouver quelques années plus tard et voir comment elle avait évolué.” Aucune inquiétude à avoir cependant : vous n’avez pas besoin d’avoir lu Reste aussi longtemps que tu voudras pour découvrir Reviens quand tu veux.

Pour l’auteur, c’était toujours en Italie que se trouvaient les nouvelles réponses de Nina, c’est donc là qu’il fallait retrouver : “la première fois qu’elle était partie, Nina n’avait trouvé que des réponses partielles à ses questions. En repartant en Italie, elle se confronte à la personne qu’elle était il y a trois ans.”

Cette fois, c’est à Florence et à Naples que Mélanie Taquet a emmené ses lecteurs, “l’Italie m’inspire”, avoue-t-elle. Si elle avait fait vivre la ville de Florence dans son premier roman, c’est la campagne italienne et les différentes facette du Sud du pays qu’elle est partie explorer pour préparer l’écriture de ce deuxième ouvrage.

Des personnages en construction

On y retrouve ainsi Nina, Hannah, Marco, Julien et Gigi. “Ces personnages sont mes amis”, affirme l’auteur, “j’avais une idée de la structure de base de l’histoire, je savais où je voulais les emmener, mais rien n’était figé : ce sont eux qui me racontent les chemins qu’ils vont prendre, et je voulais leur laisser la possibilité de me surprendre. Je continue d’ailleurs à découvrir ces personnages, puisque quand je remarque des traits de caractère chez des personnes que je rencontre, je me dis souvent qu’ils iraient bien à tel ou tel personnage.”

L’auteur en a d’ailleurs profité pour expliquer ce que représente Nina à ses yeux : “Pour moi, c’est une nébuleuse. Elle est fascinante et protéiforme. Elle ne réfléchit pas en termes de culpabilité ou d’innocence, mais elle poursuit sa quête identitaire.” Avec son amie Hannah, elle représente non seulement l’une des deux faces du masque de Janus, mais aussi plusieurs facettes de la femme et de la maternité.

La maternité est d’ailleurs un thème qui tient à cœur à Mélanie Taquet. Cette dernière est en effet très proche du milieu Montessori et a longtemps travaillé auprès des parents et des enfants. L’héroïne de son roman, Nina, ressent ainsi le besoin de partir et de se trouver lorsqu’elle devient mère : “Dans le premier roman, Nina se demandait comment devenir mère alors qu’elle n’en ressentait pas le désir. Quand on devient parent, on ressent une forte pression et donc on culpabilise beaucoup lorsqu’on échoue, mais l’essentiel est de faire au mieux. Dans Reviens quand tu voudras, Nina poursuit sa quête identitaire mais elle a compris qu’elle avait le droit de chercher qui elle est tant qu’elle ne le faisait pas au dépens de son fils et de ses amis.”

Comme dans le premier ouvrage de l’auteur, tout n’est pas résolu à la fin de ce roman, et de nouvelles questions restent sans réponse : “C’était important pour moi que tout ne soit pas résolu à la fin”, précise Mélanie Taquet, “comme nous, Nina est toujours en construction, elle n’a pas eu d’illumination soudaine !”

Parcours d’écriture

“Pour moi, c’est plus un roman général qu’un roman feel-good”, déclare Mélanie Taquet, “j’essaie de créer des personnages complexes et avec du relief, et les problèmes ne sont pas tous résolus une fois la dernière page tournée.”

De même, l’auteur ne souhaite pas s’identifier à un genre de littérature en particulier, mais veut aussi s’adresser aux hommes : “ce n’est pas parce que la question de la maternité est un sujet de femmes que les hommes ne peuvent pas le comprendre ou s’identifier !”

L’auteur aime d’ailleurs lire les critiques des lecteurs et se confronter à leur avis pour évoluer : “Je n’écris pas pour faire plaisir, j’écris des choses qui me collent à la peau, mais les retours des lecteurs me permettent d’identifier les axes que je pourrais développer.” Mélanie Taquet a également noté une différence dans son écriture entre le premier et le deuxième roman. Alors qu’il lui avait fallu cinq ans pour écrire Reste aussi longtemps que tu voudras, il ne lui a fallu que quelques mois pour le second : “réécrire un roman autoédité avec des correcteurs professionnels m’a fait grandir. Mais ça m’a amusée de constater, quand j’ai retrouvé six ans plus tard un carnet dans lequel j’avais noté des idées pour le personnage de Nina, que j’avais plus ou moins suivi les idées que j’avais dès le départ.”

Aujourd’hui, l’auteur a envie de clôturer l’histoire de Nina sur ce livre : “si je devais écrire davantage sur elle, je donnerais peut-être la parole à Julien. C’est un personnage très protecteur et qui a été traumatisé par le départ de sa femme. Mais ce n’est pas au programme pour tout de suite, j’ai d’autres personnages à vous présenter avant.” C’est donc peut-être dans un ouvrage autour des enfants et de la négligence parentale que l’on retrouvera bientôt Mélanie Taquet.

L’héritage familial avec Marinca Villanova

Elles peuvent être mères poules, nourricières, protectrices, adoptives ou biologiques… Marinca Villanova les qualifie quant à elle de “dévorantes” dans son premier roman paru aux éditions Eyrolles, Les Dévorantes. Sur trois générations, elle dresse en effet les portraits de trois femmes d’une même famille, d’abord filles puis mères, et leur rapport conflictuel à la maternité. C’est d’ailleurs à l’occasion de la sortie de ce livre et pour échanger à ce propos que l’auteur est venue à la rencontre de 30 lecteurs, dans les locaux de Babelio, le lundi 11 mars dernier.

« C’est sa fille, cet air de fennec malade, coincé sous un pied de table, aux yeux parfois brillants dont on ne sait s’ils vont se décider à pleurer et qui ne dit rien, qui reste là sans bouger, attentive, dont elle ne comprend pas la machinerie intérieure. Mais ça l’agace cette pitié qu’elle ressent pour elle, elle aurait envie de la secouer, pour qu’elle soit forte, qu’elle réussisse des exploits, qu’elle soit une alliée, qu’elle puisse être fière de sa fille. »

Emma, Angèle, Karine.
Trois filles, trois mères, trois femmes, qui ont en partage l’attente d’un regard maternel aimant, sans cesse raté, sans cesse reporté. Chacune d’elle a construit un des maillons d’une longue chaîne haineuse, de mère en fille. Comment cesser d’être dévorée ? Comment cesser d’être une dévorante ?

Faire revivre le monde de l’enfance par l’écriture

“C’est l’enfance qui m’a guidée” annonce Marinca Villanova, “je suis partie de ces petites filles, puis j’ai eu envie de croiser leurs regards avec ceux de leur mère.”

Aujourd’hui psychologue clinicienne auprès des enfants, adolescents et de leurs familles, Marinca Villanova a également travaillé en tant qu’assistante sociale et réalisé des courts métrages, notamment un reportage vidéo intitulé Fait maison sorti en 2001, dans lequel elle s’intéressait aux femmes qui ne sortaient pas de chez elles, “j’avais abordé le sujet de la maternité avec elles, c’était déjà un thème qui m’intéressait”, se souvient l’auteur.

“Ce livre a une histoire”, explique-t-elle d’ailleurs à l’assistance. “J’ai commencé à écrire une première version de ce roman il y a une dizaine d’années environ. Je l’avais fait lire à mes proches mais il était finalement resté dans un tiroir. Je n’étais pas satisfaite de ce que j’avais écrit, et j’étais découragée. En rouvrant mon manuscrit, des années plus tard, les dysfonctionnements me sont apparus clairement.” Plus de 10 ans se sont ainsi écoulés entre la première et la deuxième version de ce manuscrit, qui ont permis à l’auteur d’acquérir de nouveaux outils et de nouvelles connaissances grâce à ses différentes activités professionnelles : “Mes différents métiers, de la proximité que j’ai pu avoir avec des familles au travail clinique que je mène aujourd’hui avec les enfants, ont nourri ce livre.”

Marinca Villanova affirme toutefois ne pas s’être inspirée de personnes réelles pour construire les trois femmes de son roman : “En tant que psychologue, je ne m’autorise pas à utiliser les histoires des gens que je rencontre dans ce cadre, et ça ne me viendrait d’ailleurs même pas à l’idée de le faire. En revanche, je me suis nourrie de mon expérience auprès des enfants, des familles et des adolescents pour mieux définir mes personnages et exprimer leurs émotions. Je sais peu de choses de ma famille, c’est peut-être pour ça que les familles des autres m’intéressent.”

En plus de son expérience personnelle, Marinca Villanova s’est surtout appuyée sur des documentaires et des témoignages, notamment pour retranscrire le cadre des années 1940 et de l’enfance d’Angèle.

Emma, Angèle, Karine

Le point commun de ces trois femmes, Emma, Angèle et la plus jeune, Karine, en plus de leur parenté, c’est la violence de leur comportement : “Toutes les trois sont dévorantes”, précise l’auteur, “mais chacune d’entre elles à sa façon. Ce sont des femmes maltraitantes, mais elles le sont involontairement.”

Cette forme de brutalité dans leur comportement prend son origine dans la difficulté qu’elles éprouvent à s’approprier leur nouveau rôle de mère : “Cela ne tient pas nécessairement au fait qu’elles donnent naissance à une fille, j’ai voulu montrer que c’est pareil pour les relations mère/fils. Cette difficulté dans leur relation à leur enfant prend naissance dans la chute de leurs repères et de leur identité lorsqu’elles deviennent mères. Elles sont déstabilisées et seules le jour où elles deviennent mères : elles ne savent pas comment faire.”

Une malédiction comme héritage familial

En racontant l’histoire de ces trois femmes qui ne parviennent pas à créer de lien avec leur fille, Marinca Villanova a eu envie de “parler de la honte, de faire entendre des voix cachées”. En effet, c’est d’abord une crise identitaire que vivent ces trois femmes : “le jour où elles deviennent mères et passent à un statut de parent, il y a un changement radical : elles ne savent plus qui elles sont. Dans la difficulté de la relation à leur fille, elles apprennent quand même quelque chose d’elles-mêmes.”

C’est là qu’intervient le lecteur, explique alors l’auteur : “Elles sont incapables de faire le lien entre elles, les unes avec les autres : elles se rendent compte de leur souffrance, mais pas que leur mère l’a elle aussi vécue, leurs souvenirs d’enfance ne leur permettent pas de comprendre. On n’est pas séparé de son histoire si on n’a pas mis les mots dessus. J’ai voulu, au contraire, que les lecteurs soient capables de lier les histoires entre elles, même si les personnages ne peuvent pas le faire.”

Dans sa pratique de psychologue, Marinca Villanova s’intéresse particulièrement à l’histoire familiale des personnes qui viennent la voir. La question de l’héritage tient ainsi une place prépondérante dans Les Dévorantes : “On ne maîtrise pas ce que l’on transmet à ses enfants : on leur transmet l’inconscient, les secrets, l’indicible… tout ce qu’on n’arrive pas à formuler. Ces femmes se confrontent à un héritage familial pesant, comme une malédiction à laquelle Karine, surtout, souhaite échapper.”

“Pour moi, cette situation n’est pas une fatalité”, termine ainsi Marinca Villanova. “Quand on trouve les mots, on le dépasse, on s’en libère. C’est le sens de mon travail avec les familles.”

Découvrez Les Dévorantes de Marinca Villanova, publié aux éditions Eyrolles, ainsi que la vidéo des cinq mots de l’auteur :

Un café à Venise avec Laurence Vivarès

Il suffit parfois d’un voyage pour faire naître l’idée d’un roman : c’est ce que nous prouve l’histoire de Laurence Vivarès, auteur de La Vie a parfois un goût de ristretto, son premier roman publié aux éditions Eyrolles. Le 7 novembre dernier, elle était dans les locaux de Babelio pour rencontrer 30 lecteurs et échanger avec eux à propos de son ouvrage, de son héroïne Lucie et de son voyage à Venise.

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Lucie, styliste parisienne, revient seule, sur les lieux où son histoire d’amour s’est échouée pour essayer de comprendre, de se confronter à son chagrin, de « recoloriser » ses souvenirs, et peut-être de guérir.
Ce voyage intérieur et extérieur la conduit à Venise, trouble et mystérieuse en Novembre, pendant la période de l’acqua alta. Au rythme d’une douce errance, Lucie vit trois jours intenses, sous le charme nostalgique de la ville.
En compagnie de Vénitiens qui croiseront providentiellement sa route, un architecte et sa soeur, une aveugle, un photographe, elle ouvre une nouvelle page de son histoire.

Aux origines du roman : un acte manqué

Retournons quelques années en arrière : c’est à l’occasion d’un stage d’écriture organisé par l’atelier auquel elle participe depuis de nombreuses années que Laurence Vivarès se rend à Venise pour quelques jours. “Je n’avais aucune idée de roman avant d’arriver à Venise. C’est peut être l’atmosphère magique de l’hôtel baroque dans lequel nous logions, la phase un peu mélancolique de ma vie dans laquelle j’étais à l’époque ou le fait de découvrir la ville hors de la saison touristique, mais j’ai été touchée par Venise, et j’ai eu l’idée des personnages de l’intrigue.” Dans son carnet, elle travaille ses personnages et écrit le plan de son histoire, son début et sa fin.

À son retour de Venise, par un funeste coup du sort, elle oublie son carnet dans l’avion qui la ramène en France, “malgré mes nombreux appels à la compagnie aérienne, je ne l’ai jamais retrouvé. J’ai eu la vraie sensation d’un acte manqué.”

Ce n’est qu’un an plus tard, lors de vacances dans le Périgord et alors qu’elle est elle-même, comme son héroïne Lucie, en pleine séparation, que l’idée du roman lui revient, “peut-être que ce n’était pas le moment avant”, explique-t-elle. Laurence Vivarès saisit alors cette nouvelle opportunité, et repart, seule, à Venise : “Je me suis prêtée au jeu des préparatifs de l’écriture à nouveau, mais cette fois je n’avais pas de plan en tête, sinon émotionnel.”

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Balade dans les rues de Venise

“Lors de ce second voyage, je savais où je voulais emmener mes personnages, mais je ne savais pas comment”, explique l’auteur, “je me suis laissée porter par la ville, et ai refusé de céder à la tentation de Wikipédia ou des guides touristiques. Je me suis laissée porter par la ville et les signes qu’elle m’envoyait, au hasard des découvertes. C’est d’ailleurs l’une des clés de Lucie, l’héroïne de l’histoire. Mais je ne prétendais pas non plus raconter une Venise inédite. Lors de ce voyage, ça me tenait à cœur de me concentrer sur l’atmosphère et les sensations, pour retransmettre au mieux mon ressenti de la ville.”

Au fur et à mesure du roman et de cette balade dans les rues de la Sérénissime, la ville prend alors de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir quasiment un personnage à part entière : “Venise est une très belle ville mais, comme les Humains, elle a une partie cachée. Nous avons tous une part de nous-même que l’on veut bien montrer, et une autre que l’on cache. Certains voient Venise comme une carte postale, d’autres non. En revanche, on dit souvent qu’elle a un charme maléfique sur tous les amants !” Comme les relations amoureuses, elle souffre de l’idéalisation, de la soif d’absolu, puis de désillusion.

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Un roman d’amour

Bouleversée par son chagrin d’amour, Lucie, l’héroïne du roman de Laurence Vivarès, se rend à Venise pour en guérir : “même si le mot “amour” n’est pas souvent cité dans le roman, l’amour est au cœur même de l’histoire. Je le conçois comme une énergie essentielle et primordiale et, grâce à ce voyage à Venise et à l’amour, Lucie, qui s’était jusqu’ici presque abandonnée, va se retrouver et retrouver l’amour de la vie.”

Pour cela, il faut accepter la douleur et la laisser nous traverser, “même si on a envie de fuir”, nous dit l’auteur. “Il faut accepter de vivre des épreuves difficiles. Comme le ristretto, c’est souvent amer, ça fait l’effet d’une grosse claque, mais ça nous réveille ! La vie finit toujours par se renouveler.”

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Un roman initiatique

L’héroïne du roman profite ainsi, elle aussi, de ce voyage à Venise pour se réinventer. Âgée d’une quarantaine d’années, elle subit la pression sociale liée à son horloge biologique et travaille en tant que styliste dans l’univers exigeant et impitoyable de la mode. “Je suis moi-même publicitaire”, commente Laurence Vivarès, “et comme Lucie, je suis amenée à travailler sur l’image des choses. Je voulais donner à Lucie l’occasion d’aller au-delà des apparences, de se réconcilier avec elle-même en touchant à des choses plus profondes”.

L’auteur admet toutefois qu’elle a dû synthétiser ses idées pour pouvoir les représenter dans ce roman et dans ce voyage express à Venise : “Il m’a fallu dix ans pour comprendre des choses qui se passent en trois jours dans le roman, et pour traverser toutes les étapes par lesquelles passe Lucie, mais je tenais à mettre en évidence la dimension initiatique de ces trois jours”.

Cet aspect initiatique vient également des rencontres que fait Lucie lors de son voyage : “elle rencontre des gens au hasard, réapprend à faire confiance à la vie et aux autres. Ces autres personnages lui permettent de découvrir d’autres pans de son histoire, et d’ajouter des pierres à l’édifice de sa compréhension d’elle-même”.

Angelo tient d’ailleurs un rôle particulier dans ce processus. Si Lucie est cérébrale et dans le contrôle, Angelo est un architecte italien, doux et généreux, il incarne la bonté et l’amour inconditionnel. “Ils sont complémentaires”, ajoute l’auteur, “Lucie, c’est la lumière, Angelo est son ange gardien. Je ne les ai pas appelés ainsi par hasard : je voulais refléter le changement qui s’opère chez Lucie, qui passe de l’ombre à la lumière”.

Le photographe et l’aveugle, d’autres personnages que Lucie rencontre à Venise, auront également un rôle important dans l’évolution de l’héroïne : ils vont la faire progresser et mettre en évidence le rôle de la lumière et du regard dans sa transformation.

“Ces personnages, et surtout Angelo, me permettent également d’apporter un autre point de vue à l’histoire”, poursuit Laurence Vivarès, “c’est intéressant d’avoir la vision subjective d’un autre personnage, et de prendre un peu de distance avec Lucie, c’est pour cela que c’est parfois Angelo qui raconte l’histoire”.

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D’une activité solitaire à l’atelier d’écriture

Pour écrire son histoire Laurence Vivarès s’est beaucoup nourrie de son expérience à l’atelier d’écriture auquel elle participe maintenant depuis plusieurs années : “c’est une famille d’amis. Cela crée un lien particulier de lire les textes de chacun. On atteint un niveau de conscience et d’intimité extraordinaire”, explique l’auteur, qui conseille aux écrivains en devenir de s’essayer à cette activité stimulante. “C’est d’ailleurs grâce à un brainstorming à cet atelier que j’ai pu trouver le titre de ce roman : je n’avais que des idées cliché en tête, mais c’est Philippe, un de mes amis, qui m’a proposé “La vie a parfois un goût de ristretto””, ajoute-t-elle.

En participant à cet atelier d’écriture, Laurence Vivarès s’est également libérée de la solitude de laquelle s’entourent parfois les auteurs : “J’écris des poèmes et des nouvelles depuis l’âge de 18 ans. L’écriture me permet d’explorer d’autres facettes de moi-même, mais depuis que je fais partie de cet atelier, cela m’a permis de dire à mes proches que j’aimais écrire, et de me livrer à une activité que j’aime avec sincérité.”

Avant de dédicacer son roman, Laurence Vivarès s’est confiée sur son prochain projet d’écriture. Loin de l’ambiance de Venise, Laurence Vivarès entend cette fois s’inspirer de son expérience professionnelle : “je souhaiterais écrire une histoire sur le monde du travail aujourd’hui. Un peu à la façon de Le Diable s’habille en Prada, mais en moins romantique.” Il ne reste plus maintenant à l’auteur que de trouver du temps pour se consacrer à l’écriture !

Découvrez la vidéo des 5 mots de Laurence Vivarès, qui a choisi amour, rencontre, réenchantement, voyage et personnage pour parler de La vie a parfois un goût de ristretto, publié aux éditions Eyrolles.

Entrez dans la danse avec Juliette Allais

Une héroïne qui se balade sur un toit à la manière de Fantômette, un personnage libre, original et légèrement insolent : la couverture du nouveau roman de Juliette Allais, Plusieurs manières de danser, est déjà la promesse d’un réenchantement. C’est à l’occasion de la publication de son roman aux éditions Eyrolles que l’auteur est venue, le mardi 9 octobre dernier, échanger avec 30 Babelionautes.

Lilly Bootz, jeune trentenaire impulsive, irréfléchie et rebelle, rencontre Katarina Wolf à l’aéroport de Londres, alors qu’elle vient de perdre son travail et son petit ami. Les deux femmes sympathisent. Katarina est justement à la recherche d’une assistante et propose à Lilly de la suivre à Paris, où le couple Wolf lance l’école du réenchantement. Lilly accepte, car elle n’a rien à perdre. Elle s’installe chez l’énigmatique famille Wolf, et découvre auprès d’eux une façon inédite de vivre et de penser. Peu à peu convaincue par les bénéfices du réenchantement, Lilly se prête à des séances de thérapies originales où se croisent des planètes bavardes, des chevaux racés, et des inconnus masqués.

À chaque roman son aventure

Pour danser avec la vie, Juliette Allais a choisi l’écriture : “J’écris depuis que je suis une enfant. Quand mon éditrice m’a proposé d’écrire mon premier livre, c’est venu tout seul sans que j’ai eu besoin de réfléchir. C’est à chaque fois une nouvelle aventure et un vrai plaisir : en écrivant un roman, j’ai la liberté d’inventer des personnages et de me faire plaisir en écrivant une histoire qui me plait.”

Avec ce deuxième roman, Juliette Allais a voulu imaginer une histoire plus intense que celle de son premier roman : “Je me suis plus amusée en écrivant ce roman qu’en écrivant Marche où la vie t’ensoleille. Le premier était plutôt une comédie, mais dans le deuxième, je voulais développer des idées plus incisives et plus profondes, je voulais développer davantage l’univers que j’avais créé.”

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Des personnages sublimes contre ceux du quotidien

Figures emblématiques du réenchantement et personnages déjà présents dans le précédent roman de l’auteur, Marche où la vie t’ensoleille, Katarina et Walter Wolf ont autant marqué les lecteurs que l’héroïne Lilly Bootz ou l’auteur elle-même : “Ils représentent pour moi le couple idéal : ils sont fantasques, ils aiment l’invisible et le merveilleux. J’ai créé ces personnages de toutes pièces, mais depuis le premier roman, ils incarnent quelque chose d’important pour moi, que j’avais envie de partager avec mes lecteurs. Ce sont des personnages que j’aurais aimé rencontrer ! Je n’avais pas envie de parler des gens que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours, alors je me suis fait plaisir en inventant des gens que j’aimerais connaître. Ils ont une vision très positive de la vie, et gardent espoir que la vie progresse toujours vers la lumière.” mais Juliette Allais admet volontiers qu’elle a idéalisé ces personnages : “J’ai besoin qu’ils soient comme ça, qu’ils aient ce côté excessif. Pourtant, ils ont plein de défauts et je n’ai pas l’intention de les faire mariner dans cette ambiance paradisiaque, je profiterais très certainement d’un prochain roman pour expliquer d’où ils viennent et ce qu’ils ont traversé pour en arriver là.”

Lilly Bootz apparaît quant à elle aux antipodes de ce couple idyllique : “C’est un personnage qui tranche avec les Wolf. J’ai voulu la créer telle que nous sommes lorsque personne ne nous voit : nous ne sommes pas niais mais, au contraire, nous sommes plus francs et sans filtre. Elle cherche une relation avec un monde qui n’existe pas. Lilly puise en moi : elle rêve d’un monde idéal, elle ne peut pas s’adapter à celui qui l’entoure, elle est en colère et a un mauvais caractère : son quotidien manque de sens, de magie, d’invisible : c’est pour cela que les Wolf vont rentrer dans sa vie. ”

Le réenchantement, c’est croire en la beauté, créer du merveilleux, ne jamais cesser de célébrer tout ce qui nous est donné.”

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L’astrologie : un outil de développement personnel

Pour écrire l’histoire de Lilly, Juliette Allais s’est inspirée de sa propre dynamique intérieure et de son expérience : “En tant que psychothérapeute, mon rôle auprès de mes patients est de les mettre dans la voie de l’accomplissement. Je ne crois pas aux happy therapy, au contraire, je pense qu’il faut prendre en compte l’ombre et la colère pour aider les gens. Il faut passer par un long chemin initiatique.”

L’astrologie est justement l’une des techniques utilisées par l’auteur, et c’est celle qu’elle a choisi de mettre en scène dans Plusieurs manières de danser : “Je m’y intéresse depuis l’enfance, et je voulais montrer dans ce livre que c’est un outil moderne, vivant, intelligent et pertinent. L’astrologie nous permet de rencontrer les différentes personnalités qui nous composent et qui essayent toutes de se disputer la première place : en comprenant que plusieurs voix sont à l’oeuvre à l’intérieur de nous, on comprend ainsi pourquoi on est en conflit avec nous-mêmes.” L’auteur propose ainsi à ses personnages d’interpréter les rôles et personnalités des planètes à la manière d’une mise en scène théâtrale : en revêtant de nouveaux costumes, les personnages peuvent ainsi explorer de manière créative les sous personnalités qui les composent.

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À travers le personnage de Lilly, Juliette Allais exprime finalement son souhait de guider ses personnages et ses lecteurs vers l’accomplissement : “mon but, c’est de faire progresser les gens, de les aider à vivre dans la lumière. Il y a plein de façons de danser avec l’invisible et avec la vie !”

Avant de se prêter au jeu des dédicaces, l’auteur en a également profité pour exprimer, en vidéo, quelques idées principales de son roman : trajectoire, astrologie et réenchantement.