A la rencontre des membres Babelio (32)

Avec plus de 770 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. En cette fin du mois de mai et à l’occasion du festival Les Imaginales dont nous sommes partenaires, nous donnons la parole à Saigneurdeguerre, un lecteur passionné par les littératures de l’imaginaire.

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Rencontre avec saigneurdeguerre, inscrit depuis le 25 juillet 2018.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ? Quel usage faites-vous du site ?

Je suis arrivé sur Babelio, en tant que participant, durant les grandes vacances 2018. Ne supportant pas la chaleur et mon petit cœur manifestant un ras-le-bol de devoir me supporter depuis plus de soixante ans, je suis resté à l’intérieur pratiquement tout juillet et août. Comme j’avais accumulé beaucoup de retard dans mes lectures, j’achète plus vite que je ne lis, j’avais décidé de rattraper le temps perdu en lisant jour et nuit. Auparavant, je me contentais de lire des critiques sur Babelio sans en publier. Ayant remarqué qu’en rédigeant un petit résumé et une critique, je gardais plus longtemps en mémoire le souvenir des livres lus, j’ai franchi le cap et me suis inscrit pour tenter de passer du rôle de gros consommateur à celui de « consommateur-producteur ». Un petit bémol : depuis que j’écris des commentaires et que je recopie des citations, j’ai moins de temps pour LIRE !

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Dans ma bibliothèque, il y a de tout, de tout, de tout… Il y a des livres partout, à tous les étages ! Mais attention : quand j’achète des livres, un volume équivalent doit être évacué. Mes connaissances en profitent largement.

J’ai aussi bien des guides, que des BD, des encyclopédies, de l’histoire, de la fantasy, de la SF, des thrillers, des polars, de la littérature blanche, des livres pour enfants ou adolescents, de la psychologie, de la géopolitique, de l’art… En français, en portugais, en anglais, en espagnol…

Cette année, vous vous êtes fixé un défi de lecture assez impressionnant, en prévoyant de lire 99 livres. Comment avez-vous évalué votre menu pour 2019 ?

Le 1er janvier, j’ai commencé à compter les livres que j’avais achetés et que je n’avais pas encore lus… Arrivé à 300, je me suis arrêté de compter… Et j’ai décidé d’en lire au moins 99 avant la fin de l’année. Selon l’humeur, je piocherai parmi la réserve qui continue de s’allonger au gré des commentaires des Babelionautes. Ce qui est sûr, c’est qu’il y en aura dans tous les genres.Antonio et editions Heron d argent 001.jpg

Question spécifique : vous lisez beaucoup de littératures de l’imaginaire. Comment est né cet intérêt, et qu’aimez-vous particulièrement dans la fantasy, la science-fiction et le fantastique ?

Je lisais énormément depuis l’âge de sept ans. Vers douze ans, j’en étais à un livre par jour. Impossible de m’endormir sans avoir terminé l’histoire. Il est vrai que les livres comptaient moins de pages qu’aujourd’hui : espionnage, romans historiques, récits de guerre, policiers et… Beaucoup de science-fiction ! « Fleuve Noir Anticipation », cela vous parle ? J’achetais, quand j’avais quelques francs, mes livres dans des bouquineries de seconde main, très nombreuses à Bruxelles, ou j’échangeais deux livres contre un du même genre. J’aimais surtout le « space opera », mais aussi tout ce qui touchait à un futur proche, mâtiné de catastrophes post-apocalyptiques ou de désastres écologiques. Un des livres qui m’avait alors beaucoup plu, était Les Grognards d’Eridan de Pierre Barbet.

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Lorsque j’ai découvert La compagnie des glaces de Georges-Jean Arnaud, c’est devenu ma série préférée. Je lisais les livres de cette série complètement dans le désordre, en fonction de ce que je trouvais « en seconde main ». Je ne suis jamais arrivé à les avoir tous. Peut-être essaierais-je un jour de lire toute la série, dans le bon ordre cette fois. J’étais ravi lorsqu’on se mit à les publier en BD. Malheureusement, la série n’a pas rencontré un grand succès, 15 albums seulement, difficiles à trouver, et ils sont indisponibles à l’achat aujourd’hui.

Je suis venu à la fantasy plus tard, au début des années 1980. Ce qui était disponible n’était pas génial. Même le Seigneur des Anneaux ne m’a pas franchement emballé. J’ai acheté la trilogie à trois reprises et je ne l’ai jamais lue jusqu’au bout. Par contre, j’ai adoré les films.

J’aimerais trouver davantage de steampunk de qualité dans les librairies.

Quels sont les livres de l’imaginaire qui vous semblent incontournables, et pourquoi ceux-ci ?

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J’aime la fantasy quand la magie n’est pas trop présente et surtout super puissante. Ma trilogie préférée est celle de La Trilogie de l’Empire de Raymond E. Feist où la diplomatie, les trahisons, les coups tordus sont de toute beauté.

Dans la SF, j’adore le space opera façon Jack Campbell avec La Flotte perdue , Etoiles perdues et La genèse de la flotte . De nouveau, j’aime le côté intrigues, les difficultés rencontrées par les militaires confrontés au pouvoir des politiques, les scènes de combat très bien rendues. Je regrette juste que Cambell se lance dans la narration des événements qui ont contribué à la création de l’Alliance avant d’avoir achevé Etoiles perdues.

Le Trône de Fer contient tout ce que j’aime. Mais faut-il encore évoquer ce chef-d’œuvre ? Dommage que George R. R. Martin n’achève pas la série au lieu de se lancer dans d’autres projets.

Les Trois Mousquetaires par Dumas

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Les trois mousquetaires, sans oublier Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne. J’aimais d’autant plus Alexandre Dumas qu’il était complètement dénigré par mes profs de français en secondaire : « Ce petit auteur d’une littérature populaire juste bonne pour des ados prépubères ! »

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

L'oeuf de Tanglemhor - Chroniques des secondes heures de Tanglemhor, tome 1 par JhelilL’oeuf de Tanglemhor – Chroniques des secondes heures de Tanglemhor, tome 1 d’Azaël Jhelil a été une découverte rendue possible grâce à Babelio. Jamais, je n’aurais trouvé ce livre autrement car il est publié sur Amazon. Azaël a une maîtrise de la langue, du vocabulaire et du monde antique qui mériteraient de le faire entrer à l’Académie française ! C’est vrai que, Dieu merci ! il n’est pas encore mourant et qu’il sera toujours temps de lui offrir un fauteuil dans quarante ans, quand il sera presque fossilisé. D’ici là, il aura fini sa saga et probablement qu’il en aura enfanté beaucoup d’autres.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Indiscutablement, Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas ! Un modèle de récit d’aventures. J’en ai tourné des films dans ma petite tête avec ces quatre fabuleux personnages ! Du coup, j’ai dévoré tous les livres du même genre tels que Le Capitaine Fracasse de Théophile Gauthier.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous)

La Roue du Temps, Tome 1 : La roue du temps par JordanLa Roue du temps de Robert Jordan. Je les ai tous offerts à mon fils qui a tout lu (tout ce qui a été publié en français) … Et qui attend la suite… qui ne viendra peut-être jamais puisque Robert Jordan est décédé en 2007 et que de changement d’éditeur en changement d’éditeur, on se demande si les francophones bénéficieront un jour de l’ensemble de l’œuvre puisque Brandon Sanderson a été chargé par la famille Jordan de terminer l’histoire… J’aime les sagas, mais c’est trop long. Trop de personnages. Trop de lieux. Trop de royaumes. On a le temps de tout oublier avant d’avoir parcouru la moitié.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Si vous permettez, il y en a deux ! D’abord, L’oeuf de Tanglemhor – Chroniques des secondes heures de Tanglemhor, tome 1 d’Azaël Jhelil parce qu’il y a tout dans ce roman : des civilisations crédibles, de l’aventure, de la romance, de l’humour, des scènes de combats épiques… Et une magnifique langue écrite qui peut facilement rivaliser avec les auteurs de littérature dite « blanche ».

The Prison Experiment par CostaMais j’aimerais aussi faire connaître The Prison Experiment d’Eric Costa. Nous sommes là dans un futur tellement proche qu’on pourrait croire qu’il existe déjà. C’est un magnifique thriller qui se joue presque en vase clos. L’écriture vous plonge directement dans l’action.

Je vous renvoie aux critiques que j’en ai tirées si les sujets vous intéressent. Ce sont deux auteurs publiés chez Amazon.fr et je n’hésite pas à les placer dans les dix meilleures lectures que j’ai faites dernièrement.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier ! J’aime le tenir en main, en humer l’encre, sentir sous mes doigts sa sensualité (ou pas). J’aime le « papier bible » en particulier… Et surtout transmettre ensuite le livre à quelqu’un à qui j’ai envie de le faire découvrir. Si le livre ne m’a pas du tout convaincu, il va se retrouver dans une boîte à livres, celles-ci commençant à se multiplier à Bruxelles.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Le grand canapé de mon salon avec éventuellement un accompagnement musical, essentiellement de la musique baroque. Dans le bus, lorsque les smartphones des autres passagers ne bousillent pas mon attention.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« Vieillir, c’est voir mourir les autres. » Mémé dans les orties de Aurélie Valognes.

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

« Lecture » ? Au singulier ? Connais pas ! Il faut que j’aborde plusieurs livres en même temps et que je passe de l’un à l’autre ! Oui, je sais, après un an certains ne sont toujours pas terminés… C’est qu’ils ne m’ont pas captivé… Ou que j’ai eu d’autres priorités.

Je suis occupé avec un policier très drôle De l’infortune d’être un Anglais en France de Marie Fitzgerald. Comme en ce moment je corrige beaucoup de travaux de fin d’études d’étudiants avant qu’ils ne les rentrent dans les hautes écoles ou les universités, il me faut quelque chose de léger ou d’amusant.

Le Vieil Homme et la guerre par ScalziEn SF, je veux lire la suite de Le Vieil Homme et la guerre de John Scalzi. J’ai vraiment adoré le premier tome, les autres attendent sagement.  L’Interdépendance, tome 1 : L’Effondrement de l’Empire de ce même Scalzi me tente beaucoup.

Il faut aussi que je lise Feu et sang, tome 1  du fabuleux George R. R. Martin… qui ferait mieux d’achever Le Trône de Fer au lieu de s’aventurer dans de nouvelles productions…

Et pour changer complètement de style Les vacances d’un serial killer de Nadine Monfils.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Le cycle de Dune, tome 1 : Dune par HerbertJ’aime découvrir un résumé qui donne envie de lire le livre et qui soit autre chose que celui proposé par l’éditeur. Quand, c’est possible, un peu d’humour ne fait pas de tort. Surtout dans la critique. Je raffole de celles de Crossroads ! Il a un style unique qui fait valser les mots tout en cultivant un côté « tonton flingueur » qui me rappelle Michel Audiard. Pour la SF, fnitter est incontournable, même si nous n’avons pas nécessairement apprécié les mêmes « chefs d’œuvres ». Il a adoré Le Cycle de Dune de Frank Herbert, moi pas. Le fond de l’histoire était intéressant, mais je trouvais cela mal écrit. Peut-être était-ce dû à une traduction bancale.

Je n’aime pas trop les critiques d’une dizaine de lignes pour un roman et je trouve sans intérêt les critiques qui se limitent à dire : « J’ai bien aimé » ou la variante : « J’ai détesté » sans argumenter.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

Babelio avait lancé le prix Nobel de l’imaginaire au cours duquel nous devions proposer un auteur vivant qui mériterait ce prix en justifiant notre choix. Cela m’a valu une foire d’empoigne avec un certain ajc2ht : nous nous sommes bien amusés à nous étriller… Et je découvre que ce monsieur est auteur… Azaël Jhelil, c’est lui ! J’ai décidé de lire son énorme bouquin, tout en me livrant à de la musculation pour soulever les vingt tonnes de papier qui le composent. La découverte de L’oeuf de Tanglemhor – Chroniques des secondes heures de Tanglemhor, tome 1 fut une belle claque. Non seulement môssieur Azaël a une très belle plume, mais en plus, sa trilogie est située dans un univers très bien décrit où humour, action et suspense font bon ménage. Nous n’avons cessé de nous écrire et, à Pâques, Azaël a fui sa Bretagne humide pour trouver refuge, l’espace de deux nuits, dans la riante et ensoleillée bonne ville de Bruxelles pour que nous devisions de nos centres d’intérêt. Une très agréable surprise. J’espère qu’il récidivera. (Depuis le XIXe siècle Bruxelles accueille les grands auteurs exilés : Victor Hugo, Charles Baudelaire… Pourquoi pas les réfugiés climatiques bretons ? D’ailleurs, j’aimerais lui adresser un message : « Reviens Azaël ! Reviens ! Quand le niveau de la mer montera, ce sera la Flandre qui sera noyée ! Bruxelles y échappera ! Tu n’as rien à redouter ! »)

Avez-vous déjà voté pour le prix des Lecteurs Babelio 2019 ? Si oui, pouvez-vous nous révéler certains de vos favoris ?

J’ai parcouru toutes les rubriques et je n’ai pas voté car il aurait fallu que je les lise pour pouvoir émettre une opinion plus ou moins objective.

J’ai cru comprendre que vous êtes enseignant en Belgique : essayez-vous de transmettre votre goût de la lecture à vos élèves ? Et si oui, comment ?

Effectivement. Je suis instituteur (si ! si ! en Belgique, nous avons encore des instituteurs et pas des « professeurs des écoles »). Mes élèves sont en 5e primaire, soit l’équivalent de votre CM2. Ils sont tous issus de l’immigration (comme moi, d’ailleurs). Certains ne parlent français qu’à l’école. Le vocabulaire est très pauvre. J’essaie, par la lecture d’y remédier. Je lis beaucoup de livres qui s’adressent à des enfants, surtout ceux destinés aux 10-12 ans.

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En Belgique, les éditions Averbode proposent un abonnement qui permet d’avoir dix petits romans sur l’ensemble de l’année scolaire. Pour les enfants de 10-12 ans, c’est la série des « Récits-Express ». Ils comptent généralement 32 pages dont au moins une sur quatre illustrée en noir et blanc. Ils abordent tous les genres. J’ai aussi un faible pour « Histoires vraies » (éditions Fleurus, peut-être Bayard Presse en France ?). Je les interroge par écrit pour m’assurer qu’ils ont bien lu les livres et qu’ils ont compris l’histoire. Dans la classe, j’ai une bibliothèque où je place tout ce que j’achète et qui me semble intéressant pour eux.

Merci à saigneurdeguerre pour ses réponses !

A la rencontre des membres Babelio (31)

Avec près de 730 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. En ce mois de février nous donnons la parole à Rabanne, inscrite assez récemment sur Babelio et déjà très active.

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Rencontre avec rabanne, inscrite depuis le 11 octobre 2015

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

J’ai connu l’existence de Babelio par le biais de mon travail, mais je ne l’ai réellement découvert qu’en septembre 2015, en inscrivant nos classes de seconde à un défi lecture. Avec ma collègue, nous avons alors créé un compte pour le CDI du lycée et, après le défi, nous avons continué d’alimenter notre bibliothèque et de retranscrire les critiques des élèves comme celles des enseignants.

Je me suis vraiment prise au jeu, appréciant l’interface et les multiples fonctionnalités du site. Naturellement, j’ai voulu me créer un compte personnel… Et c’était parti pour l’aventure Babelio !

Vous êtes inscrite sur le site depuis fin 2015, et comptabilisez déjà sur votre compte près de 900 critiques et 1300 citations, ce qui est assez impressionnant ! Combien de temps passez-vous sur Babelio chaque semaine ? Quel usage en faites-vous ?

Je crois qu’il y a sûrement plus « impressionnant » que mon profil (rires) ! Déjà, noter que plus d’un tiers de ces critiques concernent des livres lus bien avant d’arriver sur le site…

Chacun sait que Babelio c’est carrément ad-dic-tif, surtout au temps de la découverte ! (« Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre »…). Le concept fait que l’on ne décroche jamais réellement : une recherche sur la date de sortie d’un roman ou sur la bio d’un auteur ; une lecture en cours ou une critique à lire/écrire ; des livres à noter dans son pense-bête, etc. etc. Et puis, surtout, il y a le partage et l’émulation entre lecteurs qui donne toute sa raison d’être à Babelio, n’est-ce pas ? Et comme je suis bavarde, ça tombe bien (veuillez me pardonner d’avance) !

Mon expérience personnelle ? Une fréquentation quasi-quotidienne durant la première année, puis plus ou moins espacée selon que je suis en repos, en week-end, en vacances… Aujourd’hui, je n’en fais pas un drame si je ne consulte pas mon « fil d’actualités » pendant 3-4 jours, ou si je ne publie une citation ou une critique qu’au bout de 5 ou 10 jours !

FB_IMG_1541183377419Mais c’est impossible à « comptabiliser » en réalité, cela reste inhérent à nos disponibilités, nos goûts, nos besoins, notre humeur… D’où le choix personnel d’une liste d’amis raisonnable et d’avoir spécifiquement paramétré mon compte (ex : suivre uniquement les critiques et citations de mes amis).

Sinon, je consulte davantage Babelio sur mon smartphone que sur l’ordinateur. Mon usage est autant professionnel que personnel, mais j’adopte alors une approche assez différente du site (beaucoup plus spontanée et ludique dans mon usage personnel).

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ? Vous semblez avoir des goûts assez éclectiques…

Oui, hormis le théâtre, le développement personnel, les thrillers et la SF, je lis un peu de tout… Mais peut-être davantage de littérature contemporaine aujourd’hui.

Ma préférence va vers tout ce qui touche à l’humanité, la femme, la société, l’histoire, le témoignage, la jeunesse (mon métier, encore), la psychologie (mais pas trop de psychanalyse ni de philosophie !).

Par ailleurs, ma bibliothèque s’est enrichie de bandes dessinées et de mangas, et je commence à l’étoffer de quelques romans policiers, de littérature étrangère, dont japonaise et coréenne (tout récemment).

Pouvez-vous commenter en quelques mots vos choix de « Livres pour une île déserte » ? Est-ce qu’ils reflètent ce que vous aimez lire à longueur d’année, ou bien est-ce des coups de cœur plus « isolés » ?

Oui, ils reflètent pour chacun mes goûts littéraires. Ce sont, également, des coups de cœurs isolés et mémorables.

Sur une « île déserte », on est censé être tout seul (et avec soi-même !), avoir tout le temps et l’espace devant soi… Il s’agit donc de choix de livres plus ou moins introspectifs, que je pourrais relire et relire, inlassablement, tout en les redécouvrant à chaque fois (!).

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Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Tout dépend de l’âge et où se situe le degré de la « découverte » ?… Mais si je remonte à ma tendre jeunesse, ce fut vers 10-11 ans : Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. Premier roman coup-de-poing et infiniment poétique ; première fois que je pleurais tout en lisant !

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Le terme « beau » reste assez subjectif et, encore, il y en a plus d’un !… Mais celui découvert grâce à mes amis babéliotes, et qui m’aura littéralement happée, comme par un film : Nous rêvions juste de liberté de Henri Loevenbruck.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Pareil, il y en a plus d’un… Peut-être alors l’un de mes favoris : Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buck.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

A la recherche du temps perdu de Marcel Proust (tenté plusieurs fois, abandonné à chaque fois, mais je ne désespère pas !).

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Ma perle rare : Séraphin Verre de Christian Pernath (deux critiques sur Babelio, dont la mienne).

Tablette, liseuse ou papier ?

Le bon vieux livre en « 2D » aura toujours ma préférence ! L’objet, les pages qui se tournent, sur lesquelles on revient, l’odeur. Irremplaçable.

J’ai déjà lu quelques ouvrages sur la liseuse de ma fille. L’aspect positif que je lui concède est son espace pratique de stockage. J’adhère moins en matière de confort de lecture.

Sinon, je ne fustige aucunement la pratique de la lecture numérique, souvent bien secourable pour les personnes/élèves en difficulté (déficients visuels, dyslexiques, dysorthographiques, etc.).

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Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Le soir : bien calée dans mon lit, sous un gros édredon…

La journée : si je le peux, de préférence allongée sur un transat, les gambettes au soleil !!

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Antoine de Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Issu de son roman inachevé Citadelle (publication posthume, 1948)

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Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Rêves oubliés de Léonor de Récondo.

Je l’ai choisi lors d’une rencontre toute récente avec l’auteure, dans une librairie de ma région ! (J’avais lu deux de ses romans, mais pas encore son deuxième.)

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

D’après moi, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » critique en soi, mais il y a des critiques plus intéressantes, attrayantes, que d’autres… J’apprécie les avis, les retours de lecture qui me donnent envie de découvrir un livre que je ne connais pas. Et pour l’envie, c’est au ressenti personnel du lecteur que je me fie.

J’avoue apprécier une certaine concision et précision (genre de récit, thèmes abordés, intention de l’auteur). J’aime que les critiques soient un tant soit peu étayées et argumentées, mais pas sur des kilomètres non plus… Que cela ne verse pas dans une analyse alambiquée du texte, et qu’on y perde finalement son latin ! Totalement rédhibitoire, bien sûr, le résumé (« spoil ») complet du livre chroniqué !

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Il y en a évidemment des tas !… Telles de jolies rencontres avec mes amis lecteurs, de belles affinités livresques, de riches discussions, de nombreux moments complices, quelques échanges de livres, de surprenantes et inoubliables découvertes littéraires…

Mais celle que je retiendrais dernièrement, donc en particulier, est l’unique rencontre réelle que j’ai faite d’un ami babéliote… Ou comment passer de « l ‘autre côté du miroir », avec un soupçon d’appréhension et un brin d’intimidation , puis avec beaucoup plus de naturel, dès lors que l’on se rejoint sur ce terrain qui nous réunit tous ici : la lecture !

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Pouvez-vous nous parler un peu de votre métier d’enseignante-documentaliste ? Est-ce que Babelio est un outil qui vous aide aussi dans votre profession ?

Ce métier a bien évolué à l’heure du numérique, ainsi que l’image d’Épinal que l’on peut encore s’en faire !…

Être « professeur-documentaliste » aujourd’hui requiert de multiples compétences (validées par un CAPES de Documentation depuis 1989) : l’accueil de la communauté éducative, l’animation et la gestion du centre documentaire de l’établissement (CDI), l’ouverture culturelle et, enfin, les missions pédagogiques spécifiques propres à l’EMI (Éducation aux médias et à l’information).

« La promotion de la lecture » fait partie intégrante de mes missions pédagogiques d’enseignante documentaliste, se situant précisément dans le domaine de l’ouverture culturelle… Alors oui, Babelio est devenu une ressource utile et un outil précieux dans ma pratique professionnelle au quotidien !!!

Merci à rabanne pour ses réponses !

Entrer dans la peau d’un orphelin avec Philippe Krhajac

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L’auteur Philippe Krhajac est venu présenter son premier roman Une vie minuscule publié chez Flammarion dans les locaux de Babelio. Une vingtaine de lecteurs étaient présents afin de poser des questions sur cette œuvre semi-autobiographique où déception, tristesse et lueur d’espoir s’entremêlent. Une vie minuscule, c’est l’histoire de Phérial, petit garçon orphelin placé dans plusieurs familles d’accueil dès son plus jeune âge. Son histoire personnelle n’est pas tendre mais des rencontres, une forte volonté et surtout un intérêt particulier à la culture et au théâtre vont permettre à l’enfant de s’en sortir et de percevoir un rayon de lumière sur le chemin de sa vie.

Un roman semi-autobiographique

Immédiatement questionné sur l’aspect autobiographique de son ouvrage, l’auteur répond qu’il le qualifierait plutôt de « semi-autobiographique » car une grande part de fiction est présente dans l’histoire. La part réelle, il la place « dans l’enthousiasme des personnages de son roman » et dit de sa vraie vie d’enfant qu’elle était « bien plus dure » que celle évoquée dans son livre. Si la question de l’autobiographie s’est tout de même posée, Philippe Krhajac a cependant fait le choix de rester du côté du roman, lui qui a été tant marqué par les fictions et les pièces de théâtre dès son plus jeune âge.

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L’auteur a également fait le souhait de ne pas uniquement parler de lui dans son oeuvre, car il a voulu que tous les lecteurs se sentent concernés par le récit. Après la lecture du roman Une vie minuscule, certains lecteurs ont fait remarquer qu’ils s’étaient sentis à nouveau en enfance et qu’une des forces de l’auteur avait été de se resituer lui-même dans la position de l’enfant qu’il était. Philippe Krhajac reconnaît qu’il a voulu que ses lecteurs se sentent concernés : « Je voulais vraiment toucher mes lecteurs. J’ai vraiment travaillé à cela ; ces sensations que nous avons tous ressenties. »

Comment parvient-on à se détacher du personnage pour aller vers la fiction ? « Il y a un travail en amont à faire sur soi pour pouvoir aborder et donner aux autres. Je suis arrivé dénué de colère pour cette écriture. Il y a bien sûr une réalité à travers le personnage de Phérial.  »

Un premier roman qui reflète des années d’écriture

L’auteur a commencé à écrire dès l’âge de 10-11 ans et cette passion pour l’écriture, il la doit d’abord à l’une des familles dans lesquelles il a été placé : « J’ai fait 12 familles et l’une d’entre elles avait un certain niveau culturel qui m’a permis de m’intéresser à la lecture et à la littérature. » Mais cela n’a pas toujours été le cas : « quatre ans après, je suis tombé dans une famille culturellement différente et j’avais peur que cette passion que j’avais développée se retourne contre moi. J’ai étouffé et pour ma propre survie, décidé de ne plus rien écrire et de ne pas montrer un goût pour la littérature. C’était une famille dans laquelle il n’était pas bien vu de lire et encore moins d’écrire. Puis, plus tard, j’ai recommencé à écrire grâce au théâtre. »

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L’auteur dit avoir réalisé que durant toute sa vie, il n’avait pas réellement travaillé au sens propre du terme, plus préoccupé par l’idée d’avoir quelque chose à transmettre. C’est pour cela que son roman lui a pris près de dix années à être rédigé, né d’une forte volonté de transmission et d’envie de partager un passé douloureux avec ses lecteurs mais aussi à ses enfants. Ces derniers, il les a longtemps observés dans leur apprentissage de la vie et il a voulu leur raconter l’enfant qu’il a été : « Il y a deux choses avec mes enfants : donner la part de l’histoire en rigolant à table et en leur disant « vous savez, j’ai été à la DAS » avec une voix grave, et l’autre explication est plus sérieuse. Je leur explique d’où je viens car j’ai eu trop d’amis qui n’ont pas pu retrouver leurs parents, ou parfois pire, les ont retrouvés mais ont été rejetés… »

Un optimisme à l’antithèse de son récit

Quelques lecteurs ont été frappés par les nuances d’optimisme qui se dégageaient du récit de Philippe Krhajac. Cet optimisme, l’auteur le retient des personnes qui lui ont permis d’entrevoir une lueur d’espoir. Mireille et Mme Lecœur ont fait avec les enfants un travail incroyable et c’est grâce à cela que le personnage de Phérial s’est senti moins seul durant son enfance difficile. L’auteur nous explique qu’il y a une chose très paradoxale dans sa manière de revivre le schéma de son enfance. Pour lui, l’orphelinat a été à la fois un paradis mais aussi le lieu d’une grande solitude… Il précise aussi que « Phérial semble comprendre qu’il est à un endroit très particulier qui n’est pas sa famille. Sa chance, c’est sa capacité d’observation qui lui a permis de sortir de ce milieu. »

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L’optimisme du roman, c’est aussi une réalité adoucie par l’évocation de trois familles d’accueil seulement sur les douze dans lesquelles l’auteur a été véritablement placé. Le lecteur retrouve cette douceur dans le personnage de l’assistante sociale Mireille qui a réellement existé et a été très important dans la vie de l’auteur : « J’ai demandé une fois à l’âge de 16-17 ans à Mireille combien on était d’enfants de la DAS à s’en sortir, c’est-à-dire de vivre une vie ‘normale’. Elle m’a répondu qu’on était deux ou trois sur cinq cent, et que tous les autres atterrissaient soit dans la prostitution, soit dans l’alcoolisme… ».

Quelle est la suite ?

L’auteur étant comédien, il s’imagine volontiers travailler sur un scénario autour de son roman, et même jouer un petit rôle dans une adaptation, pourquoi pas !

Pour le moment, il progresse sur l’écriture d’un second roman qui fera suite à Une vie minuscule. L’écriture suivra le même schéma, c’est-à-dire trois grandes parties et des chapitres courts. Le lecteur retrouvera le personnage Phérial qui aura une trentaine d’années et sera dans la recherche de son histoire et de ses origines slaves dans un pays en guerre. Philippe Krhajac a confirmé avoir déjà rédigé la première grande partie de ce nouveau livre… Rendez-vous dans quelques mois pour en parler ?

De la déportation aux défilés haute couture, rencontre avec Véronique Mougin

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A l’occasion de la publication de son deuxième roman, Où passe l’aiguille, publié chez Flammarion Véronique Mougin est partie à la rencontre des lecteurs Babelio. 

Connue pour ses enquêtes, la journaliste Véronique Mougin est également écrivain. Après avoir publié plusieurs essais et investigations, elle a en effet écrit en 2015 un roman intitulé Pour vous servir, fiction plongeant le lecteur dans le monde des gouvernantes. Animée depuis quelque temps par le désir de raconter l’histoire de son cousin Thomas, qui, après avoir été déporté, est devenu grand couturier, l’auteur change aujourd’hui de registre avec Où passe l’aiguille, un nouveau roman publié chez Flammarion à mi-chemin entre le récit de témoignage et la fiction. 

Véronique Mougin a essayé à travers cette œuvre de divertir le lectorat tout en évoquant un sujet difficile ; pari tenu ?
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Du récit de témoignage au roman

Immédiatement interrogée sur l’aspect biographique de ce livre qui est classé dans la catégorie des romans, l’auteure confie avoir voulu restituer le plus fidèlement possible le cheminement de son cousin, pris dans les tourments de la guerre et du fascisme. Elle a ainsi réalisé plusieurs séries d’entretiens avec Thomas, né en 1929, pour ensuite retranscrire ses propos dans un ouvrage qu’elle ne qualifierait d’ailleurs pas de « roman » même s’il ne s’agit pas non plus d’une biographie à proprement parler. Une biographie aurait en effet selon elle “écrasé l’aspect extraordinaire de cette histoire romanesque”.

Elle souhaitait aussi que les adolescents d’aujourd’hui puissent se reconnaître dans l’adolescent qu’était son cousin à l’âge de quatorze ans lorsqu’il a été déporté et une biographie aurait pu selon elle « augmenter la distance entre l’enfant de 1944 et celui d’aujourd’hui ». A travers les yeux de Thomas, l’auteure a souhaité faire le portrait d’un enfant débordant de vie bousculé et bouleversé par la guerre, la déportation et les camps de concentration et montrer comment il a pu s’en sortir à un si jeune âge .  

Ce rapprochement entre le lecteur et l’expérience vécue par Thomas est facilité par le choix de la première personne. L’auteure confie que son cousin, aujourd’hui âgé de 89 ans étant resté « assez gamin », il n’a pas été difficile pour elle de retrouver la voix du jeune homme qu’il était pendant la guerre.

Un travail d’écriture… et de recherches

Si l’auteure est par ailleurs restée très proche des témoignages de Thomas, elle a également réalisé un travail de recherche pour ne pas dépendre uniquement de ses souvenirs : « Je ne pas voulais pas donner prise à la contestation en restant près de la réalité et proche de mon cousin ». Ses informations, elle les a eues dans des archives et lors de voyages dans des camps en Hongrie où son cousin a été déporté. Où passe l’aiguille présente tout de même quelques aspects fictifs avec des personnages ajoutés, supprimés ou recréés. Par exemple, l’auteure donne des explications sur le personnage de Serena qui est “la jeune fille sur laquelle Thomas tire et ne s’appesantit pas du tout; j’ai voulu tenter d’expliquer pourquoi il avait tiré en lui fournissant des pistes de réflexions”, des hypothèses qu’il a ensuite approuvées et validées.

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Élément déclencheur

Pourquoi écrire ce récit aujourd’hui alors que l’auteure montre dans le roman un Thomas qui refuse de parler de tous les drames qu’il a vécus ?

Pour Véronique Mougin, c’est une histoire  que chaque membre de sa famille a essayé de transmettre d’une manière ou d’une autre malgré les silences de celui qui se fait appeler « Tomie ». Si Thomas a toujours refusé de parler de ce qu’il a vécu et qu’il a tenté par son travail d’oublier ce qui s’est passé ou tout du moins de ne pas y penser (« Thomas avait la certitude, je pense, que s’il parlait, il allait en mourir »), il s’est un peu épanché ces dernières années et a témoigné de longues heures durant auprès de Véronique Mougin. L’auteure a écrit un livre sur sa vie, mais tous les membres de sa famille ont essayé de porter son histoire, d’une manière ou d’une autre : “En tant que petite fille, nièce, cousine de déportés, on se sent responsable de transmettre l’histoire”.

Un titre intrigant

Le titre Où passe l’aiguille est interprété différemment selon les lecteurs et l’auteure est satisfaite que chacun puisse se faire sa propre interprétation. Pour Véronique Mougin, c’est en premier lieu une référence au monde de la couture, monde qui a permis à Thomas de s’épanouir, mais c’est aussi un proverbe : « Où passe l’aiguille passe le fil ». Ce proverbe avait une signification pour l’écrivaine qui pensait à « tel père, tel fils », la couture ayant été transmise par son père à Thomas. La couture occupant une place majeure dans la vie de Tomie, Véronique Mougin confie que son cousin, à travers l’épreuve de la déportation durant laquelle il était entouré d’hommes, a changé sa perception de voir les hommes et les femmes. Il a ainsi développé l’idée d’habiller les hommes comme des femmes et réciproquement tout au long de sa grande carrière dans une maison de couture de renommée. L’homme a vraiment réussi à “prendre sa revanche sur la vie” à travers la couture.

L’auteure sera présente sur plusieurs festivals dans les jours qui viennent afin de présenter son livre, et est sélectionnée parmi 10 autres écrivains pour le Prix des Lecteurs de Levallois 2018 au Salon du Roman Historique de Levallois le 11 mars prochain.