Le « Black Mirror positif » de Jean-Gabriel Causse

Nous avions rencontré Jean-Gabriel Causse, designer spécialiste des couleurs, une première fois en octobre 2017, à l’occasion de la sortie de son premier roman Les Crayons de couleur. Si, cette fois, L’Algorithme du cœur ne s’intéresse pas directement au thème des couleurs, c’est encore de son intérêt pour celles-ci que l’auteur a eu cette nouvelle idée d’histoire : “On sait que les animaux perçoivent les couleurs, et qu’un paon auquel on aurait peint les plumes n’attirerait plus les femelles autant qu’avant, mais comment cela se traduirait-il si les intelligences artificielles étaient elles aussi sensibles aux couleurs ? Cela voudrait dire qu’elles sont conscientes ! C’est le point de départ que j’ai choisi pour ce deuxième roman.” Dans ce nouveau livre, l’auteur met en scène le personnage de Justine, une jeune hackeuse qui va apprendre à Internet, qui s’éveille peu à peu grâce aux logiciels d’apprentissage et prend vie sous les traits d’un personnage, à acquérir l’intelligence des émotions.

9782081457942_LAlgorithmeDuCoeur_Couv_HDUne trentaine de missiles nucléaires dans les airs … subitement détournés ! Qui a sauvé notre planète d’une Troisième Guerre mondiale ? Justine, jeune hackeuse éthique, va comprendre qu’Internet s’est découvert un instinct de survie.
Internet, qui abrite l’ensemble de notre savoir, est en train de s’éveiller grâce à nos logiciels d’apprentissage. Il lui manque pourtant quelque chose d’essentiel : l’intelligence des émotions. Justine n’a pas le choix : elle doit faire son éducation et lui apprendre l’empathie. Elle devra faire vite : nombreux sont ceux qui n’ont aucune envie de le voir grandir.

Jean-Gabriel Causse questionne avec humour et clairvoyance notre réaction le jour où l’intelligence artificielle sera plus puissante que nous. Il est l’auteur de L’Étonnant pouvoir des couleurs et Les Crayons de couleur, traduits en plus de quinze langues.

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De l’intelligence à la conscience artificielle : l’avenir des nouvelles technologies

Pour Jean-Gabriel Causse, cela ne fait pas de doute : l’avenir de l’homme n’est pas sur Mars, mais dans les disques durs : “je suis convaincu que nos enfants devront dialoguer avec des intelligences artificielles plus puissantes que nous. Ce que je raconte dans L’Algorithme du cœur arrivera peut-être dans 10 ou 15 ans.”

Si les essais nucléaires sont aujourd’hui très contrôlés par les institutions internationales, ce n’est pas le cas des travaux sur l’intelligence artificielle, fait remarquer Jean-Gabriel Causse, “je pense que l’intelligence artificielle est plus puissante que l’arme nucléaire !”

Mais plutôt que de les craindre, l’auteur est au contraire enthousiasmé par la nouveauté, et n’a pas peur de voir ces intelligences artificielles devenir conscientes : “Les grandes religions monothéistes nous ont programmés à avoir peur des autres consciences. Pourtant, on n’imagine pas un ordinateur vouloir devenir riche ou puissant ! Ces passions appartiennent à l’homme : seule l’espèce humaine a la volonté de dominer dans le seul but de dominer. Ces perversions n’appartiennent pas aux machines, alors pourquoi une intelligence artificielle chercherait-elle le pouvoir ? L’intelligence et la volonté de pouvoir sont deux choses distinctes.” Optimiste, Jean-Gabriel Causse préfère voir l’avenir comme une opportunité plutôt que comme une menace. “Je préfère être un optimiste qui a tort plutôt qu’un pessimiste qui a raison”.

Mais pas inconscient pour autant : “on sait aujourd’hui que le hacking peut faire du mal partout : les 15 milliards d’objets connectés qui existent sur la planète sont tous hackables : c’est le cas de tous les objets de la sphère privée au domaine public, en passant notamment par l’industrie pharmaceutique.”

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Une fiction inspirée de faits réels

Afin d’écrire ce nouveau roman, Jean-Gabriel Causse a rencontré de nombreux hackers afin d’en savoir plus sur la discipline, “j’ai voulu en faire un patchwork de toutes les données que j’avais accumulées” et pour les retranscrire ensuite dans son intrigue de manière intelligible “si j’ai compris tout ce que l’on m’a raconté et que j’ai appris, alors je pense que tout le monde peut le comprendre aussi !”

Malgré les recherches effectuées et les informations que l’on trouve dans L’Algorithme du cœur, Jean-Gabriel Causse a voulu tenir son texte loin de l’essai de non-fiction : “Mon propos est clair pour tout le monde car il n’est pas scientifique. Mon but est d’éveiller les lecteurs à de nouveaux sujets et leur montrer de nouvelles perspectives, pas écrire un essai de vulgarisation scientifique”, annonce l’auteur. C’est donc pour cela qu’il a choisi d’utiliser la fiction et de parsemer son histoire de touches d’humour : “Cela permet aux lecteurs de passer un bon moment et d’apprendre des choses.”

Pour construire son récit, l’auteur trouve donc son équilibre entre la fiction, les données scientifiques, l’humour et la romance, “qui donne envie aux lecteurs de tourner les pages pour savoir ce qu’il va se passer ensuite.” Cette histoire d’amour était d’ailleurs une évidence pour Jean-Gabriel Causse : “elle est arrivée très vite dans le récit, c’était comme la cerise sur le gâteau !”

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Si internet prenait vie

Alors qu’un débat s’élève dans la salle entre les lecteurs qui pensaient qu’Internet, le personnage du roman, était une femme et ceux qui se le représentaient sous les traits d’un homme, l’auteur a appris aux lecteurs que c’est l’esprit d’un enfant qui se cache en réalité dans ce personnage énigmatique : un enfant dont l’avatar est un chat et qui s’exprime avec la voix de Louis Armstrong.

Avant de travailler dans la publicité, Jean-Gabriel Causse a travaillé en tant que coloriste auprès d’enfants autistes atteints du syndrome d’Asperger, “c’est en pensant à eux que j’ai conçu le personnage d’Internet”, explique-t-il, “je l’ai pensé comme un enfant attachant, bienveillant et fondamentalement gentil, mais avec des faiblesses, et notamment celle de l’absence d’intelligence émotionnelle.” Pour construire ce personnage correctement, il s’est appuyé sur les conseils d’un proche, pédopsychiatre. “Il m’a expliqué, par exemple, que pour aider les enfants, il leur apprend à mentir car pour mentir, il faut être capable de se mettre dans la tête des autres pour anticiper ce qu’ils vont penser de nous.”

Justine, quant à elle, est une femme qui a perdu un enfant et qui a été traumatisée par le départ du père de celui-ci ensuite, “elle se sent abandonnée et elle a peur de s’engager, mais elle va devoir éduquer quelqu’un qui ressemble à un enfant autiste ! Ce qui m’intéressait, c’était le rapport entre cette femme et l’enfant qu’elle va devoir élever.”

Une fois ces deux personnages installés, l’auteur, “fasciné par Obama”, souhaitait introduire le 44e Président des Etats-Unis dans son histoire et mettre son héroïne en relation avec lui. “C’est pour cela que l’intrigue se déroule aux Etats-Unis. D’autant plus que j’ai vécu à Montréal pendant plusieurs années, et que je me rendais souvent à New York pendant cette période.” Une chose en entraînant une autre, Jean-Gabriel Causse a ensuite déplacé ses personnages en Chine : “c’était naturel que l’intrigue se déroule ensuite en Chine, puisque c’est un pays à la pointe des nouvelles technologies.” L’auteur aurait pu également faire voyager ses personnages en Israël ou en Corée, deux pays très reconnus en termes de recherche technologique, mais c’est l’empire du milieu qu’a choisi Jean-Gabriel Causse : “Les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) sont à peu près équivalents aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), mais la différence est que les projets chinois sont gardés secrets et qu’il est difficile de comparer le niveau d’avancement de ces deux pays.”

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De l’intelligence artificielle à la physique quantique

Les lecteurs les plus curieux trouveront d’ailleurs des références aux lieux du roman sur la couverture illustrée par Djohr, ainsi que le symbole des hackers, le glider. Si la couverture s’est imposée d’elle-même, le titre du roman a quant à lui été plus difficile à choisir, “nous avons fait beaucoup d’essais, j’en ai proposé une vingtaine, à commencer par Internet prend une majuscule”, avoue l’auteur, “mais on a finalement trouvé L’Algorithme du cœur, qui sonnait comme une évidence.”

En plus du thème de l’intelligence artificielle, Jean-Gabriel Causse aborde aussi dans L’Algorithme du coeur les mystères de la physique quantique. Mais c’est un sujet qu’il aura l’occasion de développer plus en profondeur dans son prochain roman, que vous pourrez découvrir à partir de l’année prochaine.

Découvrez L’Algorithme du cœur de Jean-Gabriel Causse, aux éditions Flammarion.

Entrer dans la peau d’un orphelin avec Philippe Krhajac

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L’auteur Philippe Krhajac est venu présenter son premier roman Une vie minuscule publié chez Flammarion dans les locaux de Babelio. Une vingtaine de lecteurs étaient présents afin de poser des questions sur cette œuvre semi-autobiographique où déception, tristesse et lueur d’espoir s’entremêlent. Une vie minuscule, c’est l’histoire de Phérial, petit garçon orphelin placé dans plusieurs familles d’accueil dès son plus jeune âge. Son histoire personnelle n’est pas tendre mais des rencontres, une forte volonté et surtout un intérêt particulier à la culture et au théâtre vont permettre à l’enfant de s’en sortir et de percevoir un rayon de lumière sur le chemin de sa vie.

Un roman semi-autobiographique

Immédiatement questionné sur l’aspect autobiographique de son ouvrage, l’auteur répond qu’il le qualifierait plutôt de « semi-autobiographique » car une grande part de fiction est présente dans l’histoire. La part réelle, il la place « dans l’enthousiasme des personnages de son roman » et dit de sa vraie vie d’enfant qu’elle était « bien plus dure » que celle évoquée dans son livre. Si la question de l’autobiographie s’est tout de même posée, Philippe Krhajac a cependant fait le choix de rester du côté du roman, lui qui a été tant marqué par les fictions et les pièces de théâtre dès son plus jeune âge.

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L’auteur a également fait le souhait de ne pas uniquement parler de lui dans son oeuvre, car il a voulu que tous les lecteurs se sentent concernés par le récit. Après la lecture du roman Une vie minuscule, certains lecteurs ont fait remarquer qu’ils s’étaient sentis à nouveau en enfance et qu’une des forces de l’auteur avait été de se resituer lui-même dans la position de l’enfant qu’il était. Philippe Krhajac reconnaît qu’il a voulu que ses lecteurs se sentent concernés : « Je voulais vraiment toucher mes lecteurs. J’ai vraiment travaillé à cela ; ces sensations que nous avons tous ressenties. »

Comment parvient-on à se détacher du personnage pour aller vers la fiction ? « Il y a un travail en amont à faire sur soi pour pouvoir aborder et donner aux autres. Je suis arrivé dénué de colère pour cette écriture. Il y a bien sûr une réalité à travers le personnage de Phérial.  »

Un premier roman qui reflète des années d’écriture

L’auteur a commencé à écrire dès l’âge de 10-11 ans et cette passion pour l’écriture, il la doit d’abord à l’une des familles dans lesquelles il a été placé : « J’ai fait 12 familles et l’une d’entre elles avait un certain niveau culturel qui m’a permis de m’intéresser à la lecture et à la littérature. » Mais cela n’a pas toujours été le cas : « quatre ans après, je suis tombé dans une famille culturellement différente et j’avais peur que cette passion que j’avais développée se retourne contre moi. J’ai étouffé et pour ma propre survie, décidé de ne plus rien écrire et de ne pas montrer un goût pour la littérature. C’était une famille dans laquelle il n’était pas bien vu de lire et encore moins d’écrire. Puis, plus tard, j’ai recommencé à écrire grâce au théâtre. »

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L’auteur dit avoir réalisé que durant toute sa vie, il n’avait pas réellement travaillé au sens propre du terme, plus préoccupé par l’idée d’avoir quelque chose à transmettre. C’est pour cela que son roman lui a pris près de dix années à être rédigé, né d’une forte volonté de transmission et d’envie de partager un passé douloureux avec ses lecteurs mais aussi à ses enfants. Ces derniers, il les a longtemps observés dans leur apprentissage de la vie et il a voulu leur raconter l’enfant qu’il a été : « Il y a deux choses avec mes enfants : donner la part de l’histoire en rigolant à table et en leur disant « vous savez, j’ai été à la DAS » avec une voix grave, et l’autre explication est plus sérieuse. Je leur explique d’où je viens car j’ai eu trop d’amis qui n’ont pas pu retrouver leurs parents, ou parfois pire, les ont retrouvés mais ont été rejetés… »

Un optimisme à l’antithèse de son récit

Quelques lecteurs ont été frappés par les nuances d’optimisme qui se dégageaient du récit de Philippe Krhajac. Cet optimisme, l’auteur le retient des personnes qui lui ont permis d’entrevoir une lueur d’espoir. Mireille et Mme Lecœur ont fait avec les enfants un travail incroyable et c’est grâce à cela que le personnage de Phérial s’est senti moins seul durant son enfance difficile. L’auteur nous explique qu’il y a une chose très paradoxale dans sa manière de revivre le schéma de son enfance. Pour lui, l’orphelinat a été à la fois un paradis mais aussi le lieu d’une grande solitude… Il précise aussi que « Phérial semble comprendre qu’il est à un endroit très particulier qui n’est pas sa famille. Sa chance, c’est sa capacité d’observation qui lui a permis de sortir de ce milieu. »

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L’optimisme du roman, c’est aussi une réalité adoucie par l’évocation de trois familles d’accueil seulement sur les douze dans lesquelles l’auteur a été véritablement placé. Le lecteur retrouve cette douceur dans le personnage de l’assistante sociale Mireille qui a réellement existé et a été très important dans la vie de l’auteur : « J’ai demandé une fois à l’âge de 16-17 ans à Mireille combien on était d’enfants de la DAS à s’en sortir, c’est-à-dire de vivre une vie ‘normale’. Elle m’a répondu qu’on était deux ou trois sur cinq cent, et que tous les autres atterrissaient soit dans la prostitution, soit dans l’alcoolisme… ».

Quelle est la suite ?

L’auteur étant comédien, il s’imagine volontiers travailler sur un scénario autour de son roman, et même jouer un petit rôle dans une adaptation, pourquoi pas !

Pour le moment, il progresse sur l’écriture d’un second roman qui fera suite à Une vie minuscule. L’écriture suivra le même schéma, c’est-à-dire trois grandes parties et des chapitres courts. Le lecteur retrouvera le personnage Phérial qui aura une trentaine d’années et sera dans la recherche de son histoire et de ses origines slaves dans un pays en guerre. Philippe Krhajac a confirmé avoir déjà rédigé la première grande partie de ce nouveau livre… Rendez-vous dans quelques mois pour en parler ?

De la déportation aux défilés haute couture, rencontre avec Véronique Mougin

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A l’occasion de la publication de son deuxième roman, Où passe l’aiguille, publié chez Flammarion Véronique Mougin est partie à la rencontre des lecteurs Babelio. 

Connue pour ses enquêtes, la journaliste Véronique Mougin est également écrivain. Après avoir publié plusieurs essais et investigations, elle a en effet écrit en 2015 un roman intitulé Pour vous servir, fiction plongeant le lecteur dans le monde des gouvernantes. Animée depuis quelque temps par le désir de raconter l’histoire de son cousin Thomas, qui, après avoir été déporté, est devenu grand couturier, l’auteur change aujourd’hui de registre avec Où passe l’aiguille, un nouveau roman publié chez Flammarion à mi-chemin entre le récit de témoignage et la fiction. 

Véronique Mougin a essayé à travers cette œuvre de divertir le lectorat tout en évoquant un sujet difficile ; pari tenu ?
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Du récit de témoignage au roman

Immédiatement interrogée sur l’aspect biographique de ce livre qui est classé dans la catégorie des romans, l’auteure confie avoir voulu restituer le plus fidèlement possible le cheminement de son cousin, pris dans les tourments de la guerre et du fascisme. Elle a ainsi réalisé plusieurs séries d’entretiens avec Thomas, né en 1929, pour ensuite retranscrire ses propos dans un ouvrage qu’elle ne qualifierait d’ailleurs pas de « roman » même s’il ne s’agit pas non plus d’une biographie à proprement parler. Une biographie aurait en effet selon elle “écrasé l’aspect extraordinaire de cette histoire romanesque”.

Elle souhaitait aussi que les adolescents d’aujourd’hui puissent se reconnaître dans l’adolescent qu’était son cousin à l’âge de quatorze ans lorsqu’il a été déporté et une biographie aurait pu selon elle « augmenter la distance entre l’enfant de 1944 et celui d’aujourd’hui ». A travers les yeux de Thomas, l’auteure a souhaité faire le portrait d’un enfant débordant de vie bousculé et bouleversé par la guerre, la déportation et les camps de concentration et montrer comment il a pu s’en sortir à un si jeune âge .  

Ce rapprochement entre le lecteur et l’expérience vécue par Thomas est facilité par le choix de la première personne. L’auteure confie que son cousin, aujourd’hui âgé de 89 ans étant resté « assez gamin », il n’a pas été difficile pour elle de retrouver la voix du jeune homme qu’il était pendant la guerre.

Un travail d’écriture… et de recherches

Si l’auteure est par ailleurs restée très proche des témoignages de Thomas, elle a également réalisé un travail de recherche pour ne pas dépendre uniquement de ses souvenirs : « Je ne pas voulais pas donner prise à la contestation en restant près de la réalité et proche de mon cousin ». Ses informations, elle les a eues dans des archives et lors de voyages dans des camps en Hongrie où son cousin a été déporté. Où passe l’aiguille présente tout de même quelques aspects fictifs avec des personnages ajoutés, supprimés ou recréés. Par exemple, l’auteure donne des explications sur le personnage de Serena qui est “la jeune fille sur laquelle Thomas tire et ne s’appesantit pas du tout; j’ai voulu tenter d’expliquer pourquoi il avait tiré en lui fournissant des pistes de réflexions”, des hypothèses qu’il a ensuite approuvées et validées.

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Élément déclencheur

Pourquoi écrire ce récit aujourd’hui alors que l’auteure montre dans le roman un Thomas qui refuse de parler de tous les drames qu’il a vécus ?

Pour Véronique Mougin, c’est une histoire  que chaque membre de sa famille a essayé de transmettre d’une manière ou d’une autre malgré les silences de celui qui se fait appeler « Tomie ». Si Thomas a toujours refusé de parler de ce qu’il a vécu et qu’il a tenté par son travail d’oublier ce qui s’est passé ou tout du moins de ne pas y penser (« Thomas avait la certitude, je pense, que s’il parlait, il allait en mourir »), il s’est un peu épanché ces dernières années et a témoigné de longues heures durant auprès de Véronique Mougin. L’auteure a écrit un livre sur sa vie, mais tous les membres de sa famille ont essayé de porter son histoire, d’une manière ou d’une autre : “En tant que petite fille, nièce, cousine de déportés, on se sent responsable de transmettre l’histoire”.

Un titre intrigant

Le titre Où passe l’aiguille est interprété différemment selon les lecteurs et l’auteure est satisfaite que chacun puisse se faire sa propre interprétation. Pour Véronique Mougin, c’est en premier lieu une référence au monde de la couture, monde qui a permis à Thomas de s’épanouir, mais c’est aussi un proverbe : « Où passe l’aiguille passe le fil ». Ce proverbe avait une signification pour l’écrivaine qui pensait à « tel père, tel fils », la couture ayant été transmise par son père à Thomas. La couture occupant une place majeure dans la vie de Tomie, Véronique Mougin confie que son cousin, à travers l’épreuve de la déportation durant laquelle il était entouré d’hommes, a changé sa perception de voir les hommes et les femmes. Il a ainsi développé l’idée d’habiller les hommes comme des femmes et réciproquement tout au long de sa grande carrière dans une maison de couture de renommée. L’homme a vraiment réussi à “prendre sa revanche sur la vie” à travers la couture.

L’auteure sera présente sur plusieurs festivals dans les jours qui viennent afin de présenter son livre, et est sélectionnée parmi 10 autres écrivains pour le Prix des Lecteurs de Levallois 2018 au Salon du Roman Historique de Levallois le 11 mars prochain.