Entrez dans l’univers de l’écrivain Kim Leine qui manipule ses victimes, ou plutôt ses lecteurs…

Kim Leine, auteur qui a la particularité d’avoir la double nationalité dano-norvégienne, a rencontré ses lecteurs à la Maison du Danemark, dont une trentaine de Babelio. Son éditeur, traducteur et ami Alain Gnaedig était en charge de l’animation de la rencontre.

IMG_20180522_191100.jpg

Le roman de Kim Leine L’abîme, qui compte 640 pages, vient d’être édité chez Gallimard.

Mars 1918. Les frères jumeaux Ib et Kaj Gottlieb quittent le Danemark pour la guerre civile en Finlande. Ils sont volontaires du côté blanc, participent à la prise de Tampere et aux brutales opérations de «nettoyage» contre les communistes. Après cette première rencontre avec la guerre et le difficile retour à la vie civile, on les suit, ensemble ou individuellement, dans la période de l’entre-deux-guerres. Au Danemark et en Europe, ils sont les témoins des grandes crises et de la montée du nazisme. Dans leurs vies personnelles, ils sont engagés dans la médecine et le journalisme, et ils expérimentent les ivresses les plus différentes. Soudain, avec l’occupation allemande du Danemark, ils replongent dans la guerre. Ils rejoignent les rangs de la Résistance, et ce sera une lutte à mort contre la Gestapo dans les rues de Copenhague

Un parcours atypique

Kim Leine né en Norvège, est parti vivre au Danemark où il a suivi des études d’infirmier, puis a fait le choix d’aller vivre pendant quinze ans au Groenland. Il est ensuite revenu au Danemark où il a publié son premier roman Kalak (2007). « J’ai 56 ans, j’ai été témoin de Jéhovah, entouré de gens fous et j’ai longtemps côtoyé de véritables personnages de romans. Malheureusement, nombre d’entre eux étaient morts depuis une centaine d’années ». L’auteur, qui avait honte d’écrire, a d’abord préféré exercer le métier d’infirmier d’un point de vue existentiel. « Le Groenland a fait de moi un écrivain. Ce pays m’offrait le temps de m’asseoir et d’écrire. C’est un endroit reculé qui permet de produire de bonnes histoires où la rencontre avec la nature nous suit pendant longtemps ». En revanche, Kim Leine explique être devenu toxicomane au Groenland pendant les trois dernières années qu’il a passées dans le pays. « Je suis rentré au Danemark pour me sevrer, puis j’ai réellement commencé à écrire. Un premier roman autobiographique est né en 2007 puis sept autres ont suivi et me permettent aujourd’hui de vivre de ma plume ».

Passage du roman autobiographique au roman historique

Pour Kim Leine, le fait de passer d’un récit autobiographique à un récit historique part d’une envie de prouver qu’il est un vrai écrivain. Il a choisi pour s’exprimer le roman épique, genre généreux, qui lui permet d’inclure des formes diverses : lettres, poèmes ou encore journaux intimes. « Le genre épique est pour moi celui qui ressemble le plus à la nature humaine ».

IMG_20180522_202007.jpg

Après une lecture en danois d’un passage du roman, Kim Leine raconte pourquoi le thème de la guerre occupe une place si importante dans L’abîme. « Ce texte était à l’origine conçu pour un projet de documentaire, mais lorsque j’ai commencé à écrire, j’ai découvert la guerre civile finlandaise, assez méconnue des danois. J’ai été saisi par une réflexion sur la guerre qui m’a conduit à me demander à maintes reprises pourquoi j’étais autant fasciné par cette dernière, qui occupe une place importante dans mes lectures et dans les films que je regarde. C’est d’ailleurs la question de savoir pourquoi la guerre est si fascinante que je me suis posée dans ce roman. L’intrigue se déroule au XXe siècle, qui s’avère être le siècle de la colère, surtout masculine. Je dis souvent que tous les hommes au plus profond d’eux-mêmes rêvent de tuer quelqu’un, et c’est cette définition de la violence de la mort que j’appelle l’abîme. L’abîme, c’est aussi la perdition dans la violence que je reconnais comme une libération, une tentation. Beaucoup d’hommes marchent au bord de l’abîme et on sait que si l’on fait un pas de côté, nous pouvons tomber. Nous sommes fascinés mais en avons peur, et quand la pression est trop importante, la chute dans l’abîme est inévitable ! Finalement, c’était ma colère à moi et la colère du siècle qui m’ont motivé à écrire ce roman ».

Utiliser le passé pour exprimer au présent ce qui n’aurait pas pu être extériorisé

Ce qui satisfait Kim Leine dans le fait d’écrire sur des époques déjà passées,  c’est la distance que permet de prendre le roman avec la période actuelle. C’est ainsi au XVIIIe siècle qu’il a situé l’intrigue des Prophètes du fjord de l’éternité publié chez Gallimard en 2015. « Au XVIIIe siècle, tout est différent, les gens mangent, parlent et s’habillent différemment. En revanche, les thématiques humaines sont toujours les mêmes : l’amour, le sexe, le désir… C’est pour cela que le lecteur contemporain peut se reconnaître dans ces personnages de romans historiques qui renvoient certaines choses communes au lecteur d’aujourd’hui ». L’auteur apprécie la distance temporelle et géographique que peut procurer la lecture, et c’est pour cela qu’il lit beaucoup de littérature américaine, russe et française.

Kim Leine : romancier épique ou matérialiste ?

Épique ou matérialiste, l’auteur se reconnaît dans les deux adjectifs. Pour Kim Leine, un roman peut être à la fois les deux, car il y a toujours deux forces qui luttent. Ce sont souvent deux antagonistes : le médecin et le pasteur. « Dans Les prophètes du fjord de l’éternité, les deux personnages étaient dans un seul protagoniste. C’était le pasteur qui voulait être médecin. Dans L’abîme, les deux personnages sont des frères jumeaux, et sont donc séparés physiquement en deux individus. Ces racines se retrouvent dans ma propre enfance car je suis un athée qui aime bien l’église, mais je suis devenu infirmier ». Cet antagonisme peut aussi être une fascination de l’un des personnages pour ce que fait l’autre. « Je les vois comme des contraires difficiles à réunir dans une seule et même personnalité. C’est une figure de style littéraire facile à utiliser qui montre les rêves que nous avons dans la vie et propose une opposition entre la vie physique et morale ».   

IMG_20180522_202025.jpg

Une volonté de divertir en même temps que d’écrire sur un sujet sérieux

Le travail sur l’intrigue est central dans les romans de Kim Leine. Il peut multiplier les détours pour tenir le lecteur en haleine.

Mais une documentation très précise est également essentielle. Elle permet au lecteur une réelle immersion dans l’histoire. L’écrivain utilise un procédé d’écriture original : « J’ai appris avec le temps qu’il faut écrire un roman avec une documentation de base et faire les recherches plus précises sur le sujet central postérieurement. Ces recherches se font après, lors de voyages, de discussions avec des historiens, et j’apporte ces éléments nouveaux à mon roman. De plus, concernant la documentation, il ne s’agit pas de lire beaucoup de livres, mais plutôt d’en lire quelques-uns seulement et de relever le détail important, puis de savoir où le placer dans le roman ».

Un écrivain hypnotiseur et psychopathe

Ib Gottlieb, l’un des frères jumeaux de L’abîme, est un psychiatre qui devient hypnotiseur. Kim Leine va plus loin sur son personnage, qu’il qualifie de psychopathe et dit qu’un écrivain l’est aussi généralement. « On pourrait d’ailleurs appeler Ib ‘psychopathe’, comme tout écrivain est obligé de l’être lorsqu’il manipule ses victimes (les lecteurs et les lectrices). J’ai découvert qu’en écrivant d’horribles choses d’une manière froide, je pouvais créer un effet plus fort chez le lecteur. Un écrivain, c’est un psychopathe manipulateur ! ».

L’auteur va encore plus loin dans sa façon bien à lui de rédiger ses romans, car il écrit chacun d’entre eux en deux langues pour un double public : norvégien et danois. « Il y a beaucoup d’identité dans une langue et lorsque j’écris le livre en norvégien, je le fais d’une manière différente de si j’écrivais en danois, comme si j’avais une autre personnalité. En effet, le regard norvégien sur les choses et la vie est différent du regard danois. De plus, la langue norvégienne représente pour moi ma vie émotionnelle, liée aux dix-sept premières années de ma vie, tandis que le danois représente l’école, l’éducation, la formation, la vie d’adulte et le travail. Le danois est la langue rationnelle et le norvégien est la langue irrationnelle. Je me qualifierais de ‘linguistiquement schizophrène’ ».    

IMG_20180522_202102.jpg

Les lectures françaises de l’auteur dano-norvégien sont diverses, et autant classiques que contemporaines. Il apprécie par exemple Guy de Maupassant dans une traduction danoise qui date de cent ans, mais aussi Gustave Flaubert, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Delphine de Vigan, et le plus récent livre français qu’il a lu est HHhH de Laurent Binet, Prix Goncourt du premier roman publié chez Grasset en 2010. D’ailleurs, l’auteur suit le Prix Goncourt de très près.   

L’abîme est à lire au plus vite, et nous attendons la prochaine traduction d’un éventuel roman avec impatience !

Jørn Lier Horst : un auteur de polars en quête de vérité

L’auteur norvégien Jørn Lier Horst est venu pour la première fois de sa vie à Paris et en a profité pour rencontrer ses lecteurs de Babelio dans les locaux de Gallimard.

C’est en 2004 que Jørn Lier Horst publie sa première enquête policière, dont l’intrigue se déroule dans une petite ville de Norvège. Neuf autres vont suivre, dont deux traduites en France. Aujourd’hui, l’écrivain a rencontré ses lecteurs pour leur présenter Les chiens de chasse, huitième roman de sa série autour de l’enquêteur William Wisting publié en Norvège en 2012 et en France en mars 2018 dans la collection Série Noire de Gallimard. L’histoire raconte la libération de Rudolf Haglund après dix-neuf ans d’incarcération pour l’enlèvement et le meurtre d’une jeune femme. L’avocat du présumé meurtrier va tenter de prouver qu’il a été condamné durant toutes ces années sur la base de preuves falsifiées.

P4052208.JPG

Le métier d’inspecteur de police

Horst n’est pas devenu auteur de polars par hasard, il a en effet été inspecteur de police auparavant, et l’était toujours durant l’écriture de ses premiers romans, qui ne connaissaient pas encore le succès qu’ils rencontrent aujourd’hui. « Pendant beaucoup d’années, j’ai exercé le même métier, j’ai habité dans la même ville, j’ai travaillé dans le même commissariat, mais ce serait me vanter de dire que William est une image de moi-même. J’ai rencontré les proches  des victimes, les agresseurs, et je me sers beaucoup du face à face que j’ai eu avec ces personnages pour créer les miens dans mes romans. Cela permet de donner un air authentique, réel aux histoires que je raconte. C’est le cas par exemple lorsque je décris une scène de crime, ou alors quand je créé le profil particulier d’un assassin. Ce métier d’inspecteur m’a appris plus sur la vie que sur la mort. En effet, contrairement aux romans policiers en général, dans ma ville de 400 000 habitants, il y a deux crimes par an donc on ne peut pas dire que j’étais très surmené lorsque j’exerçais. Ces crimes étaient généralement un homme qui appelait le commissariat pour dire « j’ai tué ma femme. »

P4052241.JPG

Le métier de journaliste

Le métier de journaliste tenant une place importante dans ses romans, Horst a tenu à ce que la fille du policier William Winsting exerce cette fonction. Cette relation ambiguë qui doit être tenue par le secret professionnel entre un père enquêteur et sa fille journaliste intéressait particulièrement l’auteur. Il s’est exprimé sur le rapport compliqué qu’a la police avec la presse et surtout l’image faussée de ces rapports habituellement renvoyée par les romans. L’écrivain insiste sur le fait que les journalistes ne lui ont jamais mis de bâtons dans les roues et qu’au contraire, ces derniers lui avaient plusieurs fois été d’une grande aide pour résoudre une enquête. « J’ai fait un stage d’une semaine dans un journal norvégien où j’ai pu voir que des journalistes avaient des contacts avec les policiers… D’ailleurs, beaucoup écrivent eux-mêmes des polars. Un journaliste qui s’introduit dans l’enquête et qui vole des documents confidentiels, cela n’arrive que dans les livres, mais jamais dans la réalité. »

Le travail d’enquêteur comme recherche de vérité 

« Parfois la réponse peut être dans les archives. Mais vous parlez de vérité, moi, je préfère le mot ‘mensonge’ car nous sommes tous des menteurs qui mentent toute la journée. Par exemple, quelqu’un vous  dit : « tu as une très belle coiffure aujourd’hui ». Cela ne signifie pas que la personne le pense. En revanche, certains mensonges sont plus gros que d’autres. Ce que j’ai voulu montrer dans le livre, c’est comment on peut vivre toute sa vie sur un mensonge, comme cacher un meurtre. La conséquence de cette illusion, c’est que ces personnes vivent très isolées de peur de se trahir. »

P4052234.JPG

Lorsqu’il écrit un roman policier, Horst veut que son travail soit le plus réaliste possible mais en gardant une dimension personnelle. Il cite une situation réelle qui s’est produite durant ses années d’enquêteur : il a été accusé, lors d’un travail sur une affaire, de livrer des documents et renseignements personnels au maître chanteur et d’avoir falsifié des preuves pour que le condamné soit allégé. Il a très mal vécu cette période, où il s’est retrouvé à la place du coupable et non plus du policier : « C’était une sensation bizarre de se retrouver du côté de l’accusé, les enquêteurs disaient que j’étais coupable et ils voulaient démontrer qu’ils avaient raison. Actuellement, on se sert du livre Les chiens de chasse dans les écoles de police pour justement montrer ce qu’il ne faut pas faire. »

L’évènement déclencheur pour se consacrer totalement à l’écriture

Le premier élément déclencheur, raconte Horst qui a toujours aimé lire et écrire est le cadeau que sa mère lui a fait lorsqu’il était à l’école de police : un roman d’Henning Mankell dont l’enquêteur Wallander lui a ouvert les yeux sur le métier d’auteur de roman policier. Le second élément, c’est le premier jour où il est entré dans la police, en 1995 : « Un vieil homme a été trouvé mort et j’ai du aller voir le lieu du crime. Au départ, personne ne voulait me laisser l’accès ouvert car j’étais nouveau et jeune. Puis on m’a proposé de pénétrer sur la scène après que la police scientifique fut partie et le fait que l’on se soit occupé de moi a profondément touché l’homme que j’étais. La vision de la scène du crime a été très violente et un choc car je m’imaginais marcher sur les pas de l’assassin ! Aujourd’hui, cette affaire n’a toujours pas été résolue et cela a été l’idée de point de départ de l’écriture de l’enquête de mon premier livre en 2004. J’avais l’espoir en écrivant ce roman que cela relancerait l’enquête qui n’a au final jamais été élucidée. »

P4052288.JPG

Un regard bienveillant de la part des anciens collègues de l’écrivain

L’auteur admet qu’il a été difficile de concilier son travail dans la police et son travail d’écrivain et qu’il a dû faire un choix. Alors qu’il ne pouvait plus s’arrêter d’écrire, il a réalisé que c’était le métier auquel il était destiné. « Au début, mes collègues ne disaient rien à propos de mes publications. Mais lorsqu’ils se sont rendu compte que mes livres avaient de plus en plus de succès, ils venaient m’en parler en interne. Ce sont aujourd’hui  le procureur, mes anciens collègues et le directeur de la police qui sont mes plus grands fans. Ils aiment la réalité que je retranscris dans la représentation que je donne et qui permet aux gens d’avoir plus confiance en la police. »

 

P4052293.JPG

L’enquêteur William Wisting dans dix ou vingt ans

Horst n’a pas réellement de regard sur l’avenir de son personnage. Il l’imagine cependant très bien dans plusieurs années comme un grand-père à qui la retraite n’empêchera pas d’exercer ses fonctions d’enquêteur : « Je peux montrer que même dénué de ses fonctions, Wisting poursuivra ses enquêtes et que la retraite ne lui fait pas peur ! »

P4052298.JPG

Le prochain roman de Horst L’homme des cavernes sera traduit et publié en France dans deux ans. Dans ce dernier, il a fait le choix de sortir du cadre ultra-réaliste qu’il s’imposait dans ses précédents livres, car il sera question d’un tueur en série, et il n’en existe pas encore dans les polars norvégiens. « Pour que ce soit réaliste, j’ai du faire en sorte que ce personnage soit américain, recherché par le FBI et planqué en Norvège. »

Les chiens de chasse et L’homme des cavernes sont en cours d’adaptation en série télévisée.   

Au cœur du brasier avec Vincent Hauuy

Le brasier, publié aux éditions Hugo et Compagnie, est le deuxième roman de l’auteur Vincent Hauuy après Le Tricycle rouge qui a obtenu le prix Michel Bussi du meilleur thriller français en 2017. Si les deux tomes peuvent être lus indépendamment, Le brasier permet à l’auteur de poursuivre les aventures du profiler Noah Wallace introduit dans Le Tricycle Rouge.

L’écrivain ainsi que 30 lecteurs étaient présents dans les locaux de Babelio le 20 mars dernier afin de discuter autour de ces deux romans et des différents thèmes explorés par l’écrivain.

P3202060.JPG

Quand le général Lavallée engage Noah Wallace pour retrouver les assassins de sa fille Sophie, le profiler refuse de croire à sa mort. Persuadé que la jeune blogueuse est en danger, mais vivante, il accepte la mission et mène l’enquête avec Clémence Leduc, sa troublante partenaire. Mais tous deux vont très vite se rendre compte que cette affaire est plus vaste qu’il n’y paraît et pourrait être liées à la récente vague de meurtres et de suicides inexpliqués qui frappent l’ensemble du territoire américain.

Hanté par les visions d’un petit garçon sans visage et d’un brasier d’où s’échappent des cris d’effroi, Noah va se retrouver au cœur d’une investigation qui le mènera aux portes de la folie.

Les premiers pas d’un écrivain

Le Tricycle rouge ayant été le premier roman de l’auteur, les lecteurs ont immédiatement voulu en savoir plus sur la façon dont l’auteur avait vécu cette expérience d’écriture et de publication. « Le Tricycle rouge n’a pas tout à fait été ma première expérience d’écriture, tempère Vincent Hauuy, mais ce fut ma une première expérience de roman plus ou moins abouti. Je m’intéressais à comment se faisait l’écriture sur internet et après avoir vu le fonctionnement des différents prix des polars, j’ai tenté de me lancer dans l’aventure du prix Michel Bussi du meilleur thriller français. »

Qui dit prix littéraire, dit forcément contraintes d’écriture. Sont-ce ces dernières qui ont permis à l’auteur d’écrire un livre plus « abouti » que ces précédentes tentatives ? « Pour Le Tricycle rouge, ce fut quatre mois d’écriture en plus de mon travail dans les jeux vidéo.  Au-delà de la date de rendu, il y avait le nombre de caractères par chapitre qui était limité et qui m’a permis d’instaurer un certain rythme au récit. Les contraintes n’étaient plus les mêmes pour Le brasier, écrit en dehors du cadre du concours. Je n’avais pas à  réfléchir au nombre de mots comme je le faisais dans le premier roman mais j’ai tout de même voulu garder le même rythme. »

P3202088.JPG

Pour écrire ses romans, l’auteur se contente en outre de rédiger ce qu’il voit, « comme procèdent les réalisateurs Martin Scorsese ou David Lynch avec les images. Ce qui est fort dans le roman, c’est d’avoir une caméra émotionnelle. » C’est également sa situation géographique personnelle qui explique que ses romans se déroulent aux Etats-Unis et au Canada et non en France alors que l’auteur est Français. Il vit en effet au Québec depuis quelques années.

Son métier de concepteur de jeu-vidéo l’aide-t-il pour la rédaction ou la construction de ses enquêtes labyrinthiques à souhait ? L’auteur concède que son métier peut avoir eu une influence pour dresser le cadre de son récit même si c’est avant tout sa passion pour les jeux de rôle qui lui ont permis de dessiner avec précision ses personnages.

Ses inspirations

Si on attendait Vincent Hauuy grand lecteur de polars et de thrillers psychologiques à l’image des aventures de son profiler Noah Wallace, l’auteur révèle que sa première grande découverte littéraire fut plutôt de l’ordre du fantastique. Il a découvert Bilbo le Hobbit très jeune et cela a été l’une de ses premières lectures marquantes. Les romans de Stephen King, auteur que sa mère aimait beaucoup, ont cependant une place de choix dans sa bibliothèque et ont naturellement eu une influence immense dans son parcours d’écrivain. Ce qu’il aime d’ailleurs dans la littérature et des  auteurs comme Stephen King mais aussi Maxime Chattam, qu’il apprécie presque autant, c’est la facilité qu’ils ont à injecter un aspect fantastique à leurs histoires.

Des lecteurs ont remarqué que le premier roman est sans doute plus violent que Le brasier. S’adoucirait-il avec le temps ?  En fait, Vincent Hauuy pense que Le Tricycle rouge est certainement plus sanglant, avec de nombreuses scènes de crime tandis que le second roman est peut-être plus violent psychologiquement, avec cependant une grande scène marquante et centrale dans le récit.

P3202103.JPG

Les personnages donnent l’équilibre de ses romans

L’auteur répète que dans ses romans, tout vient d’abord des personnages et que « quelque soit l’intrigue, on doit s’intéresser aux personnages. Par exemple, le héros Noah m’obsédait. Les autres personnages sont arrivés plus tard ».  Ses dons presque surnaturels, qui ont beaucoup séduits les lecteurs, ont-ils été pensés dès la création de ce personnage ? « Noah est quelqu’un qui doit compenser ses capacités intellectuelles par pouvoir de déduction. Cette dimension m’intéressait fortement. On retrouve une part de doute dans le premier roman qui est moins présente dans Le brasier. » L’équilibre entre la rationalité scientifique et l’irrationalité dans les personnages est ainsi très travaillée.

Il a fait aussi le souhait d’intégrer des méchants aux motivations complexes et moralement ambiguës dans ses romans. Les personnages secondaires ont également un rôle important et sont presque autant travaillés que les personnages principaux. L’inquiétant Abraham, par exemple, a donné de nombreuses sueurs froides aux lecteurs. Prend-il pour  autant plaisir à écrire sur chacun des personnages ? « C’est difficile dans un thriller car il y a des moments où l’on se fait soi-même investir par la noirceur de certains. »

P3202101.JPG

De réelles recherches scientifiques

L’un des attraits des deux romans de l’auteur tient dans sa façon de parler de projets obscurs développés par la CIA comme le très mystérieux Projet MK Ultra qui visait à étudier la manipulation mentale. Quelle place l’auteur laisse-t-il à la réalité ? Ses romans sont-ils véritablement basés sur des recherches approfondies, ou bien tout cela n’est-il qu’un jeu d’écrivain ?  L’auteur confie réaliser de nombreuses recherches comprenant la lecture des documents disponibles, la consultation de reportages vidéo ou encore de nombreux témoignages.

De ses deux romans, Vincent Hauuy dit qu’il y a « des choses qui ont existé, qui sont réelles ». En effet, des faits évoqués sont des faits réels ; non sur l’entité même issue de la fiction mais plutôt des références de sciences, médecine. De plus, afin d’être au plus près du réel du quotidien de ses personnages, durant l’écriture de ses romans, Hauuy s’est déplacé dans leurs trajets en utilisant Google maps et en visitant des lieux du Canada qu’il connaît bien : « J’aurais pu écrire un blog sur le Canada que j’ai mis dans mon roman ».

Une fin intrigante

La fin, qui a intrigué ses lecteurs, est un sujet qui est revenu régulièrement, que ce soit dans les critiques des lecteurs ou lors de la rencontre entre ceux-ci et l’auteur. L’un des thèmes du roman concerne en effet, mais nous n’en dévoilerons pas trop, le transhumanisme. L’auteur a-t-il là aussi puisé dans les recherches existantes ? « J’ai lu des choses qui tendent à montrer que mon roman n’est pas de la pure science-fiction. J’ai cependant pris le luxe de prendre un peu d’avance sur la science actuelle. »

DSC02369.JPG

A propos d’une suite avec un troisième livre, Vincent Hauuy répond qu’il a « quelques pistes, un macro plan et des idées ». Mais en attendant ce troisième opus, l’auteur nous prépare « autre chose ». Une surprise qui restera cependant bien ancrée dans l’univers du thriller cher à l’auteur.

Affaire à suivre !

 

A la rencontre des membres de Babelio (24)

Avec près de 585 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. Comme vous le savez sûrement, le festival Quais du polar se déroulera du 6 au 8 avril, alors Babelio a décidé de se mettre au diapason, et de décréter le mois d’avril, mois du polar ! Voici donc le portrait livresque d’un Babelionaute expert en polar.

BABELIO-min

Rencontre avec encoredunoir, inscrit depuis le 6 septembre 2011.

Comment êtes-vous arrivé sur Babelio ?

À vrai dire, je ne m’en souviens pas vraiment. Certainement en cherchant des critiques sur Internet, tout simplement. Et puis j’ai trouvé que c’était un bon moyen de partager les chroniques que j’écrivais pour mon blog, d’échanger avec d’autres lecteurs et de découvrir de nouveaux auteurs.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

 Ma bibliothèque, sans surprise, est très fournie en polars – notamment des romans noirs – mais aussi en westerns, un peu en fantastique et science-fiction. Il y a aussi pas mal de classiques, beaucoup de bandes dessinées et un grand nombre d’essais historiques. L’histoire, c’est mon autre grande passion et mon métier.

BIBLI-min

Vous lisez beaucoup de roman policier, polar, roman noir. Comment y êtes-vous venu ? Qu’aimez-vous particulièrement dans ces genres ?

Je ne sais pas exactement comment je suis venu au polar. Je crois que c’est une littérature populaire très attrayante, tout simplement. J’ai certainement commencé par des livres des bibliothèques rose et verte, Club des cinq, Fantômette, Alice détective, Les Six Compagnons… j’avais une voisine un peu plus âgée que moi qui en possédait des tonnes et je lui en empruntais régulièrement. En grandissant, j’ai continué à m’intéresser à ce genre. Je garde un souvenir particulier de la lecture des Histoires extraordinaires, d’Edgar Allan Poe, quand j’étais au collège, de divers recueils de nouvelles de Guy de Maupassant – c’est de la vraie littérature noire, Maupassant – et aussi de la découverte, sur les conseils de mon professeur de français de seconde, de Fantasia chez les ploucs, de Charles Williams. J’avais à ce moment-là déjà commencé à me passionner pour le noir après une lecture très marquante, mais je la réserve pour la question suivante.

Ensuite, j’ai commencé à lire aussi Donald Westlake, que j’adore. Comme je suis un tantinet obsessionnel, après avoir lu un premier roman de Westlake – Histoire d’os, en l’occurrence – il a fallu que je trouve TOUS les romans de Westlake, y compris ceux écrits sous ses divers pseudonymes – notamment ceux signés Richard Stark – et qui étaient devenus assez difficiles à trouver chez les bouquinistes que j’ai écumés pendant des années. Comme la plupart des romans de Westlake étaient édités chez Rivages et à la Série Noire, j’ai, de fil en aiguille, commencé à éplucher les catalogues de ces deux maisons et tout un monde s’est ouvert à moi : Elmore Leonard, Jim Thompson, James Lee Burke, James Crumley, Kem Nunn, Allan C. Weisbecker, Tim Dorsey, Harry Crews

56576228UA600_Westlake

Donald Westlake

Le polar c’est aussi ça, cette énorme variété de livres et de genres. On y trouve des histoires très sombres, des choses très feutrées, d’autres bourrées d’humour… des tas de façons de parler du monde dans lequel on vit et de son histoire. Bon… il y a aussi une grosse production et tout un tas de livres très mauvais, hein… C’est même certainement la majorité de ce qui est édité aujourd’hui, au gré des modes. Après Thomas Harris, il y a eu la grande mode du thriller avec serial killer qui n’en finit pas de s’autoparodier, utilisant toujours les mêmes ressorts, se complaisant dans la violence gratuite et les scènes insoutenables pour abreuver un lectorat devenu accro aux histoires de psychopathes qui dépècent des femmes en violant des chiots labradors. Et puis après Millénium, la grande mode du polar scandinave qui a permis à un certain nombre d’auteurs médiocres d’être surévalués… aujourd’hui c’est au tour du « rural noir », nouveau label pour tout et n’importe quoi du moment qu’il y a deux ploucs attardés et trois arbres. Au milieu de tout ça, il faut se frayer un chemin et trouver les perles qui se cachent dans le fumier d’Ennius (je dis ça pour montrer que j’ai une culture classique, ça impressionne toujours) : les Daniel Woodrell, Ron Rash ou Gabriel Tallent

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Si on exclut la découverte fondamentale des aventures de Jojo Lapin au début de l’école primaire, c’est incontestablement L.A. Confidential, de James Ellroy. Je l’avais emprunté à la bibliothèque de mon village parce que j’avais bien aimé la couverture. J’étais en troisième. Je me suis lancé dans la lecture du bouquin et il y a des tas de choses que je ne suis pas arrivé à comprendre sur le moment, mais je me souviens très bien de la sensation profonde que j’ai eu à ce moment-là de lire quelque chose d’exceptionnel, de totalement différent de tout ce que je connaissais. Je l’ai relu un ou deux ans plus tard et j’ai enchaîné avec le reste du Quatuor de Los Angeles et tous les autres romans d’Ellroy.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

Je pense que c’est La Peur des bêtes, d’Enrique Serna. Un roman noir mexicain extrêmement âpre mais aussi bourré d’humour. C’est Pecosa, qui m’avait donné envie de le lire. Je vous signale au passage que si vous avez besoin d’interviewer une lectrice sur la littérature hispanophone, vous pouvez vous adresser à elle.

tim dorsy florida

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

J’ai relu certains livres un grand nombre de fois, mais je crois que celui que j’ai le plus lu est Florida Roadkill, de Tim Dorsey. C’est une histoire complètement folle de poursuite en Floride. Les personnages sont tous plus dingues les uns que les autres. Je ne m’en lasse pas.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je ne connais pas la honte en termes de lecture. Que ce soit pour les livres que je lis (je peux par exemple dire sans rougir que j’adore lire des romans de Lee Child ou Jonathan Kellerman) ou pour ceux que je n’ai pas lus. Mais il faut vraiment que je lise William Faulkner. Tout le monde me dit que c’est génial. Et puis comme un éditeur sur deux, dès qu’il publie un auteur américain, le qualifie de « nouveau Faulkner », il faudrait que je voie à quoi ça peut ressembler, quand même. J’ai déjà acheté les livres. Je n’ai plus qu’à prendre le temps de les lire.

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Sans hésiter, Triggerfish Twist de Tim Dorsey. Si ce n’est pas celui que j’ai le plus relu, c’est juste parce qu’il est sorti plusieurs années après Florida Roadkill. Dorsey met en scène un personnage récurrent, Serge Storms, qui est un psychopathe schizophrène paranoïaque qui refuse de prendre ses médicaments et qui écume la Floride avec ses amis drogués jusqu’aux yeux. Au passage il zigouille tout un tas de personnes… mais comme il ne tue que des gens détestables, on y prend un réel plaisir. Et puis il le fait avec une véritable capacité d’invention. Il se renouvelle sans cesse. Dans Triggerfish Twist, un promoteur lui a loué une maison en se disant que ça ferait fuir les voisins et qu’il pourrait ainsi racheter leurs maisons à bas prix pour y construire un complexe de luxe. Mais Serge décide de prendre sous son aile un brave père de famille qui vient de s’installer là. Tout cela donne lieu à tout un tas de quiproquos, de rencontres improbables, et c’est extrêmement rythmé jusqu’à l’explosion finale.

Tablette, liseuse ou papier ?

Je n’ai ni tablette ni liseuse. Je n’ai a priori rien contre. Mais comme je n’ai rien pour non plus, je m’en tiens au papier. C’est confortable.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Ça dépend totalement des circonstances. J’aime lire en général, où que je sois. En ce moment j’aime vraiment bien lire dans le train, mais pour peu qu’il fasse beau la semaine prochaine ça sera peut-être dans mon jardin. Sinon, dans ma bibliothèque.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« All things in moderation… including moderation itself. » C’est de Serge Storms, le héros de Tim Dorsey (je vous ai dit que j’étais un peu obsessionnel ?).

ob_0140d1_img-2221

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Ça sera Les Ombres de Montelupo, de Valerio Varesi, aux éditions Agullo. Le choix a été assez rapide : ça vient de sortir et je l’attendais depuis un moment. Les éditions Agullo, qui ont tout juste deux ans, ont commencé à publier Varesi dès leurs débuts, avec Le Fleuve des brumes. Ce qui est marrant, c’est que Varesi a un grand succès en Italie, mais qu’aucun éditeur n’a réussi à publier l’intégralité de sa série consacrée au commissaire Soneri ailleurs en Europe. J’espère qu’Agullo fera exception. Les romans de Varesi sont vraiment originaux. Ce sont des romans d’ambiance qui se situent dans le nord de l’Italie et qui ont – pour ce que j’en ai lu en tout cas jusqu’à présent – souvent une trame historique en arrière-plan, de la Seconde Guerre mondiale aux années de plomb. À travers Soneri, Varesi parle de l’histoire contemporaine de son pays ; une histoire qui a encore du mal à passer, que l’Italie n’a pas complètement digérée, et qui suscite encore haines et frustrations. Derrière l’enquête de Soneri, il y a donc cette analyse très fine de la société italienne et de son évolution, et Varesi le fait de manière très émouvante car tout est toujours lié, à un moment ou un autre, à la propre histoire de Soneri.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une bonne critique, sur Babelio ou ailleurs, c’est une critique qui évite le résumé fastidieux du livre et qui dit ce que le lecteur a réellement pensé du livre en argumentant. C’est éviter les laconiques « C’est un coup de cœur ! », ou « J’ai vraiment adoré » voire le plus rare « J’ai détesté », mais expliquer pourquoi on a aimé ou pas. Bref, c’est prendre le temps de dire les choses. Sans pour autant que ça soit aussi long que le roman, tout de même.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Je suis depuis quelques années un auteur niçois. C’est un écrivain vraiment très curieux, avec une approche très particulière de l’orthographe, de la syntaxe et de la ponctuation. Il a à sa manière érigé la médiocrité au rang d’art. Et j’aime aller sur Babelio voir les chroniques dithyrambiques qu’il écrit sous divers pseudonymes à propos de ses propres romans.

quais du polar

Du 6 au 8 avril 2018 se tient le festival Quais du polar à Lyon. Y avez-vous déjà participé ? Y a-t-il d’autres salons littéraires, ayant trait au polar ou non, que vous appréciez particulièrement ?

Oui, j’ai déjà participé à Quais du Polar. J’y vais tous les ans, en fait. C’est une manifestation impressionnante par son ampleur, c’est l’occasion de rencontrer des auteurs exceptionnels au milieu d’un plateau très éclectique et aussi celle de retrouver des amis. D’autres festivals, bien moins exubérants, certes, méritent aussi le détour. Je pense en particulier à Toulouse Polars du Sud, au Festival International du Roman Noir de Frontignan, à Un Aller-Retour dans le Noir, à Pau, au festival Le Polar se met au vert de Vieux Boucau et à mon préféré, Du Rouge au Noir, à Lunel, qui allie roman noir et vin dans une ambiance extrêmement détendue grâce au travail de Delphine, de la librairie AB, et à toute une équipe de bénévoles formidables. Je trouve d’ailleurs qu’on ne parle pas assez des bénévoles qui font tourner tous ces salons. Sans eux, il n’y aurait pas grand-chose. Il faut une bonne dose de passion pour organiser ce genre de manifestation.

Merci à encoredunoir pour ses réponses !

babelio-needs-you-itw-du-mois

Dans les eaux troubles du Golfe de Finlande avec Denis Lépée

C’est le 21 mars dernier que 30 lecteurs de Babelio ont été reçus aux Éditions de l’Observatoire, non pour fêter un printemps désespérément absent, mais pour échanger avec Denis Lépée autour des Engloutis, son nouveau livre à la frontière entre roman noir et roman d’aventures, qui arrivait le jour même en librairie. Et les derniers frimas offraient finalement un cadre plutôt adapté pour parler de cette plongée dans les eaux sombres du Golfe de Finlande…

DSC02391

Dix ans après

Les Engloutis marque le retour de l’archéologue Tommaso Mac Donnell, spécialisé en plongée sous-marine, dont les lecteurs avaient pu faire la connaissance il y a plus de dix ans dans L’ordre du monde. Si pendant la décennie qui a séparé les deux livres, Denis Lépée s’est plutôt adonné à son autre veine littéraire, celle du roman historique, il n’a de son propre aveu jamais cessé de converser avec son personnage. Et il était curieux de voir comment Tommaso avait pu évoluer en dix ans. Il l’a retrouvé avec plaisir, l’archéologue ayant toujours compté parmi ses personnages préférés.

Un écrivain à sa table

Interrogé sur ses méthodes d’écriture, Denis Lépée, explique avoir toujours avant de prendre la plume un point de départ – en l’occurrence, une plongée sur une épave réelle, coulée par un sous-marin allemand dans des conditions proches de celles du roman – et un point d’arrivée, mais pas nécessairement les étapes qui mèneront de l’un à l’autre. Les connexions se font ensuite, au fil de l’écriture. Sachant qu’il n’écrit pas de manière linéaire. Il peut tout à fait rédiger un chapitre situé vers la fin de l’histoire, puis un passage antérieur. Et il écrit toujours beaucoup plus que la matière que l’on trouve dans le livre édité. Une part de son travail s’apparente à celui d’un sculpteur : il passe et repasse sur le texte pour le polir, élaguer ce qui pourrait alourdir ou ralentir l’intrigue.

Quant à savoir quand achever son livre, c’est un travail délicat, une forme de décélération qui doit conduire à une fin ni trop abrupte, ni trop languide. Il n’est pas toujours facile de s’arrêter au bon endroit, et cela se fait souvent par tâtonnements.

DSC02450.JPG

Bienvenue en Finlande

« Les zones de débat, de marge, sont toujours des endroits riches. »

Pour beaucoup de lecteurs, Les Engloutis a notamment été un appel à découvrir la Finlande. Aux yeux de Denis Lépée, cette terre si particulière n’est pas qu’un simple cadre, mais bien un personnage du roman à part entière. C’est une ligne de fracture historique entre les blocs Est et Ouest, dont les eaux sombres cachent nombre d’épaves et plus encore de mines sous-marines. C’est un pays à l’envers, où la mer l’emporte sur la terre. Une mosaïque d’îles à la topographie changeante. Lorsqu’on pose le pied quelque part en Finlande, on ne sait jamais si ça va être sur de la terre ou de l’eau. Pour un visiteur étranger, cette géographie unique est troublante, comme peut l’être la psychologie des Finlandais, un peuple qu’on connaît peu, moins que ses voisins suédois ou russes.

Le long des golfes sombres

«Les épaves sont fascinantes. Ce sont des témoignages de la défaite du monde des hommes face au monde marin. »

Auvergnat d’origine, Denis Lépée n’en a pas moins développé une passion pour la mer. Passion littéraire, Hermann Melville figurant très haut dans son panthéon personnel, même si d’autres écrivains plus terriens y ont aussi leur place, comme Alexandre Dumas, Charles Dickens ou Ernest Hemingway. Mais également passion de plongeur : sans être un découvreur d’épaves, il prend un grand plaisir à visiter celles déjà répertoriées, et dès que ses obligations parisiennes lui en laissent le loisir, ne manque pas une occasion de rallier la Bretagne nord pour en explorer les eaux glacées.

« Celui qui n’est plus un ami n’a jamais été un ami », Aristote

Cette phrase, Denis Lépée l’avait placée en exergue d’un de ses précédents romans. Mais l’amitié, est un thème qui traverse aussi Les Engloutis, une question qui lui tient particulièrement à cœur. L’amitié est un sentiment qui peut prendre des couleurs variées, être vécu avec légèreté, ou au contraire de manière absolue tel un code d’honneur, comme c’est le cas pour Tommaso.

Tommaso qui semble avoir gagné de nombreux nouveaux amis à l’issue de cette lecture et de cet échange, puisque les lecteurs ont pressé Denis Lépée de questions pour savoir s’ils allaient le retrouver dans un prochain roman. Réponse de l’auteur : « La question n’est pas tant de savoir si, car l’envie est bien là, mais quand, car il n’est pas toujours facile de savoir quel ordre donner à ses différents projets d’écriture. »

En attendant, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, il est déjà possible d’explorer la Finlande et ses mystères en compagnie de Tommaso Mac Donnell dans Les Engloutis, de Denis Lépée, aux Éditions de l’Observatoire.

DSC02462

Où Babelio lance le mois du polar (avec concours à la clef!)

Les cadavres de bouteilles de Whisky se multiplient dans les bureaux de Babelio. La lumière passe à peine à travers les volets clos. Des semaines qu’on ne dort quasiment plus… On est sur la trace d’un suspect mais on a toujours pas la moindre piste… On a enfilé nos impers, grillé une cigarette et puis on est sorti dehors prendre un peu l’air. Là, sous la brise matinale, on a eu une idée. Celle qui allait tout sauver. Enfin, ça, à vrai dire on ne sait pas encore, mais on s’est dit que ça valait le coup de tenter. On a décidé de faire appel aux meilleurs pour nous aider dans cette affaire. C’est à dire vous

Devenez membre de notre jury Babelio

Vous l’aurez compris, janvier sera le mois du Polar sur Babelio. A cette occasion on lance un grand concours ouvert à tous ! L’enjeu est de taille : participer à notre jury spécial polar et recevoir toute l’année, en exclusivité, de nombreux livres policiers issus du catalogue d’une collection prestigieuse dont nous révèlerons le nom plus tard.  Ce jury, composé de quarante membres, aura le privilège de chroniquer une partie des titres à paraître.

Comment ça marche ?

Pour avoir une chance d’être sélectionné comme membre du jury, il suffit simplement de publier, du 5 janvier au 5 février, vos meilleurs critiques de romans policiers, classiques ou nouveautés, assassines ou dithyrambiques.

Nous invitons également les participants à contribuer autour du polar:

– en ajoutant des citations ou des extraits de vos polars favoris
– en ajoutant des étiquettes de classement pour enrichir les pages référençant ces œuvres
– en enrichissant ou éditant les présentations des auteurs : éditer les biographies, ajouter des photos libres de droit ou des vidéos d’auteurs etc.

L’équipe de Babelio sélectionnera notre jury en fonction des meilleurs contributeurs (qualité des critiques essentiellement, mais aussi citations, ajout de bio, etc…)

Plus aucune seconde à perdre, préparez vos meilleurs critiques et citations et publiez-les sur Babelio! Notre équipe est déjà à la recherche de ses 40 meilleurs inspecteurs/membres du jury !

Et si vous cherchez de l’inspiration ou des livres à chroniquer, découvrez nos sélections de livres policiers, de thrillers, de romans noirs ou encore toutes les enquêtes policières

Mise à jour : Nous dévoilerons les premiers titres dès le 1er février ! Il vous reste quelques jours pour espérer faire partie du jury spécial qui recevra en exclusivité ces ouvrages ! Vous pouvez rejoindre notre page facebook pour être au courant de toutes les nouveautés et participer à l’évènement du Mois du Polar ici !