20 livres de poche à dévorer sans modération cet été

Comme chaque année, Babelio vous présente les livres de poche les plus appréciés des lecteurs. Découvrez notre sélection estivale des meilleurs petits formats à emporter dans vos valises cet été !

Entre science-fiction, essais, sagas familiales et romans feel good, le classement des 20 livres de poche de l’été n’entre dans aucune case et il y a fort à parier que certains titres de ce classement vous permettront de découvrir de nouveaux horizons de lecture. Voici l’occasion idéale pour (re)découvrir ces ouvrages et choisir ceux qui vous accompagneront cet été à l’ombre des palmiers, ou dans le métro parisien…

1 : Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

Couronné récemment par le prix Maison de la presse, l’histoire de Violette, gardienne de cimetière qui fait de ce lieu de tristesse, un immense jardin, a su toucher le cœur des lecteurs. Violette change l’eau des fleurs, et sa vie fleurit à nouveau. L’absence devient une présence silencieuse et bienfaitrice. Avec ce roman, Valérie Perrin livre un hymne au merveilleux des choses simples.

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Pour La_Bibliotheque_de_Juju, la force du récit tient avant tout à son personnage hors du commun : « Violette, c’est de la poésie, c’est la vie qui chante très fort au beau milieu des morts. » Malgré un sujet grave, Valérie Perrin livre un roman lumineux où elle démontre sa capacité incroyable à transcender la tristesse pour en faire une histoire optimiste et vibrante. La mort n’a jamais été si vivante.

Découvrez Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin, publié aux éditions Le Livre de Poche

2 : Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Livre-univers aux résonances multiples, œuvre steampunk décalée, ou hommage vibrant au romantisme slave, Célestopol est un objet littéraire inclassable, aventureux et inventif. Au fil de ce recueil de 15 nouvelles se situant à Célestopol, cité lunaire de l’empire de Russie, nous suivons des habitants en quête d’émancipation, rebelles, insoumis – à l’image de la métropole aux multiples visages -, qui portent en eux des colères intimes et des fêlures profondes.

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Célestopol est un recueil de nouvelles distrayant et unique en son genre qui ravira les amateurs de steampunk, d’uchronies, et d’aventures spatiales dans un cadre original et fabuleux : « Quelle merveilleuse aventure au cœur d’une cité lunaire remplie d’imprévisibles fantaisies ! » (Delap80).

Découvrez Célestopol d’Emmanuel Chastellière, publié aux éditions Libretto 

3 : La Note américaine de David Grann

Cette enquête de David Grann revient sur une série de meurtres qui décima la tribu des Indiens Osage, dans l’Oklahoma des années 1920. Brillant reporter pour le New York Times, David Grann livre ici une enquête rigoureuse racontée avec les armes de la fiction pour mettre au jour la stupéfiante et glaçante vérité.

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David Grann, en digne héritier du new journalism, renoue avec un journalisme littéraire qui se lit comme de la fiction, et livre sa propre résolution sur des enquêtes irrésolues et fascinantes. Pour Bazart, voici « Un livre en tous points captivant et salutaire »

Découvrez La Note américaine de David Grann aux éditions Pocket

4 : Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio

Après le succès du Gang des rêves et des Enfants de Venise, le Romain Luca Di Fulvio signe le troisième chapitre de son triptyque qui consacre plus que jamais son talent de conteur. Le Soleil des rebelles entraîne le lecteur au cœur d’une fresque historique et romanesque d’une rare intensité, sur les pas d’un prince de Saxe.

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Luca Di Fulvio embarque le lecteur dans la construction de cette Europe balbutiante, dans le sang et les larmes. Roman âpre mais lumineux, qui conserve toujours une lueur d’espoir, voilà, selon TheWind « Un roman qui donne envie de trouver le soleil la nuit ».

Découvrez Le Soleil des rebelles de Luca Di Fulvio, publié aux éditions Pocket

5 : Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi

Un road-trip en Scandinavie, des portraits de femmes dressés avec humour et sensibilité, des instants de vie sublimés… Il n’en faut pas plus pour succomber au charme de ce roman feel good rafraîchissant, qui nous met le sourire jusqu’aux oreilles, ou plutôt jusqu’aux étoiles.

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« Un zeste d’humour, une pincée d’émotions, le tout agrémentant une famille qui cherche à se trouver et à ne plus se quitter. » Pour Ladybirdy, c’est certain, ce roman est idéal pour les vacances. Partir est parfois la solution idéale pour se retrouver.

Découvrez Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi publié aux éditions Le Livre de Poche

6 : Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase

Un manoir tapis de secrets, aux portes dérobées, un été tragique, des secrets de famille qui ne demandent qu’à être révélés, et quatre vies bouleversées à jamais… Voilà un cocktail prometteur qui ravira les amateurs de sagas familiales.

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Un manoir en Cornouailles est « Une très belle lecture qui se prête merveilleusement bien aux vacances d’été » selon TheBookCarnival, qui le conseille à tous ceux qui voudraient frémir à la lecture d’un roman dans la veine de Daphné du Maurier.

Découvrez Un manoir en Cornouailles d’Eve Chase publié aux éditions 10/18

7 : Pourquoi écrire ? de Philip Roth

Il y a un peu plus d’un an, six ans après avoir arrêté d’écrire, Philip Roth nous quittait. L’une des figures majeures de la littérature américaine laissait derrière lui une œuvre riche et foisonnante, complexe et provocatrice. Tout au long de sa carrière, Philip Roth a réfléchi sur son art : il nous livre ses réflexions dans cet essai où l’écrivain contemple le fruit d’une vie d’écriture et se prépare au jugement dernier.

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Véritable plongée dans la vie d’écrivain, cette compilation d’essais, d’entretiens, d’articles, est « Un bouquin indispensable à tout amateur de l’écrivain et plus encore, pour tous ceux qui s’intéressent à l’écriture. » (Corboland78) Un livre qui contient également plus d’une centaine de pages jamais traduites en français jusque-là.

Découvrez Pourquoi écrire ? de Philip Roth, publié aux éditions Folio

8 : Tortues à l’infini de John Green

Avec Tortues à l’infini, le dernier roman de John Green, l’heure est une nouvelle fois à l’émotion. Inspiré par ses propres troubles compulsifs pour écrire ce roman, l’auteur décrit la quête d’identité d’une jeune fille souffrant de douleurs psychiques.

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Voici un roman qui nous fait passer du rire aux larmes, les personnages de John Green racontant la propre maladie de l’auteur, au cœur de sujets aussi intimes qu’universels : la peur de vivre, la quête d’identité. « John Green nous livre ici un roman touchant qui remue au plus profond de soi. » Saefiel

Découvrez Tortues à l’infini de John Green publié aux éditions Gallimard Jeunesse

9 : Idaho d’Emily Ruskovich

Ce roman polyphonique nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir au beau milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Les forêts sauvages et hostiles, toujours grandioses, sont la toile de fond de ce drame éloquent. 

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Les lecteurs saluent à l’unanimité ce premier roman d’une rare intensité : « Une tragédie bouleversante et inoubliable. » (marina53)

Découvrez Idaho d’Emily Ruskovich publié aux éditions Gallmeister

10 : Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim

Dans le Paris du début du XXe siècle, Jeanne Hébuterne brave les interdits pour vivre ses passions, artistiques et amoureuses. En nous brossant le portrait d’une femme courageuse et amoureuse jusqu’à la folie, Olivia Elkaim sort de l’oubli celle qui fut la muse de Modigliani.

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Les lecteurs ont apprécié cette immersion dans le Paris des années 1920, la vie de bohème et la passion dévorante des deux amants : « L’espace d’une lecture, elle a transformé mon salon en atelier de peinture, ma petite ville en Ville-Lumière, mon époque en temps de guerre. » (Croquignolle)

Découvrez Je suis Jeanne Hébuterne d’Olivia Elkaim, publié aux éditions Points

11 : L’Or noir des steppes de Sylvain Tesson et Thomas Goisque 

Accompagné du photographe Thomas Goisque, Sylvain Tesson a entrepris un nouveau voyage étonnant :  il a en effet suivi le réseau des pipelines caspiens “jusqu’à Bakou, puis de Bakou jusqu’à la Turquie orientale via l’Azerbaïdjan et la Géorgie”. L’occasion pour l’écrivain voyageur/cascadeur et le photographe/aventurier de raconter “l’histoire millénaire de l’or noir des steppes”.

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C’est réussi pour Jeanraphael qui estime même que “c’est le meilleur livre de Sylvain Tesson. Un vrai récit de voyage, pur, concentré, affûté, descriptif et précis”.

Découvrez L’Or noir des steppes de Thomas Goisque & Sylvain Tesson publié chez J’ai Lu 

12 : Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez 

Déjà présent dans notre liste des livres les plus populaires de l’année 2018, Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez refait parler de lui pour sa sortie en poche. Il faut dire que ce roman policier dans lequel il est question de mémoire mais aussi d’écriture est parfait pour l’été.

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Comme le rappelle Jeanmarc30, le roman propose, en outre, un dépaysement garanti : “C’est tordu, oppressant entre les paysages de la côte d’Opale et les monts du Vercors ou des Alpes, et c’est savoureux à bien des égards.”

Découvrez Le Manuscrit inachevé de Franck Thilliez publié chez Pocket

13 : Underground Railroad de Colson Whitehead

Véritable phénomène littéraire qui a valu à son auteur une pluie de récompenses prestigieuses à travers le monde dont le prix Pulitzer, Underground Railroad raconte “l’odyssée d’une jeune esclave en fuite dans l’Amérique d’avant la guerre de Sécession« .

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C’est pour Maxun roman historique puissant, nécessaire, intemporel et montrant une facette de l’esclavage que je ne connaissais pas, il n’en faut pas plus pour en faire un très bon récit et l’obtention des diverses récompenses dont le Pulitzer sont amplement mérités. A lire d’urgence.

Découvrez Underground Railroad de Colson Whitehead publié au Livre de Poche.

14 : La Mémoire du thé de Lisa See

On vous propose cet été de partir en Chine à la découverte de l’ethnie des Akha qui vit dans la province du Yunnan depuis plusieurs siècles. Ce peuple vit par et pour le thé. Une vraie découverte pour de nombreux lecteurs. 

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Ce livre dégage cette senteur particulière [nous dit ainsi Asakocelle d’une feuille de thé. L’histoire est aussi profonde que le paysage dans lequel se déroule l’histoire. Cette histoire m’a émue, m’a fait pleurer tellement l’auteur de par ses mots nous fait voyager.

Découvrez La Mémoire du thé de Lisa See publié chez J’ai Lu. 

15 : Complot de Nicolas Beuglet 

Si la France connaît une vague de chaleur, on vous propose avec cette lecture, de vous rafraîchir quelque peu. Le récit commence en effet dans “un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents”. Un cadre idéal pour s’évader.

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Attention cependant, Nicolas Beuglet n’a pas l’intention de vous faire souffler. Complot est aussi et avant tout un thriller haletant, recommandé par de nombreux lecteurs et lectrices comme Sylvie71 : “C’est un thriller addictif, où l’on retrouve tous les codes du genre : secret, complot, violence. Entre fiction et réalité historique, j’ai été happée par cette histoire passionnante.

Découvrez Complot de Nicolas Beuglet publié chez Pocket

16 : Trois filles d’Ève de Elif Shafak 

L’auteure de L’Architecte du Sultan, Soufi, mon amour ou encore La Bâtarde d’Istanbul, autant de grands succès sur Babelio, revient avec un roman sur une femme turque qui plonge dans ses souvenirs. L’occasion pour Elif Shafak d’interroger la société stambouliote d’aujourd’hui. 

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Pour m3lani3, il s’agit d’un roman “riche et fluide qui nous donne à découvrir cette grande ville turque et la position des femmes dans cette société qui oscille entre tradition et modernité”. Pour Fanfanouche24, il s’agit également d’ “un roman haletant qui dit à quel point la littérature est porteuse d’espoir, de liberté et d’indépendance de pensée”.

Découvrez Trois filles d’Ève de Elif Shafak, publié chez J’ai Lu.

17 : La Beauté des jours de Claudie Gallay 

Dans son dernier roman intitulé La Beauté des jours, dans lequel il est notamment question de la célèbre artiste Marina Abramovic, Claudie Gallay interroge la façon dont l’art peut sauver ou sublimer nos vies. Un thème qui ne pouvait qu’intéresser nos lecteurs. 

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Cristy a adoré sa lecture, à la fois pour sa réflexion mais aussi par l’écriture de l’auteure : “Ce qui m’a beaucoup touché, c’est […] la façon dont l’auteur raconte son histoire, il se dégage une douce poésie de ce roman. Ce qui en fait un livre doudou, un livre dans lequel on a envie de se plonger et ne plus en ressortir.” 

Découvrez La Beauté des jours de Claudie Gallay, publié chez Babel

18 : Le Caillou de Sigolène Vinson 

Le pitch du roman de Sigolène Vinson est on ne peut plus simple : “Le Caillou, c’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.” Dans le texte, ce personnage s’exprime : elle aimerait devenir “Minérale, granitique, chateaubriandesque sur la mer, pour ne plus avoir peur”. Car le personnage, enseignante, a le sentiment de ne plus servir à rien. 

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Le roman, pardon pour le jeu de mot, n’a pas laissé ses lecteurs de marbre. Virginie_Vertigo a été enchantée malgré un thème difficile : “Une fois de plus, je retrouve une Sigolène qui parle de la difficulté d’être, du sens que l’on donne à sa vie. De son écriture sèche, dépouillée de tout artifice et pourtant si belle, elle évoque aussi la solitude, la vieillesse et l’art qui peut transcender une vie. J’aime ce côté absurde qu’elle émaille dans son récit. Et que dire de cette description de la Corse, de ses paysages qui donnent tellement envie d’y jeter l’ancre !

Découvrez Le Caillou de Sigolène Vinson, publié chez Le Tripode  

19 : June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton 

Premier tome d’une trilogie fantasy de la très appréciée Manon Fargetton, June, Tome 1 : Le Souffle a tout pour devenir une référence en la matière. Une quête épique attend en effet June, dernière héritière des Sylphes, et peut-être la seule personne  à pouvoir rétablir l’harmonie dans le monde.

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Le pari est remporté pour EloDesigns : “L’univers et l’atmosphère dans lequel le roman évolue, est à la fois complexe, travaillé et riche. Les créatures dont on parle, les Sylphes, sont originales et font rêver ; elles sortent vraiment de l’ordinaire et nous entraînent vers de nouveaux horizons. Tous les ingrédients sont réunis pour que la magie opère.

Découvrez June, Tome 1 : Le Souffle de Manon Fargetton, publié chez Rageot Poche

20 : Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye

Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.” Voilà les premiers mots de la quatrième de couverture de ce roman de fantasy ambitieux. Non il ne s’agit pas de l’empire de Napoléon et Les Seigneurs de Bohen n’est pas un roman historique. Encore que… Si en quelque sorte, car Les Seigneurs de Bohen est l’histoire d’un Empire, le récit de sa gloire, mais aussi celui de sa chute.

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Grande amatrice de littératures de l’imaginaire, Selvegem a adoré cette lecture  : “Estelle Faye nous entraîne dans une histoire dense, solide, et remarquablement écrite du début à la fin ! C’est un récit très dense, mais que j’ai dévoré.” 

Découvrez Les Seigneurs de Bohen d’Estelle Faye, publié chez Folio SF

Et vous, quels livres emporterez-vous en vacances ? Partagez vos impressions et coups de cœur poche de l’année 2019 en commentaire ! 

Et pour en savoir plus sur les habitudes des Babelionautes, vous pouvez consulter notre étude sur les lectures d’été, abordant autant le nombre de livres emportés dans la valise, que les genres les plus appréciés l’été, ou encore le format jugé comme le plus pratique. C’est juste ici !

Article rédigé par Pierre Krause et Coline Meret.

Et retrouvez également une sélection de 10 livres de poche à lire cet été en vidéo juste ici :

Lit-on vraiment plus l’été ?

De 3 à 5 : c’est le nombre d’ouvrages que mettront les lecteurs dans leurs bagages cet été. Ils partent 1 à 3 semaines et prendront en moyenne 4,6 jours pour lire un livre. Mais comme tout bon lecteur, ils auront les yeux plus gros que le ventre, et la plupart ne liront pas tout ce qu’ils emportent avec eux…

3 à 5, c’est en tout cas le nombre de livres que prendront 50 % des lecteurs que nous avons interrogés pour notre étude sur les lectures d’été. Menée pendant trois semaines via un questionnaire de 41 questions, elle nous a permis de nous interroger sur cette période qui rime souvent avec détente et vacances et de mettre en évidence certaines pratiques. Lit-on vraiment plus l’été ? S’agit-il des mêmes genres que d’habitude ? Quelles stratégies adoptent les éditeurs à ce moment de l’année ? Autant de questions auxquelles nous avons tenté de répondre, complétées par l’éclairage de trois professionnels que nous avons reçus le 17 avril, lors de la soirée de présentation de l’étude. Étaient avec nous Catherine Troller, directrice commerciale, marketing et communication du Cherche midi éditeur, Perrine Thérond, directrice à la librairie La Griffe Noire et responsable organisation du salon Saint-Maur en Poche et Willy Gardett, responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche.

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Menée sur près de 5 000 lecteurs et lectrices, cette étude a néanmoins touché une cible particulière : le lectorat de Babelio. Il s’agit d’un public essentiellement féminin, assez jeune (25-34 ans étant la tranche d’âge la mieux représentée), qui lit majoritairement de la fiction contemporaine (la moitié dit lire, entre autres genres, de la littérature française ou étrangère contemporaine !) et, surtout, qui lit beaucoup. 95 % des répondants disent lire (au moins) un livre par semaine, contre 16 % pour la moyenne nationale. « Ça fait rêver ! » commente Catherine Troller.

Tenant compte de ce biais-là et s’appuyant sur les propos de nos trois invités, nous vous proposons une plongée dans cette étude estivale et cette soirée chaleureuse afin de s’interroger sur les livres qui vont peut-être bientôt finir dans vos valises…

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Des achats d’été de moins en moins tardifs

Comme on aurait pu s’y attendre, l’enquête montre que 90 % des achats interviennent avant le départ. Ils anticipent même beaucoup car 41 % des lecteurs se procurent leurs ouvrages en avril et en mai, soit près de la moitié du panel !

« Mais la période avril-mai peut-être concurrencée par de gros vendeurs ! » rappelle Catherine Troller, faisant ainsi référence à de grands vendeurs qui inondent le marché. « C’est tout notre travail [de vendre des livres à ce moment-là], ajoute-t-elle néanmoins. C’est une stratégie. » Pocket aussi a choisi de publier des livres de manière anticipée. La maison se montre ainsi coordonnée avec les dates auxquelles les lecteurs disent acheter leurs lectures d’été : dès avril et jusqu’en juin. « Quand je travaillais chez Albin Michel, raconte Willy Gardett, le moment le plus important était Noël. Chez Univers Poche, cela reste vrai, mais l’été est un moment tout à fait décisif. »

Catherine Troller va encore plus loin dans cette stratégie : « Suite à l’engorgement du marché à cette période-là, on recule cette date pour désengorger mai et publier dès le mois de mars. À partir du mois de mars en fait, affirme-t-elle, tout peut devenir un roman d’été. »

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Il faut cependant remarquer une certaine dichotomie dans ces données. On remarque dans les résultats que l’achat de dernière minute reste minoritaire : 56 % des lecteurs disent ne jamais procéder à ce genre d’achat compulsif. Pourtant, Catherine Troller estime qu’au Cherche midi éditeur, ils publient peu au mois de juin, « mais les achats sont monstrueux ». Une zone de tension qui s’explique peut-être car les répondants à l’enquête sont majoritairement de gros lecteurs, qui semblent donc plus enclins à réfléchir longtemps à l’avance à leurs futures lectures, tandis que les lecteurs plus occasionnels feront leur choix plus tard. « À la librairie La Griffe Noire, les achats se font surtout en juin, confirme Perrine Thérond, d’où la date du salon Saint-Maur en Poche : un week-end mi-juin. On essaye alors de proposer aux clients une offre large et variée. »

L’étude fait en outre remarquer que la majorité des lecteurs ne savent finalement pas ce qu’ils vont emporter en vacances. Ils se les procurent tôt, mais ne sont pas encore décidés sur lesquels vont finir dans leurs bagages. À Saint-Maur en Poche, d’ailleurs, Perrine Thérond révèle que les lecteurs qui viennent « ont un budget assez élevé (avec une moyenne de 57,20 euros). Ils ont des paniers énormes. Certains lecteurs partent avec au moins cinq livres, parfois une trentaine de poches ! » Pour avoir plus de choix, peut-être ?

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Changer de genre

Cette dernière donnée nous amène à nous demander ce qui peut motiver leurs choix. En extrayant quelques verbatim de leurs réponses à la question « Qu’attendez-vous d’une lecture d’été ? », on remarque que les mots « divertissement », « détente » et « évasion » ressortent le plus souvent. Un cinquième des répondants à l’étude confirme d’ailleurs se donner « rendez-vous » chaque année en lisant le même auteur. Parmi ceux-là, on retrouve entre autres Guillaume Musso, Michel Bussi ou Virginie Grimaldi, connus pour être des auteurs de page turners ou de lectures feel good.

Pourtant, les lecteurs restent friands de découverte (63 % aiment découvrir de nouveaux auteurs pendant cette période). « À Saint-Maur en Poche, justement, ils viennent pour les grosses têtes d’affiche mais aussi pour découvrir. Parfois un auteur présent connaît un succès énorme, même s’il n’a qu’un seul livre devant lui. Cela s’explique aussi parce qu’ils sont très mis en avant sur le festival : ce sont souvent des auteurs coups de cœur de l’équipe. »

Notons cependant que dans ces mêmes verbatim, « comme le reste de l’année » est le cinquième mot-clé le plus cité ! S’il y a un net penchant pour des lectures plus légères que le reste de l’année, la plupart des lecteurs sont en fait indécis ou ne modifient pas leurs types de lectures.

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Concernant les genres, l’étude met en évidence quelques variations : le polar est plus lu l’été, la littérature feel good aussi, des genres en accord avec la notion de « lecture plaisir ». « On essaye de faire en sorte que la programmation de Saint-Maur en Poche soit variée au maximum, révèle Perrine Thérond. Mais on fait effectivement attention au feel good et à la romance car ils connaissent une forte croissance et sont importants à ce moment-là de l’année. »

A contrario, le Cherche midi éditeur ne publie pas expressément des livres qui sont aux antipodes de la période, pour se démarquer : « à partir du moment où on est un éditeur généraliste, on ne va pas mettre tous ses textes littéraires à la rentrée, donc il y a une contre-programmation qui se fait sur les autres mois, par exemple l’été, mais de manière naturelle ».

« Historiquement, conclut Catherine Troller, on a hérité du calendrier médiatique : pourquoi on ne publie pas en juin ? Parce qu’avant les médias s’arrêtaient en juin. Aujourd’hui, on réalise que les lecteurs vont aussi en librairie l’été et qu’on peut parler de livre à travers d’autres canaux, mais on hérite complètement de ces calendriers médiatiques. »

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Les librairies : terre conquise ou friche à repeupler ?

« Du côté des librairies, poursuit Perrine Thérond, il n’y pas forcément de genres qui sont préférés aux autres. Le travail du libraire est de répondre à l’attente du client. » Ce qui lui permet de confirmer l’étude en expliquant qu’à Saint-Maur, « l’été, c’est mort de chez mort ! De toute façon, toute notre énergie a été dépensée en juin, donc on est ravis ! »

Les libraires, stars de cette étude, sont très plébiscités par les lecteurs. C’est leur lieu de prédilection d’achat. C’était pareil en septembre 2018, lors de notre précédente étude portant sur “l’objet livre” (dont vous pouvez retrouver le compte-rendu ici). Mais c’est encore plus marquant ici, car elle gagne 3 points. Une autre partie de l’étude interroge les lecteurs sur les sélections d’été proposées par différents professionnels. 60 % estiment y être attachés et, en cumulant les noms cités, les sélections de libraires dominent sur la presse.

Pourtant, quand on leur demande quels conseils ou avis les aident le plus à choisir leurs lectures tout au long de l’année (92 % des lecteurs estimant au passage que ces sources ne changent pas pour l’été), Babelio, le bouche-à-oreille et la presse sont, devant la librairie, les plus cités. « Il y a une dichotomie, remarque Catherine Troller, entre la fréquentation des libraires et la prise en compte de leurs conseils. » Contradiction qui signifie sûrement que, si les lecteurs apprécient de se rendre en librairie pour y faire leurs achats, leurs choix ont souvent été faits ou initiés avant d’en franchir le seuil. Les lectures d’été, selon elle, sont principalement constituées de deux choses : de « gros noms » et des « conseils de libraires ». C’est pourquoi le Cherche midi éditeur, tout comme Pocket, travaille beaucoup avec eux l’été : ils leur envoient des épreuves, organisent des séances de dédicace, etc. « Les libraires de lieux de vacances, ajoute un éditeur du public, manquent de reconnaissance. Certains libraires, comme à Port Maria ou Quiberon, sont méprisés parce qu’ils vendent aussi des accessoires de plage, et tous les éditeurs ne leur envoient pas des auteurs en dédicace. C’est aussi notre chance ! C’est une bonne manière d’utiliser leur emplacement pour toucher les lecteurs en vacances. »

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Capter de nouveaux lectorats : digital, librairie ou médias traditionnels ?

L’été semble par ailleurs une période idéale pour toucher des publics éloignés du livre. « Pour nous, libraires, reprend Perrine Thérond, ça reste une question très ardue car c’est le public le plus difficile à capter, c’est celui qui vient le moins nous voir et qui se débrouille tout seul (par le biais des réseaux sociaux ou du bouche-à-oreille). »

L’étude montre en effet que plus de la moitié des lecteurs interrogés lisent plus l’été – les plus jeunes notamment, qui ont une longue période de vacances. Les lecteurs de Babelio n’augmentent pas forcément leur rythme de lecture l’été, voire le réduisent, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une communauté de grands lecteurs.

Les lieux de vacances, justement, sont peut-être l’endroit idéal pour capter de nouveaux lectorats. Les éditeurs, Le Livre de Poche ou Folio par exemple, en profitent d’ailleurs pour mettre en place des opérations directement sur les plages. « Je crois beaucoup à ces opérations ayant pour cible des lecteurs qui lisent le reste de l’année et sont peut-être plus à même de faire un achat d’impulsion » confie Willy Gardett. Si ce type d’événements – ici, les camions-librairies – fonctionne très bien, les opérations estivales de manière générale ont un réel impact sur les ventes, notamment les lecteurs plus occasionnels, remarque le responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche. « Ce sont des succès, confirme Perrine Thérond. Les goodies aussi marchent très bien, les couvertures à ambiance estivale, pas particulièrement, mais les goodies marketés pour l’été comme les chapeaux ou les éventails fonctionnent bien et sont très identifiés par les clients. »

« Autant à Noël, on a des collectors, reprend Willy Gardett, autant en été, on ne fait pas de travail spécifique sur les couvertures. On garde en tête une certaine saisonnalité, mais pas plus que ça. » Et Catherine Troller d’approuver : « Je ne crois pas non plus. On fait un travail spécifique sur les couvertures tout court – on n’a pas réellement de charte – car on travaille surtout sur l’auteur. » De toutes façons, comme l’indique l’étude, c’est le thème qui reste le plus important dans le choix d’une lecture d’été. Seulement 30 % des répondants sont sensibles aux couvertures, contre près de la moitié pour les 12-24 ans. Si les éditeurs s’adressant à ce public ont vraisemblablement un réel travail à faire de ce côté-là, les autres semblent sur la bonne piste en choisissant de ne pas faire de cette saison un axe graphique primordial.

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Si on a vu jusque-là que l’été n’influait pas fortement sur le programme des éditeurs, cela peut se nuancer sur quelques points qui ont été abordés ce soir-là. « Il y a un effet longue traîne sur certains titres. Mais ce n’est pas sans raison, raconte Perrine Thérond. Par exemple, certains éditeurs publient très tôt leurs auteurs phares. Ils savent que, quoi qu’il arrive, ce sera une lecture d’été, c’est déjà acquis. Donc ils essayent peut-être de capter d’autres lectorats en les publiant plus tôt. » « C’est surtout là qu’on publie des premiers romans, ajoute Catherine Troller. Ou des romans étrangers, pour lesquels on n’a pas l’occasion d’avoir l’auteur en France. Passer par Babelio ou des clubs de lecteurs semble alors la meilleure solution pour créer du mouvement. »

On l’a vu, le bouche-à-oreille et Babelio restent en effet, comme tout au long de l’année, la principale source de recommandations des lecteurs. Seuls 8 % estiment avoir des sources de recommandation différentes au cours de l’été : le Routard, des clubs de lecture, les prix littéraires, les volumes de vente. Or si ces canaux fonctionnent bien sur ces 5 000 répondants, qui rappelons-le sont de gros lecteurs, ce n’est pas nécessairement la meilleure stratégie à avoir pour toucher des lecteurs plus occasionnels. « Les médias sont de moins en moins puissants et de plus en plus difficiles à solliciter, explique Catherine Troller. Mais on travaille d’arrache-pied dès le mois de mars. Le « petit lecteur » aura aussi tendance à aller chercher des prescripteurs traditionnels et il ne faut pas les négliger. » Elle ajoutera plus tard que, pendant l’été, la communication sur le catalogue du Cherche midi éditeur passe beaucoup par la présence en salons ; celle-ci lui permettant également d’engendrer des retombées dans la presse locale. On remarque en outre dans les résultats de l’étude que, concernant les sélections d’été proposées par les professionnels, celles proposées par la télévision et la radio, des médias traditionnels, arrivent loin derrière la librairie. Mais pour se référer de nouveau à la typologie de l’étude (des grands lecteurs), on peut imaginer que les lecteurs occasionnels s’y réfèrent plus et, comme le remarquait Perrine Thérond, sont moins clients des librairies indépendantes.

Enfin, Willy Gardett note que, parfois, une communication plus verticale de la part de l’éditeur peut être tout aussi efficace. Il mentionne l’opération « Coups de cœur Pocket », qui labellise des titres de leur catalogue qu’ils décident ainsi de mettre en lumière, une opération qui « change la donne ». « Ce n’était pas parti pour fonctionner, mais c’est reçu et entendu. Cela se vérifie par les ventes. Cela m’a surpris dans le très bon sens du terme. »

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Le digital au service de la lecture

« Le bouche-à-oreille se fait aussi de manière virale et sociale, affirme Willy Gardett. Nous aussi, éditeurs, avons nos communautés et nos grands lecteurs. Il faut sans cesse recruter de nouveaux fans, et particulièrement chez ceux qui sont peut-être de moins grands lecteurs. C’est toujours agréable de mettre le digital au service de la lecture. »

Le responsable du pôle digital et innovation d’Univers Poche, quant à lui, a défendu l’idée que le digital était le meilleur moyen d’engendrer du bouche-à-oreille, de créer le buzz.

Pourtant, remarque Guillaume Teisseire au cours de la rencontre, « Babelio marche mieux quand il pleut ». Et celui-ci d’interroger Willy Gardett : les réseaux sociaux sont-ils compatibles avec le beau temps ? Sa réponse : globalement, oui. « J’ai animé la communication d’Albin Michel pendant 7 ans, et avant, on n’avait pas du tout la même manière de pousser l’information pendant l’été sur les réseaux sociaux. Ils étaient moins puissants qu’aujourd’hui, donc on laissait les choses en jachère. Maintenant, remarque-t-il, il y a plutôt des moments dans la journée. Les gens les consultent de plus en plus, même l’été ! »

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Quant à savoir ceux qui marchent le mieux, Willy Gardett estime que « Facebook, avant, était plutôt pour les geeks, mais son public est maintenant plus âgé. J’ai dû louper le bon moment, plaisante-t-il. Le public est plus âgé mais par contre, ce sont de plus gros lecteurs. Instagram, lui, est en croissance. »

Catherine Troller, quant à elle, reconnaît les bénéfices du digital mais semble tout de même dubitative sur leur effet, notamment à cette saison. « Cela marche quand même moins l’été ; par exemple, nous nous appuyons sur les blogueurs, qui sont un grand support pour nous. Mais on remarque que les effets du digital et des prescripteurs de manière générale sont moindres l’été : il y a moins de ventes. »

« Aujourd’hui, pour exister sur Facebook, il faut sponsoriser ses publications, reconnaît Willy Gardett, pour qui l’utilisation d’outils numériques n’est pas sans challenge non plus. Sur Instagram, par contre, il faut être plus innovant. »

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Grand format, poche ou numérique : le clash des formats

Sans surprise, l’étude prouve que l’été, les lecteurs achètent surtout des livres de poche, 20 % de plus que le reste de l’année, alors que le grand format chute considérablement. « Comme le reste du marché, l’été est beaucoup plus difficile, confie Catherine Troller. Les opérations poche « trois pour deux » ont vraiment changé la donne. On voit dans l’étude que le grand format n’est plébiscité que par 15 % des lecteurs : c’est assez meurtrier. Il y a une plus grosse consommation des livres de poche au détriment du grand format. »

« C’est tout à fait juste, répond Willy Gardett. Après, je pense que quand on voyage aujourd’hui, on se pose tous au moins une fois la question de prendre une tablette. Mais on voit bien que les grands lecteurs – et on en est très heureux – continuent d’avoir un attachement fort au papier. » Le numérique, lui, connaît effectivement une légère hausse de 3 %, puisque 15 % disent utiliser ce format l’été, contre 12 % le reste de l’année. « L’augmentation est assez faible finalement, commente Willy Gardett. Le poche détrône le grand format, mais on se rend compte que la tablette n’explose pas non plus. » Cette hausse est peut-être due aux offres proposées par les éditeurs, avance Catherine Troller de son côté : « On effectue de très grosses baisses de prix sur le numérique pour contrer le poche, justement. Mais l’impact est très faible sur le chiffre d’affaires, car ces baisses sont très fortes. »

Si les lecteurs font ces choix-là, c’est principalement pour des questions de prix (44 % pour le poche, 6 % pour le numérique) et de place (46 % pour le premier, 82 % pour l’autre). Ils évoquent aussi le poids, le format moins précieux qu’ils ont donc moins peur d’abîmer, ainsi que le confort de lecture.

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S’il fallait, au terme de cette étude, dresser le portrait du lecteur type de l’été, ce serait celui-ci : un jeune lecteur, qui lit au format poche des polars ou des romans feel good, friand de découverte mais plus attiré par les conseils de ses proches ou des autres lecteurs Babelio que par les médias traditionnels. On peut bien sûr nuancer ce portrait en rappelant que ce sont de multiples données de l’étude rassemblées dans un seul schéma, ou encore en évoquant l’indécision de certains lecteurs, qui ne décident qu’au dernier moment leurs lectures d’été ou qui se contentent de poursuivre dans la même lancée que le reste de l’année.

Nuances qui rendent la période parfois difficile à cerner par les maisons d’édition. « La durée des vacances d’été, note une éditrice présente dans le public, est de plus en plus réduite. Avant on partait trois à quatre semaines au milieu de l’année. Mais aujourd’hui, il y a une plus grande linéarité entre l’année et l’été. Faut-il donc réfléchir en termes de juillet-août, interroge-t-elle, ou en termes d’occasions qui peuvent surgir à tout moment ? » Comme l’ont montré nos invités ce soir-là, l’été a encore un sens dans chacune de leurs stratégies. Mais ses limites sont de plus en plus floues et sans cesse à réinterroger.

Autant en emporte le roman avec Laurence Peyrin

Vendredi 8 mars avait lieu la Journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, nous recevions dans les locaux de Babelio Laurence Peyrin, dont les romans sont toujours menés tambour battant par des femmes, des héroïnes qui ne sont pas toujours fortes, mais qui semblent au moins maîtriser leur destin. « Je ne pourrais pas écrire un roman sur un personnage qui ne se rend pas compte qu’il a la maîtrise de sa propre vie » affirmait-elle il y a quelques mois, quand elle venait pour la première fois chez Babelio rencontrer ses lecteurs. Ce soir-là, dans une ambiance chaleureuse où fusaient les questions et rires des lecteurs, elle nous a parlé de la place qu’occupent les femmes dans son œuvre.

La conversation s’est principalement articulée autour de deux romans. L’Aile des vierges, d’abord, son précédent livre, qui vient de paraître au format poche chez Pocket, dans lequel elle raconte une histoire d’amour féministe, le tout sur un fond historique qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de Downton Abbey. Publié il y a près d’un an, il a fait l’objet d’une première rencontre chez Babelio et reçu de très nombreuses notes positives sur le site. Ma Chérie, son dernier ouvrage, qui vient de paraître aux éditions Calmann-Lévy, prend place en Floride, à une toute autre époque : celle de la Ségrégation, en plein cœur des années 1960.

9782702164327.jpgNée dans un village perdu du sud des États-Unis, Gloria était si jolie qu’elle est devenue Miss Floride 1952, et la maîtresse officielle du plus célèbre agent immobilier de Coral Gables, le quartier chic de Miami. Dans les belles villas et les cocktails, on l’appelle « Ma Chérie ». Mais un matin, son amant est arrêté pour escroquerie. Le monde factice de Gloria s’écroule : rien ne lui appartient, ni la maison, ni les bijoux, ni l’amitié de ces gens qui s’amusaient avec elle hier encore. Munie d’une valise et de quelques dollars, elle se résout à rentrer chez ses parents. Dans le car qui l’emmène, il ne reste qu’une place, à côté d’elle. Un homme lui demande la permission de s’y asseoir. Gloria accepte. Un homme noir à côté d’une femme blanche, dans la Floride conservatrice de 1963… Sans le savoir, Gloria vient de prendre sa première vraie décision et fait ainsi un pas crucial sur le chemin chaotique qui donnera un jour un sens à sa nouvelle vie…

Peyrin_aile_vierges.jpgAngleterre, avril 1946. La jeune femme qui remonte l’allée de Sheperd House, majestueux manoir du Kent, a le coeur lourd. Car aujourd’hui, Maggie Fuller, jeune veuve au fort caractère, petite-fille d’une féministe, entre au service des très riches Lyon-Thorpe. Elle qui rêvait de partir en Amérique et de devenir médecin va s’installer dans une chambre de bonne. Intégrer la petite armée de domestiques semblant vivre encore au siècle précédent n’est pas chose aisée pour cette jeune femme cultivée et émancipée. Mais Maggie va bientôt découvrir qu’elle n’est pas seule à se sentir prise au piège à Sheperd House et que, contre toute attente, son douloureux échec sera le début d’un long chemin passionnel vers la liberté.

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Les héroïnes

Quand elle commence un roman, c’est souvent sous l’impulsion d’un personnage. « Dans L’Aile des vierges, j’avais envie de parler de ce personnage, Maggie. Mais cela dépend. Tout comme mes romans sont différents les uns des autres, les héroïnes le sont. Dans Ma Chérie, par exemple, c’est plutôt le sujet qui m’a amené au personnage : il me fallait une femme qui soit candide, c’est devenu Gloria. »

Le changement, par contre, est un thème qui réunit toutes ses héroïnes. « Il n’y a pas de roman sans changement, sans parcours. D’où qu’on vienne, quelle qu’on soit, il suffit peut-être de forcer le destin pour qu’il nous arrive des choses extraordinaires aussi » affirme-t-elle. Elle en parlait déjà la dernière fois qu’on l’avait reçue et évoque aussi ce sujet dans la vidéo que nous avons tournée avec elle le 8 mars.

Dans cette même vidéo, elle déclare d’ailleurs que « [ses] héroïnes se construisent toujours avec une rencontre déterminante dans leur vie ». Dans L’Aile des vierges, paru en 2018, c’est la rencontre de Maggie avec John Lyon-Thorpe, le maître de la maison dans laquelle elle travaille, qui va bouleverser sa vie, jusqu’à la faire traverser l’Atlantique direction New York… Dans Ma Chérie, son nouveau roman, le personnage suit une trajectoire un peu différente. « Gloria, à l’inverse de Maggie, va tout perdre. Je voulais me poser cette question : quand tout s’effondre, qu’est-ce qu’il reste ? » Ce personnage assez naïf, qui semble ne pas tenir le premier rôle de sa propre vie, a une histoire paisible voire soumise avec un homme. « Son amant, commente Laurence Peyrin, pour des raisons y ou y – enfin surtout des raisons x ! – ne veut pas la faire voyager avec lui quand il part pour le travail », jusqu’à ce que, dans un bus, elle prenne une décision qui va changer toute sa vie. Alors que Maggie, dans L’Aile des vierges, s’adoucit un peu au contact de John, Gloria, elle, semble complètement se réveiller. « Elle va découvrir la curiosité, l’appétence pour l’inconnu ! C’est une découverte d’elle-même. » C’est un personnage qui se laisse guider, à qui « on montre le chemin », mais qui va quand même, de « Ma Chérie », devenir, enfin, Gloria, celle qu’elle est vraiment.

Trajectoires et destins, femme moderne ou belle indolente, changements et traversées, Laurence Peyrin, assurément, sait écrire et raconter les femmes. « Je voudrais écrire un livre avec le point de vue d’un homme, avoue-t-elle, mais je parle de ce que je connais le mieux. »

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L’amie et l’amoureuse

Si Laurence Peyrin écrit si bien les femmes et parle avec tant de générosité de ses personnages, c’est sûrement parce qu’elle y met beaucoup d’émotion. Semblant puiser dans le monde qui l’entoure, à commencer par ses rapports avec les autres, et dans ses propres sentiments, elle offre des livres sensibles dont elle parle avec passion.

« Quand j’ai terminé L’Aile des vierges, j’étais malade, d’une tristesse insondable. Comme un baby blues. Pour rebondir, il me fallait écrire quelque chose de totalement différent, pour faire le deuil de Maggie. » Pourtant, reconnaît-elle, ce n’est pas forcément pour son personnage, que la séparation avec ce roman était si dure, mais aussi pour son histoire… et « certainement [l’]amant [de Maggie] ! » Si elle en rit généreusement ce soir-là, elle n’en dévoile pas moins les sentiments qui l’habitent, derrière son travail d’écriture : « écrire une passion amoureuse fait appel à quelque chose de profond, d’intime chez l’auteur. »

Créer un personnage n’est pas toujours facile. Son nouveau livre, Ma Chérie, en est la preuve. « Au début je n’aimais pas trop Gloria. Pendant trois semaines, j’ai écrit le livre sans vraiment la supporter. » Ce livre, dont l’histoire, nous a-t-elle déjà confié, est venue en premier, a donc commencé par mettre en scène un personnage que l’écrivaine elle-même jugeait antipathique ! « Mais on a fini par se rencontrer. » Un peu plus tard, une lectrice lui demande si ce n’est pas plus intéressant, finalement, d’écrire sur un personnage qu’on n’apprécie guère. « Je ne sais pas, avoue-t-elle. Dans Ma Chérie, le personnage de l’amant ne me plaît pas. Il est ridicule, pathétique et je passe très vite sur lui car il n’est pas intéressant. Je n’ai donc pas vraiment envie d’écrire sur quelqu’un que je n’aimerais pas. » Pourtant, force est de reconnaître qu’on ne peut pas toujours voir les choses de manière manichéenne. Au même titre qu’on peut adorer un méchant ou qu’un héros peut nous décevoir, un auteur peut construire ses personnages sur différents niveaux. « Mes personnages ont toujours une faille, une excuse, confirme-t-elle. On n’est pas faits d’un bloc. C’est intéressant d’aller trouver quelqu’un et de chercher pourquoi il n’est pas totalement mauvais. »

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L’historienne

Si les personnages sont le moteur de ses écrits, ils sont aussi l’un de ses principaux centres d’intérêt dans l’Histoire. Ses romans ont une dimension historique important parce que ça l’intéresse, en tant qu’auteur, d’aller chercher dans le passé des figures féminines et d’étudier leurs trajectoires. « Les femmes sont leurs propres obstacles dans vos romans » lui déclare Pierre, qui anime l’échange. Et Laurence Peyrin de compléter : « Les femmes. Et la société. » C’est pourquoi elle aime fouiller le passé à la recherche de ces destins de femmes. « A quelles adversités elles avaient à faire, dans la société ? C’est ça qui m’intéresse. »

C’est aussi une anecdote historique, cette fois-ci, plutôt dans l’histoire de l’art, qui inspire l’une de ses prochaines histoires. Une lectrice, avide d’en savoir plus, la questionne sur ses prochains textes et finit par lui soutirer ? quelques informations. « Ce ne sera pas la même ville, ni la même époque. Je peux vous dire un mot : égérie » raconte-t-elle, avant de poursuivre : « ce qui m’a donné envie, c’est d’écouter des chansons qui portent des noms de femmes. »

Écrivant des romans historiques, elle doit faire preuve d’une certaine rigueur et nourrit donc son texte de beaucoup de documentation. « J’ai été journaliste car je voulais écrire. Mais je me suis trompée de métier. J’observe beaucoup, mais n’ai pas la témérité des journalistes qui s’approchent au plus près de l’action ou réalisent des interviews. Mais j’étais persuadée que je n’avais pas assez d’imagination pour devenir romancière. Maintenant que je le suis, je vérifie tout ce que j’écris : voilà ce que je garde du journalisme. Je me demande d’ailleurs comment faisaient les écrivains il y a vingt ans ! Sans Internet, cela devait être bien plus compliqué. »

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La cinéphile

Ce n’est sans doute pas un hasard si, dans la première vidéo que l’on tournait avec Laurence Peyrin, il y a quelques mois, l’un des cinq mots qu’elle avait choisis était « cinéma ». Grande cinéphile dans l’âme, en plus d’être, comme nous tous ce soir-là, une grande lectrice, elle puise dans le 7e art du matériau pour ses propres histoires. Rien de bien étonnant, quand on sait qu’elle a été pendant des années, journaliste et notamment critique de cinéma. « Je tire plutôt mes personnages de la fiction, moins du réel. » Pour L’Aile des vierges, par exemple, elle a été puiser dans le personnage de Scarlett O’Hara, héroïne du roman de Margaret Mitchelle Autant en emporte le vent, porté à de maintes reprises à l’écran, ou encore dans le personnage de Karen Blixen, femme de lettres danoise qui a été interprétée par Meryl Streep dans Out of Africa.

Elle confie d’ailleurs, suite à la question d’une lectrice lui demandant si elle souhaiterait voir ses livres au cinéma, qu’une adaptation est son « rêve absolu ». Au même titre que ses lecteurs, elle dit « voir le film se dérouler devant [s]es yeux » en même temps qu’elle écrit une histoire. « Je vois très bien L’Aile des vierges adapté en série sur Netflix, et Ma chérie en film ! » Malheureusement, ce sont des choses qui prennent beaucoup de temps, voire qui n’arrivent pas. « On n’a pas de prise sur les choses, en tant qu’auteur. Il nous faut susciter le désir. Et, nécessairement, c’est lent. »

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L’écrivaine

De sa vie d’auteur, Laurence Peyrin nous a beaucoup parlé pendant l’événement. « Je n’ai pas de rituel. Je vais à la bibliothèque municipale à côté de chez moi. Comme j’ai six enfants, j’ai dû me trouver un endroit calme pour écrire. J’y vais du mardi au samedi – les horaires de la bibliothèque en fait ! Mais, le plus gros du travail, affirme-t-elle, ce n’est pas l’écriture ». C’est tout le temps que prennent ces moments où elle réfléchit et laisse naître ses histoires, « quand je promène mon chien, n’importe quand ! Quant à l’écriture, j’ai de la chance, chez moi, cela coule tout seul. » Mais la bibliothèque est lieu qui est à la fois essentiel et inspirant pour elle. « A chaque fois que je me réfugiais à la bibliothèque dans ma vie, je n’avais peur de rien. » Et, bien plus qu’un refuge, c’est aussi une manière de se mettre en condition pour l’écriture, comme un employé va au bureau, Laurence Peyrin va à la médiathèque. « Si je travaillais chez moi, je serais en survêtement et sans maquillage ! » rigole-t-elle.

« Je sais ce que je vais raconter, mais absolument pas où je vais ! Je me documente sur Internet et je fais mes recherches au fur et à mesure. Il y a même des personnages qui apparaissent dans certains chapitres dont je ne soupçonnais même pas l’existence. » Ce processus de création est très instinctif et ce jusque dans le travail du titre, qu’elle trouve « tout de suite ! ». Mais cette spontanéité ne gagne pas toutes les couches de son travail (en serait-ce vraiment un, si rien ne la mettait en situation de défi ?) car l’un de ses problèmes majeurs pendant la conception d’un roman, c’est le prénom de ses personnages, et notamment celle qui sera le protagoniste principale. « C’est essentiel pour moi. J’en ai besoin pour pouvoir avancer. Cela peut durer des semaines ! Pour le livre que je suis en train d’écrire, par exemple, ça a été très difficile. Pour Ma Chérie, j’ai réfléchi pendant longtemps. Elle porte finalement trois prénoms : Gloria Mercy Hope. Je me suis aperçue assez tardivement que cela correspondait aux trois parties du romans et de son évolution. C’était totalement inconscient. » Et Laurence Peyrin de conclure, sûre d’elle : « Mais il y a une part de magie dans l’écriture… »

Cette impulsivité explique peut-être l’énergie qui traverse ses romans et rend vivants ses personnages. Alors que ceux-là sont à l’origine de chacun de ses romans, ou presque, c’est l’histoire, pourtant, qui en est la finalité. « Je lis presque uniquement des polars. Mais je ne sais pas s’ils influencent mon écriture, à part peut-être dans la volonté de vouloir raconter une histoire. Dans un polar, il y a une mathématique, une certaine efficacité, une histoire. Je ne pourrais moi-même pas en écrire mais peut-être ai-je le même souffle, le même besoin de dérouler les choses. »

Des histoires, par ailleurs, Laurence Peyrin en a déjà en réserve ! « Je garde parfois des morceaux d’histoires pour une prochaine fois. Au début, dans Ma chérie, le personnage devait traverser l’Amérique en bus, aller à New York et travailler dans un club de striptease. Ce n’est finalement pas le cas, je ne voulais pas compliquer l’histoire, donc tout ça, je le garde pour plus tard. Ce sera le thème d’un prochain roman ! »

Cette passion pour le polar et cette volonté d’énergie expliquent aussi certains de ses choix narratifs. Ses romans, par exemple, ont pour le moment toujours été écrits à la troisième personne, elle n’a jamais osé utiliser le « je ». « En tant que lectrice, j’aime bien les deux, cela dépend. Mais en tant qu’auteur, j’ai l’impression que la troisième personne laisse une part plus libre à la plume, cela donne plus de souffle, peut-être. »

Quant à savoir si elle se relit, elle avoue n’avoir que deux grands moments de relecture : une fois qu’elle a terminé, pour « être sûre de la cohésion de l’ensemble »… et après que ses livres soient sortis ! « J’adore relire mes livres » avoue-t-elle, complice avec les lecteurs qui lui demandent en retour si elle les trouve bien écrit. Et celle-ci de répondre, en riant : « Oui ! Ça me fait plaisir. Mais c’est comme un cuisinier qui goûte ses plats, en fait. Il sait à quel moment c’est bon. »

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L’Américaine

Laurence Peyrin, pourtant bien française, situe nombre de ses romans aux États-Unis, au moins en partie. Passionnée de culture anglo-saxonne – elle situe d’ailleurs L’Aile des vierges dans l’Angleterre de l’époque édouardienne – et allant souvent en Floride pour des raisons familiales, elle porte ces deux pays dans son cœur. « Je suis marquée par les États-Unis à un tel point que j’y étais hier ! » s’amuse-t-elle. Ses différents romans lui permettent cependant d’aborder différentes facettes de l’Amérique. Dans L’Aile des vierges, Maggie finit par se rendre à New York, une ville que l’auteur dit adorer, et « c’est totalement différent du reste du pays ! La Floride, que je mets en scène dans Ma Chérie, est d’une énergie et d’une ouverture d’esprit totalement différentes. » Si le roman n’est donc pas le road trip qu’elle avait initialement imaginé, les lecteurs pourront néanmoins se délecter d’une belle immersion dans cet état américain, avec ses descriptions de la mangrove, des villes comme Tampa, etc.

Peut-on espérer voir un jour un roman de Laurence Peyrin se dérouler en France ? « Oui, quand j’habiterai en Amérique ! » répond-elle, sans une once d’hésitation. « J’ai besoin de distance. La distance est romanesque. Elle engendre le désir. C’est la frustration et ce désir qui me font écrire des histoires. »

Les lieux, dans ses romans, sont très importants et portent le récit. « Il faut que j’écrive sur des lieux que je connais. Les lieux sont presque des personnages ! Miami, par exemple, c’est Gloria au début de Ma Chérie, elle est clinquante. Quand je voyage, je reviens toujours avec des idées de romans. »

Laurence Peyrin ne sait pas si elle sera un jour traduite aux États-Unis, même si elle l’espère. Mais pour l’exprimer, elle revient à cette idée de lenteur, dont elle parlait déjà pour les adaptations cinématographiques. « Quand on est écrivain, on a toujours envie d’avoir un an de plus pour voir ce que son livre est devenu. Mais ça se construit. Le prix Maisons de la presse m’a appris la patience. Alors j’attends, je frémis de voir ce que ça a donné. J’ai tellement hâte que vous lisiez Ma Chérie ! Parce qu’on n’écrit pas pour soi. Je pense à vous quand j’écris, à ce que ça va vous faire. Il faut être généreux quand on écrit. Il faut avoir le bonheur de transmettre. »

Le bonheur de transmettre, Laurence Peyrin l’avait ce soir-là. Pour compléter le souvenir de cette chaleureuse soirée, vous pouvez visionner la vidéo dans laquelle elle a choisi 5 mots pour parler des ses deux derniers ouvrages : XXe, rencontre, changement, liberté, et Amérique :