Quand Babelio rencontre Mama Éditions

Fondé par Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Chatelain en 2000, Mama Éditions publie des titres sur des thématiques telles que le chamanisme, la spiritualité ou encore le jardinage en essayant d’y apporter un éclairage novateur et singulier. Après 19 années d’existence, la maison propose une soixantaine de titres qui tentent de « décrypter l’ouverture des consciences allant de pair avec les rapides mutations de notre société ». Mama Éditions est aujourd’hui présent à l’étranger, de l’Amérique jusqu’à l’Asie, et publie ses ouvrages dans une dizaine de langues. Nous avons posé quelques questions à Tigrane Hadengue sur sa maison d’édition et sur les domaines du développement personnel et de la spiritualité, qui connaissent un véritable essor ces dernières années.

 

  • Vous fêterez l’année prochaine les 20 années d’existence de Mama Éditions, quel regard portez-vous sur ces années passées et les objectifs que vous vous étiez fixés en créant la maison ?

Je vis une aventure bien plus surprenante que tout ce que j’aurais pu imaginer, où la magie des rencontres permet non seulement de dépasser ses objectifs, mais aussi d’en entrevoir de nouveaux encore plus beaux.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’édition de livres de développement personnel et de spiritualité ? 

L’envie d’amplifier mon bien-être et la soif de vivre une spiritualité dans mon activité même, en mariant mon évolution et ma profession.

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  • Quelles furent les étapes de votre cheminement professionnel, a-t-il été marqué par une rencontre marquante, un déclic ? 

Plusieurs rencontres d’auteurs, de Jeremy Narby à Laurent Huguelit, et d’autrices-éditrices, d’Anne Dufourmantelle à Michka Seeliger-Chatelain, en passant par le déclic de mon premier salon du livre en tant qu’attaché de presse, et où j’ai vu qu’il me fallait créer notre propre maison d’édition.

  • Le développement personnel connaît un succès grandissant depuis quelques années mais personne ne semble savoir exactement ce que c’est. Qu’est-ce que le développement personnel pour vous, quelles promesses d’épanouissement offre-t-il ? 

Le développement personnel regroupe bien des choses, du plus superficiel au plus essentiel, et de ce fait, ses promesses vont des plus creuses aux plus profondes. Dans tous les cas, il s’agit de s’épanouir par un travail intérieur.

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  • Comment expliquer son succès, et est-il symptomatique de notre époque ? 

Il est symptomatique de notre époque, et voué au succès puisque nous sommes plus que jamais déconnectés de la Nature (nous mettant, ainsi qu’elle, en danger), le développement personnel nous y ramène, pour nous permettre de mieux accoucher de nous-même. 

  • Avez-vous observé une évolution des mentalités à propos du développement personnel ? 

Oui : les mêmes personnes, privées ou professionnelles, et les mêmes médias, indépendants ou corporate, qui me traitaient d’utopiste en donnant à Mama Éditions un an d’existence tout au plus au moment de sa naissance, me demandent aujourd’hui consultations et exclusivités.

  • Développement personnel, spiritualité, new age… n’a-t-on pas tendance à tout mélanger dans ce type de littérature ? 

C’est souvent le cas, et c’est pourquoi Mama Éditions a tenu à distinguer clairement plusieurs collections, comme le chamanisme d’une part et les témoignages de guérisseurs d’autre part, ou comme les livres de Seth d’une part et les méthodes pratiques de channeling de l’autre. Ce sont des domaines si riches qu’ils méritent bien le respect de plusieurs avenues distinctes qui cependant s’épaulent les unes les autres, du théorique au pratique, ou du divin au quotidien.

  • Quels conseils donneriez-vous à un lecteur désireux de découvrir le développement personnel, mais qui ne saurait par où commencer pour trouver les livres qui pourraient l’aider, par peur d’être manipulé ? 

De commencer par Seth parle (Les livres de Seth / Jane Roberts), car c’est là qu’un nouveau décryptage, multidimensionnel, du visible et de l’invisible a été révélé pour les lecteurs de la fin du XXe siècle, puis de poursuivre par Abraham parle (Les livres d’Abraham / Esther Hicks), car c’est ensuite ici que l’on a reçu des outils de mise en pratique dévoilés à la portée de tous.

  • Comment partir en quête de sens tout en faisant preuve de discernement ? 

En intégrant aussi des livres pratiques comme La Voie du chamane, ou Caverne et Cosmos (de Michaël Harner), car ils nous guident jusqu’à notre boussole intérieure, le plus sûr des sonars, puis nous apprennent à l’utiliser avec un très grand discernement, fruit de traditions millénaires. 

  • Comment travaillez-vous avec vos auteurs ? 

En leur accordant la plus grande liberté tout en leur suggérant parfois d’approfondir telle ou telle facette.

  • Qu’est-ce qui préside à l’édition d’un texte chez Mama Éditions ?  

Il faut d’abord qu’il y ait un coup de cœur. La décision intellectuelle vient en second.

  • Avez-vous des thématiques qui vous séduisent plus que d’autres pour développer votre catalogue (peut-être regroupées dans vos collections Témoignages, Chamanismes, Mutations…) ou fonctionnez-vous au coup de cœur pour choisir vos manuscrits ? ? 

Nous privilégions les textes personnels, subjectifs, qui racontent un chemin, une découverte.

  • Combien de livres sont édités chaque année par votre maison ?

Douze. Nous avons à cœur de toujours privilégier la qualité sur la quantité, pour accompagner au mieux nos auteurs et nos livres.

  • Il existe encore peu de littérature destinée aux enfants sur ces domaines du développement personnel et de la spiritualité. Aimeriez-vous créer des livres de développement personnel ou de spiritualité pour enfants ? 

C’est fait ! Nous avons plusieurs titres et cycles de livres en préparation sur le sujet.

  • Quels sont les projets de Mama Éditions pour les années à venir ? 

Intégrer le jardinage bio et urbain au cœur de notre quotidien, offrir aux plus jeunes des voies d’accès à leurs propres pouvoirs, pousser plus loin la fabrication de livres écologiques, se développer à l’international comme dans les adaptations audiovisuelles, et porter le livre numérique vers un palier d’interactivité sans précédent.

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  • Si vous deviez nous conseiller trois livres pour découvrir Mama Éditions, quels seraient-ils ?  

Le Chamane & le Psy (de Laurent Huguelit, avec le Dr Olivier Chambon) ; Splendeur des âmes blessées (d’Agnès Stevenin) ; et Lorsque j’étais quelqu’un d’autre (de Stéphane Allix), n°1 des meilleures ventes de l’année 2018 en Ésotérisme et Spiritualité.

Retrouvez le catalogue sur le site Internet de l’éditeur.

Entretien réalisé par Coline Meret.

Au plus profond de soi avec Xavier Péron

Quelques jours avant le début de la Coupe du monde 2018, le 5 juin précisément, Babelio recevait pour une rencontre avec ses lecteurs Xavier Péron, venu parler de son dernier livre Tu ne peux pas presser la déesse en lui donnant un coup de coude ! (éditions Eyrolles). Derrière ce long titre énigmatique se cache en fait l’histoire d’un jeune footballeur, Skender Murati, transféré au PSG pour une somme astronomique. Oui mais voilà, le sport, l’argent, les conquêtes féminines finissent par lui laisser un goût amer, et le voilà bientôt en quête de quelque chose d’autre – car la vie ne peut décidément pas se limiter à ça. C’est alors qu’il rencontre un jeune Maasaï, qui va le guider sur le chemin de la spiritualité et d’une compréhension plus large de l’existence et de ses enjeux.

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Comme une envie d’ailleurs

Cette histoire est née de l’envie de l’auteur, anthropologue et spécialiste des Massaï, de partager les enseignements qu’il a lui-même reçus de première main. Fasciné depuis son plus jeune âge par cette culture, il aura suivi une initiation auprès de ce peuple durant 30 ans en tout. « Je suis issu d’une famille de voyageurs bretons, et je ne me reconnaissais pas dans mon éducation brestoise bourgeoise. A l’âge de 6 ans, j’ai fait une expérience de mort imminente après une noyade. Heureusement, une de mes sœurs a réussi à me sauver. Suite à ce traumatisme, j’ai commencé à faire des rêves étranges, durant lesquels je voyais deux aigles noirs voler ensemble, avant qu’ils se transforment en un homme noir drapé de rouge et en un petit garçon… J’ai en fait été attiré par cette culture malgré moi au début. »

Bien vite, l’attirance devient obsession : « Je lisais tout ce que je trouvais sur les Massaï, j’étais fasciné par la liberté, la noblesse et la beauté de ces hommes. Je savais que quelque chose m’attendait là-bas, et la première fois que je me suis rendu au Kénya, invité par ma sœur pour un safari, ça a été un choc : il fallait que j’aille vivre avec eux ! Après le bac j’ai donc commencé des études d’anthropologie, puis des études de langue à Cambridge. Et j’ai fini par aller vivre 3 ans avec eux, chez eux, où j’ai été accueilli à bras ouverts. Et je m’y suis découvert. »

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Racine de 9

Si Skender Murati, l’alter ego sportif de Xavier Péron, porte le numéro 9 sur le terrain, ça n’est pas un hasard du tout. « Le 9 est un chiffre sacré chez les Maasaï, car leur spiritualité peut se résumer en neuf principes transposables dans la vie de tous les jours. Parmi les plus importants, on trouve l’idée d’avoir l’œil clair (car le regard est le miroir de l’âme) et la démarche alerte (je connais mon chemin et n’empiète pas sur le tien). Aussi, ils considèrent qu’il n’y a pas de différence entre le « dire » et le « faire » ; il faut donc considérer la parole comme un acte. Egalement, l’idée que nous vivons tous dans un champ énergétique. Et enfin, l’idée qu’il ne faut pas aimer les autres plus que soi-même. »

L’auteur a d’ailleurs écrit plusieurs essais sur ces principes de vie, dont Les Neuf Leçons du guerrier Maasaï et Les Quatre Cercles Maasaï du bonheur. Mais nouveauté aussi pour l’auteur, cette fois c’est bien à travers un roman qu’il a voulu transmettre : « Je voulais parler à un public plus large, à travers une histoire très contemporaine. L’idée était dès le départ de m’adresser au cerveau droit, émotionnel, du lecteur, et pas au cerveau gauche. D’où le prisme de la fiction, avec pourquoi pas une part d’identification à ce héros en quête de sens. Pour moi c’était la meilleure manière de parler à des esprits occidentaux peut-être éloignés de ce type de traditions. »

Les lecteurs présents ce soir-là ont d’ailleurs pu apprécier les qualités d’orateur (voire de conteur) de Xavier Péron, en tant qu’ex-maître de conférence à la Sorbonne et à l’île de la Réunion, toujours très porté sur la transmission et le partage de connaissances et de sagesses. Et sa disponibilité lors de la traditionnelle séance de dédicaces.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la Coupe du monde 2018 bat son plein, ce qui présage peut-être d’un succès pour ce livre résolument d’actualité. C’est en tout cas ce qu’a prédit un voyant à l’auteur. Pour conclure, citons un proverbe (maasaï évidemment), qui dit : « La sagesse n’a pas les cheveux blancs. » En somme, le bonheur n’attend pas les années !