Salon Fnac Livres 2019 : du bel ouvrage !

Chaque année, le Salon Fnac Livres ressemble un peu à une pochette surprise de rentrée, à l’image de ce nouveau cartable d’écolier qui pouvait à lui seul nous convaincre de franchir la grille et rejoindre la salle de classe. Alors cette année encore, on poussera avec plaisir les portes de la Halle des Blancs-Manteaux à Paris (48 rue Vieille du Temple, 4e) pour ces trois jours de rencontres, dédicaces et conférences, dans ce superbe bâtiment aux airs de temple de la littérature et de gigantesque librairie éphémère.

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Mais au fait, que trouve-t-on d’alléchant au programme de cette édition 2019 ? Son invité d’honneur, déjà, Bret Easton Ellis himself, de nouveau sous le feu des projecteurs depuis la parution de son dernier livre White en français au printemps dernier. L’auteur d’American Psycho et Lunar Park se prêtera à un grand entretien le vendredi 20 septembre à 20h, avant de s’attabler pour une séance de dédicaces à 21h. Rayon auteurs étrangers toujours, Siri Hustvedt et Jonathan Coe auront eux aussi leur grand entretien, respectivement le samedi 21 à 20h30 et le dimanche 22 à 14h25, en marge de la sortie française de leurs livres Souvenirs de l’avenir et Le Cœur de l’Angleterre.

Un « trio de tête » qui ne doit bien sûr pas nous faire oublier une liste impressionnante de débats et signatures avec des auteurs français de premier plan de cette rentrée littéraire, qu’il soient déjà célèbres et célébrés, ou débutants et déjà repérés. Voici donc pêle-mêle quelques-uns des noms à retenir : Laurent Binet, Brigitte Giraud, Aurélien Bellanger, Monica Sabolo, Boris Cyrulnik, Aurélie Champagne, Guillaume Musso, Nathacha Appanah, Alejandro Jodorowsky (voir ici notre vidéo), Josiane Balasko, Mathieu Palain (voir ici notre vidéo), Karine Tuil, Vincent Message, Cécile Coulon, Fabrice Luchini.

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Impossible de lister ici toutes les rencontres qui valent elles aussi le déplacement jusqu’au cœur de la Ville Lumière, mais sachez tout de même que Pierre de Babelio animera trois rendez-vous sur la scène du Salon : un entretien avec Alexandre Jardin sur le thème « Lire et faire lire » le samedi 21 à 11h25, une autre le même jour avec Fatou Diome autour de « Amour et liberté » à 20h, et enfin une dernière rencontre avec Valentine Goby à 17h10 le dimanche 22 pour « Réparer le corps ».

En ouverture de l’événement le 20 septembre, l’invité d’honneur remettra le 18e prix du Roman Fnac à Bérangère Cournut pour De pierre et d’os paru chez Le Tripode. Sélectionné par 400 libraires et 400 adhérents Fnac, la lauréate 2019 succède ainsi à Adeline Dieudonné, récompensée l’an passé pour La Vraie Vie (L’Iconoclaste) – dont vous pouvez retrouver l’interview sur Babelio ici.

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Autant de bonnes raisons de sortir de chez vous le week-end du 20 au 22 septembre, et de (re)découvrir ce salon littéraire qui a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable en seulement quatre éditions.

Retrouvez ici le programme complet :

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Nos interviews de la rentrée littéraire 2019

En cette rentrée littéraire 2019, vous pouvez découvrir sur les tables des librairies plus de 500 romans français et étrangers parus entre août et octobre. Une moisson de bonnes feuilles impressionnante, dans lesquelles nous nous sommes plongés pour vous proposer une sélection aussi subjective que variée.

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Nous vous proposons ainsi de retrouver dans cet article nos interviews écrites et vidéo des livres que l’on a eu envie de lire et de vous faire (re)découvrir à travers les mots de leurs auteurs. Cet article sera actualisé régulièrement avec de nouvelles interviews et contenus jusqu’à la fin de l’année 2019, donc n’hésitez pas à visiter cette page régulièrement.

Et comme à chaque rentrée, on vous propose de tenter de lire ensemble tous les livres de la rentrée parus et à paraître (!), dans notre défi de lecture annuel. Puisque « l’union fait la force » et que Babelio compte désormais plus de 800 000 membres, voilà une mission qui semble loin d’être impossible. Alors bonnes lectures à vous !

 

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Miriam Toews, Ce qu’elles disent (Buchet-Chastel)

Le 21 juin dernier, nous recevions chez Babelio l’auteure canadienne Miriam Toews pour une soirée autour de son dernier livre. Un roman écrit après la découverte d’un fait divers effroyable : le viol de 130 femmes et filles au sein d’une communauté mennonite bolivienne, par d’autres membres de cette communauté. Avec Ce qu’elles disent, Miriam Toews – elle-même issue d’une famille mennonite – imagine un après pour ces femmes, à travers trois jours de discussions autour de l’avenir qu’elles décident de se choisir : ne rien faire ; rester et se battre ; partir.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette soirée lors de laquelle l’auteure a pu rencontrer 30 de ses lecteurs.

 

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Irina Teodorescu, Ni poète ni animal (Flammarion)

 

Comment parler de ce qui fait les révolutions, des ferments qui poussent un peuple à se soulever contre un pouvoir en place ? A cette question, Irina Teodorescu répond dans son dernier livre en mettent en scène trois générations de femmes (une grand-mère, une mère et une fille) dans la Roumanie de 1989, peu avant la chute du couple Ceausescu. Un texte composite fait de comptes-rendus d’enregistrements, d’entretiens, et du récit de souvenirs pour raconter le destin d’un pays et d’une famille.

Retrouvez notre interview d’Irina Teodorescu

 

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Christophe Tison, Journal de L. (Editions Goutte d’Or)

 

Près de 65 ans après la publication en France du célèbre Lolita de Vladimir Nabokov, Christophe Tison donne enfin une voix à son personnage éponyme. Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, l’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 1950, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille. Un changement de perspective qui nous permet d’appréhender ce personnage différemment, loin de ce que le terme « lolita » laisse aujourd’hui entendre.

Retrouvez notre interview de Christophe Tison

 

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Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

 

Dans son premier roman, Olivier Dorchamps présente le deuil comme une sorte de voyage initiatique à travers le personnage d’un fils (Marwan) qui ne comprend pas pourquoi son père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Commence alors pour lui une quête des origines dans un pays qu’il connaît mal, et qui va pourtant lui permettre de comprendre d’où il vient et qui il veut être.

Retrouvez notre interview d’Olivier Dorchamps

 

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Victor Jestin, La Chaleur (Flammarion)

 

Le crissement des tongs sur le sable, la musique minable de la sono. Les couleurs criardes des tentes. Le bonheur factice des vacanciers. Voilà ce que Victor Jestin nous donne à voir d’un camping du Sud de la France, à travers les yeux d’un adolescent en pleine crise, mutique et hermétique aux plaisirs préfabriqués de l’été. Jusqu’à cette nuit durant laquelle il regarde mourir Oscar, avant de l’enterrer. Un premier roman houellebecquien, comme un frisson dans le dos en pleine canicule.

Retrouvez notre interview de Victor Jestin

 

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Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB (Editions de Minuit)

 

La Clé USB ouvre un nouveau cycle romanesque dans l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint. Voilà un livre qui se joue des genres et dévoile d’autres facettes du talent de l’auteur : s’il débute comme un roman policier avec un fonctionnaire de la Commission européenne qui mène l’enquête sur une fraude aux bitcoins, c’est finalement un événement bien plus intime qui clôt le récit. Pour dire le monde contemporain, l’auteur de La Vérité sur Marie choisit une fois de plus de développer les aspects les plus banals de l’existence, en tout cas à première vue.

Retrouvez notre interview de Jean-Philippe Toussaint

 

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Elisabet Benavent, Dans les pas de Valeria (L’Archipel)

 

En parallèle de la publication de nos entretiens habituels, nous vous proposons aussi des traductions des interviews publiées sur la version espagnole de Babelio. Aujourd`hui, la parole est à Elisabet Benavent, auteur du livre Dans les pas de Valeria, une comédie romantique madrilène dans laquelle il est question d’amitié entre filles & de relations amoureuses plus ou moins compliquées…

Retrouvez notre interview d’Elisabet Benavent.

 

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Youssef Abbas, bleu blanc brahms (Jacqueline Chambon/Actes Sud)

 

Comme beaucoup, vous vous rappelez sans doute où et avec qui vous étiez ce 12 juillet 1998, soir de la Coupe du monde de football. Cette soirée très spéciale dans la mémoire des Français, Youssef Abbas l`utilise en toile de fond de son premier roman pour raconter trois destins de banlieusards dont l`histoire va basculer ce jour-là. Ou comment redonner une voix et une histoire à une frange de la population qu`on entend trop peu par ailleurs.

Retrouvez notre interview avec Youssef Abbas

 

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Mathieu Palain, Sale gosse (L’Iconoclaste)

Sale gosse, premier roman de Mathieu Palain, est né suite à un reportage à la Police Judiciaire de la Jeunesse à Auxerre, afin de raconter au plus près la vie d’un jeune délinquant qui cherche à s’en sortir. Né de l’envie, aussi, d’humaniser des individus trop souvent perçus uniquement à travers les délits qu’ils ont commis. Un livre qui nous présente comme un instantané de la France en 2019, avec ses problèmes sociaux, sa criminalité, mais aussi la possibilité de se créer une vie meilleure.

Le Salon Fnac Livres, ou comment se réconcilier avec la rentrée

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Alors que le mois d’août touche à sa fin, que les vacances sont déjà pour beaucoup un souvenir lointain, et que l’été nous gratifie de ses derniers rayons de soleil, voici tout de même une bonne raison de penser que la rentrée, c’est classe : le Salon Fnac Livres revient, pour notre plus grande joie, accompagnant comme chaque année désormais la rentrée littéraire.

Après une première édition au Carreau du Temple en 2016, l’événement investira ainsi du vendredi 14 au dimanche 16 septembre 2018 le même lieu que l’an passé, la superbe Halle des Blancs-Manteaux à Paris (48 rue Vieille du Temple, 4e). Et parce qu’on n’oublie jamais ses troisièmes fois, l’équipe de la Fnac a vu les choses en grand. Avec plus de 100 auteurs invités, une quarantaine de rendez-vous avec des écrivains (entretiens, rencontres, lectures, dialogues croisés), des concerts littéraires (Philippe Katerine, Frànçois Atlas et Joseph d’Anvers) et une soixantaine de séances de dédicaces, le salon s’annonce plus que jamais comme incontournable. Sans oublier une librairie éphémère de plusieurs milliers de titres, pour bien réviser sa rentrée littéraire. Et comme si cela ne suffisait pas, l’entrée est gratuite et ouverte à tous les âges et tous les appétits livresques !

En ouverture de l’événement le 14 septembre, l’invité d’honneur Daniel Pennac remettra le 17e prix du Roman Fnac à Adeline Dieudonné pour La Vraie Vie, son premier roman, paru chez L’Iconoclaste. Sélectionné par 400 libraires et 400 adhérents Fnac, la lauréate 2018 succède ainsi à Véronique Olmi, récompensée l’an passé pour Bakhita (Albin Michel).

Voilà, vous attendez probablement la rentrée avec plus d’impatience maintenant, alors voici pour patienter plus de détails sur cette gargantuesque programmation (à retrouver dans son intégralité ici), dont Babelio est cette année encore partenaire.

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La liste des auteurs en dédicace

Vendredi 14 septembre (19h-23h)

Frànçois Atlas, Olivia de Lamberterie, Sophie Divry (lire notre interview ici), Alaa El Aswany, Claude Gassian, Sébastien Kardinal, Guillaume Musso, Amélie Nothomb, Daniel Pennac, Thomas Sotto, Zoé Valdés, Lauréate prix du Roman Fnac

Samedi 15 septembre (11h-23h)

Meryem Alaloui, Julien Baer, Simon Bailly, Emmanuelle Bayamack-Tam, Inès Bayard, François Bégaudeau, Samuel Benchetrit, Christophe Boltanski, Marc Boutavant, Estelle-Sarah Bulle, Isabelle Carré, Claire Chazal, Jospeh d’Anvers, Stéphane de Freitas, Adeline Dieudonné, David Diop, Clara Dupont-Monod, David Foenkinos, Aurélie Filippetti, Carole Fives, Jean-Marie Gourio, Colas Gutman, Philippe Grimbert, Nancy Huston, Etienne Klein, Marc Lévy, Valérie Manteau (lire notre interview ici), Pascal Manoukian, Janine Mossuz-Lavau, Fabien Olicard, Stéphane Perger, Emmanuelle Pirotte, Romuald Racioppo, Boualem Sansal, Riad Sattouf, Joachim Schnerf, Abnousse Shalmani, Yétili, Liana Yuknavitch

Dimanche 16 septembre (11h-19h)

Idriss Aberkane, Zeina Abirached, Olivier Adam, Alex Alice, Patrick Bauwen, Bernard Boulad, Stéphane Bourgoin, Pascal Bresson, Cali, Maylis de Kerangal, Patrick K. Dewdney, Emilie de Turckheim, Mathias Enard, Jérémy Fel, Eric Fottorino, Emilie Frèche, Gaël Henry, Jean-Pierre Jeunet, Serge Joncour, Yasmina Khadra, Donna Leon, Brigitte Luciani, Alain Mabanckou, François Médéline, Guillaume Meurice, Catherine Meurisse, Caroline Noël, Michel Ocelot, Cyril Pedrosa, Charles Pépin, Daniel Picouly, Christopher Priest, Emmanuelle Richard, Tiffany Tavernier, Eve Tharlet

Le programme des rencontres

Dans le cadre du partenariat entre Babelio et le Salon Fnac Livres, notre Directeur éditorial Pierre Krause animera 2 rencontres avec des auteurs :

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– Cliquez sur l’image pour agrandir le programme –

 

Rencontre avec Graeme Macrae Burnet : de la campagne écossaise au Delaville Café

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Avec son premier livre publié en français chez Sonatine, finaliste du Booker Prize en 2016, Graeme Macrae Burnet investit les tables des librairies déjà auréolé d’une belle réputation outre-Manche. Son deuxième roman L’Accusé du Ross-Shire (His Bloody Project en VO) met en scène un ado de 17 ans arrêté après un triple assassinat, en 1869. Un roman historique bien particulier puisqu’il livre les pièces du procès de son narrateur, nous plongeant dans les déboires d’un village des Highlands, en Ecosse. Une affaire sans doute plus compliquée que son sujet ne le laisse entendre…

Loin de ces terres du Nord mais sous un ciel bas tout de même, c’est au premier étage du Delaville Café de Paris que 30 lecteurs ont pu rencontrer l’écrivain le 20 septembre dernier, pour 1h30 riche en interactions. Lourds rideaux rouges, chandeliers, cheminée (éteinte), photos en noir et blanc et même un chat au poil long : un cadre parfait pour une rencontre à la fois intimiste et vivante, en présence des éditrices de chez Sonatine et animée par la traductrice du livre, Julie Sibony. Et si l’auteur est originaire du village écossais où fut créé le whisky Johnnie Walker, Kilmarnock, son ouvrage a plus la saveur d’un single malt que d’un blend.

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De l’importance des lieux : un village en Ecosse

D’ailleurs la question du cadre géographique est primordiale dans le récit : « Le personnage central du livre, c’est au final le village. Il y a une connexion très importante entre le narrateur, Rodrick, et son environnement. Transposé ailleurs, il serait une autre personne, car on ne peut pas séparer le décor de l’histoire. C’est un jeune homme intelligent, mais comme piégé : il veut voir du pays, et justement sortir de ce cadre restreint. Il y a aussi sans doute un peu d’autobiographie dans le fait de situer l’action dans les Highlands, vu que ma mère en est originaire et que j’ai moi aussi grandi dans une petite ville d’Ecosse. »

Retour au XIXe siècle

Pour faire vivre cette communauté et immerger totalement le lecteur dans l’action, Graeme Macrae Brunet mène un travail de documentation conséquent : « Je fais beaucoup de recherches avant d’écrire. J’adore ça. En préparation de L’Accusé du Ross-Shire, je suis allé aux Archives nationales écossaises pour consulter des documents historiques, parfois fermés par des cachets de cire rouge. Quand on met la main là-dessus, on peut carrément sentir l’odeur de l’Histoire. Mais ce qui m’intéresse le plus, ce sont les détails de la vie des gens à l’époque, leur quotidien. Et donc la langue qu’ils parlaient pour désigner tel ou tel objet. » De l’aveu de Julie Sibony, voilà l’une des principales difficultés à laquelle elle a été confrontée lors de son travail de traduction, en plus de devoir rendre le style des documents (dépositions, articles de journaux, rapports des médecins) qui parsèment le livre. Et l’auteur de saluer la qualité du travail de la traductrice, en même temps que certains lecteurs présents.

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Réel, vraisemblance, véracité, vérité and Co

Si le cadre temporel et spatial auront beaucoup fait parler les lecteurs invités et l’auteur, le sujet le plus longuement abordé aura finalement été celui du rapport entre réalité et fiction. « Le lecteur passe un contrat avec le livre, au fond de lui il désire que ce qu’il lit soit vraiment arrivé, et en tant qu’auteur on joue avec ça : avec ce qui est historiquement avéré, et avec la véracité de l’action. Quand ça marche, c’est que le lecteur est complètement dedans. D’ailleurs l’Irish Times a présenté L’Accusé du Ross-Shire comme un livre sur un vrai crime ! En même temps ce type de réactions est complètement voulu, puisque dès la préface j’utilise un style journalistique académique qui induit le vrai, le réel. Comme au cinéma quand la caméra tremble, c’est juste une question de procédé. »

Ecrire : comment et pour qui ?

Quand un lecteur lui demande s’il a des conseils à donner à un écrivain débutant, Graeme Macrae Burnet, à l’image du proverbe des Highlands qui ouvre le livre (« C’est l’usure qui donne à la meule son mordant »), ne manque ni d’humour ni de mordant : « Mon seul conseil : ne pas écouter les conseils ! Internet fourmille de listes de conseils destinées à de prétendants écrivains. Des listes créées par des gens qui n’ont jamais écrit autre chose que des listes… Je me méfie de cette culture du conseil, justement. Pour moi un auteur se doit d’écrire quelque chose de singulier, d’unique, avec ses propres méthodes. L’écriture est un processus organique, et personnellement j’évite de trop planifier, mes histoires se développent et changent au fil de la plume. Je crois vraiment que c’est en lisant et en pratiquant qu’on devient écrivain. Aussi, j’aime faire lire mon texte à mes proches et leur poser des questions très précises pour savoir ce que je peux améliorer. Mais pour moi, l’écriture reste une lutte, et à chaque fois j’ai l’impression de plonger dans une piscine de merde pour en extraire quelque chose de bien. Alors je me force à écrire le plus possible, je travaille hors de chez moi. »

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Quant à savoir s’il essaie d’anticiper comment il sera lu, l’écrivain écossais précise : « Je n’écris que pour moi : c’est impossible de penser à un lecteur quand on écrit, puisqu’il n’y a que des lecteurs, et autant de sensibilités, d’expériences et donc d’interprétations du livre possibles – qui à mes yeux se valent toutes. Par exemple, un journaliste chinois m’a confié que l’atmosphère lui rappelait celle qui pesait sur son pays durant la révolution culturelle de Mao. Un autre m’a parlé des serfs en Russie, du système féodal, tandis qu’un Australien rapprochait l’histoire de celle des Aborigènes. Alors qu’il n’y a rien de tout ça dans le livre ! » Et la traductrice de conclure : « C’est le pouvoir de la littérature ! »

Bonne nouvelle pour ceux qui ont aimé ce roman : The Disappearence of Adèle Beadeau, premier livre de Graeme Macrae Burnet, sera publié par Sonatine en 2018. Un ouvrage dans lequel il jouait déjà avec le lecteur, puisque le livre présente son auteur, Mr Burnet, comme étant le traducteur d’un livre français. Alors, « nothing but the truth » ?

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Où Babelio vous donne un aperçu de la rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire, cet “évènement” typiquement français…

“’Evènement” entre guillemets car, concrètement et historiquement, nul ne s’est concerté pour déclarer officiellement la création d’une rentrée littéraire. Le phénomène est dû à une apparition massive et simultanée de plusieurs prix littéraires au fil des années qui, se concurrençant les uns les autres, poussent les éditeurs à sortir leurs nouveautés dans ce climat de forte compétitivité. Le tout, relayé par la presse, donne naissance à cette fameuse rentrée qui ne pouvait espérer meilleur endroit où croître que le très littéraire Paris.

Que l’on soit amateur de Jean d’Ormesson ou de Maxime Chattam, la rentrée littéraire a le mérite de rassembler les lecteurs autour du livre et de la littérature. Vous avez eu l’occasion de découvrir sur Babelio plusieurs listes de livres vous mettant, j’en suis sûre, l’eau à la bouche. Réjouissez-vous car ce ne sont pas les titres (555 au total) qui manquent. Autant le dire, il y en aura pour tous les goûts !

Parlons chiffres tout d’abord : 555 romans attendus (soit une baisse de 14% par rapport à 2012) dont 86 premiers romans et 198 titres étrangers.  On dénombre moins de livres édités que l’année précédente, moins de têtes d’affiche et plus de jeunes auteurs. Parmi ces jeunes plumes, citons Karin Serre, Boris Razon, Nicolas Clément, Julie Bonnie, Frédéric Verger…

Evidemment, les “monstres sacrés” seront au rendez-vous. Vous serez nombreux à dévorer cvt_Les-perroquets-de-la-place-dArezzo_9616La nostalgie heureuse (Albin Michel) d’Amelie Nothomb, Les Perroquets de la place d’Arezzo  (Albin Michel) d’Eric-Emmanuel Schmitt ou encore L’échange des princesses  (Seuil) de Chantal Thomas et Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit (Robert Laffont)  de Jean d’Ormesson.

La veine autobiographique, les romans inspirés de faits réels et les autofictions envahiront très prochainement les rayons de votre librairie préférée. Á noter par exemple le très détaillé Intérieur  (Gallimard) de Thomas Clerc, ou l’art d’examiner centimètres par centimètres son appartement parisien et de se livrer à quelques réflexions personnelles. Vous trouverez également La Servante du seigneur  ( Stock) de Jean Louis Fournier, qui narre la lente perte de contact entre un père et sa fille entrée dans les ordres, Canada  (L’Olivier), de Richard Ford, très attendu après 5 ans d’absence, qui relate la destruction d’une famille suite à une sombre histoire de vol, ainsi que Les saisons de Louveplaine (Seuil) de Cloé Korman , récit d’une jeune émigrée à la recherche de son mari parti en France pour travailler .

L’ écriture de l’intime rejoint également l’Histoire à travers des textes comme Le jour où les skateboards seront gratuits  (Calmann-Lévy), de Saïd Sayrafiezadeh, dont le père, un fervent militant communiste dans les années 70 aux Etats-Unis, lui interdit jusqu’à la consommation de raisins pour raisons politiques et lui refuse toute intégration sociale.

« Une littérature tâtonnante, cherchant à comprendre sa mission et à trouver comment s’emparer du monde et le raconter »  justifierait, selon Raphaëlle Leyris du Monde des livres, la multiplication d’ouvrages de cette rentrée ayant pour sujet des grands noms de la littérature comme Victor Hugo (Trois grands fauves, de Hugo Boris chez Belfond), Jean Anouilh et le défi de monter Antigone à Beyrouth (Le Quatrième mur, de Sorj Chalandon chez Grasset ) ou Guy Debord dans Haute Epoque  (Albin Michel) de Jean-Yves Lacroix, où le narrateur rapporte sa rencontre avec  le philosophe dans une cellule de dégrisement. Une idée séduisante que cette “crise de la littérature” qui accouche de romans très variés et surprenants que les amateurs de littérature sauront apprécier.

Les tragédies qui ont marqué l’année 2012 sont largement relayées avec, en toile de fond, la montée des nationalismes et la menace d’une crise écologique (Le sang des fleurs chez Actes Sud, de Johanna Sinisalo). Le sulfureux Utoya (Ring), où Laurent Obertone nous invite à plonger dans l’esprit du tueur norvégien Anders Breivik, ne manquera pas de faire scandale (vous pouvez voir le teaser du livre : ici), tout comme le récit de la radicalisation d’un enseignant et auteur désabusé, dans Toute la noirceur du monde  (Flammarion) de Pierre Mérot.

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Mais il n’y en a pas uniquement pour les drames et les histoires tristes ! Le très humoristique Manuel de survie à l’usage des incapables (Au Diable Vauvert), signé par Thomas Gunzig, invite le lecteur à suivre les mésaventures rocambolesques de  trois loups, un baleinier au cœur tendre et un primeur malheureux à l’assaut du monde contemporain, tout en cynisme et poésie.

Á noter également quelques ovnis, comme Monde sans oiseaux ( Stock) de Karin Serre,  relatant l’histoire de Petite Boite d’Os vivant au bord d’un lac norvégien dans lequel nage des cochons fluorescents et au fond duquel dorment des cercueils. Mais cela ne l’empêche pas de trouver l’amour avec un prétendu cannibale du nom de Joseph.

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Et la Bande dessinée ? Souvent oubliée des émissions littéraires, le neuvième art aussi fait sa rentrée.  Cette année la publication de bandes dessinées est en hausse par rapport à 2012, contrairement à l’édition « classique ».  Quelques pointures et incontournables assureront aux éditeurs une rentrée sur les chapeaux de roues.  Astérix chez les Pictes (Albert René) , le tome 22 de la série Treize (Dargaud), l’épisode 18 de la désormais célèbre saga Walking Dead (Delcourt),  un nouveau Trolls de Troy (Soleil), le 34ème volume de Thorgal (Le Lombard), un nouvel opus de Blacksad (Dargaud) pour n’en citer que quelques-unOn trouvera également l’intégrale du Transperceneige (Casterman BD) la saga mythique prochainement adaptée au cinéma.

Des surprises également, notamment du côté de chez Zep qui s’essaie pour la première fois à la bande dessinée pour adultes avec Une Histoire d’hommes (Rue de Sèvres). Assisté par Janry, l’auteur Eric-Emmanuel Schmitt passe du côté des planches avec son titre Les aventures de Poussin 1er (Dupuis). 

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Littérature et Bd sont loin d’être des frères ennemis ! Stéphane Heuet livre le sixième et dernier tome du cycle A la recherche du temps perdu.  Miles Hyman et David Fincher sortiront en novembre leur version du Dahlia Noir (Casterman) et le roman La princesse des glaces (Casterman), de la suédoise Camilla Läckberg, verra le jour en novembre dans l’adaptation de Léonie Bichoff et Bocquet. Camus sera de nouveau à l’honneur  avec la sortie du Premier homme (Futuropolis), de José Muñoz.

Que vous soyez puriste ou novice, la rentrée littéraire côté BD promet, elle aussi, de satisfaire les goûts les plus éclectiques !

On attend, évidemment, vos avis concernant les titres de cette rentrée littéraire sur Babelio. D’ici là, bonnes lectures et bonnes découvertes !