Faites de beaux rêves avec Marilyse Trécourt

« L’art a une vertu thérapeutique qui m’intéresse. Ça peut nous révéler d’une autre façon. » Le mois dernier, Marilyse Trécourt venait chez Babelio pour présenter à trente lecteurs son dernier roman, Une vie plus belle que mes rêves, l’histoire de Louise qui, pour sortir de son quotidien aseptisé, décide de se remettre à sa passion d’enfance : le dessin. Un choix qui risque de bouleverser sa vie… Art, résilience, rêves, peur et choix de vie sont autant de thèmes qui ont été abordés dans une discussion pétillante et inspirante avec l’auteure le 11 juillet dernier.

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Une vie plus belle que nos peurs

« Louise est une jeune-fille qui a peur de tout, c’était ça le petit jeu de départ » nous a expliqué Marilyse Trécourt à propos de son personnage principal. « Elle a peur d’être elle-même. » Le personnage de Louise a 34 ans et semble avancer dans la vie avec des œillères, sans apprendre, sans chercher à panser les blessures du passé, enchaînant les CDD, sans envie ni projet précis, juste pour tranquilliser ses parents et son conjoint, Sam. Ce roman va la voir évoluer, se redécouvrir et changer, permettant ainsi à son auteure d’aborder des thèmes qui lui sont chers. « Je l’ai choisie parce qu’elle m’est familière. […] Je ne suis pas Louise mais les peurs ont été un frein pour moi pendant longtemps et un jour j’ai dit stop ! Le choix, pour moi, est une vraie thématique. La recherche identitaire aussi. Ces thématiques me sont chères parce que je ne saurais faire autre chose. » L’âge des personnages, qui approchent de la quarantaine, n’était par ailleurs pas un choix anodin. « Je pense qu’autour de la quarantaine, on se pose plein de questions, on fait le bilan, c’est un moment charnière ! »

« Je voulais expliquer pourquoi Louise a ces peurs, d’où elle venait. » Dans son roman, en effet, on comprend au fil de l’histoire la façon dont s’est construit ce personnage. Son enfance, d’abord, avec des parents très protecteurs. « Tout dépend du contexte, bien sûr, mais quand on a un enfant, pense Marilyse Trécourt, il ne faut pas lui communiquer sa peur. Sinon, à la première difficulté, ils tombent de haut. Cela n’aide pas à être audacieux. » Son couple, aussi, avec un compagnon parfois étouffant, qui a déplu à certaines lectrices présentes ce soir-là… « Non, ce n’est pas quelqu’un de mauvais ! s’en défend pourtant l’auteure. Il a ses propres peurs. Sam est comme tout le monde : il a ses blessures. Il se réfugie dans ses peurs à lui et les transmet à Louise. » Mais plus que de comprendre Louise, ce roman permet de la sauver : « Ses peurs, elle va pouvoir en faire une force. »

« On a tous peur à un moment donné, reconnaît Marilyse Trécourt, selon qui beaucoup de lecteurs pourraient s’identifier à Louise. Et quand ces peurs sont irrationnelles, c’est dommage, car ce sont des peurs qui peuvent être surmontées. Il faut les voir autrement. Se dire qu’on peut le faire. Et une fois que c’est fait, quand on se retourne, on a un sentiment de joie, de fierté. Donc on peut s’attaquer à une autre peur. »

S’attaquer à ses peurs grâce à la fiction, voilà ce que le roman Une vie plus belle que mes rêves propose. Quant à savoir si cela fonctionne, cela a en tout cas été efficace pour une personne : Marilyse Trécourt elle-même, pour qui l’écriture a bien des vertus : « mes romans me sont aussi thérapeutiques… »

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Une vie plus belle qu’un feel good book

Souvent associée à la littérature feel good, des romans qui vous veulent du bien dont des auteurs comme Raphaëlle Giordano ou Laurent Gounelle sont les figures de proue, Marilyse Trécourt, chez Babelio, est aussi décrite comme auteure de romans d’émancipation. Une description qu’elle rejoint, tout en la nuançant : « Moi, je parlerais plutôt de résilience. » Ce nouveau livre, cependant, n’est pas un roman de développement personnel comme elle a pu le faire avec Viser la lune et au-delà, sa précédente parution, c’est une pure fiction. « J’ai toujours fait des romans. Viser la lune et au-delà, c’était une vraie volonté d’aller dans le développement personnel. Pour Une vie plus belle que mes rêves j’avais peur de décevoir, de perdre les gens, je ne savais pas vers où aller… Donc j’ai fait ce que j’avais envie de faire ! J’ai écrit un roman, mais toujours avec le thème de la résilience. »

Cette idée de résilience, malgré tout teintée de bienveillance et d’idées puisées dans le développement personnel, traverse donc tout le roman. Aussi, vers le début du roman, Louise peint une œuvre étrange représentant une femme, tenant dans ses mains un mystérieux coffret. La finalité du roman va reposer sur ce coffret, et ce qu’il contient. « Quand ils trouvent enfin ce qu’il y a dans cette boîte, les personnages comprennent qu’ils doivent vivre leurs rêves. On peut tous comprendre ce qu’il y a dans notre propre boîte. » Ce personnage qui aide Louise, la pousse à aller vers ses rêves et incarne donc le mieux cette idée de résilience, c’est Claire, un personnage lumineux qui a beaucoup plu aux lecteurs… comme à notre auteure. « Elle est comme un petit lutin, une petite fée, c’est l’antithèse de Louise. J’aime bien avoir quelqu’un comme elle dans mes romans. Si elle fait des choses extraordinaires, « pourquoi pas moi ? », se dit-on. »

Néanmoins, Marilyse Trécourt a quand même voulu intégrer un peu de développement personnel à son livre… Aussi, vous trouverez en terminant le roman quelques exercices pour vous aider à surmonter vos peurs et réaliser vos rêves. « Quand je lis des livres, raconte-t-elle, cela me donne des idées mais arrivée à la fin je passe à autre chose. Ce cahier pratique a marché sur le précédent… et j’avais envie d’ajouter quelque chose à l’histoire de celui-ci. » 

A la fin de l’année, l’auteure va aller encore plus loin puisqu’elle nous a annoncé ce soir-là qu’elle publierait en novembre un guide de développement personnel intitulé : Pas besoin d’être un super-héros pour réaliser mes rêves.

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Une vie plus belle qu’une fiction

Au cours de la rencontre, l’auteure a également beaucoup évoqué sa façon d’écrire et de construire une histoire. Les personnages, pour leur part, sont le pilier de ses romans. « Avant, j’ai la trame générale, même si elle évolue un peu en écriture, mais je fais surtout des fiches personnages : photos, qualités, défauts… » Et si Louise a parfois changé sur certains détails, ses peurs maladives et le parcours qu’elle allait suivre pour les combattre, « ça, c’était écrit depuis le début ». Elle nous a aussi parlé du personnage de Maurice, le chat, qui a fait rire nombre de lecteurs et lectrices. « J’aime bien mettre des petits clowns dans mes histoires. Maurice m’amusait, ce chat moche qui pue la crevette et louche. Quand j’écris un roman, je veux ressentir quelque chose, je veux m’amuser. Si je relis un passage et que je ne ressens rien, nous confie-t-elle enfin, j’efface le passage ! » Les personnages de l’auteure sont si incarnés et appréciés des lecteurs, qu’ils lui ont demandé si elle avait déjà envisagé d’écrire des suites de ses romans, des sagas, voire un crossover de ses livres, dans lequel se rencontreraient ses différents personnages. Ce à quoi elle répond : « Non. Ils ont vécu. Ils sont vieux. Je suis rassurée, ils n’ont plus besoin de moi. Je veux de nouveaux personnages. Là, je suis avec Juliette [NDLR : dont l’histoire paraîtra en 2021]. […] Je n’y avais pas pensé mais les suites sont rarement bonnes. Je préfère aller sur un autre terrain, de découvrir un autre univers. »

Avec désormais deux romans publiés et quelques-uns autoédités, Marilyse Trécourt a évolué. Interrogée sur son rapport à l’écriture et la façon dont il a, ou pas, changé, elle nous avoue qu’il est plus fluide qu’au début : « Il est plus facile, en tout cas. Mon écriture s’est affirmée, je pense. Et même dans la façon de l’aborder, je suis moins dans la caricature. » Dans ce roman-ci, d’ailleurs, elle parle d’art, de ses vertus thérapeutiques et a bien travaillé cet aspect-là de l’histoire : « J’ai fait quelques recherches et une amie a relu le roman. Je me suis inspirée des surréalistes et de l’écriture automatique. Louise peut grâce à ça découvrir quelque chose qui était caché dans son inconscient… »

Mais la vraie particularité de ce roman, c’est qu’il alterne entre le présent, raconté à la première personne, et quelques flashbacks, racontés quant à eux à la troisième personne. « À la première personne, j’aurais eu du mal à changer de point de vue comme je le fais dans le roman, c’est pourquoi j’ai choisi la troisième. » C’est une construction qui a demandé une approche particulière pour l’auteure. « Je me suis mise dans un autre état d’esprit. Je me suis replongée dans mes propres 17 ans : j’ai changé d’atmosphère, mis d’autres musiques… J’avais besoin d’un état psychologique plus dense. » Et si elle a par ce procédé perdu quelques lecteurs en route… c’était en fait volontaire. « Je voulais vous perdre ! affirme-t-elle. Les indices pour vous aider, ce sont les dates indiquées. Mais je voulais rajouter un peu de suspense… »

Quant à savoir ce qui attend les lecteurs déjà en mal d’un roman de cette auteure, sachez que la suite s’annonce déjà intense. Son guide de développement personnel paraîtra en novembre et ses prochains romans en 2020 – « je reviens avec un homme ! » nous a-t-elle seulement avoué – et en 2021 – avec le personnage de Juliette rapidement évoqué pendant la rencontre… « Certains projets sont acceptés sur un simple pitch, Viser la lune et au-delà avait été auto-édité puis repéré… le processus éditorial dépend du livre concerné. Eyrolles s’adapte et me fait confiance. Mon éditrice me dit de faire ce que j’ai envie de faire ! »

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Surmonter vos peurs, croire en vos rêves et progresser personnellement : c’est tout un programme que Marilyse Trécourt et ses romans vous proposent. Et si l’auteure est nouvelliste, romancière, chroniqueuse, coach en communication et adepte d’ouvrages de développement personnel, dont elle est parfois auteure… elle est aussi lectrice, au même titre que le public venu l’écouter ce soir de juillet chez Babelio. « Je lis de tout ! J’aime bien aimé Le Liseur du 6h27. Je lis aussi Joël Dicker… et les copines de chez Eyrolles ! La seule chose que je ne lis pas, c’est de la fantasy, les polars sanguinolents ou trash. Je lis des choses qui m’inspirent et me font vibrer. »

Et si, vous aussi, vous êtes à la recherche de ce genre de lectures, vous pouvez regarder la vidéo « Les 5 mots » que nous avons réalisée avec Marilyse Trécourt juste avant la rencontre et ainsi voir si ses ouvrages peuvent vous faire vibrer :

Marion McGuinness : l’art de se reconstruire

Comment apprendre à vivre avec la mort ? Peut-on survivre au deuil ? En a-t-on seulement le droit ? Avec une plume fluide et délicate, Marion McGuinness signe chez Eyrolles un roman optimiste qui nous invite à sortir du deuil et à réapprendre à vivre pleinement. Ode à la vie, Égarer la tristesse engage la réflexion : à travers l’importance des liens familiaux, amoureux et amicaux, l’auteure nous montre que la vie se fraye toujours un chemin. Nous avons eu le plaisir de recevoir Marion McGuinness dans nos locaux pour une rencontre conviviale avec ses lecteurs, le 11 juin dernier.

CVT_Egarer-la-tristesse_3091.jpgÀ 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?
Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…
Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

La fiction constitue un nouveau banc d’essai exigeant pour l’auteure qui avait publié jusque-là essentiellement des livres pratiques autour de la grossesse et de la petite-enfance. Pour ce premier roman, Marion McGuinness a décidé de revenir sur ses thèmes de prédilection : dans un style sobre qui met en lumière toute la délicatesse des sentiments, elle aborde les sujets de la maternité et de la reconstruction de soi après la perte d’un être cher. A l’origine de ce roman, on trouve une peur viscérale commune à toutes les mères : « Ce roman est né de cette angoisse que toutes les mères peuvent ressentir : la peur d’être seule. Comment pourrais-je élever un bébé si je n’avais pas mon conjoint sur qui compter ? » La couverture donne dès lors le ton : mélancolique et fleurie, la nature y est belle et touchante, une barrière blanche est close, à l’image de la narratrice qui se confine dans l’isolement au début du roman et qui devra s’ouvrir pour aller de l’avant.

Vivre le deuil au jour le jour

Le deuil est au centre du roman de Marion McGuinness : une douleur qu’elle a à cœur d’explorer sous toutes ses formes, avec toutes ses subtilités : « Chacun réagit au deuil différemment. Il y a autant de deuils que de relations. On doit parfois faire le deuil de gens qui ne sont pas morts. J’avais envie d’explorer d’autres douleurs. » Une souffrance que l’on retrouve dans le processus littéraire même, car ce roman, Marion McGuinness l’a porté en elle pendant longtemps. Une gestation lente et douloureuse puisque pour coucher sur le papier des émotions si intenses, l’auteure a dû s’imprégner entièrement des ressentis de son héroïne, jusqu’à atteindre une forme de synchronisation émotionnelle : « Certaines pages ont été très difficiles à écrire. Je me mets à la place de mes personnages. Pour moi, Elise est aussi réelle qu’une amie. Je me suis trouvée à la contempler, j’attendais de voir ce qu’elle faisait et comment elle réagissait au quotidien. C’est comme ça que les autres personnages ont surgi. J’essaye de me placer en observatrice de ce qui se passe dans mon esprit. » Durant tout ce temps où le personnage d’Elise a habité l’auteure, elle a pu évoluer, s’adoucir, grandir avec elle : « Grandir en tant que personne m’a permis de faire grandir mes personnages. Certains de mes personnages sont devenus autonomes et ont pris une existence réelle au fil de l’écriture. »

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Au fil du roman, Marion McGuinness dévoile les étapes incontournables du deuil, détaillant les espoirs, les doutes mais également les souvenirs d’Elise. Ces réminiscences sont omniprésentes dans le roman : les personnages doivent lutter contre leur mémoire, les souvenirs sont douloureux, ils les retiennent : « À un moment de notre vie, on est la somme de tout ce qu’on a vécu, et de toutes les personnes avec qui on a vécu notre vie. On a le choix de notre réaction : se laisser dépasser, ou permettre à ce passé de nous faire grandir. La douleur isole d’un côté et écarte de l’autre. On sait que les autres ne sauront pas dire les mots qu’on a envie entendre, et à l’inverse, l’entourage se sent impuissant à guérir cette douleur chez l’autre. Faire face à ses propres émotions tout en étant là pour l’autre demande une grande maturité. » Elise s’écarte de son entourage, mais renforce plus que jamais ses liens avec son bébé, avec qui elle vit en quasi symbiose : « Elise a besoin de lui comme d’un bouclier contre le monde, elle le porte, le tient contre elle. Il la rassure. Les enfants ont tendance à avoir ce 6e sens : ils sentent ce qu’ils doivent être pour se conformer aux attentes de leurs parents sans en parler. La séparation des corps s’amorce peu à peu : il fait plus de bruits, commence à parler, comme s’il pouvait laisser sa mère aller de l’avant sans crainte. »

Un deuil à vivre entouré

Peu à peu, l’acceptation amorce l’accomplissement du deuil : un processus qui ne peut fonctionner que grâce à l’épanouissement des relations, qu’elles soient amicales, familiales ou amoureuses. Elle se rapproche ainsi de Manou, sa voisine attachante, et de son petit-fils Clément, qui connaît lui aussi la douleur du deuil : « Au départ, il n’y avait pas beaucoup de personnages dans mon roman. Puis, j’ai eu besoin d’entourer Elise. Si on veut revivre et ressentir de la joie, on est obligés de s’attacher à certaines personnes. » La famille est peu présente durant la reconstruction de l’héroïne. Pour l’auteure, plus que les liens du sang, ce qui compte, ce sont les liens du cœur : « Je voulais évoquer le fait qu’Elise est aussi le produit de son enfance. Elle a grandi dans une famille où la violence est omniprésente : violence physique, psychologique, et c’est en partie pour cela qu’elle a moins de résilience pour se remettre de ce qui lui arrive. Elle a besoin d’une nouvelle famille pour passer le cap. Si elle avait eu une famille bienveillante, une famille de comédie américaine, le roman n’aurait même pas existé. On se crée sa famille. » Le cheminement du deuil mène Elise vers la réconciliation. Elle ne recouvre pas ce qu’elle a perdu, mais apprend à vivre avec sa perte dans un monde qui lui est désormais nouveau et inconnu, ouvert à l’imprévu.

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La mer : lieu idéal du lâcher-prise

Une étape cruciale dans la libération de l’héroïne du roman est l’escale en bord de mer. L’horizon, la mer à perte de vue ouvre le champ des possibles : « La mer est un symbole de renaissance mais aussi de danger. C’est presque un personnage dans le livre. Chacun a une relation différente avec elle. Elle est bénéfique pour Elise mais elle ne l’a pas toujours été pour certains personnages du roman. » Quant à la ville, elle est une entité brutale pour l’héroïne : « J’ai quitté Paris il y a longtemps. Je n’aime pas la ville, et je crois que ça se ressent dans mon roman. On essaye toujours de chercher ce qui tient de l’auteur dans le livre : alors oui, ça tient de moi, pour moi la ville est quelque chose de dur. » Référence à la fois à la mer, et aux larmes, le titre du roman était au départ Le Goût du sel. Puis, il a fallu en changer, d’autres titres similaires existaient déjà. L’idée d’égarer sa tristesse est venue à l’esprit de l’auteure : elle ne disparaît pas mais on peut choisir la place qu’elle prend dans notre vie : « Elle est toujours quelque part, mais elle n’est plus tout autour. Elle ne nie pas sa douleur, mais peu à peu, elle arrive à la délocaliser et à la surmonter, presque, à la sublimer. »

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Sortir du deuil et s’ancrer dans le réel passe également par des détails physiques, des petits gestes du quotidien qui semblent à première vue banals mais sont pourtant essentiels : « Quand j’écris, j’ai tendance à être trop dans l’abstrait, à mentaliser, j’essaye de m’ancrer avec des choses réelles, en réfléchissant à la sensation que ça peut faire, capter des sensations, des odeurs, partager des scènes… Ce sont des petites choses toutes simples mais qui rapprochent les personnes qui lisent. » Être sensuel, c’est être vivant pour l’auteure : l’ouverture sensorielle et émotionnelle permettent de se réconcilier avec le monde et de cheminer vers la guérison.

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Marion McGuinness envisage déjà sérieusement la sortie d’un deuxième roman au printemps 2020. L’intrigue sera complètement différente, mais il se pourrait bien qu’on y retrouve certains personnages, d’un roman à l’autre, à la manière d’une carte postale : « Le fait de réussir à aller au bout de celui-ci me donne confiance pour la suite ! » 

Découvrez Égarer la tristesse de Marion McGuinness aux éditions Eyrolles.

Avec Philippe Tessier, la Mort s’invite chez Babelio

Avec bientôt 170 rencontres au compteur, Babelio a accueilli tout type d’auteurs : des femmes, des hommes, des Français, des étrangers, des primo-romanciers et des vieux briscards de l’édition, des maîtres du polar, de la bande dessinée ou encore de la littérature jeunesse.

Mais le 24 avril dernier, c’est un invité tout particulier que trente lecteurs de Babelio ont eu le privilège de rencontrer : la Camarde en personne…

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d’un néant follement attifé.

Dieu merci, sous la plume de Philippe Tessier, venu présenter son roman Morts, publié aux éditions Leha, la Mort est quand même plus sympathique et décalée que sous celle de Baudelaire. Comme en témoigne la couverture du livre, elle a d’ailleurs troqué sa faux contre un club de golf.

La Mort est au coeur de ce roman loufoque, qui voit le pauvre Joseph, à peine trépassé, se réveiller entouré de squelettes qui vont l’entraîner dans une étrange aventure, où il sera amené à croiser une farandole de macchabées aux noms étrangement familiers : Sigmund F., Charles de G., Winston C., Marie C., Abraham L., Karl M. ou encore Terry P….

Un crâne pour encrier

Pour Philippe Tessier, en vieillissant, la mort devient une obsession, qui nous travaille, sans nécessairement nous traumatiser pour autant. Il l’avait d’ailleurs souvent glissée dans ses romans. Cité par un lecteur présent à la rencontre, Mortimer, de Terry Pratchett, qui met en scène un adolescent devenu l’apprenti de la Mort, a effectivement été une influence revendiquée de Morts, mais pas le point de départ. Celui-ci se trouve dans un précédent roman de Philippe Tessier, publié chez Oskar Editions, dans lequel il imaginait une joyeuse bande de squelettes qui se levaient de leur tombe pour aller défendre la veuve et l’orphelin.

Quelques années après la sortie ce roman, en patientant derrière une table de dédicace au festival des Futuriales, sans être particulièrement harcelé par les visiteurs, il repensa au mot d’un ami : “tu as un don pour les squelettes.” Pour passer le temps, il s’est mis à griffonner une histoire 100% squelettes, qui allait devenir Morts. Ce n’est que dans un second temps qu’il s’est dit que pour que cette histoire fonctionne, il allait quand même avoir besoin d’un peu de chair, ce qui a conduit à la naissance de Joseph, le héros embaumé du livre.

Pourquoi des squelettes plutôt que des zombies ? Philippe Tessier a été biberonné aux zombies, notamment dans les films de George Romero et de Lucio Fulci, qu’il tient pour des sommets du genre et qui ont été pour lui des inspirations majeures, au même titre que Marie Shelley et Bram Stoker. Il voulait leur rendre hommage, mais trouvait inutile de refaire ce qui avait déjà été fait. Les squelettes autorisaient une approche plus comique, sans empêcher des clins d’oeil aux zombies pour autant, comme ces personnages de Walking Dead qu’il a glissé dans le livre.

Titre et couverture, un bien joli linceul pour le roman

Ne sachant pas comment intituler son roman, Philippe Tessier est allé au plus simple : Morts. À l’origine, le titre était Mort au singulier, puis le pluriel s’est imposé comme une évidence. D’autant plus que “Mort de Philippe Tessier” présentait le risque d’effrayer sa famille et ses amis s’ils tombaient dessus dans la presse ou sur le web…

La couverture, qui reprend une scène clé du livre, à savoir La Mort qui joue au golf, a séduit les lecteurs. Elle est le fruit d’une collaboration avec François Froideval, l’un des auteurs de la série de bande dessinées Les Chroniques de la Lune Noire et l’oeuvre du dessinateur Fabrice Angleraud. Plusieurs pistes avaient été envisagées, parmi lesquelles La Mort grimée en Oncle Sam pointant le doigt vers le lecteur avec la mention “I Want You”, ou encore les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse jouant au poker. Mais la scène du golf était finalement la plus visuelle et comique, indiquant clairement au lecteur de quoi il en retourne dans le roman. Quant à savoir pourquoi Philippe Tessier a décidé d’écrire cette scène, lui-même n’en sait rien, même s’il confesse que le fait que son fils ait participé à un stage de golf pendant la phase d’écriture a pu être une influence souterraine…

L’imaginaire, un plaisir de longue date

Romancier, traducteur, créateur de jeu de rôle, Philippe Tessier est tombé dans la potion de l’imaginaire à 5 ans, quand sa grand-mère lui a acheté un numéro de Strange, un magazine qui publiait en France les comics de Marvel. Sa mère, grande lectrice, l’a toujours poussé à lire, à commencer par la Bibliothèque Rose, dont certains titres font clairement partie de l’imaginaire. Après un passage scolaire par les classiques – Hugo et Baudelaire en tête – il s’est ensuite frotté aux classiques du genre (Dracula, Frankenstein, 1984, Le Meilleur des Mondes etc.) pour ne plus jamais l’abandonner. Et même s’il lit de tout aujourd’hui, il garde une préférence pour l’imaginaire, qu’il voit comme un prisme pour parler de notre société actuelle.

Ecrire pour le jeu de rôle demande d’imaginer et de décrire un grand nombre de personnages. Il faut imaginer un univers entier et ses évolutions potentielles. Aux yeux de Philippe Tessier, qui alterne romans et jeux de rôle, c’est un excellent exercice pour un romancier, même si dans le cas de Morts, dont l’univers est plus simple, il n’a pas eu à dessiner de grand tableau préalable comme ça peut lui arriver dans le cas d’un jeu ou d’une grande saga romanesque. De manière générale, il estime qu’il y a des passerelles entre tous les arts de l’imaginaire. Roman, jeu de rôle, photographie ou bande dessinée se nourrissent mutuellement.

Danse macabre

Les six premiers chapitres de Morts ont été écrits très rapidement. Ensuite, une fois obtenu le feu vert de son éditeur, le reste du livre a pris un an, à raison de trois à quatre heures d’écriture chaque matin. Une période intense, sur un livre qui a demandé plus de recherches qu’une oeuvre d’imaginaire pur, car Philippe Tessier souhaitait mettre des citations authentiques dans la bouche des figures historiques que croise le héros. Et s’il n’a pas eu de difficultés à se documenter sur de Gaulle, les choses étaient déjà moins simple pour Churchill, et plus compliquées encore pour Lincoln, pour qui il a souvent fallu extraire les citations du cœur de discours bien plus longs.

Philippe Tessier tenait à offrir un récit dynamique, dans lequel le lecteur ne serait jamais perdu en dépit de la multiplicité de personnages. La trame principale était très claire avant de démarrer la phase de rédaction, qui en définitive consistait plus à relier les points entre eux qu’à inventer au fil de la plume. Même s’il ne s’est pas interdit certains détours entre les étapes clés, en laissant parfois l’actualité s’immiscer dans le récit. Le passage sur la grève, par exemple, doit beaucoup à son énervement face aux blocages de la faculté de Nanterre qui ont empêché sa fille de passer ses examens… Sans être un commentaire du monde tel qu’il va, Morts a permis à Philippe Tessier de régler quelques comptes, plus aisément que ses précédents romans aux univers vraiment déconnectés du réel. Les journalistes, par exemple, sont pointés pour leurs tics de langage agaçants.

L’auteur a choisi de ne pas utiliser les noms complets des figures historiques qu’il met en scène, mais de simples initiales. Cela permettait de mettre une distance sur le sérieux de la chose : ce n’est pas tout à fait Charles de Gaulle ou Abraham Lincoln, ils restent des personnages. Et Morts reste un jeu, pas un traité philosophique ou historique. Un jeu qui était aussi l’occasion de rendre hommages aux œuvres et auteurs qui l’ont nourri : Jules Verne, H.G. Wells, Soleil Vert etc. Il tenait à couvrir toutes les époques, mais son panel de personnages de départ était trop large, et il a dû en mettre certains de côté à regret. Soumis à la question des lecteurs, il a fini par avouer que tous ces recalés pourraient bien fournir la matière d’une suite à Morts, sur laquelle il a néanmoins refusé d’en dire plus…

Et en parlant de suite, si vous vous demandez si Philippe Tessier croit à la vie après la mort, sa réponse est on ne peut plus pragmatique : “Je n’en sais rien, je verrai bien”…

Découvrez Morts de Philippe Tessier, publié aux éditions Leha.

Un air d’Italie avec Serena Giuliano

Le lundi 25 mars dernier, un vent d’Italie soufflait dans les locaux de Babelio. Serena Giuliano, blogueuse passionnée, que vous connaissez peut-être sous le nom de « Wonder Mum », venait présenter son premier roman, Ciao Bella, à trente lecteurs de Babelio. Sélectionnés ce soir-là pour découvrir la première fiction inventée par la jeune écrivaine, ils ont pu lui poser toutes les questions qu’ils souhaitaient sur le livre, sa façon d’écrire, le lien entre celle-ci et son travail de blogueuse mais aussi sur sa vie de maman.

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« J’ai peur du chiffre quatre. C’est une superstition très répandue en Asie. Le rêve ! Enfin des gens qui me comprennent ! Je devrais peut-être déménager…

– Vous avez beaucoup d’autres phobies ?

– Vous avez combien d’années devant vous ? »

Anna a peur – de la foule, du bruit, de rouler sur l’autoroute, ou encore des pommes de terre qui ont germé… Et elle est enceinte de son deuxième enfant. Pour affronter cette nouvelle grossesse, elle décide d’aller voir une psy.

Au fil des séances, Anna livre avec beaucoup d’humour des morceaux de vie. L’occasion aussi, pour elle, de replonger dans le pays de son enfance, l’Italie, auquel elle a été arrachée petite ainsi qu’à sa nonna chérie. C’est toute son histoire familiale qui se réécrit alors sous nos yeux…

À quel point l’enfance détermine-t-elle une vie d’adulte ? Peut-on pardonner l’impardonnable ? Comment dépasser ses peurs pour avancer vers un avenir meilleur ?

Attention, la lecture de Ciao Bella pourrait avoir des conséquences irréversibles : parler avec les mains, écouter avec le cœur, rire de tout (et surtout de soi), ou devenir accro aux pasta al dente.

Quand l’écriture est intuitive

L’écriture, Serena Giuliano y était habituée depuis longtemps, son blog Wonder Mum existant depuis maintenant 6 ans. Pourtant, l’idée d’écrire un roman est bien plus récente, elle croyait même ne pas en avoir les capacités jusqu’à ce qu’elle saute le pas. « J’étais habituée jusque là à écrire des textes courts donc je ne croyais pas être capable d’écrire quelque chose de plus ambitieux. Et au bout du troisième Wonder Mum [NDLR : des recueils d’anecdotes et de chroniques sur sa vie de maman], j’ai eu envie d’autre chose mais je n’avais pas la confiance en moi pour le faire. » Comment a-t-elle trouvé le courage de se lancer ? Grâce à cette même ressource dont elle nous a parlée tout au long de la rencontre et dans son roman : l’amitié. « Mes amies ont été un vrai moteur pour ce roman » affirme-t-elle, avant d’ajouter, un peu plus tard : « Les femmes qui m’entourent sont vraiment importantes pour moi. Sans elles, je n’aurais pas le courage de faire tout ça. C’est important d’être entourée de gens bienveillants et sincères. »

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Finalement, avec des chapitres courts, écrits sous la forme d’un journal intime entrecoupé de dialogues entre le personnage principal et sa psychologue, Serena Giuliano revient à une forme assez ramassée, qui n’est pas sans évoquer son format de prédilection : le blog. Concernant la forme du journal, « j’ai mis longtemps à y venir, raconte-t-elle. Je voulais raconter cette histoire, mais je ne savais pas comment et j’ai finalement trouvé l’idée du journal intime. Après, j’ai eu l’idée des dialogues avec la psychologue, grâce auxquels je pouvais m’amuser. » Ces morceaux de texte courts et spontanés confèrent au roman un rythme entraînant, qui se retrouve notamment dans ce jeu de dialogues : « J’adore ça. Ce sont presque mes passages préférés. J’ai pris du plaisir à les écrire. »

Des journaux, comme beaucoup, elle en a souvent écrits. « J’ai toujours aimé écrire. Mais, insiste-t-elle, je ne pensais pas pouvoir écrire un roman. » Si ses journaux n’ont pas directement inspiré son histoire, il lui est quand même arrivé d’y intégrer des textes qu’elle avait écrits ici et là : « j’ai parfois repris des textes écrits sur mon téléphone. » C’est pourquoi elle a choisi la première personne du singulier. « Le « je » était ce qu’il y a de plus facile pour exprimer les sentiments des autres. Cela me vient aussi du blog. »

Une spontanéité d’écriture qui explique le naturel de sa langue, qui a plu aux lecteurs. « Le style d’écriture frais et moderne donne l’impression qu’Anna est une copine qui se confie, et on se sent aussi écouté » écrit girardmaxime sur Babelio. Le roman a d’ailleurs été écrit très rapidement. « J’ai mis deux ans à le penser, a confié Serena Giuliano lors de la soirée. Puis je l’ai écrit très vite. […] Au moment des corrections, nous avons juste supprimé un chapitre. »  Difficile de croire, en apprenant cela, qu’elle avait si peur d’écrire un roman, alors qu’elle a un style jugé « alerte, spontané, plein d’entrain » (letitbe).

Voilà donc quelqu’un chez qui les mots semblent être une intuition. « Je n’ai pas de modèle en termes d’écriture, répond-elle d’ailleurs quand on lui demande des inspirations. Je lis de tout. Je n’ai pas de style très précis. J’ai peur de copier, donc j’essayais de ne pas lire d’autres choses en écrivant. » Et Serena Giuliano de conclure, authentique : « J’ai fait ce que je sais faire. »

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Quand l’inspiration est autobiographique

Si la lecture n’est pas son inspiration première, il est certain que sa propre vie et son entourage viennent nourrir son écriture. « Au fur et à mesure que l’histoire progresse, on essaie de distinguer ce qui relève du vrai et ce qui est purement fictif. La part de réalité intégrée à l’histoire la rend encore plus touchante et authentique » écrit MissCroqBook à propos du livre. « La partie autobiographique du roman n’était pas particulièrement un jeu pour moi, répond Serena Giuliano. C’est venu naturellement dans le roman. La personnalité d’Anna est assez proche de la mienne. Mais elle n’est pas moi. Ses amis, ses changements professionnels, son passé me ressemblent. Mais tout n’est pas moi. » L’histoire d’Anna fait pourtant écho à celle de l’auteur. « Ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux me verront, me reconnaîtront. »

On la retrouve par ailleurs dans les thèmes qu’elle a choisis d’aborder. La violence conjugale, l’emprise du jeu, le pardon, le racisme, la maternité, la famille, les phobies… sont autant de thèmes douloureux ou intimes qui sont présents dans l’histoire. « Je n’avais pas forcément prévu d’en parler. J’avais envie de parler de chose qui me touchent. Ces thèmes sont venus au cours de l’écriture. » Le choix des dialogues avec la psychologue n’est lui non plus pas anodin. C’est quelque chose que l’auteur a elle-même vécu quand, en détresse, elle avait besoin d’une oreille professionnelle à qui se confier. Aborder cette thérapie dans son roman lui semblait même important pour participer à briser un tabou qui a la peau dure : « c’est difficile de dire qu’on a besoin d’aide, qu’on ne va pas bien. Moi, je le cachais alors qu’il faut en parler. Ça peut vraiment changer la vie. »

Parmi tous ces thèmes, il y en a un prépondérant, c’est l’amitié. Comme nous l’écrivions plus haut, les femmes qui entourent Serena Giuliano sont essentielles pour elle, et sont même son énergie première. Ces « amies indéfectibles » (perette85) présentes dans le roman proviennent sans aucun doute de celles qui entourent l’auteur. « Si je devais choisir entre l’amour et l’amitié… ! » rigole-t-elle avec le public. Ses amis et sa famille, d’ailleurs, on lu le roman et l’ont aimé. « Mais je ne sais pas s’ils étaient sincères ! »

Son écriture, en définitive, semble être à tel point intime qu’elle en devient cathartique. « J’ai un seul regret, confie-t-elle, c’est que je n’ai jamais décrit Anna. Quand on écrit, c’est génial de pouvoir faire ce qu’on veut. Par exemple, le lien entre Anna et sa grand-mère peut continuer d’exister, contrairement à moi. »

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« Ensemble, les femmes peuvent faire de grandes choses »

Largement abordé dans son roman, le thème de la maternité a beaucoup fait parler de lui lors de cette rencontre. Une lectrice présente ce soir-là, pédiatre de profession, a notamment remercié l’auteur pour son histoire qui déculpabilise. « C’est une grande angoisse d’avoir un second enfant, et votre roman délivre une vérité bouleversante et importante pour les mères. […] Et c’est rarement dit dans les livres. » Serena Giuliano, très émue, a répondu que c’est « génial de pouvoir apporter ça aux mères : un peu de soulagement. La société se charge assez souvent de nous mettre la pression. » C’était un sujet très douloureux pour elle, presque viscéral, et cathartique, encore une fois. « On n’a pas toutes cette fibre maternelle, ou pas tout de suite. On est nombreuses dans ce cas. J’avais envie de déculpabiliser ces femmes. De casser ce mythe de la mère parfaite et aimante. Pour moi c’était vraiment libérateur d’en parler, j’en ressors plus légère. » Et la lectrice de conclure : « Il n’y a pas de mauvaise mère et on n’est pas mère automatiquement. »

C’est d’ailleurs un sujet fondateur dans le parcours de Serena Giuliano. En effet, quand elle a commencé à parler sur les réseaux sociaux de son angoisse de devenir mère une deuxième fois, elle a reçu un soutien immense venu de nombreuses femmes. « Elles m’ont dit merci de mettre des mots là-dessus. On a besoin de soutien. Je pensais bien que je n’étais pas seule. Au début ça n’a pas été très facile, on me prenait pour un monstre. Mais cette communauté et ce soutien ont grandi très rapidement.»

Au-delà de ses amies, ce sont donc toutes ses femmes, ses lectrices et ses abonnées sur les réseaux sociaux, qui portent Serena Giuliano. Elle écrit pour elle, et son travail est souvent salvateur pour certaines. Mais « elles me le rendent tellement, déclare l’auteur, visiblement touchée. Nous avons des échanges très drôles. Et il y a une communauté qui s’est créée entre elles. Ensemble, les femmes peuvent faire de grandes choses. J’ai de la chance d’avoir une communauté très bienveillante, très intelligente, très drôle. »

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Ciao Serena !

Enfin, c’est de l’Italie, que l’auteur a largement parlé avec ses lecteurs pendant la rencontre. Originaire de ce pays, qui lui manque beaucoup, elle a fait de son histoire celle de son personnage, Anna. Toutes deux arrachées à leur terre natale alors qu’elles étaient petites, elles ont grandi en France avec l’Italie dans le cœur. Et pourtant, aujourd’hui, c’est en français que Serena Giuliano publie. « Au début, le français, c’était de la science-fiction pour moi ! Les chansons m’ont finalement donné envie de le comprendre et maintenant je suis plus à l’aise à l’écrit en français et à l’oral en italien ! » Il n’y a même « pas eu d’hésitation sur la langue choisie pour écrire. C’est très difficile de jouer avec ses deux langues. Mais c’était évident pour l’écriture. Je ne pouvais pas écrire en italien. »

Même si elle a choisi la langue de Molière pour raconter l’histoire d’Anna, elle a dû aller en Italie pour l’écrire. « J’avais besoin d’être dans l’ambiance, la culture » raconte-t-elle, avant de poursuivre sur son rapport à son pays natal : « Je me sens profondément italienne. Dès que je peux, j’y retourne. J’aimerais un jour vivre entre les deux pays. Mais je sais la chance que j’ai d’être en France et d’avoir deux nationalités. »

Ce qui lui manque le plus ? Les Italiens, sûrement. « La chaleur des gens qui y vivent. Dire bonjour à tout le monde dans la rue. Se tutoyer naturellement… » C’est sans doute pourquoi elle leur a dérobé l’expression « Ciao, bella ! » pour le titre de son roman. « C’est une expression qu’on peut dire à tout le monde en Italie. C’est plein de douceur, de bienveillance. Cela résume bien ce qu’on trouve à l’intérieur de mon roman. »

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De la douceur et de la bienveillance, la chaleur de l’Italie, des thèmes intimes et des doutes, voilà ce que vous trouverez à l’intérieur du roman de Serena Giuliano. Mais ne lui demandez pas de quoi sera fait le prochain. D’abord parce que cela révèlerait en elle une angoisse, la même que celle qui se réveille quand on demande à une jeune mère : « Alors, le deuxième ? » Ensuite parce que même si elle a « un début d’idée », ce ne sera pas une suite de Ciao Bella « J’avais envie de créer le personnage d’Anna. Mais c’est comme une petite sœur qu’on laisse partir. Ça a été très difficile de la lâcher, mais pour elle et moi, ça s’arrête là. »

Cali ou le vin de la jeunesse

En 2018, on découvrait Cali écrivain à travers son premier roman Seuls les enfants savent aimer. L’histoire du petit Bruno, 6 ans, orphelin depuis peu. Un texte comme un cri, dans lequel l’enfant raconte avec ses mots la perte de sa mère et sa terrible absence. Une histoire douloureuse qui rappelle celle de son auteur, Cali ayant lui-même perdu sa mère très jeune.

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La Babelionaute saphoo soulignait d’ailleurs dans sa critique, peu après la parution du livre : « Ce n’est pas un artiste de plus qui sort son bouquin, c’est un être humain qui partage une part de lui, un besoin de mettre de la lumière sur cette ombre qui le poursuit. Mettre des mots sur des maux, ça ne résout sans doute pas tout, mais ça peut aider à avancer. » Voilà certainement l’une des raisons qui a pu pousser Bruno Caliciuri, plus connu sous le nom de Cali, à aller au-delà du format de la chanson pour pousser son écriture plus loin, et aller sonder cette blessure d’enfance. Même si lui avance une raison plus simple : « Je n’aurais jamais pensé écrire un roman, c’est une dame qui m’a demandé ça, elle aimait bien lire mes chansons sur l’enfance, du coup je l’ai fait pour elle. »

Vers l’adolescence

Ce 18 mars 2019, nous recevions donc le célèbre auteur-compositeur-interprète et écrivain dans les locaux de Babelio pour une rencontre avec ses lecteurs, dont la grande majorité avait lu son premier livre. L’occasion de prendre des nouvelles des deux Bruno, et de parler de cet enfant que l’on retrouve adolescent dans Cavale, ça veut dire s’échapper. Et puisque Bruno a grandi, sa manière de s’exprimer à travers les mots de Cali aussi a changé, même si la rage, la fragilité et la douceur se côtoient toujours :

« Un instant, j’ai voulu vous suivre, vous voir, respirer ce que j’aurais dû respirer. Mais je suis resté sur la pente. Et j’ai pleuré, pas fort non, mais ruisselant à l’intérieur.

J’entendais des gouttes tomber de très haut, une à une, au fond de mes entrailles déchiquetées. Mon ventre pleurait et mon cœur hurlait, comme quand un cœur hurle à la fin du tout.

Est-ce qu’on meurt d’amour ? »

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Ce deuxième roman (car pour Cali cette dénomination de « roman » a toute son importance) était pour beaucoup de lecteurs une évidence, tant ils avaient envie de retrouver ce personnage, le voir évoluer et comprendre qui il pourrait devenir. Mais pour l’auteur, était-ce si évident d’écrire une « suite » ? « Ca m’avait déjà fait un bien fou d’écrire le premier, et là j’ai pris autant de plaisir avec celui-ci. J’aime écrire de la chanson bien sûr, ce format permet de raconter son humeur en trois minutes – même si ça n’est réussi que quand les autres peuvent se l’approprier. Mais le roman c’est encore plus libre, tu vas où tu veux, quand tu veux, comme tu veux. T’as le temps de raconter. » Pourtant : « Ecrire un livre, c’est comme nager vers Manhattan, se retourner dans l’océan, et ne plus avoir de terre derrière. Ca peut être flippant, aussi. Après, ça reste une jouissance absolue : j’ai été en plus aidé par mon ami Mathias Malzieu (lire notre interview de l’auteur pour son livre Une sirène à Paris), qui m’a donné de bons conseils. Dont celui de ne jamais coucher sur le papier tout ce qu’on a dans la tête, mais de toujours en garder de côté, pour avoir de la réserve le lendemain… C’était quand même un tout petit peu plus dur pour le deuxième, car le premier livre a bien plu. Il fallait faire au moins aussi bien. » Un pari réussi, si l’on en croit les commentaires très enthousiastes des lecteurs tout au long de la soirée.

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On est trop sérieux, quand on a 15 ans

L’adolescence donc, période de transition par excellence, que Cali nous fait vivre au plus près puisque la première personne du singulier est encore une fois de mise. « Pour moi c’était une évidence d’écrire à la première personne : dans le premier roman ce petit garçon parlait à sa mère ; ici l’ado parle au lecteur avec l’énergie de cet âge. » Ce moment de la vie où tout est possible, où tout explose en nous, et où tout est à la fois très léger et bien grave. Pour Bruno, ça passe par les filles (Fabienne, Sylvia, Patricia), le rock (les Clash, Patti Smith, U2) et les potes, dont certains qu’il connaît depuis ses plus jeunes années et qu’on croise déjà dans Seuls les enfants, comme Alec.

Et que fait-on, à 15-16 ans ? Des conneries, sûrement. Monter un groupe de rock, pourquoi pas. Et l’appeler Pénétration Anale ? Plus rare. Voilà qui ressemble en tout cas beaucoup à ce qu’on s’imagine de Cali durant ses plus jeunes années, même s’il se plaît justement à brouiller les pistes pour préserver la pureté de son personnage : « Quand on me demande si j’ai vécu moi aussi tout ce que Bruno et sa bande traversent dans Cavale, je m’amuse à mentir, à dire parfois que oui ou non. C’est un roman, et l’important pour moi c’est que le lecteur s’y retrouve : c’est l’histoire de tout le monde, quelque part. Je n’ai pas voulu écrire mon autobiographie, mais l’histoire d’un enfant qui veut en rester un. Je veux que chacun puisse mettre son prénom sur ce personnage. »

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Comment rester un enfant, leçon numéro 1

C’est sûr, Cali n’est plus un ado. Et pourtant ce soir de mars, il se dégageait de lui une énergie tout à fait juvénile, presque de la naïveté, et en tout cas une forme de fraîcheur que l’on voit rarement chez les adultes. Déjà, dans sa manière de tutoyer les lecteurs présents, dans ses réponses allant droit au but, et dans ses amours musicales jamais reniées, rock forcément. « Ca fait un bien fou d’écrire un gamin de 15 ans, car je retrouve cet âge. D’ailleurs quand je revois mes vieux potes, on a 15 ans direct quand on se parle, dans nos expressions et nos réflexes de langage. Et quand j’écrivais le livre, il me fallait presque un sas pour me réhabituer à mon âge et ma situation d’adulte. De toute façon pour moi il faut que l’écriture reste une jouissance simple, que ça me fasse du bien de sortir ça. »

L’écriture comme cure de jouvence, voilà tout un programme. « C’est sûr, j’ai vieilli, j’ai même fêté mes 50 ans ! Je pensais que ça me ferait rien, mais quand même ! Mais j’essaie de vivre au maximum dans le présent : quand je passe une soirée avec mes potes, je leur dis souvent qu’on peut très bien mourir le lendemain, et qu’il faut profiter à fond de cette nuit. Je pratique aussi une forme de méditation du souvenir, très personnelle, comme un jeu, où j’essaie de me rappeler de ce que j’ai fait la veille, la semaine d’avant, le mois d’avant, et ainsi de suite. »

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Voilà en tout cas un artiste qui semble avoir largement pris goût à l’écriture de livres, et on imagine très bien Cali suivre la voix de son ami et confrère Mathias Malzieu, dorénavant presque plus occupé par le métier d’écrivain que celui de musicien. Car en plus d’y prendre du plaisir, Cali a un objectif simple : donner du bonheur. « Quand un lecteur me dit que mon roman lui a fait du bien, pour moi c’est la plus belle des récompenses. » Pour le reste, comme le disait Joe Strummer des Clash : « La prochaine seconde n’a jamais été vécue par personne. » A vous de la vivre comme vous l’entendez.

Pour en savoir plus, vous pouvez regarder cette vidéo tournée quelques minutes avant la rencontre, dans laquelle l’auteur nous présente son livre à travers 5 mots :

Découvrez Cavale, ça veut dire s’échapper de Cali, publié aux éditions du Cherche-Midi.

Retour en Italie avec Mélanie Taquet

Un an après avoir présenté son premier roman dans les locaux de Babelio, Mélanie Taquet est revenue, le jeudi 21 mars 2019, à la rencontre de 30 Babelionautes pour échanger autour de son nouveau roman. Reviens quand tu veux fait ainsi suite à Reste aussi longtemps que tu voudras, et raconte les nouvelles aventures de Nina, une jeune femme en quête de son identité qui revient en Italie trois ans après s’y être réfugiée une première fois, alors qu’elle avait du mal à se remettre d’un récent traumatisme. Quelles nouvelles réponses lui apportera ce second séjour en Italie ?

reviens quand tu veuxC’est avec appréhension que Nina retourne en Italie à l’occasion du mariage de son meilleur ami Marco. Trois ans plus tôt, une fuite éperdue l’avait conduite à Florence où elle s’était égarée pour mieux se retrouver. Ce séjour cathartique avait réconcilié Nina avec son rôle de mère, au prix de ruptures qui lui avaient laissé un goût amer.

En revenant sur ses pas, Nina espère obtenir le pardon des êtres qu’elle a blessés et poursuivre sa quête identitaire.

Au contact de la jeune femme, les souvenirs se ravivent, les anciennes passions se réveillent, les non-dits se révèlent. Alors que les certitudes des uns et des autres chancellent, les chemins qu’on pensait tout tracés prennent un cours imprévu.

Retour en Italie

Il y a deux ans, à Londres, Mélanie Taquet posait le point final à Reste aussi longtemps que tu voudras, et avait déjà envie de savoir ce qu’il allait se passer pour Nina, Marco, Hannah, et tous les personnages de ce premier roman. C’était pourtant d’abord une évidence pour l’auteur de ne pas reprendre l’histoire de ses personnages immédiatement là où elle les avait laissés : “Après son premier voyage en Italie, Nina est repartie en France pour se reconnecter à son enfant. C’est un moment qui n’appartient qu’à elle et dans lequel je n’avais pas envie de m’imposer. Je préférais la retrouver quelques années plus tard et voir comment elle avait évolué.” Aucune inquiétude à avoir cependant : vous n’avez pas besoin d’avoir lu Reste aussi longtemps que tu voudras pour découvrir Reviens quand tu veux.

Pour l’auteur, c’était toujours en Italie que se trouvaient les nouvelles réponses de Nina, c’est donc là qu’il fallait retrouver : “la première fois qu’elle était partie, Nina n’avait trouvé que des réponses partielles à ses questions. En repartant en Italie, elle se confronte à la personne qu’elle était il y a trois ans.”

Cette fois, c’est à Florence et à Naples que Mélanie Taquet a emmené ses lecteurs, “l’Italie m’inspire”, avoue-t-elle. Si elle avait fait vivre la ville de Florence dans son premier roman, c’est la campagne italienne et les différentes facette du Sud du pays qu’elle est partie explorer pour préparer l’écriture de ce deuxième ouvrage.

Des personnages en construction

On y retrouve ainsi Nina, Hannah, Marco, Julien et Gigi. “Ces personnages sont mes amis”, affirme l’auteur, “j’avais une idée de la structure de base de l’histoire, je savais où je voulais les emmener, mais rien n’était figé : ce sont eux qui me racontent les chemins qu’ils vont prendre, et je voulais leur laisser la possibilité de me surprendre. Je continue d’ailleurs à découvrir ces personnages, puisque quand je remarque des traits de caractère chez des personnes que je rencontre, je me dis souvent qu’ils iraient bien à tel ou tel personnage.”

L’auteur en a d’ailleurs profité pour expliquer ce que représente Nina à ses yeux : “Pour moi, c’est une nébuleuse. Elle est fascinante et protéiforme. Elle ne réfléchit pas en termes de culpabilité ou d’innocence, mais elle poursuit sa quête identitaire.” Avec son amie Hannah, elle représente non seulement l’une des deux faces du masque de Janus, mais aussi plusieurs facettes de la femme et de la maternité.

La maternité est d’ailleurs un thème qui tient à cœur à Mélanie Taquet. Cette dernière est en effet très proche du milieu Montessori et a longtemps travaillé auprès des parents et des enfants. L’héroïne de son roman, Nina, ressent ainsi le besoin de partir et de se trouver lorsqu’elle devient mère : “Dans le premier roman, Nina se demandait comment devenir mère alors qu’elle n’en ressentait pas le désir. Quand on devient parent, on ressent une forte pression et donc on culpabilise beaucoup lorsqu’on échoue, mais l’essentiel est de faire au mieux. Dans Reviens quand tu voudras, Nina poursuit sa quête identitaire mais elle a compris qu’elle avait le droit de chercher qui elle est tant qu’elle ne le faisait pas au dépens de son fils et de ses amis.”

Comme dans le premier ouvrage de l’auteur, tout n’est pas résolu à la fin de ce roman, et de nouvelles questions restent sans réponse : “C’était important pour moi que tout ne soit pas résolu à la fin”, précise Mélanie Taquet, “comme nous, Nina est toujours en construction, elle n’a pas eu d’illumination soudaine !”

Parcours d’écriture

“Pour moi, c’est plus un roman général qu’un roman feel-good”, déclare Mélanie Taquet, “j’essaie de créer des personnages complexes et avec du relief, et les problèmes ne sont pas tous résolus une fois la dernière page tournée.”

De même, l’auteur ne souhaite pas s’identifier à un genre de littérature en particulier, mais veut aussi s’adresser aux hommes : “ce n’est pas parce que la question de la maternité est un sujet de femmes que les hommes ne peuvent pas le comprendre ou s’identifier !”

L’auteur aime d’ailleurs lire les critiques des lecteurs et se confronter à leur avis pour évoluer : “Je n’écris pas pour faire plaisir, j’écris des choses qui me collent à la peau, mais les retours des lecteurs me permettent d’identifier les axes que je pourrais développer.” Mélanie Taquet a également noté une différence dans son écriture entre le premier et le deuxième roman. Alors qu’il lui avait fallu cinq ans pour écrire Reste aussi longtemps que tu voudras, il ne lui a fallu que quelques mois pour le second : “réécrire un roman autoédité avec des correcteurs professionnels m’a fait grandir. Mais ça m’a amusée de constater, quand j’ai retrouvé six ans plus tard un carnet dans lequel j’avais noté des idées pour le personnage de Nina, que j’avais plus ou moins suivi les idées que j’avais dès le départ.”

Aujourd’hui, l’auteur a envie de clôturer l’histoire de Nina sur ce livre : “si je devais écrire davantage sur elle, je donnerais peut-être la parole à Julien. C’est un personnage très protecteur et qui a été traumatisé par le départ de sa femme. Mais ce n’est pas au programme pour tout de suite, j’ai d’autres personnages à vous présenter avant.” C’est donc peut-être dans un ouvrage autour des enfants et de la négligence parentale que l’on retrouvera bientôt Mélanie Taquet.

L’héritage familial avec Marinca Villanova

Elles peuvent être mères poules, nourricières, protectrices, adoptives ou biologiques… Marinca Villanova les qualifie quant à elle de “dévorantes” dans son premier roman paru aux éditions Eyrolles, Les Dévorantes. Sur trois générations, elle dresse en effet les portraits de trois femmes d’une même famille, d’abord filles puis mères, et leur rapport conflictuel à la maternité. C’est d’ailleurs à l’occasion de la sortie de ce livre et pour échanger à ce propos que l’auteur est venue à la rencontre de 30 lecteurs, dans les locaux de Babelio, le lundi 11 mars dernier.

« C’est sa fille, cet air de fennec malade, coincé sous un pied de table, aux yeux parfois brillants dont on ne sait s’ils vont se décider à pleurer et qui ne dit rien, qui reste là sans bouger, attentive, dont elle ne comprend pas la machinerie intérieure. Mais ça l’agace cette pitié qu’elle ressent pour elle, elle aurait envie de la secouer, pour qu’elle soit forte, qu’elle réussisse des exploits, qu’elle soit une alliée, qu’elle puisse être fière de sa fille. »

Emma, Angèle, Karine.
Trois filles, trois mères, trois femmes, qui ont en partage l’attente d’un regard maternel aimant, sans cesse raté, sans cesse reporté. Chacune d’elle a construit un des maillons d’une longue chaîne haineuse, de mère en fille. Comment cesser d’être dévorée ? Comment cesser d’être une dévorante ?

Faire revivre le monde de l’enfance par l’écriture

“C’est l’enfance qui m’a guidée” annonce Marinca Villanova, “je suis partie de ces petites filles, puis j’ai eu envie de croiser leurs regards avec ceux de leur mère.”

Aujourd’hui psychologue clinicienne auprès des enfants, adolescents et de leurs familles, Marinca Villanova a également travaillé en tant qu’assistante sociale et réalisé des courts métrages, notamment un reportage vidéo intitulé Fait maison sorti en 2001, dans lequel elle s’intéressait aux femmes qui ne sortaient pas de chez elles, “j’avais abordé le sujet de la maternité avec elles, c’était déjà un thème qui m’intéressait”, se souvient l’auteur.

“Ce livre a une histoire”, explique-t-elle d’ailleurs à l’assistance. “J’ai commencé à écrire une première version de ce roman il y a une dizaine d’années environ. Je l’avais fait lire à mes proches mais il était finalement resté dans un tiroir. Je n’étais pas satisfaite de ce que j’avais écrit, et j’étais découragée. En rouvrant mon manuscrit, des années plus tard, les dysfonctionnements me sont apparus clairement.” Plus de 10 ans se sont ainsi écoulés entre la première et la deuxième version de ce manuscrit, qui ont permis à l’auteur d’acquérir de nouveaux outils et de nouvelles connaissances grâce à ses différentes activités professionnelles : “Mes différents métiers, de la proximité que j’ai pu avoir avec des familles au travail clinique que je mène aujourd’hui avec les enfants, ont nourri ce livre.”

Marinca Villanova affirme toutefois ne pas s’être inspirée de personnes réelles pour construire les trois femmes de son roman : “En tant que psychologue, je ne m’autorise pas à utiliser les histoires des gens que je rencontre dans ce cadre, et ça ne me viendrait d’ailleurs même pas à l’idée de le faire. En revanche, je me suis nourrie de mon expérience auprès des enfants, des familles et des adolescents pour mieux définir mes personnages et exprimer leurs émotions. Je sais peu de choses de ma famille, c’est peut-être pour ça que les familles des autres m’intéressent.”

En plus de son expérience personnelle, Marinca Villanova s’est surtout appuyée sur des documentaires et des témoignages, notamment pour retranscrire le cadre des années 1940 et de l’enfance d’Angèle.

Emma, Angèle, Karine

Le point commun de ces trois femmes, Emma, Angèle et la plus jeune, Karine, en plus de leur parenté, c’est la violence de leur comportement : “Toutes les trois sont dévorantes”, précise l’auteur, “mais chacune d’entre elles à sa façon. Ce sont des femmes maltraitantes, mais elles le sont involontairement.”

Cette forme de brutalité dans leur comportement prend son origine dans la difficulté qu’elles éprouvent à s’approprier leur nouveau rôle de mère : “Cela ne tient pas nécessairement au fait qu’elles donnent naissance à une fille, j’ai voulu montrer que c’est pareil pour les relations mère/fils. Cette difficulté dans leur relation à leur enfant prend naissance dans la chute de leurs repères et de leur identité lorsqu’elles deviennent mères. Elles sont déstabilisées et seules le jour où elles deviennent mères : elles ne savent pas comment faire.”

Une malédiction comme héritage familial

En racontant l’histoire de ces trois femmes qui ne parviennent pas à créer de lien avec leur fille, Marinca Villanova a eu envie de “parler de la honte, de faire entendre des voix cachées”. En effet, c’est d’abord une crise identitaire que vivent ces trois femmes : “le jour où elles deviennent mères et passent à un statut de parent, il y a un changement radical : elles ne savent plus qui elles sont. Dans la difficulté de la relation à leur fille, elles apprennent quand même quelque chose d’elles-mêmes.”

C’est là qu’intervient le lecteur, explique alors l’auteur : “Elles sont incapables de faire le lien entre elles, les unes avec les autres : elles se rendent compte de leur souffrance, mais pas que leur mère l’a elle aussi vécue, leurs souvenirs d’enfance ne leur permettent pas de comprendre. On n’est pas séparé de son histoire si on n’a pas mis les mots dessus. J’ai voulu, au contraire, que les lecteurs soient capables de lier les histoires entre elles, même si les personnages ne peuvent pas le faire.”

Dans sa pratique de psychologue, Marinca Villanova s’intéresse particulièrement à l’histoire familiale des personnes qui viennent la voir. La question de l’héritage tient ainsi une place prépondérante dans Les Dévorantes : “On ne maîtrise pas ce que l’on transmet à ses enfants : on leur transmet l’inconscient, les secrets, l’indicible… tout ce qu’on n’arrive pas à formuler. Ces femmes se confrontent à un héritage familial pesant, comme une malédiction à laquelle Karine, surtout, souhaite échapper.”

“Pour moi, cette situation n’est pas une fatalité”, termine ainsi Marinca Villanova. “Quand on trouve les mots, on le dépasse, on s’en libère. C’est le sens de mon travail avec les familles.”

Découvrez Les Dévorantes de Marinca Villanova, publié aux éditions Eyrolles, ainsi que la vidéo des cinq mots de l’auteur :

Anne-Laure Bondoux, ou comment survivre à un secret de famille

Auteur de nombreux romans pour la jeunesse depuis plus de vingt ans, traduite dans une vingtaine de langues et récompensée par de nombreux prix, Anne-Laure Bondoux n’en est pas à ses débuts quand il s’agit d’écrire pour les adolescents ou pour les enfants. Cependant, voilà quelques années qu’elle fait des infidélités à la littérature jeunesse ; d’abord avec Et je danse, aussi, coécrit avec Jean-Claude Mourlevat. Publié aux éditions Fleuve en 2015, le livre a séduit des dizaines de milliers de lecteurs et a déjà fait l’objet d’une rencontre chez Babelio, au moment de sa sortie. Quatre ans plus tard, Anne-Laure Bondoux est de retour « pour les adultes » avec Valentine ou la belle saison.

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A 48 ans et demi, divorcée et sans autre travail que l’écriture d’un manuel sur la sexualité des ados, Valentine décide de s’offrir une parenthèse loin de Paris, dans la vieille demeure familiale. Là-bas, entourée de sa mère Monette et du chat Léon, elle espère faire le point sur sa vie.

Mais à la faveur d’un grand ménage, elle découvre une série de photos de classe barbouillées à coups de marqueur noir. Ce mystère la fait vaciller, et quand son frère Fred débarque, avec son vélo et ses états d’âme, Valentine ne sait vraiment plus où elle en est.

Une seule chose lui semble évident : elle est arrivée au terme de la première moitié de sa vie.

Il ne lui reste plus qu’à inventer – autrement et joyeusement – la seconde.

« Ce soir, c’est contrôle ! » s’écrit Anne-Laure Bondoux en riant quand on demande au public si tout le monde a bien lu le roman. Et cette entrée en matière donne le ton de la soirée. Une soirée où, puisque tout le monde a bien lu l’ouvrage, on parlera en profondeur du roman : les thématiques qu’il aborde, les trajectoires des personnages, les choix de l’auteur, du premier chapitre jusqu’à la fin. On ne gardera dans ce compte-rendu aucun spoiler qui risquerait de vous gâcher votre plaisir de lecture, mais juste l’essence de cette soirée : des réflexions, de la bonne humeur, et la générosité d’une écrivaine qui a répondu longuement à chaque question de ses lecteurs.

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« Je voulais endosser Valentine comme un costume sur une scène de théâtre »

C’est des personnages que naissent les romans d’Anne-Laure Bondoux. Depuis vingt ans qu’elle publie des romans, ce processus créatif n’a pas changé et semble même, à l’entendre, être une condition sine qua non à la création d’un roman. « Un personnage doit cohabiter longtemps avec moi. C’est d’ailleurs le cas en ce moment pour le prochain. Jusqu’à l’écriture, c’est comme si j’avais des silhouettes pas assez charnues, des personnages en carton, ils ne sont pas vivants. »

Certains lecteurs lui ont fait remarquer que son nouveau personnage semblait assez proche d’Adeline, dont elle prenait la plume en face de Jean-Claude Mourlevat dans leur roman épistolaire Et je danse, aussi. Une remarque loin d’être anodine car c’est un peu comme ça qu’elle a été pensée… avec, d’une certaine façon, la complicité d’Adeline elle-même. En effet, les personnages sont, pour Anne-Laure Bondoux, tellement vivants dans son écriture qu’ils continuent de l’habiter longtemps après chaque ouvrage. « J’avais tellement aimé écrire Adeline que j’étais en deuil. Je continue un peu à discuter avec elle dans ma tête » confie-t-elle, amusée, avant de poursuivre : « J’ai voulu lui créer une frangine ! » Le nom même de Valentine a été entre autres choisi en clin d’œil à Adeline. « Par jeu, j’ai cherché un prénom avec la même sonorité. Un matin, j’ai entendu à la radio un extrait d’un film avec Jean Rochefort, Le Cavaleur, dans lequel il court après une certaine Valentine… »

« Fred est venu après. Je voulais raconter une histoire de frères et sœurs et j’ai toujours voulu avoir un grand frère. J’ai adoré cette idée que Fred tienne une sorte de journal intime. » Ce second protagoniste que vous rencontrerez dans le roman, aussi important que Valentine, tient un journal d’entraînement dans lequel il commence par référencer ses performances cyclistes, avant d’y raconter sa vie et ses émotions. « J’ai adoré poser un regard sur Valentine à travers les yeux de son frère. J’avais beaucoup de tendresse possible à travers ce regard-là. Valentine était mon objet, mon sujet mais le regard de Fred m’a permis de construire une sorte de détour. »

Son héroïne, en fait, est un personnage très proche d’elle. Valentine écrit par exemple un livre de commande pour un éditeur. Anne-Laure Bondoux, qui a travaillé au début de sa carrière pour Bayard Presse, s’est ainsi « beaucoup amusée à lui prêter [ses] propres doutes ». Mais écrire le roman à la troisième personne, et les passages du journal de Fred à la première, lui ont permis de prendre un certain recul vis-à-vis de ce personnage.

« Je me suis sentie assez forte pour oser le happy end »

C’est par ses personnages qu’Anne-Laure Bondoux nous a invités dans son atelier d’écrivain en nous parlant de la façon dont elle écrit. Ici, la troisième personne était une astuce pour être plus légère. « C’est venu naturellement. Parler de Valentine à la troisième personne m’a permis de mettre de la distance. De la traiter avec une petite désinvolture, un regard amusé. À la première personne, j’aurais été en prise avec ses émotions » raconte-t-elle, avant de nous dévoiler : « Quand j’écris, je me mets des post-its avec des lignes directrices. Là, j’avais mis : tendresse. »

Le risque de la tendresse, et l’auteur l’avoue elle-même, c’est de tomber dans un texte mièvre. Une peur qui l’a animée de longues années, si bien que certains de ses romans sont assez sombres. Ce dernier livre, remarque une lectrice présente ce soir-là, est plein de bienveillance. Alors pourquoi, aujourd’hui, aller dans quelque chose de tendre ? « Premièrement, je trouve qu’on est dans un monde assez noir », commence-t-elle par expliquer, justifiant ainsi une volonté de respiration, tant pour elle que pour son lecteur. « Deuxièmement, j’ai écrit beaucoup de romans qui se terminent mal ou de façon très ouverte – j’ai toujours reculé devant le happy end pour ne pas tomber dans le mièvre et là je me suis senti assez forte pour oser le happy end. »

Pour autant, rien n’indique qu’Anne-Laure Bondoux savait dès le début de l’écriture quel destin attendait ses personnages. Si chaque ouvrage naît d’un personnage, elle se lance sans forcément connaître toute la trame de son histoire. « Je ne planifie pas, confirme-t-elle. Mais j’essaye de mélanger deux façons d’être écrivain. Il y a ceux qui ont une structure très précise et ceux qui écrivent à l’instinct. Je pars avec les personnages qui doivent être forts, charpentés, et ceux-là vous amènent dans leur univers, parfois avec des surprises : j’adore ça. » Mais dans ses derniers romans, y compris Valentine, elle a cherché à plus organiser ses intrigues pour ménager des effets de suspense ou de surprise, créer différents rythmes et rebondissements, des moments de scénario. Mais elle conclut quand même : « Pendant l’écriture ; ça m’ennuie de trop prévoir ! » Il lui est même arrivé, pour ce roman, de secouer un peu sa structure. Ainsi le journal de Fred, qui est venu plus tardivement, n’était donc pas prévu pour inaugurer le roman, comme c’est le cas dans sa version finale. Il s’agit d’une sorte de montage, comme pour un scénario.

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« C’est aussi ces moments où on n’écrit pas que quelque chose s’écrit »

« Avec Valentine, on voit un écrivain au travail », fait remarquer Pierre, qui anime la rencontre, en parlant de son fameux ouvrage de commande. Or Valentine, dans le roman, bute sur chaque phrase et peine à avancer dans son travail. « La différence, c’est que j’ai écrit Valentine avec une sorte de concentration et régularité qui ne m’étaient pas arrivées depuis longtemps. » Une lectrice lui fait alors remarquer que Katherine Pancol, elle, affirme qu’en écrivant, elle a l’impression que se sont les personnages qui lui parlent, lui soufflent son texte. Cette sensation d’écrire sous la dictée de ses personnages, Anne-Laure Bondoux la décrit comme « des moments de grâce ». « On a un tel lâcher-prise qu’il n’y a pas d’obstacle. C’est le Graal de l’écrivain ! Je ne l’ai pas eu sauf pour Les Larmes de l’assassin. »

Elle ajoute d’ailleurs qu’écrire, c’est aussi ne pas écrire. Cette période préliminaire où le personnage n’existe pas mais se construit en elle est une phase pauvre en mots dans son processus d’écriture. Pourtant, cela en fait bien partie, voire c’est décisif, comme n’importe quel moment où elle n’est pas directement productive. « C’est aussi ces moments où on n’écrit pas que quelque chose s’écrit. Chaque chose de ma journée est susceptible de créer un petit déclic qui va m’amener à l’écriture. »

Pour nourrir ses personnages et déclencher l’écriture, elle a donc « mis en place des stratégies ». La première, c’est le sport. Grâce à la course à pied ou le vélo d’intérieur, elle stimule son imagination en se mettant dans un état de délassement motivant et inspirant. « Cela enlève des nœuds. Cela permet d’arriver à une grande disponibilité d’esprit. » Le sport libère en elle des endorphines qui, en plus de booster son corps, boostent son esprit et l’empêchent de trop douter ou questionner ce qu’elle crée. Un conseil, peut-être, pour tous les apprentis écrivains ? La seconde, c’est bien sûr de nourrir son esprit de plein d’autres choses : des livres, des films, etc.

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« Avec la fiction, j’ai réussi à aller plus loin que la réalité »

Beaucoup verront Valentine comme un roman de la résilience. Ces deux jeunes cinquantenaires – ou en passe de l’être – ont leur lot de casseroles derrière eux. Divorce, deuil, doutes, erreurs, chômage, difficultés familiales… Un peu cabossés par leurs deux parcours, les voilà arrivés à la première moitié de leur vie et forcés d’en inventer la seconde. Ce roman raconte leur histoire et, inévitablement, met du baume au cœur au lecteur, quel que soit le moment de sa propre existence.

Ce roman puise d’ailleurs beaucoup dans les expériences personnelles de son auteur, qui a sans doute trouvé dans l’écriture une catharsis à ses propres angoisses ou questionnements. Interrogée sur l’image du chat, notamment, elle a raconté ce moment où, en visite chez ses propres parents, elle a trouvé dans la salle de bain de sa mère toute sa panoplie de cosmétiques et de soins. Parmi ceux-là, nombre de ces crèmes et lotions dévoilaient une femme en lutte avec l’âge et le temps qui passe. « Dans le livre, j’ai fantasmé le décès comme un exutoire, un talisman et le personnage du chat adoucit, transforme, permet un passage en douceur » pour les personnages, les lecteurs… et l’auteur. « Le chat est considéré dans certaines traditions pour être en lien avec l’au-delà. Pour d’autres romans je m’étais intéressée au chamanisme et à la guérison des corps et des âmes. Alors quand ce chat s’est invité dans mon roman, je l’ai laissé faire. » Elle qui n’a pas été élevée dans la foi d’une quelconque religion, Anne-Laure Bondoux avoue entretenir une relation assez distante avec la mort, comme dans une sorte d’inconscience de son existence. Un peu comme les personnages de son roman ? « Voir le chat, c’est voir le gouffre en soi, ce qu’on ne connaît pas de soi-même, sa fragilité. »

Au-delà même des thématiques, le secret de famille que révèle le livre renvoie à un événement sensiblement pareil que l’auteur a vécu dans son histoire personnelle et qu’elle relate d’ailleurs dans L’Autre Moitié de moi-même, un texte autobiographique publié chez Bayard en 2011. La fiction était un moyen, avec Valentine, de dire des choses qu’elle n’avait peut-être pas pu exprimer dans ce premier texte. « Il y a de l’humour. J’espère en avoir distillé beaucoup plus ici, avec le recul. Je me suis en tout cas moi beaucoup amusée avec Valentine, avec ses fêlures, ce qu’elle trimbale, avec ses difficultés. Ce que j’ai réussi à faire avec la fiction c’est aller plus loin que la réalité. »

Valentine, enfin, est un roman très contemporain, qui se déroule au moment des élections présidentielles de 2017 et traite de certaines interrogations de notre époque. Anne-Laure Bondoux a même, pendant l’écriture, envoyé un questionnaire à ses proches, les interrogeant sur la période électorale, comment ils la vivaient, ce qu’ils observaient autour d’eux, les questions qu’ils se posaient. « Et aujourd’hui, on n’est pas du tout sortis de cette période. D’un côté je trouve ça passionnant, mais aussi un peu dérangeant. On est en tout cas dans un moment singulier de notre histoire collective. » Commencé en octobre 2016, le livre avait pour ambition d’être écrit en même temps que la période électorale, ce qui aurait permis à l’auteur de saisir en direct l’atmosphère de cette époque. « Mais quand on y est arrivé, j’ai un peu cavalé derrière. Il y a des périodes où j’ai beaucoup écrit et d’autres très peu. » Finalement, elle a mis un an et demi à l’écrire, mais cela lui a permis d’attraper les événements au fur et à mesure que le temps passait, et de prendre un peu plus de recul sur cette actualité.

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Commencé il y a plus de deux ans et publié il y a quelques mois, le roman Valentine continue d’entrer dans les librairies françaises avec son auteur, mais celle-ci est maintenant attendue de pied ferme : à quand le prochain roman ? Rien n’est sûr, puisqu’Anne-Laure Bondoux est justement en train de donner vie, de jour en jour, à son prochain personnage, avec qui elle dit cohabiter, mais qu’elle peine encore à incarner. Quand on lui demande si elle souhaite retrouver Valentine, la réponse n’est pas négative, mais pourtant claire. « Adeline et Valentine vont rester des personnages très proches de moi, avec qui je vais continuer de dialoguer. Mais je ne sais pas pour l’instant si je les ferai revenir. Là, je souhaite passer à autre chose, avec une autre thématique que le secret de famille. »

En attendant le prochain, vous pouvez vous replonger dans les précédents romans d’Anne-Laure Bondoux ou encore l’écouter parler de Valentine ou la belle saison en cinq mots :

Stephen Carrière, ou le sens des histoires

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S’il y a une question qui revient à chaque fois qu’un auteur publie un roman, c’est bien de savoir si son œuvre s’est nourrie de sa vie – comme si le contraire était possible – et surtout, comment ? Une interrogation somme toute légitime pour une humanité (se) racontant des histoires depuis des millénaires, et soucieuse depuis quelques siècles de distinguer plus nettement le mythe de la réalité. Mais aussi désireuse de savoir ce qu’il y a de l’auteur dans son livre, au-delà d’un travail d’imagination parfois très révélateur de la personnalité de l’écrivain.

Venu rencontrer trente de ses lecteurs inscrits sur Babelio le 21 janvier 2019, Stephen Carrière est très clair sur ce point. En tant qu’éditeur et traducteur baignant dans les livres depuis son plus jeune âge, il met forcément de ses influences et de sa vie dans ses écrits ; mais tout cela n’est que le terreau sur lequel se déploie son imaginaire. Il en va ainsi de L’Enchanteur, son premier roman classé « littérature jeunesse » et publié chez Pocket Jeunesse, véritable mise en abyme de la fiction, à travers un emboîtement malin et vertigineux.

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La lecture comme processus initiatique

L’Enchanteur est l’histoire d’une bande d’adolescents, dont l’un d’eux, Daniel, sait qu’il va mourir d’une maladie. Dès lors, il demande à ses amis de faire de sa mort un spectacle pour la sublimer : une mission pour Stan, « l’Enchanteur » de la bande, un type qui manipule la réalité comme personne. Epaulé de Jenny, David et Moh, il décide de reprendre Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, pour permettre à Daniel d’effleurer un instant d’immortalité à travers l’art.

Voici donc un livre écrit par Stephen Carrière, avec pour narrateur le personnage de Moh, racontant l’histoire de Stan, lui-même raconteur d’histoires (et menteur) hors pair, avec pour contexte la reprise d’une autre fiction, un classique de la littérature même. Vous suivez toujours ? « Je voulais écraser une histoire négative par une histoire collective positive, en mettant en scène des « personnages en quête d’auteur », en quelque sorte. Personnellement je considère que la fiction nous aide dans nos vies. J’ai beaucoup lu, et même après toutes ces pages je reste toujours troublé par l’art romanesque. Il y a quelque chose d’unique dans la littérature, par rapport aux autres arts : c’est juste un espace blanc avec des traits noirs, qui pourtant nous éduque et nous construit. Pour moi, ça reste une pratique magique, faisant appel à la conceptualisation par le biais de la puissance de représentation. »

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Et l’auteur d’aller plus loin, sur un fil entre réalité et fiction, en demandant à l’assistance : « Qui dans votre famille a autant d’importance pour vous que votre personnage de roman préféré ? J’ai énormément pleuré en découvrant la mort d’Owen dans Une prière pour Owen de John Irving, comme si c’était un membre de ma famille qui venait de me quitter. Dans mon livre, Stan est comme l’écrivain qui s’amuse à prendre le réel et à le façonner, fait du mensonge une fiction, et donne un sens à ce qui se passe. » Et au sujet de la reprise de Shakespeare ? « Jusque-là, je n’avais jamais compris pourquoi la tirade de fin de Puck dans Le Songe d’une nuit d’été me faisait pleurer à chaque fois. J’ai eu besoin d’en écrire ma propre version pour comprendre pourquoi il oppose deux mondes, pourquoi les comédiens sont vus comme un défouloir. »

« Si nous, les ombres que nous sommes,
Vous avons un peu outragés,
Dites-vous pour tout arranger
Que vous venez de faire un somme
Avec des rêves partagés.
Ce thème faible et qui s’allonge
N’a d’autre rendement qu’un songe.
Pardon, ne nous attrapez pas,
Nous ferons mieux une autre fois,
Aussi vrai que Puck est mon nom,
Si cette chance nous avons
D’éviter vos coups de sifflet,
Vite nous nous amenderons
Ou Puck n’est qu’un menteur fieffé.
Sur ce, à vous tous bonne nuit,
Que vos mains prennent leur essor
Si vraiment nous sommes amis
Robin réparera ses torts. »

 

(Tirade finale de Puck, William Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été)

Ecrire pour la jeunesse

Si L’Enchanteur a toutes les apparences du méta-roman, il s’adresse aussi à un public jeune, et reste donc tout à fait abordable dans la forme. « J’essaie de ne pas écrire pour un public trop spécifique, même si j’ai quand même l’espoir secret que des ados flashent sur ce livre. J’écris d’abord pour moi, ma fille de 13 ans, et quiconque voudra bien me lire. Ce que je veux dire, c’est que je n’essaie pas de séduire consciemment le lecteur. La seule règle que je me suis fixée durant l’écriture, c’est de ne pas ennuyer les lecteurs les plus jeunes, ce qui implique un gros travail sur le rythme : aujourd’hui les ados sont intolérants à l’ennui, car sans cesse sollicités, contrairement aux enfants des années 1970-80. C’est une contrainte que j’ai facilement intégrée, et je me suis amusé à faire en sorte qu’il se passe toujours quelque chose. Au passage, je pense qu’on ne peut plus faire un livre sérieux, de plus de 100 pages, sur les ados sans parler de ce qu’ils vivent vraiment aujourd’hui, en se mettant à leur place ; et ça va de leur manière de voir le monde, jusqu’à leur apprentissage sexuel via des sites prono comme Youporn. Je suis sûr que Roland Barthes travaillerait sur ça et le jeu vidéo Fortnite, s’il était encore vivant. »

Vu la moyenne d’âge et l’enthousiasme des lecteurs présents dans la salle, le livre de Stephen Carrière semble loin de se limiter au public-cible des romans young adult. Ce qui semble être le cas pour la littérature jeunesse en général d’ailleurs, autant lue par les enfants que leurs parents. « De toute façon, il me semble qu’on ne peut plus mettre dos à dos les générations comme dans les années 1990. Aujourd’hui, la bataille n’est plus là. C’est pourquoi je voulais des personnages adultes crédibles et complexes dans le livre. J’aime notamment beaucoup le commissaire, et les parents de Stan. »

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La jeunesse par la bande

Mais alors comment incarner cette jeunesse ? Comment rester accessible, au-delà du rythme, à un public effectivement très sollicité, et rarement par des livres ?

« J’adore les jeunes d’aujourd’hui, je les trouve intelligents et intéressants. Par contre, je ne supporte pas cette essentialisation à l’extrême très en vogue, où chacun va se conformer à des clichés pour se forger une identité. Ça manque complètement d’universalisme, un véritable cauchemar pour Martin Luther King, pour qui la couleur de peau ou l’origine ne déterminaient pas la personnalité. D’ailleurs je joue avec ça dans le livre, avec ces clichés en mettant en scène une bande de personnages d’origines différentes, mais pour mieux recentrer sur leur personnalité, et justement pas les réduire à un archétype. Voilà comment j’ai abordé ce livre, à travers des personnages, car selon moi, et contrairement aux psychanalystes qui disent que tout se joue avant 6 ans, je pense que les amitiés développées à l’adolescence forgent autant la destinée et le caractère que l’éducation familiale. Et déjà, dans la bande on trouve une mécanique narrative, à travers l’identité qu’on se construit, le rôle que l’on se donne. En plus, il y a une forme de perfection dans la bande. C’est comme un corps collectif, qui bougerait mieux que la somme de ses parties. Ça a de la gueule ! »

Une bande que Stephen Carrière voit aussi comme une manifestation magique, elle aussi : « En tant qu’éditeur, j’ai publié pas mal de livres sur l’ésotérisme et souvent parlé avec l’auteur Philippe Cavalier de la magie égrégorique, ou magie des foules. Pour moi, la question n’est pas de savoir si l’on croit à la magie, mais si elle est opérante. Et cette magie égrégorique peut donner lieu à de très belles choses quand elle est spontanée (dans un concert par exemple), mais aussi à des choses terribles lorsqu’elle est manipulée : c’est à cette dernière que la bande de Stan va être confrontée dans le livre. »

Du roman young adult certes, mais avec une belle part de fantastique aussi. « L’un des points de départ de mon bouquin, c’est une série très contemporaine que j’ai regardée avec ma fille de 13 ans : Stranger Things. Elle attendait les nouveaux épisodes comme un millenial (enfant né dans les années 2000) ne sait plus attendre, avec d’autant plus de ferveur. J’ai aussi lu beaucoup de Stephen King à cet âge, et mon écrivain préféré reste Arthur Machen. Pour autant, je voulais un livre qui parle de notre époque, donc je n’ai pas suivi le côté rétro de la série. » Il faut aussi dire que la fille de Stephen Carrière est une grande lectrice, et partage avec son père des lectures, et ses avis sur celles-ci. Peut-être est-elle même l’une de ses premières lectrices…

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Voilà une rencontre durant laquelle on a pu observer un bel égrégore, avec un auteur ravi de rencontrer 30 lecteurs ayant lu son roman, lui permettant de l’aborder dans les détails et d’en évoquer jusqu’à la dernière page – comme de coutume lors des rencontres Babelio. Un auteur qui sera d’ailleurs resté discuter avec l’équipe à l’issue de la rencontre et de la séance de dédicace, pour notamment nous raconter une étrange fête païenne sud-américaine, dont on ne vous dira pas plus…

En attendant de futurs (probables ?) romans jeunesse de Stephen Carrière, on vous propose de visionner cette vidéo tournée quelques minutes avant la rencontre dans nos locaux, où l’auteur présente L’Enchanteur à travers 5 mots : Littérature jeunesse, Fantastique, Contemporain, Monstre et Aventure.

Découvrez L’Enchanteur de Stephen Carrière aux éditions Pocket Jeunesse.

David Allouche : petit manuel d’émancipation

Mathématiques et littérature sont-elles vraiment antagonistes ? La rencontre que nous avons organisée chez Babelio le 17 décembre dernier nous force à nuancer un peu ce rapport, puisque l’économiste David Allouche vient de publier un premier roman : La Kippa bleue. Quand à savoir si religion et famille font bon ménage : c’est la question à laquelle lui-même cherche une réponse dans son ouvrage.

La Kippa bleue raconte l’histoire de Sasha, jeune homme issu d’une famille dans laquelle la religion juive tient une place essentielle. Kippour, c’est le jour qu’il a choisi pour annoncer à son père qu’il ne croit plus en Dieu. Deux jours le séparent de cette confrontation. Deux jours pendant lesquels il erre dans Paris, au gré de ses émotions et de ses rencontres avec Carla. Deux jours durant lesquels il va arpenter son propre chemin vers l’âge adulte et, peut-être, s’émanciper.

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De l’économie à l’écriture, ou la longue gestation de La Kippa bleue

La Kippa bleue, c’est la première fiction de David Allouche, après la publication en 2016 de l’essai économique Marchés financiers, sans foi ni loi, coécrit avec Isabelle Prigent. « Un essai accessible, vraiment grand public, a affirmé l’auteur au début de son échange avec les lecteurs de Babelio, un livre sur les Français et l’argent. Il aurait pu s’appeler L’Argent, mode d’emploi ! »

« J’écris régulièrement, depuis que j’ai 30 ans » nous confiait-t-il ce soir-là, contre toute attente. Il avait même déjà écrit plusieurs romans, mais La Kippa bleue est le premier publié. « J’ai un rapport assez lointain avec l’écriture. Comme j’ai plus de temps aujourd’hui, je me consacre de manière plus assidue à celle-ci. » Avant ça, David Allouche a toujours été animé d’une fibre créative. Et les mots s’y sont rapidement fait une place : « J’ai commencé à m’exprimer en photo et vidéo, notamment avec des séries texte-image et des performances. À chaque œuvre, je voulais mettre des mots et je racontais des histoires avec ces images. »

Il était évident qu’il fallait qu’il franchisse le pas, et il l’a fait avec deux romans, très autobiographiques, dans lesquels il racontait avec humour des historiettes de son quotidien. « Après ces deux-là, j’en ai écrit un où il se passe vraiment quelque chose ! C’est La Kippa bleue. »

S’il lui a donc fallu plusieurs années pour en arriver au roman que vous pouvez aujourd’hui vous procurer en librairie, l’écriture de ce livre a en revanche pris très peu de temps. La première version a en effet été écrite « d’une traite ». Il l’a ensuite laissée décanter et reprise, mais à chaque fois, « peu de modifications étaient faites. On a changé des petites choses, modifié un personnage, renforcé Carla… », mais pas plus. Par ailleurs, quand on lui demande si certains passages lui ont demandé du fil à retordre, il répond « aucun », pas même la scène de discussion finale avec le père, qui a été « très rapide » à rédiger ! C’est un temps d’écriture qui, finalement, correspond à l’histoire en elle-même : celle de Sasha, qui se déroule sur deux jours seulement, dans la tension et la fébrilité qui animent le personnage… et qui ont gagné l’auteur lui-même, puisqu’il expliquait cette rapidité par la volonté d’écrire la scène finale – la confrontation avec le père. « Pour moi, tout le livre tendait vers cette fin. » Une fin qu’il ne connaissait pourtant pas ! « Je n’ai jamais la fin. J’ai le début, un point où il doit arriver une problématique. La fin me surprend donc moi-même. Celle-ci étonne, elle choque certains. On peut l’interpréter d’au moins deux manières… »

David Allouche nous a aussi parlé de ses influences littéraires, qui sont nombreuses, puisqu’il a beaucoup lu étant adolescent : Balzac et Stendhal, dont il adore Le Rouge et le Noir, Milan Kundera, Annie Ernaux, Romain Gary, Philip Roth… Un économiste lettré ? Oui, c’est possible.

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Écrire l’adolescence aujourd’hui

Parmi ses influences littéraires, David Allouche compte également J. D. Salinger, dont il cite d’ailleurs un extrait en exergue de La Kippa bleue, issu de son célèbre roman L’Attrape-cœurs : « Quand elle arrive au rendez-vous, si une fille a une allure folle, qui va se plaindre qu’elle est en retard ? Personne. » « Je l’ai lu juste avant d’écrire mon roman. Et je me suis dit que je pouvais faire quelque chose autour de ça. Il y a un lien très fort dans ma tête entre L’Attrape-cœurs et La Kippa bleue. »

Une des questions qui a d’ailleurs animé notre rencontre avec David Allouche était : comment écrire l’adolescence quand on est un adulte ?

« Sasha, ce n’est pas moi, affirme David Allouche. Sasha est d’une autre génération, il a connu les attentats, l’Hypercasher, le Bataclan. Il connaît Tinder, Uber, etc. » Mais pour raconter son histoire, l’écrivain est reparti dans sa propre adolescence… et dans celle de ses neveux, à qui il a pu poser des questions pour rendre son personnage réaliste et crédible. Ce rapport avec les violences qui existent dans le monde et en France aujourd’hui, qui amènent certains intellectuels à surnommer les jeunes d’aujourd’hui la « génération Bataclan », semble très important pour David Allouche quand il évoque son roman. Pour lui, de tels événements, notamment dans la communauté juive, entraîne « un repli sur soi » qui rend toute affirmation de soi plus difficile.

David Allouche explore aussi, dans son roman, la dimension amoureuse de l’adolescence. Il fait de l’histoire entre Sasha et Carla l’un de ses axes narratifs principaux et évoque ainsi l’amour comme possibilité, pour le personnage principal, de s’émanciper. Pour lui, pourtant, il s’agit bien « plus d’un coup de foudre adolescent/amoureux, une petite histoire entre deux adolescents. On ne sait même pas si cela est vraiment réciproque. »

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La religion pour parler plus largement d’émancipation

Le sujet principal de la rencontre restait néanmoins la religion, également au cœur de l’ouvrage. Selon David Allouche, ce que traverse Sasha avec difficulté – une volonté d’émancipation religieuse – a « une dimension familiale et une dimension sociale ».

La première, la famille, induit une sorte de pression : « la religion est tellement mêlée à la tradition familiale que s’éloigner de l’un c’est s’éloigner du reste ». C’est pourquoi Sasha a tant de mal à franchir cette étape.

Au cours de la soirée, une lectrice lui a demandé s’il était plus difficile de se séparer de sa religion en fonction de la religion à laquelle on appartient. Selon lui, « oui, il est plus dur pour un musulman qu’un catholique, par exemple, de s’émanciper socialement de sa religion ».

Mais finalement, même si la religion tient une place primordiale dans l’ouvrage et les doutes de Sasha, c’est une histoire universelle, un roman initiatique. « La question de la religion est la même que pour un garçon homosexuel. C’est un peu un coming-out religieux en fait. » La foi, l’orientation sexuelle, la politique et ses conflits droite/gauche… Qu’importe le domaine concerné par cette émancipation, la problématique reste la même : « Comment la différence peut éloigner de la famille ? »

Ce n’est sans doute pas pour rien, finalement, s’il a choisi un tel lieu pour y planter son histoire. Celle-ci se déroule en effet entre deux villes, Paris et Marseille, avec pour décor principal le quartier Saint-Maur, à Paris : « Un quartier de liberté, comme le décrit lui-même le romancier. Neuf, alternatif, où l’on se sent libre. »

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Quelques secrets de fabrication

Avant de terminer cette soirée par la lecture d’un extrait, David Allouche a eu le temps de glisser au public quelques anecdotes sur le roman.

Son titre, d’abord, comme beaucoup de livres, a connu des évolutions assez importantes avant de devenir La Kippa bleue :

  • J-2 avant Kippour était le premier titre qu’il portait, le « titre de travail » de l’auteur, quand ce n’était encore qu’un fichier sur son ordinateur ;
  • Abraham et moi est un des premiers titres qui était évoqué au moment du choix ;
  • Je suis venu te dire que je m’en vais a failli être retenu ;
  • Mais c’est bien La Kippa bleue qui l’a emporté, en référence à cette kippa qu’on emprunte en entrant dans une synagogue, « c’est la kippa que l’on n’a pas, elle est occasionnelle »…

« J’espère pour Sasha que c’est le départ de quelque chose, a confié une lectrice lors de la rencontre. La révélation finale, pour moi, est le début d’un autre livre. » C’est le moment qu’a choisi l’auteur pour avouer qu’il existe déjà une suite à l’histoire de Sasha ! « Je l’ai écrite quelques années après. Ce sont deux livres différents mais on y retrouve le même personnage. » Nous n’en saurons pas plus que ces quelques paroles, ni sur l’histoire en elle-même, ni sur la possibilité qu’elle soit publiée un jour…

Mais en attendant, vous pouvez toujours vous mettre à l’économie, en lisant les travaux de David Allouche ou, pour les moins adeptes de chiffres, aller voir la vidéo que nous avons réalisée avec lui avant la rencontre, dans laquelle il parle de son roman en cinq mots : humour, amour, contemporain, identité et liberté.