Petit traité de bienveillance à l’usage des parents par Aurélie Callet et Clémence Prompsy

« Éducation positive » et « bienveillance », voilà des mots qui ont le vent en poupe dans les conversations parentales aujourd’hui. Ils peuvent pourtant faire peur voire culpabiliser les parents sur leurs pratiques. C’est exactement ce qu’Aurélie Callet et Clémence Prompsy, créatrices de Kidz et Family, veulent dédramatiser en brisant quelques idées reçues et surtout en soutenant les parents dans le chemin de la parentalité. Venues fin juin présenter leur livre Je ne veux pas ! à trente lecteurs chez Babelio, elles ont parlé de leur travail sur ce guide pratique et dans leur cabinet de psychologie, et plus largement du développement de l’enfant. Parents inquiets ou grands curieux, nous vous proposons de revivre ici une rencontre placée sous le signe de la bienveillance.

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De mamans à psychologues

« On s’est rencontrées en prison ! » raconte en riant Aurélie Callet. Elle et son associée, Clémence Prompsy, ont effectivement vu leur parcours se croiser alors qu’elles intervenaient en prison et ont même pensé, à l’époque, à faire de la psychologie et du conseil parental en prison, mais n’ont pas pu monter cette idée. Ce qui les a rapprochées, c’est en fait une grossesse. Alors qu’Aurélie attendait son deuxième enfant, Clémence était enceinte du premier. « Nos enfants avaient le même âge, on a donc traversé des choses ensemble » confirme Aurélie, tandis que son amie raconte : « On a rencontré des difficultés en tant que parents, on s’est aidées en tant qu’amies, donc on a voulu aider d’autres parents. »

Pour elles, de nombreux parents ont aujourd’hui encore peur d’aller chez un psychologue. « Ça peut être stigmatisant », affirme en effet Clémence Prompsy. C’est pourquoi la bienveillance est leur maître mot, avec les parents mais surtout les enfants. Cela passe aussi par le fait d’être honnêtes avec les difficultés qu’elles ont elles-mêmes traversées. « J’ai failli divorcer ! » témoigne Clémence, pour qui la bienveillance dans l’éducation passe aussi par la bienveillance dans le couple. « Mon mari ne partageait pas mes convictions éducatives. Mes ouvrages sur ce sujet ont fait beaucoup de mal parce que je faisais sans cesse la maîtresse. Mais le divorce n’est vraiment pas une solution pour l’enfant » conclut-elle.

« On n’a pas vécu toutes les situations, rappelle-t-elle néanmoins, mais on les a au moins croisées au cabinet. » C’est donc une réelle expertise, personnelle et professionnelle, qu’elles cherchent à transmettre dans leur guide.

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Une famille, c’est sans culpabilité

« Dans notre livre, explique Aurélie Callet, on ne voulait pas dire : « ne faites pas ça ». Et on ne juge jamais nos lecteurs et lectrices, tout comme nos clients et clientes. On ne les aide d’ailleurs pas là où ils ne nous sollicitent pas. »

Le thème de la culpabilité est souvent revenu au cours de la rencontre. À la question « En quoi êtes-vous des psychologues modernes ? », nos deux invitées répondent : « Les gens ont encore dans la tête les psys où on dépose ses enfants, on s’en va, et quand on revient le chercher, on n’a pas de debriefing, on comprend juste que c’est sa faute. Nous, on essaye d’être les plus pragmatiques possible, d’accompagner les enfants avec des objectifs pour toute la famille. Si on a un air grave et plombant, cela aggrave le stress. »

Elles rappellent pourtant que la simplicité de leurs solutions n’entraîne pas forcément facilité. Elles-mêmes comprennent les réticences que peuvent avoir certains parents face à l’éducation positive. « Ça a l’air hyper facile dans les livres, reconnaît Aurélie Callet. Puis on essaye de l’appliquer et on se dit : mais en fait, je suis nulle ! » Mais « on plante des petites graines, complète Clémence Prompsy. La bienveillance, ça paye plus tard ! » Une lectrice présente ce soir-là raconte avoir pratiqué l’éducation positive sur ses enfants, « sans douleur ! », et témoigne de l’efficacité de cette méthode. « Ça marche ! Et ça marche aussi sur les enfants adultes. Quel bonheur d’avoir un rapport respectueux et simple avec eux. […] Mais cela demande du temps ! »

Certaines méthodes éducatives elles-mêmes sont culpabilisantes. Isabelle Filliozat, psychothérapeute incontournable en parentalité positive, « est très culpabilisante » note une lectrice dans la salle. De ces méthodes d’éducation à la pression que se mettent eux-mêmes les parents en passant par leur cadre de vie parfois stressant (transports, travail, contraintes du quotidien…), on a donc aujourd’hui des parents anxieux et en difficulté. « Il y en a beaucoup en région parisienne : ce n’est pas normal qu’on se sente comme ça à 30 ans ! » estime d’ailleurs Clémence Prompsy. On les pressurise sans cesse et quand ils ont tout réussi ils se disent : et maintenant ? »

Et pour ceux qui passeraient l’été en famille et voudraient ne pas se mettre la pression, elles recommandent tout simplement de « ne pas hésiter à ne pas tout faire tous ensemble ! Choisir un truc qui plaît de 2 à 12 ans, c’est parfois compliqué. Alors que séparer l’équipe, cela satisfait tout le monde et cela fait aussi remonter son capital patience. »

Et Aurélie Callet d’énoncer : «  Parfois, il suffit de pas grand-chose pour mettre de l’harmonie dans la famille. »

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Je ne veux pas ! Un travail à quatre ou six mains ?

Ce « pas grand-chose » dont parle Aurélie Callet tient dans la plupart de leurs conseils. Simples et efficaces, bienveillantes et positives, les astuces que regroupe le livre Je ne veux pas ! tiennent la plupart du temps du bon sens. « Les gens nous le disent souvent en sortant du cabinet : c’était évident, mais on n’y avait pas pensé. »

Construit sous forme de guide pratique, ce livre est rendu accessible pour les parents afin d’intégrer au mieux ces conseils. « On a voulu être efficaces, affirme Aurélie Callet. L’idée, c’est que les parents devaient s’y retrouver. On s’est rendues compte que les gens n’ont pas d’imagination ! Notre livre permet aux parents d’expérimenter nos idées pour les aider à en trouver eux-mêmes. » Elles insistent néanmoins pour le bon fonctionnement du guide : « Lisez vraiment le mode d’emploi et l’introduction. Ils vous expliqueront bien le livre et comment faire pour que l’éducation positive soit cadrée et dure dans le temps. »

Aurélie raconte qu’écrire un guide aussi clair et efficace a nécessairement demandé beaucoup de travail… et de cheveux arrachés : « Ca a été l’enfer ! On était au signe près parce que c’est un livre au contenu dense. Quand on le lit, il faut y retourner, y revenir, sinon il y a trop de choses. » C’est pourquoi le livre a été rendu léger avec des couleurs pastel et une mise en page dynamique.

Ce travail à quatre mains a ainsi demandé beaucoup de dialogues avec l’éditeur. « On s’est réparti les chapitres, après on se les envoyait, puis on se les re-renvoyait… Et enfin, on l’envoyait à l’éditeur. Il nous corrigeait… et on lui disait non, rigole Aurélie Callet. C’était rigolo ! On a toujours validé tout de l’une ou de l’autre. On ne s’est presque pas embrouillées et on n’a quasiment rien laissé de côté. »

À ceci près, peut-être, une absence remarquée par les lecteurs et lectrices Babelio : celle d’une bibliographie. « L’éditeur a voulu l’enlever, explique Clémence. Ce n’est pas notre livre en fait ! Notre éditeur nous a cassé les pieds en termes de nombre de pages, reprend-elle plus sérieusement, mais finalement, ça nous a obligées à aller à l’essentiel. »

L’enfant : des allers-retours entre cadre et bienveillance

L’essentiel, c’est l’enfant. « On a toutes les deux été contaminées par l’éducation positive ! Et parce que c’est du bon sens la bienveillance » rappelle une fois de plus Clémence Prompsy. Quoi de plus évident, partant de là, que d’impliquer l’enfant dans cette démarche éducative ? « On demande aussi aux enfants, explique Aurélie Callet, de choisir l’option qu’ils trouvent la plus rigolote parmi les solutions que viennent chercher leurs parents. On les implique. » Un schéma qui peut finalement s’adapter à toutes les situations du quotidien. « On peut être bienveillants mais il faut aussi cadrer. Il faut laisser des petits choix aux enfants et se demander comment rendre les contraintes du quotidien plus amusantes. »

Le cadre est une notion qui reviendra souvent dans les discussions avec les deux auteures. Une idée reçue existe selon laquelle ceux qui pratiquent l’éducation positive sont des parents laxistes. Mais selon Aurélie Callet et Clémence Prompsy, c’est juste une manière plus ludique de voir l’éducation. « Et dans tous les jeux, rappelle Pierre, de Babelio, il y a des règles. » « Il faut de l’anticipation, répond effectivement Aurélie Callet. Si on explique avant les règles à l’enfant, il comprendra. Le but, c’est de rester calme. Il faut apprendre à se fâcher sans être fâché. » Rien de simple et laxiste, donc, dans une démarche qui essaye de remettre l’enfant au centre de cette éducation et de lui faire comprendre les conséquences de ses actes. Clémence Prompsy rappelle d’ailleurs un exemple présent dans le livre : celui du « Tu mets ton manteau, et on s’en va ! » Cette phrase cherche à faire obéir l’enfant. Alors plutôt que de l’utiliser et de le punir s’il n’écoute pas, Clémence Prompsy conseille de le laisser expérimenter d’abord le froid, en prenant son manteau dans les bras. Alors, il comprendra. « Il ne faut pas s’éloigner du bon sens et du fondamental » concluent-elles.

La bienveillance passe donc par la compréhension de l’enfant, de ses sentiments et de son intelligence. Deux autres exemples, qui ont surpris certaines lectrices, sont mentionnés ce soir-là. Le premier est une règle d’or mentionnée dans le livre : celle d’autoriser ses enfants à ne pas s’aimer. Ce à quoi Clémence Prompsy répond : « « Vous avez le droit » ne veut pas dire « vous ne vous aimez pas ». C’est dans le champ des possibles de l’enfant. On leur a imposé la présence d’un frère ou d’une sœur, on leur laisse donc le choix de l’aimer et, certains jours, de ne pas l’aimer. Cela ne veut pas dire non plus qu’ils peuvent se disputer violemment, se taper, etc. » C’est une façon d’accepter leur ressentiment, mais de cadrer leur conflit. Le second concerne l’idée d’être « injuste » avec ses enfants. « C’est impossible d’être justes et équitables avec eux, explique Aurélie Callet, d’abord parce qu’ils n’ont pas toujours besoin de vous et votre attention au même moment. Les enfants arrivent très bien à voir que quand l’un a besoin, papa ou maman peut se rendre disponible. »

Enfin, les deux auteures rappellent bien que « la bienveillance commence par soi-même ». Et celles-ci de rappeler la métaphore de l’avion : en cas de crash, il faut d’abord mettre son masque à oxygène avant de mettre celui de son enfant. Un parent qui va mal ne pourra pas aider son enfant.

Quant à ceux qui se demandent si elles peuvent en écrire un pour les adolescents, nos deux psychologues répondent : « Tout s’adapte ! Même au monde de l’entreprise, poursuit Clémence Prompsy. C’est du management, en fait ! De la vraie bienveillance. »

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Une impression de management qu’un lecteur présent à la soirée va jusqu’à leur reprocher tout en comparant leur livre à un célèbre ouvrage de vulgarisation de psychologie sociale : Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. « Mais je le dis ouvertement ! répond Clémence Prompsy. L’éducation, c’est de la manipulation. » Mais une manipulation « positive » qui remet l’enfant au centre de cette éducation… Sans pour autant oublier celle des parents, que la pression fatigue et pousse à ne pas assez dormir, témoignent d’ailleurs les deux auteures en fin de rencontre. « Si les gens ne dorment pas, on ne peut rien faire ! conclut Clémence Prompsy. Donc nous allons sûrement faire un livre sur ce sujet. »

Si vous voulez en savoir plus, découvrez ce livre en profondeur à travers notre interview vidéo de ses deux auteures :

Retrouvez Je ne veux pas ! d’Aurélie Callet et Clémence Prompsy, publié aux éditions Au Fil de soi