Il est grand temps de rallumer nos souvenirs avec Virginie Grimaldi

Le mercredi 15 mai, Babelio accueillait trente lecteurs à la Halle aux Oliviers, la grande salle de la Bellevilloise, à Paris. Dans un décor chaleureux et verdoyant qui n’était pas sans rappeler la place aux pruniers du dernier roman de Virginie Grimaldi, Quand nos souvenirs viendront danser, les éditions Fayard organisait avec nous une rencontre en compagnie de la romancière. Venue présenter ce nouveau livre, c’est un véritable moment d’émotions et d’amitié qu’elle a offert à ses lecteurs. Retour sur une soirée qui sera pour eux plus qu’un souvenir parmi d’autres.

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La mémoire et les lieux

La mémoire et les souvenirs, « c’est le thème que j’avais le plus envie d’aborder depuis que j’écris », commence par déclarer Virginie Grimaldi. Son roman, en effet, raconte l’histoire d’une bande de six octogénaires qui vont tout faire pour sauver l’impasse où ils ont vécu quasiment toute leur vie et où leurs souvenirs vivent aussi. « J’ai eu le déclic chez mes grands-parents, qui habitent aussi au 1 rue des Colibris d’une petite ville, où ils ont emménagé dans les années 50. Petit à petit, leurs voisins partent et pour eux aussi, qui vieillissent, la question commence à se poser. Ils ont emménagé tous ensemble et partent maintenant un par un. J’ai trouvé ça bouleversant ! »

« Lorsque nous avons emménagé impasse des Colibris, nous avions vingt ans, ça sentait la peinture fraîche et les projets, nous nous prêtions main-forte entre voisins en traversant les jardins non clôturés.

Soixante-trois ans plus tard, les haies ont poussé, nos souvenirs sont accrochés aux murs et nous ne nous adressons la parole qu’en cas de nécessité absolue. Nous ne sommes plus que six: Anatole, Joséphine, Marius, Rosalie, Gustave et moi, Marceline.

Quand le maire annonce qu’il va raser l’impasse – nos maisons, nos souvenirs, nos vies -, nous oublions le passé pour nous allier et nous battre . Tous les coups sont permis: nous n’avons plus rien à perdre, et c’est plus excitant qu’une sieste devant Motus. »

À travers le récit de leur combat et une plongée dans ses souvenirs, Marceline livre une magnifique histoire d’amour, les secrets de toute une famille et la force des liens qui tissent une amitié.

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Cette émotion de quitter un lieu où on a tant vécu, c’est un sentiment que l’auteure comprend déjà et il lui a donc suffi, pour écrire son roman, d’aller le chercher en elle. « Je viens par exemple de quitter la maison dans laquelle mon fils a vécu ses premiers jours. J’ai ressenti le besoin de dire au revoir à chaque pièce et de les remercier de nous avoir accueillis. Je suis aussi très attachée à la maison de mes grands-parents. » Elle ressent d’ailleurs la même chose pour certains objets. Ne se définissant pas tellement comme quelqu’un de matérialiste, Virginie Grimaldi explique pourtant : « j’ai du mal à me défaire d’objets quand ils sont attachés à des souvenirs. » Elle raconte par exemple que son fils lui rapporte parfois des cailloux, qui ne sont pas particulièrement beaux et qu’elle garde pourtant par tendresse. Et l’auteure d’ajouter en riant, à l’adresse de son fils, présent ce soir-là : « Mais ils sont très beaux ces cailloux, mon chéri ! »

« Ma grand-mère avait Alzheimer et elle perdait ses souvenirs, a-t-elle également confié, justifiant ce choix de thème très intime. C’est la chose la plus terrible qui soit. C’est précieux, les souvenirs. »

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Une écriture instinctive

Virginie Grimaldi est une auteure qui semble avant tout écrire avec ses émotions et sa spontanéité. Elle a demandé à sa grand-mère de témoigner de sa vie et de cette rue des Colibris, « mais j’avais déjà plein de souvenirs, parce que ma grand-mère écrit depuis toujours. » Certains, comme l’anecdote du poulailler, se sont ainsi retrouvés dans le roman ! « Non, il n’y a pas eu de travail particulier, à part plonger dans mes souvenirs. » Les émotions et les histoires qu’elle raconte, c’est donc au fond d’elle-même qu’elle a été les puiser…

Spontanée, Virginie Grimaldi l’est d’autant plus qu’elle fait partie de ces auteurs qui ne connaissent pas au préalable toute la structure de leur roman. « J’ai les grandes lignes. Je sais ce que je veux raconter. Mais pas les chemins par lesquels je vais passer.  Je me laisse surprendre, conclue-t-elle. Il m’est arrivé de faire un plan détaillé, mais je n’ai rien suivi ! » La seule différence de ce roman, c’est que le récit alterne entre l’histoire au présent de ces six octogénaires et leur passé. « Pour ne pas me perdre, j’ai écrit tous les souvenirs d’abord, puis leur présent. » Sans cette construction inédite chez elle, c’est de façon linéaire, comme d’ordinaire, qu’elle aurait déroulé son texte.

« Le premier à me relire, c’est mon mari. Il m’a même donné des idées ! Mais ma grand-mère relit tout également. Je ne pense pas que mes livres soient son genre de lecture, alors quand j’écris, j’ai vraiment envie de lui plaire, de la toucher. » Challenge réussi avec Quand nos souvenirs viendront danser car « celui-là, elle l’a aimé plus que les autres. Elle a été très émue. Elle a beaucoup pleuré. Ça lui a rappelé les lieux de ses souvenirs. »

Pour autant, elle n’a pas besoin de beaucoup de relecture après avoir écrit un roman. « J’ai l’impression que je vais à l’essentiel quand j’écris. Je décris beaucoup. On m’a déjà dit d’aller plus près de l’émotion, d’en dire plus, mais je n’aime pas dire ce que les lecteurs doivent ressentir. Il est dangereux de tomber dans la mièvrerie ou le pathos. »

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Marceline & cie : des personnages plein de vie

L’une des particularités du nouveau roman de Virginie Grimaldi, c’est son personnage principal, Marceline, qui a un franc-parler légendaire et une personnalité haute en couleurs. « Je voulais voir l’histoire à travers un seul personnage et j’avais vraiment envie d’avoir le regard de Marceline pour dévoiler les choses petit à petit. Elle me faisait rire, en fait. Dans un de mes précédents romans, il y avait une grand-mère comme elle et ça m’a plu. J’ai voulu la retrouver. »

Se mettre dans sa peau, malgré ses 80 ans, l’auteure ne semble pas avoir eu de mal à le faire. Au contraire. « C’était naturel. Je crois qu’à 80 ans, on n’est pas si différent que ça. On a les mêmes émotions qu’à mon âge » exprime-t-elle, visiblement aussi touchée par des personnages de son âge que par sa petite bande de personnes âgées,  Anatole, Joséphine, Marius, Rosalie, Gustave et Marceline. « Et je suis une éponge.  J’ai beaucoup d’empathie, ce qui me permet de me mettre dans la position de personnages très différents » comme le prouve par exemple son best-seller Il est grand temps de rallumer les étoiles, dans lequel elle campe trois héroïnes de trois générations différentes (12 ,17 et 37 ans).

Par ailleurs, les personnages semblent très incarnés pour elle. « Je les vois car ils existent en tant que tel. » Ils naissent d’ailleurs très tôt, en même temps que son histoire, si bien qu’elle n’a ni besoin de les chercher, ni besoin qu’ils changent en cours d’écriture. Comme s’ils vivaient depuis toujours en attendant de pouvoir apparaître dans ses romans. « Ils ne changent pas mais ils me surprennent, parfois. »  De plus, ils sont ici assez nombreux, et chacun a son rôle à jouer dans l’histoire. « Il y a une narratrice, mais j’ai besoin de beaucoup de personnages et qu’ils soient tous crédibles et importants. »

« Les personnages restent, avoue-t-elle en fin de rencontre. J’ai besoin d’avoir de leurs nouvelles. Il me faudrait une histoire où on les retrouve tous ! Quand je termine un roman, ils me manquent ; puis il y a une phase où j’ai les premiers retours de mes lecteurs et je me dis alors : ils sont bien chez eux. » 

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Réparer des vies

Virginie Grimaldi aborde des thèmes très importants pour elle et se dévoile beaucoup. « Le temps qui passe m’angoisse terriblement. Je ne me camoufle pas, dans ce livre, je me mets à nu. » Il lui arrive de se rêver en écrivant, de réinventer des choses. Par exemple, quand on lui demande si elle aimerait ressembler à certains de ses personnages, elle répond qu’elle voudrait « le sens de la répartie de Marceline. Son courage. » Mais elle avoue aussi : « il y a certains de leurs défauts que j’aimerais ne pas avoir. Oui, on se raconte une nouvelle vie dans ses propres romans. » Pour l’écriture de ce roman, elle a été, on l’a vu, puiser en elle des choses personnelles. Elle a aussi extrait de son histoire familiale certains points clés de l’histoire. « Je voulais aborder la thématique de la place de la femme dans la société. Ma grand-mère, pour elle, c’était tout à l’ancienne. Aujourd’hui, elle regrette un peu que ça ne soit pas passé autrement, même si elle a surtout beaucoup aimé la période où elle a élevé ses enfants. » Mais, affirme Virginie Grimaldi, « je répare un peu quelque chose avec ce roman ».

Par conséquent, Quand nos souvenirs viendront danser a été un roman difficile à écrire. « Je ris et je pleure en écrivant. J’essaye d’alléger les thèmes durs avec de l’humour ou de la légèreté ; je n’aime pas ajouter des violons car je suis comme ça au quotidien. Là, il y a eu de la souffrance. Je repoussais de l’écrire – je préférais même faire les vitres ! C’était douloureux. Mais après, qu’est-ce que ça fait du bien ! reconnaît-elle. Mes angoisses restent, ne s’effacent pas, mais cela aide un peu. Et quand mes histoires vont toucher quelque chose chez le lecteur, c’est magique. On se sent moins seul, cela allège ! »

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Une auteure sincère et chaleureuse

« Il y a une quinzaine d’année, raconte Virginie Grimaldi, j’avais envoyé un manuscrit de roman. À l’époque, j’écrivais de la chick-lit. Le livre s’appelait Moi, Lisa, maîtresse de Brad Pitt, rigole-t-elle, et a été refusé. Je ne me l’expliquais pas ! Après cela, je croyais même que je ne publierai jamais : je n’avais pas de talent, pas de contact, etc. Puis sur le blog que j’ai créé, on m’a conseillé d’écrire un roman. Je l’ai renvoyé à un éditeur. On m’a dit oui deux jours après. Je n’y croyais pas ! »

De simple lectrice à auteure de romans à succès, Virginie Grimaldi n’en a pour autant pas perdu de sa verve et de son humilité. « Déjà que ce soit édité, je me disais waouh, mais ensuite que d’autres personnes que ma mère l’achètent… ! » finit-elle avec simplicité.

À un moment de la soirée, une lectrice lui demande si elle se verrait écrire des livres pour la jeunesse. Sa réponse, incertaine, l’amène à nous dire : « déjà que j’ai mis du temps à me dire : je suis écrivaine » avant de conclure, riant de sa propre incertitude : « Je dis beaucoup « Je ne sais pas » ! »

C’est cette sincérité qui a rendu la soirée si chaleureuse et qui rend l’auteure si complice avec ses  lecteurs et lectrices. « J’ai de plus en plus de lecteurs, qui attendent mes romans, et j’ai peur de les décevoir. Je n’ai pas peur des critique ou des ventes, mais j’ai peur de les décevoir. »

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À en croire les soixante premières critique du roman, qui lui donnent une note moyenne supérieure à 4/5, les Babelionautes, eux, n’ont pas été déçus ! Ils attendent même déjà de pied ferme, mais amical, les prochains. Actuellement enceinte, Virginie Grimaldi ne prévoit pourtant pas de publier un livre bientôt. « Je suis quelqu’un de très angoissé et imaginer des histoires occupe mon esprit. J’ai donc déjà un début d’idée mais je me dis : ne t’emballe pas ! » En attendant, il va falloir se contenter de faire danser ses souvenirs de ses précédents romans.

Aurélie Valognes : la main verte et le cœur sur la main

Nous sommes le 5 mars, la veille de la parution de La Cerise sur le gâteau, le nouveau roman d’Aurélie Valognes. Pour la première fois, elle va le présenter à ses lecteurs. « Je me sens sous pression ! » s’écrie-t-elle en rigolant, visiblement anxieuse de laisser son texte s’envoler vers les mains de ses lecteurs, mais toujours aussi volontaire pour partager avec eux. Ils sont plus de 800 000, en 2018, à avoir acheté l’un de ses romans. Sacrée l’auteure préférée des Français, Aurélie Valognes a pourtant gardé les pieds sur terre ; elle s’est adressée ce soir-là avec générosité et sincérité à la trentaine de lecteurs Babelio qui avaient gagné une place.

La vie est mal faite : à 35 ans, on n’a le temps de rien, à 65, on a du temps, mais encore faut-il savoir quoi en faire…
Bernard et Brigitte, couple solide depuis 37 ans, en savent quelque chose.
Depuis qu’elle a cessé de travailler, Brigitte profite de sa liberté retrouvée et de ses petits-enfants. Pour elle, ce n’est que du bonheur. Jusqu’au drame : la retraite de son mari !
Car, pour Bernard, troquer ses costumes contre des pantoufles, hors de question. Cet hyperactif bougon ne voit vraiment pas de quoi se réjouir. Prêt à tout pour trouver un nouveau sens à sa vie, il en fait voir de toutes les couleurs à son entourage !
Ajoutez à cela des enfants au bord de la crise de nerfs, des petits-enfants infatigables, et surtout des voisins insupportables qui leur polluent le quotidien…
Et si la retraite n’était pas un long fleuve tranquille ?
Un cocktail explosif pour une comédie irrésistible et inspirante.

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Changer de vie : un pari à tout âge

Dans son nouveau roman La Cerise sur le gâteau, Aurélie Valognes explore un changement de vie : un départ à la retraite. Cependant, au même titre que ses précédents romans, pour lesquels elle part toujours d’un sujet intime et personnel, celui-ci n’est pas si éloigné d’elle qu’on pourrait le croire. « C’est vrai que, moi aussi, j’ai eu l’impression de changer de vie. » Il y a quelques années, en effet, pour suivre son mari, elle a quitté son travail, s’est installée à Milan avec sa famille et, en plein babyblues et soudain au chômage, a cherché une nouvelle manière de s’occuper.

« J’avais envie de quelque chose de bien à moi. Et j’avais l’image de ma tombe avec marqué dessus « écrivain ». » Une seule solution s’impose alors à elle : publier au moins un roman. Elle nous raconte d’ailleurs qu’arrivée à Milan, elle commence par s’inscrire à l’Institut Français. « Au moment où on m’a demandé mon métier, je les ai regardés droit dans les yeux, et j’ai menti. J’ai dit écrivain. » Le premier pas vers une carrière réussie dont elle ignorait encore tout…

Récemment, sa famille et elle sont revenues vivre en France. Après des années à courir partout pour un travail qui l’épuisait et lui prenait énormément d’énergie, suivies par quelques années plus apaisées à écrire des romans, elle nous confie avoir été traversée d’une sensation de « grand gâchis ». « Nos aînés ont le temps, mais ne voient pas les petits-enfants, et nous ne l’avons pas. » D’un côté, elle met donc en scène un couple de retraités, Bernard et Brigitte, héros de La Cerise sur le gâteau, tandis que de l’autre côté, leur fils et sa femme courent après le travail, la vie de famille, les préoccupations pragmatiques de la vie. Devant le vertige du temps qui passe, il lui a semblé essentiel, dans ce roman, de reconnecter ses personnages avec des valeurs essentielles : la famille mais aussi l’écologie.

« Sortir du chemin tout tracé, pour moi, ça a été me lancer dans l’écriture » conclue-t-elle. « Au pire, on apprend. On n’échoue jamais. »

« Seriez-vous devenue écrivain, si vous n’aviez pas déménagé en Italie ? » lui demande-t-on justement dans le public. « Je pense que j’aurais écrit un roman… mais à la retraite ! » Une chance, alors, qu’elle ait finalement publié son premier roman, Mémé dans les orties, sur internet, en 2014. « Quand on s’auto édite, on peut se prendre des coups… Mais quand on en rêve, on y va ! »

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Bernard, activiste écologique : un roman d’actualité

Son personnage principal, Bernard, jeune retraité qui le vit mal, va au gré des mois devenir activiste écologique… jusqu’à mettre en danger l’équilibre de sa famille. D’où vient ce personnage ? Son caractère d’abord, semble finalement très inspiré d’une personne que les lecteurs connaissent bien… « J’aime bien les personnages un peu bougons. Bernard est une version masculine de celle que je suis. » Ses décisions, ensuite, n’en sont pas si éloignées non plus. Du changement brutal de vie à la cause écologique, il n’y a qu’un pas ; pour Bernard, comme pour Aurélie Valognes.

« Comment faire pour que le reste du temps qu’on a compte ? » s’est-elle demandée pour Bernard. « J’ai voulu qu’il soit activiste écologique. Mais j’ai eu des difficultés à traverser ce roman. Plus je me renseignais sur ce sujet, plus je me prenais des claques, je n’en dormais plus ! » Ainsi, l’évolution du personnage que suivent les lecteurs, c’est celle que l’auteur elle-même a suivie, alors qu’elle découvrait semaine après semaine nombre de scandales écologiques et données alarmantes. Le roman aussi s’est modelé au gré de l’écriture en épousant l’engagement naissant de Bernard et d’Aurélie Valognes.

« Le sujet m’a rattrapée comme il a rattrapé beaucoup de monde cette année » explique-t-elle, faisant allusion aux multiples manifestations et sujets d’actualité qui ont tourné autour de l’écologie. Elle a donc souhaité, à son tour, en parler à ses lecteurs. « Je ne veux pas seulement divertir mes lecteurs. Je veux raconter des histoires émouvantes, sensibles, avec un message. Je ne dis pas que j’ai une quelconque responsabilité vis-à-vis d’eux, mais c’est quelque chose qui correspond à ma personnalité aujourd’hui et je veux que mes enfants grandissent avec ces valeurs. Alors si je peux en parler dans un roman qui a l’air divertissant mais qui n’est pas moralisateur… Tant mieux !»

Opération réussie ? À en juger les critiques du livre sur Babelio, oui ! « Ce roman donne confiance dans la vie, dans la nature humaine et est une ode à l’écologie dont chacun chacune peut se saisir dorénavant. » (anlixelle)

Et Aurélie Valognes de conclure : « Je ne pouvais pas juste écrire un roman léger. »

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La recette Aurélie Valognes : les émotions comme moteur d’écriture

Ce qui, à coup sûr, déclenche l’écriture chez cette auteur, c’est l’émotion, qu’elle utilise de façon organique comme un moteur pour la propulser dans une histoire. Elle se décrit d’ailleurs comme « hyperactive » et toujours prête à se lancer dans un nouveau roman. Peut-être, justement, parce qu’à l’image de  ses livres, mille émotions la traversent en une journée ? « J’ai un côté hyperactif. Je suis toujours en projet. Après j’ai ma manière à moi d’être hyperactif. On me laisse sur un canapé avec un livre et on me retrouve quelques heures plus tard au même endroit avec trois. » Une description dans laquelle, nous le croyons, beaucoup de Babelionautes se sont retrouvés ce soir-là…

« Je pars toujours d’une injustice pour écrire. » Pour son premier roman, Mémé dans les orties, c’était face à la solitude des personnes âgées, qui la touche profondément, qu’elle a pris la plume. Pour ce roman, « c’était ma colère d’avoir fait deux burn out ». En réponse à ce constat sur sa vie professionnelle et à celui, déjà évoqué, des familles qui laissent le temps leur filer entre les doigts, elle signe La Cerise sur le gâteau. Un roman comme une invitation à retrouver le plaisir des choses simples.

Si un mot devait décrire son parcours d’écrivain, ce serait peut-être l’instinct. Car quand elle nous raconte comment elle s’est auto publiée, on sent que cela s’est fait dans une énergie très spontanée. Elle a par exemple réalisé la couverture de son premier roman « avec quatre bouts de ficelle. J’ai choisi un motif Vichy car cela me rappelait mon grand-père. » Alors quand le livre a été édité par Mazarine, puis au Livre de poche, elle a demandé à conserver le même motif. « C’est la meilleure décision de toute ma vie. »

Et à en entendre les lecteurs et lectrices d’Aurélie Valognes, l’émotion aussi les atteint ! Avant que la rencontre ne se termine, l’un d’eux se lève, s’adresse à l’assemblée et enjoint tout le monde à découvrir ou redécouvrir Mémé dans les orties : « c’est d’un humour ravageur et en même temps un peu dérangeant… ! »

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De la lectrice à l’écrivain

« Je lis plus de 60 livres par an. J’aime me faire surprendre et me faire embarquer ! » Avant d’être auteur, Aurélie Valognes est lectrice. « Une grande lectrice », même ! C’est pourquoi elle a choisi de finir chaque roman par une postface. « Quand on termine un livre, on a envie d’en savoir plus et c’est souvent cause d’une grande frustration chez moi. Dans ma note de fin, j’ai besoin d’expliquer ma démarche, car j’ai besoin de vous tenir la main plus longtemps. C’est une fin plus douce, en fait. »

Les lecteurs lui ont aussi posé toutes sortes de questions sur la façon dont elle travaille. « Il n’y a pas de règle. Il y a autant de façons de construire son histoire que d’écrivains. Moi, je ne commence pas l’écriture – à l’ordinateur – sans avoir le début, le déroulé et la fin. C’est comme un scénario. »

Ils lui ont aussi demandé pourquoi elle utilisait beaucoup d’expressions françaises dans ses titres voire dans son texte. « Tout a commencé par un accident. Pour mon premier roman, je voulais que les lecteurs ne s’arrêtent pas de lire mon roman. » Ainsi utilisait-elle les expressions en noms de chapitre, pour donner envie à ses lecteurs de poursuivre. Au moment de choisir son titre de roman, elle a pioché dedans ! « Elles viennent plutôt après avoir écrit un chapitre, reconnaît-elle pourtant. Par contre, cela peut influencer le ton du chapitre. » Une fois Mémé dans les orties sorti, la machine était lancée. « J’ai continué parce que cela me portait chance. Le premier roman parle de mon grand-père. C’était une évidence que, pour lui rendre hommage, j’utilise, et continue d’utiliser, des expressions françaises. »

Sa famille, d’ailleurs, est sa plus grande source d’inspiration. Ses beaux-parents, par exemple, lui ont inspiré Brigitte et Bernard. Elle nous le raconte quand, amusée, une lectrice lui demande ce que le personnage de Brigitte a pu trouver à Bernard et pourquoi ils sont restés si longtemps ensemble. « Mes beaux-parents ont plus de 60 ans. J’ai du mal à les imaginer plus jeunes. Mais pour moi, c’est quand même une évidence : ils se sont aimés. »

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Quelques mots sur le prochain roman ? lui demande-t-on enfin. « Je n’aime pas la page blanche. J’ai toujours plein d’idées de romans à écrire. Là, j’ai une idée qui me tient à cœur depuis longtemps. Plus ça va avec l’écriture, plus je me dévoile. Cette fois-ci, je vais aller chercher dans ma propre enfance. » Elle sourit, avant d’ajouter, un peu plus énigmatique : « il y a des romans que j’ai déjà écrit dont le personnage principal me tient à cœur… »

Certains lecteurs ont alors peut-être pensé, pendant cette conclusion, à Anne-Laure Bondoux et son roman Valentine. Celle-ci nous racontait en janvier, chez Babelio, qu’elle avait l’habitude de continuer à dialoguer avec ses personnages, même après avoir terminé ses romans. Ce petit rituel ne semble pas totalement étranger à Aurélie Valognes, qui confie : « On a tous l’impression qu’ils existent. Et comme je puise dans ma famille, qu’elle m’inspire, j’ai l’impression qu’ils sont toujours là. »

 

Si vous avez besoin d’une bouffée de printemps, d’un roman léger mais émouvant, d’un mode de vie zéro-déchet, d’un peu de retraite, d’une famille à aimer ou de personnages avec qui dialoguer : le dernier roman d’Aurélie Valognes va peut-être vous ouvrir les bras. En tout cas, ce soir-là, quand l’événement s’est poursuivi par une chaleureuse séance de dédicaces et une festive soirée de lancement avec les équipes de la maison d’édition publiant Aurélie Valognes, son lectorat était comme une grande famille à qui elle avait, visiblement, envie d’ouvrir les bras.

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