Un café à Venise avec Laurence Vivarès

Il suffit parfois d’un voyage pour faire naître l’idée d’un roman : c’est ce que nous prouve l’histoire de Laurence Vivarès, auteur de La Vie a parfois un goût de ristretto, son premier roman publié aux éditions Eyrolles. Le 7 novembre dernier, elle était dans les locaux de Babelio pour rencontrer 30 lecteurs et échanger avec eux à propos de son ouvrage, de son héroïne Lucie et de son voyage à Venise.

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Lucie, styliste parisienne, revient seule, sur les lieux où son histoire d’amour s’est échouée pour essayer de comprendre, de se confronter à son chagrin, de « recoloriser » ses souvenirs, et peut-être de guérir.
Ce voyage intérieur et extérieur la conduit à Venise, trouble et mystérieuse en Novembre, pendant la période de l’acqua alta. Au rythme d’une douce errance, Lucie vit trois jours intenses, sous le charme nostalgique de la ville.
En compagnie de Vénitiens qui croiseront providentiellement sa route, un architecte et sa soeur, une aveugle, un photographe, elle ouvre une nouvelle page de son histoire.

Aux origines du roman : un acte manqué

Retournons quelques années en arrière : c’est à l’occasion d’un stage d’écriture organisé par l’atelier auquel elle participe depuis de nombreuses années que Laurence Vivarès se rend à Venise pour quelques jours. “Je n’avais aucune idée de roman avant d’arriver à Venise. C’est peut être l’atmosphère magique de l’hôtel baroque dans lequel nous logions, la phase un peu mélancolique de ma vie dans laquelle j’étais à l’époque ou le fait de découvrir la ville hors de la saison touristique, mais j’ai été touchée par Venise, et j’ai eu l’idée des personnages de l’intrigue.” Dans son carnet, elle travaille ses personnages et écrit le plan de son histoire, son début et sa fin.

À son retour de Venise, par un funeste coup du sort, elle oublie son carnet dans l’avion qui la ramène en France, “malgré mes nombreux appels à la compagnie aérienne, je ne l’ai jamais retrouvé. J’ai eu la vraie sensation d’un acte manqué.”

Ce n’est qu’un an plus tard, lors de vacances dans le Périgord et alors qu’elle est elle-même, comme son héroïne Lucie, en pleine séparation, que l’idée du roman lui revient, “peut-être que ce n’était pas le moment avant”, explique-t-elle. Laurence Vivarès saisit alors cette nouvelle opportunité, et repart, seule, à Venise : “Je me suis prêtée au jeu des préparatifs de l’écriture à nouveau, mais cette fois je n’avais pas de plan en tête, sinon émotionnel.”

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Balade dans les rues de Venise

“Lors de ce second voyage, je savais où je voulais emmener mes personnages, mais je ne savais pas comment”, explique l’auteur, “je me suis laissée porter par la ville, et ai refusé de céder à la tentation de Wikipédia ou des guides touristiques. Je me suis laissée porter par la ville et les signes qu’elle m’envoyait, au hasard des découvertes. C’est d’ailleurs l’une des clés de Lucie, l’héroïne de l’histoire. Mais je ne prétendais pas non plus raconter une Venise inédite. Lors de ce voyage, ça me tenait à cœur de me concentrer sur l’atmosphère et les sensations, pour retransmettre au mieux mon ressenti de la ville.”

Au fur et à mesure du roman et de cette balade dans les rues de la Sérénissime, la ville prend alors de plus en plus d’importance, jusqu’à devenir quasiment un personnage à part entière : “Venise est une très belle ville mais, comme les Humains, elle a une partie cachée. Nous avons tous une part de nous-même que l’on veut bien montrer, et une autre que l’on cache. Certains voient Venise comme une carte postale, d’autres non. En revanche, on dit souvent qu’elle a un charme maléfique sur tous les amants !” Comme les relations amoureuses, elle souffre de l’idéalisation, de la soif d’absolu, puis de désillusion.

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Un roman d’amour

Bouleversée par son chagrin d’amour, Lucie, l’héroïne du roman de Laurence Vivarès, se rend à Venise pour en guérir : “même si le mot “amour” n’est pas souvent cité dans le roman, l’amour est au cœur même de l’histoire. Je le conçois comme une énergie essentielle et primordiale et, grâce à ce voyage à Venise et à l’amour, Lucie, qui s’était jusqu’ici presque abandonnée, va se retrouver et retrouver l’amour de la vie.”

Pour cela, il faut accepter la douleur et la laisser nous traverser, “même si on a envie de fuir”, nous dit l’auteur. “Il faut accepter de vivre des épreuves difficiles. Comme le ristretto, c’est souvent amer, ça fait l’effet d’une grosse claque, mais ça nous réveille ! La vie finit toujours par se renouveler.”

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Un roman initiatique

L’héroïne du roman profite ainsi, elle aussi, de ce voyage à Venise pour se réinventer. Âgée d’une quarantaine d’années, elle subit la pression sociale liée à son horloge biologique et travaille en tant que styliste dans l’univers exigeant et impitoyable de la mode. “Je suis moi-même publicitaire”, commente Laurence Vivarès, “et comme Lucie, je suis amenée à travailler sur l’image des choses. Je voulais donner à Lucie l’occasion d’aller au-delà des apparences, de se réconcilier avec elle-même en touchant à des choses plus profondes”.

L’auteur admet toutefois qu’elle a dû synthétiser ses idées pour pouvoir les représenter dans ce roman et dans ce voyage express à Venise : “Il m’a fallu dix ans pour comprendre des choses qui se passent en trois jours dans le roman, et pour traverser toutes les étapes par lesquelles passe Lucie, mais je tenais à mettre en évidence la dimension initiatique de ces trois jours”.

Cet aspect initiatique vient également des rencontres que fait Lucie lors de son voyage : “elle rencontre des gens au hasard, réapprend à faire confiance à la vie et aux autres. Ces autres personnages lui permettent de découvrir d’autres pans de son histoire, et d’ajouter des pierres à l’édifice de sa compréhension d’elle-même”.

Angelo tient d’ailleurs un rôle particulier dans ce processus. Si Lucie est cérébrale et dans le contrôle, Angelo est un architecte italien, doux et généreux, il incarne la bonté et l’amour inconditionnel. “Ils sont complémentaires”, ajoute l’auteur, “Lucie, c’est la lumière, Angelo est son ange gardien. Je ne les ai pas appelés ainsi par hasard : je voulais refléter le changement qui s’opère chez Lucie, qui passe de l’ombre à la lumière”.

Le photographe et l’aveugle, d’autres personnages que Lucie rencontre à Venise, auront également un rôle important dans l’évolution de l’héroïne : ils vont la faire progresser et mettre en évidence le rôle de la lumière et du regard dans sa transformation.

“Ces personnages, et surtout Angelo, me permettent également d’apporter un autre point de vue à l’histoire”, poursuit Laurence Vivarès, “c’est intéressant d’avoir la vision subjective d’un autre personnage, et de prendre un peu de distance avec Lucie, c’est pour cela que c’est parfois Angelo qui raconte l’histoire”.

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D’une activité solitaire à l’atelier d’écriture

Pour écrire son histoire Laurence Vivarès s’est beaucoup nourrie de son expérience à l’atelier d’écriture auquel elle participe maintenant depuis plusieurs années : “c’est une famille d’amis. Cela crée un lien particulier de lire les textes de chacun. On atteint un niveau de conscience et d’intimité extraordinaire”, explique l’auteur, qui conseille aux écrivains en devenir de s’essayer à cette activité stimulante. “C’est d’ailleurs grâce à un brainstorming à cet atelier que j’ai pu trouver le titre de ce roman : je n’avais que des idées cliché en tête, mais c’est Philippe, un de mes amis, qui m’a proposé “La vie a parfois un goût de ristretto””, ajoute-t-elle.

En participant à cet atelier d’écriture, Laurence Vivarès s’est également libérée de la solitude de laquelle s’entourent parfois les auteurs : “J’écris des poèmes et des nouvelles depuis l’âge de 18 ans. L’écriture me permet d’explorer d’autres facettes de moi-même, mais depuis que je fais partie de cet atelier, cela m’a permis de dire à mes proches que j’aimais écrire, et de me livrer à une activité que j’aime avec sincérité.”

Avant de dédicacer son roman, Laurence Vivarès s’est confiée sur son prochain projet d’écriture. Loin de l’ambiance de Venise, Laurence Vivarès entend cette fois s’inspirer de son expérience professionnelle : “je souhaiterais écrire une histoire sur le monde du travail aujourd’hui. Un peu à la façon de Le Diable s’habille en Prada, mais en moins romantique.” Il ne reste plus maintenant à l’auteur que de trouver du temps pour se consacrer à l’écriture !

Découvrez la vidéo des 5 mots de Laurence Vivarès, qui a choisi amour, rencontre, réenchantement, voyage et personnage pour parler de La vie a parfois un goût de ristretto, publié aux éditions Eyrolles.

Entrez dans la danse avec Juliette Allais

Une héroïne qui se balade sur un toit à la manière de Fantômette, un personnage libre, original et légèrement insolent : la couverture du nouveau roman de Juliette Allais, Plusieurs manières de danser, est déjà la promesse d’un réenchantement. C’est à l’occasion de la publication de son roman aux éditions Eyrolles que l’auteur est venue, le mardi 9 octobre dernier, échanger avec 30 Babelionautes.

Lilly Bootz, jeune trentenaire impulsive, irréfléchie et rebelle, rencontre Katarina Wolf à l’aéroport de Londres, alors qu’elle vient de perdre son travail et son petit ami. Les deux femmes sympathisent. Katarina est justement à la recherche d’une assistante et propose à Lilly de la suivre à Paris, où le couple Wolf lance l’école du réenchantement. Lilly accepte, car elle n’a rien à perdre. Elle s’installe chez l’énigmatique famille Wolf, et découvre auprès d’eux une façon inédite de vivre et de penser. Peu à peu convaincue par les bénéfices du réenchantement, Lilly se prête à des séances de thérapies originales où se croisent des planètes bavardes, des chevaux racés, et des inconnus masqués.

À chaque roman son aventure

Pour danser avec la vie, Juliette Allais a choisi l’écriture : “J’écris depuis que je suis une enfant. Quand mon éditrice m’a proposé d’écrire mon premier livre, c’est venu tout seul sans que j’ai eu besoin de réfléchir. C’est à chaque fois une nouvelle aventure et un vrai plaisir : en écrivant un roman, j’ai la liberté d’inventer des personnages et de me faire plaisir en écrivant une histoire qui me plait.”

Avec ce deuxième roman, Juliette Allais a voulu imaginer une histoire plus intense que celle de son premier roman : “Je me suis plus amusée en écrivant ce roman qu’en écrivant Marche où la vie t’ensoleille. Le premier était plutôt une comédie, mais dans le deuxième, je voulais développer des idées plus incisives et plus profondes, je voulais développer davantage l’univers que j’avais créé.”

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Des personnages sublimes contre ceux du quotidien

Figures emblématiques du réenchantement et personnages déjà présents dans le précédent roman de l’auteur, Marche où la vie t’ensoleille, Katarina et Walter Wolf ont autant marqué les lecteurs que l’héroïne Lilly Bootz ou l’auteur elle-même : “Ils représentent pour moi le couple idéal : ils sont fantasques, ils aiment l’invisible et le merveilleux. J’ai créé ces personnages de toutes pièces, mais depuis le premier roman, ils incarnent quelque chose d’important pour moi, que j’avais envie de partager avec mes lecteurs. Ce sont des personnages que j’aurais aimé rencontrer ! Je n’avais pas envie de parler des gens que l’on peut croiser dans la vie de tous les jours, alors je me suis fait plaisir en inventant des gens que j’aimerais connaître. Ils ont une vision très positive de la vie, et gardent espoir que la vie progresse toujours vers la lumière.” mais Juliette Allais admet volontiers qu’elle a idéalisé ces personnages : “J’ai besoin qu’ils soient comme ça, qu’ils aient ce côté excessif. Pourtant, ils ont plein de défauts et je n’ai pas l’intention de les faire mariner dans cette ambiance paradisiaque, je profiterais très certainement d’un prochain roman pour expliquer d’où ils viennent et ce qu’ils ont traversé pour en arriver là.”

Lilly Bootz apparaît quant à elle aux antipodes de ce couple idyllique : “C’est un personnage qui tranche avec les Wolf. J’ai voulu la créer telle que nous sommes lorsque personne ne nous voit : nous ne sommes pas niais mais, au contraire, nous sommes plus francs et sans filtre. Elle cherche une relation avec un monde qui n’existe pas. Lilly puise en moi : elle rêve d’un monde idéal, elle ne peut pas s’adapter à celui qui l’entoure, elle est en colère et a un mauvais caractère : son quotidien manque de sens, de magie, d’invisible : c’est pour cela que les Wolf vont rentrer dans sa vie. ”

Le réenchantement, c’est croire en la beauté, créer du merveilleux, ne jamais cesser de célébrer tout ce qui nous est donné.”

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L’astrologie : un outil de développement personnel

Pour écrire l’histoire de Lilly, Juliette Allais s’est inspirée de sa propre dynamique intérieure et de son expérience : “En tant que psychothérapeute, mon rôle auprès de mes patients est de les mettre dans la voie de l’accomplissement. Je ne crois pas aux happy therapy, au contraire, je pense qu’il faut prendre en compte l’ombre et la colère pour aider les gens. Il faut passer par un long chemin initiatique.”

L’astrologie est justement l’une des techniques utilisées par l’auteur, et c’est celle qu’elle a choisi de mettre en scène dans Plusieurs manières de danser : “Je m’y intéresse depuis l’enfance, et je voulais montrer dans ce livre que c’est un outil moderne, vivant, intelligent et pertinent. L’astrologie nous permet de rencontrer les différentes personnalités qui nous composent et qui essayent toutes de se disputer la première place : en comprenant que plusieurs voix sont à l’oeuvre à l’intérieur de nous, on comprend ainsi pourquoi on est en conflit avec nous-mêmes.” L’auteur propose ainsi à ses personnages d’interpréter les rôles et personnalités des planètes à la manière d’une mise en scène théâtrale : en revêtant de nouveaux costumes, les personnages peuvent ainsi explorer de manière créative les sous personnalités qui les composent.

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À travers le personnage de Lilly, Juliette Allais exprime finalement son souhait de guider ses personnages et ses lecteurs vers l’accomplissement : “mon but, c’est de faire progresser les gens, de les aider à vivre dans la lumière. Il y a plein de façons de danser avec l’invisible et avec la vie !”

Avant de se prêter au jeu des dédicaces, l’auteur en a également profité pour exprimer, en vidéo, quelques idées principales de son roman : trajectoire, astrologie et réenchantement.