Sur le métier de la traduction littéraire : Entretien avec Amaya García

La traduction occupe dans le monde des livres, une place à la fois importante et particulière, grâce à laquelle il nous est possible d’accéder aux oeuvres écrites dans des langues étrangères. La langue étant tout à la fois une représentation des sens et de l’intellect d’un groupe d’humains déterminé, lire une oeuvre traduite n’est rien d’autre qu’entrer dans cet univers. Au delà des mots. Quels sont les enjeux d’une traduction littéraire ? Découvrons-le dans cet échange avec Amaya García, traductrice espagnole qui se consacre tout particulièrement à la traduction littéraire du français à l’espagnol.

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Comment êtes-vous devenue traductrice et quelle fut votre première expérience du métier ?

Avant tout il y a un fait essentiel dont découle tout le reste qui est que je suis fille de traductrice. Et plus particulièrement, fille de co-traductrice. J’ai par conséquent passé la première moitié de ma vie à observer comment ma mère et sa collaboratrice traduisaient des livres. Elle travaillaient à la maison et je passais des heures à les écouter relire à voix haute, débattre de la pertinence de tel ou tel mot, interpréter la signification d’un passage… J’étais fascinée. Je crois que c’est ce qui a peu à peu modelé mon esprit sans que je m’en rende compte, et m’a appris à penser et lire comme une traductrice. De fait, je suis convaincue que si ma mère avait traduit seule, si elle avait réalisé tout ce processus silencieusement au lieu d’être en “représentation” pour moi et sa collègue, alors je ne serais pas devenue traductrice. Le fait conjugué d’avoir commencé toute petite à apprendre une deuxième langue et d’adorer la lecture dans les deux langues ont créé le terreau parfait pour cette lente évolution, arrivée à terme quand j’ai fait de la traduction mon métier. C’est arrivé quand j’ai obtenu mon diplôme de l’université et que j’étais à la croisée des chemins professionnels.

Traduire implique inventer ?

Je crois que le traducteur invente dans le même mesure qu’un acteur. L’acteur transforme un personnage d’encre et de papier en personnage en chaire et en os. En partant du langage écrit, il “invente” le langage oral (intonations, inflexions, registre vocal…) et le langage corporel, gestuel et expressif du personnage. Le traducteur, à partir de l’analyse de l’oeuvre d’un écrivain “invente” cet écrivain qui s’exprimerait dans une autre langue. Et à partir de là, il “recrée” tout le reste dans sa propre langue. Je crois que le terme “recréer” rend mieux compte que “inventer” le travail du traducteur. Les jeux de mots ou les blagues en sont un bon exemple : quand il est impossible de les traduire littéralement, il est vrai qu’il faut ajouter une dose de créativité, d’ingéniosité et d’inventivité pour trouver un équivalent dans ta propre langue, mais en réalité tu ne “l’inventes” pas, tu recrées avec les éléments dont tu disposes.

Que pensez-vous de l’expression italienne “traduttore, traditore”, relative au travail difficile du traducteur ?

Cela m’a toujours semblé être une définition très injuste. Tout d’abord car quand un artiste, écrivain, dramaturge, musicien, peintre etc. soumet son oeuvre au jugement du public, il court le risque que ce dernier en donne des interprétations auxquelles il ne prétendait pas. Le traducteur est avant tout un lecteur et en tant que tel il fait sa propre lecture du texte qu’il traduit, même s’il tente de minimiser cette part de subjectivité il ne peut la supprimer complètement. Et si cela constitue une “trahison” de l’auteur et de son oeuvre, il ne trahit pas plus que tout autre lecteur.

D’autre part, je crois qu’aucun traducteur honnête ne “trahit” le texte de manière délibéré. Il y a trahison quand la traduction manipule le texte original pour le censurer (en omettant ou altérant des parties) ou quand le traducteur y met son ego et veut laisser son empreinte personnelle (dans le style par exemple), qui est la dernière chose que devrait faire un bon traducteur. Mais je crois que ces vices ne s’appliquent pas à la majorité des traducteurs, bien au contraire. C’est la raison pour laquelle la fameuse généralisation “traduttore, traditore” me semble si injuste.

Vous avez travaillé à la traduction du Livre des Baltimore de Joël Dicker qui a déclaré au salon du livre de Madrid où vous vous êtes rencontrés : “Je dépends totalement de la traduction. Si elle n’est pas bonne, le tout est un désastre”. Comment savez-vous si vous avez réussi à faire une bonne traduction ?

Une bonne traduction est une traduction fidèle, pour le meilleur et pour le pire. Par exemple, si le texte est mal écrit dans la langue de départ, il doit l’être également dans la langue d’arrivée. Si durant la traduction, on “l’améliore”, le résultat sera un texte bien écrit, mais pas une bonne traduction (et bien sûr les originaux mal écrits sont paradoxalement bien plus difficiles à traduire). Mais une bonne traduction est aussi celle qui fait que “notre” lecteur ressente la même chose que le lecteur de l’oeuvre originale. En outre, une bonne traduction doit être fidèle, être consciente des limites du traduisible, et ne pas les outrepasser (en ayant recours à une “note du traducteur” si nécessaire).

Comment est-ce que je sais si j’ai atteint mon but ? Et bien, en en étant consciente durant le processus de traduction et de relecture des brouillons. Et par la suite en laissant “reposer” la traduction pour m’en distancier. Si après cela tu relis le texte et ressens ce que tu as ressenti à la lecture de l’original, c’est que c’est une bonne traduction. En ce sens, il est très utile de travailler en équipe, comme le faisait ma mère avec sa collègue et comme nous le faisons désormais toutes les deux. Et bien entendu, il y a aussi cet autre membre indispensable à l’équipe, le correcteur, dont le rôle fondamental à mes yeux (outre le besoin d’enlever des erreurs et des “arêtes”, qui est très important mais c’est aussi le cas avec les textes originaux), est d’être le premier lecteur de la traduction qui n’ait pas le “filtre” de l’original (au moins dans un premier temps) et peut nous dire comment sonne le texte, ce qu’il ressent…et si c’est la même chose que l’on a ressenti à la lecture de l’original, c’est que la traduction est bonne.

2Joël Dicker a justement dit, dans le même entretien qui a donné lieu à l’article dont est extraite cette citation, que grâce aux traductions (en l’occurrence en anglais et en allemand qui sont les langues qu’il maîtrise) il avait pu lire ses romans comme un lecteur lambda, comme s’il les découvrait et les appréciait pour la première fois. Et qu’il avait ressenti ce qu’il voulait que ressentent les lecteurs en français, ce dont on peut conclure que les traductions étaient bonnes. Je veux croire qu’avec notre traduction de ses romans en espagnol il ressentirait la même chose.

Avez-vous une relation “amour -haine” avec les mots ?

Plus que de haine, je parlerais d’impotence, quand je vois qu’un écrivain fait un jeu de mot en français, non pas à cause de l’ingéniosité mais parce que dans sa langue qui est pleine d’homonymes, cela sort tout seul, tout naturellement, et de mon côté je passe une après-midi entière de travail à trouver une solution (sans parler du fait que je ne cesse d’y penser des heures durant, en dehors de ma journée de travail).

Même si c’est justement, entre autres, cette caractéristique du français qui explique mon amour de cette langue. Et sans même parler de jeux de mots, il y a d’autres mots en français qui sont vraiment horribles à traduire, car ce sont des mots passe partout (par exemple doux, douce, douceur) qui ont un sens différent dans chaque contexte mais manquent d’un équivalent en espagnol. De telle façon qu’il est nécessaire d’interpréter (au risque de “trahir”) l’acception la plus adéquate et trouver le terme en espagnol avec lequel exprimer cela. Et alors je ne “déteste” plus l’écrivain pour avoir fait l’ingénieux, mais tout au contraire pour avoir eu la paresse de mettre “doux” au lieu de nuancer un peu et trouver un mot moins ambivalent.

Quels mythes y a-t-il autour du traducteur littéraire ?

Premier mythe : le traducteur “trahit”.

Jusqu’à il y a moins de vingt ans, les ressources de documentation dont disposaient les traducteurs en général et les traducteurs littéraires en particulier, du moins en Espagne, étaient très limités comparés avec les moyens dont nous disposons aujourd’hui grâce à internet et le passage au numérique. Traduire, en particulier des textes d’autres époques (sans parler d’autres cultures), d’auteurs décédés, exigeait parfois une de trouver des termes et des concepts très difficiles à traduire, même en ayant une bonne culture générale et en ayant beaucoup lu. Chaque traducteur faisait ce qu’il pouvait avec les moyens à sa disposition, et si même ainsi il ne trouvait pas de traduction satisfaisante, il ne lui restait plus qu’à inventer, omettre, donner une solution ambiguë…

Deuxième mythe : le traducteur solitaire.

Je suppose que le fait que beaucoup d’écrivains travaillent seuls contribue à créer la croyance que leurs traducteurs travaillent de la même manière. Mais traduire un livre ce n’est pas la même chose que l’écrire et, de fait, pour moi, la meilleur façon de traduire c’est en équipe, et si possible avec un co-traducteur très proche et toujours avec un bon correcteur. Et même s’il est vrai que jusqu’à assez récemment, nous les traducteurs étions un peu plus isolés, avec les nouveaux moyens de communication ce n’est plus le cas et nous communiquons abondamment et en permanence entre nous, comme les autres métiers. Et de fait aussi avec d’autres métiers pour tout sujet : pour des doutes linguistiques, mais aussi des doutes sur du contenu ou des thèmes juridiques, de travail, administratifs… Et avant cela il y avait les associations, davantage centrées sur les revendications professionnelles ou juridiques (comme le statut du traducteur littéraire dans le code de la propriété intellectuelle espagnol), mais aussi qui organisaient et continuent à organiser des rencontres physiques destinées aussi bien aux professionnels avec de l’expérience qu’aux débutants. De nos jours, le traducteur qui travaille de manière isolée et en solitaire est celui qui le souhaite.

Troisième mythe : les traductions alimentaires sont moins bien et indignes alors que les traductions par vocation sont meilleures et plus nobles.

Un traducteur littéraire professionnel travaille contre un salaire, pour gagner sa vie, comme tout autre professionnel. Cela ne signifie pas qu’il ait moins de vocation, cela ne ternit pas du tout la qualité ou la dignité de son travail. Celui qui traduit “par pure vocation et amour de la littérature” (c’est à dire gratis et amore) n’est pas par définition un moins bon ou un meilleur traducteur que les professionnels. Mais ce qui est sûr c’est que par définition ce n’est pas un traducteur professionnel. Et de fait, si l’on se réfère à la qualité, celui qui traduit pour l’amour de l’art se limite généralement à ce qui lui plaît (auteurs, genres, styles, époques…), alors que celui qui traduit pour l’argent doit se confronter à des oeuvres qu’il n’aurait jamais choisies de son propre chef. Et cette diversité donne une expérience, une flexibilité et des connaissances qu’il n’aurait pu acquérir sans sortir de sa zone de confort et qui en font au bout du compte un meilleur traducteur.

Quatrième mythe : le traducteur “expérimentateur”.

Certains collègues s’attachent à diffuser la croyance (certes séduisante pour les profanes), qui voudrait que pour traduire correctement un écrivain, il faudrait expérimenter la même chose que lui, voir avec ses yeux les couleurs qu’il décrit, sentir les mêmes odeurs, marcher dans les mêmes rues… Je suis désolé mais cela n’est pas vrai, et si j’ai offensé quelqu’un, qu’il m’envoie ses parrains. L’art d’être un bon écrivain réside en ce que les lecteurs ressentent tout cela sans sortir du texte. Et l’art d’être un bon traducteur réside en ce qu’il s’en tient au texte de l’auteur, sans reconstruire son processus créatif : donc se documenter sur l’écrivain oui, mais pas revivre ce qu’il a vécu. D’après cette théorie il serait matériellement impossible de traduire presque toute la littérature, non pas de pays lointains, mais d’autres époques. Sans parler de la littérature fantastique.

Cinquième mythe : la traduction littéraire est moins sérieuse et par conséquent moins professionnelle que d’autres spécialités.

Ce mythe m’attriste beaucoup car il est, de façon inexplicable, enraciné parmi de nombreux traducteurs et crée des querelles de clocher. En effet il y a des traducteurs très professionnels spécialisés dans d’autres domaines qui acceptent occasionnellement une traduction littéraire en dessous du tarif habituel (et même en dessous du tarif habituel de la traduction littéraire qui est d’ordinaire déjà plus bas) car “ils sont gratifiés par la distraction qu’offre la traduction littéraire”, sans même se rendre compte qu’ils manquent profondément de solidarité, outre qu’ils contribuent à perpétuer cette différence injuste et injustifiée entre la traduction littéraire et ses autres spécialités.

Les titres sont aussi importants que l’histoire que narrent les livres, comment travaillez-vous à leur traduction ?

Le titre est en effet très important, mais c’est un élément de l’oeuvre parmi d’autres. Parfois très simple, parfois complexe et imposant un travail de traduction important. Mais de mon expérience personnelle, le problème principal n’est pas posé par les titres eux-mêmes mais par les maisons d’édition. Pour commencer, le titre devrait être le dernier élément à traduire, surtout quand il recouvre des références que l’on ne peut comprendre totalement sans avoir lu le livre, ou lorsqu’il fait allusion à des parties du livre. Mais certaines maisons d’édition souhaitent connaître le titre en espagnol avec des mois d’avance pour pouvoir l’inclure dans les catalogues de nouveautés et commencer à préparer la promotion. Ils le veulent non pas avant qu’on ait eu le temps de traduire le livre, mais avant qu’on ait eu le temps de lire en français, d’où l’utilité d’outils tels que Babelio comme je l’explique par la suite. Mais ce qui me dérange le plus c’est lorsque les critères marketing priment sur les critères philologiques pour choisir le titre.

Quelle fut l’oeuvre dont la traduction a été le défi le plus difficile pour vous ?

Sans aucun doute les ouvrages de littérature du XIXème siècle que j’ai traduits toute seule. J’ai traduit divers auteurs du XIXème siècle avec ma mère, qui est une spécialiste de cette période, et le fait de compter sur son soutien et son expérience n’a pas rendu la tâche plus aisée mais garantissait que le résultat soit le meilleur possible. Et même si j’ai beaucoup appris à ses côtés, les deux livres de Jules Verne que j’ai traduits toute seule – l’un d’entre eux n’a pas été publié et je suis encore en cours de relecture de l’autre – m’ont causé beaucoup de difficultés. Traduire des livres d’une autre époque est compliqué car on ne peut aspirer à les traduire comme si l’on était un traducteur contemporain de l’auteur sans risquer de publier un pastiche illisible, mais on ne peut pas non plus le moderniser à l’excès, au risque de le transformer en une adaptation plus qu’en une traduction. On doit prendre un soin particulier à ne pas utiliser de termes ou même de concepts anachroniques, enquêter sur l’acception qu’avait chaque mot ou chaque tournure de phrase à l’époque, qui peut différer légèrement de son sens actuel, chercher un équivalent en espagnol avec les mêmes critères, se documenter sur les objets et les habitudes du quotidien qui nous apparaissent aujourd’hui étranger. Et pas seulement dans des dictionnaires et encyclopédies mais aussi chez des auteurs espagnols contemporains, plonger dans nos lectures passées ou les élargir pour “s’imprégner” et s’acclimater. Bref, c’est un processus qui s’avère pour moi très lent et solitaire, bien que passionnant.

Quels auteurs souhaiteriez-vous amener du français à l’espagnol parmi ceux qui n’ont pas encore été traduits ?

Cette question est la plus difficile. Je n’ai pas souhaité céder à la tentation de chercher [ceux qui n’ont pas été traduits] sur internet car je pense que ce serait tricher. Il est donc possible que je me trompe, mais je pressens que non. Il y a un auteur français que j’adore et chaque fois que je le lis je pense “Comment est-il possible qu’il soit si peu connu en Espagne ? Il faudrait le traduire”. Il s’agit de Marcel Pagnol, qui en France est un classique du XXème siècle qui se lit à l’école primaire et dont, à ma connaissance, on n’a traduit en Espagne qu’un film adapté d’un de ses romans : Jean de Florette. Et même si j’adorerais traduire ses romans, je ne me vois clairement pas capable de traduire sa trilogie Marius, Fanny et César, qui est l’exemple parfait de l’impossibilité de traduire sans “trahir” les régionalismes. Tous les personnages parlent (et ils parlent beaucoup car c’est du théâtre) un marseillais fermé qui, en toute logique n’a d’équivalent dans une aucune autre langue. Cette dimension se perdrait complètement et avec elle se perdrait la moitié de l’oeuvre.

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Et de l’espagnol au français ?

Une auteure espagnole est une de mes références et je n’arrête pas de la citer à chaque fois que je parle de ma relation avec la littérature : Elena Fortún. Je suis quasiment certaine qu’elle n’a jamais été traduite en français (et potentiellement en toute autre langue). Et je crois qu’au delà de sa qualité littéraire et ludique (les vagabondages de Celia enfant sont très drôles, de même que ceux de ses frères et de ses cousines, avec l’ineffable Matonkiki, surnommée ainsi en référence au refrain de La petite tonkinoise chantée par Joséphine Baker) il y a une peinture des moeurs et une valeur historique qui transcendent le genre de la littérature jeunesse. Je pense qu’elle mérite d’être connue et reconnue en dehors de l’Espagne, et pourquoi pas parmi les petits-enfants et arrière-petits-enfants des Espagnols qui émigrèrent en France en fuyant la Guerre Civile et le franquisme, de même que Celia qui émigra en Amérique. Peut être que ces descendants de migrants qui restèrent en France et qui probablement ne parlent même plus espagnol, apprécieraient de lire ce que lisaient leurs grands-parents ou arrière-grands-parents lorsqu’ils étaient petits, et d’imaginer à traver ces histoires à quoi ressemblaient leurs vies en Espagne juste avant de devoir fuir.

Vous avez dit avoir recours à Babelio en français et en espagnol en tant que professionnelle et en tant que lectrice. Qu’avez-vous trouvé dans le site ?

En effet, dernièrement j’ai traduit et co-traduit de nombreux auteurs contemporains francophones (pas seulement français car Joël Dicker est suisse et parce que j’ai aussi traduit une auteure canadienne, Joanna Gruda) que je ne connaissais pas et que je n’avais pas eu le temps de lire (il y a tant de livres à lire…). Pour me documenter, avant de commencer à travailler j’ai inévitablement recours à internet. Il y a quelques années, je me suis rendu compte que de nombreuses critiques intéressantes, interviews, citations… me ramenaient à un seul site internet : Babelio.com (qui est en outre un nom très attrayant pour un traducteur). Désormais je vais directement sur Babelio et je cherche d’autres sites pour obtenir des faits très concrets. Mais au delà des entretiens ou des liens vers les critiques de presse spécialisée ou des citations de livres ajoutées par les membres du site, Babelio propose quelque chose d’unique, qui sont les critiques de “lecteurs ordinaires”. Il s’agit habituellement de critiques étonnamment bien écrites, structurées, argumentées avec une sincérité absolue, et qui me donnent souvent des indications sur des points commun avec d’autres livres du même auteur que je n’ai pas lus et des références que je ne dois pas ignorer. En outre, même si je me considère assez francisée, je ne peux m’empêcher de “sentir” les livres depuis ma condition d’Espagnole. Et grâce aux lecteurs qui écrivent sur Babelio, je sais comment et pourquoi ils les ressentent depuis leur condition de Français. Et je peux tenter de recréer le texte de telle manière que le lecteur espagnol le ressente également ainsi, dans la mesure du possible.

Babelio en espagnol est encore tout nouveau et n’est pas autant “alimenté” que la version française mais je crois qu’il prend le bon chemin. Pour l’instant je le consulte pour voir si les lecteurs mentionnent une de mes traductions, en bien ou en mal, et pour savoir comment ils perçoivent mon travail pour pouvoir agir en conséquence. Et je recherche aussi des recommandations pour mes lectures personnelles qui puissent, comme je l’ai dit, me sortir de ma zone de confort aussi comme lectrice. Car je considère que pour être bien formé un traducteur littéraire doit lire de tout.

Merci Amaya pour vos réponses !

Retrouvez ici l’entretien original (en espagnol).

Entretien réalisé par Lucía Moscoso Rivera et trahit par Pierre Fremaux

A la rencontre des membres de Babelio (27)

Avec plus de 650 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. En ce Mois de l’imaginaire, nous avons le plaisir de vous faire rencontrer un lecteur passionné de science-fiction, fantasy, fantastique, et toutes leurs déclinaisons.

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Rencontre avec fnitter, inscrit depuis le 31 janvier 2012.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

Je cherchais des livres à lire sur un grand site marchand et j’étais fasciné par les critiques écrites par finitysend, un modèle d’érudition en SF. Je m’étais dit à l’époque : Et pourquoi pas, donner envie moi aussi, à d’autres lecteurs ? Et me voilà embarqué dans la critique à tout va. Mais le côté mercantile et surtout la tendance de certains à descendre des critiques, juste pour monter en réaction dans le classement, ou peut-être même pour le plaisir, m’agaçait prodigieusement. C’est en cherchant sur Internet un site qui n’avait pas ces inconvénients que je suis tombé sur Babelio. J’ai tout de suite été séduit. Facile d’utilisation, convivial et si quelqu’un n’aimait pas mes critiques, il pouvait le dire, mais il fallait argumenter. Je n’en suis plus jamais reparti. (Et j’y ai même amené finitysend.)

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Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Essentiellement de la science-fiction de tous les genres et sous-genres possibles et imaginables du plus bourrin au plus poétique. Je n’ai lu que cela pendant des années. Et doucettement, je me suis rendu compte que la fantasy pouvait m’apporter aussi ce que je recherchais tant dans la SF et des ouvrages de cet autre genre sont venus grossir les rangs. Je suis un fan inconditionnel et presque absolu de la littérature de l’imaginaire. Presque, parce qu’on peut depuis quelques années maintenant, retrouver  dans ma bibliothèque de l’aventure maritime ou historique. Je vous passe toutes les BD d’enfance que je relis encore et toujours.

Vous lisez beaucoup de littératures de l’imaginaire et participez activement au Groupe dédié sur Babelio. Comment est né cet intérêt, et qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

fondationPar hasard. J’avais 13 ans. Je ne lisais pas (ou plus), en dehors des romans scolaires imposés bien rébarbatifs – j’ai développé depuis une sorte d’allergie à la littérature blanche. Un catalogue France Loisirs plus tard (imposé par mes parents ? Étais-je volontaire ?) je découvrais Fondation d’Isaac Asimov. Une révélation. Je n’ai plus jamais quitté la SF.

La réponse à la seconde question tient en un seul mot : Évasion…

Mais argumentons un peu : Quel « genre » permet de lire un jour, un roman d’espionnage, une autre un roman de guerre, un polar, un roman d’amour, un essai philosophique (ou presque) tout en conservant une part de merveilleux et surtout cette capacité à surprendre ? À rêver ? À frissonner ? À s’évader ? Mais aussi à s’instruire ? La SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique, pour les intimes). Pour moi, la littérature de l’imaginaire reste la meilleure littérature de loisirs et n’est pas (ou plus ? ) un refuge pour ado un peu geek.

Je critique pour les convaincus, mes billets sur Babelio permettent de les orienter vers un titre précis. Mais ma plus grande joie, c’est de convertir (bon allez, disons « décider », « amadouer ») un « allergique » au genre. Et quand un Babelionaute me dit que grâce à ma critique, il s’est laissé tenter par un livre de SFFF et qu’il a adoré, ça me transporte et me convainc de continuer. (Bon ça flatte aussi sauvagement mon ego et c’est toujours bon à prendre.)

Quels sont les livres de l’imaginaire qui vous semblent incontournables, et pourquoi ceux-ci ?

Il y en a tellement. (Et j’ai fait des listes d’ailleurs sur ce thème.)

Raison pour laquelle je vais me contenter de deux :

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En SF : Dune de Frank Herbert (et s’il doit y avoir une couverture d’illustration, je veux celle de l’édition Pocket de 1987).  Je devais donc avoir 16 ans si je calcule bien. Et si j’ai adoré mes premiers livres de SF, Dune est probablement la première et l’une de mes plus grandes claques littéraires. Un livre-univers, un space opera (et un planet opera), un roman d’aventure, de guerre, d’amour, politique, religieux. Ce livre mérite tous les superlatifs  laudatifs que je pourrais lui trouver. La quintessence de la SF. (Tiens, il faudra que j’en réécrive la critique sur Babelio un de ces quatre.)

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Et s’il y a UN titre qui peut concurrencer Dune en matière de giroflée à cinq pétales, on va faire dans l’éclectisme et choisir de la fantasy, française de surcroît (puisqu’il faut bien l’avouer j’ai une petite prédilection pour la littéraire américaine et anglo-saxonne), c’est La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Une œuvre qu’on adore ou qu’on déteste, (il n’y a souvent pas de juste milieu) et qui m’a laissé sur le carreau. Une œuvre forte, poignante, prenante, on ne ressort pas indemne de cette histoire. Mais au contraire de Dune que j’ai lu de multiples fois, je n’ai jamais osé relire celle-ci.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Ça peut paraître bête après tout ce que je viens d’écrire mais ma première grande découverte littéraire c’est : Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Un classique parmi les classiques. On est d’accord. Mais mais mais… Ne serait-ce pas de la littérature de l’imaginaire ?

On peut le qualifier de livre pour enfant ou de littérature jeunesse, de conte philosophique, de livre fantastique (mais pas de SF, certes). On peut le lire avec plusieurs niveaux de compréhension mais avec une constante, le rêve, l’évasion et le merveilleux. Lu enfant, lu adolescent, lu adulte. C’est l’un des livres qui m’a le plus marqué, ne serait-ce que parce que c’est l’un des plus anciens dont je me souviens. (Je vous passe les Oui-oui et le Club des cinq.) Raison pour laquelle peut-être, je ne l’ai jamais critiqué ou cherché à argumenter dessus.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Franchement ? Aucune espèce d’idée. Aussi vais-je vous faire découvrir mon dernier coup de cœur associé à Babelio puisque c’est un livre que j’ai pu obtenir grâce à l’opération Masse Critique (et que je n’aurais probablement jamais acheté d’initiative) : Le Peuple de la brume de José Eduardo Agualusa. Un magnifique voyage au pays des rêves, à mille lieux des récits post-apocalyptiques pleins de fatalisme, de violence, de haine et de triste réalité (que j’affectionne par ailleurs), un voyage initiatique résolument optimiste et léger qu’on lit la tête dans les nuages et des étoiles plein les yeux.

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David Weber © DR

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Et là, après l’envolée lyrique de la question précédente, on redescend sur Terre, mais on se ré-envole dans l’espace. Mission basilic de David Weber. Même, en fait,  probablement  les 11 premiers tomes de la série qui doit compter plus d’une vingtaine de titres (en comptant les spin off). LE livre qui m’a fait prendre conscience que la science-fiction militaire, dont je suis si friand, était un genre à part entière et qui m’a fait découvrir, grâce aux recherches avec ces mots-clés, l’univers bien plus trash de Warhammer 40.000 et Fantômes de Gaunt de Dan Abnett.

Pour les néophytes, la SF militaire c’est la science-fiction qui met en scène, la plupart du temps, des militaires, avec comme corollaire le plus fréquent : la guerre. Les titres les plus emblématiques de cette sous-catégorie : Étoiles, garde à vous de Heinlein, La Stratégie Ender de Card, La Guerre éternelle de Haldeman.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Aucun. Si j’ai envie de livre un livre, je le lis et sinon, je n’ai aucune espèce de remord à laisser de côté un livre qui ne m’intéresse pas. Honte d’avoir lu certains livres ? Oui très probablement (et même sûrement), mais je ne donnerai aucun titre. Mais le contraire ? Non. Je dois avoir 1 500 titres dans ma PAL (dont la plupart restent à acquérir d’ailleurs). J’ai de quoi satisfaire ma soif de lire pour plusieurs vies, vu que cette PAL ne cesse de grossir.

Bon, pour essayer de répondre à la question, tout en collant à l’actualité , je dirais : La Servante écarlate de Margaret Atwood, plusieurs fois en tête de PAL, mais que je repousse à chaque fois pour un titre plus léger.

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Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Tiens, changeons totalement de registre (et après tout, j’ai dit tout en haut que je m’ouvrais au roman d’aventure historique). Seulement 41 petits lecteurs sur Babelio : L’Aigle de Sharpe de Bernard Cornwell.  Un époustouflant roman d’aventure guerrière sur fond historique durant les guerres napoléoniennes en Espagne. Un régal totalement addictif.

Tablette, liseuse ou papier ?

Tablette, non. Je n’en ai même pas. Longtemps papier (avant l’invention des liseuses), longtemps réfractaire à la liseuse, avec les mêmes arguments que tout le monde (l’odeur du papier, la page qu’on tourne, l’objet sacré, etc.). Et puis j’ai découvert… la liseuse. C’est quand même vachement pratique ce truc. Ça s’emmène partout, ça tient dans la poche. Et quand on est à l’extérieur, qu’on a presque fini son bon gros pavé et qu’on doit en attaquer un autre ? Deux kilos de paperasses dans le bahut ou un peu d’électronique ? Et au final, au risque de m’aliéner les puristes adeptes de la secte du papier, dans un bouquin, c’est l’histoire qui compte.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Là où je me trouve. J’emmène toujours un livre avec moi. Mais l’endroit où je lis le plus souvent reste quand même mon canapé. MA place sur la canapé. Celle avec le trou pile poil à la taille de mes fesses. Normal ce sont elles qui l’ont fait, ce trou. Un peu de musique et le tour est joué.

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George R.R. Martin © DR

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Et bien je vous avoue que non, rien de spirituel ou de marquant qui ne me vienne spontanément à l’esprit. Donc pour tricher un peu je suis allé sur les citations que j’avais postées sur Babelio et je suis tombé sur une citation plutôt très à propos :

« L’esprit a autant besoin de livres qu’une épée de pierre à aiguiser pour conserver son tranchant. » (George R.R. Martin, Le Trône de fer).

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

J’ai toujours une bonne dizaine de titres en réserve, plus ou moins classés, qui varient souvent en raison de mes derniers achats coup de cœur. Mais sauf à vouloir absolument lire le dernier David Weber sorti, L’Ombre de la victoire (très décevant d’ailleurs), c’est plutôt : « Chérie, donne-moi un chiffre entre 1 et 5. »

Bon, pour ce mois-ci, j’ai un impératif (très agréable d’ailleurs) : Le Trésor des Américains de Fabien Clauw, une histoire d’aventure maritime à la fin du XVIIIe, côté français (pour une fois), mon dernier livre gagné, grâce encore à la Masse Critique.

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Fabien Clauw © DR

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Même s’il m’arrive d’en lire et de les apprécier, je n’aime pas les critiques trop longues. Souvent trop descriptives. (Je fais exception de quelques Babelionautes qui se reconnaîtront sûrement s’ils lisent cette interview.) 30 lignes c’est un maximum, mais j’avoue qu’il m’est arrivé de dépasser. Je n’aime pas non plus les « critiques » qui tiennent en 20 mots (en est-ce d’ailleurs?). Un résumé n’est pas nécessaire non plus. Une phrase d’accroche, un petit aperçu du pitch du livre, un ou deux, j’ai aimé parce que, ou j’ai détesté parce que. Une ch’tite conclusion et le tour est joué. Comment ça, c’est ce que je fais ?

Blague à part : une bonne critique c’est celle qui donne envie de lire le livre ou qui explique pourquoi on n’a pas aimé, sans forcément donner d’avis péremptoire (bien que cela me soit déjà arrivé). Point.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

On écrit des billets ici, pour orienter un lecteur potentiel, mais aussi, on ne va pas jouer les faux-culs, pour être lu et reconnu. (Sinon on se désinscrirait tous des insignes Babelio.) Et quand il m’arrive IRL de discuter SFFF, je demande toujours à la personne si elle connaît et/ou si elle est inscrite sur Babelio. Et là Paf ! Fnitter, c’est moi. C’est toujours gratifiant de se voir reconnu en dehors des amis « réseaux sociaux ».

utopiales 2018

Du 31 octobre au 5 novembre se tiendra à Nantes l’édition 2018 des Utopiales : y êtes-vous déjà allé ? Est-ce que vous êtes attaché à certains festivals/salons littéraires, liés à l’imaginaire ou non ?

Non, parce que c’est très très loin à la nage. Mais sinon j’avoue n’avoir jamais fréquenté un festival ou salon littéraire. Plus jeune je trouvais mon inspiration dans une grande librairie de livres d’occasion que tout Parisien lecteur de ma génération a connu ou dans Le Science-fictionnaire de Stanislas Barets. Maintenant, mon inspiration, c’est tout bêtement Internet. Babelio bien sûr, mais aussi nooSFere.

Merci à fnitter pour ses réponses !

A la rencontre des membres de Babelio (26)

Avec près de 650 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Et en cette fin septembre 2018, c’est l’Amérique qui agite les accrocs de littérature, notamment avec le Festival America qui se tenait à Vincennes du 20 au 23 septembre. Nous avons cette fois choisi de donner la parole à l’un de ses nombreux voyageurs immobiles, qui n’ont pas l’occasion d’explorer le monde autant qu’ils le voudraient, et qui s’évadent à l’année en lisant.

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Rencontre avec joedi, inscrite depuis le 31 octobre 2010.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Je suis membre d’un groupe de lectrices, Les Saveurs littéraires, créé à l’initiative de la bibliothèque où je réside. C’est lors d’une de ces réunions mensuelles que la bibliothécaire principale m’a parlé de Babelio. J’ai consulté le site et, le 31 octobre 2010 je faisais partie de la grande famille des Babelionautes.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Des romans de tous les horizons, romans historiques, aventures, biographies, policiers, thrillers…

Vous lisez beaucoup de littérature américaine et participez au Groupe dédié sur Babelio. Comment est venue cette passion ? Qu’aimez-vous particulièrement chez les auteurs américains ?

C’est ce questionnaire qui m’a fait réaliser le nombre de romans américains et canadiens déjà lus. Peut-être est-ce la série des romans de Flicka de l’auteure Mary O’Hara qui m’a orientée vers la littérature américaine. A l’époque j’étais à l’école primaire et déjà, je lisais tous les soirs au lit.

L’Amérique, multiculturelle, avec de grandes villes telles New York et de grands espaces où règne encore une nature sauvage, l’Alaska, le Canada, pays voisin, est une manne inépuisable de lectures très diversifiées.

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William T. Vollmann

Quels sont les auteurs américains que vous recommandez particulièrement, et pourquoi ceux-ci ?

William T. Vollmann, trop méconnu, dont j’avais emprunté, à la bibliothèque, Fukushima : dans la zone interdite : Voyage à travers l’enfer et les hautes eaux dans le Japon de l’après-séisme. 86 pages d’une écriture fluide et qui ne manque pas de poésie, un talent certain, une documentation précise, un style que j’ai beaucoup apprécié ; ensuite du même auteur Les Fusils, Le Grand Partout

Underground Railroad de Colson Whitehead, à lire absolument de même que Dans la forêt de Jean Hegland, Les Saisons de la nuit de Colum McCann, la série des Craig Johnson, les romans de Louise Erdrich, auteure qui m’a beaucoup appris sur les Amérindiens ; évidemment John Steinbeck et aussi Richard Powers, Le temps où nous chantions suivi de Orfeo. Du côté Canadien je citerais Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier. J’arrête ici car je me rends compte que je m’emballe !

Dans un avenir proche, je lirai 4321 de Paul Auster dont j’avoue n’avoir lu qu’un livre.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Avec humour je répondrai : Les Malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur, Tartarin de Tarascon d’Alphonse Daudet, Mon amie Flicka déjà citée, en fait tous les romans qui m’ont donné l’amour de la lecture dès mon plus jeune âge.

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Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Les Fusils de William T. Vollmann et la trilogie Entre ciel et terre de Jon Kalman Stefansson pour ne citer que ceux-là.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire qui se trouve même dans ma liseuse.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Aucune honte, je n’ai pas fini de lire, les classiques survivront au temps.

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Stand de Shakespeare & Co lors du Festival America 2018

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Voyages de Hans Christian Andersen, le récit de ses nombreux voyages qui lui fournissaient l’inspiration de ses merveilleux contes.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier le plus souvent mais aussi liseuse, tablette à l’occasion et même une fois smartphone. La liseuse est très pratique pour les voyages et les salles d’attente.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Au  lit : je dors peu et comme j’adore lire cela s’impose.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Pas vraiment.

51Z5EHDeiALQuelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Probablement Eugenia de Lionel Duroy, cette histoire m’intéresse ; à une époque, j’ai vécu six mois en Roumanie.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique succincte dans laquelle les lieux, personnages principaux sont évoqués sans dévoiler l’intrigue.

 

Merci à joedi pour ses réponses !

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Le festival America à la (re)découverte du Canada

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C’est un rendez-vous que tous les amoureux des littératures et des cultures d’Amérique du Nord guettent tous les deux ans, que tous les lecteurs préparent avec une certaine impatience (c’est long deux ans !). La nouvelle édition – la neuvième- arrive enfin : le festival ouvre ses portes du 20 au 23 septembre à Vincennes.

En 2016, c’est tout un festival qui s’interrogeait sur l’état de l’Amérique au moment de l’élection surprise de Donald Trump. Cette année, les regards se portent un peu plus au Nord, vers le Canada.

Le programme

Le festival s’intéresse cette année au Canada et à ses différents écrivains. C’est d’ailleurs plus d’une trentaine d’entre eux qui sont invités, anglophones et francophones, soit comme l’annoncent fièrement les organisateurs « la plus importante délégation d’auteurs de ce pays à venir en France ces dernières années ».

Vous pouvez découvrir ici la totalité du programme et des auteurs invités. De très grands noms de la littérature canadienne -mais pas seulement, seront au rendez-vous : John Irving qui célébrera avec le public les 40 ans de son roman culte Le monde selon Garp, Margaret Atwood, superstar des lettres depuis le succès planétaire de La servante écarlate,  Patrick DeWitt, qui parlera de son livre Les Frères Sisters mais aussi de sa récente adaptation au cinéma, Nicolas Dickner à qui nous avions posé quelques questions pour son très beau roman NikolskiChristian Guay-Poliquin que certains babelionautes avaient rencontré il y a quelques mois lors de la sortie de son roman Le poids de la neige, Tadzio Koelb qui a répondu à nos questions pour son premier roman Made In Trenton, Jennie Melamed, interrogée également sur Babelio il y a quelques semaines pour son roman Et nous ne vieillirons jamais ou encore Nathan Hill, promis aux plus hautes gloires littéraires depuis la publication de son roman Les fantômes du vieux pays.

Pour vous aider à vous retrouver parmi cette forêt non pas d’érables mais d’auteurs, nous vous proposons deux vidéos.

La première revient sur les différentes littératures que l’on retrouve au Canada :

Le seconde revient sur certains des auteurs présents cette années et des rencontres à ne pas manquer :

 

Les rencontres Babelio

Nous animerons certaines rencontres cette année et serions ravis de vous y retrouver ! protest1

Voici notre programme :

– Paysages canadiens

IMG_3840.JPGOn vous attend samedi 22 septembre à 12h salle Carlos Fuentes. Trois auteurs canadiens évoquerons leur rapport aux paysages canadiens : Emma Hooper auteur du roman Les chants du largeLise Tremblay qui publie L’habitude des bêtesD.W. Wilson qui propose un recueil de nouvelles intitulé La souplesse des os.

Un territoire à l’immensité uniquement comparable à la beauté et à la diversité de ses paysages… Quelle relation les écrivains canadiens entretiennent-ils avec les grands espaces sauvages, avec la terre et le paysage ? Quelle place le monde naturel tient-il dans leur inspiration et dans leurs livres ?

Le lien vers l’événement : https://www.festival-america.com/les-evenements/les-sc%C3%A8nes/paysages-canadiens-1.html

– Éloge de la bande et du roman dessinés

42215697_1084723988345144_9134943294499848192_n.jpgRencontre exceptionnelle samedi 22 septembre 18h15 salle Octavio Paz entre deux auteurs de bandes dessinées, Emil Ferris qui publie son premier roman graphique Moi ce que j’aime, c’est les monstres et Joann Sfar qui connaît une triple actualité avec la publication de Puisque tout le monde veut la Guerre, le tome 2 de l’Ancien Temps, la sortie du huitième tome du Chat du Rabbin et la publication également d’un essai Modèle Vivant (nous parlerons peut-être aussi de sa BD Aspirine, objet d’une belle rencontre entre Joann Sfar et les membres de Babelio).

La littérature ne passe pas seulement par les mots mais aussi par le dessin. De plus en plus de romans graphiques ou graphic novels s’offrent au lecteur dans les librairies et bibliothèques. Adaptations de standards de la littérature ou œuvres originales, ces livres permettent une autre expérience de la lecture. Pour l’auteur, quel est le rapport au texte lorsque le dessin prend la main ? Comment s’articulent-ils l’un l’autre ? Y-a-t-il des difficultés des écueils ? Qu’est-ce qu’un roman graphique ou une bande dessinée réussie ?

Le lien vers l’événement : https://www.festival-america.com/les-evenements/les-grands-d%C3%A9bats/g%E2%80%A6-comme-graphique-eloge-de-la-bande-et-du-roman-dessin%C3%A9s.html

– Manhattan stories


IMG_3717.JPGDimanche 23 septembre 14h
, on vous propose un petit voyage littéraire à New-York en compagnie de trois guides de choix : Vivian Gornick qui vient de publier un ouvrage intitulé La femme à part, Kristopher Jansma auteur de New-York Odyssée et Jacqueline Woodson qui après de nombreux ouvrages jeunesse, oublie un roman adulte intitulé Un autre Brooklyn.

Elle est à elle seule un véritable personnage de roman, un monde en soi, une métropole qui ne s’arrête jamais. Elle nous fascine et habite notre imaginaire, plus que toute autre ville. Que représente cette ville pour nos invités ? Qu’a-t-elle à leurs yeux de si particulier ? Comment écrit-on New York ? Chacune ou chacun possède-t-il sa version personnelle de cette ville ? Itinéraire en compagnie de trois auteurs dont les livres ne pourraient en aucun cas se dérouler ailleurs…

Le lien vers l’événement :  https://www.festival-america.com/les-evenements/les-grands-d%C3%A9bats/n%E2%80%A6-comme-new-york-manhattan-stories.html

Les cartons

Comme pour la plupart des festivals avec lesquels nous sommes partenaires, nous vous proposons une grande « chasse au trésor » dans les allées du salon. 63 critiques de lecteurs sont en effet à retrouver sur les stands des éditeurs. Arriverez-vous à retrouver votre critique ? Si c’est le cas, n’oubliez pas de nous avertir sur Twitter ou Instagram.

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Défi d’écriture

On a profité de ce festival et de ses thèmes parfois champêtres pour vous proposer un défi d’écriture autour du thème : la forêt.

Comme d’habitude, il n’y a pas de limite pour la taille de vos textes, vous êtes totalement libre : votre imagination est votre seule limite ! Pour participer, c’est ici.

Le jeu de l’été #2 : la playlist des écrivains

Voici le deuxième couplet de notre jeu de l’été, un jeu aussi bien consacré à la littérature qu’à la musique !

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Nous vous proposons, comme le mois dernier, une liste de 25 chansons de divers genres musicaux. Votre but : identifier un écrivain ou un livre associé à la chanson. Il peut s’agir d’un écrivain auteur de la chanson, de l’adaptation d’une oeuvre en musique, d’une simple (mais évidente) référence ou d’une musique qui a fortement inspiré un roman. 

Il vous faut donner en commentaire le numéro de la chanson et le livre ou l’auteur associé :

1. En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut
2. Nom de l’écrivain qui a écrit la chanson en question
3. Roman dont il est question dans la chanson
etc… (Rappel : Il peut s’agir d’un écrivain auteur de la chanson, de l’adaptation d’une oeuvre en musique ou d’une simple (mais évidente) référence littéraire.)

Pour vous donner une idée vous pouvez regarder comment cela s’est passé pour la session de juillet.

Les commentaires sont cachés et ne seront dévoilés que le vendredi 31 août.

Nous tirerons au sort deux participants de chaque session (deux pour la session de juillet et deux pour la session d’août) pour recevoir des livres de la rentrée littéraire !

N’hésitez pas à participer même si vous n’avez pas tous les résultats d’un coup 🙂

La playlist

1. « The Jean Genie » de David Bowie :

2. « Soma » de The Strokes :
3. »White Rabbit » de Jefferson Airplane :
4. « Paranoid Android » de Radiohead :
5. Op. 168, No. 1 d’ Anton DIABELLI:
6. « Tender » de Blur :

7.  « Venus In Furs » du groupe The Velvet Underground :

8. « Contre l’amour » d’Isabelle Huppert :
9.  « Sympathy For The Devil » du groupe The Rolling Stones :
10.  « Trois poèmes pour Annabel Lee » de Hubert Felix Thiéfaine :
11. Les variations Goldberg de Johann Sebastian Bach par Glenn Gould :
12. « Pauvre Lola » de Serge Gainsbourg :
13. « L’horloge » de Mylène Farmer :
14. « Passengers » de Stephen Emmer (Feat Lou Reed) :
15. « Il n’y a pas d’amour heureux » de Françoise Hardy (et George Brassens) :
16. « Je voudrais pas crever » de Eiffel :
17. « The Invisible Man » de Queen :
18. « Atrocity Exhibition » de Joy Division :
19. La Symphonie pastorale de Beethoven :
20. « I Robot » de The Alan Parsons Project :
21. « Lettre à Milena » de Art Mengo :
22. « So Light Is Her Footfall » de Air :
23. « Four Walls » de Bastille :
24. Ô Amazonie de Gérard Manset :
25. « Firework » de Katy Perry :

MISE A JOUR : Les réponses

Merci à tous d’avoir participé à la deuxième partie de notre jeu de l’été sur les liens entre chansons et littérature ! Les commentaires sont désormais réactivés et deux participants seront sélectionnés et contactés en message privé.

Les réponses : 

1. « The Jean Genie » de David Bowie :

Tout était dans le titre ! Un jeu de mot (maladroit ou pas) autour de l’écrivain français Jean Genet. Il est question dans la chanson d’un personnage fictif inspiré autant de Jean Genet que d’Iggy Pop. Immense lecteur, David Bowie a par ailleurs souvent rendu hommage à ses auteurs préférés. Vous pouvez par exemple retrouver la longue liste de ses recommandations de lecture. Elle est extrêmement riche et surprenante même s’il a oublié d’y inclure des écrivains français…

2. « Soma » de The Strokes :

Le mot « Soma » a forcément dû parler aux lecteurs du Meilleur des Mondes, le chef-d’oeuvre d’Aldous Huxley. Il s’agit de la drogue distribuée chaque jour au peuple pour que tout le monde se sente heureux. Un point de départ idéal pour une chanson du groupe de rock new-yorkais The Strokes.

3. »White Rabbit » de Jefferson Airplane :

La chanson fait évidemment référence au roman Alice au Pays des merveilles et à sa suite De l’autre côté du miroir, le diptyque de chevet de tous les groupes psychédéliques des années 1960 dont Jefferson Airplane faisait partie. La chanson regorge d’allusions aux romans de Lewis Carroll mais aussi à diverses substances hallucinogènes. C’est d’ailleurs la volonté de Jefferson Airplane de montrer à travers la chanson qu’il est également question de drogue dans le roman de Lewis Carroll. On a choisi ce titre pour faire le lien entre la musique et l’écrivain de littérature jeunesse anglais mais les références à Alice dans la musique populaire du 20e siècle sont innombrables.

4. « Paranoid Android » de Radiohead :

L’expression Paranoid Android désigne un personnage de la littérature de science-fiction, Marvin, que l’on retrouve dans Le Guide du voyageur galactique de Douglas Adams. C’est un robot dépressif, parfois un brin cynique et très intelligent qui, à son grand désespoir, n’est souvent utilisé que pour apporter le café (ou ouvrir des portes). Dans la chanson, Thom Yorke, le chanteur du groupe anglais Radiohead, se compare, avec humour, à Marvin.  Il dira à propos de cette chanson : « Le titre a été choisi comme une blague. C’était comme si je disais « oh je suis tellement déprimé » et j’ai pensé que c’était génial. C’est exactement comme cela que les gens AIMERAIENT que je sois. »

5. Op. 168, No. 1 d’ Anton DIABELLI :

C’est un lien d’un genre différent que nous proposions ici. Cette oeuvre musicale n’est pas inspirée d’un roman (à notre connaissance) mais a été utilisée par Marguerite Duras dans son roman Moderato Cantabile. C’est une sonatine de Diabelli que la professeure de piano essaie désespérément de faire jouer à son élève.
6. « Tender » de Blur :
Si le titre est déjà un indice, ce sont les premiers mots de la chanson qui auraient dû mettre sur la piste même les moins bilingues d’entre vous : « Tender is the night », une référence directe au roman de Francis Scott Fitzgerald Tendre est la nuit.

7.  « Venus In Furs » du groupe The Velvet Underground :

Comme son ami David Bowie, Lou Reed était un grand lecteur qui n’hésitait pas à citer ses auteurs préférés comme Hubert Selby Jr ou à les interviewer comme Vaclav Havel. Dans cette chanson, ce n’est ni de l’un ni de l’autre dont il est question mais d’un sulfureux roman intitulé La Vénus à la fourrure de Léopold von Sacher-Masoch. C’est un ouvrage légèrement érotique dans lequel il est question de pratiques masochistes, un thème forcément séduisant pour Lou Reed qui cite directement dans la chanson les personnages du roman. A noter que c’est précisément l’auteur de ce livre qui a donné son nom à ces violences que l’on s’inflige à sois-même : le masochisme (-et c’est à Sade que l’on doit la sadisme qui consiste à les infliger à d’autres personnes).

8. « Contre l’amour » d’Isabelle Huppert :

Grand amateur de poésie, Jean-Louis Murat a très souvent consacré des albums entiers à ses poètes préférés comme Charles Baudelaire (certaines chansons sont disponibles en ligne) ou encore Pierre-Jean de Béranger (voir un extrait ici). Ce sont les mots d’une poétesse méconnue du 17e siècle, Antoinette Deshoulière, que l’artiste auvergnat a mis en musique dans l’album Madame Deshoulière. C’est un album dont les chansons sont presque toutes chantées par l’actrice Isabelle Huppert, comme dans l’extrait proposé pour le jeu.

9.  « Sympathy For The Devil » du groupe The Rolling Stones :

Beaucoup de références possibles pour cette chanson du groupe anglais qui évoque une rencontre avec le diable mais c’est Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov que nous attendions. C’est dans ce livre que Mick Jagger a puisé son inspiration pour l’écriture de la plupart des vers. Il est également naturellement question dans le roman d’une rencontre avec le diable et d’un pacte faustien.

10.  « Trois poèmes pour Annabel Lee » de Hubert Felix Thiéfaine :

Annabel Lee est le dernier poème écrit par Edgar Alan Poe. Décrivant une histoire d’amour funeste entre le narrateur et une jeune (et jolie) femme, ce poème a été maintes fois référencé dans la littérature ou en musique (dont Lou Reed qui a été mentionné plus tôt). Il a su également toucher le chanteur français Hubert Félix Thiéfaine.

11. Les variations Goldberg de Johann Sebastian Bach par Glenn Gould :

De nombreux livres se nomment Les variations Goldberg donc plusieurs réponses étaient théoriquement possibles même si nous attendions surtout le roman éponyme de Nancy Huston puisque les « Variations Goldberg » sont véritablement au coeur du récit de la femme de lettres franco-canadienne et que la structure du roman reprend rigoureusement celle de l’oeuvre de Jean-Sébastien Bach. A noter : il s’agit du premier roman de Nancy Huston écrit directement en langue française.

12. « Pauvre Lola » de Serge Gainsbourg :

Serge Gainsbourg était obsédé par le roman Lolitade Vladimir Nabokov et a consacré plusieurs chansons et albums à cette figure de femme-enfant dont un narrateur (souvent Serge Gainsbourg lui-même) tombe éperdument amoureux. C’est encore le cas ici avec cette chanson dans laquelle on peut, petite anecdote, entendre le rire de France Gall.

13. « L’horloge » de Mylène Farmer :

Plusieurs fois adapté en chanson, le poème « L’horloge » de Charles Baudelaire aura également connu une version assez pop (et un brin grandiloquente) avec cette chanson de Mylène Farmer finalement très différente du reste de sa production musicale. Beaucoup de ses fans furent décontenancés par cette chanson (comme on peu le voir dans les commentaires de la vidéo) mais offrit une nouvelle porte d’entrée dans l’univers de Baudelaire à des milliers d’auditeurs français.

14. « Passengers » de Stephen Emmer (Feat Lou Reed) :

C’est un passage entier et légèrement remanié du chef d’oeuvre de Paul Theroux Railway Bazaar qui est ici récité par Lou Reed. Classique de la littérature de voyage, emporté dans les sacs à dos de nombreux globe-trotters, le roman est une véritable ode au voyage et plus particulièrement aux voyages en train.

15. « Il n’y a pas d’amour heureux » de Françoise Hardy (et George Brassens) :

Poème d’Aragon mis en musique et chanté en son temps par George Brassens, « Il n’y a pas d’amour heureux » offrit également à Françoise Hardy l’une de ses plus belles chansons  -quoique aussi l’une de ses plus tristes.

16. « Je voudrais pas crever » de Eiffel :

« Je voudrais pas crever », chanté par le groupe de rock français Eiffel est en réalité un texte poétique de Boris Vian. De nombreuses personnalités ont également interprété ce poème comme Jean-Louis Trintignant. Cette très élégante version proposée par Eiffel et chantée/ récitée par le chanteur Romain Humeau nous semblait cependant particulièrement réussie.

17. « The Invisible Man » de Queen :

Pas de piège dans cette chanson qui fait référence à l’Homme Invisible de H.G. Wells. Les membres de Queen se sont peu exprimés sur cette chanson écrite au départ par Roger Taylor, le batteur du groupe, qui a eu l’idée de la rythmique de la chanson alors qu’il était en train de lire le livre de H.G. Wells. L’histoire est toujours celle d’un homme invisible mais les liens avec le romans restent ténus. Peut-être que l’homme invisible de la chanson ne l’est d’ailleurs pas réellement…

18. « Atrocity Exhibition » de Joy Division :

Cette chanson de Joy Division reprend le titre d’un recueil de nouvelles expérimentales de l’écrivain anglais J. G. Ballard traduit en français sous le titre La foire aux atrocités. Ian Curtis n’avait pas encore lu le livre avant d’écrire les paroles mais a tout de même emprunté le thème principal du recueil pour concevoir cette chanson autour d’un homme qui tente de donner du sens à plusieurs événements choquants. J.G. Ballard a par ailleurs inspiré de nombreux groupes britanniques comme le rappelle la BBC.

19. La Symphonie pastorale de Beethoven :

La Symphonie pastorale est le titre d’un roman écrit par André Gide dans lequel la Symphonie de Beethoven tient une place primordiale. Un pasteur, le narrateur, emmène une jeune aveugle dont il tombe peu à peu amoureux écouter cette symphonie. Le concert émeut profondément la jeune fille. Nous en parlions déjà dans un ancien article de blog.

20. « I Robot » de The Alan Parsons Project :

Pas de piège pour les amateurs de science-fiction, cette chanson et tout l’album éponyme du groupe font références à un recueil de Isaac Asimov intitulé I, Robot en version originale et Les Robots en français. Si l’album devait au départ s’appuyer assez fidèlement sur l’univers d’Asimov et que ce dernier était tout à fait enthousiaste, le groupe n’obtint pas les droits pour le faire, ceux-ci ayant déjà été vendus. La virgule entre « I » et « Robot » fut ainsi supprimée et les textes légèrement modifiés pour se détacher des robots inventés par l’auteur phare de la SF.

21. « Lettre à Milena » de Art Mengo :

Cette chanson s’inspire de la correspondance passionnée entretenue par l’écrivain Franz Kafka et la journaliste, écrivain et traductrice Milena Jesenska. Il s’agit pour le chanteur Art Mengo, de « l’une des plus belles correspondances de la littérature ».

22. « So Light Is Her Footfall » de Air :

C’est dans un texte d’Oscar Wilde que l’on peut trouver cette jolie expression et plus exactement dans Le fantôme de Canterville, un court roman à destination des enfants. Une superbe inspiration pour le groupe français Air qui raconte en interview d’où vient exactement cette chanson : « La brume, Oscar Wilde, le XIXème siècle, un côté très sombre et très romantique. Cette quête d’un fantôme dans la nuit qui nous échappe à chaque coin de rue, à la lumière des réverbères tamisée par le brouillard londonien (…) ».

23. « Four Walls » de Bastille :

Cette chanson du groupe Bastille est inspirée du roman de Truman Capote De sang froid qui est d’ailleurs plus ou moins cité dans la chanson (« You’ve only these four walls before they, in cold blood, hang you up »). Le groupe parle de cette même affaire de quadruple meurtre qui eut lieu dans le Kansas et qui inspira Truman Capote. C’est l’occasion pour le chanteur de s’interroger sur la peine capitale prononcée dans cet état américain.

24. Ô Amazonie de Gérard Manset :

Ce n’est pas un roman qu’il fallait trouver ici mais, une fois n’est pas coutume, une bande dessinée. Les auditeurs auront peut-être reconnu dans la chanson le texte « Manitoba ne répond plus », phrase qui a donné également son titre à l’album. Et c’est à Hergé qu’il doit ce joli vers puisqu’il s’agit du titre d’une aventure de Jo, Zette et Jocko. Un pur récit d’aventure à la Hergé qui colle bien à l’univers de Gérard Manset, lui qui est passionné par les voyages et les récits de bateaux perdus.
Certains ont répondu simplement Gérard Manset car il est vrai que le discret chanteur a également publié plusieurs (étonnants) romans. Mais cela aurait été un peu trop facile, vous ne trouvez pas ?

25. « Firework » de Katy Perry :

La jeune chanteuse pop aux millions d’albums vendus et aux milliards de vues sur Youtube a parfois de bien étonnantes sources d’inspiration. C’est en effet dans les pages du roman Sur la route de Jack Kerouac qu’est née cette chanson. C’est son boyfriend de l’époque, un fanatique du livre, qui lui en a parlé et qui l’a poussé à lire le roman. C’est un passage en particulier (beaucoup de gratitude pour la personne qui trouve le passage en question) qu’elle reprend dans la chanson.

Le jeu de l’été : la playlist des écrivains

Et si vous partiez en vacances non pas avec le tube de l’été mais avec une liste de chansons liées à la littérature ? C’est ce que nous vous proposons à travers notre jeu de l’été aussi bien dédié à la musique qu’à la littérature !

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Voici une liste de 25 chansons de divers genres musicaux. Votre but : identifier un écrivain ou un livre associé à la chanson. Il peut s’agir d’un écrivain auteur de la chanson, de l’adaptation d’une oeuvre en musique ou d’une simple (mais évidente) référence.
Pour le premier titre, donné en exemple, il faudrait indiquer le livre En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut.

Il vous faut donner en commentaire le numéro de la chanson et le livre ou l’auteur associé :

1. En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut
2. Nom de l’écrivain qui a écrit la chanson en question
3. Roman dont il est question dans la chanson
etc… (Rappel : Il peut s’agir d’un écrivain auteur de la chanson, de l’adaptation d’une oeuvre en musique ou d’une simple (mais évidente) référence littéraire.)

Les commentaires sont cachés et ne seront dévoilés que le lundi 30 juillet. Nous vous proposerons une nouvelle session de 25 autres chansons en août.

Nous tirerons au sort deux participants de chaque session (deux pour la session de juillet et deux pour la session d’août) pour recevoir des livres de la rentrée littéraire !

N’hésitez pas à participer même si vous n’avez pas tous les résultats d’un coup 🙂

La playlist

1.  Nina Simone : Mr. Bojangles

2. Françoise Hardy : Etonnez moi, Benoit

3. Ed Sheeran : I See Fire

4. The Kinks : Animal Farm

5. U2 : The Ground Beneath Her Feet

6. Dominique A: Chanson De La Ville Silencieuse 

7. Jean-Louis Aubert : Lorsqu’il Faudra

8.Stéphane Eicher : Déjeuner En Paix

9. Sheila : Mélancolie

10. The Cure : Killing An Arab

11. Juliette Gréco : Rue Des Blancs Manteaux

12. Tori Amos : Tear In Your Hand

13. Blue Oyster Cult : Black Blade

14. Robert : L’Appel De La Succube

15. The Ramones : It’s Not My Place

16. Marc Lavoine : Myriam

17. Johnny Hallyday : Quelques Cris

18. Chance The Rapper : Same Drugs

19. Alain Bashung : Osez Joséphine

20. Lana Del Rey : Off To The Races

21. Kate Bush : Wuthering Heights

22. The Doors : End Of The Night

23. Nirvana : Scentless Apprentice

24. Radiohead : Banana Co.

25. Juliette : Les Garçons De Mon Quartier

MISE A JOUR : Les réponses

Merci à tous d’avoir participé à la première partie de notre jeu de l’été sur les liens entre chansons et littérature ! Vous êtes nombreux a avoir trouvé l’essentiel des liens alors que le jeu n’était pas si facile. Bravo à vous tous et particulièrement à ceux qui ont tout trouvé ! Les commentaires sont désormais réactivés et deux participants seront sélectionnés et contactés en message privé. On fait une pause dans la playlist qui reprendra cependant dès demain avec une deuxième session.

Voici les réponses au jeu : 
1. Nina Simone : « Mr. Bojangles » : Ce classique de Jerry Jeff Walker devenu immortel grâce à l’interprétation de Nina Simone et repris un nombre incalculable de fois à travers le monde, est au cœur du premier roman d’Olivier Bourdeaut intitulé En attendant Bojangles. C’est en effet le morceau fétiche de la mère du jeune narrateur.

2. Françoise Hardy : « Etonnez moi, Benoit » : Les paroles de cette étonnante chanson sont signées d’un prix Nobel de Littérature, non pas Bob Dylan mais Patrick Modiano. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chanson écrite par Modiano puisque Hughes de Courson a mis en musique certains de ses poèmes et qu’il a également écrit pour Régine ou Mona Heftre.

3. Ed Sheeran : « I See Fire » : Une chanson écrite pour le film The Hobbit et inspirée de l’univers de J.R.R Tolkien dont le très populaire chanteur a toujours été fan. A noter qu’il serait possible de faire une playlist entière de chansons inspirées de l’univers foisonnant de Tolkien tant son influence sur la culture pop et les chanteurs des années 1960 à aujourd’hui est immense.

4. The Kinks : « Animal Farm » : une référence, dès le titre,  au chef d’oeuvre de George Orwell. Nous aurions également pu choisir une chanson de l’album Animals du groupe anglais Pink Floyd entièrement consacré au roman mais comme le rappelle un babelionaute dans un commentaire, cela fait toujours plaisir d’écouter les Kinks ! Si la chanson du groupe n’est finalement, mis à part le titre, qu’une discrète et lointaine allusion à Orwell, l’écrivain fut une immense source d’inspiration pour Ray Davies, principal songwriter des Kinks.

5. U2 : « The Ground Beneath Her Feet » : The Ground Beneath Her Feet est le titre original du sixième roman de Salman Rushdie, publié en français sous le titre La terre sous ses pieds. Le titre de ce roman est directement inspiré d’un poème rédigé par le personnage principal après la mort de l’amour de sa vie. Ce poème a bouleversé Bono qui l’a transformé en une chanson pour U2. Si vous avez fait attention au clip, vous avez normalement dû remarquer Salman Rushdie y faire une apparition.

6. Dominique A : « Chanson De La Ville Silencieuse » : Grand amateur de chanson française et de rock, Olivier Adam a repris ce très joli titre de Dominique A pour celui de son roman éponyme où de nombreux autres chanteurs français sont d’ailleurs évoqués. Les retrouverez-vous tous ?

7. Jean-Louis Aubert : « Lorsqu’il Faudra » : Les Passages du vide, dont est issu cet extrait de Jean-Louis Aubert, est un album entièrement composé de poèmes issus du recueil Configuration du dernier rivage de Michel Houellebecq et mis en musique par l’ancien membre de Téléphone. Mais ce n’est pas le seul lien de Houellebecq avec la chanson. Les curieux peuvent jeter un oeil et une oreille à son album Présence humaine produit par Bertrand Burgalat.

8. Stéphane Eicher : « Déjeuner En Paix » : Grand succès de la riche discographie de Stéphane Eicher, cette chanson a, comme de nombreux autres titres de l’album Engelberg, été écrite par Philippe Djian. Les deux n’ont, semble-t-il, jamais cessé de se côtoyer. Leur collaboration remonte à l’album My Place publié en 1989 et a donné lieu depuis à de fertiles échanges, que ce soit dans les albums de Stéphane Eicher ou sur les scènes de différents festivals littéraires dans lesquels le musicien suisse accompagne en musique l’écrivain français.

9. Sheila : « Mélancolie » : C’est Katherine Pancol qui a écrit ce texte pour Sheila alors qu’elle n’avait que 20 ans. Il semble qu’aujourd’hui Katherine regrette un peu ces paroles même si la chanson fut un énorme succès au hit-parade : « A 20 ans, j’ai écrit une chanson pour Sheila, que j’avais interviewée pour Paris-Match. Son producteur m’avait proposé de lui imaginer un texte, et j’ai rédigé « Mélancolie », immédiatement classée au hit-parade. Pourtant les paroles étaient nulles ! Un jour, je l’ai entendue dans un taxi, j’étais morte de honte ! »

10. The Cure : « Killing An Arab » : La chanson est un hommage au roman L’étranger d’Albert Camus qui avait fait forte impression au chanteur du groupe Robert Smith même si le titre de la chanson a provoqué une grosse polémique. Beaucoup de personnes ont en effet pensé que Robert Smith appelait véritablement au meurtre des Arabes. Lassé des nombreuses récupérations de la chanson (notamment par le Front National britannique…), Robert Smith a déclaré regretter avoir intitulé ainsi la chanson et a depuis tenté plusieurs fois de la renommer : Kissing An Arab, Killing Another,…

11. Juliette Gréco : « Rue Des Blancs Manteaux » : C’est l’écrivain et philosophe Jean-Paul Sartre qui est l’auteur de cette chanson interprétée par Juliette Gréco. Écrite à l’origine pour sa pièce Huis-Clos, il l’offre finalement en 1950 à la jeune Gréco pour un succès modeste. La chanson gagne petit à petit en popularité et reste aujourd’hui l’une de ses chansons les plus connues.

12. Tori Amos : « Tear In Your Hand » : Grande amatrice du comic Sandman de Neil Gaiman (Sérieusement, qui ne l’est pas ?), Tori Amos rend hommage au Marchand de sable dans cette chanson publiée au début des années 1990. Les deux sont depuis devenus de bons amis et la chanteuse a à son tour inspiré Neil pour le personnage du Délire.

13. Blue Oyster Cult : « Black Blade » : C’est l’écrivain de fantasy Michael Moorcock qui est le co-auteur de ces paroles qui s’inscrivent directement dans l’univers d’Elric qu’il a créé et qui a fait sa renommée (et qui connait aujourd’hui une belle vie en BD). Plusieurs chansons du groupe américain ont d’ailleurs été écrites par l’écrivain anglais, le chanteur étant un fan inconditionnel d’Elric.

14. RoBERT : « L’Appel De La Succube » : Amélie Nothomb est l’auteur de ces paroles comme de celles de six autres chansons de la chanteuse française RoBERT : «Ecrire pour RoBERT, c’est comme écrire pour le dictionnaire, a-t-elle déclaré, elle contient l’infini et suscite toutes les inspirations ».

15. The Ramones : « It’s Not My Place » : Peu d’écrivains sont aussi fan d’un groupe de rock que Stephen King des Ramones ! Si les liens entre le groupe et l’écrivain sont très nombreux ( le groupe a notamment enregistré une chanson pour l’adaptation du roman Simetierre au cinéma sur invitation personnelle de l’écrivain), nous avons simplement retenu cette chanson dans lequel l’écrivain est cité (en compagnie notamment de deux cinéastes : Roger Corman et Allan Arkush).

16. Marc Lavoine : « Myriam » : Les paroles de cette chanson sont signées Vincent Ravalec, artiste à l’oeuvre protéiforme. A noter que l’écrivain a également écrit pour Johnny Hallyday ou Julien Clerc.

17. Johnny Hallyday : « Quelques Cris » : De nombreux auteurs (voir ci-dessus) ont écrit pour l’idole des (gens qui on un jour été) jeunes. Il est assez surprenant de voir, parmi ceux-ci Françoise Sagan, auteur du titre en question. La chanson paraît sur l’album « Sang pour sang », l’un des plus grands succès de Johnny.

18. Chance The Rapper : « Same Drugs » : Le titre ne le laisse pas supposer mais cette chanson de l’artiste américain Chance The Rapper fait référence tout le long de la chanson à l’histoire de Peter Pan de J. M. Barrie, allant d’ailleurs jusqu’à citer le personnage de Wendy (Darling). La chanson parle de la façon dont deux enfants, pourtant très proches, peuvent grandir très différemment l’un de l’autre.

19. Alain Bashung : « Osez Joséphine » : De nombreux participants ont répondu Jean Fauque, auteur de très nombreux textes pour Alain Bashung et de celui-ci en particulier. Il est également co-auteur de plusieurs romans dont Le 13ème convoi avec Jacques Roseau. Ceci étant dit, Jean Fauque est plus connu pour les textes de ses chansons que pour ses romans et c’est donc une autre réponse que nous attendions même si celle-ci n’est pas fausse. Nous pensions en réalité à Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan qui reprend une partie du texte de la chanson pour le titre de son roman.
D’autres références étaient possible. Il ne s’agit pas de l’une des chansons les plus respectées de la chanson française pour rien. Jérôme Colin s’est ainsi également inspiré de la chanson pour le titre de son roman Éviter les péages.

20. Lana Del Rey : « Off To The Races » : c’est par la phrase « My old man is a bad man » que commence cette chanson, ce qui aurait dû donner la puce à l’oreille à de nombreux auditeurs bibliophiles. Cette chanson de Lana Del Rey s’inspire en effet du livre…  Lolita de Vladimir Nabokov. Nous aurions également pu prendre la chanson « Carmen » (« Only seventeen, but she walks the streets so mean ») de la même chanteuse et issue du même album. Lana est une grande amatrice de la prose de l’écrivain américain d’origine russe. Elle n’est évidemment pas la seule et il y a de nombreuses chansons dédiées à l’auteur de Lolita que nous aurions pu partager pour ce jeu.

21. Kate Bush : « Wuthering Heights » : Peu d’explications sont nécessaires pour cette chanson puisque tout est dans le titre qui reprend celui du roman d’Emily Brontë publié en France sous le titre un peu plus lisible des Hauts de Hurlevent. C’est la chanson qui a fait connaitre Kate Bush au monde entier et également sa plus connue à ce jour. Le texte reprend directement des passages du roman même si c’est par l’adaptation du livre par la BBC que Kate a découvert le roman.

22. The Doors : « End Of The Night » : Jim Morrison, chanteur, principal auteur des chansons des Doors et auteur d’une oeuvre poétique fascinante, fut un immense lecteur. De poésie principalement puisqu’il dévora Arthur Rimbaud ou encore Charles Baudelaire au sortir de l’adolescence mais également de Friedrich Nietzsche ou de Jack Kerouac. C’est pourtant à un autre sommet de la littérature dont il est question ici puisque Le Roi Lézard fait une référence évidente au roman de Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit à travers le titre mais aussi le premier couplet. A noter qu’a travers la phrase « Some are born to endless night » du second couplet, Jim fait également référence à William Blake, sous l’égide duquel le groupe californien s’est construit puisque le nom même des Doors est inspiré d’un texte du poète : « If the doors of perception were cleansed every thing would appear to man as it is, Infinite (Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie). »

23. Nirvana : « Scentless Apprentice » : La légende veut que Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana, eut toujours sur lui un exemplaire du Parfum de Patrick Süskind. Fan absolu du roman, il lui consacre une chanson intitulée « Scentless Apprentice ». Grand lecteur, Kurt Cobain s’est de fait beaucoup inspiré de ses lectures comme William S. Burroughs ou Samuel Beckett pour l’écriture de ses chansons.

24. Radiohead : « Banana Co. » : Cette chanson du groupe anglais Radiohead fait allusion tout le long du texte au roman Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Márquez. Chaque couplet fait référence à un aspect du roman de l’écrivain colombien qui raconte les bouleversements que subit une petite ville d’Amérique du sud même s’il est également question, pour Thom Yorke qui a écrit la chanson, de sa réaction quant à l’annonce de la fermeture d’usines en Angleterre au début des années 1990.

25. Juliette : Les Garçons De Mon Quartier : Cette chanson de Juliette, présente sur son très littéraire album Mutatis mutandis, a été inspirée par la lecture du livre La vierge des tueurs de Fernando Vallejo publié en 1994. On y retrouve tous les thèmes importants du roman : Les jeunes tueurs à gage d’Amérique du sud, la prostitution mais aussi l’amour et le silence de cette Sainte Vierge des Tueurs, « Impassible sous les fleurs / Et sous son voile de douleur ».

Sandrine Collette : l’humanité face à la catastrophe

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Peu avant la rencontre avec ses lecteurs dans les locaux de Babelio le 1er février 2018, Sandrine Collette nous confiait sa phobie de l’eau et des fonds marins, dévorante. Mais alors comment lui est venue l’idée de mettre en scène dans Juste après la vague un océan déchaîné, une montée des eaux terrifiantes qui ravage tout sur son passage et met en danger une famille jusqu’alors épargnée, obligée de faire des choix lourds de conséquences ? Et n’était-ce pas trop douloureux pour elle de décrire la puissance dévastatrice de cet élément ? « Mon gros atout pour écrire quoi que ce soit, c’est que j’ai peur de beaucoup de choses. Ca me permet au moins de trouver des idées de départ assez facilement pour mes romans, même si l’écriture n’a aucune vertu thérapeutique dans ce cas. Donc pour moi écrire cette histoire a été à la fois très facile, et très douloureux. Et je me disais que si ça marchait sur moi, ça pouvait aussi fonctionner sur d’autres lecteurs. »

Quand Mère Nature rejette ses enfants

Qu’on l’aime ou qu’on la craigne (ou encore les deux), la nature prend parfois des airs de bourreau, ou de justicier impitoyable. C’est le cas lors des catastrophes naturelles, qui effraient toujours autant les êtres humains, et contre lesquelles nous semblons bien démunis. « L’idée du décor pour ce livre m’est venue lors d’un festival littéraire dans le Sud de la France. Il était censé faire beau, mais on a au final eu des pluies diluviennes pendant des jours, que rien ne semblait pouvoir arrêter. Plus généralement, je suis fascinée depuis toujours par la force et la démesure de la nature, dans ses manifestations brutales comme dans ses aspects les plus rassurants. Et j’ai été très marquée par la tempête de 1999, à laquelle je pense encore souvent. La nature est le seul tueur en série que personne ne peut arrêter : vous pouvez envoyer les commissaires, les flics et même l’armée, sans aucun effet. Vous devez juste attendre que ça s’arrête. »

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Une famille dans la tourmente

Mais Juste après la vague est-il pour autant un roman à morale écologique ? Un avertissement lancé à la figure du lecteur ? « Clairement non, je ne voulais pas faire un roman écolo ou catastrophiste. Pour moi c’est avant tout un cadre pour développer une intrigue, et ici l’aspect intimiste m’intéressait avant tout, pas le spectacle hollywoodien de la vague qui déferle. Le vrai sujet du livre reste la famille, et les deux faces de cette même médaille : l’amour et l’abandon, ce dernier étant un thème nouveau pour moi. »

Il faut dire que les parents de cette famille nombreuse de 9 enfants doivent faire un choix drastique : l’eau monte inexorablement sur les flancs de la montagne devenue île, où ils sont réfugiés. Mais problème, il n’y a de place que pour 8 passagers sur l’embarcation qui doit leur permettre de survivre. Ils doivent donc laisser 3 enfants derrière eux. Un dilemme qui semble avoir choqué certains lecteurs présents lors de la rencontre : « Je comprends tout à fait que cela questionne à ce point, et c’est même le but. En entamant l’écriture, je ne sais jamais exactement où je vais, j’ai simplement une situation et des personnages. Je ne porte pas de regard moral sur eux, sur leurs actions, l’idée c’est avant tout de les mettre dans des situations extrêmes, pour pousser l’humanité dans ses retranchements et voir ce qui en ressort. Ca permet aussi au lecteur de faire des comparaisons par rapport à sa propre histoire. La famille est un thème très riche, car on ne peut pas se défaire de sa prégnance, comme prison ou comme salut. »

Aux sources de l’écriture

D’ailleurs, même si elle écrit des romans noirs et des thrillers, Sandrine Collette ne se réclame pas d’une culture policière : « J’écris avant tout des romans, pas des thrillers. C’est l’éditeur qui décide de faire entrer dans une catégorie mes textes. A la publication de mon premier livre, Des nœuds d’acier (2013), je me suis même fait la réflexion : « Ma vie est foutue, j’ai écrit un polar ! » A l’origine je ne lisais même pas de polars. Et puis j’ai découvert des auteurs comme Ron Rash, et je me suis laissé embarquer. Mais ce qui m’intéresse avant tout, c’est les gens que je rencontre au quotidien. »

Comme beaucoup d’auteurs, elle aime donc observer le monde qui l’entoure pour s’en inspirer. Mais est-ce que certains livres l’ont influencée pour l’écriture de celui-ci ? « J’avais Robinson Crusoé de Daniel Defoe en tête, mais plus encore Sa majesté des mouches de William Golding. Un récit où des enfants échouent sur une île et se réorganisent, ce qui les oblige à devenir de petits adultes, même si on sent bien qu’au fond, à travers certaines actions, ils restent des enfants. Les enfants dégagent une force, une énergie monumentale que je trouve admirable, et que j’aime observer. »

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Faire face à la catastrophe : une situation, des réactions

Si la fin du monde nous fascine tant, c’est certainement parce qu’elle en dit long sur notre manière d’appréhender le présent, et la vision que l’on se fait du monde que l’on aimerait laisser à nos enfants, comme le faisait remarquer Christian Guay-Poliquin lors d’une précédente rencontre. De son côté, Sandrine Collette semble plus s’intéresser à l’aspect purement humain et comportemental du phénomène : « Comment peut-on rendre les gens ordinaires intéressants ? En les confrontant à des situations extrêmes, et en observant comment ils réagissent. J’ai encore en tête l’expérience psychologique de Milgram, qui autorisait des sujets à pratiquer une forme de torture, en leur garantissant que la personne torturée était consentante. Ca me fascine, car les bourreaux sont en fait des gens ordinaires, qui deviennent captivants au moment où ils basculent dans l’horreur. » « Une autre question que je me suis posée, c’est tout simplement : Et si ça arrivait ? Qui serait capable de survivre ? Qui sait encore chasser, pêcher, etc. ? Et moi, qu’est-ce que je ferais dans cette situation ? »

Et juste avant la traditionnelle séance de dédicace pour clôturer cette agréable soirée, qui a également permis aux lecteurs invités de poser d’autres questions, l’auteur nous a confié en quelques mots travailler sur son prochain roman, qui prendra cette fois place au Kamtchatcka. Et dans lequel il sera évidemment question de nature.

Emmanuelle Han : quand les voyages forment la sagesse

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Le 17 octobre, c’est une grande voyageuse qui a posé ses valises chez Babelio pour rencontrer ses lecteurs. Si Emmanuelle Han connaît bien Paris – elle y est née et y vit toujours -, cette première soirée consacrée à l’un de ses livres avait tout de même un petit goût d’aventure. L’occasion pour elle de nous en dire plus sur ce qui a présidé à l’écriture du tome 1 de La Sublime Communauté : Les Affamés, paru chez Actes Sud Junior.

Voyages voyages

D’abord connue pour son travail de réalisatrice de l’émission Les Nouveaux Explorateurs sur Canal +, Emmanuelle Han a toujours eu de l’appétit pour la découverte d’autres horizons et cultures, l’exploration à la fois de manières de penser différentes et des territoires sur lesquels elles se déploient. « Pour écrire ce premier roman, je me suis principalement inspirée de mes voyages, des lieux que j’ai pu visiter lors de mes déplacements professionnels. C’est une manière très privilégiée de voyager, dans le sens où pour réaliser des documentaires, on doit forcément prendre le temps de s’acclimater pour rendre compte, et donc de partir pour un temps assez long, rencontrer un maximum de personnes sur place. Des lieux comme les chutes d’Iguazu ou l’Himalaya m’ont totalement subjuguée quand j’ai pu les admirer. Et certaines personnes croisées durant ces périples sont même devenues des personnages à part entière dans La Sublime Communauté. »

Si l’image reste un outil efficace pour partager ces aventures, l’écriture s’impose rapidement comme un médium minimaliste, aux possibilités infinies : « Durant ces voyages j’écrivais beaucoup, j’ai d’ailleurs toujours écrit. J’étais un peu frustrée par les formats, le calibrage qu’impose forcément une émission télé pour transmettre tout ce que je voulais partager. Le voyage est une expérience tellement riche ! Il faut plusieurs « boîtes à outils » pour en rendre vraiment compte. »

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Quand la fiction sert le réel

Mais pourquoi choisir de passer par la fiction quand un essai ou un document, à l’image de la plupart des récits de voyage, auraient pu convenir à cette mission ? « Quand j’ai eu l’idée d’écrire un livre, j’avais dès le départ décidé d’en faire un récit fantastique. J’ai toujours adoré la SF, les dystopies, les contes, les mythes : pour moi tout ça se recoupe, et au fond c’est un peu la même chose. Je craignais quand même que ce mélange ne fonctionne pas, et j’ai mis du temps à trouver un équilibre. Mais pour moi, il était clair que le passage par la fiction me permettrait de mieux approcher la réalité, de l’utiliser comme filtre pour infuser le réel. Il faut parfois savoir s’écarter de la réalité pour mieux la saisir et lui rendre justice. »

Car si elle invente un univers aux multiples portes qui nous fait nous aussi voyager, Emmanuelle Han tient à délivrer un discours sur le monde qui nous entoure. Un propos qu’elle espère fertile : « Peu importe la raison qui mène à l’apocalypse dans mon récit. C’est toutes les raisons qu’on peut déjà deviner aujourd’hui, que j’ai juste poussées à l’extrême. L’épuisement des ressources naturelles est une raison largement suffisante, par exemple. Pour autant, je n’ai jamais été vraiment militante écologiste, je le suis devenue par la force des choses en voyageant. C’est simplement une question de bon sens quand on espère que soit préservée la beauté de la nature. Et c’est aussi un humanisme. Pour autant, je ne suis pas pessimiste, l’envie de faire autrement vient quand on est touché par la beauté des choses. Comme cette flamme éternelle, dont s’occupent seuls les Intouchables en Inde, utilisée pour allumer le bûcher lors de cérémonies funéraires. Alors oui la situation est alarmante, mais pas désespérée. Et je place tout mon espoir dans les générations futures aussi. C’était donc important pour moi que La Sublime Communauté soit lue par des lecteurs jeunes, même si le livre s’adresse aussi bien aux adultes, et qu’il contient certaines scènes assez violentes. Les enfants sont d’ailleurs très lucides sur la situation actuelle, et tout est encore possible. »

 

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Une adaptation au cinéma ?

Plusieurs lecteurs présents à la rencontre ont relevé que la couverture de ce premier tome de La Sublime Communauté avait des airs d’affiche de film. L’auteur avoue elle-même : « J’ai dû m’habituer à ce visuel proposé par mon éditeur. Au départ, je pensais plutôt à quelque chose d’assez mystérieux, sans personnage, pour ne pas trop influencer le lecteur, et aussi car je ne me représente pas toujours visuellement les protagonistes que j’imagine. Là on a trois personnages face à l’objectif, mais qui gardent leur part de mystère, on ne voit pas tout d’eux puisqu’ils sont en partie dans l’ombre. » Si pour l’instant rien n’est prévu, on ne peut que souhaiter à Emmanuelle Han et son éditeur qu’un jour un studio daigne adapter ce roman au cinéma.

En tout cas, l’enthousiasme autour de la séance de dédicace laisse présager un beau succès pour le prochain tome, sur lequel l’auteur travaille en ce moment. « Je connais la fin de cette histoire, je sais où je veux en venir. Ce que je ne maîtrise pas encore, c’est le chemin pour arriver là. J’adore cette indétermination dans le processus d’écriture. J’ai moi aussi besoin d’être surprise par cette histoire. »

Retrouvez La Sublime Communauté d’Emmanuelle Han, publié aux éditions Actes Sud Junior.

Survivre en temps de guerre avec Philippe Pollet-Villard

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Au-delà de panser des blessures psychologiques, l’écriture permet à certains auteurs de réinventer leur passé et celui de leurs proches, de combler des histoires familiales trouées par le temps, les non-dits, les amnésies volontaires ou non. C’est par exemple le cas d’Alice Zeniter, que nous recevions en septembre dans nos locaux. C’est aussi celui de Philippe Pollet-Villard, venu rencontrer le 2 octobre chez Babelio ses lecteurs à l’occasion de la sortie de son quatrième roman L’Enfant-mouche (Flammarion), son ouvrage le plus personnel et intime qui lui aura demandé 10 ans de réflexion et de travail.

Car l’histoire de Marie, cette jeune orpheline livrée à elle-même dans l’Est de la France lors de l’Occupation, est en fait celle de la mère de l’auteur, aujourd’hui âgée de 87 ans. Un récit de survie dans des villages de misère, de violence et d’étrangeté, dont la principale protagoniste garde des souvenirs très parcellaires. « Ma mère est quelqu’un de puissant. Elle me fait penser à la centrale nucléaire de Tchernobyl : tout est effondré à l’intérieur, mais elle tient debout. »

Dans la fabrique du roman

Avec le peu d’informations qu’il a en main, et bien décidé à enfin coucher sur le papier ce récit, Philippe Pollet-Villard commence par mener l’enquête : « J’ai demandé à un ami journaliste de se rendre dans les villages que ma mère a traversés pour essayer de trouver des gens qui l’avaient connue à l’époque et s’en souvenaient. Plus tard, je suis moi-même allé sur place pour recueillir des informations. En plus, bien sûr, des souvenirs que ma mère m’avait légués ; des choses très étranges comme des chevaux qui disparaissaient dans le sol, ou les nombreux avions en flamme qu’elle disait avoir vus tomber. Et en posant les bonnes questions sur place, je me suis rendu compte que c’était totalement vrai : des chevaux avaient disparu dans les marécages, et elle vivait sous un couloir aérien, près de DCA allemandes qui abattaient des chasseurs. »

Des faits et des témoignages donc, qui servent de fondations à cette histoire. Mais pour bâtir son roman, l’auteur se voit obligé d’inventer. Des personnages, des scènes, une ambiance. Bref : de quoi écrire et basculer définitivement dans la fiction. « Il faut s’affranchir du réel pour devenir romancier. Mais s’affranchir du réel, c’est commencer à mentir, et c’est très compliqué quand on a reçu une éducation judéo-chrétienne. J’y parviens de mieux en mieux au fil de mes livres – même si pour moi l’écriture reste un processus chaotique – et ma mère m’a même avoué que ce que j’ai imaginé correspond exactement à ce qu’elle ressentait alors, ou du moins aux souvenirs qu’elle en a, à la réalité de cette époque : des personnages bizarres, des villages sordides… C’est tout le bonheur du roman que de parvenir à ça ! Au fond on ne sait rien de la vérité, on ne peut que l’inventer. »

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Tu ne jugeras point

Lorsqu’une lectrice lui demande pourquoi il a voulu faire publier ce récit, et non le garder pour lui, Philippe Pollet-Villard répond : « Cette histoire coule dans mes veines depuis avant ma naissance. Et c’est un sang noir, infecté. Cette peur, cette misère, je les sens en moi. Donc cette saignée de l’écriture et de la publication, c’est mon seul droit. Il n’y a pas de raison que je me la refuse. D’ailleurs je ne raconte finalement que mon histoire. Et cette histoire sinistre devient universelle, les gens se l’approprient. De toute façon je n’ai pas voulu avec L’Enfant-mouche écrire un règlement de comptes avec ma famille. Au contraire, ça ressemble pour moi plus à un hommage. Et je ne juge personne. »

D’ailleurs, n’est-ce pas dangereux d’écrire sur sa famille ? « Même quand on fait un hommage, cela peut être mal perçu. Ici, j’ai essayé de prendre soin du personnage de Marie, de cet enfant en détresse. C’est un thème classique en psychologie : ces enfants qui deviennent les parents de leurs propres parents. Et ma mère a plutôt bien reçu le livre. »

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Raconter la guerre

« Dans mon livre, il y a des passages violents et sordides, mais pas de pathos. Je ne supporte pas, par exemple, voir pleurer un acteur à l’écran. Et là je me suis attaché avant tout à raconter l’histoire de cette petite fille. Parler avant tout de la petite histoire, et non de la grande Histoire. Encore une fois mon livre ne juge pas, je trouve des raisons à mes personnages, car personne ne sait comment il réagirait en temps de guerre – les courageux deviennent parfois des lâches, et inversement. Tout le monde perd la tête. Pour Marie, l’important reste : qui donne à manger, recevoir un vrai sourire. La couleur du drapeau pour lequel se bat tel ou tel soldat est secondaire. »

Lorsqu’on lui demande si des récits de guerre l’ont particulièrement marqué, Philippe Pollet-Villard nous conseille deux ouvrages : « Automne allemand de Stig Dagerman. A l’origine c’était une enquête, des petits bouts de choses destinés à paraître dans des journaux de l’époque, et Dagerman en a finalement fait un roman. Ca n’est pas dénué d’ironie, comme dans certains romans allemands. Ce livre m’a beaucoup touché, parce qu’il raconte la toute fin de la guerre en Allemagne, et on a peu entendu parler de ce désastre général. Un ensemble de petits témoignages, de petites situations. Il faut lire ce livre !

Svetlana Alexievitch aussi, qui fonctionne dans un registre un peu similaire, avec des bribes de conversations, des enquêtes qu’elle a menées, qu’elle monte comme un film. La Supplication, sur l’après Tchernobyl, est vraiment magnifique, extraordinaire. Parce que c’est la réalité, et de fait c’est très inattendu. » Au contraire de la séance de dédicaces, très attendue, durant laquelle les lecteurs ont pu poser d’autres questions à l’auteur.

Peu avant la rencontre, nous avions pu discuter avec l’auteur, qui avait choisi 5 mots pour parler de son livre et de son rapport à la littérature. En voici le résumé en vidéo.

Retrouvez L’Enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard, publié aux éditions Flammarion.

Rencontre haute en couleur avec Jean-Gabriel Causse

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Comme l’écrivait Nietzsche, « des goûts et des couleurs on ne discute pas… et pourtant on ne fait que ça ! » Alors forcément, lorsqu’on reçoit pour une rencontre avec des lecteurs un designer spécialiste des pigments comme Jean-Gabriel Causse, également auteur de deux livres sur le sujet, la conversation s’oriente assez vite sur… les couleurs. T-shirt et baskets roses, veste et pantalon de costume gris, l’auteur irradie et s’explique sur ses choix vestimentaires : « Quand je travaillais dans la publicité, j’étais toujours habillé en noir, teinte du chic par excellence dans la culture occidentale. Mais aujourd’hui je me lâche plus, et le rose est la première couleur que j’ai portée médiatiquement parlant, pour une émission chez France Télévisions. Du coup j’ai pris l’habitude de m’habiller comme ça pour toutes les rencontres et interviews. Et puis c’est aussi un peu de la provoc’, vu qu’on dit le rose réservé aux filles. D’ailleurs c’est une couleur qui revient à fond, et l’expression « voir la vie en rose » est confortée par des études scientifiques récentes. Le rose met de meilleure humeur ! »

De l’essai au roman

Déjà auteur d’un essai sur le sujet l’an passé (L’Etonnant pouvoir des couleurs), Jean-Gabriel Causse s’est cette fois laissé tenter par le roman avec Les Crayons de couleur. « Mon essai paru en 2016 a beaucoup plu. Pour autant, je ne m’imaginais pas écrire une sorte de suite, un nouvel essai. Ce serait plutôt une mission pour des scientifiques. Pour mon nouveau livre, j’ai eu le déclic en dînant au restaurant Dans le noir, à Paris : comme son nom l’indique il fait noir dans ce lieu, et vous y êtes servi par des aveugles. Pour moi ça a été un choc. Une fois qu’on sort de l’apitoiement vis-à-vis de ces personnes, on se rend compte qu’elles ont en fait quatre sens beaucoup plus développés que les nôtres, et on se sent presque démunis. C’est ainsi que le personnage de Charlotte, neuroscientifique aveugle spécialiste de la couleur, a germé dans mon esprit. Après, j’ai quand même essayé de garder un équilibre entre le roman et quelque chose de plus informationnel sur les couleurs. »

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Un monde terne : le nôtre

Une fiction donc, qui évoque un monde dont les couleurs auraient disparu du jour au lendemain. « Je fais la satire d’une société aseptisée, la nôtre. J’appuie sur ce qui se passe dans notre pays. Avant, jusque dans les années 1980, il y avait de la couleur partout. Gamins, on ressemblait tous à des perroquets ! Mais aujourd’hui, les architectes ne maîtrisent pas la couleur, les promoteurs immobiliers font des décos blanches, et les gens qui y vivent ne mettent plus de couleur – d’ailleurs des marques très colorées comme Benetton perdent de la vitesse, Desigual restant une exception. Le grand « retour de la couleur » dont parlent sans cesse les magazines de mode n’a en fait pas encore eu lieu. Les gens préfèrent le noir, parfois parce qu’ils pensent que ça amincit, alors que c’est complètement faux : une voiture noire ne paraît pas moins imposante qu’une voiture noire, par exemple. »

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L’enfance de la couleur

Dès sa couverture, le livre de Jean-Gabriel Causse fait appel à notre âme d’enfant. Comme le souligne une lectrice lors de la rencontre, on a immédiatement envie de la colorier, de combler les blancs pour se l’approprier. Et l’auteur de répondre : « Je suis très heureux que ça provoque chez vous cette envie, c’est complètement voulu, jusqu’au choix du papier de couverture. Il aurait été impossible pour moi d’écrire ce livre sans évoquer l’enfance. Les enfants adorent les couleurs, ils vont instinctivement vers ce qui est le plus coloré. Il faut absolument éviter de leur faire des chambres blanches ou ternes, ça pourrait les déprimer. D’ailleurs ma femme trouve que j’ai encore une âme d’enfant. Et de fait, je détesterais devenir adulte. » Une jolie note d’espièglerie pour finir une rencontre haute en couleur, avant de signer son livre lors de la traditionnelle séance de dédicace.

Retrouvez Les Crayons de couleur de Jean-Gabriel Causse, publié aux éditions Flammarion.